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Annonce du thème et cagnotte pour la traduction
0:00 Ce que Clouscard combat, ce n'est pas le désir, c'est l'idéologie du désir. Dans l'idéologie, il y a logos. Et non seulement il ne récuse pas le désir, mais ce qu'il reproche à cette idéologie du désir, c'est de réduire l'infinité de votre désir à la pacotille. L'offre faite par le capital est cheap. Bonsoir tout le monde et bienvenue en 2023. Je vous lis le texte de Marty, qui est un nouveau compagnon de route, si je puis dire. Et sans aucun commentaire, je vous lis simplement son texte, mais jugez plutôt.
0:43 Bonjour M. Pagani, je m'en peux vite. Merci pour ce que vous faites. Merci de m'avoir fait découvrir Clouscard. Merci de penser la musique. Chose beaucoup trop rare, et pourtant, en tant que jeune de 20 ans, je peux vous dire qu'on en a terriblement besoin. J'ai fait un don de 5 euros pour la traduction. Il s'agit bien sûr d'abonder la cagnotte à laquelle, et je vous remercie, un nombre significatif d'entre vous, a commencé déjà à répondre, et nous espérons que le flot ne va pas se tarir de sitôt. Enfin, on a jusqu'à juin, on en reparlera.
1:21 Merci mille fois. Donc, voilà, ce jeune homme, en tant que jeune de 20 ans, je peux vous dire qu'on en a terriblement besoin. J'ai fait un don de 5 euros pour la traduction. Je m'appelle Marty et je vous dis merci. J'ai besoin de faire un commentaire. Si, j'en ferai un seul. Je vais passer à l'autre extrême. J'ai appris aujourd'hui qu'on avait une énorme contribution, je ne dis pas la somme, mais il s'en faut de quelques zéros comme différence, qui nous vient de l'autre bout du monde, de l'Asie francophone, pour aller vite, n'est-ce pas ?
1:57 Par courtoisie, pour celui qui a exprimé sa générosité à travers ce don, pour la traduction, en anglais, des textes de Clouscard, je passe, vous voyez, d'un, que Marty me pardonne si je dis un gamin, mais quand je dis ça, c'est admiratif, n'est-ce pas ? De 20 ans, à un homme mûr qui fait un don énorme. Les deux me bouleversent.
2:28 Voilà, le seul commentaire que je voulais faire, c'est que, s'il y en a qui arrivent à extraire de leur pénurie quotidienne 5 euros, ça devrait encourager pas mal d'entre nous, je veux dire, d'entre vous, d'entre nous, et des tiers à qui vous devez en parler, pour que nous atteignions nos 20 000 euros à l'aube de l'été, si je puis dire, en juin. Voilà, je pense à l'émission de la chaîne de Le Précepteur, où Charles Robin avait la gentillesse de consacrer une longue séance à la pensée de Clouscard.
Hommage au Précepteur, capitalisme monopoliste d'État
3:05 Et je ne vais pas en faire l'éloge, parce que je veux dire, en tant que moi-même, je le répète souvent, étant moins créatif qu'un transmetteur, je suis d'autant plus admiratif devant cette réussite technique, pas seulement, on sent qu'il y a de l'implication, la clarté de cette transmission, sa progression de ce qui est le plus simple vers ce qui est le plus complexe, excellente progression, et si il y avait Clouscard, ce n'est pas évident, j'en profite pour exprimer ma gratitude à cette chaîne et à son fondateur animateur, que je salue par la même occasion, et à qui je souhaite lui aussi une année au moins meilleure que toutes celles qui l'ont précédée.
3:55 Mais je n'ai qu'une crainte, ça fait des années et des années, que je m'inquiète des contresens qu'on peut faire sur les textes de Michel Clouscard, qui sont d'une complexité ou qui sont d'une richesse tout simplement. Je veux dire, dès qu'on va au-delà de la pensée clivée immédiatement, vous pouvez être compris en divers sens et toucher des sensibilités très différentes.
4:26 Et chacun sait que Clouscard a été utilisé sur l'ensemble du spectre politique d'un extrême à l'autre. Et donc, comme Charles Robin a eu l'excellente idée de commencer son exposé de la pensée clouscardienne, en montrant l'importance qu'avait le concept d'idéologie du désir dans les ouvrages de Clouscard en général, même si c'est dans le Capitalisme de la séduction que ce thème éclate pour la première fois, avec l'importance que l'on sait, il n'empêche que, c'est clair pour un Charles Robin, c'est clair pour ceux qui ont déjà une certaine formation théorique, philosophique, je ne dis pas forcément universitaire, même d'amateur, mais c'est autant plus méritant d'ailleurs.
5:14 Mais par contre, je mets en garde contre un contre-sens chaque fois qu'on aborde ce thème de l'idéologie du désir chez Clouscard. Clouscard ne fait pas le procès du désir. On pourrait le croire, quand on est inattentif, que tout ce que développe Charles Robin, avec beaucoup de cohérence, c'est la dénonciation par Clouscard de cette consommation débridée au nom des désirs par lequel le capital post-moderne, vous appelez ça comme vous voudrez, le capital qui, dans la langue de Clouscard, suppose acquise l'étape du capitalisme monopoliste d'État, ce n'est pas le capital de papa, n'est-ce pas, où il s'agissait de conquérir le marché national.
6:03 Vous savez, il y avait plusieurs compagnies de chemin de fer avant la Première Guerre mondiale. Mais une fois que le marché national est saturé et qu'on passe à l'exportation, change d'échelle. Et si on commence à avoir l'éthique du papa capitaliste, du capitalisme de papa, comme vous voulez, c'est-à-dire le travail, l'effort, l'épargne, le contraire de l'idéologie du désir, on arrive à ce qui a provoqué la plus grave crise dans l'histoire du capital jusqu'à celle que nous vivons aujourd'hui, ce qu'il est convenu d'appeler, à tort à mon avis, d'ailleurs, la surproduction.
6:43 Et bien sûr que l'intention du capital au démarrage de la guerre froide, à l'issue de la Deuxième Guerre mondiale, lorsque tous les concurrents des États-Unis sont ruinés par le plus grand conflit entre êtres humains de l'histoire, et le plus sanglant, et puis destructeur matériellement aussi. Alors que pendant ce temps-là, aucune brique, d'aucune maison, d'aucune ville, d'aucun État des États-Unis n'a été éraflée par une seule balle.
