Transcription automatique (Whisper), non relue — cliquez pour aller au passage.
Le bon sauvage, hypothèse de travail et non retour à l'animal
0:00 Je me dois d'obéir à la loi quand elle exprime le droit, mais je dois de me rebeller contre elle quand elle n'exprime que la force. Voilà ce qu'il est en train de dire. La force a fait les premiers esclaves leur lâcheté et les a perpétués.
0:30 Oui, ça a beaucoup nuit à Rousseau, c'est histoire du bon sauvage. Vous savez déjà, à Voltaire, c'est dans la lettre à Rousseau, la lettre pour le remercier de l'exemplaire que l'avait envoyé. J'ai bien reçu, monsieur, votre nouveau livre contre le genre humain. Premier perfidie, il fait comme si Rousseau écrivait contre le genre humain. Et c'est là qu'il dit, il prend envie de marcher à quatre pattes quand on lit votre livre, mais comme il y a 60 ans que j'en ai perdu d'habitude, c'est un style superbe, il fait des crasses quand même. Bref, donc, oui, je crois que Rousseau lui-même, ça a été expliqué à plusieurs reprises, et il est très clair sur le fait que le bon sauvage dont il parle lui, il prend rarement l'expression, l'homme naturel, il dit, est un mythe qu'il forge, il le dit lui-même.
1:12 C'est une hypothèse de travail pour essayer de comprendre quelque chose d'intermédiaire entre l'état de nature, le vrai animal, alors cette fois dont on a vu tout à l'heure que pour lui, tant qu'on arrête à l'état de nature, c'est un animal stupide et borné, on en parle, et qui ne devient un être intelligent et un homme, dixit Rousseau qu'en entrant dans l'état civil, entre l'état de nature et l'état civil, c'est là qu'on voit qu'il n'est pas binaire, il y a justement, il éprouve le besoin de forger ce mythe d'un espèce d'âge d'or entre les deux, qui est quelqu'un qui n'a pas encore les servitudes du futur état civil, et qui, par contre, est un homme à part entière.
1:54 Alors comment résoudre cet écheveau ? Eh bien, il faut toujours expliquer Rousseau par Rousseau. Quand il y a une contradiction, c'est que le problème est très complexe, et qu'il y a un texte de Rousseau qui se place à un niveau supérieur, et qui lève la contradiction qui était nécessaire à un niveau, et qui est levée, comme on dit en dialectique, à un autre niveau. Je fais allusion ici à la correspondance qu'il a échangée avec Malesherbes. Malesherbes, donc, je le rappelle très rapidement, un aristocrate bel esprit et fort éclairé, je dis ça non seulement sans aucune ironie, mais j'ai de l'affection pour lui, parce qu'il aimait beaucoup Rousseau, il était très lié aux adversaires de Rousseau, bien sûr, et il rêvait de faire la médiation entre Rousseau et la coterie holbachique, pour parler comme Rousseau, et ses ennemis Grimm, etc., et Voltaire et compagnie.
La lettre à Malesherbes : fuir la servitude et la domination
2:38 J'en profite au passage pour rappeler qu'on fait de Rousseau quelquefois un paranoïaque, et c'est vrai qu'il a un vrai délire de la persécution, en particulier dans ses derniers ouvrages, mais je rappelle au passage qu'en termes purement pathologiques, on désigne par paranoïa la crainte d'un péril imaginaire. Rousseau, à partir de 1765, change à 50 fois domicile traqué par trois polices des trois plus grandes puissances d'Europe, Voltaire demande sa tête sur un billot, sa maison est lapidée à moitié, ameutée par les protestants de Genève, et j'en passe.
3:12 Alors je veux dire, à part ça, il aurait le bizarre pensée de persécution. Bon, voilà, je rappelle ça au passage. Donc, pour aller droit à la réponse à votre question, Malesherbes lui avait envoyé une lettre, il disait, expliquez-vous, il faut vous expliquer, parce que vous valez mieux que ce qu'on dit de vous, vos histoires de l'année, qu'est-ce que c'est, vos promenades dans la nature, la forêt, quel plaisir vous y trouvez, on est quand même mieux, dans un bon salon, avec des moquettes, je ne sais pas moi, des jolies femmes, des bonnes nourritures, il disait ce que disait tout le monde à l'époque. Il ne faut pas oublier que Madame de Sévigné, le siècle juste d'avant, quand il passe devant les Alpes, elle tire les rideaux tellement que c'est l'horreur, la montagne à l'époque.
3:46 Pas peur. Donc, et Rousseau lui répond en répondant à votre question, c'est pour ça que je me permets de citer ce texte, parce qu'il commence par donner raison à l'imagerie que vous dénoncez à juste titre, celle où Rousseau voudrait nous faire revenir, comme Voltaire essaie de le faire croire, à marcher à quatre pattes. Il décrit une de ses journées à l'Ermitage, à Montmorency, pas très loin, dans le Nord-Paris, mais c'est la campagne et même la forêt à l'époque.
4:19 Et donc, je passe rapidement, il y a un début où il dit, je me débrouillais pour que n'avoir ni lettres ni visites, ne vins se troubler ma matinée, pas de paperasserie, mais des fleurs et du foin dans ma chambre, enfin bref, il herborisait, c'est sa passion. Tous les grands philosophes de l'époque ont un dada scientifique, typique de l'époque, Montesquieu avait des cancétaculés de chimie, Voltaire de physique, Rousseau, c'est la botanique. Puis après, j'allais faire une promenade avec le fidèle Achate, c'est le chien, c'était le nom du chien d'Énée dans l'énéide de Virgile.
