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Esthétique et politique : rappel du cadre et programme
0:30 Bonsoir tout le monde, bienvenue à ce dernier avatar de nos attelages de la préconfinitude. Nous en sommes dans ce cadre-là, enfin dans le cadre de ce qu'on a intitulé le rapport de l'esthétique au politique.
1:00 Qui, n'oublions pas, est un sous-chapitre de la logique du sujet face à la reconstitution du nazisme. Ce n'est pas parce qu'on fait de grands détours pour y arriver. Le nazisme n'est pas tombé du ciel, il n'est pas non plus monté de l'enfer en 24 heures. C'est pour ça qu'il faut remonter assez loin. Mais c'est donc pour ce qui est de cette sous-partie, le rapport de l'esthétique au politique, en particulier dans la systématique qui est celle de Hegel, et en écho au modeste ouvrage, modeste en nombre de pages en tout cas, Je vous rappelle que le titre c'est « Féminité et communauté chez Hegel ».
2:01 Nous avons parlé d'Antigone la dernière fois, « Féminité et communauté chez Hegel », Nous en sommes à notre troisième session de ce sous-chapitre d'esthétique et de politique. Et alors, ça vous a été annoncé, on a gardé les mêmes textes pour la bonne raison que j'en ai laissé la moitié de côté la dernière fois, vu le temps que j'ai mis à répondre à des questions d'un grand intérêt. Et je remercie encore aussi bien Alexandra que Hugo d'avoir développé des questions aussi creusées et pointues que celles qui ont occupé notre dernière session.
2:44 Il va de soi que les questions que vous pouvez poser sur la dernière session, je ne suis pas en train de les clore, vous pouvez n'importe quand relancer le débat, bien sûr. Mais il se trouve que, je vous l'ai dit, j'avais laissé la moitié des textes prévus pour la dernière fois de côté. Et en particulier, il y en a quatre que je vais donc aborder aujourd'hui, deux proprement philosophiques et deux poétiques.
3:14 Pour l'instant, c'est surtout les textes littéraires et poétiques qui l'ont emporté pour illustrer notre propos sur le rapport de l'esthétique au politique. Je rappelle que ce privilège que je donne dans l'esthétique à la chose littéraire par rapport à la chose plastique ou musicale, au niveau des exemples, je veux dire, c'est pour des raisons matérielles. J'aimerais bien, moi, vous projeter, n'est-ce pas, des vidéos montrant une succession, comment la statuaire égyptienne devient la statuaire grecque, comment celle-ci va donner la cathédrale gothique, je vais très vite.
3:52 Et ainsi de suite. Mais enfin, je veux dire, faute de Goscinny, si je puis dire, faute d'avoir notre local habituel, quand nous avions projeté une série de peintures dans notre session nature ou paysage, mais nous ne disposons plus de ce matériel jusqu'à la réouverture du centre Goscinny, pas avant la rentrée, puisqu'il a coutume de fermer pendant l'été et je ne le vois pas réouvrir maintenant. Voilà.
4:22 Donc, en attendant, je le dis aussi pour Tarek, qui a eu la gentillesse de de m'envoyer un message très sympathique qui me dit que c'est dommage que le centre soit fermé et donc qu'il n'y a plus d'atelier jusqu'à la rentrée. Oui, mais il y a les sessions live, comme il est sans doute au courant, mais comme il n'en parle pas, je n'en suis pas sûr. Donc, voilà, je le salue au passage. Je lui souhaite d'excellentes vacances bien méritées, parce qu'il fait partie de ceux qui sont dans les professions de la santé.
4:54 et donc, je lui dis, au rythme hebdomadaire, on peut se retrouver chaque semaine pratiquement, d'ici la rentrée, mais par écran interposé. Voilà. Donc, je vous ai dit deux textes littéraires, deux philosophiques. Je vais commencer et finir par les littéraires, non pas pour encadrer la philosophie dans le poétique, mais parce que le premier texte, c'est un texte de Hugo, extrait des misérables, que j'aurais dû développer dès la première de ces trois sessions consacrées au rapport de l'esthétique au politique.
5:53 Et donc, c'est le texte le plus en retard par rapport à ce que nous avions programmé. Donc, je lui donne la priorité. J'enchaînerai après sur les textes proprement philosophiques. On n'a pas encore abordé l'esthétique au sens strictement philosophique, comme partie de la philosophie qui réfléchit sur le beau, et les œuvres d'art qui en découlent. Et donc, j'enchaîne tout de suite sur le texte de Hugo pour combler ce retard. Après, je vais aborder les deux textes philosophiques, un de Kant, un de Hegel, et je terminerai par un poème « Dans la beauté, décourage, tout désir, délucidation »
6:35 pour citer un grand lecteur de Hölderlin, extrait des hymnes en esquisse de Hölderlin. C'est comme ça qu'ils sont regroupés dans le volume de la Pléiade. « Hymnes » au pluriel en esquisse. Et ce poème qui s'appelle « Chant allemand ». Voilà, je reviendrai tout à l'heure, donc je ne fais que l'indiquer au passage. Venons-en à Hugo. Je vous ai dit, c'est un texte qui extrait des misérables et qui est tellement clair. Ce qui ne veut pas dire qu'il est superficiel ou plus simpliste, loin de là.
7:10 Mais pourquoi, je le sors en plus du poème de Hugo que j'avais cité au début de cette série d'interventions sur rapport d'esthétique aux politiques, c'était le poème Stella, si vous vous rappelez bien, je m'étais endormi la nuit près de la grève. C'est parce que certains m'ont fait savoir, soit par téléphone, soit par des commentaires, que c'était un peu injuste pour Hugo que je compare un poème accompli, celui de Baudelaire, « Harmonie du soir », à un poème de Hugo dont je soulignais qu'il est une merveille dans la première moitié, mais qu'après, il devient un peu emphatique avec ses défauts, ce qui fait dire à Rimbaud que le poème Stella donne à peu près la mesure de la vue de Hugo.
7:57 Tout le monde dit, les aspects incomparables que l'on doit à Hugo et en même temps, ses défauts, si on ose dire. Donc là, j'ai fait exprès pour rattraper de prendre un texte, encore une fois, extrait des Misérables. Vous le trouvez, vous mettez L'onde et l'ombre et vous tombez tout de suite là-dessus sur Wikisource au cas où vous perdez. Si vous voulez le retrouver, ce n'est pas compliqué.
8:27 Je rappelle, avant de le lire, je veux moins le commenter, il ne faut pas prendre trop de retard parce qu'il est extrêmement clair, il n'a pas besoin d'exégèse très, explicative. Donc, mais je rappelle quand même auparavant que Rimbaud, qui est extrêmement sévère avec cette insolence de l'adolescence quand il fait ce fameux texte que je cite souvent, qui est très célèbre, cette lettre à son professeur de lettres, on disait professeur de rhétorique, c'était prof de lettres à l'époque, où il lui fait un résumé de toute l'histoire de la poésie depuis les Grecs jusqu'à lui, Rimbaud, voici un cours de littérature moderne, vous voyez, avec une inversion des rôles, c'est le gamin qui donne un cours de littérature à son prof et c'est remarquable en plus et il est donc assez sévère avec tout le monde, même avec Baudelaire dont il dit pourtant qu'il est le premier des poètes, roi des voyants, un vrai dieu et quant à Hugo, il dit, ben voilà, Stella donne à peu près la mesure de la vue de Hugo, donc il y a cette première partie magnifique, poésie pure, je reviens pas
9:38 et puis trop de Belmontet de Jéhovah, de colonnes, bref, trop d'emphase, vieilles énormités crevées, voilà, des boursouflures qui ne passent plus, c'est Rimbaud qui parle et puis tout d'un coup, il dit, j'ai sous la main les misérables, un vrai poème et là, il y a un hommage pour que Rimbaud dise un vrai poème, il accorde à Hugo que les misérables sont un vrai poème mais il le dit de son œuvre en prose, c'est extraordinaire, bon, on le sait que depuis Rousseau, la prose peut atteindre la poésie, voilà, depuis les rêveries du promeneur solitaire, depuis la Nouvelle Héloïse et les confessions et en passant bien sûr par la grande initiative de Baudelaire, les petits poèmes en prose, le Spleen de Paris où Baudelaire évoque qui n'a pas rêvé d'une prose fluide épousante ou des circonvolutions de l'âme, etc.
Hugo, « L'onde et l'ombre » (Les Misérables)
10:28 Donc, je me dépêche de clore ce préalable pour vous dire qu'en abordant un texte en prose, je reste dans la poésie avec l'aval de Rimbaud. Voici le texte sans ambages, donc extrait des misérables. Un homme à la mer, qu'importe, le navire ne s'arrête pas, le vent souffle, ce sombre navire-là a une route qu'il est forcé de continuer, il passe.
10:58 L'homme disparaît, puis il reparaît, il plonge et remonte à la surface, il appelle, il tend les bras, on ne l'entend pas. Le navire frissonnant sous l'ouragan est tout à sa manœuvre, les matelots et les passagers ne voient même plus l'homme submergé, sa misérable tête n'est qu'un point dans l'énormité des vagues. Il jette des cris désespérés dans les profondeurs. Quel spectre que cette voile qui s'en va ! Il la regarde, il la regarde frénétiquement, elle s'éloigne, elle blémit, elle décroît.
11:31 Il était là tout à l'heure, il était de l'équipage, il allait, venait sur le pont avec les autres, il avait sa part de respiration, de soleil. Il était un vivant. Maintenant, que s'est-il donc passé ? Il a glissé, il est tombé, c'est fini. Je suspends la lecture du texte, je ne le commente pas. Je suspends, je vous dis, les deux dernières lignes pour éviter le suspense, parce qu'il y en a qui seraient capables de croire qu'il est en train de faire une marine, d'être naïvement réaliste et descriptif.
12:02 Les trois dernières lignes de ce texte, c'est ceci. la mer, c'est l'inexorable nuit sociale où la pénalité jette ses damnés. La mer, c'est l'immense misère. Donc, c'est une immense métaphore que développe Hugo en parlant de se noyer dans l'océan. C'est celui qui tombe au chômedu, on dirait aujourd'hui, et tout se dérobe sous ses pieds. Je reprends donc, il était nécessaire que ce soit bien clair, je reprends donc le texte là où je l'ai laissé.
12:38 Que s'est-il donc passé ? Il a glissé, il est tombé, c'est fini. Il est dans l'eau monstrueuse. Il n'a plus sous les pieds que de la fuite et de l'écroulement. Mais quel texte ? Sous les pieds, on a le plancher des vaches, enfin, ce qu'on a sous les pieds, c'est ce qui est porteur, ce qu'on a sous les pieds. Il n'a plus sous les pieds que de la fuite et de l'écroulement. Regardez comme avec des notions abstraites et générales, la fuite et l'écroulement. Hugo est-on ne peut plus concret ? Les flots déchirés et déchiquetés par le vent l'environnent, même plus l'homme submergé.
13:10 Sa misérable tête n'est qu'un point dans l'énormité des vagues. Chaque fois qu'il enfonce, il entrevoit des précipices pleins de nuits, d'affreuses végétations inconnues. Le saisissent, lui nouent les pieds, le tirent à elles, il sent qu'il devient abîme, il fait partie de l'écume, les flots se le jettent de l'un à l'autre, il boit l'amertume, l'océan lâche, s'acharne à le noyer, l'énormité joue avec son agonie, il semble que toute cette eau soit de la haine.
