Transcription automatique (Whisper), non relue — cliquez pour aller au passage.
Canicule, déménagement et nouvelles de l'association
0:00 Bonsoir chers amis, chers camarades, chers fidèles. C'est bien à l'oral, on n'est pas obligé d'être inclusif. Fidèle, vous l'entendez comme vous voulez, au masculin ou au féminin, pour l'oreille c'est pareil. J'ai survécu à la canicule. Je sais, je sais, la plupart de ceux qui sont terrorisés par le discours ambiant vont dire, mais c'est pas fini, elle va revenir encore pire.
0:36 Oui, je sais, on sait tout ça. Nous allons tous mourir dans l'atroce souffrance. Sérieusement, j'étais très éprouvé parce que j'ai eu l'idée saugrenue, enfin, j'étais un peu obligé, pour des raisons domestiques. À la maison de retraite où je suis, on a condamné la salle de bain qui était mitoyenne de ma chambre.
1:07 C'était ce qui marchait le mieux, c'est que j'avais deux mètres à faire pieds nus pour me retrouver sous la douche. Douche qui fonctionnait très bien, ce qui marchait le mieux dans cet établissement. Non, non, mais croyez pas, je suis en train de m'égarer dans le dérisoire et l'anecdote. C'est pour arriver à l'essentiel de l'actualité. C'est qu'il y a tellement plus de crédit, n'est-ce pas ? Je suis dans une maison de retraite qui est gérée, en gros, par les aides sociales de la ville de Paris, même si c'est en banlieue à Cachan.
1:37 Et en fait, il s'est trouvé dans cette salle de bain, dont je rappelle que c'est ce qui avait le mieux dans l'établissement. Il y a eu une petite fuite. Et comme il n'y a plus de budget, vous voyez qu'on a quelque chose sérieuse, il n'y a plus assez de budget, même pour réparer cette fuite, on a condamné la salle de bain. J'ai donc été obligé de déménager, c'était quoi ? Une semaine avant le pire de la canicule. Donc, je viens de passer une période terrible, pour mes 81 ans, n'est-ce pas, en plus, avec un caddie, un petit caddie de supermarché dans chaque bras rempli de livres.
2:17 J'ai passé ma vie à déménager des livres. Les livres dans les cartons, c'est du plomb. Tous ceux qui ont déménagé des livres savent ce que je veux dire. Mais j'avais oublié que je n'avais plus la force de faire tout ça. Bref, tout ça pour dire qu'il y a bien longtemps qu'on ne s'est pas vus. J'ai pas, comment on dit, glandé, non ? Pendant cette période-là, j'ai eu la chance, pendant cette période, d'être invité pendant une semaine chez des anges, je veux dire chez des amis et des camarades, qui font partie maintenant de cette nouvelle organisation qu'est l'OCF, mais qui sont très lucides et qui ne sont dupes de rien, qui savent qu'il y a beaucoup à faire, y compris dans l'OCF, de formation théorique.
3:11 Bref, passons. En tout cas, j'ai passé une merveilleuse semaine, je leur rends hommage à la bande des quatre, comme je les appelle, les quatre amis dont la plupart ont une formation dans les sciences dures, mais c'était en pleine campagne, à 50 km à l'est d'Aix-en-Provence. Une coïncidence incroyable a fait que j'ai pu revoir à Aix, mes petits-fils, deux petits-fils, et mes enfants, mon fils et sa femme, qui étaient par hasard à Aix pour consulter un médecin pour des histoires d'allergies.
3:49 Ils venaient de Corse exprès, voilà. Donc, je vous explique pourquoi beaucoup de temps s'est écoulé depuis la dernière vidéo, pour laquelle je vous remercie encore pour les commentaires, pour les questions sur lesquelles je vais revenir. Mais auparavant, je voudrais faire des rappels pratiques, techniques, très importants. Vous savez que j'avais pris l'initiative, dans l'avant-dernière vidéo, j'avais exprimé un peu une sorte d'état d'âme en disant que l'organisation de l'association était en train de se déliter, et que les jeunes gens à qui je dois énormément, et qui, à titre bénévole, s'occupaient les uns de la trésorerie, les autres de secrétariat, qui étaient single à l'époque, se sont mariés, puis ont des enfants, sont allés vivre en province, et donc, je me suis trouvé un peu seul,
4:59 à un moment donné, face à tout ce qu'implique le simple fait que vous ayez une prochaine vidéo à chaque fois, une nouvelle vidéo à chaque fois, ça demandait un minimum d'organisation, et j'en viens tout de suite à des aspects précis, l'aspect financier d'abord. Certains se sont alertés, à juste titre, n'est-ce pas, qu'ils voulaient abonder la caisse de l'association, soit en envoyant leur cotisation, soit en faisant des dons, et je les en remercie, vous imaginez bien, sauf qu'ils se sont aperçus que l'asso ne répondait plus, alors, je vous dis, c'était un peu un cercle vicieux, mais enfin, on en est sorti, et donc, pour être clair, maintenant, il ne faut plus adresser votre argent à l'asso, il faut nous envoyer un mail sur Philosophie avec Dominique Pagani, sur la boîte mail, que nous laisserons sur la vidéo,
6:12 en lien, bien sûr, n'est-ce pas, Adrien ? Voilà, je suis heureux, j'aurais dû commencer par là, remercier Adrien, je dis toujours, qu'il neige, qu'il grêle, qu'il pleuve, il vient en vélo, mais là, là c'est pire, il a affronté la chaleur, c'est sûr, et donc, le lien sera mis, vous nous envoyez, simplement, un message, ou avec votre intention, voilà, je voudrais envoyer, tant, et nous, on vous envoie, par retour, le RIB de l'asso, tout simplement, vous n'avez plus qu'un virement à faire, voilà, pour ce qui est de la situation financière, dans l'immédiat, deuxièmement, ça n'a rien à voir, pour ce qui est de la diffusion, de nos vidéos, je vous rappelle, que grâce, justement, à nos camarades de l'OCF, et en particulier, à ceux qui ont fondé, sur la, le site Discord, vous connaissez ça mieux que moi, la reprise de toutes,
