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Présentation du livre : un sujet merveilleux, un genre débordé
2:25 Merci beaucoup. Je suis très honoré de faire ça. Je ne sais pas si je serai à la hauteur. Oui, merci. En tout cas, je suis très heureux d'abord de présenter, pardon de commencer par le livre, non pas par l'auteur. Mais je regrette que notre marquis ne puisse pas être parmi nous. Parce que c'est un grand africaniste, blague à part. Et il connaît particulièrement bien, comme le sait, la République centrafricaine.
3:01 Il était justement aux époques concernées. J'avais des raisons surdéterminées pour faire pédant d'être emballé par le livre. Parce que je suis au moins doublement concerné à cause de mon parcours africain. Je rappelle qu'un autre Dominique aussi est un vieil africain. Ivoirien, à ma connaissance.
3:31 Et brièvement centrafricain. Voilà. Et puis avec une mère ajaccienne, ça faisait vraiment, sans compter, nos traditions ultramarines. Une tradition insulaire ultramarine, à l'époque où il n'y avait pas encore le tourisme, il fallait fuir et la misère et les vendettats. ou l'un ou l'autre, ou les deux. Soit à Marseille, soit quand c'était plus grave, jusqu'à Saigon, ou à Bangui.
4:03 Voilà. J'ai trouvé que le sujet a été d'abord incroyable, et avec tout ce que ça comporte de merveilleux, presque de miraculeux, au double sens de merveille et d'exception. C'est quand même pas banal comme histoire. Et en même temps, ça c'est pour le sujet, mais le traitement qu'en fait Dominique, je ne sais pas si, je suis un peu maniaque des problèmes de genre, je ne sais pas si ça se réduit au genre roman.
4:42 Bien sûr, ça s'y intègre très bien, mais ça le déborde en même temps. Il y a un côté biographie multiple, les personnages sont très présents, je veux dire, et pourtant ça a l'air d'être une histoire qui appartient au passé maintenant. Donc, voilà. Surtout que Dominique a déjà, comment il faut dire ? Il ne faut pas être sexy, il ne faut pas être muf, qu'est-ce qu'il faut dire ? Il ne faut pas être corse. C'est si, en corse on peut être tout ça, ce n'est pas mal.
5:12 Oui, mais je vais vous le dire. Pardon, pardon pour les corses, excuse-moi. Non, je veux dire, elle a déjà une épaisseur temporelle comme auteur. Elle a de nombreuses publications, et dont pas mal, et j'y tiens beaucoup, dans le rayon jeunesse. ayant moi-même été à l'école primaire en Afrique, ayant eu des Africains comme camarades de classe, et comme instituteurs, puis comme élèves, vous voyez, je suis très sensible à la dimension de merveilleux, et la coloration de merveilleux qui est impliquée, et dans le sujet, et dans le traitement qu'en fait Dominique.
5:53 Voilà. Je ne veux pas, ce n'est pas à moi de parler ce soir, mais ça m'ennuie beaucoup de prendre la place de Dominique. Je suis venu pour l'entendre, ça ne tombe pas bien. Et voilà, donc, j'ai déjà oublié votre prénom, je vous ai dit que je suis un mule sur les bords. Béatrice. Béatrice, voilà. Et peut-être Béatrice a quelque chose aussi à dire en préliminaire, en préambule. Moi, je suis juste la voix de Dominique ce soir, qui tenant à préserver la discrétion de l'écrivain à une extinction de voix.
Donner une existence au petit peuple d'Ajaccio
6:31 Je me fais juste... Quel acte manqué ! Je suis juste le haut-parleur. Je ne veux pas résumer le sujet, on est d'accord. Non, ce que, avant que Béatrice nous dise, déjà, je vous remercie d'être venue, d'écouter, d'avoir envie d'écouter cette histoire, et en tout cas, de la lire, j'espère. Ce qui m'a intéressée, outre l'histoire romanesque de cette fanfare qui quitte une île, la Corse, pour atteindre la Centrafrique, en 78, donc c'est déjà une époque, ce sont des gamins des quartiers populaires, d'Ajaccio.
7:14 donc, ce qui était intéressant pour moi, outre cette épopée de la fanfare qui traverse l'île pour rejoindre ce continent noir, c'était mettre aussi, parler de ce petit peuple d'Ajaccio, de ce petit peuple de l'île, parce que, souvent, enfin, je trouvais que souvent, le personnage, Corse, par excellence, dans beaucoup de romans, c'est le voyou, c'est le sale gosse, c'est le sale type, et ce sont des sales histoires.
7:53 Voilà. J'aurais très bien pu le faire, parce que j'ai moi-même, je suis issue d'une famille assez... assez violente, donc j'aurais pu vraiment, j'avais la facilité, j'avais vraiment le matériau pour, hein, c'était facile, c'est familial, mais ce qui m'a intéressée, c'était justement, je voulais dire qu'en Corse, il n'y a pas que ça, et qu'il y a des tas de gens qui vivent des histoires, des histoires, notamment, de ces gamins des quartiers populaires, parce que moi, je viens d'un milieu modeste, et ce qui m'intéressait, c'était de parler de ces gamins-là, des fils de pêcheurs, des fils de bergers, des filles du quartier du Borgu, voilà, ces gens-là, ils ont une existence, et ce qui m'intéressait, c'était de, de, voilà, de permettre qu'ils existent, ils ont existé, et ils existent encore, et je pense que c'était intéressant d'en parler, et de les mettre en avant, voilà, ce que je peux dire déjà, et ensuite, j'aimerais bien que Béatrice lise, et qu'on parle, je profite peut-être de la pause, puisque, que, tu as ouvert la soirée,
9:04 la soirée, sur, cette considération, sociale, sociologique, humaine, surtout, je rappelle, quand même, pour ceux qui ne savent pas, et ceux qui sont, ont eu la gentillesse, à se déplacer, et puis ceux qui vont voir, cette captation, puisque tu parles du petit peuple, à Ajaccio, dont on ne parle pratiquement jamais, au contraire, moi qui, moi qui suis un métisse, c'est-à-dire qui a un père Bastiais, une mère Ajaccienne, j'ai toujours entendu, au contraire, la dichotomie, hein, Bastia, c'est un genre sérieux, il y a l'Italie en face, on bosse, on n'est pas aussi beau qu'à Ajaccio, mais enfin, je dis imagerie, à Ajaccio, on est beau gosse, c'est vrai, que c'est une manière, c'est un truc beau, j'ai accompli trois pièces, au café, avec les copains, on tape le carton, pendant que la femme et les enfants, crèvent de faim à la maison, c'est ce que, c'est l'imagerie, j'espère que je ne froisse personne, bon, c'est pas si simple, et puis voilà, c'est vrai qu'à Ajaccio, ceux qui font parler d'eux, aiment bien frimer, mais il y a tout ce petit peuple, qui ne frime pas du tout, et si je reprends la parole, c'est pour rappeler, à ceux qui ne savent pas, que la dernière épidémie, de peste, je dis bien de peste,
10:15 qu'il y a eu en France, non, non, je ne parle pas du Moyen-Âge, je ne parle pas de la Grande Peste, ce qui fait qu'en Corse, après, il ne restait plus qu'un tiers de notre population, mais elle n'est pas la seule à l'époque, je parle de 1946, à Ajaccio, il y a eu la dernière épidémie, il y avait pas mal de bateaux, avec des militaires, un peu de partout, des troupes coloniales, etc., mais comme ça montrait, c'était l'époque où il n'y avait pas le tout à l'égout, c'était dans les cours que se faisaient les tinettes, je ne veux pas être voyeur, mais je veux dire, c'est bien de ne pas être ce petit peuple, dont on ne parle jamais, parce que j'ai été frappé dans le livre par une attention à tout ce qui était pour eux fabuleusement nouveau dans le déplacement à Bangui, qui ne pouvait venir que de cette provenance sociale, bien sûr, voilà, donc c'est pour ça, je ne veux pas, je suis content que tu me confirmes que j'ai senti cette vibration, voilà, j'ai connu la rue Fesch à l'époque,
Lecture de l'incipit : Mathilde « à la parade »
11:25 parce que c'est les rares moments où j'ai habité à Ajaccio, où j'étais tout petit, et c'était une époque où il y avait, c'était pas comme maintenant, il y avait encore de la misère, pas du malheur, mais de la misère, oui, voilà, il y avait pas de malheur, mais de la misère, exactement, donc là, ce serait peut-être intéressant que Béatrice, tu veux que je lise sans présentation, comme ça, oui, c'est vraiment le personnage principal, donc on va débuter, c'est l'incipit, voilà, c'est là, on débutait, ensuite, on reprend, donc elle est issue de ce petit peuple, donc on va le comprendre, du plus loin que je me souvienne, j'ai toujours pensé être à la parade, en famille, avec ma mère, mon frère et mon père, à l'école, avec les professeurs et les élèves, avec les gens de mon quartier du Borgu, et bien sûr, avec tous ceux de la fanfare, être à la parade, c'est aussi regarder la vie sur la pointe des pieds, on a une vue imprenable sur un tas de choses, on est à l'avant-poste
12:35 du monde, on peut voir l'harmonie secrète entre toutes ces choses et toutes ces personnes qui défilent sur Terre, pour moi, c'est du grand spectacle, le jour où ma mère est morte, la parade était à son comble, les voisines ont fait une comédie de l'autre monde, mon père était dévasté, mon frère voulait monter à l'hôpital pour tout casser, ça criait dans tous les sens, moi, j'étais comme à l'Empire, petite note, c'est le cinéma d'Ajaccio, au moment où le rideau rouge s'écarte et que le film commence, comme séparés de la scène, je les observais, attentifs à la moindre parole en Corse, en Sardes ou en Français, et au moindre de leurs gestes, j'aimais ma mère plus que tout, je l'aimais aussi follement ce jour-là, car pour une fois, elle était la reine du spectacle, c'était elle, de l'autre côté, qui menait la parade, elle devait être vachement contente, maman, de tout foutre en l'air, elle devait s'amuser comme une folle, à tous les rendre fous,
13:45 sa mort est arrivée avec une force phénoménale, comme si tout à coup, un barrage venait de se rompre et emporter tout sur son passage, en quelques heures, tout était détruit, ça, c'était vraiment l'événement de ma vie. Merci. Alors, c'est là, c'est donc le personnage principal, puisque c'est elle qui raconte l'histoire, c'est notre majorette, et comme on le voit, pour en reparler encore de ce petit peuple, le quartier de la rue Fesch, le quartier du banc, c'était le quartier des pêcheurs et des corailleurs.
14:33 Il existe encore une bâtisse, qui est vraiment typique, il y a une architecture particulière, et c'était le quartier où vivaient les corailleurs, et donc, elle dit bien qu'il y a un mélange de langues aussi, c'est-à-dire qu'on parle sardes, parce qu'il y avait une grande immigration sardes à l'époque, on parle français, parce qu'on est français, et on parle corse aussi, parce qu'évidemment, on est aussi corse, donc tout ça se mélange, et tout ça, c'est une sorte de tour de Babel, et on va retrouver cette tour de Babel en Afrique.
Lecture : Madame Casanova à la tour des Salines
15:10 Donc, voilà, je... Alors là, pour le deuxième passage, on n'est pas en Afrique, on est aux Salines. Voilà, alors là, on est dans un quartier, donc on traverse ces quartiers, ces quartiers populaires, on est d'abord en centre-ville, ce quartier des pêcheurs, et là, le passage que va lire Béatrice, c'est un nouveau quartier, c'est-à-dire, on est dans les années 78, je dirais, c'est la banlieue proche d'Ajaccio, les premières tours, la tour des Salines, qui existe toujours, les premières grandes tours, et là, c'est une personne qui vit dans la tour des Salines, donc c'est une maman, le tambour-major va rendre visite à une maman qui est la mère d'un des musiciens, et qui sera un des personnages aussi importants de la fanfare.
