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Wotan et Brünnhilde : le châtiment du sommeil
0:15 Nous sommes aux toutes dernières minutes, presque les dernières secondes, si je compte les passages où il y a de la parole, du texte, de la Valkyrie, deuxième journée de la tétralogie, qui dure quatre jours. Je me dis pour les impatients. Surtout à l'époque, on est habitué à des morceaux. Je regarde sur iTunes où ils classent tous par morceaux ou des morceaux qui durent 1 minute 20.
0:45 Bref, rien que la Valkyrie, elle dure à peu près 3h, 3h50, 3h40, ça dépend des versions. Voilà, ici à peu près 3h50. Je ne vais pas raconter toute l'histoire, ce n'est pas le lieu, mais c'est un peu Zeus et Athéna, les rapports de Wotan et de sa fille. Et donc dans les dernières minutes... Zeus inflige une punition à sa fille, c'est le sujet du drame La Valkyrie, à sa fille préférée, c'est peut-être même le seul amour profond partagé, sans doute l'amour le plus profond de toute l'œuvre de Wagner, encore plus que Tristan, c'est pas peu dire, c'est sans doute celui de Wotan et de sa fille.
1:25 Bref, donc pourquoi il l'a punie ? Parce qu'elle a fait ce que lui aurait voulu faire, mais il était empêché par ses contrats, par ses obligations de roi des dieux, il ne pouvait pas. Et donc il est furieux, elle a fait gagner le guerrier qu'il ne fallait pas parce qu'elle l'a vu aux affres de l'amour, ça l'a émue en tant que femme. Et elle, vierge guerrière, il lui inflige le châtiment le plus terrible, il la condamne à dormir, comme il y a un peu un souvenir de la Belle au bois dormant dans ses mythes nordiques et germaniques. Et le premier mortel qu'il réveillera la possédera, ce qui est une humiliation pour elle qui est une vierge guerrière comme Athéna d'ailleurs.
2:07 Et donc les dernières minutes que je viens de passer, la dernière scène un peu dramatique, c'est quand elle fait un numéro de vamp puis il n'y a pas d'autre mot à son père pour lui dire que c'est un châtiment qui est trop sévère, c'est pas possible. Brünnhilde, qui est sa fille préférée, que tu l'aurait été. Sa pensée intime, je cite des éléments du livret, je vais vite. Wotan dit à sa fille dans un passage antérieur, je me parle à moi quand je parle avec toi. Et elle dit, tu sais que je suis ta pensée intime. Voilà, ils sont vraiment très complices. Elle dit, tu ne vas pas quand même m'infliger ce châtiment.
2:41 Et elle lui fait un tel numéro de vamp que finalement pour adoucir le châtiment il décide qu'elle s'endormira mais entourée de flammes. De sorte que ce ne soit pas n'importe qui qui la réveille, mais un héros vaillant, courageux, etc. Et ce sera bien sûr Siegfried dans l'avenir mais ça on n'en est pas encore là, ce sera la suite. Alors pourquoi je mets ce passage ? Dans la foulée du premier atelier de cette rentrée où j'ai conseillé de lire dans les écrits de Lacan le chapitre intitulé « Fonctions et champs de la parole et du langage » où Lacan frappe sur la table pour réaffirmer l'importance essentielle de la fonction symbolique dans la délivrance du message freudien.
3:33 Il règle ses comptes avec la psychanalyse instituée qui s'occupe de tout sauf de l'essentiel, c'est-à-dire du langage, de la parole en particulier, au patient et à la lettre. Et pourquoi j'en parle ? Parce qu'il y a question bien sûr, surtout le dernier Freud, de la pulsion de mort, de la pulsion de répétition et de la pulsion de mort. Or, je vais mettre les quelques secondes où Wotan d'un baiser sur l'œil de sa fille, baiser donc magique, la fait tomber dans un espèce de sommeil éternel.
4:08 On entend le thème du sommeil éternel et on entend un autre thème qu'on va entendre avant, des petits glissements de cordes que je vais indiquer, comme un repère. On entend un sommeil, j'allais dire humain, même si c'est ici féminin puisque c'est le sommeil de la Valkyrie. C'est la poitrine d'une femme qui se lève et qui s'abaisse dans un sommeil paisible. Donc le contraste qui est de sommeil, le sommeil sain, biologique, physiologique et réparateur, et la glissade qui n'en finit plus vers le bas du sommeil éternel, C'est-à-dire de ce que Freud appelle l'extinction de toutes les pulsions et donc de toutes les tensions qui caractérisent la pulsion de mort.
4:56 Car Freud dit ailleurs, je dis tout ça en vrac pour l'instant, que le plaisir, les gens disent tout le temps ça m'excite, ça m'excite. Oui mais Freud dit le plaisir ne vient pas de l'excitation mais au contraire du relâchement des tensions. Et là, c'est un dénouement dans tous les sens du terme, au sens propre d'abord, c'est-à-dire que le nœud se défait, l'angoisse ça vient de l'étroitesse ici, c'est ce qui serre.
5:27 C'est-à-dire que le sommeil, toutes les angoisses, les tensions se dénouent, s'apaissent, mais le sommeil éternel, c'est une glissade vers un état, comme cette table, comme tout ce qui est inerte, c'est-à-dire où il n'y a plus de désir. Parce que ce qui caractérise la vie précisément, c'est le désir, la pulsion, la tension, une intentionnalité vers quelque chose. Et là, c'est la cessation de tout ça.
5:57 Ce n'est pas développé parce qu'on va le faire dans la discussion qui suit. Mais je voudrais juste ici faire entendre dans tous les sens du terme, à commencer par le sens propre, au sens auriculaire et auditif tout de même, comment Wagner génialement, intuitivement, c'est un artiste, quand il est idéologue il dit souvent des conneries, mais Dieu sait s'il a fait des écrits théoriques, où le meilleur et le pire se côtoient souvent le pire, Mais là, avec une divination géniale du point de vue esthétique, fait entendre les deux sommeils.
