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Rappel : de la substance au sujet
1:00 La dernière séance était un peu... Il y avait des séquences un peu abstraites. On a parlé de la substance. En gros, c'était de la substance au sujet, si vous vous rappelez, la dernière séance. Et j'ai rappelé quand même les différents sens de substance chez Aristote. Et pour résumer l'essentiel, dans l'Antiquité, la substance est donc le sujet, puisque c'est le même mot à l'origine. Vous vous rappelez un substare, ce qui se tient en dessous ? Et sujet, subjacere, gésir dessous.
1:44 Dans les deux cas, ça veut dire ce qui est en dessous. En dessous de quoi ? Le sujet, c'est ce qui est en dessous des attributs. Parce que tout ce qu'on dit du sujet, il est comme ceci, il est cela, il est cher, il est cheap, il est nouveau, il est vieux, tout ça est affirmé, pour parler comme Aristote, est affirmé d'un sujet. Mais la substance, c'est ce qui ne s'affirme de rien. Tout s'affirme d'elle, mais elle, elle. On ne peut pas dire que cette tablette est médie.
La place des Vosges, la banlieue et le passage à l'altérité
2:18 Médie, c'est le sujet. Elle est unique, elle est irremplaçable. Il n'y a rien de plus banal que d'être unique. Vous regardez bien, tout cela, chacun. Une parenthèse, vous voyez, comparé au niveau architectural et esthétique, comparé la place des Vosges, par exemple, à n'importe quelle zone de banlieue.
2:48 Je n'ai rien ni pour, ni contre l'un, ni contre l'un, ni contre l'autre, ce n'est pas la question. J'ai découvert la banlieue depuis que je suis à Cachan, pour moi c'était une illumination permanente. C'est en banlieue que j'ai pris la référence de ces filles qui attendent leur mec au RER en tremblant parce qu'il a cinq minutes de retard. C'est des trucs qu'à Paris on a oublié. Mais du point de vue architectural, la place des Vosges ça en jette, on vient du monde entier, on voit ça, cette espèce d'homogénéité. Alors qu'on pourrait penser que c'est monotone, vous voyez.
3:18 Toutes les maisons ne sont pas uniques, elles sont toutes pareilles. Alors qu'en banlieue, chacun veut avoir la maison, mon rêve, mon pavillon. Résultat, il n'y a rien de plus ennuyeux, vous voyez, que la zone. C'est intéressant ce paradoxe. Je referme la parenthèse. Donc, c'était de la substance au sujet. Là j'ai dit l'essentiel, le quotient philosophique de la dernière fois. Philosophico-historique, en termes hegelien si vous voulez. Ce qui caractérise la substance et donc le sujet grammatical dans l'Antiquité, c'est l'identité.
3:53 Formule clé, Platon, connais-toi toi-même. Même, c'est la désignance de l'identité, c'est la marque de l'identité. Modernité, Rimbaud, Je est un autre. Avec le coup de génie de cette formule, c'est la faute de grammaire volontaire. Ce n'est pas je suis un autre, c'est je est, pour montrer encore plus l'altérité. Je parle de moi à la troisième personne, mais comme un autre. Donc, on a vu que c'était précisément ce partage qui marquait la différence entre l'ancien monde et le nouveau.
4:28 De se cramponner à l'identité, à l'invariant. Ou au contraire, d'accepter que l'identité, je ne suis pas en train de nier l'identité, mais je dis que l'identité véritable, c'est celle qui est le résultat d'une relation. Et non pas d'une substance. Si vous regardez bien, chez Spinoza, qui est un grand philosophe, un des plus grands sans doute, sinon plus grand, avec Aristote de la substance, il commence par définir la substance, c'est ce qui est par soi. Ce qui n'a pas besoin, dit Spinoza, du concept d'une autre chose pour être formé.
5:01 Vous voyez, vous savez bien ce que ça veut dire. Alors que je ne sais pas, moi, chien, j'ai besoin de mammifères pour le produire, j'ai besoin d'être vivant de tas de choses qui ne sont pas propres aux chiens. Donc, il a fallu deux millénaires, n'est-ce pas, pour passer d'une conception du sujet par lui-même, autrement dit, alias la substance, au sujet qui n'est-elle que par un autre.
5:34 Et je vous avais dit, qui s'en souvient, ce sont mes derniers mots, avant qu'éclatent vos applaudissements. Quels ont été mes derniers mots ? Ah, je vous ai piégés, je ne vous l'avais pas revisionné, c'est bien ce que je pensais. J'avais dit, on le verra la prochaine fois, car j'introduis ici la dialectique de la reconnaissance, être par un autre. De la reconnaissance, concept fondamental, chez Hegel, bien sûr, l'Anerkennung. Si vous voulez résumer la reconnaissance, chez Hegel, il y a une formule simple, je vous l'ai dit, comme elle est écrite dans la traduction d'Hyppolite, une conscience de soi n'est en soi et pour soi que lorsqu'elle est en soi et pour soi, pour une autre conscience de soi.
L'Anerkennung chez Hegel
6:21 Alors, pour ceux qui pensent que c'est des Chinois, heureusement qu'il y a une virgule, la phrase n'est pas finie, et elle se termine par, c'est-à-dire pour autant qu'elle est reconnue. Voilà, il y a une traduction, heureusement. Une conscience de soi n'est en soi et pour soi. Parce qu'en soi, elle est reconnue, mais si elle ne le sait pas. Elle peut avoir des tentations nazifiantes, on y vient, on va y venir. Mais elle est en soi et pour soi, lorsqu'elle est en soi et pour soi, pour, sous-entendu chez, une autre conscience de soi.
6:56 J'ajoute personnellement, pour que ce soit clair pour tout le monde, si on veut comprendre la reconnaissance chez Hegel, que la reconnaissance véritable, elle n'est gratifiante que lorsque je suis reconnu par un être censé être libre. Parce que s'il y a coup de fouet ou un coup d'argent, ça revient au même, je dis à quelqu'un de me dire tous les matins que je suis le plus beau, le meilleur, etc., ça va être gratifiant, peut-être cinq minutes. Vous voyez ? Il y a tas de sujets de films là-dessus, vous savez, où le milliardaire regardez Citizen Kane, par exemple, passe son temps à se demander si c'est pour son argent ou pour lui qu'on l'aime, vous voyez ?
7:36 Donc, la reconnaissance est gratifiante que si celui qui l'octroie est supposé le faire librement. C'est important. Je suis libre quand je suis reconnu comme tel par un autre libre. Voilà. Ça, c'est des rappels, puis on aura plein d'occasions d'y revenir. Alors, pourquoi j'en parle ? J'ai parlé beaucoup, donc j'ai fait de la philosophie quasi classique la dernière fois, la substance, le sujet, le prédicat. Et parce que je reviens maintenant face à la reconstitution du nazisme.
8:20 Évidemment, le heureux suppose que c'est surtout notre époque qui va se reconstituer le nazisme. On va après que ce n'est pas tout à fait exact, que ça fait un bon moment. Je dirais même, si les euros, je suis un peu pessimiste, vous me corrigerez, peut-être même que c'est un peu tard. Pour s'en apercevoir. Et que ça fait un bon moment. Vous allez voir pourquoi je dis ça. En particulier en termes économiques. Mais n'en disons pas ce qu'on va voir tout à l'heure. Alors, le contraire de la reconnaissance, telle que je viens de la résumer, de la rappeler, pour l'instant, ce n'est pas très compliqué.
La déconnaissance : Primo Levi face à Pannwitz
8:55 Le contraire de la reconnaissance nous est fourni, illustré, par un passage saisissant des mémoires de Primo Levi. Vous voyez qui est Primo Levi, n'est-ce pas ? C'est un écrivain italien, un juif italien, qui a été interné à Auschwitz et qui a survécu, parce que par bonheur, c'est un grand chimiste et responsable du camp. C'est le mec qu'il nous faut pour faire du caoutchouc synthétique. Vous savez que l'autarcie était très poussée dans l'Allemagne. À l'époque, il fallait faire tout synthétique, la confiture synthétique.
9:27 Ma femme allemande disait qu'on faisait souvent des soupes d'ortie. Ça redevient la mode, maintenant, avec l'écologie. C'est bon, c'est un peu la soupe de cresson, comme goût. Bon. Et puis, ils n'avaient pas de café, ils avaient tout le temps de la chicorée, des choses comme ça, oui. Bon, là, il était chimiste, donc il était très utile pour faire, en particulier, le caoutchouc synthétique, n'est-ce pas ? C'était le début pour lequel on a besoin du carbure de calcium, je crois.
9:59 Ne demandez pas plus. Oui, alors, un jour, il crève de soif dans le camp, il est à Auschwitz-Birkenau, il peut vivre, mais dans les conditions d'un prisonnier du camp. Et il voit un glaçon sur une vitre, il prend le glaçon pour le sucer. Vous voyez ? Un garde qui passe lui arrache le glaçon. Alors, il ne peut pas s'empêcher de dire, warum ? Pourquoi ? Et l'allemand lui répond, il n'y a pas de pourquoi. Et, son regard, pour la première fois, il rencontre son supérieur, Panwitz, il s'appelle, si ça vous intéresse, P-A-N-W-I-T-Z, son supérieur hiérarchique, son chef de service, si vous voulez, dans le camp.
10:42 C'est immense, c'est Auschwitz, des kilomètres Son regard ne fut pas celui d'un homme à un autre homme. Vous voyez le rapport avec la reconnaissance ? C'est exactement l'inverse. Son regard ne fut pas celui d'un homme à un autre homme. Et si je pouvais expliquer à fond la nature de ce regard échangé comme à travers la vitre d'un aquarium, entre deux êtres appartenant à deux mondes différents, si j'arrive à expliquer ce regard, j'aurais expliqué du même coup l'essence de la folie du troisième Reich.
