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Préambule : vie de l'association et assemblée générale
5:35 Bonsoir chers amis, chers camarades, chers abonnés, chers adhérents, chers fidèles, chers nouveaux venus. Importante séance ce soir, je me dirais que je dis ça à chaque fois, mais quand même c'est une séance de pré-rentrée puisque notre rentrée est le début du nouveau cycle de causerie dont je vais, à propos de qui je donnerai quelques précisions tout à l'heure, dans la foulée, qui commencera autour de la mi-novembre, qui passera le 14 ou le 16, on verra, peut-être même le 15.
6:23 Mais avant de parler de ces nouveaux contenus, d'abord je voudrais que vous soyez, solliciter votre indulgence pour le côté un petit peu, pas chaotique, c'est pas le mot, mais je veux dire un peu irrégulier de nos diffusions ces derniers, ces tout derniers mois disons quoi, et c'est dû à, comme toujours, voir les choses importantes, c'est dû à de multiples facteurs, le plus souvent complètement indépendants les uns des autres. D'abord je passe très vite, j'ai eu quelques soucis de santé, j'ai dû faire des analyses, et je marche sur mes 80 ans, je suis désolé. Par ailleurs, les jeunes gens bénévoles, jeunes ou moins jeunes d'ailleurs, de notre association qui concouraient à la qualité de cette diffusion, dont je sais que vous l'appréciez, je suis rarement aussi heureux que lorsque je vois que les compliments dans les commentaires s'adressent, aussi bien à l'équipe technique qui fait plus que le mérité, ça vient de gens qui étaient bénévoles,
7:38 qui étaient étudiants, maintenant ils taffent, comme ils diraient, et ils n'ont plus tout à fait assez de temps, et ils me disent bien à quel point ça leur manque, mais enfin je veux dire, ils ont mieux à faire pour eux-mêmes, mais je suis content pour eux. Il y en a qui, je suis au milieu de un baby-boom, il y en a plein, vous voyez ce n'est pas des mauvaises nouvelles, qui sont pris 8 parts, qui ont leur premier bébé, et voilà, c'est par entre 3 biberons qu'on va venir voir si le cadrage est bien fait, etc.
8:10 Pierre Alain est un voyageur infatigable, et c'est quand même toute sa carrière qui est en jeu, et c'est d'autant plus fantastique, je ne sais pas comment il fait, qu'il soit là chez moi ce soir pour un direct, mais enfin je veux dire, il était à Londres la semaine dernière, il était en Bretagne la semaine d'avant, il sera bientôt en Islande, bon, je ne trahis rien là, Pierre Alain, voilà, et je ne crois que je ne fais qu'esquisser une partie, et une partie de son équipe est allée doubler son exposition à Taïwan, voilà, je ne vais pas mettre un pistolet sur la tempe à toutes ces excellentes volontaires, en leur disant, alors et mes vidéos, vous voyez, bon, sans compter que je n'étais pas toujours en forme moi-même, voilà, donc ça explique un petit peu pour une bonne partie de ces irrégularités en question, à l'occasion de la rentrée, on va reprendre un cycle régulier, mais j'en profite pour plusieurs petites mises au point, en titre de préambule, je vais arriver après, je ferai un grand plaisir à répondre à vos questions, mais juste ces préambules importants que je sucre un peu trop souvent,
9:21 alors que, d'abord, il y a longtemps que notre association, je le dis pour ceux qui sont adhérents aussi bien que ceux qui ne le sont pas encore, que notre association joue un peu les prolongations sur un mode formellement illégal, c'est-à-dire que normalement, si on suit les statuts à la lettre, ce que peu d'associations font au jour le jour, mais enfin, il faudrait que les membres du bureau soient validés par une assemblée générale, c'est ce qui a été fait la dernière fois, mais ça fait presque deux ans maintenant qu'on n'a pas fait d'assemblée générale, c'est ça qui fait, qui est un peu, qui est un manquement au droit formel, si vous voulez.
10:09 Donc, préparons-nous à une assemblée générale, je le dis pour ceux qui ne sont pas adhérents, j'insiste beaucoup, que l'assemblée générale, c'est l'instance la plus souveraine de l'association, où chacun a son mot à dire, ce qui va, ce qui ne va pas, ce qu'il aimerait voir se renforcer, ce qu'il aimerait voir au contraire être minoré, vous voyez, émettre des critiques, proposer des conseils, pourquoi pas, osons rêver, proposer une collaboration dans un domaine où l'intéressé aurait une compétence technique dont nous avons besoin à distance, ou carrément sur la région Île-de-France.
10:53 Pour tout ça, c'est au moment de l'assemblée générale que, exactement comme le congrès d'un parti, c'est l'instance la plus souveraine, one man, one vote, one woman, je me méfie, one vote, one boy, one girl. Bon, donc, si vous voulez compter, si vous vous intéressez à nos causeries, et si vous comptez, être plus partie prenante, pas seulement par les questions que je suis ravi de voir s'aligner, comme ça a été le cas tout à l'heure sur l'écran, et auxquelles j'ai toujours bonheur à répondre, mais d'une manière même, encore plus active, n'hésitez pas à adhérer.
11:40 Et j'en profite, parce que si nous avons ce retard, je vous dis tout de suite, on avait un problème de micro, on est un peu à la limite sur certains équipements qui arrivent un petit peu à terme. Et oui, vous devinez, je vais vous parler sous. je demande à ce que, c'est à peu près le cas dans l'ensemble, mais tout de même que ceux qui ne sont pas à jour aux cotisations, essayent de voir s'ils ne peuvent pas se mettre à jour, on ne fera jamais du forcing à ce niveau-là, bien sûr, mais ça ne pourrait pas mieux tomber, disons.
12:14 Et bien sûr, cette requête ne s'adresse pas à ceux qui tout récemment viennent de faire des dons plus qu'amicaux, n'est-ce pas, sans lesquels on ne pourrait même pas fonctionner ce soir. Voilà. Donc, je vais demander à notre présidente, à Alexandra, et à notre secrétariat, de bien vouloir mettre en place une convocation pour l'Assemblée Générale, dans les jours qui viennent, et avec une date suffisamment reculée par rapport à aujourd'hui, pour que chacun puisse, et chacune puisse s'y préparer.
La détermination refoulée : Gaza et le retour du refoulé
12:55 Voilà pour le premier préambule qui concerne l'organisation de l'association. Par ailleurs, pour ce qui concerne le programme du cycle qui vient, vous l'avez peut-être vu dans l'annonce que j'ai faite un peu tardivement hier, pour aujourd'hui, ça fait un peu court, mais j'ai mis au centre le thème sur lequel nous allons plancher collectivement, j'ai besoin de vous pour le faire, autant que vous avez besoin de moi, sinon plus, et c'est celui de la détermination, le fait que nous refoulons nos déterminations, ça nous arrange, n'est-ce pas, tout ce qui nous…
13:57 de refouler ou de mettre de côté, comme on dit familièrement en français, mettre la sonde sous le tapis, comme on a fait pour le problème palestinien depuis 50 ans, depuis un demi-siècle. On a dit, on s'en fout, c'est des miséreux, des animaux, un congressiste américain, n'est-ce pas, des animaux, et puis, il en parle comme l'ancien, le prédécesseur Zelensky, pour Porochenko, parlait des habitants du Donbass, n'est-ce pas, de la partie russophone de l'Ukraine, en disant que leurs enfants ne sont même pas scolarisés, on les mettra dans des caves.
14:43 Vous voyez, on a cru se débarrasser en le mettant sur pareil, dans les souterrains, c'est une métaphore. Là, à Gaza, deux millions sur la superficie de deux départements français. Et puis, on va demander aux Israël et les États-Unis, les États-Unis et Israël. Je ne suis pas un antisémite déguisé en antisioniste. Pour moi, ce n'est pas Israël qui régit tout ça. S'il n'y avait pas l'appui américain, Israël ne fait pas un mois.
15:14 Et je suis généreux. C'est ça la différence entre le vrai antisioniste, celui qui ne l'est que comme prétexte pour cacher son antisémitisme. Non. Israël et les États-Unis, les États-Unis et Israël, demandent au Qatar, à d'autres instances pétro-dollarisées, de bien vouloir donner de quoi payer un embryon d'administration à Gaza ou au Hamas.
15:46 N'est-ce pas ? De financer le Hamas. Mais oui ! On a mis à Sandra Soult, comme ça, on n'entend plus parler des Palestiniens. Ils ont de quoi vivoter. Et puis, paf ! Voyez le retour du refoulé. Ceux qui ont des enfants à bas âge, quand ils prennent le bain du bébé, ils savent ce que c'est d'essayer d'enfoncer un ballon dans l'eau pour s'amuser. Et dès qu'on lâche le ballon, il vous saute au visage. N'est-ce pas ? Mais il n'a aucune force, le ballon. Si on l'avait laissé flotter, il ne nous aurait pas sauté au visage.
Déterminations du sujet et non de l'objet
16:17 Non, c'est parce qu'on l'a plongé. sacré archimède, qu'il nous saute à la figure C'est ça, les déterminations, n'est-ce pas, qui nous constituent comme sujet. Je résume ce que je viens de dire, le bilan philosophique et le programme qui nous attend. Ces déterminations, je vais ajouter une précision après, ces déterminations, c'est parce que nous les refoulons que nous leur donnons cette force de nous déterminer.
16:49 Donc, la meilleure manière de s'en libérer, car c'est bien l'enjeu de toute philosophie, n'est-ce pas, d'aller vers plus de liberté et pas au sens libéral, vous vous en doutez. Je pense à Rousseau qui disait « La liberté consiste moins à faire ce qui nous plaît que ne pas dépendre du travail de l'autre. » Oui, oui, j'en vois que c'est déjà la note. Vous avez raison de la noter, celle-là.
17:19 en la reconnaissant, j'ai mis dans l'annonce, n'est-ce pas, tout le parcours qui va de la détermination refoulée à la détermination terme hégélien par excellence « anerkannt », reconnue. Et donc, on peut s'en libérer dès l'instant qu'on est reconnu. C'est là que j'arrive à la précision que je vous promettais à l'instant. Attention, quand je parle de détermination, je ne me mêle pas de ce qui ne me regarde pas. Je ne suis pas spécialiste des sciences dites de la nature, des sciences dures, des sciences…
17:53 Voilà, je suis parmi les plus heureux qu'elles existent. Et sans doute, ne serais-je pas moi-même vivant. Et je ne suis pas le seul à vous imaginer si ces sciences et leurs implications n'existaient pas. Donc, attention, seulement, ces déterminations-là ne sont pas l'affaire de la philosophie, c'est l'affaire de la physique, de la chimie, de la biologie, de l'astronomie. Il n'est pas du tout interdit à un astronome, à un biologiste de philosopher, mais à ses risques et périls.
18:23 Il n'est pas dans son domaine de compétence. Ou alors, ce sont des individus exceptionnels. Je pense à Bachelard, des gens comme ça. Pourquoi je dis ça ? Parce que je ne parle pas des déterminations qui font que j'ai besoin de manger pour vivre, que tel enzyme de mon cerveau, etc. Non, non. Je parle des déterminations, non pas qui concernent moi comme objet, je parle de mon corps, mais moi comme sujet. Ah, mais c'est un peu plus difficile. Oui, mais c'est l'objet de la philosophie, le sujet.
