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Lettre d'un correspondant berlinois et les Klemperer
0:00 Bonjour à tous, donc Musicosophie, dixième exercice. Là, Dominique vient de m'envoyer une lettre de lecteur, d'auditeur, qui nous fait bien plaisir. Donc on va la lire, bien sûr, en préservant l'anonymat de cette missive. Et je pense que ça permettra non seulement à Dominique de lui répondre, même si sans doute une réponse aussi écrite viendra, mais en tout cas de lui répondre par oral, et de développer sur les termes qu'il aborde.
0:31 Alors, cher monsieur Dominique Pagani, chers camarades, je viens d'assister, je dirais même de participer intérieurement et ardemment, par écran interposé, mais un écran qui ne fait pas écran, à votre lumineuse prise de parole sur les Grecs, le mythe et la musique en compagnie d'Aymeric Monville. Une parole vivante, lumineuse et illuminante en ce sombre hiver, au cœur de l'ancien berlin-est, près de la Zionskirche, où j'habite depuis si longtemps, d'abord comme enseignant et traducteur, le journal de guerre de Victor Klemperer, puis comme retraité.
1:01 Je suis depuis longtemps vos différentes prises de parole dans le cadre notamment de la librairie Tropiques. Je me retrouve tout entier, comme dans une parole amie, une parole frère, inaugurant, à tout instant, le très ancien, le très enfoui, le mettant en lumière comme une nouveauté inouïe, infiniment précieuse, un commencement. C'est pour ce souffle de vie que je vous remercie. Ça fait effectivement bien plaisir, mais surtout ça stimule la pensée et la réflexion. Dominique, tu n'as pas ce que j'ai compris ? Oui, bonjour tout le monde.
1:32 Moi-même, j'allais dire que je tombe des nues. Je suis très heureux. Je ressens très positivement le fait que nous soyons suivis depuis Berlin. et oserais-je le dire depuis Prenzlauer Berg, quartier que je connais bien, c'est-à-dire le cœur de l'ancien Berlin-Hauptstadt, comme on disait à l'époque de la Deutsche Demokratische Republik de l'Allemagne de l'Est, pas de la Ligue communiste.
2:04 Et surtout, je vois que ce monsieur, d'après...
2:34 Pardon de tourner un peu autour du pot et d'être un peu paraphrasant, mais ça va être très clair. Il s'applique donc à traduire le journal de Victor Klemperer. Rien qu'en prononçant le patronyme de Klemperer, nous revenons de plein pied dans notre chose musicale, si je puis dire. Pourquoi ? Parce que Klemperer, non pas Victor, mais son cousin, Otto Klemperer, fut un immense chef d'orchestre, je vais dire, un de ses chefs d'orchestre, C'est pour moi sans doute le plus grand chef vivant, mais enfin, on pourrait en trouver dix autres qui feraient l'affaire.
3:39 Je veux dire, c'est un lieu après. Le grand chef russe, quelquefois calomnié, parce qu'il a des relations cordiales avec Poutine, donc c'est un mauvais chef. Dans le milieu musical, et surtout les musiciens d'orchestre du monde entier, je veux dire, son… Alors, je vois que Khatia Buniatishvili ne manque pas de dire qu'effectivement, elle ne jouera pas en Russie, bien que parlant russe, donc elle coche toutes les cases, y compris évidemment la beauté.
4:15 Tu parles de la pianiste georgienne. Elle a de l'excellentes pensées politiques, en plus. C'est ça que je voulais dire. Oui, dans ce cas-là, puisque tu en parles, comme quoi il y a bien un champ qui est en train de s'établir, musico-politique, sur lequel je concentre la musicosophie de ce jour. Puisque tu me parles d'elle, moi je te parle de Valentina Lisitsa, je crois.
4:47 Je ne sais pas si ça te dit. Oui, si, si, mais sur… C'est exactement l'inverse. C'est une Russe d'Ukraine, obligée de fuir l'Ukraine à cause du nazisme qui sévit et de la russophobie que nos grands philosophes et droits-de-l'hommistes atlantistes, n'est-ce pas ? On déchaînait là-bas. On déchaîne là-bas, dans un des pires régimes au monde, avec sans doute quelques républiques baltes. Je rappelle que j'ai un trou de mémoire, je ne sais pas si c'est en Estonie ou en Lettonie, à l'un des deux, ce n'est pas en Lituanie en tout cas, qu'il y a un monument aux morts aux soldats soviétiques, parce qu'il en est tombé une bagatelle de 200 000, rien que pour libérer les États baltes, de jeunes gens de l'armée rouge, et ce monument aux morts a été abattu, remplacé par la statue d'un SS qui sévissait à l'époque de l'occupation allemande dans les pays baltes.
5:48 Et c'est dans ces pays baltes que l'on bat le record de Juifs déportés par habitants, il faut le savoir. Oui, oui, tout à fait. Non, mais je veux dire ceux qui… C'est même rarement su par les sionistes atlantistes, ce que je suis en train de dire. Soit dit en passant. Or, je reviens à Klemperer, il s'agit bien sûr d'une famille juive descendant d'une illustre lignée de rabbins, d'ailleurs dans le cas d'Otto Klemperer.
6:25 Ce sont des familles, comme on n'en fait plus, il y a deux frères qui sont des sommités dans l'histoire de la biologie et de la médecine, il y a l'un des plus grands, je vais y revenir, à Otto Klemperer, chef d'orchestre charismatique, c'est ce que je cherchais, dont je disais qui a disparu pour un moment, mais qui reviendra. Je vais dire, quelques chefs d'orchestre sont très prometteurs aujourd'hui, avec de plus en plus de femmes, et tant mieux d'ailleurs. Et bien sûr, ce Victor Klemperer, qui est donc un philologue et un spécialiste de la littérature française dans les années 30 en Allemagne, il est né en 81, et il est mort en 1960, vous voyez la période qu'il a vécue.
7:13 En 1883, oui. Voilà, en 81, il est né deux ans avant la mort de Wagner et de Marx. Wagner et Marx sont morts la même année en 83, c'est intéressant. Et soit dit en passant, Wagner est né la même année que Verdi, tout ça ne s'invente pas, parce qu'on est en musique et histoire, n'est-ce pas ? Et il est mort en 83, la même année que Marx. Je reviens un peu en arrière, donc il est né en 1813, la même année que Verdi. C'est-à-dire les deux musiciens dont les destins respectifs sont liés, enfin, dont les destins sont liés respectivement à l'unité allemande et Wagner est contemporain, n'est-ce pas, de l'Allemagne de Bismarck, et qu'il a des rapports très tendus d'ailleurs.
8:01 Et l'autre avec l'Italie de Victor Emmanuel, enfin bref, de l'unité italienne et de Cavour, c'est quand même intéressant de voir cette espèce de contrepoint, je ne sais pas s'il faut dire ce malin contrepoint, n'est-ce pas, entre deux traditions si proches et si lointaines en même temps l'une de l'autre.
8:32 Je dis ça parce qu'avant que le message que tu viens de lire de notre cher follower, mais je n'aime pas le mot suiveur parce qu'en France, il est connoté péjorativement, mais… Correspondant. Oui, notre correspondant, voilà. Et j'aime bien le mot lecteur, je ne sais pas s'il ne faut pas le garder à titre métonymique, mais enfin, surtout quand j'ai affaire à un éditeur. Donc… Oui, oui, parce que je peux te dire qu'il y a plus d'écrivains que de lecteurs maintenant, c'est bien ça le problème.
9:03 Il y a plus d'écrivains que de lecteurs, c'est le paradoxe de notre époque. C'est rare le lecteur, on manque de lecteurs. Oui, oui. Et n'oublie pas les écrivaines, sinon tu vas te ramasser des coups. J'ai oublié. Bon. Voilà. Oui. Le frère, donc le chef d'orchestre Otto Klemperer, je conseille à ceux qui ont la gentillesse de nous suivre, de nous écouter, de regarder dans YouTube quelques enregistrements époustouflants de ce chef d'orchestre qui n'a jamais eu l'aura, sauf, bien sûr, dans le milieu des mélomanes, bien sûr, où il est, pardon de parler en franglais, mais au top des dix plus grands chefs d'orchestre du XXe siècle, je vais dire, bien sûr.
« L'Allemagne est un problème » : ambivalence et ambiguïté
10:03 Et pour certains, le tout premier. Et on va arriver à un autre sujet. Enfin, je vous le dis en un mot, commençant, tournons pas autour du pot. Ce qui me fascine dans le sujet que je voudrais aborder aujourd'hui, c'est ce qui sonne comme un paradoxe, mais douloureux et qui résume le destin de l'Allemagne. Au point que je prolonge, vous voyez, avant de l'exposer, tellement je suis fasciné par le sujet et que je continue à tourner autour du pot et que j'ai envie d'introduire par la meilleure formule qu'on ait jamais prononcée à ce sujet, celle qui émane d'un grand historien français communiste, je pense à Gilbert Badia dans son Histoire de l'Allemagne dans les années 50, et où il dit « La France a des problèmes, l'Allemagne est un problème ».
10:57 C'est ce qui va être illustré par la séance d'aujourd'hui. J'allais dire « La France a des problèmes, l'Allemagne est un problème » avec des accents de l'ébule. Parce que c'est trop bien vu. Le problème de l'Allemagne, c'est son extraordinaire ambivalence, qu'il en sort le meilleur comme le pire, qu'il en sort Heidegger et Marx. C'est même Hegel qui parlait de la richesse conceptuelle de l'allemand, c'est une ambivalence parfois dans les termes.
11:30 Un mot peut dire une chose et son contraire. Absolument. Mais j'insiste ici sur ambivalence au sens freudien, qu'on ne le confonde surtout pas avec l'ambiguïté. C'est plus grave, l'ambivalence. Pourquoi ? Parce que quand on dit « Celui-là, il est ambigu », ça veut dire « Allez, je vais parler français », ça veut dire « Il est un peu faux cul ». Ça veut dire « Il nous cache sa pensée, il dit ça, mais ce n'est pas clair. » Je dis « Mais non, je ne parle pas français, je ne parle plus le français hexagonal, je parle le français d'Abidjan.
