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L'aphorisme de Clouscard au bord d'un torrent
0:00 Bonsoir tout le monde. Je suis désolé que mon visage fasse disparaître le visage rayonnant de mon regretté ami Michel Clouscard. Si vous avez bien regardé la photo que Pierre-Alain a eu la gentillesse de retrouver, vous remarquerez qu'il esquisse un léger sourire avec des yeux qui commencent à briller et ça c'est quand il est au bord d'éclater de rire.
0:38 Et pourquoi je commence par là ? Parce que je vous le dis tout de suite, c'est une séance où je vous annonce la suspension de nos diffusions. Pas très longtemps, jusqu'à un petit peu avant la rentrée, et une petite suspension estivale. Mais justement, le rapport avec Clouscard, c'est ça, c'est que je l'avais déjà posté il y a quelques années, et même deux fois, donc je ne vais pas le répéter par écrit, mais je vous le dis oralement, j'oublierai jamais cette séquence où nous étions en train de faire un petit casse-croûte au bord d'un torrent, dans l'arrière-pays de la Balagne, c'est-à-dire de la région de Calvi et d'Ile-Rousse en Corse.
1:19 Et il y avait la murmure du torrent, le vent dans les pins laricio, je ne sais pas, un pin qui ne pousse qu'en Corse, comme souvent dans les îles, il y a des bizarreries de la faune et de la flore, des singularités. Et je disais à Michel des banalités dans le genre, quand même ça fait du bien, les vacances, et c'est là qu'il commence à avoir ce sourire, et puis tout d'un coup il éclate de rire en disant, en ayant le temps de dire, avant de s'étouffer de rire, il n'y a pas de vacances dans le concept.
1:55 Voilà, c'était une boutade. Ce n'était pas du tout histoire de vous enjoindre, que pas question de prendre des vacances quand on est philosophe, c'est tout le contraire, n'est-ce pas ? Et je prendrai une deuxième référence pour vous dire qu'il n'en est rien, que c'est tout le contraire. Je vous renvoie, vous trouvez ça en Wikisource, vous n'avez pas besoin de... L'admirable prologue du Phèdre de Platon, pas le Phèdre de Racine, du dialogue Phèdre de Platon.
Le prologue bucolique du Phèdre de Platon
2:32 Il y a un prologue comme seul ce metteur en scène, ce réalisateur de génie, qu'est Platon sait en faire avant que la discussion proprement conceptuelle ne s'engage. Nos deux compars, c'est-à-dire Platon et Phèdre, vont faire un tour dans les environs d'Athènes, ce qui est très rare, en général ça se passe toujours en ville, ils interpellent des gens sur l'agora, dans la rue, Socrate.
3:02 Et ils cherchent un endroit où s'asseoir, on est dans la chaleur de l'été, en Grèce, alors on cherche une petite source, un petit endroit où il y a une petite brise, une petite source. Et voilà, mon Socrate en train d'écarquiller les orteils, tout ça, c'est dans Platon, dans le ruisseau. Et Socrate s'extasier, mais alors regarde ces abeilles, cet arbre, cette source, et son interlocuteur de s'étonner, mais enfin Socrate, on ne te voit jamais à la campagne, tu n'es pas un écolo, c'est moi qui rajoute.
3:42 Et on ne te voit jamais pourquoi tu devrais donc plus souvent aller au champ, si ça te plaît, à ce point, et Socrate de répondre, c'est que tu vois mon ami, moi, mon effort consiste à poser des questions. Et quand je pose des questions aux arbres, aux rivières et au ciel, ils ne me répondent pas. Voilà. On ne croyait pas que c'est ma malice anti-écologiste. Je ne suis jamais anti-écologique.
4:14 Au contraire, souvent l'écologisme est une catastrophe pour l'environnement, mais c'est une autre histoire. Je pense à, vous savez, les verts allemands qui ont supprimé les centrales nucléaires et qui du coup rouvrent des mines à charbon qui polluent plus que l'ensemble de la circulation automobile française depuis quelques temps. Mais oui, voilà. Donc, voilà, reliser ce prologue bucolique admirable, c'était à peu près l'ambiance dans laquelle nous étions.
4:45 Je n'aime pas le mot « ambiance » qui fait encore trop confiner en night-club, si vous voulez, c'était vraiment l'air que nous respirions et les brises qui nous gratifiaient. Lorsque Clouscard a prononcé cet inoubliable aphorisme, il n'y a pas de vacances dans le concept. Sous-entendu, après tout, peut-être on aimerait bien des fois, mais qu'est-ce que vous voulez ? Voilà. Ce n'est pas en été qu'on va s'arrêter que Constitué.
L'anecdote du merle et les annonces de l'été
5:20 J'ai d'ailleurs tout l'été, dans d'excellentes conditions. Vous avez ceux qui ont lu, non pas la biographie de Clouscard, je pense au « Avec Clouscard » de François de Negroni, qui n'est pas une biographie de Clouscard, mais une partie de la biographie de François de Negroni, à partir du moment où il rencontre Clouscard, jusqu'à malheureusement la disparition de ce dernier. Et vous verrez, par exemple, la fameuse anecdote du merle.
5:51 Tout ça pour rappeler qu'il n'arrêtait pas, en fait. Tous les jours, je ne l'ai jamais vu, un seul jour même en vacances, très détendu. et une petite pension avec une belle terrasse, devant le golfe de Calvi, à deux pas de la maison de René, qui le voyait de sa fenêtre. D'ailleurs, c'est important pour comprendre l'anecdote qui va suivre. Et voilà que tout d'un coup, un merle, un merle, c'est toujours un peu railleur, vous savez, le merle moqueur, fait un tel raffut que Clouscard, en train d'écrire et de chercher ses phrases, veut dire, tu vas fermer ta gueule, avec l'accent de Toulouse.
6:33 Et là, la fenêtre de René s'est ouverte, c'était juste un petit immeuble pas très loin. Il lui dit, alors tu t'engueules avec les piafs maintenant ? Et Clouscard lui répond, il n'a pas moufté le mec, je lui ai cloué le bec. C'est pour vous dire qu'il n'y a pas de vacances dans le concept, ce n'est pas le bagne non plus, tout ça a été de très bonne humeur, mais je ne l'ai jamais vu sans travailler, sans écrire, disons. Mais il adorait la détente, les balades, tout ça, c'est pour vous souhaiter des vacances au moins aussi heureuses, c'est pas bien sûr.
7:05 Et j'en profite pour exprimer une immense gratitude à l'égard de, pas seulement de votre fidélité, ça va de soi, mais de votre participation, de votre engagement dans les séances de réponse aux questions. J'en profite pour vous dire que nous suspendons les directs, mais nous continuerons. Je ne peux pas vous dire quand ce sera annoncé, à chaque fois quelques jours avant, mais il y aura quelques séances de réponse aux questions, dans la mesure où on a toujours un passif, je suis encore en retard par rapport, et je suis très heureux, du nombre de questions qui ont été posées, et nous nous sommes engagés à ce qu'aucune ne soit laissée dans l'ombre.
