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Les mégalithes du Valinco et les pièges des chronologies
0:00 Comme disait Platon, l'écriture, ça sert pas à la mémoire, mais à la remémoration. Merci Serge. Bon, mais quand... Top départ ? Top départ, à l'envie. Merci Dominique de nous accueillir sur les tournois.
0:30 Bon, j'avoue que je traîne un peu les pieds, hein, pour cette communication, pas seulement à cause de mon âge, ni à cause de la météo. Les femmes, les jeunes, aiment ça, la chaleur, le soleil. Vous avez vu une femme sur un rocher abandonnée au soleil comme à aucun mec. Quand même, ça ne le parle pas de soleil. Noble et brillant auteur d'une illustre famille, Toi dont ma mère osait se vanter d'être fille, Qui peut-être rougit du trouble où tu me vois, Soleil, je te viens voir pour la dernière fois.
1:08 Je traîne un peu les pieds parce que... Je l'ai dit à quelques amis à titre informel, Allez, j'ose le dire en public. Je me vois en train de faire un freestyle sur un sujet que je connais mal. Quand je dis que je connais mal, c'est pas que je le prends par-dessus la jambe. Ça fait plus de 50 ans que j'y pense. Mais c'est que plus on le creuse, moins il y a de certitudes, plus c'est difficile à en tirer quelque chose d'univoque.
1:40 Pour parler comme juriste. Tous les linguistes. Donc voilà, vous voyez, c'est... Je dois vous parler. Ils sont particulièrement denses et nombreux dans la région où nous sommes. C'est-à-dire de part et d'autre du golfe du Valinco. Que ce soit au nord du côté de Filitosa qui est le site le plus connu. Et au sud, avec les alignements de Palaggiu...
2:14 Donc que ce soit à Cauria... C'est la région la plus dense, mais... Les mégalithes, puisque c'est le sujet de mon intervention. Les gros cailloux, hein. Les mégalithes, ça veut dire ça. Le paléolithique, c'est les vieux cailloux. Le néolithique, c'est les nouveaux cailloux. Je fais exprès. Vous allez voir, j'ai l'air de plaisanter. Et entre les deux, entre l'ancien et le nouveau, il y a ce qui est au milieu, le mésolithique.
2:47 Ils sont malins, vous savez, ceux qui font des chronologies. Ils prennent le mot pour la chose. Tout ce qu'on ne sait pas, on le met au milieu. Il y a l'Antiquité, pour les historiens. Puis à partir de la Renaissance, il y a ce qu'on appelle les temps modernes. Il y a jusqu'à nous qu'il y a l'histoire contemporaine, l'histoire moderne et contemporaine, on dit dans les... dans les unités académiques. Puis entre les deux, on a fourré le Moyen-Âge. Le Moyen, c'est le milieu. Sauf que, les temps modernes, 16e, 17e, 18e, 19e, 20e, 21e, on vient vite à nous.
3:22 Le Moyen-Âge, c'est dix siècles. Où l'écriture est rare. Je veux dire en extension. Alors, et puis, on dit l'Antiquité, le Moyen-Âge et temps modernes, on voit un tiers, deux tiers, trois tiers. Mais non ! L'Antiquité, c'est 50 siècles. Temps modernes, c'est 5. Mais on n'y pense jamais à tout ça.
L'histoire commence avec l'écriture : hagiographie et certitude
3:52 Bref, je dois vous parler de proto-histoire insulaire. Proto-histoire, histoire. Pré-histoire. L'histoire. Vous savez qu'on l'a fait commencer là où il y a de l'écriture. En principe. Avant, c'est la pré-histoire. Là aussi, c'est malin, ceux qui font des chronologies, vous voyez. Mais c'est pas... Dès qu'il y a l'écriture, il n'y a pas l'histoire comme ça, comme dans nos manuels d'aujourd'hui.
4:24 Comme dans Wikipédia. Prenez le tout début de l'écriture, je ne sais pas moi, la Mésopotamie, l'Égypte, la Chine, la vallée de l'Indus. Les scribes qui font l'histoire du pharaon, on ne sait pas... Ça consiste à mettre une stèle et à dire le pharaon a flanqué une rouste aux Hittites, ils vont s'en souvenir pendant mille ans, vous voyez. De toute façon, c'est le plus beau, c'est le meilleur, c'est l'aimé d'Amon-Râ, des dieux. C'est pas vraiment de... Vous voyez, c'est de l'hagiographie, comme on dit.
4:55 H-A-G-I-O. C'est de l'hagiographie, c'est de l'éloge. C'est vraiment... Mais enfin, grâce à... à ces premiers balbutiements de l'engramme, vous savez, quand vous passez à Paris, à la place de la Concorde, vous avez vu des ruines romaines, il y en a partout, c'est vite effacé, les caractères. Alors que là, 3000 ans auparavant, c'est gravé dans le basalte, sur l'obélisque d'une netteté. C'est extraordinaire.
5:26 Grâce à ces premiers balbutiements, on a des certitudes. Enfin, on est en relation avec les certitudes qu'ils avaient. Les philosophes, ils ont beaucoup travaillé pour opposer la certitude à la vérité. Il y a très loin de nos certitudes à la vérité. Rien de plus certain que... On est sur le plancher des vaches, là, vous voyez ? Alors qu'on est en train de tourner à 30 km secondes autour du soleil. Il y a plus de... On a été certains de ça pendant longtemps. Et voilà, la certitude à la vérité. Ben oui, je suis philosophe, parce que vous voulez, je suis désolé.
5:57 Je vous emmerde avec les mots. Parce que ça commence comme ça, la philosophie. Ça ne commence pas quand on dit qu'est-ce que c'est ? Un astronome, il se demande qu'est-ce que c'est qu'un trou noir. Il n'y a pas besoin d'un philosophe pour ça. Mais le philosophe, il dit qu'appelles-tu un trou noir ? Il n'interroge pas l'astre. Il interroge l'astronome qui parle de trou noir. Quand tu m'auras dit ce qu'il appelle étoile planète, on verra si Saturne, etc. Qu'appelles-tu Dieu ? On verra après si ça peut exister.
