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Le dogmatique et le sceptique devant la beauté
0:00 Philosophia 26, les deux ennemis du philosophe, le dogmatique et le sceptique par Dominique Pagani. Le philosophe a deux grands ennemis toujours qui l'escortent depuis le début, qui existaient avant lui et qui l'escortent, je veux dire, qui étaient là avant Socrate. Allez, je vous le dis, c'est le dogmatique et son ennemi, le sceptique. Ils ne peuvent pas se blairer, mais ils sont alliés contre le philosophe. Le dogmatique, vous savez, c'est celui qui, quand il demande qu'est-ce que la beauté, il dit, c'est le Parthénon. Il n'a jamais quitté Athènes. Le sceptique, c'est celui qui dit, mais non, on regarde les femmes hottentotes, là, qui ont les fesses callipyges, tu vois bien, ça n'a rien à voir avec la Vénus de Milo.
0:32 Alors, ta beauté, elle n'existe pas, c'est que dans ta tête où tu es relatif, ça c'est le sceptique. Vous voyez, alors il y en a un, il n'a pas à se poser la question qu'on puisse savoir, puisqu'il sait. La beauté, c'est le Parthénon. Et l'autre, il n'a pas à se la poser non plus, puisqu'il n'y a pas de beauté. Bon, vous voyez, les deux sont paresseux. Ils s'épargnent l'essentiel pour le philosophe, la recherche. Vous voyez, les deux répondent à la question avant de la poser. Pour l'un, la recherche est finie, il la connaît la beauté. Ah, le Parthénon ! Oh, la Vénus de Milo ! Et pour l'autre, elle est inutile, la recherche.
1:03 D'accord ? Parce qu'il n'y a pas de vérité, il n'y a pas de truc. Vous connaissez aussi, c'est ceux qui font les malins. Bon, nous avons vu que la seule différence entre les deux, c'est qu'il y en a un qui est resté à la maison et l'autre qui a un peu voyagé. Mais qu'on reste à la maison ou qu'on voyage, et si on ne se sert que de ses yeux pour savoir, on reste en erreur. Il y en a un qui ne voit que le Parthénon et l'autre qui a vu un peu plus, n'est-ce pas, de forme de beauté. C'est un Socrate, n'est-ce pas, qui leur rappelle que quand on dit c'est beau, que ce soit l'Hottentot qui dit ça de la femme callipyge ou de l'admirateur de la Vénus de Milo, c'est que ça veut dire ça me plaît. Si ça me plaît, c'est que ça satisfait un désir.
1:34 Si ça satisfait un désir, il ne faut pas le chercher, la clé de la beauté à l'extérieur avec les yeux. Et donc, peu importe la différence des formes, des saisons, des pays, des climats et des cultures, ce qui est important, c'est de savoir quel est ce désir qui fait que j'ai un plaisir que j'appelle beau, qui est bien différent du plaisir que j'ai soit à manger, soit à être satisfait d'un outil avec lequel j'ai pu fabriquer un meuble, un plaisir spécifiquement esthétique, mais qui, en tant que si ça me plaît, c'est beau, ça me plaît. Elle est belle, elle me plaît. Il est beau, il me plaît. Et si ça me plaît, autre implication, c'est que ça vient satisfaire un désir, que j'en ai conscience ou pas ne change rien à l'affaire.
La doxa et la science : de la certitude à la vérité
2:06 Vous voyez, les deux ennemis qui sont antérieurs à la philosophie, parce que mon dogmatique et mon sceptique, vous les connaissez, vous les rencontrez au café du commerce tous les jours, vous n'allez peut-être pas au café du commerce, moi j'aime bien, ne croyez pas que je fasse de l'antipopulaire, la mode est à l'antipopulisme, donc je prends la défense du café du commerce, il n'y a pas de raison, contre les ordures qui s'insurgent, contre le populisme dès qu'ils sont menacés, ils appellent populistes tout ce qui menace le statu quo, mais non, c'est la nouvelle mode. Donc, insistons bien sur ce point-là, vous les connaissez, le dogmatique et le sceptique, ils étaient là avant la philosophie, c'est ce qu'on appelle la doxa en grec, c'est un discours qui peut être intéressant des fois, et puis qui peut même être très intéressant pour faire le malin, pour séduire, ou pour se plaindre, peu importe, il n'a pas une visée de vérité au départ, c'est plutôt une volonté de pouvoir, d'exercer un ascendant sur un public, c'est l'opinion.
2:55 Par contre, la science est donc privilégiée, elle est arrivée au savoir comment elle a fait. Vous voyez pourquoi le philosophe s'intéresse à la science, ce n'est pas pour faire la même chose, c'est pour voir, d'abord c'est pour prouver au sceptique qu'il y a un savoir, si A égale B, donc B égale A, c'est un savoir, ce n'est pas subjectif, ce n'est pas machin, ce n'est pas ceci, ce n'est pas cela, ce n'est pas relatif, c'est intéressant. Et puis tout ce qui s'ensuit, ça s'appelle les relations d'équivalence en mathématiques. Si Pierre est le frère de Paul, si Pierre est le frère de Paul, Paul est le frère de Pierre, et ainsi de suite. Et les droites parallèles entre elles, pareil. Il y a plein de choses comme ça qui sont de l'ordre, non pas seulement de la certitude, mais de la vérité.
3:29 Vous commencez à voir la différence, la certitude c'est dogmatique. Je suis certain que je suis sur le plancher des vaches, vous voyez que ça ne bouge pas, ça bouge à 30 km secondes autour du soleil, vous voyez. Mais ça c'est la vérité. Il a fallu des millénaires pour passer de la certitude à quelques vérités. Il faut être humble. C'est l'héroïque, patient et laborieux chemin des sciences.