12:01 Le type-là n'est pas clair. » Bon, c'est ça que ça veut dire « Ambigu ». Donc, c'est conscient, c'est quelqu'un qui cache sa pensée d'une manière délibérée. Tandis que l'ambiguïté, c'est à l'insu même de la conscience qu'il y a contradiction. Elle ne sait pas qu'elle se contredit. Donc, l'ambiguïté, l'ambivalence, elle est constitutive de l'identité de la personne.
12:31 Alors, je suis parti, je m'inspire ici des contradictions internes dans le sujet freudien. Un conflit, par exemple, une contradiction entre l'Ideal-Ich, le moi idéal et le surmoi qui lui dit « Tu n'es qu'une petite ordure minable, n'est-ce pas ? » C'est lui qui se prend pour Napoléon ou pour Jésus ou pour les deux. Ça pullule dans les asiles, malheureusement.
13:01 Mais, on peut très bien l'étendre dans la notion marxienne d'idéologie. Parce que l'idéologie, la critique marxienne de l'idéologie dit exactement la même chose. Je me prends pour un Quaker philanthrope et je justifie le fait de faire travailler des enfants pendant 10 heures en 1840 à Manchester parce que ça leur évite de faire des voyous dans la rue et le trottoir. Et des fois, c'est sincère.
13:32 C'est des gens qui avaient les larmes aux yeux en pensant au malheur de la vie. N'est-ce pas ? Donc, l'ambivalence, c'est quelque chose qui n'est pas seulement inscrite dans le champ psy mais aussi bien dans le champ politique idéologique. La mauvaise foi aussi, ça recréait. Voilà, c'est un peu dans ce genre-là. Donc, l'Allemagne, je fais un développement ici, on croit que je m'éloigne de la musique. Au contraire, c'est pour citer des...
Mahler, la neuvième et Mozart, compositeur européen
14:03 C'est pour revenir comme on ne l'a pas fait assez depuis que nous avons commencé ces entretiens parce que je n'ose pas trop parler de ce que j'aime. J'ai une affection particulière pour toute une constellation de noms propres que je vais citer. Ça va de Otto Klemperer, la chef d'orchestre dont je parlais à des compositeurs comme Schoenberg et Berg par exemple. Mahler, bien sûr. Mahler qui est... Oui, qui a été beaucoup joué par Klemperer, justement.
14:33 Non seulement il a été joué par Klemperer, mais alors justement, je conseille à ceux qui nous suivent de se reporter sur YouTube à quelques enregistrements. Je pense au testament symphonique de Mahler, à sa neuvième... Vous savez quelle malédiction chez les musiciens allemands après Beethoven ? C'est le chiffre 9, n'est-ce pas ? Au point que Mahler s'était forcé de composer une dixième symphonie, il est mort avant de la jouer, pour ne pas rester sur le fatal chiffre 9.
15:06 N'est-ce pas ? Oui, c'est sûr. C'est obéré par la présence colossale de Beethoven. N'est-ce pas ? Voilà. La 8, c'est déjà la symphonie des Mille ? Voilà. C'est quelque chose de terminant. alors que... Oui, la 8 est le record des effectifs en nombre de choristes instrumentistes, encore que au niveau instrumental, je suis content de replonger, grâce à ce thème, au cœur de la période la plus complexe de l'histoire de la musique.
15:37 C'est-à-dire, en particulier au niveau de la musique dite classique, ce qui se passe, disons, entre 1850 et 1950. Vous voyez que c'est assez surdéterminé comme période puisqu'il n'y a rien moins... On a parlé de la rupture de juin 48. Voilà. Il n'y a rien moins que deux conflits mondiaux... C'est le stade impérialiste du capitalisme. Voilà. Il y a deux conflits mondiaux sans précédent.
16:07 Et le passage très étrange d'une musique qui était européenne à l'époque de Mozart. Mozart est le plus grand compositeur italien, français et allemand de son époque. Oui, oui, c'est ça. Bach aussi, en fait. Donc, un compositeur de langue... Les suites françaises, les suites anglaises de Bach, c'est pareil. C'est la même chose. Mais voilà. Un compositeur de langue germanique comme Mozart a composé les sommets de deux genres d'opéras aussi différents que l'opéra Seria, je pense à la Clémence de Titus, ou l'opéra Bouffe, où il excelle, ce n'est pas comme personne.
16:45 Ce sont des genres. très précisément codifiés. L'opéra Bouffe, bien sûr, des noces de Figaro à Così fan tutte. En passant même, mais là, je force un peu le trait, à Don Giovanni, pour lequel Mozart indique un genre très particulier, drama giocoso. Mais c'est plus proche, n'est-ce pas ? Chacun le comprendra, drama giocoso, d'opéra Bouffe, c'est-à-dire une action jouée ou une action joueuse.
17:18 Je ne sais pas comment tu traduirais ça, mais c'est plutôt une action joueuse. Oui, tout à fait. Donc, en plus, il a fait Bastien et Bastienne, qui est typique même de l'opéra français, avec la diction claire et le récitatif parlé. Et enfin, il a fait un opéra allemand. Et ça a été le premier, bien avant les Weber et Wagner, dont on dit qu'ils ont créé l'opéra allemand à l'époque romantique. Non, non, non.
17:49 Il est le premier, non pas seulement avec « La Flûte enchantée », mais auparavant avec « Entführung aus dem Serail », l'enlèvement au sérail, il est le premier à faire le grand opéra allemand et il tape sur la table. À sa correspondance, il dit, il serait peut-être temps de faire de l'opéra allemand parce que quand c'est sur la plume de Wagner, on pense que c'est un chauvin nationaliste. Bon, ce qui est souvent le cas, je suis un ménère. Mais là, dans le cas de Mozart, ce n'est pas du tout le cas. J'ai assez travaillé le statut de la musique au sud du Sahara pour savoir que ses susceptibilités nationales jouent un rôle très important dans l'histoire de la musique.
Ravel, Debussy et la naissance des écoles nationales
18:25 Je crois que c'était Ravel qui disait « Je ne suis nationaliste qu'en musique » parce que c'est là où les traits nationalistes s'expriment réellement. Tu dis parce qu'il était musicien, c'est un peu internationaliste. C'est là que l'international, j'ai malentendu. C'est là que les traits nationaux s'expriment. Ah oui. Mais c'est justement parce qu'il était musicien qu'il les voyait, ces traits nationaux. Je dis bien qu'on parle d'un peu internationaliste, c'est-à-dire de mettre les nations ensemble. Mais simplement, les nations, ça existe, c'est pour ne pas faire un déni de matière. Évidemment, sa naïveté, c'était de penser qu'on ne les voyait pas ailleurs qu'en musique.
18:55 Et c'est vrai que ça partait aussi d'une bonne intention, c'est-à-dire un véritable cosmopolitisme et pas compris comme un internationalisme. Entre nous, je trouve sa formule plus intelligente, enfin, exprimant une attitude plus intelligente esthétiquement et même politiquement, ce n'était pas du tout son domaine, la politique, Ravel, mais que son collègue Debussy, c'est sûr que lui, il n'est pas en train de faire des jugements de valeurs musicaux. Patriotardisme. Et Debussy que je place même, si ça veut dire quelque chose, même au-dessus de Ravel, n'est-ce pas, pas comme orchestration, Ravel, sans doute un des plus grands orchestrateurs de tous les temps.
19:30 Non, non, mais même au niveau de l'inspiration, il y a un mystère et une audace elliptique chez Debussy qui est un petit peu prise souvent dans l'horizontalité métrique chez Ravel. Voilà, je veux dire. Bon, mais sinon, je trouve plus intelligent que Debussy signant Claude de France dès le début de la guerre de 1914. Debussy, c'est pas, ils sont aux antipodes pour ça. Voilà, il ne parle pas du tout de… il n'a pas dit… il n'y a qu'en musique que je me sens français parce que je résiste aux Boches en composant.
20:00 Non, non, c'est pas ça. C'est que, comme tu dis très bien, et je le recommande quand on fait ce qu'on appelle des blindfold tests, des tests à l'aveuglette, n'est-ce pas, quand on dit, il faut deviner qui a écrit ça, je le dis en anglais parce que c'est très fréquent en jazz, un trio, moi, qui est le bassiste dans cette formation. Et quand on fait des blindfold tests, je conseille souvent à ceux qui sont en compétition de chercher d'abord de quelle école il s'agit.
20:31 École russe, école italienne, école française, école allemande. Ça permet de se mettre sur la voie beaucoup plus rapidement qu'on ne le croit. Or, justement, et je reviens à ce que tu dis, de Ravel, c'est intéressant de voir, et on est en plein dans l'histoire-géographie de la musique, qu'il arrive souvent qu'on confonde à bon droit un compositeur français et un compositeur russe. Jamais. On en a parlé la dernière fois. Voilà, jamais un compositeur russe ou un compositeur allemand.
21:02 Je pense à un Poulenc ou à un Albert Roussel surtout qu'on peut souvent confondre avec Prokofiev. Ah oui, tout à fait. Ou Stravinsky même. Ou vice-versa. Les plus grandes créations de l'avant-garde musicale russe se sont faites à Paris à la faveur de la vogue des ballets de Diaghilev. Oui, c'est vrai. De la fin 19e et surtout à l'entre-deux-guerres. Il ne faut pas oublier que des œuvres aussi décisives pour l'histoire de la musique contemporaine que Le Sacre du Printemps, Petrouchka, un peu moins connu, je ne parle pas de l'Oiseau de Feu qui est très connu, mais le...
21:48 Ah, pardon, ça va me revenir, c'est un opéra de Prokofiev. L'Ange de Feu, pardon, a été créé en français. L'Oiseau de Feu, tu veux dire ? L'Oiseau de Feu ? Non, non, L'Oiseau de Feu, c'est Stravinsky. Mais il y a en plus L'Ange de Feu qui est un opéra moins connu de Prokofiev, une merveille d'ailleurs, a été créé à Paris en français.
