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Baudelaire, Debussy et la réaction parnassienne
10:10 et vous allez voir pourquoi à certains préludes de Debussy, qui viennent d'être diffusés, et j'enchaîne immédiatement sur ce rapprochement. Alors, ce n'est pas votre serviteur qui a eu la fantaisie d'opérer ce rapprochement, il est quasiment classique, je veux dire, Baudelaire, inaugure en littérature, en poésie, un mouvement qu'on appelait bien plus tard le symbolisme, les plus grands poètes de ce mouvement, les Verlaine, les Rimbauds, les Mallarmé et Baudelaire, le premier chronologiquement, ne se sont jamais désignés comme symbolistes, de toute façon, le mot n'existait pas, le mot symbole oui, mais le mot n'existait pas encore pour désigner un mouvement littéraire. Je préfère parler d'impressionnisme parce que c'est plus familier au public, on pense immédiatement. Et Debussy étant le représentant emblématique de l'impressionnisme musical français, en gros, n'est-ce pas, à Fauré et Debussy Ravel, je constate en passant qu'on sacrifie toujours un des tout premiers à avoir fait ce miraculeux
11:27 renouveau de la musique française, c'est ce brave Chabrier. Comme il avait un tempérament truculent, et qu'il animait les soirées, mais d'une manière autrement festive qu'un DJ, en jouant au piano avec les virtuosités qu'il avait en cassant deux ou trois cordes au passage, tellement qu'il y mettait du cœur. Du coup, on ne voit pas à quel point sa musique est déjà prophétiquement profonde. Voilà. Mais enfin, c'est surtout, je pense à Debussy. Et alors, donc, ce n'est pas ça que je veux amener, parce que chacun, c'est enfin tous ceux qui ont une petite culture musicale savent très bien que Debussy et Baudelaire appartiennent au même monde esthétique en gros, même si Debussy vient un peu après, il est mort pendant la guerre de 14, alors que Baudelaire, c'est le dernier tiers, si vous voulez, aborde le dernier tiers du 19e siècle.
12:28 Donc, ils appartiennent à peu près au mouvement, disons, initié par Baudelaire. Debussy, je continue à dire ce que chacun sait dans les conservatoires et dans les bibliothèques, Debussy a mis en musique pas mal de poèmes de Baudelaire, Baudelaire, de même que Fauré et d'autres. Voilà. Comme plus tard, je ne sais pas, moi, Boulez utilisera un texte de Mallarmé pour écrire Pli selon pli et Debussy a utilisé le poème de Mallarmé qui s'intitule « Prélude à l'après-midi d'un faune » pour écrire une des plus belles pages d'orchestre de la musique impressionniste française, n'est-ce pas, et qui est un ballet, un ballet d'une extrême lenteur, ce qui est fascinant.
13:23 Et créé par Nijinski, par les ballets de Diaghilev à l'époque où c'est les Russes qui animaient la vie musicale de Paris, les ballets russes. Donc, je fais allusion à Prélude à l'après-midi d'un faune parce que Debussy écrit un petit mot à Mallarmé, dont le texte encore une fois a inspiré son poème musical, son poème symphonique, en lui disant ceci.
13:55 Debussy, parlant de sa partition à lui, pour être bien clair, il dit « Mon prélude à l'après-midi d'un faune, c'est ce qui restait de rêve au fond de la flûte du faune. » Vous voyez, ce Debussy-là est très différent de celui que je vous fais écouter ce soir et que je rapproche du Baudelaire que j'ai sélectionné ce soir, parce que ne me faites pas ce serait réducteur de croire que ce que je vais dire de ces poèmes maintenant est valable pour tout Baudelaire.
14:26 De même, ce que je vais dire des Préludes de Debussy n'est pas valable pour tout Debussy. Mais n'embrouillons pas. J'ai choisi, en particulier avec la beauté par exemple, le poème qui s'appelle « La beauté », un Baudelaire qui n'est pas celui que je préfère justement. Ne croyez pas que je sois dans mes dada. Mais je suis dans le souci de transmettre. Et je fais allusion à quoi ? Un Baudelaire qui est passé, c'est connu de tous ses biographes, qui est passé par la phase dite parnassienne, n'est-ce pas ?
14:59 L'école parnassienne de poésie étant la première réaction au romantisme qui commençait à passer de mode au milieu du siècle. Comme c'est des choses assez connues, je passe assez vite. Renseignez-vous, tout ça est très bien documenté. On date souvent même la fin du romantisme, pour ceux qui veulent absolument que ce soit dans les 31 décembre à minuit, qu'on passe d'un monde à l'autre. Dater cette fin avec l'échec de la pièce de Hugo intitulée « Les Burgraves » en 1853.
15:34 Donc, disons, dès le milieu du 19e siècle, les gens sont lassés du romantisme. Et il y a deux grandes réactions qui se produisent. Dans le roman, c'est ce qu'on appelait bientôt le réalisme, des continents littéraires comme Balzac, comme Stendhal, bien sûr, Flaubert, un peu plus tard, Zola, qui va radicaliser certains aspects du réalisme en naturalisme. Bon, on n'est pas là pour faire un cours de littérature. Ça, c'est les réactions antiromantiques dans la prose, dans le roman.
16:06 Mais il y a aussi une réaction en poésie. Il y a une poésie contre le romantisme, qu'elle accusait de négliger un peu la forme au profit de la sincérité, de l'épanchement du sentiment. Une poésie qui se veut, je cite, « marmoréenne ». « Marmoréenne », ça veut dire de marbre. Et vous voyez, la beauté dit « je suis belle, ô mortels, comme un rêve de pierre ». Vous voyez qu'il y a un champ sémantique qui commence à prendre forme, là. C'est ce Baudelaire dont je dis que ce n'est pas tout à fait celui que je préfère, mais qui n'aurait pas été le Baudelaire qu'on aime s'il n'était pas passé par cette réaction parnassienne antiromantique où il fallait restaurer la perfection de la forme.
16:52 Il aurait voulu s'accrocher, n'est-ce pas, aux seins de pierre des chimères qui décorent le parc de Schönbrunn, ce qui veut dire littéralement Fontainebleau, d'ailleurs, Bellefontaine, Schönbrunn, à Vienne. Bon, donc, ce côté marmoréen, néoclassique, grec, plastique, je veux dire, dont on avait besoin pour rééduquer le poète dans le sens d'un souci, du détail, de la forme, du beau travail, bien accompli, de l'artisan qui sait à merveille faire une table, de l'ébéniste, du bijoutier, prenez les métaphores que vous voulez, qui ne se contente pas de se dire comme le poète romantique Musset, « Ah, frappe-toi le cœur, c'est là qu'est le génie ».
17:46 Vous voyez ? Bon, c'est cette réaction-là. Alors, il serait idiot de réduire Baudelaire à cela. Et c'est pour ça que j'ai pris l'autre poème, « Harmonie du soir ». Je vais naviguer entre les deux. Et quelle est l'antithèse de ça ? Vous la trouvez chez Baudelaire aussi ?
Sons et parfums contre la statue ; le silence chez Debussy
18:17 Sons et les parfums. Vous savez, il y a un vers très célèbre de Baudelaire, « Les sons et les parfums tournent dans l'heure du soir ». C'est celui qui est dans « Harmonie du soir » que vous avez sous les yeux. Mais vous avez aussi dans « Correspondance », les couleurs, les parfums et les sons se répondent.
