Transcription automatique (Whisper), non relue — cliquez pour aller au passage.
Montage d'ouverture
0:00 Le féminisme est un mouvement historiquement relativement récent, même si c'est beaucoup plus ancien que ne le croient les imbéciles, qui croient que tout commence avec eux aujourd'hui.
0:30 Beaucoup de féministes vous répondront que la féminité c'est une invention de l'homme, une invention du mal patriarcal, c'est un fantasme. Je me démarque du côté idiot de ce féminisme-là, qui n'est pas le féminisme des millions de femmes qui se battent pour s'émanciper de l'esclavage dans lequel elles sont tenues économiques, sociales, patriarcales et roule étroits à la fois.
1:00 Il y a des mâles et des femelles dans la nature, mais il y a des hommes et des femmes dans la culture, dans l'histoire. Voilà où se trompent ceux qui pensent que c'est dans les gènes, que oui, un homme c'est un homme, une femme c'est une femme, ce sera toujours comme ça. Non, non, non, ça n'a pas toujours été comme ça.
1:41 Hommes et femmes sont des rôles et non pas des entités substantielles. Des rôles… Que nous ne pouvons nous puisque cela peut être gênant dans les milieux privilégiés… Puis cela vrai très Le véritable féminin, celui qui doit m'apporter ainsi qu'au monde entier la libération.
2:15 Une fois que l'égoïsme masculin fût-ce sous la figure la plus noble, se sera brisé devant lui. Elsa, la femme que je n'avais pas comprise jusqu'alors, cette expression la plus nécessaire et la plus pure de l'involontaire a fait de moi un révolutionnaire achevé. Elle était l'esprit du peuple dont j'attendais aussi en tant qu'artiste ma libération. Ça autrement de l'envergure quand même, n'est-ce pas, que celle qui dit qu'on l'a violée parce qu'on a dit vous avez un chemisier ravissant ce soir, mademoiselle. Il doit se dépouiller le nom de l'amour.
La logique de la question : compatible ou différent
2:50 Il doit renoncer son puissant délire. Et seulement il doit se débrouiller le pouvoir de la puissance de l'involontaire. Question de Bertrand Saint-Songe, que je salue au passage. La féminité et le féminisme, est-ce compatible ou différent ? Je répète. La féminité et le féminisme, est-ce compatible ou différent ?
3:25 Ce qui me vient d'abord à l'esprit avant de répondre, presque en préalable à la réponse, c'est une petite remarque, j'espère que Bertrand le prendra pas mal parce que ça n'a rien de désobligeant, mais c'est que le découpage de la question est étrange parce qu'on dit compatible ou incompatible, compatible ou contradictoire, voyez, par exemple. Est-ce en conjonction les deux ou est-ce qu'il faut les penser en disjonction ? Vous voyez, on peut raffiner et jouer 36 variations sur le même thème, c'est-à-dire est-ce que féminité et féminisme, ça s'implique mutuellement ou est-ce qu'au contraire, il y a beaucoup de choses qui éloignent l'une de l'autre ?
4:11 Pardon, je ne sais plus comment dire, n'est-ce pas, avec l'inclusivité, parce qu'on dit la féminité et le féminisme, entendez-le comme vous voulez. Mais non, ce qui m'intéresse, c'est qu'il a dit est-ce compatible ou différent ? Normalement, avant ou différent, on devrait entendre est-ce pareil ou différent ? Est-ce la même chose ou est-ce différent ? Voilà, je commence par ce préalable, voyez, parce qu'il faut toujours voir les réquisites logiques qu'il y a dans une question si on veut y répondre sérieusement, n'est-ce pas, sans faire de procès d'intention, voilà.
4:46 Mais enfin, je réponds, maintenant je peux me permettre de commencer à faire une réponse positive au sens que je ne m'occupe plus des sous-entendus de la réponse, de la question, pardon, mais de son questionnement lui-même, à savoir, est-ce compatible ou différent ? Bon, moi je dis, le féminisme, c'est différent. Très rapidement, je commence par des choses où on va être presque tous d'accord. Le féminisme est un mouvement historiquement relativement récent, relativement récent, même si c'est beaucoup plus ancien que le croient les imbéciles, qui croient que tout commence avec eux aujourd'hui, n'est-ce pas ?