18:53 C'est là, n'est-ce pas, que les choses à la fois se compliquent et en même temps se simplifient. Quelle dialectique ? Ne mélangeons pas les champs. Et d'ailleurs, il y a un passage des principes de la philosophie du droit de Hegel. Je crois que… Je sais que j'ai fait rigoler un commentateur qui a dit « Sacré Pagani, il sort du champ, il va chercher son livre. » Je récite.
19:36 Et voilà. J'ai bu une bière entre temps. Non, c'est pas vrai. Je n'ai pas eu le temps. Je suis un peu plus thé que bière un peu comme Nietzsche. Je reviendrai sur Nietzsche tout à l'heure. au propos des questions. Oui. Donc, c'est dans… Comme ils sont divisés en paragraphes, les principes de la philosophie du droit, je ne vous donne pas la page parce que ça, ça dépend des éditions, mais le numéro du paragraphe, lui, il ne change pas, quelle que soit l'édition ou la traduction.
Hegel : la liberté du vide et le fanatisme de la destruction
20:11 Donc, je sais que c'est vers 6-7 par là. Voilà, on y arrive. C'est la liberté du vide. ça, je l'ai souvent lu, ce n'est pas ça. C'est incroyable, je ne vois pas. Attendez. Ah, c'est éteint ça.
20:42 Ah, il y avait un faux contact. D'accord. Vous voyez que nos équipements… Non, non, c'est juste une ampoule, je vous rassure. Voilà. Je ne vais pas répéter à chaque fois ce passage très important où Hegel distingue plusieurs moments de la liberté, puisqu'on en parle, donc je passerai rapidement.
21:13 Il y a deux moments opposés. la liberté qui croit, le sujet qui se croit libre lorsqu'il exclut toute détermination. Justement, je ne suis ni ceci, ni cela. C'est le moment. Ce n'est pas encore la révolution. C'est encore un peu frustre, mais c'est le moment de la révolte. Il faut passer par là, attention, c'est sérieux. Je ne peux entendre dire du mal de la révolte. C'est une condition nécessaire, mais bien loin d'être suffisante. Je ne suis ni ceci, ni cela, n'est-ce pas ? Je ne suis ni français, ni garçon, ni homme, ni fille, ni homme, ni femme, ni chaste, ni folle.
21:48 Je ne suis ni de la nature, ni de Dieu. Je ne suis moi, moi, moi. Vous savez, Stirner, une des coqueluches d'Onfray, l'unique et sa propriété. Ben tiens. Je ne vais pas revenir dessus. C'est quand même un petit peu. Voilà ce qu'il en dit, n'est-ce pas ? Que c'est la liberté du vide. N'est-ce pas ? C'est la liberté du vide.
22:18 Elle peut se manifester sous une figure réelle et devenir une passion. Alors, si elle reste simplement théorique en philosophie, c'est le fanatisme religieux de la pure contemplation hindoue. Si elle se tourne vers l'action, vous savez, il fait allusion aux bouddhistes, il connaissait bien, c'est une doctrine orientale, et bien mieux que Schopenhauer qui souscrivait, parce que ce n'était pas sa Bible, justement, qui passe son temps de dire que tout est religion sauf moi, moi, moi, moi, moi, moi, moi.
22:48 Si elle se tourne vers l'action, alors le contraire, c'est en politique comme en religion. Écoutez bien, parce que ça annonce même les plus grands massacres de notre époque, et ce n'est pas peut-être, je pense aux Khmers rouges, par exemple, vous savez que je l'appelle des Khmers verts qui n'avaient rien de rouge, qui ont été financés souvent par la CIA, renseignez-vous, sur le vote, les votes à l'ONU, n'est-ce pas, pour le Kampuchea démocratique contre le Cambodge qui s'en a été libéré grâce aux Vietnamiens.
23:18 Et oui, il fallait aider à ce moment-là les Khmers pro-Chinois de l'époque, n'est-ce pas, je parle de la Chine de la révolution culturelle, heureusement qu'elle en est sortie, la Chine, contre les Vietnamiens pro-soviétiques, vous voyez, c'était ça les Khmers rouges, mais je les appelle des Khmers verts parce que leur première grande action ça a été de vider la ville obscène et corrompue pour aller à la campagne, n'est-ce pas, où ils ont été massacrés. Bon, mais regardez, il parlait de la religion hindoue tout à l'heure, c'est bouddhiste, le Cambodge. Alors voici, si la liberté du vide, elle peut se manifester sous une figure réelle et devenir une passion, alors si elle reste simplement théorique, bon, c'est le fanatisme religieux de la pure contemplation hindoue, c'est pas grave, ça fait pas de dégâts, si elle se tourne vers l'action, c'est en politique comme en religion, si c'est pas actuel ça, le fanatisme de la destruction de tout ordre social existant et l'excommunication de tout individu suspect de vouloir un ordre et l'anéantissement de toute organisation voulant se faire jour.
24:21 Je ne vais être déterminé par rien, n'est-ce pas ? Ce n'est qu'en détruisant que cette volonté négative a le sentiment, si encore c'est le savoir, le sentiment, ce qu'il appelle la bouillie ailleurs, n'est-ce pas ? Le sentiment de son existence. Elle pense qu'elle veut un état positif, par exemple, l'état de l'égalité universelle, vous voyez, ou de la vie religieuse universelle, mais en fait, elle n'en veut pas de la réalité positive, car celle-ci introduit aussitôt un ordre quelconque, il faut manger, il faut faire la vaisselle.
24:55 Je pense dans les communautés, dans les Cévennes, à l'époque, où c'était tout zen et c'était toujours les mêmes vies. Braves filles subjuguées, comme dit Clouscard dans la maison de campagne, admirable chapitre du capitalisme, de la séduction, vous le trouverez à la fin du volume, c'est toujours les braves filles subjuguées, n'est-ce pas, qui faisaient la vaisselle et le ménage. Bon, elle pense qu'elle veut un état positif, par exemple, l'état de l'égalité universelle ou de la vie religieuse universelle, mais elle n'en veut pas de la réalité positive, car celle-ci introduit aussitôt un ordre quelconque, une détermination singulière, aussi bien des institutions que des individus, alors que c'est en niant ces spécifications et cette détermination que précisément la liberté négative devient consciente de soi.
25:35 Il faut toujours qu'elle soit en train, comme une flamme qui a toujours besoin de combustible pour brûler, sinon elle s'éteint. C'est ça la négativité. Ainsi, ce qu'elle croit vouloir peut-être, peut n'être pour soi, dans sa conscience, n'est-ce pas, qu'une représentation abstraite, moi je suis un brave homme, n'est-ce pas, je suis pour les droits de l'homme, etc., et sa réalisation, sa mise en pratique, n'être qu'une furie de destruction. Voilà, donc, ça c'est le moi, la liberté abstraite, la liberté du vide, je n'y reviens pas, la négation de toute détermination.
La détermination absolue et la négativité immanente
26:10 Après, il y a l'inverse, l'antithèse, je suis un citoyen romain, l'absolue détermination, je suis un caractère, La Bruyère, vous voyez, le classicisme, on dit d'ailleurs les caractères dans le théâtre classique, n'est-ce pas, le jaloux, l'avare, la jalouse Hermione, n'est-ce pas, la phèdre subjuguée par sa passion, déterminée par son amour pourrie, etc., etc. Donc, et là, c'est tout le contraire, on s'identifie à une détermination et une seule, au détriment de toutes les autres.
26:43 Alors, bon, et maintenant, j'en arrive à ce passage sur ce que j'appelle vraiment la détermination dont nous allons parler, qui n'est pas, j'y reviens, je n'ai pas perdu mon fil, ce n'est pas la détermination biologique, physique, chimique, laissons ça en dehors de la philosophie, restons branchés, soyons à l'écoute des découvertes, des discussions de ce qui est problématique, mais écoutons les savants, là, c'est pas, voilà, c'est pas, voilà, faisons attention quand ils font semblant de parler philosophie et nous, faisons attention à ne pas faire la bêtise inverse, c'est pas, c'est pas de ces déterminations dont je parle, alors, c'est laquelle, alors, si c'est pas les déterminations qui nous viennent de la nature, je reprends, plutôt, Hegel reprend, une remarque, vous voyez, je vais le montrer à la caméra, il y a un R, on a dit souvent que Hegel avait renvoyé le concret aux remarques, n'est-ce pas, sinon ça reste un peu abstrait, ce second élément de la détermination, je suis un caractère bien déterminé, est aussi bien négativité et abolition que le premier,
27:53 vous voyez ce que c'est qu'un dialecticien, c'est celui qui voit ce qu'il y a de commun entre deux parties qui ont l'air de s'opposer radicalement sur tout, Oui, on va y revenir tout à l'heure, la gauche, la droite, Israël, le Hamas, je veux dire, tout ce qui a l'air de s'opposer radicalement, qu'est-ce qu'il y a de commun, n'est-ce pas, il faut qu'on le renvoie dos à dos et qu'on arrive à quelque chose de plus sérieux. Ce second élément de la détermination, je suis la marge, je suis la passion, est aussi bien négativité et abolition que la première, c'est l'abolition de la première négativité abstraite.
28:35 Voilà. Comme le particulier est contenu dans l'universel, moi je passe un peu vite là, ainsi et pour la même raison, le second élément est déjà contenu dans le premier et c'est une simple position de ce que le premier est déjà en soi. Si vous ne comprenez pas, ça n'a aucune importance, la clarté vient. Le premier élément, en effet, il revient à la liberté du vide, je ne suis déterminé par rien, je suis moi et puis c'est tout, moi égale moi, comme on trouve chez Fichte, le premier élément, en effet, comme premier pour soi, n'est pas la véritable infinité ou universelle concret, c'est-à-dire concept, le contraire du sentiment, de l'intuition, mais seulement quelque chose de déterminé, d'unilatéral.
29:22 Je ne comprends pas, tu me disais que ce premier moment, c'est le refus de toute détermination. Justement, regardez ce retournement. Puisqu'il est l'abstraction de toute détermination, puisqu'il n'existe qu'en faisant abstraction comme la flamme dévore le bois, je vous l'ai dit tout à l'heure, puisqu'il fait abstraction de toute détermination, il n'est donc pas lui-même sans détermination. Vous enlevez le bois et la flamme disparaît. Toute détermination et son être abstrait et unilatéral fait sa détermination, spécifié, son insuffisance, sa finitude.
29:55 Les qui croyaient arriver à l'infini, n'est-ce pas ? Je vous rappelle que je l'avais illustré avec cet admirable poème de Rimbaud qui s'appelle Conte, où l'on voit un prince qui détruit tout autour de lui, n'est-ce pas ? un peu comme les Caligula ou les Néron, n'est-ce pas ? Pour sentir un peu son existence. Bref, vous voyez, il faut qu'il y ait les choses à détruire pour pouvoir détruire. Alors, la séparation et la détermination des deux éléments indiqués se trouvent dans la philosophie de Fichte et aussi dans celle de Kant. Pour l'instant, on passe.
30:25 On n'est pas en histoire de la philo. pour s'en tenir à celle-là, donc à Fichte, le moi comme illimité est pris seulement comme positif, si bien que ce moi abstrait pour soi doit être le vrai que par suite la limitation apparaît comme ajouté. Et là, arrive le passage qui définit la détermination telle que nous allons en parler pendant toute l'année scolaire qui vient. Concevoir la négativité immanente dans l'universel ou dans l'identique comme dans le moi était le progrès que la philosophie spéculative avait encore à faire.