Écoute : sommeil éternel et sommeil de la Walkyrie
6:32 Donc je commence par les derniers mots de Wotan qui va endormir sa fille et je signalerai, ce sera reconnaissable, le sommeil éternel. Grande douceur, c'est un vrai nerf intérimiste.
7:13 Là, il veut le sommeil de la Valkyrie tranquille. Comme des brises.
7:55 Et là on entend un thème, une espèce de haut, basse, qui s'appelle le C'est les cuivres, je laisse, à partir de maintenant. Qui pour l'auditeur qui suit ça depuis le début, depuis l'Or du Rhin, est un leitmotiv qu'on appelle le renoncement à l'amour. Donc là ici, la partition trahit le sentiment que le père a pour sa fille. Parce que dans le texte, il n'y a pas de nulle part qui a un rapport à l'amour.
8:45 Attention, le sommeil éternel va venir là, à partir de là, flûte. Vous voyez la glissade, chromatique par demi-ton, hop le relais au bois, aux cordes maintenant au violon, et ça descend, et ça descend.
9:31 Vertigineusement et en douceur. Et on va entendre maintenant le sommeil de la Valkyrie. Où le long ? Là.
11:05 ch
La logique du sujet face à la reconstitution du nazisme
12:15 Merci beaucoup Philippe de me donner l'occasion de détailler tant soit peu le propos initié lors de notre premier atelier de rentrée le 11 octobre dernier, donc au centre d'animation René Goscinny, dans le 13ème. Comme d'habitude, cette première causerie initiait un cycle de conférences que je vais essayer de tenir cette année.
12:55 Sur le thème, je le rappelle, la logique du sujet, pour le citer littéralement, face à la reconstitution du nazisme. Il est clair que ça mérite quelques explications. Bon, je ne vais pas reprendre ce que j'ai déjà dit la dernière fois, mais je voudrais, puisque Philippe gentiment va me donner l'occasion de tenir notre auditoire en haleine, si je puis dire, notre public, parce qu'il n'y a pas que de l'audition en haleine entre deux ateliers mensuels, et le sujet mérite, Bien qu'on explicite.
13:40 Ce qu'on n'a pas toujours le temps en séance limitée de faire, je tiens tout de même à parler des deux sujets en même temps. Pas d'abord la logique du sujet, problématique philosophique assez classique tout de même. Peut-être pas formulée exactement comme ça, mais enfin, puis la reconstitution du nazisme, Hélas, bien au-delà de la philosophie.
14:11 La philosophie, elle défraie l'actualité presque sur la planète. Maintenant du Brésil à l'Ukraine, à la Pologne, à la France, les partis d'extrême droite redressent la tête, et les partis ouvertement nazis comme en Ukraine ou dans les pays baltes ou en Pologne ne se gênent plus pour l'invoquer. Il y a même une histoire nazie maintenant de nouveaux historiens qui disent que c'est la faute aux communistes si la Deuxième Guerre mondiale a éclaté et que Hitler heureusement qu'il est intervenu pour s'opposer au judéo-bolchevisme.
14:53 Bon bref, je tiens à parler de ce terme très classique académiquement, le sujet en philosophie, la logique du sujet et la reconstitution du nazisme qui n'est pas un thème proprement philosophique, qui pourrait être un thème d'actualité historique de société, je ne sais pas, je tiens à toujours parler de l'un par rapport à l'autre et vice-versa, à les lier. Or, Philippe m'a donné un excellent conseil suite à une recommandation que j'avais faite à la fin de l'atelier, quand j'avais dit, après une introduction d'ordre historique sur des événements liés au IIIe Reich.
15:41 J'ai emprunté à des historiens qui sont les grands spécialistes de la question, je ne suis pas à Chapoutot, à Ingrao, j'en suis connu, j'avais enfin abordé la position philosophique du sujet avec cette expression littéralement du sujet enfin en question. Et mi-humour, mi-sérieux, j'avais dit, je vous rappelle que c'est le titre d'un chapitre de Lacan. On y arrive dans les écrits. Les écrits, c'est une compilation que Lacan a fait sur plusieurs années, on dirait aujourd'hui une compilation.
16:17 Et en l'occurrence, je recommandais de se reporter dans ses écrits à un chapitre, extrait du fameux discours de Rome prononcé en 1956. Devant une assemblée d'analystes venu du monde entier, un congrès de psychanalystes. Et en disant qu'il y avait à boire et à manger dans une compil, alors que c'était un chapitre qui, surtout concernant notre sujet, à savoir le sujet, était, pour prendre un terme journalistique, quasi incontournable.
16:58 C'était une des meilleures préparations, une meilleure propédeutique par laquelle il fallait passer pour rendre un peu moins obscur quelques développements qu'on ne se rendait à faire sur la question du sujet en philosophie. Et puis je me suis aperçu après coup, et grâce à Philippe, que le texte est quand même très difficile, surtout avec le style de Lacan. Évidemment, j'ai dit, non pas méchamment, mais presque amicalement qu'il avait son style, c'était un peu du sous-Mallarmé.
17:31 Je maintiens du point de vue strictement littéraire, mais enfin, je veux dire, ce n'est pas péjoratif. Au contraire, je me rappelle avoir dit que c'était un chef-d'œuvre, ce chapitre, pour la forme comme pour le fond. Et donc nous avons décidé de faire cette séance entre deux ateliers pour expliciter, pour préparer un petit peu ceux qui auraient du mal à se plonger immédiatement dans la lecture directe du texte de Lacan, et on les comprend, préparer un peu leur lecture.