4:49 Et là, il y a un vocabulaire effectivement qu'un psychiatre pourrait attribuer aux champs sémantiques de la parano. J'allais pressant le pas dans la crainte que quelqu'un ne vînt s'emparer de moi avant que je n'eusse pu m'esquiver. Mais une fois que j'avais pu doubler un certain coin, ajoute-t-il, avec quel pétillement de joie, je me disais, me voici, maître de moi pour le reste de ce jour. J'allais alors d'un pas plus tranquille, cherchant quelques lieux sauvages et déserts, où rien ne montrant la main de l'homme, et vous voyez, c'est là que j'arrête ma phrase, rien ne montrant la main de l'homme, donc si j'arrête la phrase là, on pense que c'est un misanthrope qui parle, qui fuit toute présence humaine pour aller au cœur de la nature, et là où il n'y a personne, ce qu'on entend à peu près tout le temps dans les interviews d'aujourd'hui.
5:34 Et je continue la phrase, où rien ne montrant la main de l'homme, n'annonça, accent circonflexe, la servitude et la domination. Bien avant que Marx ait compris tout d'un coup que la lutte de classe est la clé de lecture, de l'histoire de lecture, il n'est pas pour les luttes de classe, mais c'est la clé pour comprendre ce qui se cache derrière la lutte des protestants, des catholiques, des armagnacs, et des bourguignons, des spartiens, des Athéniens.
6:04 Donc, lorsqu'il voit ça, il emprunte, il se place dans un itinéraire qu'Hegel venait d'illustrer avec la fameuse dialectique du maître et de l'esclave, tiens, tiens, et qui est initiée par ce Rousseau qui fuit non pas, et maintenant j'arrive à répondre à votre question, l'humanité en général, ni même la société, mais cette société-là, où règne, je répète, la servitude et la domination. Et comme pour Rousseau, ce ne sont pas des lois, je veux dire, qui nous ont été imposées comme ça par nature, que c'est nous qui avons fait tout ce que les hommes ont fait, les hommes peuvent le détruire, il n'y a de caractère ineffaçable que ce qu'imprime la nature, et la nature ne fait ni riche, ni prince, ni grand seigneur, donc c'est pas la nature qui fait les maîtres et les serviteurs, c'est seulement le rapport de force, vous voyez, comme je reprends mon propos, et c'est pourquoi tous les pires réactionnaires, et jusqu'à l'extrême droite, ont toujours besoin d'une validation par la nature.
7:00 Par exemple, les arabes, les noirs, je dis n'importe quoi, sont inférieurs, ça a été prouvé par la génétique, à l'époque nazie, il y avait plein de travaux comme ça, pour montrer que c'était fondé dans l'ordre des choses, indépendamment de l'homme, ce que l'homme a fait. C'est significatif, c'est donc très libérateur ce que Rousseau dit ici, là. Ça veut dire que non seulement il ne veut pas retourner marcher à quatre pattes, mais il veut simplement restaurer la liberté qui est à l'origine de toutes ces divisions. De telle sorte que la liberté ne profite pas seulement à quelques-uns, et ne soit pas la liberté qu'on nous défend aujourd'hui, ou plutôt qu'on a défendu dans toute l'Occident pendant la guerre froide et qu'on continue, la liberté du renard dans le poulailler ou du loup dans la bergerie, comme vous voulez, je vous laisse le choix de la métaphore, ce n'est pas tout à fait la forme de liberté qu'on rêve Rousseau, c'est sale, au contraire, l'esclavage, c'est quand il n'y a que la force.
La République corse de Paoli, premières Lumières appliquées
8:00 D'autant plus volontiers qu'une édition intéressante a été faite l'année dernière précisément de cet ouvrage assez à part dans l'œuvre de Rousseau, où pour la première fois ce texte paraît une maison d'édition corse, qui s'appelle Materia Scripta, et pour la première fois ce texte de Rousseau a été édité en bilingue français et corse. En association avec Delga ?
8:30 Tout à fait exactement, qui est distribué par Delga sur le continent. Alors, c'est une question qui m'intéresse beaucoup dans la mesure où le contrat social ce n'est pas une constitution, c'est la position fondamentale d'une problématique qu'on ne peut pas contourner depuis que la liberté est apparue comme une revendication irréversible des peuples. Par contre, on n'a jamais vu Rousseau mettre ça en pratique ou mettre ça en œuvre.
9:02 Or, il a eu deux sollicitations, c'est le projet de constitution pour la Pologne et le projet de constitution pour la Corse. Parce que dans les deux cas, on a fait appel à Rousseau, c'est-à-dire qu'on a fait appel à lui pour ce qu'on appelle aujourd'hui un travail de consulting, tout simplement, comme expert. il y avait un tel rayonnement du contrat social qui venait de paraître, même avec l'interdiction et la censure dont il était l'objet ça a eu un succès évidement. Et ça coïncidait avec le fait que la Corse connaissait à ce moment-là le moment le plus important de sa jeune histoire.
9:36 Je parle de la Corse contemporaine au sens historique du terme. À savoir dans les années 1760, en gros, la Corse, on l'oublie un petit peu souvent, trop souvent en tout cas, la Corse met en œuvre le trouvère de l'éphémère République Corse initiée par Pascal Paoli, fervent lecteur des Lumières lui-même.
10:07 La Corse met en œuvre un programme, enfin, fait apparaître la première République qui met en œuvre les idées des Lumières avant la France et avant les États-Unis d'Amérique. Avant les États-Unis d'Amérique et avant la France. Donc, on oublie un petit peu que la Corse a été le premier territoire à faire des Lumières appliquées, en politique. Et, avec séparation des pouvoirs, etc. Il y a même une monnaie corse qui a été battue à ce moment-là dans le village de Murato, d'ailleurs.
