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Vraie misère et vraie richesse
0:00 Merci à tous.
0:30 Merci Bertrand. Merci. Merci à Saint-Dizier, d'avoir fait l'effort de venir à Saint-Dizier une nouvelle fois en tout cas. Ah oui, non mais moi je remercie d'abord l'assistance. Il fait un temps magnifique, vous avez vu là. Vous auriez pu mieux faire que venir m'écouter franchement. Mais enfin, j'en suis d'autant plus reconnaissant. Je suis toujours très heureux, je parle très sérieusement, de revenir à Saint-Dizier. Je le dis sans aucune démagogie. Je ne vais pas poser ma candidature aux prochaines élections. Je suis très content d'être parmi les bragards. Et a fortiori ce soir d'avoir à parler de l'argent, je vais y venir, dans une région qui a puissamment contribué à l'argent de la France et que le reste de la France a ruiné entre temps.
1:15 Voilà, je veux dire, je n'oublie jamais que ces quelques régions, c'est un Corse qui vous parle, je suis un Corse pervers, c'est-à-dire amoureux des pays du Nord et de l'Est. Et c'est-à-dire des deux régions qui ont fait la fortune de la France industrielle pendant deux siècles. Et les régions maintenant les plus abandonnées socialement. Voilà, je ne vais pas m'attarder, vous connaissez le sujet mieux que moi. Donc je suis quand même toujours très heureux de me retrouver là parce que je sais que les mots ont un sens ici. On n'est pas là à se faire plaisir entre beaux mots.
1:45 C'est la première chose. Deuxièmement, vous pouvez me remercier d'être là parce que je viens de faire une conférence à Bergen en Norvège, une à Montauban, j'ai eu une grippe, j'ai failli laisser la peau. Je me réjouis de continuer parce que j'aborde mon sujet là. Le vrai malheur, la vraie misère, le vrai dénuement. J'habite dans une maison de retraite en banlieue parisienne, pour rien vous cacher, dans 18 mètres carrés, je suis très bien, ce n'est pas une goalante, je n'ai jamais été si bien. Et je me bats pour que tout le monde ait de l'argent, donc je ne fais pas l'apologie non plus de la sobriété heureuse, croyez-moi.
2:19 Mais j'apprécie énormément le fait d'être sollicité pour faire une intervention quelque part, le vrai malheur. Je regarde mes pauvres compagnons dans la maison de retraite où je suis, vous imaginez ce que c'est, c'est des cas sociaux, abandonnés par la famille, par les amis, à qui personne ne demande de faire une conférence ici ou là. Et le malheur c'est ça, le vrai malheur, la vraie misère. Je dis ça parce que je commence par la vraie misère et je vais donc parler déjà de la vraie richesse.
2:52 La vraie, c'est que l'un des rares avantages de la période de crise que nous vivons, c'est qu'on peut mettre ces concepts à plat. Qu'est-ce que c'est la vraie richesse ? Vous voyez ce que je veux dire ? Je vous ai dit que je me battais pour que le maximum de gens ait le maximum d'argent, donc je n'ai rien contre l'argent, je vais y revenir, je ne le diabolise pas, je le divinise encore moins, ce n'est pas la question. Mais enfin, vous avez abordé ce thème, sans argent, il y a une richesse qui apparaît et qui est récente historiquement.
3:24 C'est fin 18e siècle qu'un Jean-Jacques Rousseau peut dire, je reviens à ce qui fait la complicité qui nous a réunis au début Bertrand et moi, c'était autour quand même de la figure du grand Jean-Jacques, parce qu'il est connu pour le contrat social et je sais que c'est important pour avoir un peu à l'origine de ce qui a peut-être de plus de fondamental dans nos institutions, y compris lorsqu'elles sont bafouées. Mais enfin, il y a aussi ce Jean-Jacques qui ose dire dans la troisième lettre à Malesherbes, Malesherbes c'est un brave type, c'est un type de l'establishment, comme on dirait aujourd'hui de l'aristocratie qui voulait jouer un peu les interfaces entre Rousseau et ses adversaires.
4:03 Allez, expliquez-vous, vous vous défendez mal, qu'est-ce que vous trouvez à marcher dans la forêt ? Oui, j'y arrive à la vraie richesse. Qu'est-ce que vous trouvez à marcher dans la nature ? A l'époque, ce n'était pas évident. Un Voltaire fait un poème qui s'appelle Le Mondain où il vante le luxe, les tapis, les belles femmes, les lustres, c'était ça quoi. Et puis tout d'un coup, il y a ce vagabond, ce Rousseau qui nous parle du plaisir qu'il éprouvait à marcher en forêt. C'était tout récent ça. Et voilà que comme pour lui répondre à ce poème de Voltaire qui s'appelle Le Mondain, où Voltaire fait l'apologie du luxe, Voltaire a des qualités.
4:37 Mais enfin, là, je pointe un de ses défauts. Rousseau, dans sa réponse à cette lettre à Malesherbes, parle du paysage et il dit « L'or des genêts et la pourpre des bruyères me frappait d'un luxe qui touchait mon cœur. » Vous voyez, l'or des genêts est gratuit, c'est gratuit, on ne peut pas vous le prendre ça. Donc quand j'ai commencé par le fait qu'il fait beau au paysage, ce n'était pas une plaisanterie. Même le plus pauvre, on ne peut pas lui prendre. Il a, comme dit admirablement la langue, sa place au soleil.
Totem, fétiche et langage
5:09 Voilà, après cette introduction, on me demande de parler de la religion, de la... Avec mon lapsus, là, du lien entre l'argent et le sacré. Alors, ça paraît paradoxal. L'argent, c'est ce qui est le plus dégueulasse, le plus sale. C'est ce qu'on nous apprend quand on est petit, quand on est bien élevé. Il faut se laver les mains. L'argent, ça passe par toutes les mains, c'est dégoûtant. Quel rapport avec ce qui est le plus éminent ? Dieu, le sacré, quoi ! Alors, plusieurs réponses pour l'instant en forme de...
5:41 Je vais faire un peu comme à Colin Maillard, je vous brouille un peu, je vous mets le bandeau, puis je vous tourne un peu. Parce que je n'ai pas la réponse, il faut accumuler des matériaux. Chez les sauvages, je fais exprès de dire les sauvages, non pas pour dire que c'est inférieur, mais pour dire que c'est les gens qui se sauvent. Regardez bien l'étymologie. Ils ont bien raison quand on voit ce qu'on a fait à l'arrivant. Bon, chez les primitifs, ce n'est pas des mots à moi. Si vous voulez, rigoureux, les sociétés sans écriture, vous savez, si on veut parler à la fois correct et rigoureusement.
6:12 Il y a ce qu'on appelle le totem, vous avez entendu parler, le fétiche. Pas tout à fait pareil, le totem c'est l'animal avec lequel le groupe a une alliance. J'avais un chauffeur, mais oui, je suis un fils de la coloniale, je suis né dans les valises de mes parents. En bon Corse, je suis né dans l'empire colonial. Il n'y a rien de plus corse que de naître au Vietnam ou en Afrique. Donc, un jour, un des chauffeurs de mon père a failli nous tuer, il a fait une embardée pour éviter d'écraser un python qui traversait la route. C'est parce que le python était son totem.
6:42 Donc, l'allié de son clan, s'il le tue, lui, il va mourir aussi. Vous voyez ? C'est ça le totem. C'est une alliance entre un animal. Chez nous, ce n'est pas si vieux quand on dit qu'au football, le coq gaulois a eu raison du lion anglais. En général, c'est plutôt l'inverse. Je ne parle pas de l'ours de Berlin. Bär, Berne, en Suisse, tout ça, c'est l'ours. Ce n'est pas vieux ces religions totémiques, c'est encore là. Bon.
7:12 Et puis, je ne parle pas de tous les aigles, les familles aristocratiques, vous savez, les prussiens, la famille tsariste, vous savez, les aigles, les rapaces. Ils viennent prendre nos récoltes, nos femmes et nos filles. Voilà. Bon. Donc, chez les peuples sans écriture, il y a un objet qui incarne le totem, un objet en bois, vous avez parlé, une statuette. Elle est toujours recouverte d'urine, de bave, de crasse. Oui, je commence à montrer l'étrange relation qui est entre ce qu'elle peut se lever, ce qu'elle peut se lever, ce qu'elle peut se lever, et ce qui réunit tout le monde.
7:50 Parce que le totem, c'est valable pour tout le monde, le fétiche. Car l'argent, c'est quand même ce qui circule entre nous. C'est l'instrument de l'échange. Donc, il a un rapport avec... Ah, comme c'est étrange. Quelque chose qui apparemment n'a pas de rapport avec l'argent, mais qui intéresse beaucoup les philosophes depuis l'origine de la philosophie. Et pas seulement les philosophes, c'est le langage. Le langage, c'est ce qui circule. Regardez là, on communique parce qu'on a la langue française. C'est-à-dire une langue laquelle s'inscrit dans un système humain en général qui s'appelle le langage.
8:23 Et bien, un poète français, un poète décadent, pas un poète ni prolétarien, ni révolutionnaire. Je pense à Stéphane Mallarmé en fin de siècle. Très décadent, qui écrivait des menus comme ça et qui faisait des comptes rendus, de défilés de mode. Immense écrivain, je ne peux pas le caricaturer. Et qui a peut-être fait un des plus beaux textes sur la lutte des classes que je vous le recommande parce que c'est sur Wiki, tout ça, ça s'appelle. Le titre, c'est Variation sur un sujet. Et il y a un sous-chapitre qui s'appelle Conflit.
8:53 Où il y a une lutte de classe avec des ouvriers de chemin de fer. Bref, ce n'est pas mon sujet, je ne m'attarde pas. Mais Mallarmé dit quelque part, là je reviens à mon sujet. Vous croyez que je l'avais perdu, ne vous inquiétez pas. Parler n'a rapport aux choses que commercialement. Je le traduis en français, Mallarmé, toujours un peu bizarre. Parler n'a rapport aux choses que commercialement. Bon, passez-moi le sel. Parler n'a rapport aux choses. Sous-entendu, quand on est poète, les mots ont autre chose à faire que d'avoir un rapport aux choses.
9:25 Parler n'a rapport aux choses que commercialement. Et il ajoute, encore qu'il suffirait pour chacun de poser en silence dans la main d'autrui une pièce de monnaie. Vous voyez, il a vu très bien le rapport qui est entre l'échange verbal et l'échange monétaire. Alors je vous ai dit, l'argent, nous courons tous après et c'est ce qu'il y a de plus vil. C'est déjà bizarre, ça s'appelle une ambivalence en psychanalyse. Ce n'est pas une ambiguïté. Une ambiguïté, c'est moi qui ne suis pas clair dans ma tête.
9:55 C'est une ambivalence. C'est la chose qui est contradictoire elle-même. C'est ce qu'il y a de plus élevé. Et c'est ce qu'en même temps, on foule à nos pieds. Dans la fange. Dans la boue. La boue, c'est ce qui est sous nos pieds. Je dis la boue parce que Baudelaire, dans un magnifique hymne à Paris, à qui il doit tout, il a tout son amour et sa haine. Pour Paris, cette grande prostituée magnifique qu'est la capitale, dit ce vers magnifique, « Tu m'as donné la boue et j'en ai fait de l'or. »
Moïse, le veau d'or et Aaron
10:25 Voyez, l'inspiration poétique. On retrouve de nouveau la conjonction de ce qu'il y a de plus bas et ce qu'il y a de plus élevé. Voilà, pour l'instant, je développe ce côté-là grâce à mes primitifs. Ils nous ont mis sur la voie. Eh bien, il n'y a pas que ça. Je passe à une référence, alors que vous connaissez, éminente, qui est dans la Bible, dans l'Ancien Testament. Où Dieu est tout près, tout près, tout près de quoi ? Du veau d'or. Vous le savez bien. Moïse, il a un rapport direct à Dieu.
10:58 C'est le premier qui lui parle, bon sang, ou plutôt qui l'entend. Question à 100 sous. Quels sont les premiers mots que l'Éternel adresse à Moïse ? Avant même les 10 commandements, avant de dire « Je suis celui qui suis ». Quels sont les premiers mots ? Quelqu'un s'en rappelle ? Que Dieu adresse à l'homme en plein désert. Enlève tes sandales. Car tu es sur une terre sainte. Il y a un sol profane.
11:30 Nous le foulons tous. Vous voyez ? Je continue la métaphore de ce qui est sous nos pieds. Et puis il y a un sol sacré. Je ne l'ai pas sur moi, je l'ai sur ma tablette. Je ne peux pas vous faire des projections, mais il faut avoir vu ce que c'est qu'une mosquée. Je dis une mosquée parce que dans le désert, c'est souvent des pays islamiques. Je parle du désert en Afrique noire, je ne connais pas l'Afrique du Nord. Vous voyez une mosquée des fois. Alors vous imaginez des minarets. Non, non, non, non. C'est des mosquées de bergers, des gens qui ont 15 chèvres, de rien du tout, mais qui font leur prière dans la journée.
