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Accueil du collectif norvégien Alt går bra
0:00 Générique Bonsoir chers amis, chers compagnons du déconfinement confiné, c'est à peu près le régime dans lequel on vit maintenant.
0:48 Chers amis, chers camarades, je n'ai pas besoin d'insister sur le fait qu'aujourd'hui nous avons un direct très particulier et qui, je l'espère, inaugure une série qui devrait s'avérer féconde, Je ne vais pas vous agacer avec mes détours et la manière dont je vole un peu le temps des questions quand je déborde l'heure et demie qui m'est impartie, vous allez être débarrassés de tout ça parce que la parole est à nos invités ce soir.
1:23 Je suis très très heureux qu'ils aient accepté de participer ce soir à ce direct. Il s'agit de nos camarades de Norvège plus connus sous le nom de l'association Art Går Bra. Art Går Bra, mais je prononce mal de toute façon. Mais ça veut dire tout va bien, n'est-ce pas ? J'allais dire en Oroa, n'exagérons pas. Donc, je ne vais pas tarder à leur passer la parole, mais je vais juste rappeler qu'Agnès et Branko, donc, qui sont en même temps les fondateurs et qui représentent ici Art Går Bra, ainsi que leur camarade Oscar, qui est notre ami britannique, Dominique qui vit lui sur Paris, qui résident sur Paris et qui a la gentillesse aussi de bien vouloir participer à la Réunion.
2:29 Agnès de son côté est présidente tout de même de l'Association des artistes plasticiens de Norvège. Donc j'ai pensé que pendant cette série que je viens de faire depuis quelques semaines, qui a pour thème central le rapport de l'esthétique et du politique, Leur présence, alors si je parle comme les journalistes, je vais dire, et me semblait incontournable, mais je vais éviter cette banalité, je crois qu'elle est surtout précieuse.
2:59 Je n'en dis pas plus, parce que c'est eux qui vont vous exposer la manière dont se pose ce genre de dialectique de l'esthétique et du politique dans un contexte comme celui de la Norvège. Je le dis à leur place, mais il ne faut pas l'oublier parce qu'on le dit rarement, la Norvège est le plus haut niveau de vie du monde par habitant. Je ne parle pas de telle petite principauté ou tel émirat isolé. Par habitant, même plus que la Suisse.
3:30 Donc, défendre la bannière du marxisme, de l'hégélianisme, de la clouscardité, je dis ça parce que quand j'ai été invité chez eux à Bergen, j'ai eu le plaisir et le bonheur de voir une couverture de Clouscard sur la vitre qu'ils donnaient sur la rue en arrivant chez eux. Vous voyez, voilà ce qu'on trouve au fond des fjords grâce à eux. Alors je vais leur passer la parole, ils vont se présenter, en tout cas je leur laisse totale souveraineté pour ce qui est de l'ordre du jour et de l'ordre tout court de cette présentation.
La rencontre de Diogène et d'Alexandre en peinture
4:03 Et bien sûr, vous serez en droit de poser les questions qui vous intéressent sur leur intervention dans la dernière demi-heure comme d'habitude. Donc je donne la parole ici à Branko Borero. qui est des deux celui qui est peut-être le plus à l'aise dans la francophonie, encore que je trouve qu'Agnès se débrouille beaucoup mieux en français que moi en norvégien. À toi Branco. Ok, bonjour à tout le monde. Bonjour Dominique. Merci beaucoup de nous avoir invités. Je pense qu'on va commencer par dire bonjour à tout le monde.
4:43 Oui bonjour. Bonjour à tout le monde. Merci Dominique. Merci pour l'invitation. Dominique. Merci à vous. Nous voulons commencer par faire une introduction. Et dans cette introduction, on va partager des citations dans deux types de formats, le format des images et le format des textes.
5:25 Ces citations sont peut-être sans une connexion très évidente entre eux, mais ils ne sont peut-être pas une connexion très évidente avec la présentation en général non plus. Par contre, nous espérons que ces citations vont nous aider à faire des réflexions sur notre travail dans cette présentation.
6:00 Nous allons commencer par une image que nous allons partager sur l'écran. Donc cette image, c'est une image que nous suspectons. Je pense que vous pouvez la voir déjà dans l'écran. Dominique ou Oscar. Oui, on le voit très bien. Oui, OK. Nous suspectons que cette image n'a plus d'importance dans l'histoire de ce qui a été crédité.
6:39 Donc, en fait, je peux dire que cette image, c'est une image qui apparaît pour nous, une image qui mérite plus de réflexion. Dans cette image, nous voyons un rencontre, ça c'est le rencontre entre Alexandre de Macédoine, dit Alexandre le Grand, avec un philosophe, le philosophe Diogène de Sinope, connu comme Diogène le Cynique.
7:22 Dans cette image, j'espère qu'on peut voir la flèche de l'ordinateur. Très bien. Mais dans cette image, il y a plusieurs éléments, mais on veut vous faire regarder quatre éléments. Deux personnages, Alexandre et Diogène. Donc Alexandre en rouge, Diogène par terre en noir. Les chiens à côté d'Alexandre et les lieux d'habitation des Diogènes.
8:09 On va parler de tout ça plus tard. On veut aussi remarquer qu'à différence des autres personnages comme Jules César et même Auguste, Alexandre et ses motifs de rencontre avec Diogène en particulier, Alexandre a été un sujet très répandu parmi les artistes, très populaire. Donc, à différence des autres personnages historiques, Alexandre a pris beaucoup d'attention des artistes.
8:48 Ce tableau est seulement un exemple. Nous avons aussi des illustrations de cette rencontre entre Alexandre et Diogène le Cynique dans le bien-connu bas-relief de Pierre Puget, que nous voulons aussi partager. Dans ses bas-reliefs de Pierre Puget qui est au Louvre, nous pouvons aussi apprécier les quatre éléments. Nous voyons Alexandre sur le cheval, nous voyons Diogène aussi par terre, presque dans la même position, dans tous les deux, et nous voyons les chiens.
9:42 Alexandre et les lieux d'habitation de Diogène. Antonio. Nous avons le même thème aussi chez les peintres anglais Edwin Landseer. C'est une peinture très courteuse qui est devenue très populaire en forme d'impression.
10:13 Et ces peintures, c'est une parodie où on voit les mêmes caractères peintre comme des animaux directement. Donc là, on a toujours les mêmes quatre éléments, mais Landseer ajoute un cinquième élément. Donc on voit Alexandre qui est le chien noir. On l'a reconnu.
10:43 Qui est le chien blanc. On voit Diogène qui est le chien noir. On ne voit pas un chien mais les chiens. On voit qu'un chien. Et on voit aussi les lieux d'habitation de Diogène qui dans ce cas-là est plus propre au chien qu'au philosophe. Landseer ajoute un cinquième élément, que l'on peut voir à gauche de l'écran en bas, c'est la lanterne.
11:19 La lanterne et ses lieux d'habitation sont des attributs de Diogène de Sinope. Et peut-être que ces peintures, parmi les trois illustrations des rencontres, peut-être que justement c'est ces peintures de Landseer qui nous amènent les plus proches à l'idée que nous voulons saisir ici dans cette introduction.
L'animalité comme modèle du cynisme
11:51 Donc l'idée que nous voulons saisir, c'est justement l'idée de l'animalité, des animaux, l'animalité, comme on le voit bien dans ces tableaux. Nous voulons remarquer qu'il y a plusieurs anecdotes autour de rencontres de Diogène et Alexandre. Par exemple, une anecdote très bien connue, c'est quand Alexandre demande à Diogène s'il a besoin de quelque chose.
12:29 Et Diogène lui répond « Oui, ôte-toi un peu de mon soleil. » Alexandre, on dit qu'il était très frappé par la réponse. Et par le mépris que Diogène avait exprimé en lui disant « Oui, ôte-toi un peu de mon soleil ».
13:00 Donc Alexandre veut le flatter au philosophe et il dit « Si je n'étais pas Alexandre, je voulais être Diogène ». Loin de séduire Diogène, il obtient la réponse suivante de Diogène. Diogène lui dit « Si je n'étais pas Diogène, moi aussi je voudrais être Diogène ».
