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Falstaff et le titre du livre : l'éternelle ironie de la communauté
4:02 Je suis heureux de vous retrouver sur cet éclat de rire féminin, ce triple éclat de rire. Mais oui, ai-je besoin de préciser que vous m'avez manqué ? Alors j'ai vu qu'il y avait un commentaire de notre vidéo d'introduction, celle pour laquelle Pierre-Alain a eu la gentillesse d'appeler à un renforcement des adhésions. J'ai vu que l'un des commentaires disait qu'il était bien content de me revoir même si ça m'arrache à la Corse. Alors je me suis posé le problème. La Corse sans vous, ça va pas... c'est pas ça. Et vous sans la Corse, eh bien il faut patienter quoi, il faut patienter jusqu'aux prochaines vacances. Voilà, allez, je plaisante bien sûr. Mais j'avais... il faut avouer que j'avais besoin d'un break.
4:59 Nous attardons pas là dessus et j'ai assez pris de temps hors atelier comme ça et donc j'en profite pour renouer avec ce merveilleux générique. C'est un extrait de l'ultime création de Verdi pour la scène. Il avait la chance de disposer d'un excellent librettiste, Arrigo Boito, à la différence de beaucoup d'autres opéras où il a fait des musiques sublimes sur des livrets, disons médiocres.
5:38 Là, ce n'est pas le cas. Arrigo Boito connaissait admirablement Shakespeare, c'est un grand traducteur de Shakespeare, et Falstaff est l'un des personnages de la comédie de Shakespeare intitulée « Les joyeuses commères de Windsor ». Quel rapport vous me direz avec féminité et communauté chez Hegel ? Eh bien, les...
6:08 Le titre de mon livre publié aux éditions Delga, pour qu'on soit bien d'accord, il s'agit pour une fois de quelque chose que j'ai écrit moi-même, tout peut arriver. Quand on dit le système sans préciser, ça veut dire du système hegelien bien sûr.
6:39 Donc j'ai emprunté les deux mots qui se présentent comme une dichotomie dans le titre féminité et communauté chez Hegel. Les deux mots féminité et communauté, je les ai empruntés à une citation de Hegel, si vous voulez la voir dans l'original, Dans l'original même traduit en français, je pense ici à la version Aubier Montaigne traduite par Hyppolite, vous la trouverez à la page 41. Dans un chapitre qui s'appelle « Le monde éthique ». Il faut qu'on se mette d'accord tout de suite, je commence un peu abrupt, mais les vacances sont finies, on va faire un petit effort.
7:33 Pour l'instant, à peu. Je ne suis pas une peine d'abstraction, mais juste pour bien qu'on se mette d'accord sur les énoncés. Lorsque Hegel parle du monde éthique, tous ceux qui sont tant soit peu familiers avec son texte, avec sa pensée, savent qu'il parle de la cité grecque. Donc dans la phénoménologie, c'est un moment, ce n'est pas un livre d'histoire, mais c'est un moment dont la meilleure incarnation serait dans l'histoire, Il fallait choisir une illustration historique, celui de la cité grecque. En plus, les allusions qu'il fait sont transparentes, puisqu'il va étudier cette cité grecque, entre autres, filtre par l'intermédiaire d'une lecture des grands tragiques grecs, en particulier de Sophocle et d'Ensofocle, en particulier de la tragédie d'Antigone. Vous voyez comment on arrive à la féminité.
8:24 Or, c'est dans ce chapitre que Hegel laisse échapper cette formule, et je le cite ici mot pour mot, cette féminité éternelle ironie de la communauté. Et voici nos deux mots, féminité et communauté, reliés par le concept d'ironie. Vous comprenez mieux pourquoi j'ai commencé par le rire de nos trois commères. Cette féminité éternelle, ironie de la communauté. On va revenir à cette formule qui est beaucoup plus dense qu'on ne le croit. Rien que le mot éternel chez Hegel c'est tellement rare.
9:02 Hegel est plutôt un penseur de ce qui est relatif au moment historique dont il est question. Et donc là on dirait qu'il y a quelque chose dans la féminité de transhistorique. Tout se passe comme si, on n'a pas tranché pour l'instant. C'est juste pour vous donner une idée de la densité de cette formule, il faut faire attention ici à l'immensité des enjeux présents en chacun des mots. Cette féminité, il dit cette parce qu'il vient d'en parler, on va y revenir, à cette féminité, virgule éternelle ironie de la communauté.
9:41 C'est d'autant plus étrange que la tragédie d'Antigone n'est pas spécialement une comédie. On dirait que je prends plaisir à multiplier les paradoxes, ce n'est pas par plaisir. J'ouvre cette lecture d'une lecture par Hegel de la tragédie d'Antigone. On va voir que ça occupe une C'est une grande importance dans le... Dans mon opuscule, par l'éclat de rire de trois commères de Windsor alors que la tragédie d'Antigone se termine très mal. C'est une tragédie, il n'y a pas de confusion des genres dans le monde classique, dans le moment grec, au dire même des classiques français, c'est le modèle indépassable.
10:33 Et une des caractéristiques de l'école classique, du moment classique je préfère dire, au niveau des genres, c'est que les genres doivent être soigneusement séparés. Ou bien on est dans la comédie, ou bien on est dans la tragédie, ou bien on est dans le dithyrambe, ou bien on est dans la lamentation, ou dans l'ode, dans l'hymne, dans les odes on pense à Pindare, le grand poète lyrique, mais là on quitte le monde dramatique.
11:08 Ici on est dans l'art dramatique puisqu'il s'agit du théâtre avec Antigone, et dans l'art dramatique de la tragédie. Ce n'est pas seulement dramatique, c'est-à-dire drama veut dire action, ce n'est pas seulement qu'il y a des personnages qui déroulent une action, mais c'est que cette action se termine mal. Et donc ce n'est pas seulement dramatique, c'est tragique. Et voilà que je commence par un éclat de rire. Je viens de le justifier, d'esquisser une justification en rappelant que Hegel, parlant de la féminité et de son rôle dans le monde éthique, C'est-à-dire dans la cité grecque antique, laisse échapper cette formule, cette féminité éternelle ironie de la communauté.
Verdi, Wagner et l'unité italienne
11:54 Je vais y revenir tout le long de notre cycle donc je peux prendre le temps de revenir un peu en arrière sur l'introduction musicale que vous avez vu et entendu puisqu'il s'agit d'opéra. C'est-à-dire un genre qui donne à la fois un genre très impur puisqu'il mélange les arts plastiques, impurs pas du tout au sens péjoratif, n'est-ce pas, puisqu'il donne à voir, à entendre, à réunir tous les arts en un seul super genre que les Grecs d'Antiquité appelaient « musiké ».
12:29 Et oui, musiqué, on le traduit par musique, mais dans le contexte grec, c'est beaucoup plus extensif que cela, c'est la réunion de tous les arts, de toutes les muses, dans l'art dramatique. Y compris la danse, le décor, le visuel, la plastique, bien sûr, la poésie, le texte, etc. La déclamation, la métrique. Et je vous ai dit, je reviens à Falstaff. Pourquoi ? Parce que je vous l'ai dit, c'est Verdi qui est né la même année que Wagner, 1813. En 1813 naissent deux musiciens que tout rapproche et que tout sépare.
13:25 Au nord un Allemand, au sud un Italien. Ils sont déjà réunis dans le Saint-Empire romain germanique, mais laissons cela historiquement. Napoléon avait mis fin d'un trait de plume quelques années auparavant, avant Verdi. Mais surtout les deux ont consacré la quasi-totalité de leur composition à l'opéra, enfin en tout cas à l'art lyrique, puisque Wagner préfère parler de drame lyrique que d'opéra pour ce qui concerne ses oeuvres.
14:01 Verdi étant tout à fait dans son élément dans le genre opéra stricto sensu. Donc pour l'instant c'est tout ce qui les rapproche. On vient de les rapprocher esthétiquement, mais au niveau historico-politique, les deux sont contemporains du bouleversement politique qui donne à chacun de leurs pays respectifs son unité politique.
14:32 L'Allemagne s'unifie à l'époque de Wagner par l'action entre autres du chancelier Bismarck. L'Italie s'unifie autour de cet homme d'état que fut Cavour, le Piemontais Cavour, qui pour le compte de Victor Emmanuel, le roi du Piémont, va unifier l'Italie. Et c'est tellement important dans l'oeuvre de Verdi qu'à l'enterrement de Verdi, où il y avait une foule considérable, il faut comparer ça aux obsèques de Victor Hugo, millions de personnes qui suivaient le catafalque et sans se concerter, je vais trop vite. Vous croyez que c'est un détour ? Au contraire, je vais trop vite.