18:09 Voilà, alors je précise tout de suite qu'il ne s'agit pas de lire tout le chapitre qui est assez long de Fonction et champ de la parole et du langage, pour citer exactement le titre que Lacan a mis à ce chapitre, non pas seulement parce que c'est long, mais parce qu'il y a des tas de choses qui ne se rapportent pas à notre propos. Il ne faut pas oublier qu'ici, Lacan règle son compte avec la psychanalyse instituée, surtout de son temps. Encore qu'il y a pas mal de lacaniens qui dirait que ça ne s'est pas arrangé depuis, mais voilà, c'est une autre affaire.
18:44 Donc voilà, il y a des questions hors sujet, des développements qu'on ne comprend pas si l'on ne connaît pas. L'effort et tout à l'honneur de Lacan, l'effort énorme qu'il a fait, l'insistance qu'il a mise, On sait que l'inconscient c'est ce qui insiste pour se faire entendre. Au travers de tel lapsus, de tel acte manqué, l'inconscient se faufile et insiste pour se faire entendre. Donc, Lacan, ben…
19:15 Lacan, avec une insistance remarquable, s'est appliqué à rappeler à la communauté analytique d'abord, à la clinique, l'ensemble des praticiens, qu'on s'était bien éloigné de l'essentiel du message de Freud en un demi-siècle depuis l'apparition du premier balbutiement de la psychanalyse. On s'en est d'autant plus éloigné qu'on parlait de moins en moins du langage. Or, on revient un peu à notre notion philosophique de sujet, je vais faire le lien dans un instant.
19:53 Or, le propos de Lacan consiste à dire la grande trouvaille de Freud, et Freud ne cesse de le répéter lui-même, c'est que le matériau du psychanalyste, c'est la parole du patient, c'est du langage, et du langage en acte, pas un discours de politicien, de la parole. Voilà, alors pourquoi je dis que c'est un rapport nécessaire à la notion de sujet ? Je rappelle ici, ce sera le linkage que je fais donc entre l'atelier du 11 octobre dernier et mon enchaînement avec ce que nous allons voir ce soir sous la plume de Lacan.
Le sujet répond à la question « qui est-ce qui ? »
20:39 Très petite régiversation, le sujet on peut en parler indéfinement sur un plan religieux, philosophique, métaphysique, j'ai rappelé tout de même que c'est avant tout d'abord une notion scolaire. Il faut commencer par le commencement. Nous avons tous appris sur les bancs de l'école primaire, de l'école communale, qui rappelle du grand tournant de la dernière séance, Que le sujet, c'est ce qui répond à la question qui est-ce qui ? C'est ce que nous ont dit nos instituteurs.
21:11 J'ai même dit, bon ben voilà, une fois qu'on a éclairci ça, on n'a plus besoin de faire des recherches sur le sujet, on sait ce que c'est, on sait qui c'est, pas ce que c'est, qui c'est ? C'est pas quoi, hein ? C'est celui qui ou celle qui répond à la question qui est-ce qui ? Et donc, on peut refermer les bouquins et aller prendre un verre, Et profiter du réconfort après l'effort, parce que tout est dit sur le sujet. Oui, sauf que les problèmes commencent. J'avais pris l'exemple de la formule hyper triviale dans le style « le vent secoue les arbres, le vent agite les arbres ». Qui est-ce qui agite les arbres ? Le vent. Le vent est le sujet pour n'importe quel analyste grammatical.
22:03 Oui, seulement voilà le sujet ici, le vent c'est pas quelqu'un, c'est quelque chose. C'était quelqu'un autrefois dans l'Antiquité, on retrouve ça dans des traces de notre langue quand on dit « il pleut », ce qu'on appelle des modes impersonnels en grammaire, parce qu'à une certaine époque c'était une personne qui faisait pleuvoir, c'était Zeus par exemple. Je vais même citer en Afrique subsaharienne en particulier, Songhaï-Djerma entre Niger et Burkina, on appelle ça, entre Niger et Mali aussi, la divinité des orages et de la pluie s'appelle Dongo.
22:41 Voilà. Mais sinon nous, nous savons, nous sommes post- nous sommes modernes, nous sommes post-galiléens, post-cartésiens. Nous savons que dans la nature, ce qui règne, c'est l'inertie. Le vent, ce n'est pas un être vivant. La vie, c'est l'exception dans la nature. Il y a peut-être des planètes comme ça. En termes statistiques, les probabilistes, il doit y en avoir. Mais enfin, je veux dire pour l'instant. C'est plutôt l'exception que la règle, le vivant. C'est pour ça que je m'énerve un peu quand on dit la nature, donc le bio, donc le vert. Non, la nature, c'est rarissime. La nature, il y a beaucoup plus d'immenses nuages d'amoniaques, des réactions nucléaires au cœur des étoiles. Oui, ça oui. Du thorium et des désintégrations d'atomes. J'ai peur de dire des bêtises, donc je m'arrête là.
23:42 Mais du vivant, pour l'instant, nous n'en connaissons que dans notre très proche banlieue. Je dis ça pour rappeler au passage que la plus grande usine nucléaire du coin, c'est quand même le soleil. Une petite pierre dans le jardin des antinucléaires. Ils vont dire que je suis payé, s'ils savaient. Par le lobby nucléaire, ils oublient qu'il y a le puissant lobby derrière les éoliennes. Ce n'est pas notre sujet. Revenons au sujet. Donc, oui, les problèmes commencent. Le vent secoue les arbres. Qui est-ce qui secoue les arbres ? Le vent, oui, mais le vent, ce n'est pas qui, c'est quoi ? Ce n'est pas quelqu'un, c'est quelque chose.