13:37 Tous ces échanges sont intéressants et même amusants. Le plan d'ingéniosité. Mais nous devions diriger l'attention sur l'identification de Diogène lui-même. Donc, ce qui nous intéresse, c'est comment Diogène se présente.
14:12 Et comme qui est-ce que lui il s'identifie en face d'Alexandre. Alexandre, lui, il se présente en disant « Je suis le grand roi Alexandre » et Diogène, il se présente en disant « Et moi, je suis Diogène, les chiens ». Et quand on lui demande à Diogène pourquoi est-ce qu'il s'appelle à lui-même les chiens, il répond « Parce que je caresse ceux qui me donnent, j'abois contre ceux qui ne me donnent pas, et je mords ceux qui me donnent ».
15:12 Donc on a dit tout ça et on a montré ces images et remarqué la présence des chiens pour justement parler de l'animalité. Et comment est-ce que l'animalité est un élément essentiel de la philosophie des diogènes des cyniques, donc des cynismes ? Car l'animalité est prise comme modèle pour deux idées centrales du cynisme.
15:51 Une idée centrale du cynisme, c'est la frugalité, donc l'être frugal, pas gaspillé. Et basée sur cette idée que la nature et les animaux, ils sont frugales, si on agit avec frugalité, on arrive à l'autre idée du cynisme. Et cette idée, c'est l'idée de l'autarcie. Donc ça veut dire pas de démocratie, où les demos, le peuple, gouvernent, mais dans un état où le gouvernement, c'est l'autogouvernement, l'autarcie.
16:38 Le cinisme prend comme modèle l'animalité, c'est la frugalité et l'autarcie. Et c'est le moment de rappeler que justement le mot cinisme, « diogène les cyniques », ça veut dire « diogène les chiens ». Donc les mots « cynisme », la plupart de nous on oublie ce que ça veut dire.
17:11 Pour inventer des mots qui n'existaient pas en français, la traduction littérale de « cynisme » serait « chienisme » ou « canisme ». Donc ça existe toujours la racine de « canine » qui est la racine de « cynisme » ou « cunisme » qui veut dire « les chiens » en anglais. Littéralement, Diogène s'appelait Diogène des chiens.
17:41 En revenant à l'animalité comme inspiration de la philosophie cynique, on apprend aussi que l'animalité fournit un modèle pour l'absence de privacité, Aussi comme les autres coutumes tirés des animaux. Donc un autre élément, un troisième élément, c'est l'absence de qui va s'y dire.
18:12 Et on peut dire qu'en urinant, en faisant pipi, en urinant et en se masturbant dans les marchés publics, Diogène s'afforgait un homme pour lui-même. Il est devenu très bien connu pour être cette personne qui, comme on l'a vu, habitait dans la rue, il ne travaillait pas bien sûr, il a toujours un pot où les gens pouvaient lui donner la nourriture et l'argent.
18:52 Et aussi, elle vivait dans la façon publique comme dans la façon privée. Donc, il faisait pipi et caca à l'extérieur, dans les marchés. Il habitait dans cette... Tonneau. Il habitait, qui en grec c'est un jar très grand qui s'appelle le pithos.
19:22 Donc ces jarres s'utilisaient pour stocker, soit du liquide ou de la nourriture, mais aussi parce qu'il était tellement grand, des fois il s'utilisait comme cercueils. C'est une relation intéressante déjà. Les disciples et les héritiers de Diogène le Cynique, parmi lesquels on compte les pères fondateurs du stoïcisme, un autre courant philosophique qui s'appelle le stoïcisme.
20:07 Donc il était Zénon de Kition, donc parmi ses héritiers et disciples, ils ont emporté le modèle de l'animalité encore beaucoup plus loin que son maître, que Diogène le Cynique, jusqu'à proposer des choses comme l'inceste et le cannibalisme. Donc on a parlé des trois éléments, la pluralité, l'autarcie et le manque de différences entre la vie privée et la vie publique.
Le cosmopolitisme cynique : la physis contre le nomos
20:49 Tout s'est inspiré dans l'animalité. On voudrait ajouter un quatrième élément qui est aussi inspiré dans l'animalité et la nature pour les cyniques, et ça c'est le cosmopolitisme. Diogène, le cynique, il était le premier à utiliser le mot cosmopolite en parlant de soi-même.
21:20 Diogène se présentait à Alexandre comme un chien et il se définit à lui-même comme un cosmopolite. Donc un cosmopolite, ça veut dire un polit, un citoyen, pas de la polis, de la cité, mais du cosmos. Diogène est le premier à se dire cosmopolite, les citoyens du cosmos. Qu'est-ce que ça veut dire le cosmopolitisme ? Ça veut dire deux choses en même temps chez les cyniques.
22:07 D'abord, le rejet de la citoyenneté dans la police, dans la ville, dans la cité, et l'affirmation de l'appartenance à une communauté cosmique. Donc, il n'appartient pas à la communauté de tous les jours, quotidienne, réelle, où on voit les voisins, les citoyens qui habitent et qui agissent dans la même ville, mais on habite dans une communauté cosmique.
22:47 Donc ça veut dire, ça veut dire qu'il y a un rejet du nomos, il y a un rejet de la loi, de la loi de la cité au nom de la physis, de la nature. Donc, on est un cosmopolite. Dans le sens cynique, on doit rejeter le nomos, la loi de la cité, parce qu'on doit suivre la physis, la nature.
23:28 L'homme se constitue en harmonie et en adéquation avec l'univers et ses lois naturelles. Pas des lois humaines de la polis, de la cité, mais d'accord, on respecte les lois naturelles. On vit dans le cosmos en harmonie avec les plantes et les animaux.
23:59 Le cynique porte sa communauté cosmique avec d'autres cyniques. Le cynique est autarchique, il se gère par l'autorité. Par contre, il y a quand même une communauté, mais cette communauté, c'est une communauté cosmique. Cette communauté est formée par les autres cyniques, les autres sages qui habitent dans l'univers, dans le cosmos, pas dans la cité.
24:36 Donc ces sages se trouvent, ils habitent, ils composent la communauté des cosmopolites sages. Donc, c'est ça, les sages, comme on a vu dans les tableaux, de l'infirme, on voit qu'on ajoute la lanterne.
25:16 Donc la lanterne, c'est l'attribut de Diogène les Cyniques, c'est l'objet qu'il utilisait pour se promener dans la polis et chercher des sages comme lui qu'il ne pouvait pas trouver, bien sûr. Donc le cosmopolitisme, c'est la vie en conformité avec la nature. La frugalité, l'autarcie sont des concepts clés du cynisme.
Du stoïcisme à la destinée manifeste
25:54 Et en même temps, ces concepts sont des éléments constitutifs de le courant philosophique que les cynismes inspirent. Ces courants philosophiques, c'est le stoïcisme dont on avait déjà dit que les fondateurs est Zénon de Kition. Donc maintenant on peut revenir à l'image initiale qui illustre les rencontres entre Diogène le Cynique et Alexandre le Macédoine. Et on revient pour concluir avec deux visions de l'Antiquité Que es que es el estoïcisme?
26:47 Dans l'Antiquité, on propose deux visions, celle de Plutarque qui identifie l'estoïcisme justement avec les nouvelles ordres du monde créés par Alexandre. Et celui-là de Cicéron qui associe l'estoïcisme avec les bienfaisants expansionismes romains qui apportaient la civilisation et l'ordre aux provinces.
27:32 Domenico Losurdo a écrit exhaustivement sur l'implémentation des idées de la paix perpétua, de la paix perpétuelle et de l'universalisme. Domenico Losurdo ne a pas vraiment fait une connexion avec l'Antiquité quand il parle de ce concept, mais il parle de Kant.
28:14 Il fait ça dans son livre « Un monde sans guerre », l'idée de la paix des promesses du passé à la tragédie du présent. Cet ouvrage « Un monde sans guerre » s'est complémenté avec son très bien connu livre « Contre-histoire du libéralisme ». Dans ses livres, Contre histoire du libéralisme, Losurdo analyse parmi plusieurs idées, l'idée que vous voyez illustrée maintenant dans l'écran.
