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Pourquoi ce poème : une manifestation manquée
0:00 Je vais commencer par un texte d'Aragon et je vais vous dire d'abord pourquoi je l'ai choisi dans l'œuvre. Il n'y a pas plus foisonnant que l'œuvre d'Aragon. Les romans, les poèmes, les essais, les articles, c'est une œuvre, on sous-estime toujours l'immensité.
0:34 Pour l'instant, je ne suis même pas du monde de valeur, mais je vais dire, en nombre de pages, c'est ahurissant, déjà. Et l'érudition, l'érudition. Mais ici, j'ai pris un poème, plutôt long en fait, qui fait trois ou quatre pages, mais je vous rassure, je veux dire, j'ai sucré quelques strophes. Mais pourquoi je l'ai choisi ? Pour me venger de ma frustration, pour me consoler et me venger de ma frustration de ne pas avoir été à la manifestation d'hier.
1:14 J'avais assemblé mes forces pour y aller, mes forces de vieux. Non, non, mais sérieusement, et puis voilà que j'ai été terrassé pendant une demi-journée, je ne vais pas vous embêter avec mes histoires personnelles, avec des crises de calcul de la vésicule. Heureusement, ça n'affecte pas gravement l'état général, mais c'est extrêmement douloureux. Donc, j'ai commencé par être cloué au lit par ça, puis après, j'ai été abruti pendant 24 heures par les anthalgiques, ça a commencé au milieu de la semaine dernière, je ne m'attarde pas. Mais c'est pour vous dire pourquoi je n'ai pas pu, j'ai vu les images du stand Delga, je serais bien aller saluer mes camarades de Delga, par exemple, entre autres.
1:51 Et puis surtout, le manif est le même, vu le succès, je faisais un peu la fine bouche ces dernières années. Et ouais, les manifs, parlons-en de ce que c'est devenu, quand on me dit, tiens, on a eu du succès, on a été 10 000, alors que moi, je suis une génération où on en avait un million, les dernières. À cette dimension, ma connaissance, c'est quand on a manifesté à Londres, à Paris et à Rome, contre la guerre d'Irak non autorisée par l'ONU. Ça paraît bien loin, tout ça. Ce n'était pas le vilain russe, c'était « The Ugly American », comme il y a un roman célèbre à l'époque de la guerre d'Irak non.
Aragon caché à Dieulefit, loin du Paris des cortèges
2:28 Mais, donc, quel rapport avec le poème d'Aragon ? Eh bien, justement, Aragon a été frustré aussi, mais c'est beaucoup plus sérieux que moi, pour des raisons graves. Il était traqué par la Gestapo, militant communiste, et il était à ce moment-là, planqué, chez d'admirables camarades, dans la Drôme, dans la commune où est né mon fils, je n'y peux rien, c'est une coïncidence, mais à Dieulefit, en toute simplicité. Et, je rappelle au passage qu'on a décerné à Dieulefit le titre enviable de commune cité des Justes, parce que cette petite bourgade de quelques milliers d'habitants a réussi à sauver plus de 2000 juifs pendant la guerre.
3:19 Bref, donc, je lui fais résistant, hein, Aragon, Pierre Emmanuel, entre autres. Alors, et donc, il était là, il était en sûreté, oui, mais Paris, le Paris où vous étiez hier, la plupart de ceux à qui je m'adresse, le Paris, des manifestations, des avenues noires, de la marée montante de la protestation.
3:51 Je ne m'attarde pas trop parce qu'il le dit tellement mieux, Aragon, que du coup, je ne fais que bredouiller, là, en essayant de le paraphraser. Et donc, il y a beaucoup de passages qui vont vous paraître loin des manifs subjectifs, où il se désole d'avoir, d'abord, de son rapport personnel à Paris, n'est-ce pas ? Mais, je vous lis tout de suite une strophe qu'on va revoir après dans le flux, parce qu'elle est un peu loin du début, mais je vous la lis quand même, n'est-ce pas ?
4:22 Sur les places grondait l'orage populaire, les bras en croix tombaient des héros inconnus, ou des cortèges noirs le long des avenues, il paraissait écrire un serment de colère. Ô Paris, tu berçais les vents dans tes bras nus. C'est ce Paris-là, celui qui a commencé au Faubourg Saint-Antoine pendant la Révolution française, cette tendance-là contre laquelle s'acharnent tout ce qui est droite, nouvelle droite, soi-disant gauche de la gauche, par certains côtés, n'est-ce pas ?