16:03 12 jours plus tard, au 6ème étage de la tour des Salines, là où habite la famille Casanova, François est cloué au lit. Depuis une semaine, de fortes fièvres et de fréquents vomissements ont eu raison de sa santé. Le jeune homme est livide, il a perdu du poids et peine à marcher, ne serait-ce que pour se rendre aux toilettes. Il fait peine à voir. Il dort la plupart du temps, et lorsque les accès de fièvre le laissent en paix, il répète toujours les mêmes mots.
16:38 Je veux partir. Ouh. J'ai soif. Madame Casanova est sans dessus dessous. Elle maudit tous les saints et crie en sarde à qui veut l'entendre que ces gens de la fanfare ont voulu tuer son fils. Que cette musique est une manifestation du diable et qu'elle n'a même pas réussi à lui faire enlever l'œil tellement le petit il l'a fort. Trois fois. Trois fois les gouttes d'huile sont tombées et se sont élargies dans l'eau. Francesca baillait. Baillait.
17:08 Jamais elle n'avait vu ça. Malgré ses incantations, elle devra recommencer. C'est dire combien le petit est innuchjatu. C'est-à-dire qu'il a le mauvais œil. Ange, son mari, est parti sur les routes ce matin sans même boire un café au lait. La famille entière est maudite. Et Dieu sait encore ce qui les attend. Maranin, qui a fait le déplacement jusqu'à leur domicile, dépassé le col du monoprix, prit l'autobus et rejoint la nouvelle ville vers le nord.
17:39 Ce n'est pas de gaieté de cœur qu'il a rejoint ces nouveaux quartiers mais il faut faire taire Madame Casanova qui se répand en méchanceté et en rumeur abracadabrantes qui risque de compromettre le voyage de la fanfare. Aussi, il est venu en personne pour la tranquilliser. Prenant un ton paternaliste, les mains croisées sur son gros ventre, il s'est adressé à elle en Corse. Oh, Madame Casanova, calmatevi ! Comment, calmatevi ! Vous l'avez vu, le petit !
18:09 On ne voit que son nez ! Et comme pour marquer son désaccord, sans même lui offrir une chaise pour s'asseoir, elle a poursuivi en français. Votre maudite fanfare, il n'y a que ça qui compte ! Ah, il sera beau votre voyage s'il démarre au pied du lit d'un mourant ! Vous n'avez que ça en tête, hein ? Le voyage, le grand voyage ! L'Afrique ! Et pourquoi ? On vous empêche peut-être de défiler ici. Mais c'est une réaction au vaccin de la fièvre jaune, le docteur vous l'a bien dit. Écoutez-moi, je vous promets que dans deux jours, allez, disons trois, le petit, il est sur pied et il souffle comme un damné dans sa clarinette.
18:46 Cet instrument de malheur, je ne veux même plus l'entendre ! Et cette fièvre jaune chez les Noirs, vous ne trouvez pas ça bizarre ? Comment c'est possible, ça, hein ? Maranine, qui resta bouche bée et ignora la question. Mais puisque je vous dis qu'il sera sur pied dans deux jours, et moi, je vous dis que le petit ne partira pas, clarinette ou pas ? Tout à coup, François avait poussé un grognement plaintif qui avait ému sa mère et encouragé le tambour major. Vous voyez ? Je suis sûre que la fièvre tombe.
19:17 je vais partir, maman. Porca miseria, il y a ! C'était alors exclamé Madame Casanova, le visage tragique, les mains au ciel. Ce petit, il aura ma peau. Vous savez, avait murmuré Maranine qui d'un air conspirateur, c'est un événement historique et votre François est invité. Sa clarinette brillera dans le ciel africain, vous vous rendez compte ? Seigneur Jésus, hà persu u capu ! Il a perdu la tête. Et sans même le saluer, Madame Casanova l'avait raccompagnée jusqu'à la porte tout en continuant à maugrer.
19:51 Entre deux jurons sardes et corse, on l'entendait clairement prononcer le mot Afrique comme si elle essayait de l'apprivoiser, de le rendre familier parce qu'il faut bien se l'avouer, elle n'aurait pas le cœur d'empêcher son François d'y aller. Dans sa famille, c'était un destin. Les hommes aimaient partir. Son père avait quitté la Sardaigne pour venir ici, se faire traiter de Mangialupini, c'est ceux qui mangent les lupins, c'est un signe de pauvreté en Sardaigne comme en Italie, et trimé pour faire vivre les siens.
20:21 Il avait participé à l'élargissement des routes, ces mêmes routes qu'allait emprunter quelques années plus tard le camion de son mari. Aujourd'hui, c'était au tour de François de partir si seulement la Sainte Vierge et le bon Dieu réunis lui permettaient de se remettre de ce fichu vaccin. Merci. Donc, ce passage, il est important, je l'ai souligné, il est important pour plusieurs raisons.
Le rituel de l'œil et l'invitation de l'empereur
20:53 Déjà parce que, alors, François, il est issu de l'immigration sarde, on l'a compris. Donc, les sardes étaient dans des quartiers d'abord à l'extérieur de la ville, ensuite plus en centre-ville. Et ce qui est important aussi, c'est ce rituel de l'œil. Et c'est dans ce rituel, ce rituel qui existe encore. Pour tout vous dire, quand ma fille qui a 22 ans ne va pas très bien ou elle a des petits coups de blues, elle m'appelle et me dit « Maman, est-ce que tu peux appeler grand-mère pour qu'elle me fasse faire l'œil ? »
21:34 Vous voyez, c'est resté encore, c'est très prégnant. On est en 78, en 2020, c'est encore très prégnant. Voilà, Béatrice, je connais. C'est quoi alors ce rituel ? L'œil, alors c'est l'œil, le mauvais œil. Ah oui, oui, voilà. Et donc le rituel, ce sont des prières, voilà. Mais c'est au sens propre aussi, c'est dans l'œil, il y a des yeux, des oculus. Voilà, exactement, avec un rituel d'eau dans lequel on fait tomber de l'huile et selon l'huile, selon la forme que prend l'huile, la personne a ou n'a pas l'œil et la personne baille.
22:15 Et ce qui est... Elle baille parce que, si elle baille, c'est bon signe, c'est que le démon sort par sa bouche. Donc le mal s'en va. Parait-il ? Donc ce qui était intéressant aussi, pourquoi j'ai parlé aussi de ce rituel, parce que on va se rendre compte que finalement, en Afrique, pour eux, l'Afrique, c'est quelque chose de complètement insolite, inédit, mais en définitive, ils vont être très proches des Africains et des rituels africains.
22:48 Surtout en Centrafrique. On va trapper dans le livre ce va-et-vient. Voilà, c'est un va-et-vient qui va être permanent. Et eux ne s'en rendent pas compte, évidemment, eux imaginent qu'ils sont... Voilà, même si c'est un petit peuple, ils s'imaginent quand même qu'ils sont blancs, qu'ils vont chez les sauvages, ils n'ont jamais vu un noir de leur vie. Et vous verrez plus tard ce qui était intéressant et ce qui est drôle, c'est que souvent, les Noirs qui vont à l'université ont une langue, un français, très très châtié.
23:27 Ils pensent découvrir, finalement, les descendants de Victor Hugo. Mais les descendants de Victor Hugo, c'est des descendants des quartiers des Salines et qui parlent un mélange très approximatif où ils mélangent le français, le sard. qui va y avoir une sorte de confrontation insolite et étonnante. Et donc, le tambour-major là vient parce que cette mer, finalement, c'était pour l'époque, il faut imaginer, un voyage complètement historique. oui, c'est historique que des gamins soient invités par un empereur.
24:03 La caravelle impériale va venir les chercher. C'est-à-dire que Bokassa va envoyer la caravelle pour venir chercher ces gamins des quartiers populaires. Qui a mené régulièrement jusqu'à, entre parenthèses. Qui a mené régulièrement. Donc, c'est quand même l'événement de la ville et de l'île. C'est quand même quelque chose d'incroyable qu'ils vont vivre et qu'on leur permet de vivre. Donc, la caravelle, ensuite, tout ce qui va se passer en Afrique, ils sont considérés comme les descendants de Napoléon.
24:41 Parce qu'évidemment, Bokassa était persuadé qu'il était une sorte de réincarnation de Napoléon. Il avait un grand amour pour Napoléon. et ces gamins qui ne sont pas du tout enfin, qui ne se sentent pas investis par le destin napoléonien. Pas du tout. Eh bien, eux, ils vont être considérés comme les petits-fils, les descendants de Napoléon. c'est assez trop rocambolesques.
Le français châtié des Africains et la misère des Sardes
25:12 Donc là, le prochain passage, enfin, je ne sais pas depuis où je t'écoute, si, mais je suis en train de te dire. Si vous voulez intervenir, après, enfin, d'accord, d'accord. Je peux interpeller ? Oui. C'est pareil, c'est pour nos amis. Bien sûr. Ils ne sont pas au courant de tout. Je rebondis sur trois choses de ce que tu viens de dire. l'excellent par les français de certains africains.
25:43 Les sardes, ça n'a l'air d'avoir aucun rapport. et ce qu'on voit dès le passage dans la tour, je veux dire, au sixième étage, ce qui en ressort. Pour ce qui est des Africains, je raconte simplement une histoire et il faut être idiot pour inventer des choses en Afrique, en Corse aussi, suffit de la réalité. mais je suis au Burkina, j'ai trois jours à passer de mission pour le compte d'Hachette, manuels scolaires.
26:15 Je concevais avec les pédagogues burkinabés ou bref, ce n'est pas là pour raconter ma vie. Et je vais à UTA, il y avait encore la compagnie UTA avant Air France, qu'Air France rachète tout ça et pour confirmer mon billet pour être sûr de bien partir pour les trois prochains jours à Bamako et ainsi de suite. Et je lui ai dit au type là, un Burkina Bé assez élégant, je lui ai dit « Hé, Bakary, pardon, mais il faut… pardon, ça veut dire s'il vous plaît, là-bas, en français d'Afrique, il faut bien me mettre le sticker dessus, comme au Nigeria où on dit que je suis OK et puis en fait, je suis débarqué.
26:55 Mais, M. Pagani, il n'y a aucun problème, nous vous connaissons. Rentrez à votre hôtel, j'illustre, mais si d'aventure coufférissait, je ne manquerais pas de vous appeler, j'ai votre numéro. Je lui ai dit « Pardon, c'était la première fois que j'entendais le verbe férir à une forme conjuguée. Mais si d'aventure coufférissait, je ne manquerais pas de vous rappeler à votre hôtel. » Voilà pour le… C'est beau. Alors, j'imagine le petit Ajaxien avec son mélange de sardes comme Catherine Lundi. C'est extraordinaire comme histoire. Je ne peux pas l'inventer, ça continue qu'invente ça.
27:25 Et sardes, j'ai un souvenir de ma tante qui disait « J'ai rencontré un sardes, ma tante Doletta, un immigré ou « Tintacho » comme on est chez nous. Le pauvre petit. Il avait en bandoulière un sac, comme ça, un sac de pot dans lequel il y avait du fromage à manger pour un mois. Du vieux fromage. Vous vous rendez compte, pour être immigrant sardes en Corse, vous voyez, c'est un peu comme les Espagnols des années 30 qui allaient immigrer à Oran, en Algérie, vous voyez.
27:56 pour eux, c'était à l'Amérique. Voilà. Pour rappeler la misère qu'il y avait aussi dans certaines couches d'immigration en Corse. Et alors, j'arrive au plus important, c'est la manière dont tu fais parler ces personnages et tu exprimes leurs réactions comme la manière par exemple dont elles répètent le mot « Afrique » en raccompagnant l'autre. Elle apporte ça à l'air de rien. Mais c'était un sujet qui se prêtait particulièrement, il me semble, pas à la caricature, mais à la drôlerie.
