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Bilan de l'année : Delacroix entre Poussin et Friedrich
0:00 Oui, je présume qu'on vous a distribué le programme, j'allais dire, comme au théâtre. Oui, c'est l'avant-dernière fois qu'on se voit, avant les congés d'été. Et comme une fois n'est pas coutume, cette année, on n'a pas développé un thème, mais deux. Un, au premier trimestre, on avait fait la pensée révolutionnaire de...
0:33 Où est passé mon pied ? J'avais un pied. Il ne l'a pas emporté là-bas ? J'avais un pied, non ? J'ai déjà épuisé de le tenir. Oui, c'était la pensée révolutionnaire de Rousseau, à Lénine. Donc, d'octobre à janvier, en gros. Puis, et nous sommes encore dedans, c'était Nature ou paysage, point d'interrogation.
1:04 Oui, c'est ça, merci. Il ne fonctionne pas, il n'y a pas d'appui. Ah, d'accord. Et, donc, certains d'entre vous, et encore je dis ça par prudence, et l'ocultoire, mais parce que c'est quasiment tout le monde, a l'impression que je suis passé de l'un à l'autre, un petit peu comme ça, d'un thème à l'autre, comme on passe de la mer à la montagne.
1:36 Et, en fait, il me semble que j'avais pris soin, voilà, à la première session de Nature ou paysage, lorsque nous avions la projection des trois tableaux, si vous vous souvenez, là, celui de Poussin, à l'extrême gauche, celui de Caspar David Friedrich, à l'extrême droite, et au centre, la liberté sur les barricades de Delacroix, qui était le seul des trois à ne pas être ni un paysage, ni de la nature, mais, comme vous le savez, une barricade en pleine agitation de gilets jaunes, on se comprend ?
2:15 Et, je dis ça parce que vous avez tous vu comme moi, ici ou là, ce tableau, avec des gilets jaunes qui recouvraient les acteurs du tableau. J'avais, pendant cet atelier, précisé, c'est pas un hasard si j'avais mis le tableau de Delacroix au milieu, c'est ça qui faisait la médiation entre histoire de la pensée révolutionnaire, car il s'agit tout de même d'illustrer les trois glorieuses, sur le tableau de Delacroix, et nature ou paysage.
2:58 Première articulation, j'essaie d'expliciter le résumé qu'on vous a donné, qui est un peu sibyllin, j'avoue, un peu dense, un peu abstrait. Enfin, c'est l'heure du résumé, un résumé, on ne peut pas être en même temps explicité. Explicité, résumé. C'est la dernière fois que j'accepte des gens en retard. Ça va, c'est une évidence. Donc, à propos de cette médiation, c'est ça que je veux te expliciter, vous voyez, c'est pour ça que j'ai tenu à préciser dès les premières lignes que les deux trimestres, histoire de la pensée révolutionnaire d'une part, et nature ou paysage d'autre part, ne sont pas une juxtaposition, c'est pour ça que j'ai parlé de la mer et de la montagne, mais on va les articuler.
3:49 Je vais essayer de m'y appliquer au cas où je l'aurais fait de manière trop fugitive lorsque j'ai tenté d'indiquer cette articulation. Premièrement, médiation purement spatiale, le tableau de Delacroix, exprimant une séquence révolutionnaire révolutionnaire au milieu, médiation, médiatrice, d'un paysage arcadien, virgilien, néoclassique, pardon, surtout pas néoclassique, on a plein classicisme, et un paysage dur, bucolique, et d'un paysage romantique, nocturne, donc à la fois milieu spatial, et en milieu logique, puisque moyen entre deux extrêmes opposés.
Rousseau, référence commune ; on ne sort pas du romantisme
4:45 Deuxième articulation, je veux dire que nous avons faite, mais sur laquelle peut-être je ne me suis pas suffisamment apesanti, c'est que dans les deux sessions, on a un personnage, enfin, une référence initiale commune, vous le devinez peut-être, c'est qui ? Pour la première, c'est évident. Oui, c'est Rousseau. La première séquence, c'est de Rousseau à Lénine, donc c'est quand même Rousseau qui inaugure ma séquence, et dans la seconde, nature, au paysage, c'est avec Rousseau que pour la première fois, on a un rapport au paysage qui est devenu, qui s'est banalisé depuis, si vous voulez, la relation moderne au paysage.
5:28 Pas moderne seulement au sens romantique, à moins de prendre romantique au sens hegelien qui équivaut à moderne, mais, et non pas au sens très réduit de ce qui s'est passé entre la Révolution française et 1853, l'échec des Burgraves de Hugo comme le romantisme les plus à la mode et qui laissent la place au réalisme puis au symbolisme, non. Pas dans ce sens très réduit et strict, qui est important aussi à titre historique, mais au sens plus dialectique, n'est-ce pas, au sens où nous ne sommes jamais sortis du romantisme, vous connaissez ma thèse, surtout pas lorsqu'on est anti-romantique, c'est là qu'on est le plus.
6:07 Lorsqu'on est baroqueux, par exemple, vous savez, et qu'on dit, il faut sortir des interprétations ampoulées, emphatiques, des romantiques, du répertoire de Bach et de Vivaldi, il faut les versions d'instruments anciens, il n'y a pas plus romantique que cette fidélité historique. vous voyez, je pensez bien que Racine se moquait bien de savoir si ces grecs avaient une véracité historique, il leur mettait des plumes de tous les côtés, il les habillait en Versailles, ces acteurs, et il les faisait parler, me cherchez-vous, madame, n'est-ce pas, si charmant, me serait-il permis, pensez bien que le grec homérique, il ne parlait pas comme ça, il parlait comme un marseillais et un méditerranéen, le grec ici, c'est dur, c'est l'oralité épique, et avant, sans trop tuer, on s'apostrophe, donc déjà, ce souci de vérité historique, Notre-Dame de Paris, Victor Hugo, c'est parce que c'est d'actualité, hélas, il a été malheureuse que j'en reparle, mais vous savez très bien qu'à l'époque de Racine,
7:17 on détestait les cathédrales gothiques, d'ailleurs gothiques, étant au départ, vous devez vous en rappeler dans votre scolarité, un terme péjoratif, apparu à l'époque classique, au 17ème siècle précisément, qui voulait dire, fait par les barbares, les goths, c'est de l'art laid, vous avez un bel exemple à Paris du conflit des deux styles en matière de cathédrales, c'est Saint-Eustache, Saint-Eustache, les Halles, c'est la patronne des Halles, quand vous le regardez d'en face, de l'autre côté des Halles, si vous voulez, du côté Rivoli, si vous voulez, quand vous tournez le doigt, Rivoli, vous avez devant vous ce que Nerval qui fréquentait les Halles la nuit, seul endroit de Paris où l'on ne dort pas, c'est une transgression, il descend aux enfers, c'est des images à lui, je ne plaisante pas, l'enfer des vivants, oui, Nerval disait, on dirait un squelette de cétacé, c'est vachement bien vu, si vous regardez Notre-Dame avec ses arbres, Saint-Eustache avec ses arcs-boutants, je dis aux mélomanes, en plus, que c'est sans doute les meilleurs orgues de Paris, mais il y a des concerts gratuits que je vous recommande périodiquement, pourquoi j'en parle ?
8:23 Parce que c'est une cataracte de gothique, les arcs-boutants, les ogives, ce que je voulais, mais si vous allez devant, on y va rarement, parce que c'est un peu renfoncée, l'entrée, on voit surtout le flanc, le flanc sud, si vous allez devant, vous voyez ce qu'on appelait autrefois au 17e siècle, un portail à la Vignole, Vignole est un architecte qui trouvait tellement laid l'architecture gothique que par-dessus, devant, il faisait une façade avec des colonnes néo-grecques, vous voyez, vous retrouvez ça aussi à Saint-Gervais, si vous connaissez, derrière l'hôtel de ville, admirable cathédrale, là encore, peut-être parmi les plus beaux arcs-boutants de Paris avec ceux de Notre-Dame, où sont enterrés les Couperin, vous avez le tombeau de Couperin, et dedans, vous avez pareil, des colonnades, je ne sais pas, pour cacher cette barbarie gothique, voilà.
9:13 Donc, ce souci de l'exactitude historique c'est romantique. Je continue à développer le fait qu'il n'y a pas plus romantique que d'essayer de fuir le romantisme. Je ne veux pas être sans m'en dire de critiquer le romantisme, mais de le fuir. C'est-à-dire, je donne une interprétation à cette critique. De même que, je le répète souvent, qu'il n'y a pas plus moderne, ce n'est pas que d'essayer de s'évader de la modernité. Comme dit Rimbaud de lui-même dans la saison en enfer, mais ça pourrait être une métonymie de la modernité, avec ce gamin-là, on a un échantillon de modernité tout de même assez emblématique, il dit, je n'ai jamais compris cette rage qu'il mettait à vouloir s'évader.
De Rousseau à Lénine : le Contrat social de Castro
9:55 au point qu'on peut dire, d'ailleurs, je fais une petite parenthèse, je prends un peu de recul, qui est peut-être deux grandes traditions de la littérature, dans le rapport au réel. Il y a une littérature de l'engagement, je dis au hasard, sartre, parce que... ou je ne sais pas que je le valais sous-symine, une littérature de l'action, si vous préférez, et une littérature de l'évasion. Une littérature escapiste.
10:25 C'est scappa, comme on dit en italien, il fuit, il s'évade, il s'escape. Et cette littérature de l'évasion, elle est tardive, elle commence, tiens, après la révolution française, au moment de la modernité. Voilà, c'est des choses que je tiens à rappeler pour dire que le personnage de Rousseau, tout ça a été un prédicat de ma référence privilégiée à Rousseau qui est présent dans les deux trimestres.
10:59 Une fois comme initiant le processus de la théorisation révolutionnaire qui va jusqu'à Lénine, Lénine, c'est une métonymie, ça peut être aussi bien Ho Chi Minh et Castro. Ne croyez pas que je parle comme ça de manière arbitraire. Lorsque Castro était dans la Sierra, lorsqu'il était encore clandestin avant de prendre le pouvoir à la fin dans les années 50, quand Cuba n'était que le bordel de l'Amérique, c'était là où il y avait la prostitution, l'alcool, l'isée, l'Hemingway de l'époque, qui est un excellent témoin, lorsqu'il prenait le maquis, il avait un livre sous le bras tout le temps qu'il se trouve dans la jungle.
11:48 Ce n'était pas le capital, ce n'était pas les autres en tête de Lénine, c'était le contrat social. Voilà, il faut le savoir à titre indicatif. Donc, Rousseau est celui qui initie le processus que nous avons essayé d'approcher au premier trimestre, mais Rousseau est aussi celui qui initie un certain rapport au décor. Vous voyez, je n'ai pas dit paysage ou nature, je vais y revenir, pour ne pas pour l'instant les problématiser, problématiser leur rapport. Prenez par exemple le rapport à la montagne.
La montagne, de Madame de Sévigné à la Nouvelle Héloïse
12:20 C'est devenu banal maintenant de dire que les splendeurs, les Alpes, les Pyrénées, je ne sais pas comment l'Himalaya, mais aussi le massif central, même le massif armoricain, les Monts d'Arrée, c'est pas mal. Bon, allez, les Montagnes, soyons sérieux. Je ne vais pas parler de la Corse. Madame de Sévigné, lorsqu'elle allait voir sa fille à Grignan, Madame de Grignan, pour ceux qui ne savent pas, je rappelle que c'est à la Drôme, donc c'est quand même pas très loin d'Orange, entre Orange et Montélimar, comme Niveau Grignan, un des plus beaux châteaux du sud de la France, le fait en passant.
13:03 Quand elle revient, elle passe par les Alpes, elle passe au pied des Alpes, elle fait tirer le rideau pour cacher cette horreur. Les Alpes, inspirées, non seulement c'était laid, mais c'était terrorisant. On retrouve ça encore dans les expressions qui sont restées comme crétins des Alpes. Il n'y a personne d'autre ça, vous allez ici, ça va. en fait un Montagnard qui vous parle, après tout, en tant que Corse. Oui, parce que c'était pas les isolés, il y avait des goitres, vous savez, par soleil insuffisant.