11:13 Vous voyez ? Comme je passe de la reconnaissance à la déconnaissance. J'ai un jeu de mots qui vaut ce qu'il vaut, excusez-moi. Mais ça barbarise, ça n'existe pas. Mais si vous voyez, c'est déconnaître, c'est refuser de connaître. C'est un déni de reconnaissance. Je n'ai pas affaire à un homme, j'ai affaire à un Untermensch. Sous-hommes, vous savez, un Untermensch. dès l'instant qu'il y a un sur-homme, j'ai des sous-hommes. Je vais encore chagriner les Nietzsche-Omanes qui m'envoient des objections dans leur courrier sur YouTube.
11:52 Je suis désolé, j'ai l'impression que je leur fais du chagrin chaque fois que je fais une pique contre Nietzsche, alors que je dis souvent que j'ai de l'affection pour ce pauvre bougre et ce grand nigaud. j'en veux à ceux qui en font un grand démystificateur, un grand décapeur, alors que c'est un petit bourgeois allemand terrifié par la montée de la classe ouvrière à son époque. Vous savez qu'il était volontaire pour aller taper du communard. Après, quand ils l'ont vu à l'armée avec sa vue basse, c'est mécanique.
12:23 Brancardier à la rigueur. Oui, mais je... Ce que dit Primo Levi, cette espèce de regard qui n'a pas affaire à un homme. Je ne suis pas reconnu comme un être humain. Je ne parle même pas de la reconnaissance de ce que je fais individuellement, mais même pas du point de vue du genre. C'est actuel, tout ça.
12:54 Il n'est pas loin d'antispécisme. Maintenant, c'est presque normatif de ne pas être reconnu comme humain. sur les animaux, on l'entend souvent. Je m'interde un peu. Pourquoi là ? Je parle de Nietzsche parce que c'est quand même le concept de surhomme, la représentation du surhomme est quelque chose d'important chez lui. Or, je vous ai dit, quand on pose un surhomme, automatiquement, ceux qui n'en font pas partie sont des sous-hommes.
Losurdo, Nietzsche et Lothrop Stoddard
13:27 Or, si vous avez un petit peu lu les admirables travaux de Domenico Losurdo, mon regretté camarade, sans doute, vous savez qui a écrit la plus grande somme sur Nietzsche qu'on ait jamais écrite. Ne dites pas, en tout cas, à la langue française parce qu'il a écrit en italien. Vous savez, que la traduction chez Delga, c'est un bouquin qui doit faire 3 kilos, à peu près. j'exagère à peine. Mon attention avait été attirée sur ce livre avant qu'il soit traduit en français.
13:59 J'avais parlé avec Tertulian, vous voyez, qui est Tertulian peut-être ? Vous savez, c'est le grand spécialiste de Lukács en France. Et j'étais allé l'écouter à une de ses conférences à l'EHESS et je lui dis, après, comme ça, sotto voce, à mi-voix je lui dis, quand même, qu'est-ce qu'ils ont tous à essayer de blanchir Nietzsche en disant que tout ce qui est est fascisant chez lui. Fascisant, vous voyez, je suis un peu plus nuancé qui n'y paraît. Fascisant chez lui, vient de sa sœur qui aurait falsifié ses écrits.
14:30 Vous avez lu 100 fois, ça. Lui, il est bien, mais sa sœur, c'était une salope, en gros, excusez-moi. Elle est archi-nazie, c'est sûr. Et Tertulian me dit, il est plus nazi qu'elle. Losurdo est en train d'écrire une thèse là-dessus, c'est le bouquin dont je vous parle. Vous voyez ? Alors pourquoi j'en parle ? Parce que Losurdo nous a branchés sur un homme dont il faut absolument que je vous parle, c'est Lothrop Stoddard.
15:03 Vous connaissez Lothrop Stoddard ? Tu connais Lothrop Stoddard ? Personne connaît. Ça y est, j'ai fait mon effet. Lothrop, laissez-moi vous appeler Lothrop, c'est un prénom, L-O-T-H-R-O-P, vous vous rendez compte, Lothrop. Oui, alors c'est un américain de la fin du 19e siècle, en gros. Mais raciste comme seul, on peut l'être dans le Middle West, vous voyez ce que je veux dire à l'époque. Vous savez, un bon indien est un indien mort, toute cette ambiance-là. C'est un théoricien, lui. Un théoricien qui a classé toute l'humanité en différentes races.
15:38 Bien sûr, hiérarchisé, au sommet de tout, les Nordiques, les Scandinaves. D'accord ? En dessous de tout, moi. Enfin, ça commence avec la Corse, les métèques, après c'est l'Afrique, n'en parlons pas. L'Orient, les sous-hommes. Entre les deux, je signale pour l'anecdote, les Suisses, qu'est-ce qu'on fait avec les Suisses un peu entre les deux ? Ils s'appellent les Alpins. C'est encore une autre race, vous voyez ? Bon, non, ça fait des millions de morts, s'ils sont en rigole, ils vomissent. Ce qui est intéressant, c'est que la notion de Underman, forgée, pour la première fois, le syntagme apparaît sous la plume de Lothrop Stoddard, S-T-O-2-D-A-R-D.
16:21 Bien avant que les nazis parlent d'Untermensch, c'est importé d'Amérique, pardon, des États-Unis. Amérique est un magnifique continent. C'est Rosenberg qui a vanté les mérites et les écrits de Lothrop Stoddard, l'a fait traduire en allemand et ça a donné la notion d'Untermensch. Donc, vous voyez, le Underman a précédé le Untermensch.
16:51 Alors, on va en finir sur une note gay, enfin drôle, gay c'est pas le mot, mais drôle, c'est que dans sa hiérarchie, aux États-Unis, les plus grands dangers ne parlent jamais des Juifs. Les Juifs n'ont jamais été un danger à l'époque du Western, dans le Middle West, c'est pas les Juifs qui encombraient le décor. C'est intéressant, c'est là qu'on voit que c'est vraiment relatif. Par contre, en premier, c'est les Indiens. Je répète, un bon Indien, c'est un Indien mort. Les Noirs, tout ça, c'est des sous-hommes, c'est pas des hommes.
17:24 Ça commence un peu sur la côte pacifique, les Jaunes. C'est quoi ? Et il ajoute, enfin, et c'est là que c'est drôle, et bien sûr, il dit, les socialistes blancs qui les soutiennent, il est tellement con et qu'il finit par dire que c'est pas un truc de couleur. C'est un personne même pas tellement qu'il est bête. Vous voyez ? Et par-dessus tout, les socialistes blancs qui les soutiennent, race inférieure, sous-hommes. D'accord ? Alors, bande de sous-hommes, voilà.
17:55 pour vous dire tout ce qui est à dire sur son regard ne fut pas celui d'un homme à un autre homme. Ça a l'air d'être des généralités abstraites. Non. Je connais bien ce regard-là. On trouve que chez les SS de cette époque, mais aussi chez certains ingénieurs de la NASA. J'ai l'impression qu'en vieillissant, je deviens Columbo, je cite tout le temps ma femme.
18:26 Ducatisme, non, mais c'est de première main ce qu'elle me sort. Elle connaît bien le jazz. Elle connaissait même mieux que moi quand je l'ai connue. et elle est bien connue de Chet Baker. Et, je pourrais signer les autographes si ça vous intéresse. En tant que mon ex-femme a bien connu de Chet Baker. Et elle connaît donc bien l'Amérique à travers le jazz et bien sûr elle est allemande. Et c'est elle qui m'a révélé à quel point, là je suis très sérieux, le peuplement américain blanc dit wasp, white, anglo-saxonne, protestante.
19:00 D'accord ? Il faut toujours ajouter protestante parce qu'il ne suffit pas d'être blanc. Regardez Kennedy, il n'a pas fait long feu. Il était catholique, il était irlandais. Pour une fois qu'ils avaient un catholique, poum ! C'est une crapule aussi. Je ne sais pas, je ne suis pas en train de faire du jugement de valeur. Enfin, je veux dire white, anglo-saxonne, protestante. C'est-à-dire puritain, c'est-à-dire écologique, c'est-à-dire... Bon, je m'arrête là. Beaucoup de choses quand on tire la pelote. Or, elle m'a fait remarquer ça parce qu'elle...
19:35 Son premier mari, je crois que... Je suis désolé. Non, ce n'est même pas ma vie, d'ailleurs. C'est la vie de ma femme avant moi. Son premier mari était un excellent pianiste de jazz et il a eu un gig, comme on dit. C'est-à-dire... Ah oui, toi, tu connais, toi. Quand on dit que tu vas jouer... Tu as trouvé un petit contrat dans un bar, etc. C'est un gig. Excellent. c'est un guitare basse. Au passage. Merci, merci. Je connais bien les grilles, d'accord.
20:08 Donc, il jouait dans une base qui était la plus grande base américaine dans tout le continent africain, avec celle de Kenitra au Maroc, pour ceux qui connaissent. la base de Wheelus. Personnellement, on ne peut pas être cette base. Il y avait 3500 avions américains, chasseurs. Où ça ? Dans leur mille. En Libye. Le monde des petits. Et oui, c'était l'époque du roi Idris. Il n'y avait pas Kadhafi, on faisait ce qu'on voulait. Le roi Idris, on lui donnait juste le royalties, comme on dit.
20:40 Il était connu à Cannes parce qu'il s'oubliait un peu dans les draps. Je ne suis pas mater des trous, il paraît que le roi Farouk faisait pareil, mais en Égypte, avant Nasser. vous avez peut-être connu, vous avez entendu parler d'un roman de la Beat Generation aux Etats-Unis, il s'appelle pas Malcolm Lowry, non l'autre, les machines de bureau. Mais si, oui, William Burroughs, merci.
