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Traduire Clouscard ; l'histoire frappe à la porte du philosophe
0:00 Bonsoir, chers amis. Nous reprenons notre opération de sensibilisation dans le but d'aboutir à une traduction anglaise, une traduction pour le monde anglophone des principaux ouvrages de Michel Clouscard, pour résumer l'essentiel. D'abord, un grand merci à ceux qui ont commencé à alimenter la cagnotte. Je le remercie à chaque fois, mais il y a de nouvelles contributions et nous nous en félicitons.
0:30 Bon, je n'ai plus besoin trop d'insister. Je ne dirais pas que ça me repose, parce que malheureusement, ce n'est pas une très bonne nouvelle, mais vous savez, ça fait bientôt dix ans, si on regarde de près, que je m'escrime dans mes diffusions sur la toile, à rappeler que tant qu'on philosophe, on est entre crise et guerre. C'est à cause de la crise qu'on s'est mis à philosopher, mais le pouvoir aimerait bien, le pouvoir capitaliste ici, n'est-ce pas ?
1:01 Le pouvoir dominant, le pouvoir aimerait bien précipiter une solution géopolitique terrifiante avant qu'on n'ait pu clore d'une manière adéquate notre parenthèse, notre époqué, on dirait en termes husserliens, notre détour théorique. Mais vous savez bien que ce n'est pas la même temporalité, l'histoire n'attend pas.
1:32 Elle frappe à la porte. Rappelez-vous que Hegel met le point final, d'après ce qui semble être une légende, enfin une légende qui dure comme ça, à une forte part de vérité. En tout cas, ce qui est sûr, c'est que c'est la même année, c'est le même moment, et c'est pendant la bataille d'Iéna, qui va faire effondrer, qui va voir l'effondrement de la Prusse comme puissance à ce moment-là, puissance naissante. C'est le moment où Napoléon entre dans Iéna, que Hegel met un point final, vous voyez, à la phénoménologie de l'esprit.
2:08 Et donc, l'histoire vient, pour ainsi dire, à coup de canon, frapper à la porte du philosophe. Alors, je ne suis pas Hegel, mais par contre, le danger que doit affronter notre époque, même Hegel ne l'a pas anticipé. Qui peut anticiper une horreur pareille ? Je vais commencer par là, et on me dirait, on s'éloigne de Clouscard, détrompez-vous. Je me souviens de Clouscard, vous savez que je dis souvent que c'est dans des boutades, quelquefois qu'il livre peut-être l'aspect le plus vertigineusement profond de sa pensée, et encore que ça se sent plutôt comme une ellipse en raccourci, une boutade, parce que ça ne plaisante pas du tout, jugé plutôt.
La boutade de Clouscard sur le fascisme et les gauchistes
2:49 Ce qu'il m'avait dit, c'était à Paris, et c'était en sortant d'un cours de Guilhermitte, un excellent lecteur de Kant. Notre discussion s'est déroulée un peu sur la facilité avec laquelle les gauchistes criaient au fascisme, simplement parce qu'un prof avait son bureau qui avait 20 centimètres de plus que le reste de la classe, donc c'était un fascisme. Vous voyez, quand on analyse le fascisme comme ça, ça fait l'affaire du fascisme, qui est oui le vrai, vous le savez.
3:20 Allez vous prolonger ma phrase, vous devinez, je vais dire, en citant Freud, les pulsions de mort progressent en silence. Donc voilà, on dénonçait tout ce bavardage, n'est-ce pas, qui avait hélas le triste, le sinistre inconvénient de banaliser l'océan de fascisme, ce qui fait qu'à la fin on n'y fait plus attention. À force d'en parler, oui ça va, on voit venir. Ce qui fait qu'on arrive à la situation paradoxale d'aujourd'hui, au moment où le fascisme n'est plus que jamais d'actualité.
3:53 Je ne parle pas seulement des ucro-nazis, l'extrême droite est au pouvoir en Suède suite aux dernières élections, des États qu'on nous peignait comme des modèles démocratiques. Il y a longtemps qu'il est au pouvoir en Autriche, en Allemagne, dans les temps où j'avais, je vais dire, j'avais votre âge, l'âge moyen de mes interlocuteurs, je préfère dire les followers, n'est-ce pas, les interlocuteurs c'est plutôt celui que j'avais quand j'étais étudiant, moyen, il y a toutes les classes d'âge sinon, et je m'en réjouis.
4:27 Mais quand j'étais étudiant, l'extrême droite en Allemagne faisait 1,7, 1,2, il y avait un national, une soldatenzeitung, un journal, qui faisait rigoler tout le monde. Elle approche les 20%, elle n'était pas sans certains länder. Je ne parle pas de la France, l'Italie, l'Italie est au pouvoir, le vrai visage du fascisme qui n'est pas un populisme anti-libéral, c'est tout le contraire, n'est-ce pas.
5:08 La femme qui dirige l'Italie, assez bien, les femmes au pouvoir, mais ce n'est pas suffisant. Moi je suis pour que plus de femmes au pouvoir, mais pas à ce prix-là quand même, n'est-ce pas. La parité formelle est une stupidité, on le voit bien là. Bref, qui dirige l'Italie est sur des positions contexte populiste du côté de ceux qui nous gouvernent, n'est-ce pas. Mais par contre, elle est à fond pour la politique de l'Union européenne en Ukraine et de l'OTAN.
5:44 Le vrai masque tombe, ce qu'avait prédit Clouscard. L'extrême droite, surtout en France, fait semblant, n'est-ce pas, d'aller flirter avec la gauche, des fois même, je ne sais pas, à une gauche sociale. Ce n'est pas nouveau. National socialisme, c'est vieux comme les années 30. Mais par contre, le jour où il y a de graves échéances, tous les libéraux se retrouvent ensemble, pour fusiller nos camarades au mur des Fédérés.
6:16 Je parle métonymiquement, ce sera plus rapide. Donc, je reviens à Clouscard et à sa boutade. On est en train d'ironiser sur cette manière très dangereuse de banaliser le fascisme en qualifiant comme tel les comportements les plus dérisoires. et tout d'un coup, Clouscard a dit, il a tout d'un coup regardé l'actualité. Je vous parle là, c'était en 60… Que je dise, pas de bêtises, c'était en 76. Voilà. Et il m'a dit tout d'un coup, en fait, la seule fois où ils ont eu la trouille.
6:50 Tout cela. Les libéraux, les gauchistes. Attention, ce n'est pas un homme de droite, Clouscard. Un homme de droite, quand il dit les gauchistes, c'est tout ce qui est plus à gauche que lui, ce n'est pas les communistes. Alors que les communistes étaient les pires ennemis, des gauchistes proclamés comme tels en 68. Non, il parle des gauchistes en 68. Alors, je le répète, tout de même, pour qu'ils prennent le train en marche, que ce n'est ni une insulte, ni une exagération, ni une assimilation, ni un amalgame. C'est une réunion au sens mathématique de trois positionnements.
7:22 Donc, je cite dans l'ordre chronologique, pour ne fâcher personne, les anarchistes, qui sont les plus anciens historiquement, parmi lesquels il y a des gens qui sont de vrais camarades et qui ont été le fidèle compagnon des luttes de la classe ouvrière. Mais il y a aussi un anarchisme de droite et même d'extrême droite. Je pense à Céline. Les anarchistes, les trotskistes, et un peu plus tard, historiquement, les maoïstes, un peu plus près de notre histoire contemporaine. Voilà. Donc, c'est ça, les gauchistes, très précisément, n'est-ce pas ?
7:54 Au sens que Lénine donne à ce terme, c'est celui que j'invoque, dans, bien sûr, son titre célèbre, « Une maladie infantile du socialisme, deux points, le gauchisme ». Donc, non, oui, si Lénine en parle comme ça, vous voyez, c'est quand même pour discréditer. Donc, ceux qui assimilent les communistes gauchistes, ça fait un peu rire. Ou pleurer, ça dépend. Comme on voudra. Toujours est-il que lorsqu'il dit « Les libéraux, les gauchistes », il n'avait pas encore son concept de libéral-libertaire, mais vous voyez, il voyait déjà qu'il y avait le même conglomérat.
8:31 tous ceux qui tapaient à boulet rouge en 68 sur la CGT, sur la revendication ouvrière, qu'ils réduisaient avec l'expression de bassement catégoriel, vous savez, les retraites, comme c'est actuel, les retraites, les salaires, tout ça, le rôle des syndicats dans l'entreprise. Qu'est-ce que c'est à côté d'aller voir les filles, d'aller visiter les filles dans leur dortoir ? Ça, c'est des vraies libertés sociétales. Je caricature à peine, vous savez très bien, que ce qu'on appelait les nouvelles luttes à ce moment-là, un certain féminisme très bourgeois, l'écologisme, etc., prennent, se substituent à ce moment-là, n'est-ce pas, aux revendications sociales, proprement sociales.