10:45 Et, je dis de monnaie, je ne vais pas m'attardir, ce n'est pas la question, mais tout de même, je veux dire, à l'heure où l'on parle beaucoup de souveraineté, c'est à partir du moment où un État bat sa monnaie qu'il est souverain. Je rappelle au passage que c'est assez actuel. Donc, Rousseau se voit arriver, simplement, enfin, reçoit une lettre, parce que ce n'est pas une arrivée physique, d'un émissaire de Paoli, proche de Paoli, monsieur de Buttafuoco, c'est-à-dire Boutefeu, qui était par ailleurs bien introduit au gouvernement Choiseul de Louis XV, à l'époque, pour lui dire, écoutez, voilà, on vient de fonder...
11:29 Alors, pardon, toute l'Europe bruissait des événements corse, comme aujourd'hui, on parle des événements du Proche-Orient ou de l'Ukraine, l'actualité que l'opinion éclairée suit avec passion, c'est l'événement de Corse, précisément, parce que, au moment où ces idées des lumières avançaient, avec la liberté comme idée centrale, ce petit peuple qui vient tout d'un coup de secouer le joug génois, de faire triompher une guerre civile et qui met en œuvre comme ça les principes de la pensée nouvelle, ça frappait les imaginations. Voltaire dit quelque part, l'Europe est Corse, à l'époque où il parle.
12:00 Et surtout, dans le contrat social, œuvre aride, abstraite, il y a très peu de références existentielles, d'exemples singuliers, c'est presque partout des problématiques fondamentales et générales. Voilà que Rousseau parle de la Corse, justement, parce que c'était dans l'air, et dit j'ai le pressentiment qu'un jour cette petite île étonnera l'Europe. Il écrit ça à peu près un moment où Napoléon est en train de naître. C'est quand même extraordinaire comme histoire. Donc, bien sûr, ça n'a pas échappé à la mouvance de Paoli encore, cette petite phrase.
La correspondance avec Buttafuoco : « laissez-moi venir mourir chez vous »
12:36 Tiens, on parle dans le livre un des livres les plus célèbres d'Europe, quand même. Donc, il envoie un émissaire, je reprends mon fil, qui arrive donc en Suisse, chez Rousseau, pour dire on a besoin de vous, il faut nous rédiger un projet de constitution. L'homme spécialiste de la philosophie politique et des fondements du droit, nouveau, est idéalement placé pour nous faire un projet de constitution. Rousseau, c'est passionnant de suivre la correspondance qui s'engage à partir de là. Ce n'est pas long, il y a 4 lettres, avec ce Buttafuoco.
13:10 Je dis tout de suite que le projet va avorter à la fin parce que la solution française l'ayant emporté par les armes, la France va très vite envoyer une armée, je vous rappelle ce qui s'est passé, Gênes a été endettée, vous voyez que rien n'est de nouveau dans tous ses problèmes, mais Gênes a été endettée jusqu'à là et pour sortir de la crise financière, Gênes vend la Corse à la France. C'est comme ça, il y a des peuples qui passaient d'un maître à l'autre par pur transfert financier. Donc, il faut lire cette correspondance, les éditeurs, Materia Scritta, a eu vraiment l'excellente idée de mettre cette correspondance à la portée du lecteur en appendice, on la trouve.
13:48 Ça commence par ça, la première lettre de Buttafuoco, voilà, vous avez écrit, ceci, etc., nous aimerions bénéficier de vos lumières. Première réponse de Rousseau, franchement, vous êtes formidables, les Corse, je résume très vite, vous êtes libérés du joug de l'oppresseur, tout le monde vous regarde comme étant les fiers combattants qui renouvelaient un peu les actes héroïques des Grecs face à Salamine, Marathon, etc. Mais, franchement, je ne peux pas, je suis fatigué, je suis vieux, je suis malade, j'ai la maladie de la pierre, je ne peux à peine bouger, je suis traqué par toutes les polices, etc.
14:23 Je veux dire, parce qu'à l'époque, c'est une expédition, je ne fais pas ça de y aller maintenant avec les Corsica, et les compagnies, avec les grèves. Mais, je veux dire, à l'époque, vous imaginez, cette andouille de Nietzsche, je dis ça affectueusement, qui a passé ses hivers à Nice, rêvait d'aller en Corse, déjà, mais déjà, il n'a pas pu y aller. Il disait, entre Nice et la Corse, je sens, et quand il dit je sens, le début de la sphère africaine, la cibette, et il dit, on ira à Corté, il écrit un ami, parce que, selon mes calculs, c'est là que Napoléon a été conçu.
15:01 Le fantasme nietzschéen, le surhomme a été conçu à Corté. Donc, Rousseau, commence par dire non. Bon. Et puis, à la fin, il dit, donnez-moi quand même quelques renseignements, comme un consultant, je connais des généralités, mais, et là, il recueille des renseignements, on voit le sérieux de travail de consultant, il veut tout savoir. Qu'est-ce qu'on cultive à tel endroit ? Qu'est-ce qu'on fait ? Quelles sont les ressources du sous-sol ?
15:31 Quelles sont les mœurs de Paoli ? Quelles sont les relations de la population avec le clergé, etc. Il fait son boulot, quoi, d'experts, si vous préférez. Et, petit à petit, au cours de la conversation, on sent qu'il est tenté, malgré son état d'épuisement. C'est vrai, ce qu'il dit, en 1765, c'est l'année la plus noire pour lui. C'est là où il y a la fameuse lapidation de Môtiers. Il s'est réfugié à Môtiers, dans une maison au bien logé, et c'est là que les gens du village ameutés par le consistoire protestant de Genève, viennent lapider sa maison, et donc le menacer de mort, et donc ils doivent encore fuir.