13:43 Il lutte pourtant, il essaie de se défendre, il essaie de se soutenir, il fait effort. Vous savez, on dit que les chômeurs ne font rien, ils encaissent leur indemnité. c'est des chômages, c'est des parasites. Tout de même, quelle régression par rapport à ce que dit Hugo dans la deuxième moitié du 19e siècle. Il essaie de se défendre, il essaie de se soutenir, il fait effort, il nage, lui, cette pauvre force, tout de suite épuisée, il combat l'inépuisable. Où donc est le navire ?
14:13 Là-bas, à peine visible, dans les pâles ténèbres de l'horizon, tous ceux qui sont depuis longtemps au chômage ont connu ce phénomène de désocialisation, qui se retrouve loin de tout. Les rafales soufflent toutes les écumes l'accablent, il lève les yeux et ne voit que les lividités des nuages. Il assiste, agonisant, à l'immense démence de la mer. Il est supplicié par cette folie, il entend des bruits étrangers à l'homme. Je saute quelques passages.
14:44 La nuit descend, voilà des heures qu'il nage, ses forces sont à bout, ce navire, cette chose lointaine où il y avait des hommes, s'est effacé. Il est seul dans le formidable gouffre crépusculaire. Il enfonce, il se roidit, il se tord, il sent au-dessous de lui des vagues monstres de l'invisible. Il appelle, il n'y a plus d'homme. Où est Dieu ? Rappelez-vous que la dernière fois, j'avais cité un texte d'Hölderlin, où Hölderlin dit que la divinité ne serait jamais présente chez nous, chez les mortels, si la communauté ne savait le chanter d'un seul cœur.
15:16 S'il n'y a plus d'homme, c'est qu'il n'y a plus de Dieu non plus. Il appelle, il n'y a plus d'homme. Où est Dieu ? Il appelle quelqu'un, quelqu'un ! Il est entouré de plein de quelque chose, mais il n'y a plus de quelqu'un, pour ceux qui n'auraient toujours pas compris la différence. Il appelle toujours, je fais allusion, on est positiviste ici, il appelle toujours, rien à l'horizon, rien au ciel. Il implore l'étendue, la vague, l'algue, l'écueil, cela est sourd voilà, il supplie la tempête, la tempête imperturbable, n'obéit qu'à l'infini.
15:47 Autour de lui, l'obscurité, la brume. Je suspends un instant pour citer cette phrase de Bachelard qui vient s'inscrire ici d'une manière troublante. Je n'habite pas dans l'infini, parce que dans l'infini, on n'est pas chez soi. La tempête imperturbable, n'obéit qu'à l'infini. Autour de lui, l'obscurité, la brume, la solitude, le tumulte rageux et inconscient, le plissement indéfini, des eaux farouches, en lui, l'horreur et la fatigue. Ses mains se crispent et se ferment et prennent du néant.
16:18 Vent, nuée, tourbillons, souffles, étoiles inutiles. Étoiles inutiles, quelle insulte à la nature, n'est-ce pas ? Ce qu'il disait Kant que tant qu'elle, la loi morale dans mon cœur et la voûte étoilée au-dessus de ma tête, tout va bien. N'est-ce pas ? Je dis ça parce que au vu des résultats des dernières élections municipales, ça devient sacrilège de parler de la nature comme ça, n'est-ce pas ? Étoiles inutiles. Or, ça fait écho à un extraordinaire passage d'un des plus beaux poèmes de tous les temps, en bleu adorable de Hölderlin que je commenterai une autre fois, dans lequel il dit « Mais la nuit, elle-même, avec toutes ses étoiles, n'est pas plus pure que l'homme, si j'ose le dire. »
17:08 Donc, que faire ? Le désespéré s'abandonne, qui est là, prend le parti de mourir. Il se laisse faire, il se laisse aller, il lâche prise, et le voilà qui roule à jamais dans les profondeurs lugubres de l'engloutissement. Et la chute de tout à l'heure ô marche implacable des sociétés humaines pertes d'hommes et d'âmes chemin faisant océan où tombe tout ce que laisse tomber la loi disparition sinistre du secours ô mort morale la mer la fin de l'océan c'est l'inexorable nuit sociale où la pénalité jette ses damnés la mer c'est l'immense misère l'âme à vau-l'eau dans ce gouffre peut devenir un cadavre qui la ressuscitera ?
17:54 Voilà, c'est extrait des Misérables et c'est écrit en 1862 je ne voulais pas retarder encore ce texte extraordinaire il a bien raison Rimbaud j'ai sous les mains les Misérables un vrai poème de plusieurs volumes donc je reviens maintenant je reviens non j'en viens à à l'approche proprement philosophique de notre thématique du rapport de l'esthétique aux politiques nous avons suffisamment amassé de matériaux on les met devant nous et on peut donc maintenant les réfléchir c'est là qu'on passe à la philosophie n'est-ce pas et donc revenir du côté du sujet d'abord puisqu'on va parler d'esthétique je rappelle que l'esthétique ce n'est pas l'art je l'ai dit de manière un peu fugitive donc ici j'insiste l'esthétique je vais parler à la place du peintre ou du musicien comme dit très honnêtement Van Gogh
L'esthétique, partie à part entière de la philosophie
19:04 nous ne pouvons faire parler que nos tableaux en l'occurrence nous peintres par exemple les œuvres d'art donc je ne fais pas ici je ne parle pas de il ne s'agit pas de restituer le message de l'art mais de développer la philosophie de l'art mais dans quelle mesure l'esthétique peut devenir une partie la philosophie c'est la question qu'on va travailler aujourd'hui au même titre que je ne sais pas que l'épistémologie la réflexion sur les sciences que la morale la réflexion sur l'action les principes qui gouvernent nos actions que la métaphysique la recherche des causes premières et des causes finales pour aller très vite bon en quoi l'esthétique n'est pas seulement une pièce rapportée mais que elle fait partie à part entière du corpus philosophique et bien d'abord c'est récent comme exigence le mot esthétique lui-même est récent la discipline n'en parlons même pas la première fois
20:14 qu'un traité qui s'appelle esthétique en latin parait c'est en 1835 qu'est-ce que j'ai dit en 1735 au 18ème siècle on est encore bien loin des dernières œuvres de Rousseau on est plus à l'époque de Montesquieu et de Voltaire qu'à celle de Rousseau vous voyez sous la plume de celui qui le premier va pas banaliser c'est trop dire mais qui va imposer ce terme c'est-à-dire monsieur Baumgarten Baum ça veut dire arbre en allemand B-A-U-M Baum et Garten comme garden en anglais c'est le jardin ça veut dire verger quoi Baumgarten donc Baumgarten le premier cite fait apparaître le mot mais pas encore il ne publie pas encore un ouvrage qui a pour titre esthétique ça il faudra attendre au-delà de 1735 1750 où il publie
21:24 son fameux esthétique dont je vous parlais mais attendez en France il faudra attendre 1835 pour voir apparaître le terme d'esthétique dans le dictionnaire de l'académie française de la langue française donc un siècle plus tard et attendre 1845 pour que le terme d'esthétique apparaisse dans le dictionnaire philosophique dictionnaire philosophique élaboré par monsieur Bérard tiens tiens tiens tiens tiens coïncidence celui qui venait de traduire pour la première fois l'esthétique de Hegel n'est-ce pas Charles Magloire Bénard je dis Bérard c'est Bénard comme un pantalon en argot si vous préférez Charles Bénard qui est connu dans les études de Hegel pour avoir le premier introduit une traduction en français de l'esthétique de Hegel d'après les leçons
22:34 de Hotho à l'époque en 1845 seulement quand je vous dis que c'est récent mais qu'est-ce on n'a pas répondu à ma question mais on a au moins encadré chronologiquement qu'est-ce qui justifie pourquoi l'esthétique aujourd'hui ça paraît aller de soi avec le recul est partie intégrante du corpus philosophique la réponse se trouve dans le texte de Kant que enfin dans la série de textes de Kant extraits de la critique du jugement critique de la faculté de juger ça dépend des traductions que je vous lis c'est très court n'est-ce pas c'est extrait du tome 1 dans la quatrième partie de l'introduction l'introduction en divisant en partie en chiffres romains de la quatrième partie de l'introduction à la critique du jugement je vous rappelle que c'est le grand testament de Kant c'est sa troisième critique après la critique de la raison pure qui traite de la connaissance après la critique de la raison pratique qui traite de l'action
23:44 c'est toute sa vie donc et une tentative de synthèse c'est ce qu'on va voir je ne développe pas là pour l'instant qui est cette critique du jugement le texte l'extrait que je choisis le jugement en général pas seulement le jugement esthétique ou moral ou judiciaire le jugement en général est la faculté de concevoir le particulier comme contenu dans le général je continue je commenterai après si le général entre parenthèses de Kant la règle le principe la loi est donné le jugement qui subsume qui range en gros qui case le particulier est déterminant je saute la parenthèse le mot est souligné déterminant mais si le particulier seul est donné et que le jugement il doit trouver le général il est simplement réfléchissant Kant c'est le champion des distinctions c'est une énième distinction que nous apporte Kant et qu'est-ce qu'elles sont précieuses
Jugements analytiques et synthétiques, impératifs moraux
24:54 à chaque fois toute la critique de la raison pure je reviens largement en arrière dans son corpus la première critique est partie dès son introduction de la distinction entre les jugements analytiques et les jugements synthétiques je ne vais pas m'interdire ce n'est pas notre sujet aujourd'hui très rapidement je donne un exemple dire que les chiens sont des mammifères c'est un jugement analytique parce que le mammifère est déjà contenu dans le concept de chien le chien est un mammifère par contre il y a des chiens qui sont jaunes ou blancs ou noirs peu importe c'est un jugement synthétique parce que la notion de noir et de jaune n'est pas enfermée a priori dans la notion de chien la preuve c'est qu'il peut y avoir un chien qui est blanc voilà c'est tout simple et si vous voyez où ça nous emmène voilà si quand même je prolonge un peu parce que c'est des outils précieux vous allez voir à quel point je veux vous faire respecter le travail accompli par celui que Nietzsche appelait à la fois ironiquement et affectueusement le grand chinois de Königsberg il a passé presque toute sa vie dans une ville
26:04 qui est pratiquement en Russie maintenant Königsberg qui est en Russie vous dites moi donc chinois parce que c'est compliqué quand c'est minutieux comme la cuisine chinoise donc soyons sérieux le jugement analytique les chiens sont des mammifères les triangles sont des polygones vous voyez quand ce triangle est rectangle c'est synthétique parce que rectangle n'est pas contenu a priori d'un triangle après il peut y avoir un triangle quelconque ou un triangle équilatéral vous voyez bien et bien le jugement analytique ce qui est bien avec lui c'est qu'il est toujours certain il est toujours certain que les triangles sont des polygones que les chiens sont des mammifères mais vous devinez le défaut ça ne nous apprend pas grand chose d'accord et l'analyse vous savez ce que c'est quand on analyse un moteur on trouve tout ce qu'il y avait dans le moteur il n'y a pas un truc nouveau qui va venir quand on analyse l'eau on analyse ce qui était dans l'eau l'hydrogène et l'oxygène on ne va pas trouver de jus de citron alors c'est que l'eau n'était pas pure voilà or étendre sa connaissance