18:50 Vous voyez, c'est une association fréquente. Or, qu'est-ce qu'il y a de commun entre l'art des sons, l'art culinaire et la cosmétique des grands parfumeurs, si je puis dire ? C'est le fait que c'est en fermant les yeux qu'on goûte le mieux leur production. C'est tout le contraire du monde visuel, de la forme bien arrêtée, du contour, de la plastique grecque. Voilà. Ce n'est pas le monde d'Apollon. Ce n'est pas le monde de Midi. Vous voyez, je reviens à mon histoire nocturne.
19:22 Les parfums, les sons sont plus nocturnes que les couleurs et les formes. Voilà. On va aller très vite. Or, j'aurais pu trouver plein, et on les trouve, chez Baudelaire, plein de passages, où l'on retrouve au contraire du statisme, de cet idéal statique de la beauté un petit peu froide qui est ici, n'est-ce pas ? Marmoréen, de marbre, ça veut dire froid aussi. Regardez, je trône dans l'azur comme un sphinx, un sphinx, ça ne parle pas beaucoup.
19:53 Je hais le mouvement qui déplace les lignes. Voilà le vers qui résume tout le poème à lui seul. Le vers le plus antidynamique, le plus antimusical, n'est-ce pas ? Je hais le mouvement qui déplace les lignes. Voilà. Donc, vous me direz, pourquoi je l'ai pris, si ce n'est pas l'air que je préfère ? Parce que je retiens quand même un thème qui se développe dans ce texte, et lui qui est très profond, mais qui se dégage ici clairement, c'est pour ça que j'ai pris ce texte, c'est le fait qu'on voudrait arrêter le temps, immobiliser le temps dans un instantané plastique.
20:36 Ceux qui se rappellent d'un film comme l'année dernière à Marienbad, je ne suis pas un grand cinéphile, je ne connais pas le cinéma comme la musique que j'ignore un peu moins, mais ça m'avait frappé, dans ce film qui paraît-il que c'est un film culte pour certains cinéphiles, j'ai été frappé d'effets de zoom saisissants dans un parc à la française, où des statues grecques justement, tout d'un coup sont zoomées, si je puis me permettre ce barbarisme, vous voyez, d'une manière assez brusque comme ça, comme si Diane ou Apollon étaient en train de bouger, étaient en train de déchaîner une fraction de seconde avant le plan du cinéaste, et que juste quand ils apparaissent sur l'écran, ils sont immobilisés.
21:23 Clac ! Comme dit Valéry dans le cimetière marin, Achille immobile à grands pas. Voilà. Donc voilà, ce qui m'intéresse, c'est cette manière de vouloir arrêter le temps. Or, c'est ce qui m'amène à Debussy. J'ai choisi deux préludes, il y en a, il y en a où ça bouge chez Debussy, mais enfin, il y a quand même une tendance majoritaire, on ne peut pas toutes, on peut être ignorant en musique, ce n'est pas la question, mais ceux qui connaissent bien la musique de Debussy, et qui connaissent bien la poésie de Baudelaire, réalisent bien que tendanciellement, il y a chez Debussy une tendance croissante, d'ailleurs, dans sa musique, surtout par rapport aux œuvres de jeunesse, à vouloir cultiver le son, la résonance sonore pour elle-même, presque en l'immobilisant, comme si toute la musique pouvait tout d'un coup s'arrêter sur un accord, sur un accord extraordinaire, s'immobiliser.
22:22 D'ailleurs, il y a un titre d'un morceau pour piano de Debussy qui s'appelle « Et la lune s'arrêta sur le temple qui fut ». Vous voyez, c'est tout à fait dans le goût un peu décadent de l'époque, c'est superbe. « Et la lune s'arrêta sur le temple qui fut ». Alors que le morceau que je vous ai proposé, le premier, s'appelle « La terrasse des audiences au clair de lune ». Vous voyez, on est vraiment dans la veine nocturne. Or, écoutez bien cette musique, elle ne cesse d'explorer le silence. On dirait qu'elle ne résonne que pour nous faire mesurer l'ampleur du silence.
22:58 Et jusqu'à la fin de « La terrasse des audiences au clair de lune », juste après, le seul passage de petite dramatisation, ça, ça ne va pas dans le sens du statique, « drama » veut dire « action » en grec, la petite dramatisation qui est un petit peu avant la fin, ça s'apaise tout d'un coup dans des accords somptueux, comme si le piano voulait faire des veloutés de cuivre post-wagnerien, à la Bruckner ou à la Mahler.
23:29 Et de même pour Canope, le second morceau, regardez bien, c'est une espèce de colonnade, une suite d'accords parfaits qui s'égrènent comme ça. Vous savez que Canope, c'est des vases de l'Égypte antique, c'est comme si on se promenait, n'est-ce pas, dans les enfilades, dans les propylées de colonnes de Thèbes ou de Memphis, dans l'Égypte ancienne, et vous voyez déjà le rôle du silence dans notre rapport à l'art égyptien de l'Antiquité, dont la principale qualité est sans doute le mystère, ça va toujours avec le silence, n'est-ce pas ?
24:04 Je trône dans l'azur comme un sphinx incompris, dit la beauté de Baudelaire. Un sphinx, c'est le mystère. Et le mystère règne par le silence, n'est-ce pas ? Quitte à provoquer quelquefois, je glisse sur les mots du mystère à la mystification. Revenons à Debussy. Donc, à la fin de Canope, il y a presque une extase harmonique, n'est-ce pas, avec un accord, je ne veux pas faire de l'analyse, mais un accord de seconde, n'est-ce pas, qui est censé immobiliser le temps, mais tout en ouvrant l'accord pour montrer que ça pourrait résonner comme ça à l'infini.
L'école du désenchantement et L'Invitation au voyage
24:42 Donc, je résume le quotient de ce que je voudrais transmettre là maintenant. Il y a chez Baudelaire, à partir de la réaction postérieure à l'échec de la révolution de 48, comme chez tant d'autres, tant d'autres de cette génération qu'un critique littéraire comme Bénichou, auquel il a consacré une étude qui a ce beau titre, n'est-ce pas, la génération, l'école, pardon, l'école du désenchantement. Vous voyez ? C'est désenchanté, alors que le romantisme est toujours enchanté.
25:13 Là, c'est l'école du désenchantement. Un côté tour d'ivoire, le poète s'isole de la foule et recherche les tapisseries, les intérieurs somptueux, des meubles luisants, polis par les ans, décoreraient notre chambre, les plus rares fleurs mêlant leurs odeurs aux vagues senteurs de l'ambre. Bien sûr, je cite l'admirable invitation au voyage de Baudelaire. Les riches plafonds, les miroirs profonds, la splendeur orientale.
25:44 Tout y parlerait, à l'âme en secret, sa douce langue natale. Je fais une petite remarque sur natale. Je ne veux pas qu'on respecte notre timing, mais quand même, il y en a qui ont écrit des pages et des pages pour savoir si Baudelaire nous invitait en Hollande ou bien au Portugal, parce que à Lisbonne, il n'y a pas beaucoup de végétaux. Baudelaire ne met pas les végétaux. Il parle des canaux, on voit sur ses canaux dormir ses vaisseaux, donc c'est peut-être la Hollande. Alors que Baudelaire le dit dans le texte, tout y parlerait, à l'âme en secret, sa douce langue natale.
26:16 Ne cherchez plus ailleurs, c'est le paradis perdu. C'est la patrie de l'âme, celle de laquelle on est tombé pour naître. Vous savez qu'il y a tout un mystique néo-platonicienne dans l'esthétique baudelaireienne qu'on retrouve chez Mallarmé qui parle de ce ciel antérieur où fleurit la beauté. Voilà. Donc, je vais faire la parenthèse sur la douce langue natale.