22:18 Il a fallu qu'il réécrive une version russe. Vous voyez ? Bon, il y a donc comme ça des... des isomorphes, on dirait ailleurs, et je comprends très bien ce que veut dire Ravel. Et tu as raison de dire il ne faut pas nier qu'il y a des identités. Des fois, je veux dire, on dit que je suis acharné contre les identités. Non, contre l'identitarisme, oui. C'est-à-dire celui qui impute à l'identité des fonctions naturalistes.
22:51 Oui. Je l'occupe, par exemple, je veux dire. Mais en fait, les identités, elles peuvent s'additionner aussi. Je crois que c'est ça. Justement, les musiciens, comme tu dis, Mozart, c'est aussi le plus grand opéra italien. Mais voilà, ce n'est pas une question de gène. Mais par contre, il compose effectivement dans un cadre qui est celui de l'opéra italien et qui lui-même est subverti d'une certaine manière. Mais ce cadre, il existe bien. Voilà. Et donc, tu reviens dans le fil de mon propos parce que si j'ai fait allusion à Mozart, c'est pour illustrer cette époque où la musique est encore européenne, elle n'est pas encore nationale.
23:25 même si, je le rappelle, Mozart tape sur la table dans un, il serait peut-être temps d'écrire des opéras allemands, mais enfin, les 9-10e de ce qu'il a composé expriment une musique qui est à peu près la même au niveau style qu'on la joue à Paris, à Mannheim, via Mannheim, parce que l'école de Mannheim va jouer un grand rôle dans l'apparition et de formes comme la forme sonate ou la symphonie.
23:55 Voilà. Et puis, tout d'un coup, enfin, tout d'un coup, progressivement, surtout au cours du 19e siècle en particulier, avec la crise géopolitique que subit le plus grand empire européen, l'empire d'Autriche-Hongrie, on voit apparaître des écoles nationales en musique. Bien sûr, les Hongrois sont parmi les premiers, n'est-ce pas, à mettre en cause leur allégeance à la puissance germanique à l'empire autrichien.
24:32 Et très vite, on va voir des Grieg en Norvège, je vais rapidement. Le Vendé-Kolchek, monsieur. Voilà, ça ira jusqu'au 20e siècle à... Je ne sais pas si Sibelius... Non, non, je pense aux roumains, à Enesco, Georges, en Roumanie, merveilleux musicien, je recommande en particulier ses sonates pour piano et violon, et ses rhapsodies roumaines.
25:04 Bartók en Hongrie, Bartók ou Zoltán Kodály, n'est-ce pas, qui, voilà, donc, et musique qui redevient européenne, voire internationale, je veux dire, à partir de la seconde école de Vienne de Schoenberg, Berg, Webern, c'est intéressant de voir ce dialectique qui se propage.
25:35 Donc, je reviens à à ma à ma tragédie, je ne vois pas d'autres mots, enfin, ou en tout cas, à cette dramatique, à chacun de voir si c'est le trajet qui s'emporte ou autre chose, à ce fait que le meilleur de la musique allemande à son sommet, et Dieu sait, si c'est quelque chose dans l'histoire de la musique, la musique allemande à son sommet, je veux dire, son sommet, c'est l'incroyable trajectoire qui va de Bach, parce qu'avant Bach, c'est plutôt l'Italie, qui règne sur la musique européenne, de Bach à Wagner, à peu près, et même aux post-wagnériens, disons, c'est-à-dire les trois grands post-wagnériens, Bruckner, Mahler, Strauss, il va de soi que je parle ici de Richard Strauss, qui n'a rien à voir, comme disait Debussy, qui faisait une recension avec le Beau Danube bleu, c'est un nom, un patronyme très courant, et qui veut dire bouquet, tout simplement.
26:37 Ou autruche, ça dépend. Ah, ben, tu me l'apprends. C'est un homonyme ? Oui, exactement. Ah bon ? Il n'y a pas de rapport entre l'autruche et le bouquet, quoi. Non, je ne crois pas. Pour eux, oui, dans les rêves, il doit y en avoir, mais... Pardon pour cette considération réaliste, au sens... Pourquoi il faut faire la psychanalyse dans sa propre langue ? Voilà, voilà. Non, non, cette dramatique qui fait que, j'y reviens, c'est le cœur de mon sujet, jamais la musique, la meilleure musique allemande, la plus haute, n'a été aussi bien dirigée que par des juifs, y compris dans les pires périodes.
La rigueur du Ring : l'oiseau et les filles du Rhin
27:19 Donc, je voudrais concentrer... Bruno Walter, pour... Ah ben... Ça, c'est le plus... le plus... le plus évident, quoi. Puisqu'on parle de Bruno Walter, je vais quand même chercher juste une recension, une recension concernant l'enregistrement, bon, historique, ça, les mélomanes le savent, bien enregistrés pour l'époque, je le dis parce qu'il y en a qui se méfient, qui se disent, « Oh là là, Pagani va encore nous sortir un disque qui craque et enregistré dans des conditions épouvantables. »
28:00 Non, non. Enfin, je veux dire, c'est un petit peu tassé, il manque un peu de relief. Les 78 tours de Tonton Pagani, quoi. Voilà, voilà. Non, non, mais la prise de son est excellente pour l'époque, je veux dire. C'est pas du tout un enregistrement héroïque qui n'a que de valeur documentaire. Non, non, je pense ici à... Il faut que je trouve la partie concernant les actes isolés, comme on dit, voilà, la Walkyrie.
28:30 Ah oui, sur la Walkyrie ? Oui, oui, justement, parce qu'il y a une... Comme je suis en train de faire une analyse du RING dans mes interventions hebdomadaires, c'est un projet assez ambitieux, je voudrais, à travers le RING, montrer qu'on peut être rigoureux dans les sciences humaines comme on l'est dans les sciences de la nature. Je sais bien que ça paraît un peu mégalomaniaque, mais je veux dire...
29:02 C'est le rustique, en tout cas, oui. Je suis bien obligé de m'élever, avec mes faibles moyens, mes lacunes et mes insuffisances, contre le relativisme sceptique du néopositivisme ambiant, n'est-ce pas ? Qui voudrait ne réserver qu'à la science et les objets l'épithète de scientifique, laissant les sujets dans la contingence. Voilà, oui, exactement. Ce qui permet une ambivalence, pardon, cette fois. Ce qui permet au pire... Ils empêchent de se rapprocher, parce que c'est quand même la science qui rapproche les hommes. Voilà, voilà, voilà.
29:32 Et je montre que le RING, je vais donner un exemple. Très simple, mais qui va intéresser ceux qui ont l'oreille attentive. Je parle de l'oreille de l'esprit autant que celle du corps, n'est-ce pas ? Si je prends le thème de l'oiseau, vous savez que chez Wagner, souvent, les choses, les objets, les personnages, les idées sont liées musicalement à ce qu'on appelle des leitmotifs, des motifs conducteurs, ce qui est devenu familier avec le cinéma. Mais enfin, je veux dire, il y a des précurseurs à ce niveau-là.
30:03 Donc, si je prends le thème de l'oiseau, excusez-moi, voilà, que j'enlève, voilà. Voilà, ça revient périodiquement avec beaucoup de variations, n'est-ce pas ? Alors, je répète. Bon, ça, c'est le thème de l'oiseau. Si je fais une toute petite modification rythmique, je change le tempo, je garde les mêmes notes, les mêmes intervalles, le même thème, mais je change juste, je mets les croches pointées et je fais...
30:43 Pardon. Et ça, on reconnaît le thème des filles du Rhin. Oui, c'est ça, le début de... Alors, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que musicalement, sous la plume de Wagner, n'est-ce pas ? Et c'est un artiste, ce n'est pas quelqu'un qui va vous démontrer ça avec des pensées, c'est pas sa conscience qui parle. Ils sont les premiers d'accord. Il ne va pas laisser les étiquettes, comme disait Proust. Parce que Wagner est un garçon bavard, comme disait Schumann, donc il y a aussi beaucoup de voix off, d'écrit théorique chez lui.
31:14 Non, non, je ne parle pas de ce qu'il dit et parle consciemment, avec où il y a souvent des conneries, d'ailleurs, pour rester des fois dans l'euphémisme. Mais je parle ici de sa création musicale. Or, qu'est-ce que dit sa composition musicale ? Que les jeunes filles sont des oiseaux. Que les oiseaux sont des jeunes filles. C'est exactement ce que dit Freud. dans l'étude, dans les cinq grandes analyses, il y a l'approche du cas du président Schreber, dans la scatologie, je passe.
31:48 Tu parles du président Trump ? Schreber, le président Schreber. Moi, ça fait penser au président Trump. Au président, pardon ? Trump. Oh, ma foi. C'est une bonne introduction au Schreber. Tout à fait. Vous savez que le président Schreber se fait railler dans ses hallucinations et ses rêves. C'est un vrai psychotique. En plus, c'est une exception. C'est la seule analyse, Freud s'en excuse, qui n'est pas faite avec quelqu'un qu'il a rencontré, mais avec un écrit, avec sa confession.
32:18 Bon. Et, or, il se fait railler par des oiseaux dans des arbres, dans son jardin, et qu'il me dit c'est une honte de s'adonner à ses pratiques scatologiques quand on est un grand docteur honorable comme vous. Bon. Et il montre qu'en fait, ces oiseaux sont comme des jeunes filles railleuses. Comment il dit, Aragon ? Les rieuses aux fontaines. N'est-ce pas ? Bon. C'est un arthurien, celui-là.
32:48 Voilà, c'était arthurien, n'est-ce pas ? Les filles au lavoir, à la fontaine, au puits, les pucelles qui sortent des puits dans la tradition arthurienne, bien vu. Peu importe, tu veux dire, en plus, on ne sait pas où seuls les érudits le savent, mais à l'origine, les valquiries sont des cygnes, les oiseaux, des cygnes, qui déposent leurs ailes dans l'herbe pour aller se baigner dans le Rhin. Vous voyez, il y a tout un système. pour montrer la rigueur, bon, donc, vous voyez, entre...