27:14 c'est aller au-delà de l'analyse parce que si c'est pour rappeler ce qu'on sait déjà c'est ce que fait le jugement analytique il nous rappelle ce qu'on savait déjà que les triangles sont des polygones quand même si on veut étendre notre connaissance il faut qu'on fasse des jugements synthétiques mais les problèmes du jugement synthétique c'est que lui il étend notre connaissance il est plus fécond voilà il n'est pas stérile comme l'analytique mais par contre il n'est pas aussi certain comment je sais qu'un chien peut être blanc ah bah écoute t'as qu'à regarder j'en ai un qui est blanc ah bah oui mais ça là il faut faire appel à l'expérience on n'est plus dans la raison pure on n'est plus dans l'a priori dans ce qu'on peut savoir sans dépenser de l'argent je dis ça parce que Kant a toujours cette étrange métaphore économique et financière si le sujet doit faire appel à l'expérience il doit pour Kant sinon c'est pas sérieux mais il ne doit le faire que lorsqu'il a fait le plein de tout ce qu'il peut savoir a priori je n'ai pas besoin de l'expérience pour savoir que tout corps occupe un espace je n'ai pas besoin
28:25 d'ouvrir les yeux c'est le contraire si j'ouvre les yeux je vois un corps c'est qu'un espace est donné avant que je voie parce que si l'espace n'est pas donné je ne peux pas le voir le corps aucun corps même s'il fait un millième de millimètre vous voyez donc tous les corps occupent un espace c'est un jugement ce n'est pas un jugement d'expérience c'est un jugement transcendantal par contre tous les corps ont un poids le capitaine Haddock qui ne sera pas d'accord dans on a marché sur la lune parce que son whisky il s'envole sous forme de boule c'est près de la terre que c'est un poids mais on est tellement habitué à être tout près du centre de la terre enfin à la surface de la terre et non pas dans l'espace intersidéral on est tellement habitué c'est-à-dire à être sous la force de l'attraction terrestre qu'on dit tous les corps ont un poids vous voyez c'est la force de l'habitude qui nous trompe ce n'est pas sûr du jugement synthétique l'idéal ce serait et c'est Kant le premier qui formule le problème comme ça l'idéal de la connaissance de la science de la certitude ce serait de pouvoir augmenter notre connaissance comme le fait le jugement synthétique mais en toute sécurité
29:35 comme le fait le jugement analytique et c'est pourquoi Kant dans les premières pages de la raison pure dit toutes les questions philosophiques et métaphysiques sont suspendues à cette question ça solennelle des jugements synthétiques a priori sont-ils possibles est-ce qu'on peut sans faire appel à l'expérience étendre notre connaissance voilà je rappelle la position des problèmes mais c'était pour vous rappeler que Kant est le champion des distinctions là on vient de voir je me suis un peu étendu parce que c'est quand même un gros enjeu la distinction des jugements analytiques des jugements synthétiques mais qui ne sont importants que dans le connaître ici nous allons arriver à l'esthétique nous allons voir qu'on va plus parler de plaisir que de connaissance donc dans la critique de la raison pratique je continue très rapidement mon petit récapitulation il distingue l'impératif hypothétique dans la morale de l'impératif catégorique un commerçant qui rend la monnaie d'une manière honnête et scrupuleuse c'est très bien dit Kant mais ce n'est pas une garantie qu'il est moral parce qu'il peut faire ça pour ne pas perdre ses clients par intérêt
30:46 et non pas par respect de la loi morale vous voyez subtil Kant donc il a un mobile pour rendre la monnaie ce mobile n'est pas un impératif catégorique mais voilà c'est un mobile hypothétique c'est Kant ça a l'air un peu compliqué mais en fait c'est simple avec Kant on a les règles du jeu hypothétique ça veut dire quoi ça veut dire si je rends pas la monnaie scrupuleusement je risque de ne plus avoir de clients tandis que l'impératif hypothétique il n'y a pas d'hypothèse c'est par respect de la loi voilà la volonté générale donc encore une fois encore une distinction précieuse que je ne développe pas ici on n'est pas dans la morale de Kant on est dans son esthétique et puis voilà que il vient tout d'un coup là je viens de vous lire le passage pour ça je les ai c'est court pour pas trop compliqué il vient de faire sa dernière distinction peut-être la plus vertigineuse on ne dirait pas comme ça celle des jugements déterminants et des jugements réfléchis alors maintenant je reprends le texte je commente un peu c'est beaucoup plus clair qu'on ne le croit
31:57 le jugement en général qu'il soit réfléchi donc ou déterminant est la faculté de concevoir le particulier comme contenu dans le général écoutez ça c'est pas si compliqué je sais bien que vous voulez toujours un exemple on va en donner un le Saint Bernard est un chien je prends un cas particulier le Saint Bernard j'aurais pu prendre le setter irlandais ou le Loulou de Poméranie auquel je pensais quand je cherchais des chiens blancs et je les range tous sous subsumés vous voyez subsumés le même radical qu'assumer et tout ça consumer mais là c'est sub rangé en dessous en dessous de quoi du chapeau qui est le général le général c'est le concept de chien en général dans lequel vous avez des choses aussi différentes pour l'œil qu'un Saint Bernard et un Loulou de Poméranie ou un Teckel vous voyez c'est fantastique quand même la puissance du langage de mettre tout ça dans la même catégorie le même concept de chien or vous voyez vous croyez que c'est un concept non c'est déjà un jugement dire ceci est un chien c'est pas empirique c'est pas avec mes yeux que je reconnais que c'est un chien avec mes yeux
33:07 ça me rappelle tout d'un coup tout un tas d'autres choses qui ne sont pas là qui ne sont pas devant mes yeux et qui me qui me font qui me décident à juger que cet animal qui est devant moi est conforme au concept de chien en général qui circule aussi bien à travers le Teckel le Saint-Bernard le berger allemand et j'en passe et le pitbull donc le jugement en général et la faculté de concevoir le particulier le Teckel comme contenu dans le général le chien alors maintenant il y a deux cas attention si le général chien en général gardons notre exemple est donné le jugement qui subsume le particulier est déterminant je détermine le Teckel à rentrer dans la catégorie chien parce que je sais déjà ce que c'est qu'un chien et si on me on me fait découvrir tout d'un coup au fond de la jungle thaïlandaise je dis n'importe quoi à une nouvelle varieté de chiens sauvages ça arrive au Vietnam il y a des jungles les régions les plus inexplorées sont celles où il y a à la fois l'épaisse forêt et de la montagne en raison d'être inaccessible ce qui est le cas
34:17 dans certaines régions du sud-est asiatique en particulier dans la région entre le Vietnam et le Laos il y en a même qui signale des yétis enfin ne nous égarons pas un peu plus petit que celui du Tibet voilà ça nous entraînerait loin j'ai comme ça des dadas il ne faut pas faire attention et donc il y a aussi des fantasmes il y en a qui voient des hommes à queue dans cette région depuis l'Egypte on imagine des hommes qui ont un prolongement de l'appendice caudal enfin bref là c'est l'ordre du fantasme mais en tout cas on a découvert sérieusement une variété d'antilopes de cervidés qui n'était pas très connue il y a à peine une quinzaine d'années au cœur de la région vietnamienne parce que les zoologues vous disent qu'on peut encore trouver des espèces d'insectes ou dans l'océan des trucs mais enfin les gros animaux on les connaît tous taratata donc on peut trouver un nouveau chien enfin un animal qu'on n'a jamais vu mais qu'on décide qu'on détermine comme faisant partie de la famille chien voilà je fais un petit prolongement à Kant pour rappeler que puisque j'ai pris des exemples dans les animaux dans les êtres vivants que la preuve je ne sais pas qu'un berger allemand et un loulou de Poméranie font partie
35:29 de la même espèce c'est qu'ils peuvent se reproduire entre eux c'est la définition biologique de l'espèce or c'est intéressant pourquoi ? parce que Hegel parle du mot espèce et que toute la philosophie les deux grands monuments de la philosophie grecque antique je pense à Platon et Aristote l'un parle de l'idée l'autre parle de la forme mais les deux se servent du même mot grec eidos qui veut dire aussi espèce où je veux en arriver que l'espèce c'est idéal pour la connaissance c'est-à-dire c'est le plus loin que peut aller une connaissance entre l'excessive généralité du genre si je vous dis le teckel est un animal je suis un peu imprécis je suis trop général d'accord si je vous dis ce teckel là a une tâche jaune sur la patte droite je veux dire c'est pas un enseignement sur le concept de chien en général entre les deux la connaissance idéale entre ces deux extrêmes je vais finir ma parenthèse
L'espèce, moyen terme idéal de la connaissance
36:39 très vite de l'individu qui est quasiment inconnaissable tellement qu'il y a de choses en lui et du général qui est plus simple mais qui est plus extensif entre les deux entre le genre et l'individu entre le genre félin et l'individu Bintou c'est le nom de ma chatte je me permets de vous la présenter enfin de vous présenter son nom entre le général et l'individu il y a l'espèce chat ici en l'occurrence vous voyez voilà comme moyen terme donc j'y reviens lorsque Kant dit ou bien le général est donné je le détermine on en était là mais si le particulier seul est donné et que le jugement il doit trouver le général il est simplement réfléchissant c'est un peu plus compliqué et c'est là que un monde s'ouvre dans le testament de Kant un monde dans lequel on peut jeter une passerelle dans ce que Kant disait séparé par un abîme
37:50 infranchissable jusqu'à ce qu'il écrive sa dernière critique le monde de la connaissance la critique de la raison pure celui de la science en gros de la physique par exemple Newton à son époque si vous voulez l'incarner et celui de l'action de la morale nous avons suffisamment vu entre nous riez de ce que ça nous fait réviser qu'à l'origine du mot philosophie il y a amour de la Sophia commençons par le commencement philosophia amour de la Sophia et Sophia veut dire à la fois savoir voilà pour la connaissance et sagesse il faut distinguer les deux parce que si c'est que amour du savoir ça se confond avec la science avec la recherche scientifique avec le CNRS c'est pas la place du philosophe s'il n'y a que la sagesse sans la faire reposer sur un savoir ça peut être utile de temps en temps mais c'est jamais généralisable on peut toujours trouver les bons conseils d'un tonton ou de ce que vous voulez bon sang c'est risqué le rêve du philosophe c'est spécifique de la philosophie c'est de vouloir répondre à la question de l'action que dois-je faire mais en se basant sur des principes aussi déterminants
39:01 pour reprendre le mot de Kant aussi certains terme de Descartes que le triangle est un polygone mais pas en l'appliquant au triangle en l'appliquant ce que je dois faire c'est notre perdement je voyais que le droit la morale la politique s'engouffrent là-dedans et que l'aporie d'Aristote qui disait déjà il y a 2500 ans la mathématique unit les hommes la politique les divise déjà le rêve du philosophe c'est de combler cette brèche ça nous a fait réviser des choses c'est quelques lignes je crois il n'y a même pas des lignes dans cet extrait de Kant alors je vous dis que ça ouvre un abîme dans lequel on peut trouver un abîme un univers dans lequel on peut trouver dans cet univers une passerelle fut-elle frêle qu'on jette sur l'infranchissable abîme qu'il y a entre la raison théorique la connaissance et la raison pratique la morale maintenant je traduis je parle en vocabulaire kantien je crois qu'on se comprend bien maintenant ce passage où il distingue les deux sortes de jugements quand il est fait intervenir alors que je vais un peu à l'écrevisse