28:54 Cette illustration dans l'écran, qui s'appelle « Les progrès américains », c'est la représentation d'une idée très répandue dont Losurdo parle beaucoup. C'est l'idée de la destinée manifeste, qui en anglais s'appelle Manifest Destiny. Cette idée est très bien représentée par ces illustrations que l'on voit dans l'écran, qui en fait, il a l'air de être une grande illustration, mais c'est seulement un très petit tableau, Il est devenu très populaire aux États-Unis comme une reproduction. Donc là on voit le tableau original.
29:43 Donc dans ce tableau-là, on peut voir une allégorie de Columbia, donc la femme au centre, qui porte les télégraphes. Donc, comme vous le voyez, dans les mains, il y a un câble, c'est le câble de l'écran, et il aussi amène avec elle une vague de progrès, les moyens de transport les plus avancés de l'époque, comme les trains, et en général, il amène la civilisation au peuple.
Hegel : religion et politique « larrons en foire »
30:24 Nous voulons finir cette introduction avec deux citations de penseurs dont nous sommes très familières. Je parle de Hegel et de Clouscard. Pour donner un petit peu le contexte de toute cette introduction, au premier on va lire la citation d'Hegel.
31:00 Et là, lui il parle de la citation d'Hegel d'après l'excellent livre de Bernard Bourgeois qui s'appelle La pensée politique d'Hegel. Par contre, quand la citation dit les mots «religion », nous pensons que les mots «religion » peuvent être remplacés pour des autres mots, pour des autres concepts qui peuvent s'adapter mieux à ces citations. Donc, «religion » et «politique » se sont entendus comme « larrons en foire » que la première a enseigné ce que voulaient les despotismes.
31:39 Les mépris de l'espèce humaine, son incapacité à réaliser un bien quelconque, à être par elle-même quelque chose. Et après Michel Clouscard, découlé « J'aime la part fixe » La phénoménologie de l'homo erectus sera donc celle d'un ethnocentrisme légitimé par son intentionnalité, faire les genres et sa finalité humaniste.
32:18 Cette légitimité ira-t-elle jusqu'à justifier la prémission ? Et on vient pour dire que sous l'égide de la Maxime de Hegel, tout ce qui est rationnel et réel, tout ce qui est réel et rationnel, nous allons maintenant discuter la practice de notre collectif en corps.
32:51 Je peux faire une petite pause juste pour rebondir sur la dernière citation ? On m'entend là ? Oui, c'est pour préciser, pardon, c'est mes déformations pédagogiques, mais à notre public que la citation de Hegel, que j'ai souvent répétée au cours de nos ateliers, est extraite d'une lettre, Le tout jeune Hegel qui est encore étudiant en théologie, qui écrit à Schelling, qui n'est pas encore le champion de la contre-révolution. Là, pour l'instant, c'est trois jeunes gens fous de la Révolution française, de Rousseau, de Kant, etc.
33:34 Et qui viennent d'avoir des problèmes parce qu'ils ont planté un arbre de la liberté dans la cour de la faculté de théologie où ils sont étudiants. Donc, je veux juste rappeler que Hegel, qui a un ton très violent, cette citation est très bien choisie, merci Branco, elle résume tout le ton de la lettre. « Religion et politique se sont entendues comme larrons en foire ». Je dis ça parce qu'on a une certaine image d'un Hegel mystique, religieux, et on croit être marxien, je dis exprès marxien, n'est-ce pas, en répercutant cette image.
34:12 Que le vieux Hegel de Berlin ait bien pris soin de ne pas avoir trop d'ennuis avec son employeur qui ne s'appelait pas Éducation Nationale, c'est un anachronisme, mais le ministère des cultes, il était fliqué par des censeurs qui regardaient s'il n'y avait pas trop d'influence des idées des Lumières dans l'enseignement de Hegel. Mais sinon, je veux dire, ici c'est très clair qu'il fait une critique très politique de la religion.
34:42 Ce n'est pas le procès que fait Voltaire sur… il n'est pas en train de détruire la métaphysique ou la croyance, il dit politique, religion se sont entendues comme larrons en foire, la politique au service pour faire avaler au peuple le discours que le pouvoir politique a envie d'entendre. Je ne veux pas interrompre parce que c'était très intéressant cette introduction. Donc, tu veux me laisser les questions ou on continue ?
Les peintures du voisinage à Bergen
35:18 On continue par peut-être, vous voyez, on a un expo ici dans le lieu à Norvège, à Bergen. Et ça, c'est une expo qui est faite par des images de peintures qui appartiennent à des voisins de lieux. Et donc, c'est des images qui sont très bien connues par les gens novégiens.
35:51 C'est des peintures qui étaient après la dernière guerre mondiale. Et les peintres eux-mêmes ont vendu ces peintures en frappant la porte du voisinage. Et ça, c'est une économie très populaire, on va dire. Ça fait que tout le monde a eu l'opportunité d'avoir une vraie peinture de l'huile à toile dans la maison.
36:30 Et ça fait une façon de vivre pour ces peintres. Donc, ça c'est quelque chose qu'on fait qui est très précise ici à Bergen, le voisinage ici. Mais on essaie de comprendre mieux ce phénomène aussi parce que personne n'a écrit quelque chose, une étude académique, on va dire, sur ce phénomène de peinture. Même si on sait qu'ils ont produit énormément de ces peintures.
37:05 Ils sont partout, partout. Toutes les familles ont des peintures comme ça. Là encore, je vais faire un petit commentaire parce que ce qui est apporté ici est très riche et pas très familier au public français. Vous savez, en Allemagne, on dit un Français, c'est un monsieur qui est petit, qui a de la moustache, qui connaît mal sa géographie. Alors voilà, nous ignorons souvent ce qui se passe chez les autres, un peu comme les Américains, pour des raisons différentes et analogues. À une époque, nous étions l'Amérique.
37:41 Alors, comme le monde entier, c'est-à-dire l'Europe, à l'époque parlait français, on n'allait pas se fatiguer à parler les langues des autres, et les Américains, maintenant, c'est un peu pareil. Donc c'est pour ça que je me permets de faire quelques précisions. Lorsque Agnès dit ici, au sens propre, il s'agit de la ville de Bergen où nos amis sont résidents. Je rappelle que Bergen a été pendant près de dix siècles la capitale de la Norvège, bien avant Oslo. Et que les hardi marchands vikings qui sont allés coloniser le Groenland, l'Islande d'abord puis le Groenland, partaient de Bergen, qui était un haut lieu commercial et militaire à la fois. Mais ce n'est pas seulement ça. Ce qu'elle vient de rappeler, c'est la présence et la richesse et la vivacité de cet art populaire.
38:34 Or, c'est difficile à faire passer en France, surtout en France, parce que la France, je ne dis pas ça péjorativement, c'est un autre genre, mais la France est surtout connue pour une littérature et un art élitiste de cour. L'importance de Versailles historiquement, le modèle que ça a été, le fait qu'à partir de Racine, on ne dit jamais d'une fille « elle est magnifique », on dit « elle n'est pas mal », parce qu'il n'y a que le roi qui est magnifique.
39:04 Vous comprenez donc qu'il faut… Vous voyez, on a comme ça enseigné la litote, la langue française. Et donc, très rapidement, le populaire chez nous a été folklorisé. C'est devenu un peu péjoratif, un peu folklorisé. Or, dans des pays qui sont à la périphérie de l'Europe, soit la périphérie septentrionale, comme c'est le cas en Scandinavie, soit la périphérie orientale, comme c'est le cas dans les peuples slaves en particulier, je veux dire, Le fond populaire est extrêmement vivant. Regardez dans les films de Kusturica l'importance des musiques populaires dès qu'il y a un mariage. Ce n'est pas un folklore. Ce n'est pas non plus une sono avec un ampli et puis qui font des musiques qui viennent de 10 000 km d'ailleurs, même si elles sont bonnes, ce n'est pas la question. Non, ce sont des musiques serbes, populaires, russes, norvégiennes. C'est très important ce qu'on est en train de voir là.