Molière, les précieuses et les femmes savantes
5:33 Vous savez, c'est auquel est Hegel de la philosophie du droit quand il dit « tout se passe comme si c'était précisément maintenant que le monde a attendu qu'on le pense, à la racine, à la base, et ce maintenant se renouvelle toujours indéfiniment. » Et comme il a écrit ça il y a plus de 150 ans, n'est-ce pas, ça fait drôle de penser qu'il y en a qui croient vraiment. Ce n'est pas que le monde découvre les questions lorsqu'il les formule. Non, le féminisme, c'est une vieille histoire, une vieille histoire dans l'histoire contemporaine et moderne, voilà. On ne parle pas tellement des mouvements féministes dans l'Empire romain, n'est-ce pas, en grattant bien, on pourra trouver des trucs qui doivent rappeler ça de loin, et quand il est isolé.
6:09 Mais je veux dire que, par contre, si on remonte un peu plus loin, pensons tout de même à cet événement que fut la pièce de Molière, les femmes savantes. D'accord ? Parce que Molière, le corrosif, celui qui a été inquiété par le parti des dévots lorsqu'il a osé, n'est-ce pas, représenter le tartuffe, en s'imposant même beaucoup de coupes que le roi a regretté, lui a demandé en disant, allez, il ne faut pas donner des armes pour vous faire fouetter, essayer d'enlever ci, d'enlever ça, les inquisiteurs vont se sentir trop concernés, etc.
6:46 Vous savez que le roi avait de l'affection pour Molière, Louis XIV. Donc, Molière, vraiment, qui attaque tellement de préjugés, n'est-ce pas ? Mais c'est souvent, parmi les pièces les plus célèbres, le monde des femmes qui a l'air de concentrer les préjugés et qu'il tourne en ridicule, en commençant par un titre célèbre, les précieuses ridicules. Mais ce n'est pas les femmes qu'il attaque. C'est un milieu, n'est-ce pas, bien confiné, celui où on ne disait pas un fauteuil, parce qu'appeler les choses par leur nom, c'est d'un vulgaire, il fallait dire par une périphrase, avancez-nous donc les commodités de la conversation.
7:27 C'est ça un fauteuil, c'est les commodités de la conversation. Faudrait avoir l'esprit un peu tordu pour dire qu'il en veut aux femmes. C'est vrai que les femmes étaient assignées à des rôles de mondains, de recevoir, de faire salon. Il ne faut jamais sous-estimer l'importance, purement géographique apparemment, n'est-ce pas, de la périphérie et du centre, n'est-ce pas, de la culture, soit centralisée à la cour, à Versailles, ça il faudra attendre 1814 pour que ce soit le cas, avec les représentations à la cour, dans lesquelles le roi lui-même d'ailleurs s'impliquait, il était des fois personnage, dans un ballet ou dans une pièce.
8:07 soit la culture décentralisée, ce n'est plus Versailles, c'est Paris, c'est un peu plus, vous voyez, libre de parole, et c'est les fameux salons et les cafés qui vont tellement bruisser, au XVIIe siècle c'est plutôt les salons des précieuses, où on décline la carte du Tendre, comme on disait chez Mademoiselle de Scudéry, mais par contre au siècle suivant, au XVIIIe siècle, c'est les salons où vont se développer les idées fondamentales des Lumières et qui vont amener à la Révolution, pour aller vite, quand même, n'est-ce pas ?