15:18 Si Verdi a été l'objet d'une ferveur populaire du côté de la gauche italienne de l'époque, de ceux qui voulaient libérer l'Italie du joug autrichien, en particulier de l'Empire austro-hongrois, et fonder le premier État souverain italien, et bientôt, plus tard, la République d'Italie, C'est parce que un merveilleux hasard veut que l'orthographe de Verdi, V-E-R-D-I, sont les initiales du programme politique Victor-Emmanuel, roi d'Italie.
16:00 Vittorio Emanuele, re d'Italia. Ça donne Verdi. Vous voyez que ici la politique n'est pas... c'est pas moi qui l'introduis de l'extérieur. Et c'est pourquoi, et je reviens maintenant à son enterrement, il y a une ferveur populaire. Et au milieu du silence, de cette foule immense, tout d'un coup, plus d'un million de poitrines ont surgit d'abord sotto voce, à mi-voix, puis sur un crescendo saisissant. Le chœur de Nabucco, que tout le Le monde connaît même sans savoir des fois que c'est Verdi qui l'a composé.
16:40 Vous savez, voilà. Donc c'est ce Verdi là, à la fin de sa vie, qui termine une série d'oeuvres, des histoires épouvantables, n'est-ce pas ? Le Trouvère, c'est épouvantable, ça se termine mal à chaque fois, par un éclat de rire, par une merveille de fraîcheur, de jeunesse à plus de 80 ans.
17:12 Verdi écrit ce Falstaff qu'il n'avait même pas destiné au public au départ, il voulait que ce soit joué entre connaisseurs, entre amis, comme ça comme un divertissement. Et c'est devenu un must, pardon, de quitter la francophonie l'espace d'un instant, un must du répertoire opératique dans le monde entier. Voilà, je n'ai pas pris mon exemple tout à fait à hasard. Là nous sommes à la fin du premier acte de Falstaff, lorsque les trois commères découvrent que chacune a reçu une lettre de Le Falstaff, un vieux salas, on dira pour aller vite, qui a adressé à chacun, à chacune, n'est-ce pas, une demande à mariage.
18:01 Et c'est bien sûr au moment où tout d'un coup elles s'aperçoivent que chacune a reçu une lettre du même, n'est-ce pas, cette féminité éternelle ironie de la communauté. Je crois qu'on comprend de mieux en mieux pourquoi j'ai commencé par cet éclat de rire. Alors, nous allons beaucoup parler de la tragédie d'Antigone qui n'a rien de rigolo. Donc je vais vous lire tout de suite le passage maintenant pour plonger dans le corps du texte, dans lequel, non pas un passage de mon livre, un passage de la Phénoménologie de l'Esprit, Dans la version, bien sûr, pardon, ça part en morceau, Aubier-Montaigne, par traduction Hyppolite, voilà, tome 2.
Loi humaine et loi divine dans la cité grecque
18:50 Et à la page 41, 41 comme vous voulez, 41ème page. Hegel vient de distinguer, je vous précise des choses dont on va servir pendant tout ce cycle, donc une particulière attention, Il vient de distinguer dans les pages précédentes, à l'intérieur de ce qu'il appelle le monde éthique, c'est le titre de tout le chapitre qui ouvre ce deuxième volume de la Phénoménologie.
19:20 Donc il vient de distinguer au cœur de, traduisant le monde éthique, de la cité grecque, ce qui en fait la spécificité, deux mondes absolument mutuellement inséparables et en même temps quelque part antagoniques. Ces deux mondes, il les désigne par deux lois, deux législations, il règne la loi humaine et la loi divine. Et on va apprendre dans les pages qui précèdent, on vient d'apprendre que la loi humaine c'est le domaine de l'homme, c'est le domaine de la politique, ce qui se décide au grand jour sur la place publique, sur l'agora, là où on vote.
20:03 La loi manifeste qui est opposée à ce qui se passe à l'intérieur des murs, à un monde plus nocturne, un monde souterrain, dit Hegel, auquel préside la féminité. Vous remarquez que je ne dis pas la femme, je dis la féminité, on va y revenir. Vous pensez bien. Auquel préside la féminité et je vais avant de vous lire la citation sur l'éternelle ironie je vous lis tout de même le passage où il distingue ces deux mondes et vous verrez qu'Hegel n'est pas toujours illisible.
20:46 Voici donc la première partie. Dans l'essence que nous considérons ici, la première essence est la loi humaine, donc celle où l'homme domine, le monde du jour si vous préférez. Dans l'essence que nous considérons ici, la singularité, ce qu'on appellerait l'individu, a la signification de la conscience de soi en général, c'est souligné.
La communauté comme esprit effectif : peuple et citoyen
21:16 Pas la conscience de soi singulière. Ça c'est trop moderne, ce serait un anachronisme. Dans le monde grec, je vous ai déjà dit mille fois qu'on ne saura jamais si Achille préférait le pois avec du lard ou les pois sans lard. S'il avait un grain de beauté sur la joue gauche, on ne saura jamais tout ça. Ce qui est dans un roman de Balzac, je passe au monde moderne ou nôtre. Pendant 100 pages, on sait tout ce qui traîne sur la cheminée du père Goriot.
21:47 Donc, je répète, il s'agit ici d'un individu en général et non pas de tel individu singulier. Dans l'essence que nous considérons ici, la singularité a la signification de, souligné, la conscience de soi en général. Non celle d'une conscience singulière contingente, pour les grecs assez contingente, dans cette détermination la substance éthique est donc la substance effective, l'esprit absolu réalisé dans la multiplicité de la conscience étant là.
22:19 Bref, la cité, je répète, l'esprit absolu réalisé dans la multiplicité de la conscience étant là. Absolu parce qu'il est réalisé, il est objectivé, ce n'est pas la conscience dans ma tête. Cet esprit absolu est l'essence commune, vous voyez la communauté s'esquisse, est l'essence commune, entre parenthèses Hegel dit la communauté, en allemand Gemeinschaft, qu'il faut bien distinguer de Gesellschaft, la société comme en français, communauté et société ne sont pas tout à fait les mêmes notions, tant s'en faut.
22:56 Regardez comme le communautarisme en veut à la société. Donc le conflit des communautés à l'intérieur de la société, on va y revenir. Cet esprit absolu est l'essence commune, la communauté qui, au moment où nous envisageons la figure pratique de la raison en général, était pour nous l'essence absolue, dans l'abstrait, Et qui ici c'est... C'est produite pour soi-même ici, c'est ça le moment grec. Il fait l'allusion à un surgissement d'une démocratie relative, n'est-ce pas ?
23:33 C'est produite pour soi-même dans sa vérité comme essence éthique consciente et comme l'essence pour la conscience qui est notre objet. Nous n'oublions pas que l'objet de toute la phénoménologie, c'est les étapes que doit franchir la conscience de chacun d'entre nous pour arriver au savoir absolu. Et bien ici elle franchit une étape décisive car la conscience arrive à la substance et à l'essence. Je répète, la figure pratique de la raison en général était pour nous l'essence absolue et qui ici, ici au moment de la cité, s'est produite pour soi-même, s'est souligné dans sa vérité comme essence éthique consciente et comme l'essence pour la conscience qui est notre objet.
24:19 La communauté est l'esprit qui est pour soi quand il se maintient en se réfléchissant dans les individus et qui est en soi ou qui est substance quand il les contient en soi-même. On commence à avoir un mouvement, une espèce de tension entre la communauté soit unifiée dans la notion de gouvernement par exemple, il va en parler un peu plus loin, soit au contraire répandue dans chacun des individus. Tantôt dans l'extension des individus, tantôt au contraire concentré dans l'exécutif du gouvernement. Comme la substance effective, cet esprit, ainsi défini, réalisé, cet esprit est un peuple. Comme conscience effective, il est citoyen du peuple. Regardez le vocabulaire.
25:06 La substance est un peuple, mais comme conscience effective, il est citoyen du peuple. Chaque citoyen du peuple a conscience de la substance commune à tous qui est la cité. Cette conscience a son essence dans l'esprit indivisible. Et la certitude de soi-même dans l'effectivité de cet esprit dans tout le peuple.
25:40 Et elle a immédiatement cela aussi, sa vérité. Regardez, c'est un exercice fait exprès, ça a l'air un peu abstrait, difficile, mais au contraire, regardez cet éclairage nouveau. Regardez la distinction de la vérité et de la réalité. L'unité de la cité dans laquelle se reconnaît chaque citoyen est la vérité de chacune des consciences, mais cette vérité n'aurait aucune réalité s'il n'y avait pas les individus concrets et existants.