7:24 mes vidéos, passées, présentes et futures, mais surtout les passés, que vous trouvez maintenant, texte et images, sur, Deezer, et, j'oublie, Deezer est toujours lié à l'autre, Spotify, merci, merci Adrien, voilà, donc, n'hésitez pas à aller, voir là-dedans, l'extraordinaire travail, fait en particulier, par, à l'intérieur de la bande des quatre, fait par, Yann, Julien, que je remercie, particulièrement, et, et je reviens, donc, au fait que, vous voyez, c'est, oui, bien sûr, les studios se ressemblent dans la maison de retraite, comme un œuf ressemble à un œuf, mais enfin, c'est, c'est nouveau pour moi, cette pièce-là, j'ai essayé de reconstituer le décor qui vous est familier,
Une lecture à vif : Proust et la petite bande de Balbec
8:35 et je vais, sans plus, proposer, une lecture à vif, qui va me permettre de faire d'une pierre plusieurs coups, si vous voulez, qui va me permettre, d'une part, de continuer, comme je l'avais annoncé la dernière fois, de continuer l'exploration de ce que, de toutes les problématiques issues du couple originel de l'histoire de la philosophie, c'est-à-dire du couple Platon-Aristote, n'est-ce pas, mais non pas à travers des généralités, comme la dernière fois, c'était une introduction, donc il fallait bien être plutôt général, mais cette fois, pour entrer dans le vif du sujet, je vais me baser, exactement à l'extrême inverse, sur un cas très particulier, extrait, de la littérature ici, je préfère, un d'entre vous, m'a posé une question très intéressante la dernière fois,
9:47 sur le fait qu'il avait vu Bernard Friot, dans une de ses causeries, toujours très inspirante, faire allusion au livre qui avait compté pour lui dans sa vie, ou bien des œuvres d'art, ou des films, et bien, je veux dire, comme si je n'ai pas énormément de moyens de reprographie, je n'ai pas de projecteur vidéo, sur grand écran, etc., la littérature est un lieu un peu privilégié qui me permet de traiter, in concreto, si vous voulez, des problématiques que je voudrais traiter pendant que nous sommes ensemble.
10:36 Voilà. Et je vais partir d'un texte Un petit instant, voilà, d'un texte de Proust, extrait, bien sûr, de La Recherche du temps perdu, mais enfin, c'est un titre qui court sur des années, et qui cumule tellement de volume, ici, c'est plus précisément dans À l'ombre des jeunes filles en fleurs, n'est-ce pas ?
11:09 C'est d'ailleurs à la partie de la recherche qui lui a valu le prix Goncourt, alors que Gallimard venait lui refuser l'ouvrage. Je dis ça pour ceux qui, parmi vous qui écrivent, comment ne pas les encourager, s'ils se plaignent que leur manuscrit est rejeté par les éditeurs qui se disent « c'est arrivé à des gens comme Proust ». Donc, ce n'est pas une preuve que ce qu'ils ont écrit est mauvais.
11:39 Oui, je parle d'un passage qui n'est pas loin d'un autre que je cite assez souvent, vous savez, celui des ou le narrateur qui ne donne jamais son âge mais qui, ici, comme il est avec sa grand-mère en vacances sur la côte normande à Balbec, ce texte où il voit un groupe de jeunes filles sur la jetée. Et je cite souvent ce passage pour ridiculiser, n'est-ce pas, ceux qui font la critique du marxisme mécaniste, n'est-ce pas, qui injectent de l'extérieur, de l'économie, dans des choses qui n'ont rien à voir avec l'économie, comme l'amour, la beauté, l'art, et Proust, qui n'est pas spécialement un politique, n'est-ce pas, dans le passage que je cite souvent, ce n'est pas celui que nous allons travailler ce soir, je vous rassure, mais enfin, Proust dit très bien que ce groupe de jeunes filles, ce qui était étrange, c'est qu'il était homogène
12:49 et pourtant, il y avait, je ne sais pas, je dis n'importe quoi, une grande rousse, une petite blonde, une brune bouclée, etc., mais il y avait quelque chose qui circulait de commun de l'une à l'autre, et c'est là qu'il dit peut-être même que la classe à laquelle elles appartenaient et que je n'aurais su définir était à un moment de son évolution ou grâce au progrès dans le confort et dans les habitudes de sport, c'était nouveau, le sport à l'anglais, le mot vient de l'anglais d'ailleurs. Donc voilà, si vous soyez au moins aussi marxiste que Proust, ça me suffirait, n'est-ce pas ?
13:25 Il finit même par dire que ces habitudes-là, ces classes privilégiées et qui s'adonnent au sport à leurs heures, que ce genre de situation sociale produit en abondance, il dit, de belles hanches, de belles formes, de beaux visages, voilà. Mais ce n'est pas ça. C'est un peu après, il en distingue une par rapport aux autres. On devine que ce sera la future Albertine qui va jouer un grand rôle dans sa vie. On n'est pas là pour résumer tout le pitch de la recherche.
Le rayon noir du regard et les automates de Descartes
13:58 Et donc, je vous lis sans plus tarder un passage qui va me permettre de répondre à plusieurs des dernières questions que vous avez posées lors du Platon et Aristote. Mais j'ai plutôt un instant, tandis que je passais à côté de la brune aux grosses joues, c'est la future Albertine, qui poussait une bicyclette, tout ça était nouveau.
