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Kant, limite supérieure de la pensée bourgeoise
0:00 Bonsoir tout le monde. Je suis le premier, désolé, de vous accueillir encore allongé. Ça me rappelle une petite anecdote, je vous raconterai après. La différence entre allongé et couché. Oui, je suis un traitement de kinésithérapie pour ma sciatique qui est maintenant bien identifiée.
0:38 Il paraît que ça s'appelle une sciatique paralysante. J'ai des exercices à faire que je fais régulièrement. Il semblait y avoir une amélioration et puis j'ai une espèce de rechute depuis ce matin. Voilà, je vais arrêter ici avec mes misères de vieillard et vous dire à quel point je vous suis reconnaissant d'une manière générale depuis bien longtemps des commentaires que vous avez la gentillesse de déposer, de poster sur les commentaires.
1:15 Sur nos vidéos et en particulier la dernière, il me semblait que j'étais un peu laborieux, que c'était un peu abstrait, introduction de l'épistémologie kantienne, et en plus j'étais en position allongée, il n'y avait pas de quoi être fier de tout ça, et bien je suis étonné et très gratifié par la gentillesse de vos commentaires, pas seulement leur gentillesse, je veux dire, je ne suis pas dans le...
1:46 Dans les bisounours, mais surtout je m'aperçois qu'il y a de plus en plus un noyau et même un peu plus qu'un noyau, un ensemble de, on va parler français, de followers qui commencent à voir un petit peu la systématicité de mon propos. Peut-être même, c'est une idée de philosophie moderne ça, peut-être même qu'il voit mieux la cohérence de ce que j'avance que moi-même, qui suis un peu des fois au milieu des branches et des arbres qui m'empêchent de voir la forêt.
2:27 Donc encore une fois je vous suis très très reconnaissant, je ne vais pas vous les lire parce que je veux dire il y a des éloges qui me font rougir des fois, Par contre, je vais commencer à introduire à la suite ma transmission d'une partie importante de l'apport kantien à la philosophie, C'est-à-dire le dernier état de la pensée bourgeoise, on peut dire. Il n'y a pas d'autre pensée. Je fais une parenthèse, mais je veux dire, vous prenez une histoire littéraire de littérature française, par exemple, de la fin du Moyen Âge à nos jours, je ne dis pas que j'élimine la littérature du Moyen Âge, mais c'est très compliqué.
3:28 Et surtout ce sont très très longues périodes. Mais sinon, 16ème siècle, la Renaissance, 17ème siècle du classicisme, ou le grand siècle, 18ème siècle des Lumières, etc. La plupart des auteurs qui comptent, trouvez-moi un aristocrate là-dedans. Paysans n'en parlons pas. C'était analphabète jusqu'à une période encore très récente. Donc, pratiquement tout ce qui compte a été une pensée qui, entre l'aristocratie et la paysannerie, il y avait la bourgeoisie, n'est-ce pas ?
4:10 Mais ce n'est pas au sens péjoratif que ça peut avoir lorsqu'elle est au pouvoir et qu'elle se positionne à l'égard de la classe ouvrière et du prolétariat, Comme l'aristocratie face aux révoltes paysannes, aux jacqueries. Mais ce n'est pas le sujet d'aujourd'hui. Kant, c'est le plus... On peut dire que c'est là où la pensée bourgeoise, c'est sa limite supérieure, c'est jusqu'où elle peut aller.
4:47 Je vous rappelle la boutade de Clouscard, ceux qui m'écoutent savent bien que c'est dans ces boutades que Clouscard est quelquefois le plus profond, où il disait « Kant a tout vu, mais aussitôt il a tiré le rideau ». Ça résume très bien ce que Kant apporte et ce qu'il n'apporte pas. Donc là je vais vous lire un extrait de son dernier grand ouvrage, la critique du jugement, ou dans d'autres traductions la critique de la faculté de juger qui a une importance historique, je veux dire dans l'histoire de la philosophie dans la mesure où c'est la première fois qu'il y a une esthétique systématique développée, philosophique je veux dire.
Un commentaire critique : le prétendu dilemme matérialiste
5:33 Mais avant, j'aimerais quand même commenter, je vous l'ai dit, commenter un commentaire, mais justement pas parmi ceux qui me font des éloges, même s'il est très courtois, mais une critique. Et qui va nous permettre de remettre les choses au point pour ce qui est de notions comme le positivisme, les philosophies de la nature, les sciences humaines, pour tout ça Kant est bien précieux et le matérialisme et ainsi de suite.
6:18 Donc je lis d'abord le commentaire, vous semblez être dans un dilemme. Un dilemme c'est ce que c'est. Si je vais à gauche, il y a un lion, si je vais à droite, il y a un ours ou une panthère, donc je veux dire, je suis coincé entre deux dangers. Entre Charybde et Scylla, comme on dit quelquefois, n'est-ce pas ? Vous ne voulez pas souscrire au matérialisme bêta.
6:52 Alors il dit bêta. Vous savez qu'à partir de Marx, on dit le matérialisme mécaniste. Celui en particulier de certains Un penseur du XVIIIe siècle, matérialiste comme La Mettrie, comme Diderot et bien d'autres, matérialiste, atomiste, empiriste. La dernière fois je vous avais dit que si vous voulez la meilleure présentation de cette pensée du XVIIIe dans ses grandes lignes, Dans un texte très clair et en même temps bien profond, c'est la préface ou l'introduction à le début du discours préliminaire à l'encyclopédie de d'Alembert.
7:50 D'Alembert est un immense mathématicien, il est bien connu dans l'histoire des mathématiques, mais on oublie quelquefois que c'est lui qui a fait ce qui sert de préface ou d'introduction à ce gros œuvre du siècle des Lumières, cette œuvre commune et immense à laquelle Diderot a consacré toute une partie de sa vie et où par exemple quelqu'un comme Rousseau a fait l'entrée musique. Diderot a dit à Rousseau tu t'occuperas de tout ce qui est musique parce que moi je n'y connais pas grand chose.
8:21 Et là vous avez le meilleur exposé de ce que notre interlocuteur, c'est Alouf le Givre, son pseudo, si je ne déforme pas son nom, parce que ma vue baisse, Et qu'il est convenu de désigner comme le matérialisme mécaniste, bien entendu, et pas encore dialectique, qui est le noyau de la pensée marxiste.
8:57 Or, je reprends maintenant son commentaire sans m'arrêter, vous semblez être dans un dilemme. Vous ne voulez pas souscrire au matérialisme bêta, type scientiste du XIXe, il donne une bonne illustration qui dit, entre guillemets, la formule célèbre, le cerveau sécrète la pensée, vous voyez le matérialisme, le cerveau sécrète la pensée, comme le foie sécrète la bile, vous voyez. Donc vous ne voulez pas souscrire, bon là je suis d'accord avec lui, je ne veux pas souscrire à ce matérialisme là, parce qu'il peut être très efficace dans les sciences de la nature, là j'anticipe sur ma lecture de Kant dans un instant, mais vous ne voulez pas non plus, c'est un dilemme, vous ne voulez pas non plus renoncer au matérialisme marxiste, il devrait dire matérialisme dialectique, Lequel affirme que la pensée n'est que, et quand quelqu'un dit que, c'est qu'il est en train de faire une réduction, n'est que le reflet des mouvements de la matière.
10:08 Alors effectivement, les théoriciens marxistes, de Marx à Lénine, en passant par Engels, utilisent souvent cette notion de reflet. Vous allez voir pourquoi je ne dis pas tout à fait concept de reflet. Alors vous avez trouvé cet échappatoire que la matière pourrait bien être autre chose que ce que le sens commun nous dit. Que ce que le sens commun nous dit qu'elle est. C'est le texte exact de notre ami.
10:42 Alors pourquoi pas l'esprit pendant qu'on y est ? Ensuite affirmer que le sujet est activité, c'est affirmer qu'il n'est pas seulement matière mais aussi mouvement pour tout dire qu'il est animé. Et je crois que je reste dans la cohérence de ce commentaire. Être animé c'est littéralement à la lettre, c'est l'étymologie du mot. Anima, c'est l'âme en latin. S'il est animé, c'est qu'il a une âme, donc il n'y a pas que de la matière.
11:16 Alors, c'est intéressant parce que, loin qu'il y ait un dilemme, il dit « vous ne voulez pas souscrire au matérialisme bêta ? » Je ne suis pas matérialisme bêta ni mécaniste, effectivement, ni scientiste, mais c'est pas que je ne souscris pas. Je dis qu'il est valable, mais dans un champ bien déterminé, c'est le temps qu'on se borne aux sciences dites de la nature.
11:56 physique, chimie, biologie, avec tout leur sous-ensemble, dont les progrès sont loin de se ralentir. Même si notre époque ne connaît pas encore les révolutions qu'on a vues au début du 20e siècle, Comme l'apparition de la physique relativiste, je pense à Einstein bien sûr, ou à la physique quantique.