16:07 Et, heureusement, si je puis dire égoïstement, heureusement qu'on a lapidé sa maison, parce que Rousseau décide de se réfugier, ça ne va durer même pas deux mois, il va se réfugier dans l'île Saint-Pierre, dans le lac de Bienne, près de Neuchâtel, et c'est ça qui va inspirer les rêveries qui sont le début de la littérature moderne, comme j'ai fait allusion tout à l'heure. Et c'est là où Rousseau dit qu'il a atteint un état de bonheur sans précédent, si je puis dire. Et, quand il va précipitamment laissant ses bagages ailleurs, parce qu'il est menacé de prise de corps dans l'île Saint-Pierre, se réfugier, c'est une petite île dans le lac de Neuchâtel, de Bienne, il n'emmène que deux ouvrages.
16:45 Les Confessions qui viennent commencer, il n'a pas envie d'abandonner le manuscrit, et le projet de constitution pour la Corse. Il lui tient à cœur, quand même, cette histoire. Et progressivement, il est tenté, et voilà que c'est pathétique, ce n'est pas du tout connu, cet aspect-là. Pour ça, je suis très heureux de votre question. Il dit, écoutez, oublions le projet de constitution, je suis trop fatigué, je suis trop vieux, etc. Par contre, laissez-moi venir mourir chez vous. C'est extraordinaire, comme mouvement. Et il dit, je ne veux pas être, je ne veux pas BHL, il ne le dit pas comme ça, mais je ne veux pas être le philosophe officiel, comme ça, les pouvoirs, tout le contraire.
17:18 Moi, je vais vivre oublier dans un petit canton de chez vous, j'ai toujours gagné ma vie, je me suis rendu indépendant, mon épouse aussi, donc on ne vous embêtera pas, on ne vous coûtera rien, mais c'est pathétique. Et donc, ça ne s'est pas fait parce que la solution française militaire l'ayant emportée, avec la bataille de Ponte-Novu, où il va s'écrouler les dernières troupes de Paoli, les fidèles de Paoli, et où ils en 1816 reprennent la chose qu'ils ont achetée à Gênes, après tout. Rousseau ne va pas faire une constitution pour un pays qui n'est pas indépendant. Et donc, le projet reste inachevé.
17:49 Mais c'est un texte extraordinaire où on voit pour la première fois un Rousseau pratique. Vous le dites, il faut réunir les pièves, et les pièves, ça veut dire des cantons, les pièves, je dis n'importe quoi, d'Aléria et de Ghisonaccia, parce que là, il y a un gisement de plomb, et là, il y a ceci. Je veux dire, on voit un Rousseau à l'œuvre qui n'est plus seulement dans la réflexion sur les concepts fondamentaux de la philosophie politique. C'est pour ça que c'est un texte que je recommande, d'autant qu'on y voit, c'est peut-être le seul texte où on voit un souci de développement, je ne dis pas industrieux, sinon industriel, je veux dire, même s'il insiste beaucoup sur le fait que les Corses doivent d'abord conserver la liberté, qu'ils ont chèrement acquise, en coupant, alors ce ne serait pas du tout pro-européen aujourd'hui, toute relation avec les puissances extérieures, et si vous commencez à rentrer dans les relations commerciales et financières, je veux dire, notre liberté, on l'a perd en six mois, il voit déjà ça très bien, et il compare même, à un moment donné, la Corse et la Suisse qui sont les pays d'origine, il y a des affinités, dans les deux cas, c'est les pays de montagne isolés du reste du monde, et qui ont pu conserver leur liberté, c'est vrai qu'en Suisse, Guillaume Tell, tout ça, c'est en soi d'attaché, voilà, donc, c'est ça,
Un Rousseau pratique et le thème de l'île
19:00 et en plus, je me permets d'ajouter, en creusant en profondeur, il y a un thème de l'île qui est latent, chez Rousseau, l'île, alors, pour visiter sa tombe maintenant, il faut aller à Ermenonville et voir sa tombe, qui est, c'est la moins funèbre des tombes qui soient, je rappelle qu'elle est dans une île, c'est pour ça que j'en parle, dans l'île des Peupliers, comme on l'appelle, Ermenonville, un des plus beaux parcs d'Ile-de-France, même de France, d'ailleurs, parc que le marquis de Girardin qui avait invité Rousseau à venir mourir chez lui, si je puis dire, parce que Rousseau est mort pratiquement trois semaines après son, un mois et demi après son arrivée à Ermenonville, Rousseau avait privilégié, parce qu'il avait plein d'invitations, il a privilégié celle-là parce qu'il voulait garder son indépendance parce qu'il y avait des variétés d'arbres exceptionnellement divers dans la forêt d'Ermenonville et sa passion pour la botanique l'avait décidée et il dit déjà, je suis heureux de venir chez vous parce qu'à Paris, les arbres sont tout noirs.
20:00 Il n'y a pas encore de révolution industrielle mais les arbres sont déjà tout noirs. Pourquoi à mon avis ? Parce qu'on chauffait au charbon. Vous vous rappelez aux écologistes, même que vous passez dans un tunnel avec un train à charbon, vous ressortez dans un sale état avec des particules de charbon de tous les côtés et que le train électrique c'est quand même moins polluant. Passons. Mais donc, il est dans une île et ses cendres ne sont pas dedans parce que dans une belle cérémonie nocturne qui s'est passée à la révolution après sa mort, la convention a envoyé une délégation pour chercher les cendres de Rousseau et les amener au Panthéon.