Contre l'antijacobinisme : l'exemple de Carhaix
5:01 Ils peuvent se disputer le pompon à ce niveau-là. Et je ne cache pas aussi que je vais prendre revanche aussi contre certaines formes de régionalisme, mais pas tous, il y a des régionalismes, il y a des gens sacrifiés des fois. Mais il y a un tel acharnement contre ce qu'on appelle le jacobinisme, la centralisation contre Paris, quoi. Je donne juste un exemple pour vous montrer ce qui me met en colère. Encore une fois, ça peut être justifié des fois, mais si c'est Paris comme siège de l'exécutif, je suis le premier à être contre.
5:38 Non, mais il ne s'agit pas de ça. À Carhaix, commune importante du centre de la Bretagne, ce n'est pas la Bretagne très touristique, ce n'est pas celle des plages ou des petits ports. Non, non. À Carhaix, mais qui était déjà repérée par les Romains à l'époque, il y avait deux grands employeurs, la mairie, pardon, l'hôpital, 1500 emplois, et la gare. Les deux sont fermés, alors je vous parle.
6:08 Il y a longtemps, si vraiment on veut voir un échantillon de ce que certains appellent la France périphérique, même si ses concepts sont un peu flous, Carhaix en est une parfaite, je n'ose pas dire excellente, illustration, tragique illustration. Vous s'en riez aussi par certains côtés. Or, qu'a dit le maire de Carhaix ? Centre non inscrit, modéré, vous savez, j'ai fait suffisamment de vidéos sur ce que j'appelle l'extrême centre, qui est tout, sauf une modération.
6:41 Tous ceux qui n'étaient pas clairs pendant l'occupation se sont convertis sous l'étiquette, sans étiquette, divers modérés, divers droits, divers gauches, entre Mitterrand et Giscard, là, quelle importance, franchement. C'est vraiment le chouïa, la différence est dérisoire à ce niveau-là. Et donc, le maire, à l'époque, avait dit « Paris dépouille la Bretagne ! » Comme si c'était que en Bretagne, n'est-ce pas, que le capital s'acharnait contre les emplois.
Tenir ensemble l'actualité et le commentaire de texte
7:14 Voilà. C'est pour rétablir le vrai jacobinisme, enfin, un Paris. En bref, j'ai choisi un texte qui me permet de surmonter l'hésitation avec laquelle je vous bassine depuis pas mal de vidéos déjà. Je dis ça un peu par fausse modestie, parce que j'ai vu qu'il y en a qui s'en accommodent pas mal, après tout. Vous savez, j'hésite entre une communication qui est branchée sur l'actualité à la plus immédiate ou au contraire un commentaire d'un texte, je ne sais pas, moins d'un poète du XVIe siècle.
8:00 Pourquoi pas ? Eh bien là, j'arrive à concentrer les deux, un peu comme ce que nous avions fait dans nos premières lectures à vif avec Mallarmé. On me dit, voilà, qu'est-ce qui va nous bassiner avec un auteur décadent, ces primitives épellations pour le citer. Et puis, en fait, il s'agit de lutte de classe sur le gazon pour le citer. Vous voyez. Eh bien là, avec Aragon, je tiens les deux bouts. Quelqu'un d'aussi peu suspect de complaisance pro-communiste et marxiste, quelqu'un comme, bon, c'est comment il s'appelle, il est mort maintenant, ce brave, ah, écrivain de droite, on ne connaît que lui, de, de, c'est le vieillissement, je veux dire, c'est les noms propres qui m'échappent le plus.
8:53 Enfin, un des plus connus a dit que c'était quand même de loin le plus grand des poètes français de l'époque moderne, quand même. Aragon. Donc, sans plus tarder, je vous situe le contexte, il était donc à Dieulefit dans la Drôme, ok, et Paris lui manque. Je n'en dis pas plus, ce n'est pas n'importe quel Paris. Et je commence la lecture. Bon, je, vous l'avez devant vous, je vais quand même prendre le texte aussi que j'ai communiqué à Philippe, parce que, comme il n'y a pas toutes les strophes, je tiens à ce qu'on est les mêmes, voilà.
Les vieilles photos de Paris et le Paris qui rêve
9:38 Comme on laisse à l'enfant pour qu'il reste tranquille des objets sans valeur traînant sur le parquet, peut-être devinant quel alcool me manquait, le hasard m'a jeté des photos de ma ville. Donc là-bas, en province, je vois des photos, des vieilles photos de Paris, les arbres, des photos de ma ville, les arbres de Paris, ces boulevards, ces quais. Il, il s'agit de Paris, il a le front chargé d'un acteur qu'on farde Il a cet oeil hagard des gens levés trop tôt.
