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Confinement et crise économique
0:00 Qu'est-ce que vous avez dit ? Chers amis, chers camarades, je suis, vous imaginez, plutôt heureux de vous retrouver à ce que nous avons décidé d'appeler, non pas ces ateliers, mais ces attelés de la confinitude que nous sommes, vous et nous, si je puis dire.
0:30 Attelés, nous espérons que les uns et les autres vont venir s'atteler à ces quelques séances virtuelles, puisque nous n'avons pas le droit de nous embrasser vieille folle, n'est-ce pas, mais seulement de nous contacter par écran interposé. Et pour une durée indéterminée. C'est une situation quand même étrange. J'ai 75 ans qui commencent à passer depuis un petit moment.
1:04 Et je n'ai jamais vu ça, comme je n'ai jamais vu la gravité de la crise économique, qui vient à peine, n'est-ce pas, de faire entendre, comme les coups de tonnerre qui annoncent l'orage, ses prémices. Alors vous allez dire, ça y est, c'est du Pagani, il commence déjà à tout mélanger. Non, non, non, non, non, non, non, non. C'est au contraire l'intrication de tout cela, n'est-ce pas, d'une crise économique comme, je parle des intéressés, n'est-ce pas, des professionnels de la chose, n'est-ce pas.
1:40 Si vous consultez les médias spécialisés qui parlent déjà, alors qu'en général ce sont les plus enclins à minimiser la gravité des crises du capital, qui sont en train de dire que la crise que nous vivons est non seulement plus grave que la référence absolue qui était 2008 jusque-là, n'est-ce pas, mais qu'elle approche même, n'est-ce pas, des affres de 29. On n'en est pas encore aux banquiers se précipitant du 30e étage, n'est-ce pas, dans le vide, après avoir fait faillite de Manhattan, non, non, des skyscrapers de Manhattan.
Le temps retrouvé grâce au confinement
2:14 On n'en est pas encore là, mais enfin, on n'en est pas loin et on parle déjà de 30 millions de chômeurs à la rentrée. Bon, bref, ne déflorons pas le sujet. Ça, c'est l'aspect. Le présent, vous savez qu'en bons hégéliens, oui, écoutez, on est chez moi, on est à domicile. Philippe Moreau, a la gentillesse, n'est-ce pas, de mettre tout son savoir-faire technique au service de mon côté casanier imposé, comme à nous tous. Donc, la forme de nos entretiens sera un peu plus informelle qu'une communication dans une salle en public, devant un public en chair et en os.
2:55 Voilà. Oui, en fait, je suis ravi. C'est un aspect positif de ce confinement. Permettez que j'en vois quand même quelques-uns. C'est que je retrouve du temps. J'ai du temps chez moi. Je n'avais plus de temps chez moi. J'ai attendu la retraite pour être plus occupé. Et ce n'est pas peu dire, ne croyez pas que j'étais un Jean Foutre qu'à l'époque où je travaillais. N'est-ce pas ? Et j'ai jamais fait les 3-8. Mais enfin, je veux dire, j'avais les affres du cadre, n'est-ce pas, du cadre qui est toujours, n'est-ce pas, qui n'avait pas de week-end, qui avait toujours des dossiers à la maison, n'est-ce pas ?
3:33 Voilà, vous connaissez, vous savez. Vous avez tous connu dans vos bureaux, pour ceux qui ont travaillé dans le tertiaire, comme on dit, vous avez tous connu ceux qui vous disent, Oh, j'en peux plus, là, je me suis réveillé à 5h du matin, j'ai des dossiers à la maison. En fait, ils brassent de l'air, c'est ceux qui en font le moins dans le bureau. Mais enfin, c'est ceux qui se plaignent tout le temps d'être stressés, voilà. Alors, la misère ouvrière, n'est-ce pas, est filtrée et réapparaît sous forme de stress, n'est-ce pas, pour la bourgeoisie avancée.
4:03 Donc, voilà. Mais enfin, j'étais très occupé, mais je ne me souviens pas avoir aussi, à ce point, manqué de temps, peut-être parce que le temps, j'approche du terme de ma vie, que le temps me semble un peu limité en aval, je ne sais pas, mais j'ai l'impression de tout le temps manquer de temps. Et voilà que grâce au confinement, je suis chez moi, je peux travailler au piano des morceaux un peu plus difficiles que d'habitude, parce que j'ai le temps de travailler de peaufiner un peu plus le détail, même s'il reste plein d'imperfections.
4:35 Je peux aider notre bénévole webmaster Stéphane, que je salue au passage, lui qui est à Bordeaux, pour l'aider au référencement auquel il est en train de procéder de six ans de vidéos mensuelles, en visionnant de longues heures d'atelier, pour faire des index thématiques ou d'auteur. Voilà, je retrouve du temps pour faire tout ça, que je bâclais un petit peu il n'y a pas si longtemps.
