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Le zéro, la négativité et l'homme sans qualités
2:00 Leur rien. Alors Dominique, vaste question pour terminer. Pourquoi y aurait-il quelque chose plutôt que rien ? Et emmène-nous dans la métaphysique un peu. Volontiers. D'autant que le philosophe, je me réclame le plus souvent, que je pense à Hegel, je ne suis pas un Hegelien. Les choses qui ne me plaisent pas Hegel, ne souscrivent pas à la totalité de Hegel, mais c'est celui qui me semble couvrir le plus c'est une équation vraie ou réelle qui est le but des philosophes, c'est tout pourquoi je parle de Hegel ?
2:35 parce que c'est le philosophe de la négativité s'il n'y avait pas le zéro il n'y aurait pas le galactique tout à l'heure j'ai fait allusion à Malraux qui disait entre les communistes et nous il n'y a rien en 45, il y a zéro et ce zéro qui est devenu un tout depuis Mitterrand jusqu'à Rangro Pourquoi ? La droite anti-gaulliste et la gauche anti-communiste est devenue un tout. Ça vous dirige depuis les années 70. Donc, je prends très au sérieux cette question de néant et du zéro.
3:08 Quantité historiquement à renoncer de justice, les mathématiciens arabes eux-mêmes le proclament, c'est les hindous qui ont été les premiers à la mettre au point. C'est les commerçants arabes qui, avec leur import-export, si je puis dire, Mokhtar, un peu à l'export, on fait la médiation, au sens strict, par les bateaux, de l'Inde jusqu'à chez nous. Et ça a permis de créer l'algèbre, alors qu'on était encore à l'arithmétique, nous. Algèbre étant un mot arabe, comme chacun sait. Donc, le zéro, c'est peut-être l'essence même de l'homme.
3:42 L'homme sans qualité. Ce qui caractérise l'homme, je reprends le titre célèbre de Musil, c'est le fait qu'on ne peut pas le définir tu reviens à cul on ne peut pas le définir par des qualités c'est pour ça que je suis un peu aussi scandalisé quand j'entends mais l'homme n'a rien inventé regardez la luciole elle a inventé la lampe LED lampe LED le blaireau a inventé les excavatrices j'en sais rien quoi c'est une niaiserie on a vraiment ça oublié de dire l'essentiel c'est que le blaireau est condamné ad vitam aeternam à vivre dans un sol meuble qu'on peut creuser pour se faire des terriers le blaireau sur le granit zéro, et au pôle nord, n'en parlons pas.
4:18 Alors que l'homme peut habiter en zone tempérée, en zone désertique, faire une station au Groenland si ça lui chante, voire au pôle sud, et bientôt sur Mars, s'il a envie. L'homme n'est pas déterminé par son milieu et son biotope. Il crée son propre biotope. Il crée une enveloppe entre la donnée strictement naturelle et la vie qui mène lui. Et cette enveloppe entre les deux s'appelle la cité. Dans son sens le plus extensif et peut-être le plus sacré, quelque part. Ce n'est pas une cité, un modèle, ni grec, ni rien.
Pascal, Prométhée et l'homme qui façonne le monde
4:48 La cité, c'est-à-dire pas seulement cet agrégat qu'on dise seulement de société quand c'est réducteur, mais la cité avec une certaine organisation. Donc le zéro, c'est capital, c'est que l'homme par lui-même, il n'est rien. Et là, je vais le démontrer grâce à Pascal maintenant, qui connaissait bien le problème du zéro. Oui, le vide, mais il ne faut pas oublier que Pascal meurt au moment où le calcul infinitésimal est en train de se mettre au point. et que l'Église, apprenant la mort de Pascal a essayé de faire une course pour être le premier à avoir accès à ses manuscrits puisque les travaux de Pascal sur le triangle de Pascal, comme on l'appelle aujourd'hui dans les écoles a permis de résoudre l'énigme de Zénon, le discontinu mais ne nous égarons pas donc, qui est lié aux notions du zéro et de l'infini, je vais être très précis Pascal qui est mathématicien et immense penseur donc je veux dire il faut voir aussi c'est précis les phrases qu'il dit à un moment donné le fini s'anéantit devant l'infini ça veut dire 1, 10, 100, 1000, 1 million tout ça c'est aussi néant en présence de l'infini
5:58 1000 par rapport à 1 c'est beaucoup mais 1000 et 1 par rapport à l'infini c'est aussi 0 que le reste le fini s'anéantit, ça dit bien sans se mettre en matière de s'anéantit y égale 0 à un moment donné Et il y a un point, le fini s'anéantit devant l'infini. Quel rapport est-ce que je suis en train de dire ? L'homme. L'homme est fini, on est bien d'accord. Par son corps dans l'espace, par la mort dans le temps, l'homme est fini. Donc l'homme est zéro.
6:29 S'il prend conscience de cette finitude, et c'est le seul animal, il ne faut pas obliger à prendre conscience de cette finitude. À titre structurel. un magnifique poème de Hölderlin où il dit mais ils ne peuvent pas tout les dieux ne peuvent pas tout les mortels donc nous avant eux, avant les dieux atteignent l'abîme ainsi avec eux, avec nous les hommes l'écho change car il est long le temps mais il survient le vrai texte admirable, Hölderlin dit que l'homme est supérieur même sur les dieux les dieux ne connaissent pas l'épreuve de la mort donc ils ne connaissent pas le sentiment, la joie, la séparation la retrouvaille je reprends mon raisonnement Le fini s'anéantit devant l'infini.