12:00 Et donc ils mettent un petit rond de cailloux par terre. Avec une petite entrée. Et on laisse les sandales à fond. Il n'y a personne pour les fliquer. Il n'y a pas d'imam, il n'y a rien. Enlève tes sandales, car tu es sur une terre sainte. Ça c'est Moïse, le sacré. Il ne fait pas de politique, là. Il fait du religieux. Puis après il fait de la politique. Il veut s'adresser au peuple qui était resté en bas, là. Vous connaissez votre histoire, le peuple juif qui est en bas, là. Il s'adresse à qu'ils sont en train d'adorer quoi ? Le veau d'or. Je n'ai rien inventé. Vous voyez que c'est notre sujet. L'argent est le sacré.
12:31 Je quitte le sacré et je vais à l'argent. Et heureusement qu'il y a son frère Aaron, le politique. Un musicien contemporain, Schoenberg, qui a écrit un admirable opéra qui s'appelle Moïse et Aaron. Aaron qui dit, tu ne sais pas leur parler, laisse-moi faire. Vous savez, ce qu'on appellerait maintenant le chargé de communication. Mais oui. Il est correct Aaron. Il prend Dieu au sérieux. Mais tu ne sais pas leur parler. Toi, tu sais parler à Dieu, tu ne sais pas parler aux autres. Vous voyez ? Je vous saoule un peu, mais je fais exprès de prendre des exemples différents pour montrer que ce n'est pas d'aujourd'hui qu'il y a un lien entre l'argent et le sacré.
13:07 Alors, premier bilan, pour rester maintenant clair et logique, et ne pas nous noyer dans les images, dans les deux cas, je l'ai dit, pour le langage et l'argent, ce sont des instruments de l'échange. L'échange entre les hommes, entre les êtres humains. Et là, je suis obligé d'aborder une autre détermination plus récente, plus récente dans l'histoire de la pensée. Je pense à la psychanalyse.
Freud : l'argent, l'excrément et la première marchandise
13:38 Je pense en particulier à une avancée incroyable de Freud. Freud avait remarqué que ses patients... On croit souvent que Freud a des théories comme ça, qui plaquent. Freud est obligé de se rendre à l'évidence quand pour la trois millième fois des patients différents utilisent les mêmes symboles pour les mêmes problèmes, c'est qu'ils se disent il y a quelque chose là. quelque chose. Ce n'est pas lui qui invente. Or, en l'occurrence, rapprochement entre quoi et quoi ? Pardon, mais c'est pas moi. Entre l'argent et l'excrément. Eh oui, ça semble bizarre.
14:09 Vous voyez ? Je vais faire une parenthèse avant de continuer sur Freud, exprès, pour vous montrer que ce n'est pas des fantaisies. Il y a une pièce de Jean-Paul Sartre, je multiplie les références, ce n'est pas pour vous saouler, mais pour vous dire que ce n'est pas fortuit tout ça, qui s'appelle Le Diable et le Bon Dieu. Je ne suis pas un sartrien, encore que je pleurerais pour avoir un quart de Sartre par rapport aux abrutis qu'on nous sert maintenant à France Culture. Je pense à Onfray et compagnie. Vous savez, les philosophes qui nous sortent sur les plages chaque mois de juillet, vous entendez le reflux de la mer, là, puis il y a Onfray.
14:39 bon, bref, donc, Sartre, quand même, respecteux, mais il n'y a pas que, franchement, ils prennent leur part, ils sont les enfants, plein de choses, voilà. Et pourquoi j'en parle ? La personne qui s'occupe du nourrisson, c'est ça qui compte pour le nourrisson, il s'en fout, lui que ce soit sa vraie mère, tout ça, qu'est-ce qu'il s'en fout ? Par contre, il y a des phases, n'est-ce pas, de la libido, pour parler en termes psychanalytiques, à la phase buccale, à la phase orale, etc., on est tous passé par là.
15:12 Pardon de plonger un peu dans la clinique, mais enfin, c'est notre histoire à tous. Et il y a un stade, vous savez, où le nouveau-né commence à contrôler les muscles de l'excrétion, les sphinctères, n'est-ce pas ? Donc, à partir de là, si rigoureux, vous savez, j'ai l'air comme ça, mais de m'égarer, on est en plein dedans. À partir de là, il peut pour la première fois refuser ou accorder ce qu'on attend de lui. Faire son petit roux ou autre chose, enfin, il peut, vous voyez, il n'est plus une espèce de truc où il arrive des tas de choses dans son corps qui ne dépendent pas de lui, il peut commencer à contrôler.
15:50 Et donc, accorder à la personne qui a le plus d'importance pour lui ce qu'on attend de lui. Donc, ce n'est pas si étonnant que cette marchandise, car c'est la première marchandise, si vous regardez bien, c'est-à-dire quelque chose qui a de la valeur. Je suis en plein dans Marx, je passe le fruit de Marx. C'est quoi une marchandise ? Ce n'est pas seulement un objet qui a été travaillé. Moi, je peux m'amuser à travailler pendant toute la journée sur un arbre, à écrire « Domi est amoureux de Nicole ».
16:20 Ça n'aura pas de valeur marchande parce que ça n'a de valeur que pour moi. Même Nicole, elle s'en fout. N'est-ce pas ? Donc, une marchandise, c'est quelque chose que je peux aller échanger au marché. C'est-à-dire, une marchandise n'a de valeur que si elle a un usage pour un autre que moi. Si je fabrique une cuillère en bois pour un truc, quelque chose qui est utile à un autre que moi. D'accord ? Alors là, pour la première fois, entre les deux protagonistes du premier échange, vous voyez, il y a la possibilité d'accorder ou de refuser.
16:55 J'ai l'air comme ça de m'attarder sur ça, accorder ou refuser. Mais regardez ce qui s'est passé entre l'Allemagne et la Grèce. Il n'y a pas si longtemps. L'Allemagne ne voulait rien accorder. C'est d'accord ? Pas de dépense. Luther, protestantisme. Mais ça, c'est la constipation. Au contraire, la dépense et les meilleurs c'est la diarrhée. On ne dit pas la diarrhée, on dit le laxisme économique. Laxisme, L-A-X, laxatif.
Sylvie de Nerval : on ne tue pas l'amour avec de l'or
17:25 Non, vous voyez, la langue le sait tout ce que je dis. Je ne parle pas au hasard. Donc, voilà, entre le plus élevé, le sacré, et l'argent, il y a de vieilles complicités. Et, je donnerai maintenant un exemple plus élaboré littérairement. C'est vu que j'ai un faible pour Gérard de Nerval, je ne rate jamais une occasion de le caser. Donc, je vais en profiter là. il y a une nouvelle de lui, c'est un écrivain admirable. Vous savez qu'il est mort, fou et suicidé.
17:56 Et que c'est un des premiers poètes maudits, je situe en gros au milieu du 19e siècle. Voilà, mais beaucoup plus discret que les Baudelaire, tout ça. C'est pour ça qu'on a eu beaucoup plus de temps à en parler. Il était discret d'une manière suicidaire, c'est le cas de le dire. Donc, avec une prose admirable que Proust admirait beaucoup. Et donc, on n'est pas là pour faire un cours de littérature. Nerval, dans sa nouvelle la plus connue, Sylvie. Le pitch, comme disent les journalistes, je vous le résume très vite, le narrateur est un héros qui prend un peu distance avec la génération romantique.
18:30 La première phrase, c'est « Je paraissais tous les soirs aux avant-scènes d'un théâtre en grande tenue de soupirant. » Vous voyez, il y a eu une auto-ironie déjà sur les héros romantiques. qui vient aimer une actrice. C'est banal tout ça, pour l'instant. C'est-à-dire un être inaccessible. Mais bien sûr, il nous parle de l'actrice, qu'elle est sublime, qu'il n'a jamais osé lui parler. D'ailleurs, il ne faut même pas lui parler. C'est un rêve, un mirage, etc. Tout ça, c'est des thèmes, je ne m'attarde pas. Chacun connaît bien tout ça. Et puis, le théâtre, la pièce est finie.
19:05 il se retrouve avec un de ses amis dans une bande au théâtre. Et un de ses amis lui dit, « Tiens, c'est plusieurs fois que je te vois venir au théâtre toujours, tous les soirs. Pour laquelle, y viens-tu ? » « Pour laquelle, il ne me semblait pas qu'on puisse venir ici pour une autre. » Et il dit, « J'indique le nom, le nom de l'actrice. » ça ne sera plus t'appeler Aurélie, peu importe. Et l'ami lui dit, « Tu vois, tu vois le jeune homme avec qui elle est là, je veux dire, qui va la raccompagner, celle-là. La place est prise. » « C'est possible. Celui-là ou un autre, il fallait bien qu'elle en eût un, celui-là me paraît digne d'avoir été choisi. »
19:38 Alors l'ami, un peu étonné, « Et toi ? » « Oh, moi, c'est une image que je poursuis et rien de plus. » Vous voyez ? Or, il dit, en parlant de l'homme avec qui elle est, c'était un jeune homme, visiblement de l'aristocratie, avec une figure pâle et nerveuse, c'est le romantique, c'est un peu tuberculeux à l'époque. Il jetait de l'or sur une table de whist. Vous voyez comment on y arrive ? Whist, c'est le bridge un peu de l'époque. Il jetait de l'or sur une table de whist et semblait le perdre avec indifférence. Non seulement il me prend la femme, il a plein de pognon, il a plein d'or.
20:09 Qu'est-ce que je vais m'aventurer là-dedans ? C'est injouable. Ah non, non, ce n'est qu'un début. La suite. Après, il passe dans la salle, vous savez, dans les théâtres à l'époque, il y avait des salles de lecture avec les journaux du jour. Il regarde en rêvassant et il s'aperçoit au cours de bourse qu'il vient d'hériter, mais il vient, ça y est, c'est un héritage de son oncle, c'est des titres en bourse qui viennent d'être valorisés. Alors, il se retrouve tout d'un coup plein d'or.
20:39 Vous voyez que je ne quitte pas mon sujet. Et il se dit, que dirait maintenant le jeune homme de tout à l'heure si je venais prendre sa place près de l'actrice admirée que je vais... Et puis tout d'un coup, l'auteur Nerval dit, non, ce n'est pas ainsi, ce n'est pas mon âge. Comment il dit ? Qu'on tue l'amour avec de l'or ? D'ailleurs, ceci est une idée d'un autre siècle. Quelqu'un a écrit, là, dans les années 1840, l'autre siècle, c'est l'Ancien Régime. Jusqu'à l'Ancien Régime, jusqu'à nous, jusqu'à la modernité.
21:13 La modernité, c'est tout ce qui succède à la révolution industrielle anglaise et la révolution politique française. Je vais à coups de hache, mais enfin, en gros, on peut se mettre d'accord là-dessus, c'est-à-dire c'est nous. mais à une époque, j'ai bien connu, je vous ai dit l'Afrique, le tiers-monde, des pays qui en sont encore dans l'Ancien Régime, dans l'Ancienne Mentalité, où celui qui a l'argent peut avoir tout. Pardon, j'ai mon sac, là, qu'est-ce que j'en ai fait ? Bon sang, j'avais un sac, j'avais un sac en plastique vert, je suis désolé, mais je l'avais amené à...
21:54 Il y a une citation de Marx dont j'ai besoin. Qui est où ? Qui serait là-haut ? C'est à moi, ça. Si je sème tout partout, merci. C'est à cause de ton vin. Oui, bon. Poursuie le propos. C'est parce que je m'enchaînais très bien sur le texte. Non, non, mais je ne l'ai pas amené là-bas, il doit être par là. C'est un sac en plastique verdâtre, enfin, bref. C'est tout ce qui est le plus ordinaire. Vous n'embêtez pas, vous n'embêtez pas, excusez-moi.
22:26 Donc, c'est... Dans l'Ancien Monde, vous voyez, plutôt que des discours, je prends un exemple. La fille du gardien, quand j'étais au Niger, un des pays les plus pauvres du monde, me disait, Pagani, il faut m'acheter du chocolat, comme ça, je vais grossir. Vous voyez, mesdames, je regarde les pharmacies, tout est fait pour maigrir. Je vais dire, une pharmacienne, une fois, il n'y a rien pour moi, chez vous. Moi, j'essaie de grossir, il n'y a rien pour moi. Je me dis, vous avez raison.
22:56 Mais il y a encore, c'est ça, l'Ancien Monde, où celui qui est gros, c'est celui qui mange à sa faim, celui qui mange à sa faim, c'est celui qui protège, celui qui protège, c'est celui qui nous sort du néant. Je ne juge pas moralement, ça. Qu'est-ce que je vais juger, moi ? La fille de mon gardien, elle avait 9 ans, elle était une splendeur, la télévision voulait la prendre pour faire des pubs, et mon gardien disait devant ma copine qui tordait le nez, elle est pour toi, tu es mon patron.