Lecture : Mathilde se voit blanche ; la détermination par opposition
28:30 Et de ceci, il y a des choses drôles dans l'ouvrage. Mais au sens un peu réducteur du terme. Et on sent un amour à chaque ligne. J'étais bouleversé par ce côté-là de l'Hilfranco. Et c'est une grande réussite, c'est que c'est les gens de Gérédos. Alors, le prochain passage, c'est donc Mathilde, notre héroïne qui a perdu sa mère au début, qui est la majorette. Donc, ils sont déjà arrivés en Afrique, ils ont vécu beaucoup de choses.
29:04 Et il y a une histoire d'amour avec un africain. Et le regard de ses compagnons qui lui disent « Mais tu es blanche, lui il est noir. » et elle va avoir une réflexion. Et c'est ce passage-là, la réflexion qu'elle se fait. En fait, il y a beaucoup de passages en italique quand Mathilde prend la parole, parce que c'est vraiment la pensée de Mathilde.
29:34 « Je n'ai jamais pensé que j'étais blanche. Est-ce qu'on pense à la couleur de son estomac ou de son foie ? » Et puis franchement, entourée de blanc, c'est difficile d'imaginer autre chose que le blanc. Pour la première fois de ma vie, je me vois blanche. Je me vois blanche, mais je ne peux pas y croire. Je ne sais pas ce qu'en pensent les autres. Je ne sais pas si Antonelle se voit blanche depuis qu'on est arrivés. Je ne lui ai pas posé la question.
30:06 D'ailleurs, je pense qu'elle s'en moque. Je ne crois pas non plus qu'on se voit noir avant d'avoir vu des blancs. Il faudrait peut-être que j'arrive à poser la question à ce prince. J'entends les moustiques qui rôdent et dansent dans l'air chaud. Je me dis que ces minuscules vampires ne font aucune différence de peau. Ils s'autorisent le blanc comme le noir. pourvu qu'ils soient gorgés de sang et de vie. Est-ce qu'on se voit ?
30:36 Je me suis mise à la place de Mathilde. Évidemment, pour le coup, je me suis dit est-ce que je me sens blanche ? Est-ce que je me... Effectivement, je me suis dit finalement, être blanche, c'est quoi ? On ne peut se dire blanche que parce qu'en face, il y a une autre couleur. Sinon, cette réflexion sur être blanc ou être noir, je pense qu'elle est possible que si il y a une autre couleur qui est en regard de la nôtre.
31:07 Sinon, qu'est-ce qui est blanc en nous ? Qu'est-ce qui est noir en nous ? Peut-être que Dominique, toi qui as vécu en Afrique... On est en philosophie. Voilà, qu'est-ce qui est blanc, qu'est-ce qui est noir en nous ? Quand on précise une détermination, ça s'appelle comme ça, blanc-noir, c'est toujours par opposition. C'est toujours par opposition. C'est clair. Si on dit, je vous garantis que ce sont des fleurs naturelles, c'est parce qu'il existe des fleurs artificielles. Exactement. Sinon, on ne pourra pas le besoin de préciser que c'est naturel. C'est la démarche de Mathilde.
31:37 Pardon, on se jette une pierre dans le jardin, mais c'est un écologist. Donc, c'est cette démarche qu'a Mathilde qui est confrontée elle aussi à l'Afrique, mais qui, à l'inverse de certains de ses camarades, a ce désir que souvent ont les insulaires, elle a une grande curiosité de l'extérieur. Notre Mathilde. Elle a quel âge à peu près ? Mathilde, elle a 16 ans. D'accord. Et là, cette grande curiosité de l'extérieur, Mathilde, elle se sent enfermée dans l'île.
32:11 Et ça, c'est quelque chose que moi-même, j'ai ressenti enfant. Je me souviens une anecdote. J'avais quitté la maison à 10 ans. J'avais pris un petit sac. J'avais mis deux stylos, une règle, un double décimètre. Allez savoir pourquoi. Qu'est-ce que j'allais mesurer ? J'allais mesurer mesurer le monde. Et j'ai dû faire quelques pâtés de maisons Et puis, je me suis dit que mon grand voyage, c'était peut-être un peu...
32:41 Mais voilà, c'est vraiment... Elle a cette curiosité des insulaires qui se sentent enfermées dans l'île. Et elle veut découvrir l'Afrique. Elle arrive en Afrique. c'est inespéré, ce voyage. Elle voulait rejoindre Marseille, elle voulait rejoindre une tante à Marseille et arrive ce voyage en Afrique. Pour elle, c'est inouï, c'est le cadeau extraordinaire. Donc, elle arrive en Afrique, elle veut goûter la cuisine africaine.
33:11 Elle veut rencontrer des Africains à tel point qu'elle va tomber amoureuse d'un Africain. Et effectivement, cette curiosité, elle est obligée de se poser cette question, mais ce sont les autres qui l'obligent à se poser la question de la couleur de la peau. La couleur de sa peau. C'est toujours les autres. Il y a aussi un... C'est pas un roman, mais c'est un album que j'ai écrit pour les enfants qui est l'histoire d'un petit acarien qu'on va déménager de sa moquette parce que l'enfant est allergique et la petite dit à sa mère non, mais je veux garder la moquette, la moquette me plaît, etc.
La couleur, déterminant social plus que visuel
33:54 Et la mère lui dit non, mais tu es allergique aux acariens. Et d'ailleurs, elle dit qu'est-ce que c'est un acarien ? Et la maman sort une image d'un acarien et elle dit voilà, c'est ça un acarien. C'est monstrueux un acarien. Et les acariens regardent l'image et disent il y a toute la petite famille des acariens qui regardent l'image, la mère, le père. Ils disent pas du tout à ce qu'on serait. Et le petit dit à sa mère mais non, mais tu es la plus jolie des mamans acariens. Et voilà. Et c'est vraiment ce regard-là, ce regard de l'autre.
34:25 Et elle, elle est blanche parce qu'on la regarde blanche, mais sinon, elle ne s'est jamais posé la question qu'elle était blanche. Il y a eu, je ne sais pas si je peux intervenir ou pas, mais aux Etats-Unis, ils ont fait des petites expériences comme ça avec des enfants et on voit deux enfants qui sont deux couleurs différentes. Alors, quelle est la différence entre toi ? Ah, moi, je n'aime pas la salade. Elle, elle aime si et ils ne voient pas. Mais oui, toutes les différences sont plus l'autre. C'est un âge différent. Ils sont à peu près 8 ans.
34:55 Ils ne voient pas du tout. Mais ils ne sont pas du tout nombreux. Ah ben oui, elle, je ne sais pas, enfin n'importe quoi. Des baskets roses. Mais tout, rien. C'est très frappant. Alors ça, je ne suis pas vrai, je suis très surprise. Moi aussi, j'ai deux enfants de 4 et 7 ans et ça fait plusieurs fois que je constate quand ils me parlent de copains de l'école ou d'intervenants dans l'école qui vont tout me dire sur cette personne. Oui, ça fait. Mais pas la couleur de la peau. Parce que ça les... Oui. Et donc l'autre fois, ils se disputaient pour dire que leur prof de musique qui intervenait dans leurs deux écoles, ils étaient persuadés que ce n'était pas le même.
35:28 et tous les éléments qu'ils donnaient étaient évidemment concouraient pour dire que c'était la même personne. Mais à aucun moment, ils n'ont pensé à dire qu'en fait, il était de couleur noire. Et je l'ai su bien après parce que mon petit, il a 4 ans, à un moment donné, il m'a dit « Victor, il a le visage marron. » Il dit ça comme ça. Et j'ai posé la question à son frère. J'ai dit « Toi aussi, il a le visage marron, ton prof de musique ? » Oui. Et j'ai dit « Mais donc, voyez bien que c'est le même. Enfin, même cet élément-là concourt. Mais eux, jamais ne vont... »
35:59 Oui, c'est très frappant. Jamais. Ça ne compte pas. C'est vraiment un truc d'adulte. C'est pas seulement un truc d'adulte. C'est surtout parce que la couleur de peau, je parle d'expérience puisque je suis fils de colonial, et je suis quasiment à Abidjan, la couleur de peau, dans un des contextes bien particuliers, mais évidemment pas ce qu'on vient de citer, est un déterminant social. Le noir est pauvre. c'est un autre milieu. Quand on est dans les contextes que vous évoquez, évidemment, cette détermination ne joue pas, en tout cas pas pour les enfants.
36:37 Quand Rosanche, comme c'est d'abord et avant tout dans beaucoup d'endroits, y compris dans la période coloniale, mais même au-delà, ou dans d'autres endroits où la question se pose, je sais, par expérience, le fait qu'il soit noir ou blanc va être pris en compte parce qu'il évoque des distinctions sociales qui sont, dès l'enfance, qui sont marquées culturellement pour les enfants eux-mêmes, liées au mode de vie, etc.
37:10 Mais c'est vrai que sans ça, évidemment, ce que je veux dire, c'est que ce n'est pas seulement l'âge. Ce n'est pas une question d'âge. Mais il est quand même clair que pour les jeunes enfants, ça ne compte pas. C'est invisible. Naturellement, ça n'a pas d'importance. Mais elle, elle sort de l'enfance. Justement, je repense aux réflexions au pluriel de Mathilde. Parce que c'est un passage superbe. il y a exactement l'inverse.
37:41 C'est-à-dire, on vient de parler de ce que les enfants ne voient pas. Maintenant, de ce que la différence de, non pas de race, ce n'est pas ça qui m'intéresse, mais la différence de monde, lorsque l'enfant est au contact d'un monde qui n'est pas celui des parents, c'est le cas de ton enfance ou de la mienne, ce que tout d'un coup on a appris de cette différence. Je me rappelle que j'étais extrêmement réactionnaire comme souvent les enfants qui sont encore plus que les parents. Vous voyez ce que je veux dire.
38:11 J'ai dit au boy. Nous, vous avons apporté surtout moi des écoles, des hôpitaux. J'avais 8 ans dans la cuisine. J'étais bien plus agréable. Tu dis le boy pour les gens qui n'ont pas l'habitude, c'est le domestique. Bien sûr. Et le bon blanc, y compris le coopérant lambda qui arrive là-bas, il a des domestiques. Bien sûr. Les Africains. Et c'est les Africains. Vous voyez ce que je veux dire ? Il y a une connotation sociale, y compris pour les enfants. Tu ne vas pas être le seul blanc qui ne donne pas de boulot. Voilà. Y compris pour les enfants des coopérants ou des colons ou des n'importe qui, le rapport social est directement connoté.
38:51 Non, mais celui-là, il me répond, c'est là qui m'a fait révéler ma couleur. Mais ma couleur au sens social, comme tu dirais bien Dominique. Ce n'est pas une couleur visuelle. Quand je lui ai dit nous vous avons apporté comme trois pommes des hôpitaux, des écoles. Et comme ils sont adorables avec les enfants, il m'a dit j'ai vu le chantier hôpital là-bas, je n'ai pas vu blanc qui travaillait dedans. Il m'a éveillé à la conscience politique. Si vous voulez, je vous dise, c'est extraordinaire des choses comme ça. Voilà. Entre autres, ce que je dois, c'est la perception de la différence.
39:23 Il y a encore un deuxième très rapide, c'est quand je revenais, j'étais en cinquième au Togo, par exemple, selon les affectations de mon père. et j'étais dans un bel appartement climatisé et de ma baie vitrée, je voyais mes camarades de classe de la journée en train de travailler leurs leçons à la lumière du réverbère dehors. Pour moi, c'est extraordinaire. Ils avaient souvent un meilleur classement que moi en classe. J'ai vu, j'étais blanc. J'aurais pu, j'aurais pu, pour le coup, il y avait un passage avec les réverbères, mais oui, oui.
Lecture : la mine de diamants et la figure trouble de Bokassa
39:58 Je tenais à le caser, pardon, mais c'est très important les réverbères. Mais j'ai pensé à tout ça à les enlèves, c'est pour ça que quelque part, vu les réactions des Corses, des jeunes Corses, c'est ça, j'ai retrouvé des réclés. Alors, est-ce que tu peux introduire le passage suivant qui est les diamants ? Juste pour le situer. Alors, les fameux, les diamants, là, ce ne sont pas, mais ce sont quand même, ce n'est pas Giscard qui est dans le roman, il n'apparaît à aucun moment.