14:33 Le vélo, la bicyclette, c'était nouveau. Et à l'époque, c'était vraiment quelques petits éléments privilégiés. C'est sûr, ça va devenir très populaire rapidement, mais ce n'est pas encore le cas. On est encore dans l'establishment, comme on dirait, n'est-ce pas ? Un instant, tandis que je passais à côté de la brune aux grosses joues qui poussait une bicyclette, je croisais ces regards obliques et rieurs, dirigés du fond de ce monde inhumain qui enfermait la vie de cette petite tribu, il parle du groupe de jeunes filles, inaccessibles, inconnues, où l'idée de ce que j'étais ne pouvait certainement ni parvenir ni trouver place.
15:10 Tout occupé à ce que disaient ses camarades, cette jeune fille coiffée d'un polo qui descendait très bas sur son front, m'avait-elle vue au moment où le rayon noir émanait de ses yeux m'avait rencontré ? Pour paraphraser l'introduction à un des plus beaux films de l'histoire du cinéma, je pense à la ronde de Max Ophüls, j'ai envie de vous dire, vous sentez bien qu'il va être question d'amour. Tout occupé à ce que disaient ses camarades, cette jeune fille coiffée d'un polo qui descendait très bas sur son front, m'avait-elle vue au moment où le rayon noir émanait de ses yeux m'avait rencontré ?
15:46 Si elle m'avait vue, qu'avais-je pu lui représenter ? Du sein de quel univers me distinguait-elle ? Il m'eût été aussi difficile de le dire que lorsque certaines particularités nous apparaissent grâce au télescope dans un astre voisin, il est mal aisé de conclure d'elle que des humains y habitent, qu'ils nous voient et quelles idées cette vue a pu éveiller en eux. Donc, il vient de croiser son regard et là commence l'analyse de ce qu'il perçoit.
16:22 Écoutez bien, on croit que c'est anecdotique, romanesque, alors qu'on est au cœur des problématiques métaphysiques apparemment les plus abstraites. Si nous pensions que les yeux d'une telle fille ne sont qu'une brillante rondelle de mica, alors attendez, attendez, si nous pensions, regardez l'hypothèse, imaginons que ce ne soit pas une fille réelle mais une fille artificielle produite par une intelligence super artificielle, vous voyez comme tout ça est actuel.
16:56 Vous voyez, vous connaissez même mieux que moi l'homme bionique, toutes ces histoires-là. et déjà à l'époque de Descartes au 17e siècle, il n'y avait ni électricité ni encore moins d'électronique, d'informatique, mais déjà l'apparition, la révolution scientifique comme on disait de la physique mécanique, du mécanisme galiléo-cartésien avait permis de construire ce qu'on appelle et ce qu'on appelle toujours des automates.
17:27 Maintenant on dirait des robots mais c'est des automates, purement mécaniques avec de la matière et du mouvement. Et comment ne pas rappeler ce passage incroyable dans la première méditation métaphysique de Descartes où il dit il faut faire attention aux mots qu'on emploie parce que je suis presque arrêté, je le cite, par les mots du langage ordinaire. Car je dis par exemple, c'est l'exemple qu'il donne, je le cite, je dis que de cette fenêtre je vois des hommes or que vois-je sinon des manteaux, des chapeaux.
18:01 C'est l'époque des mousquetaires, vous savez donc, vu de loin, vous voyez des êtres de dos, on ne voit qu'une cape, des chapeaux, des plumes, etc. Or que je dis que je vois des hommes, ça c'est ce que je dis dans ma pensée, dans les mots que j'emploie à l'intérieur. Mais qu'est-ce que mes yeux voient en réalité ? Est-ce qu'ils voient des hommes ? Non. Je ne vois que des manteaux, des chapeaux. Attendez, ça ne fait que commencer. Qui peuvent recouvrir des spectres mus par des ressorts.
18:31 Vous vous rendez compte ? Peut-être que je suis seul dans l'univers, le seul être vivant et qu'en face, c'est des gens qui donnent l'apparence d'être des êtres vivants. Mais vous voyez comme ça est actuel. Alors maintenant, à une exposition d'informatique la technologie la plus avancée, chinoise ou autre, on voit des robots faire des choses absolument ahurissantes. Donc, tout ça, si nous pensions que les yeux d'une telle fille ne sont pas des vrais yeux, si vous voulez, tels qu'on en voit à la faculté de médecine, mais qu'une brillante rondelle de mica, vous voyez, mica, ce truc transparent, si, et voilà la proposition principale, nous ne serions pas avides de connaître et d'unir à nous sa vie.
Ce qui luit dans les yeux : un sujet, un désir, le bonheur
19:20 On n'aurait plus aucun désir si on imaginait que c'était quelque chose inerte comme ça. Mais nous sentons, regardez comme il est prudent, il ne dit pas nous savons, mais nous sentons que ce qui luit, du verbe luire, ce qui luit, elle eut été. Donc, il ne parle même pas de ses yeux, il ne parle même pas du regard, chacun sait que le regard c'est différent des yeux, il parle carrément d'un moment de ce regard, un moment où tout d'un coup, quelque chose se met à briller, à s'éveiller.
19:50 Mais nous sentons que ce qui luit, dans ce disque réfléchissant, voilà comment il parle de sa pupille, n'est pas dû uniquement à sa composition matérielle. vous avez dit qu'on arrivait au fondement de la métaphysique, sur un texte apparemment aussi léger, n'est-ce pas, que les jeunes filles, dans une station balnéaire, parmi les premières stations balnéaires.
20:20 Ah, on vous voit venir, ça c'est bien Pagani, c'est une tentation immatérialiste de privilégier, enfin, un tropisme idéaliste, n'est-ce pas, on est bien loin de Marx, dites-donc, préféré, quand vous citiez l'autre passage, mais nous sentons que ce qui luit, dans ce disque réfléchissant, n'est pas dû uniquement à sa composition matérielle, que ce sont, alors on va savoir enfin, ce qui donne l'éclat, dans ce regard, ce qui luit, que ce sont inconnus de nous, et ça commence.