21:11 Certains d'entre vous ont entendu parler, William Burroughs, Bill Burroughs, vous savez, qui était drogué jusqu'à la couenne, à l'héroïne, très bon écrivain. Et je lui ai demandé un jour, c'était comment, parce qu'il était dans la même base aussi, c'était comment la Libye, à l'époque du roi Idris, il m'a dit, flies, des mouches, des mouches. Eh bien, elle me dit, le regard des militaires military police, MP qui ramassaient les ivrognes américains dans les boîtes, etc., c'est exactement le regard, parce qu'elle a connu la guerre, elle a 10 ans plus que moi, elle a bien connu, son père était officier dans la Luftwaffe, voilà, donc je veux dire, le peuplement blanc américain est essentiellement germanique, ça ne peut pas dire que c'est des crapules, il y a des gens très bien là-dedans, Stan Getz, quand même, mon corps, c'est un juif, j'aurais dû prendre quelque chose de plus anglo-saxon protestant, quand même, Bill Evans, c'est un juif, c'est curieux, les plus grands musiciens de jazz blanc,
Libres d'obéir de Johann Chapoutot
22:21 le jazz, c'est toujours bizarre, c'est des marges, le plus grandios, mais classé par les américains, français, c'est Django Reinhardt, c'est un manouche, vous voyez, voilà, j'aime la parenthèse, ça, c'est les sous-hommes pour continuer, donc vous voyez, Chapoutot, j'ai trouvé cette anecdote, vient de sortir, si vous ne vous procurez pas le livre, qui s'appelle Libre d'obéir, ça devient intéressant, le management du nazisme aujourd'hui, pardon, le management du nazisme à aujourd'hui, c'est pas ?
23:02 Oui, il y a un lien, du nazisme à aujourd'hui, alors, pourquoi j'en parle ? D'abord, parce que si vous ne voulez pas acheter le livre, je reprends mon fil, il y a une excellente vidéo, où il est interviewé, où il résume ça sur 40 minutes, c'est sur YouTube, Johann Chapoutot, Libre d'obéir, émission La Grande Table, comme ça, vous avez la référence sur France Culture, France Culture, vous avez la version audio si vous tapez le site de France Culture, et si vous allez sur YouTube, vous avez la version vidéo.
23:39 Alors, pourquoi j'en parle là ? C'est là que ça devient un... Vous comprenez pourquoi j'étais un peu inquiet tout à l'heure quand j'ai dit ce qui n'est pas trop tard pour en parler, pour vous mettre en garde contre la reconstitution du nazisme, vous voyez ? Parce que c'est un moment que ça a commencé. Vous connaissez la théorie officielle, la théorie générale, comme on dit, soit en physique, soit en économie, n'est-ce pas ? Une théorie générale en physique aussi, Big Bang, ça.
24:11 Non, en sérieux, la théorie générale en idéologie, si vous voulez, c'est qu'il y a deux affreux, et puis, le nazisme et le communisme et tout le reste c'est des gens bien en gros, enfin, correct. C'est pratique comme truc, si je ne suis ni nazi ni communi, je fais partie des gens bien. Franchement. Et vous savez que ça vient de l'élève du plus nazi des philosophes, ça c'est moi qui précise du plus nazi des philosophes parce qu'il y a un mec qui se demande s'il n'était pas un peu nazi, donc moi je dis que c'est le plus nazi des grands, il y a des petits nazis qui ont une philosophie sur le troisième Reich, je ne parle même pas.
24:48 Si vous voulez les connaître, vous lisez sur un site très bien documenté, le site qui s'appelle Les Amis de Georg Lukács, justement, sur un tube où il y a de longues citations d'intellectuels qui ont été mises en place dans le troisième Reich dans l'université en philosophie, les fameux Baeumler, des gens comme ça, Krieck, et vous retrouvez toujours le même truc, je ne m'attarde pas, je n'en ai déjà parlé, j'en parlerai d'autres fois, anti-cartésien, anti-platonicien, anti-hégélien, mais c'est un programme Deleuze, ça, ben oui, je vais encore me faire taper dessus, je n'ai jamais dit que Deleuze était nazi, je n'ai dit que c'est troublant.
25:32 C'est un programme foucault, ça, mais écoutez, anti-cartésien, anti-progrès, anti-platon, anti-chrétien, j'ai oublié, on peut être athée sans être partisan de Dionysos, comme on trouve, oui, alors, pourquoi ce bouquin-là, qu'est-ce qu'il a de spécifique ? Maintenant, je m'attarde, c'est qu'il étudie un domaine rarement traité, lorsqu'on parlait du Troisième Reich, c'est le management. alors, vous connaissez, la théorie générale, un état totalitaire, centralisé, vous avez vu, comme moi, nous avons tous les mêmes images dans la tête, n'est-ce pas, la croix gammée faite avec 10 000 torches, là, à Nuremberg, dans la place, c'est tout impeccable, d'ordonnée, pipo, il dit la révélation, c'est le plus grand connaisseur, Chapoutot, vous savez, des archives, je ne suis pas d'accord avec tout ce qu'il dit, du point de vue idéologique, il est flottant, des fois, pour lui, il est guérée par une asie, vous voyez, ce n'est pas son domaine, je ne sais pas, je m'intéresse à lui de ce qu'il m'apprend comme historien, ça, c'est des citations, des articles de journaux de l'époque, des découvertes,
26:42 or, qu'est-ce qu'on apprend ? Ah ben, écoutez, je vous cite une phrase de Chapoutot, de Johann Chapoutot, les managers nazis reprochent aux Français, à l'époque, d'être trop centralisateurs et trop autoritaires, bon sang, on est chez les anars, là, vous croyez que j'en rajoute, je suis loin du compte, c'est pour ça qu'ils opposent à l'administration à la française, vous savez, les grévistes, c'est tout ce que la fonction publique, ça, c'est des fonctionnaires, c'est des parasites, vous êtes bien gentils d'être venus m'écouter ce soir, parce qu'ils étaient dans leur griffe, galéré, pareil même que, c'est Hugo, qui m'a dit qu'il avait une maladie au genou à force d'avoir marché à cause des grévistes, hein Hugo ?
27:32 Attention au victimisme, le management à l'allemande, qui de manière assez contre-intuitive pour nous, c'est sa formule, c'est moins qu'on puisse dire, est libéral, le management nazi a un discours hyper libéral, on y arrive, regardez, l'idée des nazis est que l'état doit être pulvérisé, c'est pas possible, c'est pas ce qu'on m'a appris sur le nazisme, moi j'ai lu Hannah Arendt, quand même, oui, il vaut bien en rire, écoutez, Hannah Arendt, c'est la touche générale, si vous regardez bien, le parlement européen, j'ai commencé tout ce cycle par, c'est ce scandale qui m'a décidé à parler de la reconstitution du nazisme et de la logique du sujet, c'est que, il y a quelques, quelques petits nazillons qui disent un nazisme communisme ça m'arrange, comme ça, ça blanchit Hitler qui n'est plus seul dans son cachot et la Staline avec lui, c'est bien, non, maintenant, c'est le parlement européen, c'est institutionnalisé et bientôt,
28:43 il y a des certains signes marxistes communistes qui vont être interdits dans l'Europe libérale. Alors, il prend plusieurs exemples dans Reinhard Höhn. On peut envoyer le... Ah, formidable, alors, il faudrait me mettre à 2 minutes 54 secondes.
Projection : Verwaltung contre Menschenführung
29:22 J'ai travaillé, malgré mon hernie, hein. Oui, j'ai l'air de faire des rimes à 60 ans, j'ai vraiment mal. Enfin, comme vous me manquiez, je n'ai pas hésité à venir. De l'on va dire, à Johann Chapoutot, c'est plutôt dire qu'il y a une matrice nazie, mais pas non plus qu'il y a une origine nazie du management. Le management, comme réflexion sur l'organisation optimale d'une structure de production, préexiste, bien entendu, au nazisme. D'ailleurs, ce que disent les théoriciens du management, c'est que c'est l'origine française, c'est un ingénieur français, un ingénieur des mines, qui s'appelle Henri Fayol, qui a imaginé ça.
29:56 Mais alors, justement, le Fayol est critiqué par les nazis parce que Fayol est français et rien de ce qui vient de France n'est bon, mais parce que, par ailleurs, cet ingénieur français est trop cartésien, trop mathématicien, trop hiérarchique et trop vertical. Et c'est d'ailleurs que reprochent les managers nazis aux français, c'est d'être trop centralisateurs et trop autoritaires. On est à front renversé dans le rapport ici franco-allemand. Et d'ailleurs, c'est pour cela qu'ils opposent l'administration à la française, la Verwaltung, donc qui est précisément centralisatrice verticale et hiérarchique, qui pose la Menschenführung, c'est-à-dire la direction des...
30:35 Verwaltung, terme allemand pour dire en gros administration à la française. Verwaltung. J'étais beaucoup jeune, n'est-ce pas, et que je voyageais en Allemagne fédérale, soit pour aller en Allemagne de l'Est en vacances, soit pour aller vers mes beaux-parents, alors plus près du Rhin. Je prenais des trains allemands. Vous savez, c'est un peu comme en France. Il y a une carte de l'Allemagne, au début du wagon, vous voyez, il y avait ça. Autrefois, vous avez connu les trains où il y avait une carte de la France comme ça, où vous avez des connaissances quand on a été... Et alors, sur ces cartes, de même que sur les cartes l'équivalent de Michelin, les cartes routières de l'Allemand moyen qui est dans tout, vous connaissez tous les automobilistes.
31:13 Vous aviez, dans la région qui correspond maintenant à la Bohème en Tchécoslovaquie, la partie occidentale, je ne sais qui ce n'est plus en Tchécoslovaquie, la Tchéquie, il n'y avait pas marqué Tchécoslovaquie, il y avait marqué Unter tschechischer Verwaltung, sous administration tchèque. Je vous parle dans les années 80. D'accord ? En Silesie, toute la partie ouest de la Pologne, Schlesien, la partie qui a été donnée par les Soviétiques à la fin de la guerre aux Polonais pour compenser que les Soviétiques l'auraient pris leur partie orientale.
31:49 Mais c'est la région où il y a la plus riche de Pologne, où il y a le charbon. Il y a marqué Unter polnisch Verwaltung, sous administration polonaise. Bon, je ne veux pas multiplier les exemples, mais le plus lointain, c'était Kaliningrad. Ça se dit comment en allemand ? Oui ? Qui l'a dit ? Eh, mais il y en a qui connaissent ici, bravo, Königsberg, c'est-à-dire la ville de ?