31:06 Nécessité dont ne se doute pas ceux qui, comme Fichte, n'aperçoivent pas le dualisme du fini et de l'infini à l'intérieur de l'immanence et de l'abstraction. Autrement dit, je parle de déterminations qui sont internes au sujet. je refoule ce qui est un aspect fondamental de mon moi mais que je ne veux pas reconnaître parce que ça brouillerait un peu l'image que j'aimerais donner aux autres.
31:36 Vous voyez ? Et puis ça troublerait mon narcissisme. J'aime bien, je m'aime bien. N'est-ce pas ? Et donc, si je dis qu'en fait je suis un monstre, mais ça ne va pas, ça contredit. N'est-ce pas ? Donc, quand on parlera de détermination entre nous, je parle de tout ce qui nous détermine comme sujet, pas comme objet. Je ne sais pas, c'est évident que si je suis privé d'oxygène, je ne tiendrai pas longtemps. Voilà, j'en dirai beaucoup plus dans le détail d'une manière plus concrète avec des textes qui donneront de la chair et du sang à tout ça.
32:11 Je tenais aux oreilles attentives car je suis de plus en plus agréablement pas surpris, mais agréablement touchés, il n'y a pas d'autre mot, par un grand nombre de nos auditeurs qui nous suivent depuis longtemps et qui commencent de plus en plus à voir la cohérence un petit peu malgré mes détours et tout qui ne perdent pas le fil. Voilà, je tiens à vous dire que on a un programme chargé pour cette rentrée, on a préparé une assemblée générale, je résume, et à la rentrée, je vous dis, aux alentours de la mi-novembre, on fera le premier direct sur cette notion de détermination d'abord refoulée et espérons nous acheminer vers la détermination reconnue qui est le moment de la libération par laquelle cette détermination arrête de nous déterminer.
Droite et gauche : une différence de stratégie, non de contenu
33:13 Ce qui n'est pas le cas, par exemple, jusqu'à ma mort, je devrais toujours manger pour vivre, mais vous voyez bien que je ne parle pas de ces déterminations-là, ce n'est pas le champ philosophique. Voilà. Alors, on va peut-être passer aux questions, maintenant, après ces deux longs préambules. et alors, peut-être, alors, d'habitude, je dis, voilà, je donne le nom ou le pseudo, bien sûr, de celui qui pose la question, je lis la question, mais là, comme c'est une question qui revient souvent dans un nombre considérable d'interventions, de commentaires, je, je le situe plutôt par sa rubrique ou comme un titre, c'est tous ceux qui me disent qu'est-ce que, qu'est-ce que vous pensez la droite et la gauche, est-ce que ça a encore un sens, c'est pas, est-ce que c'est pas dépassé, ou d'autres qui disent si, si, Pagani a raison, de dire qu'il y a une droite et qu'il y a une gauche, oui, vous voyez, cette discussion, c'est pas, qui, qui prend une grande ampleur,
34:23 en tout cas, sur les plateaux télé, le plus souvent, et j'en profite d'ailleurs parce que j'étais un peu agacé de voir une vidéo où je connais pas les personnes et l'organisation qui l'a produite, mais j'étais, j'étais un peu agacé, je parle pas du contenu, je veux dire, moi je respecte toutes les, et même j'apprécie tous ces efforts de réflexion et toute tentative de répondre à ce genre de problématiques, mais ce que j'aimais pas, c'est, j'essaie de pas m'en prendre aux personnes, c'est pas, or là, j'ai vu qu'on cherchait à faire de la baston, en tout particulier entre Loïc Chaigneau et moi-même.
34:59 Alors, je le dis d'une manière très simple, n'est-ce pas ? Oui, parce qu'on dit Loïc Chaigneau, il dit qu'il n'y a plus de gauche et de droite et Pagani, lui, il dit le contraire, Pagani, il contredit Loïc Chaigneau, il y en a qui ne retiennent que ça, la guerre. Alors, je vais être précis, la plupart des thèses pour lesquelles Loïc Chaigneau se reconnaît comme communiste, je les partage. Je suis solidaire avec lui. sur ces points-là. Que ce soit bien clair.
35:31 Donc, ce n'est pas en termes de contenu, malgré ce que je lis ici ou là, n'est-ce pas, que nous sommes opposés. Mais par contre, c'est vrai que nous n'avons pas les mêmes stratégies à partir de cet accord que nous avons sur le contenu, nous n'avons pas les mêmes stratégies pour ce qui est de la diffusion de ce contenu. par exemple, je veux dire, j'ai été sollicité moi-même par des chapelles qui se situent de manière très explicite à la droite, voire à l'extrême droite.
36:03 Je n'y suis pas allé. C'est une différence de stratégie que j'ai vécue, je respecte la sienne. Peut-être, c'est non seulement nécessaire, voire indispensable, qu'il y ait un dialogue, n'est-ce pas ? Mais moi, je ne veux pas servir de caution de gauche, au moment où le débat politique semble ne plus avoir lieu qu'entre la droite et l'extrême droite. Dans pratiquement tout ce qu'on appelle en termes journalistiques, vous savez, je n'aime pas ce terme, l'Occident. L'Occident qui est pas mal oxydé en ce moment, pardon, le jeu de mots est très mauvais, mais il a du plomb dans l'aile, n'est-ce pas ?
36:36 Mais l'oxydation, c'est la rouille. Enfin, et la mécanique fonctionne encore puissamment. Et voilà, je ne réponds pas à ces appels du pied. Individuellement, oui. Moi, j'ai les amis, à titre de personne physique, j'ai les amis, sur tous les échiquiers politiques, c'est pas la question, je ne confonds jamais, n'est-ce pas, une personne, une singularité humaine avec ses opinions politiques.
37:08 Je ne réduis jamais à cela. et quelquefois, je me sens plus proche, n'est-ce pas, de gens avec qui je ne suis pas d'accord, n'est-ce pas, sur des tas de points, que sur ceux qui sont censés être dans mon camp, si tant est qu'on me parle de camp. Et je remercie ici notre ami et notre camarade et adhérents et abonnés, vieux compagnons, et qui s'est bien longtemps occupés de nos vidéos et qui continuent quelquefois, je pense, à la série des lectures sur le vif, je pense à Philippe Moreau, qui disait, il y en a marre des guerres de tranchées.
37:50 Voilà. Quelle est votre position ? Guerre de position. Voilà. Je voulais faire cette mise au point. Ce n'est pas qu'on n'essaye pas de diviser ce qui est déjà assez divisé à gauche de la gauche, ce qui est dans un état lamentable, parcellaire, scotomisé, atomisé. au point que quelquefois, j'ai l'impression qu'il n'y a plus de débat qu'entre la droite, c'est-à-dire celle qui se pense à gauche. Comment il dit ? Macron, nous sommes les progressistes et en face de nous, on a les populistes, les réactionnaires, les fascistes.
De l'islamo-gauchisme à l'islamo-atlantisme
38:23 C'est extraordinaire. Oui, on en arrive à cette question de droite-gauche, quand même. Pour y répondre, allez, soyons sérieux maintenant. C'est très rare qu'un homme de droite se pose comme étant de droite. La droite n'est jamais aussi efficace, n'est-ce pas, dans ses visées les plus condamnables que lorsque elle se présente sous un label de gauche. Oui, je fais allusion à la génération Mitterrand, bien sûr.
38:54 Comment l'homme de Vichy a-t-il pu devenir l'incarnation même de la gauche ? N'est-ce pas ? Quand des gens à droite, n'est-ce pas, parlent, ah, je veux revenir à l'actualité, mais en passant, si on commence à parler du problème du Moyen-Orient, on sort de notre programme, à parler d'islamo-gauchisme, c'est comme ça qu'ils disent, mais ça, c'est les gens de droite. Comment, Pagani, vous ne voyez pas l'islamo-gauchisme ? Ah, je vois un islamo, je vois une utilisation de l'islam, ça, c'est clair.
39:25 Non, pardon, pas de l'islam, jamais. Les musulmans, c'est les principales victimes de ce que je suis en train de dénoncer. Largement. Je suis, vous ne savez pas, nous sommes sous le coup de ces nouvelles tragiques et toutes récentes, ces deux Suédois qui se sont fait flinguer à Bruxelles, n'est-ce pas, ce prof, au moment de l'anniversaire d'un autre prof, n'est-ce pas ? Mais ce sont des singularités. C'est par centaines de milliers qu'il y a des gens qui s'assassinent dans des conditions épouvantables dans les pays musulmans, par les extrémistes qui se réclament de l'islam et qui sont des islamistes et non pas seulement des musulmans.
40:07 Or, cet islamisme, il est récent. Oh, il y a toujours eu des sectes, il y a toujours eu, attendez, je ne vais pas dire, je ne vais pas dire venant du fond du désert, il y a toujours eu, je pense au Mahdi, par exemple, à la fin du XIXe siècle. N'est-ce pas ? Au Soudan. Il y a toujours eu des illuminés dans toutes les religions, pas seulement, n'est-ce pas ? Dans l'islam venant du fond du désert qui prétendait être revenu à la source du Coran, etc. C'est très limité comme dégâts, très limité.
40:38 Ça ne fait pas beaucoup de monstruosité. Ça en fait depuis que, allez, je vais vous dire ce que je pense de l'islamo-gauchisme. Il n'existe pas. C'est un terme de la droite pour masquer que c'est la pire des droites qui s'est allié à l'islamisme. Et je dénonce, ça vous n'en entendez pas parler, l'islamo-atlantisme. Écoutez, ça date de quand on connaît l'Afghanistan ? Parce qu'avant, on n'en parlait pas beaucoup. C'est à l'Afghanistan qui a tout déclenché. Je ne parle pas de l'Afghanistan récent, avec la lamentable sortie des Américains.
41:10 Je parle de leur entrée. quand ils n'étaient pas encore entrés parce que les Russes étaient dans la place. C'est l'époque où les jeunes afghanes étaient en mini-jupes. C'est l'époque les soviétiques, n'est-ce pas, qui avaient été invités par le prince Daoud, à l'époque, à venir les aider à combattre. Déjà, des maquis islamistes financés par les services spéciaux pakistanais à l'époque où les États-Unis produisaient les services pakistanais.
41:49 Il y a encore quelques liens. À l'époque, c'était, comment on dit en français, cul et chemise. L'ISI, c'est comme ça que s'appelle les services secrets pakistanais, était une émanation de la CIA. Et c'est d'ailleurs sur le conseil américain que Ben Laden, vieille la famille et la famille Ben Laden, même lorsqu'il était encore bambin, le Oussama, ses parents étaient déjà de grands amis de la famille Bush. Oui, du père de Bush, l'abruti, W, son père.
42:25 Le seul avion qui a fendu le ciel américain au moment où tous les vols étaient suspendus après la destruction des Twin Towers. Le seul avion, c'était celui qui a emmené la famille Ben Laden qui était aux États-Unis à ce moment-là à rentrer en Arabie Saoudite. Il n'y a pas du fameux gauchisme. C'est l'extrême droite qui manipule l'extrême droite. L'extrême droite occidentale manipule et a besoin de l'extrême droite orientale pour virer les popofs, les communistes, les athées, les grands satans.
