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Femininity and Community in Hegel

Session 27 / 44

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Text of the session (in French)

35 / Si, eu égard à notre propos, ce résultat c’est le « System » final, en lequel l’art n’est plus qu’un antépénultième moment de l’« esprit absolu », le fait que ce résultat soit l’aboutissement d’un processus dont la phase initiale, celle de l’esthétisme absolu (de Tübingen à Francfort) était plutôt le contraire de cette limitation, indique assez bien le caractère dialectique du parcours.

36 / Ce dernier nous apparaît dès lors comme un syllogisme dont les extrêmes seraient l’esthétisme absolu du romantisme initial et, au pôle opposé, « cette riche articulation du monde intime qu’est l’État ». La récurrence quasi obsessionnelle de la figure d’Antigone, de Tübingen à Berlin, nous conduit à formuler l’hypothèse selon laquelle c’est dans les développements conceptuels consacrés par le philosophe à cette figure qu’il nous faut tenter de reconnaître le moyen terme de ce grand écart syllogistique.

37 / On peut voir l’amorce d’une confirmation de cette présomption dans le fait que cette exhaustion conceptuelle du conflit tragique nous ne le trouvons nulle part ailleurs que dans la Phénoménologie de l’esprit, œuvre médiatrice entre toutes. L’on pourra certes objecter, du côté des études hégéliennes surtout, que c’est là accorder beaucoup de crédit à ce qui n’est après tout qu’une représentation et non un concept, une forme et non un contenu posé comme « essentiel » ; mais Hegel lui-même, plus soucieux qu’aucun structuraliste de rester suspendu à l’écoute du signifiant, réfute à l’avance toute « injection de sens » lorsqu’il précise sans équivoque :

38 / « C’est précisément parce que la forme est aussi essentielle à l’essence que celle-ci l’est à elle-même que l’essence n’est pas concevable seulement comme essence, mais aussi bien comme forme, et dans toute la richesse de la forme développée. »

39 / De la même façon d’aucuns pourront à bon droit s’étonner de ce privilège exorbitant accordé ainsi à l’ouvrage de 1807 : les Leçons de Berlin semblent de fait constituer depuis près de deux siècles la référence ès qualités de l’abondante bibliographie appliquée à commenter, discuter ou, le plus souvent, réfuter la pensée esthétique du philosophe. Au sein de cette glose foisonnante les auteurs ont certes tout loisir d’éclairer le message des cours de 1820 par la convocation de tel ou tel texte antérieurs mais c’est toujours pour revenir au bercail berlinois et à ses « bien connus » découpages. Ils n’ont pas coutume, en recentrant la problématique esthétique sur la Phénoménologie, de troquer les trois volumes monumentaux des Leçons contre ces seuls chapitres, certes on ne peut plus denses du « monde éthique » et de « la religion esthétique » estimant sans doute, non sans quelque raison, que « ce qui peut le plus peut le moins ».

40 / Mais, outre que ces considérations quantitatives sont peu convaincantes, elles relèvent d’une confusion jamais dissipée depuis, par les exégètes, entre l’esthétique comme partie de la philosophie dans l’enseignement final du système, et, à l’inverse, le Tout de cette philosophie désigné par Hegel lui-même comme « esthétique » au moment où, dès 1805, à Iéna elle vient tout justement d’accéder à sa configuration quasi-définitive, précisément comme système ! Deux ans avant la publication de la Phénoménologie, rédigeant un projet de lettre à Voss dont Il escompte un appui pour l’obtention d’une chaire à Heidelberg, il précise en effet de la sorte les grandes lignes de l’enseignement qu’il y compte délivrer :

41 / « S’il me faut parler de ce que je pourrais réaliser dans cette science, après les premiers débuts (qu’un juge équitable ne devrait pas considérer seulement pour ce qu’ils sont — de premiers essais — mais qu’il devrait aussi examiner pour voir s’ils contiennent un germe capable de produire quelque chose d’achevé), je n’ai rien publié depuis trois ans. J’ai fait des cours sur l’ensemble de la science philosophique — philosophie spéculative, philosophie de la nature, philosophie de l’esprit, droit naturel ; et je souhaiterais en outre m’occuper d’une branche de la philosophie qui ne fût pas représentée à Heidelberg, enseigner l’esthétique sous la forme d’un cours de littérature — projet que j’ai depuis longtemps caressé et que je réaliserais d’autant plus volontiers que j’espère avoir le bonheur de pouvoir compter sur votre appui. J’exposerais ce travail en automne sous la forme d’un système de la philosophie ; j’espère pouvoir ainsi montrer que je n’ai rien à voir avec cette erreur du formalisme, qui cultive à présent l’ignorance à l’aide d’une terminologie derrière laquelle elle se dissimule et brille aux yeux des ignorants 14. »

42 / Cet aspect « poïétique » de l’ouvrage a certes été perçu dès les débuts des études hégéliennes ; mais, outre que ce soit plutôt que celle du drame, la référence au roman (et même à fort juste titre du Bildungsroman) qui a été retenue et, sans doute pour ne pas embrouiller encore la réception d’une pensée singulièrement difficile, n’a-t-on voulu voir dans cette coloration littéraire qu’un artifice pédagogique (« élever la conscience commune à la conscience philosophique »).

43 / La parole hégélienne, au premier chef celle qui exprime dans la Phénoménologie, sur le mode de la rupture, le moment de son moyen terme, nous signifie pourtant très précisément le genre poétique de l’ouvrage au moment de nous livrer son — inusité — mode d’emploi : dans l’introduction, l’auteur condense les éléments basiques des arts du spectacle comme on ne l’avait plus fait depuis la caverne de Platon, les comédies de Shakespeare ou L’illusion comique.

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