12:28 Je vais poser cette question, ce n'est pas mon domaine, donc je pose des questions à quelqu'un qui travaille sur le CERN de Genève, un de mes amis qui est un grand chercheur. Je lui disais, je dis peut-être des bêtises, mais il me semble que je ne vois pas actuellement des bouleversements sur les concepts fondamentaux. Il y a tous les jours des trouvailles extraordinaires dans les applications, dans la technologie, dans ce que vous voulez. Mais dans l'identification des concepts fondamentaux, la masse, l'énergie, etc., il ne semble pas que de grands progrès par rapport à la fécondité de cette grande période du début du XXe siècle, qui voit apparaître successivement la théorie de la relativité d'Einstein, en particulier avec l'équivalence de la matière et l'énergie, et puis après la théorie des quantas, avec les limites qu'elle impose à la connaissance objective.
13:40 Mais donc, ce n'est pas que j'ai fait. Je ne veux pas y souscrire, j'y souscris, mais je lui conteste la prétention totalitaire de vouloir aussi expliquer un vers de Racine l'apparition de la religion musulmane au VIe siècle ou que sais-je.
14:12 Bref, dans le domaine des... Les sciences dites humaines ou sociales. Aussi loin qu'on remonte dans l'histoire, on n'a jamais vu un individu humain qui ne soit pas développé dans un cadre social, dans un collectif, quel qu'il soit. Première correction. Donc moi je ne dis pas, bien sûr, je réfute que le cerveau sécrète la pensée comme le foie sécrète la bile.
Le reflet, l'empirisme et la confusion entre matière et sensible
14:45 Mais vous ne voulez pas non plus renoncer au matérialisme marxiste qui pourtant affirme, il fait parler Marx, que la pensée n'est que, je cite, le reflet des mouvements de la matière. C'est ce que, dont je vous ai dit qu'il est réducteur, comme si c'était peu de choses, c'est là que notre ami ne voit pas la complexité qu'il y a dans la notion du concept de reflet. Là je m'adresse aussi à mes camarades marxistes qui souvent n'aperçoivent pas cette complexité et qui donnent sous le coup de cette critique, qui justifient cette critique.
15:16 Comme une conception mécaniste du reflet. Que je résume avec la phrase, l'énoncé fondamental de tout empirisme, je reviens pas, la dernière fois on a vu qu'empirisme vient de empeiria, qui veut dire l'expérience, faire le tour de péri, périphérique, périmètre. À savoir, Nihil est in intellectu, quod prius fuit in sensu. Je dis ça parce qu'il était très… c'était un temps fort de la pensée scolastique à l'époque, on parlait latin au Moyen-Âge, qu'on traduit comme ceci, il n'est rien dans l'esprit, qui ne soit d'abord passé par les sens.
16:03 Donc notre pensée est précédée avant, qu'il ne soit d'abord, est précédée par notre contact avec la matière qui est le sensible. Là encore il y a beaucoup de confusion. Alors vous avez trouvé cet échappatoire que la matière pourrait bien être autre chose que ce que le sens commun nous dit qu'elle est. Mais non, ce n'est pas moi qui, parce que je suis dans un dilemme, trouve un échappatoire. C'est n'importe quel savant, n'importe quel physicien, chimiste sera le premier à vous dire que...
16:39 Être matérialiste, d'accord, si ça vous chante, pourquoi pas, mais ne confondez pas la matière avec ce qui est objet de nos sens, Avec le sensible pour parler comme il y a déjà 25 siècles Platon. Le monde sensible, le monde avec lequel nous sommes en rapport grâce à nos sens. Le monde que découvre notre toucher, notre vision, notre audition et j'en passe.
17:19 Donc grosse confusion. Comme une fois je vous ai dit je peux taper le sol avec mon pied tant que je veux en disant ça ça bouge pas c'est le plancher des vaches. C'est pas comme un bateau qui navigue ou un avion qui se déplace. Ce plancher dont il dit que ça bouge pas il est en train de se déplacer comme toute la terre autour du soleil à 30 km seconde. 30 km seconde. Donc il a fallu au contraire lutter contre l'évidence sensible, je soigne mes mots maintenant, évidence, dans évidence, regardez bien, regardez bien le radical c'est vidéo, mais oui, c'est à dire ce que je vois. Il n'y a rien de plus trompeur que l'évidence.
18:04 Et ceux qui confondent Marx avec le matérialisme mécaniste devraient réfléchir à cette belle phrase de Marx, « Si l'essence et l'apparence des choses étaient confondues, toute science serait inutile ». On n'a pas besoin de faire l'effort de la recherche scientifique, il suffit d'ouvrir ses yeux pour ramasser dans le caniveau ce qu'on appelle le réel. Non, ce n'est pas le réel, ce n'est pas le réel objectif. Ce n'est pas le réel et encore moins la vérité du discours qui se rapporte au réel.
18:34 Rien n'est plus trompeur que nos débuts dans le monde. Et nos débuts, quand on est bébé et tout, on n'a que les sens, bien sûr. Et je me rappelle que quand j'étais gamin, ma soeur me montrait le ciel étoilé la nuit, ma grande soeur. J'étais vraiment petit, un petit mouflet. Et elle me disait, tu vois ces étoiles, j'ai dit oui, ces petits points de lumière, elle dit non c'est pas petit, c'est plus grand que toute la Terre. Moi je croyais qu'elle me racontait des blagues, vous voyez.
19:05 Mais oui, mais ce que je vois c'est pas des trucs gigantesques, n'est-ce pas ? C'est des petits points lumineux. D'ailleurs dans l'Antiquité, il y en avait pas mal qui pensaient que ces points lumineux c'est comme si on était à l'intérieur d'une grande passoire, vous savez ? On laisse la salade à égoutter, vous voyez, passoire, et derrière il y a l'empyrée, c'est-à-dire la grande lumière divine, et qui nous vient par ces petits trous, on perçoit un peu la lumière qu'il y a derrière.
19:36 Vous voyez que les sens passent leur temps à nous tromper. La dernière fois j'ai pris l'exemple de ceci, ça c'est la matière, c'est du plein. Non, il y a infiniment plus, quasiment infiniment plus de vide là-dedans. La distance entre les atomes et dans les atomes. Bref, il y a beaucoup plus de vide que de matière. Voilà. Alors, justement, parce que j'avais besoin de corriger, je le remercie de son intervention qui permet de préciser ces choses-là.
20:14 Vous avez trouvé cet échappatoire que la matière pourrait bien être autre chose que ce que le sens commun nous dit qu'elle est. La science passe son temps à dire que la matière est bien autre chose que ce que le sens commun, c'est-à-dire celui qui se contente de voir, d'écouter. Je vous ai déjà parlé de ces astrologues de l'antiquité qui croyaient qu'en montant sur une tour de 15 mètres, ils allaient mieux comprendre l'astronomie. Voir les anneaux de Saturne, ce que n'importe qui qui a, même avec des jumelles un peu puissantes, vous n'avez pas besoin d'avoir un télescope, vous voyez les anneaux de Saturne.
La raison ne voit que ce qu'elle produit elle-même
20:54 Voilà. Ça me permet de faire la transition, cette intervention, pour clarifier ces notions, dans lesquelles vous voyez qu'on mélange facilement les pinceaux, La transition entre l'ouvrage de Kant, dont je vous ai lu un extrait, qui n'est rien d'autre que la préface à la seconde édition, avec ce passage saisissant, où Kant reprend le problème du sensible en disant la raison ne voit, ça c'est effectivement, apparemment c'est l'œil, ne voit que ce qu'elle produit elle-même.
21:31 Ce n'est pas une vision avec l'œil, c'est une vision avec la pensée, avec des énoncés, des démonstrations dont les mathématiques sont le plus bel exemple. Je sais pas ? C'est en faisant un détour. Le sensible, c'est notre relation immédiate au réel. Mais la science a commencé lorsqu'on est sorti de cette immédiateté, qu'on sort la tête de l'eau, si vous voulez, Et qu'on voit enfin que le monde n'est pas comme le voit le poisson, qu'on est sorti de l'immédiateté et qu'on a fait un grand détour par la rigueur théorique, par le monde des énoncés logico-mathématiques.
22:15 Bref, il y en a qui commencent par des... Par ce que leur montrent les sens, ils appellent ça des faits, comme si c'était des faits. Et ça c'est l'empirisme, alors que le rationalisme, ratio veut dire raison, tout simplement, ça supposait raisonnement, le rationalisme commence non pas par des faits mais par des énoncés, par des fragments de discours.
22:46 Ah, ce n'est pas les énoncés du café du commerce, on est bien d'accord. On commence par des énoncés qui sont les fondements de ce que la suite va démontrer. C'est pour ça que toute pensée théorique, ne serait-ce que telle théorie mathématique, commence toujours par des notions qu'on ne démontre pas en très petit nombre, qu'on appelle des notions premières à cause de cela, je précise mon vocabulaire, dont on va s'efforcer de dériver le plus de propositions possibles, à condition de montrer qu'elle ne contredise pas ses vérités premières si vous préférez.
23:30 La principale règle du jeu étant qu'il y ait le minimum de notions premières parce que si vous vous accordez sans démonstration , en plein de propositions, c'est vraiment le contraire de la rigueur. Donc la puissance des mathématiques... C'est d'avoir très peu de propositions au départ, mais avec celle-là de démontrer pratiquement tout ce qui nous entoure. Je vous prends un exemple pour ça de la théorie des nombres entiers naturels.