10:14 C'est pourtant mon Paris sur ces vieilles photos. Mais ce sont les fusils des soldats de la garde si, comme ces jours-ci, la rue est sans auto. Le Paris de l'occupation. L'air que siffle un passant vers 60, il s'agit bien sûr de 1860, puisque le poème a été écrit dans les années 40. L'air que siffle un passant vers 60 du plaire sous les fers de chevaux les pavés sont polis.
10:48 Donc vous voyez la tentation maintenant, on laisse le Paris apparemment politique, tout ça, qui commençait à s'esquisser pour aller dans la nostalgie, dans la subjectivité. Dans l'état d'âme, l'air que siffle un passant vers 60 du plaire sous les fers des chevaux les pavés sont polis. Un immeuble m'émeut que j'ai vu démoli. Donc il voit une photo où un immeuble est encore debout et que lui l'a vu démoli. C'est Baudelaire qui a dit dans un des plus beaux poèmes sur Paris qui s'appelle Le Cygne, il s'agit de l'oiseau, si vous voulez le retrouver dans les Fleurs du mal, la forme d'une ville change plus vite hélas que le cœur d'un mortel.
11:25 Un immeuble m'émeut que j'ai vu démoli. Cet homme qui s'en va, n'est-ce pas Baudelaire ? Ce luxe flambant neuf la rue de Rivoli. J'aime imaginer le temps des crinolines. Le Louvre étant fermé du côté tuileries par un château chantant dans le soir des soirées. Les lustres brillaient trop à minuit pour le spleen à la couleur des bleus d'imprimerie. Il n'y a pas qu'à l'époque tout se faisait à l'encre et à l'encrier. Ça va être en passant.
11:58 Et puis tout d'un coup il se fait un silence à la fin des quadrilles. Paris rêve. Et qui sait quels rêves sont les siens ? Ne le demandez pas aux académiciens. Le secret de Paris n'est pas au Bal Mabille. C'est un endroit fréquenté par la mondanité parisienne et pas plus qu'à la cour au conseil des anciens. Paris rêve et jamais il n'est plus redoutable. Je rends hommage à ceux qui ont défilé hier et jamais il n'est plus redoutable plus orageux jamais que muet mais rêvant.
12:31 de ce rêve des ponts sur leurs arches de vent. De ce rêve aux yeux blancs qu'on voit aux yeux des fables. De ce rêve mouvant dans les yeux des vivants. Paris s'éveille et moi pour retrouver c'était bien avant la chanson de Dutronc qui a été classée parmi les 10 plus belles chansons françaises de l'après-guerre. et pour ce résultat duquel le Roger Bourdin qui joue un grand flûtiste classique et qui accompagne tout le long Dutronc n'y est pas pour rien c'est une merveille.
Le Pont-Neuf et l'épaisseur historique
13:07 Paris s'éveille et moi pour retrouver ces mythes qui nous brûlaient le sang dans notre obscurité de clandestin je mettrai dans mes mains mon visage irrité. Que renaisse le chant c'est H-A-N-T bien sûr pour ceux qui n'ont pas le texte sous les yeux que renaisse le chant que les oiseaux imitent et qui répond Paris quand on dit liberté. C'est un pont que je vois si je clôt mes paupières à partir de là je vous demande je demande à ceux qui sont un peu familiers du lieu je pense au Pont-Neuf mais le Pont-Neuf il le voit d'abord du côté du pont des Arts vous savez quand on voit le Pont-Neuf depuis le pont des Arts on voit les deux arches comme il va dire du Pont-Neuf on voit les demi-lunes ou les camelots à l'époque d'ailleurs avaient l'habitude de développer le boniment comme on dit et ces demi-lunes donnent un côté il a très bien trouvé l'image l'aorte du Pont-Neuf il va dire plus loin vous allez voir comme une artère et les deux se rencontrent sur l'île de la cité sur la proue de l'île de la cité où il y a la pointe du Vert-Galant la petite square Henri IV
14:17 il y a la statue je vous dis tout ce qu'on va retrouver dans le poème pour que ce soit clair la statue de bronze d'Henri IV qui domine la proue de l'île Saint-Louis et derrière lui comme un tabernacle comme une fente sacrée comme derrière lui deux immeubles roses du XVIe siècle par lesquels on entrevoit derrière la merveilleuse place Dauphine voilà je rappelle tout ceci mettez Pont-Neuf Google images et tout ça sera très clair n'est-ce pas c'est un pont que je vois si je clôt mes paupières n'oubliez pas qu'il dit ça à 700 km de là la Seine y tourne avec ses tragiques totons oh noyés dans ses bras comment dort-on c'est un pont qui s'en va dans les loges de pierre des repos arrondis en forme les festons un roi de bronze noir à cheval c'est Henri IV le surmonte et l'île qu'il franchit à double floraison