39:58 Le fait, ça c'est le premier point. Le deuxième point, c'est l'extraordinaire travail politique que font en toute modestie, parce qu'ils ne l'explicitent pas, parce qu'ils sont modestes, ou plutôt ils ne sont pas modestes, ils sont humbles, ce qui est encore plus profond, Agnès et Branko, c'est-à-dire qu'ils font du porte-à-porte pour aller récolter ces tableaux. Autrement dit, il y en a beaucoup chez nous qui parlent d'art de la ville, de street art, d'art de la rue, vous savez.
40:29 Et en fait, c'est toujours la même cosmopolité, n'est-ce pas ? C'est-à-dire, on dit ici, voilà des bijoux typiquement norvégiens, on voit les mêmes à Tokyo, on voit les mêmes chez moi en Corse l'été, c'est toujours les mêmes choses. J'appelle ça des bijoux nippo-scandinaves. Vous voyez, pour qu'on soit bien d'accord, ça n'a rien du tout de vraiment populaire. De même que, c'est un peu mon refrain, les musiques pop ont liquidé les musiques populaires qui étaient riches, foisonnantes et diversifiées dans chaque région. Donc voilà, c'est très important politiquement ce qu'ils font, de permettre à un voisin, un voisin c'est ni une détermination sociale ni politique, mais c'est une détermination très importante au niveau de la cité, ou alors c'est une relation politique au sens antique du terme, n'est-ce pas ?
41:22 Eh bien, c'est mon concitoyen le plus proche et c'est très important que mon voisin puisse penser qu'il va être exposé. C'est extraordinaire. Donc voilà, je rends hommage au passage à cette initiative que vous présentez d'une manière un petit peu comme ça, presque marginale, et je trouve qu'elle est déjà bien au-delà de ce qui se prétend avant-garde ailleurs. Voilà, je vous rends la parole.
Bannières et acanthe : l'art du quotidien
41:53 En fait, cette expo, ça fait partie d'une série de trois expos qui ont fait de la même manière. On a fait un déjà avec les bannières qui est aussi un phénomène très important en Norvège. Le grand bannier en tissu avec des décorations de broderie et des peintures. Nous faisons notre propre bannier aussi.
42:24 Et ici dans cet expo, nous on a fait des copies de quelques-uns de ces peintures qu'on montre. Et c'est toujours la même chose, c'est une communication avec le voisinage qui prête ses propres œuvres à nous pour exposer ici. La prochaine, peut-être que tu veux parler un peu déjà, c'est l'acanthe. On a trois dans cette série où on essaie d'apprécier la valeur de l'art de tous les jours, de l'art du quotidien.
43:06 La plupart des gens ne pensent pas que les bannières que l'on porte pour les premiers mai ou pour les jours de l'indépendance dans nos régions, Il y a des manques de œuvres d'art, mais on essaie de valoriser l'esthétique. On essaie aussi de mettre en valeur les peintures de tous les jours, la peinture des maisons, comme celle-là.
43:40 La prochaine va être sur l'acante, donc l'acante et les plantes. Il s'agit de la plante, du végétal l'acanthe, les feuilles d'acanthe. La feuille d'acanthe, que les gens connaissent depuis les colonnes corinthiennes. On voit les chapiteaux avec toutes ces plantes très élaborées. Ces plantes sont très intéressantes parce que c'est bien lié avec la traduction.
44:17 Alexandre, qui a répandu ces plantes, qui a devenu les motifs les plus répandus géographiquement pendant l'histoire de toute l'humanité. Alexandre a mené... Il a conquis. Et après, ça a passé aussi à la Chine, au Japon. Et il est devenu aussi l'art musulman. Donc tout ça, c'est l'acanthe.
44:59 Et après, il est aussi arrivé en Norvège. Et en fait, tout l'art traditionnel, folklorique de la Norvège s'est basé sur l'acanthe. Donc ça c'est une connexion très forte, très évidente avec l'intervention. Oui, très rapidement, ça a été ma grande surprise, comme vous m'avez appris. Moi je pensais que l'acanthe était représenté dans l'art décoratif norvégien, un peu comme tous les pays que tu as cités, à la suite de l'influence hélénique.
45:32 Et là, vous m'avez appris que l'acanthe est depuis toujours quelque chose de très populaire dans les représentations quotidiennes, dans la décoration, et en particulier dans les églises de bois sculptées qui sont des véritables bijoux. Vous consulterez sur Google Images les églises. Il y en a en Norvège, il y en a en Russie, des pays de très grandes forêts de bois sculptées où le motif de l'acanthe est omniprésent. Je te rends la parole.
46:03 C'était ma surprise. L'acanthe est connue ici comme la feuille française. D'accord. Mais en fait, il ne vient pas de la France, il vient de l'Allemagne plutôt, et des Pays-Bas. Tu veux dire, il vient, il s'est passé par là quoi ? Exactement. D'accord, d'accord. Donc on va y avoir la parole à vous ? Oui, je t'en prie Agnès.
Le mimeographe, une force productive
46:36 On veut bien aussi donner la parole à Oscar, à notre collègue. Oui, très volontiers. On dit que les Français sont bavards et les Anglais n'aiment pas ça, alors il va prendre sa revanche maintenant. Je vais parler juste brefement d'un troisième projet qu'on a fait, mais en fait c'était plutôt dans le même sens qu'on a parlé de deux projets précédents.
47:06 Mais aussi que Branko a discuté. Et c'est aussi l'image de l'événement Facebook. Ah oui. Un graph. Donc c'était une machine qui s'appelle mimeograph. En France, c'était plutôt une ronéo. Et comme le tableau, et peut-être aussi un peu comme l'acanthe, c'était une fois très très connu, très populaire, très commune. Mais aujourd'hui, oublié. Et en fait, c'était la première machine de photocopie.
47:42 De reprographie. Oui, exactement. C'était portable, c'était facile pour utiliser. Et voilà. Et je discute ça aussi parce qu'on a fait une interview récemment dans ce journal. J'espère que vous pouvez regarder ça. Mais ça s'appelle Perspective, c'est le journal de l'INHA, l'Institut National Histoire de France. Donc, c'est une interview en français. Avec nous, notre travail et aussi notre recherche de cette machine. On a fait une recherche depuis cinq ans maintenant. Et l'année dernière, on a fait une conférence à l'Université de Westminster.
48:25 Et après, on a fait cette installation dans le musée de Victoria and Albert, à Londres. Et donc, c'était une installation avec la machine mimeographique, la photo est magnifique. Et on a fait un imprimé, c'est un imprimé de 40 mètres, je pense, dans cette salle. Voilà. Donc, si vous voulez regarder plus de notre travail et aussi la théorie entre notre recherche dans cette machine, la numéro 1, vous pouvez regarder ce journal.
49:12 Je pense aussi qu'il y a dans le site web de l'INHA. Je pense que ce n'est pas maintenant, mais dans quelques semaines, il va être l'interview sur le site web. Avec cette photo ? Avec cette interview. Avec cette interview, ok. Je profite de ce que vient de dire Oscar pour faire remarquer à nos auditeurs habituels, là encore, Ce n'est pas un hasard pour moi si nos amis ont fait des recherches, une véritable enquête sur le mimeographe, au sens de « inquiry », sur quoi ? Sur une force productive pour rester marxien.
50:00 C'est un progrès dans la technologie de la reprographie de la parole et du message. C'est quand même avant tout ça. Oscar dit très justement que maintenant on l'a oublié, oui, les jeunes générations certainement dont il fait partie. Mais moi je me souviens très bien que dans le lycée quand j'étais enseignant, dans tous les lycées, avant le cours, on passait à la RONEO, on disait, pour distribuer aux élèves les textes sur lesquels on allait travailler. C'était extrêmement répandu. Mais je parle seulement pour la France, dans tout le monde développé bien sûr.
50:36 C'est très intéressant d'avoir focalisé que des gens qui travaillent dans un contexte artistique se soient focalisés sur quelque chose qui apparemment n'est pas une œuvre d'art, même si je trouve que cette photo est magnifique. Mais qu'elle est un chef-d'œuvre, elle est toute seule, et même une dialectique. Entre cette machine et le parquet et les tableaux et l'épaisseur historique et traditionnelle qui est autour, c'est extraordinaire.