40:30 Mais en revanche, Mathilde va être accompagnée par Saint-Cyr, qui est un fils de Bokassa, à visiter une mine de diamants. Voilà, une mine de diamants. Voilà, donc Saint-Cyr veut évidemment épater la majorette et donc l'invite à visiter et donc elle a visité cette usine de diamants et elle apprend des choses sur le sacre de Bokassa. Alors, je précise qu'en fait, ils ont été invités au sacre de Bokassa mais ils n'ont pas pu se rendre au sacre parce que le maire d'Ajaccio attendait Raymond Barre, le premier ministre de l'époque.
41:12 Donc, le voyage a été décalé d'une année. De toute façon, ensuite, ça n'aurait plus été possible. Ils ont été pour le premier anniversaire, ils ont été invités donc au premier anniversaire du sacre. Ensuite, la suite, évidemment, ça aurait été fichu, ils n'auraient plus mettre les pieds en Centrafrique. Donc, c'est pour le premier anniversaire du sacre et c'est la visite de Mathilde dans la mine de diamants. On lui avait raconté que le sacre de l'an passé avait coûté une année d'extraction de diamants et que la couronne seule de Bokassa était couverte de 7000 carats de diamants.
41:53 Ça ne lui avait alors pas dit grand chose. À quoi pouvait correspondre un carat ? C'était plutôt le nombre de 7000 qu'il avait impressionné. Saint-Cyr venait de lui apprendre que le carat était une unité de mesure et de pureté. Elle lui avait rétorqué qu'il n'y avait vraiment rien de pur dans ce qu'elle pouvait voir en ce moment dans cette mine. Il n'avait pas relevé l'insolence de Mathilde. Les blancs se permettent tout et pensaient toujours avoir des valeurs supérieures au noir.
42:27 On avait beau avoir la culture française, on n'en avait cependant pas la couleur, celle des grandes avenues bordées de platanes, des illustres musées, des clubs d'hommes civilisés et obséquieux liés aux alliances consanguines. Son père lui avait appris ça et aussi comment s'en moquer. Il lui avait aussi enseigné le pouvoir de l'argent. Ce passage est important. Ce soir, nous aurions dû avoir la visite du petit-fils de Bokassa mais il devait venir nous rendre visite.
43:02 bon, il n'est pas là, ce n'est pas grave. Ce qui est important, c'est que dans cette histoire de diamants, le diamant en Centrafrique, c'est un des diamants les plus purs du monde. C'est vraiment le diamant. Mais ce qui m'avait intéressé dans ce personnage aussi, il apporte la contradiction au Saint-Cyr. Il apporte, en tout cas, il met le trouble dans l'esprit de Mathilde. Ce n'est pas si évident, si flagrant.
43:34 Il n'y a pas de l'un côté les bons blancs et de l'autre son père, l'empereur qui est un odieux personnage qui a dépensé des fortunes pour son sacre, etc. Il y avait quelque chose qui m'a beaucoup intéressée. Ce n'est pas un témoignage à charge d'ailleurs contre l'empereur. Ce qui m'avait intéressée chez ce personnage aussi, même si ce n'est pas le personnage principal de la fanfare, c'est quand même la fanfare le personnage principal, mais chez Bokassa, c'est un homme qui est issu d'un père qui était résistant.
44:10 Son père est mort, il a été tué par les Français. Il défendait justement les exploitations forestières en Afrique qui étaient des exploitations forestières coloniales. Son père s'est battu pour la terre en Centrafrique. Il a été tué par les Français. Sa maman s'est suicidée une semaine plus tard après la mort du père. Et ce garçon qui finalement, la France lui a tout pris, s'engage dans l'armée française a des honneurs, est un soldat qui a été récompensé, qui a une X médaille.
44:50 Il va faire la guerre en Indochine. Il a été pupille de la nation, je crois. Oui, pupille de la nation. C'est quand même étonnant et je me suis, tout le long du roman, je me suis posé cette question, mais pourquoi a-t-il fait ça ? Pourquoi, quand on vous retire tout le... Enfin, la logique, ce ne serait... voudrait qu'il ait une haine de la France, des Français, eh bien, non, lui s'engage dans l'armée française, se bat pour la France et...
Témoignage d'un participant sur Bangui sous Bokassa
45:26 En Indochine. C'est quand même un personnage assez trouble. Et c'est cette contradiction que je voulais amener aussi par son fils auprès de Mathilde, que les choses ne sont pas si... Tranchées. Si tranchées. C'est pas... Voilà, c'est évidemment, il y a eu ce faste du sacre, ce faste du premier anniversaire. Je peux ajouter juste une chose, parce que comme j'ai vécu à l'époque, enfin, je n'y habitais pas, mais j'y ai fait de fréquents séjours, je voulais juste évoquer le fait que Bokassa n'était pas du tout perçu par sa population comme un dictateur, d'une part.
46:05 Tout le monde, on se moquait de lui, on racontait toutes sortes de choses comme à peu près dans tous les pays d'Afrique, dans les milieux populaires. Il n'y avait pas... Alors, c'était un état extrêmement autoritaire et policier, mais je veux juste raconter une anecdote pour expliquer, pour se méfier de l'européanocentrisme qui a eu des conséquences assez grotesques, en particulier dans le cadre de ce qu'a raconté la presse à l'époque sur les différents événements. Donc, juste cette anecdote qui est que ceux qui connaissent Bangui et qui connaissent d'autres pays et d'autres coins de l'Afrique ex-française savent que Bangui avait une caractéristique, c'est que ce n'était pas un endroit violent, ça l'est devenu, entre parenthèses, c'est terrifiant, d'ailleurs, comme d'autres endroits.
46:54 À l'époque, ça ne l'était pas du tout. Mais c'était un endroit où il y avait beaucoup de délinquance en termes de rapines et de vols. C'était vraiment la ville des pickpockets. Bangui, c'était connu pour ça. Et donc, il fallait faire vraiment attention parce qu'on se faisait chourer, il n'y avait pas qu'à Bangui, mais à Bangui, c'était vraiment endémique et c'était la petite plaie de Bangui. Et ça avait pris de telles proportions qu'un beau jour, Bokassa a décrété que, en rapport, d'ailleurs, entre parenthèses, avec la tradition, certaines traditions locales, que désormais, les voleurs pris sur le fait auraient une main coupée.
47:35 Et ça a été appliqué au moins une fois ou deux. Et ce qui s'est produit à ce moment-là, c'est pas... Alors, il y a eu évidemment des... On imagine les commentaires de la presse française, ce qu'on peut évidemment parfaitement comprendre, mais il se trouve que j'étais à Bangui à ce moment-là et ça a surtout été commenté de la manière suivante, c'est que pendant au moins six mois, il n'y a plus du tout de vols et de pickpockets à Bangui. Bon, on a repris après. Alors, on interprète ça comme on veut, mais Bokassa, qui d'ailleurs vivait dans son palais, là, je ne me souviens plus comment ça s'appelait, à distance, où il y avait la piste d'atterrissage pour la caravelle et on évoquait cette histoire de piste d'atterrissage et de palais essentiellement du fait des visites fréquentes du grand chasseur de toutes sortes de gibiers qui était Giscard d'Estaing, Giscard l'Africain.
48:29 Parce que les voyages de Giscard se faisaient de manière totalement occulte et confidentielle, aussi bien aux yeux des Français qu'aux yeux du public local. Mais, évidemment, on en entendait parler puisque, bon, les arrivées de la caravelle venant de France étaient évoquées. donc, tout ça pour dire que, compte tenu de, alors, on s'est un peu oublié, mais ça, c'était très présent à l'époque et quand on voyait sur place et qu'on revenait à Paris quelques semaines après et qu'on entendait ce qu'il se racontait, il y avait quelque chose d'assez sidérant, en tout cas, dans la perception qu'en avait aussi bien la classe coloniale, les Blancs, on va dire, sur place que les Africains pour X raisons qui étaient en rapport avec toute la bourgeoisie et même la population africaine de Centrafrique à l'époque, Bokassa a été d'autant moins perçu comme un comme un dictateur et un tyran, comme un chef autoritaire, guère plus et qui ne frappait pas particulièrement les esprits par son caractère autoritaire, tout étant à relativiser et il est, aux yeux de tous, il avait un immense mérite, c'était qu'il ne faisait pas de tribalisme.
49:42 C'était d'autant plus apprécié que la Centrafrique fait partie des pays où il y avait une langue vernaculaire commune, ce qui n'est pas le cas par exemple en Côte d'Ivoire ou dans toutes sortes d'autres pays et où le tribalisme, le Congo ou Dieu sait quoi, où le tribalisme est la base du rapport social-politique on va dire. Alors là, il y avait ça, Bokassa ne le faisait pas du tout et c'était très apprécié et avec le recul, on peut se rendre compte des tours par l'armée, on peut se rendre compte de ce que ça a donné après son départ et je conclue ma petite intervention pour évoquer ce qui était dans les faits, dans la vie vécue réelle, l'empire de Bokassa, enfin la période où c'est devenu un empire, c'est que, comment ça a pris fin, un beau jour, et j'étais sur place, donc je peux vraiment en témoigner, il y avait une base française en permanence à quelques distances là aussi de Bangui où il y avait les légionnaires français, mais là, il y a carrément un Transall qui s'est posé sur l'aéroport de Bangui avec les légionnaires qui étaient venus déposer Bokassa et le remplaçant
50:53 de Bokassa, David Dacko qui était dans les bagages. Il faut imaginer, on était au cœur de l'Afrique, en Centrafrique, les rapports qu'on pouvait avoir avec ce pays là et imaginer ce que les Centrafricains eux-mêmes en pensaient. Mais il faut faire plus que l'imaginer pour prendre ce qui est en principe. Voilà, c'est un peu pire que jamais. Mais pour resituer le contexte, pour dire que, bon, l'événement, y compris tel que les Corses l'ont vécu, dans une certaine mesure était vécu, bien sûr que c'était un gaspillage des ressources de l'État, etc.
51:29 Bien sûr, il faut faire toutes les objections qui viennent immédiatement à l'esprit, bien sûr, et plus que des objections, bien sûr. Mais, il faut, non pas relativiser, mais comprendre le contexte, il faut avoir ce contexte présent à l'esprit. Et je conclue là-dessus parce qu'il y a aussi un phénomène qui est très important en Centrafrique, qui existe dans toute l'Afrique, c'est vraiment la bien nommée, la Centrafrique, quand on y a été, et j'en ai eu beaucoup d'autres à l'époque, et jeunes et moins jeunes, c'est que c'est vraiment le pays, non pas des fétiches, parce que ça, c'est plutôt le Bénin, enfin, le Dahomey d'autrefois, mais c'est le pays des fantômes, des esprits et de l'animisme, mais alors à un point qu'on n'imagine pas tellement c'est présent dans la vie quotidienne.
52:16 Voilà, je te rends la parole. Non, non, c'est très intéressant parce que, justement, Dominique, les Dominiques ont vécu, voilà, la Centrafrique, que je n'ai pas vécu, évidemment, mais les Centrafricains, effectivement, que j'ai rencontrés, ont cette, ont la nostalgie de cette période-là, de la période de Bénin. Objectivement, c'était beaucoup plus agréable de vivre à Bangui et en Centrafrique à l'époque de Bokassa qu'aujourd'hui, je peux vous dire. Il y a des affaires qui vivent maintenant.
