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Retour après un silence et montée de l'extrême droite
0:00 Depuis une raison et extendée à cette réserve. Vous allez me dire, ce n'est pas la première fois que je commence par cette réserve, Vous allez me dire que je dis ça à chaque fois, mais écoutez, ça n'a jamais été aussi vrai, c'est que je suis très très content de vous retrouver.
0:35 D'autant plus que j'ai reçu pas mal dans les dernières vidéos que j'avais faites, tout simplement plus récemment sur des posts Facebook sur ma page, sur la page de l'association, je vais dire, Philosopher avec Doumé. Je vois pas mal d'interrogations très gentiment anxieuses qui me disent, j'espère que vous n'êtes pas malade, santé. Je suis très très touché par cette sollicitude et quand je dis que je suis heureux de vous retrouver, c'est que vous m'avez manqué au moins autant que je vous ai manqué.
1:17 Je peux me permettre de dire. Alors, je vais pas m'attarder, n'est-ce pas ? Vous devinez les raisons principales de ce long blanc un petit peu là dans mes publications. Il y a d'une part des problèmes de santé, je veux dire. Je vais avoir 81 ans le 6 février prochain, pardon pour les dates fascistes, mais j'y peux rien. Et donc, j'ai des alertes normales, des examens qui prennent beaucoup de temps, des contrôles qui sont souvent négatifs, donc il faut recommencer.
1:55 Si vous me voyez devant vous, c'est que c'est pas si grave que ce qu'on imaginait, enfin pour l'instant, on attend encore quelques résultats. En tout cas, ce que je craignais le plus, c'est le côté cardiovasculaire, puisque j'ai quand même eu un infarctus il y a une douzaine d'années, semble exclu. Voilà, si ça peut rassurer les uns les unes et les autres, ce serait déjà ça. En tout cas, mille fois merci de votre fidélité, malgré mon silence. Et la deuxième raison, c'est que j'ai été invité à faire pas mal de bavardages, de conférences, si vous préférez en province, voire à l'étranger, et que je ne pouvais pas être en même temps au four et au moulin.
2:36 Je ne vais pas trop m'attarder, vous savez que je n'aime pas trop parler perso. Et donc, j'en arrive tout de suite à ce qui vous préoccupe sans doute, je le constate aussi quand je regarde les derniers postes ici ou là, sur les réseaux comme on dit, n'est-ce pas ? Vous êtes préoccupé par le fait que, que devient la gauche dans tout ça ? Est-ce qu'elle existe encore ? Oui, je pose la question un peu brutalement, mais pour l'instant vous êtes d'accord que les voix qui grandissent, les voix qui s'accroissent, au fur et à mesure qu'on voit des élections, à notre époque c'est plutôt à droite, et voire et surtout sans doute à l'extrême droite.
3:19 Là ça nous pend au nez d'avoir un Front National bientôt au gouvernement, ça nous pend au nez. L'avenir n'est pas joué, mais les chiffres sont là. Quand je pense que vraiment l'extrême droite, lepéniste faisait 2,5% quand j'avais votre âge, je dis vous, à la majorité de mon public qui a tous âges, y compris les gens plus vieux que moi d'ailleurs, heureusement, mais la majorité a quand même entre 25 et 35 ans en gros.
3:51 Donc il y a quand même ce constat que la gauche devient de plus en plus la peau de chagrin. Je ne rentre pas dans la discussion interne à la gauche, est-ce que LFI ne contredit pas ce que je dis quand je dis kaputt, la gauche ? En tout cas, même LFI, je veux dire, pour l'instant, ce n'est pas 55% de l'électorat. Donc, je ne suis pas électoraliste, ce n'est pas la question, mais je suis encore moins, n'est-ce pas, indifférent au vote des citoyens.
Qu'appelle-t-on fascisme ? Banalisation, identités et guerre
4:30 Prenons le taureau par les cornes, en fait il y a un danger de fascisation. Donc, on est en philo. En principe, dans notre association, n'est-ce pas, dans le parcours que nous faisons en commun. Et vous savez qu'en philo, le plus important, ce n'est pas de dire qu'est-ce que c'est, c'est de dire qu'appelles-t-on, qu'appelles-tu ? C'est la question socratique par excellence, n'est-ce pas. Qu'est-ce qu'on appelle fascisme ? Sous-entendu, qu'est-ce qu'il faudrait appeler fascisme à juste titre ?
5:00 Je prends un contre-exemple. En 68, on traitait de fasciste un prof qui avait le culot de faire cours sur une estrade qui avait 10 cm de plus que le reste de la classe, donc c'est un fasciste. D'accord ? Je suis heureux que ça commence à passer, ce genre de fascisme. Mais vous voyez à quel point il est nécessaire de reposer la question de ce qu'on doit appeler véritablement fascisme. parce que l'exemple que je viens de donner a pour, plus qu'inconvénient, c'est un euphémisme, mais a pour effet contre-révolutionnaire de banaliser la notion de fascisme.
5:42 C'est un prof qui fait son cours, un excellent cours, excellent techniquement dans sa discipline, et en plus ça peut arriver, c'était même le cas presque de la majorité à une époque, plutôt à gauche, le prof, je ne vois pas pourquoi on le traite de fasciste, à la mesure où il devrait être au milieu de la classe, entouré par les élèves. Vous voyez, vous sentez venir déjà le politiquement correct, la dictature du politiquement correct qui nous vient la plupart du temps, bien sûr, d'outre-Atlantique, comme vous le savez.
6:14 Et dans un cas limite, j'ai entendu parler, je crois que c'était il y a un an, non ? Peut-être pas tout à fait. Mais cette autrice, j'allais dire, je ne sais pas mon langage, mais une romancière africaine ou une essayiste, dont le livre avait été traduit en français par une française, et que la française avait été assassinée, enfin verbalement, de quel droit une blanche peut traduire un livre écrit par une noire ? Vous voyez où on en arrive ? Et on n'est déjà pas loin de progresser dans ce qui est véritablement le fascisme, parce qu'on voit déjà se pointer l'illusion des identités noires, blancs.
6:55 Les noirs contre les blancs, les corses contre les français, les hutus contre les toutsis, les homos contre les hétéros, les lesbiennes actives contre les lesbiennes passives. Non, mais je ne caricature pas, j'en lis de bien plus sophistiqués que ça, si je puis dire. Vous voyez, bref, toute cette, déjà, cette gauche, que je ne retiens pas de gauche, parce qu'elle est simplement sociétale. Je n'ai pas dit que sociétale n'avait pas d'importance.
7:27 Je n'ai pas dit que les homosexuels ne posaient aucun problème. Il y a des pays où on les tue. En Égypte, il n'y a pas si longtemps, il y avait des condamnations à mort pour l'homosexualité. Oui, je ne vais pas prendre un état hyper intégriste. Je prenais simplement l'Égypte, dirigée par un président qui actuellement a chassé les intégristes frères musulmans du pouvoir issus du printemps, du soi-disant printemps arabe. Voilà.
7:58 Il faut que je me calme. Donc, oui, il y a beaucoup de dangers à l'horizon. Donc, je n'ai rien contre le sociétal en lui-même. J'ai contre le fait qu'il a pris la place du social. Mais pas du tout. Comme dirait Clémentine Autain. Mais on peut absolument faire les deux. Moi, quand je parle des femmes, je n'oublie pas les ouvriers. Oui, je constate que c'est faux. Que statistiquement, n'est-ce pas ? Quand on mène un combat sociétal, des homos contre les hétéros, de ceux-ci ou l'inverse, je veux dire... À droite, ce sera plutôt les hétéros contre les homos.
8:29 Mais enfin, je constate qu'à chaque fois, on perd du temps à ne pas parler du fait qu'il y a la guerre à nos portes. Depuis longtemps, ce n'est pas un risque de guerre. Presque quatre ans maintenant. Et qu'il y a, beaucoup plus gravement encore, à la faveur de cette guerre-là, mais aussi de ce qui se passe au Venezuela, mais aussi au Groenland, mais aussi en Iran, avec l'arrivée de l'invincible armada, comme on disait pour l'Espagne américaine, là au large des côtes iraniennes, il y a aussi un danger d'une guerre.