43:06 Ça, c'est clair. Ne croyez pas sur parole. Vérifiez, n'est-ce pas, qui finançait les talibans. Ce n'est pas ce moment-là qui finançait toute notre presse. À l'époque où ils étaient en guerre avec la soviétique, c'était les héros de la liberté, ceux qu'on montre maintenant comme des monstres assoiffés de sang, des barbus. Non, c'était dans tout Paris, il n'y avait que ça, des restaurants, la route de la soie, l'Afghanistan, la cuisine afghane.
43:38 Quand même, quand même. Puis ça date de loin. L'Arabie Saoudite n'est-ce pas, un des pays les plus wahhabites, n'est-ce pas, comme on dit là-bas, un des plus intégristes. Ça fait quelque temps que ça commence à changer. Mais enfin, je parle de la période, n'est-ce pas, la pire, de ces 50 dernières années. D'abord, c'est une création des États-Unis, pas disons des anglo-saxons. Il a fallu qu'un des plus grands espions de sa majesté, Lawrence d'Arabie, unifie, passe toute sa carrière à essayer d'unifier les tribus bédouines qui sont entre-déchirées.
44:15 À l'époque, où il n'y avait pas d'Arabie Saoudite, il n'y avait pas d'État, il y avait l'Empire Ottoman, c'est-à-dire l'Empire dont la capitale était en Turquie, ni la langue, ni le peuple turc, ni arabe, c'est l'Empire Ottoman, c'est les Indo-Européens, je préfère, turco-mongols, et Lawrence d'Arabie les a unifiés parce qu'à l'époque, l'Angleterre, c'était une bonne guerre, était en guerre avec l'Empire Ottoman.
44:46 Donc, le nationalisme arabe, déjà, je ne parle même pas islamiste, je ne parle pas religieux, mais ne serait-ce que politique, le nationalisme arabe est déjà une création occidentale. les Américains n'ont fait que ramasser les dossiers que les Anglais avaient admirablement travaillés. Regardez les classiques de l'histoire du cinéma avec Gary Cooper qui a 20 ans, oui, à peine 20 ans, c'est assez rare, Les Trois Lanciers du Bengale sur un roman d'Eryth Knight de l'époque, du colonialisme anglais, qui se passe exactement dans les endroits dont on entend parler presque tous les jours lorsqu'on parle de l'Afghanistan, la Khyber Pass, la Pass Khyber par laquelle on passe de l'Asie pratiquement en Europe, disons, pour aller vite, les provinces de non-droit entre le Pakistan et l'Afghanistan.
45:37 Eh bien déjà, là, il y a un conflit entre les Anglais qui maîtrisent le sous-continent, comme on disait l'Inde, qui n'était pas encore séparée du Pakistan, l'Inde contre les Russes, mais les Russes de la période tsariste, c'est avant la révolution de 1917, je parle de la fin du XIXe siècle, tout début du XXe. Déjà, sur le vieux dossier, l'islamo-atlantisme, n'est-ce pas ? Quoi de mieux pour diviser ?
46:08 Diviser, ça aurait été la grande stratégie britannique qui empêchait que toute puissance sur le continent européen émerge trop, la France ou l'Allemagne, il faut, dès qu'elle commence à avoir un peu de force, il faut qu'elle se chamaille entre eux, il faut créer la zizanie, pour que jamais un ennemi puissant puisse nous menacer. Mais surtout, surtout, je veux dire, l'Afghanistan, et puis l'Occident qui se moquait éperdument des Palestiniens, des Yéménites qui, il n'y a pas si longtemps, avant que la guerre en Ukraine n'éclate et qu'elle fixe l'attention, l'ONU disait que la tragédie du Yémen était la plus grande catastrophe humanitaire contemporaine.
46:49 On s'en foutait royalement, on s'en fichait royalement. Par contre, les Ouïghours, la seule minorité musulmane de Chine, il y a un islamo-atlantisme. Je le répète, je le ressasse, par coup double, pour faire un coup double, je veux dire, pardon, c'est d'une part pour vous dire où est le danger, et d'autre part, je suis exaspéré, n'est-ce pas, qu'on montre la gauche, je ne sais quelle gauche du doigt, j'ai dit ce que je pensais déjà de la gauche issue de Mitterrand, n'est-ce pas, de Vichy, et qu'on la montre du doigt parce qu'elle flatterait l'islamisme.
47:32 Non, il y a l'islamo-atlantisme et l'atlantisme, c'est ce qu'il y a de pire en Occident. Vous voyez, je ne fais pas l'anti-américanisme, je fais de l'anti-atlantisme, combien de fois j'ai répété cette phrase ? Même aux États-Unis et même plus qu'en France, nous sommes tellement alignés maintenant qu'on a un retard sur bien des anti-atlantistes américains. Je parle de gens qui sont des grands spécialistes de l'Orient, de l'Ukraine, des Balkans, du Moyen-Orient, qui sont terrifiés par le tour que prend la politique atlantiste actuellement.
48:10 Donc, il y a un islamo-atlantisme. C'est tout le contraire du islamo-gauchisme, à moins que vous me dites que l'OTAN défend des valeurs de gauche. Allez, je reviens à ni droite ni gauche, vous voyez qu'on y est en plein. Je m'attarde parce que ce débat-là est tellement pipé par les temps qui courent qu'il faut un petit peu de clarification. Ah, vous ne savez pas faire la différence entre gauche et droite ? Eh bien, je vais vous dire. Allez, prenons dossier par dossier. La guerre du Vietnam, 3 millions de morts. C'était la gauche qui était pour les Américains et la droite qui était pour le Vietcong.
Vietnam, Suez, Libye : l'Occident contre les régimes laïcs
48:43 Vérifiez dans la presse de l'époque, on en reparlera. On dépouillera les résultats. Suez, la crise de Suez, n'est-ce pas ? Quand, Nasser, n'est-ce pas ? Profitant, justement, que les Anglais, et c'est avant lui, mais héritant, justement, du nationalisme arabe créé par les Anglais pour damer le pion aux Turcs, a pris ça au sérieux et a dit, mais l'Égypte, on n'a aucune ressource, on n'a ni pétrole, on n'est pas l'Arabie saoudite, on n'est pas…
49:17 Il n'y a qu'un truc qui rapporte du blé chez nous, c'est le canal. Et puis, il ne rapporte pas un sou, c'est une compagnie franco-anglaise qui… Il a nationalisé le canal. Mais quel scandale ! Le nouvel Hitler, vous connaissez la suite, après c'est tout ce qu'on dit de Saddam Hussein, de Poutine, de Assad, tout de suite. Il y a un islamo-atlantisme. Et on lui a lancé les frères musulmans sur le dos. Je sais qu'il y a plein d'entre vous qui connaissent déjà ces six minutes de bonheur où l'on voit Nasser réunissant tous ses états-majors, son gouvernement, ses services spéciaux, sa gendarmerie, ses députés, les réunissant, et ironisant sur les frères musulmans qui disent, ils veulent que je voile les femmes.
50:08 Je me dis, mais tu n'arrives même pas à voiler ta fille, j'ai dit au chef des… il y a la salle éclate de rire. Oh là là, que ce rire me paraît loin. Il y a six minutes de bonheur. Vous verrez qu'il ne faut pas faire cette série d'identifications abominables entre islam, arabes, islamisme. C'est les arabes, les égyptiens. C'est les musulmans. Ce ne sont pas les islamistes. Voilà, on le sait qu'Israël a créé le Hamas à l'origine pour se débarrasser de ce qu'il y a de pire, une opposition arabe de gauche et laïque.
50:46 Mais oui, les seules interventions qu'on a faites récemment, pas atlantistes, qu'ont fait les Américains, armés, qui ont fait des… on chiffre un million de morts, vérifiez, ce n'est pas moi qui le dis, ça traîne dans toutes les presses maintenant, n'est-ce pas ? Maintenant que c'est trop tard. En Irak, par exemple, c'était à chaque fois pour se débarrasser des régimes qui ne sont pas matas de thé sur tous les points, mais qui n'étaient pas islamistes qui étaient laïcs, Kadhafi, Saddam Hussein, Assad, n'est-ce pas ?
51:16 Et pour mettre à leur place ce qui s'est passé en Libye, vous voyez dans quel état la Libye, fermez le banc, n'est-ce pas ? On ne peut même pas circuler maintenant dans la capitale, on se fait attaquer par l'une des phalanges armées, alors que moi, quand j'étais en Afrique noire, dans la région, dans le Sahel, parce que le Niger, où j'ai travaillé à la frontière nord avec la Libye, le rêve des jeunes nigériens qui étaient dans la misère, qui sont encore pour la plupart, c'était de trouver du travail en Libye, un pays qui rayonnait économiquement.
51:47 Moi, je l'ai survolé, vous savez, parce que Libye a été intéressant des fois au niveau du tarif pour rejoindre la France, ou quand les vols étaient complets sur UTA, ou Air France, je survolais, mais des fermes en plein désert, n'est-ce pas, des canaux de 2000 kilomètres de long à travers le désert pour amener de l'eau, ça n'avait rien à voir avec l'immobilisme et l'immense corruption de la plupart des régimes de la région.
52:19 Voilà, donc, il y a un islamo-atlantisme, c'est contre cela qu'on a fait les interventions militaires, n'est-ce pas ? Bernard-Henri Lévy, en tête, enfin en tête, n'est qu'un instrument de communication, on dit que c'est les Français qui ont liquidé Kadhafi, soyons pas trop franco-centrés, les avions français ne pouvaient pas faire deux heures de vol sans être ravitaillés par des avions américains, et la voiture de Kadhafi a été repérée par des satellites Yankees, mais oui, comme les gens qui tirent et qui tuent des enfants dans les rues de Donbass et de Donetsk, n'est-ce pas, sont guidés par des satellites anglo-américains, voire français, il y a un islamo-atlantisme.
53:07 Vous voyez ma colère ? Non seulement on ne reconnaît pas cette détermination, là vous voyez, voilà un retour du refoulé que je suis en train de faire, on l'a mis sous le tapis, c'est notre collaboration avec ce qu'il y a de pire, ce qu'il y a de pire en Occident, ce qu'il y a de pire en Orient, qui s'allient ensemble, n'est-ce pas ? C'est ça l'islamo-atlantisme. Vous voyez dans quel état l'Afghanistan ?
53:37 Je vous dis, mais prenez, regardez des photos de l'époque où il y avait les soviétiques qui avaient été appelés, regardez l'époque du prince Daoud, Daoud, du roi, regardez, les filles sont en mini-jupe, les voitures circulent. Et dans quel état c'est maintenant ? Je songe quelle était autrefois cette ville si superbe en rempart, en héros, si fertile, maîtresse de l'Asie.
54:07 Et je regarde enfin quel fut le sort de Troie et quel est son destin. Je ne vois que des tours que la cendre a couverte, des fleuves teints de sang, des campagnes désertes, un enfant dans les fers. Et je ne puis songer que Troie en cet état aspire à se venger. Voilà, je referme en alexandrin cette question de… oui, il faut me remettre les questions que je les prenne dans l'ordre de…
54:37 ni droite, ni gauche, islamo-gauchisme, vous voyez que c'est lié les deux. Il y a une droite, celle qui montre du doigt l'islamo-gauchisme pour cacher son propre islamo-atlantisme. Sauf que l'islamo-gauchisme qui a dénoncé des discours, des idées, qui ne sont pas les miennes, à la NUPES ou ailleurs, sociétaux, ce n'est pas les mêmes. Vous savez, je ne reviens pas. Alors que de leur côté, ce qu'ils cachent, l'islamo-atlantisme, ce n'est pas des discours.