26:46 Vous voyez ce luxe, les riches plafonds, les miroirs profonds, les intérieurs, alors que celui qui écrit ça vivait dans une mansarde, n'est-ce pas, comme un pauvre hère matériellement parlant, à rapprocher de son dandisme et puis bien sûr au refrain de l'invitation au voyage, « Là, tout n'est qu'ordre et beauté , luxe, calme et volupté ». Vous voyez ? Donc, je passe à Harmonie du soir. Vous allez comprendre pourquoi j'en parle en dernier maintenant pour ce qui est de Baudelaire.
La partition invisible d'« Harmonie du soir »
27:18 Parce qu'il fait la synthèse, ce poème, de ces deux tendances, chez Baudelaire. La tendance parnassienne, il fallait donc, je le rappelle, revenir à une recherche de la perfection formelle après les pages et les pages un petit peu délayées quelquefois, où les romantiques croient qu'ils font de la poésie, mais souvent de la pensée versifiée, ce qui n'est pas tout à fait, ou de la réflexion versifiée, ce n'est pas tout à fait de la poésie.
27:49 Les plus grands romantiques sont bien sûr à l'abri de cette critique. Je parle des romantiques français ici, le plus grand romantisme, chacun sait qu'il n'est pas français, à part quelques rares exceptions. Il est nordique. Donc, je reviens à ce poème, Harmonie du soir, parce que dès le titre, il y a une connotation musicale. Et le fait qu'il parle du soir, du crépuscule, de la fin de journée, bref, d'un processus intermédiaire, en l'occurrence, entre le jour et la nuit, soyons rigoureux.
28:27 Au lieu de parler du texte, essayons de faire parler le texte. Comme disait Van Gogh, nous ne pouvons faire parler que nos tableaux, ça c'est de l'honnêteté. le soir, vient contredire ce que je disais de la veine plastique, où le temps, où on est sorti du temps, on est revenu à l'éternité de la forme, de la pierre, de la statue. Ah non, là c'est harmonie, déjà, ça résonne, c'est du son, on peut fermer les yeux, ce n'est pas visuel, c'est pour l'oreille.
28:59 Et du soir, eh bien, vous allez voir que dans ce poème, qui commence exactement à l'opposé de la beauté du poème qui porte ce nom, du poème éponyme, très, très marmoréen, vous voyez, il commence par cette strophe que je vais creuser un petit peu avec vous. C'est une discussion au coin du feu ce soir, il n'y a pas de feu chez moi.
29:30 C'est trop petit, il y a 18 mètres carrés, il n'y a pas la place pour une cheminée. Mais il y a un chat qui me réchauffe, et que je réchauffe. Mais il préfère le radiateur quand même. Donc, voici venir les temps, c'est la première strophe, n'est-ce pas ? Voici venir les temps, où vibrant sur sa tige, chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir. Les sons et les parfums tournent dans l'air du soir, valse mélancolique et langoureux vertige.
30:01 Je m'arrête là. Pourquoi ? Pour attirer votre attention sur, avant même le sens des mots et ce dont il parle, on va y revenir, le crépuscule, le soir, sur le côté partition de ce texte. Il y a une partition invisible, mais pas à l'oreille. Pour l'oreille, elle est très audible, elle est même faite pour ça, pour être entendue. Je m'explique. Regardez cette strophe que je viens de lire. Elle fait alterner des vers, ou la coupure au milieu du vers, ce qu'on appelle l'hémistiche, la coupe, n'est-ce pas, la césure.
30:39 Comme ce sont les alexandrins, vous comptez six pieds, vous êtes au milieu. Voici venir les temps, un, deux, trois, quatre, cinq, six, ou vibrant sur sa tige, etc. Les sons et les parfums, un, deux, trois, quatre, cinq, six, voilà. On s'arrête à l'hémistiche, mais on s'arrête sur une syllabe tantôt masculine, c'est-à-dire le son s'arrête sur la syllabe, voici venir les temps, silence, et non pas sur un e muet. Or, le vers suivant, voici venir les temps, ou vibrant sur sa tige, à la ligne, chaque fleur s'évapore, vous voyez, le sixième pied, c'est pore, et le e muet étant suivi d'une voyelle, on ne le prononce pas.
31:20 C'est ça la règle, n'est-ce pas ? Chaque fleur s'évapore, ainsi qu'un encensoir. Comme s'il y avait un r' à évapore et qu'on enchaînait sur le a de ainsi. Chaque fleur s'évapore, ainsi qu'un encensoir. Alors que le premier vers, j'y reviens, voici venir les temps, là vous mettez un grand M, masculin, syllabe masculine. Et à la fin du vers, ou vibrant sur sa tige, il y a un e muet, le son se prolonge, féminin, M, F. Allez à la ligne. Chaque fleur s'évapore, féminin, ainsi qu'un encensoir.
31:53 Le son ne s'arrête pas, F, F. Il pourrait y avoir un e muet, ça ne changerait rien, puisqu'il serait muet justement. À la ligne, les sons et les parfums, de nouveau M. Tourne dans l'air du soir, F. Vous voyez la partition qui est là, invisible, la régularité, la récurrence. Exactement comme des musiciens de jazz improvisent, et c'est vrai qu'ils improvisent, mais pas sur n'importe quoi. Comme j'ai souvent dit à mes élèves dans le centre musical de Niamey au Niger, financé par vos impôts, c'était l'Union européenne qui est financée, l'improvisation, ça ne s'improvise pas.
32:31 On improvise sur un thème, donc on a le thème en commun qui ne bouge pas, sur un certain tempo, il n'y en a pas un qui... Après, chacun fait ce qu'il veut, comme sur un circuit automobile, si vous voulez une autre métaphore, chacun fait le même circuit, mais personne ne passe au millimètre près, exactement au même endroit avec sa voiture. Voilà. Donc, heureusement, il y a une partition. J'attire votre attention là-dessus, parce que je ne suis pas dans un jeu formel. Vous pourriez penser, mais oui, on vous voit venir, bien sûr.
33:03 Il est bien connu que le thème dominant du symbolisme en poésie, voire le manifeste de cette poésie dans le poème de Verlaine qui s'appelle justement l'art poétique et qui commence par le coup d'archer célébrissime de la musique avant toute chose. Et pour cela, préfère l'impair plus vague et plus soluble. Alors là, on est à l'opposé du marbre. Préfère l'impair plus vague et plus soluble dans l'air sans rien en lui qui pèse ou qui pose. Superbe ! Vous pouvez prendre pose dans tous les sens, y compris dans le sens des poseurs.
33:37 Donc, de la musique avant toute chose et pour cela, préfère l'impair plus vague et plus soluble dans l'air sans rien en lui qui pèse ou qui pose. Eh bien, cette poésie-là, c'est Baudelaire qui l'a initiée, même si c'est Verlaine qui vient de rédiger cet admirable début de l'art poétique. D'ailleurs, tout le poème est superbe. Je vous y renvoie pour une autre fois. Mais ce n'est pas pour ce jeu formel. Ça, vous le trouvez dans les manuels de littérature. Ce n'est pas seulement pour cela. C'est...