« À toi le plaire, à moi le faire » et la marge dans la page
51:07 Et il n'y a rien de brutal dans cette réunion. Voilà, je rends la parole, mais merci beaucoup d'avoir attiré l'attention sur l'opération mimeographe. Oscar nous rappelle la raison principale pour utiliser le mimeographe, c'est pour pouvoir publier nos propres livres. Donc là, il y a un des livres qu'on a publié, ça c'est « On a tout fait à la main », Le titre de ce livre, c'est une phrase de Michel Clouscard.
51:55 A moi le plaire, à toi le faire. C'est une phrase de Michel Clouscard. Donc ça c'est le titre du livre. Tout à fait. Merci pour lui. Je rappelle que c'est ici le dieu forgeron, le bosseur, le prolétaire de l'Olympe, c'est-à-dire Héphaïstos Vulcain qui parle à Narcisse. C'est ça que je suis en train de te montrer. Eh bien voilà.
52:28 Héphaïstos dit à Narcisse, à toi de plaire, à moi de faire. Voilà le partage encore maintenant. Ce qui me fait penser, je fais un tout petit rebondissement pour revenir à Diogène, au cas où certains n'auraient pas encore compris tout ce qui est extrêmement rationnel dans ton introduction malgré les apparences, malgré les apparences décousues et discontinues, c'est très convergent. Je veux dire, l'économie de Diogène, de quoi vit-il ? Tu dis, il vit de son petit bol, comme les bons bouddhistes ou comme les… j'ai vu, j'ai travaillé en pays islamique, où les imams donnent à des jeunes gens comme ça des bols pour qu'ils aillent chercher à manger pour lui.
53:21 Et ça depuis la plus haute antiquité, les prêtres d'Amon dans l'Égypte ancienne, toutes les gips leur apportaient des vaches, des moutons, des fruits, des céréales. C'est extraordinaire ! Et le clergé bouddhiste encore maintenant en Thaïlande, il vit de ça. Non, je le rappelle au passage. Or, c'est pour ça que je suis très content que tu… Je me rappelle, c'est une anecdote, mais je vais être rapide. J'étais en Côte d'Ivoire, j'étais... Les contrats locales, ça veut dire payer comme un professeur ivoirien à l'époque, je ne vais pas raconter ma vie, mais expatriés au cœur de la jungle, dans la forêt vierge, il y a une partie amazonienne en Côte d'Ivoire.
54:01 Et donc, on se voyait souvent dans la petite communauté française avec nos collègues ivoiriens, on était 80 français perdus dans la jungle, si vous voulez. La plupart enseignants, mais d'autres coopérant en médecine, etc. Et voilà qu'il y avait avec nous des planteurs italiens d'ailleurs, des planteurs d'ananas ou de Verone. C'était un Italien qui était chez nous et qui nous avait dit avec la radio, parce que là-bas c'est avec la radio qu'on communique, c'est des endroits très isolés dans la forêt.
54:36 Quand j'ai entendu des Italiens de chez moi qui étaient dans le désert, j'ai capté leurs échanges de voiture à voiture, ils disent qu'ils vont arriver en Côte d'Ivoire, je leur ai dit quand vous arrivez venez. Alors je vais très vite, nous avons donc fait un repas avec les Italiens de passage, une magnifique Range Rover, n'est-ce pas, qui avait traversé ça. Et avec eux il y avait un Français, voilà le Diogène qui arrive. Un jeune Français, c'était juste après 68, vous voyez, très soixante-huitard. D'accord ? Bon, j'étais très content qu'ils mangent notre cuisine, qu'ils boivent nos apéritifs, qu'ils fassent une halte, un repos là.
55:15 Mais il se met un peu à ironiser sur nous. Vous êtes des profs, vous gagnez votre vie laborieusement. Vous voyez, moi, je n'ai pas besoin de travailler. Moi je voulais voir l'Afrique, eh bien, j'ai fait du stop à Gino, il m'a pris. Je lui ai dit espèce d'imbécile, pourquoi tu craches dans la soupe ? Au moins tais-toi, sois malin. Parce que si tout le monde fait comme toi, qui est-ce qui va nous ramasser en stop ? Le cynisme de Diogène, c'est de faire oublier que pour qu'il y ait une marge, les marginaux, il faut qu'il y ait une page. La marge, elle est dans la page. Si tu enlèves la page, il n'y a plus de marge.
55:56 Des millions d'imbéciles comme vous et moi qui bossent, je dis ça parce que je n'ai jamais autant travaillé que depuis que je suis à la retraite, qui bossent pour que d'autres disent que le travail ce n'est pas nécessaire. Heidegger le nazi, le travail ça vient de torture. Il faut laisser ça aux marxistes. Voilà, je vous rends la parole, mais j'y tenais. On a fait la traduction en anglais parce qu'il n'y a pas. Donc ça c'est le titre.
Le livre bilingue et la région russophile du nord
56:26 C'est l'extrait de Refondation Progressiste. On ne va pas être dans le grand écran. Donc j'essaie de faire le début. Hello, hello. Donc ça c'est le titre. Et après à l'intérieur, je vais vous montrer un petit peu. Après on a cité Rosa Parks, des mouvements des droits civils des États-Unis.
57:01 C'est un joli papier. La phrase très forte. Moi, non, je ne pense pas que je dois me mettre debout. Et après, on a... Oh, attends, je ne sais pas la... Non, tu ne m'as pas montré ce que tu dis. Non, je n'ai pas montré ça. Voilà, voilà.
57:33 You have to stand up. Et après, c'est ça qu'on discutait un peu plus avant. Et oui, voilà. Donc on a fait un petit cadre. Même en anglais c'est clair, mais tout est toujours plus clair en anglais. Je dois continuer à parler.
58:05 Donc là on a fait les traductions, je ne sais pas si c'est très bien fait, mais en tout cas on a mis les deux figures de Narcisse et de Vulcan de Héphaïstos. Je voudrais juste, parce que c'est absolument pas connu alors là en France du tout, Si ça vous dit, si ça ne trouble pas votre programme, de dire quelques mots de cette région de Norvège qui est presque russophile, dans ce pays qui est pourtant fondateur du traité de l'Atlantique Nord, la Norvège, qui a été le berceau de l'OTAN et qui a une frontière avec la Russie, avec les tensions que vous imaginez en ce moment.
59:01 Il y a, et je l'ai appris grâce à vous, et c'est à ma grande surprise, toute une région où il y a une grande sympathie des habitants, c'est une région rurale, donc surtout des paysans norvégiens, pour les Russes qui les ont libérés de la botte nazie en 1944. Mais si vous voulez peut-être résumer ça, si ça vous dit.
59:49 Et puis le sud au nord. Mais en Scandinavia, depuis l'Europe peut-être, on voit le Nord comme des parties rurales. Mais en fait, je pense qu'ils ne trouvent pas soi-même très rurales parce qu'ils sont très proches de Murmansk, tu vois, en Russie. Et pour eux, c'est plus naturel d'aller là que d'Oslo. Ça prend cinq jours en voiture.
1:00:22 Mourmansk. Oui, c'est ça, le port. Oui, une ville. Bien sûr, le grand port russe. Exactement. Donc, il y a trois pays qui se connaissent là, c'est la Russie, la Norvège et la Finlande. Et la Finlande, oui. Et donc, parce que c'est une région aussi très importante, géopolitique. Bien sûr.
1:00:53 Mais après, bien sûr, pour les gens là, ils sont habitués de travailler avec la Russie. Historiquement et géographiquement, tu veux dire ? Oui, exactement. Décennie. Donc, le projet de l'histoire. Oui, donc on a travaillé sur un projet d'histoire de cette région. Là, on a trouvé que les gens, comme tu dis, pour eux, c'est difficile de comprendre le sentiment contre la Russie.
1:01:36 La Russophobie. Oui, parce que pour eux, c'est une légende normale. Donc pour aller au théâtre, il va à Murmansk. Ah oui, d'accord. Parce qu'il a aussi une visa, tous les gens qui habitent près de la frontière, il a une visa pour justement visiter cette région frontière. Donc ils vont écouter Ibsen ou Tchekhov à Murmansk ? Oui, exactement.