« Toute parole signifie pour quelqu'un »
24:22 Et là, je reviens à Lacan et à la formule de Lacan que je cite le plus souvent parce qu'elle a une portée, une extension bien au-delà du champ strictement analytique de la clinique. Et qu'elle a une grande portée philosophique, c'est cette formule très importante d'ailleurs dans ce chapitre. Avant de signifier quelque chose, toute parole signifie pour quelqu'un.
24:55 La matière de ce chapitre est tellement riche que je pense qu'il nous faudra deux séances comme on avait fait pour Clouscard. Et je ne sais pas si c'est la présence du piano. C'est le piano de Philippe qui m'inspire à chaque fois le genre. J'avais parlé de Prélude et Fugues la dernière fois. Une séance aujourd'hui est le Prélude qui concentre un peu tout ce riche matériau et puis après on pourra suivre le texte d'une manière plus linéaire dans une prochaine séance.
25:28 Mais pour l'instant c'est un peu en vrac que j'amène tout ça. Or, avant de signifier quelque chose, toute parole signifie pour quelqu'un, je m'attarde sur la phrase. Le mot le plus important, c'est avant. Bien sûr, tout le monde, tout d'un coup, comprend, et encore qu'il a fallu qu'on le dise pour qu'on s'en rappelle, parce qu'on oublie un peu. Avant de signifier quelque chose, toute parole signifie pour quelqu'un, au point que quand quelqu'un parle tout seul, on dit qu'il est zinzin.
26:02 Et même quand il part tout seul, il parle à quelqu'un, à Dieu dans la prière. Dieu, ce n'est pas quelque chose quand même. C'est le quelqu'un par excellence. Si quelqu'un est quelqu'un, c'est Dieu s'il existe. On doit lui accorder ça. Voilà, il parle à un ami, bref, un ivrogne qui est un soudographe dans la rue, qui tient des propos apparemment incohérents, il parle à quelqu'un, à une femme répudiée, quelqu'un qui l'a délaissé, il règle des comptes, peu importe.
26:37 Donc, pourquoi je dis que le mot important c'est avant ? Parce que ça veut dire que, bien sûr, si je te dis que ces petits gâteaux sont délicieux, je dis quelque chose à quelqu'un. C'est le triangle du signe que je suis en train de rappeler et même du symbole. On voit le côté ternaire de l'ordre symbolique. Comme c'est des notions sur lesquelles je reviendrai incessamment, je vais donner ici une première indication.
27:13 à savoir je Le locuteur c'est le numéro 1, la chose dont je parle, la personne à qui j'en parle. Le mot est toujours au centre de ce triangle. Un mot c'est quelque chose qui exprime quelque chose à l'intention de quelqu'un. Un mot, une phrase, un texte, une parole, un discours.
27:43 Reportons-nous justement le passage, le style de Lacan, j'ai dit sous Mallarmé. En fait c'était presque affectueux, c'était pour prévenir, parce que j'ai une énorme admiration pour Mallarmé, que c'est difficile, mais que quand on connaît un peu le code, c'est parce que ça se veut rigoureux. Il y a cette difficulté, il ne faut pas croire qu'elle est gratuite. Qu'elle se veuille agent de guérison, de formation ou de sondage.
La parole du patient, seul médium de l'analyse
28:19 La psychanalyse n'a qu'un médium, la parole du patient. Jusque là tout le monde est d'accord. La matière première de l'analyste, il n'y en a pas d'autres, c'est la parole du patient. Et là suit cette phrase, l'évidence du fait n'excuse pas qu'on le néglige. Lacan a résumé toute sa diatribe contre ces millions de psychanalystes qui se sont éloignés du noyau de l'avancée freudienne.
28:49 L'inconscient est inextricablement noué dans des mots et dans des paroles. L'évidence du fait n'excuse pas qu'on le néglige. Je donne un exemple encore pour ce qui est du lien entre eux, toujours en vrac comme ça, en désordre entre inconscient et langage et parole. Dans la mythologie, mythologie familière, populaire, je pense aux fées, les bonnes fées, les mauvaises fées, dans tous les contes de fées pour enfants.
29:21 Or les fées, on sait qu'elles sont au berceau des nouveaux-nés. Pour y amener soit des malédictions, soit des bénédictions si ce sont de bonnes fées et bienveillantes. Voilà je l'ai dit rapidement exprès pour montrer à quel point on glisse sur l'essentiel de Freud. Maintenant je reprends les deux mots en insistant sur le radical des malédictions et des bénédictions.
29:51 C'est-à-dire qu'avant même qu'on ait commencé à balbutier, à parler, à vagir, il y a des mots autour du berceau, il y a des paroles. Ça bouge autour du berceau. Médecins, parents, nourrisse, peu importe pour l'instant. C'est profond, les traditions imaginaires, les contes et mythologies. C'est vrai qu'il y a des gens qui souffrent toute une vie jusqu'à la névrose, Quelquefois jusqu'à la folie et la psychose, quelquefois jusqu'au suicide, de mauvais mots ingurgités trop tôt.
30:30 Donc, je reprends et j'enchaîne. Qu'elle se veuille agent de guérison, de formation ou de sondage, la psychanalyse n'a qu'un médium, la parole du patient ? L'évidence du fait, oui une fois qu'on l'a dit c'est évident, n'excuse pas qu'on le néglige. Et sous-entendu, c'est d'autant plus inexcusable d'avoir oublié à quel point le langage est au centre de l'avancée psychanalytique. Or, toute parole appelle réponse. Immédiatement, Lacan retrouve l'essence de l'avancée freudienne. On n'est pas dans le substantiel, on ne cherche pas quelque chose à l'intérieur du patient, une essence, je ne sais pas quoi, d'organique, de psychologique.