9:02 Mais alors, attendez, ce n'est pas chacune de ces guerres-là. Il y a le danger de déclencher une guerre. Et là, je cite Einstein, que s'il y a une troisième guerre mondiale, la quatrième ne pourra se faire qu'avec des cailloux. Il y a ça à nos portes. Oui, oui, ce ne sera pas une guerre parmi d'autres, comme la guerre du Vietnam, ou la guerre des boutons. Non ! Ce sera un truc sans précédent dans l'histoire de l'humanité, même en comptant la préhistoire.
9:36 Et ceux qui s'occupent de la planète, peut-être ça leur fera plaisir de savoir que l'humanité disparaîtra à la faveur d'une guerre nucléaire généralisée, mais pas la planète, qui s'en fout réellement, n'est-ce pas ? Je jette une pierre, non pas dans l'écologie, mais vous le savez, dans l'écologisme, je ne vais pas me répéter à chaque fois, justement dans ceux qui donnent une priorité aux problèmes qui ne sont pas les plus menaçants et les plus urgents. Il y en a qui sont indifférents, n'est-ce pas, au tourbillon géopolitique qui est en train de préparer des fractures et des tensions à peine soutenables, et qui, par contre, veulent absolument qu'on parle en priorité des grenouilles qui se font écraser par les voitures sur les routes.
10:21 Je caricature un peu exprès, mais il faut se réveiller un peu de temps en temps. Vous voyez ? Je n'ai toujours pas défini le fascisme, mais j'essaie de déblayer les gravats qui nous empêchent d'arriver à l'ignoble statue du fascisme, ou au statut avec un T, ou à la statue avec un E, comme vous voulez. Donc, il y a un danger.
10:54 Peut-être le fait que je sois né en 1945, décidément, c'est rare que je parle perso, mais par les temps qui courent, ça doit être la situation qui veut ça. Je sors un peu de mes gonds, mais je suis né en 1945, c'est-à-dire la génération qui avait quand même pour slogan « ne prend plus jamais ça ». Et voilà que c'est le « ça » qui revient. Vous voyez que la question mérite d'être posée, vous n'êtes pas les seuls qui ont l'énorme mérite de le poser, au moins, n'est-ce pas ? Alors, pour approcher une définition, c'est un peu prétention, le mot de définition, regardez bien dedans, c'est écrit, regardez, on ne s'en aperçoit jamais, dans définition, il y a marqué « fini ».
Confusionnisme et concept de totalitarisme
11:41 Oui ou non ? Donc, il ne faut pas commencer par la fin. On tentera une définition quand on aura à continuer, comme ça, à progresser dans l'analyse des événements, n'est-ce pas, qui illustrent ce retour du fascisme. Je vais procéder en plusieurs étapes. Je vais d'abord parler, non pas directement du fascisme, pour finir par une définition active, mais je vais commencer par définir ce qui est désigné souvent comme fascisme et qui ne l'est pas du tout.
12:13 N'est-ce pas ? Les fausses pistes du fascisme. Je vais commencer par là. Gagnons du temps. On ne reconnaît plus, on n'a plus la capacité d'identifier, c'est grave ce que je dis, le vrai fascisme, depuis que, pour brouiller les cartes, pour noyer le poisson, multiplier les expressions, pour faire intervenir le confusionnisme.
12:47 Je n'ai rien contre la confusion, j'en ai plein, moi, des confusions dans ma tête. Ne vous inquiétez pas pour ça, comme nous tous. Mais ce n'est pas pareil, le confusionnisme, c'est celui qui délibérément introduit de la confusion. Et j'en profite pour citer Nietzsche. Eh bien oui, je l'ai souvent assez critiqué pour me permettre de le citer à titre positif. Quand il dit quelque part, enfin quelque part, excusez-moi, c'est dans Zarathoustra, je suis fatigué de tous les poètes, ils troublent leurs eaux, vous voyez, confusionnisme, ils troublent leurs eaux afin qu'elles semblent profondes.
13:20 Fin de citation. Donc, qu'est-ce qui n'est pas le fascisme, mais qu'on désigne comme fascisme, et qui nous éloigne de notre combat antifasciste ? C'est l'abject concept de totalitarisme. dès l'instant que la groupie du plus nazi des philosophes, pour ceux qui prennent le train en marche, je rappelle que la groupie c'est Hannah Arendt et que le plus nazi des philosophes c'est Heidegger.
13:50 Enfin, de quel droit ? Je n'ai pas dit que c'est le plus nazi. Il y avait des philosophes nazis nommés par Hitler à l'université dès les années 30, mais ça c'est déjà insignifiant. Je parle le plus nazi parmi les grands philosophes. Car ce que je reproche à Heidegger avant tout, c'est qu'il n'est pas idiot, il connaît les textes. Et donc, quand il sème la confusion et dans le trouble, il sait ce qu'il fait.
14:20 Il sait ce qu'il fait. Ce concept fait une symétrie entre communisme et nazisme. C'est-à-dire qu'il met sur le même plan ceux qui ont eu le plus de victimes du nazisme, c'est quand même un peu fort de café. les 25 millions de morts, il y en a qui parlent de 30 millions, mais tout le monde est d'accord que c'est au moins 25 millions de morts si on rassemble les civils et les soldats de l'Union soviétique.
14:53 Les 25 millions de morts auxquelles on doit de ne pas être sous la botte nazie en Europe. Pas du tout. Qu'est-ce qu'il dit Pagani ? Enfin, c'est les Américains qui ont débarrassé du nazisme. Enfin, c'est quand même... Ah oui, oui, c'est clair. Ils ont débarqué. Ils ont bien fait. Je suis content qu'ils aient débarqué parce que ça fait des années que les gouvernements soviétiques leur demandaient d'intervenir pour les soulager de l'horrible carnage que le nazisme a fait en priorité chez les sous-hommes slaves. Je... Regardez les documents de l'époque, la presse de l'époque, la presse allemande.
15:26 C'est comme ça qu'on parle des slaves. Slaves. Esclaves. Bon. Donc, ce concept, met sur le même plan, ceux qui nous ont libérés du nazisme et le nazisme... Écoutez, mais c'est une bonne nouvelle pour le fascisme. Moi, je comprends qui se porte mieux le fascisme que quand j'avais 20 ans, quand Le Pen faisait entre 1 et 3 %. Le père, Le Pen. Celui qui parlait de Durafour, c'était un ministre de Giscard et qui ajoutait Durafour crématoire.
16:00 C'était ça, son humour. Comment il est passé de 3 % à entre 35 et 40, bientôt ? Mais écoutez, ce concept de totalitarisme, ça, on ne vous le dit pas, en est une des principales causes. Je ne suis pas dans le marxisme, apparemment. J'espère qu'il y en a qui se disent Pagani, il n'est pas marxiste. Il dit que c'est des idées qui sont la cause de ce qui se passe en histoire. Non, non, c'est clair et je suis d'accord.
16:30 Mais moi, je me bats sur le segment du front où je suis mobilisé. En tant que philosophe, c'est le front idéologique. Je ne suis pas sur le front militaire. je touche du bois. Je ne suis pas sur le front économique. Je ne suis pas un grand spéculateur à Wall Street. Je suis sur le front de la bataille idéologique. Et dans cette bataille-là, la notion de totalitarisme, et je suis d'accord avec ceux qui me soupçonnaient de ne pas être marxiste sur ce point-là, je suis d'accord que si je m'étais arrêté là, j'aurais accordé trop d'importance aux idées.
17:11 Sauf que c'est vrai que ce changement se fait tout d'un coup. Alors que De Gaulle, Mauriac, De Gaulle n'a jamais prétendu être un homme de gauche, c'était un homme de droite. Mais cet homme de droite ne parlait jamais du communisme en disant que c'est comme les nazis, c'était des compagnons de combat pour lui. Objectivement, je veux dire. Je n'ai pas dit qu'il s'attendrissait tous les soirs sur le martyr des résistants communistes. Non, mais ce qui est important et qu'on voit bien là maintenant, c'est que ce qui a changé, c'est des mutations effectivement économiques et sociales qui font qu'à partir des années, en gros, le début des années 70, tiens, je n'aime pas trop les calculs exacts.