1:02:07 Il y a une très riche histoire dans cette région. Et particulièrement, cette russophobie, c'était depuis longtemps aussi. Ce n'était pas juste récemment. C'était vraiment après la Deuxième Guerre et avant. Au début de la guerre froide quoi. Oui, et après la deuxième guerre. Les histoires, bien sûr, changent et changent dans les années. C'était une région incroyable, très très belle.
1:02:37 Tu as été dans la région, Oscar ? Pardon ? Tu as été dans la région, apparemment. Oui, bien sûr. D'accord. Si on parle avec enthousiasme de quelqu'un qui a aimé. Oui, avec une très très forte histoire. Vous pouvez donner le nom de la ville qui est au centre un peu de la région pour qu'on ait un repère, Si vos amis veulent le trouver. Oui, nous avons travaillé dans la ville qui s'appelle Kirkenes avec un K. Voilà, Kirkenes.
1:03:07 Et maintenant, on va commencer encore notre projet à côté de Kirkenes, dans la ville qui s'appelle Vardø. Oui, ce qui est intéressant de Vardø, c'est que les États-Unis ont un très grand radar dans la petite île de Vardø. Je pense que après la dernière guerre mondiale, c'était là. Et donc, c'est vraiment un lieu très tendu de géopolitique.
1:03:46 Oui, mais les gens là, ils sont très… ils le prennent comme quelque chose à quotidien. C'est très, très, très important. Mais ils ont vécu quelque chose d'incroyable là. Parce que la Norvège, il faut se rappeler, la Norvège était occupée par les nazis depuis la dernière guerre mondiale. Donc, cette guerre là, c'est la plus importante d'histoire norvégienne. Et ces régions étaient très importantes pour justement la frontière soviétique et la nature.
1:04:28 Donc les Soviétiques, ils ont libéré ces régions six mois avant que le reste des pays. Et après, les nazis ont brûlé toutes les régions. Ce sont des choses qu'on ignore, c'est pour ça que c'est bien de les rappeler. Mais nous, on pense qu'on a la chance de travailler là-bas.
1:05:00 Oui, mais on a un peu l'illusion que les pays... Scandinaves sont un peu en dehors de l'espace et du temps, vus d'ici, qui sont en marge de l'histoire, alors qu'au contraire, il n'y aurait pas la Normandie chez nous s'il n'y avait pas eu la Norvège ou le Danemark. Peut-être qu'il y a des questions ? Philippe, peut-être que nos auditeurs seraient intéressés.
Le collectif, son nom et la découverte de Clouscard
1:05:34 Je suis intéressé par des questions.
1:06:17 – Oui, hier vous nous avez juste fait une petite vue sur le port de votre balcon. Alors, je vais juste mettre…
1:07:00 D'abord, il faut dire que nous sommes en groupe avec trois membres, ça veut dire Agnès, Oskar et moi. Nous trois, on a commencé les groupes dans l'année 2015. Et on a travaillé en Paris et à Bergen et à Londres.
1:07:31 D'accord, essentiellement. Donc on voyage beaucoup. Oui, mais j'ai l'impression que vous n'êtes que trois, c'est pas beaucoup, mais vous êtes relativement bien connus dans la mouvance artistique. Il me semble. Nous faisons beaucoup en tout cas. Nous faisons plus de travail que pour les trois personnes. Voilà, d'accord. C'est ce qui me semblait. Je fais voir par contre.
1:08:02 Et on travaille, on peut dire aussi, on travaille toujours dans le nom d'Alt går bra. On ne travaille pas avec notre nom propre. C'est toujours, la chose qu'on fait, c'est toujours les choses d'Alt går bra. Sur le collectif, ok. Exactement, c'est ça. J'en profite pour vous demander de commenter pourquoi Alt går bra ? Pourquoi cette appellation ? En français, donc tout va bien. Est-ce qu'on peut dire pourquoi ? Oui, peut-être que tous les gens connaissent le film de Godard, il s'appelle le même nom. Tout va bien.
1:08:41 Oui, absolument. En anglais, c'est «all is well ». Donc, c'est un peu… ça pose une question, tout va bien, mais ça reflète aussi un intérêt avec le dialectique affirmative. On fait un effort pour chercher vraiment avec le dialectique affirmative dans notre travail. Donc c'est ça.
1:09:13 Je pense que ça marche très bien. D'accord, oui. Je vois bien l'allusion à Godard, effectivement. Ce n'est pas vraiment une allusion à Godard. Non, mais je me rappelle le titre du film, effectivement. Branko, tu as un complément de réponse à la même question ? M. Oskar a dit très bien. Ça reste ambiguë, c'est une phrase qui reste ambiguëté.
1:09:44 C'est une très bonne réponse, ça, de ne pas donner une réponse univoque. C'est aussi une phrase de langage populaire. Bien sûr. Est-ce que par hasard, parmi les sens, je ne veux pas en privilégier un pour respecter cette polyvalence, Mais est-ce que parmi ces sens, il n'y a pas aussi celui que, oui, on a en Norvège, il n'y a aucun problème ? Il n'y a pas de problème sociaux chez nous, il n'y a pas de problème…
1:10:16 Je ne cherche. Non, non, non, non, c'est bon. Oui, ce n'est pas exactement les parts. C'est pas un problème, c'est vraiment s'il y a une solution et on peut trouver une solution. D'accord. Oui, d'où la dialectique affirmative, effectivement. Exactement. D'accord. Moi, je suis assez étonné que je suis assez étonné de la manière dont est reçu Michel Il est pris de manière très différente par différents groupes, personnes, etc.
1:11:03 Et j'aurais aimé savoir, puisque je sais que vous avez fait un spectacle il y a très longtemps basé sur le capitalisme de la séduction. Vous avez fait tout un tas de choses là-dessus. Vous avez à nouveau cité Clouscard. Est-ce que vous auriez un petit mot à dire ? Comment vous êtes venu à Clouscard et quelle est la place de cet auteur dans votre travail ?
1:11:33 C'est une bonne question. On a rencontré Dominique Pagani à cause de Clouscard. Nous trouvons que l'univers des discours se ferme de plus en plus. Et nous trouvons que Clouscard apporte une voix différente de ça qu'on est habitué et que ça peut nous aider à faire des problèmes.
1:12:11 On a lu pas mal des livres de Clouscard comme les autres auteurs qui sont connectés avec Clouscard aussi. Adolfo Sánchez Vázquez, Lucien Goldmann, Lukacs, Domenico Losurdo nous a proposé. Jacques D'Hondt, tu voulais dire quelque chose Agnès ?
1:12:43 Agnès, je l'ai dit. C'était important pour nous, les façons de comprendre le monde qu'il montre. La modélisation de Clouscard. Par contre, il me semble que vous connaissiez Clouscard avant que je vous ai vus.
1:13:16 Nous avons rencontré. Dominique Pagani, Enquête de Clouscardité. La question de Philippe revient. Qu'est-ce qui vous a mis sur la piste de Clouscard ? Parce que ce n'est pas l'auteur le plus diffusé. Non, pas du tout. Si je me souviens pas mal, c'était Gilles Questiaux. Il a déjà très bon chose à dire de Clouscard.
1:13:47 Je trouve aussi que c'est parmi les meilleures recensions, comme on dit, ou les meilleurs commentaires sur l'œuvre de Clouscard. Coïncidence, j'en profite pour vous signaler qu'aujourd'hui, ce matin, Gilles Questiaux a déposé sur son blog, Une réflexion sur les mouvements sociétaux qui agitent nos sociétés. Il revient sur la vague de MeToo, en particulier, et sur l'affaire Polanski. C'est pour ça que j'en parle. C'est un des meilleurs textes que j'ai vu sur la question.