26:11 Il y a une tension entre le centre et la périphérie, regardez bien. Donc, je reprends ici, comme la substance effective, cet esprit est un peuple. Comme conscience effective, il est citoyen du peuple. Effectif, parce que citoyen, il existe, ce n'est pas une abstraction. Cette conscience a son essence dans l'esprit indivisible et la certitude de soi-même dans l'effectivité de cet esprit dans tout le peuple. Et elle a immédiatement cela aussi, sa vérité, c'est souligné.
26:42 Ainsi, non pas dans quelque chose qui n'est pas effectif, une rêverie, une utopie, mais dans un esprit qui a existence et validité. Et maintenant, on arrive au vocabulaire dont je vous parlais en introduisant cet extrait. On peut nommer un tel esprit la loi humaine, ce moment-là, celui de la loi humaine, on peut nommer un tel esprit la loi humaine parce qu'il est essentiellement dans la forme de l'effectivité consciente d'elle-même, Dans la forme de l'universalité, il est la loi.
27:13 La loi, celle qui est votée sur l'agora, la loi connue publiquement, c'est souligné, et des mœurs actuelles. Dans la forme de la singularité, il est la certitude effective de soi-même dans l'individu en général. Et la certitude de soi-même comme individualité simple et indivisible est l'esprit comme gouvernement. Sa vérité est ce qui vaut manifestement et s'expose à la lumière du jour. Cette vérité publique, ce n'est pas une vérité cachée, ce n'est pas des magiciens qui parlent à l'oreille de l'empereur de Chine, n'est-ce pas, ou n'importe quel seigneur féodal qui avait son astrologue ou son alchimiste.
27:56 Sa vérité est ce qui vaut manifestement et s'expose à la lumière du jour, une existence qui pour la certitude immédiate émerge sous la forme de l'être-là mis en liberté. Voilà pour ce qui est de la loi humaine. Mais ce n'est pas le tout de la cité, ça c'est le monde de l'homme, au sens de la virilité. Mais à cette puissance éthique qu'on vient de définir et à cette manifestabilité, vous voyez comment il résume par le fait qu'elle est au grand jour, qu'elle est manifeste.
Le pouvoir de l'État contre l'être pour soi : vouloir et plaire
28:27 Et à cette manifestabilité s'oppose une autre puissance, la loi divine. En effet, la puissance éthique, le pouvoir de l'État étant le mouvement de l'opération explicitement consciente, trouve son opposition dans l'essence simple et immédiate de l'ordre éthique. Comme universalité effective, le pouvoir de l'État est une force s'exerçant contre l'être pour soi individuel. C'est le conflit plus que jamais actuel du privé et du public.
29:02 Pour s'affirmer, le public doit altérer en partie le faire ce qui me plaît du privé. Le libéralisme par exemple aimerait bien la disparition de l'État, c'est son point commun avec l'anarchisme. C'est curieux. Si vous voulez faire un progrès en dialectique, essayez de voir dans deux forces qui ont l'air de s'opposer à 100% l'anarchiste contre Macron, contre Pompidou, contre les banques, contre les entreprises.
29:42 Essayez de voir ce qu'ils ont de commun. Comme ça vous arrivez à une nouvelle opposition, beaucoup plus riche, car elle inclut la précédente. Et on voit surgir un nouveau terme. En effet, la puissance éthique, le pouvoir de l'État étant le mouvement de l'opération, est une force s'exerçant contre l'être pour soi individuel. Lorsque la Déclaration des droits de l'homme des citoyens et la Révolution française dit que la liberté consiste à faire tout ce qui ne nuit pas, pas, pas, négatif, pas à autrui, il y a une dimension.
30:20 On voit surgir un élément de négativité à l'égard de faire ce que je veux, car ça c'est la liberté, on n'y touche pas, mais de faire ce qui me plaît. Il y en a qui ne savent pas distinguer ce qui me plaît et faire ce qui me plaît et faire ce que je veux. Pourtant la langue est là et elle les distingue, elle doit avoir une raison. Elle en sait des choses la langue, je le répète souvent. Elle en sait plus que chacun des locuteurs que nous sommes, nous qui parlons. Alors, un exemple très simple que mes auditeurs anciens qui me pardonnent s'ils l'ont déjà entendu, qui leur est relativement familière et qui a l'avantage d'être simple.
31:01 Pierre et Paul sont en train de bûcher un examen dont l'échéance approche de plus en plus, mettons le bac par exemple, Et ils conviennent tous les deux puisqu'ils bossent ensemble, ils habitent dans la coloc et ils décident de se réveiller tous les deux à 6 heures le matin pour reprendre les révisions. Parce que le temps presse maintenant, on n'a plus beaucoup de temps pour réviser. Et voilà que le réveil sonne à 6 heures du matin, Pierre se lève, Paul reste au lit.
31:38 Lequel des deux fait ce qu'il veut ? Quand je pose la question, la majorité des réponses, je n'ai pas les vôtres ici, je ne suis pas dans le présentiel, et tant mieux parce que du coup, l'intégralité des réponses doit être prise en compte, ce qui est excellent pour la dialectique. J'y viens. La majorité des réponses c'est, chacun des deux a fait ce qu'il a voulu, il y en a un qui veut se lever, il se lève, il y en a un qui veut dormir, il reste au lit.
32:12 Faites attention au mot, il veut, il s'agit de la volonté. Faut-il de la volonté pour rester au lit le matin quand on a sommeil ? Est-ce que c'est une manifestation de la volonté ? Non, c'est là que vous voyez que celui qui reste au lit ne fait pas ce qu'il veut car il voulait se réveiller la veille, mais il fait ce qui lui plaît car il éprouve un plaisir à dormir que je ne condamne pas du tout. Mais simplement je condamne ceux qui sont dans la confusion de faire ce qui me plaît. Vous savez, si on a fait la révolution, c'est contre un régime qui se maintenait par tel est mon bon plaisir. C'est l'arbitraire faire ce qui me plaît. Ce n'est pas la liberté. La liberté, c'est gagner contre l'arbitraire.
33:05 Regardez la foule de rappels que nous oblige à faire la dialectique serrée à laquelle Hegel se livre ici. Lorsqu'il dit que la loi humaine comme on vient de la définir en tant qu'elle représente la loi, la loi politique qui gouverne la cité, Forcément doit s'exercer quelquefois au détriment de ce qu'il aurait plu à celui-ci ou à celui-là.
33:35 Lorsque par exemple elle mobilise les jeunes citoyens et même les moins jeunes, mais en priorité les jeunes, pour aller défendre la cité contre l'empire perse qui est aux portes de la cité. N'est-ce pas ? Donc, Donc il y a une tension entre ces deux lois et vous allez voir que Hegel ne choisit pas une contre l'autre loin de là, sinon ça ne sera plus la dialectique.
34:06 Donc je termine maintenant cette phrase pour laquelle j'ai procédé à une analyse un peu serrée, je la relis cette fois sans commenter et je la termine, ce que je n'avais pas fait. En effet, la puissance est de l'ordre. Le pouvoir de l'Etat, le monde de l'homme, étant le mouvement de l'opération explicitement consciente, trouve son opposition dans l'essence simple, immédiate de l'ordre éthique comme universalité effective. Comme universalité effective, le pouvoir de l'Etat est une force exerçant contre l'être pour soi individuel, l'Etat contre la famille, contre le privé, Et comme effectivité en général, il trouve dans l'essence intérieure le contraire de ce qui se vote sur la place à l'extérieur, sur le forum, on dira à Rome, fora, c'est dehors en italien, ou sur la Pnyx, l'agora, comme on dira en grec. Là où ça se décide, agone, n'est-ce pas ?
La famille, communauté éthique naturelle
35:05 Il trouve donc le pouvoir de l'état est une force exerçant contre l'être pour soi individuel et comme effectivité en général il trouve dans l'essence intérieure, dont on va voir dans quelques lignes que c'est ici la femme qui préside, encore quelque chose d'autre que ce qu'il est lui-même. Et là, vous voyez un passage important où Hegel va montrer qu'il ne choisit pas. On a déjà mentionné que chacun des modes d'existence opposés de la substance la contient toute entière. La loi divine avec la femme contient toute la cité grecque. La loi humaine avec l'homme, le guerrier contient toute la cité grecque.
35:49 Si donc la communauté est la substance éthique comme le côté de l'opération effective consciente de soi, l'autre côté a la forme de la substance immédiate ou de la substance posée dans l'élément de l'être et non plus de l'essence. La cité tout à l'heure était l'essence face à la conscience individuelle, l'essence, c'est-à-dire la vérité de l'être. Mais le monde féminin, le monde de l'intérieur, des foyers, de la famille, c'est le monde de l'être.