23:27 Quand ce sera plus grand, c'est toi qui va l'épouser. Pour lui, c'était un bon papa, il voulait sortir sa fille du néant, qu'elle épouse un blanc, qui est gentil, sinon elle va épouser un marabout qu'il y en a déjà épousé 7, bref. Je ne vais pas vous faire un dessin pour la suite. Je suis en train de rappeler quoi ? Quand Nerval, en bon moderne, non, ce n'est pas ainsi, ce n'est pas à mon âge qu'on tue l'amour avec de l'or, d'ailleurs ceci est une idée d'un autre temps, qui me dit aussi que... C'est gentil.
23:57 Oui, merci. Qui me dit aussi que cette femme soit vénale. Voilà, fin de citation. Vous voyez ? L'argent, le sacré, l'amour. Ce n'est pas loin tout ça, je veux dire, c'est un triangle. Il y a même une religion qui a dit que Dieu est amour, quand même. Vous voyez ? Ce n'est pas loin. C'est cette religion à laquelle Bertrand a fait allusion tout à l'heure, où le principal personnage va jusqu'à chasser les marchands du temple en disant, les traductions sont un peu pudibondes, ne faites pas de la maison de mon père une maison de trafic.
24:33 À mon avis, ce n'est pas cette phrase un peu laborieuse, il a dû dire, faites pas mon père un bordel, un souk, je ne sais pas comment il a dû dire, mais quelque chose comme ça. Et dans le même évangile, on dit, vous ne pouvez pas adorer à la fois Dieu et mammon. Alors là, les deux sont là, Dieu et l'argent. Mammon, qui est une personnification de l'argent, comme Moloch, la statue d'or de Moloch. Voilà. Donc, vous voyez, il y a bien un ancien monde, un ancien testament et un nouveau monde.
25:04 À partir du moment où il y a d'autres valeurs, n'est-ce pas, que celle qui est basée sur le rapport de force et l'argent, il est clair que notre ambivalence s'explique un peu mieux. Voilà. Je ne veux pas monopoliser la parole. J'ai essayé d'agiter des matériaux qui ont l'air un petit peu éloignés les uns des autres, mais il y a une extraordinaire homogénéité.
25:35 Depuis le fétiche, je résume, n'est-ce pas, qui est couvert d'urines, d'excriments, de machins, tout ce qui est infâme parce qu'il est tabou. Tabou, vous savez, c'est ce qui attire et repousse en même temps. Ça a été étudié en anthropologie, tout ça, je ne sais pas. C'est le sacré, mais faites-moi plaisir si vous trouvez dans une bibliothèque le Gaffiot, le gros dictionnaire de latin, là, vous savez. Regardez au mot sacer qui a donné sacré chez nous, S-A-C-E-R. Je ne sais pas. Regardez les traductions. Vous avez tout et son contraire.
26:05 C'est sacré, c'est repoussant, c'est inquiétant. Vous voyez, il y a tout ça. Mais, voilà, s'il y avait, maintenant c'est moi qui prends cet exemple, ce n'est pas une référence littéraire ni philosophique, quand il y a un chantier, une belle villa qu'on est en train de construire ou un immeuble pour une grande entreprise, voire une banque, s'il y avait marqué sur les panneaux, vous savez, les panneaux, il y a marqué général, le conseil général à donner tant, le conseil régional à donner tant. C'est très bien. Je ne suis pas pour la transparence, mais je trouve que ça ne va pas assez loin.
La plus-value vient d'un moins
26:37 Moi, je voudrais qu'on dise comment l'argent qui permet d'acheter ça a été gagné. Comment ça a été gagné, l'argent ? D'accord ? Par combien de guerres civiles, combien de millions de morts il a fallu pour capitaliser ce qu'on est en train de construire. Non, mais je ne diabolise rien. Je suis né au Vietnam. Oui, ce n'est pas compliqué ce que je dis. Mais combien il a fallu de millions d'heures de travail non payées, sous-payées ?
27:10 Je rappelle ici, puis qu'on parle de l'argent, on est au cœur du problème, que la théorie de la plus-value chez Marx, dont Marx disait, c'est bizarre, pas un agrégé de philo, il met 48 heures à ne pas la comprendre. Un ouvrier, il la comprend tout de suite. Bizarre. Pourquoi ? Parce que tout le monde croit que dans plus-value, il y a plus. Ce qui n'est pas faux. mais du coup, le patron, c'est celui qui cherche le maximum de bénéfes. Ce n'est pas faux non plus qui cherche le maximum de marge.
27:40 Seulement voilà, il ne fait pas ce qu'il veut. Pourquoi ? Vous savez bien, parce que malheureusement pour lui, il n'est pas le seul patron sur le marché du travail. Il y a d'autres patrons concurrents, donc il ne peut pas faire un prix exorbitant non plus. Vous êtes d'accord ? Donc son curseur ne peut pas aller à droite indéfiniment pour calculer le prix. Donc il faut qu'il le ramène sur la gauche en fonction de la concurrence. On est d'accord jusque-là ? C'est bizarre, l'histoire du curseur. Jusqu'à l'arrêter où ? Ah ben voilà le problème de la plus-value.
28:11 Jusqu'à faire un moins. Vous ne pouvez pas sous-payer la machine. Vous ne lui donnez pas l'huile qu'il lui faut, elle grince tout de suite, elle est foutue. Un patron sait très bien. Un patron, je ne sais pas, c'est une direction, si on est expert, savent très bien calculer le temps qui fait que cette machine s'use chaque jour pendant qu'elle produit des objets. C'est déjà calculé, n'est-ce pas, la part de l'usure dans le prix de l'objet, ne vous inquiétez pas, tout ça est bien amorti. Bon, et depuis le 19e siècle, on sait très bien faire tous ces calculs.
28:42 Donc, ce n'est pas de ce côté-là que je veux faire un bénéfice. Si je prends 500 tonnes de coton et si après je les fais passer à l'usine et j'obtiens 500 tonnes de chemise, je présuppose, ça n'arrive jamais, qu'il n'y ait pas de copeaux, qu'il n'y ait pas de pertes, pour simplifier. Bon, 100 tonnes de chemise, si les 500 tonnes de coton m'ont coûté 1000 francs et les 500 tonnes de chemise, je les revends 1500, vous me direz, c'est normal, c'est qu'entre les deux, il y a eu du travail. C'est clair. Et donc, les 500 francs en plus, c'est la valeur du travail.
29:14 Oui, mais si je donne à l'ouvrier les 500 francs, j'ai fait une opération nulle. Je ne gagne rien là-dedans. Le seul domaine où je peux faire un plus, c'est en faisant un moins. Voilà le secret, la plus-value. C'est en faisant travailler l'ouvrier au-delà du temps qu'il lui suffirait pour acquérir ce pourquoi il était venu, reproduire sa force de travail. Enfin, écoutez, franchement, au Front populaire, on est passé aux 40 heures, non ?
29:47 40 heures. Maintenant, on en est à ? 35. Oui, 35, 39, ça dépend un peu, oui. Également. D'accord. Où est passée la différence ? Pendant ce temps, la productivité, elle a été multipliée par 1327. On devrait travailler deux heures par semaine, presque. Deux jours par semaine et deux heures par jour. Enfin, je vous dis ça parce qu'il y en a qui trouve que vous êtes tous des flémards, vous savez, on l'a évoqué tout à l'heure, les parasites, n'est-ce pas Isabelle ?
30:18 Plus on se crève à la tâche, plus on dit que vous êtes des flémards et des parasites. Ça, c'est une loi. Moi, j'ai connu les Français d'Afrique qui disaient les nègres, c'est des paresseux. Dans ce temps, il y a les dockers d'Abidjan qui transportaient leurs bagages sur leurs dos. Alors, vous voyez, la plus-value, elle vient en fait d'un moins. pour que je m'en sorte, moi, employeur, il faut que je ne paye pas le travail à sa valeur. Il faut que je le paye en dessous. Il faut qu'il travaille pendant tous un certain temps pour moi et non plus pour lui.
30:52 Et plus la productivité augmente, plus les machines se perfectionnent. À notre époque, elles n'ont jamais été si perfectionnent. Plus je fais la bascule. Ce n'est pas très mystérieux tout ça. Il y a bien du sacré, là. Marx parle bien du rapport fétichiste à la marchandise. Vous voyez, j'étais parti de mes sauvages. Et voilà que Marx dit qu'il y a cette bouteille en tant que valeur d'usage. Elle sert au fait que je m'en servire, d'ailleurs. Voilà la valeur d'usage, c'est ça.
31:23 Mais ça, ce n'est pas sa valeur d'échange. La valeur d'échange, c'est ce contre quoi je peux l'échanger. Elle fait un xième de paquet de cigarettes ou n'importe quoi. Elle fait tant de paquets de chewing-gum. Et elle fait un tantième de ta voiture. Je veux dire, ça, c'est sa valeur d'échange. Alors là, toutes les marchandises sont comparables. Pourquoi ? Parce qu'en tant que marchandises, elles sont toutes cristallisées du travail humain. C'est ça le point commun à toutes les marchandises. C'est pour ça que quand vous faites un château de sable sur la plage, on ne vous demande rien parce que le sable, c'est gratuit là.
31:58 Ce n'est pas vous qui avez produit le sable. Les produits, quand vous le volez sur la plage pour les faire du bâtiment. Ça devient une marchandise. C'est du boulot. Voilà. Je dis ça parce que je viens de voir un reportage. Vous avez peut-être vu des populations parmi les plus pauvres qui soient. Je ne fais pas dans le misérabilisme. Je déteste ça. mais dans les îles du Cap Vert. Oui, l'archipel du Cap Vert. qui ramasse le sable sur la plage. Oui, tu l'as vu ? Il faut penser aussi que ça ne coûte rien mais que ça rapporte quand même parce qu'à la fin, ce n'est pas donné gratuitement.
32:32 Ah, mais c'est les entreprises du bâtiment qui payent, vous voyez à quel prix, des misérables mères de famille, des grands-mères. Tu as vu l'âge, quoi ? Oui, les filles qui sont sur les flots, là, comme ça, à essayer d'apporter un peu de sable à un revendeur, vous voyez, pour des roupies de rien du tout. Et à la fin, ça provoque l'érosion des falaises. Voilà. Et puis, il y avait bien sûr un écolo qui était furieux. tu vas leur donner quoi à la place, toi ? D'accord ? Fais une loi sur tes négriers du bâtiment, là.
Le paysage n'est pas la nature
33:03 D'accord ? Qui les dispense de faire ça. Et après, parce que c'est juste qu'ils ne culpabilisaient pas les bonnes femmes d'aller chercher le sable sur la plage. Quand même ! Voilà. Je referme ma parenthèse. Pardon, c'est mon côté anti-écolo. Tu es habitué. J'adore l'environnement, mais je n'aime pas qu'on le naturalise. On devrait expliquer ça à l'école primaire, ce serait trop long. La différence. Ben oui, oui, quand je regarde votre campagne ici, la campagne, ça vient de campus qui veut dire champ. Un champ, c'est du travail, ce n'est pas de la nature, c'est de l'homme, ça.
33:33 Je respecte parce que c'est de la sueur humaine, c'est de la culture, c'est de l'intelligence aussi, parce qu'il faut être intelligent pour faire un champ, pas seulement avoir des muscles. Faire une table, il faut être intelligent. Voilà. Donc, quand je regarde les paysages, on va vers la Meuse ou bien vers la Marne. Oui, ou au contraire, les Ardennes, on a le choix chez vous, dès qu'on bouge, on change de région chez vous. C'est tout le charme. Je vois un compromis tout le temps entre la nature puissante qu'elle a avec cette magnifique forêt, n'est-ce pas, et le travail qu'il y a dessus, de bûcherons, de scieries, donc, à partir du bois, d'usines de cellulose, etc.
34:14 plus, bien sûr, l'agriculture, c'est du travail, tout ça, ça fait le paysage, ce n'est pas la nature, c'est un compromis magnifique. Il faut des milliers d'années pour transformer la nature en paysage, voilà ce que je veux dire. La plaine d'Alsace, quel boulot, quand même, quand même. Parce que les grandes forêts, c'est les Vosges, là-haut, mais quand on descend, le vignoble, quel boulot ! Voilà, je ne parle pas chez moi en Corse, hein ? Oui, on dit qu'on est flemmard, mais si vous êtes...
34:46 Tout il vous rigolez, je vous dénonçais, ici je parle librement, ne vous inquiétez pas. Quand vous regardez les cultures en terrasse, chez nous, vous savez, on voit des cultures en terrasse qui vont jusque dans les endroits où les chèvres à peine s'aventuraient, des abîmes, ça veut dire qu'à l'époque, il y avait la faim, on n'avait pas cherché la baguette à super U, il fallait produire, là, sur place. À ce moment-là, ils n'étaient pas flemmards, les corses, ils sont devenus flemmards à cause de vous. Quand le tourisme balnéaire a commencé, et qu'ils se sont aperçus qu'en louant mon garage à une famille d'allemands, je faisais fortune dans l'été, n'est-ce pas ?