« La seule fois où ils ont eu la trouille, c'est l'Armée rouge »
9:13 Donc, j'y reviens, je fais un suspense exprès, mais je vais vous livrer la citation maintenant. « La seule fois où ils ont eu la trouille, c'est lui qui parle, les libéraux, les gauchistes, c'est quand il y a eu l'armée rouge, là, ils n'ont pas rigolé. » Là, il évoque une épaisseur historique, un compagnonnage, ce qu'a représenté l'Union soviétique à ce moment-là, n'est-ce pas, et la déroute du nazisme, et l'échec de la grande stratégie du capital mondial qui aurait tellement voulu, n'est-ce pas, que Stalingrad tourne en faveur, n'est-ce pas, des bruns, et qu'on discute, on partage le monde entre fascisme au-delà de l'Atlantique et fascisme en-dessous de l'Atlantique.
10:06 Les deux ensemble sont dans la flotte, c'est l'Atlantique Nord. Ah ben oui, c'est l'OTAN. Voilà, vous voyez. Non, non, ce n'est pas des amalgames, c'est du sérieux. On me dit, ben, Fattu-Réhold, mais comment, mais c'est scandaleux. Quand même, là, l'Angleterre, la résistance de l'Angleterre, oui, heureusement, que Churchill, il ne sait si je ne fais pas l'éloge, un marxiste, un communiste, c'est un farouche anticommuniste, mais au moins, lui, il a eu le mérite de changer à cent quatre-vingts degrés la politique de l'Angleterre pendant les premières années du conflit et surtout la fatale entre-deux-guerres, celle de Chamberlain, qui en revenant de Munich, bien avant le pacte germano-soviétique, et même si on réfléchit bien, justifiant par avance ce dernier, se permet de revenir à Londres avec une foule en délire.
10:54 Ça y est, on a sauvé la paix, puisqu'on ne va pas faire la guerre à Hitler. Ben voyons, plutôt Hitler que le Front populaire. Mais non, mais la déclaration de Chamberlain, c'était « Mr Hitler is a gentleman ». Mais oui, ce n'est pas à lui qu'il faut faire la guerre, c'est l'Union soviétique. Je continue ma parenthèse avant de rentrer dans le texte de Clouscard, mais toujours en commentant sa phrase « La seule fois où vous vous avez la trouille, nos adversaires, c'est l'armée rouge ». C'est un hommage que je rends aussi à ces milliers de jeunes gens.
11:25 Pas qu'ils ont fait le plus grand sacrifice, non pas qu'un peuple, car ce n'est pas le peuple russe, c'est les peuples de l'Union soviétique. Il y avait des Kazakhs, des Tchouchs, des Kazakhs, des Ukrainiens, bien sûr, et tout ce que vous voudrez, n'est-ce pas ? Et combien sont tombés pour ne pas que nous soyons maintenant sous la botte nazis. N'oubliez pas que vous dites, je vais faire un amalgame avec les nazis de l'Ouest, l'autre côté de l'Atlantique, et n'oubliez pas que Hitler avait le portrait d'Henry Ford dans son bureau.
11:58 N'oubliez pas que le père Kennedy, Joseph, connu pour être un grand mafieux, ce n'est pas le procès que je fais maintenant, mais enfin, on est passé après, dans le domaine de l'immobilier, non pas comme les Texans qui ont eu la peau de son fils dans le domaine du pétrole, mais c'est une autre histoire. N'oubliez pas que le père Kennedy, qui était ambassadeur, qui représentait le poste le plus important du département d'État, du ministère des Affaires étrangères américain, si vous préférez, à Londres, ce n'est pas un poste marginal.
12:31 Dans les années où Hitler faisait un pas nouveau chaque jour, l'Autriche, la Tchécoslovaquie, il était tellement pro-nazi dans ses déclarations et dans ses rapports pro-hitlériens, pro-national-socialistes, que Roosevelt était obligé de le rappeler. Ce n'est pas sur les avertissements de Churchill. Bon, voilà, c'est pour vous dire que quand on parle du pacte germano-soviétique par lequel Staline a pu obtenir que si la guerre commence, ce ne soit quand même pas de son côté à lui, il n'aurait qu'il aurait bien aimé qu'il y ait encore plus de morts du côté russe, s'il n'y avait pas eu ce pacte.
13:08 Voilà, bon, où je veux en venir, comment je veux conclure ce rappel, le danger de guerre qu'il y a. Et je prends le plus récent, je voudrais juste vous lire un commentaire que je dois, un poste que je dois à notre camarade Sébastien Deville et qui émane tout de même, n'est-ce pas, je vais demander à Pierre-Alain de bien vouloir diffuser la déclaration du sinistre Little, mais vous allez juger par vous-même, n'est-ce pas, Jonathan Little, n'est-ce pas, c'est dans l'Express, si vous voulez la source, la Troisième Guerre mondiale est déjà là et il faut la gagner.
13:52 vous voyez, et notre camarade Sébastien Deville, au-dessus, vous pouvez le lire, commente en disant, c'est magnifique, la banalisation, vous voyez, le même mot que j'emploie, de ce genre. Oui, on est parti de Clouscard et moi, il y a presque une génération, en train de mettre en garde contre la banalisation du terme de fasciste pour ce qui ne l'est pas, on commence à s'y faire, finalement, vous voyez, à la guerre. Je ne sais pas quelles armes seront utilisées dans une Troisième Guerre mondiale, mais je peux vous dire celles que l'on utilisera dans la Quatrième, disait Einstein, des cailloux.
14:31 Ce n'est pas la guerre qui menace, c'est une guerre, je change d'article, je ne suis plus dans l'article défini quand on dit la guerre, la guerre, on a des références, n'est-ce pas, et c'est reparti comme en 40, c'est reparti comme en 40, non, non, non, c'est une guerre, comme on n'en a jamais vu, et comme il n'y en aura pas de sitôt, de guerre moderne, longtemps après, parce qu'on sera revenu à la préhistoire, comme dit Einstein, quand toute la civilisation aurait été rasée par des ogives nucléaires, et peu importe que ce soit des uns et des autres, et peu importe s'il y en a qui en ont eu plus que d'autres et qui, en soi-disant, gagnés, qu'aura voulu dire gagnés à ce moment-là, n'est-ce pas ?
15:10 quand il n'y aura plus que des rats humains en train de sortir des souterrains. Voilà, je fais ce long préambule qui n'est pas du tout ni pour faire pleurer les chaumières, ni pour être alarmiste, alarmiste, ça veut dire qu'on se donne l'alarme à tort, n'est-ce pas ? ou à contre-moment ? Non, non, je trouve au contraire que je m'étonne qu'il y ait si peu encore d'alerte de l'opinion dans les masses, encore qu'il y en ait de plus en plus. J'ai vu avec…
Clouscard n'a rien contre le désir : critique des puritanismes
15:41 Ça m'a commencé à me rassurer que dans les manifestations, le nombre de panneaux qui disaient l'argent pour les retraites, oui, et non pas pour la guerre. Mais il y en a qui commencent à comprendre que c'est le même combat. Voilà. Alors, maintenant, pour ce qui est de plonger dans le texte, je pars de certains commentaires, je vous écoute toujours très attentivement, je vous lis très attentivement, où on me disait, lorsque j'ai fait une mise en garde contre un contresens possible sur l'excellente vidéo faite par le précepteur sur la dénonciation par Michel Clouscard de l'idéologie du désir, je cite Clouscard, et je vous avais dit, attention, il n'a rien contre le désir, je rappelle, c'était ce que je développais, Michel, il n'a rien contre votre désir, surtout il est passé.
16:35 Ce n'est pas un des nombreux puritains qui pullulent maintenant, qu'il soit le puritanisme écologiste ou le puritanisme féministe ou le puritanisme bourgeois, parce que la femme populaire, elle voudrait bien jouir plus, je vous le dis, si elle avait un peu moins de travail. Et j'en passe, le puritanisme du politiquement correct, en général, c'est comme c'est la forme actuelle du puritanisme, ce n'est pas LGBT, politiquement correct, et vous dites ça parce que je suis noir, vous dites ça parce que je suis une femme, vous dites ça parce que je suis un Corse, vous dites ça parce que, bon, vous voyez, vous n'avez plus le droit de parler, ça, c'est grave.
17:19 Et ce qui est grave encore plus que ce puritanisme, c'est le fait que les seuls qui s'y opposent et qui se régalent de s'y opposer sont à droite. Et c'est pour qu'on ne confonde pas Clouscard avec cette cohue à droite, je ne sais pas, qui parle des LGBT à peu près, comme l'extrême droite allemande dans les années 30 parlait des trisomiques, c'est moi qui dis trisomiques pour être un peu plus correct, n'est-ce pas ?
17:57 Et je ne parle pas des juifs ici, je parle des minorités sociétales, n'est-ce pas, des homosexuels, c'est pour ça que, bon, pas qu'on assimile Clouscard avec cette vision de droite de ce qu'ils appellent, eux, les woke, si vous voulez, que je précise bien que ce puritanisme, il a surtout pour fonction, comme tout puritanisme, de limiter la consommation des classes populaires.
18:29 Regardez à chaque fois qu'on montre les grandes surfaces avec ceux qui sont censés se vautrer dans la consommation, alors que ce sont des gens qui ont assuré une production qui légitime très largement le peu qui consomme. Voilà, donc, j'avais mis en garde contre les contresens, Clouscard critique des discours, l'idéologie, logie, logie, logos, soliloque, monologue, dialogue, on est dans le domaine du langage et du discours, Socrate, Clouscard met en garde contre la tartufferie du discours anti-consommation qui reprend en fait le vieux discours religieux.