32:20 De Kant. Kant a vécu presque toute sa vie enseignée à Königsberg. C'est là qu'il faisait sa petite promenade. Vous voyez ? Königsberg, que Nietzsche appelait assez affectueusement le grand chinois de Königsberg. Königsberg, Unter sovietisch Verwaltung, sous administration soviétique. Parce que c'était la capitale de la Lituanie, des pays baltes soviétiques. Voilà. C'est pour la pause, merci.
32:50 C'est pour vous dire quand on dit Verwaltung, c'est sérieux. Oui. Mais qui est un mot qui est inventé par les nazis pour parler de management parce qu'ils ne veulent pas utiliser un terme anglais ou américain. Les nazis sont toujours soucieux de germaniser les termes. Ils opposent donc l'administration à la française, à la Menschenführung, au management à l'allemand qui, lui au contraire, de manière assez contre-intuitive pour nous, est libéral. Est libéral. Menschenführung, traduction de management. Mot à mot, Führer, celui qui conduit, le guide, conduire, ça vient de là, ducere en latin.
33:24 Conducteur d'homme, la conduite d'homme, la conduite des hommes, la gestion des ressources humaines. Vous voyez, le foyer d'où vient tout ça. Vas-y, vas-y. Menschenführung. Allons-y, c'est bon. Ça, on va y revenir évidemment c'est l'un des grands enseignements de votre ouvrage. Il y en a d'autres. Je vous remercie à Johann Chapoutot. C'est à la fois cette approche libérale de la direction des hommes et, à une certaine opposition à l'État, l'État comme principe d'organisation auquel s'oppose l'espace vital, le Lebensraum, etc.
Clouscard et la reconnaissance du Parti communiste
33:58 Merci. Deuxième chapitre, la relation à l'État. À la première séance de ce cycle, j'avais recommandé de jeter un petit coup d'œil sur un chapitre des écrits de Lacan. Quand on parle de sujet, c'est difficile de ne pas en parler, extrait des écrits, un extrait du fameux discours de Rome de 1956, je le dis pour ceux qui veulent noter la référence qui n'était pas là, un sous-chapitre du chapitre du discours de Rome qui s'appelle « Fonction et champ de la parole et du langage ».
34:37 Et Philippe Moreau a eu la très bonne idée de me dire « Tu lui renvoies un texte qui est quand même difficile, celui-ci de Lacan, il avait raison, donc on a fait une vidéo chez lui, où il a des équipements, un fond, un écran, etc. » Encore que là, sur fond noir, enfin, pas noir aujourd'hui. j'ai eu l'occasion là, de commenter, vous savez, la réponse de Clouscard à Mordillat, pour ceux d'entre vous qui l'auraient, qui a rejeté un coup d'œil, n'est-ce pas ?
35:09 Surtout un coup d'oreille d'ailleurs. Or, dans sa réponse à Mordillat, je ne sais pas pourquoi je ne sais jamais si c'est Mordia ou Mordia, il faut demander ça à Lacan. Mordillat était un journaliste communiste à l'époque, qui travaillait dans la mouvance de l'IRM, Institut de recherche marxiste, qui n'existe plus, et qui, deux ans après l'apparition du Capitalisme de la Séduction, laquelle édition du Capitalisme de la Séduction et la première reconnaissance de Clouscard par l'appareil du Parti communiste, c'est important historiquement tout ce que je dis là.
36:03 Puisque dans la même vidéo, je précise que Clouscard a énormément souffert jusqu'à sa mort de l'absence de reconnaissance, non pas, ce n'était pas un solitaire incompris, non, il avait d'excellents amis, etc., il était très drôle et un bon vivant, mais la reconnaissance qu'il attendait, comme nous tous, on n'attend pas la reconnaissance au hasard de n'importe qui, j'en ai parlé tout à l'heure de la reconnaissance. Celui qui est amoureux n'attend la reconnaissance que d'une personne, voyez, un seul être vous manque et tout est dépeuplé.
36:33 Il attendait la reconnaissance, lui, des camarades, des organisations démocratiques, comme on dit en langage du PCF. et la première fois qu'elle est arrivée, c'est lorsque le capitalisme de la séduction a été édité dans la première édition avant que Delga ne mérite de le rééditer aux éditions sociales qui s'appelaient Messidor à ce moment-là, n'est-ce pas ?
37:04 Avec une couverture choisie par votre serviteur sur la demande de Clouscard. Il y avait trois diapositives à choisir. Pendant qu'on était en train de discuter avec la dame qui s'occupait de trier les diapositives et de proposer à Clouscard, il m'a dit « t'as qu'à choisir. » Il y a un temps mort et Clouscard dit à l'éditeur que je salue, Richard Lagache, qui était le numéro 2 des éditions sociales aux côtés de Lucien Sève, bien sûr, le philosophe qui dirigeait les éditions sociales mais qui était l'essentiel des tâches techniques était dévolu à Richard Lagache.
37:52 Clouscard s'adresse à Richard et lui dit « Pourquoi vous m'éditez maintenant ? Ça fait des années que je dis la même chose. J'écris la même chose. Pourquoi vous m'éditez maintenant ? Je vous livre un scoop. » Réponse Nous étions en 78, c'est-à-dire au moment du grand clash de la rupture du programme commun. C'est un rappel important par les temps qui courent.
38:22 Réponse de l'éditeur à moins de 15% en édite. C'est un scoop. Pardon, je fais une ellipse mais j'explicite un petit peu. C'est l'époque où il y avait un immense espoir. Tous les sondages montraient que les partis qui avaient signé le programme commun avaient la majorité dans les sondages. Donc, les dernières... Votre serviteur, moi, j'étais dans ce qu'on appelle cellules rurales.
38:53 J'étais fait pour ça comme pour l'haltérophilie, moi, à peu près. Mais ça a été très formateur, je ne regrette pas, mais dans la drôme. Et je vendais le programme commun sur les marchés de Montélimar. Oui, il y avait une attente énorme. Même des petits patrons qui commençaient à comprendre que s'ils mettaient la clé sous le paillasson, ce n'était pas à cause des salaires de leurs ouvriers mais à cause des gros qui les supprimaient. Des agriculteurs qui voyaient souvent des affiches où on voyait une espèce de rapace noire, affiche faite par la droite et l'extrême droite, une affiche où il y avait la faucille et le marteau sur le rapace.
La rupture du programme commun
39:34 Il y avait comme légende les communistes vont vous prendre vos terres. Comme vous le savez, il y a une exploitation paysanne qui ferme tous les quarts d'heure à peu près, sans que les communistes soient au pouvoir. Les gens commençaient à comprendre tout ça. il y avait et la dernière réunion devait faire les dernières mises au point qui fait qu'on allait passer comme ça du capitalisme au socialisme par les urnes. dernière réunion. Vous connaissez le document, non ? Certains l'ont vu, peut-être.
40:05 Le clash au sens propre, non ? Oui, vas-y, tu nous résumes. Non, non, vas-y, je vais raconter. Marchais, Mitterrand, il en manque un. Bien, tu connais, et puis, pour que l'union de la gauche soit majoritaire, méfiez-vous des petits partis. Méfiez-vous des 2 ou 3 % qui représentent ça, mais c'est juste ce qui manque pour avoir la majorité, vous voyez.
40:36 C'était Fabre, il s'appelait, le secrétaire général du parti radical. se lève et fait le clash au sens propre, devant les caméras, en direct, là, vous voyez, devant toute la France. J'en ai marre de marcher au fouet, les communistes ont des exigences inadmissibles, vous savez, qui étaient les exigences inadmissibles du PC ? C'était les nationalisations qui avaient été convenues, c'est bien sûr, avec les filiales. Et tout d'un coup, il n'est pas question, non, les filiales, non, on nationalise les maisons-mères, mais pas les filiales. L'arnaque, elle a été là. Madame, Mitterrand, plus grand homme politique de l'après-guerre, pas un grand homme d'État, c'est de Gaulle, mais le plus grand politicard, Mitterrand, venir de Vichy et dire, moi, qui suis un homme de gauche, vous voyez, c'est refuser la grâce à un communiste qui défendait le FLN pendant la guerre d'Algérie qui a été décapité sur ordre de Mitterrand, garde des Sceaux à l'époque, c'est pas, et être connu dans l'histoire comme celui qui a supprimé la peine de mort.
41:29 Chapeau, chapeau, chapeau d'eau. Donc, non, mais Mitterrand, c'est pas le fait, il n'a pas fait le clash. Très fort, parce que celui qui est perdant là-dedans, c'est celui à qui l'opinion va imputer qu'il a torpillé l'union de la gauche. Pas question que le PS l'assume, donc on prend un petit parti. Vas-y, vas-y, toi. Donc, comme disaient les communistes à l'époque, on ne va quand même pas nationaliser les coquilles vides.
42:05 Tristan, qui est certainement un excellent économiste, sait très bien ce que veut dire externaliser. Les sociétés n'avaient pas attendu l'époque d'aujourd'hui pour externaliser l'essentiel de leur production et donc, ne nationaliser que la maison mère, c'était nationaliser des coquilles vides. Je fais ces rappels de ces rappels pour revenir à cette petite séquence dans les bureaux des éditions sociales où Clouscard dit pourquoi vous m'éditez maintenant ?
42:40 Ça y est, c'est assumé, dès l'instant que l'opinion a jugé que c'était les communistes qui étaient responsables, de même que maintenant tout est fait dans les médias pour que ce soit les grévistes responsables du blocage, de tout ça, n'est-ce pas ? Ce n'est pas Macron, c'est du reste. Bien sûr, le Parti communiste a commencé un déclin dont il ne s'est jamais remis. Il est passé rapidement de 23% à déjà 15%. À moins de 15% on t'édite, Michel. On n'a plus rien à perdre, ça veut dire. Oui, voilà le secours.