31:10 Non, on le met tel qu'il est dans sa réalité, dans une relation. La relation en logique est le contraire de la substance. Un père, ça existe. Un fils, ça existe. La relation père-fils, ce n'est pas une existence. C'est une relation entre deux existences. Une chose est ou bien par elle-même, c'est la substance, ou bien elle est par un autre. Par exemple, quand je dis à gauche, à droite, en haut ou en bas, C'est les termes qui expriment des relations et non pas des substances, on est bien d'accord. La preuve c'est que ce qu'on appelle nous le haut c'est le bas pour les néo-zélandais, aux antipodes.
31:48 Donc en disant or toute parole appelle réponse, on appelle, on rappelle justement cette relation. Nous montrerons qu'il n'est pas de parole sans réponse même si elle ne rencontre que le silence. Je fais une parenthèse, j'avais un ami qui avait suivi une psychanalyse très longtemps, je crois qu'il continue d'ailleurs, quand je l'ai connu ça faisait déjà 15 ans qu'il était en analyse, pardon de dire, et il me raconte que son analyste c'était un hard comme dirait les jeunes, c'est-à-dire quelqu'un qui disait jamais un mot pendant les séances, c'était pas un psychothérapeute qui va pas, et un jour, terriblement angoissé, mon copain lui dit à la fin de la séance, Docteur, dites-moi au moins si je m'en tirerai. Et il me dit, ce salaud, pour la première fois, il a ouvert la bouche pour dire non.
32:42 Je referme la parenthèse et l'anecdote. Nous montrerons qu'il n'est pas de paroles sans réponse, même si elle ne rencontre que le silence, pourvu qu'elle est un auditeur, et que c'est là le cœur de sa fonction dans l'analyse. Mais si le psychanalyste ignore qu'il en va ainsi de la fonction de la parole, autrement dit si le psychanalyste oublie le message de Freud, il n'en subira que plus fortement l'appel. Et si c'est le vide qui d'abord s'y fait entendre, c'est en lui-même qu'il l'éprouvera et c'est au-delà de la parole qu'il cherchera, malheureusement sous-entendu pour Lacan, Et c'est au-delà de la parole qu'il cherchera une réalité qui comble ce vide, dans le vécu, dans une frustration, dans je ne sais pas quoi, dans le psychologique, dans le biologique même.
Wiederholungszwang et dualisme cartésien
33:33 On a l'air d'être bien loin de la reconstitution du nazisme, alors j'y viens. J'y viens et là je vais introduire une autre notion freudienne, celle de la parole, enfin c'est lié mais tout de même. C'est la fameuse pulsion de mort comme on le traduit généralement, instinct de mort, instinct est une connotation biologique dont il faut se méfier.
34:12 Et Trieb en allemand, mais le mot dont se sert Freud n'est précisément pas Trieb, que l'instinct y compris pour un animal, mais quand il parle de la pulsion de répétition qui est caractéristique, par laquelle se manifeste la pulsion de mort, il l'appelle la Wiederholung, ça veut dire répétition, Wiederholungszwang, ces monosyllabes germaniques qui sonnent comme ça sèchement. Wiederholungszwang, c'est pas Trieb, c'est Zwang. Zwang, c'est vraiment là.
34:44 La compulsion, quoi. La pulsion de répétition serait une très bonne traduction. Alors, quel rapport avec le nazisme ? La mort, oui d'accord, mais enfin tout de même. On sait bien que la pulsion de mort, on pense à Goebbels se suicidant dans le bunker d'Hitler, Et en tuant d'abord ses enfants, et puis sa femme, et puis lui-même, ça c'est connaissé dans les mairies, ça va au-delà de cet empirisme quand je parle de pulsion de mort.
35:21 Et là je vais prendre les choses d'un peu loin dans ce prélude pour plonger au cœur de la chose. Je dis d'abord gratuitement, et ce sera illustré par la suite, que chez Freud la pulsion de mort est toujours liée à une pulsion du moi. Parce que vous me direz, bon, le sujet c'est le moi quoi, la réponse à la question qui est-ce qui, c'est toi, c'est lui, c'est moi, c'est un moi, c'est un soi.
35:51 Et là il faut se rappeler que je ne fais pas mes ateliers tout à fait au hasard et qu'il y a une continuité. Et ainsi j'avais consacré un atelier il y a deux ans à peu près à la première méditation de Descartes, disons de première méditation si je me rappelle bien, et pour introduire la notion de modernité.
36:26 Et la modernité au sens freudien n'est pas assez inattendu. Descartes c'est exprès pour prendre aussi un contre-exemple. La grande trouvaille de Descartes c'est le Cogito, première personne du singulier du verbe penser. Cogito ça veut dire je pense en latin tout simplement. Et pour Descartes, dans le dualisme cartésien, il existe deux substances. Je reprends son langage et son époque. Dieu nous a créés ainsi, en nous composant de deux substances, la pensée et l'étendue.
37:12 La pensée qui est immatérielle, il n'y a pas d'atome de pensée, Descartes. Et l'étendue, avec laquelle nous sommes tous les êtres matériels. On avait vu le côté dualiste et même binaire de cette opposition fondamentale, opposition qu'on retrouve dans toute la pensée classique, on la trouve chez Spinoza aussi.
37:43 Pour Spinoza, Dieu est une substance composée d'une infinité d'attributs dont nous ne connaissons que deux, la pensée et l'étendue. Dans ce sens, Spinoza est dans le sillage cartésien, à ce niveau-là, même si sur d'autres points, il s'en écarte. Qu'est-ce qui les caractérise ? La pensée n'est pas matérielle et la matière ne pense pas. C'est ça qu'il faut bien se mettre dans la tête. C'est un résultat philosophique d'un bouleversement qui vient de se produire dans l'ordre scientifique et qui s'appelle la coupure galiléenne.