La parole comme eau : griots, bardes et poésie
6:28 Et ça commence par le mot. Cette réflexion sur le mot, j'ai l'air de vous embêter avec, mais ça va nous occuper, là, dans cette communication. Parce que je suis en train de parler de l'écriture, et je succède à quelqu'un qui vient magistralement de nous parler de tradition, le plus souvent orale. Et en plus, c'était centré sur l'élément liquide. Pardon, je fais exprès de souder des interventions. Ce festival a quand même une certaine homogénéité aqueuse.
6:59 Féminin, un piano aqueux. Oui, non, c'est pas de moi. C'est du regretté René Comer, vous savez, qui avait fondé le festival de jazz de Calvi. Je lui avais dit, je lui avais dit, dans les œuvres de Debussy, il y a quelque chose d'aquatique dans sa musique. Il me dit, oui, c'est un piano aqueux. cette manière de se référer à la source orale, vous voyez, je dis la source, me fait penser à un autre terrain très différent.
7:39 J'ai pu partager récemment avec une intervenante que vous connaissiez, puisque c'est notre autre Claire, si je puis dire. Je pense à Claire qui nous vient de Bruxelles et qui a vécu, comme moi, au Niger. J'étais très heureux de l'entendre parler d'endroits qui sont fort loin d'ici, mais aussi fort proches au niveau du sujet qui nous occupe. Comment on dit le fleuve dans l'aire bambara, si vous voulez, cette terre qui a donné l'épopée mandingue qui joue dans toute la région le rôle de l'Iliade à peu près dans l'Europe occidentale et dans la tradition orale.
8:18 Ici, je fais une parenthèse. Il paraît que je suis exaspérant dans mes détours, quoique mes auditeurs les plus réguliers disent que ce qu'on préfère, c'est les détours. Alors, il ne faut pas me tenter non plus, mais c'est important. ce détour-là. J'ai vu sur les affiches que le festival a une épithète. C'est un festival littéraire. D'accord ? Littéraire, littéra, c'est la lettre. La lettre, c'est l'écrit. Or, le genre littéraire, par excellence, ce n'est pas moi qui décide, je ne me permettrai pas, mais de l'avis des auteurs, des linguistes, au point même que le cercle de Prague, les linguistes, ont parlé de la fonction poétique du langage en général.
9:01 Vous voyez ? C'est la poésie, c'est le cœur, le premier surgissement de toute littérature. Et il est évident que l'Iliade a été slamée, rapée, n'est-ce pas ? J'ai un fils rappeur. Avant d'être écrite, bien avant d'être écrite. D'accord ? Alors, que ce soit les bardes d'ici, n'est-ce pas ? Les aèdes là-bas, les griots, je reviens à mon Afrique occidentale. Les griots.
9:31 Vous savez comment on dit griots en Bambara ? On dit djeli. Et le fleuve, c'est Joliba. La parole coule, elle est labiale. Vous voyez ? On retrouve les mêmes, le même filage des métaphores. Et en disant filant, je continue à jouer la truite qui file. Et oui, c'est Gérard de Nerval qui parle d'une enseigne d'auberge à Salis qui s'appelle « Nous devenions à l'excellent hôtel de la truite qui file ». C'est extraordinaire, quand même. Essayez d'attraper une truite qui file, surtout dans le torrent.
10:02 Je n'en prie pour vous signaler à Évisa, à l'hôtel du centre, des petites truites comme ça, fourrées à la menthe fraîche et au brocciu. C'est extraordinaire. Donc voilà. Vous voyez, on est très loin au Mali de nos montagnes de Corse. et pourtant, il y a ce même isomorphisme, si vous voulez faire frimer un peu, prétentieux, parler à France Culture, ce même isomorphisme entre l'eau qui s'écoule, la source, le torrent, la rivière, et la parole.
Stantari : ce qui se tient debout
10:43 Qu'est-ce qu'il disait Rimbaud ? Que comprendre à ma parole, il faut qu'elle fuit et vole. Vous voyez ? Allez attraper ça dans l'écriture. Alors pourquoi j'en parle ? Parce que je parle exactement du contraire de tout ce que je viens de dire. C'est le contraire de ce qu'a dit Mme Akwabiba. Elle parlait du fluide et moi, je vous parlais de ce qu'il y a de plus. Stantari, vous voyez, on dit, c'est ST dans les langues européennes, station, statue, et reste pas là plantée comme une statue, disait ma grand-mère à mon pauvre oncle Martin Abastia.
11:18 Oui, un statut, qui fixe les règles, qui sont censées ne plus bouger. Une station de métro, des chemins de fer, c'est ce qui ne bouge pas. Stee, stehen, en allemand, vous voyez. Stato, l'état. La société civile peut évoluter, mais l'état, navigue sur un volcan, comme disait M. Prudhomme. Le char de l'état navigue sur un volcan. Vous voyez, les menhirs, c'est ça, c'est quelque chose qui continue à défier le temps, là, au nord et au sud du golfe de Valinco, encore.
11:56 Mais c'est incroyable. C'est les plus grands alignements de Méditerranée qui sont là, vous avez là sous la main, je dis ça, parce qu'il y en a qui ont eu l'audace de m'avouer qu'ils n'étaient pas encore allés les voir, ils étaient là depuis trois ou quatre jours, quand même. Et leurs jambes les portent mieux que les miennes ne me portent. Non, c'est extraordinaire. Et en plus, vous le savez, certains le savent, vous me direz, mais il y a des mégalithes, il y en a à Stonehenge des plus grands, et des... oui, il n'y a pas de figure humaine à Stonehenge.