36:22 Celle-ci est ainsi d'une part le concept intérieur ou la possibilité universelle de l'ordre éthique en général. Supprimer la femme et l'essence n'a plus d'existence. Car sans la femme, le citoyen, il a beau se prétendre être la vérité de l'être, n'empêche qu'il n'a même pas d'existence. Il n'a que l'essence. Vous voyez ? C'est la tension magnifique de cette dialectique. Ce moment exprimant l'ordre éthique dans cet élément de l'immédiateté ou de l'être ou une conscience immédiate de soi aussi bien comme essence que comme ce Soi-ci dans un autre, c'est à dire une communauté éthique non plus politique mais naturelle, car c'est pas par un décret politique qu'un fils est le fils de sa mère ou qu'une soeur a comme collatéral un frère.
37:10 C'est un lien du sang. Le lien relève de la nature. C'est-à-dire une communauté éthique naturelle, c'est souligné, cette essence est la famille. La famille, comme le concept inconscient qui n'est encore qu'intérieur, surgit en face. Voyons comment savoir se dresser l'inoubliable figure d'Antigone.
37:40 La famille, comme le concept inconscient et qui n'est encore qu'intérieur, surgit en face de l'effectivité de ce concept quand elle est explicitement consciente, ce qui est le cas d'Antigone. Comme l'élément de l'effectivité du peuple, elle surgit en face du peuple lui-même, comme maître éthique immédiat en face de l'ordre éthique, se façonnant et se préservant grâce au travail pour l'universel. Bref, et ça résume, les pénates, les pénates étaient les divinités de la famille, la langue française l'a gardée quand on dit je vais regagner mes pénates, ça tient je retourne à la maison. Les pénates surgissent face à l'esprit universel.
38:23 Alors je saute développement et j'en arrive à la phrase qui inspirait le titre de mon petit ouvrage.
Solidarité familiale, mafias et pirates de la mer Rouge
38:53 Il y a une menace pour l'unité de la cité, c'est cette division de la communauté en famille, chacune ayant ses intérêts particuliers. Vous savez, dans le monde traditionnel, la notion très péjorative, que je condamne comme tout le monde de mafia, a une justification archaïque à l'origine. Parce qu'au début, justement, quand il n'y a pas un État qui a en souci l'ensemble des individus qui composent la cité, chacun ne peut compter que sur la solidarité immédiate.
39:31 Et la solidarité immédiate, c'est d'abord la famille, même si c'est au détriment d'une autre famille. Je vais dire par là, je vais prendre un exemple très simple, parce que j'ai l'air de justifier les mafias. J'explique, le réel est rationnel, que s'il a existé des mafias, et s'il en existe, c'est qu'il y a des raisons. Ça ne veut pas dire qu'on a raison d'être mafieux, mais qu'il y a quelques raisons à ce que surgissent les mafias. Prenons l'exemple de la mer rouge. Je prends la mer rouge parce que c'est un endroit où pullulent les pirates.
40:06 Les pirates de la mer rouge. Les actes de piraterie. Mettez-vous à la place. Là je prends... Je me mets presque du côté de Robin des Bois, ici, de l'illégalité, mais mettez-vous à la place des peuples qui hantent ces bords ingrats pour parler la langue classique, n'est-ce pas ? C'est une aridité que vous n'imaginez pas, la côte somalienne, la côte de l'Ethiopie et des déserts de sel.
40:39 Et dans cette désolation, les habitants de la côte voient défiler toute la richesse du monde se dirigeant vers le canal de Suez, venant des régions les plus productives, des portes-containers regorgeant de toute la richesse du monde d'automobiles japonaises, des écrans plats coréens-chinois, d'ordinateurs, de ce genre de choses. Vous pouvez faire ce que vous voulez.
41:10 Je ne parle même pas du textile, n'est-ce pas ? Vous vous rappelez quand près d'un millier d'ouvriers du textile avaient brûlé dans un immeuble ces petites mains qui sont derrière les Zara et les Jennyfer, n'est-ce pas ? Et qui sont à l'autre bout en Asie, du côté de l'ancien Pakistan oriental qu'on appelle maintenant le Bangladesh. Donc il voit passer tout ça, ça fait des tentations. Au départ, je citais Robin des Bois, c'est une fauche pour redistribuer à la petite solidarité locale là.
41:53 Après, bien sûr, ça devient de la voyouterie, les mêmes font du trafic de gens qui veulent rentrer et migrer dans les pays industrialisés. Ça devient de négrier, pour parler en termes concrets. Au départ il y avait une raison, c'est que la famille, je commente tout ce que dit Hegel sur la famille, c'est d'abord la première solidarité de proximité.
42:28 La première, heureusement que ce n'est pas la dernière. Donc, or, vous voyez, lorsque... Pardon... Je vous trouve ça tout de suite...
43:04 Voilà. Voilà, comme le livre est abîmé.
La guerre et la mort : la communauté se crée dans ce qu'elle réprime
43:41 Voilà, excusez-moi. Je vous lis donc quelque chose maintenant qui va avoir le mérite de résumer ce qu'on vient de dire d'une manière plus simple. Mais il a fallu d'abord s'entraîner un peu pour que ça paraisse simple. La communauté, dont je reviens maintenant au monde du jour, au monde politique où préside l'homme, la communauté, la loi d'en haut dont la validité se manifeste à la lumière du jour, Je parle Périclès, Solon, etc. Le Soi simple de la substance éthique.
44:35 Il est vrai que cette force simple permet à l'essence, c'est-à-dire, L'esprit de la cité, de s'étendre dans les membres organisés qui la composent. Donc vous voyez, c'est toujours la même réalité. L'unité peut se diffuser dans les différents individus. L'unité de la cité est de donner à chaque partie, chaque famille, une subsistance et un être pour soi propre. En cela, l'esprit a sa réalité. Et ça revient. Si l'esprit se contentait d'être négatif, de s'opposer à tout ce qui est individuel et familial, il supprimerait son existence. En cela, l'esprit a sa réalité ou son être-là. Traduction du mot Dasein allemand qui veut dire son existence. Et la famille est l'élément de cette réalité. J'insiste un peu pour ne plus avoir à le répéter après.
45:29 Pour vous familiariser avec ce vocabulaire. L'élément ici, ce n'est pas l'élément au sens atomique, ça ne veut pas dire les éléments les plus simples d'un jeu de Lego, ça veut dire l'élément au sens où les poissons sont dans l'élément marin. La famille est l'élément du monde du jour, du monde politique où préside l'homme. Enlever la famille, enlever la femme au centre de la famille, et le citoyen n'a même plus d'existence. Il n'arrive même pas à l'existence. En cela, l'esprit a sa réalité ou son être-là est la famille et l'élément, c'est souligné, de cette réalité.
46:05 En allemand, élément est Mittel, le milieu. Je parlais du milieu marin pour les poissons, ça tombe bien. Mais, vous voyez, il y a toujours un mais, un aller-retour. Tantôt, on donne le point à l'autorité politique. Tantôt, on donne le point à la particularité diffusée de chacune des familles. Mais l'esprit, on revient à la cité maintenant, est en même temps la force du tout qui recueille une fois de plus ses parties dans l'Un négatif. Négatif, c'est-à-dire qui doit limiter les prétentions à faire ce qui me plaît dans chacune des parties.
46:39 Leur donne le sentiment de leur dépendance et les retient dans la conscience d'avoir leur vie seulement dans le tout. La communauté peut donc, regardez bien, ce n'est pas doit, la communauté peut donc d'une part s'organiser dans les systèmes de l'indépendance personnelle, de la propriété, Vous voyez que l'économie commence à pointer du droit personnel et du droit réel. Pareillement peuvent s'articuler d'autre part et se rendre indépendants dans leurs propres associations.
47:11 Écoutez bien les modes de travail pour des buts en première instance singuliers, des buts qui n'ont rien d'éthique, qui ne visent pas la volonté générale ou le bien de la collectivité, mais des buts singuliers. Deux points, ceux de l'acquisition et de la jouissance. Peut, c'est possible, ce n'est pas interdit. L'esprit de l'association universelle, de nouveau un aller-retour, on revient à l'unité de la cité, est toutefois la simplicité et l'essence négative de ces systèmes en train de s'isoler.
47:47 Et là, écoutez bien, pour ne pas les laisser s'enraciner et se durcir dans cet isolement, il y a une lutte entre libéralisme et dirigisme, libéralisme et dirigisme, pour ne pas les laisser, tous ces systèmes en train de s'isoler, s'enraciner et se durcir dans cet isolement, donc pour ne pas laisser se désagréger le tout et s'évaporer l'esprit, Il doit de temps en temps, tout à l'heure c'était ces éléments individuels peuvent s'isoler mais ici le gouvernement doit de temps en temps les ébranler dans leur intimité par la guerre.