7:18 Et tant mieux ! Je ne vais pas me réjouir que les États-Unis connaissent les souffrances de guerre. Surtout qu'ils savent que c'est que le sang versé, mais ce n'est pas sur leur territoire. Je rappelle ça pour dire que cette colossale force de frappe économique qu'ont les États-Unis sans aucun rival, regardez en quel état sont l'Union soviétique, l'Allemagne, ce qui aurait pu lui faire de l'ombre, le Japon, en 1945, cette force de frappe, si elle avait repris l'idéologie du capital de papa, du capitalisme, n'est-ce pas, CCL, dit Clouscard, vous savez ceux qui connaissent bien ces textes, capitalisme concurrentiel libéral, qui l'oppose à capitalisme monopoliste d'État, n'est-ce pas ?
8:07 C'est-à-dire non pas l'État capitaliste, mais l'État qui utilise l'appareil d'État pour le détourner de l'État, c'est-à-dire de la volonté générale de vous et de moi, de l'intérêt collectif et commun, si vous préférez, pour le détourner au profit du privé, pour vampiriser le collectif au profit du privé. Ça, c'est un des plus grands secrets du monde que nous vivons. J'espère qu'à force de le répéter, ça devient un peu moins secret, mais n'hésitez jamais à répandre cette distinction entre État et appareil d'État.
L'idéologie du désir : la pacotille contre Tristan
8:44 Ce que Clouscard combat, ce n'est pas le désir, c'est l'idéologie du désir. Dans l'idéologie, il y a Logos. Alors souvent on dit c'est science de, géologie, science de la Terre. Non, c'est discours sur la Terre, sur discours scientifique. Mais c'est discours sur, mot à mot, je veux dire, on peut très bien dire science de la Terre, je ne me dérange absolument pas. Mais si on prend avec sa rigueur l'étymologie, partout où il y a le suffixe logie, c'est-à-dire discours sur, autrement dit, une fois de plus, Clouscard attaque un discours sur le désir.
9:23 Et non seulement il ne se critique pas le désir, mais ce qu'il reproche à cette idéologie du désir, je vais reprendre le radical Logos, mais à cette fois avec un terme, n'est-ce pas, qui fait plus penser à la diarée qu'au Logos divin, à la logorée, n'est-ce pas, en laquelle consiste surtout à partir de 68, de savoir vivre, c'est comment l'expression, comme des porcs, quelque chose comme ça, je ne me rappelle plus.
9:55 Bref, cette logorée-là, ce que Clouscard lui reproche, ce n'est pas d'être désirante, c'est d'être trop cheap en matière de désir, excusez-moi de parler comme nombre de mes followers, pour lesquels j'ai beaucoup d'affection, et parmi les plus fidèles. Mais je tiens d'abord à insister sur cette distinction. Ce que Clouscard reproche au capitalisme d'aujourd'hui, c'est que face à l'infinité de votre désir, l'infinité légitime, si je puis dire, comment accoler ces deux mots ?
10:32 Sinon, en parlant de celui qui a osé écrire « Traité de l'amour fou ». Comment il peut y avoir un traité ? Traité, c'est un peu systématique, mathématique, traité des organismes unicellulaires. Non, traité de l'amour fou. Traité de Tristan et Iseut. Dans le même sens, ce que Clouscard reproche à l'idéologie de désir, c'est de réduire l'infinité de votre désir à la pacotille que à cette offre énorme, à cette demande énorme qui est la vôtre, l'offre faite par le capital est cheap.
11:15 Elle est infiniment inférieure et en deçà de ce que vous seriez en droit d'attendre. Et je viens de parler de pacotille. Non, non, je ne suis pas dans l'insulte, dans la véhémence. Je cite Clouscard. Rappelez-vous, la plupart d'entre vous, je sais, l'ont déjà vu, cette émission qui est devenue une émission culte, je m'en réjouis, le passage de Michel Clouscard à Apostrophe, avec un Bernard Pivot d'ailleurs qui joue assez honnêtement le jeu quand il lui dit de mieux s'expliquer.
11:47 Bref. qui lui fait un petit peu la courte échelle par moments. Parce que Clouscard, pour l'instant, restait silencieux, il écoutait la logorée de Séguéla aussi, qui était en pleine euphorie, il venait de faire élire Mitterrand, avec son slogan, la force tranquille. Et en ce moment, progressivement, Clouscard amène des déterminations de classe. Et là, tout d'un coup, qui l'eût cru ?
12:18 Séguéla explose. Jusque-là, il plastronnait, il essayait de mettre Clouscard avec lui, on est entre potes, on est entre gens libérés. Et tout d'un coup, la colère, Séguéla. Alors, si j'ai bien compris, ce que vous nous proposez, c'est le goulag. Et à ce moment-là, Clouscard dit, ça y est, nous envoilà au papotage mondain. Le goulag, vous êtes contre le désir, contre les passions, contre le rêve. Et là, Clouscard l'interrompt et dit, ce n'est pas le rêve.
12:48 Vous avez entendu que c'était le rêve. C'est de la pacotille. Et il ajoute, le rêve, c'est Tristan. Vous connaissez ? Combien d'anges sont passés pendant le silence entre la question de Clouscard, Tristan, vous connaissez M. Séguéla, et les balbutiements de Séguéla qui passent à autre chose, bien sûr. Donc, quand je parle de pacotille, c'est pour vous dire, non, ce n'est pas un procès du désir. C'est un procès de la marchandise que le capital met dans sa vitrine, sur le marché.
Clouscard n'est pas un père fouettard
13:24 C'est une métaphore, une métonymie, en même temps. en réponse à votre désir. Donc, ce n'est pas un faux sens de faire de Clouscard un père fouettard qui s'insurge contre le péché que dénoncent pratiquement toutes les religions. n'oubliez pas que dès l'Ancien Testament, avant même les Évangiles, déjà, le déluge a été envoyé parce que nous vautrions dans le péché.
14:02 Le péché, c'est la consommation érotique, nutritive, de richesses, d'apparence, de vos habits, de viandes énervantes, comme on dit dans le Nouveau Testament. et de boissons alcoolisées, etc. Bref, déjà, punition par l'eau, punition par le feu, Sodome et Gomorre. Vous voyez, c'est vieux comme le monde de s'insurger. L'Église s'est toujours vautrée dans la débauche avec les pouvoirs.