12:29 Vous avez en Corse les premiers mégalithes anthropomorphes, là encore, c'est des jeux de mots, on parle grec pour faire le malin, ça veut dire qu'il y a une forme humaine morphée, vous savez. De l'Europe, de l'Europe, en Égypte, il y avait 2000 ans auparavant, de grosses pierres, des formes bien humaines. Mais là, en Europe, je ne sais pas, ça commence encore, c'est une histoire incroyable, quand même. Alors, ce n'est pas mon sujet, je ne suis pas encore entré dans le sujet, c'est mon prélude.
13:04 J'en parle presque au fond du golfe de Valinco. Là, je ne fais pas de métaphore, là, je suis au sens propre. D'ailleurs, on a eu la gentillesse de me passer dans un hôtel où je fais ça avec ma main droite et je touche la plage de... Chab, non ? Du Bage. Oui. Comment tu dis ? Baracci. Baracci, exactement, merci. J'allais fourcher avec une autre qui me ressemble. Voilà. Là, on est au fond du golfe de Valinco. Plage étrange. Tchinesu, oui. Il n'y a jamais personne.
13:34 Vous voyez, un peu comme au fond du golfe d'Ajaccio, à l'aéroport, là. C'est grave. Ce sont les oulées, là. Surtout de la route des Sanguinaires, bien sûr, de l'Ariane, etc. Mais celle-là, elle est étrange. Pourquoi j'en parle ? Parce que ceux qui ont dressé les menhirs anthropomorphes, en toute probabilité, ils ont abordé là. Là, je me suis réveillé ce matin de mon balcon, je touchais presque la plage de la pique.
14:06 Vous voyez, là, je ne suis plus dans les abstractions. C'est incroyable. Mais qui ça ? Alors, on dit les peuples de la mer. Je n'ai pas la wifi, j'avais préparé des notes, je ne vais pas vous embêter. Et tant mieux, parce que dès qu'on commence à regarder, moi, je ne veux pas vous raconter les salades, je me suis renseigné. Mais c'est un abîme, l'érudition. Quand on commence avec l'érudition, on s'engouffre dans un abîme et on s'abîme dans un gouffre. Quand on ne sort plus. Je dis ça avec beaucoup de respect. Je ne suis pas en train d'ironiser sur les érudits.
14:40 Nous ne serions pas là s'ils n'avaient pas travaillé pour nous. Ça nous permet d'avoir quelques certitudes. Mais ils sont les premiers à nous montrer à quel point les choses sont beaucoup plus complexes qu'on ne le croit. Je vous ai parlé du mot de Théron, je n'ai pas de souci. Je vous ai parlé de paléolithique et de néolithique. J'ai dit que ça se complique avec au milieu un mésolithique. Mais j'ai énormément simplifié. Quand vous regardez les spécialistes, rien qu'au néolithique, la Nouvelle-Pierre, les stantari, les menhirs, les dolmens, apparaissent à peu près entre la fin du néolithique et le début de l'âge du bronze.
15:26 À peu près. Vous voyez, ça vous suffit comme encadrement. parce que si vous commencez à être plus précis, on n'en finit plus. Et au début de l'âge du bronze. Et je parlais de statues anthropomorphes. De nombreuses statues-menhirs sont armées en une épée au point que les habitants de la région ne les ont jamais appelées des menhirs. ça, c'est pas un nom de la région, bien sûr, mais ils ne les ont pas non plus appelées stantari. C'est un terme qui a été rapidement répandu par des archéologues ou des professionnels.
Le moyen terme, le bord et la thèse
15:59 Ils les appelaient des paladines. Oui, oui, des paladins. Vous pensez au spadassin, vous avez raison. Spada, c'est l'épée. Elle en sait des choses, la langue. Elle en sait plus que nous qui nous servons d'elle. C'est exactement le moyen terme des dialecticiens les plus subtils. On croit qu'on se sert d'un moyen. Mon esclave, je l'appelle, apporte-moi le cendrier. Je dis ça parce que je connaissais un Français en Afrique qui l'appelait son boy qui était à 50 mètres pour lui apporter le cendrier qui était là.
16:33 Ce serait moyen. Il y a moi, première extrême, l'objet que je désire, deuxième extrême et entre les deux, j'ai un moyen, l'outil, l'esclave. Ma femme, mon mari, non mais je veux dire pour Madame Lagarde du FMI, c'est moi qui suis son moyen, enfin nous. Et voilà que le moyen se retourne contre la fin. Le langage en sait plus sur nous.
17:07 Freud nous a montré que, ah c'est pas ce que je voulais dire, mais si, c'est ce que tu voulais dire, mon petit. Si, c'est bien ce que tu voulais dire, ce que tu ne voulais pas dire, c'est ça que tu as dit. Ce qui est important, c'est pas ce que tu penses, c'est ce que tu exprimes. Et je reviens à la parole où il s'exprime beaucoup plus de choses dans l'écriture, où on peut raturer, contrôler, revenir. Je ne les réclame. Tous les philosophes, ils n'ont pas que se disputer entre eux, ils font que ça, mais. On a un consensus, un peu comme les musiciens sur Mozart.
17:38 Et oui, les musiciens, ils disputent sur Wagner, sur Beethoven, sur Bach, alors sur Mozart, jamais. Il devait y avoir des raisons. Je vais faire une parenthèse, Mozart, l'amérique vient, mais. Le vieux Haydn, c'est le type d'une bonté, vous savez, Haydn, est mort à presque 100 ans. Le génie, n'aime pas le génie contemporains en général, ils se jalousent. Le vieux Haydn a dit au père de Mozart. Je ne voudrais pas trahir, je pense en allemand. Oui, votre fils, il n'a pas dit, c'est le meilleur musicien, il a dit, c'est le plus grand des artistes dans tous les arts et dans tous les temps.