17:57 Quand on dit le XVIIe siècle, tout le monde dit que ça va de 1600 à 1700. non, c'est trop abstrait. Ça va de 1610, mort d'Henri IV, dernier roi de la Renaissance, à 1715, mort de Louis XIV, le plus long règne de l'histoire de France. Là, ça commence à être un peu plus concret. Et de même, le XIXe siècle, je ne le fais pas commencer en 1800, pardon, mais en 1789.
18:30 C'est une vraie rupture avec ce qui précède, n'est-ce pas, la Révolution française dont je vais parler après parce qu'on ne peut pas approcher la vérité du fascisme sans voir une des constantes du véritable fascisme, celui-là, pas celui d'Hannah Arendt, qui ne se contente pas d'être totalitaire. Je vais revenir sur cette notion de totalité après. Mais je vais dire dont la constante est d'être hostile à tout ce qui vient de la Révolution française.
Hegel, Marx et la Révolution française
19:00 Et à ce propos, il faut que je vous lise un extrait. Pardon, je vais quitter le champ pendant un instant. Vous lire un extrait. Oh, on ne m'entend pas là. Pardon. J'étais en train de parler d'un trait distinctif. Voilà un premier. Je n'ai pas encore défini parce qu'il y a d'autres attributs du vrai fascisme. Mais pour l'instant, un qui est fondamental et constant, c'est l'hostilité à la Révolution française.
19:30 Alors, vous voyez, je vous lis un extrait d'un auteur romantique allemand qui est contemporain de l'immédiat après Révolution française. N'est-ce pas ? Alors, qui est un contemporain de Hegel, en gros. Sauf que Hegel dit dans un passage admirable que ce qui fait la différence de la Révolution française avec toutes les autres, c'est très fort ce qu'il fait là, Hegel, il voit bien ce qu'il y a de spécifique de la Révolution française.
20:01 Il dit qu'elle ne s'est pas contentée d'abolir des privilèges, de mettre les pendules à l'heure si on devait parler plus familier, et de supprimer des distorsions et des décalages sociaux qui étaient devenus insoutenables. Bien sûr, c'est tout ça la Révolution française, mais ce n'est pas le plus important. Le plus important, c'est que les Français, il dit, se sont débarrassés de la peur de la mort. C'est très Hegel, ils sont allés au casse-pipe. et lui, il dira plus tard que les Allemands sont profonds, plus profonds que les Français dans le domaine théorique.
20:39 Nous, Allemands, nous sommes profonds. Nous pensons ce que les Français ont fait à leur Révolution. Mais eux, ils la font, ce que ne font pas les Allemands. C'est ça qu'il admirait chez les Français. Et Hegel disait, pour illustrer, les Français ont la tête près du bonnet. Ça veut dire qu'ils se mettent facilement en colère, il ne faut pas trop les chercher. Et c'est ce qu'il envie. Et ça, ça ne tombera pas dans l'oreille d'un Marx atteint de surdité, je vous le dis. Parce que c'est exactement ce que Marx admirait chez les Français.
21:09 Il disait bien, moi, s'il y avait un marxisme, c'est un confluent de trois traditions. L'économie politique anglaise, c'est Marx qui parle. L'économie politique anglaise, l'action politique française, le siècle des Révolutions, le 19ème, 1789, 1830, 1848, la commune, ça n'arrête jamais. Et enfin, la tradition théorique allemande. C'est au carrefour de tout ça. Donc, cette constante d'être contre la révolution, je vous la lis chez un auteur excellent du point de vue littéraire, poétique, comme on dit, mais réactionnaire, qui s'appelle Achim von Arnim.
Lecture des Héritiers du majorat d'Achim von Arnim
21:55 Donc, encore une fois, disons, fin 18ème, dernières années, 1795, et là, c'est paru en 1805, ce texte-là. Je vous donne la référence, il a fait des nouvelles, le titre de cette nouvelle, c'est Les héritiers du majorat. Majorat, c'est un titre juridique, je ne m'attarde pas. Je ne vous raconte pas l'histoire ni le pitch. Non, je vous lis simplement le début, le tout début. Et je vais demander ici à Paul, camarade Paul, de bien vouloir me donner mes lunettes.
22:25 Oui, c'est bon, c'est bon, merci. Voilà. Je vous promets que je reste en chambre maintenant. Alors, feuilletant l'autre jour un vieil almanac, nous revoyons défiler sous nos yeux les folles images de l'époque que reflétaient ces gravures. C'était très populaire, les almanacs, les calendriers de l'époque avec des rubriques, des articles. Déjà, si loin derrière nous maintenant, cette époque-là est semblable à la fable. Quelle riche plénitude n'a-t-il pas connu le monde ?
22:57 Il parle d'un monde qui est riche, une plénitude, qui a de la valeur. Quelle riche plénitude n'a-t-il pas connu le monde avant cette révolution générale à laquelle la France a donné son nom et qui a tout bouleversé ? Je ne peux pas être plus clair. Pour lui, donc, tout ce qui a tout gâché, c'est la révolution française. Alors, les guerres de religion, les massacres... Je vous donne juste un petit exemple. Gengis Khan, vous savez, un des plus grands conquérants de tous les temps, en tout cas, en termes de superficie, il n'y a jamais un conquérant s'est fait un empire aussi grand que celui de Gengis Khan dans les steppes eurasiennes.
23:38 là. Eh bien, lorsqu'ils ont conquis une ville dont le nom m'échappe, mais je vous redonnerai la source en note au bas de la vidéo, la ville a eu le malheur de résister un petit peu à son armée et pour se venger, il a dit à chacun de ses soldats de sabrer, d'égorger. chacun devait égorger 400 habitants de cette ville. Enfants, vieillards, tout ça, on s'en fout. Non, mais à part ça, c'était le bon temps.
24:08 Bon, alors, donc, quelle riche plénitude n'a-t-il pas connu le monde avant cette révolution générale à laquelle la France a donné son nom et qui a tout bouleversé ? Comme la pauvreté s'est étendue. Mais on entend tout le temps ça maintenant. Uniforme et égale. On dit bien que le monde moderne, l'industrie, tout ça, tout ce qui sort de la révolution, tout a été uniforme. Comment il dit Rimbaud dans un poème ? Partout la même magie bourgeoise à tous les points où la malle nous déposera.
24:39 Vous voyez ? On dirait que les siècles nous séparent, que des siècles, pardon, nous séparent de ces temps dont nous avons peine à nous souvenir qu'ils furent ceux que connus notre jeunesse. Donc, c'est tout à fait récent. Je vous dis, c'est en 1805, c'est pas très loin après la révolution française. du... Bon. La sublime spirituelle clarté des temps jadis se laisse entrevoir, facile à mesurer, surtout à ses silhouettes d'ombre que l'œil de l'artiste, il parle d'un graveur, a saisi et qu'il a dessiné sur la terre.
25:16 Que de nuances, que de diversité dans ce monde disparu, c'est entendu, et pas seulement superficiel. Chacun formait, c'est quand on prend l'imparfait, à la longue durée, chacun formait aussi bien dans son extérieur et son costume, allez parler de l'extérieur et des costumes aux paysans, de la majorité de paysans qui trimaient à l'époque dont il parle, n'est-ce pas ? Je me demande combien avait un costume dans tout ça. Chacun formait aussi bien dans son extérieur et son costume un univers en soi, un monde personnel et chacun s'installait sur terre comme pour l'éternité.
25:50 Si vous regardez bien, c'est des choses qu'on entend tout le temps actuellement dans le milieu réactionnaire, n'est-ce pas ? Que c'était mieux avant quand même. tous étaient bien pourvus. Ça, c'est la meilleure. Pourvus, ça veut dire que tout le monde avait de la richesse. Voyons, avait ce qu'il avait besoin. Parce que quand on a tout ce qu'il faut matériellement, qu'est-ce qui reste ? Il y a l'ennui quand même qui nous menace. Ah mais non, vous allez voir. Ainsi accueillait-on avec joie les magiciens, les conjurateurs, les visionnaires de toutes sortes.
