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Heidegger, le plus nazi des grands philosophes
0:00 L'Evangile, c'est l'Asiat. Herr Professor, Sie haben jahrzehntelang über das Wesen des Menschen nachgedacht. Zu welchen Einsichten sind Sie gekommen? La plupart se demandent encore si Heidegger était vraiment nazi ou pas.
0:32 Moi je dis simplement que ce n'est pas seulement qu'il était nazi, c'est le plus nazi des grands philosophes. Dans notre vie quotidienne, dans les différentes religions, dans les différentes philosophies, dans les différents comportements de la science, Si je tue quelqu'un avec un couteau, ce n'est pas le couteau qu'on va envoyer en tôle.
1:38 Ça suffit maintenant de faire le procès de l'outil. Que l'outil soit une massue il y a un million d'années ou que ce soit un accélérateur de particules, la technè, n'est-ce pas ? On n'a pas à en faire le procès, on fait le procès de ceux qui s'en servent. Il s'agit de Franck Lecomte, qui nous écrit depuis la Normandie, et je l'en remercie, et qui me demande la source à partir de laquelle je peux dire que, dans une déclaration d'avant-guerre, bien sûr, notre Heidegger, j'appelle ça d'ailleurs depuis la panzerphilosophie, moi, a déclaré que la motorisation de l'armée allemande, bref, la création des Panzerdivisionen, ce qui est mieux connu comme Panzerdivisionen, est une étape décisive de la métaphysique occidentale.
2:29 Voilà, je lui réponds que je l'ai trouvée, comme beaucoup d'autres choses, bien plus stupéfiante encore, par rapport à l'image incroyablement valorisante qu'on a à Heidegger, dans l'école philosophique française de l'après-guerre, je dis française, parce que même Sartre, Sartre n'est pas… c'est autre chose, je veux dire, je ne dis pas qu'Heidegger, ça va de soi, mais je veux dire, c'est autre chose aussi que les Heideggeriens français, il n'y a pas photo, mais enfin, je veux dire, ils ne voyaient pas le danger encore dans l'immédiat après-guerre.
3:06 Donc, de Sartre à Derrida, je peux dire jusqu'à l'époque contemporaine, il y a un culte d'Heidegger qui est presque hors concours, il y a comme ça, bon, bref. Alors, j'ai beau multiplier des citations, par exemple, Heidegger dit quelque part l'ennemi, l'ennemi au sens presque de l'évangile, l'ennemi c'est le diable dans l'évangile, l'ennemi, sous-entendu de nous, du peuple allemand, c'est l'Asiat. L'Asiat, vous voyez, ce n'est pas les Asiatiques ou l'Eurasie, parce que ce serait anachronique, il aurait anticipé que la Russie et la Chine, enfin, bref.
3:40 pourrait faire cause commune. Non, c'est l'Asiat. Je connais un peu mes Allemands, vous savez, l'Asie, je force le trait exprès, l'Asie, c'est tout de suite, elle ne commence pas à la Pologne chez eux, je veux dire, dès l'instant qu'on est à l'est de l'Elbe et de la Vistule, surtout, n'est-ce pas ? On est chez des sous-hommes, ça c'est sûr, par contre, dans le langage du Troisième Reich. Donc, je veux dire, je comprends que Franck soit étonné, mais il serait encore plus étonné si, et je le recommande, s'il parcourait l'intégralité du livre d'Emmanuel Faye.
Le livre d'Emmanuel Faye
4:15 Je rappelle que j'étais aux côtés d'Emmanuel Faye lorsqu'il a été invité à présenter un ouvrage postérieur à celui sur Heidegger. M. Heidegger s'appelle, je le rappelle, et c'est très important de le rappeler, « Heidegger, l'introduction du nazisme dans la philosophie ». Il ne se contente pas de critiquer Heidegger, il demande qu'on sait ce qui soit au programme de l'enseignement de la philosophie, non pas de censurer Heidegger, il faut en parler, il faut en parler dans l'histoire des idées, etc., comme un plié fait nazi d'ailleurs, mais pas de le mettre dans le philosophie au côté d'un Platon, etc.