13:33 Et c'est une sorte de misère qu'on n'est pas imaginé maintenant, quand il n'y avait pas le tourisme, les stations de ski. Donc, ce n'était pas un lieu de contemplation. Et voilà qu'à partir de la nouvelle Héloïse, dès les premiers chapitres, lorsque Saint-Preux, dans le premier quart du livre, si vous voulez, quitte, je n'ai pas le numéro de la lettre en tête, quitte Julie pour la première fois, quitte géographiquement, pour aller vers Annecy, qui a ce fameux passage qui inaugure, qui initie la poésie de la montagne.
14:12 J'étais parti triste de mes peines et consolé de votre joie, ce qui me tenait dans un état de langueur qui n'est pas sans charme pour un cœur sensible. Je sautais passage et à un moment donné, il dit, c'est là, là-haut, sur les altitudes que j'essayais de démêler ce sentiment que je ressentais. Et il fait toute une analyse presque clinique de la pureté de l'air de montagne qui vient émousser ce que les sentiments passionnés ont de trop pointus d'acre, comme il dit. Acre vient de acer latin qui veut dire pointu, acéré.
14:42 Vous voyez, c'était impensable avant. Elles semblaient réunir toutes les saisons dans le même instant et dans le même lieu, n'est-ce pas, la nature. ici, les glaces de l'hiver, là-bas, les oncs de l'automne et là, les cascades du printemps, admirable passage. Mais c'était tout nouveau. Donc, quand je vous dis que Rousseau initie une certaine relation au monde qui nous entoure, ce n'est pas tout à fait arbitraire, tout en que, et maintenant, je cesse d'avoir une référence en termes de nom propre, par exemple, c'est toujours les deux premières lignes, comment articuler ces deux trimestres, la révolution et le paysage.
Révolution industrielle et romantisme venu du Nord
15:26 Alors, il n'y a rien qui peut sembler aussi incongru, aussi éloigné l'un de l'autre, n'est-ce pas, qu'une scène d'émeute, comme celle qu'a peinte Delacroix et le bocage hivernal. Donc, je cesse d'avoir des références en termes de nom propre pour rappeler que ce n'est pas hasard s'il faut attendre sinon Rousseau, du moins, l'époque de Rousseau pour qu'on ait cette relation que nous avons tous maintenant, plus ou moins, au paysage.
16:01 Je pense que c'est une banalité des guides touristiques, des publicités, ce qu'on veut. À savoir, il vient de se produire la révolution industrielle. Il n'y a pas de hasard. C'est quand la nature commence à reculer, c'est quand elle devient moins menaçante et que c'est au contraire l'autre qui commence à devenir une menace pour la nature. Ce n'est pas qu'elle devient objet d'un culte. Ce n'est pas un hasard. C'est comme le dit Madame de Staël, n'est-ce pas, qu'elle...
16:31 Je vais prendre un mot sexiste, je vais dire que c'est une greluche. Ce n'est pas moi, c'est le témoin de l'époque. J'étais allé voir tous les intellectuels allemands à l'époque, à l'apogée de remonter mal moins. Chaque fois, il disait, chaque fois, dans les lettres, après celle-là, alors là, avec ses questions. Non, non. Je dis ça parce que Napoléon a dit que cette femme doit se tenir dans un rayon extérieur, un rayon de 100 km autour de Paris. Le corps, c'est attention.
17:01 non, Madame de Staël, cette chose inoubliable, je pense, lundi prochain, je fais ma conférence en Norvège de leur dire, la lumière nous vient du Nord, vous connaissez cette citation célèbre, pour rappeler que le romantisme dont elle est des toutes premières analystes, commence, ça c'est un tout l'Emmanuel, en Angleterre, en Allemagne, notre romantisme français, officiellement, bien sûr, tout ça est un peu artificiel, académiquement, ça ne se tranche pas l'âge, on dit que le romantisme français commence avec la publication des méditations poétiques de Lamartine en 1821.
17:48 En 1821, on entend tous les grands romantiques allemands sont morts, en train de purger leur folie dans je ne sais quel tour, c'est pas, c'est le dernier, bien sûr, voilà, il y a un décalage, le romantisme il est d'abord chronologiquement nordique, la lumière vient du nord, vous voyez le paradoxe, mais comment, comment la lumière, c'est la Corse, la Sicile, la Méditerranée, l'Espagne, l'Italie, et voilà que la lumière vient du nord, oui, donc, et bien oui, la poésie a commencé d'abord, c'est Angleterre qui inaugure la révolution industrielle, des auteurs trop peu connus en France, nous avons un énorme défaut que nous partageons avec les Américains, et oui, nous avons quelques parallèles culturels, nous en déplaise, par exemple, nous sommes très mauvais en langue étrangère, les Américains comme les Français, vous devinez que c'est pour la même raison, c'est que, selon, à des époques différentes, le monde entier a parlé d'autres langues, le monde connu à l'époque où le français était parlé, de la Bretagne à Moscou,
18:58 et encore, je ne compte pas la Turquie, quand Nerval arrive dans son voyage en Orient à Istanbul, tous les journaux sont écrits en français, Turquie, qui n'a jamais été une colonie française, voilà, Catherine de Russie invite Diderot Frédéric de Prusse invite Voltaire, Christine de Suède invite Descartes, et oui, que les French doctors, ça ne commence pas avec avec Baudrillard en Californie, et puis les États-Unis, maintenant, à cause de leur puissance, bien sûr, on parle l'anglais sur la planète, donc pour cette raison, en Allemagne, on dit, un français, c'est un monsieur qui est petit, qui a de moustache, qui connaît ma séjour, un fils, qui parle mal les langues étrangères, donc on a du mal, autant les Russes, par exemple, connaissent très bien la littérature française, autant nous, vous demandez de vous citer, pour être anglais,
20:08 on va vous dire Shakespeare, après on va le Bussi, je parle de l'Angleterre, je ne vais pas chercher Byron, mais vous savez, c'est pour citer, à l'époque, où la sensibilité romantique commence à surgir, vous avez, un Wordsworth, par exemple, celui qui a écrit, un poème que tous les petits écoliers connaissent, le Daffodil, ça veut dire les jonquilles, puisqu'on est au printemps, c'est pas, I wandered lonely as a cloud, c'est bizarre, when all at once, I saw a crowd of golden daffodils, fluttering and dancing in the breeze, vous avez vu ce rythme, il n'y a pas en français, le français, excusez-moi, je fais un détour, le français est une langue, également accentuée, c'est très rare, très faible en rythme, la principauté de Monaco, ta ta ta ta ta ta ta ta, il n'y a pas d'accent, alors que quand on veut dire popolo en italien, il y a une balle qui rebondit, là, vous avez vu, et en anglais, bust out, et oui, donc ces langues-là jouent sur le rythme dans leur poésie, et nous, comme on n'en a pas, on joue sur l'harmonie, l'assonance,
21:18 l'allitération, et ainsi de suite, voilà, oui, mais surtout, c'était vous parler d'un de ceux qui va le plus loin à l'époque, qui est un romantique allemand anglais, mais qui a déjà été nocturne, romantiquement, c'est Coleridge, je suis sûr qu'il y en a qui le connaissent, et en particulier, un immense poème qu'il faut connaître, je parle de son plus connu, vous le trouverez certainement en wiki, le dit, c'est un peu difficile à traduire, le rime, comme la rime, le rime of the ancient mariner, le dit du vieux marin, ancient mariner en français, l'ancien marin, le dit du vieux marin, la balade du vieux marin, de Coleridge, je vous le disais, ça, c'est assez extraordinaire, vous avez vu des premières, un des premiers avatars de la dichotomie, du rouge et du blanc, tel qu'on n'avait pas vu depuis le Perceval, le galois, de, on sort, programma, Charles d'Orléans, comment il s'appelle, d'autres champs que de moi, Chrétien de Troyes, merci, Chrétien de Troyes, merci bien, oui, parce qu'il y a un albatros
La nuit africaine et le foyer extérieur
22:28 qui est percé d'une flèche d'arbalette dans le voluil, de coloris de Chichon, rouge et le blanc, comme le cygne que Parsifal transperce, n'est-ce pas, dès son surgissement sur scène, donc, c'est pas un hasard si, La nature devient un spectacle, voilà où je vais en arriver. Pour le paysan africain, ce n'est pas un spectacle, c'est une terreur. Que de fois, des chauffeurs vous disent là-bas qu'il faut vite rentrer parce qu'il ne faut pas rester en panne la nuit en brousse.
22:59 On les comprend, c'est terrifiant, les génies, etc. Je ne parle même pas des bêtes. Et quand ils arrivent, quand on arrive à 10 km de la capitale, il y a un peu de goudron qui commence, il est soulagé. Combien de fois, il m'a dit, « Attends, goudron, c'est doux ? » Goudron, c'est doux ? Je vais vous dire, les écolos, là, ce n'est pas moi, c'est mon chauffeur. Enfin, chauffeur du projet. Et puis, les lumières, les réverbères, voilà.
23:36 Allez, j'insiste encore sur cet exemple parce que quiconque n'a pas vu la nuit africaine. Je suis sérieux, là. Moi, j'adore la nature dans la nuit africaine. C'est un orchestre philharmonique. Mais je parle de ces petits villages, qui sont des tout petits villages, même tout près de la capitale, je pense au Niger ou au Mali. Je ne parle pas des très grands centres comme Abidjan, mais de certaines métropoles où à peine on est sortis de la ville, on est au fond de l'Afrique. Et des petits feux qui s'allument au sens propre, des feux où tout le village est rassemblé autour.
24:12 Pourquoi j'en parle ? Parce que c'est ce qu'on appelle un foyer. Vous me direz, on n'a pas besoin de quoi pour savoir ça. Oui, sauf que, regardez le paradoxe, chez nous, un foyer, c'est l'intérieur. D'accord ? Ce n'est pas vraiment les enfants devant la cheminée ou devant la télévision. Un foyer. Encore maintenant, on dit dans la campagne, vous voyez là-bas, il doit rester 20 feux là-bas, vous voyez dans la vallée. Ça veut dire 20 maisons, 20 familles, 20 feux. Alors que, dans la brousse africaine, le foyer, c'est ce qui est à l'extérieur.
24:44 Parce qu'il n'y a rien dans les cases. On n'y va que pour dormir. Il y a un petit grigri à la rigueur sous le lit. C'est un peu sacré. Mais il n'y a trois fois rien. Toute la population ira se rassembler. C'est pathétique. Quand vous voyez ces feux s'allumer avec la nuit qui tombe, vous comprenez qu'ils n'ont pas le même rapport à la nature. Ils ne font pas de la poésie à ce moment-là. Donc voilà, il fallait que la nature recule devant la technique pour qu'elle commence à être c'est ça l'articulation, n'est-ce pas ?
La surface et la langue qui distingue naturel et artificiel
25:20 Donc elle commence à être l'objet, avant d'être l'objet d'admiration, d'être l'objet simplement d'une contemplation. Et c'est là que je passe la deuxième partie de mon résumé. Cette contemplation a pour objet ce qu'on a fini par élaborer comme concept, une surface. Vous vous rappelez, c'est mon histoire du reflet dans l'eau. J'avais parlé du soleil se reflétant dans l'eau.
25:51 J'avais pensé à la mer parce qu'il y a un très beau poème de Baudelaire qui m'avait été cité ce jour-là. Poème qu'il a dû faire à Honfleur. Vous savez, il y a pas mal de poèmes de Baudelaire qui se passent là-bas. C'était la mer pour la bourgeoisie parisienne, la Normandie à ce moment-là. J'aime de vos longs yeux la lumière verdâtre, douce beauté, mais tout aujourd'hui m'est amer. Et rien, ni votre amour, ni le boudoir, ni l'âtre, ne me vaut le soleil rayonnant sur la mer. Mais ça peut être à Paris sur la Seine.
26:26 La boudoir est magnifique. Et je vous avais dit, cet or liquide, si on en prend un verre, je suis désolé, et qu'on brandit le verre, et qu'on est très déçus parce qu'on se retrouve devant de l'incolore, il n'y a plus cette magie, parce qu'on a transgressé la surface. Parce qu'on a cru qu'on avait affaire à une nature, à un univers, alors on a affaire à une surface. Voilà pourquoi, au début, je ne voulais pas faire de...
26:57 C'est pour ça que j'appelle ça le premier moment, la conjonction. Je ne voulais pas faire d'opposition entre la nature et le paysage. Parce qu'il faut être honnête, en philosophie, il faut commencer par le langage courant. Le langage courant dit aussi bien, tu as vu le décor, tu as vu le paysage, quand même, quelle nature, tout ça s'équivaut dans l'usage courant, ce n'est pas bien grave. Mais si on le laisse à ce niveau-là, on arrive, et pour ça je parle de crise logique là, de crise dans les mots, logos, loquor, je parle, soliloque, monologue, on arrive à une crise logique si on ne fait pas attention.