20:58 Les noires ombres des idées que cet être se fait relativement aux gens et aux lieux qu'il connaît. Pelouse, des hippodromes, sable, des chemins, mais dites-donc, ce n'est pas matériel tout ça ? Il en faut des hippodromes pour faire luire ce regard, et des pâtisseries. J'ai dit pâtisserie, parce qu'il va être question de pâtisserie, bientôt. Pelouse, des hippodromes, sable des chemins, ou pédalant, n'oubliez pas que c'est une jeune cycliste, à travers champs et bois, m'eût entraîné cette petite péri, plus séduisante pour moi que celle du paradis persan.
21:36 Les ombres aussi de la maison où elle va rentrer, des projets qu'elle forme, ou qu'on a formé, ses parents par exemple, ou qu'on a formé pour elle, et surtout que c'est elle, avec ses désirs, ses sympathies, ses répulsions, son obscur et incessante volonté. Bref, c'est un sujet qu'il aperçoit. Et non pas un objet comme a pu le laisser penser, une rondelle de mica, n'est-ce pas ? Donc c'est tout le contraire d'une position immatérialiste que j'aborde ici.
22:10 Il en faut de la matière, il en faut une histoire, il en faut une civilisation, une classe sociale à un moment de son évolution pour donner cette impression d'immatérialité. Allez, je reprends depuis le début et j'enchaîne. Si nous pensions que les yeux d'une telle fille ne sont qu'une brillante rondelle de mica, nous ne serions pas avides de connaître et d'unir à nous sa vie. N'oublions pas que c'est un petit adolescent qui parle, en pleine puberté.
22:40 Mais nous sentons que ce qui luit, dans ce disque réfléchissant, n'est pas dû uniquement à sa composition matérielle, que ce sont inconnus de nous, les noires ombres des idées que cet être se fait relativement aux gens et aux lieux qu'il connaît, pelouse des hippodromes, sable des chemins, ou pédalant à travers champs et bois, c'est de l'infrastructure tout ça, si vous voulez parler en termes marxiens, m'eut entraîné cette petite péri, les péri sont peut-être des divinités féminines, n'est-ce pas, des fées, pour trouver quelque chose à peu près équivalente dans le paradis musulman, m'eut entraîné cette petite péri plus séduisante pour moi que celle du paradis persan.
23:29 Les ombres aussi de la maison où elle va rentrer, des projets qu'elle forme ou qu'on a formés pour elle. chic, mes parents m'emmènent à Venise la semaine prochaine, imaginez les yeux d'une fille qui est en train de dire ça. Et surtout que c'est elle avec ses désirs, ses sympathies, ses répulsions, son obscure et incessante volonté. Je savais, j'enchaîne, que je ne posséderais pas cette jeune cycliste si je ne possédais aussi ce qu'il y avait dans ses yeux.
24:02 Vous savez, Lacan dit quelque part qu'il n'y a pas de relation sexuelle. Au sens, les mots sont précis, au sens où ce serait une relation entre des appareils génitaux sexués, n'est-ce pas ? Non, non, il y a une relation et d'autant plus érotique que c'est une relation entre les âmes. Mais les âmes ne peuvent pas se saisir, n'est-ce pas, comme on saisit une branche d'arbre ?
24:33 Ou comme on saisit une bouteille pour en avaler le contenu, n'est-ce pas ? Donc, ça passe par le corps, mais ce qui est visé, c'est moins le corps que ce qui, derrière lui, est, comme il dit, cette obscure et incessante volonté. je savais que je ne posséderais pas cette jeune cycliste si je ne possédais aussi ce qu'il y avait dans ses yeux. Et c'était par conséquent toute sa vie qui m'inspirait du désir.
25:07 On est loin, n'est-ce pas, de l'immatérialisme éthéré. Toute sa vie, comme je veux dire, désir douloureux parce que je le sentais irréalisable, mais énivrant parce que ce qui avait été jusque-là ma vie, ayant brusquement cessé d'être ma vie totale, maintenant qu'il est happé par la vision de cette jeune fille, n'est-ce pas, il s'aperçoit qu'il lui manque énormément de choses, n'est-ce pas ?
25:38 Et c'était par conséquent, pardon, énivrant parce que ce qui avait été jusque-là ma vie, ayant brusquement cessé d'être ma vie totale, n'étant plus qu'une petite partie de l'espace étendu devant moi, espace où il y a l'objet de son désir, n'est-ce pas, étendu devant moi, que je brûlais de couvrir et qui était fait de la vie, pardon, de ces jeunes filles, oui, maintenant, il est à l'ombre des jeunes filles en fleurs, c'est le titre, il quitte même l'individu qui est là pour le groupe, n'oublions pas qu'il y avait quelque chose qui circule de l'une à l'autre, n'est-ce pas, donc je reprends cette phrase et j'enchaîne, désir douloureux parce que je le sentais irréalisable mais énivrant parce que ce qui avait été jusque-là ma vie, ayant brusquement cessé d'être ma vie totale, n'étant plus qu'une petite partie de l'espace étendu devant moi que je brûlais de couvrir et qui était fait de la vie de ces jeunes filles, m'offrait ce prolongement, cette multiplication possible de soi-même qui est le bonheur.
26:49 Comment on n'a pas pensé à Spinoza ici qui dit que le bonheur suppose une augmentation de puissance, de possible. C'est le même mot en latin potens, puissance possible, n'est-ce pas ? M'offrait ce prolongement, cette multiplication possible de soi-même qui est le bonheur et sans doute qu'il n'y eut entre nous aucune habitude, aucune idée commune devait me rendre plus difficile de me lier avec elle et de leur plaire.