33:24 Ça, c'est l'oiseau. Et vous avez... Et ça, une toute petite différence rythmique et de tempo, et ça donne les filles du Rhin. Ou l'équation fille égale oiseau, qu'on retrouve dans la langue française quand on dit tête de linotte, te poule, ou en allemand quand on dit dumme Gans, il n'y a rien de pire pour une fille que de dire toi, oie stupide. Voilà.
33:54 Bref, ce qu'on appelle en français des noms d'oiseaux. Je vous donne un exemple. Voilà ce sur quoi je travaille. Et pour illustrer cette rigueur formalisable, j'allais presque dire mathématisable, je travaille avec des collègues mathématiciens, des collègues, des ailes, mathématiciens fort trapus et fort pointus, même par rapport à leurs homologues, je ne dis pas seulement par rapport à moi parce que c'est évident, là-dessus, j'ai décidé de l'illustrer à partir du...
34:29 parce qu'on me le demande, on me fait pression, j'ai allusion de temps en temps au ring comme ça d'une manière un peu pointilliste, expose-nous l'histoire une bonne fois pour toutes, ça a l'air passionnant. Voilà. J'hésitais, j'hésite à parler de ce qui me passionne à titre personnel et donc je suis en train de le faire. Or, je reviens aux enregistrements et ici, il s'agit de... que je conseille pour tous ceux qui veulent s'y mettre, c'est un peu la Bible au niveau technique, le guide Michelin comme vous voulez, les deux restent valables, de l'œuvre Wagnerienne où vous avez tout sur nos livrets, vous avez les leitmotifs pour ceux qui savent lire la musique et vous avez même, et c'est là que j'y arrive, une discographie, n'est-ce pas ?
La Walkyrie de Bruno Walter en 1935
35:17 Et c'est là qu'on va parler de Bruno Walter comme tu le faisais à l'instant. Ben alors, voilà. Les actes séparés de la Valkyrie, nous y sommes. Alors, il s'agit ici d'un enregistrement des deux premiers actes de la Valkyrie fait par Bruno Walter, n'est-ce pas ? Avec l'Orchestre Philharmonique de Vienne, n'est-ce pas ?
35:47 En 1935, interrompu, vous imaginez, par la situation en Allemagne, Walter dit adieu et part aux États-Unis où il va se retrouver avec des musiciens beaucoup plus médiocres alors qu'à San Francisco, il n'y avait pas encore de très grands musiciens comme c'est le cas maintenant aux États-Unis et j'en profite pour recommander, ça existe sur YouTube, une répétition qu'il fait dans une page qui s'appelle sur YouTube Master of Conducting, excusez-moi, les grands chefs d'orchestre et on voit Bruno Walter interprétant la deuxième symphonie de Brahms, attaquant la deuxième symphonie de Brahms, une répétition en chandail, en manches de chemise avec les jeunes gens de l'orchestre de San Francisco, c'est très médiocre au départ, on voit que ce n'est pas des musiciens qui ont le savoir-faire de leurs homologues européens et ça sonne merveilleusement en quelques minutes comme il vaut mieux un chef d'orchestre avec des musiciens médiocres que l'inverse, n'est-ce pas ?
36:53 Or, là, je fais allusion à l'interprétation par Bruno Walter, le même, qui a laissé des ouvrages théoriques d'ailleurs, et qui était d'une bonté infinie, enfin bref, des deux premiers actes de la Valkyrie interrompus, malheureusement, avec une distribution vocale, je ne veux pas m'attarder, mais je veux dire, on n'a jamais retrouvé jusqu'à aujourd'hui, j'espère que ça reviendra, les voix bouleversantes, formidables techniquement et bouleversantes humainement, de cet enregistrement.
37:27 Je vous lis simplement la recension dans ce livre. Un miracle toujours aussi présent. Je voudrais mettre en garde contre, on ne croit pas que ce soit mon goût personnel qui dit que ça n'a jamais été si bien interprété que par des juifs dits de Wagner, fiéfés antisémites. Un miracle toujours aussi présent. S'il ne vous faut qu'un disque un seul, pour connaître Wagner, le voici.
37:58 À la veille de l'Holocauste, 1935, Bruno Walter et les deux plus grands chanteurs Wagneriens de son temps, offraient la vision la plus humaine. Joyeuses autant que mortelles du drame de l'amour le plus interdit, puisque les parents de Siegfried sont frères et sœurs jumelles. Ça ne se fait pas comme on dit quand on prend lieu. Donc, offraient la vision la plus humaine, joyeuses autant que mortelles du drame de l'amour le plus interdit, le plus passionné.
38:33 À l'heure où Wagner s'interprétait large, épais, majestueux, germanique, enfin, Walter imposait une clarté, une légèreté, une diligence, une émotion qu'on ne retrouverait plus. Même aujourd'hui où un Wagner dégraissé, il doit faire allusion aux enregistrements de Boulez, même aujourd'hui où un Wagner dégraissé est de mise, le prélude donne le ton, l'orage est celui des âmes, la fuite est devant le destin et non devant les hommes et le philharmonique de Vienne, c'est un des plus beaux instruments qui existent au monde, n'est-ce pas, avec Amsterdam, enfin bref, et le philharmonique de Vienne dès le premier instant joue de diaprure, de soieries qu'on ne retrouvera pas chez lui quand il sera dirigé par Solti, alors que de cet hédonisme orchestral, pure source d'émotion, un Böhm, un Boulez, un Karajan, Karl Böhm, Pierre Boulez, bien sûr, et Herbert von Karajan, surtout, avec d'autres orchestres se souviendront.
39:37 Pour les voix, l'évidence est totale. Solti, c'est le premier en stéréo, ou c'est ça ? Oui, oui, oui, oui, c'est un peu injuste et qui dit on doit à Solti avoir enfin disposé d'un ring avec un confort d'écoute hallucinant et c'est un des très grands chefs d'orchestre du XXe siècle mais c'est vrai qu'il n'atteint pas des humains bouleversants où c'est lisse, c'est pas le terme. Voilà. Au niveau vocal, l'évidence est totale, Emanuel List, c'est la basse, est immense, froid, net, mais aussi attentif, jaloux, supérieur, Lauritz Melchior, le plus grand ténor wagnerien qu'on ait jamais vu.
40:14 Je le dis au passage que c'est une tradition scandinave, les grandes voix wagneriennes pour les femmes c'est Kirsten Flagstad ou Birgit Nilsson, n'est-ce pas, c'est une voix norvégienne. Flagstad a sa statue à Oslo et Melchior ou Set Svanholm, un peu moins connus, sont parmi les plus grands ténors de la discographie wagnerienne. Lauritz Melchior, au chant mâle, puissant, imposant, peut oser toutes les tendresses, toutes les vulnérabilités.
40:44 N'est-ce pas ? Sa voix éclatante se plie à toutes les ombres comme à toutes les subtilités. L'autre élément, à la voix, c'est la soprano, qui se fait chair, incarnant tout aussi définitivement la souffrance, l'espoir, l'éblouissement. Un homme, une femme, leur lente découverte, approche délicate, autant que sensuelle, demeurent un monument de l'histoire du chant, virgule, indispensable à jamais.
Une constellation juive ; Klemperer et Siegfried-Idyll
41:14 Voilà. Pardon de ce détour, mais je ne voulais pas qu'on croit que c'est une lubie personnelle de vous dire qu'il y a toute une constellation, je ne trouve pas d'autres mots, et c'est ça qui fait la matière de la séance d'aujourd'hui. De juifs interprétants, et quand je parle de juifs, je ne pense pas à des gènes, je ne pense pas, je m'en fous, moi je veux dire, il y a des juifs très mauvais musiciens, mais il se trouve que pour des raisons historiques essentiellement, c'est là, dans l'Empire austro-hongrois, autant que dans le Reich allemand, l'ancien ou le nouveau, peu importe, je veux dire, ici, il y a une importance qui a été étudiée, on n'a pas besoin de moi pour ça, n'est-ce pas, puisque des tas de fonctions auraient été interdites bien avant le régime nazi, n'est-ce pas, de fonctions industrielles, commerciales, etc., et ce sont les meilleurs d'entre eux, les plus doués, pour ceux qui tiennent à ce mot-là, ce n'est pas mon cas, mais les meilleurs, dans tous les cas, se sont concentrés sur la chose culturelle,
42:24 donc vous retrouvez des juifs qui sont immenses écrivains, qui sont immenses compositeurs, qui sont... Je ne parle même pas, parce que moi, dans l'intellectuel, j'intègre le savant, comme un centre... C'est pas un travailleur manuel, je veux dire, à part ses manuscrits, mais enfin... Voilà, et d'ailleurs, Otto Klemperer, le chef d'orchestre, puisque nous sommes partis de lui, a des frères qui se sont illustrés dans l'histoire de la médecine au XXe siècle, et en Allemagne en particulier, voilà, même si on est un peu moins connu.
43:02 Klemperer, je conseille cette cassette où il est interviewé pendant quelques minutes, et où il parle... où l'interviewer lui parle de Bruno Walter en disant, Bruno Walter, qui est une grande figure morale, trouve que vous êtes un de ses chefs préférés. « Mais moi, je ne suis pas du tout moral, je me méfie de la morale ! » C'est un...
43:32 Et il a du mal à parler, et il s'est cassé. Le col du fémur, dès 1950, il est né en 85, en 1885, il a eu plusieurs infarctus, à partir de 1951, il est obligé de diriger assis. Donc, il est une tragédie sanitaire à lui tout seul, il traverse la période la plus tragique, sans doute, de l'histoire allemande pour des Juifs comme lui, il a très mal vécu l'exil aux États-Unis, et encore...
44:06 Et je ne dis pas encore plus mal, mais très douloureusement, le retour dans une Allemagne qui ne voulait pas lui confier, sans doute, était-il trop progressiste, n'est-ce pas ? On pensait à son frère qui vivait en Allemagne de l'Est, n'est-ce pas ? On ne lui a jamais confié les meilleurs orchestres allemands. Voilà. Donc, je pars de lui et je conseille, je termine cette longue période, au moins d'écouter au moins deux références discographiques de lui. Là, je ne parle plus de Bruno Walter, je vais parler de la Valkyrie, de la quelque chose en moi, mais pour ceux qui trouveraient que la lumière c'est un peu long, indigeste, tout ce qu'on voudra, ce que je comprendrais fort bien, même si je pense qu'il passe à côté de quelque chose, mais ce n'est pas grave.