Le soleil figé : du mal du siècle au siècle du mal
34:07 J'ai insisté sur la récurrence de structures invariantes. Vous voyez ? M, F, F, F et puis ça succède comme ça. Or, nous avons dit « Ah ! » Voilà quelque chose qui n'est pas de marbre. C'est un poème, Harmonie du soir, qui est plutôt dans le mouvement puisqu'il est dans la musique. Pas tant que ça. Et vous allez voir que par la magie verbale, par cette magie sonore, on a parlé pour Baudelaire de sorcellerie évocatoire, par cette magie sonore, tel un sorcier du fond des jungles du Congo central, vous voyez ?
34:43 Le poète va immobiliser la seule chose qui bouge dans tout ça. C'est le soleil qui est en train de décliner. Je fais allusion à quoi ? Parce qu'au début, on n'est que dans le déclin. Je répète, ou plutôt, je développe. « Voici venir les temps où, vibrant sur sa tige, chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir, les sons et les parfums » Ça, ce n'est pas du tout du marbre. « Les sons et les parfums »
35:13 Je vous rappelle que c'est deux choses qu'on peut ressentir en fermant les yeux. « Les sons et les parfums tournent dans l'air du soir, valse mélancolique et langoureux vertige. » Et voilà qu'on reprend un vers, ça s'appelle un pantoum. C'est d'origine malaisienne. « Les sons et les parfums tournent dans l'air du soir, valse mélancolique et langoureux vertige. » « Le violon frémit comme un cœur qu'on afflige. » Je dis le violon pas pour être précieux, mais pour qu'il y ait six pieds. « Le violon frémit comme un cœur qu'on afflige. »
35:44 « Valse mélancolique et langoureux vertige. » « Le ciel est triste et beau. » Et mes hémistiches masculins, « Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir. » Alors on continue, et on reprend à chaque fois un vers de la strophe précédente et il y a des nouveaux qui arrivent. « Le violon frémit comme un cœur qu'on afflige. » « Un cœur tendre qui hait » du verbe « haïr » bien sûr, vous l'avez sous les yeux. « Un cœur tendre qui hait le néant vaste et noir. » Ah ! On apprend tout d'un coup.
36:14 Il hait la nuit qui est en train de venir, le néant vaste et noir. Ça veut dire que l'auteur ou ce cœur tendre dont il parle de lui-même et de bien d'autres tourne le dos à la nuit qui vient. Non, non, je ne suis pas en train d'interpréter. Tous mes auditeurs savent que je déteste l'interprétation. Je ne fais qu'analyser. Je fais allusion à un verbe qui est dans le poème. Regardez-le. Il est vers la fin. « Un cœur tendre qui hait le néant vaste et noir. » C'est la fin. « Du passé lumineux recueille tout vestige. »
36:45 Vous voyez qu'il tourne le dos la nuit qui vient et comme Proust, il est à la recherche de tout le temps perdu. Quelque chose qui est en train de se mettre en place à cette époque. C'est ça ? Quelque chose qui est comme si on sentait on redoutait ce siècle pour lequel on a parlé du mal du siècle. un mal du siècle qui ravage l'époque romantique mais qui s'aggrave avec le spleen baudelairien, avec une dimension quasi physique, hypochondriaque, on aimait dire à l'époque.
37:15 Ce siècle caractérisé par le mal du siècle, à ce siècle va succéder le siècle des carnages, le siècle du mal. Après le mal du siècle, le siècle du mal. un cœur tendre qui hait le néant vaste et noir du passé lumineux recueille tout vestige. Ce qu'on appelle les écoles décadentes, c'est cet immense crépuscule de la civilisation européenne qui va jusqu'à la guerre de 1914. Les siècles, ce n'est pas des numéros, ce n'est pas 1800, 1900.
37:47 Ça, c'est abstrait, c'est numérique. Non, c'est 1815, ce n'est pas Waterloo, par exemple, à partir duquel il y a un nouveau monde qui se met en place où les anglo-saxons commencent à dominer le monde jusqu'à aujourd'hui, grosso modo. Donc, surtout depuis que le mur de Berlin est tombé, ils ont le monopole de la domination. Je veux dire, même si, comme vous le savez, il y a de grandes puissances qui les challengent et qui ont d'assez beaux succès et pas seulement en économie. Je parle de ceux grâce auxquels nous avons quelques masques en Italie et en France.
38:21 Donc, ce cœur tendre tourne le dos à l'horreur qui vient, un cœur tendre qui hait le néant vaste et noir du passé lumineux recueil tout vestige. Et là, et là, juste après ce vers, il y a le vers qui est la preuve de ce que j'ai, enfin, c'est la preuve que je n'interprète pas. Ce n'est pas que je me contente d'être attentif à ce que dit le texte. Je rends la parole au texte. Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige.
38:52 Se figer, c'est revenir à l'immobilité d'où je suis parti avec la beauté, avec la statue. Oui, oui, on est bien parti du crépuscule, d'un déclin, d'un mouvement. Les tiges des fleurs vibraient, les sons s'évaporaient, tout ça a été évanescent, le contraire de l'immobilité de la pierre et du marbre. Mais voici que par sa magie verbale, comme un magicien, comme un sorcier, le poète a contraint, à la fin, dans son texte, bien sûr, l'astre flamboyant à rester immobile, tel que son ami Monet, mais oui, Claude Monet, enfin, son ami, c'est surtout Manet, mais Monet, qui porte, qui est le plus emblématique de l'esthétique impressionniste en peinture, va regarder ce soleil qui, grâce au pinceau de Monet, est immobilisé dans son déclin, dans les tableaux qu'il a fait de Londres et de la Tamise, avec ce soleil qui colore la Tamise d'une manière sanglante, n'est-ce pas, comme une espèce d'éternel crépuscule, un peu comme ce que
40:02 Wagner a voulu faire dans le crépuscule des dieux, n'est-ce pas, voilà, qui se termine sur l'embrasement du palais des dieux, donc, tout ça, quand même, tout ça, c'est plus rigoureux presque que les mathématiques, vous comprenez ça, je voudrais attirer votre attention. Comme je dis souvent à mon ami mathématicien, brillant mathématicien, Thomas Laroche-Foucault, ami adhérent et un des pères fondateurs dans notre association, enfin, je dis père, pour moi, c'est un petit frère fondateur, comme je le dis souvent, parce que je sais que ça le fait toujours sursauter quand je le dis, mais il comprend très bien ce que je veux dire depuis, la seule différence entre la mathématique et la poésie, c'est que la poésie est une science exacte, et il sait très bien que c'est pas un reproche que je fais aux mathématiques, au contraire, leur puissance, c'est bien, de leur côté opératoire qui se moque bien, pas de la seule exactitude.
40:59 Donc, quand on décidera à me dire, « Mange, moins zéro carré, égal i, voilà, le poète est arrivé à immobiliser le soleil. » Alors, où je veux en venir maintenant ? Parce que là, je suis en poésie. Eh bien, je veux en venir à une partie de l'idéologie contemporaine, une idéologie contre-révolutionnaire. Je dis pas ça pour les envoyer aux goulags. Il y en a qui sont des crapules là-dedans et puis il y a des gens très intéressants, n'est-ce pas, même si je maintiens qu'ils sont des réactionnaires.
Lévi-Strauss : musique et mythes, une négation du temps
41:34 Je pense à Claude Lévi-Strauss que je respectais énormément à cause de son immense culture musicale et pas seulement, je sais pas. Et avec qui mon ami Clouscard ne cessait de croiser le fer, surtout dans ses dernières œuvres et pour cause. On y arrive là. On dirait, on est parti de Baudelaire, mais oui, immobiliser le temps. Or, que dit Lévi-Strauss dans la préface de l'ouvrage intitulée « Le cru et le cuit », celui qui inaugure la série dite des mythologiques, n'est-ce pas ?