7:54 Donc voilà, à part ça, ce serait une parenthèse. Mais j'en reviens au remerciement, je vous remercie d'autant plus qu'avec la récente parution des podcasts audio, des podcasts musicaux réalisés autour d'Aliosha, où nous retrouvons entre autres Pierre-Alain, qui a eu la gentillesse d'ailleurs de vous avertir que le dernier, concernant Beethoven, pompette pour reprendre le titre d'Aliosha, vient de paraître, et que la semaine prochaine, début ou milieu de semaine prochaine, il y aura le suivant sur lequel je reste discret, comme d'habitude, pour qu'il y ait la surprise, qui vont se poursuivre pratiquement jusqu'à la rentrée.
8:44 Donc vous voyez, on ne vous abandonne pas, très loin de là. Alors, mais nous restons donc en contact, et pas seulement avec les podcasts, pas seulement avec les séances de réponse aux questions, que nous allons continuer de loin en loin, mais aussi, je le rappelle, vous pouvez toujours consulter le site michelclouscard.com, je crois que Pierre-Alain peut l'afficher, mais enfin, je veux dire, c'est facile à retenir, mais voilà, merci beaucoup, qui a été considérablement amélioré par Pierre-Alain, enrichi, qui est de plus en plus exhaustif, et n'hésitez pas à y déposer des questions, et bien sûr, vous pouvez toujours aussi envoyer, ne pas cesser d'envoyer des questions à notre boîte mail avecdoumé.com.
9:47 Voilà. Donc, je ne vais pas être très long ce soir, je vais dire à monologuer, mais je vous donnerai la parole, parce que c'est la dernière fois que je vous vois avant les vacances, et donc je serai d'autant plus heureux de vous entendre une dernière fois avant que vous ne vous égayez dans les montagnes ou dans les bords de mer, ou là où vous voulez d'ailleurs, y compris à Paris, Paris ouvre à toutes, il y a le côté mystérieux et souvent envoûtant, mais surtout que, à mon âge, il y a des réflexes que je n'ai pas, j'oublie toujours l'importance du portable, du téléphone portable, parce que maintenant je me dis, nos amis ne sont plus joignables, ils sont au bord de la mer, en camping, dans une location, mais la plupart d'ailleurs, même en pleine saison, reçoivent nos diffusions sur leur portable, donc je m'en réjouis d'avance.
10:55 Voilà, donc, je tiens à vous dire, n'hésitez pas à continuer à poser les questions, à commencer par, je vous donne la parole tout de suite, mais je tenais tout de même, à commencer par, vous rappelez ce moment de détente, je vous envoie cette double référence, n'est-ce pas ? Alors, je vais quand même, fidèle à nos habitudes, même pour cette dernière fois, vous lire un petit extrait de ce qui connote le temps des vacances, même s'il contient une partie critique, n'est-ce pas ?
Lecture de « La maison de campagne » de Clouscard
11:33 Et certains ont déjà deviné qu'il y a beaucoup de lecteurs très attentifs de Clouscard dans nos followers, comme on dit, je fais allusion à ce véritable poème en prose de plusieurs pages, qui est les quasi dernières pages du capitalisme, de la séduction, qu'on regroupe sous le titre de la maison de campagne, puisqu'il s'agit de cela, n'est-ce pas ? Même cela, il ne s'agit pas de la Corse, mais il s'agit, ça peut être n'importe où, un pays comme la France, n'est-ce pas ?
12:11 Et riche en régions qui peuvent constituer, qui peuvent abriter toutes les maisons de campagne dont on peut rêver, mais là, il s'agissait en l'occurrence de la Drôme, à l'époque où j'y enseignais, à des terminales, bien sûr, et puis, Clouscard était venu nous rendre visite, on se baladait dans la Drôme, et c'est là qu'il a eu l'idée du texte qui suit, donc j'extrais, au moins, ce passage. Bien sûr, là, il fait plutôt allusion à, non pas à ceux qui sont, à vous et moi, mais à ceux qui sont propriétaires à Paris et qui ont leur résidence secondaire dans leur maison de campagne, n'est-ce pas ?
12:50 mais qui ne quittent jamais, je ne sais pas, leur position de classe, mais jugez plutôt. Voilà, alors, cet moment, je lis maintenant, je crois que vous avez le texte sous les yeux, c'est le moment de la halte, par rapport à la frénésie parisienne, du repos. La maison de campagne était nécessaire à la consommation mondaine. On aime se reposer auprès d'un bon feu de bois, ça c'est pour les vacances de Noël, après la promiscuité libidinale des marginalités mondaines, ça c'est les soirées à Paris, n'est-ce pas ?
13:23 La campagne sauvage. Les autochtones, ça change quand même des têtes du cosmopolitisme, de l'industrie, du loisir, n'est-ce pas ? Vous savez ce, mon brave, comme on dit aux paysans du coin. Et puis, à la maison de campagne, il y a aussi tout ce qu'il faut. On peut, entre intimes, à l'occasion, s'y éclater encore tranquillement. C'était l'époque où à la suite du plan Marshall, l'électroménager avait même envahi la province, n'est-ce pas ? Ayant usé et abusé de toutes les animations, prêt à repartir vers de nouveaux rivages, le nouveau bourgeois, c'est les années 70, se repose en sa maison de campagne, relais et pivot de sa prodigieuse migration mondaine, et là, écoutez bien cette parenthèse capitale, reflet inversé de la migration du travailleur rural qui l'a délogée.
Parenthèse sur le réchauffement et l'ombre de la guerre
14:19 Car il y a la plus gigantesque migration, n'est-ce pas, des populations rurales pendant ces années-là. La convivialité, dit bien l'humeur cordiale, réjouie, joviale, je m'attarde, je vais vous dire, parce que j'ai fait allusion lorsque j'avais utilisé quelques séquences d'Alexandre le Bienheureux et j'ai vu que pas mal d'entre vous se souvenaient avec bonheur de ce film, où certains même disaient « Ah oui, mes parents adoraient ce film »
14:53 pour illustrer les derniers moments de ce qu'on appelle à tort ou à raison les 30 glorieuses, car ce n'était pas le bonheur pour tout le monde, mais tout de même, pas de chômage de masse, il n'y avait pas encore le sida, il n'y avait pas les terreurs qu'on nous distribue sur la fin de la planète, je constate qu'en ce moment, depuis plusieurs jours, il faut attendre à peu près à Cachan, en région parisienne, entre 11h et midi pour que la chaleur commence à venir, je veux dire, il fait un frais le matin, mais on nous annonçait l'apocalypse et la fin du monde d'une canicule et j'ai regardé les statistiques parce que moi, je prends toujours tout au sérieux après tout, et puis c'est vrai que globalement, la Terre se réchauffe chaque année un peu plus sans doute, mais, et ça je voudrais bien le clair, elle se réchauffe depuis 10 000 ans, enfin depuis 10 000 ans, depuis même un peu plus longtemps que ça, mais moi, je m'occupe depuis le moment où ça concerne les hommes qui y sont, n'est-ce pas ?