44:51 Pour ce qui est de Klemperer pour rester dans le genre purement symphonique, purement orchestral, il y a deux références absolues. Je ne connais pas de meilleure interprétation de Siegfried-Idyll, le cadeau fait par Wagner à sa femme Cosima, qui est moitié française, n'oublions pas qu'elle est fille de Liszt et de Marie d'Agoult, française, dont l'anniversaire est situé au 25 décembre, ça ne s'invente pas. Donc, pour le jour de Noël, Richard et Cosima, qui mènent une vie scandaleuse, surtout pour le monde puritain de l'époque, puisqu'il vient de faucher Cosima à son mari qui était la meilleure partie de l'Allemagne, M. Hans von Bülow, grande famille prussienne, qui a de grands généraux dans les armées du Kaiser, et qui est un chef d'orchestre charismatique, on dirait aujourd'hui, un peu le Karajan de l'époque, si vous voulez, vous voyez.
45:49 À la fois le Karajan et le Toscanini, aussi autoritaire et aussi flamboyant, n'est-ce pas ? Grand amateur de philosophie hindoue, de brahmanisme. C'est comme tout le monde j'allais dire à l'époque. Voilà, voilà, typique de l'époque qui disait de la… J'ai fait allusion très rapidement lorsqu'on a parlé de la variation déjà chez Beethoven, qui disait que les variations de l'Arieta de l'opus 111 de Beethoven, c'est un peu comme Brahma qui rejette en un tous ses masques, vous voyez.
46:20 C'est le cocu le plus célèbre de l'époque, n'est-ce pas ? Puisque Wagner lui pique sa femme et vit avec ses enfants il vit d'amour et d'eau fraîche parce qu'ils sont fauchés et c'est pour ça que Wagner il décide de ne pas sortir des cadeaux pour Noël avec Cosima, c'était convenu, mais Wagner prépare un cadeau musical, il fait répéter à titre bénévole des musiciens de l'Orchestre de Zurich puisqu'il est réfugié en Suisse à ce moment-là, n'oublions pas qu'il a été pris avec de la poudre sur les mains sur les barricades de 48 en Allemagne et qu'il a passé presque un tiers de sa vie en exil.
46:54 Là, il est en Suisse auprès du plus beau lac de Suisse, lac de Lucerne, dans la maison d'un autre dont il piquera la femme plus tard aussi avec l'argent de cet autre et avec les enfants encore d'un tiers qui est Hans von Bülow et voilà que Cosima se réveille à 7h du matin le jour de son anniversaire n'oubliez pas qu'il n'y avait pas de chaîne hi-fi à l'époque et entend une musique et je ne sais pas d'où elle vient. Wagner a planqué des musiciens dans l'escalier après les avoir fait répéter et lui offre cette petite aubade symphonique qui est une merveille que je vous conseille dont le thème principal est appelé dans la tétralogie le thème le leitmotiv de la paix comme par hasard comme si Wagner avait enfin trouvé l'apaisement à plus de 60 ans avec une femme de 40 ans de moins qui lui donne ses premiers enfants.
47:49 l'interprétation la plus précise la plus appropriée au niveau purement technique et partition et la plus bouleversante la plus humaine c'est celle de Klemperer alors là rien à craindre enregistrement qui offre toutes les garanties de la haute fidélité déjà à l'époque c'est dans les années 60 déjà stéréophonique voilà je recommande Siegfried-Idyll par Otto Klemperer et deuxième référence le mouvement lent le dernier mouvement du testament symphonique de Mahler de la neuvième cette espèce d'immense mouvement lent qui est une extase contemplative comme souvent chez Mahler voilà il n'y a pas fait Résurrection aussi le deuxième de Mahler qui est magnifique bien sûr tu connais bien avec Hilde Rössl-Majdan bien sûr non non mais Schwarzkopf avec pour moi c'est la version de référence mais non mais si on devait les citer tous la plus belle passion son Saint-Mathieu avec un casting de chanteurs ahurissants dont Fischer-Dieskau c'est Klemperer voilà non mais c'est des chefs c'est comme les Sawallisch c'est
Le choral de Noël de Schoenberg, Bergson et Victor Klemperer
48:59 les voilà on va pas tous les énumérés ou les Walter Goehr un peu moins connus qui est immense donc vous voyez je me permets de faire une requête je le dis devant le public je m'adresse à Emmerich comme une à la fois une requête presque en forme de supplique c'est de de prendre comme indicatif pour la diffusion de la séance d'aujourd'hui l'orchestration par Schoenberg dans les années 30 il était en vacances dans les Alpes autrichiennes voilà il orchestre à sa manière très moderne très XXème siècle mais sans changer une note de la mélodie le choral de Noël lui le juif il s'inscrit au cœur de ce qu'il y a de plus intime dans la germanité éternelle le fait de fêter Noël à Weihnacht n'est-ce pas mon beau sapin et la traduction française de O Tannenbaum n'est-ce pas bon et voilà peut-être il faut voir
50:09 grâce à une admirable institution que je recommande un site qui est sur internet et qui s'appelle l'association Schoenberg Archive qui est à Vienne il y a un musée Schoenberg je conseille le clip c'est comme ça qu'on dirait aujourd'hui un court métrage où résonne cette partition très bien interprétée ce choral de Noël composé au XVIe siècle par Michel Praetorius qui est par ailleurs un immense musicologue qui nous a laissé une traité de musicologie capitale pour les historiens et qui est sans doute celui qui est le plus inscrit dans le cœur des allemands bien plus que Stille Nacht qui est beaucoup plus récent et qui est une création carrément quasi contemporaine et qui a le plus fleur bleue vraiment le choral allemand luthérien intemporel si vous voulez que Bach reprendra si souvent dans ses cantates orchestré par Schoenberg vous regardez les images pourquoi j'insiste parce qu'on y voit les images d'un Reich à jamais disparu
51:20 avant que la barbarie ne s'étende dans cette petite station de sport d'hiver avec les rues et les ruelles du Berlin de l'époque c'est un superbe montage voilà donc j'enverrai le lien et je laisse à Aymeric après le soin parce que c'est c'est pas moi qui ferai ça moi je posterai comme ça mais par contre il y aura certainement quelqu'un qui va travailler oui oui j'ai les techniciens qu'il faut sous la main mais je propose à l'éditeur de programmer ce morceau là et ce clip là comme indicatif qu'on ne saurait mieux illustrer cette tragédie allez j'y reviens cette dramatique qui fait que le cauchemar que ça a dû être pour des gens qui avaient complètement vous voyez je ne suis pas en train de défendre le sionisme c'est presque c'est presque le contraire je parle de juifs vous savez que Bergson notre philosophe Bergson était sur le point de se convertir au catholicisme lorsque le régime de Pétain honteux de ses propres principes comme dit au plus près Merleau-Ponty dans son éloge de la philosophie
52:30 lorsque Pétain décide de lui accorder les honneurs de l'état français et voilà que Bergson qui avait toujours dit confier on a des textes que son itinéraire spirituel le conduisait tout naturellement à se convertir au catholicisme que c'était l'aboutissement de sa conviction un peu comme Simone Weil voilà qu'au dernier moment il dit il refuse de se convertir et il dit mot à mot pour rester solidaire de ceux qui seront demain des persécutés il dit ça juste avant le déclenchement de la guerre et bien il y a exactement la même chose puisque Victor Klemperer lui aussi s'était converti alors lui ce n'était pas un projet il s'était converti et malgré sa conversion il échappe à Auschwitz parce que sa femme est allemande mais voilà qu'en 45 en février 45 le régime se crispe encore si possible dans l'horreur et décide de déporter
53:40 aussi en février 45 les soviétiques ont déjà repris le camp d'Auschwitz regardez un petit peu la folie du Reich et à ce moment là il décide que même ceux qui ont une femme allemande tant pis pour eux ils doivent être exterminés et il est sauvé par quoi ? c'est affreux à dire il est sauvé par le plus grand bombardement de tous les temps puisqu'il s'agit de Dresde où il habitait et vous savez qu'il y a eu plus de morts à Dresde vous ne savez pas dans ce cas là je vous l'apprends il y a eu plus de morts à Dresde qu'à Hiroshima en nombre de morts en un seul bombardement c'est le record absolu de même qu'il y a eu plus de morts sur les bombardements incendiaires de Tokyo que sur les bombardements au phosphore de Tokyo n'est-ce pas et les américains n'ont jamais autant bombardé un pays que le Cambodge en tout cas on ne le dit pas le malheur commence soi-disant avec les Khmers rouges je ne peux rien vous cacher sur ma région natale mon cher Aymeric oui oui parce qu'on parle de dire du Vietnam moi je suis né à Hanoï mais entre le Vietnam et le Cambodge il y a une frontière que parcourait ce qu'on appelait la piste Hô Chi Minh à l'époque et effectivement la quantité de bombes mais ça c'est dans toutes les encyclopédies tombées sur cette région pendant la guerre du Vietnam
54:50 oui oui c'est ça mais le plus gros est tombé sur le Cambodge et sur le Laos n'oublions pas oui c'est ça sont supérieurs à la quantité de bombes tombées sur l'ensemble de tous les champs de bataille y compris la guerre du Pacifique de la deuxième guerre mondiale oui je crois que c'est ça voilà et vous savez pourquoi les américains ont fait la guerre parce que quelle idée de prendre une option pour les ministres c'est les dominos à 10 000 kilomètres de chez nous il a adopté mon rôle à 10 000 kilomètres de chez nous enfin je veux dire voilà je rappelle au passage n'est-ce pas que maintenant et puis ça ne s'est pas arrangé n'est-ce pas maintenant il suffit qu'au Burundi il y ait des élections je dis au Burundi au hasard ou au Vanuatu ça m'est égal pour que tout d'un coup au Pentagone on se dise mais qu'est-ce que c'est que ces élections c'est pas clair non non il faut qu'on regarde de plus près c'est quand même extraordinaire 3 millions de morts en Corée bagatelles parce que tu parlais de ces bombardements mais Séoul c'est terrible n'est-ce pas le port de Chongyang ce port en Corée qui a été un port martyr le Dresden Incheon voilà Incheon ça a été un carnage épouvantable de civils bon bref ne nous égarons pas
