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Ne rien faire : Pascal et le divertissement
1:39 Alors on va passer au F maintenant. Alors tu en as parlé un petit peu Dominique. Le F c'est farniente. Farniente c'est littéralement en italien ne rien faire. Ne rien faire. Alors la question qu'on peut se poser est-ce que c'est possible finalement de ne rien faire, strictement ne rien faire ? Est-ce que ça ne correspond pas à un état qui s'appelle la mort par exemple ? Et comment on passe aussi, je pense qu'il y a deux questions peut-être qui taraudent les philosophes, c'est comment ne rien faire et le que faire ? Comment on peut passer du ne rien faire au que faire ? Du farniente au que faire ?
3:11 Je ne vais jamais travailler. Le farniente n'a pas la même valeur selon qu'il s'agit de dérober une heure de repos, ne serait-ce qu'avec un clope dans un coin, par rapport au turbin des 3-8 ou quelqu'un qui n'a jamais rien fait ? Parce que à quelqu'un qui propose le farniente comme Rousseau comme valeur, je pourrais, ce serait un contre-sens à mon avis, mais je pourrais, en toute mécanique, opposer Pascal, qui dit que le plus grand malheur de l'homme est de ne pouvoir demeurer en repos dans une chambre. Et il a raison Pascal. Je lui donne la même raison parce qu'il est le premier, ça annonce Hegel, on ne fait pas ce bon rapprochement mais je vais lui dire tout de suite pourquoi, c'est le premier qui explique le désir, j'y reviens, non pas comme tous les autres par un stimulus qui est devant, par la carotte qui est devant moi en examinant pourquoi il m'intéresse tellement, mais non pas par quelque chose qui est devant moi de posé, de positif et que je recherche, mais par quelque chose qui est dans mon dos et que je fuis. C'est ça Pascal.
4:03 L'angoisse de la mort, de ma condition misérable et mortelle, comme il dit, qui fait que rien ne me console quand je la regarde de près et donc je fais n'importe quoi pour me divertir, et ce qui fait que les rois sont les plus heureux, non pas parce qu'ils sont pleurés, mais parce qu'ils sont tout le temps, on est tout le temps occupé à les divertir. Car s'ils y pensaient, comme dit Pascal, ils seraient malheureux tous rois qu'ils sont. Donc voilà, je prépare cette antithèse, mais non, c'est très profond. Je viens de montrer avec l'Émile tout à l'heure que Rousseau prescrit non pas le farniente à Émile, mais le travail, et même le travail manuel. Je ne veux point qu'il soit artiste ni doreur de livre, je veux un métier qui fasse travailler plus les mains que la tête.
Le précieux farniente de Rousseau à l'île Saint-Pierre
4:38 Il le dit très bien. Passage très important à lire aux couches populaires. Ce n'est pas seulement un truc comme ça où la mère de famille un peu bobo est content d'avoir un fils qui rempaille les chaises parce qu'il a raté ses prépas. Ce n'est pas tout à fait pareil. Je veux dire, ce n'est pas un métier d'artiste qui fait une vraie activité qui fait travailler les mains plus que la tête. Et en même temps, il fait l'apologie du farniente. Et bien, je répète que c'est la même alternance que son rapport à la nature. Tantôt la nature, il en fait la valeur suprême lorsqu'elle est le dernier recours qui reste contre l'injustice.
5:08 De même, la paresse, le farniente, est comme un souverain bien lorsqu'on sort du cauchemar. Ce n'est pas un hasard. C'est l'île Saint-Pierre où il a pu s'adonner, comme il dit, sans retenue, comme il dit, à ce précieux farniente, pour reprendre l'épithète dont il la colle dans la cinquième promenade. Il arrive dans l'île au moment où il est pourchassé par la police des trois plus grandes puissances d'Europe, où on vient de lapider pour la xième fois, enfin, où on vient de le chasser pour la xième fois de son domicile, et cette fois par une lapidation, il a failli laisser la peau par les habitants de Môtiers dans le Jura Suisse, là, ameutés par les sévères protestants du consistoire de Genève.
5:42 Et au moment où ces principales publications viennent d'être brûlées, y compris l'Émile, et bien sûr le contrat social sur la place publique. Je dis ça parce que souvent, de Rousseau, on dit, le propos de parano, c'est un parano, c'est vrai, il y a tout le vocabulaire et même la syntaxe d'un paranoïaque, surtout dans les œuvres de la fin. Mais enfin, un parano au sens clinique, c'est quelqu'un qui est la proie de dangers imaginaires. Là, je viens de signaler des dangers qui, malheureusement, sont tout sauf imaginaires. Voilà. Donc, tout de même, farniente, c'est la première chose à faire, et que je conseille, à ceux qui sont bloqués dans l'année quotidienne, par le règne, je reprends Rousseau, de la servitude et de la domination.
6:28 Et même, et même, et même celle qui n'est pas bloquée, j'ai dit celle, vous allez voir pourquoi, parce qu'il y a eu pas mal de viols dans les forêts ces temps-ci, des joggeuses, et même celle qui, au lieu de profiter de son Farnient, de ses week-ends pour ne rien faire, se crèvent tous les muscles, jusqu'à épuisement, on les voit congestionnés passer en faisant leur jogging, là. Je ne sais pas pourquoi ce mot remplaçait footing, qui était plus populaire de mon temps. L'ouvrier faisait les footing, le bobo faisait le jogging. Enfin, j'ai envie de lui dire, mais arrête, repose-toi, je sais bien que tu es en train de cuver ton whisky, tes soirées, etc., et d'expier tout le mal de ta sale consommation.
7:04 Repose-toi, elle, elle a besoin de précieux Farnient, voilà.