14:35 Je dis l'Église avec un grand E. Il y a des gens admirables. Ça arrive. Enfin, je parle statistiquement, on est dans les sciences humaines. Donc, d'une manière générale, si vous voulez, statistiquement, c'est vautrer avec les pouvoirs tout en interdisant au peuple d'en faire le dixième. Un roi, un Henri VIII d'Angleterre pouvait divorcer et même se retirer de la religion catholique papale. N'est-ce pas ? Les Anglais, à partir de là, ont appelé leurs adversaires les papistes en religion.
15:06 N'est-ce pas ? Parce que le pape n'était pas très chaud pour qu'il épouse la belle Anne Boleyn. et qu'il divorce, voilà. Un roi pouvait divorcer, mais c'était interdit le divorce pour la population. Et ça suffit de faire croire que ce sont les élites qui consomment, qui poussent à consommer, alors que le peuple serait le gros du peuple, la majorité de la population, des populations laborieuses, seraient sobres et seraient ascétiques.
15:39 non mais quoi encore ? Heureusement que les couples de paysans s'éclataient dans les meules de foin, loin des regards du village, des rideaux qui se tirent, et du curé et des... et des dames patronesses. Heureusement, non, non, le peuple, il a envie de jouir. Je ne l'arrive pas souvent. Tout de même, regardez, ne serait-ce qu'une noce de Bruegel, une peinte de Bruegel, regardez, regardez cette espèce de désir, de désir de bonheur.
16:22 Et vous croyez que Clouscard va s'insurger contre ça ? Il faut vraiment, bon, d'accord, je trouve que je l'ai pratiqué, je l'ai fréquenté au jour le jour, alors là, je n'aurais pas besoin de faire un long discours. J'ai rarement vu quelqu'un d'aussi jouisseur que lui. Moi, je vous le dis, dans tous les domaines. Il y a la table, bien sûr, mais pas seulement. sauf, pour détendre, je vais vous faire rire, mais c'est authentique, sauf qu'il avait un petit, un embryon de paranoïa, je vous l'ai dit, parce qu'il y a eu même qu'il disait.
16:54 Et quand on était au restaurant, quand on était plusieurs, il disait, je ne sais pas si c'est un effet de ma parano, mais j'ai l'impression d'être toujours le plus mal servi au restaurant. Non, il ne manquerait plus qu'il se prive. Il n'était pas anxieux de son trop de consommer, mais plutôt de ne pas consommer assez. Voilà. Et dès qu'on était chez un ami qui savait recevoir, qui avait des délicatesses et qui en avait bonne chère et qui était attentif au désir des uns des autres, un hôte de qualité, Clouscard disait, écoutez, une bonne maison.
La culture dominante protestante et son rigorisme sociétal
17:28 Enfin, quand même, en faire un père fouettard. Voilà. C'est ce grand, comme, c'est évident pour quelqu'un comme Charles Robin, mais comme ça prête à contresens pour un courant qui se développe dans l'idéologie dominante que je pourrais résumer en un mot, il n'y a pas de moi, une déclive idéologie qui soit, le puritanisme. la culture dominante sur la planète, je parle de la culture dominante, vous voyez, j'ai un petit glissement sur l'idéologie dominante, ça en fait partie, mais l'idéologie peut s'exprimer par différents biais et en particulier, n'est-ce pas, par une certaine culture.
18:10 La culture protestante du fait de la puissance, l'importance de la mainmise des États-Unis sur l'économie, la guerre et la paix sur la planète, n'est-ce pas ? Même si, au travers de quelle souffrance, elle commence à rencontrer quelques résistances et sans doute l'horizon d'une limite, pardon pour ce pléonasme, parce que horizon vient d'un terme grec, horos, qui veut dire la détermination, la limite.
18:42 Là où la vue s'arrête, n'est-ce pas ? On ne saurait trop insister sur cette thématique au moment où cette idéologie dominante, cette culture dominante est quand même d'origine protestante. Je n'ai rien contre la réforme. Il y en a qui continuent les guerres de l'origine. Il y en a qui sont exaspérés par les parpaillots ou l'inverse.
19:14 Il y en a qui pensent que les catholiques sont tous des tripoteurs de mineurs. En tout cas, c'est ce qui se répand dans les pays anglo-saxons. Vous voyez, dans le contentieux entre l'Angleterre et l'Irlande, entre l'Angleterre anglicane, n'est-ce pas, et l'Irlande catholique, comme ça peut y aller. Allez, on ne va pas tomber en dessous de la table. et ou de la ceinture, mais simplement, il y a des choses admirables dans l'immense mouvement initié par Luther.
19:46 Il a raison de condamner la simonie, il a raison de condamner le commerce des sacrements. Oui, mais il y avait des gens qui se promenaient, n'est-ce pas, de cours en cours et qui vous vendaient un barreau de l'échelle que Jacob vit en songe, ou une plume tombée de l'archange Gabriel quand il a fait l'annonciation. Ça rapportait ces choses-là, les reliques. Donc, je ne fais pas un procès de la réforme, je dis qu'il y a un point de la réforme qui est capital, qui est le rigorisme sociétal.
20:29 On va me dire qu'on a l'opposé de la consommation que dénonce Clouscard, la consommation libérale-libertaire. C'est là qu'il faut dialectiser. On est même au cœur du débat. C'est en Angleterre qu'on trouve les plus grands excentriques, les plus admirables, les plus rigolos en tout cas, c'est-à-dire le pays le plus casté du monde occidental. Casté, je dis bien casté. Au sens des Indes.
20:59 Si je ne peux pas traiter tous les sujets à la fois, mais il suffira pour ceux qui ne n'ont pas convaincu ou ne pas cherché à s'informer sur ce thème, de regarder l'admirable chef-d'œuvre cinématographique de Joseph Losey, réalisateur anglais, qui s'appelle The Servant, n'est-ce pas ? Le domestique. C'est l'histoire des relations entre un valet de chambre, anglais, on ne peut plus anglais, et son jeune lord, comme on dit là-bas, un blouson doré, on dirait, chez lui.