Première apparition de Gilberte derrière la haie
27:21 Voilà, je tenais à faire le détour par cet extraordinaire passage d'une analyse très pointue de ce qui est matériel et de ce qui ne l'est pas et alors voilà, voilà, je passe à un voilà, excusez-moi, je passe à un autre extrait toujours de « La recherche du temps perdu »
28:01 de jeunes filles en fleurs qui, cette fois, a pour objet d'exprimer sa première rencontre avec autre personnage féminin de la recherche, Gilberte. Peu importe l'anecdote, mais je le dis quand même pour pas qu'on croit que j'y sois totalement indifférent, mais enfin, c'est quand même pas le plus important. Vous remarquerez que les prénoms des filles qui comptent dans la recherche, à savoir Gilberte, Albertine, c'est les prénoms de garçons.
28:38 Voilà, on connaissait les mœurs de Proust, c'est pas une surprise extraordinaire, peu importe. les problèmes d'amour sont les mêmes, n'est-ce pas ? Entre un garçon, une fille, ou entre deux filles, ou entre deux garçons. Il y a toujours un qui aime plus que l'autre, ou une qui aime moins que l'autre, ou qui aime plus. Donc là, ça va être la première rencontre de Gilberte, il est encore gamin, il est avec ses parents, ils sont en train de longer la propriété de la famille de la petite Gilberte, de Swann.
29:09 Lui, tout ce qu'il a entendu dire, c'est que M. Swann, le grand ami de ses parents, mais dont il vient de raconter une partie essentielle de sa vie dans la deuxième partie de la recherche qui s'appelle Un amour de Swann, la seule partie de la recherche qui est exprimée à la troisième personne. On ne lui dit pas « je » le narrateur, mais il parle de son héros qui est Swann, donc le père de la petite Gilberte qu'on va découvrir. et donc, on est dans des gens de l'establishment, ça ne se fait pas de regarder en grimpant sur le mur, de regarder ce qu'il y a à l'intérieur de chez les gens, c'est mal élevé.
29:48 Lui, il est dévoré d'envie, donc il laisse ses parents marcher un peu devant et ça nous donne le passage, le passage en question, donc première apparition de Gilberte. Il regarde donc par-dessus la haie, ses parents étant un peu devant, s'il ne peut pas percevoir quelque chose, ce serait-ce que Mademoiselle Swann, en espérant qu'elle soit là dans le parc. Et maintenant, je me tais et je le laisse parler. La haie, laissait voir à l'intérieur du parc une allée bordée de jasmin, de pensée et de vervaine entre lesquelles des giroflés ouvraient leurs bourses fraîches, du rose odorant et passé d'un cuir ancien de Cordoue, tandis que sur le gravier, un long tuyau d'arrosage peint en vert, déroulant ses circuits, dressait au point où il était percé, au-dessus des fleurs dont il imbibait les parfums, l'éventail vertical et prismatique de ses gouttelettes multicolores.
30:48 Tout à coup, je m'arrêtais. Sans aise, je ne peux plus bouger comme il arrive quand une vision ne s'adresse pas seulement à nos regards mais requiert des perceptions plus profondes et dispose de notre être tout entier. Une fillette d'un blond roux qui avait l'air de rentrer de promenade et tenait à la main une bêche de jardinage nous regardait, levant son visage semé de taches roses.
31:19 Ses yeux noirs brillaient. Pardon de rire, vous allez comprendre pourquoi. Et comme je ne savais pas alors ni ne l'ai appris depuis, réduire en ses éléments objectifs une impression forte comme je n'avais pas ainsi qu'on dit assez d'esprit d'observation pour dégager la notion de leur couleur. Pendant longtemps, chaque fois que je repensais à elle, donc plus tard, le souvenir de leur éclat se présentait aussitôt à moi comme celui d'un vif azur puisqu'elle était blonde.
31:58 Donc forcément, elle ne peut avoir que des yeux profondément bleus. de sorte que peut-être si elle n'avait pas eu des yeux aussi noirs, ce qui frappait tant la première fois qu'on la voyait, je n'aurais pas été comme je le fus plus particulièrement amoureux en elle plus tard de ses yeux bleus. Je la regardais d'abord de ce regard en un peu même situation que tout à l'heure un jeune garçon en pleine croissance est en train de voir une fillette d'un blond roux.
Quelqu'un ou quelque chose : l'amour n'est pas platonique
32:30 Je la regardais d'abord de ce regard qui n'est pas que le porte-parole des yeux mais à la fenêtre duquel se penchent tous les sens anxieux et pétrifiés. Le regard qui voudrait toucher, capturer, emmener le corps qui le regarde. Il est très conscient n'est-ce pas d'agressif, je ne trouve pas d'autres mots déjà dans cette attitude. Le regard qui voudrait toucher, capturer, emmener le corps qui le regarde et l'âme avec lui. On y revient, il n'y a pas de relation sexuelle, c'est l'âme qu'on cherche en fin de compte.
33:05 Y a-t-il personne ici ou y a-t-il quelqu'un ? C'est dans la saison en enfer de Rimbaud, n'est-ce pas ? Est-ce que je vais avoir affaire à quelque chose ou à quelqu'un ? C'est ça l'enjeu. Et quelle est la différence ? Puis, tant j'avais peur que d'une seconde à l'autre, mon grand-père et mon père apercevant ces jeunes filles me fissent éloigner en me disant de courir un peu devant eux, d'un second regard inconsciemment supplicateur qui tâchait de la forcer à faire attention à moi à me connaître.
33:36 Elle jetait en avant et de côté ses pupilles pour prendre connaissance de mon grand-père et de mon père. Et sans doute l'idée qu'elle en rapporta fut celle que nous étions ridicules. car elle se détourna et d'un air indifférent et dédaigneux il parle de la gamine. Elle a une conscience de classe. Et d'un air indifférent et dédaigneux se plaça de côté pour épargner à son visage d'être dans leur champ visuel.