24:04 Elle n'est vraiment formalisée, on les connaît depuis longtemps, depuis des siècles, mais elle n'est formalisée que depuis la période contemporaine, Depuis en particulier qu'un italien qui s'appelle Peano a énoncé les quatre ou cinq axiomes, je vais voir avec vous, qui seuls suffisent à fonder en toute rigueur la théorie des nombres entiers naturels.
24:35 Voilà ces axiomes. Premièrement, Tout nombre a un successeur. Je ne sais pas si je le dis dans l'ordre, mais je suis sûr de... Tout nombre a un successeur. 2 a 3. Un successeur qui s'appelle 3. Tout successeur d'un nombre est un nombre. Zéro n'est le successeur d'aucun nombre. Nous sommes ici dans les entiers naturels, donc on présume qu'on ne connaît pas les nombres négatifs.
25:15 Voilà, je dois en oublier un ou deux, mais ces quelques petits énoncés suffisent à fonder l'extraordinaire ensemble, infini, en quantité, des nombres entiers naturels. Donc je répète l'empiriste commence par des choses, ce qu'il appelle des choses, par la connaissance immédiate qui fait que le soleil, c'est vite vu, c'est une petite assiette de 25 cm de diamètre qu'il ne faut pas regarder très longtemps parce que ça m'éblouit.
25:50 Alors que le rationaliste commence par des énoncés. Je ne suis pas en train de dire qu'il faut faire l'impasse de l'expérience, y compris de l'expérience sensible. Mais la science s'est construite lorsque, après avoir fait ce détour par le rationnel et l'enchaînement des énoncés, l'enchaînement logique non contradictoire des énoncés, On peut revenir à l'expérience pour voir ce qui correspond à ce qu'on vient de construire, ce qui est bien différent.
26:21 Et c'est le fameux passage, là pour l'instant je suis dans le rappel de la séance de la dernière fois, ce fameux passage où il faut dire, où Kant dit, il faut donc que la raison se présente devant la nature, enfin on revient donc à l'expérience, tenant d'une main ses principes et de l'autre l'expérience imaginée d'après ses principes, Mais non point par commandant. Un élève qui laisse dire au maître tout ce qui lui plaît, ce n'est pas au monde extérieur à nous dire ce qu'il faut penser, parce qu'à mon avis il ne parle pas de toute façon, donc il ne risque pas de penser, mais comme un juge en fonction qui force les témoins à répondre aux questions qu'il leur pose.
27:04 C'est là qu'on voit que le monde a un peu de temps. La raison ne voit que ce qu'elle produit elle-même. Il faut qu'elle travaille d'abord avant de gagner de la connaissance du monde extérieur. Et ainsi, dans ce premier grand ouvrage, parce qu'il a fait des opuscules par ailleurs, de Kant qui est la critique de la raison pure, qui donne en gros les fondements de la pensée scientifique jusqu'à aujourd'hui.
27:40 Il en dit suffisamment Kant là pour rendre compte de ce qui se manifeste à son époque par le système de Newton, qui est l'apogée de la physique classique, c'est-à-dire de celle qui reste encore valable maintenant, attention, mais qui a été modifiée, je vous l'ai dit, dès le début du XXe siècle, et qui doit être modifiée dès que les objets dont on parle commencent à approcher de la vitesse de la lumière.
Logique des objets, logique du sujet ; les deux domaines de Kant
28:15 Donc je ne balaye pas ce qu'il appelle le matérialisme bêta d'un revers de main, je le cantonne, je le circonscris, donc il est valable dans cet ensemble que j'appelle les sciences, si on était vraiment en langage philosophique je dirais, dans cette science qui utilise la logique des objets du monde.
28:45 L'objet, obstacle, c'est tout ce qui est devant nous. C'est de là que vient obscène, si vous regardez bien. C'est ce qui se montre sur la scène et qui ne devrait jamais apparaître sur la scène devant tous les spectateurs. Alors que la philosophie commence depuis son origine, je vous rappelle que je parle de la philosophie au sens strict et non pas de la pensée en général qui est bien antérieure à Socrate, au monde grec, Et qui a commencé en Orient.
29:17 Bien avant la Grèce de Platon. Mais la philosophie par contre au sens strict que Socrate inaugure lorsque sa question porte moins sur les choses que nous voyons, que nous entendons, que sur les discours par lesquels nous désignons ces choses. C'est des rappels que... Au point que la question qui devient décisive ce n'est plus la question qu'est-ce que c'est mais la question qu'appelles-tu ?
29:51 Donc cette philosophie qui a commencé non pas par la logique des objets mais par l'impératif inscrit sur le fronton du temple de Delphes, de l'oracle, de point connais-toi toi-même. Et là on passe à la logique du sujet, le sujet qui est en chacun de nous, ce sujet que Descartes, 15 siècles après Socrate, Platon, Aristote, 15 siècles après, Descartes ouvre la philosophie dite moderne en basant tout sur le cogito, ce qui est la première personne du singulier, du verbe, Cogitare en latin, cogito, ça veut dire je pense, tout simplement. Ça c'est un sujet qui pense, c'est pas un caillou.
30:43 Alors je ne suis pas en train de dire qu'il existe une pensée sans matière, il ne faut pas me faire dire ça, au contraire. Mais alors pour mettre tout ça au point, cette distinction justement entre ces domaines, je disais tout à l'heure, je le circonscris, Je la cantonne dans un champ. Maintenant, je vais parler en termes kantien, c'est-à-dire en termes de domaine. Et pour ça, je prends un texte difficile dont je vous lis une partie qui est un peu plus claire que les autres tout de même, mais qui est sans doute le texte le plus profond de Kant.
31:20 Sa critique du jugement, je le rappelle, je le répète encore, qui est souvent traduit comme critique de la faculté de juger. En allemand c'est la Urteilskraft, Kraft c'est la force de, la faculté de, le pouvoir de moi. Donc un extrait de l'introduction, de son introduction, où Kant s'efforce de faire un peu un bilan des avancées qu'il a faites depuis la critique de la raison pure, en passant par la critique de la raison pratique dont je parle peu pour l'instant.
32:01 Et sans plus tarder maintenant, je vous lis comment il résume ce bilan. Et vous allez voir tout de suite le rapport avec mon introduction à moi. Notre faculté de connaître en totalité, donc là il dit pas les sciences de la nature ou les sciences humaines, en totalité, possède deux domaines. Celui des concepts de la nature et celui du concept de liberté.
32:36 Elle légifère, notre faculté de connaître, elle légifère. Légifère, c'est créer des lois, trouver des lois. Lorsque Newton dit que tous les corps s'attirent en fonction directe de leur masse et en fonction inverse du carré de leur distance, C'est-à-dire qu'avec une phrase d'une ligne et demie s'approprient à la quasi-totalité des mouvements de l'univers, en tout cas, je le répète, tant que les corps ne vont pas trop vite, trop proches de la vitesse de la lumière, puissance de l'esprit humain s'approprient en une ligne et demie, y compris ce qui est valable dans des galaxies où nous n'arriverons jamais. Donc on ne risque pas de faire des expériences dessus.
33:17 « Notre faculté de connaître en totalité possède deux domaines, celui des concepts de la nature et celui du concept de liberté. » On va s'expliquer. « Elle légifère en effet a priori, ça veut dire sans avoir recours à l'expérience pour l'instant, par ces deux genres de concepts. La philosophie se divise donc aussi, en accord avec cette faculté, en philosophie théorique, voilà pour les concepts de la nature, et en philosophie pratique. »
33:48 Traditionnellement, dans l'histoire de l'enseignement de la philosophie, on distingue couramment la philosophie de la connaissance, ici philosophie théorique, et la philosophie de l'action. Ce n'est pas pratique au sens technico-pratique, ce n'est pas pratique au sens du dernier gadget qu'on trouve sur le rayon d'un supermarché. Et qui vous dit c'est pratique. C'est facile, c'est propre, c'est rapide et c'est efficace. Non, non, c'est pratique au sens de c'est le sujet non plus dans sa relation de connaissance au monde qui l'entoure.
34:27 Il cherche pas seulement à connaître, il veut le transformer, il veut agir. Pratique veut dire ça, n'est-ce pas ? Le concept de praxis par exemple. La philosophie se divise donc aussi en accord avec cette faculté, en philosophie théorique et en philosophie pratique. Mais, dit Kant, attention parce que quand on dit à mais c'est que jusqu'ici on a à peu près clair, maintenant attention on problématise, c'est ça les parties les plus importantes d'un discours philosophique qui commence à problématiser.
35:04 Le territoire sur lequel elle, notre faculté de connaître, c'est le sujet depuis le début, mais le territoire sur lequel elle établit son domaine et sur lequel elle exerce, le terme est mis en italique, pratique, exerce, transformée, sa législation est toujours seulement l'ensemble des objets de toute expérience possible. Attention, Kant c'est rigoureux comme façon de parler, même si vous le savez, c'est très difficile avec le langage de tous les jours qui n'est pas fait pour la connaissance au départ, mais qui est fait pour la chasse, pour la pêche, pour la cueillette. Attention, il y a trois bisons là-bas.