La Centrafrique d'aujourd'hui et l'expatriation corse
52:46 Tous, quand même, on ne peut pas aller d'un quartier à l'autre de Bangui sans se faire trucider, je veux dire, pour une faction. Moi, j'y avais pensé et non, ce n'est pas possible, on ne peut pas mettre les pieds en centrafrique. Mais tous, maintenant, tu as vu la dernière actualité, ils sont en train d'attaquer les camps de l'ONU parce qu'ils se font massacrer et les soldats de l'ONU ne bougent pas, les casques bleus ne bougent pas parce qu'ils n'ont pas de consignes. C'est un pays où on vivait à l'époque de Bokassa, où on sillonnait. Alors, le seul problème, c'était les voies de communication qui étaient très approximatives. Giscard prenait aussi l'avion pour aller faire ses safaris, bien sûr.
53:19 C'est le pays des safaris. Mais il y a très peu de routes. Mais partout où on peut circuler, du moins en saison sèche, il n'y avait aucun danger au sens de risque. Il y avait d'ailleurs beaucoup de flics qui barraient les routes. Mais c'était essentiellement... Voilà. C'était comme... Pour récupérer des bakchichs, on ne risquait rien, physiquement. Et c'était un Corse qui dirigeait, qui dirigeait les chasses. Je crois connaître le nom. Voilà.
53:49 Il est... L'Afrique est grande, mais la Corse est petite. Il est toujours vivant, ce monsieur. Je voulais le rencontrer. Malheureusement, il est très très malade. Très âgé et très malade. Il est encore vivant. Il vit à Ajaccio. Il est très âgé, très malade. je n'ai pas pu le rencontrer. mais j'ai rencontré des gens qui étaient proches de lui. Si je peux me permettre, moi j'ai une suggestion. Je suis sûr que tu as des ouvrages à l'ouvrage. Actuellement, tout de même, il y a un livre à faire.
54:19 Il y a plusieurs. Mais avec le talent que tu as de narration, encore une fois, je ne fais pas de compliment gratuit dans ce domaine, sur l'expatriation Corse, dans l'Outre-mer en général et en Afrique en particulier. Je me contenterai d'un exemple. Je suis au Niger, alors le contraire de la Centrafrique, de la Côte d'Ivoire. C'est aussi sec que ces pays-là sont humides et mouillés. Je vais de Niamey à Agadez, 300 km, intérêt à avoir du géré de la Centrafrique. Il n'y a rien.
54:49 C'est le désert, le désert à gauche, à droite. Avec les t-shirts mouillés autour, il y a la poussière dans la voiture. Malgré la climatisation, ça rentre de partout. Et tout d'un coup, c'est un mirage. Je vois un blanc, sur le côté de la route, avec sa voiture, garée, une belle voiture, à côté-là, avec son majordome noir. Je ne parle pas politiquement, correct, qui est, vous dites les blancs, les Africains ne sont pas idiots, qui est les bras croisés, avec un habit blanc, un bouton doré à côté.
55:19 Une table dépliée, un seau à champagne. Je suis comme les Duponts dans le pays de l'or noir. Oui, voilà, c'est un mirage. Je me gare. Le gars est bien là. Pagani ! Il m'appelle par mon nom. Je reconnais Léca. Vous ne savez pas qui c'est, mais monsieur Léca, c'était quelqu'un. C'était le conseiller technique du premier président du Niger. Celui qui a fondé la francophonie, d'ailleurs, Hamani Diori. Il revenait là, il avait quoi, 75 ans passé, il avait plus, tout le monde le connaissait au Niger, il allait voir sa chère Agadez, capitale du désert, et il faisait des étapes avec son seau à champagne.
55:59 C'est extraordinaire. Il m'a dit, tu veux une coupe ? Je suis là, je me pensais, voilà. Il y a un bouquin à faire sur Léca. Je vais y penser. Non, non, franchement, je t'en citerai quelques-uns. Après, après, je sais. Donc, le prochain passage, on a choisi des... J'avais pensé aussi, peut-être, avant, si on peut ajouter un autre passage, si ça...
Lecture : le professeur Colombani et le jeu cruel des touristes
56:35 Ça, vous êtes chez vous. 97 ? 97. C'est un corse de bangui. Et c'est un corse de bangui qui va, parce que je pense que c'est important pour le contexte aussi politique de la Corse, c'est le moment, quand même, où le nationalisme est en train d'émerger. C'était le début, oui. Voilà. Après, elle est ria. Donc, voilà. Donc, je voudrais qu'on parle un peu de ce passage-là, qui me semble important.
57:07 Et c'est très bien, ensuite, de passer à... à Prince. Le professeur Colombani, un corse de bangui et lointain parent de maranine qui était venu avec sa R16 pour leur proposer un tour de ville. Il avait pris en charge le tambour major, le maire et Madame Santon. Gisèle Brancaleone avait préféré rentrer et se reposer tant la chaleur et l'épisode du balcon avaient éprouvé ses nerfs.
57:39 Le professeur avait suivi les rues larges et roulé jusqu'à la place centrale où une large fontaine faisait office de rond-point. Face à elle, ils étaient passés sous l'une des quatre arches monumentales construites pour le sacre de Bokassa. Sur le frontispice, s'était inscrit qu'elle hibrougine avec leur Pascal Paoli.
58:16 On a intérêt à le défendre notre Napoléon. Le professeur Colombani à qui la Corse manquait férocement était inquiet. On dit que les jeunes sont tous devenus fous et qu'ils veulent mettre l'île à feu et à sang. Ah, ça, c'est vrai. Sò diventati tonti. On ne les laissera pas faire, Colombani, je vous le dis, moi. Parole de Brancaleone. C'est qui qui donne les places à la mairie, hein ? À ces mots, ils s'étaient tus. Apparemment, plus ou moins convaincus par les paroles du maire.
58:48 Ils avaient ensuite remonté une large avenue encadrée de palmiers royaux, longé le fleuve Oubangui, traversé les quartiers populaires bordés par la rivière M'Poko et atteint le grand café de Bangui où le professeur les avait invités à se désaltérer. C'était un vrai café de capital, meublé d'un long comptoir en bois exotique, de tables en formica et de vitrines réfrigérées où étaient disposés d'authentiques gâteaux français. C'était ici que se retrouvaient à l'heure de l'apéritif tous les expatriés et les riches banguisois.
59:21 Madame Santon, il les avait abandonnés là. Elle voulait faire des emplettes et il y avait de ce côté-ci de la ville toutes sortes de boutiques de grandes enseignes françaises qui avaient pignon sur rue ainsi que le comptoir national du diamant. Son visage s'était illuminé. avec un peu de chance, elle trouverait des chaussures uniques, une tenue typique pour faire sensation lors de la prochaine soirée officielle et pourquoi pas un petit diamant ou peut-être un éclat de diamant trois fois rien s'était-elle senti obligé d'ajouter pour ne pas éveiller les soupçons qui étaient des certitudes pour les autres sur la provenance des revenus de son mari.
1:00:00 Tout trois l'avaient regardé quitter la table avec ce regard sans pudeur des hommes qui devinent chez une femme des promesses infinies de volupté. La déléguée à la culture avait une allure folle et cette fausse naïveté des femmes qui se savent convoitées. Dans son tailleur étroit et son chemisier à lavalière, elle ressemblait à Gina Lollobrigida dans les quatre mercenaires d'El Paso. Au grand café, tandis que Colombani commandait de grands verres de soda, ils avaient vu à quelques mètres d'eux la déléguée se pencher vers un jeune mendiant et lui donner un billet.
1:00:34 Maraninki avait déjà remarqué le jeune handicapé. Ce n'était pas la première fois qu'il voyait de jeunes hommes aux membres coupés et flétris. Dès son arrivée à Bangui, cela l'avait intrigué. Ces gamins, il les avait vus aux abords du marché, au village, près de l'université et maintenant en pleine ville. Certains étaient sans main ou sans pied, d'autres portaient de grandes balafres mal cicatrisées. Quelque chose lui révélait que ce n'était pas maladie. Mais quoi alors ? Le professeur Colombani s'était alors incliné vers lui et lui avait expliqué que toute cette horreur était la conséquence d'un jeu initié par les touristes.
1:01:08 Oui, il avait bien entendu. Les touristes lançaient des pièces d'argent dans le fleuve et les gamins plongeaient pour les récupérer au risque de se faire tuer par les crocodiles. Au mieux, d'être sauvagement mutilés. Gagner quelques francs CFA était vital pour ses enfants ainsi que leur famille et tous les moyens pour y parvenir étaient bons. Oui, c'était un jeu cruel mais les étrangers en raffolaient. S'il y avait du sang c'était encore mieux. Il n'arrivait alors plus à détacher les yeux du carnage et les pièces pleuvaient sur des corps de chair chaude.
1:01:44 Le regard de Maranine qui s'était voilé il s'était mis en colère. Toutes sortes d'insultes corses avaient fusé. Alors, on va traduire ce sont des insultes. Fils de son queue, les salauds, les assassins qu'ils soient tous maudits, défoncés. Voilà. Il est très en colère parce qu'il découvre et c'est vrai, c'est vrai. C'était un jeu qui n'est pas de la fiction.
1:02:16 J'ajoute que la communauté française expatriée coloniale et colons à demeure est probablement la plus minable, la plus répugnante que j'ai vue de toute l'Afrique centrale et de l'Ouest et Dieu sait que j'étais à peu près partout à Bangui qui avait des aires de sous-préfecture paumée. On était un peu dans l'ambiance du film de Tavernier. Je suis content que tu dises Coup de torchon. Coup de torchon ne correspond absolument à rien.
1:02:46 C'est une image fantasmée. Mais le seul endroit où on pouvait trouver quelque chose de ça, c'est-à-dire l'ambiance d'avant-guerre, d'avant même la première guerre mondiale en Afrique noire, dans une bonne partie de la population des colons français, on était dans l'époque déjà, l'indépendance, donc néocoloniale, toute cette petite bourgeoisie blanche de Bangui était à titre personnel la plus médiocre la plus répugnante, la plus quasiment auto-caricaturale que j'ai vue de toute l'Afrique coloniale française.
1:03:22 Je confirme. Oui, il y avait, voilà, cette sorte de jeu macabre. Parce que les touristes, il n'y en avait pas beaucoup quand même, aussi, il faut dire. les colons sur le coin, on jouait, voilà, c'était une sorte de jeu macabre et comme ce type de jeu, il n'y en avait pas qu'un, il y avait d'autres jeux comme ça et ça, c'est vraiment pas de la fiction. Donc, on va peut-être poursuivre. Alors, c'est le dernier passage, voilà, le dernier passage, alors, ces passages, je les ai un peu choisis pour vous donner une idée un peu de cette traversée de cette fanfare de la Corse, donc des quartiers populaires d'Ajaccio, jusque, voilà, avec cette, ces rencontres avec l'Afrique, avec les Africains, avec ce régime politique aussi et un dernier passage, ils m'ont retourné en Corse mais ce dernier passage, je n'ai pas choisi la Corse pour le dernier passage, j'ai choisi un passage d'un événement qui a eu lieu vers la fin de l'Empire de Bokassa, voilà, et donc, c'est ce moment où Bokassa a donné ordre
Lecture : Prince sauvé lors de la fusillade des étudiants
1:04:32 de tirer sur les étudiants, voilà, à balle réelle. Donc, c'est Prince qui est notre héros, qui fait partie des personnages principaux, c'est notre héros africain, il est étudiant, lui, il est féru de littérature, c'est un étudiant en lettres et c'est un passage où lui va se réveiller être à ce moment-là dans la horde des étudiants pour manifester, pour du pain, pour... les canons sont braqués sur la foule, l'ordre vient de tomber, chacun cherche sa victime, il y en aura pour tous, à l'opposé de Prince, l'arme, le mouvement d'épaule du soldat, la mâchoire qui se crispe, l'œil, la ligne de visée, l'axe du canon.
1:05:15 De toutes les possibilités qui s'offrent à elle, la balle en choisit une, la poitrine. Elle libère toute sa force pour l'atteindre, elle vise et vrille, elle est fixe dans sa trajectoire, précise et rapide, avec un point de mire, cette toile noire et précieuse, promesse de caresse et d'infini. La cible est à quelques millimètres, maintenant. Enfin, la balle va pouvoir cueillir la vie et plonger dans cette source de jouvence. Mais tout à coup, un reflet d'or l'aveugle et le projectile qui croyait déjà croiser la chair se fracasse contre le précieux métal et est dévié de sa course mortifère.