État et appareil d'État ; Reinhard Höhn
43:12 Ça veut dire que, c'était sympa de sa part, ça veut dire avant, j'aurais bien essayé, mais on m'aurait refusé peut-être, je vois. Une pensée comme ça de Clouscard au moment où il s'embrassait sur la bouche avec la social-démocratie, c'était malvenu. Dans cette pensée, qu'est-ce qu'il y avait de plus subversif ? Et là, je reviens à Chapoutot, c'est la distinction État-appareil d'État. Là, je reviens à la philosophie, à Hegel, si vous voulez. État-appareil d'État. Ça, c'est parmi les plus grands secrets de notre époque.
43:42 Je suis un peu solennel, je fais exprès, mais je suis sûr que je suis en deçà de la réalité. C'est encore plus important que je n'ai l'air de le signifier. En gros, pour dire l'essentiel, voilà l'enjeu de cette distinction. C'est ça qui est important. Nous vivons actuellement dans le plus monstrueux appareil d'État qu'on ait jamais vu dans l'histoire. C'est normal, les technologies, des caméras de surveillance, des machins, des écoutes, vous connaissez ça mieux que moi.
44:12 vous savez qu'internet vient du Pentagone à l'origine, vous connaissez bien tout ça. Le plus monstrueux appareil d'État qu'on ait jamais vu, c'est la bricole de Troisième Reich au niveau des contrôles par rapport aux moyens d'aujourd'hui technologiquement, n'est-ce pas ? Au service de quoi ? De cette absence d'État qu'on appelle le privé. Et même de cette hostilité à l'État qu'on appelle le privé. Et là, je reviens à Montreux-Émerich.
44:42 Allons-y. Vous allez voir. Je suis en deçà, la réalité. Ça, évidemment, on y reviendra. Mais encore un mot tout de même de ce Reinhard Höhn qui arrive assez vite dans votre livre et qui va, je sais, le fil directeur, vous le décrivez comme une sorte de Joseph Mengele du droit, qui le place Joseph Mengele qui était le médecin bourreau nazi du camp d'Auschwitz, ce qui le place tout de même dans une certaine lignée difficile. Qu'est-ce qui fait que la comparaison entre les deux est vite établie puisque ce sont tous deux de jeunes trentenaires très travailleurs, très ambitieux qui ont des ambitions universitaires.
45:22 Joseph Mengele torture des jumeaux pour obtenir une habilitation à une chaire de professeurs de médecine. Reinhard Höhn devient rapidement, grâce à la SS, professeur de droit à l'université de Berlin. Ce sont des gens issus de la moyenne bourgeoisie cultivée, de droite, traumatisés par la défaite de 1918 et qui veulent s'investir non seulement dans leur carrière, ils travaillent pour eux bien entendu, mais aussi dans le relèvement national de l'Allemagne. Ils disposent de tous les codes sociaux, culturels, ils sont bien élevés, ils sont à l'aise dans les mondanités, dans le réseautage et ce sont des gens absolument implacables dans leur ambition pour eux-mêmes comme pour l'Allemagne.
46:04 Reinhard Höhn termine quand même au grade de général SS, de Oberführer, ce qui est un des grades les plus élevés de la hiérarchie et c'est quelqu'un qui est extrêmement actif dans deux domaines, dans la pensée de l'ordre racial nouveau du continent européen, c'est quelqu'un qui a cofondé une revue qui s'appelle Empire, Ordre racial et espace vital avec d'autres jeunes gens de sa génération et de sa compétence, eux aussi juristes et par ailleurs c'est quelqu'un qui pense la destruction ou la disparition de l'État qui doit être remplacée par des agences.
46:37 Le Höhn dont on parle là, général SS, va fonder la première grande école de commerce, le HEC si vous voulez, en Allemagne fédérale qui va servir de modèle à peu près à toutes écoles de commerce européennes et où vont se forger les idées qui se déchaînent à partir des années 70 et que vous connaissez bien maintenant, le New Business Management. On va y aller, je ne vais pas anticiper. Vas-y. Bon, Mengele, il a un temps de fonder de nouvelles villes et de se cacher. Lui, il ne se cache pas mais il s'en sort.
47:08 Oui, alors il faut voir que Mengele a du sang sur les mains et au combien Reinhard Höhn, non, parce que c'est quelqu'un qui a échappé justement à la gestion de la capitale à l'époque de la SS qui veut que les criminels de bureau soient envoyés sur le terrain assassiner des gens de temps en temps pour connaître un peu la réalité. Alors ça arrive à quasiment tous les collègues de Höhn mais pas à lui qui parvient à se maintenir à la tête de son institut de recherche sur l'État auprès de l'Université de Berlin et qui ne va jamais sur le front de l'Est. Donc il n'a assassiné personne de ses mains et il n'y a aucune nécessité à ce qu'il fuit.
47:43 Alors il va se masquer pendant quelques années, il va un peu changer d'identité tout en gardant sa famille et puis très rapidement il va bénéficier des lois d'amnistie à partir de 1949 et de ce grand lessivage, ce grand blanchiment des anciens nazis, des anciennes chemises brunes qui vont être... Stop, stop. Il ne se refait pas une santé en Amérique latine, vous avez compris, c'est un blanchiment qui se passe en Europe. Dans l'Europe pour laquelle on vous engueule en tant que sale bolchevique que vous êtes, de ne pas être assez pro-européen. C'est cette Europe-là dont on parle.
Blanchiment des Alte Kameraden et « miracle » allemand
48:16 Tout l'encadrement, les Alt Kameraden, comme on disait, les vieux camarades, ceux qui avaient sévi sur le front de l'Est, vont encadrer tout le démarrage de ce que vous connaissez sous le syntagme de fameux miracle allemand. Mais j'ai jamais un miracle. j'ajoute mon petit contribution de mon avis strictement économique, mais déjà, vous voyez, l'importance, à cette époque, de faire un redémarrage de l'industrie après la destruction de la guerre, surtout en Allemagne en particulier, beaucoup plus qu'en France.
48:50 Après les bombardements, je suppose qu'on est de la main-d'oeuvre, c'est le goulet d'étranglement de la main-d'oeuvre. Je fais une parenthèse dans la parenthèse, mais quand j'étais en Allemagne de l'Est, on voyait presque tous les 300 mètres Wir stellen ein. Nous demandons d'urgence. N'importe quel emploi, depuis quelqu'un pour passer la serpillère jusqu'à ingénieur nucléaire de recherche fondamentale, tellement qu'on manquait de main-d'oeuvre. entre ceux qui étaient partis à l'Ouest avant la construction du mur, quand les services américains donnaient cinq marks de l'Est pour un mark de l'Ouest.
49:27 Bref, il y a des chirurgiens qui laissaient les patients sur le billard pour passer à l'Ouest. Et puis, peut-être que j'aurais fait pareil. Vous êtes à Noël, vous êtes vos enfants, vous avez tout détruit, vous êtes dans la misère et vous voyez en face une maison superbe, le plan Marshall. tentations. Et donc, ceux qui sont passés à l'Ouest, les destructions de la guerre, vous savez, à une époque, il n'y avait plus que des vieillards et des très jeunes gens chez les civils allemands.
50:00 Donc, il y avait un grand besoin de main-d'oeuvre. Et voilà que de l'autre côté, dans l'Allemagne fédérale, même dite de l'Ouest, arrivent les réfugiés des Sudètes, de la Tchécoslovaquie, de Pologne, n'est-ce pas, des millions et des millions, mais de gens qualifiés. Ce n'est pas le Malien qui va faire la plonge chez le Chinois. Je dis ça parce que, maintenant, je jette un coup d'oeil dans la cuisine, dans les restaurants asiatiques, j'y vais souvent. C'est presque, quand ce n'est pas africain, c'est les Pakis.
50:30 Non, non, le rêve, le rêve pour un employeur. Toutes les qualifications, puis qui ne demande pas, pas d'exigence. Vous voyez, il n'y a pas de miracle. Si vous ne faites pas un miracle dans ces conditions, ce n'est pas bon. Maintenant, l'Allemagne est connue comme l'orthodoxie monétaire, vous savez ça. Le dépense, comprimé, mais non, en fait, c'est parce que la plus grande inflation de tous les temps, elle a eu lieu en Allemagne. C'est l'époque où il fallait 2,5 millions de marks pour acheter une place de théâtre, un billet de théâtre. Ce qui fait qu'on donnait une brique de lignite, de charbon, de mauvais charbon.
51:03 C'était plus pratique que d'avoir des liasses de billets. Et d'ailleurs, vous allez voir, il ne va pas tarder, Chapoutot, je dois le préciser, cette Allemagne, je reviens aux images, tu connais, Leni Riefenstahl, la grande cinéaste du 3e Reich, qui a fait un splendide film sur les Jeux Olympiques de 1936, qui était la cinéaste du Reich, très bonne technicienne et artiste. Quand on regarde, toutes ces mises en scène, les constructions néoclassiques, faussement grecques, vous avez l'impression que c'est l'ordre, le centre, vous voyez.
51:37 Et chapeau tout le monde que c'était le Bidz. Je ne suis pas l'anarchie. Allons-y. Adapté, acculturé à la nouvelle république démocratique, libérale, parlementaire, de la République fédérale. Oui, c'était un certain nombre de cas, exemplaire de ce passage dans l'administration par la République fédérale d'Allemagne de dignitaires nazis et aussi dans le privé, puisque c'est de ça qu'il s'agit aussi avec la question du management, c'est que les anciens dignitaires nazis sont très prisés dans les entreprises privées.
52:16 Oui, oui, parce que d'une part, les gens comme Reinhard Höhn, ils sont des gens qui ont été très bien formés, ils ont généralement un doctorat, ils ont une très bonne formation universitaire, et par ailleurs, pendant 12 ans, l'industrie privée ou l'économie privée a vécu une véritable orgie de commandes pendant les douze ans grâce à eux, puisque la SS est également un empire économique, un empire concentrationnaire qui loue à des tarifs défiant toute concurrence une main d'oeuvre quasi gratuite, donc à l'industrie allemande. Donc ces gens-là, dans l'industrie privée, n'ont pas oublié les services rendus.