8:41 Voilà, je referme la parenthèse. Donc, il y a plus grave que les précieuses ridicules, c'est les femmes savantes, dans lesquelles il semble anéantir la prétention des femmes à être des intellectuels à part entière, comme les hommes. Et donc, on a l'impression que là, Molière, au contraire, rejoint un petit peu la réaction conservatrice, n'est-ce pas, et patriarcale que les femmes, qu'elles n'ont qu'à s'en tenir à la cuisine ou à leur rôle d'être charmante et soit belle, et c'est pas tout ce que vous voulez, leur rôle mondain, ou pratique dans les cuisines et dans les salles de bain, mais pas s'occuper de Mars, Lune, Étoile filante.
9:25 C'est une citation que je fais des femmes savantes. Lorsque le mari, Chrysale, n'est-ce pas, qui est furieux contre sa femme et les folies de ses copines, fait dire « Dans cette maison, on sait comme vont Mars, Lune, Étoile filante, et nul ne sait comme va mon pot dont j'ai besoin. » Allez, soyons sérieux. Et tout de suite, je blanchis Molière du reproche qu'on semble lui faire déjà. Je m'attarde un peu parce que c'est quand même l'anniversaire de sa naissance, quand même, n'est-ce pas. Donc, en hommage à Molière, comme toujours, Molière en grand classique est dans la juste mesure, dans le métron, comme auraient dit les Grecs, qui sont toujours la référence à celui du classicisme.
10:13 Je veux dire par là qu'il y a deux extrêmes. Il y a les femmes savantes outrancières, ce n'est pas les MeToo d'aujourd'hui, celles qui disent que c'est scandaleux, qu'une femme blanche puisse traduire un texte qui a été écrit par une noire. Et puis, il y a à l'opposé le mari Chrysale, que je viens de citer, celui qui dit que les femmes devraient s'occuper de préparer son pot plutôt que de faire de l'astronomie. Et entre les deux, il y a le personnage qui représente Molière, qui est Clitandre.
10:48 Je consens qu'une femme ait des clartés de tout, quand il parle des femmes savantes qu'il déteste et qui le combatte. Je consens qu'une femme ait des clartés de tout, mais je ne lui veux point la passion choquante de se rendre savante afin d'être savante. Et aux encens qu'elle jette à son héros d'esprit, son monsieur Trissotin, un godelureau de l'époque, son monsieur Trissotin me chagrine et m'assomme et j'enrage de voir qu'elle estime un tel homme, un benet dont partout on siffle les écrits, un pédant dont on voit la plume libérale, il devait écrire au kilomètre, un pédant dont on voit la plume libérale, d'officieux papiers fournir toute la halle.
Des luttes du XIXe siècle aux femmes guerrières
11:31 Mais je consens qu'une femme ait des clartés de tout. Voilà. Pour dire féminisme, c'est récent. Le féminisme, ça c'est les embryons, et encore vous avez vu dans quelles ambiguités quelquefois. Puis il y a la lutte pour l'émancipation de la femme qui prend une grande importance à partir du 19e siècle, du romantisme, où les femmes vont jouer un rôle capital, et je ne parle pas seulement de Madame de Staël ou de George Sand, on a exercé sur des rôles importants.
12:04 Baudelaire, qui est assez réactionnaire au niveau sociétal, disait « la femme Sand ». Et puis il y a les luttes beaucoup plus sérieuses après, il y a la Commune de Paris, il y a quand même les extraordinaires personnages de Louise Michel, il y a les pétroleuses, comme on va les appeler ailleurs, il y a celles qui vont se battre, ne serait-ce que pour le vote des femmes. Par contre, la féminité, je vais dire, ça se perd dans la nuit des temps.
12:34 Je ne suis pas sûr, n'est-ce pas ? La féminité, ça, c'est aussi vieux que la vie, il y a aussi des moustiques femelles, ou mâles, ce n'est pas la question. C'est-à-dire une moustique femelle qui inocule le paludisme, la femelle du moustique appelée « anophèle », et qui est la première cause de mortalité au monde, nous ne l'avions pas. Inoculée par un moustique garanti bio. Non, la féminité, c'est beaucoup plus vieux que le féminisme.