15:46 Voilà, je veux dire, pensez à nos ancêtres qui ont connu l'ère glaciaire, les peintures rupestres, ce ne sont pas des peintures, c'est des gravures, sur les rochers du Sahara, mais sur des milliers de kilomètres carrés, donc en surabondance, qui peignent des troupeaux, c'est le motif qui revient le plus souvent de bovins, mais aussi des rhinocéros, mais aussi des hippopotames, mais aussi des éléphants, des animaux à qui il faut presque une tonne de fourrage par jour, parce que le Sahara, à l'époque, la Terre n'était pas encore aussi chaude que maintenant, on sortait de la glaciation, et nous continuons, et c'est ça qu'on appelle le réchauffement de la planète.
16:31 Je reviendrai après sur cette manière étrange et fallacieuse de l'appeler le dérèglement climatique, mais il revient, nous continuons à sortir de la période glaciaire, mais au début, ça a laissé des marécages, ce n'était pas l'Amazonie, le Sahara, mais c'était, disons, un immense marécage, très giboyeux, mais à ce moment-là, il faut assumer les conséquences, les glaciers s'arrêtaient quelque part entre Lyon et Nice. Vous comprenez, je veux dire, on continue, bien sûr, que l'activité humaine, surtout depuis l'ère industrielle, est aggravée, est accélérée ce processus, je suis le dernier à en douter, j'ai discuté avec tous les plus grands spécialistes de la question, y compris quelqu'un, bref, un grand météorologue, qui, et à chaque fois, je leur dis, dites-moi la proportion qui tient vraiment au cycle solaire, à ce qui vient du magma interne de la Terre, au changement de l'axe de rotation de la Terre qui font des variations de saisons considérables sur les millénaires,
17:41 parce que plusieurs fois, j'insiste sur cette longue parenthèse, plusieurs fois, la Terre a été couverte de glaciers, mais couverte jusqu'à l'équateur, ou au contraire, couverte de déserts, n'est-ce pas ? Des millions d'années, centaines de millions d'années, avant que l'homme, avant que, comme on dit dans Tintin, la main de l'homme ne vienne y mettre son pied, n'est-ce pas ? Bon, donc, les forces qui sont là à l'œuvre, n'est-ce pas, sont tellement titanesques, je suis, moi, le premier à approuver qu'on prenne des mesures pour réguler, surveiller, contrôler, de manière démocratique, planifiée, non pas fantasmatique, et pas sous la forme de l'apocalypse, comme on dit, du collapsus, la part qui vient de l'activité humaine, bien sûr.
18:35 Mais enfin, je veux dire, pour l'instant, j'ai vu des étés plus chauds, je rappelle qu'en 2003, il y a eu des milliers de morts, parce que là, il y a eu un mois de canicule sans épisode pluvieux, alors que là, à peine il y a eu la canicule, dix jours après, il y avait les premières pluies qui faisaient tomber la température. Voilà. Tendanciellement, ça ne va pas s'arranger. Je referme cette parenthèse et je suis sûr que vous rigolerez de ce côté apocalyptique quand vous serez, vous savez, bon, vous allez, mais si vous allez, je reviens à la Corse, je veux dire, l'eau est tellement claire comme elle a rarement été, je ne sais pas.
19:15 J'ai traversé la France, l'Hexagone, avec Aliocha, il y a deux ans, pour aller près de Montauban, chez notre amie que je salue, Michèle Clouscard, et notre présidente. Et je me rappelle que je faisais cette réflexion à Aliocha, mais la France, c'est presque devenu un parc tellement que c'est… Voilà, je veux dire, vous avez bien de la chance de partir en vacances dans ces conditions. Par contre, je sais qu'il y en a qui vont se restreindre en termes de rayons, de kilomètres et de distance, vu les prix du carburant.
19:52 Et je n'oublie pas que le soleil des vacances n'efface pas l'ombre de la guerre. Pardon pour cette expression un peu ampoulée, mais je n'oublie pas, je la suis minute par minute, croyez bien. et je ne voudrais pas assombrir ce départ en vacances, mais je voudrais tout de même rappeler que je ne dis pas que je me félicite, j'aimerais bien, au contraire, sur ce point-là, comme j'aimerais avoir eu tort, mais que j'ai commencé mes interventions publiques à plus de sept ans maintenant, par l'intitulé « Entre crise et guerre, philosopher », montre à quel point il y a longtemps que ça se prépare, tout ça.
20:35 Voilà. Que ça ne m'empêche pas de vous souhaiter les meilleures vacances que vous méritez. Voilà, que nous méritons. Merci mille fois. Et là, j'écoute vos questions et je vous retrouve pour y répondre. Alors, commentaire, voilà. Ah ben voilà, bonjour Jean-Jacques.
Souvenirs de jazz et congés payés
21:14 Je vous dis, pardon de forcer sa discrétion, mais je vais dire, j'étais avec Jean-Jacques en terminale à Bastia et le morceau qui… je ne vous ai même pas encore assez remercié pour l'intérêt qu'ont suscité les podcasts. Je me permets d'en dire du bien de ces podcasts parce que la réalisation technique à laquelle j'y suis pour rien est tellement incroyable que ça mérite des louanges. Et je constate qu'à chaque fois, vous ne manquez jamais de gratifier l'équipe technique du bonheur que ça vous a fait.
21:52 mais il se trouve que l'avant-dernier, celui qui est centré autour de la figure de John Lewis, fondateur du Modern Jazz Quartet et le morceau un peu fétiche que nous avons diffusé, Sketch, une composition de John Lewis, je n'oublierai jamais que lorsque je l'ai découvert, j'étais en terminale avec Jean-Jacques comme camarade de classe et je me retrouvais dans le magnifique appartement de ses parents près de la mairie de Bastia et sur un petit électrophone comme on avait à l'époque, je ne sais plus si c'était un Tepaz ou quelque chose comme ça, ça ne valait pas quelque chose au niveau audiophilie, mais qu'est-ce qu'on était émerveillé de découvrir ces fulgurations de l'époque où le jazz ne commençait pas à se répéter, à devenir académique.
22:48 Je reviendrai une autre fois sur cet aspect des choses, mais au contraire, il allait d'innovation en innovation, quand Cool chassait Bop, enfin chassait Bop, n'est-ce pas, alterné avec Bop, quand Coltrane faisait entendre encore un New Sound après le Cool de Miles Davis, n'est-ce pas, et puis Eric Dolphy et après Mingus n'est-ce pas, étaient au bord du Free Jazz, voilà, c'est pour vous dire, c'était une époque de créativité, mais je crois que ce n'était pas seulement dans la musique, à ce moment-là, je pense aussi à ce qu'était le cinéma italien, le cinéma français, le cinéma américain à l'époque, voilà, l'époque des grands Kubrick, l'époque des grands Visconti et autres Antonioni, et voilà, tout ça, il me fait penser à cette année de Terminal avec Jean-Jacques que je salue.