4:53 Alors, bien sûr, on peut toujours dire que ce monsieur n'a rien compris Heidegger, moi non plus, c'est tellement profond qu'on peut improviser, surtout un marxiste, quoi de plus grossier qu'un marxiste, s'aventurant dans les profondeurs vertigineuses de la panzerphilosophie. Non seulement, et je l'ai pu confirmer, je l'avais déjà vu à la lecture de ses livres, mais j'ai pu confirmer en discutant avec lui dans le cadre des réunions à la librairie Tropiques, il avait présenté son livre sur Hannah Arendt cette fois, encore une autre idole, intouchable, celle que j'appelle, n'est-ce pas, la disciple du plus nazi des philosophes, parce qu'à la plupart se demandent encore s'il y a Heidegger, était vraiment nazi ou pas, moi je dis simplement que ce n'est pas seulement qu'il était nazi, c'était plus nazi des grands philosophes, plein de petits philosophes nommés pour quelques semestres comme ça en Allemagne à l'époque du Troisième Reich, je ne parle pas des Baeumler et des Krieck, pour tout ça, regardez le magnifique article de Lukács,
6:03 qu'on trouve assez facilement sur le net, et qui fait plus qu'une fiche technique sur chacun des philosophes de cette époque-là. C'est intéressant d'ailleurs, mais ce n'est pas notre sujet, je réponds très précisément qu'il s'agit dans l'édition du livre de Poche, donc de l'ouvrage qui a paru d'abord en grand format d'Emmanuel Faye, l'ouvrage qui a pour titre Heidegger, l'introduction du nazisme dans la philosophie, cet ouvrage comporte neuf chapitres, la citation en question se trouve dans le chapitre 9, à peu près vers la fin du chapitre 9, et donc juste avant la conclusion finale, les quelques pages de conclusion, je lis d'ailleurs le passage qui correspond à la réponse, qui constitue l'essentiel de ma réponse à la question de notre ami Franck, Heidegger ajoute, oui, parce qu'Heidegger fait plein de rectifications par rapport aux articles où il s'est un peu compromis, où avant la guerre il parle librement, n'est-ce pas ?
La motorisation de la Wehrmacht, « acte métaphysique »
7:09 Il n'a pas besoin de masquer son nazisme après-guerre, bien sûr, comme il est la coqueluche de gens beaucoup plus humanistes, dans le Midi de la France en particulier, où il avait participé aux réunions au Thor, près d'Avignon. Heidegger ajoute, oui, il fait des rectifications, donc en 61, il fait une de ces falsifications, où il se censure lui-même, n'est-ce pas ? Et c'est ça, il fallait rappeler ça avant de lire ce qui vient. Heidegger ajoute en 1961 un paragraphe sur l'histoire de l'être.
7:42 En 61, ça passe mieux l'histoire de l'être que l'histoire des forces armées motorisées du Reich. Et supprime les trois pages de la conclusion véritable du cours de 1940. Or, dans cette conclusion, donc Emmanuel Faye s'est reporté, je ne sais pas, à la source au cours de 1940, dans cette conclusion, il soutient que la motorisation de la Wehrmacht, qui venait d'assurer les victoires militaires du Reich nazi dans la campagne de France, chacun sait que c'est, bien sûr, les divisions blindées qui ont emporté la décision.
8:17 Et ça a été une occasion de rendre célèbre, ce jeune capitaine de Gaulle, qui avait déjà écrit juste avant la guerre un essai sur le rôle des blindés dans l'armée moderne, et qui avait déjà vu qu'il y avait au moins un retard français à ce niveau-là. Pas dans toutes les armes, mais certainement dans les blindés. Donc, la motorisation, je reprends Heidegger, la motorisation de la Wehrmacht, qui venait d'assurer les victoires militaires du Reich dans la campagne de France, n'est pas un phénomène relevant du technicisme, il dit Heidegger, mais, je cite, un acte métaphysique.