13:09 Donc, vous voyez, ces suffixes ne sont pas innocents. Ceci dit, la féminité, est-ce que ça existe ? J'ai dit, c'est plus vieux. Oui, le fait de faire partie du genre féminin, ça, c'est aussi vieux que l'espèce humaine. N'est-ce pas ? Et si même je régresse de femme à femelle, n'est-ce pas ? Ça remonte même bien avant l'apparition de l'homme, n'est-ce pas ?
13:40 Ça me permet de mettre à plat des concepts, cette question qui a l'air toute simple. Maintenant, est-ce compatible ou différent ? Ce qui est sûr, c'est que beaucoup de féministes, en particulier celles qui entendent parler au nom de toutes les femmes, ce que les femmes du monde ne leur ont pas demandé, soit dit en passant, qui n'ont été élues par personne, vous répondront que la féminité, c'est une invention de l'homme, une invention du mâle patriarcal, c'est un fantasme.
14:15 On voit vraiment qu'elles ne connaissent rien, ni de l'histoire de la peinture, ni de l'histoire des lettres, ni de l'histoire des femmes écrivains, ni des femmes guerrières d'ailleurs. Je dis ça, encore une petite parenthèse, parce que bon, tout le monde connaît Jeanne d'Arc, il y a aussi Jeanne Hachette, que le grand public connaît un peu moins, mais qui est très importante. Je signale au passage qu'elle était aussi Lorraine que la pucelle d'Orléans. C'est intéressant de voir que c'est dans ces limites du monde germanique, où il y a déjà, comme dans le monde nord de l'Europe du Nord actuellement, en avance sur le monde méditerranéen, en avance par rapport aux idées d'aujourd'hui, il y a une égalité plus manifeste des sexes que dans le monde orientalo-méditerranéen, pour aller vite.
15:09 Je ferme la parenthèse. Et justement, j'ai assisté à une conférence à l'Officine, une boutique que je vous recommande, où il y a des débats très intéressants. Je parle de cette boutique, en fait c'est un lieu de réunion, de petite conférence, sur un petit volume, mais très agréable, très bien décoré. Une rue des Maronites, au métro Ménilmontant, qui est admirablement gérée par notre fidèle amie, Claire Tchekini, ce n'est pas parce qu'elle est une compatriote qu'elle ne doit pas être une amie.
15:47 J'étais à l'une des conférences, qui m'avait beaucoup intéressé, sur le thème, j'y viens, on en était aux femmes guerrières, n'est-ce pas ? sur les femmes pirates. C'est encore plus inattendu, plus incongru. Et oui, il y a eu des femmes pirates. La plupart du temps, c'est des femmes qui ont hérité à la mort de leurs pirates, d'amants, d'époux, de compagnons, qui ont hérité du pouvoir sur un bateau. Or, elles étaient presque toutes scandinaves. Voilà, je referme ma parenthèse. Il y a une tradition comme ça, d'égalité des sexes, plus prononcée, n'est-ce pas, dans les pays de l'Europe du Nord, que dans notre sexisme, machiste et plus puritaine, Mittelmeer, comme dirait les Allemands, notre Mare Nostrum, méditerranéenne, et l'Orient, où elle prend sa source.
16:37 C'est une métaphore. Mais on n'a pas de source. Mais historiquement, on se comprend bien, n'est-ce pas ? L'histoire de la Méditerranée, elle commence plus sur les rives à l'embouchure du Nil, n'est-ce pas, ou dans les golfes, de l'Ionie, c'est-à-dire de la partie occidentale de la Turquie, n'est-ce pas, qu'au Portugal, en termes chronologiques. Donc, voilà, je voulais faire ces petits rappels, mis sur toile. Ça fait un bon moment qu'on n'est pas revenu au contenu proprement philosophique de nos débats.