23:46 C'est nul les vacances quand tu aimes ton travail. Oui, enfin, il faut dire ça à ceux qui, il faut expliquer ça à ceux qui en ont vraiment besoin quand même, je veux dire, voilà, je défends ceux qui sont bien heureux de partir en vacances, j'approuve, comme Jean-Paul Legrand que je salue ici, le fait que, de rappeler que ce n'est pas tout le monde qui a la chance de partir, ceux qui me rappellent toujours ce couple que je vous avais signalé qui, en 36, c'est eux qui me racontaient ça, moi, je n'étais pas né, mais c'était presque dix ans avant ma naissance, disaient qu'au moment des premiers congés payés, ils avaient osé aller de la Courneuve au guinguette de la Marne à Joinville, vous voyez, c'est comme si ceux qui partent maintenant, n'est-ce pas, pour la Croatie ou les Seychelles, donc on y est, n'est-ce pas, voilà, et puis, il n'y a pas si longtemps, il y avait la moitié de la France qui avait du mal à partir en vacances, voilà, Jean-Jacques me précise que ce n'était pas un Teppaz, mais un Pathé-Marconi,
24:56 un grand moment de bonheur, ça va, je suis content qu'on ait tous les deux des souvenirs heureux, en tout cas, c'est inoubliable pour ma part. J'en profite pour dire, je vais encore forcer sa discrétion, que Jean-Jacques Marzot qui a créé un site en hommage à Boris Vian, qui est le plus documenté sur le romancier, musicien, trompettiste, jazz man, je ne sais pas, c'est un homme merveilleux qui était Boris Vian, mais vous verrez, avec des documents rarissimes, ça va de vinyles introuvables, de maquettes qui n'ont pas été dupliquées, jusqu'à des textes, vous avez tout ce que vous voulez sur Boris Vian, sur le site auquel je fais allusion, voilà.
25:52 Alors, je regarde, il n'y a pas beaucoup de questions, il y a beaucoup de commentaires. Alors, voilà. Ah, mais oui, mais c'est pour ça que j'étais en retard.
26:23 Symmetri, je commence par lui, parce qu'il était un des premiers à venir dans la salle avant le spectacle, voilà, si je puis dire. Voilà, c'est ce qu'il dit, d'ailleurs, bonjour, je suis heureux d'être en première loge et de pouvoir suivre cette chaîne d'or précieuse, merci pour ce que vous réalisez. Merci beaucoup, Symmetri, et merci pour la fidélité. Ah, Tarek, alors, Tarek est un travailleur social, enfin, techniquement aussi, parce qu'il travaille dans le domaine médical. Je le salue ici, c'était, malgré son éloignement, il ne manquait pas de venir à nos séances en présentiel, comme on dit maintenant, au centre Goscinny.
27:01 Et maintenant, il est en poste dans la belle forêt, enfin, dans cette belle clairière qui Villers-Cotterêts, pas loin d'une des plus belles forêts de France. Ville qui a eu cette importance pour la francophonie, je ne sais pas, et à deux pas de La Ferté-Milon où est née Racine, il y a des régions comme ça. Bon, alors, je salue Carole Zirich, je crois que tout le monde est là, on est même sous le signe de Dionysos que je salue, et je regarde, je ne sais pas si je comprends plutôt que les vacances, l'inverse du travail aliénant me semble être le travail libérateur.
Rousseau : tout citoyen oisif est un fripon
27:49 Un monde sans capital sera-t-il un monde sans vacances ? Je ne sais pas si je comprends, ce n'est pas une fleur de rhétorique quand je dis que je ne suis pas sûr de comprendre, ou plutôt je comprends plusieurs choses, mais plutôt que les vacances, l'inverse, le travail aliénant me semble être que le travail soit libérateur. Oui, quand il profite, à celui qui travaille, n'est-ce pas ? Le paysan qui labourait son champ pour se nourrir, il était récompensé de sa sueur, n'est-ce pas ?
28:22 Quand la soupe était chaude, des légumes qu'il avait plantés, mais il y a le travail aliéné, n'est-ce pas ? Mais on est encore loin, n'est-ce pas, de la restitution du fruit de son travail au profit du travailleur. Mais ce que je comprends, c'est un monde sans capital sera-t-il un monde sans vacances ?
28:52 Non, ce que je veux dire. Je vais citer Rousseau. Travailler est nécessaire à l'homme social, riche ou pauvre, puissant ou faible, c'est textuel, riche ou pauvre, puissant ou faible, tout citoyen, oisif est un fripon. Oisif, ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas des moments de repos. Et puis, pour ceux qui connaissent, ai-je besoin de le rappeler, Rousseau a fait l'éloge du Farniente, comme personne ne l'a fait dans la cinquième promenade.
29:24 Donc, ce n'est pas lui qu'il faut donner des leçons de savoir apprécier le plaisir de n'avoir rien à faire et le bonheur de n'avoir rien à faire. Je dis le bonheur parce qu'il commence toute cette période dans la cinquième promenade par cette question « En quoi consistait ce bonheur ? En quoi consistait sa jouissance ? » Je le donnerai à deviner à tous les hommes de ce siècle. Mais, dans l'Émile, il dit « Tout citoyen oisif est un fripon. » C'est autrement profond et juste socialement que la propriété, c'est le vol.
30:02 Il y a fripon aussi chez Rousseau. Mais il ne manquerait plus que celui qui s'est esquinté au 3-8 et tout et qui s'achète enfin sa Télécouleur quand il a atteint l'âge de la retraite à l'époque où c'était nouveau. La Télécouleur. Aujourd'hui, je ne serais, je ne sais pas moi, un écran plat, peu importe. Vous connaissez ça mieux que moi. Il ne manquerait plus, n'est-ce pas, qu'on le traite de voleur parce qu'il est propriétaire d'un support, d'un appareil. Je veux dire, c'est une infime partie de la valeur qu'il a produite par son travail.
30:36 Une infime partie. Donc, Rousseau a raison de dire non pas la propriété, c'est le vol. Je ne sais pas pourquoi, le fait que je suis propriétaire de ma brosse à dents, n'est-ce pas, me fasse de moi un voleur. Mais par contre, tout citoyen oisif est un fripon. Donc, même dans un monde sans capital, il faut bien, tout de même, n'est-ce pas, que, je cite encore Rousseau, jamais il n'a été aussi précis. C'est pourquoi je tiens à le citer textuellement, parce que chaque mot compte.
31:07 en dehors de la société, l'homme isolé, ce n'est pas en dehors du capital, en dehors de la société, l'homme isolé a le droit de vivre comme il lui plaît. Mais dans la société où il vit, écoutez bien l'adverbe, nécessairement, aux dépens des autres, c'est peut-être le passage le plus marxien de Rousseau, il leur doit en travail le prix de son entretien. Cela est sans exception, virgule, puissant ou faible, riche ou pauvre, tout citoyen oisif est un fripon.