1:05:54 Sous le choc, Prince s'est effondré. À son cou, pend toujours la Corse. Dans son esprit confus, il entend maintenant les tambours. On lui vient en aide. Sa voix est faible, entrecoupée de français. Il divague. Maintenant, il chuchote. Mathilde. Ses yeux se ferment tandis qu'un long cortège coloré envahit son esprit. Le bruit des tambours, encore. Ce sont eux les premiers. Le tambour major en tête et son bonnet à poils d'ours.
1:06:27 Bleu, rouge, blanc. Le roulement des tambours frappe sa mémoire. Ils sont revenus. Les grognards lui sourient. Puis, c'est toute la fanfare qui vient à sa rencontre. Tout à coup, la chaleur le submerge. Sur ses tempes d'ébène, glisse de petites gouttes de sueur. On dirait qu'elle se ferait un chemin pour atteindre l'embouchure des lèvres. La chaleur l'entoure comme s'il se trouvait dans un grand cercle d'or d'où s'échapperait un ange blanc.
1:06:57 Rap-papam, rap-papam. Les tambours à tête de mort envahissent ses rêves. Ils s'avancent, toujours plus près de sa couche. Une femme en pagne multicolore les interrompt. Elle a besoin de lui, encore. L'homme émet quelques sons qui ne disent rien à personne. C'est que lui seul les voit, lui seul les entend, lui seul retourne parmi eux. Maintenant, c'est au tour de l'ange à képi blanc et à plume rouge de s'avancer.
1:07:27 Les formations se croisent et emplissent son cœur d'un grand bonheur. Au-dessus de lui voltigent des tournois d'invraisemblables bâtons immaculés. Les anges s'amusent à en remplir le ciel. Ils forment une voûte de sceptres lumineux qui couvrent son passage. Prince sourit longuement. C'est que tout à coup, ils sont tous réunis. Les grognards, les majorettes, le tambour-major et ses 53 musiciens.
1:07:57 Au rythme des marches napoléoniennes, il l'accompagne. Ses jours d'anniversaire, aujourd'hui comme hier, encore un peu de cet air heureux et la voix de Los Negritos Macembe. Le cortège est entré dans la pièce et ça fait un boucan du feu de Dieu. Elle est devant lui. Ce sont des enfants au bord d'un fleuve. Ils jouent à l'amour, ils sont jeunes et beaux. Faits pour ça.
L'art qui sauve ; le centre de formation musicale de Niamey
1:08:27 Merci, Beatrice. Pardon, j'ai oublié de te dire. Merci, Beatrice. Tu dis, divinement. Il faut dire que ta prose est un cadeau. L'ange Blond au képi blanc, vous l'aurez compris, c'est Mathilde, c'est la majorette. Ce qu'il porte autour du cou, je ne vous le dis pas, c'est pas assez. Il faut lire le livre. C'est très drôle. Ce qui va le sauver par la Corse. Voilà, le sauver par la Corse.
1:08:58 Et ce qui était important aussi, c'est la fanfare. La fanfare, c'est finalement, c'est la musique, c'est l'art qui va les... qui va... tous ces gens-là qui les réunis, qui sauvent. C'est l'art qui les sauve. C'est clair quand on le lit. Voilà. Et c'est l'art qui va le sauver. C'est cette musique, c'est ses grognards. Et je crois que l'art sauve. Et c'est ce que j'ai voulu aussi, en tout cas, dire et partager avec le lecteur. C'est que, voilà, le lecteur, il fait... Il a un...
1:09:29 Il fait un acte artistique, en tout cas, en prenant un livre et en plongeant dans un autre univers. C'est déjà un geste artistique. Et je crois que c'est ce qui était important, c'est que cette fanfare, finalement, c'est une musique, même si c'est une musique populaire. La fanfare, qui au départ, est une musique militaire, quand même. Les fanfares, elles étaient sur les champs de bataille. Donc, dans le carnage, elles allaient... Donc, c'était le carnage.
1:09:59 Mais là, finalement, elle les sauve du carnage. Voilà. Elle les sauve de l'île, elle les sauve de l'enfermement et elle les sauve de leur couleur. C'est vraiment là. C'est l'art qui les réunit et qui les sauve. Je crois que ce qui était important... C'est magnifique ce qu'on lit. J'ai été, si je peux me permettre, de faire écho à ce que tu viens de dire, d'autant plus sensible que, dans les dernières années, au sud du Sahara, ça a été pour diriger, grâce à vos impôts, je vous remercie, parce que c'était l'Union Européenne qui finançait, le centre de formation musicale de Niamey au Niger, pendant dix ans, quand même, dans un des pays les plus pauvres du monde.
1:10:35 C'est encore plus pauvre que le Mali, je ne sais pas si vous voyez. Et puis, il y a eu des érocs, les deux tiers. Et j'avais... Alors, j'ai eu affaire à des fanfares, puisque j'employais, c'était dans le cadre de l'aide au développement, donc c'était aussi pour que ça leur rapporte quelque chose. Ce n'est pas un simple conservatoire, ça n'existait pas. Ce n'existait pas des écoles de vie. Alors, inutile de dire que quand un expatrié un peu presque aussi lamentable que ceux de Centrafrique me disait, et vous, vous vendez quoi ?
1:11:08 On ne dit pas que quel est votre métier, on ne dit pas que les écoles. Il y avait les... le bon colon implanté, installé, propriétaire... Et vous, vous vendez quoi ? Moi, je disais, un peu habitué, pour éviter les banques, je m'occupe de musique. Ils ont de musique dans ce pays. Le gars, il avait chez lui de disques, je ne sais pas, de Julio Iglesias. Bon, bon. Bref, pendant ce temps, les élèves qui écoutaient Vanessa Paradis, à l'époque, des choses comme ça. Ce sont des enfants de la rue, s'ils avaient une radio, ils écoutaient ce que RFI leur donne. On ne va pas leur donner la grande culture musicale, ça ne va pas, non.
1:11:40 Le développement, ce n'est pas fait pour ça. Mais, par contre, il y en a... Moi, je leur dis, vous faites ce que vous voulez, mais vous le faites pro. Voilà, il y a une soirée brésilienne au Sofitel demain, donc, tu sais jouer la samba ? Non. Tu vois, ce n'est pas toi qui auras le marché, alors ça les incitait à travailler, à faire comme un piano-bar, à voir tous les styles. C'est un piano-bar, il y a une petite mamie qui dit, jouez-moi Ramona, et un jeune qui dit, jouez-moi le dernier tube. voilà, c'est un métier. Et voilà, et il y en a un qui s'était, allez savoir pourquoi, il était en haillons, il n'avait jamais vu un piano de sa vie avant d'arriver au centre.
1:12:14 C'est symbolique, ce qu'il y avait à payer pour être inscrit. Et il s'était entiché, les impressionnistes français de Debussy, ils avaient l'aller comprendre, c'est extraordinaire. Et avec la larme à l'œil, il me disait, monsieur, vous avez encore des partitions pour son histoire, et moi j'aime trop ça. J'étais bouleversé quand j'ai vu que la musique a faim. C'est elle qui sauve tout. J'étais bien placé parce que mes musiciens, ils s'étaient avérés qu'ils rapportaient plus d'argent au Niger que bien des grands projets agronomiques qui passaient dans les poches des uns et des autres.
1:12:45 Il semble que le peuple en voit la couleur. Je ne veux pas déflorer, mais j'étais très touché de voir que la musique occupe cette place parce que c'est quand même un continent. j'ai encore un peu à préciser une dernière chose. Pour enfoncer le clou, parce qu'on est au cœur du problème. Souvent, toujours pareil, les expatriés me disaient vous êtes un peu intrusifs culturellement en leur apportant toutes ces musiques, ça ne respecte pas leur culture. Je dis, vous avez la musique africaine, vous ?
1:13:16 Je dis, oui, bien sûr. Alors, vous prenez leur musique, vous ne donnez pas la vôtre. C'est curieux comme coopération. C'est quand même extraordinaire. Vous avez demandé l'avis aux Africains, c'est quand même extraordinaire. C'est de vrai que la seule région au monde où on est condamné à ne jamais sortir de sa culture. C'est bizarre pour l'échange. Voilà, je tenais à dire ça parce que là, il y a télescopage dans ton livre. Tout le temps, il y a télescopage de monde. Et ce télescopage, il a aussi eu lieu, il a vraiment eu lieu. En fait, je me suis procuré un film parce que ça a été filmé, cette fanfare en Centrafrique.
Télescopage des mondes : trompettes de terre et musique du couronnement
1:13:46 Et il y a un passage magnifique où la fanfare rencontre des Africains, une tribu qui joue avec la trompette de terre. C'est ces grandes trompettes qui touchent le sol. Et ils sont là et ils jouent ensemble. Et c'est extraordinaire. Et là, les gamins, ils jouent ensemble. Voilà. Il n'y a pas... Ils ne se regardent pas comme les unves. Ils ne regardent pas comme si c'était incongru. Ils jouent ensemble et c'est extraordinaire ça.
1:14:18 Évidemment, on ne le voit pas, mais j'essaie de le raconter. D'autant qu'en Centrafrique, et ce n'est pas propre à la Centrafrique, mais je m'en souviens parce que c'était au moment du couronnement. Je ne vais pas vous les chanter, mais à la radio, c'était sans arrêt. parce que la musique est extrêmement présente dans la vie quotidienne par la radio, notamment des Africains en général. La musique populaire locale. Ils écoutent beaucoup la radio. Ça a donné des tas de trucs qui parfois sont sortis de l'Afrique comme la makossa, les trucs comme ça, Cameroun et autres.
1:14:51 Mais le couronnement, pour moi, ce dont je me souviens de l'époque du couronnement, c'était à la radio sans arrêt, mais toutes les 10 minutes. Les musiques... Il y a un album qu'on peut acheter, il est vendu très cher. L'album du couronnement que j'avais Bokassa, Tegonda, Maudet, ça, toute la journée à la radio et avec des très bons musiciens. La musique locale africaine. Il n'y a pas... Il n'y a évidemment, quand on va au cœur du pays et Dieu sait que la Centrafrique, c'est vraiment la Centrafrique.
1:15:23 On a la musique traditionnelle liée en plus au rituel et à toute la culture profonde locale, principalement animiste, chamanique, etc. mais à Bangui, qui est la ville, etc., c'est la musique partout, tout le temps, à la radio et c'est les orchestres locaux populaires et qui rythment, y compris la vie politique là-bas. Le message politique essentiel passe par les musiciens appointés pour écrire, comme à l'époque, impériale en France ou à d'autres.
La préface et l'hypothèse de l'oralité coloniale
1:15:59 C'est le relève du griot, le griot, oui. Oui, mais c'est en plus sur le modèle de ce qu'on a connu en France où on fait des musiques de circonstance commandées par le pouvoir pour marquer tel ou tel ou tel événement. C'est très, très présent. Bien sûr. Donc, voilà, ce qui était intéressant, c'était que là, elle n'est pas là, la musique, dans le carnage, elle est là pour vraiment unir ces deux peuples. Et je regrette qu'il n'y ait pas François ce soir parce que François avait évoqué aussi cette...
1:16:31 Il a vu des choses, finalement, on écrit, puis souvent, ce sont ceux qui lisent qui en retirent, qui voient des choses qu'on n'a pas vues ou si c'était inconscient. Et François a évoqué dans la préface, la préface est magnifique, j'adore cette préface, lisez la préface parce que souvent, les préfaces, on ne les lit pas, on les zappe, les préfaces. Mais la préface de François, vraiment, c'est un petit bijou et il parle notamment des langues et de cette oralité des Corses et de l'Afrique.