Champ, territoire, domaine : la division de la philosophie
40:11 je commence par ce passage et je vais maintenant vous parler de tout ce qu'il y a en amont les deux ou trois pages qu'il y a en amont de ce passage j'ai commencé par l'enjeu auparavant il a rappelé je vous dis c'est son testament qui permet de réviser de mettre de l'ordre dans tout ce qu'il avait distingué jusque-là il avait distingué les deux grandes parties de la philosophie et là je vous le lis parce que c'est des passages je ne les ai pas mis dans les textes que vous avez sous les yeux mais enfin vous pouvez les retrouver je vous donnerai la référence pour ne pas embrouiller mais je vous les lis directement vous voyez c'est toujours dans l'introduction mais un peu avant un peu avant donc cette troisième partie une partie qui s'appelle la première de l'introduction qui s'appelle de la division de la philosophie encore des distinctions et des divisions je ne commence pas par le tout début pour ne pas nous embrouiller mais je vais directement à cette partie-là des concepts
41:21 dans la mesure où ils sont rapportés à des objets sans que l'on considère si une connaissance de ceci est ou non possible bref sans être comme Kant quand lui il est prudent il se demande si mon énoncé correspond peut correspondre à des objets s'il est possible que les objets y correspondent vous savez qu'en mathématiques par exemple quand vous avez une formule A sur B un mathématicien commence par mettre B doit être différent de 0 parce que sinon c'est impossible parce qu'il n'y a aucun nombre qui multiplié par 0 va donner le numérateur par la définition d'un rapport d'une fraction appelez ça comme vous voulez la logos on dit en grec intéressant les logos c'est les rapports les fractions les entiers relatifs quelque part les nombres rationnels pardon aucun nombre rationnel multiplié ou a fortiori entier par 0 redonne le numérateur donc ça contredirait la définition même du rapport donc vous voyez très prudemment
42:31 les mathématiciens avant d'étudier une fonction avant de la faire varier comme ils disent c'est une grande partie de la mathématique qui s'appelle l'analyse commence par dire s'il y a un dénominateur qui doit être différent de 0 sinon c'est impossible impossible c'est ce qui enferme une contradiction en logique je vous l'ai dit impossible c'est ce qui enferme une contradiction voilà un nombre paire divisible par 2 c'est impossible un nombre impair pardon divisible par 2 c'est impossible alors des concepts dans la mesure où ils sont rapportés à des objets sans que l'on considère si une connaissance de ceci est ou non possible possèdent leur champ qui est déterminé seulement d'après le rapport de leur objet à notre faculté de connaître en général la partie de ce champ en laquelle la connaissance est possible pour nous est un territoire vous voyez comme il amène des notions nouvelles pas le mot le mot est dans le langage courant mais comme il leur donne une signification précise dans ce champ vaste où je dis tous les objets de l'univers bon je dis ça mais ça ne me donne
43:41 pas une connaissance mais je peux dans cet objet de l'univers poser un sous-ensemble un territoire de tous ceux qui sont gouvernés par la loi de l'attraction par exemple là où je détermine en fonction d'une loi vous voyez la partie de ce champ à laquelle la connaissance est possible pour nous est un territoire pour ces concepts et la faculté de connaître à cet effet la partie de ce territoire où il légifère parce que je peux dire tous les objets de l'univers sont les objets d'une expérience possible mais possible mais que je n'ai pas encore faite je mourrais bien avant avoir expérimenté des objets de l'univers mais la partie sur laquelle on légifère où on peut déjà prévoir les éclipses par exemple est possible pour nous est un domaine des métaphores géographiques dans l'ensemble des objets de la connaissance il y a la partie où cette connaissance est possible qui définit un territoire et dans ce territoire la partie où elle est non seulement possible mais réelle où notre connaissance s'exerce on peut faire des lois qui permettent d'avoir des applications d'envoyer des satellites sans qu'on les perde c'est c'est plus seulement
44:51 un territoire c'est notre domaine on exerce notre maîtrise la partie de ce territoire où il légifère est le domaine vous voyez toutes ces distinctions c'est pour en arriver à la grande division de la philosophie notre faculté de connaître en totalité donc on réunit tout maintenant possède deux domaines vous voyez pourquoi je suis revenu en arrière maintenant qu'on a rappelé ce que c'est qu'un domaine deux domaines celui des concepts de nature et celui du concept de liberté là on retrouve toutes les deux grandes critiques précédentes il y a le domaine qui est gouverné par le concept de nature c'est à la physique physique au sens large la chimie la biologie les sciences dures je vais dire les sciences de la nature on disait il n'y a pas si longtemps notre faculté de connaître en totalité possède deux domaines celui des concepts de nature qui sont à l'opposé à la liberté où il y a y est égal f de x y est déterminé par x y n'est pas du tout libre y ira là où x voudra wo es war
46:05 soll ich werden une des formules les plus énigmatiques de Freud je ne le dis pas en allemand pour faire mon petit Heidegger non non non c'est que c'est très important parce que c'est difficile de traduire le es wo es es c'est ça le ça vous savez il n'y a pas de neutre en français c'est difficile où c'était je dois advenir où le ça était le moi doit passer vous voyez là où les roues avant sont passées les roues arrière doivent suivre bon allez ne compliquons pas avec Freud c'est pour ouvrir des portes à ceux que ça intéresse donc notre faculté de connaître en totalité possède deux domaines celui des concepts de nature et celui du concept de liberté philosophie de la connaissance philosophie de l'action elle notre faculté de connaître elle légifère en effet a priori par ces deux genres de concepts a priori je vous rappelle c'est le contraire d'empirique ça veut dire on n'a plus besoin d'aller voir la philosophie se divise donc aussi en accord avec cette faculté en philosophie théorique et en philosophie pratique quel bilan mais le territoire
47:16 ça c'est les deux domaines mais le territoire sur lequel elle notre faculté de connaître établit son domaine et sur lequel elle exerce sa législation est toujours seulement l'ensemble des objets de toute expérience possible autrement dit la législation par nature je ne sais pas moi un volcan qui rentre en éruption et la législation par liberté passage du confinement au déconfinement s'exerce tous les deux sur un seul et même territoire que celui de l'ensemble des objets d'une expérience possible ce que Kant appelle le phénomène autrement dit ces deux législations opposées l'une qui est celle de la détermination l'autre qui est celle de la liberté se disputent un seul et même territoire et rappelez-vous pour les anciens que je l'avais illustré je le dis pour les nouveaux rapidement par mon petit hélicoptère qui survole l'Amazonie on survole l'Amazonie je prends un hélicoptère mais un avion ça va trop vite donc je prends un hélicoptère on pourra ralentir comme on veut je regarde
L'hélicoptère sur l'Amazonie et la prohibition de l'inceste
48:26 on voit que la législation par nature des cimes d'arbres la canopée vous savez des cimes d'arbres on voit des groupes d'aras des oiseaux multicolores c'est magnifique enfin tout ça tout ce qu'on voit là tout se ramène à la causalité par nature nature inerte physique nature vivante biologique tout se ramène pas besoin de faire intervenir la métaphysique et puis tout d'un coup oh surprise la forêt s'interrompe clairière en forme de cercle un demi-cercle la case des hommes un demi-cercle la case des femmes présence humaine et là tout d'un coup il y a prohibition de l'inceste par exemple il y en a encore qui croient que c'est une loi naturelle ce qui fait rire tous les scientifiques et aussi ceux qui ne sont pas scientifiques mais qui sont tout près les animaux les agriculteurs et les chasseurs ça les fait rigoler aussi les éleveurs savent très bien vous prenez deux lapins vous les mettez en Australie où il n'y en avait pas c'est les anglais qui les ont apportés il y en avait 3 millions au bout ils sont tous incestueux ils proviennent tous des mêmes parents parce qu'il y en a
49:36 qui croient qu'il y a une voix en nous au fond qui a une horreur de l'inceste c'est ça les lions ils font tout ils dévorent les lionceaux pour pouvoir lutiner la femelle donc ne projetons pas sur les animaux ne faisons pas de l'anthropomorphisme je dirais même que l'inceste vous trouverez ça dans Lévi-Strauss dans sa thèse de doctorat structure élémentaire de la parenté vous trouverez cette très intéressante réflexion un peu comme quand il fait des distinctions c'est un grand néo-kantien à savoir qu'il y a des lois dans la nature la loi de la chute la loi de la conservation de l'énergie peu importe il y a des lois dans la nature il y a des règles dans ce qu'il appelle lui la culture que d'autres peuvent appeler l'esprit chez les Hegeliens qu'on peut appeler l'histoire chez les marxistes ainsi de suite tout ce qui suppose l'activité de l'homme et pas seulement le déjà-là naturel donc pourquoi cette distinction des mots parce que les lois sont les mêmes partout par définition il n'y a pas une loi de la chute des corps différente au Japon et en Patagonie par contre
50:48 comme le dit Pascal en montrant la folie des hommes vérité au-delà des Pyrénées erreurs en deçà ici il y a la monogamie là-bas la règle c'est la polygamie ça c'est les choses humaines ce qui prouve qu'elles ne sont pas naturelles sinon elles seraient les mêmes partout universelles comme des lois de la nature je reviens un peu à l'inceste pour ceux qui sont encore convaincus quand même on a quand même une voix qui fait qu'on a horreur de l'inceste s'il y a des interdits et la prohibition de l'inceste je vais trop vite il y a des règles dans la culture il y a des lois dans la nature exception la prohibition de l'inceste qui est aussi générale qu'une loi et qui pourtant n'est pas naturelle voilà pourquoi c'est une notion capitale dans toutes les sociétés humaines les plus primitives c'est un mot idiot qui n'explique pas grand chose on dit d'une manière un peu plus scientifique que société sans écriture parce que c'est plus objectif parce qu'elles peuvent être primitives au niveau technique et nous dépasser largement au niveau esthétique ou moral on ne sait jamais c'est souvent le cas
52:00 à mon avis donc vous voyez la prohibition de l'inceste a cette position exceptionnelle d'avoir la généralité d'une loi à travers les sociétés humaines et en même temps de ne rien devoir à la nature pour ceux qui n'en sont pas convaincus maintenant j'y arrive ne sont interdits parce qu'il y a de très sévères châtiments dans les sociétés surtout les plus anciennes pour ceux qui transgressent ce tabou n'est interdit que ce qu'on a envie de faire vous connaissez-vous une loi qui vous interdit de laisser la main sur le feu ?
52:34 il n'y a pas besoin d'une loi vous la retirez vite le châtiment il est immanent au crime c'est pas un crime c'est une erreur c'est un acte manqué voilà si c'est interdit c'est qu'il y a une envie quelque part s'il y a des lois sur la propriété c'est parce que on faucherait bien la voiture du voisin de temps en temps quand il n'est pas là pour aller faire un tour voilà donc petit rappel pourquoi j'ai fait ce détour ?