19:13 Je ne vais pas reprendre toute la démonstration, elle est simple, mais je vais dire, pas simpliste, parce qu'on se garde bien de la mettre en avant. Je vais dire, le déluge que Dieu nous a envoyé parce que nous nous vautrions déjà dans le péché, ça c'est par le châtiment par l'eau, puis il y a le châtiment par le feu, Sodome et Gomorre, vous êtes au courant. Voilà, et puis à chaque époque, n'est-ce pas, l'Église a hurlé contre toute forme de débauche ou d'excès, de plaisir, que ce soit ceux de la table, la gourmandise fait partie, n'est-ce pas, des péchés, mais surtout de la chair, bien sûr, de l'éros et de la consommation ostentatoire pourvu que, dans les classes populaires, parce que les classes souveraines pouvaient faire ce qu'elles voulaient, y compris divorcées, à l'époque, le divorce était interdit, il n'y a pas très longtemps qu'il est autorisé.
20:02 Voilà, je ne veux pas reprendre tout ça, mais vos commentaires, je reprends mon fil, disent, mais vous avez trouvé où tout ça de Clouscard ? Écoutez, je vous ai dit surtout comme ça à la cantonade, dans le frivole et le sérieux, publication, dont il y a une belle réédition chez Delga, et aux éditions Delga, et puis aussi et surtout peut-être d'un néofascisme, et d'un néofascisme, c'est là qu'on va passer en revue quelques lignes qui seront univoques pour tout le monde et n'a pas besoin d'interprétation ni de solliciter le texte dans un sens ou dans un autre, il est suffisamment clair.
20:41 Alors, je vais demander à Pierre-Alain de commencer à faire défiler les textes que Clouscard consacre dans Néofascisme. Alors, je vais me servir d'une édition, malheureusement, que vous aurez, les uns les autres, assez de mal à vous procurer, c'est-à-dire l'édition originale qu'on peut toujours trouver sur le net, bien sûr, ou par des circuits un petit peu marginaux, mais sinon, vous avez la chance d'avoir une première réédition, n'est-ce pas, faite par Delga, je la montre ici, n'est-ce pas, voilà, mais qui, vu le succès, alors cette-ci, elle a été faite en 2007, d'accord, et entre-temps, il y a une nouvelle réédition, malheureusement, j'ai prêté le seul exemplaire qui me restait et je donne le point à mon fils qui m'engueule toujours quand il me dit « Papa, mets ton nom sur les livres que tu prêtes ».
21:38 Voilà, merci, mais c'est un peu tard parce que j'ai bien sûr négligé de le faire et malheureusement, je n'ai plus l'ouvrage mais qui a une couverture, une très belle couverture en couleur et qui a une post-face de votre serviteur qui a pour titre « Doit-on sauver le soldat Lordon ? » Voilà, vous voyez, pour vous donner, pour préciser de quelle édition il s'agit. Donc, là, je vais me servir de l'édition originale et de modification mineure.
Marcuse, figure de la révolte, et la différence entre révolte et révolution
22:10 Il est évident que les éditions Delga, quand ils rééditent, demandent à l'auteur qui était encore vivant à ce moment-là son accord pour, avant le bon à tirer, et bien sûr, comme tout auteur scrupuleux qui se respecte, Michel avait toujours un petit détail à transformer, mais c'est mineur. Donc, allons-y. C'est un passage, je vous le dis, dernier, ce n'est plus un préambule, c'est carrément une introduction au texte, ce n'est plus un préambule général. Dans ce passage, Clouscard s'insurge contre ce qu'il appelle à l'époque la première incarnation du désir, la première idéologie qui incarne le désir, ce qu'il appelle le freudo-marxisme.
22:50 Je vais revenir sur ce syntagme, cet énoncé si vous préférez. Et enfin, il s'incarne maintenant alors au sens propre dans un individu, un auteur qui est, on le lit beaucoup moins maintenant, mais qui était un auteur phare des révoltés. La révolte n'est pas la révolution. Le pouvoir préférera toujours les révoltes qu'on peut mater dans le sang ou qu'on peut dissoudre ou distraire avec n'importe quel hochet ou gadget plutôt que la révolution.
23:23 ou alors il faut laisser la place. Je fais allusion, vous savez, à Louis XVI, n'est-ce pas, apprenant qu'il y a eu du grabuge à Paris de sa fenêtre et disant une émeute, Sire, et on lui répond non, Sire, une révolution. Il y a loin de la révolte à la révolution. Je termine cette petite parenthèse sur, que je développerai une fois sur les trois moments, la réforme, la révolte et la révolution. Sujet intéressant.
23:53 Je la termine juste par cette citation que je ne manque pas d'essayer de placer, qui n'est pas ni d'un marxiste ni d'un communiste, mais qui est un philosophe honnête, Merleau-Ponty, n'est-ce pas, qui était de l'école dite de la phénoménologie, et qui dit dans son magnifique éloge de la philosophie, il ne fait pas l'éloge d'un philosophe en particulier, il fait l'éloge de Bergson à un moment donné, contre ceux qui ont utilisé Bergson dans l'État français, l'État vichyste, et il dit « si le philosophe était un révolté, il choquerait moins, car enfin chacun sait à part soi que le monde ne va pas comme il faut. »
24:36 Avec Socrate, c'est autre chose, c'est plus grave, Socrate, il a été mis à mort parce que c'était plus qu'un révolté. Voilà, c'est une révolution. Ne nous égarons pas, Hegel a bien dit à propos de Platon qui fait parler Socrate la révolution mondiale qui s'est opérée alors en parlant du système de Platon. Je reviens à cette introduction directe au texte de Clouscard. Celui qui incarnait cette révolte, c'était Herbert Marcuse, un philosophe, une formation de philosophe du gauchisme, au sens où je le définis tout à l'heure, c'était les pensées qui se distribuaient aussi bien chez les maoïstes, les gauchistes, les anarchistes et dont l'essentiel consistait à dire « on va arriver au texte ».
25:22 De Clouscard, vous allez voir à propos de la consommation que nous sommes dans une société de consommation car la classe ouvrière a tourné la page, elle s'est vendue pour un plat de lentilles, je cite le susdit Herbert Marcuse, n'est-ce pas, et qu'elle est intégrée maintenant complètement à la société bourgeoise et que la révolution ne peut plus venir d'elle. Vous devinez la suite, la suite c'est votre génération, la révolution viendra des minorités opprimées, de ceux qui sont trop gros, trop maigres, qui sont homos, qui sont windominantes ou windominées, je veux dire, voilà, moi j'ai du respect pour tout ça à condition qu'il n'y en a pas une qui fasse la guerre à toutes les autres.
26:10 Plus que du respect, je veux dire, je suis pour leur qu'on leur foute la paix et au niveau législatif et au niveau sociétal et pour que ça ne nous distraie pas du principal combat qui est social, que quand les Vietnamiens étaient écrasés dans un déluge de bombe, ils se foutaient bien de savoir si le pilote était homo ou s'il était noir ou s'il était une femme. Les femmes, il n'y en avait pas beaucoup. Mais il y en aurait une qui ne saura pas changer grand-chose. Il est temps de regarder ce qui se passe au niveau des victimes.
26:43 Ça change bien des points de vue sociétaux. Donc voilà, face à ce discours qui suppose un mépris des classes populaires, vous voyez, qu'il n'y a plus de vraies oppositions, que ça ne vient pas. C'est très actuel, c'est même un peu plus actuel, n'est-ce pas ? Nous lisons ceci dans « Néo-fascisme et idéologie du désir ». Alors, dans cette édition-là, c'est la page… Alors, il faudrait que je m'y retrouve, attendez.
27:14 Voilà. Moi, j'ai la page 41 dans la réédition que je vous ai montré tout à l'heure. Et donc, peut-être Pirella pourra me dire… Non ? Je ne fais pas les bonnes pages. Bon, ce n'est pas grave. Mais, de toute façon, comme cette édition-là que je vous présente est scannerisée, il suffit d'avoir une phrase clé pour retrouver la page. Donc, en tout cas, c'est dans le début de l'ouvrage, vous voyez, puisque moi, c'est à ma page 41 pour un ouvrage qui en fait tout de même 184.
Biens d'équipement et biens de consommation : la confusion de Marcuse
27:51 Voilà. Donc, vous voyez, tout de suite, il plonge in medias res dans cette histoire de la soi-disant société de consommation. Alors, pour l'argumentaire qu'il déploie et que je n'ai pas déployé quand je n'ai pas déployé de manière générale, c'est ici qu'on va le creuser grâce à cette lecture. Pour montrer que ça ne tient pas la route sur la société de consommation, qu'il y a bien des milieux qui consomment, des classes qui consomment, ça, je l'avais dit, donc je vais très vite, mais certainement pas une société globalement qui consomme, il fallait faire des distinctions contre ce scandaleux amalgame, n'est-ce pas, que nous sommes tous en train de nous vautrer dans la consommation.
28:34 Et pour ça, il va introduire des distinctions qu'il est le seul à faire. Personne ne les avait fait avant lui avec cette précision et cette lucidité politique et personne depuis. Donc, la production de séries des biens d'équipement et des biens de consommation et la négation de la lutte des classes. C'est un titre du paragraphe qui suit. La production de séries qui coïncide avec les années postérieures au plan Marshall, en particulier à partir des années 60, la production de séries des biens d'équipement et des biens de consommation et la négation de la lutte des classes.