26:25 Vous voyez, les irrationalités tout d'un coup là ? Les sociétés secrètes et les aventuriers mystérieux, les médecins miraculeux, vous voyez, bref, les charlatans, les médecins miraculeux et les maladies prophétiques. Imaginez que quand votre proche, vous avez un proche qui souffre d'un cancer, on dit qu'il a une maladie prophétique, c'est qu'on ne l'occupe pas beaucoup quand même. Capable de lancer un regard hors de cette cavité hermétiquement close du cœur et de fournir quelque aliment à l'éternelle nostalgie humaine.
Conservateurs et réactionnaires : la Restauration
27:00 Magnifique texte, mais alors, alors, il en tient une couche politiquement. Alors, je saute des passages de cette nouvelle qui met en scène, vous allez voir pourquoi je vais lire un second extrait qui va nous rapprocher du problème du fascisme. Pour l'instant, il n'est pas évident. On voit un réactionnaire, mais pas un fasciste. D'accord ? Un nostalgique de l'Ancien Régime. Encore que, ici, je travaille un peu les concepts, c'est ça l'objet de ce soir, n'est-ce pas ? Notre objet ce soir.
27:33 Il y a les conservateurs à droite et les réactionnaires. Les conservateurs, ce n'est pas le plus dangereux. C'est des gens attachés à certaines valeurs, vu leur milieu, tout ça. Pourquoi pas ? N'est-ce pas ? Mais les réactionnaires, ils sont conservateurs, mais avec une détermination de plus qui n'est pas nécessaire chez les conservateurs, à savoir qu'ils ont eu peur. Et donc, ils sont devenus méchants. N'est-ce pas ? C'est comme ceux qui ont fui la France au moment de la Révolution, ceux qui avaient les moyens de fuir en Angleterre, les aristocrates surtout, n'est-ce pas ?
28:09 Ou dans le Saint-Empire Romain-Germanique. Avant que Napoléon aille les traquer encore là-bas. Je pense à Pozzo di Borgo, son compatriote, qui était conseiller du Tsar de Russie. Mais, très sérieusement, ces émigrés-là, quand ils sont revenus au pouvoir à la Restauration. À la Restauration. Sous Louis XVIII, par exemple, le premier retour d'un roi après la Révolution, après l'écroulement de l'aventure napoléonienne, après Waterloo, si vous préférez.
28:45 N'oubliez jamais que c'est depuis Waterloo que le monde est dirigé par les Anglo-Saxons. Là, je ne suis pas dans mes opinions. C'est un fait que chacun peut mesurer. ne croyez pas que l'Empire britannique n'était rien à côté de ce que sont les Américains maintenant. Je dirais même que l'Empire britannique est la plus grande maîtrise planétaire politique qu'on ait vue. Même les Américains ne sont pas allés jusque là, si vous voulez, en termes géographiques. Donc, j'en profite pour dire que vous comprenez ce que veut dire avoir peur.
29:16 Les Émigrés, quand ils sont revenus au pouvoir, ils n'ont pas oublié qu'ils ont eu peur. Ils sont devenus méchants et non pas seulement conservateurs, mais réactionnaires. Ils réagissent, vous voyez l'importance des mots, ils réagissent aux avancées révolutionnaires. C'est très différent, n'est-ce pas ? Et je dis ça pour faire comprendre une formule que les historiens connaissent bien. On a dit que c'est ceux qui n'avaient rien appris ni rien oublié.
29:50 Ils n'ont rien appris, ils n'ont toujours rien compris, n'est-ce pas, pourquoi il fallait que l'Ancien Régime avait fait son temps et qu'il fallait quand même que la liberté se ferait un chemin. Mais surtout, ils n'ont rien appris ni rien oublié, mais ils n'ont pas oublié qu'ils ont eu peur. Et bien avant l'OTAN, sur les ruines de l'Empire napoléonien, ceux qui dirigent l'Europe de l'après-Napoléon, bref, d'après ce grand entracte qui va de la prise de la Bastille en 89 à Waterloo en 1815, ce qu'il y a immédiatement après, c'est ce qu'on appelle en histoire la restauration, comme par hasard, n'est-ce pas ?
30:34 Comme on dit pour un bâtiment, n'est-ce pas ? C'est la restauration. On voit des choses graves là maintenant. Or, politiquement, c'était quoi ? C'était l'Autriche qui dirigeait l'Europe sur le continent, Metternich, qui était le patron politique de l'Autriche pour aller très vite, avec l'argent de l'Angleterre. Et oui, vous reconnaissez le schéma, maintenant, c'est avec l'argent de la CIA ou des États-Unis, n'est-ce pas, qui ont pris le relais de l'Angleterre. Quand je vous dis que depuis Waterloo, la planète est dirigée par des Anglo-Saxons, je suis en deçà de la vérité, parce que je vais vite, je ne croyais pas que je rajoute.
Antisémitisme, haine de l'État et anticommunisme
31:15 Voilà. Donc, on a vu première détermination qui définit le fascisme, on l'a vu dans ce passage que je vous ai lu, la haine, n'est-ce pas, de la Révolution française. Mais, le héros, alors je le dis comme ça, prend possession d'un appartement qui lui revient les héritiers du majorat, il a un héritage, il se trouve que son appartement a des fenêtres qui donnent, lui, c'est un romantique décadent qui joue de la flûte comme ça, un peu indifférent à tout, mais en face commence le quartier juif, le ghetto.
31:53 On est en 1805, pas de contresens, on n'est pas dans les années 30 du XXe siècle, 1805. Et là, vous voyez tout d'un coup la manière dont il parle du ghetto juif, mais c'est comme un fasciste de Marseille aujourd'hui parlant des quartiers arabes. Tiens, tiens, comme c'est bizarre, n'est-ce pas ? Voilà, je ne vous le lis pas, ça ne me retarderait, mais je vous recommande les nouvelles et en Wikisource. Les héritiers du majorat, M-A-J-O-R-A-T, de Achim von Arnim.
32:26 Achim, ça s'écrit Achim von, c'est le de en allemand, Arnim, A-R-N-I-M. Voilà. Première détermination, l'anti-révolution. Et ce n'est pas tout. Il y a aussi le fait d'avoir la haine de l'État. Ah, non, non, ça, là, les bonnes paganistes, pas possible, enfin, quand même, le nazisme, c'est tout le contraire, c'est la toute puissance de l'État. Ah non, écoutez, regardez le plus grand spécialiste en langue française, donc vous pouvez écouter ses conférences.
33:00 Ce n'est pas moi qui dis que c'est le plus grand spécialiste, je veux dire, personne ne connaît les archives du nazisme. Il a bossé pendant des années, des années, et des fois, il faut se battre pour consulter certaines archives, vous savez, ce n'est pas évident, surtout dans ce genre de dossier. Je pense bien sûr à Johann Chapoutot. Je me suis déjà servi pour d'autres choses, d'autres vidéos. qui n'est pas de mon camp, ce n'est ni un communiste, mais enfin, qui a le mérite de connaître à fond les textes de l'époque nazie.
33:33 Il suffit d'en connaître un centième de ces textes pour laisser tomber la notion de totalitarisme qui ferait qu'il y aurait une complicité entre communisme et nazisme. Mais si, si, regardez la preuve, le pacte des germano-soviétiques. Ah oui, oui, oui, mais ça, on nous la sort tout le temps, celle-là, n'est-ce pas ? Au fait, c'est quelle date le pacte des germano-soviétiques ? Ah, 1939, tiens, tiens, donc c'est après ? C'est après quoi ? C'est après Munich ! Les soviétiques, ils n'y étaient pas à Munich. Mais M. Chamberlain, l'occidental le plus important de ce moment-là, de Munich, qui, je ne sais pas ce que d'aller dire, le français ne faisait que suivre ce que faisait l'anglais à l'époque, je vous dis, depuis Waterloo, c'est ça la règle, Chamberlain, revenant à Londres, entourant, comme ça, de l'euphorie du peuple, qui disait qu'il avait sauvé la paix en accordant pratiquement tout à Hitler, à commencer par la Tchécoslovaquie, Chamberlain a dit cette phrase merveilleuse, « Mr. Hitler is a gentleman ».