La Lettre sur la vertu de Rousseau : sentir plutôt que savoir
55:07 C'est effroyable. C'est des millions de morts. Alors, il y a Erwan Kenobi, que je salue. Je ne sais pas si son nom est familier. S'il a déjà fait des commentaires qui ne m'en veulent pas, je gâtise un peu au niveau mnésique. J'ai pas mal de pertes. Ah oui, je sais. On me dit « Ah, ça va, tu connais par cœur. » Oui, oui, j'ai la mémoire des textes, mais j'ai de moins en moins la mémoire du reste.
55:38 Voilà, il n'y a pas la place pour tout. Qui me dit « Serait-il possible que vous nous parliez du texte de la vertu de Rousseau ? » Y a-t-il dans ce texte un développement sur la mondialité ? Donc, vous voyez, c'est récent, c'est à l'intérieur de mon site sur la mondialité. Alors, je vais vous demander à chacune et chacun d'entre vous de vous procurer ceci. Deux euros. Un euro par texte. Je dis ça parce qu'il y a deux textes là-dedans. Il y a deux lettres.
56:11 C'est deux lettres où Rousseau répond à des questions qu'on lui avait posées par écrit. Une sur l'individu et la société et celle sur laquelle Erwan me questionne ce texte assez incroyable sur la vertu. N'est-ce pas ? Alors, je vais répondre d'abord en laissant parler Rousseau. Plutôt que de parler de Rousseau. Parce que ce qui est incroyable, n'est-ce pas ? Oui, je vous signale qu'il y a une postface assez intelligente de l'éditeur, ajoutée par l'éditeur à la parole de Rousseau, qui sert en même temps d'explication de texte et qui est très bien faite.
56:48 en guise d'un appareil critique, d'un embryon d'appareil critique. Mais Rousseau, c'est les libertaires s'en servent pour celui qui est pour la nature contre la société, n'est-ce pas ? Et puis de citer quand on tronque, on peut toujours mettre Rousseau dans sa poche encore, qu'il soit bien grand pour entrer dans la poche de ceux qui répètent « L'homme est né libre et partout, il est dans les fers ». Je vais ouvrir un texte où Rousseau parle, dit ce qu'il pense précisément du rapport entre individu et société, car c'est ça, le sujet qui est fondamental dans la question d'Erwann.
57:39 Il commence par répondre au type qu'il avait demandé « Qu'est-ce que c'est pour vous la vertu ? » Rousseau, à Dieu. Vous cherchez à m'embarrasser plus qu'à vous instruire en me demandant « Qu'est-ce que la vertu ? » Je pourrais vous dire en deux mots que c'est ce que nul ne peut apprendre que de soi-même et que vous ne saurez jamais si votre cœur ne vous a répondu d'avance. D'ailleurs, pourquoi renouveler une question si souvent et si bien résolue ? sous-entendu, c'est tout le contraire de « Le changement, c'est maintenant. »
58:11 Non, non. Ouvrez Platon, Cicéron, Plutarque, Épicure, Antonin, consultez le vertueux Shaftesbury et son digne interprète. Faites mieux encore étudiez la vie et les discours du juste et méditez l'Évangile. Au choix, Platon, ou plutôt laissez tous les livres. Il s'agit de la vertu, on ne parle pas des mathématiques. Et laissez tous les livres, rentrez en vous-même, écoutez cette voix secrète qui parle à tous les cœurs et non pas ici à la raison et soyez vertueux pour savoir ce que c'est que de l'être.
58:51 Soyez vertueux pour savoir ce que c'est que de l'être. C'est beaucoup plus un acte, n'est-ce pas, qu'un discours, la vertu. Ne croyez pas pourtant que je me refuse à l'emploi sublime dont vous m'honorez. Donc, il va essayer de ce qui est une réponse. Ne vous attendez pas, je saute, de trouver ici des dissertations métaphysiques. Si tout cet appareil de mots que beaucoup des lecteurs y chercheront sans doute et qui ne sert qu'à rendre l'homme plus vain sans le rendre meilleur ni plus éclairé, cette affectation de doctrine ne siérait ni à l'auteur ni à l'ouvrage dans une matière où il est plus question de sentir que d'apercevoir et que les plus simples entendent toujours mieux que les plus savants.
59:32 Que de fois, on m'avait entendu dire que, on en revit des choses avec la question d'Hérouane, merci, Hérouane, que, à l'origine même de la philosophie, la philosophia, le mot lui-même, pour ne pas le laisser parler plutôt que de parler à sa place, n'est-ce pas, l'amour de la sophia, et oui, je le dis en grec, pas pour snobber, pas pour faire du Heidegger, mais parce que, ça veut dire deux choses presque, non seulement différentes, mais quelquefois pas contradictoires, mais, allez, c'est tantôt le savoir, tantôt la sagesse.
1:00:04 Le savoir, c'est, quels sont les racines de tel trinôme du second degré ? Que puis-je savoir ? D'accord ? Alors que la sagesse, c'est la réponse à la question, non pas que puis-je savoir, qui déjà prend du temps, mais que dois-je faire ? C'est de ça dont il s'agit, la vertu. Vous remarquerez que la différence entre les deux questionnements, que puis-je savoir et que dois-je faire, ne diffère pas seulement par les deux derniers verbes, savoir et faire. Ça, c'est assez familier comme problématique, le théorique, le pratique, savoir et faire.
1:00:36 C'est pas le théorique et le pratique. Non, il y a deux verbes avant qui s'opposent aussi. Que puis-je voir ? Que puis-je savoir et que dois-je devoir faire ? Oui, on en arrive à la vertu. Eh bien, vous voyez, que de fois, vous m'avez entendu dire, je reprends mon fil, à propos de ce passage de Rousseau, que pour ce qui est savoir quelle est la signature génétique de telle molécule organique, je vais demander au biologiste, pas au philosophe.
1:01:18 Mais, savoir si je dois épouser Marinette, déclarer la guerre, faire la paix, envoyer trois bateaux aux Indes, espérant faire des bénéfices, c'est dans les siècles passés, dans le commerce des épices, prendre ce risque, savoir ce que je dois faire. Là, je dis, pour répondre à ces questions, un sage, quasi-analphabète, au fond, d'une jungle africaine, n'est pas mieux placé pour répondre à cette question, surtout quand elle porte sur des choses comme, est-ce que je dois laisser en vie quelqu'un que j'aime et qui est en train d'agoniser d'un cancer, ou est-ce que je dois achever ces douleurs ?
1:01:55 Comment voulez-vous qu'un Nobel de physique soit mieux placé que ce sage africain pour répondre à ces questions ? C'est ça que vous soyez en train de dire. Ça a été une révélation à l'époque, au siècle des Lumières. Il humilie, non pas la raison jamais, mais l'entendement, l'aspect uniquement cognitif des Lumières, tourné vers l'extérieur. Le projecteur, il éclaire le jardin, il n'éclaire pas lui-même. Connais-toi toi-même, c'est ça la philosophie.
1:02:25 Alors on y arrive, n'est-ce pas ? Donc je répète cette phrase pour laquelle j'ai fait ce long détour. Il n'est plus question dans ce domaine, à la vertu, de sentir que d'apercevoir et que les plus simples entendent souvent mieux que les plus savants. La nature nous a donné des sentiments et non des Lumières et comme on ne peut sans injustice nous demander compte de ce que nous n'avons pas reçu, nous aurions trop à nous plaindre si tant de savoir était nécessaire pour connaître la vertu.
L'individu comme partie d'un grand tout
1:02:58 Ma méthode sera plus simple et plus sûre. Donc voilà, il commence par apparemment éluder la question. Maintenant, j'en arrive au rapport, c'était en plein, au centre de la question d'Erwan sur le rapport individu-société. Et il dit ceci, « Aujourd'hui, il suit de là qu'il faut me considérer à présent comme existant » Alors, c'est un je impersonnel, c'est vous, moi, nous devrions nous considérer à présent comme existant d'une autre manière et m'approprier pour ainsi dire une autre sorte de bonté convenable à cette nouvelle existence depuis que nous sommes passés de l'état de nature à l'état civil que nous vivons en société.
1:03:43 Alors, aujourd'hui que ma vie, ma sûreté, ma liberté, mon bonheur dépendent du concours de mes semblables, vous êtes malade, vous allez voir le médecin, il est manifeste que je ne dois plus me regarder comme un être individuel et isolé, mais comme partie d'un grand tout. Oui, et on dit que Rousseau, c'est le libertaire asocial à la Robinson. Comme membre d'un plus grand corps, de la conservation duquel dépend absolument la mienne et qui ne saurait être mal ordonné que je ne me ressente de ce désordre.
1:04:20 Si je vais mal, c'est que quelque part aussi la politique va mal. Ainsi, je saute. Vous me demanderez peut-être si un homme qui n'aurait rien reçu de la société, il va venir l'argument du libertaire. Vous demanderez peut-être si un homme qui n'aurait rien reçu de la société pourrait lui devoir quelque chose. mais considérez, je vous prie, qu'une telle supposition n'est bonne à rien quand elle roule sur l'impossible. Et chacun voit qu'il est de toute impossibilité qu'un homme naisse, vive et se conserve au sein de la société sans rien tenir d'elle.
1:05:00 Sans rien tenir d'elle. C'est à tort qu'il allèguera sa pauvreté, ses maux, son infortune. l'État lui répondra. Alors écoutez bien, Rousseau faisant parler la volonté générale car ce n'est pas l'État, ce n'est pas la police de Macron, ce n'est pas l'appareil d'État. Je ne veux pas revenir, vous savez que je fais souvent la distinction que nous faisions avec Clouscard et à laquelle nous tenons énormément. Cet appareil d'État monstrueux, monstrueux comme il n'a jamais été actuellement dans nos sociétés, en France en particulier actuellement.
1:05:30 Et, petite parenthèse, j'ai appris qu'une dame il y a trois ou quatre jours avait été mise en garde à vue pendant plus de 24 heures parce qu'une de ses voisines l'avait dénoncée à la police qu'elle aurait entendu dire à l'étage en dessous « Salam alaikum ». Elle aurait eu l'audace de dire bonjour en arabe, je ne sais pas, de saluer sa voisine. C'est la France d'aujourd'hui. Pas des blagues, vérifiez, ce sera vite vu sur Internet, vous mettez une femme en garde à vue pour « Salam alaikum ».
1:06:06 Vous avez tout de suite pas mal d'articles. Alors, j'y arrive, donc ça c'est l'appareil d'État, mais au service de quoi ? De l'absence d'État de volonté générale qu'est le privé. C'est tout le contraire de l'État dont parle Rousseau ici. Peut-être, alors, c'est à tort qu'il alléguera sa pauvreté, c'est beau. L'État lui répondra et là ça commence. C'est l'État qui parle, ça s'appelle en stylistique une prosopopée. On fait parler quelqu'un, je ne sais pas. Peut-être eut-il mieux valu pour vous naître au fond d'un désert, mais vous êtes dans mon sein, vous y avez vécu et vous n'y pouviez vivre si je ne vous avais conservé.