Tourisme, régionalisme et « dérèglement climatique »
31:43 Voilà, je crois, j'espère, j'ai répondu clairement à Tan. Voilà. Un monde sans tourisme. Mais qu'est-ce que vous avez contre le tourisme ? C'est extraordinaire. Bon. D'abord, il y a des régions qui en vivent, ce qui est, et là, je serais d'accord, ce qui est scandaleux et ce qui est presque néocolonial, c'est des régions qu'on a contraint à ne plus vivre que du tourisme.
32:15 Je pense à certaines régions d'Espagne. Il n'y a pas besoin de vous faire un dessin. Il n'y a pas besoin de vous faire un dessin. Des régions qu'on a fait exprès de laisser dans le sous-développement en ne faisant marcher, n'est-ce pas, que ceux qui étaient les propriétaires de logements, de terrains, qui n'ont pas eu grand-chose à faire après pour devenir des rentiers, n'est-ce pas ? Voilà. Donc, la question n'est pas simple, mais ça se régule, le tourisme, bien sûr, mais ça, ça concerne d'abord les populations locales.
32:54 Elles peuvent très bien, démocratiquement, imposer à leur direction régionale. Pour ça, il faudrait qu'on ait un peu plus d'autonomie dans la région. Mais je suis un jacobin régionaliste. Ça s'appelle de la dialectique. Je ne suis pas un régionaliste au sens féodal et au sens où c'est revenu ce néo-féodalisme à partir de Mitterrand et de Defferre, c'est-à-dire la régionalisation, bref, de la gauche anticommuniste. Mais par contre, je dis que lorsque la nation est sûre d'elle-même et lorsqu'elle est démocratique, elle peut, elle doit, n'est-ce pas, accorder aux périphéries d'une manière générale, le plus d'autonomie possible dans les choses qui concernent les populations concernées.
33:45 Alors, il y a Inès qui va encore plus loin que moi. Dans ma parenthèse, nous sortons de l'ère glaciaire, elle dit et puis on rentre dans un nouvel ère glaciaire. Ça, c'est clair. Ce n'est pas demain. Mais c'est clair qu'il y aura encore des ères glaciaires et qu'il y aura encore des ères aussi, non pas de canicule, mais où il fera tellement chaud que même un ver de terre aura du mal à survivre, croyez-moi. Et puis, puisqu'on me cherche, je rappelle tout de même que, oui, j'avais dit que j'y reviendrais.
34:20 Ce nouveau syntagme du dérèglement climatique, c'est quoi ça ? Elle est où la règle ? En quoi, lorsque la planète était une succession d'une croûte, des petits îlots de croûte au milieu d'une planète de lave, de lave incandescente, c'est presque un pléonasme, c'est un pléonasme, surtout la nuit, en quoi c'était moins normal ou moins naturel que lorsque la terre était à l'inverse couverte de glace, car c'est arrivé aussi, je dis bien, de toute la terre, suite à l'horizon, tantôt volcanique, de toute façon, mais tantôt météoritique, où est la règle ?
35:07 Ça suppose un point de vue religieux et non pas scientifique qui suppose qu'il y a une harmonie, une règle d'un nature qui fait qu'elle revient toujours à un juste milieu qui favorise quoi ? Qui favorise qui ? Les moustiques qui donnent le paludisme, première cause de mortalité au monde ? Quand même. N'oublions pas que s'il faut être, et il faut être, écolo-écologique, c'est-à-dire avoir un souci de l'environnement, ce que tous les peuples ont depuis toujours. Je ne connais pas un peuple au fond de la jungle africaine qui dit, si il y a une vache qui est morte, tu as qu'à jeter son cadavre dans le puits du village, comme ça, il cessera d'empester au lieu de le mettre devant ma maison.
35:49 Bien sûr que non. chacun était convenu qu'il fallait au maximum protéger, n'est-ce pas, tout ce qui était vital dans la mesure du possible. Nous n'avons jamais eu autant de moyens d'assurer cette protection. Par contre, je veux dire, encore une fois, ce n'est pas la planète qu'il faut protéger. Elle sera là quand il n'y aura plus d'humanité. Ça arrivera un jour. Je ne le souhaite pas. Je veux dire, ou alors, peut-être sur Terre, peut-être qu'elle sera tellement invivable, ça peut arriver, ou qu'une météorite va la tamponner.
36:23 Bref, passons. Mais la Terre, ça n'empêchera pas d'exister. Par contre, je veux dire, moi, c'est l'humanité, le monde qui m'intéresse. Le monde, c'est le rapport des hommes entre eux, c'est pas ça. Des hommes entre eux sur Terre, bien sûr, dans un environnement déterminé. Donc, si vous me disiez, oui, tu es bien gentil, mais enfin, je veux dire, ce qui compte, quand même, c'est de faire en sorte que ne se détruise pas cet équilibre qui est nécessaire à la vie, allez-y au bout, à la vie de l'homme et non pas à la vie de tous les espèces car il y a des crevettes, à l'heure où je vous parle, qui s'ébattent avec délices par 400 degrés dans des eaux volcaniques souterraines au fond des abysses océanes, dans le sulfure et dans l'ammoniaque.
L'anti-humanisme d'un certain écologisme
37:12 Et donc, il y a 400 degrés. Quand vous pensez que l'eau boue à 100 degrés, vous voyez ce que c'est que 400 degrés. Nous, on serait déjà exterminés depuis longtemps. Donc, il n'y a pas comme ça des conditions naturelles sur la Terre valables pour toutes les espèces. Pourquoi avoir honte d'être humaniste ? C'est quand même étrange. C'est ça que je combats, moi. Ce n'est pas le souci légitime de notre environnement, de notre en tant que communauté humaine, d'humanité. Non, c'est l'anti-humanisme qu'il y a au fond d'un certain écologisme.
37:45 Voilà. Je me rappelle toujours de ce jeune, un adolescent, c'était une soirée, on est sorti sur le balcon, j'appelle quelqu'un, profitant qu'il y avait moins de bruit, et il me dit, attention, quand tu mets ton portable à ta tempe, tu es près de la leucémie. Mais vous, pauvre gosse ! Je pense à lui parce qu'il me disait, la pire des espèces, c'est l'homme, c'est lui, c'est l'espèce qu'il faut éradiquer. Même les nazis, les nazis voulaient éradiquer que les juifs, les communistes, les trisomiques, et les roms, et j'en passe.
38:20 Mais là, il parle d'exterminer l'humanité. C'est contre ça que je m'insurge. Je m'insurge contre un discours, non pas contre des mesures que j'approuve, certaines, pas toutes, mais j'approuve. Je n'approuve pas qu'on ferme l'industrie nucléaire, loin de là. D'accord ? Surtout quand on est comme le chef du Parti Vert, n'est-ce pas ? Quand on est contre le nucléaire civil, mais pour la guerre avec la Russie, c'est-à-dire pour le nucléaire guerrier, c'est obscène quelque part.