29:10 Il n'y a plus besoin de faire la lutte des classes puisque les ouvriers sont censés être embourgeoisés d'après M. Marcuse, d'après le gauchisme. La négation de la lutte des classes est possible par la double caractéristique de la nouvelle société, à savoir la production de séries de deux sortes de biens nouveaux. C'est là qu'il y a une distinction capitale, les biens d'équipement et les biens de consommation. Parenthèse capitale, faut-il préciser que biens d'équipement et biens de consommation ont toujours existé et qu'ils ne prennent une spécificité que par un saut qualitatif relation quantité-qualité et par une relation dialectique avec les autres besoins ?
29:49 Ne vous inquiétez pas, ça va s'éclairer. Je pourrais vous dire tout de suite que quand il dit que ça a toujours existé dans l'Empire romain, les routes, vous savez si les Romains étaient des champions en matière de routes dans l'Empire, les routes étaient des biens d'équipement. Ce n'est pas une consommation qu'on trouvait dans les boutiques de Rome, de Subure ou de Naples. De Naples, je veux dire, de Pompéi à l'époque. Faut-il préciser l'erreur d'Herbert Marcuse, voici l'homme, confusion entre biens d'équipement et biens de consommation. Donc cette distinction que Clouscard opère, elle est obérée par le discours gauchiste.
30:23 Il ne dit pas encore, vous voyez comme ça prend forme le discours de Clouscard. À l'époque, il n'avait pas encore forgé le syntagme de libéral-libertaire, mais Marcuse en est une incarnation triviale, si je puis dire, exemplaire. se caractérise par quoi ? Par la confusion entre biens d'équipement et biens de consommation. À ce niveau de la croissance, l'interprétation marcusienne est une double erreur scientifique, donc une erreur d'analyse, et une double faute politique.
30:58 D'une part, parce que ça fait croire que les ouvriers ont tort de se réclamer, regardez les millions de personnes qu'il y a dans la rue depuis quelques temps, pourquoi, pourquoi, vous avez tout ce que vous voulez, vous consommez, non ? D'une part, le Marcuse confond est-ce le rôle révolutionnaire de l'intellectuel de produire de telles analyses de si grossière confusion, les biens d'équipement et les biens de consommation. Et par ailleurs, il attribue les biens de consommation au prolétariat. C'est ça, la thèse que va discuter Clouscard. que le prolétariat arrive, et je vous le dis à l'avance, parce qu'on va voir la liste, les biens, le prolétariat arrive au bien de subsistance, c'est le premier degré, sans lequel il ne pourrait même pas renouveler sa force de travail.
31:36 Il accède également à partir du plan Marshall et des reculs imposés au patronat par l'un des meilleurs gouvernements qu'a eu la France depuis le Front populaire, c'est-à-dire celui de la résistance. Avant que tout ceci ne soit bradé, n'est-ce pas ? À savoir, précisément, les conquêtes ouvrières en particulier, surtout en 1946-1947, regardez du côté de Bernard Friot qui connaît ça mieux que personne, n'est-ce pas ?
32:17 Les immenses avancées opérées essentiellement, pour ne pas dire exclusivement, par le Parti communiste, avec, c'est à peine d'actualité, la retraite par répartition, n'est-ce pas ? Et qui vient s'ajouter aux acquis du Front populaire, les congés payés, les 40 heures, etc. Donc, l'ensemble de toutes ces avancées permettent au prolétariat non pas de se vautrer dans la consommation, mais d'accéder aux biens d'équipement, n'est-ce pas ?
32:58 La voiture, le frigidaire, la voiture pour quelqu'un qui habite en banlieue et qui devrait venir travailler, n'est-ce pas ? Et le travail des femmes, des épouses, tout ça n'eût pas été possible sans l'accès à un minimum de biens d'équipement. Si c'était la femme traditionnelle qui passe son temps, quand ce n'est pas à garder les chèvres, pour remonter, même avant, la société industrielle, à carrément, n'est-ce pas, s'occuper des enfants en bas âge de la cuisine et des travaux domestiques, pour la libérer et pour qu'elle puisse avoir un travail, il faut qu'il y ait un minimum d'électroménagers.
33:38 Ça, c'est des équipements. Ce n'est pas de la consommation. C'est ce qui va être plus clair dans ce qui suit. Donc, d'une part, Marcuse confond les biens d'équipement, les biens de consommation et par ailleurs, il attribue les biens de consommation au prolétariat. Et là, il ajoute une parenthèse où il montre sa finesse politique et philosophique, ce qui est d'ailleurs un bien déconcertant paradoxe. Si le prolétariat est vendu, d'après Marcuse, s'il accède pleinement aux biens qu'il produit, la révolution a été faite par la nouvelle société.
34:12 Alors, comment se fait-il qu'il se laisse orienter vers de faux besoins par une idéologie répressive ? Quel aveu bien involontaire de la part de Marcuse ? Quel lapsus idéologique révélateur de ce qui doit être caché, la profonde allégeance du gauchisme marcusien à la si avantageuse nouvelle société ? On va continuer, parce que plus on continue, plus ça c'est clair. Ces deux contresens idéologiques permettent d'intégrer le prolétariat dans la société bourgeoise en tant que consommateur.
Consommation émancipatrice ; freudo-marxiste ou marxo-freudien
34:43 Point d'exclamation. Pour montrer à quel point Clouscard n'est pas d'accord. Bénéfice idéologique de la confusion théorique de Marcuse. Commençons par là. la promotion de la contestation freudo-marxiste par l'idéologie du désir émancipateur. Vous voyez, ça annonce déjà Deleuze. Mais d'autre part, cette opération idéologique est un ensemble. À partir de ces analyses, pourront se justifier les nouvelles modalités de la consommation autorisées par le néocapitalisme, à savoir la consommation dite émancipatrice.
35:16 Fumé un joint, par exemple. Il ne fait pas la morale, il ne dit pas que c'est mal de fumer un joint, il dit que ce n'est certainement pas l'acte par lequel je prouve que je suis un révolutionnaire. Comme disait souvent Clouscard, il le répétait tout le temps, il dit, mais vous faites ce que vous voulez, moi je ne suis pas là pour faire la morale. Mais par contre, il faut le poser, ce que vous faites, il faut le poser comme tel. C'est une soumission à l'ordre établi, à la nouvelle économie et non pas à sa contestation.
35:46 Regardez comment des vedettes des médias ou de la musique, je ne pensais pas, Jimi Hendrix, sont devenus d'extraordinaires idoles sociétales par le fait qu'ils se droguaient. C'est quand même extraordinaire parce qu'au niveau de guitare, il s'est touché une guitare, disons. Il ne faut vraiment ne pas connaître un Joe Pass, un Jim Hall, un Kenny Burrell, renseignez-vous. Et le moindre moyen guitariste de jazz pour être bluffé par ce genre de guitaricité.
36:19 Voilà, je n'ai rien contre le personnage. Je suis content pour le milieu dont il est sorti qu'il ait pu marquer les points. Mais d'autre part, cette opération, oui, alors, la consommation dite émancipatrice, je vais en donner un exemple. Le corollaire de la sophistique intégration du prolétariat dans la nouvelle société sera d'exclure totalement de cette société, qui se fait même répressive, ceux qui n'ayant plus comme problème, n'est-ce pas, c'est ça, la petite bourgeoisie, n'ayant plus comme problème la subsistance et l'équipement, grâce aux modalités de la nouvelle exploitation que nous allons définir, n'ayant plus même le problème d'acquisition des biens de consommation, ils peuvent se les acheter, peuvent alors se consacrer à l'exclusive consommation sexuelle, parasitaire, marginale, car sélective.
37:12 C'est un des rares moments où Clouscard précise ce qu'il appelle marginal et qu'on répète à tort et à travers en son nom. Ce qui est essentiel dans ce qu'il appelle marginal, c'est sélectif, selon les modèles culturels de la contestation freudo-marxiste. Alors, ça fait trois fois que je tombe sur freudo-marxiste, je ne vais pas cette fois le remettre à plus tard. Voilà un point de désaccord entre Clouscard et moi. Il faut l'aborder tout de même.
37:42 Je dis et je répète que je ne suis ni marxiste, point, hégélien, point, clouscardien, point, mais je pense que ces trois pensées que je viens d'énoncer vont bien plus loin que toutes les autres et qu'on ne peut pas en dire autant de ce que je pense celles qu'ils contiennent, parce qu'ils contiennent les autres sans que les réciproques soient valables. Par contre, ça ne veut pas dire que je m'aligne sur tout ce que disent les trois précédents. Peut-être à tort, peut-être c'est moi qui me trompe, mais enfin, voilà le point que j'ai mis en désaccord.
38:13 J'avais demandé à Michel de ne pas parler de freudo-marxiste, on en parlait tous les jours, mais de parler plutôt de marxofreudien. Voilà, je faisais une démonstration un peu universitaire-académique qui consistait à dire que le premier mot est indéterminant du point de vue grammatical. N'est-ce pas ? Et donc, c'est le mot d'après, le substantif qui lui-même caractérise le groupe dont on veut parler. Et en disant des freudo-marxistes, il rend, et ce n'était pas du tout sans intention, c'est pour ça que je le mettais en garde, il rend un grand service à ses adversaires en les considérant comme des marxistes, mais qui auraient une variante freudienne.