20:37 Donc, il y a une complicité entre Rousseau et le thème de l'île. « Toutes les habitations où j'ai demeuré et j'en ai eu de charmantes aucune m'a laissé d'aussi doux souvenir que l'île de Saint-Pierre au milieu du lac de Bienne. » C'est comme ça que commence la cinquième promenade de ce texte admirable. Donc, je répète qu'il fonde à la fois le contenu et la prose de ce qu'il y a de meilleur de la prose qui va venir de Chateaubriand à Proust. Et là, ce que j'appelle la fusion de la prose et de la poésie dans la même phrase.
21:07 La prose poétique. Et il y a donc... C'est dans une île qu'il a été le plus heureux. Surtout qu'il y a vécu dans l'esprit qu'il devait y rester éternellement qu'on ne l'autoriserait pas à en sortir. Comme un exilé. Donc, c'est intéressant quand on lit les Rêveries de savoir qu'il parle d'un moment où il pensait y rester définitivement. Et enfin, ce projet de constitution pour la Corse. Donc, l'île, ça poursuit un petit peu Rousseau.
21:37 Et je pense que c'est lié à son côté d'homme traqué. Dans l'île, je suis à l'abri. C'est un peu comme les châteaux forts qui sont entourés d'eau. Ça n'a jamais empêché de prendre un château fort d'assaut. Mais symboliquement, le fait d'avoir une surface d'eau qui me sépare et qui m'entoure complètement du reste isole plus. On voit bien quand on va en Corse il y a un côté magique. Je veux dire, c'est pour ça que je recommande à ceux qui vont la première fois d'y aller en bateau. Même si c'est très pratique d'aller en avion quand on est pressé. Mais quelque part, faire 150 km d'eau salée pour arriver à une île, c'est quand même différent qu'y arriver en jet.
22:10 Donc, voilà, je voulais rajouter ça pour la Corse. C'est que quelque part, on apprend dans cette fameuse correspondance qui est disponible dans l'ouvrage qu'il souhaitait, s'il avait été possible, mourir et être enterré en Corse. Donc, quelque part, l'île poursuit Rousseau tout au long de sa carrière. Voilà, je tenais à le rappeler. Ça a l'air anecdotique mais c'est profond. Parce que l'île résout le problème chez Rousseau, et là je deviens sérieux, la problématique devient plus sérieuse, de trois mots qu'on confond souvent, la révolte, la réforme, la révolution.
Révolte, réforme, révolution : le détour par la théorie
22:47 Merleau-Ponty, que je cite rarement, que j'aime beaucoup, mais je cite rarement, à tort d'ailleurs, dit cette très belle phrase dans l'Éloge de la philosophie, si le philosophe était un révolté, il choquerait moins. C'était écrit avant 68 pourtant. Il a démasqué Cohn-Bendit en trois coups de cuillère à pot. Si le philosophe était un révolté, il choquerait moins. Car enfin, je poursuis, enfin c'est lui qui poursuis chacun, sait à part soi que le monde ne va pas comme il faut quitte à l'oublier quand on revient aux affaires. Avec Socrate, c'est autre chose. Parce qu'il est en train de parler de Socrate, il fait l'éloge de la philosophie et il manque. Quand c'est plein de révolté, c'est un révolutionnaire radical, c'est terrible quelque part.
23:18 C'est beaucoup plus dangereux. Donc, alors il y a la révolte, elle est nécessaire, je pourrais ne parler contre, mais elle est loin d'être suffisante. Il y en avait eu des révoltes en France, les jacqueries, les paysans, c'est terrible. Elle s'était matée dans le sang, point. Une révolte avec son côté spontané ça inquiète pas trop les pouvoirs. Pour aller de la révolte à la révolution, il faut que la révolte, avec la colère légitime qu'elle incarne, fasse le détour par la théorie. Je suis heureux que vous ayez cité Lénine tout à l'heure qui dit exactement sans théorie révolutionnaire, pas de pratique révolutionnaire.
23:51 Vous êtes en théorie, il ne faut pas le snober d'un théo dans leur bulle. Ah non, non, non. Loin de là. Si l'homme a pu sortir du néant et commencer à affirmer je ne sais pas combien d'années une timide maîtrise sur la nature au début, c'est parce qu'il a fait un détour théorique et qu'il va s'accélérer avec l'apparition de la science, etc. Je veux dire, au fur et à mesure que vous connaissez les lois qui gouvernent la nature, on peut plus la maîtriser.
24:24 Je rappelle Descartes, je me plaisais surtout aux mathématiques à cause de la certitude et de l'évidence et de la raison mais je ne remarquais pas encore leur vrai usage et pensant qu'elle ne devait servir qu'aux arts mécaniques et faciliter le travail des hommes. Je m'étonnais de... etc. et voilà, c'est très important de faire comprendre qu'il n'y a pas opposition à la théorie de la pratique. Une pratique est d'autant plus performante qu'elle a puissant des détours théoriques à son service. On discutait de la médecine tout à l'heure, la médecine en est le meilleur exemple.
24:57 La médecine n'est pas une science, c'est un art. Il ne s'agit pas de connaître, il s'agit d'agir, de faire en sorte que quelqu'un qui a mal aille mieux. C'est ça la médecine, n'oublions pas au départ. Ce n'est pas le connaître qui est son but premier. Par contre, la médecine n'est efficace, n'est devenue efficace et a quitté la magie, tout ce que vous voulez, et qui aggravé souvent la chose, que depuis qu'elle fait un détour par une science qui s'appelle la biologie. Voilà. Je veux dire, la biologie elle-même, on peut être excellent biologiste, être un monstre moralement et politiquement, il y en a eu.