34:30 Donc, je rétablis les séquences historiques, ça, vous pouvez le vérifier, ne me croyez pas sur parole, c'est des trucs tellement connus, vous mettez sur « Mr. Hitler is a gentleman » Chamberlain, là, sur Google, vous allez en voir de bien plus grave que tout ce que je vous dis, n'est-ce pas ? Donc, deuxième détermination, l'anticommunisme. Il ne faut pas être très futé pour voir qu'il y a un lien entre l'antirévolution française et l'anticommunisme, parce que tout de même, dans la révolution française, il y a entre autres, pas seulement la liberté, et quand à la révolution française, on parle de liberté, il ne s'agit pas du monde libre au sens américain qui a fait 3 millions de morts au Vietnam, 3 millions de morts en Corée, ça fait déjà 6 millions, dit au passage, et qui continue, je ne parle pas du bain de sang permanent entretenu par l'oncle Sam, ce n'est pas le peuple américain, il y a des Américains qui s'opposent à ça, pas assez, mais il y en a.
L'Occident, concept occultant, et déclin atlantiste
35:26 Non, non, je parle des atlantistes, n'est-ce pas ? Et je termine une parenthèse que je fais souvent, mais là, elle intervient, vous comprenez pourquoi j'évite quand je peux, sauf quand je suis pressé pour me faire comprendre le mot occidental, l'Occident, qu'on rencontre tout le temps en ce moment, Saddam Hussein défie l'Occident, l'Iran défie l'Occident, la Chine, n'est-ce pas, concurrence l'Occident, je rappelle très rapidement parce que je l'ai déjà fait X fois, donc ceux qui sont fidèles à mes bavardages doivent commencer à en avoir marre, mais enfin quand même pour les nouveaux venus et je suis heureux de voir qu'il y en a toujours, qu'est-ce que ça veut dire l'Occident ?
36:08 Le mot à mot, c'est l'Ouest, oui ou non ? Alors c'est où l'Ouest ? Si vous voulez, vous savez bien depuis que la Terre est ronde, vous tirez votre chaise et vous êtes à l'Ouest, je veux dire, comme le petit prince sur sa planète, ben oui, la Pologne, c'est à l'Est ou à l'Ouest ? C'est à l'Est de l'Allemagne ou c'est à l'Ouest de la Russie ? Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? Ça ne veut rien dire ces mots-là. Ça a un nom en philosophie, ça s'appelle des concepts occultants. Ça veut dire des concepts qui ne sont pas faits pour nous montrer comme le concept de livres, de pianos, d'ordinateurs, de chats, parce que mon chat perturbe un peu des fois l'émission là, en venant dans le champ.
36:46 Ça c'est des concepts positifs qui montrent des choses qui existent. Ce n'est pas le cas d'Occident. C'est un concept non pas qui montre, mais qui cache. Concept occultant. Ils sont faits pour ne pas dire. Enfin, vous arrêtez de finasser, vous savez très bien que quand on dit Occident, ce n'est pas seulement l'Ouest géographique, ça veut dire aussi quand même les pays européens. Ah bon ? Ah ben ça alors, mais je croyais que le patron de l'Occident c'était les États-Unis d'Amérique, ce n'est pas l'Europe, ça. Ah mince, ça ne va pas non plus. Vous voyez, je fais des Socrate là.
37:16 Je pars d'une définition que m'a donnée mon interlocuteur et je vois les contradictions. Vous les acceptez ou pas ? Ah oui, donc on ne peut plus accepter que c'est seulement l'Europe, l'Occident. Bon, allez, arrêtons de finasser. Ils sont terribles ces philosophes. En fait, ça veut dire les pays industrialisés, les pays développés, ce n'est pas les pays ridicules qui subsistent grâce à la Banque mondiale et au FMI ou plutôt qui dépérissent à mon avis grâce à la Banque mondiale et du FMI.
37:46 Mais c'est un autre dossier. Vous savez bien que ça veut dire les pays industrialisés. Ah, donc le Japon, on a tort de le mettre en Extrême-Orient en géographie. Le Japon est en Occident. Allez, vous voyez, ça ne marche pas tout ça. Alors, nommons maintenant ce que ce concept cache et là, on fait un travail révolutionnaire quand on dit ça. C'est l'imperialisme atlantiste. Il y en a des impérialismes depuis l'Antiquité. Je parle, moi, de celui qui domine le monde depuis Waterloo qui commence à avoir du plomb dans l'aile C'est ça, le présent.
38:19 Mais c'est tellement compliqué que je commence par... Je continue à dire toute la genèse qui a amené à ce déclin auquel vous assistez et qui fait que au lendemain des graves émeutes qu'il y a eu en Iran d'extrêmement graves meurtrières. Vous avez remarqué pour l'instant, je ne condamne personne. Je constate que ça a été extrêmement meurtrier. Je constate que Trump a lancé un ultimatum.
38:50 Je me rappelle même d'une de ses publications où il s'adresse au peuple iranien en disant ne vous inquiétez pas, l'aide arrive, elle est en marche. Donc, on pensait que le lendemain, déjà, il y allait y avoir des bombardements de l'Iran comme il y a eu pendant la fameuse guerre des 12 jours ou des 14 jours, je ne me rappelle plus très bien, où ils ont vite arrêté parce qu'ils ont vu que l'Iran, ce n'est pas l'Irak. Il a des missiles qui ont troué le fameux dôme de fer israélien, qui ont fait des dégâts, qu'on a médiatisé peu, mais tout le quartier général de la Mossad a été explosé, par exemple.
39:23 Et là, comme par hasard, la guerre s'est vite arrêtée. Et là, encore maintenant, vous voyez que le porte-avions est arrivé, il est au large des côtes, mais enfin, je veux dire, il met du temps à intervenir parce que les Russes et les Chinois, ces salopards, je parle comme si j'étais de la CIA, eux ont convaincu les Iraniens de mettre des sous-marins en alerte et avec les missiles qu'ont les Russes maintenant, les Orechnik et j'en passe, n'est-ce pas, qui sont absolument impossibles à arrêter avec les défenses du genre Patriot, tout ça, c'est pourtant les plus sophistiqués qu'on a en Occident.
40:04 Avec un missile, vous abattez un porte-avions et avec 20 missiles, vous supprimez la flotte du porte-avions. Il y a un déclin militaire, il y a un déclin économique, la dette américaine est devenue abyssale et dire qu'on nous culpabilise en France avec une dette très importante mais très inférieure à celle des Etats-Unis ou du Japon. Alors c'est vrai que les Japonais sont les possesseurs de leurs dettes, les créanciers sont japonais alors que nous, les créanciers de la France, malheureusement, ils sont assez loin de l'Hexagone.
40:37 Ils sont plus au de l'autre côté de l'Atlantique la plupart du temps. Vous voyez, on met les choses au point quand on ressuscite une séquence historique qu'on passe sous silence. C'est à force de ne pas en parler, on finit par oublier. Donc c'est le moment, n'est-ce pas, j'avais fait toute une série de vidéos sur le thème de l'alternance entre amnésie et anamnèse, le contraire de l'amnésie, le fait que la mémoire revient tout d'un coup, n'est-ce pas ?
41:13 Et ça va être très important pour reparler du fascisme, le fait de ne pas avoir trop de mémoire. Donc, hostilité à la Révolution française, premier attribut, le fascisme, deuxième, l'anticommunisme. Mais enfin, quand même, le pacte germano-soviétique oui, c'est un pacte. Ça veut dire que les soviétiques ont dit à Hitler, écoute mon gros, si tu t'iras faire la guerre, c'est ton affaire, mais tu ne commences pas par chez nous. Les soviétiques étaient en plein plan quinquennal, reconstruction, de passer d'un pays arriéré par rapport à l'ensemble de l'Europe occidentale et économiquement, même s'il y avait déjà des usines très puissantes, Leningrad en particulier.