35:53 Donc quand il dit l'ensemble des objets de toute expérience possible, faites bien attention à possible. C'est-à-dire qu'il y a des choses avant même l'expérience, on sait qu'elles sont impossibles. Les mathématiciens savent très bien que quand on étudie une fonction, si c'est une fonction où il y a Une fraction, un rapport, appelez ça comme vous voudrez, il ne faut surtout pas que le dénominateur soit nul, car c'est impossible.
36:28 Donc si je vous dis, imaginez un château qui a 1 500 000 pièces, ça n'existe pas. Donc là je ne parle pas du réel, mais il n'y a rien d'impossible. C'est un problème. Il n'y a rien qui soit matériellement, qui contredise les lois de la matière, n'est-ce pas ? Quand je dis un château de 1,5 million de pièces, ça contredit peut-être mes moyens financiers, ça, d'accord, mais c'est certainement pas une contradiction matérielle.
Expérience possible, phénomène, entendement et raison
37:00 Mais le territoire sur lequel elle établit son domaine et sur lequel elle exerce sa législation est toujours seulement l'ensemble des objets de toute expérience possible. J'interrompe, mais oui je ne suis pas là pour vous lire des livres, ça vous pouvez le faire sans moi, j'interrompe pour vous montrer, d'attirer votre attention sur les métaphores géographiques qu'on aperçoit tout d'un coup. Kant est contemporain des derniers grands explorateurs de la planète, enfin des contemporains de Bougainville, de Cook l'anglais, qui découvre le monde austral, l'Océanie, l'Australie, des choses comme ça.
37:39 C'est au cours du XVIIIe siècle, à son époque. Il reste des tas de taches inexplorées encore après, mais quand même, vous voyez. Et donc, c'est intéressant de voir qui l'a, ces notions géographiques, enfin, qui concernent l'espace comme le domaine et le territoire. Donc, maintenant que je vous ai attiré votre attention sur cet aspect, je vous relise ce paragraphe sans m'arrêter et j'enchaîne. Notre faculté de connaître en totalité possède deux domaines, celui des concepts de la nature et celui du concept de liberté. Elle légifère en effet a priori par ces deux genres de concepts. La philosophie se divise donc aussi en accord avec cette faculté en philosophie théorique et en philosophie pratique.
38:31 Mais le territoire sur lequel elle établit son domaine et sur lequel elle exerce sa législation est toujours seulement l'ensemble des objets de toute expérience possible. Vous avez vu la dernière fois que pour que entendre un son soit possible, il faut qu'il occupe une certaine durée. Même si c'est une milliseconde, ça m'est égal, jusqu'à l'imperceptible. Mais pour qu'elle se soit perceptible, il faut qu'il occupe une durée.
39:09 Et donc cette durée, elle se déploie dans un paramètre qui s'appelle le temps. Donc déjà, ce que Kant appelle l'ensemble des objets d'une expérience possible, c'est ce qu'il va définir dans son vocabulaire comme ce qu'on appelle le phénomène. Et là il s'agit plus seulement de la nature, cette lampe qui n'a rien de naturel, qui est un artifice, un objet de l'art, au sens ancien des grecs, la techné, ce mot grec pour art, c'est pas l'art au sens esthétique seulement. Non, c'est pas.
39:40 C'est tout ce qui se concentre dans le radical du mot artificiel pour opposition à naturel. Cette lampe se déploie dans l'espace, sinon je ne pourrais pas l'apercevoir. Donc il y a des conditions à la possibilité d'une expérience. J'enchaîne, je vous l'ai dit. La législation par des concepts naturels s'effectue par l'entendement et elle est théorique.
40:15 Qu'est-ce qu'on résume les termes avec précision à la main ? La législation par des concepts naturels, le terme grec qui désigne la nature c'est phusis, la physis, p-h-y-s-i-s, enfin quand on le transcrit en tout cas dans notre alphabet. Et donc, traduisez ça par la physique. Et c'est tout de suite beaucoup plus clair. La législation par des concepts naturels, c'est toutes les lois qu'établissent les physiciens, s'effectue par l'entendement et elle est théorique. La législation par le concept de liberté s'effectue par la raison Et elle est simplement pratique.
41:06 Des dons. Je vous ai prévenu que le texte est un peu ardu mais on ne va pas regretter, vous allez voir. Soit dit en passant. Je dis tout à l'heure qu'il faut sortir, que la science commence quand on sort de la connaissance immédiate. Il y a Leibniz, le philosophe du XVIIe siècle, qui a cette phrase magnifique, n'est-ce pas ? Et puis c'est un des plus grands mathématiciens de tous les temps et sait de quoi il parle. Il n'est de concret que par l'abstrait. Il faut faire un détour par l'abstrait pour arriver au concret.
41:40 Il faut en avoir aligné des équations pour parler du soleil autrement que pour dire c'est un disque comme ça, qui tourne autour de nous comme on croyait avant. Je reprends ce début de paragraphe et j'enchaîne. La législation par des concepts naturels s'effectue par l'entendement et elle est théorique. La législation par le concept de la liberté s'effectue par la raison et elle est simplement pratique. Alors là vous voyez il y a une distinction capitale entre l'entendement et la raison, deux facultés très distinctes voire opposées chez Kant.
42:17 L'entendement c'est cette partie de notre pensée qui est à l'oeuvre dans les sciences par exemple. Si, alors. L'entendement c'est ce qui raisonne comme ça. Si, alors. Vous voyez déjà que ce n'est pas une connaissance immédiate. Il faut que je connaisse le si, l'hypothèse de départ, pour pouvoir dire un alors, une conclusion. C'est tout le contraire d'une pensée immédiate, c'est une perpétuelle médiation. C'est par l'intermédiaire de mon hypothèse que j'en arrive à cette conclusion.
42:54 Par contre pourquoi il dit « elle est simplement pratique » ? Là il faut donner un peu d'image pour donner de la chair et du sang à ce qui a l'air bien abstrait. Mais enfin, c'est pour ça que je vous ai dit que le jeu en vaut la chandelle en méditant la phrase de Leibniz, il n'est de concret que par l'abstrait. Si vous voulez le vrai concret et non pas le bling-bling qui veut paraître le concret et qui n'est que le sensible, il faut faire un détour par l'abstrait. Pour nous reposer de ce détour que vous avez la gentillesse de vouloir faire qu'on le fasse ensemble, je prends l'exemple, Je crois que je l'avais déjà donné il y a quelques années.
L'hélicoptère sur l'Amazonie et le foyer africain
43:35 Je pense aux nombreux nouveaux qui me réjouissent et par leur présence et par leurs commentaires. Je prends un hélicoptère, je survole l'Amazonie. Vous imaginez ce que je vois quand je me penche pour regarder le décor en bas. Et ça fait une heure que c'est comme ça, ce qu'on appelle la canopée. Je ne On voit que le haut des cimes. Il y a un dôme d'arbres d'une forêt qui va jusqu'à l'horizon. Oui, il y en a qui pensent qu'il n'y a plus de forêt.
44:11 C'est la plus grande forêt qui existe sur la planète. Et après, c'est la forêt congolaise. Il y a même encore là-bas des tribus, pour prendre un sens courant, des petits ensembles de populations qui n'ont jamais été encore approchés par le reste de l'humanité. Pour montrer l'immensité de cette forêt. Pour l'instant je ne m'occupe pas de ces gens-là, je ne m'occupe au contraire que de la nature. Je vois les cimes des arbres, les cimes des arbres.
44:45 Quand l'hélicoptère descend un peu plus bas, je vois qu'il y a des singes qui courent d'une cime d'arbre à l'autre et des fleurs, de ce que vous voulez. Tout ce que je vois là, et là maintenant vous comprenez mieux ce que dit Kant, peut très bien être expliqué après l'émerveillement. L'émerveillement c'est autre chose, mais si on veut comprendre tout ce qu'on voit, il faut se référer aux sciences dites de la nature. Biologie, botanique, physique, climatologie, ça suffit à rendre compte de tout ce qui est là.
45:18 Et ça c'est l'entendement qui travaille. Mais tout d'un coup mon hélicoptère arrive sur une grande clairière où je vois à gauche les cases des hommes, à droite d'en haut les cases des femmes, au milieu je ne sais quoi, mettons un feu par exemple sur lequel ils se rassemblent la nuit. Et je l'ai vu souvent en Afrique ça. Et oui, je me dis, parenthèse.
45:49 C'est émouvant de penser que dans la campagne, vous vous promenez avec quelqu'un qui habite par là, un paysan du coin, comme on dit en français, et je lui demande est-ce qu'il y a encore des maisons là au fond de la vallée ? Il me dit oui, il y a deux ou trois feux, pour dire des maisons où il y a une famille, un feu, un foyer. On imagine une cheminée avec des gens le soir en train de se raconter des choses. Donc le foyer là, c'est ce qui est le coeur même de l'intérieur de la maison.