34:07 Et tandis que continuant à marcher et ne l'ayant pas aperçu « il m'avait dépassé » il parle de ses parents elle laissa ses regards filer de toute leur longueur dans ma direction sans expression particulière sans avoir l'air de me voir mais avec une fixité et un sourire dissimulé que je ne pouvais interpréter d'après les notions que l'on m'avait données sur la bonne éducation que comme une preuve d'outrage en mépris. Et sa main esquissait en même temps essayez d'imaginer ce que vous voulez il est un peu vague et sa main esquissait en même temps un geste indécent auquel quand il était adressé en public à une personne qu'on ne connaissait pas le petit dictionnaire de civilité que je portais en moi me donnait qu'un seul sens celui d'une intention insolente « Allons Gilberte viens qu'est-ce que tu fais ? »
35:10 cria d'une voix perçante et autoritaire une dame en blanc que je n'avais pas vue et à quelques distances de laquelle un monsieur habillé de Coutil première vision du baron de Charlus et que je ne connaissais pas fixait sur moi des yeux qui lui sortaient de la tête et cessant brusquement de sourire la jeune fille prit sa bêche et s'éloigna sans se retourner de mon côté d'un air docile impénétrable incroyable et sournois ainsi passât près de moi ce nom de Gilberte donné comme un talisman qui me permettrait peut-être de retrouver un jour il fait allusion à son nom celle dont il venait de faire une personne en Afrique on dit quand on dit du mal de quelqu'un il ne faut pas gâter mon nom le nom c'est comme une partie du corps c'est sacré ainsi passa près de moi ce nom de Gilberte donné comme un talisman qui me permettrait peut-être de retrouver un jour celle dont il venait de faire une personne
36:20 et qui l'instant d'avant n'était qu'une image incertaine ainsi passa-t-il le nom proféré au-dessus des jasmin et des giroflées aigre et frais comme les gouttes de l'arrosoir vert imprégnant irisant on retrouve de nouveau on a l'impression que tout ça est dématérialisé mais c'est tout le contraire qu'est-ce qu'il faut comme matière ici végétale aristocratique on sent bien que c'est un domaine c'est pas le prolo qui habite là qu'est-ce qu'il en faut qui est inséparable de l'objet de son désir ainsi passa-t-il proféré au-dessus des jasmin et des giroflées aigre et frais comme les gouttes de l'arrosoir vert imprégnant irisant la zone d'air pur qu'il avait traversée et qu'il isolait du mystère de la vie de celle qu'il désignait pour les êtres heureux qui vivaient et voyagent avec elle dans son imaginaire ça doit être bien de voyager et de vivre avec une fille comme ça
37:30 déployant sous l'épinier rose à hauteur de mon épaule la quintessence de leur familiarité pour moi si douloureuse avec elle avec l'inconnu de sa vie où je n'entrerai pas vous voyez ça fait deux fois qu'il y a un jeu de regard que signifie un amour platonique je ne sais pas si quoi qu'à l'âme mais pas du tout je vous ai dit qu'on prolongerait le platon à Aristote d'abord dites-vous bien que dans Platon l'amour est tout sauf platonique je veux dire il ne faut pas les prendre pour des imbéciles surtout les grecs de cette époque on est l'époque hélénique ni archaïque ni hélénistique archaïque c'est un peu avant hélénistique c'est un peu après l'acmé
38:42 c'est ce qu'il est convenu dans les études classiques l'acmé du monde de la Grèce antique de la cité antique Athènes en particulier c'est précisément ce moment-là proprement hélénique et non pas encore hélénistique voire décadent vous pouvez oublier tout ça vous le retrouverez de toute façon pourquoi je fais allusion ici à l'amour platonique parce qu'il dit bien que ce qui est visé c'est les âmes en ce sens-là que ça se rapproche de Platon je n'aurais pas en choqué certains mais c'est un jeu impersonnel vous imaginez bien mais imagine que le garçon X est en train de faire l'amour avec le peu importe partenaire Y et qu'ils lui disent tout en embrassant j'aime ta bouche pourquoi je prends cet exemple parce qu'il y a une relation purement corporelle
39:52 le baiser apparemment le contact des lèvres mais il y a aussi un énoncé j'aime ta bouche alors vous me dire oui mais enfin le plaisir il vient du corps là il ne vient pas ah bon mais l'énoncé est fait pour appeler aussi une réponse pour qu'il y a un genre de moi aussi ou etc ou une réciprocité et bref chacun des deux sujets du couple fait tout pour s'assurer qu'il y a bien un quelqu'un derrière le corps et non pas seulement un quelque chose c'est ça la grande leçon que je voudrais sur laquelle je voudrais insister ce soir la différence n'est pas évidente on peut avoir une conception extrêmement pessimiste et dire en fait il n'y a que quelque chose et on a l'illusion qu'il y a quelqu'un ça veut dire quoi que je suis le seul à être vivant il faut assumer les conséquences de cette pensée je vais maintenant vous lire exactement l'inverse c'est à dire un texte
Les Veilles de Bonaventura : la vie comme marotte du néant
41:02 je ne trouve pas d'autres mots terrifiant où il est justement fait l'hypothèse que ça n'existe pas des quelqu'un et je l'emprunte non non pas aux esprits forts comme on disait à l'époque d'aujourd'hui des matérialistes non bien plus grave que ça je le prends à l'apogée de ce qu'on il est convenu d'appeler le romantisme allemand donc un extrait de ce que celui qui a le mieux traduit ses auteurs appelle un extrait de ce fabuleux océan verbal que fut le romantisme allemand c'est un texte que je cite une fois il y a longtemps pour un peu autre chose mais dont je ne peux pas vous donner le nom de l'auteur mais oui on est bien entendu c'est pas que je ne veux pas c'est qu'encore maintenant on cherche qui est l'auteur il nous est parvenu