48:33 Il ne s'agit pas de dire qu'ici que Hegel est pour la guerre, il constate que c'est au moment où tout d'un coup le citoyen qui était dans les bras de sa bien-aimée est appelé tout d'un coup à la guerre contre les Perses, que c'est à ce moment-là tout d'un coup qu'il retrouve ce qu'Hegel appelle ici l'esprit de l'association universelle. Car n'oublions pas le côté particulier, familial, féminin, donne à la cité son existence, mais le côté politique, masculin à l'époque du gouvernement, Le gouvernement, un divi, la citoyenneté donne l'essence, c'est-à-dire la vérité de cette existence. L'homme n'est pas un animal. Pour ne pas les laisser s'enraciner et se durcir dans cet isolement, donc pour ne pas se laisser se désagréger le tout et s'évaporer l'esprit, le gouvernement doit de temps en temps les ébranler dans leur intimité par la guerre.
49:34 Par la guerre, il doit, écoutez bien, déranger leur ordre qui se fait habituel, violer leur droit à l'indépendance. De même qu'aux individus qui en s'enfonçant dans cet ordre se détachent du tout et aspirent à l'être pour soi inviolable et à la sécurité de la personne, Le gouvernement doit dans ce travail imposé donner à sentir à tous leur maître la mort. Grâce à cette dissolution de la forme de la subsistance, l'esprit réprime l'engloutissement dans l'être-là naturel, loin de l'être-là éthique, il préserve le soi de la conscience et l'élève dans la liberté et dans sa force.
50:26 L'essence négative, donc le gouvernement, la loi du jour, viril, se montre comme la puissance propre de la communauté et non plus de l'individu et comme la force de sa conservation d'elle-même. Vous me direz mais c'est terrible quoi, je veux dire ça suppose la mort de l'individu. Écoutez bien, la communauté trouve donc la vérité et le renforcement de son pouvoir dans l'essence de la loi divine et dans le royaume souterrain. Car la mort, c'est bien le domaine justement où la famille intervient.
51:01 Hegel ne cesse de répéter quand il analyse le conflit d'Antigone que tant qu'il vit, le citoyen appartient à la cité qui peut l'envoyer, sacrifice suprême, se battre contre les Perses ou contre une cité rivale, Athènes contre Sparte, contre Thèbes. Mais une fois qu'il est mort, c'est l'affaire de la famille, embaumer son cadavre, l'enterrer. L'État n'a plus rien à faire là, c'est l'affaire de la famille, de ses proches, de ceux qui sont parents par le sang, dans ce qu'il appelait tout à l'heure cette communauté naturelle qu'est la famille.
51:37 Et c'est bien ce droit qui est propre à la famille de se réserver les rituels qui concernent le cadavre qui est violé par Créon dans la tragédie d'Antigone quand il interdit sous prétexte que le corps du guerrier a trahi sa cité en collaborant avec une cité adverse pour le châtier. L'interdit qu'on l'enterre, là il sort des prérogatives du tout, de la totalité de la cité et il empiète sur ce qui est inaliénable dans la sphère du privé, dans ce qui est le propre de la famille.
52:20 Et c'est là qu'Antigone surgit. Puisque l'une des deux forces qui étaient dialectisées tout à l'heure, tout d'un coup essaye de l'emporter sur l'autre. J'en arrive donc au passage que je vous signaler dans lequel nous trouvons les deux mots du titre. La loi humaine donc, dans son être-là universel, la communauté, dans son activité en général, la virilité en général, il y a les amazones, dans son activité effective, le gouvernement, la loi humaine, je reprends, est.
52:59 C'est souligné, se meut Et se conserve en consumant en soi-même le séparatisme des pénates, des familles, ou la singularisation indépendante en famille au pluriel, auquel préside la féminité et elle les dissout dans la continuité de sa fluidité. Mais la famille est en même temps son élément général. Supprimer l'eau de mer et les poissons marins ne subsistent pas longtemps.
53:31 Mais la famille est en même temps son élément général, la base universelle d'activité de la conscience singulière, tandis que la communauté se donne sa subsistance seulement en détruisant la béatitude familiale et en dissolvant la conscience de soi, Dans la conscience de soi universelle, elle se crée, c'est la femme qui donne naissance à l'individu biologiquement, elle se crée dans ce qu'elle réprime, elle se crée dans ce qu'elle réprime, vous voyez comme la contradiction devient interne, c'est ça la dialectique.
54:04 Elle se crée dans ce qu'elle réprime et qui lui est en même temps essentiel dans la féminité en général. On commence à aborder le sujet de mon livre, son ennemi intérieur, l'ennemi intérieur de la communauté. Cette féminité, je cite, l'éternelle ironie de la communauté. Je m'arrête là pour l'instant. Alors vous voyez cette dialectique est tellement serrée que je vous avoue que l'une des... il y a deux raisons. J'allais dire l'une des deux raisons pour lesquelles je reviens à la lecture de ce petit ouvrage.
Première raison du retour au livre : Hölderlin, existence et essence
54:49 Si je reviens c'est pour deux raisons essentielles je ne veux pas sous silence de multiples autres raisons vous savez que l'on pourra à l'occasion revenir mais qui sont moins importantes la première c'est l'actualité de cette problématique alors que l'actualité il est en train d'analyser même pas son monde à lui contemporain postérieur à la Révolution française il est en train d'analyser le 5e siècle J'ai dit que avant Jésus-Christ... Il étudie le moment grec antique à travers la tragédie de Sophocle, car tout ce qu'on vient de lire est une analyse serrée de textes que lui-même et ses condisciples connaissaient par cœur à l'époque.
55:34 Hölderlin dit quelque part dans son admirable remarque sur les tragédies de d'Œdipe et d'Antigone, de Sophocle, il conclut son analyse par cette formule qui fait s'écrouler toute la lecture heideggerienne de Hölderlin, cette falsification sur laquelle il faudra bien revenir un jour, deux points, Sophocle est républicain.
56:04 Et à l'époque de Hölderlin, républicain, ça voulait dire qu'il n'est pas à l'extrême pointe de la Révolution. Il n'est pas dans le duché de Württemberg ou dans le royaume de Bavière qui suffoque les Républicains. Je referme cette petite parenthèse sur Hegel, la première raison c'est l'actualité de cette problématique, et quand vous me direz, c'est le fait que cette guerre des sexes, dont Hegel montre qu'elle est intrinsèque à la vie même de la cité, Et qu'aucune des deux parties ne doit l'emporter sur l'autre, dans la mesure où chacune des deux apporte des choses aussi indispensables au tout qu'est l'existence pour l'une, l'essence pour l'autre.
57:04 Ah oui, oui, il y en a qui ne voient pas très bien la distinction. Ecoutez, un bloc de marbre, un bloc de marbre brut qu'on vient d'enlever de la carrière, ça c'est ce qui va permettre à une statue de rentrer dans l'existence. Mais ce n'est pas la statue, ce n'est pas le David de Michel-Ange. Eh bien voilà ! Ce n'est pas le Persée de Benvenuto Cellini. Ce n'est pas le penseur de Rodin.
57:49 C'est ça l'existence sans l'essence. L'essence c'est ce qui fait qu'on peut donner un nom à ce bloc. Un nom, pas seulement de dire ce bloc, mais un nom. Tiens, je reconnais Achille, tiens, je reconnais le penseur de Rodin, tiens, la victoire de Samothrace. Il ne faut pas plaisanter ni avec l'existence ni avec l'essence, ni avec l'en-soi, ce sans quoi il n'y aurait rien, la graine pour l'arbre si vous préférez, et l'essence.
58:25 Car cette graine, si elle n'est pas arrosée, si elle ne pourrit pas dans le sol pour se détruire, pour germer et donner un arbre, l'arbre n'existe pas non plus. Ce n'est pas moi qui parle de pourrir, c'est dans l'évangile. Si le grain ne se meurt, s'il ne pourrit pas dans le sol, il ne porte aucun fruit. Donc, vous voyez, cette dialectique sexuée revient au premier plan avec la tentative d'un capitalisme aux abois, aux abois historiquement parlant, il doit encore avoir pas mal de temps devant lui, mais en grande difficulté.
Crise du capitalisme et sociétalisation des problèmes
59:01 La montée des contradictions qui n'arrive plus à maîtriser entièrement, loin de là, en termes marxiens si vous préférez. Les rapports capitalistes de production arrivent à un taux de saturation qui fait que le fait de confier la production à des instances privées n'est plus à la hauteur des possibilités fantastiques ouvertes par le progrès, Non pas des rapports de production qui eux stagnent, on en est toujours au capitalisme, mais au progrès des forces productives.