53:07 parce que mon hélicoptère j'y reviens nous montre les deux législations dont parle Kant mais cette fois in concreto vous voyez il nous montre la jungle la forêt vierge où tout peut s'expliquer sans faire intervenir l'homme il n'aurait pas existé on verrait ça et voilà tout d'un coup qu'il y a des choses qui ne peuvent pas être dérivées d'une causalité physique au contraire qui vont en sens inverse la causalité physique parce que toutes les espèces tendent à se multiplier regardez les mammifères eux-mêmes les animaux avec les précautions qu'ils prennent contre le danger la prudence la lutte pour la survie il n'y a qu'une seule fois où ils se mettent en danger c'est à la saison des amours c'est que quand il s'agit de développer l'espèce là ils prennent des risques vous voyez donc la prohibition de l'inceste qui limite les possibilités de reproduction comme la monogamie mais je ne fais pas du tout une critique je ne dis pas que je veux pas la polygamie quand on est monogame on fait moins d'enfants que quand on est polygames et ainsi de suite je veux en arriver
54:17 à illustrer ce que dit Kant n'est-ce pas il y a deux domaines inverses l'un de la détermination de la loi et qui octroie une connaissance que dans la mesure où on peut décoder cette loi et donc plus elle s'étend plus la liberté s'y rétrécit et puis il y a la causalité par liberté et je prends un deuxième exemple maintenant c'est mon fameux feu rouge il faut manger pour vivre ça c'est la législation par nature c'est pas l'homme qui a décidé ça donc ça sert à rien de dire je dois manger pour vivre comme si j'avais le choix ça ne doit rien du tout à ma volonté et à mon choix par contre je dois respecter le feu rouge autant dans mon exemple précédent le contraire est impossible je ne peux pas c'est plus je dois je ne peux pas vivre sans manger autant je peux griller le feu rouge il ne faut pas le faire ne dites pas que allez pas dire à la police que Pagani a dit qu'on peut griller le feu rouge
55:27 je n'ai pas dit on doit on peut le griller et c'est là qu'on voit ce que veut dire devoir mais on ne doit pas on ne doit pas même à deux heures du matin il n'y a pas de flic il ne faut pas voilà donc il y a bien deux domaines bien différents je répète ce paragraphe capital qui est en amont de celui que vous avez sous les yeux notre faculté de connaître en totalité possède deux domaines celui des concepts de la nature et celui du concept de liberté elle légifère en effet a priori par ces deux genres de concepts la philosophie se divise donc aussi en accord avec cette faculté en philosophie théorique concept de nature et en philosophie pratique concept de liberté mais le territoire sur lesquels elle établit son domaine et sur lesquels elle exerce sa législation est toujours seulement l'ensemble des objets de toute expérience possible le phénomène dans la mesure où ils ne sont tenus pour rien de plus que de simples phénomènes autrement dit avec notre hélicoptère on s'aperçoit que pour que le village soit il a fallu couper des arbres les deux législations
56:37 se disputent à un seul et même territoire mais ils se le disputent physiquement c'est pas seulement intellectuellement il n'y a pas les déterministes là et puis là-bas les partisans de la liberté non c'est l'action humaine avec ses outils vous voyez l'importance de l'outil ici c'est la praxis humaine qui étend le domaine par liberté et limite le domaine de la causalité par la seule nature voilà ce que il fallait rappeler avant d'en revenir ici bon alors quand on reste là on n'est pas encore revenu à l'esthétique quand on en reste là on comprend pourquoi il dit je le lis ce premier passage que je cite souvent mais je le lis pour la première fois bien qu'un incommensurable abîme se trouve établi entre le domaine du concept de la nature le sensible et le domaine du concept de liberté le suprasensible de telle sorte que du premier au second donc au moyen de l'usage théorique de la raison aucun passage n'est possible tout comme s'il s'agissait de mondes différents le premier la connaissance ne devra avoir aucune influence sur le second jamais vous tirerez de la physique un renseignement
L'abîme entre nature et liberté et la faculté de juger
57:48 pour savoir ce qu'on doit faire c'est ça qu'en train de dire Kant je le dis parce qu'il y a un néopositivisme ambiant c'est pas qui est très inquiétant parce que les nazis s'en sont beaucoup servis des pseudo lois morales basées sur une pseudo physique ce qui est incroyable n'est-ce pas mais voilà le plus grand savant du monde n'est peut-être pas le mieux indiqué pour me dire ce que je dois faire si je dois épouser cette fille c'est un jeu personnel j'ai passé l'âge si je dois achever un parent malade et qui se trouve terriblement ou le laisser en vie ça c'est la sagesse et puis le savoir et là peut-être celui qui ne sait même pas ce que c'est qu'une fraction ou qu'une équation du premier degré au fond de la jungle africaine ou au fond du Berry excusez-moi les Berrychons mais et ça parce qu'il y a encore des la région de France où il y a le plus de magiciens on jette des sorts avec les vaches du voisin voilà c'est bien connu au Berry Oui-da comme on dit là-bas il peut me donner un conseil
58:58 qui humainement plus profond n'est-ce pas et plus utile que celui que me donnerait un prix Nobel de mathématiques sur la survie de ma grand-mère ou a fortiori d'un enfant donc oui on croit qu'on est dans l'abstrait avec Kant on est dans le concret donc regardez bien il y a un infranchissable d'abîme on ne peut pas passer de la connaissance de la nature du théorique ça ne me renseigne pas du tout sur ce que je dois faire je le lis en termes kantiens bien qu'un incommensurable abîme se trouve établi entre le domaine du concept de la nature les prix Nobel le sensible et le domaine du concept de liberté le suprasensible de telle sorte que du premier au second du CNRS si vous voulez à la morale donc au moyen de l'usage théorique et non pas pratique de la raison aucun passage n'est possible tout comme s'il s'agissait de mondes différents le premier reste à position le premier ne devra avoir aucune influence sur le second néanmoins ce dernier c'est mon village dans mon exemple hélicoptère ce dernier doit ce mot est souligné doit avoir une influence sur celui-là je veux dire le concept de liberté doit rendre réel
1:00:08 vous comprenez ce que je disais que si on n'avait pas coupé les arbres on n'aurait pas fait une clairière il n'y aurait pas le village pour qu'un champ en agriculture soit il faut qu'une forêt ou un marécage ne soit plus je ne sais pas c'est une dialectique de la nature c'est un autre débat mais ce qui est sûr c'est qu'il y a une dialectique du rapport de l'homme à la nature néanmoins ce dernier donc le domaine par liberté doit avoir une influence sur celui-là je veux dire le concept de liberté c'est quand un doit rendre réel dans le monde sensible la fin imposée par ces lois il y en a qui croient que le kantisme c'est du devoir-être à l'infini et que comme une phrase un peu méchante a dit oui la morale de Kant a les mains blanches parce qu'elle n'a pas de main et est en train de nous dire le contraire il faut donc bien voilà alors pour que la loi morale se réalise dans le phénomène là pour ça
1:01:18 il faut bien que la nature pour que soit possible cette réalisation que la nature soit conçue de telle manière qu'elle puisse se plier aussi aux finalités de la loi morale donc quand il dit il doit y avoir quelque part c'est ça qui le fascine au moment où il va mourir Kant il doit y avoir une unité des deux quelque part et c'est là qu'on en arrive au texte dont je vous parle où il dit c'est la faculté de juger qui va unifier les deux domaines je vous lis le titre du paragraphe dont est extrait le texte que vous avez la troisième partie de l'introduction de la critique de la faculté de juger c'est le titre de l'ouvrage oui il est en mauvais état je l'ai depuis ma terminale de la critique de la faculté de juger comme moyen d'unir en un tout les deux parties de la philosophie allons bon donc l'infranchissable abîme allez on risque on va jouer les funambules on va se risquer sur l'abîme c'est fantastique cette histoire n'est pas de la critique du jugement alors revenons-en revenons-en maintenant à ce texte le jugement déterminant on a compris
1:02:28 je sais déjà ce que c'est qu'un chien en général avant de décider que l'animal que je vois là correspond au concept de chien ça je crois on s'est bien compris comme le dit en termes kantien le général est donné il suffit d'y ranger le particulier mais quand le particulier seul est donné et que je dois trouver le général c'est quoi ? et bien c'est justement le jugement esthétique expliquons-nous si je dis c'est beau allons-y je prends un exemple de jugement esthétique partie de la philosophie qui réfléchit sur le concept de beau c'est l'esthétique je vous rappelle je tiens mon fil depuis le tout début de cette session qu'on n'a pas encore répondu à la question pourquoi et comment et pourquoi j'ai dit comment je l'ai dit mais pas pourquoi l'esthétique est devenue partie nécessaire du corpus philosophique on y arrive on est tout près il faut faire encore un pas quand je dis c'est beau maintenant je voudrais réfléchir avec vous je ne voudrais pas avancer tout seul vous êtes d'accord vous n'êtes pas là pour me répondre mais je suis certain
C'est beau, ça me plaît : le désir inconscient
1:03:38 que tout le monde quand ils disent oh là là c'est beau ce paysage c'est que ça lui plaît c'est beau ça me plaît c'est beau implique là je suis rigoureux c'est beau implique l'analyse là ça me plaît si ça me plaît c'est que l'objet beau me fait éprouver un plaisir continuons notre raisonnement soyons mathématiques avec des mots je sais que c'est difficile enfin on n'est pas habitué mais si j'éprouve un plaisir c'est que quelque part je suis en train de satisfaire un désir troisième concept un désir parce que s'il y avait le désir sans qu'il soit satisfait c'est une souffrance la soif sans eau c'est dur et le boire sans soif c'est monotone et c'est insipide mais boire quand on a soif c'est bon il n'y a plaisir que là où un désir s'apaise mais pas du tout là je suis sûr qu'il y en a plein qui décrochent parmi vous mais pas du tout quand je trouve qu'un truc est beau voilà j'ai aucun désir
1:04:49 je trouve que c'est beau ça me plaît c'est tout ça s'appelle une tautologie c'est beau parce qu'elle me plaît pourquoi ça plaît parce que c'est beau qu'on me dise je n'ai absolument pas je ne lie la beauté de ce paysage que je ressens à aucun désir en moi au contraire c'est même une thèse de Kant que le désir esthétique est désintéressé qu'on me dit ça c'est bien possible ça ça veut dire je n'ai je n'ai aucun désir conscient voilà ce que j'ajoute tout d'un coup vous commencez à comprendre pourquoi la philosophie c'est à dire depuis Socrate le fait d'obéir à l'injonction de l'oracle de Delphes connais-toi toi-même pourquoi l'esthétique doit y avoir une part nécessaire l'objet beau me renseigne sur moi si je veux me connaître je ne dois pas écarter ce que vient de dire Pagani en disant mais pas du tout mais j'ai pas de désir enfin c'est beau ça me plaît c'est tout c'est désintéressé j'ai pas d'intérêt j'ai pas de désir là-dedans oui j'ai pas de désir conscient mais j'ai un désir qui vient d'être satisfait lequel ?
