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Le couloir du temps et les portes de la musique
0:18 Ça semble dérisoire d'exprimer le contenu de la musique avec des mots. Et c'est pas moins dérisoire que Cette expression Warren en français, les goûts et les couleurs ne se discutent pas Bonjour Puis milliards réalité que ce soit des nanas, des films, des bouquins ou des habits, ou de la manière d'arranger mon appartement ou le tien.
0:48 On parle des goûts et des couleurs lorsqu'on a mis un terme aux coups et aux douleurs. Je propose donc cette évasion positive, si je puis dire. Une évasion, encore une fois, qui n'est pas faite pour fuir le réel, mais peut-être pour le trouver. Ce qui suppose qu'au départ, nous ne sommes pas dans le réel. Alors où sommes-nous au départ ? Dans la vie bourdonnante de tous les jours. C'est-à-dire sur un couloir. Je tiens à cette image, parce qu'on va beaucoup parler de temps en parlant de musique. Si vous vous en doutez, les arts plastiques sont dans l'espace. La peinture, la sculpture, l'architecture, c'est une vieille division.
1:18 Il y a les arts de l'espace, dans lesquels toutes les parties sont simultanées. Sur un tableau, la gauche du tableau, le milieu et la droite sont simultanées, n'est-ce pas ? Tandis qu'à 10h et à 10h06, dans une symphonie de Beethoven ou dans un solo de piano de Thelonious Monk, il ne se passe pas du tout les mêmes choses. Il y a les arts de l'espace et les arts du temps. Donc nous sommes au départ dans un couloir qui nous mène directement à la mort. Pour chacun d'entre nous, c'est un peu dommage que le couloir soit droit et un peu court.
1:50 Il faudrait mieux qu'il soit long et sinueux, franchement, entre nous. Alors ce que je vous propose, moi, c'est d'ouvrir des portes latérales. On n'aurait jamais cru qu'on pourrait s'évader de ce couloir. Je voudrais ouvrir quelques portes et chaque fois l'ouverture sera magique. On va tomber sur l'extrait d'un opéra ou au contraire sur une polyphonie pygmée du fond de la jungle congolaise. En tout cas, chaque porte sera une évasion. Donc bien loin des musiques dans lesquelles on nous plonge, du ghetto sonore, sur les plateaux télé, dans les boîtes, etc.
2:22 Il en faut, je veux dire. Quand je suis en boîte, je n'ai pas envie d'entendre des berceuses, ce n'est pas la question. Là, je parle au contraire des musiques qui vont nous évader de ça. Les musiques qu'on nous censure, qu'on nous sucre, et qu'on sucre avant tout à la jeunesse. Parce que ce serait terrible si la jeunesse était en contact avec la richesse de ces musiques. Elle ne tolérerait pas le monde dans lequel on veut la faire vivre. Il y a un gros enjeu pour lequel le mot politique est presque faible. Ça va même au-delà. Je propose à ces jeunes de récupérer le patrimoine qui leur est dû, leur héritage, notre héritage.