42:12 Où il privilégie l'étude dans les sociétés dites sans écriture, pour ne pas dire primitif, sauvage, des choses à la fois imprécises ou réductrices, comme on disait avant lui. Avant lui, Lévy-Bruhl allait jusque parler de mentalité prélogique, n'est-ce pas ? Alors que Lévi-Strauss a montré qu'il y a une logique imparable dans ce qu'il appelle dans un beau titre la pensée sauvage, n'est-ce pas ? Donc, Or Lévi-Strauss, à partir du cru et le cuit, inaugurant une nouvelle série, une série mythologique, impose à son embarcation, à son itinéraire, une certaine déviation, un clinamen, on aurait dit dans l'Antiquité, n'est-ce pas ?
42:57 Jusque-là, son cap, son modèle, c'était la linguistique qui a été si importante de la discipline phare de tout mouvement structuraliste. Anthropologie structurale est un titre de Lévi-Strauss aussi, c'était la linguistique, n'est-ce pas, qui insiste, et pas n'importe laquelle, celle de Saussure, n'est-ce pas, qui souligne l'importance, beaucoup moins que les structuralistes qui sont des idéologues alors que Saussure est un savant, un érudit, disons, mais tout de même, indéniablement, Saussure réhabilite une dimension qui était négligée dans la philologie, l'étude des langues avant, la linguistique structurale, la dimension dite synchronique, c'est-à-dire justement pas diachronique, pas celle qui se déploie dans le temps.
43:44 Oui, en français, il y a cette tournure parce que, ils ont, je dis n'importe quoi, ils ont envahi l'Italie et là, ils ont pris un certain mot, vous voyez, on explique la langue par l'histoire alors que la linguistique structurale a montré que la langue pouvait évoluer et souvent évolue en fonction de facteurs qui lui sont internes, propres. Par exemple, en anglais, il n'y a pas de U, il n'y a pas de son U, donc entre P et T, vous pouvez dire put, pet, pit, c'est ce que vous voulez, mais pas, je n'ose pas le dire, pas avec le U. donc, ça impose, déjà comme une grille de mots croisés, ça impose des possibilités de développement de la langue et des impossibilités.
44:23 C'est ce qu'on étudie dans la phonologie, je ne m'attarde pas, bien distinct de la phonétique parce qu'il y a une phonologie pour chaque langue alors que la phonétique est commune à tous les gosiers humains. J'y reviens. Pourquoi je faisais tout en parler, Lévi-Strauss ? Parce que je reviens au cru et le cuit à sa préface. premier titre d'une série où il dit ce n'est plus, c'est moins la linguistique qui reste très importante, bien sûr, Lévi-Strauss, mais il la panache avec l'importance de la musique. Vous voyez comment on se retrouve.
44:55 Et il dit pourquoi la musique ? Parce qu'il s'est spécialisé auprès des Indiens de la forêt brésilienne, en particulier du Mato Grosso. il s'est spécialisé, je n'aime pas trop le mot, mais lui non plus, certainement, mais enfin, je veux dire, il s'est concentré surtout à partir du Cru et le cuit sur les mythes, leurs récits, comment ils expliquent l'origine du feu, l'origine du langage, l'origine des objets de culte, bref, l'origine de la brièveté de la vie.
45:25 Et dans cette préface, il dit il y a entre la musique et les mythes quelque chose qui circule de commun. C'est une commune négation du temps. Vous voyez qu'il y a une continuité dans ce que je vous dis et pourquoi j'ai commencé par la beauté de Baudelaire. Je hais le mouvement qui déplace les lignes. Et voilà que Lévi-Strauss nous dit dans la préface, c'est la dernière fois que j'ai dit préface, je vais vous dire le vrai titre.
45:58 Dans l'ouvrage de Lévi-Strauss, il n'y a pas de préface car tout son livre est sous le signe de la musique et pour mieux nous l'exprimer, il a divisé tous ses chapitres, y compris la préface, avec des expressions musicales. Ainsi, il n'y a pas de préface, il dit ouverture. Donc, si vous tombez sur le cru et le cuit, n'hésitez pas à lire l'admirable ouverture dans laquelle il dit cette phrase, maintenant j'y arrive. Tout se passe comme si la musique entrait dans le temps pour mieux en sortir. Et bien, c'est ça la musique de Debussy, vous voyez.
46:28 La musique est un art du temps, ça c'est des grands classiques, j'ai eu finalement beaucoup réfléchi là-dessus, comme la sculpture, l'architecture et la peinture sont des arts de l'espace. Ce qui ne veut pas dire, n'est-ce pas, qu'un peintre ne peut pas donner l'impression du temps qui passe. Et inversement, un musicien peut très bien par un accord, n'est-ce pas, exprimer l'immobilité d'un monument, je pense à la cathédrale engloutie de Debussy, justement, zoné.
47:00 Mais, mais, mais du point de vue, là, je parle des œuvres, non pas de notre regard ou de notre façon, du résultat du travail du créateur. C'est-à-dire que il n'y a pas la partie gauche du tableau qui est à 4 heures et la partie droite qui est à 4 heures 10. Alors qu'entre 4 heures et 4 heures 10, dans une symphonie de Beethoven, vous n'entendez pas du tout les mêmes choses, mais pas du tout. On peut être passé en 10 minutes d'un silence envoûtant à un déchaînement sonore d'une brutalité quelquefois effrayante chez Beethoven.
47:38 commun, oui. Donc, commun, ça, ce n'est pas moi, mais je le rappelle pour ceux qui auraient l'audace de l'ignorer encore, n'est-ce pas, qu'il y a les arts de l'espace, qu'on appelle les arts plastiques en français. Et puis, les arts du temps, poésie, musique, etc., tout ça est à nuancer. Dans la poésie, vous avez tout ce qui est de l'ordre de la parole, qui est un flux temporel, bien sûr, mais vous avez aussi des images, et ces images, elles empruntent comme la peinture, au visuel.
De l'évasion esthétique à l'actualité brûlante
48:12 Bon, vois sur ces canaux, dormir ces vaisseaux, on a des images dans la tête. bref. Donc, voilà où je voulais en venir. Il y a une pensée, parce que, tout à l'heure, j'ai dit, il y a un mouvement de repli après l'échec de 48, il y a un mouvement contre-révolutionnaire, déjà, ou qui se veut, en tout cas, indépendant de toute politique, l'art pour l'art. Voilà, un esthétisme pur, la beauté pour la beauté. Laissons les humains se chamailler pour des vêtilles, n'est-ce pas ?
48:44 Et buvons la coupe d'or des légendes en nous isolant toujours plus loin de la foule. Je paraphrase ici un texte assez ironique de Nerval sur cette époque-là, au début de Sylvie. Et voilà que Lévi-Strauss nous rappelle tout d'un coup à notre époque, à nous. C'est même des penseurs les plus décisifs de la période contemporaine et qui a joué un rôle décisif dans le mouvement qui a le plus fait, dans le champ proprement philosophique, à ringardiser le marxisme.