38:55 Donc, je les ai, il vaut mieux les appeler des marxofreudiens, c'est-à-dire ceux qui sont en fait des freudiens, ceux qui n'ont jamais été une peine capitale, on va voir à quel point Clouscard utilise énormément les avancées de Freud et la psychanalyse, mais en faisant un énorme déplacement de l'inconscient libidinal dans l'inconscient de classe, n'est-ce pas ? Il y a encore en conjuguant les deux, mais c'est une autre histoire, il faudra parler du traité de l'amour, il faut une autre fois, mais simplement, si tant est que ce soit simple, ce que je voulais insister là-dessus, il fallait dire marxofreudien, ce sont des freudiens qui se donnent une coloration marxiste de temps en temps, comme Deleuze par exemple, oui, typique.
39:38 Deleuze qui n'est pas du tout freudien puisqu'il a écrit d'abord et avant tout L'Anti-Œdipe, mais vous voyez, qui lui aussi passe tout le temps, n'est-ce pas, de la dénonciation sociétale à la dénonciation sociale. Donc, voilà le petit contentieux, pour vous dire, ce qu'il appelle, le freudo-marxisme, c'est ce qu'il va appeler plus tard les libéraux libertaires, c'est-à-dire, Freudo résume ici ce qu'il y a de sociétal, n'est-ce pas, les rapports de l'homme et de la femme, de l'adulte et de l'enfant, des enfants entre eux, voilà.
Les biens de subsistance, des normes historiques et non naturelles
40:13 Reconstitution du sens de la production et de la consommation selon le niveau de vie. Et là commence un listing que je recommande à chacune et chacun d'entre vous. Bien avant d'en arriver à la consommation, dont Marcuse dit que la classe ouvrière se vautre dedans, et c'était à l'époque, vous voyez, bien avant. il y a d'abord les biens de subsistance, il faut commencer par là, mais ça depuis toujours, conquête syndicale du minimum garantie, le SMIC.
40:43 Ça s'est d'abord appelé le SMIG, ça s'est même appelé, c'était odieux, le minimum vital, comme si le minimum vital n'était pas déjà dépassé par l'homme des cavernes quand il peignait sur les parois de ses cavernes, quand ce n'était pas nécessaire biologiquement à sa survie, après tout. ni non plus, on n'a que son art plastique, il devait avoir des musiques, je ne sais pas, des chants funèbres, j'en sais rien, en tout cas, il faisait de magnifiques sépultures, tout ça n'était pas nécessaire.
41:13 La survie biologique, il voyait déjà plus loin que le bio, l'homme des cavernes, quelle régression. Donc, conquête syndicale du minimum garantie SMIC, ça, ça concerne les biens de subsistance, et il est défini très précisément, Michel Clouscard les biens de subsistance sont nécessaires à la reproduction de la force de travail. Si le capital n'accorde même pas ça, il perd même, n'est-ce pas, l'occasion d'extorquer de la plus-value, puisqu'il tue sa poule aux œufs d'or, si je puis dire.
41:48 Alors, ces biens de subsistance, pardon, ils permettent la recréation du corps du travailleur, tout simplement, de la force de travail. Ces biens de subsistance représentent déjà une conquête du prolétariat, parce qu'il y en a eu des famines dans les temps passés, lorsqu'ils peuvent être mesurés par le SMIC. Est alors défini un seuil au-dessous duquel on ne peut descendre. Les pires conditions de travail ne sont plus possibles.
42:19 Les pires conditions de travail, il n'y a pas de fond, vous me direz, mais si vous voulez les voir telles qu'elles ont existé, non pas les imaginer lisez l'admirable travail fait par Marx dans le chapitre intitulé, dans les chapitres intitulés avec un titre générique, l'accumulation primitive dans le capital, tome 1, n'est-ce pas ? Et regardez surtout les notes que Marx ajoute à son propos dans ce chapitre sur l'accumulation primitive, les notes où il y a beaucoup de citations, vous voyez, pas d'interprétation, des citations de ce que les inspecteurs du travail de l'époque, vous voyez, la législation n'était pas très développée, on défend les travailleurs, mais ce qu'ils constataient eux-mêmes là où ils se sont rendus, c'est à peine soutenable.
43:07 N'oubliez pas que l'usine du XVIIe siècle, je vais dire du siècle dernier parce que je suis un peu vieux, l'usine du XIXe siècle est le plus grand goulag de l'histoire contemporaine. Les enfants, oui, votre enfant qui a six ans, il est déjà envoyé à la forge, à la sidérurgie où on mourrait bien jeune. On peut considérer, donc, les besoins qui nous semblent élémentaires, naturels, regardez la grandeur de Clouscard, là, tout d'un coup, qui nous semblent élémentaires, naturels, pardon, voilà, n'ont pu devenir la norme minimale que par les conquêtes du socialisme, du syndicalisme, elles sont historiques, ces normes, et non pas naturelles, et plus précisément du contexte du Front populaire et de la Résistance.
44:00 Un beau rappel historique. Cette conscience historique est une chose que les maîtres actuels du monde et depuis pas mal de temps, depuis la fin de la guerre, les États-Unis et l'Amérique, vous savez, je ne bouffe jamais de l'Américain, je bouffe de l'atlantisme, mais on passe à l'atlantisme lorsque leur idéologie, leur discours de propagande, n'est-ce pas, s'attarde peu sur l'histoire car c'est une nation dont l'histoire ne remonte pas très loin. Donc, elle n'a pas tellement intérêt à rappeler l'épaisseur historique car il y a bien des choses qui iraient contre la propagande de l'American way of life, n'est-ce pas ?
44:40 Ne serait-ce que la légende du peuplement du continent américain dont il faut jamais oublier qu'il est d'abord marqué non pas par une solution finale comme le IIIe Reich, mais par une solution initiale qui est l'anéantissement des gens qui se trouvaient là d'abord et en remplaçant pour masquer ce crime par une légende qui est celle d'une terre vierge offerte, n'est-ce pas, aux colons avec un fusil dans la main droite et la Bible dans la main gauche. Non, Clouscard a une pensée historique.
45:10 Restituons l'histoire à la place de la légende. Il y en a eu des luttes, des blessés, des morts pour en arriver à ce qui se prétend maintenant être des droits naturels élémentaires. Non, n'est-ce pas, ce sont des conquêtes historiques et pas naturelles. Je répète, elles n'ont pu devenir la norme minimale que par les conquêtes du socialisme, du syndicalisme et plus précisément du contexte front populaire des années 30 et résistance l'immédiat après-guerre. La guerre et l'immédiat après-guerre.
45:41 Il s'agit bien sûr des quelques années avant que les communistes soient chassés du pouvoir. Même les besoins élémentaires sont sociaux. même les besoins élémentaires sont sociaux. Regardez, des phrases comme ça, ça pourrait être des dissertations à l'agrégation d'économies, ça, n'est-ce pas ? Et on peut rêver, rien n'est naturel et surtout pas les biens de subsistance. Famine, sous-nutrition, on peut considérer la garantie des biens de subsistance, arrachés au patronat qui finit alors de l'octroyer, comme une récupération partielle, minimale, des forces productives, donc des travailleurs, sur la plus-value.
46:26 Une récupération d'une partie de la plus-value. Au niveau du capitalisme monopoliste d'État, c'est-à-dire le capitalisme contemporain du moment où écrit Clouscard, qui n'est plus le capitalisme d'avant-guerre, de papa, qu'il appelle le CCL, le capitalisme concurrentiel, libéral, et je fais des rappels pour ceux qui ne sont pas au courant, qui avaient des valeurs comme l'effort, le travail, l'épargne, et on sait que ça s'est fracassé sur la crise des années 30, ça, parce que si on épargne, si on ne consomme pas beaucoup et si on est trop puritain, au sens de l'époque, c'est-à-dire sur la consommation matérielle, oh, à ce moment-là, on arrive aux fameuses crises de surproduction, la surproduction n'est pas écoulée par une consommation qui est bridée, n'est-ce pas, par cet effort d'épargne et de modération.
47:17 Donc, bien sûr, après la guerre, vous pensez bien que le capitalisme avait bien médité, comment disait un économiste américain pour la crise de 1929 ou les années 30, le spectacle absurde des foules crevant de faim devant des greniers trop pleins. Alors, pour ne pas commencer la surproduction, il faut libérer toutes les entraves, n'est-ce pas, et vous sentez venir le libéral libertaire, plus d'entraves, sociétaux, en tout cas.
47:48 On peut considérer la garantie des biens de subsistance que le patronat, Aurélie et Jean Chêne, qui font fin lors de l'octroyer comme une récupération partielle minimale des forces productives sur la plus-value, ça c'était un acquis d'avant-guerre. Au niveau du capitalisme monopoliste d'État, nous sommes après-guerre, un niveau de vie minimal doit être immanent au développement des forces productives, c'est-à-dire que les forces productives ne se mettent pas au travail si elles ne bénéficient pas de ce minimum acquis, par des luttes, parce que les luttes ouvrières ont pu l'arracher au patronat et le garantir institutionnellement.