27:34 Pourquoi ? Parce que le naturel, la langue, ce n'est pas à nous de décider, la langue, parce que si c'est à chacun de décider la langue, à ce moment-là, je vous dis, passez-moi le sucre, je vous passe le sel, et on passe le sel. Vous êtes d'accord ? Il faut quand même qu'on ait une signification commune. La langue, c'est ça, c'est ce qui nous réunit. Que chacun ait sa parole, que j'ai la mienne, j'ai mon accent, j'ai mes tics de langage, chacun a la sienne. La parole, c'est l'individu, c'est un rappel que je fais.
28:04 La langue, c'est une collectivité, et le langage, c'est comme un double magnité. C'est des différences d'extension, on dirait, en logique mathématique. Donc, si je suis dans le moyen terme, entre l'universalité du langage, le genre humain, et la singularité de la parole propre à chacun, vous avez la langue. Je rappelle que seule la parole existe, de même que le code de la route, seule une conduite singulière existe, mais le code de la route, on le transgresse pratiquement assez souvent, on franchit une ligne jaune, parce qu'il y a un tracteur, il n'y a personne en face, normalement c'est interdit, on veut faire.
28:53 Donc, la conduite singulière n'est jamais tout à fait équivalente au code. De la même manière, je fais des fautes de français, nous en faisons, des fautes de langue, personne ne parle sa langue à la perfection sans faire de fautes. Et un allemand me disait, les allemands font beaucoup plus de fautes que les français dans leur propre langue, parce qu'il y a des problèmes d'accord de masculin, de féminin, de neutre, qui ne sont pas évidents. Bon, voilà. Donc, tout ça pour en arriver à quoi ?
29:23 À dire que, la langue oppose naturelle, entre autres, à l'artificiel. Alors là, on ne peut plus continuer à dire, ouais, le paysage, la nature, ce qu'a fait l'homme, ce qu'il n'a pas fait, c'est de ça, c'est pareil. Non, c'est pas pareil. Vous offrez un bouquet de fleurs à votre fiancé, c'est des fleurs en plastique, elle a trouvé ça bizarre. C'est pas pareil. Donc, puisqu'on oppose la nature à l'artifice, allez, dans l'artifice, j'analyse, il y a un mot, il y a un art, qui est la traduction du grec technè.
30:05 Vous voyez où j'en arrive ? Car les grecs, à la différence de nous, romantiques modernes, n'opposent pas l'art à la technique. Nous, on est des modernes romantiques, on dit, ah, il fait plein de fautes au piano, il ne maîtrise pas l'instrument, mais qu'est-ce qu'il joue bien, qu'est-ce qu'il est inspiré, qu'est-ce qu'il est artiste ? Oui, bon, d'accord, oui, bon, quand même, il ne faut pas qu'il y en ait trop de fautes. Et inversement, quand on demandait à Bach comment il arrivait à faire de la musique avec une telle perfection, il y a très peu d'interviews de lui, il n'y en a pratiquement pas, ce n'est pas un moderne, justement, c'est un homme d'avant la Révolution française, il est très effacé, il répond, j'ai beaucoup travaillé, et je me suis bien appliqué.
30:54 Ce n'est pas fini, le plus stupéfiant arrive, quiconque s'appliquera comme moi, en fera autant. Humilité, le travail, et en plus, la transmissibilité. Alors que n'importe quel rocker ou rappeur vous dit maintenant qu'il est le génie du siècle, et qu'on ne sent pas, ça ne se transmet pas. Et oui, si vous payez 200 euros une leçon, après avoir attendu un an pour avoir la chance d'avoir une masterclass avec tel pianiste ou violoniste à la mode, et que devant le clavier, vous n'arrivez pas à monter la gamme, et vous dites, ah ben ça mon petit vieux, on le sent, on le sent pas.
31:34 comme ça, j'arrive, c'est cher quand même. Le bon prof, c'est celui qui dit, tu passes le pouce après le troisième doigt, et là, paf, ta gamme, tu l'as, ça c'est honnête. Voilà, je ferme cette parenthèse didactique pour rappeler que la langue nous fait distinguer le naturel de l'artificiel. Donc, notre problème devrait être éclairci, nous étions dans la conjonction par commodité avec le langage courant nature, c'est-à-dire paysage, c'est-à-dire décor, et maintenant non. On va réserver le mot nature à tout ce qui, à l'extérieur de nous, ne comporte aucune trace de l'activité humaine.
Définir la nature : ce que l'homme n'a pas touché
32:11 Par exemple, je ne sais pas, le canyon du Colorado, le désert du Sahara, les glaces de l'Antarctique, la haute montagne, c'est-à-dire vrai. Et, d'une manière générale, attention, je vous rappelais tout à l'heure sur la surface, tout ce qui est à 2 mm en dessous de ce qui nous semble le paysage. Vous voyez ? C'est-à-dire que même dans un paysage très humanisé, agricole, avec des champs, etc., quand on va en dessous, vous savez, il ne faut pas aller loin, la nature, elle est là.
32:42 Donc, voilà, ça paraît simple. On prend l'univers, on enlève toute trace d'activité humaine, on a la nature, et dès qu'il y a une trace d'activité humaine, trace qui ne pourrait pas s'effectuer si la nature n'était pas là, ne faites pas dire ce que je n'ai pas dit. Trace qui s'inscrit dans un déjà-là qu'est la nature. Mais quelqu'un d'aussi peu naturaliste que Marx n'a pas hésité à dire que jusqu'à nouvel ordre, on n'avait jamais réussi à pêcher des poissons dans des eaux où il n'y en avait pas.
33:14 la nature fait partie du procès de production. Donc, ceci étant précisé, les choses étant bien séparées comme ça, ce n'est pas si simple. Parce que même quand je regarde, allez, je reviens à mes exemples du canyon de Colorado ou le grand erg de Bilma, vous savez où c'est Bilma ? Est-ce que quelqu'un le sait ? Je sens qu'Anne le sait. Non ? Toi, tu sais.
33:44 Eh oui, je sais que t'es personnalisé, mais t'es pas allé à Bilma. Personne ne va à Bilma ou alors on n'en revient pas. Il y a un bagne là-bas. J'ai vu quelqu'un qui avait été dans ce bagne qui m'avait dit c'est un bagne où il n'y a pas de mur, rien. Est-ce que ceux qui s'évadent reviennent aussitôt ? Ils se retrouvent en plein, en plein désert. Et comment, il y en a un fait que là, il n'y a pas pardon. Oui, c'est une, c'est une des plus grandes surfaces de dune, une des plus grandes ergues, comme on dit, en arabe, du Sahara.
34:18 Eh bien, même là, le regard que j'ai sur ce désert lorsque je sors de ma 4x4 avec une glacière dedans, de l'eau, des bordeaux. On a fait ça, hein, Jean ? Tu n'as pas le bordeaux ? Tu avais de l'eau quand même. Oui, oui. Avec sueur ? Non, non. C'est parce que papa a empêché de pouvoir raconter cette anecdote.
34:48 Quand même. Je vais de Niamey, la capitale du Niger, à Agadez, capitale du désert. Alors là, attention, il faut bien regarder sa voiture et tout. Et puis, si on a des jéricanes, parce que là, pendant 400 km, il n'y a rien, il n'y a pas de station de essence. Bon, on est prévenus, ça va. Et voilà, que tu es en plein désert. Mirage, je vois une table dépliée, un 4x4, à côté, un blanc à table, bouteille de champagne, seau à champagne, glaçon, avec l'air qui tremble dans la chaleur, comme ça.
35:18 C'est pas possible. J'ai tant de temps, vous savez, le crabeau pèse dehors, c'est un mirage. Je descends, non, non, et je trouve là, quoi ? Un corse. Mais ce n'est pas des blagues, ça ne peut pas inventer. un truc qui est bête pour les inventer en Afrique. Encore plus, encore, c'est là. Il s'appelait Lekka, il est connu au Niger, c'était le conseiller technique du premier président du Niger indépendant, monsieur Lekka, grand administrateur. Il était à la retraite, mais il ne pouvait pas s'empêcher de revenir au Niger, je ne sais pas. Et avec sa 4x4, il prenait, il y a encore de la route, avant à regarder, s'il prenait son champagne en plein désert, avec un majordome en habit blanc à bouton doré, qui attendait qu'il ait fini son apéro.
36:00 C'est extraordinaire. On n'a pas le même rapport à regarder les dunes dans cette situation. On n'a pas le même rapport que celui qui a les petites filles, c'est souvent des bergers, ça j'en parle, il y a quelques fois aussi des garçons qui sortent, qui surgissent des rochers, des gamins, ça c'est les témoins. Dès qu'on s'arrête, on voit que le désert, c'est le néant, il y a toujours quelqu'un qui sort comme ça, avec un bidon en plastique, un peu sali de 5 litres, parce qu'il voit une 4x4, donc un ministre nigérien ou un blanc, enfin, il y a de l'argent, et donc, qui vit de chercher de l'eau.
36:38 J'en ai déjà parlé à propos du désir et du besoin, parce que je rappelle quand même, pour pas qu'on ait une vision réductrice de ces personnages, tant s'en faut, qu'ils me donnent une leçon d'humanité profonde et d'anthropologie, puisque avant de boire, ils sont assoiffés dans ce décor, avant de boire, ils versent quelques gouttes par terre pour les dieux. C'est une manière de montrer à moi qui ai de l'argent moi aussi, je suis un être humain, je peux l'aller, je peux prendre du recul avec mes besoins, à la part des dieux.
Anachronismes et chute des corps : le concept de matière
37:11 Mais voilà, c'est pas le même regard. Donc, vous voyez, tout ça, c'est un long, apparemment, un long détour, pas du tout, c'est pour rester au centre de notre articulation des deux trimestres. Les deux trimestres, c'est la genèse de notre modernité à travers ce double événement que constitue la révolution industrielle anglaise et la révolution politique française. Je dis ça pour qu'on apprenne à regarder ce qui est avant comme étranger.
37:44 Je trouve souvent qu'on est un peu de plein pied, surtout dans les films qui veulent avoir une résonance historique, mais ce ne sont pas des films qui se passent à l'époque de Marie-Antoinette, etc. Prenons par exemple, j'ai vu un film culte, mais Amadeus, vous voyez, par exemple, les films sur Mozart, les appels de l'Hongrois. Milos, ce qu'on a de Mercier, oui, c'est ça, Amadeus, là, oui, je ne juge pas comme film, je ne sais pas, je n'ai pas la qualité que vous avez, que certains me disent excellent cinéphile, mais l'acteur, je ne peux pas pas le prendre au sérieux dès le début, il sent la Californie, oui, Mozart, ce n'est pas ça, c'est peut-être mieux la Californie, je ne sais pas, je ne m'en vais, alors, mais ce n'est pas Mozart, ce n'est pas un Autrichien du 18e siècle, c'est un Californien, sympathique, mais voilà, on voit qu'il va, il est allé en boîte jusqu'à trois heures du matin ce n'est pas Mozart, Mozart s'amusait énormément, peut-être même plus que lui, mais ce n'est pas la même manière, voilà, donc il y a beaucoup d'anachronisme dans notre vision du passé, nous ne pouvons pas
38:54 nous empêcher de faire un peu comme j'ai dit que Racine tout à l'heure faisait quand il faisait jouer ses grecs comme des Versaillais, tout simplement, voilà, donc vous voyez, le besoin de vérité historique auquel j'ai fait allusion tout à l'heure en disant qu'il était typique du romantisme, n'est pas, il ne suffit pas de ressentir ce besoin, n'est-ce pas, pour être vraiment dans l'histoire, c'est une histoire encore fantasmée, n'est-ce pas, ce que Marx a appelé un terme célèbre, un terme célèbre de Robinsonade, voilà, donc je tenais à aller jusqu'à cette disjonction, donc j'y reviens, premièrement, en conjonction, nature, paysage, décor, on peut prendre les trois mots l'un pour l'autre, après, disjonction, il y a, dans ce qui nous environne, c'est la dernière fois que je fais cette périphrase, c'est pour arriver à un terme qui le contente, c'est que je n'ai pas encore sorti, dans ce qui nous environne, il y a une partie qui suppose l'activité humaine et une partie qui est vierge de toute activité humaine, c'est à cette dernière
40:04 qu'il faut réserver le terme de nature, les épithètes naturelles, et le reste est donc artificiel, culturel, historique, spirituel, selon que c'est Hegel, Marx, ou Lévi-Strauss, peu importe, ils sont au moins d'accord là-dessus, c'est la coupure. Mais la coupure dans la matière ou dans la forme, je fais rebondir le problème, on est en philosophie aujourd'hui, j'ai oublié de faire le bilan, j'ai rappelé que la langue nous oblige à appeler d'une manière différente, selon des épithètes différents, voire opposées, les fleurs naturelles et les fleurs artificielles.