21:36 Un jeune homme de la haute société, n'est-ce pas, qui est si malheureux quand son domestique se met en grève, parce qu'il a la tension entre les deux, et qu'il voit après une soirée, une partie chez lui, les cendres sur le tapis, le désordre, et comme il n'a jamais rien fait de sa vie, il n'a jamais rangé son désordre avec ses mains, mais par l'intermédiaire de l'esclave, vous devinez que ce film est peut-être la plus saisissante illustration de la dialectique hégélienne du maître et de l'esclave, et comment l'esclave finit par se rendre maître du maître, puisqu'à un moment donné, je ne vous dis pas la fin, mais enfin au milieu du film, le jeune lord supplie son domestique de revenir, de ne pas le laisser seul, de vendre toutes ces choses à faire, dans la maison.
22:15 Voilà. Tout ça pour vous dire, il y a une dialectique, n'est-ce pas, du puritanisme et de la débauche. Un Rockefeller n'allait pas gratuitement dans un restaurant ou dans une cantine de son entreprise, s'il faisait une tournée, une inspection, non, il payait son steak. Ça c'est le protestantisme, n'est-ce pas ? Mais d'une manière générale, je terminerai, je termine, ce lien que je fais entre culture dominante au niveau planétaire, je résume l'essentiel, venant des pays anglo-saxons, c'est-à-dire à dominantes, à dominantes, les pays nordiques, à dominantes, tout le sud de l'Allemagne, catholique, enfin, à dominantes, évangélique, pardon, je parle allemand, évangélique, anglicane, presbytérienne, justement, dans la mesure où il n'y a plus d'autorité centrale de l'Église comme chez les catholiques, à Rome,
Rigueur sur l'éros : tout est permis, mais rien n'est possible
23:25 Rome, l'unique objet de mon ressentiment, Corneille, justement, le protestantisme favorise le pullulement des sectes. Vous voyez ? Il est important de voir ici que la rigueur concerne surtout le sociétal et en particulier l'éros.
23:55 Avant de dire « mais quel rapport avait encore une nouvelle libérée ? » libérée. Je constate que les plus fervents, les plus fervents militants, ce n'est pas le mot, ce n'est pas les gens qui militent, militent, c'est déjà un peu suspect, c'est politique, qui font de la politique sans le dire, n'est-ce pas ? Vous savez, Alain disait, un homme qui dit qu'il n'est ni de gauche ni de droite, il est forcément de droite.
24:25 Ce serait facile à démontrer. Je dis bien à démontrer, pas à argumenter sur le mode de l'opinion. En gros, s'il ne fait pas de politique, c'est que l'état actuel des choses, bon, ne satisfait pas surtout de la hymne, mais qu'on ne peut pas faire mieux. donc je suis de droite. On ne peut pas faire mieux que ce qu'il y a maintenant. Donc, tout changement est inutile, très rapidement. Ça s'appelle de la logique, là, on n'est pas dans la psychologie et dans l'interprétation.
24:56 Donc, la majorité de ceux qui sont libéraux, libertaires, exercent comment une censure, mais pas du tout. Il ne sait regarder jamais autant de déliquescence des mœurs, regarder le X à la portée des mineurs, la drogue, surtout le pire, Nutella. Je n'en reviens pas qu'on ait fait tout un foin de la consommation de Nutella. C'est quand même extraordinaire, je veux dire. Il faudrait que les pauvres restent pauvres et qu'ils n'aient même pas de calories. Enfin, quand même, bon, c'est peut-être pas bon pour l'hobésité et tout ça, mais je veux dire, donner leur un peu plus de revenus et ils maigriront.
25:32 Vous voyez le paradoxe ? Mais c'est surtout sur l'éros. Je prends exprès un terme un peu plus extensif que la libido. Donc, face à l'infinité du désir humain, tel que aucun théoricien du monde contemporain ne l'a approfondi, ne l'a interrogé, creusé, approfondi comme Clouscard dans le traité de l'amour fou, dans toute la diagonale de cet ouvrage extraordinaire.
26:05 c'est précisément le roman de Tristan et Iseut, le poème, comme vous voulez, qui, dès son époque, a eu un succès, mais comme une bombe atomique. Il y a eu des continuations en suédois, à l'époque, déjà au Moyen-Âge, je ne sais pas, des reprises, des variantes. C'est que non seulement il n'est pas contre le désir, parce que jamais le désir n'a été promu jusqu'à un tel paroxysme que dans le récit de Tristan, et c'est ce que Wagner a essayé de mettre jusqu'à la folie dans sa musique.
26:46 Parenthèse en parenthèse, Wagner se plaignait quelquefois des mises en scène, n'est-ce pas, qui ne rendaient pas assez compte de l'intensité de la partition. Et il disait, après tout, c'est peut-être tant mieux, parce que si on représentait Tristan tel que j'en rêve, les gens deviendraient fous. Vous voyez, quand je parle de paroxystique, je suis sérieux. Alors, faire de celui qui a analysé, développé des analyses sans précédent à partir du matérialisme historique, sur le mythe ou le roman, le poème, le mythe est une poésie orale à l'origine, n'est-ce pas, de Tristan et Iseut, en faire un père Fouettard, et quelqu'un qui dit « il ne faut pas baiser, il ne faut pas, quand même, c'est de la falsification de Pérassin, pas seulement, c'est que ça va dans le sens, j'y reviens, j'insiste là-dessus, de la culpabilisation qui se fait de chacune et chacun d'entre vous depuis quelque temps.
27:54 Alors, j'ai l'air de tourner en rond, puisque je n'ai pas résolu la contradiction, mais non, au contraire, on incite à la libido, à la débauche, oui, on vous dit « il ne faut pas jeter ça, les poubelles exprès ailleurs pour le plastique, il ne faut pas que la voiture passe sur le crapaud qui traverse la route, parce qu'il y a l'extinction des espèces, vous devinez que le féminisme bourgeois, l'écologisme politique, encore une fois, je dénonce des discours, je ne suis pas en train de dire qu'il n'y a aucun problème d'environnement, non, on pourrait très bien prendre des mesures collectives, ce qui suppose une planification, tout le contraire du monde dans lequel nous vivons, et tout le contraire de ceux qui militent dans les partis verts qui sont tous, n'est-ce pas, pour l'économie de marché.