1:05:57 voilà quand le particulier seul est donné allez on va simplifier je vois une chemise dans une vitrine ah putain celle-là elle me plaît ah elle est belle elle est jolie c'est un jugement de valeur esthétique je suis pas en train de dire celle-là je vais être au chaud dedans en hiver non là c'est purement esthétique c'est pas fonctionnel parce que si je dis cette chemise en laine elle me plaît c'est un jugement de valeur aussi mais là c'est un jugement déterminant c'est parce que je suis frileux et que j'ai besoin d'une chemise en laine sous mon pull vous voyez ce que veut dire quand ça c'est le jugement déterminant voilà ce que ça veut dire j'ai l'universel déjà dans ma tête la loi le principe la règle comme il dit à savoir marcher au chaud dans la rue et donc j'ai plus qu'à ranger dedans les objets qui remplissent cette fonction ça c'est le jugement déterminant alors regardez bien regardez bien je sais que c'est un peu abstrait aujourd'hui mais c'est pas c'est compliqué c'est pas difficile il faut être rigoureux il y a les jugements d'existence cette chemise vaut je dis n'importe quoi 150 euros et puis il y a les jugements de valeur
1:07:08 cette chemise est en laine je vais pouvoir marcher au chaud dedans d'accord elle me plaît à cause de ça jugement de valeur et non plus jugement d'existence jugement de valeur elle me plaît mais un jugement de valeur déterminant c'est pas un jugement de valeur esthétique et cette chemise elle qu'est-ce qui me fait dire ça là je ne peux pas dire c'est bien simple c'est parce que je veux marcher au chaud ça n'a rien à voir je ne sais pas quelle fonction ça remplit je ne sais pas quel désir cette couleur ces formes ces motifs cette couleur si elle est unie ou la qualité de la coupe j'en sais rien je ne sais pas pourquoi ces choses-là que je vois esthésis ça vient de là c'est le monde sensible vous le savez vous l'avez dans anesthésie quand on vous anesthésise c'est qu'on vous coupe tout ce qui nous vient par les sens par le toucher par la vue par l'ouïe etc hop rideau une piqûre rideau on peut commencer à opérer c'est pour ça que
1:08:18 dans la critique de la raison pure de Kant je quitte l'esthétique la partie où on parle de l'expérience sensible s'appelle l'esthétique transcendantale c'est la compliquée comme vocabulaire mais c'est très simple mais là c'est esthétique au sens des objets beaux vous comprenez ils apparaissent et sur cette surface cette chemise je reviens à travers la vitrine là on sent pourquoi cette petite bouffée de bonheur quand je la vois je n'ai pas parlé d'une chemise je n'ai pas parlé d'un beau gosse une belle fille d'un enfant dont je dis il est adorable d'un vieillard dont je dis quelle belle figure quelle noblesse je ne dis pas tout ça ça s'applique qu'est-ce qui me fait dire ça quel désir ça vient combler ce n'est pas les mêmes à chaque fois on vient le voir dans mes différents exemples mais dans tous les cas je ne sais pas et c'est ce je ne sais pas qui fait que pour savoir pour répondre à la question quel est ce désir que l'objet satisfait je n'ai qu'une piste c'est l'objet lui-même il faut que et vous comprenez ce que veut dire que je le réfléchisse je me mette comme moi comme un miroir devant n'est-ce pas c'est pas lui le miroir et moi qui suis attentif
1:09:28 à ce qu'il y a dedans non c'est moi qui dois le réfléchir bon sens c'est quoi c'est la couleur c'est la forme c'est les deux c'est quoi et puis après je m'apercevrai effectivement chaque fois que je vois ce bleu là ça me plaît bon je dis n'importe quoi après on pourrait dire pour l'instant c'est l'affaire de chacun on va y arriver on dit les goûts les couleurs se discutent pas c'est l'affaire de chacun ça fait 10 000 ans qu'on discute que de ça il doit y avoir une raison c'est ma thèse de provocateur nous aimons tous la même chose tout le contraire du capitalisme qui voudrait qu'on soit chacun dans notre bulle vous savez Facebook passe son temps à dire Dominique j'ai trouvé ce qu'il vous faut j'ai trouvé les musiques qu'il vous faut à Youtube pareil j'ai trouvé en me basant sur le choix que vous avez fait la dernière fois je vous donne toute une série d'oeuvres qui devraient vous plaire nous enferme chacun dans nos bulles et dans nos goûts respectifs moi je dis nous aimons tous la même chose alors ça paraît scandaleux mais il faut toujours ajouter la suite pas au même moment
1:10:38 et pas dans le même contexte mais ça c'est une autre difficulté sur laquelle je vais revenir à la fin de cette partie proprement philosophique je vais d'abord demander l'heure à la régie depuis combien de temps je parle je vais dire bon alors je sens qu'il nous faudra encore du temps pour les textes qui nous restent de Hegel et de Hölderlin je crois que Hölderlin j'y consacrerai encore une quatrième session mais je passe maintenant au texte de Hegel parce qu'on s'est bien entraîné avec le Kant alors ce texte de Hegel fait partie de de ces fameuses leçons sur l'esthétique qui sont la la première grande œuvre développée en plusieurs volumes ça dépend des langues en trois ou quatre peu importe mais qui a paru en 1835 après la mort de Hegel donc à partir des notes de cours
1:11:48 prises par ses étudiants les plus assidus et je lis tout de suite un extrait de la première partie donc de l'esthétique de Hegel ceux qui ont l'édition Aubier qui est la plus courante n'est-ce pas traduit par Simon Jankélévitch attention c'est la même famille mais c'est pas Vladimir Jankélévitch c'est la génération d'avant le trouveront dans le premier volume à la page 55 ce texte l'homme se constitue pour soi par son activité pratique il reprend un peu le vocabulaire même beaucoup le vocabulaire kantien l'homme se constitue pour soi par son activité pratique l'homme n'est pas un avoir mais un faire dira Marx l'homme n'est pas un avoir le plomb a la propriété d'être plus lourd que l'eau de ceci de cela de fondre à tant de degrés les choses ont des propriétés alors que l'homme vous savez le beau titre du romancier allemand Musil l'homme sans qualité c'est le même mot en allemand Eigenschaft qualité et propriété ce qui est caractéristique
Hegel : l'enfant qui jette des pierres dans le torrent
1:12:58 de l'homme c'est qu'il n'est que ce qu'il fait l'homme se constitue pour soi par son activité pratique parce qu'il est poussé à se trouver lui-même à se reconnaître lui-même pas seulement à se connaître à se reconnaître lui-même dans ce qui lui est donné immédiatement dans ce qui s'offre à lui extérieurement il y parvient en changeant les choses extérieures c'est ce qui bientôt va s'appeler sur la plume de Marx la praxis il y parvient en changeant les choses extérieures qu'il marque du sceau de son intériorité qu'est-ce que c'est que l'architecte vous savez cet architecte qui est tout même le plus maladroit est supérieur à l'abeille parce qu'il a sa maison dans la tête avant de la produire dans la réalité il fait passer une forme dans la matière il fait passer ce qui n'était qu'une abstraction un idéal dans ce que la nature propose dans le déjà là propose mais qui n'est pas encore là et qui par l'action va être à nouveau un nouvel être là qui va être une réalité et non plus seulement un idéal n'est-ce pas une fumée donc il y parvient en changeant les choses extérieures donc vous voyez en informant
1:14:09 la nature il y parvient en changeant les choses extérieures qu'il marque du sceau de son intériorité et dans lesquelles il ne retrouve que ses propres déterminations et bien ses propres déterminations vous pouvez la ranger sous ce qu'on vient de voir chez Kant qui s'appelle le concept de liberté la nature veut que je fasse ceci moi je vais faire cela vous voyez l'homme agit ainsi je vais donner un exemple la nature veut que je mange dès que j'ai faim et moi je vais instituer le carême le ramadan ou simplement le fait d'attendre poliment que tout le monde soit servi avant que je me jette sur mon assiette vous n'avez pas demandé à l'ours de faire ça l'homme sauf si c'est la peur qu'il gouverne l'homme agit ainsi de par sa liberté de sujet vous voyez on dit que le philosophe c'est une arène ils sont tous en train de se disputer c'est pas comme la science on est tous d'accord non là il est aussi dans le sillage de Kant il y a un bon instant l'homme agit ainsi de par sa liberté de sujet pour ôter au monde extérieur son caractère farouchement étranger et pour ne jouir
1:15:19 des choses que parce qu'il y retrouve une forme extérieure de sa propre réalité ce besoin de modifier les choses extérieures est déjà inscrit dans les premiers penchants de l'enfant on pense qu'il va prendre l'exemple d'un enfant imitant son père faisant un arc on a tous fait des arcs quand on était petit pour les garçons il y a des filles qui savent faire des arcs j'en connais il n'y en a pas beaucoup peu importe je ne veux pas ici risquer de passer pour un sexiste c'est dans l'autre débat par les temps qui courent le petit garçon qui jette des pierres dans le torrent et admire les ronds qui se forment dans l'eau surprise Hegel ne prend pas un exemple d'utilitaire jugement déterminant je reviens à Kant parce que l'arc on ne comprend pas pourquoi il le fait l'arc ça sert à se nourrir j'y dis attention c'est sérieux je vais faire comme papa je suis un petit pygmé je vais faire comme papa le garçon intelligent c'est des mots idiots intelligents c'est vraiment relatif aux sociétés le garçon intelligent c'est celui qui a 20 en maths chez nous chez les pygmés en maths on s'en fout c'est celui qui sait tirer à l'arc qui est adroit à l'arc celui-là il est intelligent dit mais oui réfléchissez un peu l'intelligence
1:16:29 toujours fonction des valeurs d'une société à un moment donné et dans un espace donné donc je répète l'homme agit ainsi par sa liberté de sujet pour ôter au monde extérieur etc. le petit garçon qui jette des pierres dans le torrent et admire les ronds qui se forment dans l'eau on retrouve notre surface les anciens se rappellent du long cycle que j'avais consacré à la différence entre nature et paysage quand on confond les deux on ramène la nature à une simple surface le physicien c'est bien lui le géologue etc.
1:17:04 il sait bien que la nature c'est pas qu'une surface surtout le géologue il se contente pas comme les géographes de faire des graphes à la surface de la terre ça veut dire dessin de la terre les géographies le géologue il va au fond il viole la surface pour aller voir qu'est-ce qui fait que le volcan explose ah ben bon sang mais oui il y avait du magma là pas loin tandis que le paysage c'est ce qui s'offre à notre vue à notre esthésis c'est l'apparence c'est ce que la nature c'est la partie de la nature qui apparaît pour nous c'est cet écran sur lequel on peut projeter comme sur tout écran des choses qui viennent de nous mais non pas de la nature comme un coucher de soleil nous fait penser au déclin c'est pour ça qu'un coucher de soleil est toujours un peu plus mélancolique qu'une aurore si vous réfléchissez ne me croyez pas sur parole regardez toute la littérature il y en a des poèmes sur le crépuscule ils sont tous une tonalité mélancolie ou élégiaque les poèmes de l'aurore ils ont toujours une exaltation c'est pas j'ai embrassé l'aube d'été hein Rimbaud alors le petit garçon qui jette des pierres dans le torrent et admire les ronds
1:18:14 qui se forment dans l'eau admire en fait une oeuvre où il bénéficie du spectacle de sa propre activité bon sang moi petit garçon là impuissant entouré d'un univers où je peux jamais faire vraiment ce que je veux où tout m'échappe c'est pas au fond de mal à permission pour plein de choses il y a une chose là je fais ça et le monde m'obéit bon sang vous comprenez pourquoi l'esthétique est partie intégrante de la philosophie s'il faut se connaître soi-même et je conclurai là-dessus s'il faut se connaître soi-même alors il faut pas qu'on en reste et c'est la seule erreur que Kant fait dans son esthétique et qui fait qu'il faut passer après à Hegel c'est que le plaisir esthétique qui est un plaisir désintéressé non il fait la même erreur ici que Bergson qui dans un texte sur le sommeil très beau texte d'ailleurs dit que la mère peut pas s'endormir tant qu'elle a son nouveau-né là tant qu'elle est anxieuse tant qu'elle entend des pleurs etc elle ne peut s'endormir que lorsqu'elle n'a plus aucun intérêt dans le monde extérieur
1:19:24 et c'est pour ça que la thèse de Bergson c'est dormir c'est se désintéresser vous voyez le rapport avec l'art Freud arrive il dit non il y a un intérêt dans le sommeil c'est de rejoindre l'absence totale de problème qui est le monde intra-utérin regardez ce que fait celui qui dort il se recroqueville il reprend une certaine forme la plus ancienne de toutes il ferme les yeux la respiration se ralentit on ne respirait pas dans le ventre de la mère il perd la notion du temps il n'y avait pas besoin d'avoir une relation au temps à l'époque où on n'attendait rien où le désir était satisfait au moment même où il se manifestait car le temps vient de ce décalage entre ce que je désire et le moment où il est satisfait le vrai temps pas le temps des horloges c'est encore autre chose cette pure inquiétude comme dit Hegel à propos du temps que ne saisit pas la mathématique qui a un autre temps il dit die reine Unruhe cette pure inquiétude voilà donc vous voyez de la même manière que Freud ajoute là il y a un désir mais complètement inconscient c'est de revenir à la béatitude prénatale
1:20:36 à l'absence de problèmes prénatales exactement ce que Rousseau fait dans la cinquième promenade quand il dit à propos du lac de Bienne il s'endort bercé par les les vagues du lac les vaguelettes sur la rive et il dit ce beau bassin d'une forme presque ronde le vocabulaire lui-même le trahit enfin c'est pas trahir un crime on comprend ça fait du bien de s'endormir comme dirait Hölderlin il n'est pas bon de n'avoir dans l'âme nulle périssable pensée c'est bon de s'endormir y compris même avec l'apéro c'est pas de se passer un verre voilà le petit garçon qui jette je vais rester là-dessus des pierres dans le torrent et admire les ronds qui se forment dans l'eau admire en fait une œuvre où il bénéficie du spectacle de sa propre activité mais bien sûr le petit garçon et je termine là-dessus n'est pas conscient de ce qu'on vient de dire il n'est pas voilà j'exerce ma liberté mais c'est ça il fait mieux que le penser il le fait et il en jouit s'il y a des questions maintenant on va peut-être laisser plus de temps aux questions alors une autre question de Raphaël Bissonnette
Question : quel désir comble la beauté d'une orchidée ?