40:43 mais, c'est encore quelque chose dont j'ai déjà, c'est un exemple dont je me sers souvent, mais je le resserre ici, pour un autre usage, si on monte au quatrième étage d'un immeuble et qu'on lâche deux bouts de fleurs, l'un de fleurs en plastique, enfin, deux bouquets de fleurs, l'un de fleurs en plastique et l'autre de fleurs naturelles, les deux tombent selon la même loi physique, oui ou non ? Physicien, il se cache, on me dit que c'est vulgaire, mais le physicien, il ne veut pas s'enlever.
41:24 Les deux tombent avec un demi de GT2, je n'ai pas dit GT4, ce qui prouve bien que cette loi n'est pas une loi de la nature. Moi-même, je le dis, c'est une loi de la nature, la loi de la chute des corps, par abus de langage, la langue de tous les jours, on fait la conjonction, mais c'est... Vous voyez la crise logique dont je parle dans le plan, elle est là. Puisqu'elle s'applique aussi à des fleurs artificielles, c'est que ce n'est pas seulement une loi de la nature, alors quel est le concept qui réunit tout ça ?
41:55 Bien. Oui ? C'est toi, Etienne, merci. Oui, oui, bravo, le concept de matière. Alors là, on commence à parler avec rigueur. Oh, on n'est pas en mathématiques. Ce n'est pas une rigueur univoque. On n'est pas en physique. On est dans le langage. Là aussi, j'insiste, je ne répéterai jamais assez. Jamais, on ne pourra, avec le langage, arriver à la rigueur qu'ont les termes d'une équation mathématique ou de calcul algébrique.
Le langage n'est pas fait pour la rigueur ; l'essence de la philosophie
42:29 Jamais. non pas parce que le langage est impuissant à faire cela. Attention, ça n'est pas un contresens. C'est comme si vous disiez ce tournevis, il ne vaut rien. Il est impuissant à enfoncer les clous. Il n'est pas fait pour ça. Il n'est pas fait pour enfoncer. Il est contourné. Pour enfoncer, en tournant, pas en tapant. Le langage, il n'est pas fait. Pourquoi ? Pour ce dont s'occupe la mathématique.
43:01 La mathématique veut faire des énoncés qui sont valables partout et toujours. Alors que le langage, on s'en sert pour séduire, menacer, pardonner. Ego te, absolvo, in nomine, Patris, et Filii, et spiritus, sancti. Oui, il y en a même qui parlent pour enlever les péchés, l'absolution. Vous voyez ? Fantastique le langage, quand même. Mais tout ça, c'est pas de la connaissance. Le but, là, n'est pas la connaissance.
43:34 Pour condamner, aussi. Condamner, absoudre, menacer, séduire. Donc, il ne faut pas ce contresens. Oui, le langage, il n'a pas de rigueur, parce que ça, ça suppose qu'on va dans la même direction et que l'un va plus loin que l'autre dans cette direction. C'est pas du tout la même direction. Là, je vous mets en garde de manière générale, je vous rappelle, à vous comme philosophe, avec tous ces mots très courants, je vous dis, la philosophie, c'est pas les mots techniques les plus importants, les plus piégés, qui s'appellent dépasser, ringard.
44:15 pour qu'une voiture en dépasse une autre, il faut être bien sûr qu'elles vont dans la même direction. Il y a eu toute une querelle, même à l'intérieur du Parti communiste français, il y a une dizaine d'années, je crois, pour savoir si la lutte des classes était un concept dépassé, certains aspects du marxisme étaient... Il faut rappeler quand même que pour une voiture en dépasse une autre, il faut une condition sine qua non qu'elle n'arrive pas à son niveau.
44:49 Et si le marxisme est dépassé, dans ce cas-là, si la voiture B, qui est devant la voiture A, n'est-ce pas, est dépassée, c'est que la voiture A est encore plus en retard. Et comme le marxisme est une critique du capital, si le marxisme est dépassé, peut-être, je ne tranche pas ça pour l'instant, dans ce cas-là, le capital, même dans le temps qu'il était, on peut faire un peu logique de temps en temps. Mais je ne suis pas sûr qu'aucun des deux soit encore dépassé.
45:24 Donc, faisons attention à ces expressions. Le langage n'aura jamais la même rigueur, non pas parce qu'il est impuissant et qu'il essaye mais qu'il n'y arrive pas. des fois, ça arrive. Beaucoup de philosophes, même des grands, ont oublié que l'essence de la philosophie n'est pas dans le cognitif. Vous voyez, ce bilan nous permet de faire un petit peu, de tout résumer.
45:58 L'essentiel, quand on fait un bilan, je ne vais pas séparer dans le détail, de ce qu'on a vu depuis le début de nos ateliers, il y a plus de cinq ans maintenant. Je pense à ce que j'ai appelé nature et origine de la philosophie comme quiconque commence un cours d'initiation à ce qui est propre à cette discipline. Et on avait conclu de cette question quelle est la nature et l'origine de la philosophie, que la philosophie commence non pas lorsqu'elle est pensée profonde, puisqu'on a fait commencer à Socrate, enfin quand même, il y a une pensée chinoise, hindoue, d'une vertigineuse profondeur bien antérieure à la Grèce antique, aux chinoises.
46:45 Le Tao, le brahmanisme, les gens pensent. Et le livre des morts égyptiens est encore plus vieux. C'est le livre des morts tibétains, le Bardo Thödol. Et oui, je parle même sanscrit, c'est tout ce que je connais. ce ne sont pas des philosophies, ce sont des pensées profondes. La langue est riche, il faut en profiter pour faire des nuances. C'est la spiritualité, les pensées.
47:15 Alors, oui, la spécificité, c'est quand la question ne porte plus sur les choses ou le monde qui nous environne. On n'a pas attendu Socrate pour ça. Les Néandertal, ils ont posé déjà des questions. Mais, sur les mots qui désignent cette réalité, c'est quand le capel tue, on commence à remplacer le qu'est-ce que c'est, si vous vous rappelez bien, je viens un peu vite parce que je l'ai souvent répété, le premier enclos à l'intérieur duquel on va délimiter, définir, limiter, finir un petit peu la spécificité de la philosophie.
47:51 Et le deuxième, le plus important, c'est que la question des valeurs est plus importante que celle de la connaissance. Je n'ai pas dit que celle de la connaissance est... n'entre pas en ligne de compte. Je dis que, et là, je résume l'essence de la philosophie. La philosophie, c'est tenter de répondre à la question que dois-je faire ? Et là, je ne suis pas dans le cognitif, je ne suis pas dans le théorique, je suis dans le pratique. Mais d'y répondre, et c'est ça qui est philosophique, parce que que dois-je faire ?
48:23 Café du Commerce, tout le monde a son avis. Vous savez, après un match du foot, on a dit que 60 millions de Français, 60 millions de sélectionneurs, chacun se dit, moi, j'aurais mis Griezmann à la place de... Ah oui ! Donc, ce qui est propre à la philosophie, c'est pas seulement d'essayer de répondre à cette question, c'est de vouloir y, répondre par des réponses énoncées d'une manière universelle et nécessaire, c'est-à-dire sur le mode d'un savoir et non pas sur le mode d'une opinion.
48:57 Et là, la philosophie semble s'enfermer dans une contradiction terrible. Je viens de vous dire depuis tout à l'heure, j'ai pris mon temps, que le langage n'était pas fait pour l'univocité que l'on trouve, par exemple, dans le langage scientifique, en particulier mathématique. Maintenant, je vous dis, oui, mais le but de la philosophie, c'est d'arriver à cette univocité, mais tout en restant dans les mots du langage courant parce qu'on n'avait jamais vu. On a bien vu un Spinoza dans l'éthique faire un traité more geometrico, comme on dit, qui ressemble aux mœurs de la géométrie à la façon de procéder de la géométrie, parce que définition, axiome, corollaire, et à la fin, CQFD, il fallait démontrer que c'est avec du langage courant, il y a une tricherie là.
49:43 Kant a très bien vu. On a souvent dit qu'avec Kant, il était à Paris, la philosophie, il était hors de la métaphore. C'est profond, ça, il va falloir remarquer ça. Et donc, oui, les mots du langage courant, je prends un peu toujours les mêmes parce que ça parle à tout le monde, mais si je dis le jour se lève, n'est-ce pas, je ne dis pas une énormité, j'ai le droit de le dire le matin, mais enfin, je ne suis pas en astronomie là.
50:13 En astronomie, le jour, il ne se lève pas, il ne se couche pas, il n'est pas comme quelqu'un qui sort de ses draps comme le soleil sort des nuages. Je dis ça parce que crêpe, crépuscule, ça veut dire petite crêpe, petit voile, ça vient de voile, crêpe, dans les étymologies. Tout ça, c'est des métaphores, ça veut dire qu'on est dans la poésie quand on dit le jour se lève. Moi, je ne me dérange pas, on se comprend. Quand je suis encore couché, le jour se lève, ça fait penser à une anecdote, que je vais vous raconter parce qu'elle est à propos.
50:46 Je vois, j'avais un ami restaurateur que j'ai perdu, un cancer, qui avait un cuisinier marocain, Rachid, qui dormait là, tout près du restaurant. Il était inquiet parce qu'en pleine saison, il ne voit qu'à 11 heures, il n'est pas encore dans les fourneaux, alors il ne va le voir. Je dis, Rachid, il est 11 heures, tu as encore couché ? Rachid, il répond avec cette malignité méditerranéenne, c'est pas bon. Non, René, je ne suis pas couché, je suis allongé.
51:21 Vous voyez que le langage commun de tous les jours il n'est pas fait pour le connaissance. Vérité, réalité. Donc, il est bon pour rappel ceci, la priorité de la philosophie, c'est pas le cognitif. Mais, pour répondre à sa question d'ordre pratique, non cognitive, pourtant, sur les valeurs, et c'est en tentant de répondre à la question que dois-je faire, elle veut y répondre sur un mode cognitif.
51:54 C'est la contradiction qui fait que toute philosophie commence par boiter. Elle veut imiter la rigueur qui est à l'œuvre dans les sciences dites dures aujourd'hui, les sciences de la nature, autrefois, on a vu que ça méritait d'être nuancé, parce qu'on vient de voir avec mon exemple des pots de fleurs au quatrième étage que c'est les sciences de la matière qui s'appliquent aussi bien à la matière naturelle au sens où on a dit la nature, c'est plus ce qu'il y a autour de nous quand on enlève ce que l'homme a fait, que la matière artificielle.
La nature, concept né de l'artifice ; réalisme et idéalisme
52:28 Ça, ça n'a rien de naturel mais quand ça tombe, c'est la même loi qui fait tomber la lune sur la terre. Provisoirement. Voilà. Donc, vous voyez, on a commencé par une disjonction et plus on réfléchit, plus on s'éloigne de cette disjonction entre nature et paysage. D'autant que, pour ceux qui connaissent un peu les langues italiotes, comment dire linguistiques, langues méditerranéennes en particulier, paese, ça signifie village.
53:02 donc c'est justement là où la nature s'arrête et on rentre chez l'homme. Vous voyez, pour ne rien simplifier. Paese, c'est tout bien paysage. Et c'est à cause de... cette... à partir, plutôt que à cause de cette notion de surface que nous avons pris conscience, je ne sais pas, de l'illusion que nous avions de voir que derrière le mot nature, il y avait une réalité.
53:36 Il y avait une matière. Ça, c'est sûr, qu'elle soit naturelle ou artificielle. Mais, si, je vous demande de vous apesantir sur cet exemple, que j'enviens mes fleurs, ces fleurs en plastique, si, il n'était jamais apparu des fleurs artificielles, on n'aurait pas, on n'éprouverait pas le besoin de préciser que celles-ci sont naturelles. Je suis en train de suggérer qu'on n'a plus précisé que ceci est naturel qu'à partir du moment où on était déjà dans l'artificiel et dans l'histoire.