8:51 C'est un langage codé, n'est-ce pas ? Quand on dit métaphysique sur la plume d'Heidegger, il y en a qui disent, oh là là, il faut que je me renseigne, il faut que je relise tout depuis la Métaphysique d'Aristote, n'est-ce pas ? Jusqu'à Kierkegaard, en passant par Leibniz, Spinoza. Bon, allez. Voilà. D'ailleurs, le plus grand spécialiste de la langue du Troisième Reich, de cette codification, de cette perversion des mots apparemment courants, à savoir Victor Klemperer, que j'ai été bien heureux de citer dans une autre série d'émissions, celle que je fais, vous savez, sous le titre de Musico-Sophie avec Aymeric Monville, je l'avais citée, mais là, il s'agissait de musique, du répertoire classique, il s'agit Victor Klemperer du frère de l'illustre chef d'orchestre Otto Klemperer, un des grands chefs charismatiques du XXe siècle.
Klemperer et la langue du Troisième Reich
9:55 Ce Victor Klemperer était un érudit de la littérature française, un grand traducteur, et juif, et qui a survécu d'abord par miracle, n'est-ce pas ? qui a échappé à la déportation, parce qu'il avait épousé une Allemande, il a bénéficié dans la première année d'une loi qui disait que ça ne s'appliquait pas à la déportation à ceux qui étaient mariés à une Arienne, mais quand la solution finale a été décrétée et qu'il n'y avait plus de nuance entre ceux qui étaient mariés à des Ariennes et les autres, je veux dire, il a sauvé sa peau en passant en Suisse, et surtout il s'est spécialisé pendant des années, des années de recherche sur, et c'est là qu'il est très intéressant, sur la langue du Troisième Reich, comment il faut décoder chacun des mots du Troisième Reich.
10:50 Vous savez que, par exemple, Emmanuel Faye, s'attarde longuement sur le terme « völkisch ». « Volk », c'est le peuple, comme dans les langues anglo-saxonnes, c'est des langues germaniques, tout ça, sauf que c'est V-O-L-K, Volkswagen, c'est la voiture du peuple, tout simplement, qui était créée d'ailleurs sous le Troisième Reich. Je ne dis pas que c'est une voiture nazie, même si c'est apparu sous le Troisième Reich. Je ne suis pas très sectaire. « Völkisch », l'adjectif, ou quelquefois adverbe, mais le plus souvent adjectif, on pourrait penser qu'il faut le traduire par « populaire », c'est beaucoup plus compliqué que ça.
11:26 c'est peuple au sens des racines, des racines presque biologiques. C'est une histoire de sang, ça, le Völkisch. Bon, bref, ce n'est pas la loi du sol en Allemagne, c'est la loi du sang. Blut ! Je relis, et j'enchaîne sur le petit paragraphe qui concerne Klemperer. Heidegger ajoute, en 1961, il ajoute un paragraphe sur l'histoire de l'être et supprime les trois pages de la conclusion véritable du cours de 1940. Or, dans cette conclusion, il soutient que, on est loin de l'histoire de l'être, la motorisation de la Wehrmacht, qui venait d'assurer les victoires militaires du Reich nazi dans la campagne de France, n'est pas un phénomène relevant du technicisme, je cite, mais un acte métaphysique.
Ne pas faire le procès de l'outil
12:13 Heidegger cohérent, lui qui a toujours, n'est-ce pas, fait la critique de la technique, comme le flopé des écolos d'aujourd'hui, et ça se fait passer pour un thème de gauche, c'est-à-dire de faire la critique de la technique. Vous comprenez pourquoi je suis un peu virulent quand je dis, si je tue quelqu'un avec un couteau, ce n'est pas le couteau qu'on va envoyer en taule, ça suffit maintenant de faire le procès de l'outil. Que l'outil soit une massue il y a un million d'années, ou que ce soit un accélérateur de particules, la technè, n'est-ce pas, on n'a pas à en faire le procès, on fait le procès de ceux qui s'en servent et des fins auxquelles il destine cette technique.