18:13 Le bon Haydn. Alors, le moyen terme, pourquoi j'en parle ? Parce que c'est mon sujet, là je l'aborde. Vous croyez que j'étais en train de m'égarer ? Non, non, non, non, je suis au fond du golfe de Valinco. C'est quoi ? Un bord. Un bord, c'est un milieu. C'est un switching, on dirait, en informatique. Vous voyez ? Le bord d'une falaise, c'est le passage de l'horizontale au vertical.
18:43 Vous êtes d'accord ? Le bord d'une rivière, c'est le passage de l'immobile, le rocher, je ne sais pas, la berge, et de ce qui coule. Donc un bord est toujours plus ou moins dangereux, périlleux. Quel charme l'attirait sur ses bords redoutés. Ça fait deux fois que je fais une citation de Phèdre, que ça se passe dans des îles, Phèdre, vous voyez. Ariane, ma sœur, vous savez, Ariane, elle est morte dans l'île de Naxos, enfin, elle est morte, elle a failli mourir de désespoir et d'abandon.
19:17 Ariane, ma sœur, de quel amour blessé ? Vous mourûtes au bord, vous fûtes laissé. Le bord, la limite, la borderline, on dit aujourd'hui. C'est des endroits périlleux dans le corps, à partir de quand je suis à l'intérieur de mon corps et à l'extérieur, entre les deux, il y a les lèvres. C'est curieux, ces choses-là. C'est complexe. Donc la plage, vous voyez, c'est comme une bouche. Et vous voyez, la langue est en train de nous penser.
19:48 Parce que Rimbaud dit, dans un des plus beaux poèmes qu'on a écrit, il dit, il parle d'une jeune fille qui court sur une plage, il dit une plage nommée par des vagues. Vous voyez ? Nommée par des vagues. La métaphore de la bocca est pas loin. on a parlé d'un col tout à l'heure, pour la bocca. On dit aussi à l'ingouement, mais c'est une plage. Un peu plus fort, ça m'intéresse. On dit à l'ingouement, elle est une plage. Ah, la langue, voilà. Merci beaucoup.
20:18 La langue va au-delà, n'est-ce pas, de... Elle vient combler notre attente métaphorique. Donc voilà. Je commence à aborder mon sujet. Mon sujet, c'est le moyen terme. Quel moyen terme ? Les menhirs, les mégalithes. Pourquoi ? Parce que le destin de la Corse est toujours joué jusqu'à aujourd'hui, entre deux extrêmes. Un que vous avez devant vous, la mer, et l'autre un peu plus loin, la montagne.
20:48 Les mégalithes, c'est le moyen terme entre les deux. C'est aussi stable que le... que le granit des montagnes, n'est-ce pas ? Et ça a été apporté par les peuples de la mer. C'est extraordinaire comme histoire. C'est vraiment une histoire extraordinaire. Oui. Et ils se tiennent encore là. Comme un témoignage de quoi ? Ça, je me garderais bien de vous le dire. On ne sait pas très bien, cette histoire. Elle peut être redoutable.
Les peuples de la mer et les stèles égyptiennes
21:19 Hein ? Certains... Quand on dit peuple de la mer, il faut quand même que je sois un peu plus précis. On en parle, l'expression, enfin, on s'en sert à titre explicatif pour les cultures nuragiques, si il s'agit de la Sardaigne, ou torréennes, si il s'agit de la Corse. On en parle que depuis la fin du 19e siècle, soyons clairs, depuis que l'archéologie, à peu près contemporaine, a essayé de faire un rapprochement entre les peuples qui nous ont laissé ces mégalithes, qu'il s'agit d'entassements cyclopéens, ou qu'il s'agit alors des statues, anthropomorphes.
22:00 Ils leur ont donné ce nom générique, mais ils l'ont emprunté, et c'est là que ça devient troublant, à deux documents qui datent de l'Égypte, ancienne. De l'Égypte ancienne. En particulier, pour être précis, du début du 14e siècle, parce que là, on a l'écriture, on est un peu plus précis. Avant Jésus-Christ, on a deux stèles. Une de Ramsès, l'autre de Mérenptah, vous pouvez oublier, de toute façon, écoutez, vous connaissez mieux que moi Internet, ce n'est pas ma génération, si vous n'avez pas encore vu les reproductions des statues, c'est de votre faute, ça, si vous n'avez pas encore vu.
22:39 Mais vous mettez Filitosa, vous mettez Mégalithe-Corse, vous appuyez sur l'image, mais quelle époque merveilleuse que vous vivez à ce niveau-là. C'est extraordinaire, c'est pour ça que je ne peux pas appuyer ou vous projeter sur un écran, l'heure ne s'y prête pas, de toute façon. Mais ces stèles égyptiennes racontent, célèbres, je parlais d'hagiographie tout à l'heure, d'histoires pour célébrer les exploits et la valeur du pharaon, du dieu vivant.
23:14 Dans les deux cas, elles sont là pour célébrer une victoire. Sur qui ? Sur une coalition anti-égyptienne à l'époque. Parenthèse. L'Égypte, c'était riche, pour l'époque, dans le contexte de le delta du Nil, le blé explose. Ce n'est pas fécondé par la Vierge Marie. Je fais des raccourcis. Mais oui, on a parlé tout à l'heure de la Vierge Marie qui s'est substituée aux divinités de l'eau. Non mais ne croyez pas que je délire.
23:45 La Vierge Marie, si vous regardez, par exemple, comme elle est figurée dans les jolies vierges de Bourgogne du XIVe siècle, les vierges en bois de 1m15 à peu près, des merveilles, comme un bois sculpté avec des tresses qui vont de la tête jusqu'aux chevilles. Elle foule un croissant de lune. Écoute, autrement dit, l'intuition populaire a soudé la nouvelle tradition chrétienne à l'ancien culte d'Isis.
24:17 Isis, c'est l'eau du Nil. L'eau du Nil fécondée par la fragmentation en 14 morceaux deux fois sept du phallus d'Osiris. Ça, c'est dans la mythologie égyptienne. Moi, je n'en entends rien. Ce bel atisme meurtri que si bel ranime, dit le poète quelque part. Vous voyez, quand je parle de moyen terme, je suis très sérieux. Le premier moyen terme entre vous et moi, là, pour l'instant, c'est la parole.