Les sexes comme rôles et non comme substances
17:10 Il faut qu'on avance à ce niveau-là. Or, là, on y arrive, n'est-ce pas. Il y a des mâles et des femelles dans la nature. Chez les insectes, même, en deçà même du monde animal, chez les végétaux. Quand je dis en deçà, il n'y a rien de péjoratif. C'est une sorte de grande chronologie, même si c'est un peu plus compliqué que, c'est pas aussi linéaire qu'on ne le croit. Il y a des mâles et des femelles dans la nature. Là, l'homme n'y est pour rien.
17:43 Mais il y a des hommes et des femmes dans la culture, dans l'histoire. Il a fallu, il a fallu que la femelle de l'espèce humaine, n'est-ce pas, ait un comportement qui puisse être nommé féminin. Alors qu'on est obligé qu'elle y ait été tenue, assignée, ou qu'elle en ait usée et abusée, selon le rang social où l'on se trouve, selon qu'on est la reine Sémiramis, n'est-ce pas, ou Néfertiti, ou la sœur du Pharaon, ou l'épouse du pauvre fellah d'Égypte, n'est-ce pas, qui depuis 5000 ans jusqu'à aujourd'hui continue à essayer de profiter de la fécondité du limon du Nil, en profitant assez peu de son travail exténuant.
18:35 dans tous les cas, là, il s'agit, je suis en train de dire que, à la différence de mâle et femelle qui sont des déterminations avant tout physiologiques, biologiques, hommes et femmes sont des rôles et non pas des entités substantielles. Des rôles qu'on n'est pas obligé de jouer d'ailleurs. Mais si, à une époque, bon, maintenant ce serait plutôt des... je vais parler des jouets qu'on donne aux enfants, aux garçons et aux filles, et qui ont déjà une valeur constitutive dans la distribution des rôles, n'est-ce pas ?
19:11 Moi, je suis un garçon, donc voilà, j'ai un frère qui est un garçon aussi, on nous donnait des... surtout à la génération, n'est-ce pas, des années 50, on nous donnait des pistolets, des machins, des uniformes de Zorro ou de pirate ou de cow-boy, ce que vous voulez, et des voitures et des trucs dont se servent les hommes. Pas le mal. Et aux filles, on donnait des poupées ou une dinette, n'est-ce pas ? Je ne voyais pas les filles protester de la dinette, même si elles avaient parfaitement le droit de venir jouer aux gendarmes et aux voleurs avec nous, ce n'est pas la question.
19:48 Donc, on est déjà moins obligé et déterminé par les rôles d'hommes et de femmes qu'on ne l'est par... qui sont un héritage, j'ajoute, et c'est très important, qu'on ne l'est dans le monde de l'hérédité où on est, garçon ou fille, mâle ou femelle. Parce que même garçon ou fille, c'est déjà marqué par la culture et par l'histoire.
20:20 C'est un garçon manqué, on dit d'une fille. Vous voyez bien. c'est une femelle au niveau biologique. On dit que c'est un garçon manqué. Ça veut dire qu'elle ne remplit pas le rôle assigné qu'on attend d'une fille. Voilà. À tort ou à raison. C'est un autre problème, ça. Laissons en débattre ici les cafés du commerce ou les salons télé, c'est pareil. L'urine, l'adrénaline, le lait, ça c'est des substances, des choses qui sont tangibles, c'est pas des clans, c'est des rôles. Ça veut dire que c'est les conséquences d'un discours, d'une prescription.
Le féminisme des privilégiés contre la féminité
20:54 D'accord ? Une petite fille ne doit pas, voilà, ça commence comme ça. C'est pas ? Montrer c'est ceci, etc. Ou au contraire, elle doit être coquette et montrer sa belle robe, je dis n'importe quoi, enfin, c'est tourné souvent autour de ces choses-là, en simplifiant l'extrême. Je m'en arrive au fait qu'aux garçons, on donnait des pistolets et aux filles, des poupées. Ce qui fait que ça a fini par créer, et sur des milliers d'années, ça a fini par créer des hommes et des femmes.