12:49 Bref, enfonçons le clou, il faut revenir au sujet, au lieu de faire les procès des objets. Vous voyez, ce n'est pas la création, la motorisation de la Wehrmacht, ce n'est pas du technicisme, c'est un acte métaphysique. Autrement dit, moi, Heidegger, je suis cohérent, je ne veux pas faire la critique de la technique. Mais c'est plus que ça, ce n'est pas à critiquer comme étant une scorie du technicisme que je dénonce à longueur de page dans toutes mes œuvres et bien avant.
13:23 Et ça, j'insiste sur ce thème parce qu'il y a des guerres, c'est ça que je lui reproche le plus. Je ne peux pas être plus honnête. Peut-être que j'aurais été plus nazi que lui à l'époque. Allez savoir, je ne peux pas être plus honnête. On a la confusion intellectuelle. J'aurais été au chômage, je veux dire, c'était terrible, les années 30, n'est-ce pas. Regardez tous les travaux de recherche de Chapoutot que j'ai utilisé dans une autre vidéo. J'ai même projeté quelques extraits de ces excellentes vidéos sur certaines parties de l'histoire du Reich.
Extrait de Chapoutot : les nazis recyclés dans le management
13:56 Oui, vous citez un certain nombre de cas exemplaires de ce passage dans l'administration de la République fédérale d'Allemagne de dignitaires nazis et aussi dans le privé puisque c'est de ça qu'il s'agit aussi avec la question du management. C'est que les anciens dignitaires nazis sont très prisés dans les entreprises privées. Oui, parce que d'une part, des gens comme Reinhard Höhn, sont des gens qui ont été très bien formés. Ils ont généralement un doctorat, ils ont une très bonne formation universitaire.
14:26 Et par ailleurs, pendant 12 ans, l'industrie privée ou l'économie privée a vécu une véritable orgie de commandes et de profits grâce à eux puisque la SS est également un empire économique, un empire concentrationnaire qui loue à des tarifs défiant toute concurrence une main-d'oeuvre quasi gratuite à l'industrie allemande. Donc ces gens-là dans l'industrie privée n'ont pas oublié les services rendus. Et donc on se rend compte qu'après 1945, les réseaux SS et singulièrement les réseaux du SD, c'est-à-dire du service de renseignement de la SS auquel appartient Reinhard Höhn, ces réseaux-là sont en place partout.
15:01 Dans la haute administration, dans le privé, dans la diplomatie, à l'université, à l'hôpital, dans la police. Et ces réseaux-là permettent de recycler, de recaser ce qu'on appelle les Alte Kameraden, les anciens camarades qui sont dans la difficulté. C'est exactement ce qui est arrivé à Reinhard Höhn qui est d'abord employé par un think tank patronal à la fin des années 40 et qui très rapidement se voit mandaté pour créer une école de commerce. Pour les nazis, c'est très clair, l'individu, en soi, n'a pas de sens, n'a pas d'existence et n'a pas de droit en dehors de sa productivité.
15:33 Autrement dit, si vous n'êtes pas capable de produire pour le Reich, de produire pour la race, vous n'avez pas le droit à la vie. C'est très clair. Les vies, comment dire, les êtres non productifs, je reprends la terminologie nazie, sont considérées comme des vies indignes d'être vécues. Déjà, sur l'efficacité allemande et l'efficacité nazie, nous sommes tributaires quand nous disons cela du discours que les nazis ont tenu sur eux-mêmes, l'organisation impeccable, les trains qui arrivent à l'heure, etc. Or, dans la pratique, ce que l'on observe à partir de 1933, c'est que le fonctionnement nazi est un gigantesque maelström, une cacophonie permanente, très désorganisée, parfaitement entropique, d'ailleurs, et totalement consumatrice de temps, d'énergie, d'argent.
Judéo-bolchevisme et métaphysique chez Heidegger
16:18 Dans la confusion, il y avait le monde intellectuel allemand. Peut-être qu'on aurait fini par persuader que si j'étais depuis trois ans au chômage, c'était à cause que les juifs occupaient tous les emplois, de la communication, de la culture, je ne parle pas de tous les autres, mais ils étaient que, voilà, bref, pas sur parole, consultez les documents d'époque.