Socrate, Platon et la mémoire des griots
24:51 La langue. Pas la parole écrite, là, vous voyez, sinon je ne pourrais pas faire tous ces détours. Le livre ferait 12 000 pages, il serait infaisable. C'est pour ça que je n'écris pas. Oui, je suis philosophe, je me réclame d'un patron qui n'écrivait pas, qui n'a pas laissé une trace écrite à Socrate. Vous voyez, parce qu'il se méfiait. Heureusement qu'il est tombé sur un grouillot de génie comme il s'appelle Platon qui fait qu'on a quelques notions de ce que Socrate a voulu dire, n'est-ce pas. Un scribe inespéré.
25:22 Je rappelle que si Platon s'est mis à écrire, alors qu'il voulait, comme tous les jeunes grecs, de bonne famille, c'est-à-dire de famille qui ont du bien. Les gens bien, c'est les gens qui ont du bien. Boni omnes, comme on dit en latin. Platon, il voulait faire de la politique. Grèce, ça vaut le coup, il faut savoir parler. C'est la première fois. C'est un progrès. C'est pas la force qui règne, c'est pas, tu vas aller construire la pyramide à coups de fouet. Non, c'est quand même, c'est le parlement. C'est là où l'on parle, les choses se dessinent.
25:52 C'est un petit progrès. Bon, il y a les esclaves, en vrai, c'est attention. Mais il y a une communauté qui est régie par la parole. Donc l'art de convaincre, ça compte. Et donc, il se destinait à ça. Et puis, il a eu un très grave échec politique. Je ne vais pas raconter sa vie, mais je veux dire, il a essayé de jouer le Bernard-Henri Lévy, déjà, le penseur au service des pouvoirs. En Sicile, ça a mal tourné. Enfin, je crois que pas mal d'entre vous connaissent l'histoire. Il a été, il a voulu dire au tyran de Sicile, le tyran voulait dire le roi à l'époque, tout simplement.
26:24 Il a voulu dire, c'est pas comme ça qu'il faut se conduire, il faut se conduire, il faut se conduire en taule. Et il a fait travailler dans les mines. Heureusement qu'il avait de l'argent et qu'il avait des connaissances à Athènes. Il a été libéré par des cautions. Mais pourquoi j'en parle de cette anecdote ? Parce que c'est à ce moment-là qu'il s'est commencé à écrire. Et il dit dans une lettre, c'est rare les correspondances qui ont 2500 ans, vous savez, il faut tellement que Platon soit vénéré pour que des lettres du courrier parviennent jusqu'à nous. On a une dizaine de lettres.
26:55 Il est dans la septième, la célèbre septième lettre, Platon dit, c'est assez proche, une lettre assez proche où il raconte ses aventures en Sicile. Et c'est alors que j'avais toujours l'esprit tourné vers la politique que je fus comme contraint de me détourner vers la philosophie. Contraint, en grec c'est ananké, c'est presque un mot religieux, c'est presque une damnation. Vous voyez, c'est un échec politique qui a fait que Platon, s'est mis à écrire. Je reviens à la parole labile.
27:25 J'ai vécu longtemps, vous vous en doutez, j'ai fait allusion tout à l'heure, en Afrique subsaharienne, francophone en occasion, en France pour situer. Là-bas, comme nos poètes traditionnels, ici, dans nos vallées, dans nos villages, le poète n'est pas seulement poète, il est poète, il est chantre, j'ai parlé du barde, de l'aède de tout à l'heure, il y a une fusion de genres auditifs, linguistiques, historiques.
27:59 Le poète, c'est aussi celui qui a la mémoire collective. Vous savez, Suleymane, Ben Daoud, Ben Ceci, fils de un tel, je crois que ça vous racontait l'histoire du griot, mais je ne peux pas empêcher de la restituer ici. il y a une cérémonie au Mali, chez les Dogons, qui a lieu tous les 60 ans, dans toutes les vallées, tous les peuples Dogons se réunissent, si je puis dire.
28:30 C'est un cycle exceptionnellement long dans une culture orale où la mémoire ne remonte jamais très loin, forcément. On a fait l'expérience, en Yougoslavie, on a demandé, dans la fin du 19ème siècle, ce mythe-là, il remonte à combien de temps ? Oh, ça se perd dans la nuit des temps. Après une enquête, on a vu que ça remontait à quatre générations. Après, ça se perd, vous voyez, si ce n'est pas écrit. Donc, on sait mieux ce qui s'est passé dans la Rome. Alors, Rome, on a tout, quart d'heure par quart d'heure, les juristes. on sait mieux ce qui s'est passé, n'est-ce pas, dans la Rome de Cicéron que dans l'Empire de Charlemagne qui était un empire d'analphabètes.
29:02 En Charlemagne, il y avait un prêtre qui vous prenait le doigt pour signer. Mais oui, oui, c'est pas linéaire, l'histoire. Donc, je reviens à mon Afrique subsaharienne et à mes griots. Il y avait un griot qui ordonnait la cérémonie, une cérémonie qui se patouait 60 ans. J'ai eu. Entre vous et moi, il y a la langue. Ça, c'est de l'ordre du code. Mais il y a aussi le canal. Et ça, c'est... Vous savez, vous savez ce que je veux dire, il y a des parasites sur le canal.
29:35 C'est pas vous, le parasite, c'est le véhicule. Donc, oui, il y avait un griot qui ordonnait tout ça, qui était le maître de cérémonie, l'arbiter elegantiarum, on aurait dit à la porte de Néron. Et il était là et il faisait les généalogies, justement. Et voici Sidébé, fils de Touré, fils de Traoré. Il remontait les généalogies. Et tout d'un coup, il dit le mille pattes a trop de pattes, on ne peut pas les compter.