52:48 Et donc on se rend compte qu'après 1945, les réseaux SS et singulièrement les réseaux du SD, c'est-à-dire le service de renseignement de la SS auquel appartient Reinhard, ces réseaux-là sont en place partout, dans la haute administration, dans le privé, dans la diplomatie, à l'université, à l'hôpital, dans la police. Et ces réseaux-là permettent de recycler, de recaser ce qu'on appelle les « alte Kameraden », les anciens camarades qui sont dans l'industrie privée. C'est exactement ce qui arrive à Reinhard, qui est d'abord employé par un think tank patronal à la fin des années 40 et qui, très rapidement, se voit mandaté pour créer une école de commerce.
53:20 Une école de commerce qui est une sorte équivalent de l'INSEAD en France, qui est une école de cadre pour des gens qui ont déjà fait leur entrée dans la vie active ou la Harvard Business School. Et quand je fais la comparaison avec ces deux école prestigieuses d'une française et d'une autre américaine, c'est que c'est une école très prestigieuse et que Reinhard Höhn va former un certain nombre de dirigeants de grandes entreprises allemandes. Oui, alors, et puis la comparaison d'autant plus fondée que la Harvard Business School est la matrice puisque dans le cas de la France comme dans le cas de l'Allemagne, il y a une forme d'aggiornamento économique, idéologique.
53:51 On opte pour... On est dans le monde libre, on opte pour le capitalisme atlantiste, libéral, productiviste. Et donc, il faut faire comme les Américains. Alors, en même temps, c'est l'école de Bad Harzburg qui est... Non, je n'arrive plus à suivre la quantité de masques qui tombent. Mais France Culture, il se retourne, ce n'est pas possible. France Culture, il n'est pas possible. Ça fait 30 ans que j'écoute la promotion de ce monde libéral, démocratique, n'est-ce pas, dont on voit la matrice. C'est quand même extraordinaire.
Ordre féodal et pacification : de Roland à Racine
54:23 On en croit à peine ses oreilles. Vas-y, vas-y. Thomas. Il est créé par le général SS Reinhard Höhn en 1956. Et en France, c'est l'INSEAD qui est créé en 1957 par décision gouvernementale puisqu'il faut bien s'adapter au temps nouveau, au monde qui change et transformer le pays, comme on dit. Alors, rentrons un petit peu plus avant, si vous voulez bien, à Johann Chapoutot dans ce livre, Libre d'obéir, le management du nazisme à nos jours, publié donc chez Gallimard dans la collection NRF. et c'est en s'intéressant à cette question de la liberté.
54:54 C'est vrai qu'associer le terme de liberté au terme de nazisme, ce n'est pas quelque chose qu'il faut arrêter. Alors, déjà la dernière fois, je vous avais rappelé, j'avais évoqué l'ordre féodal. Je remercie Mitty de avoir donné une excellente illustration des laboratores au Moyen-Âge, n'est-ce pas ? Il y a la féodalité qui protège le fief, qui protège les corps, les biens matériels, n'est-ce pas ?
55:27 Le guerrier, quoi. Et ce qui fait qu'en cas de danger, on se réfugie dans le bourg, dans la forteresse. Il y a le clergé qui protège lui aussi, n'est-ce pas ? La société, mais qui protège les âmes, pas les corps, contre le diable, contre vous et moi, contre le diable. Et puis, ça fait beaucoup d'occupation, ils n'ont pas le temps de travailler, et donc le paysan, heureusement qu'elle est là pour nourrir les deux précédents.
55:58 Travailler, c'est l'ordre féodal. Non, mais je dis ça, vous voyez, ce n'est pas une critique facile, au contraire, ça, c'est une justification à une certaine époque. Ce n'est pas, dans le haut Moyen-Âge, je vais dire, le Seigneur n'est pas un parasite, il a sa raison d'être, il va devenir parasite lorsque le royaume va commencer à être pacifié. Je ne veux pas reprendre ici une démonstration que j'avais faite, une démonstration c'est un mot un peu ambitieux, mais je vais illustrer, je vais montrer, une démonstration, que, par exemple, le passage de la chanson de Roland à Tristan et Iseut, c'est-à-dire de la geste épique, où le héros c'est le guerrier, il n'y a pas beaucoup d'histoire de cœur là-dedans.
56:43 Dans toute la chanson de Roland, il y a bien la belle Aude qui attend Roland comme ça, elle fait des apparitions, on ne sait pas grand-chose de ses états d'âme, alors que dans Lancelot du Lac c'est tout le contraire, on fait tout pour la dame, je veux dire. On va même en Orient faire les croisades parce que le chemin le plus court pour arriver à celle que j'aime, c'est d'aller à Jérusalem et de revenir vivant pour la mérité de faire les exploits.
57:14 Alors, pourquoi j'en parle ? Parce que, qu'est-ce qui s'est passé ? Comment on est passé d'une œuvre littéraire où le centre, le héros central est le guerrier qui manie l'épée à une œuvre littéraire roman, poésie, roman, poétique, roman en vers, dis-je, parce que c'est écrit en langue romane, où le héros est le soupirant, ou l'amant.
57:45 Ainsi passèrent-ils la nuit corps à corps et nu à nu dans Chrétien de Troyes, l'auteur de Perceval le Gallois et de tant d'autres. Et comment on y est passé ? Justement, à cause de la pacification du royaume. Lorsque toute la tension est occupée par le danger extérieur, c'est le guerrier qui est au centre de tout. J'avais montré qu'au XVIIe siècle, on retrouve le même clivage entre l'époque de Louis XIII, où le héros c'est le mousquetaire, c'est Corneille, c'est le Cid, celui qui défend l'Espagne contre les salopards d'arabes, déjà.
58:26 Le royaume, contre les Maures, nous partîmes 500, mais par un prompt renfort nous nous vîmes 3000 en arrivant au port. Donc, il défend l'honneur, son honneur, on n'est plus dans l'amour là, son honneur, soit dans la micro-société, la famille, parce que son père a été giflé, il faut le venger, donc il tue le père de celle qu'il aime, donc l'amour sacrifie à l'honneur. Exactement l'inverse, n'est-ce pas ?
58:56 Et on passe à racine la génération d'après, je brade mon royaume tout n'importe quoi pour le premier jupon qui passe, j'avais dit. Il n'est pas du bon. Mais voilà, me cherchez-vous madame, un espoir si charmant me serait-il permis. C'est Pyrrhus qui parle à sa captive, à Andromaque, la veuve d'Hector quand même, qui est sa prisonnière. Il tombe amoureux, je vous avais dit, il est possédé par la femme qu'il possède. Fantastique, il faut le faire. Qu'est-ce qui s'est passé ? C'est qu'entre-temps, on est passé de Louis XIII, pouvoir instable, révolte des grands, la ligue, la fronde, le roi évacué en Catimini, le XIV, et ça, qu'il a failli être lynché, par le peuple de Paris.
59:36 Et puis, tout d'un coup, au contraire, le XIV, le plus long règne de l'histoire de France, la stabilité. Les jeux sont faits, ce n'est plus la guerre qui est d'actualité. D'accord ? Il faut être là, chez moi, à Versailles. J'ai agrandi le château pour vous avoir à l'œil. Je vous donne du Molière, du Lully, l'association des deux. Bourgeois gentilhomme, texte de Molière, musique de Lully, fantastique. Il faut attendre Prokofiev et Eisenstein pour retrouver des collaborations comme ça. Voilà, du Racine, ce que vous voulez de plus, on est bien là.
Superstructures selon Marx ; Proust plus marxiste que Foucault
1:00:09 Et qu'est-ce qu'on fait quand on ne fait plus la guerre ? On fait l'amour. On passe de corneille, Racine. Je fais exprès d'être marxiste, concrètement. Si on ne parle que des forces productives et des rapports de production sans parler des superstructures, on ne comprend pas Marx. Car la superstructure, je cite Marx, c'est les formes sous lesquelles les hommes prennent conscience de ce conflit entre forces productives et rapports de production et le mènent jusqu'au bout.
1:00:39 S'il n'y a pas cette prise de conscience sous forme idéologique, sentimentale, religieuse, oui, parce qu'au moment où il y a Racine qui intériorise les problèmes, ce n'est plus la guerre, c'est l'amour, au même moment, il y a Pascal qui succède à Descartes. La problématique religieuse et non plus scientifique est au centre. Et c'est le problème du salut et non pas celui de rendre l'homme maître et possesseur de la nature. Vous voyez, il y a une logique extraordinaire dans tout ça. Mais voilà, je suis parti du Moyen-Âge comme on est passé du guerrier au courtisan à l'amour courtois, l'amour tel qu'on peut le faire à la cour.
1:01:14 Et ce sont des rappels fondamentaux. Pour rappeler tout de même, il y a le fond de la caverne, les ombres chinoises qui sont projetées là, le monde des sentiments qui existent, le fond de la caverne, on le voit. Il ne faut pas croire que les superstructures, ça veut dire que c'est n'importe quoi. Non. Ils expriment une réalité mais sans la connaître. C'est pour ça que j'ai dit souvent d'un auteur, d'un bon romancier, on m'a dit qu'on avait remarqué que j'avais posté le texte de Proust récemment, c'était un anniversaire, n'est-ce pas ?
1:01:55 Je viens de poster ce texte que je cite souvent de Proust où il voit les jeunes filles sur la jetée, le narrateur, et où il dit il y a une rousse, une grande, une petite, une brune, physiquement, elles sont disparates et pourtant il y a quelque chose de commun qui circule à travers elles. Il dit peut-être la classe sociale à laquelle elles appartenaient et l'habitude des sports qui commençaient à se répandre dans ce milieu privilégié, fabriquent en quantité des belles hanches et des bonnes... C'est extraordinaire, le passage. Proust, plus marxiste que Foucault.