28:46 Je vous signale que les plus fervents partisans de la guerre actuellement en Europe, ce sont les verts allemands, alors que 70% des allemands, il y a eu des sondages récemment, là, tout récent, renseignez-vous, il ne faut jamais croire sur parole, il s'agit de mesures, c'est vite fait, de trancher, expriment leur désaccord sur le fait de surarmer les ukro-nazis. Là, c'est moi qui les appelle comme ça, je ne suis pas le seul, mais je vais dire les allemands, je ne suis pas sûr qu'ils les appellent les ukro-nazis, mais voilà, en tout cas, vous voyez, il ne faut pas faire de contresens, il y a un puritanisme tous azimuts qui ne passe pas par les mêmes canaux, n'est-ce pas, qui vous dira, et vous retrouvez la formule clé de Clouscard, tout est permis, ça, ce n'est pas puritain, oui, mais rien n'est possible.
29:38 Ce n'est pas possible de dire à une jeune femme, écoutez, vous êtes ravissante ce matin, parce que, en tout cas, vous voulez toujours, comme vous voulez, mais ce chemisier, cette couleur, vous va comme jamais, comment, vous m'avez violé. Puritanisme. Non, pas un néo-puritanisme, non, c'est le retour du vieux puritanisme, celui des églises, pas de la religion, n'est-ce pas ? Pascal, on ne peut pas soupçonner d'être un athée, un antichrétien, Pascal disait, pour tous ces, les hardis pécheurs, ceux-là, ils auront le pardon, mais pour les demi-pécheurs, l'enfer sans restriction, Pascal.
30:21 Et Clouscard, c'est la seule fois, c'est l'une des rares fois où je l'ai vu citer, Nietzsche, à titre positif, il aimait bien ce passage où Nietzsche parle de Pascal en disant « il roule dans mon sang ». Et oui, même Nietzsche, l'antichrétien par excellence, celui qui disait ou bien le Christ, ou bien Zarathoustra, « aut Christus, aut Zarathustra », même Nietzsche, n'est-ce pas, rend hommage à un phénomène comme Pascal, qui dénonce ici l'hypocrisie de ce puritanisme, n'est-ce pas ?
31:00 Comme Molière, son grand contemporain, à la même époque, dénonce, n'est-ce pas, dans Tartuffe, la tartufferie, c'est ça que Clouscard dénonce. Oui, mais enfin, quand même, il serait quand même du côté des écolos aujourd'hui pour dire qu'on nous oblige à consommer des choses inutiles.
Il n'existe pas de société de consommation
31:30 À ceci, je renvoie à deux ouvrages différents, même si le thème se retrouve ailleurs. Je ne l'interprète pas, je le cite. où il reprend toujours cette formule, il n'existe pas de société de consommation. Il y a des classes qui consomment, il y a des milieux où l'on consomme, tant mieux pour eux. Moi, ça ne me dérange pas qu'ils consomment. Ce qui me dérange, c'est qu'ils ne peuvent consommer que dans la mesure où les autres en sont empêchés.
32:03 C'est tout à fait différent comme procès. Je ne fais pas un procès du plaisir de l'autre, que moi. Je fais une petite parenthèse à propos du plaisir de l'autre. On avait une épreuve de psychologie expérimentale. À l'époque, je passais ma licence de philo. Pour des gens qui ont une formation philosophique, c'était un petit peu drôle d'appeler philosophie le fait d'examiner des rats qui courent dans des labyrinthes. C'était intéressant. Je me rappelle quelqu'un qui nous guidait comme ça, un disciple des behavioristes, de la psychologie du comportement, qui nous disait, vous voyez, on fait passer dans une cellule où il y a un rat mâle en rute, on lui fait passer l'odeur d'autres mâles.
32:51 D'accord ? Le désir de l'autre. Immédiatement, sa libido diminue jusqu'à quasi s'éteindre. Comme s'il était dissuadé d'aller au coït par le simple fait qu'il avait des rivaux. Vous voyez ? Non, non, moi, je n'ai pas cette haine-là. Je ne suis pas en train de m'inquiéter du désir de l'autre. Et encore, je parle de moi, c'est dérisoire. Mais enfin, Clouscard, ce n'est pas son procès. Encore une fois. Mais c'est ce que le capital met à la disposition de ceux qui veulent consommer.
33:31 Et alors, je reprends donc la citation que j'avais commencé de lui. Oui, je dis ces deux ouvrages, essentiellement, le frivole et le sérieux et Néo-fascisme, l'idéologie du désir. N'est-ce pas ? Postérieur au capitalisme de la séduction. Mais un petit peu dans la même foulée. Il dit lui-même, d'ailleurs, que ça constitue son triptyque. Et où il dit la société de consommation, ça n'existe pas. Je n'ai jamais vu une société qui consomme. Société, c'est un terme global. Celui qui fait la plonge. Là, en ce moment, il y en a des milliers de paquis qui font la plonge dans des restaurants qui font fortune.
34:08 Et qu'on aperçoit comme ça, comme un monde souterrain, comme un Nibelung, dans L'Or du Rhin. j'ai vu des milieux des classes qui ne consomment pas une société de consommation. Et il ajoute, mais si jamais on me signale qu'il y a une société de consommation, dites-moi où elle est, j'y cours tout de suite, car c'est le communisme réalisé. Et on veut faire passer Clouscard pour un contempteur de la consommation comme quelqu'un qui ferait de prêche en disant le royaume des cieux approche, faites pénitence.
34:44 Voilà. Je tenais à insister sur cette thématique et en complément de l'émission du précepteur qui, bien sûr, réussit son contrat comme on dit au bridge, n'est-ce pas, en exposant très peu de temps l'essentiel d'une pensée difficile et auquel on est tellement peu habitué au travers des médias dominants qu'il fallait un sacré esprit de synthèse pour y parvenir.
35:18 Ce que je dis, ce soit à titre complémentaire en creusant tel détail par rapport à tel autre et en particulier celui justement du procès, non pas de la consommation mais de l'idéologie du désir. La manière dont le désir est filtré dans le discours dominant jusqu'à l'appauvrir, jusqu'à donner, bon, allez, je ne vais pas reprendre mes procès des musiques people qui ont liquidé les musiques populaires, n'est-ce pas ? Bon, après tout, quand on en arrive à TikTok ou à la série Short, vous savez, des cultures comme ça, je veux dire, le capital ne peut pas dormir tranquille.
Lecture du texte d'un adhérent sur Mai 68
35:58 Mais, il se trouve, et ça me rassure quelque part, que je ne suis pas le seul à être inquiet de ce contresens possible. Et l'un de nos plus fidèles adhérents, je pense à Sébastien Brunois, auquel je tiens à rendre hommage, a fait, a posté sur sa page Facebook, je vous recommande à ce titre, d'écouter, j'ai assez fait la voix off avant, je ne vais pas la recommencer, je vous lis son texte, le texte de son post.