30:08 Comme un discréé, vous voyez. Le mille pattes a trop de pattes, on ne peut pas les compter. Il y a trop de noms, il y a trop de familles, il y a trop... ça, ça voulait dire, écoutez les mecs, j'ai fait mon boulot, ma mémoire va jusque là, au-delà. C'était pas utile. Pour la première fois, j'ai vu un historien honnête, vous voyez, qui ne faisait pas de l'hagiographie, la louange, les pouvoirs, vous voyez.
30:38 c'était extraordinaire. Alors, quand je vois ces statues muettes, alors je suis en train de parler de la parole, vous voyez, je me dis que leur granit résonne quelque part. Et c'est pour ça que j'ai tenu à les poser comme médiation, je vous disais, entre la mer et la montagne, et je reviens à mon coffre du Valinco. Pourquoi ? Je suis un peu circulaire. Ne vous impatientez pas, je veux dire, c'est pas que je reviens en arrière, c'est que je tourne, mais je repars pas zéro, je tourne comme une spirale.
Corses bergers, Bretons marins, Crète trait d'union
31:15 Chaque fois, il y a un petit décalage, on va un peu plus loin. Je reviens au fond du golfe du Valinco, mais c'est pour élever un peu la main et vous dire, regardez, regardez la crête derrière. Il y a Olmeto derrière. Olmeto, hein ? Pardon, mais moi, j'ai appris à parler quand j'étais dans l'empire coloniale et rien de plus, Corse que d'être né à Hanoï et de grandir à Saigon. Comme vous le savez. Et donc, moi, mes parents, ils parlaient Corse entre eux pour pas que les enfants comprennent.
31:48 C'est pas comme ça qu'on apprend le Corse. C'est un peu tardif. heureusement qu'il est d'excellent conseiller et conseillère aujourd'hui. Le village, vous voyez, de mon... où vous le mettez, de mon hôtel, il explose. C'est magnifique. Il est juché, exactement ce que vous avez dit. Cet étage merveilleux, entre 350 et 800 mètres et à peu près la quasi-totalité de nos villages.
32:18 Et vous m'avez... vous avez anticipé, je voulais parler de la mer qui a toujours été un sujet d'inquiétude, n'est-ce pas, pour les Corses. Et vous avez cité les deux principaux motifs, l'insécurité, les invasions. Je ne vais pas les énumérer parce que ça en est succédé. Si je citerai quand même que les Byzantins qui chassaient les Corses avec des chiens, avec des molosses. Le pape était intervenu pour dire, écoutez, il ne faut pas exagérer, vous, les Byzantins, comme je dis bien, vous avez le pouvoir temporel, mais les Corses vendent leurs enfants comme esclaves pour manger à cause de vous.
32:50 Vous êtes là. Et tout s'est succédé, venant de la mer. Donc, les Corses et les Bretons, ah, je suis en arrivé, deux pays granitiques, de régions pauvres qui se sont sauvés comment ? Les Bretons par la mer. La misère les a rendus marins. La Corse, la misère les a rendus bergers. Berg, en allemand, c'est la montagne. C'est un vieux radical indo-européen. Bergen, c'est abrité. Le berger, vous savez, qui protège son troupeau.
33:23 Donc, voilà. Moyen terme aussi, entre ces deux extrêmes de la mer et de la montagne, et moyen terme aussi, du circuit. Parce que, si c'est un peu de la mer de Méditerranée orientale, vous pouvez penser aux Phéniciens, un grand navigateur. Regardez une carte de l'Europe de l'Unité de l'Orient, vous avez ce qu'on vous a appris en sixième, vous savez, les grands empires, l'Egypte, c'est pas loin, c'est là. Je ne dis pas en bas, je dis au sud.
33:53 La Mésopotamie, proche Moyen-Orient, le Liban, c'est-à-dire la Phénicie, puis vous avez la Grèce, l'étape suivante, dans nos livres d'histoire. Après l'Orient, la Grèce, après Rome, et puis après, c'est vous, c'est moi. Si je puis dire. Mais entre les deux, il y a un petit trait d'union. Entre l'Orient et la Grèce, il y a la Crète, vous voyez ? Mais graphiquement, c'est comme un trait d'union, regardez bien.
34:24 Eh bien, la marine minoenne dominait le monde grec à un moment donné. Vous voyez ? Et vous savez tout ça. Vous avez tous entendu parler des exploits de Thésée, du Minotaure. Mais si Thésée est allé mettre fin au fait que le Minotaure avait besoin, chaque année, de 14 jeunes gens d'Athènes, 7 garçons, 7 filles, pour les dévorer, ça symbolise certainement le fait que les Grecs, les Athéniens, à ce moment-là, payaient le tribut aux Crétois. Et Thésée était...
34:54 Pardon ? C'est-ce que je reste ? Thésée est ce héros libérateur qui a permis à Athènes d'émerger, de se libérer, du joug crétois. Joug crétois, ça sent encore un peu l'Orient, vous voyez ? Ce Minotaure, c'est encore des figurations où l'animal se mêle à la figuration humaine, tête de taureau, corps d'homme, le sphinx l'inverse, n'est-ce pas ? La forme humaine essayant de se dégager du corps animal, le sphinx, ça c'est l'Orient, c'est magnifique.
35:28 Je ne suis pas en train de faire des jugements de valeur, il y a une force de mystère dans l'art égyptien inégalée, je ne sais pas. Mais il n'y a pas le corps dégagé, les bras sont un peu raides au long du corps, ce n'est pas la liberté, ce n'est pas le Parthénon, ce n'est pas le Capitule, le beau Capitule, le vrai, on n'est pas dans le Platon, Capitule la vertu, tu vas aller construire la pyramide, on me dira après ce que c'est que la vertu. Vous voyez, je caricature un peu. Et voilà. Donc, je reviens à mes stantari, qui sont là pour témoigner de cet extraordinaire circuit des peuples venus des montagnes sans doute d'Anatolie, région de Turquie, ou des Hittites, chassés par un, c'est certain, tous les historiens sont d'accord, qui a eu un cataclysme politique vers le 14e siècle avant Jésus-Christ, qui a bouleversé le statu quo historique qui avait duré jusque-là depuis des millénaires.