56:00 mais c'est pour vous dire c'est Dresden qui bat le record à ce niveau-là j'ai connu à l'époque de l'Allemagne communiste j'ai connu des survivants de ce bombardement des citoyens de Dresden en particulier un bénévole qui malgré sa retraite continuait à à s'occuper des camarades du troisième âge en difficulté par hasard dans un dans un café à Dresden et qui me disait qu'il voyait des gens fuir leur domicile en flamme et mourir dans le goudron en fusion vous voyez ou de ramasser des enfants à l'école à gare dans les boyaux de Dresden dont les parents avaient été volatilisés par la chaleur ils ont retrouvé des corps dans les arbres bon il échappe par miracle au bombardement et sa femme allemande profite du chaos ambiant pour lui arracher l'étoile jaune n'est-ce pas au nom de laquelle il allait être déporté et mourir et voilà et il va je parle ici de Victor toujours Klemperer
Exil, internationalisme prolétarien et Thomas Mann
57:10 le cousin du chef d'orchestre d'Otto et il va se retrouver à l'ouest quelques temps il va revenir malgré les ruines la misère de l'immédiat après-guerre en Allemagne communiste en république démocratique allemande et encore une fois il mourir en 1960 vous voyez Schoenberg comme Otto Klemperer exilé aux Etats-Unis comme Bartók le hongrois vous voyez qui n'est pas un juif mais le point commun là c'est l'exil maintenant n'est-ce pas mais exil ou dans le pays le moins disposé à être à la hauteur de leur vieille culture européenne n'est-ce pas et puisqu'on parle de mondialisation aujourd'hui on croit que je suis en train de faire l'éloge n'est-ce pas je vais parler tout à l'heure de Mozart musicien européen alors on va me dire t'es un peu mondialiste t'es un peu comme Nietzsche qui dit le bon vieux temps n'est plus la musique de Mozart a été son chant du cygne à l'époque la musique était européenne nous autres bons européens vous voyez vous suivez mon regard non non non
58:20 je prends cette occasion de rappeler des classiques du marxisme et du communisme je n'oppose pas le repli hexagonal auquel je suis très attaché par ailleurs pour des tas de raisons je n'oppose pas le repli hexagonal au cosmopolitisme bourgeois là je suis dans la langue communiste j'oppose au cosmopolitisme bourgeois l'internationalisme prolétarien donc un monde peut en cacher un autre une mondialisation peut en cacher une autre je ne parle pas de la mondialisation des maîtres je ne parle pas ici des étudiants d'Erasmus je suis ravi pour eux mais enfin quand on voit leur look commun je comprends qu'ils aient un faible pour l'Europe de Bruxelles je veux dire ce n'est pas le même look que tous ces jeunes que l'Europe de Bruxelles met au chômage n'est-ce pas ou voudrait remettre à l'apprentissage vers sortir de l'école et l'université voilà je remonte tous les enjeux qu'il y a derrière mon apparente internationalisme mon apparente internationalisme
59:30 non non non je suis heureux que ces juifs-là qu'on a condamnés à être à cheval sur plusieurs cultures n'est-ce pas par l'exil par le oui je crois que tu parlais de Schoenberg aux Etats-Unis et juste à côté il y avait quand même Thomas Mann qui écrivait Dr Faustus donc il a exprimé justement toutes les contradictions mais en même temps l'essence même de l'Allemagne il l'a exprimé justement à côté de Schoenberg aux Etats-Unis je suis très heureux que tu viennes adjoindre l'étoile Thomas Mann à la constellation que je développe aujourd'hui parce que ce Thomas Mann avant et le plus drôle c'est qu'il l'a fait grâce à en plus avec une très forte correspondance avec Adorno exactement et je trouve son point de vue plus lucide je pense d'ailleurs plus d'un que celui que celle d'Adorno qui connaît très bien la musique qui a été un élément il avait besoin comme expert aujourd'hui voilà le Thomas Mann en question avant l'immense romancier auteur de Zauberberg de la Montagne Magique du Dr Faustus et de Buddenbrook et j'en passe ce Thomas Mann
1:00:41 avant d'être exilé aux Etats-Unis c'est quoi tu fais allusion était exilé à Londres d'où il a fait une série d'émissions qui s'appelle Deutsche Hörer allemand écoute écoute un peu ce que je te dis dans laquelle il fait cette citation j'en profite parce qu'on ne la répète jamais assez ceux qui renvoient dos à dos le communisme et le nazisme tout ceci est dit en 43 je dis bien en 43 à la radio BBC ceux qui renvoient dos à dos le nazisme et le communisme prouvent par là leur haine du communisme et leur complicité avec le nazisme je le résume je le condense c'est l'Union Européenne actuelle c'est exactement la forfaiture exécutée l'année dernière par l'Union Européenne officiellement à Bruxelles au point que bientôt on va revenir au Berufsverbot comme on disait le 19 septembre le Parlement européen qui met une équivalence entre nazisme et communisme voilà tout à fait on ne parlera jamais assez et ça a été voté dans une belle unité qui va des écolos à l'extrême droite il faut le dire en passant par les socialistes voilà par la social-démocratie pour être plus précis
1:01:51 c'est-à-dire le même consensus que les pleins pouvoirs à Pétain oui oui c'est ça avec les décrets Daladier que seuls les communistes ont refusé le décret Daladier et les pleins pouvoirs à Pétain et après on livre les communistes aux nazis que seuls les communistes ont refusé les pleins pouvoirs à Pétain les seuls comme organisation parce qu'il faut être honnête il y a des individus de toute façon ils ne pouvaient pas ils étaient en prison il y a des individus qui n'étaient pas communistes et qui étaient hostiles au régime de Pétain il y avait même des royalistes n'est-ce pas dans la résistance non mais attend arrêtons mais comme organisation c'est des bénévoles qui ont flingué Jean Moulin ces royalistes-là j'aimerais bien savoir ce qu'ils ont fait dans la résistance mais comme organisation et comme parti il n'y a que le parti communiste qui a refusé les pleins pouvoirs à Pétain il ne faut jamais oublier c'est des destins individuels c'est leur affaire c'est surtout commenter la résistance armée bon allez alors Dresde Klemperer on va revenir à Dresde et Klemperer oui mais alors la constellation c'est Klemperer chef d'orchestre Klemperer le cousin philologue faisant une somme dont il existe des éléments en livre de poche
LTI, le jargon nazi et les chemins de Heidegger
1:03:01 je crois que c'est dans la collection idée Gallimard l'histoire littéraire du 18e siècle français il a fait aussi une histoire de la littérature française du 18e siècle jusqu'au 20e siècle et surtout il s'est spécialisé à la faveur de ce qu'il a souffert pendant la guerre comme juif il a s'est spécialisé dans l'étude de la manière dont la propagande nazie s'incruste dans une nouvelle manière de parler dans la propagande dans l'invention de mots nouveaux se servant de la tendance à la langue allemande à agglutiner les éléments de la langue n'est-ce pas de faire un jeu de Lego de construction lexicale voilà lingua tertii imperii la langue du troisième ouf voilà ma constellation est faite oui c'est ça ça apportit exactement la lingua la langue il le dit en italien exprès lingua tertii imperii la langue du presque est faite voilà c'est le i du génitif latin donc voilà ma constellation qui se met en place
1:04:11 victor Klemperer le linguiste c'est le point commun entre Klemperer et adorno il faut conseiller le jargon de l'authenticité sa critique de heidegger justement de son fameux jargon qui qui aime bien ses meilleurs boucains et là Emmanuel Faye a fait un assez bon boulot je trouve personnellement en particulier en tournant autour de de termes comme völkisch n'est-ce pas artfremd oui tout à fait non mais il y en a plein il y a la marie je crois le Gleichschaltung c'est la mise en route d'une voiture en même moment on branche tout le monde vers le en passant à la première c'est ça que ça veut dire mais ça veut dire aussi arrasement donc oui mais je pense à völkisch parce que les gens croient que on passe d'un registre à l'autre c'est une simple transcription folk musique populaire pop music tout ça c'est pareil non la musique pop c'est pas la musique populaire la musique pop celle dans laquelle sont enfermés on en a parlé
1:05:21 je n'y reviens pas dans un chapitre antérieur de musico-sophie on a parlé des ghettos sonores dans lesquels la jeunesse contemporaine est enfermée depuis les années 50 à peu près ça fait quand même du temps c'est sans doute une des gangues les plus conservatrices de l'histoire sonore immobiliste et fixiste la musique pop non seulement ce n'est pas la musique populaire mais elle a eu pour fonction historique d'arraser et de liquider pratiquement les musiques populaires dans leur riche diversité et de les remplacer par ces des
1:07:02 assurant vous vous rappelez le texte il est tellement commode de se faire passer pour affable prévenant n'est ce pas en parlant des allemands n'est ce pas l'allemand fixe sur vous ses petits yeux bleus et l'étranger aussitôt de le confondre avec sa robe de chambre pour ne citer que ce temps fort or le chemin des bois je me promène dans les forêts moi j'adore ça personnellement ne le faites jamais avec un écolo il va vous gâcher le paysage il va vous dire que ça a l'air beau comme ça mais les pluies acides ont ravagé les arbres ils ont l'air beau mais en fait ils sont malades non non je j'aime oui c'est le fameux gemütlich allemand voilà voilà voilà j'aime le chemin des bois mais seulement la tradition française c'est allez celle qui l'a emporté dans l'édition chemin qui ne mène nulle part alors que strictement Holz c'est dire le bois Holz ça veut dire les sentiers qu'on voit dans les forêts les pistes tracés par l'homme dans les forêts chemin forestier bon et qu'est-ce que c'est que ce glissement là c'est moi je me permets personne n'a jamais relevé qui ne mène nulle part mais mais quel travail des camotards j'en sais très bien où mènent ces chemins