49:16 Pour ceux pour qui ça a marché, je parle d'un qui pense vraiment que le marxisme est ringard. c'est l'époque du triomphe, un capitalisme qu'on pense immortel depuis. On se pose des questions et c'est précisément la crise que nous vivons qui m'a convaincu de commencer par ce qui en semble le plus loin, vous voyez, par ces formes d'art et ou de pensée qui cherchent à s'évader le plus loin possible de l'actualité. Voilà le circuit qui nous a menés de la beauté « Je suis belle aux mortels comme un rêve de pierre »
49:51 à l'énoncé singulier de Lévi-Strauss. Très profond, tout se passe comme si la musique ne rentrait dans le temps, car ça, il ne peut pas le nier, que pour mieux en sortir. Or, quelle est l'actualité la plus brûlante ? Vous allez me dire le confinement. Non, mais non, ce n'est pas vraiment brûlant. Ça peut être frustrant. Allez, on va parler français, ça peut être emmerdant, c'est ce que vous voulez. Ça peut être reposant pour certains, ça dépend un peu de l'échelle sociale dans laquelle on se déplace.
50:27 Si vous avez six pièces, un grand parc et tout ça, ça ne pose pas tout à fait les mêmes problèmes le confinement. Je suis ravi pour ceux qui l'ont. À condition qu'ils soient bien conscients et qu'ils n'en parlent pas comme certains abrutis que j'ai vu sur Facebook qui disaient qu'ils semblaient avoir retrouvé le paradis et qu'ils ne comprennent pas que tout le monde n'apprécie pas comme ça le silence, les fleurs, les oiseaux. Ceux qui ont trois enfants dans les pattes sur deux pièces ou une pièce et demie, n'est-ce pas, ne sont pas du même avis.
50:59 Non, non, ce n'est pas le confinement l'actualité la plus brûlante. c'est l'hécatombe, c'est le virus, c'est grave. Je n'en parle pas à la légère. C'est grave et puis ce n'est pas fini. La vague de mortalité n'a sans doute pas encore atteint tout à fait son acmé, même si on sait qu'elle va redescendre. Mais enfin, je veux dire, on n'est pas encore arrivé à mille morts sur 65 millions d'habitants. pour ceux qui ont encore un petit peu le sens historique que le monde dominant, celui de l'Amérique, c'est-à-dire d'un pays sans histoire, j'exagère exprès, d'un pays qui n'a pas beaucoup d'épaisseur historique, qui préfère la géographie, les grands espaces.
51:42 C'est très bon, ça a fait des films admirables et je ne suis pas en train de critiquer. Mais c'est comme des grilles, vous voyez ça, on voit ce que ça implique et ce que ça exclut. L'Amérique est fâchée avec l'histoire, avec Hegel et Marx. Karl Popper est fâchée avec Hegel et Marx, et bien oui. Bon, et Lévi-Strauss, n'est-ce pas, n'est devenu vraiment Lévi-Strauss qu'au moment de sa parenthèse américaine, où il a très bien fait d'aller, n'est-ce pas, parce que c'est grâce à ça qu'il a pu rester en vie pendant la période la plus honteuse de notre histoire contemporaine et sans laquelle il ne devrait pas donner les chefs-d'oeuvre qu'il a fait après.
52:22 Donc, sans histoire, il y a une pensée dominante qui fait qu'il y a plein, je suis frappé avec beaucoup de jeunes gens, sans doute des nouveaux programmes scolaires, mais de lacunes historiques, mais je ne suis pas un historien, je ne suis pas en train, je ne suis pas, je ne suis pas un champion du jeu des mille francs, ce n'est pas la question, je ne suis pas un champion des quiz d'histoire, mais enfin, je veux dire, ce qui était censé être connu de tout le monde, y compris de ma tante qui n'était pas allée beaucoup plus loin que le BEPC, je veux dire, est complètement absent, vous voyez, et j'aurais regardé les manuels scolaires, je croyais que c'était un baratin de gens un peu conservateurs, de droite, que l'école n'est plus qu'elle était, pour des raisons différentes, où je veux en venir ?
53:12 Je veux en venir que quand on a connu la grippe asiatique, j'avais 12 ans, une autre hécatombe que celle-là, je ne parle même pas de la grippe espagnole, c'est par dizaines de millions de morts que se chiffre l'hécatombe, je dis qu'on n'en est pas à mille en France, c'est des dizaines de millions de morts qui a commencé aux États-Unis et qui a produit près de deux millions de morts en Chine, par exemple, par importation. Mais oui, c'est des choses rappelées par les temps qui courent.
53:43 Tout ça est très bien documenté sur YouTube, je vous laisse le soin. Il y a un jeune Canadien, un jeune Québécois qui fait d'assez bonnes émissions là-dessus. Très, très objectiviste, si je puis dire, pas très idéologue, il nous restitue des pans d'histoire avec une solide information. Mais enfin, il suffit aussi d'ouvrir le manuel, le manuel d'histoire. Donc, bien sûr, c'est grave. Je suis le premier, n'est-ce pas, à me mettre du gel sur les mains en quittant le supermarché, n'est-ce pas ?
Une crise économique inouïe ; aparté sur les interprètes
54:18 Alors que c'est peut-être moi qui l'ai contaminé, allez savoir. je parle de la formidable crise économique et sociale qui est à peine en train de commencer. Aujourd'hui, je parle d'aujourd'hui, pas de notre époque, pas aujourd'hui métonymique, je parle de, aujourd'hui, c'est 26 mars. on sait maintenant que 5 000 milliards, 5 000 milliards vont être, vont arroser le monde capitaliste pour essayer de le sauver.
54:57 Vous savez, pour que les plus constipés arrivent à cette diarrhée, c'est qu'il se passe quelque chose. Je suis attentif. Vous savez, les histoires de bourse, de finance, il y a ceux qui ne les consultent que lorsqu'on est en crise, qui tout d'un coup s'intéressent et jettent un bas coup d'œil et qui apprennent ce que c'est que le Dow Jones, le S&P, qui est beaucoup plus significatif que le Dow Jones d'ailleurs pour la santé et l'économie américaine. Non, c'est des choses où on les suit tous les jours où ce n'est pas la peine. Voilà. Bon, il y a des hasards de ma biographie qui font que je suis ça tous les jours.
55:27 Je n'ai jamais eu une action, je ne faisais pas mon père, je lisais Le Monde, la page financière. Et puis, voilà, c'est des indicateurs, vous voyez, et Marx, n'est-ce pas, dévorait, n'est-ce pas, les nouvelles de la bourse, de la finance et de l'économie. Et Hegel disait qu'il lisait les quotidiens, les gazettes, il disait que c'était sa prière du matin. Je le dis pour ceux qui disent, mais enfin, comment tu peux écouter BFM Business, etc.
56:01 Ce n'est pas leur vomi idéologique qui m'intéresse. Ce sont des quantités d'informations qu'on n'a nulle part ailleurs Où on est-elle banque estonienne qui est au bord de la faillite ? Je veux dire, voilà, c'est rarement chez Léa Salamé qu'on va la prendre. Ou à Canal+, ou à TF1. Voilà. Donc, ce qui se passe, moi, j'ai 75 ans, bien passé maintenant, c'est inouï. le CAC 40 qui descend en dessous de 12 points en une journée, c'était le cas il y a un lundi pas très lointain, la semaine dernière, le CAC 40, mais ça ne s'était jamais vu de l'histoire du CAC.
56:41 même pendant la grande crise des années 30, vous voyez, j'entends des propos alarmants émanant des milieux les moins enclins à aggraver la situation. Parce que la plupart de ces gens qui travaillent dans la finance et qui ont des médias à leur disposition pour en parler, urbi et orbi, leur activité principale tout au long de l'année, c'est de lever du pognon pour parler français, c'est de lever de l'argent, d'encourager les actionnaires, les épargnants à acheter telle ou telle valeur.