Des montagnes d'Anatolie aux Shardanes : un syllogisme actif
36:24 Les grands empires égyptiens, mésopotamiens se désagrègent à partir de ces dates. Or, les peuples de la mer jouent un grand rôle dans ce bouleversement. Donc, j'imagine des gens des montagnes, je reviens à mon moyen terme, n'est-ce pas, fuyant les hauteurs d'Anatolie, descendant, fuyant par la mer, abordant ce que les égyptiens appellent des Shardanes, voilà pourquoi j'en parle depuis tout à l'heure, les sardines, on n'est plus très loin de chez nous là, les Shardanes, et les représentants, c'est très précis, sur les fresques égyptiennes, sur les stèles, il y a des casques avec des cornes, ce n'est pas qui figurent les peuples de la mer, ces casques avec des cornes, on les retrouve dans les nuraghes sardes Donc, le rapport avec la mer est évident, de la montagne à la mer, et de la mer de nouveau chassée vers la montagne, c'est extraordinaire comme histoire, c'est vraiment un syllogisme actif, on dirait en logique, vous voyez, voilà, j'ai fait à peu près le tour de mon propos, un tour un peu spiraleux, je vous l'accorde, mais comment ne pas le faire, je ne sais pas, dans un coucher de soleil sur le Valinco, je suis à l'écoute
Orientation des statues et identité mouvante
37:35 de vos questions, mais auparavant, je voudrais vous encourager à aller voir tout ça de près, ça mouche par deux poches, il faut, je crois, 20 minutes pour arriver à Filitosa de Propriano, ou en voiture à peu près, je veux dire, de cet ordre-là, et une demi-heure peut-être pour aller vers le sud du Golfe, oui ! et une question que vous me pose, monsieur, la question, c'est que, la plupart, est-ce qu'ils font face à la mer, ou au soleil couchant tous les deux ? Je me suis posé la question depuis que je travaille sur la question.
38:06 Donc, je suis content qu'on la pose. Ils sont orientés Est-Ouest. Les visages sont orientés Est-Ouest. La plupart du temps, tout à fait. Mais comme la plupart, on les a trouvés couchés, il ne faut pas oublier, si on veut la vérité archéologique, la plupart, on se trouve dans un désordre, indescriptible. Il faut ici rendre une certaine justice à l'administration de Napoléon III, qui a demandé à Prosper Mérimée de faire un inventaire du patrimoine en France, et il s'en est acquitté en Corse avec un tel scrupule que c'est lui le premier qui, les bergers savaient qu'il y avait des trucs comme ça.
38:37 Mais à Bastia, on ne savait rien de tout ça. Est-ce que ça veut dire que la logique, c'était de les mettre dans ce sens-là, Dominique Lebrun, est-ce que vous pouvez vous approcher ? Est-ce qu'il y a des gens qui nous entendent en direct ? Oui. Vous entendront pas votre question. Bonne idée, Franck, merci. Est-ce que la logique, toute évidente, fin du 19e siècle, on ne pouvait pas les orienter vers rien, il fallait trouver quelque chose. Donc la mer et le soleil couchant, c'est porteur, ça fonctionne. Dans mon esprit, il regarde vers la mer, mais vers la mer orientale.
39:07 Exact. Ah ben oui. Bien sûr. La plupart du temps, je ne suis pas... je vais être honnête, je ne suis ni archéologue, ni historien, je ne veux pas trancher ce qu'eux-mêmes, ils se disputent jusqu'à maintenant. C'est pas... Il y en a qui disent que c'est les Sardes qui sont allés en Méditerranée orientale. D'autres qui disent mais non, il y a un dieu sardus, on en a parlé tout à l'heure, fils de Zeus, qui existait, qui était déjà bien répétant oriental. il y en a qui disent que c'est au contraire les Hittites, je parlais des Hittites, des montagnards, donc, de la Turquie.
39:40 Si, là où il y a une structure invariante, ça, ça m'intéresse, parce que c'est valable pour les rapports des Tibétains à la Chine. Il y a toujours des peuples des montagnes qui n'ont rien à manger, soyons clairs. Avant le tourisme, la Corse, il n'y avait pas Super U pour aller acheter la nourriture. Il n'y avait pas casino. Donc, vous voyez, quand on dit qu'on est paresseux, les cultures en terrasse jusqu'à des abîmes où les chèvres osent à peine s'aventuré, c'est quand même extraordinaire le boulot que faisaient nos ancêtres. Parce qu'il y en a qui ont le mot corsitude à la bouche tous les jours, mais eux, ils n'avaient jamais le mot corsitude d'ancêtre, mais ils faisaient les chemins de transhumance.
40:16 Quand vous voyez, comme vous pouvez vous s'est tapé le capronal, la Bocca a Capronale, je parle de la transhumance dans le Filosorma, mais c'est des travaux de titans. Il a produisé la Corse, il n'y a pas besoin d'en rajouter, c'est l'identité. Surtout que là, on voit bien que l'identité, à quel point elle est mouvante, elle est venue sur l'eau. Ça répond un petit peu à votre question. Tout à fait, merci. Mais personnellement, si vous me demandez de m'engager, mais ça n'a pas de valeur scientifique, c'est un peu intuitif, mais enfin, disons que je vous ai proposé une rêverie étayée.
40:52 Voilà. Voilà, étayée par, je me suis déjeuné, ça fait un demi-siècle que je me documente sur la question. Voilà, mais il me semble que le plus probable, c'est que ce soit les peuples de la mer qui sont liés à ce qui est aujourd'hui quelque part entre la Syrie et l'Anatolie, en gros. sur les figures, parce que il y a même des menhirs, on peut les dire menhirs, en tout cas, elles sont décrites comme ça, figure 1, 2, 3, 4, qui est... Voilà, elles ont une particularité.