1:06:45 Tout à l'heure, je vous disais que si je ne pouvais pas critiquer les champs, je ne serais même pas en vie, je serais ce qu'au niveau des vaccins qu'on a tous reçus depuis quelques générations, si je ne les ai pas eues, j'ai suffisamment vécu dans des pays qui ne les ont pas et où la mortalité était infantile, était effroyable. Peut-être eut-il mieux valu pour vous naître au fond d'un désert, mais vous êtes dans mon sein, vous y avez vécu et vous n'y pouviez vivre si je ne vous avais conservé. Il fallait quitter la vie si elle vous était à charge ou le pays, si les lois vous en semblaient trop dures, mourir ou partir, si vous voulez ne me rien devoir pour l'avenir.
1:07:21 Mais donnez-moi le prix de 30, avant de partir, le prix, pas loin, de 30 ans de vie dont vous avez joui par mon assistance. En attendant que vous ne soyez plus, vous me devez ce que vous avez été. Voilà, je vous remercie Erwan. Deux euros, je vous en prie, lisez ce texte, ce n'est pas long. La première partie, c'est la première lettre sur l'homme et la société et là, c'est la lettre sur la vertu.
Dialectique platonicienne et démocratie selon Hegel
1:07:51 Ce n'est rien, ce n'est même pas 30 pages. Ça vous permettra de réviser bien des choses dont nous sommes entretenus ensemble. Alors, merci encore à Erwan Julien Belmont, oui, qui me demande « Peut-on brancher le principe de la dialectique platonicienne sur le mode du débat démocratique ? » Même si l'on sait que Platon n'était pas un fervent défenseur de la démocratie.
1:08:23 Voilà, quelqu'un qui connaît. Autrement dit, peut-on parler de vérité, car ça, Platon y tenait, en démocratie ? Est-ce que ce qui nous dirige, c'est la loi décidée par la majorité, que cette majorité soit dans le vrai ou dans le faux ? Ou est-ce qu'on doit être dirigé par le vrai ? Alors, peut-on brancher le principe de la dialectique platonicienne sur le modèle du débat démocratique ? Julien donne déjà une partie de la réponse assez négative.
1:08:57 Non, non, on ne peut pas faire de Platon un grand démocrate quand on lit que, par exemple, dans sa cité dite idéale à la République, il est interdit à l'individu de sortir de la cité avant l'âge de 50 ans des fois qu'il prendrait ailleurs, n'est-ce pas, des habitudes, des goûts, des trucs qui viendraient semer la zizanie chez nous. Vous voyez, par exemple, Julien. Hegel ironisait sur le fait que dans la République, Platon dit aux sages-femmes, pardon, aux nurses, aux nourrices, pardon, ce n'est pas pareil, de courir de long en large avec le bébé dans les bras pour habituer déjà le bébé à l'inconfort pour qu'il fasse un guerrier un citoyen.
1:09:42 Oui, oui, il faut pas, l'État n'a pas à s'occuper de ce genre de détails. Oui, oui, ce Hegel est un prussien, un soin de prussien, à l'ignorance. Alors, peut-on brancher le principe des pétolénitiennes sur le modèle du démocrate ? Mais d'un autre côté, ce même Hegel qui ironise, dit dans ce passage dans la même philosophie du droit, alors là, c'est solennel, parce que là, Hegel parle de la philosophie, ce fameux passage, je vous le dis tout de suite, où il dit que la philosophie vient toujours trop tard dans l'histoire.
1:10:17 La chouette de Minerve, Minerve était Athéna, Minerve, c'est le nom latin d'Athéna, la déesse de la sagesse, et dont l'emblème était la chouette, la chouette qui est dessinée sur la collection, n'est-ce pas, des antiques de Guillaume Budé, par exemple. La chouette de Minerve prend son vol au crépuscule quand il est un peu tard. Avant de vous lire ce texte, Hegel, oui, il va faire l'éloge de ce qui est non pas réactionnaire, mais révolutionnaire chez Platon.
1:10:52 Vous voyez, je ne perds pas mon fil, mais comme je le tiens bien, je me permets de faire cette digression apparente. Je ne peux pas traiter toutes les questions, mais beaucoup de questions, je les prends par grappe, comme ça, comme sur la droite et la gauche, il y a plusieurs commentateurs qui sont concernés. Je suis souvent interrogé sur « mais qu'est-ce que vous avez contre Nietzsche ? » Je veux dire, Nietzsche est tellement à la mode, c'est tellement, n'est-ce pas, le philosophe le plus prisé dans l'idéologie atlantiste que c'est presque un sacrilège que je fais quand je dis que c'est un grand ego, tout en soulignant ses immenses qualités d'écrivain.
1:11:34 D'abord, c'est sans doute celui qui fait le mieux résonner la langue allemande à son époque, par écrit en tout cas, et sa pertinence musicale, pas seulement musicologique. Je referme cette petite parenthèse. De la même manière, la démocratie, voilà ce que dit Hegel dans ce passage étonnant dans la préface aux Principes de la philosophie du droit, n'est-ce pas ?
1:12:09 À un moment où il va conclure cette préface qui est un peu son testament politique. Il y en a déjà ce crépuscule dont il parle, n'est-ce pas, crépuscule de la vie, il a les cheveux gris, à ce moment-là. Au cours de cet ouvrage, c'est-à-dire qu'il détaillera ça, après, si tu ne me fais pas ça, j'ai indiqué que la république de Platon, tiens, tiens, Hegel parlant de Platon, au moment où il va quitter la scène, Hegel, n'est-ce pas, la fin de la philosophie et l'origine de la philosophie se saluent sur la grande table centrale du banquet des philosophes dont nous avons si souvent rêvé.
1:12:47 Je suis sûr que certains comprennent mes allusions entre René Comer, Clouscard et bien d'autres, De Negroni, etc. Au cours de cet ouvrage, j'ai indiqué que la république de Platon elle-même, qui est l'image proverbiale d'un idéal vide, ce qu'on appelle l'utopie, voilà ce qu'on devrait faire, alors que pour Hegel, comme pour Spinoza, c'est leur grand point commun, la philosophie de s'occuper de ce qui est et non de ce qui doit être, débrouiller ce qui est, comme Marx a passé tout l'immense travail du capital, non pas à dire voilà ce qu'on fera dans la société communiste, mais voilà comment fonctionne le capital.
1:13:23 Si vous ne savez pas comment ça fonctionne, vous pouvez toujours essayer de vous en débarrasser, vous n'y arriverez pas. Vous voyez qu'on n'est pas loin du cycle qui va nous occuper bientôt. Pour nous libérer de nos déterminations, il faut d'abord pas seulement les connaître, les reconnaître. Nous les connaissons puisque nous les refoulons, c'est qu'on sait bien qu'elles ont un côté pas agréable, mais il faut les reconnaître. Allez, j'en ai dit trop ou pas assez, mais la suite sera à partir de la mi-novembre. Donc, au cours de cet ouvrage, j'ai indiqué que la République de Platon elle-même, qui est l'image proverbiale d'un idéal vide, de ce qu'on appelle en philosophie un devoir-être, pour dire plutôt qu'utopie, ne saisit essentiellement, en fait, c'est une erreur comme de lecture, dit Hegel, à son insu même, Platon exprime quelque chose qui est, qui est son monde politique, la cité grecque.
1:14:12 Je vous dis ça maintenant avec ces mots à lui, cet ouvrage, la République, ne saisit essentiellement rien d'autre que la nature de l'éthique grecque. Il a eu conscience, Platon, d'un principe plus profond qui faisait brèche dans cette éthique, quelque chose de nouveau pour la cité grecque, qui fait allusion à ce qui bientôt va donner l'ère chrétienne, l'exigence de liberté absolue. N'oubliez pas que l'Athènes, la cité grecque, dont se glorifient, les Nietzsche, les Heidegger, ça ne concerne que 20% de la cité.
1:14:50 C'est des esclaves. Les orientaux savaient qu'un seul est libre, les grecs sûrs, quelques-uns sont libres, les modernes savent que tous sont libres. Donc, c'est pour vous dire de quoi Hegel parle quand il a eu conscience d'un principe plus profond qui faisait brèche dans cette éthique, mais qui à ce degré, à ce moment de l'histoire, ne pouvait être qu'une aspiration insatisfaite et par suite ne pouvait apparaître que comme un principe de corruption. Demander la liberté, là, c'est foutre toutes les traditions en l'air. Une corruption actuelle, ça, n'est-ce pas ?
1:15:21 Ah, le bon vieux temps, c'était mieux avant où on respectait les traditions. Il a eu conscience d'un principe plus profond qui faisait brèche dans cette éthique, mais qui à ce degré ne pouvait être qu'une aspiration insatisfaite et par suite ne pouvait apparaître comme un principe de corruption. Platon, ému par cette aspiration, inquiet, c'est son côté réactionnaire, n'est-ce pas, a cherché une ressource contre cela. Il écrit contre les sophistes qui sont une manière de dire qu'il n'y a plus de vérité, que tout est relatif, que chacun peut faire ce qu'il veut, que c'est le plaisir qui doit diriger la cité et non pas la justice.
1:15:57 Platon a cherché une ressource contre cela, mais comme le secours n'aurait pu que descendre d'en haut, sous-entendu, à ce stade de l'histoire, il ne pouvait le chercher d'abord que dans une forme extérieure, il fallait dire, il chère la sophistique, particulière de cette éthique nouvelle, croyant ainsi se rendre maître de la corruption dans les dialogues, n'est-ce pas, ou Socrate a raison contre Gorgias, par exemple, et ne réussissant qu'à blesser intimement, c'est un grand texte, vous savez, ce qu'il y avait là de plus profond, deux points, la personnalité libre, infinie, et ça c'est l'ère qui va suivre dans laquelle nous sommes, n'est-ce pas, c'est la modernité, il y a l'antiquité et le monde moderne, c'est la liberté qui fait la différence, l'exigence de liberté, mais pas n'importe laquelle, la personnalité libre, infinie, alors vous me direz, il est en train de confirmer que Platon est un réactionnaire, oui, mais regardez ce retournement, pourtant, il a prouvé qu'il était un grand esprit, parce que précisément le principe autour duquel tourne ce qu'il y a de décisif dans son idée,
1:17:08 ce qui est au centre de tous les dialogues de Platon, on commence toujours par chercher la définition du mot qu'on emploie, c'est quoi la vertu, c'est quoi le courage, c'est quoi, comment il faut éduquer mon enfant, c'est quoi la beauté, le Banquet, ou Phèdre, pourtant il a prouvé qu'il était un grand esprit parce que précisément la méthode qui est immanente à chaque dialogue, écoutez bien, le principe autour duquel tourne ce qu'il y a de décisif dans son idée est le pivot autour duquel a tourné la révolution, dites donc, on est loin de la réaction là, la révolution mondiale qui se préparait alors.
1:17:42 Deux points, la suite, vous la connaissez par cœur, c'est la citation la plus célèbre de Hegel, mais elle est là à sa place, ce qui est rationnel est réel et ce qui est réel est rationnel. Allez, et puis je termine tout de même par notre chouette, n'est-ce pas ? Concevoir ce qui est, est la tâche de la philosophie, car ce qui est, c'est la raison, le réel est rationnel. En ce qui concerne l'individu, chacun est le fils de son temps.