38:53 Cet écologisme-là, et on voit bien où il veut en arriver. Voilà. Vous voyez que l'anti-humanisme vient de continuité. Oui, oui, je vais jusque-là. Et je reste, parce que ça me déprime au moment de partir en vacances de remuer toute cette horreur, je reste en deçà de la réalité. Ne croyez pas que je force le train. C'est malheureusement plus inquiétant que ça. Voilà, je dis ça parce que dans toutes les mesures que font le nouveau gouvernement, il n'est question que ça, de protection de l'environnement, d'industrie propre, etc.
39:26 j'aimerais bien que ce soit dans le bon sens. Vous allez voir, on va en être très loin. Voilà. Merci Inès, c'est vous qui m'avez inspiré, fidèle Inès, notre brésilienne, dont je crois qu'elle est toujours à Bruxelles. Merci de me donner l'occasion de revenir là-dessus. Alors, je précise, ou plutôt je lis la précision qu'a joué Pierre-Alain qui dit à propos du site Michel Clouscard, un nouveau site qui s'enrichira au fur et à mesure du temps et vient d'être mis en ligne sur Michel Clouscard.
L'Occident, un universel abstrait et un concept occultant
40:03 3 fois W point Michel Clouscard point com. Voilà. Alors, l'île Vulgate, je ne sais pas qui c'est, mais peu importe, me dit l'écologie sert à réduire le niveau de vie des Occidentaux afin de l'égaliser avec les pays émergents. Je vois souvent cette thèse. C'est déjà mieux que ceux qui disent il faut réduire le niveau de vie, la décroissance pour tout le monde. Allez expliquer ça, n'est-ce pas, aux gens du Mali.
40:34 qui aimeraient bien consommer, pas seulement un peu plus, beaucoup plus légitimement. Et donc, on me dira, oui, mais enfin, nous les pays riches, on pourrait. Mais non, mais c'est quoi les pays riches ? Ce n'est pas des classes sociales. C'est quoi les Occidentaux, cher Lille Vulgate ? Je demande à interroger. Je suis d'accord, c'est mieux comme point de vue que de prôner la décroissance inconditionnelle. Mais attention, dès qu'on néglige la différence que je n'approuve pas puisque je la combats de la société en classe sociale, en lutte, avec une domination et des dominés, je veux dire, on est forcé de dire des bêtises.
41:17 On est dans ce que Hegel dénonçait comme l'universel abstrait. L'Occident, c'est un universel abstrait. C'est un cache-sexe, ce mot-là. Il y a des mots qui sont utiles. La statue, l'écran, mon mug, parce que j'ai un petit café qui est en train de refroidir, mais je préfère parler avec vous, le micro, le clavier, ça, c'est des mots qui désignent des choses, qui ont une utilité objective.
41:48 Mais l'Occident, j'ai déjà fait ce couplet, mais je le dis pour les nouveaux venus, mot à mot, ça veut dire ce qui est à l'ouest, puis que la Terre est ronde, l'ouest, il est où vous voulez, n'est-ce pas ? La Pologne, la Pologne, c'est l'ouest, oui, c'est l'ouest de la Russie, mais c'est l'est de l'Allemagne, ben oui, c'est comme ça, ça ne veut rien dire, si c'était que ça. Ah, mais tu coupes les cheveux en quatre et je suis poli. En fait, tu sais très bien que ça veut dire les pays européens. Ah bon, je croyais que le leader de l'Occident, c'était les États-Unis et l'Amérique.
42:20 Zut, ça ne va pas non plus. Oui, c'est ça la philosophie, c'est de rendre problématique des concepts habitués. Et je vais citer un grand chrétien qui n'est pas de mon camp apparemment, un grand poète, Péguy, qui disait « Le bois mort, c'est du bois habitué. » Attention, on s'habitue, à force de répéter des mots, on croit que c'est des choses, ce n'est pas une chose de l'Occident. C'est un concept, allez, je vous le dis, un concept occultant, c'est-à-dire qui sert plus, non pas, comme ceux que j'ai énoncés tout à l'heure, le micro, le clavier, qui n'est pas fait pour montrer des choses et pour se les communiquer, mais qui est fait pour les cacher, pour ne pas se les communiquer.
42:56 Mais je n'ai toujours pas, on n'a toujours pas vu ce que ça cache. Allez, États-Unis, Europe, ça veut dire les pays industrialisés, non, le Japon, dans ce cas-là, qui est plus industrialisé que la France, n'est-ce pas, et même que n'importe quel pays d'Europe, même que l'Allemagne, et ce n'est pas peu dire, le Japon est donc un pays occidental. Vous voyez qu'on ne s'en sort pas avec des mots comme ça. Allez, oui, bien que ça veut dire capitaliste. C'est pour ça que j'utilise un cache-sexe, ce mot, parce que c'est un mot vilain.
43:27 J'ai travaillé pour des firmes, capitaliste, achète, pour ne rien vous cacher, et un directeur, quand j'avais sorti ce mot-là d'une manière très technique, il m'avait dit, vous savez, on n'aime pas trop ce mot-là. Mais oui ! Dans le capital, on n'aime pas qu'on rappelle qu'on est capitaliste. Alors on dit libéral, déjà, il y a une connotation de liberté, ce n'est pas la liberté du loup dans la bergerie ou du renard dans le poulailler. Bon, vous voyez que je pourrais continuer. Tout ça, ce n'est pas du tout pour désinguer, comme on dit maintenant, ce que dit Lille Vulgate.
44:04 Je suis très content de son intervention. simplement pour corriger le mot Occident. Allez, un pas de plus. C'est bien qu'elle ait vu que l'écologie, que la réduction du niveau de vie, c'est scandaleux de l'appliquer à toute l'humanité et en particulier à ceux qui sont les premières victimes de l'exploitation et ça fait un drôle de paquet sur la planète. Mais, il faut aller encore plus loin, il faut abandonner ce concept d'Occident. Il faut dire ce qui est. Moi, je dirais carrément maintenant, c'est les pays de l'Alliance Atlantique.
L'Alliance atlantique, Spoutnik et la vitesse de libération
44:36 On rentre dans l'actualité. À la tête duquel, le navire amiral, c'est un pays qui n'est même pas européen, vous savez ce que c'est ? C'est américain. Qui, dès qu'une esquisse de négociation de paix commence à venir, rappelez-vous, il y a quelques semaines, Zelensky était prêt à accorder à Poutine la quasi-totalité de ce que Poutine demandait avant le conflit. Et je vous rappelle que si je vivais en Russie, je ne voterais pas Poutine. Donc, on ne mélange pas tous les procès.
45:06 Mais, toutes les critiques que je fais de Poutine, et j'en ai, je les réserverai à ceux qui condamnent d'abord et avant tout le bain de sang permanent que fait régner l'OTAN sur la planète depuis, même avant sa fondation, depuis le début de la guerre froide. Et oui, il y en a qui rappellent à juste titre l'Irak, la Syrie, la Libye, mais pourquoi s'arrêter là et pourquoi faire l'impasse les 3 millions de morts du Vietnam, les 3 millions de morts de la guerre de Corée ? Il y a tout ça quand on dit l'Occident.