36:40 Je m'excuse, ce n'est pas pour me citer une seconde fois, parce qu'il a la gentillesse de commencer par une citation de votre serviteur, je préfère être un progressiste ringard qu'un réactionnaire branché. Oui, c'est vrai que j'ai dit ça il y a pas mal d'années, mais si j'étais à redire maintenant, là encore, je me méfie des contresens de ce qu'on peut faire sur une phrase aussi claire, je voudrais dire, je préfère jouer le rôle des progressistes ringards, donner les apparences, ça ne me dérange pas au niveau de moi, n'est-ce pas, qu'être réellement, et non pas seulement selon les apparences, un réactionnaire branché.
37:17 Donc certes, et là, Sébastien enchaîne, certes, Clouscard a constaté que le mode de production capitaliste a muté au sortir de la Seconde Guerre mondiale, je vais aborder ça tout à l'heure, quand je l'ai dit, quand on passe la conquête du marché national à la conquête du marché mondial, qu'il est passé de répressif pour le producteur et permissif pour le consommateur, il a constaté que le mai 68 estudiantin, bien précis, Sébastien, ce n'est pas un procès de mai 68 en général, il n'a rien contre le mai 68, aussi peu que Clouscard, au contraire, le mai 68 de la CGT, des syndicats, des avantages acquis de ceux qui, visiblement, n'ayant jamais eu de graves problèmes matériels, ont réduit à un plat de lentilles, un mépris qu'il y a dans les expressions comme métro, boulot, dodo, le gros de la canaille, comme le dit Voltaire en parlant de la majorité de la population, le gros de la canaille
38:28 n'est bon qu'à métro, boulot, dodo, vous voyez. Et lorsque les syndicats et la CGT étaient en tête, profitaient de la crise de 68 pour déclencher la plus grande grève de l'histoire du mouvement ouvrier français, sans doute européen, je n'ai pas d'équivalent, 10 millions de grévistes, ça se trouve pas sous le sabot d'un cheval de gendarme.
39:04 Ce découplage du 68 estudiantin est bien repéré ici par Sébastien, qui avait surtout des revendications sociétales, n'est-ce pas, genrées, écologiques, ce que vous voulez, et qui, lorsqu'on agitait les revendications proprement sociales, je vous parle au moment où on est en train de donner un coup de grâce à notre système de retraite.
39:34 Pour un peu, vous croiriez qu'après tout, il faut quand même, ça y est, le social s'est réglé depuis la libération, donc maintenant, on peut ajouter le sociétal, pardon, l'un se fait au détriment de l'autre en ce moment. ce mai 68 estudiantin, lorsqu'on faisait allusion aux luttes véritablement sociales, appelaient ça les luttes catégorielles.
40:04 Chômage, salaire, quelle platitude ! Vous voyez, le mépris, et surtout, n'est-ce pas, à quel point ça trahit une origine de classe, encore une fois, tant mieux pour eux, moi je ne suis pas un jaloux de la richesse, je ne suis pas pour que tous les gens soient pauvres, mais pour que tous les gens n'aient pas trop de problèmes, n'est-ce pas, à ce niveau-là. Voilà, alors je regarde le texte de Sébastien, je ne sais pas par cœur, mais sur le sujet estudiantin, a promu la transgression au niveau des mœurs, non pas dans les rapports socio-économiques, des mœurs, que ce soit notamment sur le plan de l'autorité paternelle, de la libération sexuelle, de l'usage de drogue, dont le cannabis, ou bien via la musique rock.
La liberté sexuelle n'a pas attendu 68
40:55 On retrouve à peu près ici les chapitres entiers du capitalisme de la séduction, si vous regardez bien. Je fais ici une petite aparté sur la liberté sexuelle, c'est un peu fort de café, n'est-ce pas. la liberté sexuelle a toujours existé, elle n'a pas attendu 68. Si vous lisez « Les liaisons dangereuses » au XVIIIe siècle ou « Les œuvres du marquis de Sade » ou « Les frasques »
41:29 pardon, j'ai un truc de mémoire, je connais que ça, mais le mariage de Figaro, le comte Almaviva, excusez-moi, qui règne sur Séville, n'est-ce pas, une noblesse espagnole. Ceux-là, le puritanisme, n'est-ce pas, il le transgressait comme il voulait. « Ah, mais c'était réservé à une élite économique. »
42:00 Je l'ai signalé tout à l'heure, vous voyez, j'essaye de jeter des harmoniques, parce qu'on n'a pas le temps de développer point par point, mais vous voyez, quand je disais tout de même, ceux qui batifolaient, heureusement pour eux, dans les meules de foin, ils avaient bien le droit entre des efforts gigantesques de la récolte ou des semailles. Oui, ceux qui lutinaient dans les meules de foin, couché dans le foin avec le soleil pour témoin, c'était une chanson très à la mode dans les années 50, chantée par Jean Sablon en particulier.
42:39 Ceux-là, ils faisaient contre, n'est-ce pas, contre la morale traditionnelle à laquelle l'Église veillait jalousement. Et là, comme c'est curieux, n'est-ce pas, à l'époque d'aujourd'hui, où on parle de libération sexuelle, ce qui est nouveau, c'est que ce lien entre la possession de l'avoir, de l'avoir économique, financier, et, on y revient, la libération sexuelle, s'est étendue à des couches moyennes.
43:20 Eh bien, oui, ce n'est plus l'apanage des époques où il n'y avait que des extrêmes, n'est-ce pas, un marquis en haut, n'est-ce pas, et même pas de classe ouvrière encore, mais les paysans, la majorité, n'est-ce pas, ahanant, leur fardeau en bas. Le haut et le bas étant ici, bien sûr, des métaphores. Voilà, c'est une petite parenthèse que je voulais faire sur mai 68 qui aurait octroyé la libération sexuelle. Enfin, les hommes et les femmes n'ont rien à apprendre, ni les femmes entre elles, ni les hommes entre eux d'ailleurs, depuis 10 000 ans.
43:51 Qu'est-ce que vous voulez apprendre ? Il y en a qui font le catalogue des poses, je vous jure, mais elles sont toutes connues et pratiquées depuis 10 000 ans. Qu'est-ce que vous voulez nous faire croire ? Voilà, donc, taratata, libération sexuelle, n'est-ce pas ? Ce qui est important, c'est de voir que ce qui permet de se libérer du carcan puritain est toujours lié à un certain avoir. Donc, merci, merci aux luttes syndicales, aux luttes ouvrières qui ont permis, avant la guerre, les grèves de 36 avec les premiers congés payés.