15:33 on dirait un bateau sur son ancre de fonte que font trembler les voitures de livraison la harpe du Pont-Neuf frémit comme un orchestre où j'entends préluder le vin de mes vingt ans il souffle un vent ici qui vient des temps d'antan et tout d'un coup comme toute grande poésie en particulier et d'une manière générale dans tout art toute grande musique toute grande peinture on voit l'importance qui s'est réduite mais comme une peau de chagrin avec la dominance de la culture je ne suis pas anti-américain je le dis souvent je suis anti-atlantiste mais il y a un défaut propre à la civilisation américaine qui a par ailleurs des qualités que je défends je ne parle pas de la politique de l'exécutif américain qui a commencé dès sa fondation par des esclavagistes et les propriétaires d'esclaves les Washington et Jefferson n'est-ce pas et qui maintenant se disputent entre la droite et l'extrême droite les deux présidents là le Sleepy le Biden et Bush donc vous voyez mon lapsus et je ne trouve même pas
16:44 les noms propres les plus connus bon bref et non non mais il y a d'immenses américains même quand ils sont je ne sais pas un Faulkner est un immense écrivain même si on peut trouver plus à gauche il ne s'agit pas de faire ici une guerre de tranchées donc pourquoi je fais ce détour parce que le principal défaut de l'Amérique c'est un pays d'histoire récente on ne peut pas dire qui vient comme ici il souffle un vent ici qui vient des vents d'antan mourir dans les cheveux de la statue équestre le coeur pardon c'est pas le coeur la ville comme un coeur oui ici ouvre à deux battants c'est un coeur qui s'ouvre comme ça c'est qu'il éclate en même temps il y a un côté magnifique et tragique en même temps donc je répète cette strophe qui est d'une beauté la harpe du pont neuf frémit comme un orchestre où j'entends préluder le vin de mes vingt ans il souffle un vent ici qui vient des temps d'antan mourir dans les cheveux de la statue équestre le coeur la ville comme un coeur
L'homme, animal historique ; le souvenir de la Grande Guerre
17:55 s'y ouvre à deux battants je m'étends encore un petit peu sur ce que je viens de dire sur la histoire trop récente des Etats-Unis pour exprimer la longue durée l'épaisseur temporelle sans laquelle il n'y a pas de grande valeur humaine l'homme est un animal historique pour donner des tas de définitions de l'homme y compris comme chez Rabelais le rire est le propre de l'homme c'est l'animal mais celle-ci n'est pas moins défendable que les meilleures n'est-ce pas l'homme est un animal historique je préfère dire même historique que culturel parce que toutes les cultures qui existent dans l'humanité s'inscrivent dans une histoire sachant qu'il faut périr les garçons de mon âge mirage se leurraient d'une ville au ciel gris nous derniers-nés d'un siècle et ces derniers conscrits les pieds pris dans la boue et la tête aux nuages nous attendions leur hache en parlant de Paris ça a l'air un peu obscur mais attendez c'est écrit au milieu des années 40 Aragon a connu la première guerre mondiale Aragon a la croix de guerre je le dis parce qu'on le prend des fois
19:06 pour qu'on a un intellectuel un peu dilettante quel contresens il n'y en a pas beaucoup vous savez qui se sont illustrés je parle de la deuxième guerre mondiale mais il a connu la première auquel il sera fait allusion on verrait vers la fin du poème quand il va repenser le carnage qu'a eu à Saint-Mihiel en Lorraine quand la chanson disait tu reverras Paname ceux qu'un œillet de sang allaient fleurir bientôt ceux qui vont mourir l'œillet de sang vous voyez c'est un peu comme dans le dormeur du Val de Rimbaud la blessure sur celui dont le cadavre était allongé dans la tranchée n'est-ce pas ceux qu'un œillet de sang allaient fleurir tantôt quelque part devant Saint-Mihiel ou Neufchâteau entourant le chanteur comme des mains la flamme sentaient frémir en eux la pointe du couteau ils savent que oui j'espère qu'on reverra Paname mais bon sang on a beaucoup de chances de mourir tout ça est actuel n'est-ce pas la guerre gronde si peu loin de chez nous n'est-ce pas que de cadavres des deux côtés de si jeunes gens depuis lors j'ai toujours trouvé dans ce que j'aime
« Arrachez-moi le cœur, vous y verrez Paris »