59:35 Ceux dont s'aperçoivent même pas ceux qui pourtant parlent tous les jours de révolution informatique. S'il y a une révolution dans les forces productives, on n'a jamais vu une révolution dans l'infrastructure qui n'implique pas à terme. La révolution industrielle à l'anglaise précédente de quelques générations, la révolution politique française, Dans la manière de produire, dans la technologie, c'est-à-dire, c'est ce qui nous intéresse philosophiquement maintenant, dans l'extension considérable des possibilités offertes dans l'existence, pas dans le devoir-être, dans l'être même, dans la réalité.
1:00:19 Une extension aussi considérable doit se traduire aussi par une nouvelle donne politique. Nous vivons dans l'entre-deux. Et c'est ça la crise, n'est-ce pas ? C'est-à-dire que les nouvelles forces productives sont lourdes d'une gestation. Nous sommes dans les souffrances, dans le travail de cet accouchement historique où ces nouvelles forces Ils doivent enfanter de nouveaux rapports de production. Or, pour freiner, pour différer cet accouchement, pour jouer les prolongations, le capitalisme nous bassine avec les problématiques sociétales, pour diviser, pour empêcher la masse critique, c'est-à-dire l'unification de tous ceux qui sont dominés par ce 1%, Qui concentre la quasi-totalité des pouvoirs économiques, culturels, médiatiques, etc. dans le monde que nous vivons.
1:01:23 Cela devrait avoir explosé depuis longtemps. Si cela tient encore, c'est parce qu'à chaque fois, le pouvoir gagne du temps en sociétalisant les problèmes, en opposant dans ceux qui sont mécontents et qui sont malheureux. Les quadras aux jeunes gens, que les quadras viendraient prendre le travail des jeunes gens, ou opposer des couleurs, les noirs aux blancs, ou à l'intérieur des noirs, vous voyez je ne parle pas politiquement correct, je parle comme les africains qui disent les blancs, ils ne disent pas les euro-caucasiens, les Hutus et les tutsis, ou à l'intérieur du monde arabe on va opposer les chiites aux sunnites.
1:02:08 Et oui les producteurs de pétrole c'est surtout eux qu'on a intérêt à diviser. Les sunnites qui sont la majorité dans le monde arabe contre les sunnites qui sont présents dans le monde arabe mais qui sont surtout dominants en Iran qui n'est pas un pays arabe. Oui, utiliser toutes ces vieilles divisions. Jouer toujours n'importe laquelle des parties contre le tout.
Antigone défend une communauté ; identités imaginaires
1:02:38 Mais on n'est pas loin d'une mauvaise lecture d'Antigone. Antigone n'est pas cette petite gauchiste à la Hannah Arendt qui défend les droits de l'individu contre la méchante cité. Non, ce n'est pas un individu au nom duquel se dresse magnifiquement et inoubliablement l'Antigone de Sophocle. C'est du sérieux. C'est une communauté que défend Antigone. Mais ce n'est pas la communauté strictement politique qu'est la cité.
1:03:08 C'est la communauté plus liée au lien naturel, mais qui n'est pas naturel, de la famille. Je dis bien qu'il n'est pas naturel non plus car le mariage ne procède pas de l'instinct mais de l'institution. Une mère lapine s'occupe très bien de ses lapereaux, quand ils sont nés, elle les allaite, tout ce qu'on veut. Une fois qu'ils sont sevrés, elle les dévore. Je suis sûr parce qu'il y en a qui parlent d'Instinct, mais attendez, oui, ben, l'Instinct...
1:03:40 La femelle lapine on en reparlera. Par contre, une vieille Russe peut être désespérée d'avoir perdu son mari, ses deux fils et son frère à Stalingrad, même si elle a 80 ans et ses petits-fils. Le lien n'est plus naturel. Il y a autre chose qui est intervenue. Donc quand Hegel dit communauté naturelle la famille, c'est-à-dire une communauté qui n'existerait pas s'il n'y avait pas un lien naturel qui ne doit rien à la cité ni à l'histoire, uniquement à la nature.
1:04:20 Par contre, cette communauté, de l'instant qu'elle est famille, elle procède de l'institution et pas seulement de l'instinct. L'institution peut être différente, ça peut être la polygamie ici, la monogamie là-bas, mais ça obéit à des règles qui ne sont plus de l'ordre de la nature. Car si c'était naturel, ce serait les mêmes partout. Comme le fait qu'on doit manger pour vivre. Ce qui s'étend à l'ensemble du monde vivant, y compris les végétaux. Donc encore une fois, cette sociétalisation, je n'ai rien contre les problématiques sociétales, j'ai contre ce discours qui se sert du sociétal pour bloquer le social, pour verrouiller l'immense revendication sociopolitique qui émerge.
1:05:15 Et qui font que les gens sont malheureux du système dans lequel ils sont, ne pouvant empêcher ce malheur, le pouvoir essaye de dévier ce malheur, de le détourner en termes freudiens, de le déplacer, c'est un terme freudien, le rêve opère par déplacement. Il y a bien une vérité dans l'œuvre, il y a bien une réalité, ce n'est pas seulement l'imaginaire, mais une réalité qui n'est pas à sa place.
1:05:50 Le pouvoir essaie de déplacer ce mécontentement dans un sens sociétal, c'est-à-dire, j'aime bien, enfin j'aime bien, je me permets de proposer ce terme générique pour ce qui est de la couleur, le sexe, le genre, la classe d'âge des jeunes contre les vieux, La religion, bien sûr. Je propose la notion d'ontologie. C'est l'arme favorite du pouvoir et c'est par cette arme qu'il subsiste.
1:06:27 Car on trouve toujours de quoi réveiller de vieux mécontentements. On dit, je ne sais pas, les vietnamiennes et les chinois ont toujours été en conflit, en histoire. Oui, mais de là à réveiller ces conflits, Et c'est autre chose. Les Normands et les Bretons se disputent pour savoir si le Mont-Saint-Michel est en Normandie ou en Bretagne. Ça ne fait pas des millions de morts. Mais un jour un pouvoir local peut avoir besoin, dans un retour à la barbarie, de ressusciter cette dichotomie du Normand et du Breton, comme on le fait pour les Catalans contre l'Espagne, Et si la Corse est indépendante demain, je n'y oppose pas. Mais je constate que des divisions vont y apparaître entre savoir si c'est la langue de Bonifacio ou celle de Bastia ou celle de Corté qui doit être déterminante.
1:07:25 Quand une identité est imaginaire, elle se perd dans l'infinitésimale des parties qui ne cessent de se désagréger, comme un cancer. Voilà ces problématiques auxquelles je vous invite pendant tout ce cycle qui va nous occuper là. Et vous me direz, oui, tu as explicité un petit peu le titre, on commence à voir se profiler ce que signifie féminité et communauté, avec une tension entre la féminité qui préside à la singularité face à la communauté, la singularité des familles par exemple.
Commentaires : maîtres et interdits, Mont-Saint-Michel, Œdipe
1:08:17 Là, je jette un coup d'œil sur notre timing et je ne sais pas si... Je vais demander à Pierre-Alain et à notre régie si des questions sont présentes à ce stade. Si les questions se sont posées, mais je ne crois pas car normalement je devrais les voir s'afficher. Je n'ai pas l'impression que les questions soient posées. Me trompais-je ? Je m'ajoute. Si vous regardez sur la droite, je regarde les commentaires.
1:08:51 Ah d'accord, c'est parce que je n'ai pas... autant pour moi je suis toujours aussi bon navigateur, n'est-ce pas ? J'ai oublié de cliquer sur la commande des commentaires. Merci Pierre-Alain. Voilà, ah oulala, oui d'accord d'accord. Alors ben bon je salue les plus fidèles des commentateurs et puis aussi et ça me fait plaisir à chaque fois il y a de nouveaux noms, de nouvelles têtes si je puis dire. Je vois ici un Arsène Lupin III par exemple qui me dit ceci, je commence par lui parce Ceux qui se veulent être nos maîtres n'ont pas les interdits qu'ils nous imposent et à coup sûr se vaccinent avec du sérum physiologique pour l'image.
1:09:40 Je ne m'inscris ni pour ni contre ce commentaire mais je constate qu'il aborde une problématique tellement vaste par ailleurs et qui agite tellement déjà les plateaux télé et les médias que je ne vais pas, Et pourtant, à ce stade, ce n'est pas incompatible avec ma propre approche. Mais je prends date. Par contre, je retiens le tout début de la phrase qui va bien au-delà du problème du vaccin.