42:12 sous la forme d'un pseudo ça vous connaissez bien dans les réseaux on ne voit que des pseudos et ce pseudo c'est Bonaventura en un seul mot Bonaventure Bonaventura cet auteur certains ont même pensé à des philosophes comme Schelling le compagnon dans la même chambre que Hegel et que Hölderlin lorsqu'ils étaient étudiants au séminaire de théologie de Tübingen dites donc quand je vous parle d'un texte terrifiant vous commencez à comprendre avec ce voisinage que ça va être du sérieux et il a laissé comme oeuvre unique une oeuvre qui a pour titre les veilles les veilles de Bonaventura parce que le pitch c'est facile à résumer c'est un veilleur de nuit qui écrit son journal chaque nuit donc il faudrait dire son noctal et non pas son journal si vous voyez et
43:22 je vous passe la richesse de ce texte c'est tellement saisissante mais je reviens à l'histoire quelque chose on en était là n'est-ce pas et là la vieillesse est un naufrage comme disait De Gaulle alors extrait de je vous donne la référence les veilles de Bonaventura vous les avez trouvés aux éditions José Corti c'est Corti et je vous donne la huitième veille voilà c'est comme un huitième chapitre c'est pareil derrière le masque et ses œillades amoureuses la tête de mort ne fait jamais défaut la vie la cette fillette d'un blond roux
44:32 tu parles derrière la tête de mort ne fait jamais défaut et la vie écoutez bien cette phrase et la vie c'est seulement la marotte tintinabulante c'est au sens propre c'est vestu avec la marotte c'était le chapeau des fous le fou du roi il avait un petit chapeau des clochettes comme ça n'est-ce pas et la vie c'est seulement la marotte tintinabulante cling cling cling ding dong que revêt le néant avec un N majuscule concept et liens si l'on fut pour s'amuser de ses clochettes avant que de la déchirer sauvagement et pour finir la rejeter au loin tout n'est rien il faut oser l'écrire écoutez bien je répète tout n'est rien et s'engloutit soi-même en s'étouffant à s'avaler trop vite avec gloutonnerie donc non seulement vous avez ici le néant mais pas comme un substantif je raffine l'analyse mais comme le mot est grammaticalement c'est à dire le participe présent du verbe nier c'est à dire un acte
45:42 l'acte de supprimer avaler s'étouffer à force d'avaler n'est-ce pas tout n'est rien et s'engloutit soi-même en s'étouffant s'avaler trop vite avec gloutonnerie c'est la néantisation si vous voulez de tout ce qui est à l'extérieur c'est pour ça je suis le seul à faire l'hypothèse que c'est Hegel c'est tellement c'est thème n'est-ce pas et il n'est pas jusqu'à cette auto-dévoration qui ne soit une perfide illusion un duel de miroirs comme s'il y avait quelque chose car si jamais en effet l'avidité à s'avaler voulait un instant s'interrompre le néant aussitôt se manifesterait si significativement que vous en seriez saisie d'épouvante ce texte a été écrit en 1805 le romantisme français n'a même pas commencé Napoléon vient à peine d'être sacré empereur en 1804 le 19e siècle industriel n'a pas commencé en France pratiquement encore il a à peine eu quelques amorces
Un texte de 1805 et les deux craquements de notre modernité
46:52 en Angleterre n'est-ce pas l'Allemagne est encore loin derrière car si jamais en effet l'avidité à s'avaler voulait un instant s'interrompre le néant aussitôt se manifesterait si significativement que vous en seriez saisie d'épouvante les fous entendent et voient derrière cette interruption l'éternité mais elle n'est tout proprement que le néant et la mort absolue alors que la vie au contraire naît et ne se fait que par la mort continue vous avez le vertige mais il y a de quoi ces choses-là à les vouloir prendre sérieusement on peut facilement finir à l'asile de fous que de fois j'ai rappelé que le romantisme allemand aboutit à une hécatombe d'auteurs qui sont morts fous ou suicidés ou les deux pensés à Nerval qui leur ressemble beaucoup qui lui a fait les deux n'est-ce pas la folie et le suicide j'insiste sur tout ça
48:06 parce que c'était impensable d'exprimer ça avant l'apparition de ce thème qui peut être le plus récurrent de ceux que je développe parce que nous sommes ensemble c'est le thème de non pas la modernité de notre modernité la modernité contemporaine si je puis dire parce que la modernité point de manière vague ça peut être aussi bien la fin de la chasse et de la cueillette c'est le début de la sédentarisation pourquoi pas c'est recevable et même l'apparition des premières cités des villes en Mésopotamie en Égypte tout ça c'est moderne les historiens s'accordent à appeler les temps modernes ce qui commence après le Moyen-Âge et dont le premier moment a le surnom au XVIe siècle qui s'appelait la Renaissance par exemple même si c'est un peu avant en Italie tout ça c'est moderne mais non je ne vais pas de notre modernité et pour être précis maintenant je la détermine à partir de deux craquements dont nous ne sommes pas encore dont nous subissons
49:17 encore les effets c'est pour ça que je dis notre modernité la révolution industrielle anglaise la révolution politique française les deux se sont se produisant dans un mouchoir de poche chronologique qui est le deuxième moitié du XVIIIe siècle là je suis précis ce texte est fait à la fin de cette période donc je répète et je termine ces choses là et les vouloir prendre sérieusement on pourrait facilement finir à l'asile de fou mais je les prends moi comme une harlequinade il redevient un clown si vous voulez et c'est comme tel que mon prologue est conduit jusqu'aux portes même de la tragédie donc quand je vous dis que à travers l'éros quand je dis l'éros on voit tout d'un coup une profusion de relations physiques corporelles oui pourquoi pas nous ne sommes pas dans le puritanisme