35:20 Je prolonge ma parenthèse, intéressant sociologiquement, vous voyez, c'est que c'était les voyous chez nous qui avaient des propriétés sur la côte, traditionnellement, parce que la côte, c'est ingrat chez nous. Il n'y a pas d'eau, il y a des moustiques, il y avait le paludisme, c'était ça avant la guerre, avant le tourisme balnéaire. Donc, pour déshériter un fils, on lui disait, tu iras sur la plaine crever de soif, vous voyez, là, les plaines côtières. Et c'est ceux-là qui ont fait fortune, bien sûr, le tourisme balnéaire, vous voyez, c'est les mauvais garçons. Ne jugez pas les corses à ceux qui vous accueillent sur la côte, essayez de louer un peu en amont dans le village qui est un peu au-dessus, ce sera beaucoup moins cher, les gens seront beaucoup plus accueillants, plus sérieux.
35:58 Je fais du racisme donc, vous voyez, il faut des millénaires d'efforts humains pour transformer la nature en cette chose admirable qu'est le paysage. C'est pour dire que quand je suis anti-écolo, je ne suis pas contre le décor, au contraire, c'est pour le respecter. Mais je respecte, voilà, quand je vois une chapelle romane dans un champ de blé, ni le champ de blé ni la chapelle ne sont de la nature. C'est de la dépense musculaire et intellectuelle. C'est magnifique. Voilà. C'est un rappel que je suis ici.
36:29 Donc, j'ai pris cet exemple-là. Je suis parti de nos fétiches via la psychanalyse. Le premier échange entre le nourrisson et sa maman, j'ai rappelé tout de même que ce n'est pas un hasard si la première fois qu'on parlait de valeur d'un objet qui tout d'un coup acquiert de la valeur parce qu'un autre que moi l'attend. N'est-ce pas ? Et donc, il pouvait y avoir confusion de ce qu'il y a de plus élevé et de plus innommable.
Question du public sur la valeur de l'œuvre d'art
37:03 Voilà. Je ne veux pas me répéter. Donc là, je repasse la parole à la salle parce que je suis sûr que les uns et les autres, vous avez des questions sur une part que j'ai dit ici. Non, je peux reprendre. Oui, Hervé. C'est un peu comme les tableaux. Certains y voient un truc comme les tableaux. Oui. Certains y voient un truc qui n'a pas de prix. Pour moi, un tableau, c'est de la toile de la peinture et un petit peu de sueur de la part de la personne qui l'a peint. Tout le reste, c'est de la spéculation capitaliste. Ni plus ni moins.
37:33 Ça veut dire la valeur marchande du tableau. La valeur d'un tableau, pour moi, c'est... Comment on détermine la valeur d'un tableau ? Pour moi, après, il y en a qui mettent des prix. Non, non, mais la question... La question que tu voudrais... La question, comment peut-on attribuer une valeur à un objet alors que ça n'a que, pour moi, que la valeur des matériaux qu'il compose ? Pourquoi ça, ça vaut rien, quoi ? Un petit garçon... Je ne sais pas, tu exposes ça à la fiac.
38:04 Ça aurait une cote phénoménale, quoi. La valeur. Là, tu abordes un domaine délicat qui est la valeur des œuvres d'art, ce qui est encore un secteur... C'est compliqué. C'est de la spéculation. D'accord ? Un des musiciens classiques les plus vendus dans le monde, c'est Mozart. Je dis une banalité, d'accord ? Oui, je n'aime pas... Tout le monde connaît... C'est même des jingles qui viennent de Corée ou de Samsung. Quoi ? C'est pas vrai ? C'est vrai ? C'est vrai. Or, Mozart, tu peux même pas aller sur sa tombe, il est enterré à la fosse commune tellement qu'il est mort, pauvre.
38:35 C'est vrai. Alors que le premier, je dis n'importe quoi, rockstar, rappeur, je parle de ceux qui ont percé, parce qu'il y en a des milliers qui sont très bien, qui sont excellents et qui percent pas. Quoi ? Mais oui, il dit, je suis le génie du siècle, moi, et je me bastonne dans l'aéroport avec l'autre, oui ou non ? Des tâtes. Parce que leur coach leur a dit, tapez-vous un peu dessus parce que ça commence à baisser les ventes. Il faut relancer. C'est difficile d'évaluer le domaine de l'art en valeur parce que je ne suis pas tout à fait d'accord que ça se limite à la valeur des tubes de peinture que j'ai achetés.
39:10 D'accord ? Mais c'est une valeur extrêmement difficile à évaluer. Premièrement, un peintre même de génie, pardon, un peintre maudit que personne n'achète ses toiles peut au moins contempler ses œuvres dans sa soupante. Alors qu'un architecte, un musicien comme Mozart, ses dernières symphonies qui sont les plus jouées, il ne les a jamais entendues parce qu'il faut payer 80 musiciens là. Réunir un orchestre, vous voyez ? On ne pense jamais à ce genre de détails mais il n'a jamais entendu les symphonies que tout le monde connaît. Tout comme Beethoven.
39:41 Mais oui. Bon, il y avait un peu plus d'argent mais un petit peu plus à peine. Voilà. Je ne parle pas de Moussorgski qui est mort dans le caniveau avec de l'alcool. Je ne sais pas. Je parle... Je pourrais multiplier les exemples mais il y a une disproportion entre l'extraordinaire valeur artistique de leurs œuvres et la valeur marchande qui dépend un peu de la spéculation, des modes. Je suis bien d'accord avec toi parce que je réponds à ta question bêtement mais qu'est-ce qui détermine... Ah, la question de Bertrand, pardon. La question n'était pas bête. Qu'est-ce qui détermine la valeur du tableau ?
40:11 C'est une séance de vente chez Christie's. C'est vrai. Ou à la salle Drouot. C'est ça qui fait la valeur tout d'un coup aux enchères. C'est la salle Drouot, oui, c'est vrai. Voilà. Non, c'est un petit peu comme... Comment je dirais ? Comme... Il n'y a qu'une personne en fait qui s'est enrichie avec Mozart. C'est la personne qui a recensé toutes ses partitions. Köchel. Il me semble. Oh, il n'y a pas que lui.
40:41 Il y a... Les Pathé Marconi, les Philips avec Mozart, ils ont fait de l'argent. Premier en réplique. Oui, bon. Bien sûr. Bon, tant mieux. Moi, je suis pour que les gens aient de l'argent. Ce n'est pas la question. Et voilà, avec Mozart, il n'y a pas. Il y en a gagné, hein. Claquet. Il est un peu moineau. C'est les toutes premières fois que quelqu'un s'émancipait de la tutelle féodale. Enfin, vous connaissez votre histoire. Mozart, c'est le premier moderne dans ce sens-là qui dit, moi, j'en ai marre de travailler pour l'évêque sur commande. Le résultat, il a fini à la fosse commune, quand même.
41:12 Voilà. C'est intéressant de rappeler que l'art a un statut à part, n'est-ce pas ? Comme dit Gérard de Nerval que j'aime bien citer, nous, les poètes, nous, les pauvres poètes toujours et les poètes pauvres souvent. Voilà. Donc, s'il y a des... Oui, Élise. Non, mais ça, juste, je pensais à ce que ça m'a fait penser que tu disais. La scène, le Don Juan et le pauvre, il y a vraiment la scène, la sensation et le Don Juan morte, le Louis d'or au pauvre et qui est le Don Juan et qui est le Don Juan.
Dom Juan, le pauvre et le droit du seigneur
41:49 Non, monsieur, il a bien eu un Don Juan. Je suis sûr que ta question contiendrait une crasse. Et également... J'ai oublié, effectivement. On va se dire que c'est le mot. L'air des bijoux. C'est vrai, c'est vrai, c'est vrai. Non, non, non, mais c'est très bien le passage qu'elle cite de Don Giovanni. Élise est agrégée de lettres, elle me fait honte, là, parce que j'ai oublié. Mais, non, il y a tellement d'exemples à citer aussi. Je deviens vieux, je perds la mémoire. Il y a cette scène extraordinaire. C'est le seul Dieu qui reste au disant. Tout à fait. Dans le Dom Juan de Molière, avant que Mozart ne mette sa musique sous forme de Don Giovanni, ce chef d'œuvre des chefs d'œuvre.
42:26 À un moment donné, Don Giovanni a l'air d'être un cynique. Quelqu'un qui s'en fout de tous les principes des hommes et de Dieu, c'est même pour ça qu'il sera à la fin, il dissoluto punito, le libertin puni. Il faut qu'il y ait une fin morale. Or, à un moment donné, ils sont attaqués dans la forêt. Il est avec le frère de Donna Anna, je crois, à ce moment-là. Oui, c'est avant qu'il ne s'attaque pas. Voilà. Il y a le pauvre et ils sont attaqués dans la forêt par des brigands. Je commence par là d'abord. Parce que là, il sort l'épée.
42:56 Là, il retrouve la fonction du noble qui justifie, il y a des rares trucs qui justifient le noble, ce qui vient, ce n'est pas, secourir celui qui est attaqué par des brigands, etc. Mais il y a surtout la scène du pauvre. Tu veux nous la résumer, elle est extraordinaire. Il dit, quelle est ton occupation parmi les arbres et le pauvre dit, c'est de prier le ciel tous les jours pour les gens qui veulent bien me donner quelque chose. Il répond, il ne se peut donc pas que tu sois bien à ton aise. Ça veut dire, il veut lui démontrer l'éducation de la prière parce qu'il prie et il est pauvre.
43:31 Et donc, il dit, ragement, vais te donner un médium pourvu que tu jures. Et là, le pauvre n'arrive pas. Ah, il est terrible. Il dit, si tu renies Dieu, je te donne une pièce d'or. sadique, hein ? Alors que la petite charlotte dans l'acte 2, c'est vrai que c'est le reu le sacré. Le reu sacré. Ah non, non. Il n'y arrive pas, il n'y arrive pas.
44:01 Voilà. Merci Élise pour cet exemple. Il y a un commandeur et la statue du commandeur aussi dans le même pièce. Oui, mais là, il n'y a pas question d'argent, sinon que c'est son père, quand même. Qu'est-ce qu'il y a des remarques ? N'hésitez pas sur le thème sacré argent. Bon, Élise bouillonne, donc là, c'est ça. Non, c'est juste que par rapport aussi au thème de la prostitution, une grande partie des pièces faites pendant la terreur, pendant la révolution, les pièces de théâtre, c'était sur la contestation du droit du Seigneur.
44:43 Oui, le droit de cuissage. Le droit du cuissage. Ils l'appelaient le droit du Seigneur. Je rappelle que pendant tout l'Ancien Régime, le Seigneur, en droit, même s'il se faisait de moins en moins à la fin, en fait, n'empêche qu'en droit, il pouvait dépuceler la promise avant le fiancé, en tant que Seigneur. Ben oui, en tant que le faire. La femme est la première marchandise, si vous regardez bien dans l'histoire. Marx l'a dit, la première division sociale du travail, c'est l'homme et la femme. Pardon, je t'interromps une seconde. Je creuse, mais à partir du moment, parce qu'il y a des raisons matérielles à tout ça, à partir du moment où la femme, je pense à la préhistoire, était enceinte de huit mois, elle n'allait pas courser le mammouth avec les hommes.
45:24 Donc, il y a eu un partage des tâches où la femme restait là, où l'accouchement pouvait survenir à tout moment, donc elle préparait le repas pendant que les autres étaient à la chasse. Voilà, je m'insurge un peu contre un certain féminisme un peu bobo, je lutte pour le vrai féminisme, mais je veux dire, il n'y a pas de méchants hommes contre des femmes, je veux dire, c'est un partage des tâches. C'était les pauvres hères, les hommes comme les femmes à l'époque, qui se partageaient. J'ai vu ça en Afrique aussi, vous savez, quand vous voyez la saison sèche dans le Sahel, tous les hommes partir à 500 km au sud vendre leurs bras et leurs jambes dans les plantations de café et de cacao dans les pays où c'est un peu plus arrosé.
46:01 Et il n'y a plus que des vieillards et des enfants et des femmes dans les villages. Vous voyez que c'est un partage de la misère, il n'y a pas un méchant contre un gentil. Même si, je le précise pour être honnête, toute chose reste un égal par ailleurs, c'est toujours la femme qui morfle le plus. Ça c'est clair. Les pauvres comme chez les riches. Donc, je veux dire, ils ne pouvaient pas courser le mammouth et donc il y a eu la première division du travail qui passe par la division des sexes dont Marx dit que c'est la première division du travail qui est à l'origine des classes sociales. C'est quand même pas loin chez Marx. Voilà, je le rappelle quand même au passage pour rendre justice.
46:34 Je te rends la parole, pardon. Non, non, juste pour dire que c'est vrai que dans la littérature, que le dieu argent s'est représenté par le noble qui a tous les droits et tous les... Ça c'est ce que j'appelle l'ancien régime, c'est la valeur d'ancien régime. Ceux qui ont fait du latin savent que boni homines, les mauvais élèves, traduisent par les hommes bien. Non, ça veut dire les gens qui ont du bien. Les aristocrates, les patriciens, comme on disait à Rome, ils étaient divinisés.