Des séances en direct, de l'analyse vers l'actualité
5:08 Alors, du coup, on va parler de choses à la fois d'une manière apparemment légère, comme ça, et en même temps plus pointues que d'habitude, paradoxalement, vous voyez. Et je vous annonce qu'on a convenu avec Philippe qu'on va vous convier à deux entretiens en direct, des lives, je vais dire, pour faire bondir ceux qui, à juste titre, s'insurgent, n'est-ce pas, contre l'invasion de l'anglophonie.
5:42 Mais je ne suis pas sûr que si je dis le direct, maintenant on en est là, je me fasse comprendre de tout le monde. À quelques séances directes, disons bi-hebdomadaires, deux fois par semaine, vous serez prévenus à l'avance, on aura ce genre d'entretien, donc par écran interposé, aussi longtemps que durera le confinement, puisqu'il est, je le répète, à durée indéterminée, pour l'instant, en espérant que l'unité de mesure de la durée de ce confinement reste la semaine, qu'on en a pour quelques semaines, et non pas pour quelques mois, voire quelques années, allez savoir.
6:28 Mais, bi-hebdomadaires, et je vous l'annonce à l'avance aussi sur des thèmes qui vous seront proposés un petit peu avant, mais qui auront une forme, si je peux avoir cette redondance, plus informelle que d'habitude. Vous me direz, ce n'est pas peu dire avec mon approche, mais qui seront en tout cas plus creusés, qui seront plus sur le mode de l'analyse, n'est-ce pas, que de la vaste synthèse.
7:03 Je veux dire, j'essayerai de partir, pour être clair, de textes, de cas particuliers, soit de textes, soit d'exemples musicaux, pour en arriver à quoi ? Non pas à une évasion dans l'esthétisme, mais tout le contraire, pour montrer à quel point, d'où qu'on parte, on retombe dans l'actualité la plus brûlante, et sans aucun artifice. Un peu comme ce qu'avait tenté d'exprimer Sénèque dans un courrier à un ami qui voyageait beaucoup, et à qui Sénèque avait écrit, « Tu peux aller aussi loin que tu veux dans le monde, où que tu sois, la distance aux enfers est toujours la même. »
7:42 Voilà. Donc, à partir de cette annonce, nous espérons que vous serez les plus nombreux à venir nous rejoindre pour devenir avec nous les attelés de la confinitude. Comme une bonne nouvelle ne vient jamais seule, la bonne nouvelle, c'est que vous allez être condamnés à me revoir, pour ceux qui veulent bien jouer le jeu, ce que nous ne pouvions plus faire physiquement.
Interactivité, inégalités du confinement et invités
8:22 Comme il s'agit de séances en direct, je rappelle tout de même que votre initiative redevient primordiale, l'interactivité aussi, c'est-à-dire que vous pourriez intervenir, poser des questions. Nous avons mis au point un système de retour, j'allais dire de monitoring, vous voyez, ou même comme je me laisse contaminer.
8:52 Un virus peut en cacher un autre. J'ai un autre écran qui me permet de voir les questions les plus récurrentes, comme nous avons pu expérimenter déjà que c'était le cas les quelques fois où nous avons fait des séances en direct l'année passée. Donc voilà, n'hésitez pas à participer, d'autant que, puisque nous ne sommes pas les seuls à nous morfondre ou à nous régaler, c'est selon, dans la confinitude, ça dépend un peu, n'est-ce pas, bien sûr, soyons sérieux, des conditions immobilières, financières, et de chacun et de chacune.
9:39 C'est plus ou moins drôle, selon qu'on a cinq enfants en bas âge dans les pattes et qu'on n'a que deux pièces, n'est-ce pas, pour faire du travail à domicile, et du travail sévèrement contrôlé, n'est-ce pas, et par nos ministres et par nos employeurs, enfin par les vôtres, parce qu'au moins c'est un peu vieux, où on a, n'est-ce pas, on a eu le temps de se réfugier dans la maison de campagne, quelque part dans la France profonde, en pouvant batifoler à travers champs sans jamais rencontrer un contrôleur qui vous demande « Ausweis ! » n'est-ce pas ?
10:15 Voilà, donc, comme on est appris à se retrouver, nous aurons, certainement nous ferons appel à un invité qui n'est pas nécessairement obligé de partager nos points de vue sur toute chose, encore que moi-même, je n'ai jamais le même point de vue sur toute chose, et je pense à des personnalités dont je sais qu'elles vous sont chères et qui ne manqueront pas pour quelques-unes de venir s'ajouter et dialoguer dans notre confinitude commune.
11:00 Voilà, c'est la nouvelle positive que je tenais à vous annoncer en même temps que la tenue de ces ateliers pour attelés de la confinitude. Oui, j'essaye de lancer le syntagme, j'espère qu'il fera un florès, mais que ça ne durera pas trop longtemps en même temps. Voilà. À très bientôt, chers amis. Merci.