42:00 Ce n'est pas le moment de faire la guerre. La guerre est une catastrophe pour ceux qui construisent. C'est pour ça que les Chinois ne sont pas chauds pour la guerre. Je dis ça parce que maintenant, il y a russophobie, sinophobie, mais c'est grave quand même. C'est grave. Moi, j'avais déjà dix ans, on parlait déjà du péril jaune. Du péril jaune à l'époque où le pauvre Chine était composé de paysans qui enfonçaient le fumier humain avec les pieds dans les rizières. Mais non, mais non, mais non.
42:30 Mais non, il y en a qui disent même, j'ai vu des vidéos. Ce ne sont pas des Chinois. J'ai vu un Américain qui dit, j'ai honte quand je reviens d'Amérique à cause d'avoir fait un séjour en Chine. J'ai l'impression que je reviens à un pays arriéré. Maintenant, ils sont en 2050, les villes chinoises. Ça ne veut pas dire que j'approuve tout ce qui se passe en Chine. Mais quand on fait des comparaisons, il n'y a pas photo. Donc, attendez, attendez, attendez. Je suis en train de dire, attendez, le fascisme qui revient, tout ça, c'est notre époque. Non, ce n'est pas notre époque. Ça, c'est dans le temps.
43:00 C'est notre lieu. C'est le petit monde occidental. Heureusement qu'il y a des raisons d'espérer qui s'appellent les BRICS. Et la Chine en premier. Voyez comment on amène des choses. Et comme par hasard, chacun sait que Trump, ce n'est pas bien sûr s'il pouvait se débarrasser de la Russie. Non, mais son ennemi, c'est la Chine. Il n'est pas con. Il a des conseillers. Il sait très bien que le temps travaille pour le camp adverse. Et j'imagine mal le capital dire, écoutez les mecs, vous êtes les meilleurs, dire aux Chinois.
Antifascisme, paix et crise économique
43:33 Tenez, voilà les clés de l'Empire. Essayez de faire mieux que nous. Non, ce n'est pas comme ça que ça se passe. Ça ne va pas se passer sans dommage. Et donc, nous constatons que l'antifascisme auquel j'essaie de vous mobiliser, encore plus que vous ne l'êtes. Dans la quasi-totalité de ceux qui m'écoutent, doit se conjuguer avec une militance ferme pour la paix. Je suis furieux de voir que sur France 24, télévision d'État, ce n'est pas une petite chaîne privée qui fait de la propagande pour je ne sais quelle.
44:11 Non, télévision d'État qui a un budget grâce à vos impôts. À nos impôts. Il y a un petit résumé de l'actualité des dernières années. Vous voyez, là, à toute vitesse, comme on fait en termes de communication avec la caméra qui défile avant que le grand bulletin d'information de 19h commence ou de 20h. Et le dernier de ces spots, rapidement, c'est quelqu'un qui dit « Oui, vous savez, il y avait beaucoup de gens hostiles à la guerre dans les années 30, n'est-ce pas ?
44:48 Et ça a servi Hitler. Si vous êtes pacifiste, vous êtes pour Hitler. Voilà ce qu'on vous dit maintenant. Vous êtes pour Poutine, c'est pareil. Ce n'est pas ça que dit le totalitarisme, c'est pareil. Hier, c'était le communisme nazisme qui était pareil. Maintenant, même la Russie de Poutine. Poutine est un anticommuniste. Vous voyez, quand on restitue les séquences historiques, il y a beaucoup de mensonges qui perdent complètement de leur force. C'est grave, la russophobie et la sinophobie.
45:21 Parce qu'on s'attaque à ceux qui construisent là maintenant. Ceux qui détruisent. Ce qui se passe à Minneapolis. On voit un type qui sort avec une couleur qui n'est pas la bonne d'un hôtel. On lui demande ses papiers et s'il est sans papiers, on l'embarque. Et s'il y en a qui protestent dans la rue, on les tue. Je n'invente rien. C'est bien l'actualité la plus immédiate. Et ça, je ne parle que de ce qui se passe à l'intérieur des États-Unis.
45:51 C'est la première fois, moi ça fait longtemps que je m'y attends, mais enfin, ça fait la première fois que j'entends dire qu'il n'est pas impossible que dans ce pays qui a comme spécialité quand même la guerre civile, qui a eu la guerre civile la plus meurtrière des pays occidentaux. Oui ou non ? La deuxième partie du 19e siècle. Avec les nordistes et sudistes, vous connaissez le cinéma américain, plein de trucs comme ça. En général, en faisant la part belle aux sudistes, parce qu'il y a une sentimentalité, bon, on est vaincu, mais quand même, on sait vivre un peu mieux que ces gens du Nord qui sont des fonctionnaires ou des industriels.
46:24 Bref, ça fait des chefs-d'oeuvre. on peut être réactionnaire et faire des chefs-d'oeuvre comme autant en emporte le vent qui est à la gloire des sudistes, n'est-ce pas ? Non. On reparle de possibilités de guerre civile. En tout cas, jamais l'Amérique n'a été aussi divisée. D'accord ? Et on parle d'armer la ville de Minneapolis, la mairie, qui est hostile à Trump. Donc, il va y avoir des armes des deux côtés. ça sera un peu le roussi, n'est-ce pas ?
46:54 Mais je vous parle de carnage. Au-delà, c'est quand même le bombardement, la mise à plat, la mise en ruine et la tuerie de Gaza en premier, dans une quasi-indifférence, en tout cas, dans une impuissance. Même ceux qui en parlent pour dire « Oh là là, il y a eu des morts, c'est pas bien, c'est méchant. » Oui, mais enfin, je veux dire, ils ne disent jamais un mot contre ce qui stopperait immédiatement ce massacre, c'est si les Américains arrêtaient de fournir des armes à Israël.
47:30 Je me défie quelqu'un, là, de dire que c'est une opinion subjective de Pagani au café du commerce. Non ! Je veux dire, c'est... Belle époque, on donne des armes à un gouvernement d'extrême droite en Israël et à des néo-nazis en Ukraine. Vous voyez que le fascisme, c'est grave. Donc, vous voyez, anti-révolution française, anti-jacobinisme, anti-centralisation, des comparses de régionalisme, vous savez, les Corses, j'ai l'air de parler pour moi, je n'habite pas en Corse, et c'est une des raisons aussi, c'est que, alors que c'est...
48:16 comme chacun sait, un des plus beaux pays du monde, c'est une banalité, c'est ce que disent en tout cas tous ceux qui ont fait dix fois le tour du monde, mais la Corse a été souvent subjugée, dominée par l'étranger, par les pisans, par les cartaginois, par les romains, par les grecs, par les français, et les français, beaucoup plus récemment et plus longuement, les anglais, à une époque, l'éphémère, et république anglo-corse, mais ils mettent sur les murs maintenant les français dehors, et en dessous, les arabes dehors.
48:49 Vous voyez, il n'y a pas de classe sociale là, les français, comme si c'était une évidence, ce que c'est qu'un français de souche, vous avez de la chance, moi je ne sais pas. Moi, mes quatre grands-parents sont en Corse, je suis né au Vietnam, mais j'ai grandi en Afrique, je ne sais pas très bien ce que veut dire un français de souche. Et je crois qu'on est mieux, enfin mieux, un peu mieux, ou ignorer moins, si vous préférez, pour être plus modeste, la littérature française et tout ce qui fait la grandeur de la France, un peu mieux que la moyenne de ceux qui regardent les chaînes médiatiques les plus répandues.
49:28 Pour prendre une paraphrase laborieuse. Voilà. Donc, le fascisme s'est imposé d'abord en Italie, puis en Allemagne au moment de la plus grande crise économique, revenons à Marx, n'est-ce pas ? La crise dite de 29, qui commence en 1929, mais la crise des années 30, n'est-ce pas ? Jusqu'à 20 millions de chômeurs aux États-Unis, je ne sais pas si vous voyez quand même. Bon. Il y a une séquence, dans quel film de Chaplin qui est extraordinaire là ?