Cosmopolitisme bourgeois et internationalisme prolétarien
1:14:34 Gilles Questiaux blog, ça suffit de mettre ça en recherche et elle va tomber sur aujourd'hui. Donc ça... Une question qui est arrivée. Donc si vous m'entendez bien, parce que je sais que j'ai un petit problème de micro là. On t'entend très bien. J'espère que c'est réglé. Donc c'est une question de Lili Martinet. Je vous la lis. Quelle attitude adopter Face à la caricature du cosmopolitisme présenté comme proto-bolchevisme par certains. Merci beaucoup à tous pour cet événement.
1:15:13 Là, je veux bien répondre. Merci pour la question. Voilà, je vous passe tout de suite la parole parce que c'est toi qui as lancé le pavé du cosmopolitisme ce soir avec Diogène. Je voudrais juste rapidement dire la thèse. Je suis anticosmopolite, je suis chauvin, nationaliste et mon hexagone, c'est ma forteresse. D'accord ? Ça, c'est la thèse.
1:15:48 L'antithèse, ce n'est pas du tout les frontières artificielles. Moi, je suis aussi bien en train de prendre un cocktail. Moi, c'est Bernard-Henri Lévy, c'est ce que vous voulez. C'est ou c'est Cohn-Bendit ou c'est Macron. Moi, je prends mon… Je suis content de retrouver les mêmes figures dans un cocktail à Hong Kong, à Mexico et à Abidjan. L'antithèse. Et maintenant, moi, je vous propose la synthèse. Je renvoie dos à dos le repli fascisant. Mes mots sont précis. Tout fascisant n'est pas condamné à être fasciste.
1:16:31 Le repli fascisant sur l'identité nationale fantasmée et le laisser-faire, laisser-passer et le cosmopolitisme bourgeois, la synthèse c'est l'internationalisme prolétarien. Voilà, c'est une modélisation que je rappelle ce qu'on a un peu oublié. L'internationalisme suppose qu'il y a des nations. C'est l'époque où il y avait encore des nations, qu'on a fait par exemple l'Airbus. Ce n'était pas l'Europe de Bruxelles qui a créé Airbus. Non, non, c'était vraiment des négociations entre États souverains. Voilà, ça existait encore à l'époque.
1:17:13 Bon, donc voilà, je ne veux pas monopoliser la parole, je veux juste cette petite formalisation, modélisation rapide. Et par ailleurs, je crois que derrière la question de Lili, c'est ça ? De Lili, elle fait allusion au fait qu'effectivement, c'était déjà dans la propagande nazie que les juifs, les bolcheviques, dans la bouche des nazis, c'est exactement la même chose. D'ailleurs, le bolchevisme vient de ce juif de Marx et quant à Jésus, c'est le premier communiste de l'histoire.
1:17:50 La seule fois où il se permet d'être violent, c'est pour chasser les marchands du temple. Et ce n'est pas un hasard si cela voit toute relation à l'autre, à l'autre en termes de nation, à l'autre géographique, à l'autre climatique, Même si c'est les pays tropicaux, s'ils le voient d'une manière suspecte. C'est la porte ouverte au communisme.
1:18:20 C'est la peur de l'intrusion, de l'immixion qui est typique de la paranoïa, si on voulait psychologiser l'affaire. C'est ma première réponse, mais je présume qu'elle s'adresse surtout aux orateurs de la soirée, c'est-à-dire à vous. Qu'est-ce que tu en penses, Branko, Oscar ou Agnès ?
Ikea, temps de transition et dialectique de la nation et de la région
1:18:50 Je peux aussi lancer une première réponse. Ce n'est pas une réponse du tout, mais c'est que cette expo derrière nous, où on montre la peinture faite par les peintres locales, Pas forcément des artistes contemporains, des gens qui vendaient port à porte, porte à porte et dans le marché.
1:19:20 Une des questions que nous nous posons avec cette expo, c'est que ces peintres. Ils ont arrêté de travailler dans les années 60-70. Et c'est quoi qui remplace ces peintures à l'huile qui peuplait les maisons de peuples jusqu'aux années 60-70 et même jusqu'aujourd'hui ? Quand il n'y a plus de ça, qu'est-ce qu'il y a ?
1:19:54 La réponse est très triste, peut-être que c'est la même réponse qu'en France et dans d'autres pays. Les Norvégiens achètent à Ikea. Au lieu d'acheter des peintures, ils achètent des posters, des peintures, des autres choses à Ikea. Je ne sais pas si c'est une première réponse. En tout cas, c'est… Réponse.
1:20:25 Moi, je trouve que c'est une bonne partie de la question qui obtient une réponse. Mais nous avons justement… Pour nous, cette séance est très importante d'y participer parce que nous cherchons justement une réponse un petit plus précise sur ces sujets-là. Mais ça ne nous inquiète pas trop si ça reste ouvert aussi. Nous pensons que les choses sont en train de changer très vite. Donc peut-être qu'on peut avoir quelques réponses provisoires. Il faut rester toujours en train de faire.
1:21:06 Je te remercie pour cette modestie théorique. Moi-même, je suis frappé de la rapidité des changements qui se font comme si on était dans ces rares époques où on vit l'histoire presque en temps réel. Et donc, ça m'a rendu très prudent vis-à-vis d'affirmations péremptoires ou trop générales. Et je pense à ce passage de la préface de Hegel à la phénoménologie, car il a vécu une époque comme il y en a tous les 20 siècles, l'époque qui commence par la prise de la Bastille et qui se termine à Waterloo.
1:21:41 Et il dit à un moment donné, du reste, il n'est pas difficile de voir que notre temps est un temps de transformation Et de gestation et de transition à une nouvelle période. J'arrête ici la citation, mais c'est d'autant plus difficile de vouloir accélérer une conclusion. Par contre, pour revenir au cosmopolitisme et pour dépassionner et pour le mettre dans un contexte moins rapide, plus familier, je pense à un pays où j'ai vécu en Afrique qui est la Côte d'Ivoire. Elle a une frontière avec le Burkina Faso au nord, c'est tout ce qu'il y a à savoir pour comprendre ce que je vais raconter.
1:22:31 Dans les années 70, il y avait une chaîne de magasins qu'on appellerait de grandes distributions, mais à l'échelle africaine, c'était modeste, qui était nationale, qui était ivoirienne. La Côte d'Ivoire avait un niveau de vie, une économie beaucoup plus prospère que la moyenne de la région. Il y a des ethnies qui ont été coupées en deux par la colonisation. Le nord de la Côte d'Ivoire, c'est l'ethnie Senufo, qui devrait vous intéresser comme plasticien parce qu'elle a énormément influencé Modigliani.
1:23:07 Vous savez, les yeux en amande comme ça et le nez très allongé. J'en ai un, je crois, le masque. Il n'est pas ici. C'est la même ethnie qui est au sud de Burkina. Donc je compare deux nations et une même ethnie, comme on dit en anthropologie. Mais économiquement, M. Ouattara, c'est un nom, sénoufo, très répandu, c'est le nom de l'actuel président de la Côte d'Ivoire. Monsieur Ouattara, côté Côte d'Ivoire, sait qu'il peut trouver des piles pour sa radio, là, en bas de chez lui, dans un magasin de grande distribution, alors que dans le Burkina où il y avait une très grande pauvreté, surtout avant Sankara.
1:23:53 D'ailleurs, le Burkina est une réserve de main-d'oeuvre émigrées qui viennent travailler dans les champs de café et de cacao de la Côte d'Ivoire, d'où les tensions d'ailleurs. Je veux dire quoi ? Je veux dire que la région a la nation qu'elle mérite et vice-versa. Si une région ne reçoit rien de la nation à laquelle elle appartient administrativement, je comprends qu'elle ait des velléités de vouloir se détacher et de demander son autonomie.
1:24:23 S'il n'y a pas de ristourne social, de ristourne économique. C'est pourquoi il est si important dans les luttes actuelles de faire en sorte que la loi soit la même en Alsace, en Corse, en France, et que un transport en public soit assuré même dans des endroits de campagne où il n'y a pas beaucoup de voyageurs. Je rappelle ici la dialectique de la nation et de la région. Si la nation fait son travail qui est d'être là pour tout le monde, pour la volonté générale, dans ce cas-là, il n'y a pas de tension entre la nation et la région.