38:20 Tout s'est écroulé, toute la physique aristotélicienne, tout le monde ancien s'est écroulé, toute l'interprétation animiste, il n'y a pas d'autre mot, anthropomorphique de la nature s'est écroulée. On sait maintenant qu'il n'y a pas de nymphes dans les sources. Il y a H2O et l'inertie. La nature a été dédivinisée, désanimée, et c'est depuis qu'elle est désanimée, que l'homme peut s'y faire une place et, comme dit Descartes, se rendre maître et possesseur de la nature et sortir du néant.
38:59 Je dis ça un peu pour provoquer la pensée dominante d'aujourd'hui qui dit exactement l'inverse, n'est-ce pas ? Que la civilisation n'apporte que des ténèbres, mais j'ai trop vécu dans les pays pauvres, n'est-ce pas ? Pour voir à quel point la nature en Afrique, c'est d'abord le moustique et le palu, première cause de mortalité au monde, Garanti bio, mais enfin on y reviendra à cette dénégation complètement de, comme il m'arrive souvent de le dire, le propre de la modernité c'est trop souvent de nier la modernité, de refuser d'être hostile à la modernité.
39:47 Être moderne, c'est détester la modernité. C'est écouter la musique baroque, je n'ai rien contre, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit. Mais enfin, Vivaldi n'écoutait pas la musique de trois siècles avant lui. C'est rêver d'être bien loin des voitures, des particules fines. Bref, ce n'est pas notre sujet. Nous serons amenés à y revenir. La pensée et l'étendue. La pensée n'est pas étendue, n'est pas matérielle. L'étendue ne pense pas.
L'inconscient, troisième terme ; le rêve et le malin génie
40:29 Il y a deux choses. Et voilà, je vais vite, qu'avec Freud un troisième terme vient s'introduire entre la pensée et l'étendue. Parce qu'on dirait que ton histoire de sujet c'est le cogito cartésien. Je pense que je vois le livre sur cette table. Voilà ça appartient au sujet, savoir que l'assiette n'a pas.
41:00 Sauf que, qu'est-ce que dit Freud ? Que l'inconscient, ce sont des pensées que je ne pense pas et des volontés que je ne veux pas. Alors là, on est en pleine absurdité. On se demande si on est encore entre gens sains d'esprit. Il faudrait savoir. Des pensées que je ne pense pas, des volontés que je ne veux pas. Vous savez quand on cherche ses clés, désespérément, bon sang, ma femme s'impatiente parce qu'on a rendez-vous au théâtre avec les amis et je ne trouve pas la clé.
41:39 Et finalement on a tellement cherché que c'est trop tard, on téléphone nos amis, qu'on annule, on ne va pas au théâtre. Et dès qu'on a raccroché téléphone, je fonce droit sur ma clé, elle était sur la facture de l'EDF. Je comprends pourquoi je ne voulais pas la trouver. Mon inconscient la voyait l'appeler, il savait très bien où elle était. Mais moi je ne voulais pas la trouver cette clé. Je n'ai peut-être pas envie d'aller au théâtre, peut-être envie de voir mon match de foot. Si vous regardez bien, ça fait presque rire une fois qu'on le sait tellement que c'est fréquent ce genre de choses.
42:14 Donc, des pensées que je ne pense pas, des volontés que je ne veux pas. Autrement dit, avec Freud, le sujet va bien au-delà, allons-y, de la conscience à notre concept. Oui, le sujet c'est bien, le sujet de l'action, notre instituteur ne nous a pas trompés, mais ça se dispute dans le lieu du sujet. Il y a la conscience qui est en haut, je dis ça parce qu'on dit le subconscient, ça veut dire ce qui est en dessous, c'est une notion un peu familière et imaginaire, le subconscient.
42:52 Mais l'inconscient c'est précisément ces pensées que je ne pense pas et ces volontés que je ne veux pas, et qui la plupart du temps sont même complètement opposées et contraires aux pensées dont je suis conscient et aux volontés dont je suis conscient. Donc il y a ici un schéma ternaire. Il n'y a plus la pensée d'un côté, et l'étendue. En philosophie générale de la connaissance, on dirait le sujet, moi et l'objet, la caméra. Je vois l'objet. Il y a un troisième terme.
43:30 Et puisque je parlais de Descartes, Descartes inconsciemment fait surgir ce troisième terme sans s'en apercevoir, c'est génial, lorsqu'au paroxysme du doute, lorsqu'il se demande même s'il est en train de dormir ou s'il est bien réveillé, puisqu'il s'aperçoit que si le critère de l'existence, C'est la réalité des choses, c'est le fait que je les vois, que je les touche, bref, le critère empirique du sensible, pour parler comme Platon.
44:01 Si c'est ça le critère, dans ce cas-là, je vais dire, je vois ma grand-mère en rêve et pourtant elle n'est pas là. C'est le même critère, je la vois, je soutiens Mordicus qu'elle est là devant moi. Et Descartes d'ajouter, toutefois... Ce qu'il vient de dire, on ne peut pas douter de ce qu'on voit, de ce qu'on touche là, surtout de ce qu'on touche de tout près. Je suis en train de faire cette conférence devant une caméra, je ne peux pas le nier.
44:32 Et Descartes dit, si ce n'est que je me compare à ces fous dont le cerveau est tellement offusqué par les noires vapeurs de la bile qu'ils pensent être des rois alors qu'ils sont tous nus Et qu'ils ont un corps de verre ou de cruche. Mais quoi ? Ce sont des fous ! Et je ne serais pas moins fou si je me réglais sur leurs exemples. C'est le passage que cite souvent Foucault pour dire, vous voyez, c'est là que date le grand renfermement. Moi, je suis raison, les fous, ce n'est pas dans l'humanité.