57:15 Donc, il ne faut pas dire que ça va mal, sinon ils n'achètent plus, ils vendent. Or là, ils sont tous en train de dire qu'on n'a rien vu, c'est monstrueux ce qui se prépare. Aujourd'hui, je reviens à aujourd'hui, je ne parle que des nouvelles d'aujourd'hui, 26 mars. Le chômage américain a augmenté de 4 millions de personnes en une journée, ça ne s'était jamais vu, même pendant la grande dépression qu'a vu le record de 20 millions de chômeurs aux États-Unis, au moment le pire de la crise.
57:48 Là, il y a 4 millions en une journée. Et il y a déjà une dizaine de jours, on prévoyait qu'il y aurait 30 millions de chômeurs en Europe à la rentrée. Je vous le dis parce que ça vous menace beaucoup plus en probabilité que d'attraper le virus. L'un n'empêche pas l'autre. Je ne suis pas en train de minimiser le virus. Je veux dire, on a plus de chances de mourir au volant, statistiquement, que de mourir du virus. Ça tombe bien, on ne conduit plus en ce moment.
58:20 Voilà, non, mais il faut quand même remettre les choses à leur place. Par contre, ce qui se prépare là, alors vous voyez, tous nos acquis sociaux, les droits qu'on était parvenus à obtenir, les quelques reculades de Macron sur tel ou tel point vu le mouvement et dans la rue et dans les syndicats et dans les services publics, ils peuvent être balayés en disant « Attendez, il y a une crise là, taisez-vous, c'est à nous d'agir en urgence, ce qui est en train de se passer est grave. » Alors vous me dites « Mais où tu nous embarques là, Pagani ? »
58:52 On est partis de Baudelaire et de Debussy. On est partis de vibrations sonores à peine audibles chez Debussy. Je creuse un peu Debussy. J'ai choisi l'interprétation qui a une excellente prise de son. Il y a un très bon interprète, Zimerman. Il n'y en a plus rien à prouver. Mais enfin, il y a mieux pour Debussy. Je vous le dis tout de suite, la référence, c'est Walter Gieseking. Gieseking, G-I-E. Gieseking, je ne l'ai pas mis parce que la gravure des années 50, elle est un peu ingrate au niveau prise de son et quand quelqu'un est censé découvrir cette musique, il faut quand même d'abord qu'il entende tout.
59:31 Mais enfin, du point de vue de l'interprétation et de la manière dont c'est habité. Il y a Gieseking, et puis il y en a d'autres, il y a Samson François, il y a toute une école française de piano. Il y a Alain Planès aujourd'hui, pas que les grands ancêtres. Voilà, je fais cette petite mise au point. Et puis, il y a une version la plus creusée, la plus hallucinante peut-être de cette énigme vivante, j'allais dire, il est mort maintenant, de cet immense pianiste que fut il n'y a pas si longtemps Arturo Benedetti Michelangeli Un des plus grands pianistes de ce siècle.
1:00:04 Pilote de course en voiture. Alpiniste ! Mais oui, il y a des gens comme ça. Idole de toute la jeune école de pianistes européennes. Attention, ce n'est pas annulant deux concerts sur cinq parce que l'acoustique de la salle ou je ne sais pas ou le piano a un bruit bizarre. Quelqu'un un peu… Il faut voir son interprétation. Vous l'avez entièrement sur YouTube des préludes de Debussy, un livre, deux. Voilà, je ferme cette parenthèse.
1:00:34 Qu'est-ce que tu nous embarques là d'un coup de nous parler de 30 millions de chômeurs alors qu'on… de ce vacarme du temps présent qu'on aura bien le temps, n'est-ce pas, de se dépatouiller avec alors qu'on était dans la magie de la terrasse des audiences au clair de lune où l'on entendrait tomber des épingles, n'est-ce pas ? Le point commun, c'est la répétition. Et là, de nouveau, il faut que je m'explique.
La répétition des crises du capital et des carnages
1:01:04 La crise du capital. Marx l'a annoncé. Et ça fait trois générations que les économistes bourgeois rigolent. Marx, n'importe quoi. lui, il voyait à chaque fois la crise pour la semaine suivante, n'est-ce pas ? Un peu comme les premiers évangélistes croyaient que l'apocalypse allait arriver dans les semaines qui viennent, n'est-ce pas ? Deux mille ans après, on l'attend toujours. La crise de Marx, c'est comme ça. Mais comment, comment, comment ? La crise est venue. Informez-vous sur les crises qui ont eu lieu dans les années 80, 1893.
1:01:39 Effondrement des prix ou au contraire, inflation. Informez-vous, je ne suis pas là, vous vivez à une époque où vous avez des tas de data qui vous permettent de savoir largement ce qu'il faut pour le propos que je tiens à présent. Par contre, comment on en sort ? Par des carnages qu'on n'avait jamais vus. Je suis Corse, en Corse, il y a des villages avec des monuments aux morts où il y a plus d'habitants sur les monuments aux morts que dans tout le village.
1:02:09 Corse est un des départements qui est le plus souffert parce que, vous savez, il y avait une gestion des armées et on envoyait aux plus forts de la mitraille les tabors marocains, les bergers corses, enfin ceux qui ne sont pas de très grandes pertes pour les investissements qu'a fait la République sur des ingénieurs ou des choses comme ça. Je ne casse pas sur la gestion des armées. Et donc, vous voyez sur le monument aux morts Giudicelli-Antoine, Giudicelli-Toussaint, Giudicelli-Dominique, et Giudicelli-Mathieu, il y a une femme qui a perdu son mari, peut-être deux frères, un fils.
1:02:46 Michel Clouscard disait avoir été capable de ça, de liquider la paysannerie française. C'est ça, le bilan de 1914 qui avait, au cours des siècles, fait la France, n'est-ce pas ? Et pas seulement la France, mais qui a une si grande importance à cette puissance rurale qu'est la France. la guerre de 1914, ça a été ça, la liquidation. Bon, c'est comme ça que les crises sont reportées à plus tard. La crise, elle est venue, mais le capital obtient un sursis par le carnage.
1:03:19 Ah, mais la paix revient. Nous voici en 1918. D'accord ? Oui, pas longtemps. La crise ne se calme pas longtemps parce qu'en Allemagne, premier prémisse, les années 20, je ne parle pas des années 30, je ne parle pas du nazisme. Non, dans les années 20, sous la République de Weimar, la plus grande inflation de tous les temps. Vous comprenez pourquoi Mme Merkel, la Bundesbank, la Buba, comme on dit dans les milieux des économistes, n'est-ce pas ? Et l'organisation la plus constipée du monde de la finance mondiale.
1:03:49 N'est-ce pas ? Vous pouvez crever, elle ne déboursera pas un liard. Alors que maintenant, ça y est, elle débloque toutes les vannes, la panique les gagne. Oui, parce que justement, ils ont été traumatisés par cette inflation. c'était l'époque, c'est-à-dire, où on imprimait sur les billets, les anciens connaissent tout ça, on mettait un billet de 2000, puis par-dessus, on mettait 2 millions, puis 20 millions, mais dans la même semaine, tellement que la monnaie s'effondrait. Vous voyez ? Donc la crise est là, celle de Marx. Il y a eu la parenthèse du carnage, et dès qu'on est en vitesse de croisière, que le capitalisme revient, en vitesse, en fonctionnement normal, si je puis dire, la crise revient.
1:04:32 Et ça produit un carnage encore plus grand que le précédent, qui fait pâlir le précédent. Répétition, récurrence, après le mal du siècle, le siècle du mal. J'ai commencé par deux poèmes extraits des Fleurs du Mal. On croit en avoir fini. Et puis, pas la crise des années 30, vous êtes au courant.