1:17:05 Et de ce lien, moi, je parle de la musique et ce qui rejoint la langue aussi, c'est la musique, la langue. Et lui, pointe vraiment très très bien cette communion dans ces langues diverses qui se répondent. C'est très très intéressant autour de ces peuples qui finalement se sont construits avec l'oralité. Si je peux, alors justement, ça me touche beaucoup ce que tu viens de dire parce que cette préface, et Dieu sait, si j'apprécie en général le style de François comme le tien, mais j'en vive aux plumes.
1:17:38 François, un bon aristocrate, s'investit souvent dans des genres mineurs, le pamphlet, le truc, des choses courtes, une préface, une postface, un article, voilà. Mais chaque fois, c'est un bijou, comme tu dis. Et seulement là, le thème qu'il développe, on en avait discuté à un colloque qui avait été organisé à Corte, à l'université, sur Corse Colonie. Vous voyez, le thème Corse Colonie. C'était dans les années 97.
1:18:10 Et on a été invité, chacun avait son intervention à faire. Et lui, il l'avait faite sur la figure du Corse, tu l'avais écouté tout à l'heure, dans le roman colonial. C'est les Jean Hougron, les choses comme ça, où le Corse, c'est toujours le mauvais garçon qui tient un hôtel douteux à Saigon, une maison de passe, voilà, et qui est toujours en compagnie d'un Maltais ou d'un Levantin, comme on disait dans la littérature de l'époque. Et moi, je l'avais fait sur, on y arrive, l'oralité coloniale.
1:18:41 C'était comme ça que j'avais intitulé, parce que je me méfiais à Corte, c'est un peu miné, le terrain. Alors, pour ne froisser personne, j'avais pris un sujet très technique, comme ça. Pourquoi les Corses ont si bien réussi aux colonies ? J'ai dit, une hypothèse, qui en vaut une autre, c'est, le Corse, il y a une importance de l'oralité chez nous. Je veux dire, nos tantes, elles faisaient des répliques versifiées, rythmées, etc. Et puis, il n'y a pas si longtemps que c'est écrit, et même quand c'était écrit les journaux des années 30, c'était à l'italien, c'était le Toscano.
1:19:14 Et donc, je dis, dans le continent de l'oralité qu'est l'Afrique noire, un Corse sur un chantier, il était en phase tout de suite, il avait la mentalité de l'oralité, de la parole donnée, les documents, les papiers, ce n'est pas si important. Ce qui compte, c'est ce qu'ont dit M. Antoine, M. Dominique, etc. D'où la fidélité, quand même. Donc, ça me touche beaucoup que ça t'ait frappé dans sa préface côté de l'oralité. Parce que c'est auriculaire aussi. Et là, c'est vrai que moi, je ne l'avais pas, en tout cas, conçue consciemment.
Une littérature du peuple corse qui manque
1:19:46 Et cette préface, non, mais lisez la préface. Lisez le roman, mais lisez la préface. Lisez tout. Mais la préface aussi. C'est drôle que tu dises que tu ne l'es pas conçue consciemment parce que quand on te lit, il est clair que tu as essayé de retranscrire. Et moi, alors, moi, je ne connais pas tout l'aspect colonial et Centrafrique, etc. Moi, ce qui me touche beaucoup, c'est que tu donnes une voix, justement, Zéox, au peuple. Et que lorsqu'on écrit sur les Corses, c'est jamais ça qu'on présente. D'abord, quand on écrit sur la Corse, on va soit parler de Napoléon, soit du banditisme, soit du nationalisme.
1:20:21 La susceptibilité. Voilà. Ils sont même présentés comme des taiseux. Et en fait, il n'y a pas, alors, je peux me tromper, il ne me semble pas y avoir, en langue française, de littérature qui parle du peuple corse, de comment sont les gens, comment les gens parlent, comment les gens vivent, en dehors des clichés sur la Corse. Il n'y a pas, il n'y a pas l'équivalent de ce que vous pouvez trouver, par exemple, dans la littérature italienne ou sarde même. Oui. Où on va avoir, où cette culture populaire sarde ou italienne est représentée.
1:20:52 Que ce soit, récemment, chez Elena Ferrante, mais même, même chez Lampedusa, ou tout simplement, dans la comédie, Camilleri, voilà, ou dans la comédie des ratés. Il n'y a pas l'équivalent. On entend parler les gens, on voit ce qu'ils mangent, on voit le peuple vivre avec ses coutumes, ses us, ses coutumes, eh bien, il n'y a pas l'équivalent en Corse. Je ne sais pas pourquoi. Je pense que c'est en partie parce qu'effectivement, c'est une culture orale. Et donc, on va trouver ça, mais dans des ouvrages en langue corse, mais pourtant, en langue française, on ne l'a pas.
1:21:26 Ça, sur la Corse. Dans la Corse, la Corse, et vient de milieux où, effectivement, on va adhérer aux superstitions, on va s'exprimer de cette manière-là, qui ne sont pas les milieux bourgeois, qui sont des milieux populaires. Je ne les trouve pas en littérature, ces milieux-là. Ou quand je les trouve, c'est sous le versant du banditisme, et c'est tout. Alors que là, ils sont présentés tels qu'ils sont en réalité, avec beaucoup de bienveillance, avec de la tendresse, avec de la sympathie, avec de l'humour. Et ça, je ne l'ai jamais lu en langue française.
1:21:56 Mais vous avez mieux dit ce que j'avais cité à la droite. C'est quand j'ai parlé qu'il y a de l'amour dans ce livre. Quelque part, on voit, c'est un livre extrêmement concret. Si je veux faire une comparaison, je ne sais bien qu'on n'aime pas être... Bon, par raison, quand un ami peint commence le tableau, j'ai toujours le malheur de lui dire, ça me fait penser un peu à Outre, mais franchement, j'ai pensé à ce que je préfère dans Colette. C'est concret comme chez Colette. Chez Colette, je ne sais pas moi, le marbre, qu'elle soit une table de nuit un peu fendillée comme ça, c'est une richesse.
1:22:29 Allez savoir pourquoi, ça vous tire les larmes aux yeux. Alors, c'est concret. Voilà. Mais j'ai retrouvé ça dans ce livre. Merci de vous. Je crois que ça contrepointe un peu ce que vous venez de dire. Si je peux parler sur la littérature corse qui existerait ou pas. Bon, je pense qu'il n'y a pas peut-être de littérature qui exprime la réalité paysanne, rurale, etc.
1:22:59 Il y a quand même, non pas une littérature au sens romanesque, mais il y a quand même une écriture corse qui raconte son quotidien dans des traditions, pour reprendre ce que vous avez dit, orales. On a la tradition du lamentu, enfin, le lamentu. Ah oui, oui, d'accord. Bien sûr, tout à fait. Voilà. On a connu. Et ça, c'est la réalité quotidienne, paysanne. Oui, oui. Voilà. Et ça rejoint cette oralité. Alors, peut-être que... Mais ce n'est pas du romanesque. Ce n'est pas dans une entreprise romanesque. Et surtout, le problème de cette culture orale, c'est que si elle ne se retrouve pas à un moment donné intégrée dans une littérature, et j'ajoute une littérature qui ne soit pas que de la littérature en langue corse, une littérature qui puisse être lue, autre que par les gens qui parlent en langue corse, qui ne sont même pas extrêmement nombreux, elle se perdra.
1:23:48 Elle ne figurera plus que dans des ouvrages d'histoire à un moment donné. Et pourquoi est-ce qu'on n'a pas l'Elena Ferrante de la Corse ? On n'a pas l'équivalent encore. Je pense qu'un jour, ça viendra. Peut-être parce que... Enfin, voilà, je pense que pour des raisons historiques, ça a été freiné, cette diffusion de la culture populaire corse. Aussi parce qu'elle a été confinée à quelque chose de justement tellement pittoresque que finalement, elle n'est pas diffusée.
1:24:20 Et puis, c'est une culture orale qui répugne à l'écriture. Et quand elle écrit, elle écrit en Corse. Donc, et il faut quelqu'un de bilingue, je pense, pour faire ce... Voilà, comme toi. On ne pensait pas qu'on est écrasé un peu par le mythe napoléonien ? Ah si, je pense que ça en fait partie. Oui, absolument. Toute émergence de quelque chose. D'autres choses. On parlait de la musique, justement. Parce que les copéors, c'est Napoléon. Oui, il y a ça, d'un côté, je pense, qui écrasent les choses, le mythe napoléonien.
1:24:50 Et je suis convaincue que pour le coup, le nationalisme avec le fait qu'on ait mis en avant certains aspects soi-disant de la culture corse a évacué les autres aspects de la culture corse. C'est-à-dire que, par exemple, la polyphonie corse, et aussi parce que ça plaît aux touristes, etc., a complètement, masque complètement le fait qu'il y a une autre tradition musicale corse que plus personne n'écoute. C'est un héros écrasant. Voilà, oui, donc on a d'un côté le mythe napoléonien et d'un autre côté une espèce de nationalisme aussi et qui fait que du coup, il y a toute une culture corse qui n'a plus de voix, qui n'est pas écrite.
1:25:28 Et qui n'est pas écrite. Je suis très content de vous dire ça. Je vais juste valider comme ça, par exemple, Ferrari, qui n'est peut-être pas la Corse rurale, mais qui est quand même la Corse... Oui, tout à fait. ...populaire, pas bourgeoise, avec une partie du peuple qui s'exprime. Oui, il y a Ferrari, mais c'est... Je ne suis pas complètement convaincu qui n'est pas d'auteur et Ferrari, il parle d'une Corse moderne, il ne parle pas d'une espèce de Corse fantasmée. Oui, mais pas très populaire. Oh, je suis désolée, mais aussi, chez Ferrari, il y a des gens qui sont vraiment des gens pas forcément assez...
1:25:59 enfin, de conditions assez modestes ou... Oui, c'est vrai, il y a Ferrari, mais bon, c'est un... Ferrari, c'est vraiment la Corse moderne, c'est pas la Corse fantasmée, il y a trois fois. Oui, oui, c'est vrai. Je trouve, je ne sais plus, monsieur Apu, non, c'est pas Loucaré, comment il s'appelle ? Il y a un autre qui a écrit... Bianca, qui a écrit... Bianca, qui a écrit... merci. Et je ne sais pas du tout, je ne connais pas... Et donc, je trouve que c'est un peu injuste que vous dites. Non, mais c'est vrai, c'est vrai... Je crois que c'est malentendu. Je crois que personne n'a dit, je ne crois pas que vous ayez dit ça. Il n'y a pas de littérature corse et même d'excellente littérature corse.
1:26:31 Non, surtout ces auteurs-là, on est bien d'accord. Il ne parle pas de la bourgeoisie et des parisiens. Oui, mais même, j'aime Ferrari, et Dieu sait si il y a la densité et l'intensité de ses écrits. Je ne retrouve pas le côté concret et quotidien Je n'ose pas le comparer. Qu'il y a dans la fanfare, dans le voyage de la fanfare, par exemple. On s'est justement sur quelles sont les mœurs de Paoli, quels sont les rapports du peuple avec le clergé, quelles sont les ressources minérales, on n'a jamais vu les ressources occupées d'industrie, dans le Cap Corse, dans ce site.
1:27:05 C'est extraordinaire comme document. Il y a quatre lettres et il finit, je finis juste là-dessus parce qu'on ne le sait pas, il finit par dire écoutez, oublions le projet de constitution. C'est trop tard, je suis fatigué, je vous remercie, c'est un grand honneur. Laissez-moi venir mourir chez vous. On a failli avoir la tombe de Rousseau en Corse. Je ne vous embêterai pas, j'ai toujours suivi mes besoins, ma compagne aussi. Je ne suis pas Bernard-Henri Lévy, je ne suis pas comme ça. Je ne veux pas être le conseiller des princes.
