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Les trois âges du jazz, le swing et Duke Ellington
0:01 Il n'y a même que dans l'histoire universelle, il n'y a que trois choses à retenir, l'Antiquité, le Moyen-Âge, les temps modernes. L'Antiquité le plus ancien, les temps modernes, le plus récent et tout ce qui est entre les deux, on le fourre dans le Moyen-Âge, ça veut dire ce qui est au milieu. C'est bien pratique. Dans le jazz, il y a le Nouvelle-Orléans, ça commence comme ça.
0:41 Et puis le Middle Jazz, pareil comme il y en a qui est au milieu. Et enfin le jazz moderne qui commence par le bop et puis après il y a le cool, le train, après le free.
1:33 Nouvelle Orléans, Middle Jazz, Jazz moderne, si c'est pas simple, franchement. Vous pouvez avoir des repères simples d'abord et compliqués après, à l'intérieur de ces divisions basiques. Le swing est assez tardif. Il n'apparaît qu'avec le Middle Jazz dans les années 30, quand les Afro-Américains remontent du sud des plantations de coton vers les usines du nord, Et que le rythme de la grande ville de Chicago et de New York l'emporte sur le rythme du planteur de coton. C'est ça le swing. C'est-à-dire l'alternance du temps et du contre-temps.
2:07 Les musiciens classiques se disputent entre eux. Et j'aime Beethoven, j'aime pas Beethoven, j'aime Wagner, j'aime Schoenberg, j'aime Schoenberg, j'aime... Ils sont tous unanimes. Il ne faut jamais dire un mot contre Mozart. Il doit y avoir des raisons. Quel qu'au goût qu'ils aient, qu'ils soient des modernistes, des anciens, des baroques, on ne dit pas un mot contre Mozart. En jazz, il y a l'équivalent chez Duke Ellington. Les anciens, les modernes, ceux du milieu, il ne faut jamais dire un mot contre Duke Ellington. Avant tout, il reste immortalisé dans l'histoire, moins comme soliste que comme catalyseur du talent des autres.
2:38 D'un regard, d'un geste, il commande à une grande formation qui tout d'un coup déchaîne l'orage ou murmure à la limite de l'audibilité. Et surtout, il se passe toujours quelque chose chez Duke Ellington. Il y a toujours des événements musicaux, une nouvelle sonorité. On n'est jamais sur le plan. Il faut comprendre pourquoi les Afro-Américains musiciens ont le culte du Duke.
La tessiture des saxophones, du baryton au soprano
4:12 Quand je parle dans la grande famille des saxos, de saxo soprano, ténor et tout, ces divisions sont des divisions dans le sens de la hauteur pour l'oreille. Il y a un terme technique pour dire les divisions dans la hauteur du plus grave au plus aigu, on appelle ça la tessiture d'un instrument ou d'une voix. Toutes ces divisions viennent de la voix à l'origine. Baryton, donc ça c'est valable pour tous les groupes instrumentaux, vous avez un saxo baryton.
4:49 Au-dessus, le saxo ténor, c'est l'instrument de John Coltrane, de Sonny Rollins, de Stan Getz. Vous voyez, ça fait des sonorités très différentes d'un individu à l'autre. On peut avoir trois univers sonores différents rien que par le timbre. La sonorité vaporeuse, smooth d'un Stan Getz.
5:22 La force tranquille et presque désinvolte d'un Rollins. Ou la sonorité tranchante d'un Coltrane. Mais pourtant tout ça c'est le même instrument, le saxo ténor.
6:13 Encore au-dessus, le saxo alto. Le saxo alto, ça c'est l'instrument de Charlie Parker rien que ça, du bird.
6:49 Je suis un saxo alto, on regarde encore au-dessus, mais c'est la première fois que c'est un saxo qui n'est pas courbé, mais qui est tout droit. Vous savez que plus le tube est long, plus le son est grave, c'est tout simple. Plus il est court, donc on n'a pas besoin de le recourber. Et ça, c'est le saxo soprano.
7:21 Voilà, là on est arrivé au plus aiguë. Vous remarquez qu'on est arrivé à la plus aiguë des voix féminines, soprano. C'est la voix qui a donné la direction par laquelle on divise les groupes instrumentaux. A l'époque baroque, les personnages d'opéra symbolisant la force, les dieux les plus terrifiants, les plus forts, sont joués par les voix d'hommes les plus aiguës. C'est intéressant, vous pourriez penser que ce sont des voix de stentor. Dans les basses, pas du tout. C'est souvent des voix de castrat, Héraclès, c'est une voix quasiment féminine à l'époque baroque.