44:28 Et surtout, en 46 et 47, notre régime de sécurité sociale ou ce qu'il en reste maintenant, n'est-ce pas ? Et de retraite par répartition, heureusement que ça a permis une première extension de la richesse qui était réservée à l'apanage d'un tout petit nombre auparavant. Et ça a permis, oui, de généraliser une certaine libération sexuelle.
44:59 ce n'est pas 68 qu'il a décrété. Je dirais même, je ne vais pas répéter ce qui était tout à l'heure, qu'un certain féminisme bourgeois, parce que je ne suis pas en train d'attaquer le féminisme, je ne sais pas, de la femme malienne. je ne vais pas m'attarder, mais je ne répéterai jamais assez que quoi qu'on dise ici ou là, chez les hommes comme chez les femmes, chez les réactionnaires ou les progressistes, peu importe. De toute façon, c'est toujours la femme qui morfle le plus, toute chose restant égale par ailleurs, dans toutes les classes et à quelque niveau de l'échelle sociale que ce soit.
45:36 Voilà. Mais la féminisme bourgeois, ce n'est pas ça, n'est-ce pas ? Je me rappelle simplement que lorsqu'il y a eu les avant-dernières grandes attaques sur les retraites, juste avant 2005, avant les grands mouvements de 2005, lorsque les CRS montaient la garde près des dépôts de pétrole, c'était chaud, il y avait des piquets de grève, il y avait des affrontements.
46:06 Le soir même, j'écoutais par hasard, enfin j'écoutais les nouvelles pour savoir comment se développait le mouvement social et je vois surgir Clémentine Autain en train de dire que les seuls vraiment qui sont une véritable opposition aujourd'hui, ce sont les immigrés, les… je ne sais plus quelle minorité, les taulards, les immigrés, enfin Foucault quoi, tout en se disant apparenté communiste.
Plus rien de subversif : le jouir sans entrave
46:37 Voilà, je reprends le texte de Sébastien, on en était à la musique rock, cependant, il faut bien comprendre qu'il n'a pas fait le procès de l'évolution de ces mœurs. Il constate simplement que conséquemment à cela, il n'y a plus rien de subversif dans le fait de contester l'autorité paternelle. il y en avait des gens qui fumaient des bédos autour de Michel Clouscard avec qui il était très ami.
47:07 De temps en temps, il en prenait un, il sentait comme ça, il disait « ça doit être bon ». Je dirais même en prolongeant un peu. Et c'est une de ses plus profondes boutades, et ce n'est pas une boutade, c'est profond, lorsqu'il a dit le problème de la drogue. C'était à l'époque où il y avait tous les jours 10 000 articles sur la drogue, comment stopper ces addictions, comment sauver les jeunes. Cet abîme. Et il a dit « le problème de la drogue, c'est que ça doit être fichtrement bon ».
47:37 Point final. Sinon, on n'en parlerait pas. Donc, ce que voit Sébastien ici, c'est une des choses les plus compliquées à voir, c'est pour ça, vraiment, je suis très, très touché qu'il ait pris le temps de déposer ce post développé. Lorsqu'il dit, il paraphrase presque alors qu'il ne l'a jamais pratiqué physiquement, vu son jeune âge, Sébastien, mais il est de plein pied avec une formule que le Clouscard reprenait souvent quand il disait « je ne vous reproche pas ce que vous faites, je vous reproche de ne pas le poser comme tel ».
48:22 D'accord ? Bon, je fume un Bédo, ce n'est pas pour ça que je suis à l'avant-garde de la Révolution. Vous croyez que le Médèf tremble parce que je fume un Bédo ? Mais il faut vraiment être débile. C'est ça que dit Clouscard et c'est ça que voit très bien Sébastien ici. voilà pourquoi je m'attarde sur son texte. Il a le double avantage de restituer la complexité de la pensée de Clouscard parce que des concreuses, n'est-ce pas, j'appelle le complexe le fait de ne pas être dans les ritournelles des plateaux télé et des discussions du café du commerce médiatique.
48:59 Il a cet avantage-là et deuxièmement d'être de plein pied. On a l'impression que chacun des paragraphes de ce post, on pourrait mettre une formule ou une boutade de Michel. Il constate simplement que conséquemment à cela, il n'y a plus rien de subversif dans le fait de contester l'autorité paternelle, d'avoir une sexualité débridée. En quoi c'est subversif ?
49:29 Il y a des gens qu'on croise dans Paris avec une tenue que certains trouvent outrancière. Moi, je dis, mais écoutez, Paris, ça fait 2000 ans qu'il en a vu d'autres. On ne les voit même pas passer dans Paris, ces gens-là. Il y a fait longtemps que pour étonner la foule dans Paris, il faut se lever tôt. Je n'ai jamais entendu parler des incroyables et des merveilleuses. C'est comme ça qu'on appelait les jeunes gens et les jeunes filles sous le directoire. Il y avait eu des périodes tendues, n'est-ce pas ? La révolution, les guerres révolutionnaires, et puis avant que Napoléon mette tout le monde d'accord pour un certain temps, voilà qu'il y a eu une période de relâchement des mœurs.
50:09 n'est-ce pas ? C'est Nerval qui dit, en parlant de l'époque où il allait tous les soirs au théâtre en grande tenue de soupirant pour le citer lorsqu'il dit « Ce n'était pas le vice élégant et paré de la régence, le scepticisme ou les folles orgies du directoire, vous voyez ? » Pourquoi je parle du directoire ? Parce que vous aviez, vous savez, les jeunes femmes avaient des miroirs sur la chaussure, comme ça, comme ça.
50:40 On pouvait regarder en bas et se refaire une toilette. Vous voulez que j'aille plus loin ? Saint Augustin ! Mais oui ! Saint Augustin, le chrétien, l'évêque ! L'évêque de Carthage, de Tunis, au nord de Tunis. L'évêque d'Hippone, lui-même, dans ses confessions, qui sont d'une audace, vous savez. Il faut attendre Rousseau plus de 2000 ans plus tard pour trouver l'équivalent. À un moment donné, il évoque l'époque où il suivait les prostituées dans la rue, n'est-ce pas ?