Pulvériser l'État : l'approche libérale du travail nazi
1:02:26 Voilà. C'est pour ça que j'insiste. tout ce qui est occulte. Or, je reviens à mon troisième Reich, ce qui est au centre, la valeur qui est centrale, ce n'est pas l'État. Au contraire, il est vilipendé. Hitler va faire des sorties violentes contre l'État. Il va dire qu'il faut pulvériser l'État. J'accorde aussi de ce discours. Il faut pulvériser l'État. Ça correspond bien à l'Allemagne. L'Allemagne, ça pullule des tas de petites... On passe de la Bavière, n'est-ce pas, à la Sachsen-Anhalt, à la Sachsköten et à la Sachs-Cobourg.
1:03:02 Il y a trois Sachs. Et oui. Alors que la France, ils appellent ça « Die große Nation », la grande nation. Vous voyez ? On pourrait penser que le totalitaire, ça va être du côté français. On envoie la musique, Thomas. d'entendre. Or, ce que vous nous dites, c'est qu'il y a une conception paradoxalement libre du travail. Un travail non autoritaire. On a cité Reinhard Höhn, il faut citer Wilhelm Stuckart et Werner Best, qui sont ces deux juristes qui l'accompagnent.
1:03:33 Et dont l'un est tout de même le père des lois de 1933 sur la restauration de la fonction publique allemande et des lois de Nuremberg. Et l'autre, Werner Best, est un des architectes de la Gestapo. Donc bref, des nazis aussi convaincus et importants. Et pourtant, ils ont une approche libérale du travail. Oui, c'est le deuxième épisode contre-intuitif. Le premier épisode, c'est parce que c'est nazi mais le management, parce qu'après tout, on ne voit pas très bien le rapport dans un premier temps. Et puis ensuite, on se dit que si les nazis sont intéressés au management, ça va être forcément vertical, autoritaire et parfaitement oppressif.
1:04:06 En fait, pas du tout. Pas du tout, pour une raison simple. C'est que les nazis ont très bien compris que pour produire dans des quantités absolument inédites dans l'histoire, pour produire aussi massivement, il fallait motiver ce qu'on appelait le matériau humain, le management. Il fallait la concurrence libre et non faussée. Non pas l'émulation socialiste, ça c'est une connerie de soviétiques juives enjuivés. Ce n'est pas moi qui parle comme ça. Dans le troisième Reich, il y a un parallèle tout le temps entre les bolcheviques et judéo-bolcheviques. C'est une idée d'esclave.
1:04:36 c'est la joie et la jouissance qui doit être... Ça aussi, ça me rappelle un peu les sixties. Comme pensée, je n'ai rien contre la jouissance. Je parle du discours. Voilà, je veux dire, au premier plan du management. Vous savez, c'est très à la mode. On est une entreprise, une start-up, vous savez, il n'y a pas de patron chez nous. On est tous, on est des amis, je veux dire. Il n'y a pas eu une question de salaire entre nous.
1:05:07 C'est le pire, ça. C'est le pire. J'ai fait un article là-dessus, oserais-je le dire, dans 20 Minutes, à la demande de la rédactrice en chef. Mais oui, je suis désolé. On fait ce qu'on peut. Surtout qu'elle m'a dit que notre électorat, c'est des minettes de 16 ans. Allons-y. C'est un intérieur qu'on appelle aujourd'hui la ressource humaine. Il fallait motiver le facteur de production qui était le facteur travail. On ne conduit pas les gens à la schlag. Et c'est pour ça qu'il y a une réflexion sur la joie dans le travail.
1:05:38 Vous avez un gigantesque comité d'entreprise qui est créé en 1933 à l'échelle du Reich qui s'appelle la KDF, la force par la joie, Kraft durch Freude. C'est le loisir des ouvriers qui bénéficient par ailleurs d'une politique sociale et fiscale avantageuse comme elle est pour tous les Allemands quand ils ne sont pas considérés comme des ennemis du régime, les gens de gauche, ou comme des Allemands. Stop, stop. On voit un peu les limites de Chapoutot. Il n'est jamais des communistes. Les gens de gauche, les ennemis du régime, les Juifs sont nommés mais jamais des communistes.
1:06:11 D'accord ? Alors que les nazis, quand on regarde toutes leurs... Il le sait très bien, même mieux que moi, il est même bien documenté. Chez eux, ils ne font pas de distinguo les judéo-bolcheviques. Il n'y a pas les Juifs ici, les communistes là-bas. Tout ça, c'est la même chose. Et d'ailleurs, je reviens, je creuse ici, la parenthèse, parce qu'on est parti de la réflexion sur la liberté. Et je reviens au Moyen Âge. Je vous avais dit la dernière fois que c'est l'époque où les communes commencent à s'émanciper de l'ordre féodal.
Frei : la liberté de celui qui fait des esclaves
1:06:41 L'apparition des communes. Et c'est là qu'on voit apparaître des Freiburg. Mot à mot, ville libre. En France, ville franche. Et villa franca. Free town. Tout ça, ça veut dire la même chose. C'est là où on paye moins de taxes que le paysan sur le champ. C'est comme pour rester là-bas. à Sagrèbes. Ici, voilà, on a un accord avec le Seigneur. On lui prenne du blé de temps en temps pour ses batailles.
1:07:12 Le résultat, il nous fout la paix en matière fiscale un peu plus que... Or, cette liberté-là dont il va parler, cette liberté qui est une grande valeur chez les nazis, c'est ce qu'il nous apprend, c'est la liberté de la force. Les francs, ça veut dire ça. La plus puissante des tribus germaniques, d'où notre pays tire son nom, et les francs, ce n'est pas une tribu qui était sur les bords du Rhin, frontières de la France, non. Les francs viennent de Franken, ça s'appelle comme ça, la région de Nuremberg.
1:07:46 On ne peut pas faire plus centrale en Allemagne, à la jonction des deux ex-Allemagne. La Thuringe, en particulier, la région de Weimar, d'Iéna, de Nuremberg, qui était déjà à l'ouest, à Weimar, qui était à l'est, n'est-ce pas ? Weimar, capitale culturelle, avec la statue de Goethe, et les chinois, en peuple, ça s'appelle le cœur vert de l'Allemagne, là-bas. Deutschlands grünes Herz le cœur vert de l'Allemagne. Or, c'est pour ça qu'on voit que c'est ridicule d'opposer les ontologies comme le français, l'allemand, n'est-ce pas ?
1:08:19 ce cœur vert de l'Allemagne, c'est l'origine des francs. Voilà. Or, cette liberté-là, tout ça vient de frei, qui veut dire libre, fouille, mais c'est la liberté du renard dans le poulailler, c'est le mec qui n'est pas esclave, c'est ça la clé, si vous voulez comprendre le sens. C'est celui qui est à la bataille, vous met l'épée sur la gorge. Ou tu meurs, ou tu me sers. Tu m'en knechte, mon serviteur.
1:08:51 Herr und Knecht, qui va inspirer Hegel, la dialectique du maître et de l'esclave, qui va faire des petits après, c'est pas ? Dans la pensée révolutionnaire. Donc, c'est important ce qu'on est en train de voir. Ici, libre, ne veut pas du tout dire la dialectique de la liberté chez Rousseau, et encore moins chez Kant, n'est-ce pas ? Ça veut dire celui qui par la force a échappé à l'esclavage. mais qui produit des esclaves. Au sommet d'une hiérarchie sociale qui ne marche que par le servage ou l'esclavage.
1:09:25 Voilà. C'était important. C'est cette liberté-là qui s'autonome libérale. Allons-y, Thomas. On va finir juste cette séquence-là sur l'État et la liberté. même les juifs, par exemple. Donc là, il y a une réflexion là-dessus. Par ailleurs, les nazis considèrent que leur État est un État, je cite, un État de droit national-socialiste. C'est-à-dire que ce n'est pas une dictature. La dictature, c'est les soviétiques.
1:09:56 La dictature, c'est les rouges, c'est les asiatiques, c'est Staline. C'est l'Orient, la dictature. Les nazis sont fidèles à cette espèce de topos un peu ethno-nationaliste qui court au moins depuis Hegel en Allemagne qui veut que l'Allemagne ait la patrie de la liberté. La liberté s'est déplacée de l'Est en l'Ouest et elle s'est... C'est bon, on peut arrêter là. Voilà. Vous voyez que j'ai besoin de vous mettre en garde contre l'idéologie. C'est plutôt, ce n'est pas ma tasse de thé comme philosophe. D'accord ? Là, par contre, ce n'est pas de la mauvaise foi.
1:10:27 Il ne sait pas. Peu importe, en tout cas, mais je veux dire, c'est assez complexe, mais je veux dire, il ne sait pas qu'il n'y a rien de plus opposé à Hegel que la loi du sang, la loi... N'est-ce pas ? Le modèle de Hegel en matière de liberté, c'est Rousseau, c'est-à-dire la Révolution française. C'est exactement l'inverse, n'est-ce pas ? Tout ce qui est vomi par les dignitaires nazis, c'est-à-dire basé sur la reconnaissance, précisément. Et non pas... C'est pour ça que j'ai commencé par là. Je termine ici, je vous passe la parole après à la salle. Et non pas que j'ai commencé avec Primo Levi comme ce regard qui ne reconnaît rien, qui vous regarde comme un poisson dans un bocal.
Hegel, Schelling et la marche de la liberté
1:11:04 La parole est à vous. Parce que quand même, c'est quand même des scoops tout ça. Un grand merci à Hakim pour l'ordinateur qui nous a bien dépannés. Je pensais qu'avec la tablette on pourrait l'amplifier, mais ce n'est pas le cas. Oui, Victor ? Je vous remercie sur le passé que j'ai plutôt fait sur Hegel, sur effectivement l'esprit chez Hegel qui s'étale de l'Asie vers l'Allemagne et qui est la maille qui est devenue la patrie des libertés, etc. Je veux juste signaler qu'il y a une partie de la chronologie de cette chronologie-là que Hegel reprend sans critiquer à Schelling et notamment l'inversion de la place de l'islam et du christianisme.