1:08:12 ils mènent sur ces quais où ceux qui arrivaient par wagon entier vomissaient à cause de la peur en voyant n'est-ce pas les déjections de ceux qui les avaient précédés avant d'entrer dans le crématoire de mettre nulle part circuler il n'y a rien à voir ça c'est le Heidegger de l'après-guerre celui pour lequel je suis le plus sévère allez je vais être honnête puisque je parle de la tragédie allemande si j'avais vécu moi intellectuel prof de philo lambda en Allemagne dans les années 30 peut-être que j'aurais été pire que Heidegger je ne peux pas être plus honnête j'ai mon milieu petit bourgeois je suis né dans le monde colonial je n'étais pas entouré de révolutionnaires et de bolcheviks au couteau entre les dents ou alors j'étais bien caché dans les maquis vietnamien voilà mais ce n'était pas mon entourage vous vous en doutez bien donc j'aurais peut-être été pire que Heidegger avant la guerre avec l'aveuglement la jeunesse je savais à 16 ans mais que Heidegger après la guerre reprenne son procès de la technique de la force productive en disant que tout le mal vient de là après avoir écrit que l'invention des panzers divisionnaires
1:09:22 n'étaient plus grand événement de l'histoire de la métaphysique occidentale mais là c'est ambigu parce que métaphysique pour lui c'est péjoratif bien sûr mais oui oui non non je veux dire mais lui pour lui les panzers divisionnaires ça allait nous délivrer de l'ennemi parce que si vous voulez une autre citation pour que je sois clair il dit dans le séminaire de 1933 l'ennemi c'est l'Asiate et croyez-moi pour ces gens-là ça commence à la Vistule moi je connais mon Allemagne oui il y a le polac déjà il y a les pommettes saillantes on n'est pas loin des hordes des steppes des Huns bon je ne parle même pas du russe qui est le nègre de la blancheur n'est-ce pas c'est une expression personnelle j'ai vécu assez en Afrique pour me permettre de faire la comparaison dans tous les sens l'esclave, le noir donc le slave vrai ou faux étymologie peu importe je constate que c'est comme ça dans les consciences donc vous voyez chemin qui ne mène nulle part c'est terrifiant parce que c'est une manière de balayer de brouiller la piste
Schoenberg, Tristan et la libération de la tonique
1:10:32 c'est le cas de le dire de brouiller les pistes et de faire oublier où mène ces chemins du Grund du völkisch n'est-ce pas voilà de la racine mythologique du populaire oui voilà voilà je continue ma constellation dans laquelle vous voyez il y a des étoiles de première grandeur j'ai parlé de Schoenberg de Klemperer mais où il y a aussi des trous noirs pour filer ma métaphore et j'ai j'ai fait allusion tout à l'heure à l'interprétation par Klemperer Otto de la Valkyrie par Bruno Walter merci mais je pense aussi à des chefs un peu moins connus et qui très engagés politiquement à gauche de l'échiquier ce qui dans le monde allemand est plus difficile à tenir que dans les partis dans les pays où il y avait un fort parti communiste comme en France en Italie je pense à René Leibowitz
1:11:43 qui entre la rue de Rivoli et le Marais, d'une manière générale, au nord de la rue de Rivoli, ces gens-là qui étaient un peu comme Bergson qui voulait ce qu'on veut dire, tellement intégrés à la culture, à la peinture, à la littérature française, et on leur dit du jour au lendemain qu'ils ne font pas partie de notre société.
1:12:53 L'Allemagne, c'est encore pire. Vous voyez à quel point… C'est pour ça que je tiens à ce choral de Noël de Schönberg, ce qui était incrusté au cœur de ce qu'il y a de plus intime dans l'identité allemande, même vécu de l'intérieur d'un Allemand. On m'en expulse. On m'en expulse et on m'en arrache, surtout avec la violence qui est connotée avec ce mot. Donc, il y a bien ici une tragédie, c'est que Schönberg, là je ne parle pas d'interprète, comme compositeur.
1:13:27 Son Dieu, c'est celui qui a écrit Tristan. C'est le compositeur Tristan parce que pratiquement toute l'atonalité avec a l'apostrophe, c'est-à-dire la disparition de la tonalité comme référence de l'écriture sonore, mais référence au sens de repère, autant que la direction du bas, celui auquel nous force la pesanteur, est une référence dans la chorégraphie, dans la danse par exemple, on ne peut pas en faire abstraction, sauf à créer, comme je l'avais formulé un jour l'hypothèse, de créer une chorégraphie dans un vaisseau spatial libéré de la pesanteur, qui vous a des possibilités omnidirectionnelles.
1:14:06 Bon, c'est un petit peu ça que fait Schönberg avec les sons, il libère l'écriture de la dictature de ce qu'on appelle la tonique. La tonique, c'est bien simple, vous voyez ? Et bien ce do-là, j'en fais trois, quatre, cinq, cinq sur onze notes, dictature de la tonique, dans la moindre mélodie, vous voyez ?
1:14:38 Voilà. C'est pour ça qu'on avait dit que le dodécaphonisme, c'était l'égalité de toutes les notes, donc c'était bolchévique en soi, je ne sais plus si c'est un éloge ou quoi. Oui, il y en a qui l'ont dit. Il y en a qui l'ont dit. Donc vous voyez, au point d'ailleurs, entre nous, puisque je suis en train de parler de cette dramatique qui font que ceux qui étaient sans doute la plus belle expression de l'identité allemande, puisqu'on parlait d'identité, sont les chassés par des Allemands même pas honteux de leurs propres principes, j'en profite ici pour généraliser la chose.
Le judéo-bolchevisme et le triangle maudit
1:15:34 On peut faire une petite coupure ? Oui. Voilà, on est revenu. Je m'excuse auprès de nos amis, c'est un incident domestique, mais j'appuie dans une collectivité. Donc, j'étais en train de dire que je généralise un petit peu la position du problème maintenant. j'en étais à rappeler une énième fois que sans doute, ce qu'il y a de meilleur dans l'identité culturelle allemande n'a jamais si bien exprimé que, pas seulement, mais le plus souvent par des Juifs allemands, de langue allemande.
1:16:14 Mais c'est qu'à l'époque nazie, on ne fait pas la différence. Parce que tu disais, ils étaient traqués, qu'il suffit d'être un peu rose et on est tous traités de bolcheviques. Mais l'ennemi du Troisième Reich, ça revient d'une manière lancinante dans toute l'expression de l'époque, c'est le judéo-bolchevique. C'est-à-dire, il n'y a pas d'un côté, comme l'OTAN a réussi à convaincre des masses occidentales, n'est-ce pas, que les Juifs avaient deux ennemis, les nazis et les communistes, si vous regardez bien, n'est-ce pas, en arguant du procès des blouses blanches, de ce que vous voulez, de l'immigration des Juifs dans les années 70 vers Israël, etc.
1:16:59 Comme si le problème du niveau de vie ne comptait pas, n'est-ce pas, ou du mode de vie, pour reprendre une distinction de Clouscard, je rappelle que les nazis… Je conseille un livre, justement, de Jaurès Medvedev à ce sujet, parce que… De qui ? Jaurès Medvedev, qui est un dissident bien connu. Oui, oui, Jaurès Medvedev, bien sûr. Il est très anticommuniste, mais qui a au moins démontré pas mal de fantasmes par rapport à l'antisémitisme de cette période. Il a fait la même chose. Oui, il est publié qu'en anglais.
1:17:31 Il est mieux documenté sur le sujet que ce qui dépend de cette propagande. Il a le même sort qu'Alexandre Zinoviev, c'est-à-dire que quand le dissident ne dit pas exactement ce que l'Occident attend de lui, on ne le traduit pas. Alexandre Zinoviev, la première partie de ses bouquins sont publiés, la deuxième non. Oui, le plus populaire des dissidents, c'est l'antisémite, pas en russe. Oui, c'est ça. C'est pareil, il coche toutes les cases. C'est-à-dire que c'est Soljenitsyne qui fait l'éloge de... Non, non, parce qu'il n'est pas russophobe. Parce que maintenant, il faut être russophobe en plus.
1:18:01 Alors là, c'est parfait. Oui, c'est vrai. Oui, c'est vrai. Le panslavisme, je ne sais pas si c'est la meilleure éloge de l'Union soviétique parce qu'après tout, Staline n'était pas russe. Mikoyan non plus et qui a créé les MiG. N'est-ce pas ? Le ministre des Affaires étrangères qui restait le plus longtemps, Gromyko, était plutôt ukrainien. je veux dire, si on commence à raffiner, voilà.
1:18:34 Et le meilleur orchestre philharmonique pour revenir à la musique de l'Union soviétique, c'est celui de Leningrad. N'est-ce pas ? J'en profite pour dire que je n'ai jamais digéré le retour à Saint-Pétersbourg. Petrograd à la rigueur, si on ne veut pas de connotation communiste, moi je veux bien. Mais ça me semblerait un peu gros vu les souffrances que… Pour une ville martyr, oui. Pour une ville martyr, mais revenir carrément au nom de la ville de la ville germanique, n'est-ce pas ?
1:19:04 Imposé par le chevalier teutonique, par le fer et par le feu. Voilà. Donc voilà, l'ennemi, c'est le juif ou le bolchevik Car pour eux, c'est le même danger dans la fantasmatique nazie. Le juif comme le bolchevik, je parle comme les nazis ici, ce qui est typique de leur stratégie, c'est, comment ne pas penser à un certain écologisme d'aujourd'hui ? C'est ce qui s'insinue en nous, c'est ce qui nous pollue sans qu'on s'en aperçoive, c'est l'infiltration dans l'idéologie, dans la presse, vous voyez, dans la propagande, chez les intellectuels.
1:19:45 Le christianisme fondé par un juif, n'est-ce pas, le christianisme qui nous dit que vous frappez sur une joue, il faut tendre l'autre, n'est-ce pas, le bolchevisme, le communisme. D'après Nietzsche, la généalogie de la morale, c'est le judaïsme qui triomphe avec la Révolution française. Mais bien sûr, mais voilà, c'est une tradition qui remonte à bien avant le Troisième Reich, mais que le Troisième Reich porte au paroxysme. Voilà, c'est ça.