Gerry Mulligan et le big band, une structure de concerto
8:03 Pourquoi je m'attarde là-dessus ? Parce que le morceau sur lequel j'ouvre la porte suivante est un morceau où il y a le plus grave des saxos, le saxo-baryton, joué par Gerry Mulligan. Descendant quelque part dans une tessiture qui, dans les cordes, sera intermédiaire entre le violoncelle et la contrebasse. Admirable instrument, qu'on entend un peu plus rarement que les autres parce qu'il faut le transporter un baryton, c'est encombrant. Il a son orchestre, mais voilà, c'est un big band, c'est pour ça que je l'ai choisi.
8:36 On est dans ce que les jazzmen appellent un big band, un grand orchestre lorsqu'on est au-delà de dix instrumentistes. Ce qui est important, c'est que la structure est la même qu'un concerto. Un soliste qui s'adosse à une masse, une figure qui se détache sur un fond. C'est ça qui est commun. C'est une magnifique école de ce qu'on appelle la mise en place en jazz. C'est une honnêteté vis-à-vis du public. Que tout soit impeccable. Plus on est nombreux, plus il faut qu'il y ait de l'ordre là-dedans, tout ça. Et tout ça au profit d'un swing ahurissant. D'ailleurs, l'ère swing dans l'histoire du jazz correspond avec l'apparition des grandes formations.
Analyse et écoute de My Funny Valentine
9:46 On s'attend à ce que ça décoiffe mon histoire de Mulligan. Mais non, c'est une ballade, déjà c'est intériorisé. C'est ma f***. My Funny Valentine, c'est une chanson sentimentale, un peu tendre aussi. My Funny Valentine, c'est quelqu'un qui regarde une fille qui n'est pas canon canon. Il le dit bien, avec ton visage un peu faible, avec son sourire un peu bizarre. Ma drôle de Valentine, ça ne veut pas dire ma superbe... c'est intéressant. Très intériorisé, très tendre. Ça commence presque dans la pénombre. Mais pas dans la pénombre pour dire n'importe quoi, pour faire flou et pour brouiller les cartes.
10:21 Une pénombre se dégage avec lui. Avec une netteté admirable, la sonorité grave et lente de Gerry Mulligan. Chaque note est pesée, articulée, murmurée et en même temps nette. Ça c'est un exploit. Surtout avec un instrument comme le baryton, pour dégager une note de cette espèce de monstre, ne serait-ce que par la dimension de la famille des saxo.
11:06 Et au bout de quelques notes de la première phrase achevée, l'orchestre répond comme un écho, comme s'il était ému, touché par ce commencement de solo, Et qui répondait comme un chœur répond aux preachers à l'église.
11:41 Tous ces instruments à un vent qui devraient être fracassants et nous décoiffer, ce qu'ils font souvent, Vient ici comme une brise qui descend des ramures des frondaisons des arbres par un beau soir d'automne sur Central Park. C'est cette richesse qui se déploie tout d'un coup au moment où il va y avoir bientôt le néant, l'obscurité, l'hiver, il y a tout d'un coup cette flambée de lumière dorée. De l'or, de l'or gratuit pour tout le monde.
12:19 My Funny Valentine, Gerry Mulligan, solo face à un big band.
13:32 Allotototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototototot
17:03 3Llb3Lb3Lb3Lb3Lb3Lb3Lb3Lb3Lb3Lb3Lb3Lb3Lb3Lb3Lb3Lb3Lb3Lb3Lb3Lb3Lb3Lb3Lb3Lb3Lb3Lb3Lb3Lb3Lb3Lb3Lb3Lb3Lb3Lb3Lb3Lb3Lb3Lb3Lb3Lb3Lb3Lb3Lb3Lb3Lb3Lb3Lb3Lb3Lb3Lb3Lb3Lb3Lb3Lb3Lb3Lb3Lb3Lb3Lb3Lb3Lb3Lb3Lb3Lb3Lb3Lb3Lb3Lb3Lb3Lb3Lb3Lb3Lb3Lb