Prométhée, dieux grecs, praxis et chrématistique
47:06 Les citoyens grecs sont des dieux par rapport aux esclaves. Si vous regardez bien, le jeune Marx a analysé ça quand il a étudié le mythe de Prométhée, le Titan, vous savez, celui qui est allé chercher le feu pour faire tourner les fonderies de Saint-Dizier. Non, je plaisante à peine. Mais oui, c'est ça le feu, c'est le feu de l'intelligence, des lumières, en même temps, qui fait fondre les métaux. Donc, c'est très intéressant de voir ça. le fait que dans la mythologie grecque, les titans sont en conflit avec les dieux.
47:41 Ça s'appelle la gigantomachie, c'est représenté sur des tas de fresques. Donc, c'est un peu ambivalent à leur relation. Ils fabriquent des armes pour les dieux, les dieux, ils ne font rien par définition. C'est là qu'on voit que les dieux, c'est l'expression fantasmée des citoyens grecs non-esclaves. Il y avait en gros, vous savez, un quart d'homme libre et trois quarts d'esclave, en gros. Beaucoup mieux traité qu'à Rome, je ne suis pas en train de faire... Enfin, voilà. Donc, le rapport des titans aux dieux, c'est le rapport des gros bras, du travail, de la force musculaire par rapport à ceux qui travaillent.
48:21 Platon, il travaille avec ses élèves, il enseigne. Mais les grecs ont deux mots pour travail. La chrématistique, ce que je fais en ce moment avec vous, du vent. Je dis du vent parce que je n'oublierai jamais que ce sont des instituteurs africains, noirs de peau, qui m'ont appris la langue avec laquelle j'ai gagné ma vie, le vent, en tant que prof ou consultant. Le français n'étaient même pas leur langue maternelle, je leur rends hommage. Donc, ça, ça s'appelle la chrématistique en grec, ce genre de travail intellectuel qui ne transforme pas la matière.
48:51 Mais si je fais une sandale en tant que cordonnier, ça s'appelle la praxis, terme que Marx reprendra. Pas pratique, le même radical que dans pratique. Voilà, c'est un rappel au départ. Autrement dit, les distinctions que fait Élise, vous les retrouvez dans la langue. Vous voyez, c'est très intéressant. Et il y a toujours, effectivement, une représentation des dieux, des gens qui ont du bien, comme étant un petit peu au-dessus. Et finalement, après la révolution, ça s'est suivi, quoi ?
Parabole des talents, usure et spéculation
49:21 Bien sûr. Pardon. Oui, Eric. Dans le Nouveau Testament, il y a la parabole des talents. Que tu fais de ton talent ? En fait, où un riche, un maître, donne des talents au progratat, la valeur du... Trois, il en donne, je crois. Voilà, on s'est suivi. Et en fait, il punit celui qui n'a pas fait prospérer tous les talents. et donc, il y a une valorisation, en fait, de dire que l'argent, en fait, sert à créer de la richesse.
49:55 Alors, ça peut être de la richesse individuelle ou de la richesse par le parcours du travail, et de créer quelque chose qui va mettre le travail. Mais d'où vient le talent ? Ça, c'est une notion, enfin, dans le christianisme ? Euh, c'est l'Ancien Testament, ça. C'est dans Matthieu ? C'est vrai que Matthieu le reprend. Tout à fait. Mais il y a déjà dans l'Ancien Testament, bien sûr. C'est judéo-chrétien. C'est dans l'Ancien Testament aussi. Tout à fait. Par contre, tout à fait. En Islam, par rapport au Coran, il y a le riba, l'interdiction, en fait, de l'usure. Parce que l'avenir ne nous appartient pas.
50:26 Il appartient à Dieu. On ne peut pas spéculer sur l'avenir. Mais c'est justement, enfin, moi, je pense que, bon, l'argent, c'est un outil. C'est un marteau. Un marteau, on s'en sert pour construire sa maison ou pour défendre ses lèvres à son voisin. Donc, l'argent n'est qu'un outil. Ensuite, donc, pour certains, justement, pour nous, c'est un besoin qui nous permet, enfin, c'est un moyen de vivre, on va dire, d'un moment. Pour certains, c'est un outil de pouvoir. Donc, pour gagner. il y a deux notions, en fait, un argent moins vite.
50:56 Mais par contre, ce qui est intéressant au niveau de l'islam, c'est ce qui fait qu'on est dans une société financiarisée où il y a 95% de flux financiers qui ne sont que spéculatifs et pas... Chez nous, là, vous voulez dire ? C'était moderne, c'est ça. C'est un filant, enfin, dans le monde actuel, 95%... Pas le monde restreint à l'Occident et à quelques... Oui, c'est bien plus grave que ça. Mais je veux dire, c'est 95% des flux financiers, complètement spéculatifs. Tout à fait.
51:26 Je vous interromps pour vous confirmer, mais 90% des échanges financiers des États-Unis, chaque jour, tous les mails, les machins, vous savez, les robots qui font les... se font avec quel pays ? À votre avis, quelqu'un le sait. 90% des échanges financiers des États-Unis d'Amérique se font chaque jour avec quel pays en premier ? Avec la Chine. La Chine. Avec les îles Caïmans. Les paradis fiscaux.
51:56 Voilà, c'est pour vous donner raison. Spéculation, c'est parasite. Il y a aussi, le Delaware, si ça, il y a un État dans l'État fédéral qui nous permet défiscaliser... Bien sûr. Sans... Vous attachez beaucoup d'importance à la Terre, vous, hein. J'ai remarqué. Parce que nous sommes nourris par la Terre. Oui, si vous voulez. Moi, je trouve qu'on est nourris par le travail de l'homme, surtout. C'est ainsi ?
Nourris par la terre ou par le travail humain ?
52:26 Moi, je trouve qu'on est nourris surtout par le travail de l'homme, plus que par la Terre. La Terre, on la nourrit par le travail de l'homme ? Non, on est nourris surtout par le travail humain. Parce que j'ai connu beaucoup de pays où la Terre laisse crever les hommes. Non, non, mais je vous le dis, j'ai connu beaucoup de pays et qui existent encore où la Terre laisse crever les hommes. Je vous rappelle, comme on dit tout à l'heure, par exemple, que le paludisme, qui est la plus grande cause de mortalité au monde, plus que les suicides et le sida. Non, mais je vous le dis parce qu'on commence à nous bassiner avec la nature et qui est inoculée par un moustique garantie bio.
52:59 Non, je le rappelle au passage. Voilà, c'est pas contre vous, je dis ça. C'est pour m'insurger contre une certaine adoration de la Terre. Vous savez, Pétain, je m'en méfie. Elle ne ment pas. Voilà. Et comme tout revient là, vous savez, qu'est-ce qui monte dans les pays d'Europe à ce moment-là, c'est à l'extrême droite, c'est Pétain. Je me méfie. C'est pour ça que j'ai l'air un peu dur sur le chapitre. Je suis en train de parler avec ça, enfin, on se rappelle. Ce que je veux dire, en fait, c'est donc que l'islam interdit l'usure et on se rend compte, enfin, je fais un parallèle bouffé du PIB terrestre, en fait.
53:36 C'est-à-dire que à partir du mois d'août, on tape dans les réserves de la nature, de ce qu'elle produit naturellement. Oui, pfff, la nature. C'est quoi la nature ? L'univers, le système solaire, c'est quoi ? Vous parlez de quoi, là ? Non, mais ce qui pousse sur la planète... La planète. Déjà, ce n'est pas la nature. C'est une toute petite partie de notre planète, là. C'est ça dont vous parlez. Vous me dites, ah oui, arrêtez de déconner, Pagani. Cette planète, c'est là où nous habitons, nous. C'est bien ça que vous pensez. Donc, c'est l'homme qui est important. Vous voyez bien, ce n'est pas l'univers, ce n'est pas la nature.
54:06 C'est cette planète où il y a l'homme. Oui ? L'homme, c'est qui ? Parce que comme vous dites, bon, bah... C'est les femmes, c'est ça que vous voulez faire dire. Dans la Meuse, il y a des champs... Oui ! Il y a l'église romane, le champ de blé, le cultivateur, tac. Mais bon, il y a 100 ans, peut-être que le mec, c'était, voilà, l'autre, il était propriétaire, voilà, il avait son cheval, il bossait, il entretenait et tout. Mais maintenant, il y a machin qui est propriétaire des semences, qui dit, vous allez mettre ça dans votre champ.
54:44 Monsanto, c'est ça que vous voulez dire. Monsanto, mais pas que Monsanto, il y a... Bien sûr. Il y a la... Comment dire... C'est la liée, Cargill. Bien sûr, bien sûr. Comment il y a eu les plans, là ? Il ne faut pas personnaliser. Quand on a supprimé les petites parcelles, la... Les enclosures. Le remembrement. On a supprimé les haies pour qu'il n'y ait plus d'oiseaux dedans, pour que les oiseaux, ils ne fassent plus leur boulot, qu'après, il y a trop d'insectes, alors après, on a mis du DDT, ou je ne sais pas quoi, pour... Vous voyez ? Alors finalement, on la pollue quand même, la Terre.
55:14 On l'épuise. Peut-être, je ne sais pas, c'est les jugements de valeur on va polluer. À partir de polluer, on est dans la moralité, pour moi, on n'est plus dans l'économie, là. On l'épuise. Je ne sais pas, si on considère que la Terre, c'est un écosystème, c'est un truc qui se nourrit, qui s'auto-nourrit. Je ne sais pas si c'est le cas, moi. Il y a eu des famines, dans le temps. Chez moi, j'ai une maison, enfin, j'ai une maison, je suis dans une maison, il y a un terrain. Sans les terrains, il y a des branches qui poussent, poussent très vite.
55:44 Il faut toujours couper. Taillé, il faut tailler. Sinon, on se retrouve envahi par la... Il faut élaguer par la nature. Et alors, avant, il n'y a pas longtemps, il y a 10-15 ans, quand je coupais des branches, je les laissais un peu pourrir, comme ça. Je pouvais en laisser pourrir dans un coin, ça faisait un abri pour... On lancé le bas, là, c'est bien. Je pouvais faire un peu de feu et je pouvais prendre la cendre et puis la remettre dans le potager. Je pouvais faire ça, mais maintenant, c'est un quartier de faire du feu parce qu'il y a une déchetterie plus loin, avec une centrale à faire de la biomasse, à une...
56:19 Comme il y a... On a utilisé, là, une chaudière à biomasse. Et puis... Je suis d'accord à 150% avec ce que vous dites. Comment ? Je suis d'accord à 150% avec ce que vous dites. Ça, c'est pas le problème de l'industrie, c'est la déchetterie. C'est que la terre qui fait pousser des trucs, c'est pas moi qui le fais, c'est elle, elle le fait tout de suite. Voilà. Les fruits tombent, ils doivent renourrir l'arbre qui les a fait pousser. Mais là, il s'est détourné vers quelque chose qui ne m'appartient pas, qui va... En plus, je vais être obligé de payer pour avoir du chauffage qui vient de la centrale là, alors que c'est moi qui fournis le...
56:55 Tout à fait, tout à fait. Je vois très bien votre exemple. Parfaitement fondé, mais on est loin de notre débat. Parce que pendant des siècles et des siècles, si les paysans se sont... Avec l'histoire de... Vous dites au Cap Vert, ils vont chercher du sable pour nourrir. Parce qu'il y a du sable à foison au Sahara, mais il n'est pas viable pour travailler dans le bâtiment. Il n'est pas viable dans les conditions financières d'aujourd'hui. Je ne sais pas. Il faudrait des transformations qui coûteraient cher à l'entrepreneur. Mais ça, c'est un problème politique, ce n'est plus un problème de pollution. Ils vont tirer ça sur les plages, mais après, c'est...
57:27 Est-ce que c'est bien de faire ça ? Je ne sais pas. Ah non ! Je n'ai jamais dit qu'il fallait arracher le sable des plages. Je dis qu'il ne faut pas culpabiliser les femmes qui le font parce qu'elles le font pour des raisons. Alors, trouvez-leur un revenu et on en reparlera. Je veux dire... Ils relancent la chasse à l'éléphant. Il y a des écologistes qui disent que c'est bien parce que ça aide à... Oui, on va parler des écologistes. Moi, je les ai vu en Afrique, je les ai vu travailler. Comme les ONG, d'ailleurs. Soit dit en passant. L'infâme secte des ONG qui servent d'espionnage et de trucs dans les endroits de conflit.