54:09 Autrement dit, que la nature est une création de l'homme ou le concept de la nature. Je n'ai pas dit la réalité qui est derrière. Sinon, je serais dans l'idéalisme métaphysique. Vous savez ce que c'est ? Allez, on n'aura plus. Je ne l'ai jamais fait, donc on va en profiter parce que ça, tous les profs de philo le font. Je vais le faire avec un essayant. Vous avez un carnet de vocabulaire dans la tête ou sous la main. Moi, je n'expose jamais une définition sans dire à quoi elle s'oppose. Toujours par couple d'opposés Parce qu'on voit mieux le vert sur le rouge que le vert sur le turquoise.
54:41 Le turquoise, je n'ai jamais su si c'était bleu ou vert. Alors, l'idéalisme, c'est ce qui est censé s'opposer au réalisme. Alors, isme, dans les deux cas, donc position de pensée pour laquelle, ça c'est valable pour le deux, à partir de là ça change, pour le réalisme, pour laquelle le monde qui nous entoure existe objectivement. C'est-à-dire que si je disparais, le monde continue à exister. Et ça, la réalisme, ce n'est pas compliqué. C'est un pensée de tout le monde en gros.
55:13 l'ambiance, c'est qu'on va mourir aussi comme il y a ce monde. Tout cela, se régaler pendant que moi je fais dans le matin, c'est écœurant. C'est la chanson de Jacques Brel. C'est dur de mourir au printemps. Le Moribond, comment ça s'appelle cette chanson ? C'est ça le Moribond aussi. Les femmes sont fidèles à chaque preuve. Oui, parce qu'il a dit il n'y a que l'amour. Bon, allez.
55:46 L'idéalisme, position de pensée pour laquelle le monde extérieur c'est que ça va l'inverse, est une illusion. n'est que ma représentation. En fait, il n'y a que moi qui existe. C'est déjà plus inattendu. C'est pas ? Pour laquelle seule la pensée existe, n'est-ce pas ? Ce qu'on appelle l'être à la réalité n'est qu'une représentation de la pensée. Vous avez un titre qui illustre ça à la perfection chez le philosophe, c'est Schopenhauer qui a écrit, c'est son titre le plus célèbre, le monde comme volonté et représentation.
56:22 D'accord ? Il n'y a qu'une seule chose, c'est la volonté. Mais elle ne peut pas se représenter à elle-même. Tenez, prenez des projecteurs, il y en a ici. Il peut tout éclairer, mais pas lui-même. Sauf si l'homme partitifise lui un miroir devant. Ah, la réflexion. Donc, le monde, il n'y a que la volonté qui existe, mais jamais elle se saisit directement, elle ne se saisit que médiatement, pas immédiatement, sur le mode de la représentation.
Le capital, mai 68 et la récupération libérale-libertaire
56:56 Voilà, je nous entraîne à aborder des concepts qui apparaissent dans le plan un peu plus loin, n'est-ce pas ? Je vous demande de vous reporter ici au... Je suis un peu plus loin. Ce n'est pas un plan chronologique au deuxième alinéa de mon rappel préliminaire. Vous voyez ? Quand je dis l'évolution économique, politique et historique du capital, je t'exprime, du capital, j'aurais pu mettre un C ce n'est pas par snobisme que j'ai mis un K. C'est pour rappeler que j'en parlais comme Marx, c'est-à-dire c'est pour éviter le mot capitalisme.
57:31 Vous diriez pourquoi tu veux éviter le mot capitalisme ? Parce que maintenant tout le monde est anticapitaliste. C'est bizarre. On devrait en être débarrassé depuis longtemps puisque tout le monde est anticapitaliste. Non ? C'est bizarre. Il n'a jamais été aussi omniprésent. C'est comme le diable. Parce qu'à l'époque du positivisme, il me sait, il ne s'existe pas, c'est des vieilles des superstitions, c'est des conneries, c'est le diable. Et Baudelaire qui dit admirablement dans Fusées, je crois, un truc comme ça Mon cœur mis à nu, enfin, les notes personnelles.
58:05 Le diable, tout le monde le sent et personne n'y croit. Sublime, subtilité du diable. C'est comme de faire croire qu'il n'existe pas. Le capitalisme, c'est comme ça. C'est fini, ça, c'est un vieux mot, d'ailleurs, on ne dit pas ça, on dit libéralisme. C'est mieux. Joli. Là, j'ai un cash sexe qui va paraître en public. Mais oui, non, mais c'est... C'est pour ça que j'ai dit non, mais c'est trop petit, je tiens à être précis dans l'expression, j'ai mis un K capital pour ne pas dire capitalisme et en même temps pour ne pas qu'on confonde avec la somme d'argent.
58:43 Bref, qu'est-ce que je dis ? Que depuis la fin des 30 glorieuses, c'est-à-dire, en fait, c'est votre génération qui est le résultat de cette période qui suit la fin des années 60 ou le début des années 70 et que 68 constitue une sorte d'arrête, si vous voulez, qui permet d'avoir un repère, plus manifeste qu'une autre, mais enfin, c'est global à l'époque. Il ne faut pas oublier que les événements, les manifestations 68e, je ne dis pas 68 ans, pour ne pas être ironique, pour rester historique, ont commencé avant la France.
59:22 quelqu'un se rappelle où ? Oui ? Non ? Avant ? Avant, il y avait des hippies, il y avait tout ça, mais je ne sais pas, la contestation avec des... qu'en pleine rue, il y avait des années 60, avec la jeunesse révoltée, mais où ? Juste la même année, en 68, mais bien avant... Alors, en 67, excusez-moi, bien avant la 68 française, sans avoir la même résonance, sans avoir 10 millions de grévistes, mais...
59:56 Allez, je me mets sur la voie, les pays où il y a les grèves sont plus rares. en Allemagne. C'est dans le Berlin de Rudi Dutschke, ça ne vous dit rien, Rudi Dutschke ? Renseignez-vous, Rudi le rouge, on l'appelait. C'est l'époque aussi, vous dites, allez, mais celle-là, je suis sûre, vous la connaissez mieux, parce qu'elle a été rockeuse, Nina Hagen. Oui, vous connaissez, je vous en entends penser. Oui, elle vient d'Allemagne de l'Est, c'était une révolte, ça a commencé là-bas, le bouchisme, 68 art.
1:00:34 Ce qui fait que, lorsqu'un Georges Marchais dit « C'est un anarchiste allemand de Cohn-Bendit », il savait ce dont il parlait, ce que immédiatement, la presse bourgeoise a déguisé en ce juif allemand de Cohn-Bendit. C'est pas d'aujourd'hui, n'est-ce pas, qu'on a décidé de taxer d'antisémitisme toute contestation du pouvoir qu'elle puisse. Vous dites que les banques exagèrent pour être antisémites. Comme si Rockefeller était un juif, n'importe quoi.
1:01:04 Non, bref, allez, le général retourne. Je dis ça aussi pour calmer les antisémites, hein. Qui les voient les juifs partout, au commande des cas de leur monde. Donc, quand je dis l'évolution économique, politique, historique du capital depuis la fin des 30, glorieuse, soit depuis sa récupération libérale, libertaire des grandes luttes ouvrières. C'est pour ça que je ne peux pas condamner, ni idéaliser, ni diviniser mai 68. Parce que deux choses, là, complètement antagoniques, se recouvrent et sont désignées par la même expression de mai 68.
1:01:38 10 millions de grévistes, c'est sans précédent et sans succession dans toute l'histoire de France, c'est-à-dire le pays où il est plus au moins. le SMIC a quasiment triplé à ce moment-là, où des droits ont été reconnus aux travailleurs d'entreprises, droits de syndicaux, d'organisation, corps intermédiaires, comme on dit maintenant, qui n'avaient jamais existé auparavant.
1:02:08 C'est la partie positive. Et puis, il y a la partie sociétale. 68, c'est qu'on a pu aller dans le dortoir des filles, vous savez, c'est ce qu'on m'a dit. C'est ce qu'on dit à Nanterre. La vraie révolution, c'est ça. Ça a toujours existé. Vous pensez même que les libertins de 18e, ils n'avaient pas attendu comme moi-ci, des hommes, c'est d'autres que comme Benita, comme vous savez, Marc-Ensal. Mais c'était réservé à une aristocratie. Tiens, tiens. Et oui, chacun, à chaque époque, a ses bobos.
1:02:40 C'est vrai que grâce à la Révolution française, la bobositude a pris de l'extension. Et tant mieux, tant mieux, je préfère donc plus aller voir les filles dans le dortoir. On ne l'avait pas là-dedans à dire que c'est ça la réalité, non. De même, comme vous dire, met en scène des femmes savantes, il y a des féminismes qui se dessinent, mais c'était réservé. La femme paysanne, elle n'avait pas intérêt à jouer à la femme émancipée, sinon elle était brûlée. C'est la différence.
1:03:11 Alors que Madame de Lespinasse pouvait tenir salon. Et les précieuses ridicules aussi. Voilà. Donc voilà, il ne faut pas dire du mal, ni du féminisme, ni de l'écologie, ni tout ça. Il faut voir, il faut analyser les discours au travers desquels ils s'expriment. et 68, c'est le cas. Il y a un discours soixante-huitard qui est celui de Cohn-Bendit, et il y a de grandes avancées historiques dans le 68 des travailleurs tout de même.
1:03:41 Donc c'est pour ça que je parle de récupération libérale-libertaire. Je rappelle que c'est un concept clouscardien, celui libéral-libertaire, même si maintenant plus d'un s'en en parle, n'est-ce pas ? qui paraît un peu comme on dirait un cercle carré, n'est-ce pas ? Parce que général, il y a Cohn-Bendit d'un côté et Pompidou de l'autre en face, mais non pas du tout pour Clouscard, c'est la même entité, comme Clouscard dit admirablement, n'est-ce pas ? C'est le même niveau de vie, même si ce n'est pas le même genre de vie.
1:04:14 Futé Clouscard. Et oui, quand on ne fait pas comme Althusser, c'est-à-dire passer toute sa carrière et essayer de comprendre ce que Marx a voulu dire et de le dire aux autres, en ajoutant avant moi, personne n'avait compris ce que Marx avait voulu dire. Mais Clouscard, lui, il ne perd pas son temps à savoir ce que Marx a dit, mais il l'applique à son temps, à la consommation musicale. de la volonté ou sociétale, etc.
La représentation n'est pas immatérielle
1:04:48 Donc, cette récupération libérale-libertaire des grands peu-coïens sous-tempire nous oblige à passer là, je lis ce que j'ai écrit, de la pensée présent, tâche éminemment révolutionnaire, à sa représentation, je reviens à l'histoire du paysage, à sa représentation esthétique. C'est un peu difficile aujourd'hui, je demande un effort d'abstraction, mais vous voyez bien que le genre représentation auquel on a pu accéder conceptuellement qu'à partir du moment où on a réfléchi sur la notion de surface avec mon verre d'eau, d'or liquide, de représentation, en insistant sur le côté négatif qui n'est que représentation, c'est un individu représentant son pays, un ambassadeur par exemple, un diplomate, c'est que le pays n'est pas là, c'est qu'il n'y a pas présence, c'est qu'on n'est pas dans le réel, mais dans une image du réel.
1:05:49 Ça ne veut pas dire qu'on est dans l'immatériel, je tourne en haut aujourd'hui exprès. J'ai travaillé pour l'UNESCO, et bien oui, j'ai extorqué de l'argent, 10 000 dollars à l'UNESCO, à l'époque où je travaillais au Niger avec votre argent, parce que mon budget c'est celui de la Commission européenne qui finançait le projet, c'est-à-dire les cotisations des citoyens européens, c'est ça le budget de l'Europe. Et pour faire quoi dans un pays aussi pauvre, vous dites, bon, on ne peut s'occuper de musique, c'est pour vous dire à quel point je suis quelqu'un de léger.
1:06:21 Et à cette époque-là, je trouve que c'était pas assez d'extorqué, je n'ose pas vous dire combien, c'était quand même plus d'un milliard de centimes au centre de formation musicale. Enfin, les élèves qui ont été font le tour du monde maintenant, ils ont envie beaucoup de moi, c'était le but de l'opération. Et, mon sérieux, j'ai extorqué en plus 10 000 dollars à l'UNESCO pour qu'elle organise une réunion de toutes les institutions musicales africaines pour réfléchir à des problèmes communs de tous les pays d'Afrique, dans la capitale du Niger, à Niamey.