1:10:14 Ceux qui se veulent être nos maîtres n'ont pas les interdits qu'ils nous imposent. Ceux qui prônent la décroissance se vautrent dans une consommation qui n'est pas celle. Du Malien sur son territoire ou dans nos banlieues. Il y en a pas mal. Je pense à Montreuil par exemple, qui aimerait bien lui consommer un peu plus et qui a une croissance qui lui permette de ne pas faire baisser les prix des marchandises, qu'il ne peut pas s'acheter ni acheter à sa famille, à ses proches. Donc ceux qui se veulent être nos maîtres n'ont pas les interdits qu'ils nous imposent. Gardons ceux-ci d'Arsène en lettres d'or. Ça servira.
1:11:00 Je vois qu'il y a des questions, parce que là ce n'est pas une question dont je ne m'attarde pas trop, mais je reviendrai à la problématique. J'ai Karcha qui rebondit sur l'affaire du Mont-Saint-Michel. J'ai essayé de prendre une réalité en dehors de la Corse pour dépassionner, mais apparemment les passions sont là. Avec beaucoup d'humour, l'affaire est réglée, le Mont-Saint-Michel appartient à la Normandie, une fente de Grande-Bretagne. Voilà, et il ajoute, et c'est là que je vois sa profondeur, hi hi hi, n'est-ce pas, pour montrer qu'il a de l'humour, et donc que l'ironie de la communauté, cette éternelle ironie n'est pas le privilège, tant s'en faut de la féminité, même si on y reviendra.
1:11:45 J'ai commencé l'introduction musicale des Joyeuses Commeres de Windsor sur ce rire, ha ha ha, exprès, pour ne pas oublier ce lien qu'on n'a pas encore tiré au clair entre l'ironie et la féminité. La rentrée difficile des Daniel Arias, qui est un fidèle parmi les fidèles, c'est presque un euphémisme, Elle est plus que difficile pour la majorité d'entre nous.
1:12:19 Je vois beaucoup de commentaires que je remercie. Je ne m'y attarde pas parce qu'ils ne sont pas des questions, c'est des salutations ou des mots gentils. Alors le même Karcha qui est annexé le Mont-Saint-Michel à la Normandie, selon une légitimité que je me garde bien de contester, il dit ceci Et le complexe d'Œdipe est en fait un refoulement de la perversion féminine ni maternelle ni paternelle ni fraternelle ni humaniste. Le symptôme de Freud.
1:13:09 Salutations, je salue, ils savent que je ne les oublie jamais, Khaled, bien sûr, maléfique, qui est très fidèle et que je remercie profondément d'être présente alors qu'elle a de beaux enfants qui l'occupent. Je ne lui ai pas le mari, mais enfin ça prend beaucoup de temps. Alors, je cite Simitri, qui est parmi les quasi nouveaux dans nos followers.
Loi dialectique du point commun : dogmatique et sceptique
1:13:49 Merci de cette réflexion, à l'opposition de la loi humaine et la loi divine, pour trouver un nouveau terme, développer sa pensée ou percevoir une opinion plus juste, en cherchant le commun de deux parties qui semblent au départ en opposition. Je remercie Symmetrie O, pour citer Sommetido intégralement, je le remercie d'avoir relevé, j'avais peur qu'on s'empresse d'oublier quelque chose sur lequel je voudrais insister, je reviendrai, car là il s'agit des lois générales de la dialectique que je propose, je ne les ai pas vues pour l'instant dans Hegel, vous remarquez, je m'en inspire bien sûr, mais cette manière de les formuler, je me permets de la revendiquer parce qu'elle peut être précieuse pédagogiquement.
1:14:33 Je renouvelle mon conseil quand vous voyez deux parties que tout semble opposées, essayez de voir s'ils n'ont pas tous les deux un point commun qui leur est essentiel. Car à ce moment-là, mettons que A s'oppose à B, entre A et B je fais une ligne verticale, je fais deux colonnes. Libéralisme, dirigisme. Libéralisme, je ne sais pas, l'individu... Faire ce qui me plaît, laisser faire, laisser passer, polycentralisation, décentralisation. C'est sous Giscard puis Mitterrand qu'on a cessé de décentraliser.
1:15:20 En particulier les directions régionales de santé pour revenir frôler l'actualité sans m'y attarder. N'inquiétez pas que l'actualité nous y ramènera. De l'autre côté on peut mettre le tout face à la La partie, la volonté générale par rapport à tel est mon bon plaisir. Il faut d'abord creuser ceux qui les opposent. Prenez le critère du beau, on l'avait vu une fois, entre le dogmatique et le sceptique.
1:15:57 Voilà encore une ligne qui sépare en deux colonnes une feuille de papier où je mets à gauche le dogmatique qui a la question quel est le critère du beau. Il va répondre le beau c'est l'unité, l'harmonie, regardez le temple grec, le Parthénon. Et puis en face, l'opposé total, on se demande comment on peut trouver un point commun. Le sceptique dit que ce n'est pas le critère du beau, parce que c'est le critère du beau pour toi, ici, maintenant, à Athènes, à telle époque, alors que si tu vas en Afrique australe, ce sont les femmes calipiges qui sont les plus séduisantes, et qui n'ont pas tout à fait la morphologie de la Vénus de Milo.
1:16:41 Et ainsi de suite, ça s'oppose complètement. Et pour cause, chacun définit le beau en se tournant vers l'extérieur. Voilà le point commun. Sauf qu'à l'extérieur, il y en a un qui n'a pas beaucoup voyagé, pour lequel l'extériorité se résume à ce qu'il a toujours vu. A Athènes par exemple, dont il dit le beau c'est le Parthénon. L'autre qui a un peu plus voyagé, j'ai donné ici le point au sceptique, mais il en reste aussi aux critères de ce qu'il voit à l'extérieur.
1:17:12 Il voit défiler des tas de modèles différents et il finit par conclure que le critère du beau n'existe pas. Surgit Socrate Platon, le philosophe qui n'est ni dogmatique ni sceptique, je révise un peu là, qui dit, connais-toi toi-même. Si tu te connais toi-même, tu verras immédiatement que si tu dis c'est beau, que ce soit pour dire que le critère du beau c'est le Parthénon ou qu'il n'y a pas de critère du tout, que ce soit pour le dogmatique ou le sceptique, chacun des deux, quand il dit c'est beau, équivaut ou implique que ça me plaît.
1:17:48 Si j'éprouve un plaisir, ça me plaît, c'est qu'un désir est en train d'être satisfait par l'objet que je désigne. Et donc le critère du beau est à chercher non pas à l'extérieur parce que le désir c'est ce qui vient de l'intérieur ça suppose un sujet alors qu'on cherchait le beau dans des objets. Et on a fait un progrès, je reviens à mes lois dialectiques, au lieu qu'il y ait une ligne qui sépare deux colonnes dogmatique et sceptique, J'ai une nouvelle ligne double qui a à gauche le dogmatique et le sceptique et à droite le dogmatique et le sceptique que je classe maintenant dans leur point commun qui est l'empirisme, pas l'empirisme scientifique, pas l'expérimentation scientifique, l'empirisme de ne se fier qu'à ses sens, qu'à la connaissance immédiate qui est la plus pauvre.
1:18:39 Et que j'oppose au rationalisme et on a une nouvelle opposition qui n'est plus dogmatique sceptique mais on a empirisme qui inclut dogmatique et sceptique puisque les deux cherchent à l'extérieur. Ex-ex-expérience, expérience immédiate, pas l'expérimentation scientifique et qu'on oppose maintenant au rationalisme celui qui va commencer par des énoncés qui viennent de l'intérieur. J'appelle cercle, etc. par les mathématiques par exemple. Voilà donc je remercie Symmetrie Haut, je relis son intervention, merci de cette réflexion.
1:19:15 Deux points pour trouver un nouveau terme, ici on a trouvé l'opposition rationalisme empirisme, donc c'est le rationalisme qui est évidemment nouveau, développer sa pensée ou percevoir une opinion plus juste en cherchant le commun de deux parties qui sont au départ en opposition. Ici le point commun du dogmatique et du sceptique c'était le recours à l'extériorité sensible, celle que seuls les sens nous offrent.
Femme et féminité ; féminisme bourgeois et Armée rouge
1:19:45 Jean-Paul Legrand est entièrement excusé de son retard, largement compensé par sa fidélité qui nous touche beaucoup et par son grand travail de militant que je respecte et que j'admire. Alors, je regarde s'il n'y a pas beaucoup de questions. Il y a beaucoup de réflexions intéressantes et inspirantes. Dominique Pagani, je vous permet de revenir ? Oui. Redécent à des questions. Qu'est-ce qui a été fait ?
1:20:17 Merci bien. Alors, alors, alors. Ah oui, je vois les points d'interrogation. Bon sang. Alors, révolutionnaire contre révolutionnaire. Je ne sais pas quel est le sujet de ces épithètes à chaque fois que l'homissie que je salue là aussi, dont je remercie la fidélité, qu'est-ce qui est censé être soit révolutionnaire, soit contre-révolutionnaire ? Le monde du jour, le monde égale à montrer que les deux sont indispensables à la cité.