50:00 Si, c'est les lumières de la ville, voilà, là, ma préférée d'ailleurs. où il voit un camion passer, vous savez, derrière les camions, il y a des fois un petit drapeau rouge pour dire attention, il y a une poutre là qui dépasse un peu du camion. Et lui, et elle tombe. Alors lui, il la ramasse gentiment pour courir après le camion avec le drapeau rouge à la main. Et la police croit, croit que c'est un communiste. n'est-ce pas ?
50:50 Il est arrêté, il est mis en prison. Bon. Il vaut mieux en rire, mais c'est pas rigolo tout ça. Oui. Le fascisme en Italie, puis en Allemagne, a pris le pouvoir à la faveur de la plus grande crise économique.
51:22 Or, qu'est-ce qui se passe en ce moment ? La plus grave crise économique qu'a eue l'Occident depuis, depuis explicitement, elle couvait avant, depuis la crise dite des subprimes. Et depuis, elle ne s'en remet pas. Depuis, la dette américaine a été multipliée par 10. Ce n'est pas en quelques années. Le dollar s'effondre. Ce n'est pas ? Et surtout, beaucoup de puissances actuellement essayent de se débarrasser du dollar, ce qui est sans précédent. Il y a l'ordre imposé par, je disais de l'anglo-saxon, mais surtout, le Pentagone après-guerre, et que les accords de Bretton Woods résument assez bien.
52:02 C'est ce monde-là qui commence à être envahi par une multitude de failles qui le menacent. Je n'ai pas dit que ça y est, on va s'en débarrasser. Je ne veux pas me répéter « Tenez, voilà la clé, vous êtes meilleurs que nous ». Non ! Je veux dire, il y a un tigre blessé bien plus dangereux qu'un tigre en pleine santé et qui a autant de gazelles qu'il veut pour se nourrir et qui n'a pas une épine dans le pied et qui l'empêche de les poursuivre. Voilà.
Révolution nationale, souverainisme et identité française
52:33 Je m'arrête là pour cette première fiche technique sur le fascisme, mais non pas pour arrêter d'en parler. Mais pour en parler avec une autre entrée maintenant qui est la notion de révolution. Parce que là aussi, vous savez, si tous ceux qui se disent marxistes étaient marxistes, ce serait pas mal. Si tous ceux qui se disent révolutionnaires étaient révolutionnaires, ce serait pas mal non plus. Mais je rappelle que dans les années 30, en Allemagne, les nazis parlaient à propos de leur mouvement de la révolution nationale.
53:07 Ah, c'est pas l'internationalisme prolétarien, ça, ça sent les communistes. Je dis ça parce qu'aujourd'hui, nous voyons toute une droite redevenir nationale contre ce qu'elle appelle la mondialisation. D'accord ? Moi, j'ai rien contre la nation française. C'est pas ça. Non, non, mais nationaliste, c'est pas pareil que patriote, par exemple. Je m'explique. On en met au point des choses là graves.
53:40 C'est que le débat se passe maintenant entre ceux qui sont, comment on les appelle, souverainistes. Moi, je suis pour la souveraineté, vous inquiétez pas, j'ai assez parlé de Rousseau qui a fondé le concept moderne de souveraineté. Mais le souverainisme, c'est autre chose que la souveraineté. C'est de défendre bec et ongle la nation contre quoi ? Contre le reste du monde. la mondialisation. Non. Moi, je suis pour le reste du monde. Je suis pour l'internationalisme prolétarien, comme on disait encore il n'y a pas si longtemps, mais ça fait longtemps qu'on ne dit plus, contre le cosmopolitisme bourgeois.
54:15 Je cite entre un grand patron hollandais et un grand patron japonais, il y a des différences de couleur de peau, je veux bien de ça, mais c'est dérisoire. Ils ont la même vie, ils ont les mêmes références, ils regardent les mêmes films. Grosso modo. Mais entre chacun des deux et leurs ouvriers respectifs, il y a des planètes qui les séparent. C'est là qu'on voit que dès qu'on néglige la notion de classe sociale, on sert l'adversaire, on sert l'illusion des identités.
54:49 Voilà. Donc, la révolution française a commencé par se faire écrouler les identités. et oui, le savoyard, vous savez, les régions, le corse, le breton, mais je n'ai rien contre ces gens-là. Je suis contre le bretonisme, le corsisme, c'est pas... La révolution française a créé des départements. Mais oui, la Seine-et-Marne, le Finistère, c'est un peu plus universel, n'est-ce pas, et moins identitaire que la bretonnitude ou le français de souche.
55:27 Il n'est pas impossible qu'à l'origine le peuple amour français soit noir. Oui, oui, je sais qu'il y en a que ça scandalise, mais enfin, quand on refait les recherches préhistoriques actuellement, c'est pas exclu. Il s'en est passé des choses depuis Néandertal, vous savez, avant de se dire un français d'origine, quand même. Mon ex-femme allemande me disait qui a 10 ans de plus que moi, me disait qu'elle avait fait l'objet d'une enquête, à l'époque nazie, quand elle était gamine, pour savoir si elle était aryenne jusqu'à tant de générations. Ça en est bien sorti, il paraît qu'elle était aryenne jusqu'à tant de générations.
55:57 Comment on peut être sûr de ça ? Comment on peut savoir si le grand-père n'a pas, dans une grange, dans une ferme, avec une bonne qui était peut-être juive ? Vous voyez ? Comment on peut savoir ? Alors, de Néandertal jusqu'à nous, vous savez, se dire français de souche, je ne sais pas où est la souche. Moi, il y a longtemps, je ne la vois plus. Je ne dis pas qu'il n'y a pas d'identité française. Mais elle n'est pas, n'est-ce pas, donnée comme ça indépendamment des actions les uns et des autres. Et elle est forgée au fur et à mesure des événements historiques d'identité française.
56:29 Les historiens s'accordent à peu près pour dire qu'elle ne commence à apparaître timidement, mais assez sensiblement à partir de la fin de la guerre de Cent Ans, quand toutes les régions de France, n'est-ce pas, se sont unifiées contre l'ennemi commun qui était de bouter l'anglais hors de France. N'est-ce pas ? Par exemple, c'est tardif, et encore pendant des siècles après la fin de la guerre de Cent Ans, on a continué à parler ici Picard, en Corse, on continue à parler Corse, c'est une des rares régions comme l'Alsace, n'est-ce pas, où les habitants parlent couramment encore la langue régionale.
57:08 Et ce qui a le plus fait pour faire disparaître ces langues régionales, c'est la télévision. Ce n'est pas un pouvoir jacobin qui leur a dit « je vous interdit » dans certaines régions, oui, mais c'était des instituteurs corse qui empêchaient les jeunes écoliers corses de parler français. Ce n'était pas un ordre venu de Paris, c'est parce que la promotion sociale ne pouvait se faire que si on accédait aux français. Et encore en Afrique, maintenant, à Abidjan, quelqu'un qui est alphabétisé, on dit « mais lui, là, il connaît papier, il connaît papier, mais oui, donc il aura un emploi quelque part, un peu à la poste, quelque chose de modeste. »
Révolution, révolte, réforme
57:43 Mais voilà, quand on est divisé en 80 langues, surtout dans l'Afrique forestière, où les langues pullulent dès qu'on est la forêt, facteur d'isolement et de séparation, alors que, par exemple, dans toute l'Algérie, tout le monde comprend l'arabe, qu'on soit kabyle. Bon, voilà. Je voudrais m'arrêter là pour aujourd'hui, c'est-à-dire sur la notion de révolution, juste, je prolonge, pour proposer trois concepts qu'on a souvent tendance à faire, à être voisins, voire à identifier des fois la révolution, la révolte, la réforme.
58:22 Déjà, la réforme, je n'en parle pas parce que j'ai presque envie de vomir. ça fait presque 40 ans qu'on dit le mot réforme, on va faire une nouvelle réforme, c'est pour faire une contre-révolution, c'est pour détruire, c'est pour décider que toute une liste de médicaments ne sont plus remboursables, ça c'est des réformes qui améliorent notre budget, n'est-ce pas, mais qui font crever, n'est-ce pas, ceux qui n'ont pas les moyens d'acheter les médicaments. Je me souviens de la mère d'une amie qui était anglaise, qui était très anti-française, elle était fille d'amiral, elle a ses raisons, je ne dis pas qu'elle a raison, elle a ses raisons, mais qui, dès qu'elle était malade, venait en France pour se faire soigner.