1:06:55 Je suis fier. Je suis plus fier que bien des choses. C'est là que j'ai vu que l'UNESCO a accepté, parce qu'elle avait mis en sel, un peu auparavant, un projet auquel elle tenait, qui s'intitulait ainsi « Protection des patrimoines immatériels ». Vous voyez comment revient notre problème ? C'est la manière de parler de l'UNESCO, ça. Les musiques traditionnelles, il faut les protéger, les enregistrer sur le numérique, les mettre au frigidaire numériques, il ne faut pas qu'elles disparaissent à la vitesse où la brousse va à la ville, c'est-à-dire à la vitesse grand V, et s'efface des mémoires.
1:07:36 Protection du patrimoine immatériel, mais ce n'est pas immatériel. la réalité, quand je dis que c'est une image, même une image, même une représentation n'est pas immatériel. Parce que la musique, le langage, les mots, oui, ça a l'air d'être du souffle, mais pour que ça arrive à vos oreilles, il faut quand même qu'il y ait des vibrations dans l'air, des ondes. Ça, c'est matériel, ça se mesure en fréquence, en vibration, en sinusoïde, ça se représente.
1:08:07 Voilà, c'est des nuances que je fais aujourd'hui. Je résume un concept le plus extensif, celui de matière qui contient en lui-même deux immenses ensembles, une matière naturelle, l'univers en gros parce que déconquitte le banlieu terrestre. Je rappelle que la plus grande des piles nucléaires dans les environs, c'est le soleil. Eh oui ! et une nature, alors, appelez-la comme vous voulez, artificielle, culturelle, historique.
1:08:45 Personnellement, si vous demandez mon avis, j'ai une légère préférence pour le concept d'histoire qui intègre la dimension temporelle. Est-ce que ça, c'est pas fait comme ça ? Une manière créationniste que la lumière soit ? Non, quand même, c'est une métaphore, ça. Il a fallu du temps car, comme dit Hölderlin, car il est long le temps mais il survient le vrai. Donc voilà, c'est des rappels fondamentaux. Il y a un concept le plus extensif celui de matière et toute réalité en tant qu'elle est réalité, mot qui vient de res en latin qui veut dire la chose que vous trouvez dans Réifier, dans des choses comme ça, que vous retrouvez dans la chose publique, la res publica.
1:09:33 Toute réalité a quelque part une trace savoir-important. Et là, j'incorne, je critique souvent le structuralisme mais qui a eu le mérite de rappeler tout de même qu'il y a toujours un support matériel du signifiant comme on disait aux riches heures du structuralisme. C'est-à-dire que la mémoire a une impression quelque part il faut qu'il y ait une trace matérielle pour que ceci accède au psychisme, à la représentation.
1:10:04 C'est idiot d'opposer quelque chose de psychique à quelque chose d'organique. On a beau utiliser l'usage magique de la parole, j'appelle l'usage magique l'usage un peu naïf. Celui qui nous fait croire qu'avec les mots on a les choses. Ça c'est bon pour l'enfant et pour le sauvage. Le sauvage comme nous sommes tous quelque part archaïquement, c'est pas péjoratif. Mais quand c'est le monde de la magie, c'est Sésame ouvre-toi et pof ça s'ouvre. Ce serait le rêve ça que les mots soient les choses. Évidemment.
1:10:35 Quand même, quand même. C'est là qu'on voit que la querelle qui a traversé plus de 20 siècles de philosophie entre nominaliste et réaliste a de l'importance et que les nominalistes ont toujours joué un rôle progressiste. Je dis pas que c'est eux qui ont raison, je ne tranche pas c'est complexe mon problème. Mais en tout cas, les nominalistes sont ceux pour qui les noms, les mots, sont d'abord des mots avant d'être des choses. Et donc, on a bien raison, Socrate, de dire qu'appelles-tu avant de dire qu'est-ce que c'est.
1:11:06 Voilà. Vous voyez que tout ce que ça vous fait rappeler cette nature et paysage. Vous croyez comme ça que je m'étais un peu égaré dans la littérature et dans l'esthétique. Oui, dans l'esthétique, mais au sens philosophique et au sens médical, d'ailleurs, il n'y a qu'à voir l'anesthésie, de l'apparence qui suppose l'apparence. Ça veut dire que ce n'est pas du tout la réalité qu'on croit, voire ma surface, mais ça ne veut pas dire que c'est immatériel. Voilà, j'y reviens. Donc, cette notion de trace, d'engramme, appelez ça comme vous voulez, y compris les souvenirs fugitifs, je le disais tout à l'heure, à l'instant, pardon, que l'usage magique de la parole, c'est dire oh, ça, sa maladie, à mon avis, c'est psychosomatique, c'est la magie verbale, ça.
1:11:54 Psycho, ça dire l'âme, soma, ça dire le corps, comme ça, on est sûr de ne pas se tromper. Oh, c'est une maladie de l'âme et du corps, ben oui. Un petit comme ça, c'est moins drôle, mais oui, ça impressionne moins. Évidemment, moi, j'ai eu deux ulcères quand j'avais 40 ans, c'est pas un moi personnel. 40% des hommes sont menacés par un ulcère à partir de la 40, pour les mêmes causes, qui donnent des migraines aux femmes. C'est statistique ce que je dis, il y a des hommes qui ont des migraines, des femmes qui ont des ulcères.
1:12:25 Mais statistiquement, il y a plus d'hommes qui ont des migraines et plus de femmes qui ont des ulcères Pourquoi je parle de ulcères ? Parce que, il est évident, que de voir tous les jours ma belle-mère m'a donné des ulcères. C'est pas vrai, du tout, là c'est un je impersonnel. Parce que c'est un peu emblématique, la belle-mère, dans les blagues. Plus sérieusement, moi quand je faisais en voiture de Paris à Nice, vous voyez, arrivé à Nice, j'avais presque une petite crise. J'étais obligé de prendre des médicaments, parce que, à force de freiner tous les kilomètres derrière un camion qui frenait sans prévenir, etc.
1:13:02 à la fin, on sent bien que ça vient sur le ventre, à chaque fois, le stress, vous voyez. Là, j'insiste sur le côté psychique de l'ulcère. Mais enfin, si ça finit par me faire un trou dans l'estomac, c'est ça un ulcère. C'est parce qu'il y a aussi un terrain, là je reviens à la nature, à l'organique, un terrain plus fragile que d'autres en matière de muqueuse gastrique. je ne vois pas ce qu'il y a de contradictoire, n'est-ce pas ? Entre avoir un terrain fragile et le fait qu'il faille autre chose que la nature et que la matière pour tout le monde, ou en bref, quelque chose de relationnel, qui ne vient pas d'une substance, on appelle même substance, mais d'une relation.
Le Phédon : ce sans quoi la cause ne serait jamais cause
1:13:45 Voilà. Donc, vous voyez, quand j'ai dit une trace, ça veut dire que ce que je crois être quelquefois le plus immatériel, le plus, si on regarde de près, laisse une trace. Et là, je ne peux pas, ne pas, je vous avais dit que j'ai pas donné les références nominales, mais quand même, là, la référence à Platon s'impose à cause de ce passage si important, si important que même à une époque où on citait très peu d'auteurs en philosophie générale, et je pense à un passage de Leibniz, qui cite Platon, c'est assez rare, vous savez, à propos du concept de causalité.
1:14:28 Je crois que je l'avais dit à votre atelier, rappelez-vous ce passage dans le Phédon, je donne la référence dans le Phédon, le dernier dialogue de Platon avec ses disciples, je vais clore avec celui-là, avec cet exemple, parce qu'il va être la demi, et j'aimerais bien qu'on parle de ce bilan, ensemble, dernier dialogue, on lui a demandé de prouver l'immortalité de l'âme, ce qui est un peu sadique, de prouver quelqu'un qui va prendre la ciguë dans cinq minutes, au fait, si tu pouvais, avant de mourir, je vais dire, à l'église, les grecs.
1:15:07 Bon, donc, Platon, fait allusion, à un moment donné, au fait qu'il avait entendu parler d'un philosophe, en fait, c'est un pressocratique, qui avait formulé l'hypothèse selon laquelle, c'est vrai que tous les pressocratiques ont une hypothèse, un principe qui explique tout, l'atome pour Démocrite, le feu pour Héraclite, l'être pour Parménide, etc., le nombre, Pythagore, tous les nombres, et celui-là, il s'agit d'Anaxagore, à Vélis, ce qui explique tout, c'est le nous, je le dis en grec d'abord, pas pour snober, mais pour traduire par intelligence, le plus souvent, ça veut dire que l'univers est produit par quelque chose d'intelligent, vous retrouvez ça outre-Atlantique, comme on parle de l'intelligent design, vous voyez, c'est pas très loin, non, mais franchement, ça peut pas être un hasard tout ça, c'est pas possible, mais voilà, ça a été pensé, ça a été voulu, voilà, Platon a entendu parler de quelqu'un qui s'appelle Anaxagore, alors il dit, je cherche à me procurer le livre, parce que moi ça m'arrange, moi, moi Platon, je suis un finaliste,
1:16:17 je sais pas, j'ai valeur, donc si quelqu'un explique tout par une fin, il expliquerait que pourquoi la Terre est ronde, c'est parce que le cercle, c'est la forme qui enferme le plus d'espace dans le minimum de courbe, enfin bon, Platon, je me procure le livre et voilà, quelle n'est pas ma déception, c'est Platon qui continue, car au fur et à mesure que j'avance dans ma lecture, je vois quelqu'un qui commence à pratiquement par énoncer ce principe, je vais tout déduire de l'intelligence, mais dès qu'il entre dans le détail, dès qu'il s'attaque à un cas particulier, il n'invoque plus l'intelligence, mais les causes telles que l'air, le feu, l'eau, le poids, la chaleur, vous voyez déjà très bien formulé par Platon l'opposition qui n'a pas cessé jusqu'à aujourd'hui, on discute encore du finalisme et du mécanisme, expliqué par une fin, telos, la téléologie, ou expliqué par un processus aveugle, c'est pas les grèves, les deux, etc.
1:17:18 Bon, c'est pas là où je m'en arrivais, c'est que Platon va très loin et sans trancher des questions si profondes, il nous permet au moins de gagner un temps fou en formulant beaucoup mieux le problème. Il dit, bref, il me parut, et voilà son exemple, semblable à quelqu'un qui interrogeait, à qui on posait la question pourquoi je suis assis ici à parler avec vous, c'est son exemple, c'est pas moi, répondrait, parce que Socrate est doué de muscles de nerfs et de tendons, que ces muscles ont la propriété de se plier et jusque même à l'angle droit et grâce aux os à rester vertical et c'est ce qui fait que Socrate est assis ici.
1:18:02 Ce qui n'est pas faux, quelque part, c'est pas la réponse qu'on en a, car Socrate dit, on peut répondre aussi que j'ai jugé moi qu'il valait mieux alors que j'avais la possibilité de m'évader, vous savez que Socrate avait des amis qui voulaient donner de l'argent et qu'il a jugé qu'il fallait défendre la loi de la cité contre la cité humaine. Donc, j'ai jugé qu'il valait mieux que je reste assis ici à m'entretenir avec vous. Sinon, conclut-il, par le chien, il y a longtemps que ses os et ses muscles seraient du côté de Mégare ou de la Béotie, ce sont des lieux un peu éloigné d'Athènes où les auraient entraîné un jugement sur ce qui est le meilleur.
1:18:43 Et Socrate culmine lorsqu'il dit, enfin Platon, lorsqu'il dit, il est vrai que les causes, la cause véritable, celle que j'ai jugée qui était préférable de rester assis ici dans la prison, ne pourrait jamais être cause si je n'avais pas des os et des muscles. J'interdis à quiconque de dire que Platon était un idéaliste tant qu'il n'a pas lu ce passage. Donc, on ne devrait pas appeler ses os et ses muscles la cause dit Platon, mais je le cite, ce sans quoi la cause ne serait jamais cause.
1:19:24 Donc, même si c'est ma belle mère qui me donne des ulcères, il n'empêche que, ça suppose que j'ai un terrain fragile, ce sans quoi la cause ne serait jamais cause. La forme s'inscrit toujours dans une matière. Voilà. Eh bien, j'espère que vous avez bien suffisamment résumé parce que j'aimerais bien qu'on en parle maintenant et que je vous passe la parole. Ah, je crois que tu lèves le doigt.