25:31 Même en physique, je pense à Heisenberg, il avait des sympathies pour le régime nazi, qui est un immense médecin, mais la médecine n'est efficace depuis qu'elle connaît les lois qui régissent notre organisme, tout simplement. Et donc, qu'on ne peut transformer la chose que si on connaît les lois auxquelles elles sont soumises. C'est un rappel important. Donc, ce qui fait qu'un révolté devient un révolutionnaire, c'est, je dis ça, parce que la révolution c'est devenu un mot obscène, ça aussi, depuis, il paraît que tous nos malheurs viennent des révolutions.
26:01 C'est ce qu'on répétait tout le temps, c'est la faute à Voltaire, c'est la faute à Rousseau, on y revient, quoi. C'est ce que répétaient les vieux réactionnaires depuis longtemps, ceux qui, à propos des émigrés, ceux qui avaient fui la France, ils sont revenus, et dont, je ne sais plus, qui avaient dit cette phrase admirable, ceux qui n'ont rien appris ni rien oublié. C'est terrible, ce genre-là, quoi. Ils n'ont rien appris, ça veut dire, ils sont encore à l'ancien régime avec leur préjugé, mais ils n'ont pas oublié qu'ils ont eu peur. Ils sont méchants, mais ils sont devenus méchants en plus. Voilà. Donc, ce projet de constitution pour la Corse va plus loin que l'enjeu corse, qui est très important à ce moment-là et qui l'est en soi, mais là, ça va beaucoup plus loin.
Les sens du mot nature au XVIIIe siècle
26:41 Avec cette, disons, de l'île, on comprend enfin le statut de la nature chez Rousseau, le terme le plus complexe c'est nature chez Rousseau, parce qu'il n'est pas précis. Parce qu'à l'époque, nature a tantôt un sens polémique. Les droits naturels, par exemple, c'est contre l'autorité, contre l'arbitraire. D'accord ? Ça veut dire ça. La lumière naturelle dont parle Descartes, le fait que, pas besoin, bon sens, c'est la chose du monde la mieux partagée, c'est la première phrase du discours, le fait que tout homme a assez d'intelligence pour savoir que si Pierre est le frère de Paul, Paul est le frère de Pierre. Voilà, ce bon sens-là avec sa réversibilité, la symétrie mathématique, tout ça.
27:14 Je veux dire, nature. Merci. C'est la notion la plus complexe chez Rousseau. Apparemment, la plus courante, la plus familière pour nous. C'est plus facile, vous êtes un gamin nature, il croit savoir de quoi il s'agit. Alors que si je parle de l'apagogique et l'ostensif chez Kant, c'est du chinois, c'est beaucoup plus facile, il suffit de coller la définition, c'est ce que c'est que l'apagogique. Mais les mots courants, ceux qu'on emploie tous les jours, ce sont les plus piégés. Vous vous en doutez bien. Ce qui faisait dire à Hegel cette phrase superbe, ce qui est bien connu parce qu'il est bien connu n'est pas connu.
27:45 Et ici, en particulier, avec ce concept de nature, encore une fois, je ne retiens que deux sens, il y en a plusieurs, en polysémie. Mais il y a ce sens objet de la physique, c'est le seul sens objectif de la nature. Voilà. Physis veut dire nature. En grec, c'est la science de la nature. Ce n'est pas la science de l'histoire de l'homme, de machin, ni de la surnature, ce n'est pas la théologie, c'est la science de la nature. Voilà. Et la nature n'est connaissable scientifiquement que depuis la physique et ses différentes dépendances sont apparues.
28:17 Très bien. Mais, c'est le premier sens. Et puis, il y a le sens polémique. Quand on dit il est naturel que je vais au cinéma un samedi soir, il n'y a rien de naturel. Tout est artificiel dans le cinéma. Mais ça veut dire que j'ai le droit, mince, je ne vois pas ce que je veux dire. Ça veut dire libre par rapport à l'arbitraire. Donc, au XVIIIe siècle, il y a ce sens polémique. Alors, à force de jouer sur tous ces sens-là, ça fait des confusions et des contradictions auxquelles on a fait un petit peu allusion tout à l'heure. Et que j'ai essayé de lever en partie avec des textes auxquels je vous renvoie parce qu'ils sont très clairs.
Entre mauvaise et bonne société : la rêverie au bord du lac
28:53 Mais, je reviens à l'île. L'île arrive à rassembler et à préciser ce que Rousseau appelle par concept. Et c'est là qu'on voit qu'il faut encore revenir au nombre 3. Je ne suis pas pythagoricien et je ne suis pas non plus dans la mystique de la numérologie, mais tout de même, c'est pour faire des rappels. À savoir, il y a la mauvaise société pour Rousseau, celle qui déchire le contrat, si je puis dire, ou qui n'en tient pas compte, ou qui est sans contrat, ou rien, la servitude de la domination.
29:23 Je reprends ces termes. Et puis, il y a la bonne société, celle qui régit par le contrat. Ça fait deux termes. Il en manque un. On ne passe pas de l'un à l'autre comme ça. On imagine mal le grand capital dire écoutez les mecs, on est en crise, on a perdu la main, on vous donne les clés, et bon courage. Ce n'est pas comme ça que ça se fait. Je le rappelle, quand on parle de révolution, on aimerait bien que ça se passe comme ça. Mais c'est pas le cas, il faut l'arracher des fois le pouvoir. Et puis la résistance, pareil. On est mal les Allemands. Bref. Donc, comme on ne passe pas immédiatement de la mauvaise société à la bonne société, il y a un état par la nature.