57:59 Je ne parle pas des braves gens qui font des piquets sur le terrain. C'est des saints. Je parle de ceux qui les emploient. La barbarie à visage humanitaire, comme dit l'autre. Kouchner, vous avez entendu parler, non ? Le mec qui nous appelait à la guerre, vous savez, en Irak, partout. Ce n'est pas vous dont je parle. Il ne faut pas tout mélanger. Je ne suis pas en train de dire que les femmes ont raison de prendre le sable. C'est bien fait pour les plages. Je ne suis pas en train de dire ça. Vous n'avez pas entendu dire ça. Je suis en train de dire entre les femmes et le sable, je préfère les femmes. Donnez-leur un autre revenu et on aura et les femmes et le sable.
58:31 Voilà, c'est ça que je veux, moi. Vous voyez ? Et c'est facile, à mon avis, de faire en sorte que les femmes du Cap-Vert à 60 ans ne soient pas obligées d'aller racler dans l'eau de mer, avec les rhumatismes et tout. Le sable, c'est ça que je dis. Il ne faut pas changer mon propos. La nature, je m'en fous. Excusez-moi. Parce que si les paysans se sont épuisés pendant des millénaires à travailler la terre, c'est qu'elles ne donnent pas comme ça généreusement. C'est qu'il faut la travailler quand même. Oui ou non ? Quand même. Il ne faut pas insulter le travail de nos ancêtres. Il va où le sable, alors ? C'est le problème du sable.
59:01 Non, mais je veux dire... Oh, mais c'est pas vrai. On n'arrive pas à le renlever de la tête. Non, mais quand il y a... Mais il y a la guerre qui se prépare et vous me parlez du sable. Il y a la guerre qui se prépare, là, vous voyez ? Contre les Russes et les Chinois et vous me parlez du sable. Vous parliez d'écrire votre nom sur... J'aime Nicole sur un arbre. Oui. Bon, eh bien, personne n'a peine interdit. Vous dites que ça ne servira à personne. Personne ne sera intéressé par ça, mais peut-être que... Sauf si vous trouvez que c'est un châteur. Il y aura quelqu'un qui va venir avec une paire de ciseaux, qui va découper votre écorce, qui va la revendre très très cher... Eh bien, grand bien lui fasse.
59:31 Moi, je ne réclamerai rien. On partage, Dominique. Oui, pardon. Donc, je suis assez d'accord pour dire que... La nature, c'est une création de l'homme. J'y reviendrai. Ça va vous surprendre quand je dis ça. Est-ce qu'il ne faudrait pas, par exemple, une conscience, un sujet humain, pour dire que ça, c'est la nature ? Mais exactement. Depuis quand on parle de nature ? Depuis qu'on en est sorti. Il faut un être sorti de la nature pour parler de nature. Est-ce qu'il faut remercier une conscience mais même la chimie n'a plus... Donc, c'est parti de quoi ? C'est naturel, quelque part. Ah, je suis content de vous dire...
1:00:01 Parce que moi, quand j'entends dire ne mange pas ça, c'est chimique, comme si une banane, ce n'était pas chimique. Dans une banane, il y a du carbone, il y a de l'anhydride. Et dans l'eau, c'est H2O. Non, c'est ce qu'on a appris. Dans l'eau, on n'a plus naturel. Qu'est-ce qu'on va séparer maintenant ce qui est chimique et ce qui est naturel ? La nature, c'est de la chimie. Et de la physique, bien sûr. Il faut arrêter de fantasmer sur la nature. De faire le délire biologique. Le nazisme, ça a été ça. C'est pour ça que je m'énerve un peu. Vous voyez, c'est quand on commence à mettre des fantasmes derrière la nature. Le premier ministère de l'écologie, c'est le troisième Reich. La première réserve de faune et de flore.
1:00:31 Les juifs, les communistes, les bolcheviques, on s'en foutait, on les liquidait. Mais par contre, la nature, il fallait la préserver. Comprenez-moi, c'est l'époque qu'on vit aujourd'hui qui revient. Les forces qui montent en Europe, c'est ça. Pardon, Eric. Je comprends, mais là, par exemple, quand on parle de conflit, effectivement... Soyez politiques, un peu. Alors, ce qui serait bien, en termes de méthode, je suis chiant, je vais faire deux minutes chiant. D'accord ? On développe un petit propos qui est on essaye de formuler une question. On essaye de problématiser un truc.
L'usure, l'islam et le crédit public
1:01:01 Oui, parce que c'est pour venir le baratin écologique qu'on trouve dans toutes les revues et toutes les chaînes de télé. Dans tous les sens. Et on termine son propos en disant tiens, est-ce que ci, est-ce que ça, ou comment ci, comment ça. Voilà. En termes de méthode. Par rapport à la notion d'argent dans l'évolution, là, donc, je parlais de l'Ancien Testament et du Nouveau, enfin, des talents dans Matthieu et Luc, et sinon, je dis pas, ou nous disons, c'est... Est-ce qu'il y a un interdit, justement, de l'usure dans l'évolution et qu'elle serait son utilité par rapport, justement, au bien-être humain ?
1:01:32 Tout à fait. Mais je sais pas... Justement... Oui, tout à fait. Parfait. L'usure, en fait, c'est... C'est faire de l'argent pour l'argent. C'est prêter de l'argent pour faire vraiment du bénéfice avec des taux qui sont... Un gain abusif. Un gain abusif qui, en fait, va appauvrir... Avec un taux d'intérêt énorme. C'est ça. Je rappelle que la critique de l'usure est une des origines de l'antisémitisme. Je le rappelle au passage. Les juifs, c'était l'usurier.
1:02:04 Oui, mais parce qu'on lui a laissé... Ah, ben, bravo. Je suis content de l'entendre. Parce qu'on ne lui avait pas laissé d'autres choix que de faire de la finance. Bien sûr. Tout à fait. Premièrement. Deuxièmement, j'ai pas bien compris dans ton intervention. Pardon, si je te tutoie. J'ai pas bien compris quand tu as parlé de l'islam. L'islam interdit l'usure. Parce que l'islam, il n'y a que Dieu qui est maître de l'avenir. Il y a une cohérence logique. Donc, tu ne spécules pas. Par contre, d'où le problème des banques islamiques. Par contre, l'islam n'interdit pas le commerce. Ah bon, d'accord. Parce que s'il y a un truc qui est vraiment bien typique des pays musulmans, c'est Mokhtar import-export.
1:02:39 En pays de désert, tu ne produis pas. Donc, tu ne fais que faire circuler ce qui passe. Voilà. Voilà, c'est les gens du désert. Ils nous ont amené le zéro des hindous, par exemple. qui a eu une certaine fortune depuis. Voilà. Donc, moi, je ne suis pas contre le système de prêt, etc. C'est l'usure qui est condamnable, c'est-à-dire le taux d'intérêt abusif. Donc, à mon avis, tout ça devrait être nationalisé, c'est-à-dire qu'il y a un taux de crédit qui est fixé par l'État, qui est raisonnable.
1:03:12 Moi, dans la maison de retraite, quand je paye mon loyer, je le paye, je fais un chèque à trésor public. C'est pas un propriétaire privé. C'est rassurant. Il ne va pas m'envoyer les huissiers tout de suite. Le public, il a le temps. Oui, c'est la différence avec un propriétaire privé. Il y a longtemps qu'il m'aurait expulsé. Macron est privé. Je sais, je sais. Il faut que je me dépêche. Il y a quand même la Caisse des dépôts et consignations qui a servi à des spéculations. Parce qu'on a privatisé ses activités. Non, tu connais bien exactement qui est la plus grande banque de dépôts du monde.
1:03:42 Si on regarde bien la Caisse des dépôts et consignations. Parce qu'on l'a forcée, un peu comme Mitterrand a fait avec le Crédit Lyonnais, à financer les opérations des copains et des coquins. Si je me rappelle une citation, c'est là-bas. Voilà. Bien sûr. Mais c'est parce qu'il y a bien longtemps. Je le dis parce que tout à l'heure, Jean-Luc, je crois, tout à l'heure, tu as fait une saillie contre l'État. Je ne suis pas un anar. Mais quand même, il ne faut pas confondre notre colère légitime contre les abus de l'État. Il ne faut pas confondre l'État et l'appareil d'État.
L'État et l'appareil d'État
1:04:14 Pardon de introduire une distinction de philosophe. Mais je vais très rapide. J'adore ramasser des champignons. Je ne suis pas le seul. Mais moi, j'ai vécu dans des pays où il n'y en a pas parce qu'il n'y a pas d'automne. Donc, je suis encore plus motivé quand je suis en zone tempérée à ramasser des champignons. Toujours est-il que quand je vois marqué champignons, pardon, forêt privée, champignons interdits, ça veut dire c'est moi qui en suis privé là. Moi, vous, enfin, les promeneurs, n'est-ce pas ?
1:04:44 On est bien d'accord. Je veux en venir. Quand je vois marqué forêt d'Aumagnale, d'Ermenonville, ou de quoi, Chamouillet ? Oui, aussi. J'essaie de frimer en citant les noms d'ici, mais il y a d'habits sans de forêt. Ça veut dire quoi ? Mais là, le fait que ce soit une forêt d'État, ça augmente ma liberté. C'est que je peux aller là dans la forêt. On est bien d'accord. Donc, il y a deux sens d'État. C'est soit le mec qui met le PV sur ma voiture, soit la dernière directive de Macron qui fait qu'on a été obligé de diminuer de moitié les revenus d'une association, d'un secteur public, d'un hôpital, voire d'un bahut.
1:05:25 Ça, c'est l'appareil d'État. Et ça, je m'insurge contre. On peut dire que de nos jours, il n'y a jamais eu un plus monstrueux appareil d'État. Vous savez, caméra surveillance, ou ce que vous voulez, ça n'a jamais été aussi au point. On est d'accord là-dessus. Mais au service de quoi ? De cette absence d'État qu'est le privé. Ça, on ne le dit jamais. Il y a une arnaque. On croit que c'est l'État qui nous dirige. Non, c'est l'appareil d'État au service de la haine. Moi, j'écoute BFM Business. Je ne suis pas masochiste. Vous pouvez parler de l'État, de l'usage. Voilà, voilà. Mais si l'État veut dire la volonté générale, notre bien commun, moi, je suis pour.
1:06:00 Mais si l'État veut dire l'appareil d'État rapace qui pompe ce qui est collectif pour le donner au privé, je suis contre. Voilà. Je crois que j'ai essayé d'être clair. Voilà. Parce qu'il faut se battre pour l'avoir. Moi, elle ne m'est pas tombée du ciel. Non, je sais. Il faut se battre. C'est l'université populaire normale. Moi aussi, je disais l'État comme ça, vous voyez, et puis on se fait des nœuds. Tout d'un coup, on trébuche. Il ne faut pas avoir... puisque les femmes vous font des chagrins, des choses comme ça, alors on réfléchit grâce aux femmes, on approfondit.
1:06:30 C'est mon métier. Ah, d'accord, quand même. Voilà. Bien sûr, parce que la langue courante nous piège, bien sûr. Bien sûr, bien sûr. Exactement. C'est un peu ce qu'a suggéré Bertrand, en parlant des 30 glorieuses tout à l'heure. Je rappelle d'ailleurs que lorsqu'il a dit, à très juste titre, qu'en citant le passage au 16e siècle, le Vagabonds Act, que quand il s'insurgait, à très juste titre, contre la culpabilisation du pauvre, tu es pauvre, c'est que tu as fait une connerie.
La culpabilisation du pauvre
1:07:14 Vous savez, c'est dans le livre de Job, dans la Bible, c'est un profond livre de Job. Ils sont tous là, les riches, les pharisiens, à dire, écoute, avoue, tu as dû faire quelque chose là, quand même, si tu es dans cet état-là, c'est que tu as fait des trucs qui ne sont pas clairs. Vous voyez ? Et Job magnifiquement dit, moi, je n'ai rien fait. J'ai vécu dans la loi. C'est injuste. Vous voyez, il résiste, c'est bien. Or, pourquoi j'en parle ? Parce que c'est d'autant plus ignoble de culpabiliser le pauvre que non seulement, il n'y a pas eu tout d'un coup, je le dis, parce qu'on aurait pu penser à travers ce que tu disais, que c'est comme ça, ce n'est pas du tout ce que tu voulais dire, que tout d'un coup, les pauvres se sont retrouvés, les paysans se sont retrouvés vagabonds, voyous, errants.
1:07:53 C'est que tout a été fait par les grands propriétaires fonciers, c'est en Angleterre, là, que ça a commencé. C'est ce que le fameux enclosure act, pardon, le mouvement des enclosure, ça veut dire des haies, des propriétés, des clôtures, je cherchais. Tout a été fait pour rendre la vie invivable aux paysans, pour qu'ils soient dans une misère noire, pour qu'ils abandonnent la campagne et venir travailler aux premières fabriques. Au point que des paysans s'évadaient pour ne pas aller à l'usine. Et comme c'était devenu invivable, ils s'engageaient dans la marine, c'était un enfer, la marine à voile, à l'époque.