Éros, puritanisme et domination anglo-saxonne depuis Waterloo
50:27 qui domine le monde idéologiquement depuis Waterloo non non je le dis parce qu'il y a des choses tellement évidentes qu'on ne les dit jamais alors qu'on devrait les apprendre à l'école primaire le monde est dirigé depuis Waterloo par des anglo-saxons c'est aucun jugement de valeur il y a des aspects excellents des aspects redoutables je constate simplement que le monde est dirigé par les anglo-saxons qui commencent à partir de Waterloo je n'ai pas dit Thermidor je n'ai pas dit à partir de la fin de la période révolutionnaire de la révolution française parce que Napoléon était encore considéré comme un danger de contagion par la révolution française voir l'incroyable lettre que Hegel envoie lorsqu'il met le point final à la phénoménologie au moment où Napoléon entre il met le point final à Iéna au moment où Napoléon entre dans la ville il vient d'écraser l'armée prussienne à Iéna il dit
51:37 nous faisons tous des voeux de succès pour les armées françaises qui viennent les libérer de leurs petits tyrans locaux pour eux c'était la continuation de la révolution Napoléon très adroitement politiquement a joué sur ces sentiments-là bien sûr les grands stratèges ce n'est pas des mecs qui s'élancent à la mitraille seulement c'est aussi des gens qui s'occupent de savoir quels godasses ont leurs soldats et de savoir comme faisait Jules César diviser un peu les clans et les peuples dans les régions qu'on traverse pour en avoir avec soi contre d'autres je ne suis pas en train de faire l'éloge ou le blâme comme dirait Spinoza ici il ne s'agit ni de rire ni de pleurer il s'agit de comprendre comprendre que le monde est dirigé ça c'est un fait qu'on ne peut pas nier jusqu'à une période récente c'est vrai que ça commence un peu à décliner ce que j'ai dit c'est vrai que ce qu'il est convenu d'appeler l'Occident précisément dirigé par les anglo-saxons d'abord l'Empire britannique
52:47 puis la relève américaine surtout à partir du début de la guerre froide en 45 où elle est pratiquement la seule puissance survivante les autres sont rasées détruites exsangues et certaines ne se sont même jamais remises c'est peut-être bien c'est peut-être mal c'est parce que je regarde je fais de la logique je ne fais pas de la psychologie ou de la morale il y a une dimension de protestantisme quoi qu'on en pense en bien ou en mal c'est que c'est des cultures où le puritanisme joue un rôle essentiel je ne perds pas mon fil or je suis en train de dire que quand on parle d'Eros on pourrait penser justement à l'inverse d'une attitude puritaine que c'est une débauche des corps mais non ou si ça l'est c'est parce que les corps essayent désespérément de saisir à travers leur contact de saisir ce qui est recherché et qui n'est pas les corps mais qui est précisément alors je ne dis pas l'âme ça fait un peu métaphysique et religieux je dis de saisir quelqu'un et non pas
53:58 de se retrouver seul avec des quelque chose voilà et bien si on pouvait rester là pour ce soir parce que c'est dense vous voyez qu'on n'est pas très loin non pas de l'amour platonique qui est une une plaisanterie vraiment qui a peu de rapport avec l'œuvre de Platon mais du grand Platon n'est-ce pas je répondrai à quelques questions je remercie quand même avant de vous quitter je remercie tous ceux qui m'ont corrigé j'aime beaucoup être corrigé lorsque je fais une erreur objectivement je n'ai pas dit être contredit j'aime aussi mais c'est autre chose on fait un débat mais là d'être corrigé je ne débats pas je vois tout de suite que j'ai fait soit un lapsus j'en fais énormément je suis terrifié quand je revisionne mes vidéos je commence une phrase que j'attribue à Baudelaire et à la fin je dis c'est pourquoi Rousseau conclut que il m'arrive des fois mais là
Correction sur Whitehead et Gödel, annonce de la suite
55:09 ce n'est pas un lapsus c'est une erreur quand j'ai dit que c'était Gödel qui avait dit le mathématicien et logicien l'immense Gödel qui avait dit dans les années 30 je crois que toutes les réflexions des philosophes spécialistes des sciences des mathématiques n'étaient que des notes de bas de page n'est-ce pas un dialogue de Platon en fait ce n'était pas Gödel beaucoup d'entre vous et je les remercie m'ont corrigé c'était Whitehead mais j'étais fasciné par la révélation que nous a faite Gödel du fait bon ce n'est pas notre sujet donc je ne m'attarde pas du fait que jamais une théorie peut s'auto-valider de l'intérieur sans faire appel à une métalangue bref et je serais toujours reconnaissant à Gödel d'avoir formulé ce qu'on appelle le principe d'incomplétude mais voilà merci pour cette correction et je fais exprès de nous quitter d'une manière
56:19 un peu abrupte sur un sujet j'allais dire brûlant et nous serons d'autant plus ravis de nous retrouver la prochaine fois pour en voir les conséquences les prolongements en bref en un mot la suite merci Adrien d'être là merci de sa patience et son engagement et merci surtout à vous et n'oubliez pas vous voulez nous envoyer des sous ça tombe bien nous en avons besoin toujours mais spécialement là en cette période et vous nous envoyez à l'adresse mail que nous nous laisserons en dessous de la vidéo et sur Youtube et nous vous enverrons par retour le RIB de l'asso je répondrai aux nombreuses questions que vous avez la gentillesse de me poser suite à l'introduction
57:30 que j'avais prononcée sur la dichotomie Platon-Rousseau la prochaine fois voilà comme ça le programme est annoncé merci à vous merci Adrien et à la prochaine fois merci extrêmement merci