La chouette de Minerve et la vérité avec autrui
1:18:14 De même aussi, la philosophie, elle résume son temps qu'elle s'en aperçoive ou non dans la pensée, même quand elle croit penser la cité grecque, elle le pense encore avec les catégories politiques de son présent, plus ou moins consciemment et plutôt plus inconsciemment que moins. Il est aussi fou de s'imaginer qu'une philosophie quelconque dépassera le monde contemporain que de croire qu'un individu sautera au-dessus de son temps, franchira le Rhodus, un fleuve de l'Antiquité. Si une théorie, en fait, dépasse ses limites, en fous-moi de mon temps, moi je peux imaginer l'avenir, vivre dans le temps perdu.
1:18:49 Si une théorie, en fait, dépasse ses limites, si elle construit un monde tel qu'il doit être, ce monde existe bien, mais seulement dans son opinion, laquelle est un élément inconsistant qui peut prendre n'importe quelle empreinte au café du commerce. Sur un plateau télé, c'est pareil. En la changeant quelque peu, cette formule, la formule qu'il avait citée avant en latine, « Hic Rhodus, hic saltus ». Voici le fleuve, le Rhodus, ici il faut sauter. Alors il dit, en la changeant quelque peu, cette formule deviendrait l'expression « hier ist die Rose, hier tanze ».
1:19:23 Ici est la rose, ici il faut danser. Ce petit là, il est là. Alors voilà, reconnaître la raison comme la rose dans la croix du présent, des dons. Je parlais de reconnaître nos déterminations, reconnaître la raison comme la rose dans la croix de la souffrance présente et se réjouir d'elle. C'est la vision rationnelle et médiatrice qui réconcilie avec la réalité. L'identité… Alors, excusez-moi, pour dire encore un mot sur la prétention d'enseigner comment doit être le monde, nous remarquons qu'en tout cas, la philosophie vient toujours trop tard.
1:20:04 En tant que pensée du monde, elle apparaît seulement quand la réalité a accompli et terminé son processus de formation. La journée est finie, le crépuscule est entamée. Ce que le concept enseigne, l'histoire le montre avec la même nécessité. Deux points, c'est dans la maturité des êtres que l'idéal apparaît en face du réel. Et après avoir saisi le même monde, sous-entendu quand il était jeune, dans sa substance, le reconstruit dans la forme d'un empire d'idées.
1:20:36 Lorsque la philosophie peint sa grisaille dans la grisaille, une manifestation de la vie achève de vieillir. On ne peut pas la rajeunir avec du gris sur du gris, mais seulement la connaître. Ce n'est qu'au début du crépuscule que la chouette de Minerve prend son vol. Berlin, 25 juin 1820 Donc voilà, Julien.
1:21:07 Les deux, Hegel voit bien ce qu'il y a de réactionnaire chez Platon. C'est le fait qu'il n'arrive pas à encaisser cette idée de la liberté, de la personnalité libre infinie. Autrement dit, le prince dont il est question dans le conte de Rimbaud, que je vous ai allusion tout à l'heure, qui a pour titre, si vous voulez, cherchez dans les illuminations, c'est une demi-page. Conte, c'est O-N-T-E. Ça a l'air effroyable, ce qui fait comme destruction, mais il faut passer par là, il faut passer par la négativité.
1:21:40 Il faut faire une descente aux enfers, il faut le vendredi saint pour mériter le dimanche de Pâques, c'est tout ça. le rapport entre le dualisme de la thèse et de l'antithèse, cette souffrance et puis cette réconciliation qu'est la synthèse. Donc, Platon ne peut pas encaisser cette forme-là de liberté. Mais, quelle ruse de la raison, c'est le cas de le dire, sa méthode même de connaissance que ce n'est plus l'autorité ni religieuse ni politique qui doit régner.
1:22:16 Mais seulement, l'entendement avec la non-contradiction et le fait que je ne peux continuer que si tous les deux nous sommes d'accord sur des principes communs et à partir de cela on construit et on avance. J'ai besoin de l'autre pour répondre à la question que puis-je savoir. sans doute, ce n'est pas un sorci, Platon est un contemporain de l'apparition de la mathématique au sens, disons, moderne du terme, même si c'était encore presque essentiellement la géométrie à ce moment-là.
1:22:48 Mais ce qui est moderne, c'est pour la première fois, ce n'est pas une mathématique au service d'une application de mesurer les champs pour savoir rendre à chacun après la décrue du Nil ce qui lui est dû, mais comme pur discours de cohérence, de vérité pure. Donc, je veux en arriver justement au fait que j'ai besoin de l'autre pour être dans le vrai. Car, je le dis souvent, mais je le répète pour les nouveaux, je me réjouis tellement qu'il y en ait des nouveaux qui ont bien le droit qu'on répète et que l'on doit savoir que Euclide fait allusion, bâti de toute sa mathématique jusqu'à aujourd'hui, par ce qu'on appelle des propositions premières qui sont indémontrables, mais à partir desquelles on peut démontrer toutes les autres.
1:23:38 Le but du jeu étant qu'il n'y en ait pas trop d'indémontrables et qu'il y en ait le maximum de démontrer à partir du minimum d'indémontrables. Sauf que ces notions premières, ils les appellent des demandes. Des demandes, ça ne s'adresse pas à quelque chose, mais à quelqu'un. Je te demande de m'accorder que par un point on peut mener une parallèle et une seule et une droite dans un même plan. Et à partir de la relation et de la correlation, on peut continuer. Merci Julien de nous avoir donné cette occasion de montrer l'incroyable richesse de Platon de 1400 ans plus tard.
Le socialisme mitterrandien n'est pas la gauche
1:24:19 Il y a des questions ? Tu veux que je les affiche ? Oui, oui. Si nous avons encore un petit peu de temps, parce que c'est une séance très chargée, de voir quelques questions je vais voir un petit peu en fonction de leur... Allons-y. Il y a beaucoup de choses sur... Ça revient sur l'islamogauchisme. Allons-y. Alors, Tan, vieil, sans doute un jeune homme, mais enfin, vieille connaissance, que je me réjouis de retrouver.
1:24:53 Sans parler d'islamogauchisme, je pense que beaucoup sont surpris sinon gênés par la tolérance au puritanisme musulman d'un socialisme français qui s'est construit contre une religion réactionnaire. De quel socialisme parlez-vous ? Jamais Jaurès n'aurait été ce socialisme-là. Ce n'est pas un gauchisme, le vrai socialisme. Ce socialisme-là, il date de Mitterrand. Mitterrand, je l'ai déjà dit, mais c'est bien de restituer la séquence historique qu'on vous cache tout le temps.
1:25:28 Mitterrand n'avait même pas sa carte du Parti Socialiste lorsqu'il en a pris la direction. Il était dans un tel état de déconfiture. le PS de l'époque, un petit peu comme aujourd'hui d'ailleurs, déjà, avant qu'il régisse pour trois générations la France, n'est-ce pas ? Il n'avait pas sa carte. Il venait de la droite. Avant-guerre, il fait des manifs avec des panneaux. On les a, les photos, dehors, les métèques.
1:25:59 Mais oui ! Allez, oublions ça, Tannes. Je veux dire, ce n'est pas du socialisme, comme ça. Tout à l'heure, j'ai dit, ce n'est pas de la gauche. Ou c'est cette gauche qui est apparue seulement au moment de la guerre froide, quand il ne fallait absolument pas que les communistes aient le monopole de la gauche. De Gaulle a eu la même stratégie. Il ne fallait pas que les communistes aient le monopole de la résistance. Mais De Gaulle ne s'est jamais positionné à gauche.
1:26:29 Il avait cette clarté. Je me dis non plus, je suis un homme de droite et j'en suis fier. Il disait déjà, d'ailleurs, ce qui est typique de la droite, qu'il était au-delà de la gauche et de la droite. Vous voyez pourquoi je n'aime pas trop qu'on se débarrasse des deux en même temps. Parce que ça vient toujours de la droite. Ceci dit, je préfère mille fois à la droite gaullienne, à la droite vichyste. On ne peut pas être d'accord. Mais Mitterrand, il est plus proche de Vichy que de De Gaulle.
1:26:59 Mais Mitterrand, ce n'est pas un atlantiste. Nous savons, lorsqu'il y a eu la crise des missiles intermédiaires, vous savez, les missiles à portée intermédiaire, les missiles où on s'entretue, on s'atomise entre Européens. Pas les intercontinentaux, les interrégionaux, on disait IRBM, bon, ne soyons pas techniques. Il s'agissait de savoir si les Américains pouvaient déployer en Europe les fusées Pershing, les fusées à portée intermédiaire, avec des charges nucléaires, bien sûr, ce n'est pas face à l'Europe de l'Est, à l'Europe soviétique.
1:27:31 Et bien sûr, la vraie gauche, à ce moment-là, était contre. À l'époque, il y avait encore un parti communiste, qui n'était pas encore atlantisé. Et Mitterrand a fait cette déclaration célébrissime. « Les pacifistes sont à l'Ouest, mais les missiles sont à l'Est. » Ce n'est pas un atlantiste, ça ? Qui justifie la mise en place des fusées nucléaires américaines à milliers de kilomètres de chez eux.
1:28:04 Comme ils ont fait trois millions de morts au Vietnam à dix mille kilomètres de chez eux parce que le Vietnam avait eu l'idée saugrenue d'avoir une option communiste. Mais où on va ? C'est ça la gauche ? On appelle ça la gauche ? Comme une fois, je vais répéter qu'il y a une phrase de Marx qui nous, d'un coup, nous fait prendre une douche pour nous laver de ce genre de mirage-là. Quand Marx dit « Pas plus qu'on ne juge un individu à l'idée qu'il se fait de lui-même. »
1:28:35 Je suis un homme de gauche, moi ! « Pas plus qu'on ne juge » C'est Marx, ça. « Un individu à l'idée qu'il se fait de lui-même. On ne juge une époque sur sa conscience de soi. » Ce n'est pas une théorie de la conscience, Marx. C'est une théorie du sujet. Et la conscience, c'est la petite partie émergée du sujet qui n'en est qu'une partie infime. Et qui a la lourde charge d'amener à la conscience tout ce qui ne l'est pas, de reconnaître ses propres déterminations de classe.
1:29:06 Je ne sais pas. C'est détermination comme sujet. Voilà. Je reviens au début. Je ferme la boucle. Voilà. Donc, s'ils sont gênés, c'est parce qu'ils croient encore que cette gauche-là, que la gauche anticommuniste est une gauche. Je n'ai pas dit que seuls les communistes peuvent incarner une gauche. Je préfère mille fois, n'est-ce pas, les chrétiens, ils ne sont pas communistes, les catholiques, partisans en Amérique latine, et ils ont payé de leur sang, et soit la torture, partisans de la la théologie dite de la libération, c'est-à-dire qu'est-ce que Dieu existe ou pas ?
1:29:45 C'est une mauvaise manière, disaient ces admirables chrétiens, de poser la question. Dieu existera dans la mesure où nous élargissons ici-bas, sur terre, le domaine de la liberté. Donc, il faut être solidaires avec les guérilleros qui luttent contre les pires dictatures que l'oncle Sam avait mis en place, dans tous les états de l'Amérique latine, et en particulier l'Amérique du Sud, enfin, je ne dis pas que l'Amérique centrale, où il y a eu le plus grand nombre de morts par répression dans les villages entiers massacrés par habitants.