Révolution industrielle anglaise, révolution politique française
1:19:54 Oui, Thomas. Merci, Dominique. J'ai deux questions. La première, c'est quand tu as rappelé l'articulation entre le premier semestre la question de la révolution et le deuxième semestre la question de nature ou paysage. Pour moi, c'était assez clair parce que tu as évoqué la question de la révolution industrielle qui permettait en fait d'avoir un changement de rapport à l'environnement matériel immédiat et après quelque chose dont on était distancié et qui permettait d'ouvrir une relation sentimentale peut-être à la nature ou au paysage.
1:20:35 Mais je n'ai pas bien compris est-ce qu'il y avait un lien aussi avec la révolution politique en fait parce que le premier semestre on parlait aussi et principalement de la révolution politique. Donc est-ce que la révolution politique enfin comment on articule vraiment le côté révolution politique et la question nature ou paysage. Et la deuxième question que je voulais poser c'était est-ce que tu peux revenir sur ce que tu dis dans ton deuxième point là du rappel préliminaire c'est-à-dire qu'est-ce que tu entends par le fait de la nécessité qu'on aurait aujourd'hui à la représentation esthétique du présent.
1:21:06 Merci. On est vraiment au cœur effectivement de cette page un peu dense pardon cette page un peu dense et abstraite comme vous avez distribué. Première question j'ai envie de me cacher derrière Marx pour répondre presque littéralement la fameuse préface de 59 le rapport c'est que si la révolution politique à Paris c'est parce qu'il y a déjà eu la révolution industrielle en Angleterre et qu'un changement dans les forces productives là je cite Marx ne peut pas ne pas amener un changement dans les rapports de production même si la loi qui est articulée de est pour reprendre un mot marxiste tendancielle pas mécanique sinon je te ferais que le 31 décembre à 2000 paf on passe le même coup du mode production féodale au mode production bourgeois c'est pas comme ça que ça se passe il y a encore maintenant des portions entières du droit romain qui sont en vigueur dans notre juridiction heureusement qu'on a supprimé ce qui concerne les femmes oui parce que le droit méditerranéen qu'avoir le code napoleon
1:22:17 c'est pas triste à ce niveau là même si les 4-5ème juridictions européennes aujourd'hui utilisent le code napoleon à ces exceptions donc les je vous en fais grâce après pour montrer qu'il y a toujours un décalage entre les forces productives et les rapports de production donc c'est c'est parce qu'il y a eu déjà une transformation en dehors du monde des idées de la politique des lumières des philosophes on retrouve bien ce que c'est qu'une superstructure et qu'on peut presque dire l'inverse s'il y a pu avoir un siècle des lumières c'est que quelque chose était produit en dehors des lumières de la pensée et l'on comprend que dans le même texte Marx finit par dire les hommes ne se sont jamais posés des questions qu'à partir du moment où ils avaient les moyens d'y répondre qu'à partir du moment historique où ils avaient les moyens sous-entendus matériels de répondre à des questions qui ne le sont pas est-ce que je réponds à ta question voilà comment s'articule maintenant pourquoi la révolution industrielle se passe en Angleterre et la révolution politique à Paris
1:23:27 en France à Paris là il faut voir la singularité après l'histoire propre à chaque nation donc là on rejoint un peu mon histoire de tout à l'heure de l'estomac il y en a une bucle gastrique un peu plus fragile que d'autres bon il se trouve en France il y a une tradition de centralisation de révolte depuis Paris et surtout un retard les pays où il y a des révolutions les pays contrairement à ce qu'on pense n'ont pas que son avant-garde mais il y a du retard regardez la révolution russe, ce qu'on pense la Russie était considérablement en retard au niveau industriel je ne demande pas alors sur l'art ou la musique le contraire était à l'avant-garde des musiques de cette époque-là par rapport à l'Angleterre à la France voire à l'Allemagne qui commençait à rattraper son retard vis-à-vis de l'Angleterre et de la France par exemple c'est là que s'est produite la révolution bolchevique la France est en retard au XVIIIe siècle par rapport à l'Angleterre attention par rapport à l'Angleterre qui était à la pointe du progrès dans les infrastructures encore une fois je prends les mots ici j'essaie d'être rigoureux
1:24:37 sans jugement de valeur quand je dis progrès c'est un progrès observable et mesurable pas un jugement de valeur combien de temps on est mis pour faire cette table avec une machine et à la main voilà la différence elle est là il y a un progrès technique uniquement les civilisations peuvent n'avoir que des arcs et des flèches et nous être mille fois supérieurs en termes esthétiques et moraux là je parlais donc pourquoi ce décalage ou plutôt que je l'illustre le retard français ce retard là il est très bien illustré dans un passage de Voltaire extrait de sa première grande publication les lettres anglaises à l'époque l'Angleterre c'est l'Amérique c'est le modèle pour les jeunes avant-garde vous savez maintenant on dit tout le temps le retard français vous avez entendu comme vous connaissez bien les Etats-Unis vous allez voir 30 ans à l'avance il va arriver chez nous c'est un peu très idéologique ça c'est pas comme si il était obligé de se passer par le même chemin je crois pas que dans 30 ans on va décider de mettre Dieu sur nos billets de banque
1:25:47 je n'ai pas à prendre chez le voisin je ne trouve pas de l'Américain moi j'aime beaucoup les caddies dans les supermarchés c'est une belle invention non mais je ne plaisante pas et ça n'existait pas quand j'étais gamin c'est pas pour me faire rouler le temps dans une lettre qui s'appelle la Lettre sur le commerce Voltaire oppose la morgue de l'aristocratie française qui méprise le travail y compris le business ce qu'on appelle aujourd'hui le business c'est-à-dire le travail qui n'est pas le travail manuel c'est le travail de l'entreprise et Voltaire à la pointe de la bourgeoisie d'affaires vous savez qu'il avait une entreprise de fabrique de bas des bas des bas pour les femmes en Suisse là à Ferney et qui se servait des marquises qui venaient le voir pour être ses représentants de commerce à Versailles non mais t'es avisé ben il faut que t'es son jardin et personnage complexe donc dans la Lettre sur le commerce il y a ce passage admirable où il dit en France est marquis qui veut et quiconque
1:26:57 qui arrive à Paris du fond d'une province avec un nom en Hac ou en Ile Chirac Couve de Murville ça va beaucoup changer peut dire un homme comme moi un homme de ma qualité c'est pour le dire j'écris et mépriser souverainement un négociant je ne sais pourtant lequel est-il le plus utile à son pays ou un seigneur bien poudré qui sait exactement à quelle heure le roi se lève à quelle heure il se couche et qui se donne des airs de grandeur tout en jouant le rôle d'esclave dans l'antichambre d'un ministre ou un négociant qui est de son cabinet et qui pense aux Anglais donne des ordres à Surate et au Caire et contribue et c'est la chute et c'est magnifique au bonheur du monde contribue au bonheur du monde et ça se termine par ce thème essentiel au siècle des lumières le bonheur tu vois comme on est arrivé au coeur de la superstructure du 18ème siècle au tableau de Watteau à cette concentration
1:28:07 de bonheur qu'il y a dans l'embarquement pour Cythère où il y a ce ciel doré derrière le personnage et qui contribue au bonheur du monde donc voilà deuxième question la représentation esthétique et la présence et le présent historique je suis content que tu poses la question parce que je reviens mais non propre c'est cet aphorisme que Hegel dépose sur son journal personnel dès sa jeunesse qui consiste à dire très précisément tu ne pourras jamais plus que ton temps qui parle à lui-même mais au mieux tu seras ton temps il faut renoncer à croire que je peux dépasser mon temps que tous ces humains autour de moi sont attardés et ignares moi je ne suis pas ça c'est le héros romantique il n'en est pas resté là Hegel n'est-ce pas il ne toise pas la foule et il faut montrer que ce n'est pas seulement une caprice de jeunesse dans son ultime testament politique je vous parle parce que ça passe à la dernière œuvre dans les principes
Le présent historique comme limite, selon Hegel
1:29:17 de la philosophie du droit en volume publié en tout cas il dit en ce qui concerne la philosophie il faut se rappeler que chaque philosophie est la fille de son temps et qu'aucune philosophie ne peut dépasser son présent c'est dit dans toutes lettres dans la préface à la philosophie du droit comme si le présent j'ai vraiment à ta question le présent historique était la limite de notre effort d'élucidation de notre effort théorique comme si notre effort théorique était courbé tropos c'est la courbe en grec le tropisme à notre insu je suis presque dans Freud à notre insu notre conscience est courbée par les contraintes du haut présent politique ce qu'on appelle en termes marxien bien sûr l'idéologie je crois être dans le scientifique je suis dans l'idéologie par exemple dans le langage courant je ne suis pas en train de dénoncer comme idéologie des équations parce que j'y connais voilà donc voilà ce que j'appelle ici le présent historique c'est quelque chose
1:30:27 c'est marrant je refais allusion à Freud je m'aperçois que c'est pas un hasard si ça m'est venu aux lèvres je n'y avais pas pensé mais c'est le présent historique joue chez Hegel la même fonction que la jouissance chez Freud c'est-à-dire que c'est inatteignable pour la connaissance je vais un peu vite la jouissance et la conférence et l'état de développement là-dessus chez Freud n'est pas le plaisir le plaisir on peut en parler on peut en avoir on est en France sur la grande tradition des moralistes français on approche à peu près ce que c'est le plaisir de la jouissance non c'est pas la castration nous interdit d'accéder à la connaissance de la jouissance je ne le démontre pas c'est du Freud mais je constate que la fonction est la même c'est-à-dire que le présent est une limite mais une limite un peu comme une asymptote qu'on n'atteint jamais on ne sait pas comment avec Freud encore donc on peut au moins en être plus ou moins proche s'en éloigner ou s'en rapprocher s'en éloigner c'est la période de régression ne me faites pas
1:31:37 de jamais dire que je suis un progressiste linéaire je n'ai jamais dit qu'en 1946 on était plus progressiste qu'en 1944 surtout en France ce serait une comble oui non il peut y avoir une période de régression un progressiste n'a pas à avoir honte de parler du mot décadences il y a des périodes c'est comme ça le fameux progrès historique quand quelqu'un me dit on ne parle plus comme ça c'est des mots ça c'est fini ça le marxisme et tout girouilleux en 1938 en Allemagne c'était démodé de parler de démocratie et de dire du bien de la culture juive c'était ringard oui ou non attention à ces arguments là ce n'est pas des arguments théoriques ce sont des arguments que Ruska aurait appelé mondains bravo c'est bien vous connaissez vos blessures oui exactement donc encore une fois le présent historique comme limite mais on peut s'en rapprocher par contre il me semble que depuis la récupération je fais le commentaire de texte
1:32:50 de la ligne A sur laquelle tu m'interroges la récupération dite libérale-libertaire je vois là de ce car de des remarquables luttes de 68 de la récupération dont la manière de son a été jugulée en même temps il me semble qu'il y a là une régression que j'illustre quelquefois d'une manière un peu pas mécaniste jamais mécanique pour aller un peu vite et polémique quand je dis que c'est l'époque on est passé je ne sais pas moi de Hegel à Heidegger de Marx à Nietzsche d'Aragon à Céline bon tous ces gens là sont importants c'est vrai que j'ai l'affection pour Nietzsche et la lecture de Céline ne peut pas laisser indifférent il est bon à le niveau de l'expression même si il n'y a rien de plus nazi que son expression ça ne veut pas dire pour ça qu'elle est nulle esthétiquement l'esthétique n'a que faire des valeurs politiques je le rappelle ici et les crapules qui sont d'excellentes
1:34:00 peintres de grands poètes et vice versa c'est pas avec des des idées généreuses qu'on fait de beaux textes vous lisez tout ce qu'il fallait dire là dessus sur l'hérésie de l'enseignement en poésie voilà portée de questions si j'ai bien répondu oui j'entendais chuchoter maintenant que tu as l'oral de la grippe tu es plus concerné oui pardon oui merci je ne voulais pas le lâcher moi j'avais une question tu reviens beaucoup sur la deuxième partie sur la première dimension qu'on peut voir entre nature et paysage j'ai une question qui illustre avec le passage en tableau le premier et celui de la fin j'avais l'impression qu'il y aura d'autres couples
Friedrich, la conscience malheureuse et la musique pure
1:35:14 qu'on a pu utiliser notamment celui de croyance-connaissance lié avec l'essor de l'industrie un peu plus fort pardon lié avec l'essor de l'industrie et la capacité de comme dirait Descartes de devenir maître et possesseur de nature et un peu de la même manière un autre couple immanence-transcendance où je suis la plus dubitative et où je pose une interrogation et j'ai l'impression que c'est des deux couples une sorte de médiation entre la nature et la révolution qu'on dirait en fait et je voulais me demander quelle évolution avec le romantisme comment dire j'ai l'impression qu'on passe du coup à chaque fois du premier au second dans le même mouvement qu'on passe je t'interromps pardon du premier c'est-à-dire du tableau de Poussin voilà exactement au second à celui de Delacroix tout à fait voilà on parle pas de celui de Friedrich donc ma question justement sur le passage au romantisme d'accord est-ce que c'est une sorte de retour de la croyance retour du paganisme quelque chose ah bon parce que tu as remué beaucoup de matériaux riches et intéressants
1:36:25 au début mais je voyais pas la question là maintenant je la vois voilà très intéressant à la mesure où l'exemple que tu prends des trois la succession des trois tableaux vient illustrer ce que je disais à l'instant sur le fait que c'est pas parce qu'on est progressiste qu'on doit renoncer au concept de décadence en pensant que encore une fois l'année x plus 1 est plus riche est plus intéressante est plus profonde voire plus belle que l'année x moins 1 n moins 1 pardon donc voilà la preuve c'est qu'effectivement le tableau de Friedrich suppose un malheur de la conscience qu'on parlait en termes hégéliens une conscience malheureuse qui ne pouvant accomplir la promesse de la révolution puisque nous sommes dans à ce moment là dans la restauration dans on disait pas l'OTAN on disait la Sainte Alliance vous savez bien ce que ça veut dire le retour à la foi quelque chose
1:37:35 que les lumières avaient ébranlé le religieux le religieux au pouvoir je ne critique pas parce qu'avec le religieux il a dit non c'est politique attention c'est à dire sur le continent à la force et les armées germaniques l'Autriche et l'Allemagne n'existait pratiquement pas et l'argent l'Angleterre pour juguler toute tentative de retour des idées françaises là encore français veut dire révolutionnaire pas du tout je ne parle pas du tout de chromosome je veux dire français réactionnaire il y en avait un bon paquet et la France du Pétain n'est pas moins française que la France du De Gaulle faut pas me faire dire ce que je n'ai pas dit enfin à l'époque français ça voulait dire super chiffres et vous n'est-ce pas les robespierristes les jacobins j'en passe comme ça continue à vouloir le dire à l'époque c'était pour l'extrême droite européenne maintenant c'est le béat à bas de tous les régionalistes vous voyez en passant encore ce qui vous le dit et or je parle de conscience malheureuse pourquoi ?