21:26 Et là, je me démarque du côté idiot de ce féminisme-là, qui n'est pas le féminisme des millions de femmes qui se battent pour s'émanciper de l'esclavage dans lequel elles sont tenues économiques, sociales, patriarcales et les trois à la fois. C'est différent. Je parle de celui avec lequel on nous bassine, n'est-ce pas ? Qui tient le haut du pavé dans la médiatisation. C'est pas un hasard, c'est pas. La médiatisation, vous savez qu'elle est entre les mains de deux ou trois champions de nos médias.
21:58 Le contraire serait étonnant qui est une occupation scientifique objective et appropriée. Là où je me démarque, c'est que, comme ça fait des milliers d'années qu'on assigne ce rôle aux fillettes d'abord, puis aux filles, aux jeunes femmes et ainsi de suite, ça finit par créer des sexes différents, mais des sexes au sens moral, cette fois. Enfin, moral au sens de l'académie des sciences morales et politiques. c'est-à-dire qu'il y a une psyché différente, bien sûr.
22:28 Mais ce n'est pas une condamnation. Voilà où se trompent ceux qui pensent que c'est dans les gènes, que oui, un homme c'est un homme, une femme c'est une femme, ce sera toujours comme ça. Non, non, non. Ça n'a pas toujours été comme ça. C'est pas. Mais c'est comme ça depuis un tellement grand nombre d'années que ça en a fait des milliards de femmes qui incarnent ce qu'on appelle la féminité. et que le féminisme voudrait rayer d'un trait de plume. Parce que ça peut être gênant dans les milieux privilégiés, n'est-ce pas, de tenir certains rôles ?
23:00 Ben oui. Encore que bien souvent, celles qui prétendent s'émanciper de ce piège de la féminité dans lequel l'homme patriarcal veut enfermer les femmes réelles, je signale que c'est parmi celles-là, celles qui luttent contre cette assignation à la féminité, qu'on trouve le plus de comportements hyper féminins lorsqu'elles en ont besoin. Et puis ça, alors ça, je ne le reproche pas. Ça, c'est une bonne guerre parce que vu ce que l'homme leur a laissé dans l'histoire, il faut bien qu'elles compensent quelque part.
Lecture de Wagner sur Elsa de Lohengrin
23:35 Voilà, donc c'est une question, celle de Bertrand Saint-Songe, vous voyez, je ne suis pas en train de clore la question. Il en faudrait des séances comme aujourd'hui pour un sujet aussi passionnant. Wagner, oui, Wagner, je ne veux pas chercher apparemment encore qu'il parle de son personnage d'Elsa dans Lohengrin. Vous ne connaissez pas l'histoire, ce n'est pas grave, ça prendrait 5 heures de la résumée. Mais regardez, regardez, c'est incroyable, incroyable, surtout, ça va être accablant pour ceux qui croient que le féminisme date, le plus émancipateur date d'aujourd'hui.
24:08 Je me souviens que c'est ce même effort de clarté dans l'exécution qui me fait saisir avec une précision grandissante la nature du cœur féminin telle que j'avais à la représenter dans l'amour d'Elsa. L'artiste ne se montre convaincant dans sa représentation que s'il est capable de s'introduire par un mouvement de sympathie totale dans l'être de l'objet qu'il doit représenter. Elsa est l'inconscient, l'involontaire dans lequel l'être conscient, volontaire de Lohengrin désire se résoudre. Je vous rappelle qu'Elsa est accusée d'avoir tué son petit frère, elle l'avait accusée par les méchants dans l'histoire pour aller vite, alors qu'elle n'y est pour rien parce qu'il a disparu au cours d'une promenade où elle était avec lui.
24:49 Et il y a un jugement de Dieu qui est prononcé au moment où elle va être condamnée à ce jugement, surgit Lohengrin, un chevalier sur une barque en forme de cygne, ou plutôt sur un cygne, pardon, qui lui sert de barque d'embarcation et qui vient la défendre comme un chevalier blanc, c'est le cas de le dire, parce qu'il a une vraie fanfare d'argent sur les épaules, n'est-ce pas ? Et donc, il y a un côté miraculeux un peu dans son apparition et il est prêt à la défendre, envers et contre tous, à une seule condition, c'est qu'elle ne demande jamais ni son nom ni d'où il vient.