45:40 Mais il y en a pour qui l'Occident, c'est le monde industrialisé, c'est le niveau de vie. Non, non, non, ce n'est pas le monde développé. La première fois que l'homme s'est libéré de l'attraction terrestre, la première fois qu'un engin fabriqué par l'homme, vous devinez, je parle du premier Spoutnik soviétique, a atteint ce qu'on appelle, oh, comme la langue est merveilleuse, la vitesse de libération, je crois que c'est un peu plus de 11 km seconde, à partir de laquelle on peut satelliser un objet autour de la Terre, n'est pas un pays capitaliste qui l'a fait.
46:12 C'est un pays industriel. Et il y en a qui se croient anticapitalistes parce que ce sont des consciences malheureuses et qui en veulent à l'industrie. Alors qu'ils doivent souvent d'être vivants, d'être encore vivants. Je dis ça parce que, oui, le dernier pays d'Afrique où j'ai vécu, au Niger, l'espérance de vie, c'est 42 ans. Un pays qui n'a même pas amorcé une industrialisation. de ce nom. Voilà.
46:43 Merci à toutes les questions qui me permettent de faire ces mises au point. Redrom me dit que je salue parce que j'espère qu'il passera de bonnes vacances parce que c'est quelqu'un qui bosse. Je vois ça et puis il a une culture indépendamment de nos ateliers cinématographiques, musicales, bref. Je suis très heureux quand il est là. Pas de vacances pour le concept, mais pas de vacances pour les pauvres non plus. Ben voilà, ça contrepointe bien ce que disait notre camarade Jean-Paul Legrand.
47:16 Voilà. Et j'en profite pour dire, je le dis à Jean-Paul et je le dis à quelques-uns de nos camarades, je le dis aussi, je ne sais pas si il m'écoute, à Jonathan qui fait un travail formidable dans le Vaucluse, qu'ils ne m'en veulent pas si je ne suis pas aussi réactif qu'ils le souhaiteraient. Je traverse des épisodes difficiles comme tout le monde peut en avoir au niveau familial. J'ai des deuils, des personnes que je dois consoler, il y a des malades aussi qu'il faut assister. Et donc, le peu d'attention et de faculté psychique qui me reste, non, non, je ne fais pas le faux modeste.
47:51 Je veux dire, je les concentre sur mon activité de transmission que j'essaye d'être philosophique. voilà. Et donc, je n'ai pas une heure à... de... Il me faudrait des efforts gigantesques pour répondre à toutes les tâches qu'ils ont la gentillesse de me confier mais que je ne peux pas assumer. Je suis très honoré pour le fait qu'on me consomme. Je promets que dès que je libère un peu de temps, mais je n'en vois pas pour l'instant l'horizon, je ferai un retour vers leurs activités.
48:28 Voilà. Dans vacances, il y a vacant, dit D.L. Minot. Alors ça, je suis content d'avoir quelqu'un qui revient. Oui, vacuum, c'est le vide, en latin. Et donc, une forme de liberté que l'on parte ou non. Être vacant, quel plaisir ! Ah, mais voilà quelqu'un qui a l'intelligence de comprendre qu'on peut être vacant, en vacances, sans quitter son domicile habituel. C'est une nouvelle manière de le voir, n'est-ce pas ?
48:59 Et de l'habiter. Voilà. Alors, Inès me confirme qu'elle est toujours à Bruxelles, ça me fait plaisir, même si j'ai de moins en moins l'occasion d'y aller, il y a bien longtemps je n'y suis pas allé, je n'y allais que pour la commission, oserais-je l'avouer, quand c'est elle qui me payait. la Russie, la Russie est un pays capitaliste quand même, non ? La Russie ou l'Union soviétique ? Je parlais de l'Union soviétique tout à l'heure, on va parler de Spoutnik, premièrement.
La Russie, l'État comme volonté générale et l'industrie soviétique
49:29 D'accord ? Quant à la Russie d'aujourd'hui, évidemment, même si, c'est important ce qui va en sortir, parce qu'on peut dire aussi de la Chine, et la différence avec les pays capitalistes qui sont dans l'Alliance Atlantique, c'est que dans la Chine, et c'est bien ce qu'on lui reproche, n'est-ce pas ? C'est le Parti communiste qui dirige, je veux dire, moi ce qui m'intéresse ce n'est pas le Parti communiste, c'est le fait qu'il est l'État. L'État comme volonté générale au sens de Rousseau, pas l'appareil d'État.
50:01 Un appareil d'État peut être, il y a des appareils d'État gigantesques aux États-Unis de surveillance, enfin bref, mais qui sont au service, je ne vais pas recommencer mes démonstrations, du privé, c'est-à-dire de la négation de l'État, dialectique que j'invite chacun et chacune à réfléchir. C'est ça le monde capitaliste, c'est un gigantesque appareil d'État au service de la négation de l'État.
50:32 Vous voyez que l'État n'a pas le même sens dans les deux cas. Dans le deuxième sens, c'est la volonté générale. Regardez le MEDEF, il passe son temps à dire il y a trop d'États, il y a trop de règlements, il y a trop de... Bon, vous voyez, c'est là où il y a convergence entre un certain anarchisme et ce qu'il y a plus capitaliste. Non, mais je reviens à la Russie. Je reviens à la Russie. D'abord, il est étrange que les grands capitalistes russes, les milliardaires russes, on les appelle les oligarques. il y en a 500 fois plus en Californie, mais on les appelle les milliardaires américains, les oligarques russes.
51:09 Vous voyez, moi je fais attention, c'est mon métier de philosophe. Je ne montre pas les gens du doigt, je montre les discours du doigt, si je puis dire, du concept de l'index. Donc, le riche établi... Mais non, mais c'est bien de le rappeler. Parce que, pourquoi je ne voterai pas Poutine ? Parce que Poutine est un anti-bolchevique qui ne se cache pas. Regardez ses discours. Et les tout récents, c'est lui qui l'a fait juste avant d'envahir l'Ukraine.
51:42 Il reprochait à la direction de Lénine et tout d'avoir donné trop d'autonomie, voire d'indépendance à des régions qui avaient toujours fait partie de la Grande et de la Sainte-Russie. Je ne discute pas le fond. Je constate que ce n'est pas mon camp. Quand on se réclame de Lénine, n'est-ce pas, on ne se réclame pas du capitalisme russe. C'est là qu'on voit qu'il y en a trop qui confondent capitalisme et monde industriel.
52:14 Parce qu'il y a des générations entières à qui on a tout fait pour leur faire oublier que pendant toute une période avant l'effondrement, de l'Union soviétique, ou plutôt sa disparition, ce n'est pas un effondrement. Elle n'a pas été envahie par un ennemi militaire. C'est intéressant. C'est un selfie, si on peut dire, un selfie suicidaire intéressant. avant sa disparition, il y avait une des plus grandes industries du monde, une des plus performantes dans pas mal de domaines.