46:19 Et c'est ça qui est émouvant, c'est qu'en Afrique, il n'y a tellement rien dans les maisons, il n'y a pas grand chose dans les cases, comme voulez-vous qu'il y ait. Quelque gris-gris sous le lit peut-être, parce qu'il y a toujours du sacré, une natte, un petit matelas, quelques habits, et donc ce qu'on appelle le foyer là-bas, il n'est pas dedans, il est dehors, il est au centre du village, et il n'est pas individuel, ce n'est pas la maison à l'intérieur des murs, c'est le collectif.
46:53 Voilà je referme cette petite parenthèse mais donc tout d'un coup je vois quelque chose c'est là vraiment que je quitte le matérialisme comment il dit bêta notre interlocuteur ou mécaniste pour être plus précis c'est à dire que ces choses tout ce que je vois là et à fortiori quand je vais descendre et parler que les gens qui sont là je vais apprendre des choses incroyables des choses qui ne Non pas qu'on n'a pas encore réussi à expliquer, qui ne seront jamais expliquées par les sciences de nature, ce qui ne veut pas dire qu'elles sont inexplicables, mais il faut une autre logique que la logique des objets.
Prohibition de l'inceste, jeûne et loi qu'on s'est prescrite
47:33 Je pense par exemple à la prohibition de l'inceste. Consultez n'importe quel anthropologue, n'est-ce pas, qui soit spécialiste d'un champ géographique comme l'Océanie, c'est le cas de Frazer par exemple, C'est des grands classiques d'anthropologie, de l'Amazonie, je pense à Lévi-Strauss, voilà, et puis à l'Afrique, ça va me revenir, il y en a un qui est excellent, bref.
48:07 Tous les anthropologues vous diront que toute société humaine pratique la prohibition de l'inceste, interdit l'inceste. Alors bien sûr, pas toujours avec les mêmes configurations. Pour être précis, le cousin au deuxième degré, ici ça va être autorisé, Ça va être interdit. Par contre, il y a des constantes dans toute société. Ce qui est toujours interdit, c'est la sœur, la mère.
48:44 Alors vous direz, je ne vois pas en quoi ça contredit les lois de la nature. Il y a une répulsion naturelle pour l'inceste. Vous savez, quand on commence à dire que quelque chose est naturel, il faut regarder de près. Quand on dit une phrase aussi courante et que personne ne trouve bizarre, comme « Écoutez, c'est naturel que j'aille au cinéma le samedi soir », Ni le cinéma, ni l'institution du samedi comme jour de congé, ni naturel. Ici naturel veut dire fichez-moi la paix, j'ai le droit de...
49:15 Ça n'a rien à voir avec la nature des physiciens. Attention à ces glissements de sens. Donc je reviens. S'il y avait une répulsion, Lévi-Strauss a fait un très beau passage là-dessus, en particulier dans sa thèse de doctorat, Dans le titre « Les structures élémentaires de la parenté ». Vous voyez, la parenté, on n'est pas loin des problèmes de l'inceste. Il dit très bien « il n'y a aucune loi humaine qui vous interdit de laisser la main immobile sur le feu allumé ».
49:52 Pas besoin de loi, vous la retirez vite la main. Vous voyez ? S'il y a une loi qui est interdit, c'est qu'il y a quelque chose qu'on a envie de faire. Donc ne parlons pas d'une répulsion naturelle pour l'inceste. Il suffit de regarder le monde animal et vous verrez qu'il pratique l'inceste couramment. Ce n'est pas du tout anti-naturel. L'inceste. Les australiens, enfin des colons qui ont peuplé l'Australie de langue anglaise, après avoir quasiment exterminé en Tasmanie particulièrement les populations qui étaient là, décidément, comprennent que les sauvages, ça veut dire ceux qui se sauvent, hein. Parce que quand ils nous voient arriver, ils ont quelques raisons de se sauver.
50:39 Oui nous les démocraties qui faisons face aux régimes autoritaires et totalitaires, nous sommes les rois de l'extermination historiquement, ni vous, ni moi, ni Adrien, peut-être lui l'animal, elle pardon. Alors, ceci étant bien entendu, donc il y a comme ça une législation qui procède d'autres choses. Attention, je ne dis pas seulement que c'est différent de la législation naturelle, ça s'y oppose.
51:17 Quand je fais le carême à Pâques, ça c'est pour les chrétiens, quand je fais le ramadan, ça c'est les musulmans, quand je fais le jeûne, alors les jeûnes parmi les plus longs c'est ceux des bouddhistes ou de l'hindouisme, n'est-ce pas ? Aller me déduire le jeûne d'une impulsion naturelle. L'impulsion naturelle, c'est d'avoir faim et de manger quand on peut. Ce n'est pas de volontairement jeûner. Donc ce qui est proprement humain, c'est de s'opposer à l'impulsion naturelle. Et n'oublions jamais la phrase de Rousseau dans le Contrat Social.
51:53 L'impulsion du seul appétit est esclavage. L'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite, pas qu'on m'a prescrite, ça c'est la dictature, l'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite est liberté. Et oui, la liberté ça veut pas dire que j'obéis à rien ni à personne, mais c'est de faire en sorte que j'obéisse à moi quand j'obéis à quelqu'un d'autre. Comment c'est possible ça ? Ben oui, n'est-ce pas ? Si je vote, et ça ça suppose l'institution de la démocratie, ça suppose des révolutions, ça suppose de grands bouleversements historiques.
52:39 Mais on y est. Quand on s'y habitue, on finit par croire que c'est naturel. C'est pour ça que je rappelle ce qui est au fondement de tout ça. C'est parce que j'approuve la loi pour laquelle j'ai voté que quand j'y obéis, j'obéis à moi-même. Au point que Rousseau justifie la rébellion quand cette loi est violée, justement.
Deux législations sur un même territoire : la forêt et le champ
53:09 Tout ça pour vous habituer à ces divisions kantiennes. Il y a la législation par nature d'un côté, donc les sciences de la nature. Toutes sciences édictes des lois, toutes sciences appliquées. La chaleur dilate les corps. C'est aussi valable, y compris dans l'étoile Sirius dans laquelle je ne mettrais ni vous ni moi jamais les pieds. À moins de voyager pendant quelques millions d'années-lumière.
53:39 Oui, passé un certain âge, tout tombe en morceaux, je suis désolé. De Gaulle le disait, la vieillesse est un naufrage. Alors, ça va être plus clair maintenant après ces petits détours et ces exemples amazoniens. La législation par des concepts naturels, tous ceux qui peuvent expliquer la croissance d'un arbre par exemple, s'effectue par l'entendement, la législation, et elle est théorique.
54:16 Ça veut dire qu'elle me permet d'augmenter ma connaissance. La législation par le concept de la liberté, tu n'épouseras pas ta mère, s'effectue par la raison et elle est simplement pratique. Il est seulement dans ce qui est pratique que la raison peut légiférer. En ce qui concerne la connaissance théorique de la nature, elle ne peut, partant des lois données dont elle est instruite grâce à l'entendement, que tirer par raisonnement des conclusions qui demeurent toujours seulement au niveau de la nature.
54:51 Inversement, là où il y a des règles pratiques, le code de la route par exemple, La raison ne légifère pas pour autant car ces règles peuvent être techniques pratiques. L'entendement et la raison ont donc deux législations différentes. Écoutez bien, on a commencé par distinguer deux domaines, le domaine par nature et le domaine par liberté. Et maintenant il dit l'entendement et la raison, l'entendement donc dans le domaine de la nature et la raison dans le domaine de la liberté ont donc deux législations différentes mais sur un seul et même territoire de l'expérience. Alors là on fait un pas nouveau.
55:32 Pour qu'il y ait un champ, Pour faire disparaître la forêt qui était là ou assécher le marécage qui était là. Il faut un travail. Pour que l'un soit, il faut que l'autre ne soit pas. Là on n'est plus dans la dialectique, soit dit en passant.
56:05 Mais dans les deux cas, que ce soit un champ, c'est-à-dire quelque chose qui n'est pas naturel, qui est surnaturel comme j'aime dire, mais je joue sur le mot exprès pour pas qu'on confonde avec le mysticisme ou la religion, je dis bien, que je respecte, mais je dis bien, je dis que c'est surnaturel en sens que ce n'est pas naturel. Donc si on ne veut pas faire du jeu, on va faire des choses. Jugement de valeur comme il y a dans le préfixe sur au-dessus je dis qui n'est pas naturel, qui est artificiel. C'est ça un champ. Ce n'est pas une prairie naturelle.
56:39 Donc on en voit des choses là tout d'un coup. Ça veut dire que les deux se disputent le même territoire. Ce lieu-là où il y avait la forêt, il y a maintenant le champ, mais c'est le même lieu, c'est ça, ce territoire dont on a vu tout à l'heure que les cadres a priori sont le temps et l'espace. En gros, la science a un domaine infini devant elle, mais qui n'est valable que dans la mesure où il y a le cadre spatio-temporel.
Deux déterminations dans le même sujet : le repas est une institution
57:13 En effet, le concept de la nature a aussi peu d'influence sur la législation par le concept de liberté que celui-ci trouble peu la législation de la nature. La critique de la raison pure, il fait allusion à l'ouvrage qu'il avait publié précédemment et dont je vous ai lu la préface la dernière fois, La critique de la raison pure a démontré la possibilité de penser, tout au moins sans contradiction, la coexistence des deux législations et des facultés qui s'y rapportent dans le même sujet.