16:53 Rien ne vaut l'étude des documents en matière d'histoire. Ce n'est pas les juifs ou les communistes qui sont pointés du doigt dans le discours nazi. c'est le judéo-bolchevisme. C'est inséparable chez eux. D'ailleurs, Jésus, Marx, tout ça, c'est les juifs. Dans la tête nazie, c'est comme ça. Le collectivisme, la charité, le tendre à la joue, il ne faut pas tendre l'autre joue, il faut foncer à coup de panzer. Allez, donc, vous voyez, très important qu'il précise que cette motorisation n'est pas un phénomène relevant du technicisme, celle-là, elle est bien bonne, mais un acte métaphysique.
17:31 Sublime ici, la technique, alors qu'on la vilipende en général. Victor Klemperer, donc le frère du chef d'orchestre, a montré que le mot historicité était devenu un mot-clé de la langue du Troisième Reich ou LTI. On peut dire qu'avec son usage par Heidegger, le mot métaphysique était lui aussi, en passe de devenir, un terme de la langue du Troisième Reich. Chez Heidegger, c'est très ambivalent sa relation à la métaphysique.
18:01 Parce que là, tout d'un coup, c'est valorisant, la création des Panzerdivisionen c'est un acte métaphysique. Et puis, c'est l'époque où il fait l'éloge du Reich, où il dit que l'ennemi c'est l'Asiate, où il dit que le pays de Descartes, il a beaucoup travaillé sur Descartes, n'est-ce pas, que la pensée de Descartes est l'occasion d'une grande régression, après il va essayer de rattraper le coup après-guerre, mais d'une grande régression, c'est pas, dans l'histoire de l'être.
18:35 Une dégénérescence, pour reprendre son mot. Bon, alors que son maître, le grand philosophe, c'est pas ma position, mais j'ai beaucoup de respect pour celui qui a lancé Heidegger à l'université, c'est Edmond Husserl, le père de la phénoménologie, enfin de la phénoménologie du XXe siècle, parce que, quand on dit la phénoménologie, il y en a qui pensent à Hegel, quand même. Mais quand on dit la phénoménologie tout court, comme courant de pensée, il s'agit bien sûr de ce qui découle de Husserl, pour aller directement à l'essentiel.
19:14 Chez Heidegger, le mot est tantôt laudatif, c'est le cas ici, tantôt péjoratif, que la métaphysique à partir de Platon, qui est le premier, et certains disent le plus grand des métaphysiciens, qu'à partir de Platon, pour Heidegger, la réflexion philosophique abandonne le souci de l'être. Déjà, la division platonicienne entre essence et apparence est inadmissible. On a déjà trahi le grand contact immédiat avec l'être qu'avaient les présocratiques, les Parménide, des gens passés.
19:45 Voilà, j'ai déjà fait des développements là-dessus, je n'y reviens pas. Donc, vous voyez, tantôt métaphysique est un terme péjoratif, c'est-à-dire, on fait abstraction de ce qui est irréductiblement ontologique dans l'être, tantôt métaphysique a son sens courant, c'est-à-dire ce qui va au-delà de la nature, au-delà de la physique, au-delà de la science, c'est-à-dire au-delà des savoirs positifs, et c'est le cas pour ce qui est de la motorisation de la Wehrmacht. Fin de citation.
Honnêteté intellectuelle : « j'aurais peut-être été pire »
20:15 Je suis bien content d'avoir l'occasion de rajouter cet appendice à la séquence que vous avez la gentillesse de visionner. Je vais commencer une période et je ne suis pas retombé sur mes pieds, je m'explique quand je dis « Après tout, j'aurais pu être pire que Heidegger lui-même. » J'essaie de montrer mon honnêteté. Ce n'est pas à moi de prouver mon honnêteté, je veux dire, on est toujours une crapule là où on ne s'attend pas à l'être, je ne suis pas en train d'idéaliser ma personne et j'ai comme tout le monde un inconscient personnel, ça n'a aucun intérêt.