1:11:45 C'est-à-dire que si tu lis bien Schelling et Hegel reprend ça sans critique tu as d'abord l'Empire romain plus fort et plus lentement Victor, parce que c'est intéressant. Il y a la Chine, ensuite ça passe en Inde, après il y a l'Egypte. D'ailleurs ça inverse parce que l'Egypte c'est avant la Chine mais ça c'est pas grave. Ensuite ça passe en Grèce, ça va à Rome et ça passe d'un coup en fait en Allemagne avec les divergences du christianisme. Et il y a une espèce d'énorme de trou c'est tout le passage par le monde arabo-musulman en fait en tout Moyen-Âge. Et ça c'est ce que Hegel reprend à Schelling de façon non critique.
1:12:15 Il y aura un refoulé. C'est ça. Il y a plein de choses chez Hegel qui viennent de sur l'actionnaire de Schelling et qui ne sont pas critiquées notamment cet élément-là en fait. Ce qui fait inverser Hegel et la chronologie entre l'islam et le christianisme. Merci Victor. Je vous rappelle pour ceux qui le savent moins bien que Victor que Schelling est la référence absolue des romantiques allemands en matière de philosophie. Et il le mérite car c'est un philosophe qui est subtil qui est complexe et qui est intéressant.
1:12:45 Mais comme le dit le docteur Victor qui est un fieffé réactionnaire au point que le vieux roi Frédéric-Guillaume IV tu dois le savoir dès la mort de Hegel du choléra à Berlin en 1831 décide de rappeler le vieux Schelling qui était déjà un peu gâteux à Vienne en Autriche chez les catholiques pour revenir à Berlin exorciser l'enseignement de Hegel. Donc voilà je découple toi tu les as couplés tu as raison le jeune Hegel est marqué. Schelling était un peu plus jeune mais il était plus brillant donc c'est lui qui avait la plus grosse influence quand ils étaient les trois au séminaire.
1:13:19 Mais je précise toujours quand je fais référence à la fameuse citation de Hegel L'Orient savait qu'un seul est libre. Les grecs surent que quelques-uns sont libres. les citoyens par rapport aux esclaves. Les modernes savent sous-entendu les chrétiens que tous sont libres. Je rappelle que l'Orient ce sont des métaphores historiques ce sont des réalités historiques ce n'est pas l'Orient géographique. Je précise même qu'il y a en Irak des gens bien plus modernes que moi dans le nucléaire ça ne veut pas dire que l'Orient est par essence archaïque mais il est vrai que l'histoire a commencé en Orient mais là où Victor a raison c'est que l'Orient est sélectif chez Hegel.
1:14:04 L'Orient chinois est très développé je ne défend pas ce que tu dis et l'Orient oriental à part la pensée juive où Hegel a une position extrêmement complexe qui est anti-judaïque mais pas antisémite. Ça a été étudié tout ça si vous regardez en particulier ses textes de jeunesse c'est un admirable texte qui s'appelle l'esprit du christianisme et son destin où Hegel a encore le modèle grec il est encore un peu prénithéen et oui les grecs c'est la beauté etc.
1:14:37 les juifs sont fâchés avec tout ce qui existe Abraham faisait paître ses troupeaux sur une terre sans limite ça obsède Hegel mais toute l'évolution de Hegel et ça tu le sais au moins aussi bien que moi j'insiste sur au moins parce que tu as des connaissances plus fraîches Hegel tout son parcours et Hölderlin aussi va consister à réaliser tardivement que le christianisme et le monde juif apportent une profondeur que n'avaient pas les grecs c'est la connaissance du mal et du négatif voilà je ne voudrais pas compliquer là mais c'est c'est pour rebondir sur l'excellente intervention de mais jamais Hegel n'a écrit quoi que ce soit qui puisse autoriser la fusion du biologisme et du naturalisme il n'y a pas plus de valeur plus anti-hegelienne que le naturalisme et dernier moment de ma réponse à ton intervention c'est lorsque Hegel dit le monde germanique par exemple dans la philosophie du droit qui a pour mission de réaliser la liberté dernier stade après l'Orient le monde germanique pour lui c'est l'Espagne
1:15:47 la France c'est pas l'Allemagne si vous voulez la philosophie du droit et là ça correspond à une réalité historique c'est que le monde du Moyen-Âge c'est un monde à large dominante des tribus germaniques je rappelle que l'Andalousie ça vient des vandales l'appellation de la région Andalousie vient du fait que c'était occupé par ces barbares qui s'appelaient plus souvent Carles et Franz n'est-ce pas que Bernardo et Emmanuel qui sont restés et quant au Visigoths ils étaient comme je dis ça fait sursauter mes amis arabes quand je dis ça ils étaient dans le Maghreb avant la conquête arabe donc c'est germanique dans ce sens là c'est le monde qui émerge petit à petit de la barbarie et des temps obscurs comme disent les historiens quand on sait pas grand chose d'écrit au Moyen-Âge et qui bientôt va prendre la relève de l'Antiquité mais c'est pas allemand au sens justement racial justement pas voilà c'était important de le préciser oui d'autres interventions
Produire plus avec moins de travailleurs
1:16:57 sur le management ce matin vous n'avez pas plus de questions oui Emmanuel oui Kraft durch Freude durch Freude pardon la joie je pense à avoir pensé à Monstres et Compagnie comme illustration je t'en mâle pardon ça va penser à Monstres et Compagnie à dire si ce n'est pas non ça c'est pour ça aussi pour les enfants oui mais moi ça me faisait penser aussi à je ne sais pas dire mais c'est forcément à la destruction du métier en tant que tel qui est évoque évoqué par Martin et en même temps il précise bien surtout que c'est une période de productivité énorme de la part de l'Ale et l'autre concept ce serait la négation de la négation de plus 4 mais je conçois difficilement comment est-ce que en fait on dit ensemble en même temps une augmentation de la production et une diminution de
1:18:07 la qualité de la représentation de ce que les gens font je n'ai pas compris ça par contre en même temps qu'on décrit comment est-ce que les gens représentent leur travail comment est-ce qu'on peut avoir symétriquement une augmentation de la production alors ça y est je commence à comprendre Chapoutot est très précis là-dessus il y a une logique purement économique au départ qui a été peu traité avant lui justement d'où l'originalité de consacrer un ouvrage au management nazi à savoir que la problématique purement matérielle qui se posait au régime c'est comment faire plus produire plus avec moins de travailleurs ça ça devient actuel pourquoi moins parce qu'ils sont tous sous les drapeaux ils sont au front c'est comme ça c'est là que ça a commencé et c'est là qu'ils se sont inspirés des théories du management qui venaient des Etats-Unis de rationalisation de la production là je réponds à la partie la deuxième partie
1:19:17 de ta question c'est ça de même que le fait que la guerre les empêche d'avoir ralenti le commerce mondial les obliger à une certaine autarcie donc à développer l'industrie chimique vous savez encore maintenant les allemands sont les plus grands chimistes encore maintenant quand vous voulez vous débarrasser de vos cafards et de vos insectes en été vous faites appel à Bayer qui est celui qui a créé le gaz Zyklon B qui a fait des merveilles à Auschwitz les mêmes la même entreprise voilà mais par là c'était une contrainte matérielle au départ mais dans un cynisme total comment rationaliser au maximum mais avec le regard de Pannwitz là au début de Primo Levi sans tenir compte de l'humanité de ceux qui sont là or on l'a interrompu là mais je vous renvoie à cette vidéo je vous rappelle Libres d'obéir la grande table France Culture Johann Chapoutot vous verrez qu'à un moment donné il cite le récent verdict de Orange
1:20:27 vous savez les suicides chez Orange et Chapoutot dit écoutez on rigole mais c'est alors là il est un peu ingénu il dit il faut cesser et là il a raison j'adhère à ce qu'il dit dans la première partie c'est quand il conclut que c'est bizarre au niveau lexique il faut cesser de parler du nazisme comme des monstres comme un phénomène qui en histoire est apparu comme une espèce de fleuron horrible je veux dire non c'est nous c'est notre logique c'est la tienne c'est la mienne ça veut dire quoi nous dès qu'on ne pose pas les classes sociales on est dans l'arnaque idéologique c'est nous c'est un peu comme les écolos si la planète va à vau-l'eau c'est pas à cause du patronat c'est à cause de toi Pauline et de moi on consomme trop on se vautre dans la consommation il faut qu'on change notre manière de consommer sinon l'Australie ne restera plus rien nous avons tué un milliard d'animaux écoutez
1:21:38 ils ont du compter les insectes voilà je veux dire je réponds en partie à ta question n'hésitez pas parce que c'est énorme je suis inquiet je ne sais pas si on peut encore brider la machine parce que ça fait un moment qu'elle est sur les rails dites donc si ce sont des anciens SS qui ont fondé l'ABC des écoles de commerce qui dirigent le monde nous sommes si fiers où il y a un niveau de vie des libertés qu'il n'y a pas ailleurs vous vous rendez compte parce qu'il le dit les allemands ils étaient gratifiés là ils étaient reconnaissants ce gouvernement du moment vous n'étiez ni juif ni ennemi du régime ni juif ni communiste ni chrétien de gauche parce que je le dis pour être honnête je veux dire je ne sais pas si certains d'entre vous ont entendu parler du réseau la rose blanche c'est un réseau de chrétiens mais d'une naïveté les pauvres c'est des anges avec un prêtre catholique en Allemagne du Sud qui avait dit mais ce n'est pas ce qu'enseigne l'évangile vous voyez
1:22:48 qui s'est révolté contre les mesures anti-juives dès les années 30 et ils étaient tellement naïfs aucune expérience politique qui distribuait des tracts dans des trains bourrés de gestapistes etc ils ont été pendus à des crocs de boucher ils avaient 18 ans c'est épouvantable vous voyez donc tout ça là une fois qu'on l'a éliminé et qu'on met toute l'Europe en coupe réglée la main d'oeuvre il le dit très bien Chapoutot tout à l'heure c'est une agence de l'emploi qui offre à Bayer à Volkswagen vous voyez tout ce que à bien sûr aux aciéries de la Ruhr toute la main d'oeuvre on en a besoin comme il dit à des prix défiant toute concurrence question sur un operat point de vue la main d'oeuvre sur un approc