48:26 n'est-ce pas ? Par exemple, les congés payés en 1936, et bien sûr, les nouveaux droits reconnus au syndicat, dans l'entreprise, et bien sûr, la retraite par répartition, vous voyez que, je répète que, je suis à peine dans l'actualité. Alors, ces besoins sont tellement, oui, pardon, je m'interromps, alors que les marcuses et les gauchistes de l'époque disaient que c'était ringard ces revendications-là, que ce qui était vraiment les luttes d'avant-garde, c'était l'écologie, le féminisme, à la…
48:59 n'est-ce pas ? À la… Je pense à des manifestations de femmes maoïstes, le PCML, qui défilaient en disant « nous ne sommes pas castrées », vous voyez, comme ça concerne beaucoup les femmes de tous les pays et de tous les milieux sociaux. Alors, ont pu l'arracher au patronat et le garantir institutionnellement. Alors, ces besoins sont tellement légitimes une fois qu'ils ont été institutionnalisés, qu'on les considère enfin comme naturels. Ici, Clouscard retrouve la sagesse des nations, si tant est qu'elle existe.
49:31 Je pense à un aphorisme au courant que certains d'entre vous connaissent peut-être, on le répète peut-être un peu moins qu'avant, la coutume est une seconde nature. Alors, ces besoins sont tellement légitimes qu'on les considère comme naturels. La nature, c'est l'histoire à laquelle on s'est habitué. C'est comme ça, je la définirai personnellement. On en reparlera, si vous voulez. Ça pourra faire l'objet d'un nouveau cycle. Il en est de même, c'est un peu pour les mêmes raisons qu'on confond la nature et le paysage. On croit admirer la nature et on est en train de voir le résultat de millénaires d'efforts de l'homme sur la nature, soit sur les marécages, soit sur les forêts, sur tout ce que vous voulez, sur le climat.
50:14 Il en est de même pour les biens d'équipement. Alors, pardon, là, ça termine le passage sur les biens de subsistance. Alors, ces besoins sont tellement légitimes qu'on le considère enfin comme naturel. Vous voyez, il a évité, pendant tout ce développement sur les biens de subsistance, d'assimiler les biens de subsistance à une seule nécessité vitale. c'est vital pour l'employeur. Les équipements collectifs, on n'est plus aux biens de subsistance, on est aux équipements collectifs.
Les équipements collectifs, nouveau minimum vital
50:52 Ce n'est pas les équipements des ménages, ce n'est pas la machine à laver, le mixeur, le lave-vaisselle, non, les équipements collectifs, pas ceux que chacun individuellement a chez soi. Il s'agit de tout ce qui est invisible et comme la nature, on n'y pense jamais, n'est-ce pas ? C'est ce qui est sous nos pieds quand on marche dans la rue, n'est-ce pas ? Sous forme de canalisation, de gaz, d'eau, de métro, de RER. Vous vous rendez compte d'aller directement sans passer par un seul feu rouge d'Orly à Roissy ? Ça n'a l'air de rien.
51:22 Les équipements collectifs, vous vous rendez compte ? Tout ce qui se trimballe comme transport en commun sans qu'il y ait plus d'accidents que ça, mais c'est hallucinant. Et c'était même avant l'informatique déjà que c'était sécurisé. Vous vous rendez compte que la SNCF, ce que ça suppose comme effort, comme logique, comme équipement au pluriel et comme matière grise préalable. Donc, les équipements collectifs, nouveau minimum garantis par les nouvelles forces productives.
51:55 Le tout à l'égout, le réseau routier, le réseau après autoroutier, après les routes, font partie, sont autorisés parce que de nouvelles forces productives les autorisent comme possibilités. Rappelez-vous dans la préface de 59 à la critique par Marx à la contribution à la critique de l'économie politique, cette phrase capitale où il dit que l'humanité ne s'est jamais posée des problèmes qu'à partir du moment où elle avait les moyens ou l'histoire où son présent lui donner les moyens de les résoudre.
52:31 Il en est de même pour les biens d'équipement. Il faut les considérer comme la résultante de l'énorme développement des forces productives, surtout au moment de ce qu'on appelle les 30 glorieuses, n'est-ce pas ? Une réappropriation combien partielle mais minimale de la plus-value ? Ces équipements sont une réappropriation non pas quand on les consomme, on ne consomme pas les conduites de gaz sous les pieds, mais on en bénéficie en partie. Donc, c'est une réappropriation combien partielle ?
53:03 Il est précis, Clouscard, mais minimale de la plus-value. On n'est pas dans la méthodologie de l'économie, là, on est dans l'économie appliquée, attention. Le progrès des forces productives, des sciences, des techniques, des services, même malgré les super bénéfices des trusts et le monopolisme d'État, crée tout d'abord un tissu infrastructural d'équipement collectif, infrastructure nécessaire au fonctionnement économique et dont le public profite aussi.
53:36 Et vous voyez, les exemples reviennent, réseaux routiers, téléphones, électricité, etc., par la force des choses. Cette première infrastructure d'équipement collectif va doublement se compléter. Attention, on progresse. Pour ces nouveaux métiers et services, le néo-capitalisme doit développer d'autres équipements collectifs. Ainsi, les facultés. Il faut bien une faculté d'agronomie, pour être au courant des nouveaux intrants, des engrais, des avancées de la biologie au service de l'agronomie.
54:10 De plus, les luttes ouvrières, le Front populaire et la résistance ont pu arracher, parce que, quand on dit les avantages acquis, on a l'impression que c'est tombé du ciel et que c'est Dieu qui les a envoyés. Quand même, la lutte ouvrière, le Front populaire et la résistance, ça fait beaucoup de morts, ont pu arracher au capital les droits élémentaires à la santé. Ça fait du bien de rappeler ça au moment où on voit dans quel état de délabrement était l'hôpital, qu'au moment où Clouscard écrit ça, il nous est envié par le monde entier, le système sanitaire français.
54:43 De même qu'à l'époque, curieuse coïncidence, EDF, autre exemple des équipements collectifs, on nous enviait dans le monde entier une structure comme EDF qui maintenant a été mise en faillite par nos pouvoirs. voire, bel exemple de l'appareil d'État détruisant l'État. L'appareil d'État, le contraire de la volonté générale et de l'intérêt collectif, détruisant ce qu'est notre intérêt commun et collectif, détruisant l'État. Deux sens du mot État.
55:13 De plus, les luttes ouvrières, le Front populaire, troisième fois que je le dis, et la résistance ont pu arracher au capital les droits élémentaires à la santé, sécurité sociale, le nouveau développement des biens de subsistance selon le développement des équipements collectifs. CHU, hôpitaux, etc. Ces trois composantes de l'équipement collectif, on n'en est toujours pas à la consommation, on est encore au bien d'équipement et encore collectif, on n'est pas encore à l'intérieur des foyers. Ces trois composantes de l'équipement collectif constituent le nouveau minimum vital garanti par les nouvelles forces productives.
55:46 Ce n'est pas du luxe, ce n'est pas ostentatoire, c'est rendu possible par des choses qui sont là, qui sont déjà là, réelles, technologique, industrielle, et qui résultent de l'effort musculaire et intellectuel de millions de travailleurs. Parce que quand même, on ne va pas toujours se féliciter tous les jours qu'on n'en soit plus, n'est-ce pas, aux famines du Moyen-Âge. Enfin, c'est incroyable. On mesure un niveau de vie par rapport à ce que permettent les forces productives à l'instant où l'on parle.
56:16 Sinon, on est dans l'utopie, bien sûr. la pratique sociale de ces biens d'équipement se fait aussi naturelle. À force de s'y habituer, on trouve naturel qu'on rentre chez soi, on appuie sur un bouton et hop, on a la lumière. Et la lumière fut, je pense, à ma grand-mère, Corse, n'est-ce pas, ça m'attendrie d'y penser qu'il passait son temps à faire on-off avec le bouton. Parce que pendant toute sa vie, avant d'être grand-mère, n'est-ce pas, elle avait préparé le pétrole, la lampe à pétrole, et tout ce que s'exclut quand il n'y a pas assez de lumière, n'est-ce pas, la vie se terminait assez tôt en hiver.
56:53 Voilà. Je sais qu'il y en a qui parlent du bon vieux temps, c'est libre à eux. On voit qu'ils n'étaient pas de ces corvées-là, corvées de bois à la cave, la cuve à mazout. Renseignons-nous. Donc voilà, la pratique sociale de ces biens d'équipement, sous-entendu à force de s'y habituer, l'habitude est une seconde nature, se fait aussi naturelle comme nouveau niveau de la socialisation des besoins, comme lieu infrastructural d'environnement devenu lieu de subsistance.
57:26 Vous voyez que quand il parle d'environnement, il ne parle pas de la nature, lui. Selon les biens d'équipement collectif, ceux-ci sont les éléments constitutifs d'un ensemble qui renouvelle la pratique du quotidien. Ben oui, les mutations énormes qu'il y a eu dans ces années-là du public et même du privé, ils sont devenus nécessaires à la subsistance puisque de nouvelles réalisations, expression de l'existence traditionnelle. Ces biens d'équipement sont l'infrastructure non seulement du fonctionnel, mais du relationnel. les congés payés permettent de voir de nouveaux peuples, d'établir de nouveaux liens, de nouvelles régions.