51:14 Vous imaginez que dans les rues de Tunis, déjà, on sortait de l'ère glaciaire depuis quelques milliers d'années et il y avait déjà pas mal de sable, un peu moins que maintenant, mais il y en avait déjà pas mal. Et les prostituées avaient des caractères écrits en relief sur la semelle de leurs chaussures. Ce qui fait que dans le sable, on voyait « Suis-moi, jeune homme ! » Eh oui, follow me ! Non, pas en anglais, bien sûr. N'est-ce pas ? Eh oui !
51:44 Et puis, il y en a qui disent qu'on a attendu Cohn-Bendit, n'est-ce pas ? Non, quand même, allez, soyons sérieux. Allez, revenons à Sébastien. Il constate simplement que conséquemment à cela, il n'y a plus rien de subversif dans le fait de contester l'autorité paternelle. d'avoir une sexualité débridée, de prendre des drogues ou bien d'écouter du rock. Vous imaginez comme ça fait chuter les bourses, ça. Ça fait quand on écoute du rock. Aussi, le mai 68, estudiantin, n'est pas à proprement parler d'une révolution, mais une contre-révolution.
52:15 Le néo-capitalisme est réactionnaire, mais d'une façon permissive. C'est ça, le complexe dont je parlais tout à l'heure. Une belle dialectique. Contrairement au mode de production capitaliste d'antan, c'est un capitalisme du jouir sans entrave. C'est l'expression que je cherchais tout à l'heure. Merci Sébastien. Pour reprendre le fameux slogan de Daniel Cohn-Bendit. Mais jouir à pôle emploi, fumer du cannabis, en écoutant du heavy metal, mais au RSA, je rappelle que heavy metal est la musique préférée des skins qui, à coups de battes de baseball, n'est-ce pas, font la peau à un étudiant mozambiquain ou d'Afrique subsaharienne en général, dans une rue de Berlin ou de Dresden.
52:59 Je ne parle que de choses avérées. Mais jouir à pôle emploi, fumer du cannabis en écoutant du heavy metal, mais au RSA. Je reviens au rock, d'ailleurs, je veux dire, lorsque le Vietnam était noyé sous les bombes, où il est tombé plus de bombes sur le Vietnam et encore plus sur le Laos que sur l'ensemble des champs de bataille de la Deuxième Guerre mondiale. On a toujours du mal à faire croire ça aux gens. C'est un tonnage qui a été mesuré.
53:29 Renseignons-nous. Ce sera vite vu. Celui qui était en bas, dont les enfants avaient les yeux qui coulaient sur les joues à cause du napalm qui les avait sortis de leur orbite. Mais qu'est-ce que ça pouvait lui faire que le type qui est aux commandes là-haut, soit un noir ou un blanc, un homo ou un hétéro ? Qu'est-ce que ça pouvait lui faire ? Ce qui est sûr, c'est que ce type-là, il écoutait plus souvent du rock que l'art de la fugue. Voilà.
Savoir-faire et faire savoir, la masse critique
54:01 Statistiquement, vérifiez quand même. c'est le sens du fameux aphorisme de Clouscard, tout est permis, mais rien n'est possible. Voilà, je tenais à lire ça, mais pour rendre hommage d'abord à la lucidité ici de Sébastien, et aussi, si je peux me permettre, pour l'encourager, à persévérer dans cette belle voie. Alors, je ne voudrais pas étendre indéfiniment ce monologue, comme j'ai rendu un hommage au moins mérité à la chaîne du précepteur et à Charles Robin, pour simplement avoir fait l'effort du faire savoir.
54:42 Il y en a qui ont le savoir-faire, et puis, il y a le faire savoir. C'est indissociable. Faire savoir en quoi consiste la pensée de ce Clouscard dont on parle de plus en plus, en le tirant de l'incroyable anonymat dans lequel le dispositif dominant, je ne suis pas dans la parano, c'est plus qu'évident, l'avait confiné.
55:14 J'ai un deuxième hommage qui est un hommage corollaire, mais tout de même encore plus pointu, si vous voulez, pas plus important, mais plus précis, à la chaîne du précepteur, c'est d'avoir eu la bonté, et je dirais même la solidarité, de bien vouloir, sur l'espace de sa chaîne, sur sa propre vidéo, d'avoir bien voulu mettre en exergue le lien qui renvoie à la cagnotte que nous organisons pour réunir de quoi traduire 20 000 euros lorsqu'on est là.
55:59 Clouscard en anglais. Merci Charles Robin, merci le précepteur, merci les... le public... J'essaie de ne pas dire follower, le public du précepteur, voilà, n'est-ce pas, je dis ça parce que j'ai trop de respect pour ceux qui consacrent du temps à des efforts théoriques pour considérer que ce ne sont que des suiveurs, n'est-ce pas, ce que veut dire littéralement followers, voilà.
56:36 Maintenant, je sais que l'usage d'un mot n'est pas toujours accolé à son étymologie. Voilà, donc, bravo et merci, un immense merci à la chaîne précepteur et je vous rappelle que le passage à à l'anglais de la pensée de Clouscard nous permet de nous approcher, nous permettrait de nous approcher tant soit peu d'une masse critique.
57:09 Je tiens beaucoup à cette expression car enfin l'anglophonie ce n'est pas seulement l'Angleterre et les Etats-Unis. C'est déjà considérable. C'est déjà tous les pays nordiques pour n'importe quel Suédois, Norvégiens, vous lui parlez anglais, c'est comme parler italien à un corse. ou vice-versa. Mais un étudiant chinois, si d'aventure il parle une langue étrangère outre le chinois et le mandarin, il y a de fortes chances, d'énormes chances pour que ce soit d'abord l'anglais avant tout autre.
57:48 Vous voyez donc l'extension considérable quand je parle de masse critique et là, ce n'est pas seulement qu'il y aurait encore plus de gens qui aborderaient la pensée de Clouscard, mais des gens qui sont moins soumis à l'idéologie dominante telle que nous essayons de définir et d'en préciser les déterminations. Voilà. Et vous avez bien compris que je vous dis non seulement de mettre la main à la poche, mais de solliciter le plus de bonne volonté pour en faire autant.
58:22 Je vous redis bonne année, et je vous dis aussi à bientôt parce que c'est notre première diffusion de 2023. Ce n'est pas la dernière. Merci mille fois et à très bientôt.