Guerriers, vaincus et gisants debout
41:23 Il y en a quand même certaines, quand on les voit lever du jour ou à la tombée de la nuit, il y a une expression intemporelle. on a vraiment l'impression d'être en face d'une figure, plutôt quelqu'un qui nous regarde. Vous parliez du rapport avec le corps, mais là, moi, j'ai l'impression que ça me fait. Pas sur toutes, au moins sur une, la numéro 11, je ne sais pas. Je ne sais pas ce que vous en pensez. Cette figure qui nous regarde, qui est un intemporel, qui est très bien. Il y a quelque chose qui est... C'est pour ça que j'ai commencé par dire que, si je traînais un peu les pieds, c'est que le sujet avait quelque chose de redoutable.
41:57 Ce ne sont pas des figures spécialement pacifiques. Et le fait que les locaux, je n'aime pas ce terme-là, enfin, je le prends au sens propre, ce n'est pas les Corses en général, c'est vraiment les gens du Valinco qui connaissaient ces coins-là. Ce n'est pas... La Roliane, ils ne devaient pas s'en douter. Encore, quelle dame de Roliane, ce n'est pas... Enfin, la dame, c'est bonifacio, je veux dire, l'amoncellement de cerfs, de bois de cerf-vidé dans la grotte de Roliane qui est une des plus anciennes traces de pénétration humaine en Corse.
42:31 Mais ce qui est sûr, c'est que c'était des guerriers et le fait que les gens de la région les appellent des paladines, ils ont bien vu qu'ils avaient l'épée en travers. Donc voilà. Alors, est-ce que, pour être honnête, je vous dis ce que les conclusions des spécialistes, est-ce que les gens se sont représentés eux-mêmes ou est-ce qu'ils ont représenté leurs ennemis vaincus ? Ça reste à élucider. Là, on se perd, je vous dis, il y a un seuil de l'érudition au-delà duquel on s'engouffre dans un abîme et on s'abîme dans un gouffre.
43:10 voilà. Voilà. Je ne veux pas vous priver de votre apéritif. Je n'ai pas entendu, madame. Je pense comme vous, à peu près, intuitivement. Peut-être qu'ils avaient des raisons. Alors, c'est intéressant votre question, parce qu'une fois, on m'a demandé à ma femme et à moi, la femme est allemande, elle était, j'allais dire, parce qu'on est séparée, on s'entend très bien, mais elle est toujours allemande, mais de poser pour un peintre à qui on avait commandé de figurer des gisants.
43:57 Je suis un peu maigre. Les gisants, ils sont décharnés. Ça tombe très bien. Je me rappelle que quand je me suis mis torse nu, il m'a dit, ah, c'est magnifique, tu as une épaule plus basse que l'autre, je n'aime pas les symétries. C'est dur d'être modèle. Alors, il m'a dit, c'est parce que c'est une commande bretonne et en Bretagne, il y a des gisants qui sont debout face à la mer. C'est censé représenter des morts, vous voyez, peut-être des victimes, peut-être des vaincus, mais ils sont debout, ils ne sont pas couchés comme nos rois, comme les rois de France à Saint-Denis, n'est-ce pas, ou bien comme un guerrier abattu par traîtrise.
44:36 C'est ça que je pense quand je vois les, comme on a trouvé les menhirs, les stantari, allongés. Je pense souvent aussi quand je vois des colonnes de temples abattues dans des ruines sur le continent. on a l'impression qu'il y a toute une armée qui a été fauchée. Et voilà, donc, intuitivement, je pense comme vous, mais il n'est pas impossible qu'il y ait un élément symbolique dans le fait de figurer un ennemi debout. Peut-être ça veut dire qu'ils étaient menaçants, mais on a fini par avoir le dessus, je ne sais pas.
Conclusion sur le Tombeau d'Edgar Poe de Mallarmé
45:07 voilà. J'ai envie de conclure avec le superbe hommage d'Edgar Poe, pardon, j'ai mis mon lapsus, de Mallarmé à Edgar Poe dans le tombeau d'Edgar Poe, c'est que le tombeau est un genre poétique. La Mallarmé avait entendu dire qu'à Baltimore, là-bas, aux États-Unis, là où on avait trouvé Edgar Poe, avec une cirrhose du foie dans un caniveau, en train d'agoniser, ils avaient fait une statue sur son tombeau, ou une épée à la main, comme ça, c'est qui lui va assez mal.
45:42 Et Edgar Poe dit, là je pense à mes mégalithes, c'est comme une conclusion, calme bloc, ici-bas, chu, du verbe choir, calme, oui, c'est malheureux, mais il faut le traduire en français, calme bloc, ici-bas, chu d'un désastre obscur. Dans la tombe de peau éblouissante, sornes, que ce granit, du moins, montre à jamais sa borne, aux noirs vols du blasphème épars dans le futur Voilà.
46:16 Je remercie le festival, je remercie Claire, et je remercie votre présence, bien sûr, d'abord et avant tout, et d'avoir la chance de pouvoir communiquer sur le sujet. Je ne suis pas un créatif, je fais communiquer ce que j'ai eu la chance de transmettre, et moi, elle m'avait donné une très bonne occasion. Merci à toi, Philippe. On peut trouver des choses sur vous, sur YouTube ? Beaucoup de choses. J'ai de jeunes auditeurs qui passent leur temps à balancer sur YouTube ce que je dis.
46:47 Et sinon, on peut prendre contact avec vous à travers le festival. Vous mettez Dominique Pagani sur YouTube, il y a une association, alors supprimez l'image et gardez le son. Quand je vois cette vieille folle qui s'agite sur l'écran, je dis, je ne suis pas devenu ça, ce n'est pas possible. Je ne suis pas condamnée,