52:50 En particulier, je dis au hasard, les lasers, la fusion contrôlée, les recherches qui se font et qui vont peut-être résoudre définitivement les problèmes de matières premières énergétiques, puisque l'hydrogène, il n'y a que ça dans l'univers. C'est-à-dire, le jour où ce sera l'essentiel de notre source d'énergie, on sera tiré d'affaires. Je rappelle que, encore maintenant, ceux qui travaillent là-dessus, comme ceux qui travaillent sur le projet ITER, dans le Vaucluse, travaillent sur un modèle qui s'appelle encore maintenant de son nom soviétique, Tokamak, mis au point par les soviétiques.
53:27 On a tout fait pour que vos générations oublient complètement cette disjonction qui est entrecapitaliste. Il peut y avoir une industrie démocratique. Démocratique, je veux dire, qui n'est pas faite pour la rapacité privée. Ça n'empêche pas qu'il y avait de la corruption en Union soviétique. Beaucoup moins. Je parlais de la Californie tout à l'heure. Vous savez, quand je travaillais pour une grande firme capitaliste, je travaillais dans l'édition scolaire, une filiale d'Hachette qui éditait des ouvrages scolaires pour les pays francophones dont le français n'est pas la langue maternelle.
54:07 Essentiellement, bien sûr, vous devinez l'Afrique subsaharienne. Je me retrouvais avec des hommes d'affaires, des fois à des repas, puisque nous rencontrions les mêmes décideurs politiques qui disaient de toute façon, on n'en tira rien, des bronzés, vous voyez le style des Français d'Afrique. Parce qu'ils sont corrompus jusqu'à la couenne. Alors là, une fois, je suis intervenu, bien qu'on ait obligation de réserve quand on est à l'étranger, mais quand même, là, c'était un peu gros. Donc, j'ai dit, écoutez, s'il y a des corrompus, c'est qu'il y a des corrupteurs.
54:39 Et l'argent, il ne vient pas d'ici. Tu étais où, toi, celui qui venait dire ça ? Tu étais où, toi, ce matin ? Tu étais comme moi, en train de faire les couloirs des ministères. On ne va pas cracher dans la soupe. Heureusement qu'ils sont corrompus, sinon on ne serait pas là. J'ai jeté un froid. Voilà. Donc, c'est la bricole de la corruption qu'il y avait en Union soviétique. Il y en avait surtout, d'ailleurs, dans les pays du Caucase. Pour des raisons de solidarité, de proximité.
55:10 Mais c'est un problème de sociologie, ça. Je pense à la Géorgie de l'époque, des choses comme ça. qui étaient riches parce que c'est elle qui avait la plus grosse production potagère, si je puis dire, de légumes de l'Union soviétique. Donc, voilà, je veux dire, non, ce n'était pas un pays capitaliste au sens où c'est tout de même un centralisme démocratique, comme on dit en langage précis, qui décidait, en fonction du plan, ce qu'on doit faire en priorité et non pas dans l'intérêt de telle ou telle instance privée.
55:51 Bien sûr, tout ça avec le pistolet sur la table. Tout ça en faisant face à la plus formidable armada de tous les temps. Je reviens à l'OTAN. Donc, l'argent et les investissements qu'on aurait dû mettre, n'est-ce pas, à l'agriculture, à la santé, l'éducation, on en a mis beaucoup. Et, enfin, allez, c'est fatigant de rappeler tout ce qu'on vous cache parce qu'il faudrait des mois et des années de rappel.
Néofascisme au masque démocratique et apocalypses fantasmatiques
56:24 Mais, je terminerai. Ce n'est pas une pirouette, c'est l'actualité, au contraire, la plus récente. Pour ceux qui disent quand même que je prends la légère avec un pays qui était totalitaire. Ah bon ? L'avortement était autorisé à l'Union soviétique. Les soviétiques ont été les premiers vers les congés maternités. Et quant à la Russie d'aujourd'hui, qui est beaucoup moins collectiviste que l'était l'Union soviétique, ça je vous l'accorde, je veux dire, l'avortement il est toujours autorisé.
56:57 Alors que les leaders du monde libre, je mets libre avec beaucoup d'ironie, n'est-ce pas ? J'ai besoin de continuer ma phrase. Je reviens sur toutes ces libertés-là. Ça c'était bon quand il fallait faire la lutte contre le communisme, maintenant que la partie semble gagner, on peut tomber le masque et revenir. Et c'est tout. J'ai commencé par Clouscard, je finis par lui. Néofascisme et idéologie du désir, c'est un de ses titres. Le fascisme d'aujourd'hui, le néofascisme, vient de gens qui ont un faciès démocratique, un masque démocratique, parce qu'il a fallu composer, il a fallu raser les murs, il a fallu dire Occident pour ne pas dire capitaliste.
57:39 Et même monde libre, c'est presque de l'antiphrase. Voilà. On m'a cherché, on m'a trouvé. Ai-je besoin de répéter que j'aurais été sans doute fusillé sous Staline vu ma grande gueule, je sais que c'est indispo, ces excellents camarades quand je dis ça ? Mais enfin, je ne peux pas aller contre les faits. En probabilité, voilà. Voilà, donc, j'essaye d'être équitable.
58:18 Et le monde d'aujourd'hui, on essaie de nous désespérer. Tantôt en disant que l'apocalypse, la canicule, tantôt c'est le Covid, tantôt c'est la guerre. non, ça non, non, au contraire. On va dire non, mais non, non, il n'y a pas de danger de guerre. Si, je dirais même que tous les apocalypses fantasmatiques avec lesquels on nous distrait sont faits pour cacher la seule apocalypse contre laquelle il faut tous nous unir et lutter contre.
58:49 N'est-ce pas ? C'est ceux qui disent, et ce sera ma conclusion, la conclusion de ma conclusion. Aux Ukrainiens, surtout, ne négociez pas, continuez la guerre. Surtout que ce sont vos citoyens qui meurent, nous, on ne fait que donner des armes, de l'argent. Derrière, on a nos appartements de Manhattan. Voilà. Écoutez, je suis désolé d'être venu à des considérations peu estivales, mais ça ne m'empêche pas de vous souhaiter malgré tout ça, d'une part, les meilleures vacances qu'ils soient et d'autre part, de bien vouloir comprendre à quel point je ne suis plus que sincère quand je suis très touché par votre fidélité et votre assiduité.
59:36 Et surtout, par les commentaires que je vois sur les podcasts et sur le fait que tout n'est pas perdu. Parce que si le simple fait de parler musique, comme ça, de révéler quelques musiques, hélas, dont on éloigne trop souvent les oreilles de nos concitoyens et surtout celles des jeunes, si, pour certains, c'est à ce point quelquefois des révélations, je ne fais que les transmettre, et là, je ne suis pour rien, j'aimerais bien dans ces musiques, je ne fais que les transmettre, mais si, pour certains, c'est des révélations, c'est une bonne nouvelle sur laquelle je vous laisse, c'est que le capitalisme n'a pas tout gagné.
1:00:17 Il n'a pas encore capturé les âmes. Très bonnes vacances à tout le monde et merci de vos questions. Je continue à y répondre pendant les vacances. Voilà. Merci encore. Merci.