57:53 Autrement dit, nous avons en nous à chaque instant deux déterminations de ce que nous faisons, une détermination naturelle. J'ai faim, ça ne doit rien à la détermination par liberté, au contraire, c'est une astreinte, il faut que je trouve de la nourriture. Nous on l'oublie parce qu'elle est là. Mais pensez à toute l'histoire de l'humanité, dans l'humanité elle a été plus souvent de l'ordre de la pénurie que de l'abondance.
58:23 Il y a des endroits en Australie où des aborigènes font une semaine de marche pour trouver une racine qui permettra de se nourrir pendant quelques temps. Je connaissais quelqu'un qui travaillait dans la reforestation en Côte d'Ivoire, en Afrique occidentale, dans une région très forestière, assez voisine de l'Amazonie.
58:53 Comme Climat, et qui disait que c'est sa main d'œuvre, les Africains qui travaillaient là pour la reforestation, leur repas dans la journée, c'était une banane plantain, c'est une grande banane comme ça, farineuse, un peu farineuse, avec laquelle on peut faire un excellent dessert ou un excellent tapas, D'excellentes tapas lorsqu'on les fait frire dans l'huile avec du sucre, c'est délicieux.
59:27 Mais sinon la banane comme ça, elle est beaucoup moins sucrée, elle est farineuse par rapport à la banane que nous connaissons. Donc leur seul repas dans la journée, c'est une banane plantain vaguement réchauffée, sans sauce, sans rien. Je ne suis pas là pour faire pleurer les chaumières, mais c'est pour vous dire qu'il faut vraiment que les problèmes de la faim et de la nourriture aient été résolus depuis longtemps, pour qu'on finisse par croire que tout ça c'est naturel, le repas, tout ça.
1:00:01 La faim c'est naturel, manger c'est naturel, le repas ce n'est pas un instinct, c'est une institution. La preuve c'est qu'ici on le fait avec des baguettes, là-bas on le fait avec des fourchettes et ailleurs encore avec les trois doigts de la main droite. Ce qu'il ne faut jamais faire avec la main gauche qui est fait pour les choses impures. Mais si ces deux domaines différents, le domaine qu'on appelle maintenant celui des sciences dures pour simplifier, c'est ça le concept, le domaine des concepts de la nature ou encore celui sur lequel légifère l'entendement, celui sur lequel travaillent les sciences et surtout les sciences appliquées.
L'abîme entre sensible et suprasensible ; la liberté doit agir
1:00:46 Mais si ces deux domaines différents qui se limitent sans cesse, sinon certes dans leur législation, du moins cependant dans leurs effets dans le monde sensible, vous voyez là on voit bien la forêt qu'on est obligé de couper ou de supprimer pour faire apparaître le champ, enfin pour produire le champ, parce qu'il n'apparaît pas comme ça par magie. Il faut de l'huile de coude et de la pensée. Donc, mais si ces deux domaines différents qui se limitent sans cesse, sinon certes dans leur législation, du moins cependant dans leurs effets, par le monde sensible, n'en constituent pas un seul, cela vient de ce que le concept de la nature représente bien ses objets dans l'intuition, non comme des choses en soi, mais comme de simples phénomènes.
1:01:32 Tandis qu'en revanche le concept de liberté représente bien dans son objet une chose en soi mais non dans l'intuition. Vous ne touchez pas à la liberté avec les doigts et que par conséquent aucun d'eux ne peut procurer une connaissance théorique de son objet. Il existe ainsi pour notre faculté de connaître dans son ensemble, là on semble revenir au début du texte, un champ illimité mais aussi inaccessible.
1:02:06 Bien qu'un incommensurable abîme se trouve établi entre le domaine du concept de la nature, le sensible, et le domaine du concept de liberté, le suprasensible, de telle sorte que du premier au second, donc au moyen de l'usage théorique scientifique, de la raison aucun passage n'est possible, Tout comme s'il s'agissait de mondes différents, le premier, celui du domaine par nature, ne devant avoir aucune influence sur le second, le domaine par liberté. Néanmoins, ce dernier, le domaine par liberté, doit avoir, et doit est souligné, en italique quoi, ce dernier doit avoir une influence sur celui-là.
1:02:54 Je veux dire, le concept de liberté doit rendre réel dans le monde sensible, le monde matériel on dirait maintenant, le monde sensible, la fin imposée par ses lois. Bon sang, je crois lire Marx en train de dire ce qui différencie immédiatement l'architecte le plus malhabile de l'abeille la plus experte, parce que l'abeille sait très bien construire des cellules en cire, Le problème de la première, c'est que l'architecte a sa maison dans la tête avant de la produire dans la réalité. Regardez ce que je lis là sous la plume de Kant.
1:03:32 Néanmoins, ce dernier... Le domaine par liberté, le domaine de l'homme doit avoir une influence sur celui-là. Je n'ai pas dit que l'homme est libre, mais que l'homme a la possibilité d'être libre. Ne me faites pas dire ce que j'ai pas dit. Le débat ne se passe pas entre... La liberté n'existe pas, nous sommes déterminés par des lois naturelles qui nous gouvernent, qu'on le veuille ou non, ou l'inverse, si, si, si, si, nous sommes libres dès notre naissance car Dieu a mis la liberté dans notre âme.
1:04:05 On renvoie les deux dos à dos et on dit qu'on peut passer de la détermination à la libération. La libération c'est plus profond que la liberté. Car il y a les deux, il y a mes déterminations naturelles, comme je vous le dis souvent, je dois manger pour vivre, ça ne doit rien à la liberté, n'est-ce pas ? Ni au monde spécifiquement humain, c'est valable pour la mouche et le ver de terre, n'est-ce pas ? Et même pour Bintou. Et oui Bintou, maintenant que tu es une grande vedette à la télévision.
1:04:36 Il faut que tu suives. Je vous remercie de tous ceux qui ont fait des commentaires sur la prestation de Bintou dans la dernière vidéo. Elle est très fière parce qu'elle est assez coquette. Donc, que le verbe devoir soit souligné ici, le D-O-I-T, ce dernier, le monde de la liberté, doit produire des effets, sinon c'est la liberté du vide.
1:05:12 Je veux dire le concept de liberté doit rendre réel dans le monde sensible la fin imposée par ses lois. Je peux m'abriter dans une caverne, la caverne c'est naturel, c'est pas moi qui l'ai faite. Les peintures sur les cavernes, par exemple, ne relèvent plus la législation par nature mais la législation par liberté. Parce que ce n'est pas la nature qui va produire des peintures de taureaux ou de bison, etc. ou de tigres à dents de sabre.
1:05:50 Et la nature doit en conséquence pouvoir être pensée de telle manière que la légalité de sa forme s'accorde tout au moins avec la possibilité des fins qui doivent être réalisées en elle d'après les lois de la liberté. J'arrête là cet effort d'abstraction que je vous ai demandé pour réfléchir à rarement Kant a été aussi proche de la dialectique parce qu'en principe c'est un auteur pour qui dialectique est en général un terme péjoratif un peu comme chez Aristote mais c'est pas du tout la dialectique n'est ce pas telle qu'elle est pas.
Kant au bord de la dialectique ; l'opéra de Manaus
1:06:31 Allez, je fais un petit détour pour mettre les choses au point. Il y en a deux principaux que je vous demande de retenir du mot dialectique. Tantôt, c'est le chemin qui est censé nous mener à la vérité, mais cette vérité elle-même n'est pas dialectique. C'est le cas de Platon par exemple. Platon dit bien que les sciences, les géomètres, la mathématiques, etc. c'est capital pour nous libérer des illusions du monde sensible, mais ça ne suffit pas, il faut la dialectique encore au-delà pour nous rapprocher de ce qu'il symbolise par le soleil, de la connaissance absolue.
1:07:18 Et seulement là, c'est une vision, c'est plus du tout un discours, c'est plus des paroles, on se tait et on regarde et on suce. Je ne plaisante pas, je vous l'ai cité plusieurs fois, mais je pense toujours aux nouveaux. Platon dit, vous remarquerez que le soleil ne se contente pas de donner à l'œil la possibilité de voir et à l'objet celle d'être vu. C'est un troisième terme qui n'est ni l'œil ni l'objet, mais qui permet à l'un d'être vu et à l'autre de voir.
1:07:49 Mais il n'est pas seulement ça dit Platon, il donne en outre aux êtres croissance et nourriture. Vous croyez que je plaisantais quand je parlais de succion ? Donc, regardez bien, Kant à son insu est au bord d'être dialecticien lorsqu'il montre ces deux domaines antagonistes, La nature et la liberté. Je répète la phrase de Rousseau qui a tellement inspiré Kant.