1:21:46 faites-vous une distinction entre les concepts de sujet et d'individu bien alors il y a une très longue il est bien il est têtu Raphaël parce qu'il avait déjà posé la dernière fois et je n'ai pas eu le temps d'y répondre il fait très bien de nous mettre sur le tapis il fait comme les les bons compétiteurs des concours de l'agrég et du Capès s'il est recalé une première fois il ne se décourage pas il revient il n'abandonne pas le terrain alors il y a une longue il y a une longue question de Mehdi Brochet que je garde peut-être pour la fin s'il y a du temps c'est complexe à répondre en fin de séance comme ça mais enfin je te la dirai si tu veux Salvatore Bruno qui pose comme question mais quel serait le désir inconscient alors face à une belle orchidée la beauté me procure du plaisir mais je ne vois pas je ne vois pas quel désir inconscient cela comble car il n'y a aucun enjeu merci je vais peut-être commencer à répondre tout de suite par celle-là je m'excuse d'avance auprès de Salvatore qui est quelqu'un de très sérieux qui pose d'excellentes questions mais là je vais je vais être apparemment
1:22:56 un peu désinvolte mais je suis très sérieux quand il me dit là il y a qu'est-ce qu'il dit il n'y a pas d'intérêt il n'y a pas de d'enjeu il n'y a pas d'enjeu voilà il n'y a pas d'enjeu pas d'intérêt je ne vois pas le désir alors je lui ai dit je ne vais pas raconter ma vie mais il y a une époque vous savez où on devait avec François de Negroni faire un livre proposé par l'éditeur Belfond sur la sexpatriation comme on dit c'est-à-dire en Thaïlande par exemple enfin bref et on a été obligé pour se documenter de regarder des vidéos X ce n'était pas très répandu à l'époque sur presque tous les vidéos X dans la pièce où ça se passe il y a un tableau où il y a une orchidée attention Salvatore avant de dire qu'il n'y a aucun enjeu depuis la nuit des temps de l'humanité je ne parle pas de la nature qui est beaucoup plus vieille depuis que l'homme s'exprime poétiquement la fleur est liée à l'éros c'est comme ça
1:24:07 ne serait-ce qu'à cause de son parfum avant même de passer à l'aspect visuel c'est pour ça que cette question est excellente je ne sais pas regardez le rôle que joue l'odorat dans la sexualité des mammifères mais oui qu'est-ce que vous voulez j'y peux rien ah mais vous on n'est pas des chiens on est des hommes oui alors là je vous renvoie une note de Freud très importante où il développe il dit c'est pas un hasard si l'odorat est refoulé chez l'homme précisément à cause de l'importance qu'il joue dans la relation sexuelle il est refoulé mais il n'est pas il ne faut pas croire que l'homme est né avec moins d'odorat il m'est arrivé d'être avec des Touaregs dans le désert chercher un puits le Touareg il connait bien le coin à deux kilomètres il sentait l'odeur du puits parce que là il est tellement motivé parce que son odorat retrouve tout d'un coup toute la force que peut avoir l'odorat humain en certaines conditions mais en attendant
1:25:17 attention qu'est-ce que c'est que toute l'industrie du cosmétique depuis la préhistoire c'est de sublimer l'odeur dont le chien se contente c'est ça la sublimation donc vous voyez je ne démontre pas c'est complexe c'est riche comme matière il y a tout un livre un roman qui a eu un succès fou de Süskind qui s'appelait Le Parfum vous savez qui tourne un peu autour de cette problématique voilà mais ne nous précipitons pas au sens de Descartes Descartes disait comme règle de la méthode éviter soigneusement la prévention et la précipitation de dire enfin c'est tort qu'elle est belle parce que je la vois puis c'est tout elle est belle parce qu'elle est belle mais c'est une tautologie bien sûr qu'elle est belle parce qu'elle est belle mais c'est parce que qu'il y a en trop c'est pas une cause elle remplit une fonction elle vient au devant d'un désir la fleur c'est vierge et c'est odorant écoutez on va faire un dessin une seconde Alfred de Musset
1:26:27 la nuit de mai parce qu'on parle de fleurs je pense au printemps c'est pas et la rose vierge encore se referme jalouse sur le frelon nacré qu'elle énivre en mourant Musset c'est pas un auteur porno c'est un auteur qu'on apprend dans le cycle secondaire quand même c'est pas c'est la nuit de mai poète prend ton luth et me donne à baiser la fleur de l'églantier sent ses bourgeons éclore c'est le printemps quoi et la rose vierge encore se referme jalouse sur le frelon nacré qu'elle énivre en mourant là c'est l'amour vagin voilà j'ouvre des pistes Salvatore je suis sûr qu'on se comprend très bien et on y reviendra oui je reviens maintenant à la première question oui c'était Geoffrestik alors il y a deux parties dans sa question tu peux même la relire justement alors pourriez-vous nous parler du passage historique paléontologique de la nature à l'homme ou encore c'est la première partie de la question oui c'est énorme déjà ou encore
Question : le passage de la nature à l'homme
1:27:37 le fondement naturel s'il existe du matérialisme comme en parle Patrick Tort voilà bien alors d'abord je salue au passage j'ai oublié le prénom de notre mystique merci Geoffrey voilà je remercie Geoffrey parce que c'est un fidèle c'est un fidèle c'est un plus loin fidèle et ces questions sont pertinentes et je le remercie aussi de me faire dialoguer indirectement avec mon ami Patrick Tort nous nous sommes connus en Côte d'Ivoire il y a bien longtemps et c'est toujours enrichissant de parler avec Patrick Tort un des rares naturalistes pour lequel j'ai énormément d'admiration naturaliste je ne dis pas au niveau scientifique j'ai l'admiration pour tous les spécialistes des sciences de la nature qui sont et qui sont pointus dans leur discipline c'est pas la question mais je veux dire qu'en plus philosophiquement est naturaliste effectivement lui il pense qu'il y a n'est-ce pas que l'homme n'est pas compréhensible sans un matérialisme naturel
1:28:49 naturel. Il dit mécaniste ? Non, non, c'est la question Geoffrey, c'est ça ? Voilà, voilà, c'est ça. Donc un matérialisme naturaliste, lui faisons pas dire mécaniste, c'est moi qui rajoutais, mais ça revient au même. La différence est importante, je la rappelle ici, Patrick connaît très bien cette distinction, alors peut-être qu'il ne la confirme pas, mais il la connaît bien. Il y a un matérialisme mécaniste dans la nature, mécaniste, dynamique, pas au sens grossier, que j'illustre avec la forme générale de la relation fonctionnelle, comme disent les mathématiciens, de Y égale F de X.
1:29:33 La Lune obéit mécaniquement à l'attraction terrestre, si vous préférez, alors qu'en histoire, c'est une notion qu'apporte Marx, le matérialisme, c'est toujours matérialisme, on n'est pas passé à un non-matérialisme, le matérialisme est dialectique, c'est-à-dire qu'il y a histoire, comme je l'indiquais tout à l'heure, où il y a la rencontre de l'homme et de la nature. Et ce n'est pas que Marx, je rappelle que Kant vient, et je me suis longuement attardé, montrer que là où il y a homme, il y a tout de suite un territoire où se disputent deux législations appartenant à deux domaines opposés, celui du concept de la législation par nature, et celui de la législation par liberté.
1:30:20 Voilà. Surtout, on a vécu, Patrick Tort et moi, dans l'air tropical humide, c'était en Côte d'Ivoire en l'occurrence, comme je l'ai dit, alors là-bas, si on ne renouvelle pas en permanence l'action de l'homme, la jungle envahit très vite les habitations. Et on ne reconnaît plus même son chemin.
1:30:51 C'est pour ça que quand vous partez de chez votre hôte, on a coutume, en Afrique subsaharienne, et surtout en Afrique forestière, de dire qu'il faut demander sa route trois fois avant de partir, de quitter ses hôtes et de rentrer chez soi. Il faut demander trois fois la route. Alors, nous allons demander la route trois fois. Parce qu'après tout, l'autre pourrait se vexer. Qu'est-ce qu'il y a ? C'était pas bon à manger chez nous, etc. Vous n'êtes pas bien. Sous-entendu, si on ne le demande pas trois fois, la brousse se referme sur vous.
1:31:22 Quand on voit ce que c'est qu'un sentier, là-bas, ce n'est pas grand-chose. Il faut avoir souvent l'œil exercé pour voir qu'il y a un sentier. La nature est puissante là-bas. Donc, ayant fait ces rappels, je dis tout de suite à Geoffrey, l'essentiel de réponse à la grosse partie de sa question qui est la première, c'est que le curseur, vous pouvez le déplacer comme vous voulez, là, ce curseur qui me demande de placer quelque part, en-dessous duquel on est dans la pure nature, au-delà duquel on est dans l'anthropologie, il n'existe pas spatialement.
1:31:59 Aucun coup de hache ne peut me permettre de placer le curseur, ou aucune fondation comme on pose une première pierre, si vous voulez, pour prendre une autre métaphore spatiale. C'est un processus temporel. C'est un process, ça moquerait bien souvent chez Marx. Et comme dans tout procès, au début, c'est beaucoup plus naturel, et puis à mesure que ça progresse, elle est de moins en moins.
1:32:29 l'homme des cavernes a une habitation qui est plus naturelle qu'une maison sur pilotis, comme fera bien plus tard Cro-Magnon. Bien plus tard, c'est compliqué, une maison sur pilotis, techniquement. mais la caverne est déjà au-delà du curseur, parce qu'on y fait des peintures, parce qu'on y allume des feux, et sans doute, peut-être même qu'on y fabrique des rituels. On y fabrique.
1:33:00 On y pratique des rituels. Et peut-être, on a retrouvé des peintures, mais c'est mon grand regret, c'est qu'on ne sait toujours pas quelle musique écoutait l'homme des cavernes, où sans doute l'élément rythmique devait jouer un rôle important. Je fantasme un peu là, je ne sais pas, on ne sait rien, on n'a pas d'affaires. Les magnétophones de l'époque. Mais il y avait autre chose que la nature. Regardez les grottes de Lascaux, de Chauvet, il n'y a plus la nature. Il y a la peinture.
1:33:33 L'art, on est en esthétique, non ? L'art, qui donne artificiel, est exactement le contraire de naturel. Je vous ferai. Donc, ce curseur-là, si vous réfléchissez, c'est pour ça que je creuse maintenant, vous allez retrouver le même problème du curseur impossible. Quand vous me demandez où s'arrête l'inerte, où commence le vivant ? Ce n'est pas seulement le passage du vivant à l'homme, du vivant en général, végétal, animal, à l'homme, mais même le passage du minéral au vivant.
1:34:04 Vous savez, les premiers acides aminés, les molécules géantes. Ce n'est pas mon domaine, mais enfin, vous voyez, est-ce que le virus, c'est un animal ou c'est encore… Vous voyez, on retrouve le même problème. on demande, on demande au déjà-là de trancher ce qui n'est pas de l'ordre d'un déjà-là que de l'ordre des mots. Tu es un âne, tu es un bœuf.
1:34:36 L'Éternel a donné à l'homme le privilège de nommer les créatures. Et donc, la distinction entre l'inerte et le vivant lui-même est un processus. Quand on jette un rayon lumineux sur une amibe, elle se met à avoir un mouvement giratoire qui est purement mécanique. car à ce stade-là du vivant, il y a encore des processus qui sont les mêmes que ceux des cailloux mécaniques.