30:02 Alors là, au sens courant, cette fois, par le paysage, par là où je suis seul. Alors là, je le défends. Le solitaire ou le solidaire, rêverie du promeneur solitaire. Il faut être seul pour retrouver le sens de la société. C'est une éthique extraordinaire. Et c'est pourquoi, je n'ai pas le texte de la rêverie là sous les yeux, mais je crois que je connais bien ce passage. Après cette rêverie au bord du lac où il arrive à un état, on dirait zen, dans la tradition mystique, que je respecte, quand il met au défi en quoi consistait cette jouissance, en quoi consistait ce bonheur, je le donnerai à deviner à tous les hommes de ce siècle sur la vie que j'y menais.
30:36 Alors que c'est le siècle des lumières, l'encyclopédie, les machines, les planches, l'outils, qu'est-ce qu'il dit ? Il parle du précieux farniente, tel à laquelle il s'est livré, sans retenue. C'est extraordinaire que l'éloge du farniente chez Rousseau, qui fait l'éloge du travail manuel dans l'Émile. Mais là, quoi ? Il dit, je suis condamné, je ne peux plus rien pour mes semblables, je ne peux plus rien pour moi. Et donc, il découvre la relation à l'existence dépouillée de toute autre affection, comme il dit. De quoi jouit-on dans pareille situation ? De rien d'extérieur à soi-même.
31:07 La phrase exacte. De rien sinon de sa propre existence. Tant que cet état dure, on se suffit à soi-même comme Dieu. Il va jusqu'à dire très extraordinaire. Tant que cet état dure à l'expérience avec Dieu, c'est son instant éphémère. Alors on se dit, on a tout faux, le marxisme, la révolution, la politique, on ne devrait pas, on devrait faire comme Rousseau, nous retirer loin de tout ça, de ces horreurs. Et là, un passage extraordinaire où Rousseau dit que peu d'hommes ont connu ce genre d'état car il faut beaucoup de circonstances. Il dit au passage qu'il faut les circonstances sonores.
31:38 C'était le musicien. Il ferme les yeux, il est dans cet état. Il dit, il faut le cri des aigles, l'eau du torrent, etc. Je passe là-dessus. C'est un autre débat. Passionnant. Mais il ajoute, un infortuné, voilà, qu'on a retranché du commerce des hommes peut trouver dans cette rêverie des compensations que ni les hommes ni la nature ne sauraient lui ôtés. Donc là, il dit que c'est un refuge en dernière instance.
32:10 lorsque ça devient intenable l'injustice, l'inégalité, la force, la violence, enfin le non-droit, d'accord, l'île, mais comme une métonymie, en général, de, comme on dit, être dans sa bulle, quand j'ai dit une île, être isolé, isola, en italien c'est unis, isola, mais là, quand il est dans cette île, il se sent à l'abri. Et c'est très important parce qu'il y en a qui oublient ça et qui croient que son bonheur, enfin qui en ont été oublié mystique pour expliquer l'état de bonheur surnaturel dans lequel il se trouve à l'île Saint-Pierre en rêvassant au bord du lac alors que Rousseau dit très précisément qu'il savait bien que les méchants n'avaient pas de prise sur lui.
32:48 J'en profite pour lire ce court passage qui fait suite à la description de ce qu'il faisait dans l'île et il vient d'écrire ce qu'on appellerait le temps fort, pardon, pour cette trivialité, le temps fort de son extase au bord du lac et il dit mais la plupart des hommes agités de façon continuelle connaissent peu cet état et ne l'ayant goûté qu'imparfaitement durant peu d'instants n'en conservent qu'une idée obscure et confuse qui ne leur en fait pas sentir le charme.
33:21 Il ne serait pas même bon dans la présente constitution des choses qu'avide de ces douces extases ils s'y dégoûtassent de la vie active dont leurs besoins toujours renaissants leur prescrivent le devoir. Mais un infortuné qu'on a retranché de la société humaine et qui ne peut plus rien faire ici d'utile et de bon pour autrui ni pour soi peut on n'est plus dans le devoir peut trouver dans cet état à toutes les félicités humaines des dédommagements que la fortune et les hommes ne lui sauraient ôter.
33:54 je me permets d'insister et de souligner deux fois le Q apostrophe mais un infortuné qu'on a retranché et non pas qu'il s'est retranché par amour de la solitude comme bientôt la génération romantique et Lamartine. J'en profite pour dire au passage que je suis un peu agacé quand on fait de Rousseau un précurseur du romantisme. Précurseur c'est quoi ? C'est quelqu'un qui fait un peu avant ce que les autres vont faire plus après. Grosso modo c'est ça un précurseur. Or Rousseau anticipe bien du romantisme même sur le symbolisme et l'impressionnisme qui va suivre.