45:09 Mais Foucault, feint d'oublier, il sait très bien, il connaît par cœur, il connaît très bien cet texte, que là Descartes va à la ligne et devient admirable. Il s'auto-humilie. « Toutefois, j'ai à considérer ici que je suis homme et que par conséquent j'ai coutume de dormir et de me représenter dans mes songes des choses aussi extravagantes et quelquefois même plus extravagantes que ces insensés lorsqu'il De sorte qu'en y pensant soigneusement, je m'aperçois qu'il n'y a point d'indice concluant, ce que Descartes veut des certitudes, qui permet de distinguer la veille du sommeil, on y vient, que j'en suis tout étonné, et à l'époque, étonné c'est un coup de tonnerre, c'est une déflagration, que j'en suis tout étonné et que cette pensée est presque capable de me persuader que je dors.
46:02 Immense Descartes, grand moment de l'histoire de la pensée et de l'écriture. D'aller jusque là. Et dans la seconde méditation, il reprend le propos un peu ébranlé, il a fallu un temps de latence, et il finit, j'y arrive, par forger les fameuses hypothèses du malin génie. Il dit donc mais. Je vais imaginer, j'ai une étape de plus, puisqu'on désespère des certitudes sensibles, l'argument du rêve a montré que le sensible ne suffit pas à nous garantir qu'une chose existe, voire le rêve, mais il y a quand même les certitudes mathématiques, que 2 plus 3 égale 5, je veux dire ça, que je dorme ou que je veille, 2 plus 3 feront toujours 5.
46:49 Et c'est là qu'il fait intervenir un autre argument, il dit, il y a aussi le problème de Dieu, je ne sais pas s'il existe ou pas, puisque j'en suis encore à un stade trop élémentaire, puisque je ne sais même pas si j'ai de rouges veilles pour régler le problème de l'existence de Dieu. Mais justement, comme le problème n'est pas réglé, admettons qu'il existe, dans ce cas-là, on me dit qu'il est tout-puissant et qu'il m'a créé. Donc il peut m'avoir fait de telle manière que chaque fois que j'additionne deux et trois, je trouve cinq. Non pas parce que c'est vrai, en soi. Comme dirait Kant. Mais parce que Dieu m'a fabriqué de telle façon que chaque fois que je fais cette addition, je trouve ça qu'il peut demain décider que deux plus trois font neuf.
47:30 Et c'est là qu'il dit... Mais non, Dieu est dit aussi infiniment bon, donc il ne peut pas me tromper. Et là, il en arrive à la fameuse hypothèse du malin génie. Donc là, il y a tout d'un coup non plus un quelque chose, il n'y a plus un morceau de cire, un livre, une caméra, mais un quelqu'un qui surgit. Voilà, je dis ça pour montrer que ce troisième terme, ces pensées que je ne pense pas, cette volonté que je ne veux pas, Bon, Descartes n'est pas allé, comme Freud, jusqu'à conclure que malin génie est en lui-même.
Au-delà du principe de plaisir : traumatisés et fort-da
48:04 C'est quand même intéressant qu'il soit rapproché à ce point de la vérité. Donc, quel rapport avec le nazisme et la pulsion de mort ? C'est là que je me détourne un instant de Lacan pour voir son inspiration première à savoir Freud. Dans cet ouvrage, les fameux essais de psychanalyse, qui sont un peu le quasi dernier état de la pensée freudienne, où apparaît pour la première fois justement cette idée de la pulsion de répétition et donc de mort, on va voir le lien des deux, qui caractérise ce qu'on appelle sa troisième topique, enfin le dernier état de sa pensée, qui aboutit à une crise parce que comme les très grands penseurs Freud est quelqu'un qui est toujours en train de mettre en question ce qu'il a dit.
49:07 Je dis ça, c'est une hypothèse, je ne sais pas si elle est justifiée, mais on va voir jusqu'où je peux aller puis après il revient en arrière, il prend un autre chemin. C'est tout le contraire de la caricature qu'en fait Onfray par exemple. Freud est quelqu'un qui systématiquement veut nous persuader qu'il a raison. Donc, c'est un opportuniste dialectique, je dirais. Pourquoi c'est une crise ? Parce que jusqu'ici, Freud avait distingué très rapidement, mais c'est familier, donc je n'ai pas besoin de m'attarder, notre psychisme, aussi toujours entre deux pulsions souvent contradictoires, Le principe de plaisir et le principe de réalité. Le principe de plaisir qui me pousse vers tout ce qui me procure un plaisir et ma foi, je veux dire, le principe de réalité qui me dit attention si je continue à manger ça je vais avoir une grave maladie ou une indigestion.
50:21 Quand il n'y a pas de danger, le principe de réalité m'indique que je peux satisfaire mon plaisir sans danger, c'est le principe de plaisir qui explique tout ce que je fais. Par exemple, le rêve, chez Freud, est la réalisation d'un désir. Refoulé peut-être, mais enfin d'un désir. Et voilà que tout d'un coup, il fait intervenir la pulsion de mort. Alors pourquoi ça contredit le principe de plaisir ? Là, je suis obligé de rappeler rapidement parce que je l'ai indiqué dans l'atelier du 11 octobre dernier, mais c'est un rappel qu'il faut toujours refaire au moins rapidement, Jusqu'à cet ouvrage, Freud avait chez lui la bourgeoisie viennoise, comme patientèle.