1:27:36 Non, non, non, non, je ne veux pas Voltaire chez Frédéric. Moi, je veux être dans une petite piève et oublier. Il a appris le mot en travaillant ses dossiers. Et voilà, mais je veux vivre libre sur une terre libre. C'est extraordinaire. Et ça, je ne retrouve pas ça dans la littérature corse d'aujourd'hui. Voilà. J'aimerais bien avoir l'avis du libraire. L'avis du libraire, à propos, notamment, des auteurs qui ont eu, surtout Ferrari, un petit peu d'audience, d'audiences, de lecteurs et de ventes en librairie.
1:28:07 En France, autant Biancarelli, que je connais un petit peu aussi, pour moi, correspond à un auteur qui nous parle de la Corse et d'un point de vue Corse, autant Ferrari est vu et perçu et lu comme un auteur de la mondanité parisienne. Il n'y a pas grand-chose. L'aspect Corse n'est même pas anecdotique tel que perçu par le lectorat, etc. Ce n'est pas son sujet, d'ailleurs. Pas du tout. Biancarelli, lui, n'a pas eu du tout le même lectorat pour ses livres, bien qu'à mon avis, ce soit plutôt meilleur que Ferrari.
L'étranger sarde et l'identité qui change selon le lieu
1:28:46 Mais ça, c'est un point de vue totalement subjectif et personnel. Même quand il écrit, soi-disant, en Corse et qu'il se fait traduire en français par Ferrari. Bon, ça, c'est vos histoires de Corse, mais... Il est prudent, il est prudent. Oui, mais on est quand même loin de Colomba avec Biancarelli. Pourtant, c'est un sujet qui nous y renvoie. La thématique est la même. On n'est plus dans le folklore non plus. Mais on est quand même, on reste quand même dans les idées reçues.
1:29:18 L'image du Corse que vous avez évoquée, on ne parle pas trop des gens dont vous parlez et on ne parle pas vraiment des Corses en général. Parce qu'il me semble... Et du peuple Corse, non, ça, en réalité, il n'en est pas vraiment question. parce que je ressens, ce que j'ai ressenti, c'est qu'il y a une réticence, je crois, à parler de ces gens-là. Je crois qu'il y a une réticence à parler du petit peuple Corse comme si ce n'était pas la grandeur de la littérature.
1:29:51 Vous voyez ce que je veux dire ? Moi, j'en parle parce que je viens de ces milieux modestes. Et donc, je... Il m'intéresse. Il m'intéresse et... Alors, on peut parler de ces milieux-là même si on n'y a pas vécu, mais je veux dire, j'ai une connivence avec ces milieux. Moi, je suis fille de berger. Mon père était berger, mon grand-père était berger. C'est des choses... Voilà, c'est ce petit peuple, c'est le mien. Donc, fatalement, j'ai une affinité, j'ai un amour.
1:30:27 Enfin, c'est... Voilà, c'est rituel, l'eau, tu vois là. Pour moi, c'est pas un saugrenu, c'est pas quelque chose... Ça va de soi. C'est quelque chose que... Et je pense qu'il faut en plus se transmettre. Vous voyez ? Mais ce qui est formidable, c'est que... Je n'ai aucune honte à le dire. Je pense que c'est intéressant. Ce qui est formidable, c'est que tu ne le transmets pas comme du folklore. Voilà, non. C'est intégré à la narration, ça n'est pas... Je veux faire quand même un objet de littérature. Je veux quand même faire... Et étrangeté, c'est plus... Enfin, ce que je crois comprendre, c'est plutôt ce conflit que vit l'insulaire.
1:30:59 C'est dans ce sens-là que... Vous voulez intervenir. Qui est l'étranger de l'époque. Moi, moi, je me suis là... D'accord. Qui est l'étranger, oui. L'étranger, c'est le Sard. Le Sard est l'étranger de l'époque. Le Sard arrive en Corse, voilà, c'est celui qui mange les feuilles de lupin. C'est vraiment... Les Italiens, les Italiens... I Lucchesi. Les gens de Luca, vous savez. Les gens de Luca, mais parce que ça faisait référence aussi à la période de la guerre.
1:31:31 Donc, les Italiens étaient alliés de l'Allemagne. C'était occupant. Voilà, c'était les occupants. Donc, tous ces gens-là, oui, c'est vraiment... C'est l'étranger, pour l'époque, c'est l'étranger de la Corse. Et... Et jusqu'à il y a peu de temps, les Sardes, on disait Sardacci, Sardacci. Très péjoratif. Le péjoratif, donc le terme péjoratif. I Lucchesi. Donc, les Italiens. I Lucchesi, on entend ce péjoratif, c'est le sale Italien.
1:32:02 Comme un Allemand, des Polaks. Le sale Italien, voilà. Et là, quand ils arrivent en Afrique, leur place change et du coup, leur regard social... En Afrique, ils deviennent, je dirais, de véritables Corses et de véritables Français qui ne sont pas au cœur de l'île. Eh bien, voilà. Mais c'est ce que j'avais essayé de développer à Corte. Je disais, jamais le Corse n'était aussi Corse que lorsqu'il défendait les drapeaux bleu-blanc-rouge au Tonkin. C'est ça. C'est un paradoxe extraordinaire. C'est un paradoxe. Il était plus français que tous les autres.
1:32:33 Ou fonctionnaire de l'administration coloniale. Mais c'est ce que je peux dire. Mais c'est exactement ça. De mon expérience personnelle, c'était peut-être près de la moitié des fonctionnaires d'administration. Un peu scandalisé par la gabegie du secteur privé, par les prévarications. Attention, c'est intéressant. Il est fonctionnaire des incorruptibles de Corse. Ma mère disait quand je pense que j'ai poussé le seul Corse qui est incorruptible et que ce n'est même pas joué aux cartes. Oui, voilà. C'est intéressant cette identité qui change selon le lieu, selon les territoires, selon le...
1:33:07 Exactement. Si on est sur l'île ou si on est en dehors de l'île. C'est vraiment très prégnant pour ces gamins-là qui sont sardes, fils de pêcheurs, fils de... Qui sont des moins que rien pour les gens. Ce qu'on appelait les gens, c'est-à-dire les seigneurs, ceux qui vivaient en centre-ville, dans les beaux immeubles, les beaux appartements. Voilà. C'étaient des moins que rien. Et là, pour le coup, ils accèdent à une identité à la fois corse et française.
1:33:39 Il n'y a pas si longtemps, à Bastia, je connais mieux la place Saint-Nicolas que la place du diamant. Enfin, j'ai vu les deux, mais enfin, plus régulièrement. Notre ami Clouscard, que François Negroni connaissait bien, qui tenait souvent... qui adorait venir en Corse, me disait, à Bastia, quand il n'y avait pas à Saint-Nicolas, il m'a fait remarquer qu'il y avait la sociologie de ceux qui suivent ce qu'il appelait l'allée des désirs, la promenade sous les platanes, qui longe les cafés, et ceux qui sont sur la place, là, à l'époque, c'était un peu moins maintenant, mais c'était que des gens de la citadelle, c'était un autre monde, c'était le bord.
1:34:17 C'était un autre monde. Il n'y avait pas de... C'était comme deux liquides non miscibles. Voilà, les frontières. Alors qu'il n'y avait pas de barrière. Même place, mais des frontières. Voilà. on les appelait les petits de la citadelle. C'est un des qui aujourd'hui est devenu le quartier. Oui, je me dis. C'est clair. On va peut-être conclure sur le livre. On ne va pas faire toute l'histoire de la Corse et...
Conclusion : l'éditeur, la librairie et le mot de Nietzsche
1:34:47 Non. Et y compris Outre-mer et ailleurs. donc mettre à vous pour la conclusion. La conclusion. En dehors, évidemment, lisez le livre. Oui, lisez le livre. Merci. C'est une merveille. Voilà, Dominique. Non, ce qui est... Je pense que justement, c'est peut-être le moyen de... de faire connaissance avec ce petit peuple qui est pas...
1:35:20 qui est très peu représenté. Excusez-moi, j'ai dû prendre un strepsine donc... parce que je rentre là. Est-ce qu'il y a de mieux ? Voilà, c'est peut-être... C'est peut-être une façon de faire connaissance justement avec ce petit peuple qu'on voit peu. Et je voudrais finir par un hommage à l'éditeur quand même. Oui. Parce qu'il a quand même publié... y compris... Elle a... l'éditrice et l'éditeur, enfin Materia Scritta, on va dire, ont publié aussi d'autres...
1:35:52 d'autres auteurs contemporains corse qui nous parlent de ça quand même. Oui. On a reçu ici Gérard Lénie, qui en parle très bien. Oui. Et... à chaque fois, on est très très loin du folklore ou de la mondanité parisienne ou littéraire. Ça donne des très très bons livres qu'on a plaisir nous-mêmes, libraires parisiens, à vendre et à conseiller aux lecteurs.
1:36:23 Et... et ça, c'est un travail dont j'ai bien peur que Materia Scritta soit un peu seul à l'accomplir. Mais il faut donc l'encourager. Donc l'éditrice et l'éditeur, les éditeurs et la maison d'édition qui fait quand même un très très beau travail, y compris la qualité de réalisation des ouvrages. Je valide. Oui. Mais l'éditrice qui est parmi nous d'ailleurs. Oui. Je la remercie. Et c'est vrai qu'elle fait un travail exceptionnel et François aussi.
1:36:55 Et j'avais très peur d'ailleurs que l'éditeur... Bon, j'ai remis mon manuscrit qui m'a appelé et m'a dit j'ai vécu, j'ai découvert en tant que journaliste le couronnement de Bokassa. Et là, je me suis dit aïe, aïe, aïe, c'est très mauvais pour moi. Donc là, là, c'est fichu. Jamais il va accepter le manuscrit. J'ai dit c'est bien ma veine. Je tombe sur le seul type. Un des rares types qui a dû quand même couvrir. Il ne doit pas y en avoir des tonnes non plus qu'il est éditeur en plus.
1:37:28 Et il m'a appelé et il me dit enfin, enfin quelqu'un qui parle et voilà, c'est vécu. Qui parle de Bokassa, qui aimait c'est pas justement l'anthropophage, enfin la caricature. Oui, il est obligé de... voilà. Vous n'avez pas fait... Et là, vraiment, j'étais vraiment ravie. Et c'est vrai qu'ils m'ont fait confiance et je les remercie beaucoup et je vous remercie aussi de faire ce travail. Ici, c'est en quelque sorte la librairie consulaire corse à Paris.
1:38:02 Donc, voilà, venez, venez au tropique, à la librairie Tropiques. Et pas que les corses. Non. Mais vous faites un véritable travail de libraire, c'est-à-dire vraiment de lecture et de recherche et pas seulement montrer, voilà, le devant de la scène et aussi des gens qui travaillent. C'est pas tout fait fortuit que la librairie consulaire corse s'appelle tropique parce que Nietzsche était à Nice. Il avait son rythme, pas idiot, l'hiver, l'hiver à Nice, à Turin, etc.
1:38:34 Et puis, l'été à 3000 mètres d'altitude en Suisse. Et il dit il écrit à Peter Gast il faudrait qu'on aille en Corse. C'est déjà compliqué d'y aller à l'époque. Lettre à Peter Gast, je crois que je l'avais raconté. Et c'est son correspondant musical. Parce que d'après mes calculs, il est un peu andouille Nietzsche, on a fait un grand décapeur, mais des fois il est andouille. D'après mes calculs, ah oui, il faudrait qu'on aille à Corte. Parce que d'après mes calculs, c'est là que Napoléon a été conçu. Voilà.
1:39:05 Le sperme des Bonaparte, ça travaillait l'esprit de cet Allemand. Et n'empêche que, il dit une chose admirable, parce qu'il a dit mon génie est dans mes narines, je sens qu'entre Nice et la Corse commence la sphère africaine. Oh, quel beau mot de fin ! Pour ton livre, franchement. Quel beau mot de fin. Voilà. Merci. Merci à toi. On va peut-être conclure là-dessus. Bravo. Merci. Merci à vous. Merci.