7:08 Or, l'homme est fini. Là, je suis en pleine mathématique. Je continue mes enchaînements. L'homme est fini dans l'espace, dans le temps. Donc l'homme est zéro. Par nature, il n'est rien. S'il n'y avait que la nature, il n'est rien. Il n'est pas viable. Parce que le mythe de Prométhée avait très bien vu. Les autres animaux sont équipés. L'un pour se tailler, légèreté et vitesse. L'oiseau, je ne sais pas. L'autre, il a la force. Pachyderme, etc. Et arrivé à l'homme, tu connais bien le mythe. le pauvre Épiméthée, qui veut dire en vrai que celui qui a l'esprit un peu incomplet, celui qui n'est pas fûte-fûte, arrivé à l'homme, il a tellement distribué les qualités aux uns et aux autres, qu'arrivé à l'homme, il n'a plus rien, et l'homme est tout nu, il n'a pas d'écailles, il n'a pas de poils, il n'a pas de fourrure de naissance, il n'est pas viable.
7:50 Par nature, il n'est rien. C'est la Prométhée du vie, que c'est l'antienne, il va prendre la négativité, la connaissance, le concept, le feu. Le feu, c'est la suppression. le feu consume son combustible il y a flamme que pour autant que le bois n'est plus le bois ou le papier ou le combustible n'est pas la flamme est dialectique elle l'est dans la mesure où autre chose n'est pas et il en est de même le rapport de l'homme à la donnée naturelle l'homme ne peut exister que dans la mesure où il façonne un monde à son image. Hegel dans l'Esthétique, quand un enfant fait des ronds dans l'eau et s'amuse à faire des ronds dans l'eau c'est déjà une préfiguration de l'artiste C'est vous comme passage.
8:31 C'est une manière de reconnaître, quelque part, dans le réel, qui semble indifférent à lui-même, quelque part, un écho à sa propre action. Il reconnaît sa propre image. Et bien sûr, le grand texte sur le maître et l'esclave, où Hegel dit que l'esclave, à force de façonner le monde qui l'entoure, de le fabriquer avec ses mains, finit par avoir une relation au monde moins désespérante que celle du maître, qu'il ne retrouve jamais, l'image de son désir dans le monde extérieur. Ce qui illustre merveilleusement un film qui est paru dans les années 60 de Losey qui s'appelait The Servant je ne sais pas si tu vois ce que je veux dire on voit que le maître à quel point il est esclave de l'esclave quand l'esclave décide de se mettre en grève quand le domestique anglais dit il y a des cendres sur le parquet moi je suis habitué à les ramasser moi je m'en fous donc ce zéro est capital parce qu'on néglige cette négativité c'est même ce qu'il y a de plus négligé on parle de Lordon c'est pas un hasard s'il se réclame tout de Spinoza qui est l'affirmation de la positivité absolue C'est le point faible chez Spinoza, et je sais, si je rends hommage à Spinoza, je suis un hégélien.
Contre la positivité de Spinoza : le désir infini
9:32 Hegel dit que tout philosophe a deux philosophies, la sienne et celle de Spinoza. D'accord ? Mais enfin, il y a une détermination de l'époque qui impose des limites aussi. C'est-à-dire que quand il dit que l'âme est une idée du corps, ce qui préfigure Freud, que l'âme croit être indépendante, autonome comme ça, et pas du tout. Elle ne fait qu'enregistrer les déterminations que le corps lui envoie, mais pour lui, le corps, c'est mécanique. C'est le corps de Descartes, de Galilée, de son époque. que la géométrie d'Euclide, dont la géométrie suffit à rendre compte.
10:02 La logique de l'identité, on est loin de la logique dialectique, qui est en train de la contradiction et donc la négation. C'est le point faible, il n'y a pas de négativité. C'est pour ça qu'il est tellement en vogue, par cette idéologie dominante qui nie en l'homme toute négativité, qui voudrait réaffirmer la positivité. De quoi ? De la classe dominante, c'est quand même extraordinaire. et c'est ainsi que les droits de l'homme, une positivité on va l'imposer par le fer et par le feu qui a intérêt pour les droits de l'homme sinon on débarque avec les marines, les GIs et on te bombarde pendant trois générations c'est quand même extraordinaire donc voilà c'est toute une dialectique de la négativité du positif et de la positivité du négatif je ne veux pas embrouiller les cartes pardon mais tout de même je veux dire et l'art le montre bien il fallait qu'il y ait ce côté zéro chez l'homme pour le pousser à la création, à la créativité c'est à dire que l'homme ne peut être à l'aise à la différence de n'importe quel animal que dans un monde qui porte son empreinte parce que sinon il est zéro d'où le désir infini chez l'homme c'est pour ça que je me méfie de dire maintenant on consomme trop
11:13 c'est à partir de quelle époque, de quelle année tout d'un coup on a franchi on est passé du pas assez au trop moi j'aimerais bien savoir Moi je pense que le désir est infini, il n'y aura jamais de suffisance à ce niveau-là, pas du tout. Mais comme Socrate, il n'y a qu'à Calliclès dans le Gorgias, alors tu dis que c'est l'homme qui possède le plus qu'il doit régner dans la cité, donc il faut avoir 40 chapeaux sur la tête et 30 paires de chaussures au pied. L'autre il est exaspéré. Non, je ne dis pas ça, mais je réaffirme la négativité humaine dans Hegel, dans un texte saisissant de jeunesse, dit que c'est elle qu'on voit quand on regarde un homme dans les yeux.
11:49 c'est pour ça qu'il est si difficile et qu'aucun animal ne supporte au regard de l'homme. Il dit parce que là, la mort s'est retirée. On est négatif. Et il dit c'est la nuit de l'être qui s'avance ici à la rencontre de chacun. Oh ! Voilà.
12:19 Merci.