1:20:16 En fait, c'est le procès du progressisme. C'est-à-dire, et là, je reviens à l'actualité, parce que je maintiens qu'il y a un triangle maudit, ça devrait inspirer quelques compositeurs, il y a un triangle maudit, il y a une très belle pièce symphonique de César Franck qui s'appelle Le Chasseur maudit. Il y a un triangle maudit dont les trois angles sont l'humanisme, l'universel et le progrès. Ce sont les trois concepts les plus combattus depuis le début des années 60, en Occident général et en France en particulier, ou en France où la bataille idéologique était plus importante qu'ailleurs, vu l'importance des idées françaises dans l'Europe d'après-guerre.
1:20:54 Quand on regarde l'acharnement des structuralistes, par exemple, contre la notion d'histoire, de progrès et d'universel, pas besoin de faire un dessin avec Lévi-Strauss, par exemple, c'est pas le relativisme culturel. C'est pas le sens d'histoire. Ou le culturalisme, même, comme on l'a dit, n'est-ce pas ? Chacun dans sa, bon, je ne vais pas dire un mot grossier, mais en tout cas, chacun dans sa culture. J'en profite pour rappeler que pour moi, être cultivé, ce n'est pas cultiver sa culture, c'est en sortir.
Être cultivé, c'est sortir de sa culture
1:21:29 Et pardon, je le dis ici en tant que Corse, je veux dire. Je suis on ne peut plus heureux d'être Corse, franchement, mais pour des raisons que je ne vais pas développer et qui sont suffisantes, on n'a pas besoin de moi pour les voir. Et pas seulement à cause des paysages, n'est-ce pas ? Dans tous ceux qui ont fait des fois le tour du monde disent qu'il n'y a rien de plus beau. Voilà, je le case au passage. Mais la corsitude n'est pas à la hauteur de la corsité. Quand vous vous promenez en Corse et que vous voyez ces chemins muletiers sur des pentes épouvantables, faits par des bergers, pierre par pierre, n'est-ce pas, pour la transhumance des troupeaux, ceux-là, ils n'avaient pas le mot corsitude à la bouche, ils la produisaient avec leurs mains et leurs têtes et leur cerveau et leur effort, n'est-ce pas ?
1:22:17 Ils n'étaient pas tout le temps à parler de la corsitude, comme ceux qui en parlent dans les cafés près de l'université de Corté. Voilà, je prends position ici, non pas pour défendre un hexagone franchouillard, je veux dire, la Corse était une terre d'exil, de bagnes et très exploité à ce niveau-là et il y a plus de morts chez nous sur, il y a plus d'habitants, excusez-moi, sur le monument aux morts, en particulier concernant la guerre de 1914, que dans le village lui-même, je veux dire, donc voilà, et puis, j'ai la position de Rousseau, n'est-ce pas, qui a salué la fabuleuse résistance corse au double impérialisme génois et français, non, je ne suis pas en train de, mais tout de même, n'est-ce pas, les identités pourraient y revenir, n'est-ce pas, elles existent à condition qu'on n'en fasse pas des origines mais des résultats.
1:23:15 Voilà, philosophiquement, ce sur quoi je voudrais insister, pas hasard si les Russes interviennent très tard dans la musique classique, à partir de 1840-1850 avec Glinka, mais qu'après, ils rattrapent au point de donner sans doute le chapelet le plus riche en sommet d'interprétations violonistiques et pianistiques du XXe et XXIe siècle, encore maintenant, bon, maintenant, l'Asie prend la relève, mais je viens d'apprendre qu'il y a 71 millions de praticiens du piano classique en Chine chez les gamins.
Réponse au correspondant et souvenirs de RDA
1:23:52 Alors attention, il faudra qu'on s'accroche. Voilà, je crois que j'ai dit les 5, à moins que tu veuilles faire un contrepoint. Tu as peut-être un mot pour conclure sur Klemperer, peut-être, à ton correspondant ? Oui, alors justement, déjà, je présume qu'il va suivre cet épisode puisque j'apprends à travers le texte que tu as eu la gentillesse de lire, j'apprends qu'il suit nos entretiens de Musicosophie.
1:24:22 D'abord, un immense merci parce que, pardon d'être un peu personnel tout d'un coup, je vais l'être très rapidement, je ne vais pas m'attarder, mais je crois que je l'ai dit une fois à Musicosophie, j'ai l'habitude de remettre en question le soir ce que j'ai pensé le matin, je veux dire, donc je suis toujours incertain de savoir si j'ai visé juste. La carte du parti qu'on déchire le soir et qu'on recolle le lendemain. Voilà, voilà, ça me convient très bien. Pour moi, les meilleurs communistes sont ceux qui sont toujours en conflit avec leur parti, mais en conflit constructif.
1:24:54 Voilà. Donc, le... Donc, ce qu'il me dit me va droit au cœur et surtout à l'esprit parce que ça sonne comme des encouragements à continuer l'effort de transmission. Ça veut dire, si ça a un écho jusque à la Prenzlauer Berg et je lui dis un petit message personnel. Oui, j'ai le pouls qui s'accélère dès que j'ai lu son adresse Prenzlauer.
1:25:26 Parce que, voilà, je le dis rapidement, mais ce n'est pas pour parler personnel, c'est parce que ça touche à l'universel. C'est parce que j'ai pris une fois la route de la Baltique en passant par Prenzlauer, qui est à mi-chemin en gros entre Berlin et les bords de la Baltique. Ce n'est pas des endroits apparemment perdus pour un Français. Je vois depuis plusieurs, ce n'est pas fait exprès, puisque je vois depuis plusieurs séances Rügen dans ta bibliothèque. Ah, je comprends. Puisque tu m'autorises, je fais la promotion.
1:25:57 C'est une petite pochette touristique que j'ai achetée en Allemagne communiste à l'époque, n'est-ce pas ? C'est la station balnéaire. Voilà. Je la montre parce que, je vais peut-être terminer là-dessus. Mon premier séjour en Allemagne communiste, j'ai été étonné. Par quoi ? Parce qu'il faisait beau. Je croyais que c'était gris. On parle de touristique. Ah non, non, mais même moi, même moi, comme quoi la propagande s'insinue en nous, quoi qu'on fasse et quoi qu'on pense. Le soleil ne passait pas le rideau de fer. Mais bon sens, c'est vrai que le régime n'influence quand même pas encore la marge.
1:26:29 Je ne sais pas qu'elle ne parle pas. Non, mais c'est intéressant parce que pour moi, autant j'avais des raisons humaines, j'étais très désireux de connaître, de discuter avec des gens, autant pour moi, je m'attendais à voir du béton sous la pluie et dans la grisaille. Et je vois ça. Et je vois, et je terminerai là-dessus, les plus belles, car la côte baltique est l'équivalent de notre côte d'Azur. Les Allemands sont ravis de l'avoir récupérée depuis la réunification, n'est-ce pas ? C'est là qui est la plus belle plage. J'ai campé sur les plages de la Baltique avec des sangliers qui venaient roder autour de la Guitoune, quittant des forêts gigantesques.
1:27:04 On n'est pas habitués à voir des forêts, n'est-ce pas, au bord de la plage. Donc c'est la grande région balnéaire, c'est là que Thomas Mann, sa famille, l'establishment allemand avec ses villas, l'équivalent de la côte d'Azur exactement. Et je voyais, je serais là-dessus, je voyais des ouvriers en peignoir de bain, lunettes de soleil, regardant la mer sur ces villas chourravées à ces grandes familles nationalisées, sur lesquelles il y a marqué Ferienheim, n'est-ce pas, comment on dit, foyer de vacances, n'est-ce pas, centre de vacances, de quoi des fraiseurs-tourneurs de Leipzig, n'est-ce pas, des travailleurs du chemin de fer de Dresde et autres prolétaires, imprimeurs ou enseignants, peu importe, démocratiquement, je n'avais jamais pensé, n'est-ce pas, que dans le monde communiste, il y avait des lunettes de soleil en peignoir de bain face à la mer, avec ça, non mais regardez comment on est influencé, vous voyez, voilà pourquoi j'ai ici l'île de Rügen qui est, et je termine sur cette double nationalité que je revendique, qui est la Corse de l'Allemagne, cette île, voilà,
1:28:14 tout à fait au nord, parce que le symétrique septentrionale de cette Corse que je salue, voilà. voilà, et en tout cas, grâce à toi, Paris était l'Athènes du Nord, voilà, ici. Grâce à ton initiative de Musico-Sophie, surtout. Voilà, voilà, on va attendre, on va accorder des compliments. Je salue nos amis et je leur donne rendez-vous et je leur recommande, on espérera de mettre sur le site les références que j'ai égrenées. Oui, il y aura à jour une version avec des extraits.
1:28:46 Voilà, j'en prendrai, dès aujourd'hui, je vais prendre le relais, je vais les inscrire plus tard demain sur notre site où on est amis des éditions Delga, c'est un site ami, sur notre site de notre association et aussi sur notre page Facebook collective. Je ne me sers jamais de Facebook à titre personnel, mais voilà, quoi. Ça, c'est pro. Bravo, bravo pour les références. Ok, je vous coupe et à bientôt Musico-Sophie 11. Voilà, ça c'était le 10. À bientôt, chers amis, au 11 février, donc.
1:29:18 Non, 11, non, ça s'appellera le 11, Musico-Sophie 11, on a fait le 10 aujourd'hui. Ah pardon, le numéro 11, ça ne va pas moi, je perds la mémoire des dates. Oui, bien sûr, c'est sans doute parce que mon anniversaire est le 6 février que je m'embrouille. Oui, c'est assez drôle d'ailleurs, le 6 février. Maintenant, il y a un 6 janvier, oui d'ailleurs. Voilà, voilà. Le janvier 2021, de triste. Non, à la prochaine séance, à jeudi prochain en gros. Jeudi prochain en gros, c'est ça, on ne peut pas. Voilà. Merci à tout le monde et merci Aymeric.