1:08:26 Mais ils préféraient encore faire ça, vous voyez, plutôt que de voir leurs enfants de 8 ans faire 14 heures par jour à la fonderie. C'était ça, je vous le dis, parce que ce n'est pas si vieux, là. C'était, excuse-moi Dominique, mais une des premières théorisations du libéralisme, c'est Locke qui le fait, dans un tout petit livre, qui s'appelle Que faire des pauvres ? Voilà. Où il va rendre ce rapport-là le grand philosophe anglais Locke au roi et à partir de là, donc, effectivement, eh bien, toute la mentalité et de l'époque et de la manière dont seront traités les pauvres, ça part de là.
1:09:00 Bien sûr, et ça n'a pas beaucoup changé. Que faire des pauvres ? Au 19e siècle, les Quakers, en Angleterre, lorsque la loi qui veut supprimer le travail des enfants de moins de 13 ans, les pauvres gosses, vous vous rendez compte, moins de 13 ans, et à un nombre d'heures, vous n'imaginez pas dans les métiers les plus épouvantables, je parle ça, la sidérurgie, les choses comme ça, les Quakers disaient oui, mais en attendant, quand ils sont chez nous, ils ne font pas les voyous dans la rue, c'est les mêmes trucs. Les filles ne vont pas se prostituer, on est là pour la morale, mais maintenant, on dit les droits de l'homme.
1:09:32 Moyennant quoi, on bombarde tous les pays qu'on veut, je veux dire, en Irak, il n'y a toujours pas d'eau courante dans Bagdad qui était un pays qui faisait des ingénieurs nucléaires il n'y a pas si longtemps. Je rappelle que c'est toujours le même truc qu'il y a là. Le monde est dirigé par une bande de puritains convulsés. Voilà ce que je suis en train de dire. Je suis sérieux, je ne suis pas d'anti-protestantisme, il y a des choses admirables dans la réforme. Mais je veux dire, la manière dont ça a été déformé, le monde est dirigé, et c'est un peu mes accents un peu anti-écolo, c'est que tout ça, l'intégrisme islamique, l'intégrisme protestant, l'intégrisme écologique, ça va vers le pur, le non souillé, le non pollué, je me méfie, le sacré, je me méfie.
1:10:08 Voilà. Souillez-moi un petit peu le décor, ça ne me dérangera pas trop. Vous aussi, vous aimez bien le pourri dans le Roquefort, qu'est-ce qu'il y a de meilleur, les moisissures ? Non mais la bibine, c'est quoi ? C'est du fermenté, c'est pas... Voilà. Allez, je m'arrête parce que c'est immoire. Alors, est-ce qu'il y a d'autres remarques sur Dieu, l'argent ? Déchaîné, il dit, ça a vu. Je suis sûre que tu ne l'as pas fait, je vais tenir, mais un lien entre justement l'écologisme, le rapport à la nature, divinise la nature.
La nature divinisée ; loi de la nature et loi de la matière
1:10:44 Oui. Ce serait bien dans la... Que redire ? C'est-à-dire, à partir du moment où on dit que toutes les espèces ont un rôle et qu'il ne faut pas en supprimer, que tout s'équilibre, ça s'appelle la providence en religion, ça, que tout a été calculé, qui est ce qu'on appelle chez les anglo-saxons intelligent design. Il y a un dessin intelligent. Je ne tranche pas le débat, moi, je ne suis pas métaphysicien, on va savoir. Peut-être que ce qu'on appelle l'univers pour les physiciens est en fait la création. C'est possible. Mais alors qu'on le dise, qu'on ne dise pas c'est scientifique, non, on est religieux.
1:11:15 Là, je respecte, pourquoi pas ? C'est respectable. Mais il faut un point de vue religieux pour dire que si tu touches au moustique qui inocule le palu, je reparle parce que moi j'ai eu des classes où il y avait des trous à la rentrée, vous voyez. Les élèves qui étaient morts du palu parce que la rentrée est en septembre et que la saison des pluies c'est juillet-août là-bas, vous voyez. Voilà, je veux dire, il faut assumer, mais comme tu dis, il y a une nouvelle religion de la nature, ça se nomme le panthéisme, je veux dire, Gaïa, Mama Gaïa, la terre mère et tout ça, d'accord, terre qui nourrit, la terre qui affame aussi.
1:11:54 Qui m'a parlé des pharaons tout à l'heure, des égyptiens là ? L'un d'entre nous m'a dit qu'il avait lu dans les... Ah, c'était moi. Oui, hein ? Je ne trahis pas ce que tu dis, en étudiant l'histoire égyptienne, Gina, c'est bien ça ? A lu que la quatrième dynastie, ça remonte à loin dans l'histoire de l'Egypte, c'est... Les populations entières avaient été décimées, changées de région à cause de 20 ans de sécheresse épouvantable.
1:12:25 On fait croire que c'est maintenant le réchauffement de sécheresse en Egypte. Je rajoute à ce que tu as dit d'ailleurs que c'était tellement important cette période qu'il y a eu une guerre à un moment donné des Égyptiens contre les Hittites, ça arrivait souvent, qui étaient dans les montagnes de l'actuelle Turquie, en gros. Et les Égyptiens ont perdu la bataille parce que c'était composé de jeunes qui n'avaient jamais vu une goutte de pluie. Et comme il s'est mis à pleuvoir pendant la bataille, ils ont cru un phénomène surnaturel et ils sont devenus vulnérables, ils ont arrêté de se battre.
1:12:56 C'est pour montrer qu'il faut arrêter de dire que la nature se dérègle. Elle n'a jamais été réglée. Déjà, de dire qu'elle est réglée, c'est déjà une pensée religieuse. D'accord ? À des époques, la nature était beaucoup plus froide qu'aujourd'hui, où les glaciers allaient à Nice. On peut regretter cette époque-là si vous voulez, c'est l'affaire de chacun. Il y a des périodes où était beaucoup plus chaude la Terre. Quand vous pensez que Groenland veut dire Terre verte, Groenland, si vous regardez bien. Et que lorsque Erik le Rouge, celui qui a découvert le continent américain bien avant, de ce brave Christophe Colomb avec Drakkar qui était autrement plus marin que la Caravelle, a abordé, dans ce qui est maintenant à peu près au niveau d'Halifax au Canada, il appelait ça Vinland.
1:13:37 Il y avait de la vigne. C'est connu, ça a été repéré depuis par les climatologues. Il y a eu une petite période où il faisait bien plus chaud au XVIe siècle. Puis après, il y a eu au contraire la petite glaciation au XVIIe où on débitait le vin à la hache sur les marchés de Paris. Vous en voulez 3 kilos ? Je boum ! Tellement qu'il faisait froid. Voilà. C'est pour rappeler. Voilà. Moi, je ne diabolise pas la nature, je ne la divinise pas. On fait ce qu'on peut. Je pense qu'il y a de la matière. Et quand cette matière est travaillée par l'homme, ce n'est plus la nature.
1:14:08 Quand c'est la matière qui n'est pas travaillée par l'homme, ce qui est de loin la majorité dans l'univers, à ce moment-là, on peut appeler ça la nature. Mais ça suppose qu'on en est sorti. Je veux dire, c'est peut-être ma dernière intervention un peu abstraite, mais il faut faire travailler un peu les méninges quand même. Si je monte au quatrième étage avec deux pots de fleurs, ou plutôt deux bouquets de fleurs, un bouquet de fleurs en plastique, un bouquet de fleurs naturels, je les lâche tous les deux bouquets du quatrième étage. Floup ! On calcule la chute, on va retrouver la même loi de la chute des corps de Galilée, un demi de gt².
1:14:38 Vous êtes d'accord ? Donc, ce n'est pas une loi de la nature, c'est une loi de la matière, qu'elle soit en plastique, artificielle ou naturelle. Mais de nouveau, j'apprends à parler, excusez-moi. Je ne vous romps avec le langage courant, tout d'un coup. Ce n'est pas une loi vraiment. Moi, je le dis, je suis le premier à dire c'est une loi de la nature, la loi, mais c'est un abus de langage. En fait, c'est une loi de la matière, mais ça, on n'aime pas trop le mot tout d'un coup. La matière, ça fait un peu laborieux, ça fait un peu les mains sales de celui qui bosse. Ben oui, voilà.
1:15:08 Alors que la nature, ça fait un peu vierge. Voilà. Je n'ai pas entendu le début. Si j'écoute un oiseau qui est en train de chanter à côté de moi dans un arbre, j'adore ça. Je vais adorer, je pense que c'est plus très agréable. Par contre, si on passe un enregistrement sur une bande magnétique d'un oiseau en train de chanter, je pense que ça va m'énerver très vite. Vous, vous avez lu Kant ? Ah non. Si. Ah ben c'est extraordinaire. Non, non, non, non, mais je me doutais.
1:15:40 Non, mais c'est d'autant plus remarquable. C'est exactement l'exemple que prend Kant dans son esthétique. La première esthétique moderne, la critique du jugement en 18e siècle. Oui ! Oui, il dit on est ravis par... Il dit on est ravis par... on est ravis par le chant du rossignol. Mais si on nous dit c'était le début des automates à l'époque, vous savez là, les mécaniques, on remontait avec un ressort. Si on me dit que c'était un rossignol mu par un ressort caché dans un arbre, il dit mon plaisir disparaît. Il est comme vous ! Donc, c'est là qu'on voit que c'est un fantasme la nature. Le chant c'est le même, il n'a pas varié, mais on voudrait que l'homme n'y soit pour rien.
1:16:10 C'est curieux quand même. Avouez, qu'est-ce que c'est que cet anti-humanisme ? Même si je... Non, je pense que si je ne le sais pas que c'est un oiseau qui est un magnétique, donc si vous pensez que c'est naturel, oui. C'est ça que je veux dire. On a une sensibilité qui va bien au-delà de ce que vous dites que vous avez. Ah ! Il y a des bonnes... Vous ne trouvez pas qu'on en sort de plus en plus que la nature ? Qu'on en sort de plus en plus ? Il serait temps, hein ? Moi, j'ai vécu dans des pays qui n'arrivent pas à en sortir.
L'homme en général n'existe pas
1:16:40 J'ai eu des élèves qui me disent monsieur, si vous avez trop de pollution, vous n'avez qu'à nous en donner parce que nous, on crève de ne pas avoir d'industrie. Vous savez, ça vous fait réfléchir quand vous entendez ça. Quand on est dans la nature, on est dans la survie. C'est curieux, on dirait que tout votre malheur, c'est ce qu'a fait la richesse de l'humanité jusqu'ici. C'est quand même extraordinaire. J'ai beaucoup entendu des gens qui voulaient sortir de la survie, quand même. L'homme n'a aucun impact que sur l'environnement. Moi, l'homme, je ne connais pas. Le capitaliste, il a un impact sur l'environnement, le capitalisme, d'accord ? Il y a une gestion désastreuse sur l'environnement.
1:17:10 Je suis le premier à le dire. Vous croyez que ça me plaît, moi, que si demain, on fait du parc Jean-Jacques Rousseau à Disneyland ? Évidemment. C'est pas la nature. Bien sûr. Mais c'est pas la nature de l'homme. C'est assez, arrêtez de diaboliser l'homme. D'accord ? Non, mais il y a des classes sociales. Il n'y a pas l'homme en général. Ça n'existe pas, l'homme en général. Hitler, c'est un homme aussi. Ça n'existe pas, l'homme en général. Il y a des classes sociales. Voilà. C'est distinct.
1:17:40 Ah oui, oui, c'est ça. C'est au moment où le nazisme revient qu'il ne faut plus en parler. Non, mais vous voyez, la combine de Godwin, c'est ça, vous voyez ? Non, mais c'est curieux. C'est tabou, ça, Godwin. Godwin, c'est malin comme truc. Au moment où ça revient, c'est ridicule d'en parler, vous voyez ? Parce que celui qui pense qu'actuellement, dans le monde, celui qui pense que c'est pas l'homme qui... que le changement climatique, c'est pas la patte de l'homme, c'est Donald Trump. Mais quels changements climatiques ? Il y a toujours eu des changements climatiques, ça, vous ne comprenez pas.
1:18:11 Il y a toujours eu. Bien plus catastrophique qu'en ce moment. Qui a créé le plastique et qui pollue tout le monde ? Oui, vous passez du réchauffement au plastique. Après, on va passer au nucléaire, que les déchets traitent. On s'en sort jamais avec l'écologie. On est toujours dans le malheur, vous voyez ? C'est ça, le problème. Donner un espoir aux jeunes, bon sang, c'est pas possible. Vous leur dites qu'il n'y a pas de solution. Quoi qu'on s'y prenne ? Regardez Servigne, le pape de la collapsologie. De toute façon, c'est trop tard, c'est la fin du monde. Vos histoires de fin de mois, on s'en fout, les retraites, tout ce dont on a parlé aujourd'hui, la misère, ça n'a aucun intérêt.