1:08:22 L'impulsion du seul appétit, voilà la nature, ça veut dire l'appétit, c'est une métonymie comme on dit en stylistique. Une métonymie, c'est-à-dire d'une manière générale tout ce qui est de l'ordre de l'instinct. Ça peut être le fait de respirer aussi, c'est pas seulement manger. L'impulsion du seul appétit est esclavage, ça veut dire tant que je mange parce que c'est nécessaire pour que je reste en vie, je vis bien mais comme un esclave, sous une contrainte.
1:08:53 L'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite, c'est le S' qu'il faut souligner douze fois au moins, l'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite est liberté. Je ne suis jamais aussi libre que lorsque je me libère de la détermination naturelle en souscrivant à la détermination collective, sociale si vous préférez. Lorsque le législateur n'est pas un tyran.
1:09:25 Le législateur, je parle au singulier, mais c'est en général un collectif, ça peut être le parlement, voilà. Donc, vous voyez ces deux domaines, mais qui se disputent depuis les origines un seul et même territoire. C'est fantastique ça, comme pensée. On le voit bien là où la chose est embryonnaire, je pense à une ville comme Manaus au Brésil.
1:10:04 Vous avez peut-être entendu parler, il faut remonter l'Amazone sur milliers de kilomètres pour voir tout d'un coup cette ville immense, des grandes villes du Brésil, mais qui, dès qu'on sort des dernières maisons, il y a la jungle, une des jungles les plus violemment jungles de toute la planète, dès qu'on sort de la ville, au bord de l'Amazone, qui est un fleuve, oubliez les fleuves que nous avons l'habitude de voir, n'est-ce pas ?
1:10:34 On voit à peine l'autre rive tellement qu'elle est loin. Et quant à l'embouchure, on ne la voit pas. L'embouchure fait 150 km de large. Je ne sais pas, je ne sais pas. L'horizon nous empêche de voir ce qu'il y a au-delà de 15-20 km. Il y a eu une époque où ces deux villes, les gens venaient chercher la fortune quand il y a eu le boom du caoutchouc. Je suis en train de vous donner un exemple. Ces deux domaines se disputent toujours un seul et même territoire. Le boom du caoutchouc. Je ne sais pas si c'était terrible. Les aventuriers, les machins, l'histoire sanglante.
1:11:21 Et puis voilà que je crois que c'est les Hollandais qui ont dérobé des plants de caoutchouc pour en planter ailleurs, donc en Indonésie par exemple, qui était une colonie hollandaise jusqu'à il n'y a pas si longtemps historiquement. Et puis surtout qu'on a découvert un peu plus tard encore le caoutchouc synthétique qui a ruiné bien sûr tous ceux qui croyaient qu'il allait faire fortune.
1:11:51 Je ne sais pas qui est devenu... Il n'avait plus l'importance qu'il avait. Or, il y avait une telle fortune à l'époque où c'était la recherche du caoutchouc naturel qu'à Manaos, il y a eu un opéra, voilà où je voulais en arriver, un immense palace, quoi, où on représentait des opéras du répertoire, Carmen, la Tosca, la Valkyrie, j'en sais rien. Quand il y a eu la ruine du caoutchouc naturel, la jungle a repris ses droits.
1:12:26 Oui, des arbres poussés dans l'opéra, abandonnés, les murs éventrés par la poussée de la végétation. Vous avez tous vu comme moi. Je ne sais pas si ça vous a étonné comme moi, je crois aussi, mais ça n'arrête jamais de m'étonner. Sur le trottoir de Paris, à l'angle droit, là où il y a la façade d'un immeuble qui se termine sur le sol, perpendiculaire le sol, entre les deux vous avez des plantes qui poussent. Qu'est-ce que c'est que la force d'une petite plante, une herbe de rien du tout, qui arrive à se faire une place au point qu'on voit des fois le béton qui se déforme près d'un arbre dont les racines poussent par exemple.
La technique comme moyen : intelligence artificielle et Heidegger
1:13:09 L'homme qui veut introduire, ça c'est la législation qu'on appelle par liberté. Liberté ça veut dire qu'il ne procède pas d'une contrainte naturelle, ça ne veut pas dire qu'on est libre quand celui qui construit avec son marteau-piqueur la route ou la maison, il n'a pas dit que ça y est, c'est quand il travaille qu'il est libre, ça c'est nazi. C'était ce qui était écrit à l'entrée du camp de Buchenwald, vous savez, le travail libère, Arbeit macht frei. Travailler plus pour gagner plus, vous savez, il n'y a pas si longtemps qu'il y a eu ce slogan.
1:13:42 Non, on révise beaucoup de choses, parce qu'on en arrive à l'intelligence artificielle. Pagani, quel rapport ? Qu'est-ce que c'est que ça encore ? Qu'est-ce que ce détour ? Comment qu'elle détoure ? Il y en a qui s'inquiètent de l'intelligence artificielle. Moi, je m'inquiète. Des pattes dans les mains de qui ça va tomber ? C'est très différent. Combien de fois doit-on répéter que si je tue quelqu'un avec un couteau, c'est rarement le couteau auquel on fait un procès et c'est pas le couteau qu'on envoie en tôle. Et on a bien raison !
1:14:16 L'intelligence artificielle c'est un couteau, c'est un moyen au service d'une fin. Ma fin c'est « Bonjour ChatGPT, est-ce que tu peux me traduire ce texte ? » Voilà ma fin. C'est un instrument l'intelligence artificielle. D'accord ? Et comme tout instrument, il ne fait ni le bien ni le mal, mais il me donne, il décuple, enfin, il renforce considérablement au fur et à mesure du progrès technique, du progrès du moyen lui-même, de son efficience.
1:14:50 Il multiplie ma puissance de faire le bien aussi bien que le mal. C'est vrai qu'avec l'arme atomique on fait un peu plus de mal qu'avec un couteau. Mais avec l'énergie nucléaire on peut aussi guérir le cancer. Et avec ce couteau par lequel le je impersonnel dont je disais que je tuais quelqu'un, ce même je peut aussi avec ce couteau, s'il sait bien s'en servir et s'il a fait des études pour ça, L'appendicite de quelqu'un qui était au bord de faire une péritonite, c'est-à-dire une urgence absolue.
1:15:32 Donc le même instrument fait le bien ou le mal selon les pattes dans lesquelles il tombe. Quand je dis les pattes, je veux dire surtout dans les intentions de celui qui le manie. N'est-ce pas ? Donc, ne cachons pas les responsables du mal, quels qu'ils soient et d'où qu'ils viennent, de quelque camp qu'ils viennent. Ne le cachons pas derrière l'outil. Comme Heidegger qui a passé toute son oeuvre à faire le procès de la technique.
1:16:02 Ah oui, mais alors, il y a quelques exceptions, quand il dit que le plus grand événement de la métaphysique occidentale, ça a été la création des Panzerdivisionen, les divisions blindées du Reich. Oui, oui, mais je l'ai écouté, Cahier Noir 1933, si vous voulez les sources. Je les ai déjà données dans une vidéo, si vous me demandez, je vous les retrouverai, la référence et la page. Et oui, nous avons un devoir d'Eros à l'égard du Führer, mais j'invente rien, c'est des phrases d'Heidegger. Nous avons un devoir d'Eros à l'égard du Führer, si le cœur vous en dit.
1:16:43 Et puis, la plus grande réalisation de la métaphysique occidentale, c'est la création des Panzerdivisionen. Tout d'un coup, la technique a du bon là. Vous voyez bien que ça dépend de la fin qu'on poursuit. Voilà ce sur quoi je voulais attirer l'attention. Et ça s'applique bien sûr aujourd'hui à l'intelligence artificielle. Ce qui est monstrueux, c'est que dans ce qu'on appelle le libéralisme, ça veut dire, c'est vrai d'un côté, ça veut dire j'ai la liberté d'en faire quelque chose de criminel, si j'ai les moyens pour ça, et que c'est mon intention, s'il y a des gens, des peuples, des pays entiers qui ne m'intéressent pas, je peux les liquider avec l'artificiel.
1:17:29 Alors on dit plus à maintenant. On dit que ça peut liquider toute l'humanité. Là, on noie le poisson. Vous savez, il y a un danger de guerre nucléaire comme il n'y en a jamais eu. Ça ne veut pas dire qu'elle aura lieu. Mais il y a un danger. Je ne cesse de le répéter périodiquement parce que j'ai commencé par là mes toutes premières vidéos. Ça fait quand même plus de dix ans maintenant. Ça fait dix ans, pardon.
1:18:00 Et je disais déjà à l'époque entre crise et guerre, philosophie, point d'interrogation. Vous avez entendu quoi faire de mieux pour l'instant que philosophie, au niveau théorique en tout cas. Sauf que ça fait dix ans et non seulement ça ne s'est pas arrangé mais ça s'est aggravé depuis. Donc quand je dis que je n'ai jamais vu le danger de ce qu'il y a de pire, là il y a une possibilité d'extinction de l'humanité ou du plus grand nombre de personnes, ça c'est bien actuel.
1:18:44 Mais croyez-moi que c'est pas un danger pour tout le monde. Il y en a qui depuis longtemps se sont payés des bunkers. C'est des milliardaires bien sûr, mais ils ont des bunkers, vous savez, les Jeff Bezos, les... Pardon ? Elon Musk. Oui, merci Elon Musk.