58:02 Il y en a, il y a une époque où vraiment un ch'ti ne pouvait fréquenter que des ch'tis. Et pour moi qui pense que la culture, contrairement à la définition anthropologique depuis Lévi-Strauss, depuis le mauvais usage de Lévi-Strauss qui était quand même quelqu'un de plus mûr, c'est que ça, on appelle culture, ce n'est pas ce qui, ce à quoi on réduit, on la réduit quand on dit ce n'est pas dans ma culture, ce n'est pas dans sa culture, bref dans la culture d'origine. Moi je ne veux dire que quelqu'un qui est cultivé, c'est quelqu'un qui sort de sa culture d'origine pour s'intéresser à d'autres cultures.
58:35 C'est à ce moment-là qu'on commence à être cultivé. Soit il sort dans l'espace en dialoguant avec des ressortissants provenant d'une autre culture, soit, surtout, et ça il peut le faire à domicile avec Internet, avec quelle facilité par rapport à autrefois, soit il rentre en relation avec les cultures dans le temps d'autrefois. Là on commence à être cultivé, c'est quand on sort de sa culture au sens anthropologique. Maintenant il y a encore pire que ce n'est pas dans ma culture, il y a encore pire, c'est dans mes gènes, comme ça s'est biologisé et tout ça.
59:10 On en voit des choses à travers Clouscard, vous savez, à travers sa méfiance à l'égard de toute la réduction au naturalisme de ce qui sont des conquêtes, de magnifiques conquêtes héroïques. Ces biens d'équipement sont l'infrastructure non seulement du fonctionnel, mais du relationnel nouveau tissu social. Je dirais même que dans cette parenthèse, nouveau tissu social et qui vient juste après le mot relationnel, il y a en germe tout le traité de l'amour fou qu'il va écrire dans quelques années après ce texte. L'amour lui-même n'est pas le même dans une société où il y a des congés payés, où les biens de subsistance sont acquis et où les équipements collectifs permettent de distraire du temps de travail et des temps de loisirs.
59:56 Chèrement gagné. Eh bien oui, ça change les relations avec ce que Aragon appelle merveilleusement dans un de ses plus beaux textes. je pense à la préface à la Diane française « Les rieuses aux fontaines » comme il y avait autrefois. Et enfin, en troisième sous-paragraphe, l'équipement des ménages et puis les équipements collectifs. Là, ça y est, on franchit la porte des appartements, des nouveaux grands ensembles. Et parce qu'il y en a qui regrettent les cages à poules et les bidonvilles, n'est-ce pas, en attaquant les grands ensembles.
L'équipement des ménages : consomme-t-on le frigo ?
1:00:30 C'est extraordinaire, n'est-ce pas, quand même. On voit qu'ils n'ont pas vécu avant. quand l'eau tombait à l'intérieur de l'appartement. L'équipement des ménages qui complète les trois modalités de l'équipement collectif, complète les conditions du minimum vital autorisées par les nouvelles forces productives et autorise la nouvelle reproduction de la force nécessaire aux nouvelles conditions de travail. En un premier niveau, ces biens d'équipement peuvent être considérés comme mixtes. Passage des biens d'équipement collectif aux biens d'équipement du ménage.
1:01:01 Ce sont de nouvelles modalités de réalisation de la subsistance, électricité, eau courante, égouts, gaz. En un second niveau, donc là, on est à cheval, vous voyez, sur les biens d'équipement et biens de consommation. Et puis, en un second niveau, on atteint l'équipement ménager proprement dit, cuisinière électrique, machine à laver, réfrigérateur, et on accède au premier degré de la production de série à l'univers des objets manufacturés. mais regardez cette magnifique construction que Clouscard a fait et dans l'ordre cette fois, pas seulement dans l'ordre logique mais dans l'ordre chronologique et historique.
1:01:34 Tout ce qu'on cache tout le temps dans les débats sur les plateaux et dans les débats sociétaux de valeurs arbitraires et subjectives, est-il besoin de préciser qu'on est bien loin encore de l'univers de la consommation ? Et là, il y a cette phrase capitale pour ceux qui m'ont dit où sont vos sources quand vous parlez, comme vous dites que ce n'est pas la consommation que critique Clouscard, c'est le discours qui dénonce la société de consommation. Consomme-t-on les égouts, le frigo, la machine à laver ?
1:02:04 Ce sont des techniques, des médiations qui facilitent la vie de subsistance, la vie quotidienne et qui peuvent être ainsi considérées comme immanentes à la subsistance, comme moyens de la praxis familiale. J'ai parlé de la voiture tout à l'heure qui permettait de se rendre simplement, n'est-ce pas, quand on est obligé d'aller travailler bien loin de chez soi. En un troisième niveau, on passe, ou la voiture, ou des équipements comme la RATP à l'époque où elle fonctionnait mieux que maintenant. En un troisième niveau, on passe à des objets manufacturés mais qui ne sont pas consommés alors qu'ils sont tendancieusement considérés comme tels par les freudo-marxistes.
1:02:40 Aujourd'hui, on dirait les libertaires, les libéraux libertaires. Ainsi, la voiture dans la fonction doit être pensée dialectiquement. elle est essentiellement l'instrument qui autorise le déplacement du domicile au lieu de travail. Essentiellement, ce n'est pas un jugement de valeur. Il n'est pas en train de dire pour moi, Clouscard, l'essentiel, c'est qu'elles ne sont pas tout le travail. C'est en nombre d'heures. Si on regarde bien une étude sociométrique, le nombre de fois où le travailleur prenait sa voiture, c'était rarement pour faire les petits virages qui nous permettent de visiter cette merveille qu'est la Suisse normande, n'est-ce pas, à la Poitvin, avec sa compagne.
1:03:25 Elle est essentiellement l'instrument qui autorise le déplacement du domicile au lieu de travail, le moyen de la concentration productive, prolétariat paysan, par exemple, de la médiation ville-campagne, apporter mes marchandises avec la camionnette au marché pour le paysan, et je fais une petite parenthèse, avant le congelé, avant l'invention des camions, des poids lourds qui transportaient du congelé, le poisson était quelque chose de plus rare.
1:03:57 C'était le vendredi qu'une camionnette passait dans les villages qui sont un peu loin de la mer. Quand je dis un peu loin, un peu, j'insiste sur un peu parce qu'en Corse aussi, il n'y avait pas de poisson à l'intérieur s'il n'y avait pas des camionnettes qui apportaient le vendredi, parce qu'on les mettait un peu dans la glace, n'est-ce pas, des gens pour dire aujourd'hui, il y a du poisson, profitez-en. Non, là, vous n'en avez que surgelé, vous en avez quand vous voulez. Congélation et surtout surgelation. Vous voyez que le progrès des forces productives permet aussi une extension de la consommation.
1:04:27 Mais il y en a qui voudraient interdire, n'est-ce pas, ceux qui habitent loin de la mer de consommer des poissons, après tout, pourquoi pas. Car accessoirement, un bien d'équipement peut servir à une fonction distractive, la voiture, bien sûr, peut aussi servir à ça, que nous ne considérons pas comme une consommation, mais comme encore une extension, limite, certes, regardez comme il va dans l'ordre, de ces biens de subsistance qui permettent la recréation de la force productive et la participation à une vie familiale éclatée à cause de la mobilité sociale qui répond aux exigences de la production et qui va amener des enfants à l'école et qui va amener ma femme au travail et moi-même.
1:05:09 Limite de l'accession du prolétariat au bien d'équipement. Lutte et conquête sociale. Donc là, il n'est pas limite de l'accession du prolétariat au bien de consommation, mais même au bien d'équipement, en deçà de la consommation. La limite de l'équipement des ménages est l'accession à des objets manufacturés qui autorisent essentiellement la fonction distractive. La télévision, par exemple. c'est quand on en arrive là qu'on est allé au top, si vous voulez, de l'accession aux nouveaux biens produits par la nouvelle force productive.
1:05:43 Je relise le paragraphe pour que ce soit clair pour tout le monde. La limite de l'équipement des ménages, donc la limite supérieure, bien sûr, ici, jusqu'où les ménages peuvent obtenir ce que vous rappelez tout à l'heure avec beaucoup de rigueur et les seuls à s'assister c'est une récupération très partielle de la plus-value qu'on leur a extorquée. La limite de l'équipement des ménages est l'accession à des objets manufacturés, donc on a dépassé la subsistance, on a dépassé les équipements collectifs, on arrive aux équipements ménagers, aux équipements à l'équipement des ménages.
1:06:18 objets manufacturés qui autorise essentiellement la fonction distractive, parce qu'il est évident que la cuisinière électrique ce n'est pas seulement distractif, ça est lié quand même à la subsistance aussi de la cuisine, tandis que là la télévision par exemple, combien ont eu connaissance d'autres paysages, d'autres parties du monde, d'autres faunes, d'autres flores, d'autres cultures, à partir, au sens anthropologique cette fois, à partir justement qui étaient apportées par la télévision à l'intérieur des ménages, n'est-ce pas ?
La télévision, limite de l'équipement, et la langue corse
1:06:54 Je fais une parenthèse ici, je pense à mes compatriotes corse, c'est toujours un appauvrissement quand une langue disparaît, et c'est sûr que les langues régionales, beaucoup ont disparu, non pas à cause d'une répression, contrairement à ce qu'on pense, ou alors la répression ne venait pas de l'État français, je sais que je vais paraître scandaleux quand je dis ça, mais venaient des régionaux eux-mêmes qui, dans le souci que leur progéniture ne soit pas confinée, n'est-ce pas ?