1:18:43 Ce qui compte, c'est l'intérêt de la planète. Oui, non, mais il finit derrière le dessein, c'est de culpabiliser en permanence ce qu'on appelle l'activité humaine. Et notamment, trois grandes notions qu'on peut nommer l'humanisme, le progrès, le progrès et l'universel. Voilà. Ça, c'est des trois grandes notions qui sont mises de côté depuis 30 ou 40 ans et avec des philosophies aujourd'hui qui sont plutôt anti-humanistes et qui se réclament à peu près du même penseur autour de Nietzsche ou qui est toujours en train de nous ramener de la bête de l'eau.
1:19:22 Non, mais attends, Gina a dit, c'est vrai qu'il y a des choses qui ne vont pas. C'est ça que tu dis. Bien sûr, mais il y a mille choses qui ne vont pas. Par rapport à vous, en philosophie, etc., ou connaissances comme vous, Dominique. Ce n'est pas un argument pour moi. Ça ne veut pas dire que je suis idiote, que je ne peux pas capter plein de choses de ce qui se passe autour de nous et c'est sur toute la planète parce que je ne veux pas dire l'univers, la nature. On habite la planète Terre. Et c'est celle-là qui nous donne à bouffer parce qu'il y a beau avoir le travail de l'homme, s'il n'y avait pas la terre, on n'aurait pas à bouffer. Tout à fait. Et il n'y aurait pas les animaux.
1:19:52 On est bien d'accord. Marx a dit, jusqu'à nouvel ordre, on n'a jamais réussi à pêcher des poissons dans les eaux où il n'y en a pas. On est bien d'accord. On sait bien qu'il y a des régions de désert où les gens, ils sont au moins privilégiés que nous, mais ils ont peut-être du pétrole ou des choses comme ça. Ou le Niger, comme vous dites, c'est très très beau. Leur gouvernement a du pétrole, les gens, ils n'en ont pas. Mais je veux dire par là que ça ne veut pas dire que nous, citoyens lambda, même si on n'a pas fait de hautes études, etc., on n'est pas capable de réfléchir, de prendre en compte, d'aller chercher nos petites choses.
1:20:22 C'est même un devoir, bien sûr. On apprenant partout et d'avoir une vraie prise de conscience. Parce que quand on nous montre un continent qui fait trois fois la France de pollution de plastique, c'est bien l'homme qui... L'homme, être humain, ce n'est quand même pas les singes qui ont inventé le plastique et qui foutent. Mais ce n'est pas l'homme. Ce n'est pas l'homme. Tout à l'heure, je t'ai répondu, je t'ai dit, tu n'as pas de yacht. Moi non plus, on n'est pas en train de décharger en Méditerranée nos déchets. C'est une poignée de privilégiés qui font ça. Moi, je fais mon petit travail.
1:20:53 Je trie mon plastique. Moi aussi, je fais même du compost. Et après, je m'aperçois que c'est à ciel ouvert. C'est des boîtes qui organisent ça. Ce n'est pas l'homme. C'est une minorité d'hommes sur Terre. Luttons contre le capitalisme. Qu'est-ce que vous voulez ? Contre la gestion.
1:21:25 Oui, mais alors, c'est contradictoire. Ce n'est pas l'homme. C'est la gestion capitaliste de la planète qui est désastreuse. Là, on est d'accord. Elles existent. Ce sont des hommes qui sont des hommes. Bon, alors, concrètement, il nous reste un quart d'heure et on essaye de remettre... C'est bien quand ça part en live. Oui, oui, oui. Non, mais c'est bien. C'est bien. Ils discutent, là. Je veux dire, c'est des médias de mégots à Paris. Vas-y, dis ton truc, là. Moi, je n'ai pas une conscience colloquée. Je vais bien, quoi. Mais ce n'est pas un enfer, Paris. Il y a mieux autant de gens qui rêvent de visiter Paris.
1:21:58 Oui, moi, non plus. Je n'aime pas le tabac mouillé. Ça va, on est d'accord. Bon sang, il y a d'autres problèmes. Capitalisme, c'est nourri par l'homme. Ah, je n'ai jamais dit que ça venait des figuées. C'est ce qui affame l'homme. C'est ça que tu veux dire ? Il y a femme, l'homme. De certains hommes ? Pourquoi vous voulez tout de suite... Vous voulez me culpabiliser d'être... Ah, mais alors ? Moi, je n'y suis pour rien au capitalisme. Il se profite à quelques... Toi non plus. Tu es une victime, moi aussi. Alors, ça va. C'est l'homme, c'est moi, c'est elle, etc.
1:22:30 Je discutais avec un ami, parce qu'on dit souvent, en France, c'est un enculé de patron et un feignant de salarié. Tu vois, c'est souvent cet antagonisme qui est mis en place culturellement. Ce qui est paradoxal quand tu vois que la Chine, le pays communiste est le plus capitaliste au monde en ce moment. Si on veut. Mais l'État intervient en Chine, ce n'est pas capitaliste. C'est la guerre socialisée. L'État intervient pour la monnaie. La monnaie nationale. Moi, j'écoute BFM Business, ils détestent l'État comme les anarchistes, les capitalistes.
1:23:02 Le Medef, il ne faut pas lui parler de l'État. C'est des règlements, c'est des machins, c'est des douches pour tes ouvriers, ça ne va pas, c'est la dépense. Par certains hommes, pourquoi l'homme ? Par certains hommes. Je pourrais dire l'homme protestant, ça a été étudié déjà, c'est apparu en Angleterre, mais oui. C'est-à-dire l'homme qui produit et qui ne dépense pas. Ce n'est pas n'importe que l'homme. Je suis corse, moi, en catholique, on flambe, nous, on achète une cadillac parce qu'on a fait travailler trois femmes à Marseille.
1:23:37 J'exagère, pas moi. Je passe d'un extrême à l'autre, je passe de Paul Getty au voyou corse. Ce n'est pas l'homme, c'est des abstractions. Avec les abstractions, tu ne fais rien. C'est comme si tu disais les Français, il y a Pétain, il est Français, De Gaulle, il est Français. Ce n'est pas la même France. La résistance et la collaboration. Donc, certains hommes ont comme recours le capitalisme pour le pouvoir, à mon avis, pour le pouvoir, pour dominer les autres et puis asservir l'autre et puis minimiser la force de l'autre.
1:24:12 Ils s'en servent jusqu'à maintenant parce que c'était la force de travail. On sait aussi que l'esclavage a été supprimé en même temps que l'industrie s'est développée. Et si on fait un rapport, tu n'as pas l'air de prohémer Pablo Servigne, mais je dis, bon, en fait, nous, si on a envie d'avoir notre confort actuel, c'est 200 esclaves qu'on aurait à notre disposition. Oui, je connais par cœur, j'ai vu sa thématique. Il s'en fout de l'esclavage complètement. Quand on fait des comparaisons comme ça, il n'a pas vécu en Afrique, lui, ça se voit. Je sais qu'il s'en fout, mais il fait un parallèle. Mais c'est un bobo, tu as vu comment il est habillé, tu vas prendre des leçons de Servigne.
1:24:45 Le mec, il parle de l'apocalypse, en rigolant. Attends, je ne prends pas de leçons de Servigne. J'écoute, je suis curieux, j'ai écouté par exemple Attali qui... Voilà encore un numéro, tu as. Jacques Attali ? Oui. C'est bien celui-là. Celui dont Mitterrand disait, alors lui, je le consulte pendant mille ans. Oui, au milieu de ses coreligionnaires qui dit, comment, la nature est mal et tout l'intérêt du judaïsme, c'est de m'expliquer la nature. Qu'est-ce qu'il connaît au judaïsme, Attali ?
1:25:15 Non, mais... Qui s'occupe des affaires de Mitterrand, qui ne sont pas clairs. Non, mais je sais, ce que je veux dire, c'est qu'il y a un mec qui postule ça au niveau de ses admirateurs et d'un autre côté, tu as un mec comme Idriss Aberkane, par exemple, qui parle du biomimétisme et qui dit que, en fait, si on s'intéresse à la construction de vivants, animaux, végétal, etc., on peut s'en inspirer au niveau d'un meilleur être pour l'homme. Oui. C'est ce qu'a fait toute l'histoire de la pharmacie, c'est d'étudier les plantes, imaginer un truc pour trouver des médicaments qui t'ont sauvé la vie.
1:25:47 Ben oui. Je suis d'accord. Bien sûr. Alors qu'on ait les progrès à faire, qu'il y ait un coquillage, qu'il y ait un poison virulent avec lequel on peut faire un fortis... Il n'y a aucun problème. On va mettre la gueule au capitalisme. C'est la meilleure de la soirée. Alors ça sera le thème du prochain... Non, non, mais je m'excuse par avance, par rapport au public, je suis passionné, donc injuste, certainement des fois. sur Pablo Servigne, Dominique a fait une excellente vidéo, tu tapes Pagani Servigne.
1:26:18 Play pause. Voilà. Et sur Foucault aussi. YouTube, Pagani Servigne. Paf, un tabac. Ici, tu as fait beaucoup de vues. 16 000. 16 000 vues et ça... Ce n'est pas moi, c'est les jeunes comme ils sont en vidéo, moi je suis incapable. Beaucoup de débats sur cette vidéo. C'est pas comme celle que... C'est celle qu'on avait filmée qui nous a été piquée par le... Non, non, ça ne sert à rien à voir, là. C'est encore autre chose. Monsieur Vargas. En tout cas... Bon, il n'y a pas ma question, alors comment on fait pour se débarrasser de ce putain de capitalisme ?
Résister : le siècle des révolutions
1:26:49 Comment on fait pour se débarrasser du capitalisme ? Pour résister. Et comment on résiste ? Je ne sais pas, on vient de vivre l'épisode des gilets jaunes. On nous a dit c'est fini cette France-là, la France elle est couchée, la France c'est les consommateurs, c'est... Bouge plus ! Ça fait longtemps qu'on entendait ça ! Il y a un très beau poème d'Aragon là-dessus. D'accord ? C'est There is no alternative, ça fait 40 ans qu'on entendait ça. Oui, oui, oui, oui, oui. Depuis la chute du mur de Berlin, depuis 1989, il n'y a plus d'alternative.
1:27:22 Depuis qu'il n'y a plus de danger communiste. Sauf la Chine ! Ils sont tranquilles, le capital, ils sont tranquilles. Ils sont tranquilles. Ils sont tranquilles un peu, là. Ils la revendent en forêt. Oui, alors, un petit correctif, la Chine, il y a une économie de marché très active, mais extrêmement surveillée par l'État. C'est justement la grande différence avec le laisser-faire, laisser-pisser, c'est moi qui joue un peu sur les mots. C'est toute la structure de l'État. Dans la structure, ce n'est pas le libéralisme, justement. Ils ont une monnaie... un milliardaire, c'est un faux pas, ils se sont prisonniers. Oui, et puis, il paraît que beaucoup d'économistes, je parle de techniciens de la finance, admirent comment ils arrivent en augmentant d'un huitième de point les taux d'intérêt à une machine gigantesque comme ça, à contrôler la monnaie, sans en maler.
1:28:03 Nous, on a eu la crise subprime, d'accord ? Je veux dire, c'est tout juste, il n'y a pas eu le bank crush, comme on dit. Je veux dire, on a évité de peu que les foules se précipitent sur les trottoirs pour aller rechercher leur compte en banque. ça avait commencé avec la Bank of Scotland, si je me rappelle bien. Ça a été vite jugulé, vite jugulé, vous savez comment ? En mettant des milliers de milliards de dollars, en jetant des milliers de tonnes de pétrole sur le brasier, quoi. C'est ça qu'on fait. Je ne sais pas comment ça va se terminer, mais... Oui. Ça ne va pas se terminer bien, cette histoire, voilà.
1:28:34 Mais pour l'instant, je veux dire, il faut... Moi, je crois que, comme a dit très bien Bertrand tout à l'heure avec les gilets jaunes, ça monte, ça descend, là, ils sont en veilleuse, à la place du patronat, je ne serais pas rassuré. Je ne serais pas rassuré. Oui. On croyait que c'était fini, mais paf, ça revient, vous savez. On croyait que la révolution s'était terminée. Ce qui s'est passé en 1818. Non, mais le 18, la restauration, taxe et jugulé, le retour, le roi, l'Angleterre finance, l'Autriche gère politiquement, déjà, les Allemands politiques et l'Angleterre financière, déjà à l'époque.
1:29:07 Ce n'est pas encore les États-Unis, mais c'est ça, la Sainte Alliance. La revanche sur la révolution française et puis paf, en 1830, ça repart, les Trois Glorieuses. Hop, de nouveau, Louis-Philippe, paf, ça repart en 1848, ça ressort dans la rue. Et puis après, c'est la Commune de Paris, puis après, c'est la révolution de 17, ça n'arrête pas. Rousseau l'avait vu venir. Nous approchons de l'état de crise et du siècle des révolutions. 1765. Si jamais quelqu'un fut prophète, vous voyez, et lucide, il n'a pas dit de la révolution.
1:29:37 Il a vu venir, c'était une succession de révolutions qui ne se terminera pas. Nous approchons de l'état de crise et du siècle des révolutions. Nous y sommes. C'est ma conclusion. Merci Dominique. Merci.