Le maquis et la prétendue paresse corse
34:25 C'est ainsi que si on lit la cinquième promenade on est frappé qu'il y a moins de sentiments que d'impression des sensations d'air qui passe de bruit du torrent c'est pas les sentiments ça c'est les sens qui sont en éveil. Voilà je tenais à rappeler ça. Donc voilà l'île de Corse et le projet de constitution pour la Corse n'est qu'à un moment une étape dans ce parcours insulaire je pourrais dire chez Rousseau il y a toujours un côté insulaire chez Rousseau et quelque part en faisant le projet pour la Corse donc là j'achève de répondre à la question pourquoi c'est plus important encore pour la Corse parce que la fameuse tradition qu'il y a attachée à l'imagerie du Corse rebelle prendre le maquis ça vient de là l'expression après tout je veux dire c'est déjà promenu le maquis corse pour s'en sortir attention on est en sang quand on est à 15 mètres dans le maquis sans route c'est terrible c'est pas de l'herbe c'est ligneux et donc pour se planquer c'est idéal donc le côté bandit c'est quand ils ne veulent rien devoir à personne qui sont pays de non-droit comme on dit typiquement parlant Rousseau finit par le justifier lui qui déteste sans dire comme Goethe
35:36 cette phrase terrible cette phrase d'allemand je préfère une injustice à un désordre je dirais une phrase comme conséquence j'ai une conséquence policière je préfère une injustice à un désordre Rousseau j'admire Goethe mais cette phrase est en trop fait l'éloge quelque part et il dit les corses n'avaient pas d'autre choix ils étaient aussi industrieux et aussi etc mais il faut motiver quelqu'un pour qu'il travaille un passage extraordinaire où il fait avant la lettre il fait la sociologie de la soi-disant paresse corse pour y arriver l'imagerie qu'on a du corse et du farniente je veux dire au contraire et c'est pour ça c'est très intéressant de voir que qui il à cette soi-disant paresse qu'on retrouve aussi dans les préjugés racistes moi j'ai entendu comme j'ai vécu pas mal en Afrique subsaharienne de toute façon les noirs ils ne bossent pas il ne faut jamais avoir été avoir vu un docker sur le port d'Abidjan ou de Lagos ou surtout la femme africaine dont on ne parle pas qui fait tous les matins dans le Sahel 10 km à pied pour aller chercher de l'eau parce qu'il n'y en a pas en un pays non industrialisé à domicile deuxièmement qui fait après encore 10 km pour chercher du bois
36:46 en un pays où il n'y a pas d'arbre pour chauffer l'eau et qui après commence sa journée à piler avec un enfant dans le dos et un chef pratiquement à piler enfin un pilon qui me donne moi des ampoules au bout de 5 minutes et elle va faire ça toute la journée et toute cette voilà je rappelle au passage que la force productive qui est le pilier de la société africaine c'est quand même la femme pas oublié donc voilà ces préjugés qui consistent à dire à parler en termes d'être là il faudrait parler de devenir de parler en termes de substantialiste essentialiste là il faudrait parler de connexion de relation parce que Spinoza fait très bien et c'est là on le voit pour le thème de l'île et l'intérêt que Rousseau va porter à la Corse et je me demande si sa tentation d'y mourir n'est pas liée à ce sentiment de sécurité que lui offrait la perspective d'être dans une île et en plus dans un peuple qui vient de se libérer il ne faut pas oublier qu'il y a comme ça des auteurs qui portent une vie sur une oeuvre pardon sur toute une vie je laisse Rousseau là je passe chez Laure de Bastille et Coquallan je pense à la comédie humaine de Balzac c'est des oeuvres qui se font sur toute une vie il y a une suite des personnages où on retrouve la tétralogie de Wagner
Faust : vivre libre sur une terre libre
37:57 il met 40 ans entre les premières esquisses et la fin du crépuscule des dieux la recherche du temps perdu voilà c'est des grandes sagas qu'on pourrait dire aujourd'hui sur plusieurs épisodes oui un exemple et plus illustre de ça c'est l'oeuvre la plus connue de tout écolier allemand et dont on connaît au moins le nom c'est Faust Goethe a mis toute sa vie à l'écrire entre le premier Faust et la fin de sa vie des choses qui ont évolué des réflexions etc et donc il y a tout un parcours et bien quelle est la dernière étape de Faust il a eu 40 ans pour le méditer Goethe c'est que je rappelle le deal il est simple le diable ce qu'il veut c'est toujours l'âme c'est simple de son côté il veut l'âme et Faust il veut dire moi je te la donne si tu me fais éprouver un état où je suis tellement heureux que je dirais au temps arrête toi à l'instant pardon c'est le contraire du temps à l'instant arrête tu es si beau un plat tellement bon que tu en mangerais tous les jours matin et soir c'est difficile quand on le met parce que concrètement comme ça c'est là qu'on voit que le diable il a du boulot et bien sûr c'est la grandeur de l'homme telle que la voit Goethe c'est que le diable n'arrive pas avec un animal aussi inquiet que l'homme qui fait sa spécificité par rapport aux autres animaux aller trouver un truc qui fait qu'il est heureux définitivement d'accord
39:07 et il a juste qu'elle cherchait Hélène de Troie elle l'a fait ressusciter pour aller lui donner comme femme enfin il y a les c'est tout et à la fin le vieux Faust est aveugle c'est un symbole un peu des outrages de l'âge etc il est aveugle et il passe comme ça sur un bâton en Hollande et il entend dire qu'on est en train de construire un barrage il dit le diable est dingue vivre libre sur une terre libre c'est extraordinaire excusez-moi ça me donne les larmes aux yeux mais j'ai vu mon appel quand Sankara construisait des diguettes au Burkina Faso ou alors se moquait de lui c'est extraordinaire voilà excusez-moi il faudrait couper ça quand même et vivre libre sur une terre libre c'est la conclusion de 40 ans de réflexion du plus grand cerveau d'Allemagne à ce moment-là donc je veux dire chez Rousseau il y avait de ça il ne se serait pas senti en sécurité fût-ce dans une île dans le Pacifique à la limite même tout seul s'il n'y avait pas en même temps qu'il était obligé d'un peuple qui s'était libéré donc c'est pas un texte marginal dans les gros gros s'il n'y avait pas