20:46 Puis j'ai un intérêt de classe, certainement aussi, ce n'est pas à ce niveau-là, mais je ne parle pas d'honnêteté absolue, philosophique, métaphysique, je parle d'honnêteté intellectuelle. On trouve que je suis des fois un peu trop obsédé par le nazisme. C'est extraordinaire qu'au moment où le nazisme revient le plus à l'actualité, en Europe, l'extrême droite en général, et alors, certains discours qui se réclament ouvertement des pires positions de l'époque nazie, je pense en particulier au gouvernement avec lequel toute l'OTAN entretient les meilleures relations, et d'ailleurs, je pense à l'Ukraine ou les Pays-Baltes, n'est-ce pas, où il y a des propos et même des insignes, une signalétique pour parler comme spécialiste de la com, ouvertement nazie, j'ai poussé l'honnêteté jusqu'à dire j'aurais peut-être été pire que Heidegger pendant la guerre.
21:37 J'applique ici mes convictions marxistes, vu le même milieu d'origine, d'une bourgeoisie expatriée, imaginez, n'est-ce pas, que mon père a été affecté dans l'administration coloniale française et il aurait été dans le sud-ouest africain allemand, comme on disait à l'époque, l'actuel Namibie, ou en Tanzanie, qui s'appelait Tanganyika à ce moment-là, ou au Togo, et au Cameroun, il y avait comme ça quelques petites taches allemandes dans les immenses empires coloniaux français et anglais.
22:13 J'aurais été tout droit désigné pour être un sympathisant du Reich déjà sociologiquement, mais ce n'est pas ce que je lui reproche le plus, d'avoir eu des idées nazies à ce moment-là. Personne ne pouvait être officier du Reich s'il n'était pas au parti nazi, par exemple, et tous n'étaient pas avec des bourreaux, y compris ceux qui étaient inscrits au parti nazi. Très rapidement, je vous donne l'exemple, c'est rare que je sois à l'anecdote personnelle, mais je veux dire mon ex-beau-père, que la Terre soit légère, comme on dit, qui était un as de la Luftwaffe de l'armée de l'air allemande pendant la guerre, qui était donc inscrit au parti nazi comme tout officier, c'était un petit officier, mais qui était avant la guerre professeur de vol à voile, les planeurs de gymnastique dans les lycées et sa spécialité c'était le vol à voile.
23:02 Et donc, comme les avions venant à manquer avec tout ce que les Anglais, les Russes, les Alliés abattaient, les planeurs ont joué un rôle important comme entraînement préalable pour les apprentis aviateurs du Reich. Avant la guerre, en 1936, les Jeux Olympiques, en 1936, mon ex-beau-père, on lui demande de Berlin sa sélection de sa région, pour participer aux Jeux Olympiques de Berlin. on lui répond, de Berlin, c'est très bien les performances, 10, 6, 100 mètres, ça tire la route, c'est formidable, mais écoutez, les Blum, les Birnbaum, ça, vous me les enlevez, enfin bref, il y avait des Juifs à sa sélection, je me demande de les enlever.
23:46 Réponse de mon beau-père, inscrit au Parti nazi, je ne comprends pas ce que le sport vient faire ici avec la politique, je suis sûr que si le Führer était au courant de votre lettre, il ne serait pas content du tout, vous voyez, ce que Hegel appelait déjà la misère politique allemande, voilà, je ne vais dire rien, bon, ce n'est pas une crapule ce type-là, c'est bon. Donc, j'essaie d'être honnête intellectuellement, j'aurais peut-être été pire, ce que je ne pardonne pas Heidegger, c'est l'après-guerre, vous voyez, c'est le rôle qu'il a joué, autrement dit, si je peux me permettre dans mon collimateur, puisque, à cause de l'objet dont je parle, je suis induit à des métaphores qui tournent autour de l'armée et des armes, dans mon collimateur, j'ai surtout l'école française de philosophie d'après-guerre, avec une bande de faussaires dont certains interdisent encore maintenant l'accès à certains manuscrits compromettants de Heidegger, par exemple, qui font régner autour de lui cette gouroutisation, pardon pour le barbarisme, épouvantable.