25:24 Voilà, c'est tout ce que vous devez savoir. Ça vous rappelle l'histoire d'Eros et Psyché, si vous regardez bien dans la mythologie grecque. Bon, ce pouvoir d'une conscience ainsi inconsciente que je ressentais, je vais assez vite parce que c'est pas sur la, je voudrais m'interdire sur l'extraordinaire hymne à la femme qui va suivre, que je ressentais moi-même à travers Lohengrin me donna de la nature féminine une compréhension toujours plus intérieure, conjointe au désir de la représenter le plus fidèlement possible. Je réussis, grâce à ce pouvoir à m'introduire si complètement dans cette nature féminine que je me sentis entièrement en accord avec l'expression que j'en donnais dans mon Elsa amoureuse.
26:02 Je devais tellement l'approuver dans l'explosion finale de sa jalousie que je compris d'un coup le contenu proprement humain de l'amour. Et je souffris une peine véritable, profonde qui me fit souvent pleurer à chaudes larmes en ressentant l'inévitable, la tragique nécessité de la séparation, de l'anéantissement des deux amants. Parce que bien sûr, elle ne va pas pouvoir s'empêcher de lui demander à la fin son nom ni d'où il vient. Ce n'est pas exactement comme la pauvre psyché dans la mythologie grecque dont les sœurs lui disent « Attends, s'il ne veut pas que tu le vois, c'est peut-être qu'il a un nez comme ça. »
26:35 Elle introduise le doute et donc torturée par le doute, elle lui demande et bien sûr, le rêve s'écroule. Et je vais ralentir parce que le temps fort arrive. « Je devais tellement à l'approuver dans l'explosion finale de sa jalousie que je compris d'un coup le contenu proprement humain de l'amour et je souffris une peine véritablement profonde qui me fit souvent pleurer à chaudes larmes pardon de rire regardez comme il s'identifie à ses personnages en ressentant l'inévitable la tragique nécessité de la séparation de l'anéantissement des deux amants. »
27:06 Et là, ça commence. Écoutez bien cette extraordinaire phrase qui n'arrête pas de développer la subordonnée en attendant la principale. Cette femme qui, avec un savoir clair de ce qu'elle fait parce qu'elle insiste pour savoir d'où il vient, se jette à sa perte par la nécessité de l'amour qui alors même qu'elle est en proie à la volupté d'adorer préfère s'anéantir si elle ne peut pas saisir entièrement celui qu'elle aime. Cette femme qui, du jour où elle rencontre un Lohengrin, s'est condamnée à périr elle-même en faisant périr l'autre.
27:41 Cette femme qui peut aimer seulement ainsi et non autrement. Qui, à travers l'explosion même de sa jalousie, parvient et seulement ainsi à passer du ravissement de l'adoration à la plénitude de l'amour. Manifestant par sa propre déchéance, cette plénitude à celui qui ne la comprend toujours pas. Vous voyez que l'homme n'a pas le beau rôle là-dedans. Même le héros Lohengrin qui vient du domaine du Graal en soi. Devant laquelle Lohengrin ne pouvait cette femme magnifique devant laquelle Lohengrin ne pouvait encore que se retirer.
28:18 Vous pouvez prendre ça avec une déconnotation que vous voulez. Se retirer. Sa nature particulière lui interdisant de la comprendre. Cette femme, je l'avais maintenant découverte. Voilà la possibilité. Et Lohengrin, son héros, le héros qui donne le titre de son œuvre. Et Lohengrin, c'était la flèche perdue tirée dans la direction de ce trésor que j'avais seulement pressenti. Mais j'échangeais sa perte contre la certitude d'avoir découvert à présent le véritable féminin.