1:05:03 Un économiste de l'époque parlait du spectacle absurde des foules crevant de faim devant les greniers trop pleins. Comment des greniers peuvent être trop pleins ? On vous a fait croire c'est une crise de surproduction, comme si les enfants avaient trop de lait. Mais ils crevaient de misère, les enfants. Regardez les raisins de la colère avec l'admirable jeu d'acteur d'Henry Fonda, n'est-ce pas ? Bien sûr, lisez le chef-d'œuvre de Steinbeck. le niveau de misère qu'avait atteint le prolétariat américain pendant cette guerre sans pli.
1:05:38 Or là, de nouveau, le capitalisme refait la même stratégie. Aujourd'hui, 3 millions d'Américains ont perdu leur emploi. Et puis, attention, il n'y a pas le pôle emploi ni l'ANPE, rien du tout. C'est pour ça qu'ils débloquent vite, ils débloquent. Là, ça y est. Vous me direz, mais les bourses, elles sont euphoriques, ça fait deux jours qu'elles remontent. Ça, c'est ceux qui ne regardent la bourse qu'en temps de crise. À la veille du crash de 1929, la bourse était montée au plus haut comme jamais elle était montée.
1:06:11 Ça s'appelle des rebonds techniques, ça, si vous voulez. On ne va pas s'attarder. C'est du langage de boursicoteur, ce n'est pas le mien. Voilà, ça s'appelle des rebonds techniques. Il y en a qui sont des petits malins qui disent c'est descendu tellement bas qu'on va faire une opération, ça va remonter de toute façon, on va faire un rebond technique donc j'achète et je revendrai vite dès que ça va redégringoler car ça va redégringoler. Car aujourd'hui, troisième aujourd'hui que je fais, aujourd'hui, premier aujourd'hui, 3 millions de chômeurs de plus aux États-Unis en une journée. Deuxième aujourd'hui, 5 000 milliards de dollars.
1:06:44 Cinq fois le budget de la France, vous ne vous rendez pas compte. du budget de la France, de l'éducation nationale française, du budget de la santé, du budget de la fonction publique, du budget de la défense, en fait, tout ça réuni et j'en passe, du tourisme. Cinq fois ça sortant de la poche de ceux qui, en général, n'aiment pas fouiller dedans, en tout cas, pas pour les gueux que nous sommes. Parce qu'auprès de cela, nous sommes tous des gueux. D'ailleurs, comme dirait Pascal, le fini s'anéantit devant l'infini.
Ceux qui se réjouissent de la crise ; conclusion
1:07:18 Je veux dire que vis-à-vis de l'infini, 100, 1 million, 1 milliard, tout ça, c'est rien. Troisième nouveauté, vous pensez bien que c'est des gens qui savent, ils ont des conseillers, ils planifient, on leur dit mais ça va être la catastrophe sociale. Mais non, ce n'est pas la peine. Parce qu'il y en a qui vont se réjouir.
1:07:50 Je ne parle pas de ceux qui en vivent. Vous savez que, ne vous inquiétez pas, il y en a qui, dans les crises, ne font fortune, ne font jamais autant fortune que pendant les crises. Non, ce n'est pas de ça. Non, non. Je parle de gens aussi peu riches que vous et moi. Je néglige pour l'instant nos différences si vous le permettez. Moi, je suis dans 18 mètres carrés, mon chat m'en prend les deux tiers. J'en suis ravi. C'est moi qui l'encourage. Et je ne me plains pas, je n'ai jamais été si bien. Mais, non, non.
1:08:22 Je parle de gens qui sont à peine moins démunis que moi à ce niveau-là. Qui parlent de sobriété heureuse. De retour au père Malien. Mon ami Loïc Chéniaud, que certains d'entre vous connaissent bien, et je suis sûr d'ailleurs qu'il y a des membres des vaillantes cohortes de l'IHT, de l'Institut de l'Homme Total qui sont à l'écoute. Loïc Chéniaud m'avait envoyé sans commentaire, si avec un tout petit commentaire, il sait bien que avec moi, il n'y avait pas besoin d'insister, les réflexions de, disons, d'une classe, pour ne dire personne, d'une classe dans un lycée français qu'il a pu fréquenter, où les élèves disaient, « Mais monsieur, c'est merveilleux ce virus.
1:09:14 C'est merveilleux. Comme ça, il y aura moins de carbone dans l'atmosphère. » Vous voyez, quand je dis, il y en a qui se réjouissent de la crise. Ceux, le monde de la finance et de l'économie, adorent cela. Ceux qui se réjouissent qu'il y ait les 30 millions de chômeurs qu'on désindustrialise, ce qu'on n'a pas commencé à faire aujourd'hui, mais qu'on va pouvoir enfin accélérer jusqu'à des degrés irréversibles. Voilà.
1:09:45 Je vais interroger mon régisseur préféré pour savoir si je ne suis pas en train de déborder le temps imparti. Ah bon ? On l'a déjà dépassé ? Bon, dans ce cas-là, ça m'arrange parce que je disais que je voudrais clore sur « j'espère avoir été clair ». Je résume. Excuse-moi, mais il faut quand même que je résume. Eh bien oui, très rapidement, je suis parti de formes d'expression en poésie comme en musique.
1:10:18 On ne peut plus opposer à tout ce qui est politique, actualité, économie, et encore moins l'économie du monde moderne, industrialisé, etc. mais plutôt dans les archaïsmes. La terre, ces audiences au clair de lune, on pense à les audiences du Maharaja dans l'Inde, je ne sais pas, Canope, l'Égypte antique, oui, tout cet exotisme à la fois géographique et temporel, loin dans l'histoire et loin dans la géographie. Ah, c'est ça, l'évasion, l'escapisme. Je suis parti de là pour arriver à l'actualité la plus brûlante.
1:10:48 Voilà comment je résume mon propos d'aujourd'hui en montrant l'invariant. L'invariant, c'est la répétition, la récurrence des crises du capital. La suite, dans la semaine, ou en tout cas, pas longtemps après, puisque nous avons décidé, comme vous le savez, de faire deux interventions hebdomadaires. Voilà. Je regarde mon monitoring pour savoir, je dois faire bondir les gens du PRCF, avec ma manière d'utiliser des mots anglais.
1:11:23 Ça doit être l'ambiance boursière. Je ne sais pas, non, j'approuve entièrement le travail courageux que fait Gastaud pour défendre. Enfin, pas comme quelqu'un de droite, il y a une francophonie de droite, mais non, parce que les langues ne véhiculent pas tout à fait les mêmes valeurs. Voilà. donc, est-ce qu'il y a des questions ? Je ne crois pas, je vois des remarques très intéressantes, sans compter l'abandon des libertés fondamentales, merci Raphaël, qui n'est pas aveugle, la destruction du droit du travail, vous êtes au courant que ça a déjà commencé.
1:12:04 Déjà, le chômage partiel, c'était une vieille demande du MEDEF, et voilà que maintenant, c'est la solution miracle, voilà, je termine en vous encourageant à consulter non pas les attelés de la confinitude, mais de consulter au moins quelques instants BFM Business, pas BFM TV, BFM Business TV, tu vois ?
1:12:34 Horribile dictu, tu vois ? Et puis Boursorama, tu es très bien informé aussi, cliquez sur Boursorama, ne vous perdez pas, et vous en direz des nouvelles, parce que c'est là que notre destin est en train de se jouer, enfin c'est là qu'il est lisible, excusez-moi, voilà, et à très bientôt, et grand merci à Philippe Moreau.