59:01 Quand le système de protection sociale français était un peu moins démoli que maintenant, il y en a qui s'efforcent encore de démolir, ce qu'il en reste, n'oubliez pas. Vous voyez, c'est tout ça. Quand on dit réforme, j'évite d'en parler parce que ça me rappelle de très mauvais souvenirs Mais maintenant, à l'heure actuelle, sous le régime capitaliste, néolibéral, agressif, dans lequel nous vivons, il faut bien comprendre que quand on parle de réforme, c'est qu'on est en train de préparer une contre-révolution.
59:34 Je n'ai pas inventé ça. Si, pardon, pour une fois, je ne le lis pas, je ne le trouve pas souvent dans mes sources ou dans mes recherches. Je me permets de le dire. Donc, ne me croyez pas sur parole, vous savez, je déteste les gourous. Vérifiez, vérifiez. Les grandes réformes dont on a parlé au cours des quinquennats précédents, alors là, ils peuvent se présenter à gauche, à droite, Sarkozy, Hollande, je veux dire, mais c'est exactement le même programme économique et social. C'est pour ça, comme dit Marx, pour savoir qui est à gauche et à droite, il ne suffit pas de dire « Et vous, vous êtes quoi ?
1:00:06 Moi, je suis à gauche. » Non. Je cite ici la fameuse préface de 59, une phrase qu'on ne répète pas assez souvent. Pas plus qu'on ne juge un individu à l'idée qu'il se fait de lui-même. On ne juge une époque sur sa conscience de soi. Allez, parlons français. Qu'est-ce que ça veut dire juger un individu sur l'idée qu'il se fait de lui-même ? Ce serait trop facile. Vous vous rendez compte des procès ? Comme ce serait plus simple. On dirait « Accusé, levez-vous ! » Qu'est-ce que vous en pensez ? « Je suis innocent, monsieur le juge. » Alors, acquitté. Oui, si on juge les gens sur l'idée qu'ils se font de lui-même.
1:00:36 C'est vite vu. Voilà. Donc, quant à la révolte, c'est le mouvement que préfèrent les libertaires, vous savez. Or des révoltes, il y en a eu bien avant la révolution française. C'est pour ça qu'il y en a qui ont un faible pour la révolte. C'est que la révolte, la plupart du temps, elle est matée dans le sang. La plupart du temps, c'était dans l'ancien régime la révolte paysanne, ce qu'on appelle en France les jacqueries, et qui ont pris en proportion en Allemagne, qui ont pris en Allemagne, pardon, des proportions gigantesques.
1:01:14 Regardez un peu dans Wikipédia, puisqu'on n'a pas mieux. Même si il y a des côtés ahurissants dans Wikipédia, mais passons. Regardez, pour la majorité d'entre vous, en tout cas, qui y a accès, regardez Allemagne, guerre des paysans. Vous n'allez pas en revenir. C'est avant tout au XVIe siècle, en gros. Les carnages que ça a fait. Vous comprenez pourquoi il y en a qui aiment bien la révolte, parce que souvent, elle n'est pas sanctionnée politiquement.
1:01:45 C'est maté dans le sang et le pouvoir devient plus réactionnaire que jamais. Alors, ça a un côté sympathique, la révolte, à condition qu'elle n'en reste pas au simple stade de la révolte, négatif, mais qu'elle aille jusqu'à la révolution. Et ce qui fait la différence, je me permets de citer Lénine, sans théorie révolutionnaire, pas de pratique révolutionnaire. Et on voit tout d'un coup, pour montrer la fécondité de cette phrase, que s'il y a eu la révolution française, c'est parce qu'il y avait un grand détour théorique pendant un siècle avant cette révolution qui s'appelle, comme par hasard, le siècle des Lumières ou encore le siècle des philosophes, le siècle de la théorie.
1:02:29 Eh bien oui, je sais bien qu'un anti-intellectualisme, n'est-ce pas, qu'il soit fréquent dans la droite n'est pas une surprise, mais que ça atteigne même des gens qui se réclament du marxisme, comme ceux qui parlent de marxisme occidental, en disant qu'ils perdent du temps dans les problèmes culturels, artistiques, tout ça, au lieu de parler des forces productives et des rapports de production. C'est des gens qui se veulent plus marxistes que Lénine, vous voyez, ou plus léninistes plutôt que Lénine, ce qui est encore mieux, c'est pas encore plus...
1:02:59 je vais dire comique si c'était pas aussi dangereux, c'est pas... Et oui, ceux qui parlent de marxisme occidental, bientôt c'est racial, quoi. Je vous recommande à ce titre un excellent article que Victor Sarkis, notre jeune camarade, vient de faire paraître dans un blog que j'ai déjà cité et sur lequel nous avons débattu ensemble à une époque sur le rapport Hegel-Marx. Si vous regardez bien, c'est le fameux blog qui s'appelle, c'est facile à retenir, le gros rouge qui tâche.
1:03:30 Au moins, il annonce la couleur. Blog, je rends hommage à deux personnes, à Victor Sarkis qui vient faire un excellent article sur la notion vérifiée de marxisme occidental. Gardez bien des guillemets, je ne sais pas si ça mérite d'être marxiste ces trucs-là. Mais un blog qui a été fondé par Benjamin Lelouarn, que je salue, et qui a eu la gentillesse de m'inviter pendant ma convalescence en Bretagne pour le réveillon.
1:04:00 Voilà. Laissons tomber ses côtés persos. Voilà. Pour l'instant, je montre que ceux qui ont des griefs contre la révolution française, contre le jacobinisme, contre la dictature du centre sur la périphérie, sur le réveillon, j'en sais rien, tout cela, on pourra s'expliquer. Mais attention de ne pas se faire se faire les complices de la révolution française. Le troisième Reich, pullule, lisez, écoutez les vidéos, par exemple, de, ou vous lisez, ces livres, c'est encore mieux, de Chapoutot, n'est-ce pas, que cette critique, déjà commune de la centralisation de la révolution française, et même de l'État, et oui, vous bondissez quand je vous dis que le nazisme était anti-État, enfin, Chapoutot, il a des documents d'époque, n'est-ce pas, les citations où Hitler dit, je cite, il faut pulvériser l'État.
1:04:49 Voilà. Je m'arrête là pour aujourd'hui car ceux qui m'écoutent savent qu'il y a une distinction importante entre État et appareil d'État. Je suis trop content de vous avoir retrouvé. Je dis un grand merci, un grand merci à Adrien qui vient en vélo, pardon, je le dis à chaque fois Adrien, mais enfin, quand même, je ne sais pas montrer à quel point j'ai de la chance, je ne me plains pas, en vélo, depuis Aubervilliers jusqu'à Cachan, les deux points les plus opposés de l'île de France, c'est pas, et notre camarade commun, Paul, qui habite avec lui à Aubervilliers, on est bien d'accord.
1:05:22 Voilà, et sans eux, je n'aurais pas pu faire cette captation, et surtout si c'était que ça, mais sans eux, je n'aurais pas les échanges féconds que nous avons souvent sur ce qui est en train de se passer, n'est-ce pas, et qui montrent qu'il y a quand même de l'espoir. Allez, je finis là-dessus. Regardez quelques vidéos sur les ponts que les Chinois jettent dans des endroits à peine explorés qui ont 100 mètres de plus de hauteur que le premier étage de la tour Eiffel.
1:05:52 Regardez, et après, quand on a parlé des pauvres Chinois qui gémissent sous une dictature, ça vous fera rire ? Regardez les fous Chinois dans la rue, c'est sans précédent dans l'histoire humaine. On n'a pas assez de recul historique, tellement que c'est gigantesque. Il faudra attendre quelques temps avant qu'on constate que jamais dans l'histoire humaine il n'y a eu un tel bouleversement, un tel changement à une telle échelle. Très bonne soirée et à la prochaine fois pour ce feuilleton palpitant. Il ne faut pas perdre de vue le fascisme renaissant.