L'après-guerre, l'OTAN et les papes
24:49 Ce que je ne pardonne pas Heidegger, c'est qu'il continue à faire le procès de la technique, à garder les mêmes idées anticommunistes et qui soit le philosophe coqueluche de l'OTAN. L'OTAN, qui, à cette période-là, dans l'immédiat après-guerre, est tellement absorbée par la lutte anticommuniste, en l'occurrence, ici, antisoviétique. Je n'en donnerai que deux exemples de la compromission de l'OTAN avec ce qu'il y a de pire dans le nazisme, c'est les recrutements. Le recrutement, le chef des services secrets allemands de la République fédérale d'Allemagne, maintenant, c'est juste qu'on n'en fait pas le modèle de la vertu démocratique.
25:28 Alors que c'est la droite allemande qui le dirige, la plus compromise avec ce dont je vais parler, avec l'atlantisme. Les Américains refilent au service secret allemand de la République fédérale d'Allemagne, là, je suis après-guerre. Le général Gehlen, qu'on appelle le général Gris, qui était chargé de l'espionnage anti-soviétique et qui traquait, n'est-ce pas, et il valait mieux ne pas être dans la peau des communistes qu'il faisait prisonniers. Et c'est lui, n'est-ce pas, qui va diriger les services secrets de l'Allemagne fédérale jusqu'à sa mort.
26:01 Deuxième recrutement, Klaus Barbie, oui, le bourreau de Jean Moulin, fait prisonnier par, comme beaucoup, dans les zones d'occupation occidentales par les Américains pendant la guerre, et qui refilent à la dictature bolivienne de Hugo Banzer, qui était le bourreau de la Bolivie à l'époque, et dont la préoccupation première était de lutter contre les maquis castristes. Toujours le même combat, tu vois ? Et Klaus Barbie a repris du service, a bouffé du coco, mais d'une manière sanglante, n'est-ce pas, auprès de la police des services spéciaux boliviens.
26:44 Voilà, je veux dire, que Heidegger n'ait pas dénoncé ce camp-là, qu'il ne s'en soit pas démarqué, mais qu'il soit devenu la coqueluche de ce camp-là. Le pape, je ne parle pas de Jean-Paul II, que le canard enchaîné appelait Jean-Paul Soski, mais de son successeur, si les deux d'ailleurs, Jean-Paul II comme son successeur, Benoît, je crois, recommandaient la lecture de Heidegger à leurs ouailles, pour prendre un terme consacré, c'est bien le cas de le dire.
27:14 Je ne suis pas dans l'imaginaire, je ne force pas le trait. Comment une fois je dois vous dire que je suis en deçà de la vérité ? Comme si elle était si pénible à penser qu'on a du mal à aller jusqu'au bout à chaque fois. Voilà, je voulais rajouter ceci pour finir mon raisonnement. J'aurais peut-être été pire. Donc, ce n'est pas tellement le Heidegger d'avant-guerre. Il ne faut pas être sorcier pour se convaincre à quel point il était nazi. C'était le plus nazi des philosophes de son temps. Et s'il a eu des démêlés avec sa hiérarchie et l'université et l'administration universitaire à Fribourg, c'est précisément parce qu'on ne le trouvait pas assez politique et trop compromettant.
27:52 Il était trop radical. Ne croyez pas sur parole là-dessus. Consultez la documentation. Nous l'avons maintenant. Les archives sont ouvertes sauf celles qui nous sont interdites d'accès par les disciples français et parisiens de Heidegger. Voilà. Donc, ce n'est pas ce Heidegger-là tellement, puisque je vous dis que j'aurais peut-être été pire. Comment voulez-vous que je sois plus honnête ? En probabilité. Encore quoi. On se demande si c'est le même je mais ça c'est un autre problème quasi métaphysique.
28:22 Quand les conditions sont différentes à ce point, est-ce que c'est la même identité ? Mais, ce que je ne pardonne pas, c'est l'après-guerre. C'est l'acharnement. Il n'y a aucune culpabilité chez ce type. Donc, voilà. Je veux dire, je tenais à faire cette mise au point et je remercie Pierre-Alain d'avoir bien voulu jouer les prolongations pour m'autoriser à le faire.