1:07:26 Dans une culture, j'ai bien vécu ça en Afrique, pour dire que quelqu'un est alphabétisé, on dit lui, il connaît papier, lui, il va gagner de l'argent, en parlant d'un jeune, n'est-ce pas, qui va à l'école. Donc voilà, encore, c'est des instituteurs qui pénalisaient sévèrement, enfin, qui ont voulu envoyer au piquet un élève qui avait introduit une locution corse, waouh, dans sa parole, voilà quoi, ce que je ne justifie pas, je dis que c'est un peu simpliste de dire qu'à Paris, il y avait une directive qui dit, vous direz à l'instituteur que, non, c'était dans un souci d'émancipation sociale.
1:08:03 Mais laissons cela, c'est toujours une, je répète, une réduction, un appauvrissement quand une langue disparaît. Je suis bien content que mes petits-enfants, pardon pour l'anecdote, c'est rare que je parle de mes proches, qui vivent en Corse actuellement, et vivent dans le système scolaire en Corse, où l'apprentissage de la langue corse, c'est obligatoire. Voilà, je dirais pareil pour le basque ou le breton ou le gaélique, comme on voudra. Mais, ce qui était essentiel à voir, c'est, encore une fois, l'ouverture que c'est par rapport aux autres cultures.
1:08:48 Ce n'est pas pourvu que ce soit en relation avec la diversité culturelle du monde. Mais, enfin, je reviens au résumé que fait Clouscard lui-même de ce qu'il vient de développer, la limite de l'équipement des ménages à la limite supérieure. quand on résume depuis ce parcours où on a commencé, l'accession à des objets manufacturés qui autorisent essentiellement à la fonction distractive de la télévision, par exemple. J'en étais là et je termine maintenant ma parenthèse sur la Corse.
1:09:18 n'est-ce pas ? Ce qui a fait disparaître la langue corse, c'est plus la télévision dans les foyers que telle ou telle interdiction. Moi, je me rappelle, en marchant dans les ruelles des villages, autrefois, on n'entendait que du Corse sortant par les fenêtres des maisons anciennes dans les villages. N'est-ce pas ? Et puis, tout d'un coup, le fucone, c'est, ce qu'on appelle le foyer, le feu, le feu de cheminée, n'est-ce pas ? se rassemblaient, l'essentiel de la vie sociale à ce moment-là.
1:09:51 En dehors du travail, à domicile, ça se ramenait autour du feu, a été remplacé par l'écran de télévision qui n'est pas en langue corse. et les jeunes ont de moins en moins su parler. le Corse. Voilà, c'est des mécanismes, comme ça, je vais fermer ma parenthèse, où on voit ici à quel point une évolution des forces productives peut avoir un effet sur les édifices culturels. Que les objets manufacturés aient autorisé au niveau des biens d'équipement, reprends Clouscard.
Le scandale bourgeois de l'ouvrier motorisé, terreau du fascisme
1:10:23 Le prolétariat à sortir de la misère est déjà un grand sujet de colère pour le bourgeois. Il y en a pour qui c'est déjà trop que le prolétariat à sortir de la misère. D'accord ? Savez-vous, ma chère, que ma femme de ménage vient travailler en voiture ? Mais quel scandale ! N'est-ce pas ? Comme si la voiture était devenue un luxe à la cadence où on en produit maintenant, n'est-ce pas ? Chacun peut voir que dans les pires bidonvilles, favelas du Brésil, dans les endroits les plus miséreux des grandes concentrations urbaines du monde, quelque continent que ce soit, il y a toujours des antennes de télévision sur des cartons et des pseudo-, logements dans lesquels la moindre pluie ne met pas à l'abri des gouttes d'eau, n'est-ce pas ?
1:11:08 Car le comble, le scandale des scandales dit Clouscard, c'est que les ouvriers possèdent des voitures et même des téléviseurs. Ils se plaignent mais ils vivent mieux que nous. Vous voyez, vous voyez ? Vous voyez ? La toute petite bourgeoisie, celle qui est... Allez, je reviens à mon préambule sur la guerre et sur le danger de néo-nazisme. Je fais de la parano. Le nazisme n'existe plus, c'est bien connu. Il y a le point Godwin, dès qu'on en parle, de ce moment-là, on est ridicule voir le point Godwin.
1:11:38 Alors bien sûr, j'ai fait la liste tout à l'heure, le nazisme est revenu en Autriche, en Suède, en Italie. Mais non, mais non, il faut voir les photos des combattants ukrainiens, n'est-ce pas, quand on voit des croix gammées qui vont du poignet jusqu'à l'épaule ou alors carrément sur tout le corps quand ils sont en slip, n'est-ce pas ? Mais il faudrait dire comme Magritte disant « Ceci n'est pas une pipe » après avoir peint une pipe, je crois que c'est Magritte. il faudrait dire « Ceci n'est pas un nazi »
1:12:08 si vous voulez, je vous dirais. Mais ça commence comme ça, cette petite bourgeoisie qui se fait déborder, n'est-ce pas, par ce qui est juste en dessous d'elle par un prolétariat qui progresse, qui progresse. Ça, c'est terrifiant pour le futur. C'est exactement ce qui s'est passé en Allemagne dans les années 30. Écoutez bien, c'est grave ce que je suis en train de dire. qu'est-ce qui a fait que dans la même crise économique a produit en Allemagne le national socialisme et en France le Front populaire ? C'est qu'en France, les petites couches moyennes se sont ralliées aux revendications ouvrières au moment du Front populaire.
1:12:46 Alors qu'en Allemagne, les petites couches moyennes se sont ralliées au national socialisme, au grand patronat. Il n'y a qu'à voir les chiffres d'affaires des boîtes de la Ruhr à partir du moment où les nazis viennent au pouvoir bien avant le déclenchement de la guerre, n'est-ce pas ? L'essor prodigieux, logarithmiques des profits des grandes compagnies allemandes de l'époque. Mais, dont certaines, se portent très bien maintenant. Je pense à Porsche, à Hugo Boss et j'en passe.
1:13:19 La liste serait donc « N'est-il pas heureux et bien dans une perspective socialiste que l'ouvrier se balade aussi avec la bagnole qui l'amène au travail, qui l'a produite et encore payée, qu'il regarde à la télé un match de foot et même des variétés ? » N'est-ce pas encore les conditions nécessaires à la recréation des forces productives en un univers unanimement considéré comme pollué, trépidant, etc. Il faut un Clouscard, il faut de la dépense intellectuelle pour mettre en évidence ce qui, tout de même, devrait aller dans le bon sens de tout un chacun et de chacune.
1:13:55 Tout de même, c'est bien le minimum vu le développement prodigieux des forces productives auprès desquelles peut en émarger la classe ouvrière. Bien sûr, par la télé, l'ouvrier est particulièrement soumis à la publicité et aux pressions idéologiques, mais le proletariat n'est ni les bonnes gens qui gobe tout, ni l'opinion qui fait les sondages d'où sortent des interprétations freudo-marxistes. La preuve, c'est moi qui parle en voix off maintenant, moi Pagani, tous les sondages aujourd'hui montrent que ceux qui sont dans la rue et d'une manière générale les Français, même ceux qui ne vont pas dans la rue, sont à près de 75% maintenant, entre 72 et 75, contre la réforme des retraites.
1:14:38 Il ne faut pas prendre les gens pour des idiots. l'intellectuel qui croit toujours que la foule est derrière lui ou en dessous de lui, ni l'opinion qui fait les sondages d'où sort les interprétations freudo-marxistes, ni l'idiot, le prolétaire n'est pas l'idiot congénital qui a besoin qu'on lui fasse un dessin, ni l'ascète qu'on voudrait qu'il soit, vous voyez, comme il ne veut pas, comme Clouscard ne fait pas le procès de la consommation, le contresens que fait Lordon quand il dit que Clouscard fait l'éloge de la sobriété de l'ouvrier.
1:15:12 Non, il déplore cette sobriété à laquelle il est contraint, ni l'idiot congénital qui a besoin qu'on lui fasse un dessin, ni l'ascète qu'on voudrait qu'il soit pour accomplir une mission dont par ailleurs les libidinaux authentiques l'ont destitué. Le progrès des forces productives a autorisé ce niveau de vie et déjà en France, pays soumis au capitalisme monopoliste d'État, le prolétariat a reconquis une parcelle de ce qu'il produit. Contexte, front populaire, résistance, ce dont tout révolutionnaire devrait se féliciter.
1:15:45 Voilà, je vais suspendre ici ce devoir dont il me semble que c'était mon devoir de m'acquitter vis-à-vis de ces commentaires qui m'ont dit mais dans quel texte de Clouscard vous pouvez justifier ça va tellement loin de l'image de ce que un usage droitard de Clouscard voudrait bien véhiculer. C'est-à-dire que celui qui s'oppose à la débauche, au désir.
1:16:16 Si c'était un débauche pour tout le monde, il serait le premier, d'accord, on en est loin, on vient de le voir. Voilà, écoutez, je vous souhaite une très très bonne soirée et on est loin d'avoir fini notre feuilleton clouscardien, c'est le cas de le dire. Très bonne soirée.