1:38:43 parce qu'il y a précisément la révolution à avorter la conscience se réfugie dans un monde de fantasmes donc ta question est excellente parce qu'elle nous fait réviser in concreto à travers un exemple singulier la relation entre le présent et sa représentation lorsque le présent m'a échappé je me console avec des représentations mais je n'ironise pas car c'est un approfondissement en même temps là j'ajoute une difficulté que grâce à ta question je n'avais pas pu développer tout à l'heure parce qu'on n'a pas tout le temps et que je peux faire intervenir ici c'est que même si c'est une régression au niveau politique le fait de faire un détour par l'intérieur est un entraînement à voir les choses de près et en détail qu'on n'avait pas dans le feu de l'action j'ai l'air un peu si bilin là donc je vais prendre un détour esthétique puisqu'on y est je vais prendre emprunter à la musique et non pas à la peinture notion de musique pure est récente apprécier une musique pour sa valeur musicale
1:39:54 et non pas pour les idées que tu pourras apprécier une passion de Bach non pas parce qu'elle décrit la passion du Christ etc mais pour la valeur de sa musique parce qu'à l'époque il y en a qui font des passions et qui n'arrivent pas au génie de la valeur de Bach par exemple voilà comme je disais tout à l'heure Baudelaire un moderne a très bien vu que ce n'est pas avec des idées généreuses qu'on fait de bons poèmes enfin que ça ne suffit pas n'est-ce pas je dis ça parce qu'il y a beaucoup de jeunes gens très généreux qui admirent telle chanson etc parce que les paroles sont révolutionnaires oui très bien bref encore vous devez que la musique le soit aussi mais quand ces paroles révolutionnaires sont faites sur une musique qui était la même que celle qu'écoutait les bombardiers américains quand ils bombardaient le Vietnam merci oui voilà ah j'ai oublié le réalisateur Coppola merci Francis voilà c'est ça quand même non non parce qu'il s'écoutait de Hard Rock parce qu'il y en a qui disent Hard Rock c'est la protestation des jeunes contre le monde dans lequel on vit c'est moi rire oui oui
1:41:04 c'est à dire si tu me cherches c'est à dire précisément dans Wagner ce qui est le moins wagnerien je te mets au défi de trouver dans toute la wagnerienne une orgie rythmique comme dans la Valkyrie c'est très rare chez Wagner Wagner c'est la mélodie infinie c'est une espèce de musique prise à la glu en permanence on n'aime pas c'est autre chose mais c'est certainement pas la régularité rythmique assez roqueuse de la chevauchée des Valkyries on voit bien un petit jet voilà donc je n'ai pas encore fait mon exemple la musique au départ elle n'est jamais pure en Egypte au Moyen-Âge elle est vouée aux religieux chant grégorien on a illustré l'école de Notre-Dame l'autre fois au mariage une noce regardez un tableau de Bruegel une noce flamande comme ça pleine de vie et de vitalité il y avait des musiques qui ne devaient pas ressembler au chant grégorien je vous l'ai dit en général on dansait ce qu'on appelait la carole c'est une espèce de truc qui tournait en rond l'équivalent du rock de l'époque musique de divertissement donc la musique pure
1:42:14 ça n'avait pas de sens c'était toujours au service d'autres choses que de la musique le mariage la religion la guerre les hymnes les tambours de guerre l'avant-garde des troupes cadeaux les fifres les tambours les chants tout ça c'est important c'est pas la musique pure et donc la musique a mis du temps à être purement instrumentale donc l'intérieur de la musique pure il a fallu se détacher de la musique vocale la musique de Bach vaut par elle-même que ce soit vocale ou instrumentale mais en plus la musique a fait une cure d'instrumentation très tardivement il y avait quelques solistes comme ça isolés qu'on regardait un peu fascinés parce qu'ils étaient virtuoses chez les troubadours il devait bien y avoir un type qui jouait des luths ou de la cithare ou de la vielle d'une manière un peu plus dégourdie que les autres ou de la flûte mais ça plafonnait tandis qu'avec le développement de la musique instrumentale à partir essentiellement du XVIIe mais surtout du XVIIIe siècle sonates il y a des musiques à chanter cantare ça donne des cantates il y a des musiques à sonner pour les instruments ça donne des sonates
1:43:24 il y a des mots là c'est simple comme on peut aller d'autre il n'empêche que le fait que la musique s'évade du monde dans lequel on vit le mariage la guerre la religion l'amour etc tout ce qui est extra musical pour s'enfermer dans la musique elle-même a fait faire un progrès de géant à la musique à l'écriture musicale à la pensée musicale je ne termine pas ma séquence sans vous dire le moment où on retrouve l'intérêt du présent historique je reviens à vos deux questions en même temps ici c'est la neuvième de Beethoven c'est la neuvième quoi ?
1:44:02 la neuvième symphonie c'est quoi une symphonie ? c'est précisément un genre musical qui exclut les voix ou qui les rassemble toutes mais les voix instrumentales c'était pour l'orchestre une symphonie c'est pas une cantate c'est pas un opéra c'est pas une passion c'est pas une messe c'est pas un lied et voilà que du fond des profondeurs de l'orchestre des profondeurs exprès comme tout à l'heure je parlais de la surface de l'eau en dessous de la surface comme si la voix la pensée les mots le langage le logos c'est ce qui émergeait de la surface vous voyez des profondeurs de l'orchestre et Beethoven a cette audace de faire surgir dans le final la voix que toute une tradition symphonique avait complètement reléguée dans le silence instrumental silence de parole pas silence de son bien sûr et dans le mutisme instrumental et qui avait une résurrection et pour dire quoi l'ode à la fraternité humaine et à la joie quand même c'est pas un hasard c'est les contemporains lui-même des grands des grandes fractures politiques et historiques de l'époque car le musico-poétique se déploie quand l'Europe est labourée
Le refoulement du matérialisme
1:45:12 de l'Espagne à la Russie est-ce que j'ai répondu là-bas en partie à ta question parce qu'elle était trop profonde pour lui attendre du réponse mais c'est des pistes oui maintenant que les gens ont faim aller au restaurant tu décides de rentrer dans la danse vas-y tu l'as bien mérité oui je voulais juste que tu précises un peu ce que tu avais dit sur d'ailleurs c'est intéressant tu avais employé le mot de réalisme et d'idéalisme au lieu de parler de matérialisme et d'idéalisme je crois que c'est la métaphysique classique oui oui non mais je sais mais non au contraire c'est la métaphysique classique c'est plutôt métaphysique et enfin c'est plutôt matérialisme et idéalisme et c'est à partir du XXe siècle qu'on commence à ne plus parler de matérialisme et qu'on parle juste de réalisme et quand alors quand il oppose pas le matérialisme à l'idéalisme il oppose le réalisme à l'idéalisme je suis pas sûr non mais c'est juste pour te poser une question en fait depuis 50 ans tu parles souvent du refoulement de la dialectique dans la pensée contemporaine
1:46:22 je voulais juste que tu dises deux mots sur le refoulement du matérialisme dans la pensée contemporaine en fait voilà je ne peux en parler que très rapidement donc je vais dire l'essentiel oui donc sans démonstration restons-en au monstre à la monstration la matière est dans la genesis c'est la phthora je ne t'apprends rien parce que tu veux savoir dans la génération et la corruption vous voyez là au snop on parle grec c'est comme Heidegger parce que écoute tu parles à foule quand même la génération et la corruption dans le bouddhisme c'est pareil il y a ce qui est né donc il y a une génération et tout ce qui est né doit périr la phthora la génération et la corruption la naissance et la mort seul ce qui est non né est vraiment éternel voilà c'est vieux comme le monde donc je n'insiste pas mais c'est profond la matière c'est précisément l'instance de ce qui est dans la génésis c'est la phthora la matière c'est ce qui est lors du devenir du passage d'accord
1:47:33 regardez toucher autour de vous il ne faut pas de vous toucher quelque chose ça change les fois ces choses même même le mont blanc contrairement même les Éléates qui disaient ça ça est ça ne devient pas c'était une boutade le mont blanc il y a de l'érosion on savait qu'il est un peu moins haut maintenant que lorsque j'avais votre âge ben oui là c'est l'érosion bref dans la matière c'est Héraclite qui a raison tout s'écoule et là je réponds à ta question j'ai dit en deux mots donc je ne vais pas trop m'interorder donc on refoule le matérialisme parce qu'elle est l'image de la mort si je ne suis que matière mince alors vous m'avez croyé que j'ai des mentirés mieux que ça quand même alors moi aussi ça m'intéresse qu'après ma mort pouf je me réveille ailleurs ah mais non mais c'est ça qui va pas et maintenant je te range et je clôt moi ça ne m'intéresse pas d'être immortel je veux dire si c'est pour retrouver de nouveaux visages ça peut être celui de Saint-Pierre tout ça moi je veux dire moi je préfère retrouver Hugo, Alexandra et même toi tu vois non mais c'est vrai non non
1:48:44 je taquine notre camarade parce que il est à l'honneur ce soir il vient d'avoir l'oral de l'agrégation de la philosophie un petit bravo bravo voilà il nous pose une bonne question non mais c'est ça c'est inconsciemment complètement inconscient même là on voit bien qu'il y a des intérêts de la raison dirait Kant qui se profilent derrière les disputes de l'entendement là on prend mieux la relation des deux facultés il y a un jeu théâtre d'ombre chinoise derrière ces relations apparemment apaisées réalisme idéalisme on dirait des querelles entre clercs non il y a de vrais enjeux profonds et je terminerai là-dessus sur la déclaration d'un gamin de 17 ans de 18 ans je pense à Rimbaud bien sûr le combat spirituel est aussi brutal que la bataille d'hommes voilà merci bravo bon appétit