1:19:14 Je ne sais pas pourquoi, depuis que j'ai la sciatique, ça aggrave mon oubli des noms. S'il y a des médecins parmi vous, ils m'expliqueront peut-être la chose. Alors, oui, avec des provisions pour attendre que les radiations se calment, etc. Il y a une inégalité là aussi, n'est-ce pas ? Donc la manière dont on en parle maintenant, comme par hasard, vous savez vous avez entendu parler de ces principaux agents de l'intelligence artificielle, ChatGPT, les d'autres, qui mettent en garde carrément dont l'un a démissionné je crois, de la boîte dans laquelle il travaille.
L'intelligence est transmissible : le bon sens chez Descartes
1:20:02 Comme par hasard ces distances prises avec l'outil, comme si c'était lui le problème et non pas les finalités auxquelles on le fait servir, comme par hasard ces distances prises avec l'intelligence artificielle interviennent au moment où les Chinois commencent à mettre au point les logiciels qui égale et bientôt dépasse les Américains. Ce n'est pas un hasard parce qu'il n'y a rien de plus transmissible que l'intelligence humaine.
1:20:35 Combien il y a de génies mathématiques ? Qui se perdent dans ces enfants. J'ai vu une fois un reportage terrifiant sur... aux Indes. Actuellement je ne parle pas de... des enfants qui passent toute la journée des horaires de travail. Je parle d'enfants de 8 ans, 9 ans, qui font près d'un four des briques, des briques, des briques pour payer les dettes de leurs parents.
1:21:14 Je me rappelle, quand je me rappelle des choses comme ça, je mets un temps d'arrêt parce que des fois je me dis j'en rajoute ou quoi, c'est énorme ce que je vais dire, c'est pas pour... et bien si, si, si. Malheureusement j'ai pas la vidéo mais je retrouverai. L'enfant se mettait à pleurer en disant que son rêve à lui serait d'aller à l'école. Il était là à faire des briques, 9 ans. Donc voilà, réfléchissez bien à ça, parce que ce n'est pas la pire mauvaise nouvelle du jour, c'est plutôt une bonne nouvelle.
1:21:54 C'est que rien n'est plus transmissible dans l'humanité que l'intelligence. Je vais dire si Si quelqu'un dans tel pays a pu trouver les lois de fonctionnement d'un gène, en biologie par exemple, c'est que quelqu'un de n'importe quel autre pays peut le trouver aussi.
1:22:26 L'humanité n'est pas divisée en espèces qui sont inégales du point de vue de l'entendement, cette faculté qui est présente à chacun d'entre nous, à part de très rares cas marginaux de pathologies violentes. Bref, ce qui est condensé dans cette première phrase qui est une explosion atomique, cette première phrase qui fonde la pensée moderne, celle qui commence la première ligne du discours de la méthode de Descartes.
1:23:09 Je fais un suspense avant de vous la dire. Il avait appris à construire un discours chez les frères oratoriens. Vous savez, il savait bien ce qu'il faisait Descartes. Le discours de la méthode parait en 1637. Un an avant, en 1636, il y avait eu la condamnation de Galilée. Et Descartes qui est malin, sait très bien qu'il ne faut pas tout dire comme il a envie, mais qu'il faut déguiser sa pensée au point que sa devise s'était, larvatus prodeo, j'avance masqué.
1:23:45 Il sait bien qu'il y a l'Église à l'époque, qui guette, qui dit quelque chose qui mérite le bûcher. Alors il commence par cette phrase, je vous la dis maintenant. Je vous dis c'est une bombe atomique si on regarde de près. On n'était pas loin là avec l'intelligence artificielle et une guerre nucléaire. Le bon sens, c'est l'équivalent chez Descartes de l'entendement chez Kant, le bon sens est la chose du monde la mieux partagée.
1:24:21 Ça a l'air simple, ça a l'air clair Descartes, vous voyez ça va loin. Ça veut dire qu'en chacun de nous, je continue ce que Descartes, le bon sens c'est-à-dire la faculté, c'est lui qui dit, de distinguer le vrai d'avec le faux. Si je vous dis deux et deux font onze, n'importe qui qui a du bon sens va dire tu veux pas reprendre du café ? Oui, je suis fatigué. Voilà. Le bon sens, c'est pas là qu'il y a des différences entre les hommes. On peut avoir plus ou moins d'argent, plus ou moins de santé, plus ou encore que ceux-ci sont aussi liés à la fortune, mais enfin plus ou moins de santé.
1:24:59 Il y a une inégalité qui n'est pas, hélas, ne se réduit pas seulement à des mesures sociales. Il y a des tas de plus ou moins entre les individus de taille, de machin, de beauté, de laideur, selon les goûts des hommes. Il y a une différence à ce niveau-là dans la faculté de distinguer le vrai d'avec le faux. Tu es dans la pièce ou tu n'es pas dans la pièce, voilà je veux dire, même le plus abruti, le plus...
1:25:35 Sait bien que deux ne font pas onze. Et il ajoute dans son argumentation, il est malin, pour prouver que c'est la chose du monde la mieux partagée, qu'on voit des hommes réclamer plus de ceci ou plus de cela, dit Descartes. Là, je le résume. Les humains, ce n'est pas avec ces mots, mais on ne voit jamais, il a remarqué ça, on ne voit jamais quelqu'un demander plus de bon sens.
Rationnel et raisonnable ; conclusion sur le reflet
1:26:05 Ce qui prouve qu'il en a autant qu'un autre, après tout. Vous voyez, ça nous a emmené loin cette histoire de distinction, de l'entendement, tout ce que vous appelez en gros la logique, à l'œuvre dans les sciences, de la raison qui est une faculté non plus théorique mais pratique et vous le trouvez dans la langue, je dis bien dans la langue, pas dans le langage en général, dans la langue française par exemple, avec ratio ou avec raison vous avez deux dérivés, le rationnel et le raisonnable, c'est pas pareil.
1:26:46 Quand on dit à un enfant tu n'es pas raisonnable, ça veut pas dire qu'il connaît pas la table des logarithmes. Quand il fait une faute de calcul en arithmétique etc. on dit pas tu n'es pas raisonnable, on dit tu n'es pas rationnel. Et les deux viennent de raison. D'accord ? Donc la raison est bien la faculté pratique. Elles ne se distinguent de l'entendement que par exemple dans la morale, dans le droit, c'est-à-dire la morale avec une institution, pour une collectivité, dans le droit, dans la juridiction, dans la jurisprudence.
1:27:30 La raison est à l'œuvre dès l'instant qu'il y a action et donc lorsqu'il y a une fin, c'est la faculté des fins, alors que l'entendement se garde bien. Heureusement que les sciences ont combattu le finalisme. Lorsque la physique s'est mise en place à l'époque de Galilée, en gros dans le passage du XVIe au XVIIe siècle, La physique scientifique qui nous amène à celle d'aujourd'hui, c'est une révolution, d'ailleurs c'était là qu'on avait conclu la dernière vidéo, Kant dit lui-même qu'il appelle ça lui-même la révolution copernicienne.
1:28:20 Il fait allusion au fait que, en rappelant que révolution est un terme qui vient de l'astronomie, ce qui est en haut vient en bas, vous savez la révolution des astres, la trajectoire des astres, la révolution copernicienne, je croyais que j'étais au centre et voilà qu'on m'expulse à la périphérie. C'est ça la révolution copernicienne. Je ne suis pas au centre, je suis à la périphérie. Et c'est ce qui fait dire à Pascal, qui était un grand savant et pas seulement un grand penseur, c'est une sphère dont le centre est partout et la circonférence nulle part. Autrement dit, elle est infinie.
1:29:00 Voilà, je ne vous embête plus, mais je voudrais que vous reteniez que pour qu'un champ apparaisse, Il faut qu'une forêt ou un marécage disparaisse. Et que donc deux législations, celle qui est là avant que l'homme apparaisse sur terre, la législation par nature, et celle qu'introduit l'homme avec ses propres visées, donc c'est des législations qui se combattent sur un seul et même territoire qui est celui dans lequel vous vivez chaque jour. Voilà.
1:29:33 Eh bien merci beaucoup à l'intervention de Alouf le Givre, sans laquelle, quand il parle du reflet des mouvements de la matière, et je finirai là-dessus, sur ce petit détail, à son intention, c'est pas si simple la notion de reflet, je l'ai dit en tout début et je l'illustre maintenant pour finir, je dis à notre ami, mettez-vous devant une glace, Regardez bien, vous verrez que c'est compliqué déjà le reflet.
1:30:03 Vous croyez que c'est vous en face et non. Parce que ce qui est à droite chez vous est à gauche dans la glace et vice-versa. Donc il y a quelque chose de dialectique dans la notion de reflet et pas seulement de mécanique. Voilà. Je vous dis à la prochaine fois, je dis encore merci à Adrien et je dis merci à Bintou de ne pas être passé devant l'écran cette fois-ci. Elle m'a dit de vous remercier de toutes les louanges qu'elle a reçues dans vos commentaires de ma vidéo et aussi par téléphone de la performance de sa dernière vidéo. Merci Adrien, merci à vous tous et à vous toutes.