20:16 un reflet de ma ville une ombre dans ses rues monuments oubliés passages disparus j'ai plus écrit de toi Paris que de moi-même tout d'un coup s'écrie n'est-ce pas non non je ne suis pas en train de parler de moi il est en train et plus qu'en mon soleil en toi Paris j'ai cru sur les places grondait l'orage populaire les bras en croix tombaient des héros inconnus ou des cortèges noirs le long des avenues ô Paris tu berçais les vents dans tes bannières là encore je salue les manifestants d'hier qui pourraient parfaitement n'est-ce pas avoir cette strophe qui auraient pu avoir cette strophe banderolle ce Paris ce théâtre d'ombre que je porte d'ombre quand il est exilé là-bas n'est-ce pas mon Paris qu'on ne peut tout à fait m'avoir pris pas plus qu'on ne peut prendre à des lèvres leurs cris que n'aurait-il fallu pour m'en mettre à la porte arrachez-moi le cœur vous y verrez Paris c'est de ce Paris-là que j'ai fait mes poèmes mes mots sont la couleur étrange
21:26 pardon de rire mes mots sont la couleur étrange de ces toits vous savez la plupart des toits de Paris ce qu'on sait pas à la doigt c'est le zinc n'est-ce pas et donc aussi il y a un peu la couleur des pigeons qui sont si nombreux dans Paris je riais parce que ça agace tellement de gens les pigeons qui vous frôlent la gorge des pigeons y roucoule les châteaux j'ai plus écrit de toi Paris que de moi-même et plus que de vieillir souffert d'être sans toi et c'est la dernière partie de chansons vous savez ce genre de chansons je n'ai pas pensé aux feuilles mortes avec un fond d'accordéon une chanson qui dit un mal inguérissable plus triste qu'à minuit la place d'Italie pareil au point du jour pour la mélancolie plus de rêves au doigt que le marchand de sable annonçant le plaisir comme un marchand d'oubli pardon de faire de l'intertextualité d'interrompre ce texte mais pour un au moins aussi beau je pense à un des derniers éclairs de génie de Baudelaire dans les pièces ajoutées aux fleurs du mal
Baudelaire en contrepoint et la chanson populaire
22:36 un poème qui s'appelle Recueillement qui est un énième coucher de soleil ou sans doute à l'époque où il habitait à l'hôtel il y a une plaque encore maintenant quai Voltaire il y a une plaque où il y a marqué Richard Wagner Charles Baudelaire et Oscar Wilde ont honoré cet hôtel de leur séjour excusez du peu je dis ça parce qu'il y a une allusion vous allez voir à la Seine dans ce poème je vous y renvoie recueillement parce que je ne veux pas le citer en entier mais juste ce passage qui contrepointe ce que dit ici Aragon annonçant le plaisir quand même marchand d'oubli à propos de ce vers-là il parle à lui-même dans ce poème à son âme sois sage ô ma douleur et tiens-toi plus tranquille tu réclamais le soir il descend le voici une atmosphère obscure enveloppe la vie aux uns portent la paix aux autres le souci je vais un peu vite maintenant je ralentis pendant que des mortels la multitude vile côté un peu décadent et aristocratique et réactionnaire
23:46 de Baudelaire pendant que des mortels la multitude vile sous le fouet du plaisir ce bourreau sans merci va cueillir de remords dans la fête servile ma douleur donne-moi la main viens par ici loin d'eux je reprends Aragon annonçant le plaisir comme un marchand d'oubli cette fameuse chanson lancinante une chanson vulgaire et douce donc populaire vulgaire vient de vulgum latin que vous retrouvez dans Folk pour remplacer F par V comme dans toute langue européenne vulg devient fulg que ce soit en allemand ou dans les langues anglo-saxonnes ça veut dire populaire n'est-ce pas une chanson vulgaire et douce la voix baisse comme un amour d'un soir doutant du lendemain une chanson qui prend les femmes par la main une chanson qu'on dit sous le métro barbès et qui change à l'étoile et descend à Jasmin il est temps de finir le vent murmurera mes vers au terrain vague il frôlera les bancs où nul ne s'est assis on entendra pleurer
24:56 sur le quai de Passy et les ponts répétant la promesse des bagues s'en iront fiancés aux rimes que voici quelle rime est-elle de la première strophe qu'il répète pour finir comme on laisse à l'enfant pour qu'il reste tranquille des objets sans valeur traînant sur le parquet peut-être devinant quel alcool manquait le hasard m'a jeté les photos de ma ville les arbres de Paris ces boulevards ces quais encore une fois hommage pas aux manifestants d'hier mais à ceux de demain à ceux d'après-demain merci à tous