1:35:08 Le heurte des photons, le bombardement de particules de lumière sur l'amibe fait qu'elle a un mouvement giratoire jusqu'à un certain seuil où tout d'un coup, on peut augmenter l'intensité du bombardement lumineux. Elle arrête sa giration. Et rien que ce seuil prouve qu'on est déjà au-delà de l'inertie. De même, nous, vous savez, nous avons...
1:35:38 La notion de seuil est importante pour ce qui est de placer le curseur. Je reviens, Geoffrey, je ne perds pas de vue la question. Au niveau de l'ouïe, vous savez que nous entendons des sons au-delà d'un certain seuil. Comment ça s'appelle ? Les basses fréquences, là. Bref, ce qui est extrêmement grave qu'on ne les entend pas, comment ça s'appelle ? Le contraire des ultrasons. Merci, c'est ça. Les infrasons.
1:36:08 Et quand c'est trop aigu, on n'entend pas non plus les ultrasons. Par contre, le chien les entend. Vous savez, c'est les fameux sifflets qu'ont les gardiens de chiens ou certains policiers. Nous, on n'entend rien, mais le chien fonce immédiatement. Et puis, bien au-delà de la fréquence qu'entend le chien, encore plus aigu, la chauve-souris, à qui ça sert de sonar pour se diriger dans l'espace. Par éco. Par éco-localisation. Non, pas éco-location, ne confondez pas. Éco-localisation.
1:36:38 Donc, ces seuils-là définissent des espèces. C'est intéressant. Nous n'avons pas une vue qui nous permet de tout voir. Non, non. À chaque fois, nous sommes suspendus dans un moyen terme entre des extrêmes. Pascal dit déjà dans les pensées « Trop de lumière éblouie, pas assez rend aveugle. » Obscurci. Donc, je ne peux pas… Je peux dire simplement… Maintenant, je vais être plus positif.
1:37:09 J'ai montré la complexité de la question. Je vais être plus positif. Il y a trois… On a proposé trois seuils qui reviennent tout le temps pour répondre à la question de Geoffrey. Le langage. Le feu, vous savez. On dit que l'homme… Il y a la guerre du feu parce que c'est avec le feu qu'il y a la maîtrise sur le reste de la nature. Le feu et l'outil. Mais moi, je dis que les trois sont liés. La preuve, c'est que dans le mythe, Prométhée, va chercher le feu chez les dieux.
1:37:42 Il sait bien que ce n'est pas en bas qu'il y a du feu. Il faut une surnature pour faire apparaître le feu. Il y a du feu. Il y a du feu bien avant l'homme. Il y a un âge volcanique. C'est un feu métaphorique. Ici, la preuve, c'est que c'est le feu de l'intelligence aussi. Mais c'est les deux. C'est le feu au sens propre, matériel, celui qui permet de forger les métaux, de les faire fondre, mais qui est lié à la techné. Je ne les fais fondre pas par accident, comme le volcan, mais parce que je poursuis un but qui est de faire un outil, une arme, en l'occurrence à l'origine.
1:38:14 Et puis, il y a une autre chose après. Un balcon à faire forger. Un avion, peu importe. Donc, vous voyez, le feu, lui-même, suppose déjà un monde où il y a le langage, où il y a le logos, où il y a la logique et l'intelligence. Le siècle des lumières. La lumière, la chaleur, ça va ensemble, c'est des métaphores. Ça veut dire, c'est cette même entité, qui fait qu'on sort des ténèbres, qui s'enèvrent.
1:38:47 Là encore, c'est une métaphore. Qu'on en sorte par une torche. Ou que, avec l'idée géniale d'Edison, on comprenne pour la première fois, c'est là qu'on voit, que la grande technologie, elle n'est pas intuitive. Elle doit faire un détour par la théorie. C'est quoi la lampe d'Edison ? L'ampoule, l'ampoule là. Pas l'ampoule écologique, l'ampoule là, l'ampoule classique. C'est quoi ? C'est une chose qu'on empêche de brûler, alors que depuis des millénaires, pour l'homme, éclairer, c'était brûler.
1:39:22 Bachelard a consacré de très belles pages à ce paradoxe. Tout le génie d'Edison, c'est d'avoir dégagé une loi, c'est que l'intensité est inversement proportionnelle au rayon du fil. Vous avez déjà vu le fil à l'intérieur de l'ampoule, pourquoi il est fin ? Par rapport à l'énergie qui passe. Et pourquoi du coup, on en déduit qu'il faut un métal qui ne fonde pas, comme le plomb à 300, à 300, ou je ne sais pas, entre 300 et 500 degrés, je ne sais jamais le plomb. Le tungstène, il faut des milliers de degrés pour qu'il commence à fondre.
1:39:53 C'est pour ça qu'on le prend. Donc, il faut une théorie qui va contre l'intuition qu'on a spontanée, c'est que pour m'éclairer, il faut que je brûle, il faut que je consomme, il faut que je gaspille, il faut que je fasse anti-écologique. Pour une fois que je le suis, profitez-en. Le progrès technologique est toujours écologique. On en a des surprises ce soir. Oui, oui, que ce vous voulez, le charbon est plus économe d'arbres que le charbon de bois qui est antérieur, qui est plus vieux, qui est une régression au niveau du progrès technologique.
1:40:28 Le charbon, c'est un progrès. Mais le charbon est très salissant aussi. Alors, il y a le pétrole qui consomme sept fois moins de matière pour le même rendu énergétique que le charbon. C'est mieux. C'est un progrès. Et le gaz, c'est mieux que le pétrole. Et le nucléaire, c'est mieux que tout cela. Bon, j'arrête, je vais me faire lyncher. Par les nouveaux maires. Autre question. Oui, je veux conclure pour Geoffrey. Je vais m'engager.
1:40:58 Le langage lui-même a quelque chose de commun avec l'outil, c'est qu'il donne une présence à ce qui est absent. Si je dis maintenant la forêt vierge, il n'y a pas de forêt vierge. Je crois que Geoffrey ne me parle pas, n'est pas en communication avec nous depuis l'Amazonie. Je ne crois pas. Moi non plus. Mais je dis à la forêt vierge, chacun d'entre nous qui m'entend dire forêt vierge, a une représentation. Quelque chose est présent et qui n'est pas là. On donne une présence à l'absence.
1:41:28 Le langage, c'est ça. L'outil, c'est ça. C'est ce qui va permettre de donner une présence à ce qui n'était que dans ma tête, qui n'existait pas à l'extérieur et que je réalise comme l'architecte dont parle Marx. On n'habite pas dans un plan de maison, mais dans une maison réelle. Donc, quelque part, pour que le mot apparaisse, il a fallu que l'outil rende le monde extérieur moins fugace, moins fluide, qu'il reste.
1:41:59 Et le premier des signes, c'est le tombeau. Donner une présence à ce qui n'est plus là. Je dis ça parce que c'est un vieux jeu de mots que Platon a utilisé. Le tombeau se dit « soma » en grec et le signe, c'est « sema ». Voilà. Donc, pour moi, c'est la praxis qui a rendu possible le langage. Et ensuite, tout s'est enchaîné. Pratique et théorique en même temps. Merci. C'est aussi une question que je me pose bien souvent. Le parallèle entre la substance devenant sujet chez Hegel et le lien entre technicisation et hominisation chez Leroi-Gourhan, sachant qu'Hegel fait de l'outil le moyen terme existant rationnel, l'universalité existante du processus pratique.
Matérialisme et naturalisme ; la technè comme conclusion
1:42:45 soit, comme le dit si bien Dominique Pagani, pour la toute première fois dans l'histoire philosophique, l'outil, soit la force productive matérielle, élevée à la dignité de puissance de l'esprit, ce qui suggère une profonde unité de ces deux disciplines, anthropologie et philosophie. Bon, on reste dans le matérialisme. Le matérialisme, c'est peut-être ça qu'on va conclure, parce que de sûr, c'est beaucoup, le matérialisme, ce n'est pas le naturalisme.
1:43:20 C'est plus extensif. Le naturalisme est une idéologie, pas la nature. Le naturalisme, c'est une partie de la matière. C'est tout ce qui est autour de nous ne porte pas la trace de l'artificiel, du travail humain. Mais une fleur en plastique n'est pas moins matérielle qu'une fleur naturelle. C'est tellement simple qu'on n'arrive pas à le comprendre. C'est bizarre.
1:43:51 Je ne fais pas appel à la métaphysique et au surnaturel. Je dis, il y a du non naturel. Voilà, ces lunettes, ce n'est pas du naturel, c'est du non naturel. Mais c'est matériel ! Bien sûr, s'il n'y avait pas eu la nature d'abord, je n'aurais pas pu déposer ces formes sur un substrat, substance, merci Mehdi. Bien sûr. D'accord ? Mais ce n'est pas avec une possibilité de bouteille que je rafraîchis ma soif dans le désert.
1:44:26 Il faut une forme. La matière, ce n'est jamais qu'une potentialité à laquelle on peut donner toutes les formes qu'on veut selon la fonction qu'on poursuit. Voilà. Donc, la question de Mehdi vient à pic, qui a bien fait de la lire, elle prend la suite de celle de Geoffrey. On reste dans le matérialisme, mais dialectique et non plus naturaliste. même si, chronologiquement, on ne serait pas arrivé au matérialisme dialectique s'il n'y avait pas eu d'abord, bien sûr, la nature.
1:44:59 Mais l'origine importe peu ici. Ce n'est pas à l'origine qu'un fleuve est un fleuve. C'est quand il a reçu déjà beaucoup d'apports. À l'origine, ce n'est jamais qu'un pissou qui coule entre les jambes à deux mètres d'un autre pissou qui coule sur une autre petite pente. Et c'est tout ça qu'on appelle un cône de réception en géographie. C'est tout ça qui est l'origine aussi bien d'un petit torrent en Corse qui fait 15 kilomètres avant d'arriver à la mer que de l'Amazonie. Voilà.
1:45:32 Donc oui, à l'origine, il y a la nature, mais l'origine, ce n'est pas la cause. Il peut y avoir milliards d'années de nature sans que l'homme apparaisse. La rupture, elle se fait quand la nature recule devant l'artificiel. L'art. Vous voyez comment on en revient à l'esthétique ? Parce que les Grecs ne connaissaient pas notre différence entre les belles choses et celui qui fait la sandale pour marcher ou celui qui fait une charrue. La technè, c'est comme ça qu'on dit l'art en grec.
1:46:02 La technè. Arrêtons de les opposer. Ce sera ma conclusion. Bon, ben voilà, ma conclusion, c'est que le paysan, c'est l'artiste, le cordonnier, c'est l'artiste, le tisserand, c'est l'artiste. Technè. Voilà. Je vous dis oui, je vous dis au revoir. Je vous dis à la semaine prochaine parce que pour l'instant, on arrive à garder un rythme à peu près hebdomadaire. Bon, là, la semaine était un peu longue, elle était prolongée de deux jours, je vous remercie d'autant plus Philippe, voilà, qui n'a pas que ça à faire. Et je vous remercie de votre présence et surtout de la qualité de vos questions.
1:46:37 Vous pouvez continuer à les développer sur Facebook, vous avez vu que j'ai répondu à pas mal par écrit, je ne peux pas répondre à toutes, mais j'essaie de donner la priorité à celles qui montrent qu'on a bien suivi le propos, quoi. Ce qui est vraiment le cas ce soir et je remercie encore celles et ceux qui étaient présents. À la semaine prochaine. Très bonne fin de soirée à tout le monde.