1:30:24 Le plus grand nombre de morts par habitants, c'est le Guatemala et le Salvador en Amérique centrale. Mais je revenais à l'Amérique du Sud, c'était l'époque où on nous fait croire que nous sommes les démocraties qui luttons contre les régimes autoritaires. Mais depuis quand ? À quelle année à minuit on est passé de ce que je vais rappeler à la démocratie ? Moi, quand j'avais votre âge, enfin, je vais dire, à l'âge de la plupart des jeunes gens, même s'il y en a qui ont mon âge dans mes auditeurs, et tant mieux, je me sens moins seul, mais je vais dire, il y a beaucoup de gens qui sont autour de la trentaine, disons, pour aller vite, au sommet de la courbe de Gauss.
1:31:00 quand j'avais cet âge-là, je vais dire, mais les chefs d'État d'Amérique du Sud avaient tous des noms bien espagnols, n'est-ce pas ? Au Brésil, c'était Geisel, le dictateur qui régnait, n'est-ce pas ? Au Paraguay, c'était Stroessner. Oui ! Vous parlez d'une gauche. En Bolivie, c'était Hugo Banzer.
1:31:33 Allez, je pourrais continuer, mais enfin, ce n'est pas sérieux. C'est ça, l'atlantisme, c'est la lutte féroce, je parlais de 3 millions de morts de Vietnam, mais il y en a 3 millions en Corée 3 ou 4 ans auparavant. Ce n'est pas une menace pour leurs frontières, la Corée, le Vietnam. Si vous appelez ça socialisme, si vous pensez que Biden est plus à gauche que Trump, je ne suis pas Trumpiste, et puis moi, il me fusillerait s'il connaissait mes positions.
1:32:07 Mais est-il plus dangereux que Biden, qui envoie deux porte-avions au large d'Israël au moment où on est en train de commettre ? Écoutez, j'en ai vu des choses, je marche sur ma 80e année, bientôt. Et là, on va, la région la plus dense au monde où on a condensé, concentré, je ne veux pas insulter les victimes des camps de concentration en jouant sur le mot, mais quand même, on a concentré deux millions de miséreux, comme il y en a peu sur la planète, sur une surface grande comme deux départements français, et qu'on la bombarde, et qu'aujourd'hui, je viens d'apprendre qu'il y a un hôpital où en un seul bombardement il y a eu 500 morts, je parle de la presse, des nouvelles que j'ai apprises dans les médias occidentaux, là.
1:33:05 Alors, vous allez me dire quoi ? Ah ben, le Hamas n'avait qu'à pas… Mais le Hamas, j'ai déjà répondu tout à l'heure, c'est des créations atlantistes, tout ça, allez, moi je rembours de m'ado, toutes ces horreurs, n'est-ce pas ? Voilà, non, attention, Tann, attention, quittons les plateaux télé où il y a la gauche, c'est la NUPES, et la droite, c'est quoi ? C'est qui ? C'est Le Pen, Macron, c'est… Vous ne voulez pas que Macron sort de la Manche à Hollande et que Hollande sort de la Manche à Mitterrand, à Jospin, quand même, ouvrons les yeux, c'est pas si vieux ce passé-là, quand même, je remonte pas à Aristote pour parler comme Clouscard, je remonte à Aristote.
Définir la gauche depuis le point de vue des victimes
1:33:46 Bon, voilà, merci beaucoup, on va peut-être terminer là, non ? Et, parce que le débat… Juste ça, peut-être pour clarifier. Alors, oui, alors, Pierre-Alain suggère une question, pour clarifier, ben allons-y. Moi, je pourrais jouer toutes les prolongations que vous voulez, mais je veux pas qu'on vous engueule chez vous parce que vous passez trop de temps à regarder l'écran, vous voulez aller manger. n'appliquer.
1:34:20 Objectivement, je m'écoute en. Alors, Dominique, quelle est votre définition de la gauche ? Dans tous ces débats biaisés, on n'entend jamais cette définition donnée par chaque intervenant. Alors, voilà, enfin, une bonne question. Question platonicienne, voilà, Platon, c'est ça. avant tout, qu'appelais-tu gauche ? Voilà, comme ça, on saura si c'est une gauche camouflée, que c'est une droite qui se travestit. Qu'appelais-tu gauche ? Autrement dit, la gauche, c'est le sujet au sens grammatical. Quels sont les attributs ? Dieu est éternel, le sujet.
1:34:50 Dieu éternel, l'attribut. La gauche est quoi ? Merci à notre vieux camarade, bien plus jeune que moi, mais qui a une vieille connaissance, bien fidèle, et qui joue un grand rôle, n'est-ce pas, dans, qui joue, je parle pour passer un grand rôle, dans la lutte pour qu'il y ait enfin une traduction anglaise, n'est-ce pas, de Michel Clouscard, à côté des éditions Delga et de nous-mêmes.
1:35:20 Donc, je vais répondre à Stavisky. Il faudrait que je lui demande un jour pourquoi ce pseudo, je ne vais pas le demander en public, mais l'affaire Stavisky, avant-guerre, lui, il doit savoir, mais je crois que la plupart des jeunes ne savent pas. C'était une drôle d'histoire. Bon, si tant est qu'il y a un rapport, je ne vais pas répondre là, mais ce soir, en fin de partie, c'est trop important, peut-être qu'on commencera par là, quand on va parler des déterminations à partir de la mi-novembre.
1:35:53 Mais j'ai commencé à y répondre, sinon, ça reviendrait à botter en touche ce que je suis en train de dire. Mais non, j'ai commencé à répondre par le contenu, c'est ça qui est important, ce n'est pas le formalisme. Quand j'ai dit, quand il y avait la guerre du Vietnam, et Stavisky, c'était la gauche qui soutenait les bombardements américains, vous me direz, mais oui, il y avait une partie du PS, et bien justement, regardez qui soutenait ce que je viens de montrer comme étant inadmissible de faire couler sur les yeux des enfants vietnamiens parce que le napalm faisait couler les globes.
1:36:30 Allez, je ne suis pas voyeur, je m'arrête là, les atrocités, vous connaissez tous des massacres de Song My, de My Lai. C'est épouvantable, le Vietnam. Plus de tonnes de bombes, à l'heure où c'est Gaza qui est sous les bombes, plus de tonnes de bombes que sur l'ensemble des champs de bataille de la Deuxième Guerre mondiale, guerre du Pacifique, compris sur ce petit territoire. Je n'en parle pas parce que j'y suis né, bon sang, ce n'est pas la question. En général, les Français qui y sont nés, ils étaient plutôt du côté des Américains, soit dit en passant.
1:37:00 Voilà, je suis un social traître. Donc voilà, je ne vais pas y répondre, mais je donne quelques pistes. Les nationalisations qui ont eu lieu à la libération, c'est la droite qui les soutenait ? Vous me direz, mais quand même, De Gaulle, ah ! Vous voyez, qu'est-ce que la droite ? Qu'appelle-t-on la gauche ? Qu'appelle-t-on la droite ? La droite gaullienne qui a fait alliance avec les communistes au moment décisif de l'histoire.
1:37:33 Je ne suis pas un gaulo communiste, mais je préfère mille fois la droite gaullienne à la droite vichiste. Encore une fois, je ne vous impose même pas mon point de vue, mais au moins, c'est cohérent ce que je dis. Pour moi, ce qu'il y a de plus à droite actuellement, je réponds, c'est l'atlantisme. Si je regarde, et maintenant, je vais donner la clé de ma réponse en termes de contenu, je sais, l'opposé de beauté en touche là, mais je m'arrêterai là après, parce que pour l'illustration, ça prendrait du temps et ce n'est pas ça qui va manquer.
1:38:05 La grande différence, c'est quand on cesse de se placer de celui qui juge, qui est à gauche, qui est à droite, comme j'ai l'air d'être en train de faire, pour se mettre du côté des victimes. Qu'est-ce que ça peut faire ? Et je suis poli. Aux Vietnamiens qui voient son village, ses enfants, n'est-ce pas, en train de griller dans le napalm sous ses yeux, que l'aviateur qui largue les bombes soit homo ou hétéro ? Ça, c'est la gauche d'aujourd'hui.
1:38:35 N'est-ce pas ? Je... N'est-ce pas ? Du côté de la Nupes, il n'y en a pas mal. Il n'y a pas que ça, la Nupes. Enfin, c'est enfin Paxon, comme on dit en français. Donc, je réponds à la question. Qu'est-ce que ça peut lui faire, qu'il soit homo ou hétéro ? Qu'il soit noir ou blanc, le pilote. Que ce soit un homme ou une femme. Il n'y avait pas encore beaucoup de femmes à l'époque, mais il y en a de plus en plus maintenant.
1:39:05 Dès qu'on regarde le point de vue du côté des victimes, tous ces faux problèmes s'évaporent. La gauche, c'est ceux qui trouvent que c'est monstrueux, que ces victimes innocentes aient été faites au nom des puissances les plus riches et les plus équipées militairement de la planète. Je vais vous surprendre, en disant que la gauche est plus souvent du côté de David que de Goliath.
1:39:39 Allez, oui, je prends deux personnalités de la même terre de Palestine. Comme ça, tout le monde sera d'accord. voilà. Eh bien, écoutez, je suis très heureux de vous avoir retrouvé. Je suis encore plus heureux de vos questions et j'ai hâte de répondre aux questions que vous poserez bientôt à la mi-novembre. j'en profite pour dire qu'il est bien possible qu'avant même la mi-novembre, de toute façon, ça c'est la rentrée, mais dans à peu près un mois, nous ferons le prochain direct, comme d'habitude, mais par contre, nous allons reprendre notre rythme régulier, mais par contre, entre-temps, il est possible que, suivez bien sur Facebook ou sur YouTube, que nous ayons des publications, des vidéos qui paraissent par d'autres canaux que notre irremplaçable chaîne avec Doumé, n'est-ce pas, philosophique Dominique Pagani, je pense à la série de nos lectures sur le vif que l'on doit à la très belle initiative de Philippe Moreau,
1:40:49 dans le cadre desquelles j'ai fait récemment, apparemment, ça a plu pas mal quelques-uns, quelques-unes d'entre vous, la réflexion de Kleist sur le théâtre de marionnettes, dans une bien belle édition, et puis aussi la toute nouvelle chaîne créée par notre amie Amélie, qui s'appelle Dominique Bintou, ce qui me fait plaisir qu'on rende hommage à mon chat, qui est en train d'essayer de gagner du terrain sur Pyr Alain, profitant que je parle.
1:41:27 Voilà, donc, restez bien branchés sur les réseaux, nous nous retrouvons incessamment. Merci encore de votre présence, à très bientôt. N'oubliez pas de mettre vos cotisations à jour, s'il vous plaît, n'oubliez pas de... On va lancer aussi un prochain crowdfunding. Oui, on va faire appel à votre porte-monnaie, et encore une fois, ça ne s'adresse pas bien sûr à ceux qui ont initié ce mouvement par des dons pour lesquels je ne saurais trop les remercier.
1:42:04 Merci mille fois et à très bientôt. Et belle rentrée à tout le monde. Merci.