28:50 Celui qui doit m'apporter ainsi qu'au monde entier la libération. Une fois que l'égoïsme masculin fut sous la figure la plus noble, se sera brisé devant lui. Elsa, la femme que je n'avais pas comprise jusqu'alors, cette expression la plus nécessaire et la plus pure de l'involontaire a fait de moi un révolutionnaire achevé. Elle était l'esprit du peuple dont j'attendais aussi en tant qu'artiste ma libération.
Féminité et féminisme sont différents mais compatibles
29:20 Nous sommes contemporains de 1848 et Wagner va être condamné à l'exil pendant près de 20 ans parce qu'on l'a trouvé avec les mains noires de poudre sur les barricades. Il frôlait l'exécution si ce n'était pas le futur beau-père Liszt qui avec sa générosité habituelle lui avait trouvé à la dernière seconde un faux passeport. Elle était l'esprit du peuple dont j'attendais aussi en tant qu'artiste ma libération. Mais ce savoir ressenti comme une sorte de bonheur vivait encore en silence dans mon cœur solitaire. Il devait mûrir avant de devenir profession de foi. Voilà ce qui s'écrit dans les années 40-50 1840-1850.
29:55 Vous voyez ça autrement de l'envergure quand même n'est-ce pas que celle qui dit qu'on l'a violée parce qu'on a dit vous avez un chemisier ravissant ce soir mademoiselle. Surtout qu'il ne faut pas dire mademoiselle. J'ai remarqué d'ailleurs que la plupart des demoiselles dans les commerces disent oh monsieur vous pouvez me le dire ça me manque quand on ne me le dit pas parce que maintenant il faut baliser. Voilà la question de Bertrand Saint-Songe vous voyez nous a amené bien loin et bien près de ce que nous sommes en train de vivre mais en même temps bien loin.
30:32 Non la féminité le féminisme oui c'est compatible. C'est une très bonne question en fait. maintenant vous voyez je ne critique plus sa formulation elle est bien appropriée même si ce n'est pas la dichotomie qu'on attendait. C'est moins prosaïque que de dire est-ce que c'est pareil ou différent. C'est un peu plat. Tandis que là est-ce compatible ça veut dire c'est différent et pourtant c'est compatible. Oui c'est le moins qu'on puisse dire. D'accord. Ça veut dire qu'une femme a le droit d'être féminine.
31:04 Je me rappellerai toujours je la salue au passage je ne l'ai pas vue depuis bien longtemps que Marie-Antoine Rieux à qui nous devons un des derniers ouvrages de Clouscard Refondation progressiste Marie-Antoine Rieux enseignait la philosophie à ce moment-là à Toulouse et je crois que c'est encore le cas à Toulouse et donc tout près de Gaillac elle est tombée sur les livres de Michel et elle lui a écrit et elle est venue le voir à Gaillac elle l'a soutenu elle a poussé à écrire on sait avoir les premiers symptômes de sa maladie elle a poussé à écrire Refondation progressiste et elle nous confiait que ses élèves maghrébines elle disait je dois à Clouscard le fait que mes élèves maghrébines grâce au texte de monsieur Clouscard que vous nous avez lu nous avons c'était magnifique sa formule nous avons découvert que nous avons le droit d'être sentimentale on est bien loin de Philippe Sollers ça il faut baiser vous savez c'est ça c'est Philippe Sollers voilà oui ça nous emmène
32:15 bien loin cette histoire les femmes donc les représentants actuels de la féminité ont le droit d'être féminines mais elles ne sont pas obligées c'est tout ce qui distingue justement en termes hégélien l'esprit de la nature n'est-ce pas en termes anthropologiques plus récents la culture de la nature l'histoire en termes marxistes de la nature de la seule nature parce que tout ça sans la nature n'existerait pas quand même voilà ah oui une table ça n'existe pas dans la nature une table avec ses quatre pieds et son tiroir n'est-ce pas mais il faut du bois ou de l'or ou de l'ivoire il faut quelque chose qui est comme une matière qui est donnée par la nature et une forme qui est apportée par l'homme voilà par l'homme ou par la femme merci pour cette belle question