1:25:02 S'il y en a, c'est que la nation a oublié d'être une nation, c'est qu'elle est devenue la propriété de quelques-uns. Voilà, c'est comme ça que je pose le problème. Je ne le résous pas, je suis prudent comme toi, je ne sais pas comment ça va tourner, mais c'est autour de ces notions-là que ça se passe. Vous voyez bien qu'avec mes racines corse, le problème se pose souvent. Pendant très longtemps, la Corse était un endroit de relégation, on envoyait, un peu comme en Guyane, on envoyait des criminels dans des bagnes, au milieu du paludisme et des moustiques, la Corse c'était ça. Et on faisait appel de temps en temps à des voyous corses, Des bandits, des mafieux, comme il y a souvent dans les pays pauvres, parce qu'au départ la mafia c'est une solidarité de proximité, c'est Robin des Bois, Robin Hood. Au départ c'est ça, au départ.
1:25:51 On faisait appel à des Corses pour faire des colleurs d'affiches à Paris pendant les campagnes électorales, etc. Il est normal qu'à un moment donné, les Corses qui ont tout fait pour asseoir l'autorité de la France dans l'Empire colonial, il y avait beaucoup de Corses expatriées là-bas, qui fuyaient la misère à l'époque. Il est normal que maintenant, ils fassent le contraire, ils se plaignent du colonialisme français.
1:26:21 Voilà, voyez, la dialectique comme ça peut changer selon les époques. Mais je ne crois pas qu'il y ait de régions de Norvège qui réclament de l'autonomie. Peut-être la Laponie, mais je ne crois pas. Amélie, est-ce que c'est possible qu'on voit un peu mieux les tableaux qui sont derrière vous ? Amélie, on va essayer. Amélie, c'est possible de bouger.
Visite de l'exposition : familiarité et honte sociale
1:26:52 Amélie, là c'est mieux. On ne voyait pas la jolie maison blanche. Amélie, tu veux expliquer ce qu'on voit là ? Donc, tous les peinteurs ici, c'est prétendant ou pas un... ...pas très plein qui travaille dans la rue. Un portable, oui.
1:27:23 Et c'est pas un peintre qui a travaillé dans ces... Dans ces endroits ? Oui, dans ces endroits, autour d'ici. Et c'est tout le bâtiment qu'on voit. Il a fait la peinture autour d'ici. Donc les gens connaissent très bien. C'est familier, d'accord. Et ce que c'est intéressant en fait, c'est que c'est de la peinture urbaine, parce qu'il est un norvège, c'est la peinture de la nature.
1:27:56 C'est l'isage. Oui, oui. Oui, aussi ça me frappe. Mais ça, c'est tout, la ville. Oui, c'est très intéressant comme remarque, Branco. Donc apparemment, il a fait 100 000 peintures. Voilà, fantastique. Et vendues, comme on a expliqué.
1:28:29 Et c'était vraiment vendu au porte-à-porte essentiellement. Oui. Ici, c'est l'exemple de la même bande derrière ça. Il y a une copie que nous on a fait. D'accord. On voit que c'est le même endroit. Quand tu dis nous, c'est toi. C'est nous deux, en fait. Ah bon ? C'est comme ça, il a dit. Comme dirait Oscar, c'est Art Går Bra.
1:29:02 Dans le travail, on ne distingue pas entre qui a fait quoi. C'est très bien. C'est très bien. Ici, c'est des peintres différents. C'est une collection depuis… Les voisins, ils sont arrivés ici et ils ont dit « Moi, j'ai une peinture ». Et nous, on dit « Oui, viens avec ta peinture ».
1:29:34 Et après, il n'y a. Donc on a l'écoute. C'était vraiment une très très bonne idée. Et si c'est... Ici, cette femme-là, elle s'appelle Maharet, elle habite à côté. Donc c'est un de vos voisins ? Oui. On a mis la photo avec elle, en train de nous donner le tableau. De vos voisines, oui. Just a moment. Oui, ils sont très, très connus en Norvège.
1:30:08 I think they are also known in France and in England. They are very familiar. But they are also a little bit of a bad view. It's a very interesting question. Why is it bad? Et qu'est-ce que tu répondrais toi ? Qu'est-ce que tu répondrais quoi ? Oscar à première vue. Je pense qu'il y a deux choses très intéressantes avec ce type de tableau. C'est très familière.
1:30:46 La scène est très familière, mais aussi la forme. Je comprends bien. Il n'y a rien de provocateur. Exactement, oui. Ça croise par l'art contemporain. Je suis content que tu commences par cette réponse parce qu'on voit l'homogénéité de la séance de ce soir qui a commencé par le long développement de Branco sur Diogène. Diogène joue la provocation tout le temps. N'est-ce pas, Branco ?
1:31:19 Exactement. C'est par le travail de cynique. Nicolas, c'est l'art populaire qui demande une reconnaissance et qui veut être reconnu par des gens pour qui c'est familier et des gens qui reconnaissent dans les deux sens. Ils sont reconnus, mais aussi ils reconnaissent l'endroit, la ville, le quartier, le paysage. Je pense que c'est pour… C'est important de se rappeler que c'est juste après l'occupation par les nazis.
1:31:53 Les gens sont fatigués de la guerre. Ils voulaient vraiment reconstruire quelque chose. Ils voulaient une vraie maison avec une vraie peinture. Ils voulaient des choses à avoir qui n'étaient pas trop… Paisible. Oui, très difficile. C'était difficile déjà. Mais je pense aussi pourquoi c'est mal vu. Il y a aussi un côté économique. Parce que ça, c'est la peinture pour les gens qui n'ont pas le moyen pour acheter les œuvres d'art les plus chères.
1:32:42 Il y a un peu de honte là, je pense. On n'est pas fiers. C'est bien, Agnès a le flair social. Le flair, c'est… On dit ça pour les chiens, le flair. C'est ça. Bon, mais…
1:33:13 Il y a une version un peu spéciale ici aussi. Je ne sais pas si c'est possible de le voir. Il a mis le truc dans le se passe. C'est 3D. Oui. Plus 3D. Trois quoi ? 3D. Ah oui, oui, d'accord, d'accord, d'accord, d'accord.
1:33:45 C'est un peu difficile à voir. En tout cas, ça fait une belle décoration du local. Oui, et on a des grandes fenêtres, donc avec les coronas et avec tout ça, tout le monde peut voir. Les expos, c'est un devoir. Et il y a eu des visites depuis cette exposition ? Oui, nous sommes très étonnés parce qu'il y a beaucoup de visiteurs.
1:34:19 Et aussi, là on vient d'apparaître dans les journaux, les journaux de Bergen, l'expo. Il y a trop de gens qui viennent, 10 personnes ou 30 semaines par jour. C'est beaucoup pour une ville quand on va faire bien. Je comprends. Il n'y a que 250 000 personnes, donc c'est pas mal. Ces derniers jours, on a 10-15 personnes par jour.
1:34:56 Je vais repiquer sur notre site, je ne parle pas de la page Facebook, mais je vais repiquer sur notre site, sur la page sites amis, les coordonnées et le lien pour aller sur les pages Algarbra et je vais les remettre sur notre page Facebook à cette occasion. Enfin, je vais dire à Thomas de le faire. Oui, il ne faudrait pas conclure à leur place, mais… Je pense qu'on doit dire bonjour, merci encore une fois.
1:35:30 Oui, bien sûr, merci pour l'invitation. Merci surtout d'avoir bien voulu participer, bien qu'on ne vous ait pas donné beaucoup de temps pour le préparer, c'est à peine 3 jours et même pas pour Oscar. Merci surtout à vous. Je rappelle qu'il vous arrive de venir passer quelques jours à Paris, Agnès et Branko. D'habitude, nous habitons à Paris et à Bergen. Avec le Covid, c'est un peu difficile.
1:36:08 Merci beaucoup. Encore une fois, de l'introduction jusqu'à maintenant, j'ai trouvé que c'était très homogène et que c'était très clair dans l'originalité et l'étrangeté. Ce qui m'a fait très plaisir. Merci Dominique. Merci aussi Philippe. Je termine toujours par un grand merci à Philippe qui réalise toujours des miracles avec très peu de moyens. Merci à tout le monde.