1:20:50 C'est le résultat le plus important. Opposer l'un à l'autre, c'est précisément ce qu'essayent de faire nos pouvoirs actuellement. De faire comme si chacune entité était valable par elle-même sans sa relation à l'autre. Laurent Angot. Bonsoir. La femme renvoie à la substance, bien vu, là où la féminité renvoie au sujet historique. Il faudrait éviter les écueils d'Otto Weininger. Je laisse de côté l'œuvre importante d'Otto Weininger pour l'instant, mais très bien vu Laurent.
1:21:27 Ce n'est pas la première fois que nous constatons la pertinence des lectures de Laurent. La femme renvoie la substance là où la féminité renvoie au sujet historique. Tout à l'heure, effectivement, il y a quelqu'un d'attentif à ce qui semblait être un détail de ce que je disais qui était essentiel. Le titre du livre c'est Féminité et Communauté. Je ne parle pas de la femme, je parle de la féminité. Or, dans le sociétalisme du féminisme bourgeois contemporain, je ne parle pas du féminisme pour lequel je suis le premier à me battre, à travail égal, salaire égal par exemple, mais les féminismes bourgeois se moquent bien de ce côté métro, boulot, dodo, elle passe le temps à se dire ça ne se réduit pas à ça.
1:22:13 Ou alors plus subtilement, comme l'a fait Clémentine Autain déjà, mais ce n'est pas contradictoire de s'occuper du social et du sociétal. Dans le tact, ça ne devrait pas être contradictoire sur ce point, on est bien d'accord, mais dans ce cas-là, comment se fictive ? Chaque fois qu'elle intervient pour parler de féminisme, c'est jamais pour le social ou le sociétal. Quand on voit le plus grand sacrifice de tous les temps consentis par un peuple, au niveau d'un peuple, Au niveau même de... Au niveau d'une nation et d'un état, je pense à l'Union soviétique et à l'ensemble des peuples qui la constituent.
1:22:51 Quand je vois que le plus grand sacrifice consenti par ces peuples qui sont venus à bout de la barbarie nazie, et que tout ce qu'en retient Clémentine Autain, c'est que l'armée rouge a violé des femmes allemandes, ce qui est indéniable. Je ne le justifie absolument pas. Il est vrai que les troupes de choc, comme on dit, qui venaient de faire Des milliers de kilomètres jonchés des cadavres de leurs proches, de leurs concitoyens, voire de leur famille. C'est sûr que quand ils sont arrivés en Allemagne, il y en a, il y en a parmi eux, comme on fait dans le détail.
1:23:24 Dès que l'armée régulière est arrivée après les troupes de choc, il y a eu beaucoup de répression, de ce qui est injustifiable, du viol. Il y a eu pas mal de fusillés par les officiers soviétiques de ceux qui n'étaient pas allés avec le dos de la cuillère, comme on dit avec beaucoup trop de légèreté, pour l'inqualifiable. Donc voilà, je veux dire, mais ne retenir que cela de l'armée rouge, je n'ai jamais. Normalement, il ne devrait pas y avoir de contradiction entre le social et le sociétal, mais bon sang, où seraient nos libertés communes pour ce qu'il en reste ?
1:24:04 A Clémentine et à moi-même, s'il n'y avait pas eu d'armée rouge. Les Etats-Unis, l'Allemagne, c'est-à-dire l'Allemagne originelle et la Nouvelle Allemagne, je pense au WASP ici, je vous rappelle que c'est ma femme allemande qui va attirer mon attention sur le fait que la composante principale et dominante aux Etats-Unis, le WASP, White Anglo-Saxon Protestant, est en immense majorité de compositions germaniques. Vous savez que je suis un germanophile, je ne suis pas en train de diaboliser. Je rappelle ici, pour comprendre les Etats-Unis, il vaut mieux regarder du côté des traditions allemandes que du côté d'un Anglais qui soit devenu un petit peu plus voyou que le gentleman britannique.
1:24:50 Le hamburger, rappel Hamburg, le hot dog est une saucisse et le colossal for the first time in the world. La manie du superlatif n'est pas du tout britannique, c'est pas du flegme, mais par contre c'est très colossal, c'est très allemand. Et vous savez, j'ai l'affection pour bien des aspects du monde allemand. Mais enfin, je rappelle ici que s'il n'y avait pas eu l'armée rouge, il y avait une belle entente entre les deux ennemis jurés du communisme qui se serait partagé la planète et où on en serait maintenant.
Left washing, OTAN et seconde raison : un livre trop court
1:25:34 Donc il ne faut pas dire qu'il n'y a pas de contradiction entre le social et le sociétal. C'est ça que je combats tout au long du cycle qui va venir. Et je réponds ici par avance à quelques-uns des principaux contributeurs à nos efforts communs dans notre association. Je pense ici à Philippe Degnaud que je salue et qui déploie des efforts pour lesquels on le remerciera.
1:26:08 Jamais assez pour aboutir à une traduction et une édition anglaise, anglophone, des œuvres de Michel Clouscard. Je vous le dis en avant-première, Philippe Degnaud m'avait posé une longue question dans un courrier personnel, enfin un courrier envoyé dans le cadre de notre asso Stricto Sensu, où il me demandait s'il n'était pas temps de faire le procès de ce qu'il appelle le left washing. C'est pas comme on parle du greenwashing.
1:26:39 C'est-à-dire de cette nouvelle extrême droite qui tient absolument à se penser à gauche. Et c'est ce qui explique sa durée. Si le libéralisme et la réintégration de la France dans le commandement intégré de l'OTAN, Je parle de choses un peu plus actuelles depuis le fiasco de l'histoire des porte-avions australiens.
1:27:09 Si la réintégration de la France dans le commandement intégré de l'OTAN qui fait que les États-Unis peuvent déclencher une guerre totale nucléaire, on doit suivre automatiquement c'est dans les articles même dénoncés de l'OTAN. Alors que de Gaulle restait dans l'alliance atlantique, il n'était pas anticommuniste pour rien, Le Conseil stipulait que la France seule avait la souveraineté du choix de la guerre et de la paix. Tout de même.
1:27:39 Et bien, si la France est revenue dans le commandement intégré de l'OTAN, c'est à partir du moment précisément où on a fait toutes ces concessions sociétales, Ou des questions de genre, de couleur, etc. On commençait à l'emporter sur la solidarité sociale. Je fais allusion ici à l'époque qui semble bien lointaine, où lorsqu'il y avait une grève à Billancourt, aux usines Renault, et qui avait gain de cause, qui se traduisait par une grande avancée socio-économique, ça bénéficiait à tous, qu'ils soient hommes ou femmes, Dans la régie Renault, qu'ils soient blancs, maghrébins ou subsahariens. Donc il était urgent de diviser tout ça pour que le capitalisme continue à régner.
1:28:37 Voilà, je crois que je vais en rester là pour ce soir parce que vous pensez bien qu'on est en train de remuer la première raison. J'ai presque fini, mais je clôt ici l'exposé de la première raison pour laquelle je reviens à la lecture de ce qui semble être un petit opuscule. Le deuxième, c'est à cause d'un reproche qu'on a souvent fait à ce livre, un reproche dont j'admets tout à fait la pertinence et la validité, Surtout qu'il vient souvent, je pense ici à la recension dont j'ai déjà dit qu'elle m'a beaucoup ému car elle a été faite dans un journal fondé par Louis Aragon, dans les lettres françaises, et qui dit des choses qui ne m'ont pas déplu pour aller vite, mais qui me reproche comme beaucoup d'autres.
1:29:31 Et à juste titre sans doute que mon livre est trop court, trop allusif et glisse trop vite des fois sur des sujets sur lesquels on a voulu en savoir plus. C'est la deuxième raison qui explique que je voudrais y revenir et procéder au développement qui manquait dans ce livre avec vous, en votre compagnie. Je vous dis donc bonsoir, je vous remercie mille fois d'avoir été présent pour ce retour, pour vos questions. Je n'en oublie aucune, vous savez que nous allons alterner la lecture de Féminité et Communauté avec les formes à court et en premier lieu avec les réponses à vos questions. Personne ne sera oublié.
1:30:12 Je vous dis donc à mercredi dans quinze jours et inutile de vous dire le bonheur que j'ai eu à vous revoir. Très bonne soirée et très bonne nuit.
1:31:33 ...Come sarebbe a dir?
1:32:10 Levant, in fretta, in fretta.
1:32:53 ...quando il brille? Amo! Imprudente, tu!