51:13 Bourgeoisie d'une capitale qui était devenue, après la guerre de 1914, sa capitale, une immense ville pour un tout petit pays, alors que c'était un immense empire, l'empire d'Autriche-Hongrie, et beaucoup de névroses soignées dans l'establishment viennois. Et voilà que tout d'un coup, changement de clientèle après la guerre défile sur son divan des traumatisés de guerre. Quel rapport avec ce que je disais ? C'est que les traumatisés de guerre, ils s'aperçoivent que d'une manière obsessionnelle, ils ont tout ça de commun, que sur le divan, il raconte toujours, il remonte au moment du trauma, du traumatisme, par lequel a commencé leur maladie, leur angoisse, leur névrose.
52:03 J'étais là dans la tranchée, j'ai vu mon ami à côté avec les tripes à l'air, avec d'énormes efforts un peu. Tous ceux qui ont eu des accidents de la route connaissent bien ce symptôme-là, on ne peut pas s'empêcher de repenser aux dernières secondes juste avant l'accident. Il avait les phares en face de moi avec une angoisse et puis un blanc à chaque fois ou des ténèbres au moment d'arriver vraiment au choc, au trauma, bref une reconstitution quasi impossible.
52:35 Il dit mais ça contredit tout ce que j'ai dit jusque là parce que ces gens là leur inconscient les pousse tout le temps à répéter quoi ? Le moment le plus déplaisant de leur vie non pas heureux. Il s'en chante pas avec des souvenirs heureux. Voilà comment ça a commencé. Et là, je veux en arriver à quelque chose d'assez… Il le dit lui-même, c'est une hypothèse, c'est la spéculation.
53:06 Il y a des choses dont je suis certain, parce que 3000 fois j'ai vu sur mon divan quelqu'un qui est en état d'érection et qui fait un rêve de vol. Il y a un lien entre le rêve de vol, je le dis parce que les rêves de vol sont souvent euphoriques, oui, il y a une raison à cela. Et inversement, les rêves de chute, par rapport à l'érection, ce serait plutôt la castration. Les rêves de chute sont plutôt angoissants. Je vais peut-être donner encore un deuxième exemple. J'ai pris l'exemple des traumatisés de guerre. Deuxième exemple, l'exemple qui est devenu célèbre de l'enfant qu'il a observé quand il habitait chez des amis, un enfant de 5 ans à peu près.
53:44 Il avait observé un manège. Quand sa mère était sortie, il s'absentait assez souvent. Il prenait un petit jouet, un espèce de petit hochet qu'il avait dans son parc, qui était attaché à une ficelle. Il le lançait très adroitement hors du parc et il le ramenait avec la ficelle, comme un pêcheur avec son moulinet ramène sa ligne.
54:14 Sauf qu'il ponctuait les deux phases. Il n'était pas encore au stade de la parole, il était encore infans, mot à mot, ça veut dire qu'il n'est pas encore arrivé au stade phatique de la parole. Donc lorsqu'elle s'éloignait, on entendait pour un germanophone la voyelle O, Fort en allemand veut dire dégage là-bas, loin, loin. Ça c'est quand il le jetait et quand il la récupérait avec visiblement un contentement et une jubilation quand il avait le nouveau dans sa main, il disait da, da c'est là, fort-da, fort-da, le fameux jeu fort-da.
54:55 Freud après beaucoup s'est aperçu par d'autres détails qu'il y avait un complexe maternel chez l'enfant qui souffrait beaucoup de l'absence de sa mère, Et c'était une manière de se rendre maître d'une situation où il était dans une totale impuissance. C'est-à-dire qu'il commençait par jeter la mère par-dessus bord et puis la ramener avec la jubilation, comme s'il dominait. Voilà. Ça m'amène directement à une généralisation qu'il fait à partir de ces exemples.
La vie cherche à retrouver la mort par des détours
55:34 Si donc les instincts organiques, revenons en biologie pour l'instant, sont des facteurs de conservation, les instincts organiques ce n'est pas des pulsions de mort, c'est fait pour survivre, historiquement acquis, Et s'ils tendent vers la régression, vers la reproduction des temps antérieurs, il ne nous reste qu'à attribuer l'évolution organique comme telle, c'est-à-dire l'évolution progressive, à l'action de facteurs extérieurs perturbateurs et détournant l'organisme de sa tendance à la stagnation. Autant dit, s'il n'y avait pas des obstacles à affronter, l'organisme resterait à son stade primitif de protozoaire.
56:10 Si il y a eu toute cette évolution fabuleuse, c'est que des problèmes ont surgi et qu'il a fallu s'adapter. Moi je prends souvent l'exemple des requins parce qu'on dit en zoologie que c'est une espèce, une des espèces animales les plus anciennes de celles qui existent encore. Ils existaient déjà à la fin de l'ère primaire, les requins. Et pour cause, ce sont les rois, je vais dire les rois du pétrole, dans leur biotope ils sont les maîtres. Ils n'ont pas de problème à affronter, n'ont aucune raison d'évoluer, ils sont très bien comme ça. À part près de l'Australie, dans la mer de Chine, ils sont un petit peu chassés à cause des ailerons de requins qui paraît-il être un aphrodisiaque, je veux dire, mais sinon les requins ça se porte plutôt bien.
56:53 Donc, je répète, l'évolution progressive, il faut l'attribuer à l'action de facteurs extérieurs, sous-entendus à l'organisme, perturbateurs et détournant l'organisme de sa tendance à la stagnation. Donc ce n'est pas spontanément que nous nous complexifions. L'être vivant élémentaire serait très volontiers resté immuable dès le début de son existence. Il n'aurait pas mieux demandé que de mener un genre de vie uniforme dans des conditions invariables. Mais c'est sans doute en dernière analyse l'évolution de notre Terre et de ses rapports avec le Soleil, Par les catastrophes, je veux dire, les périodes glaciaires, tout ça.
57:33 Selon que la Terre, s'éloigne ou se rapproche. C'est l'évolution de notre Terre et de ses rapports au Soleil qui a eu sa répercussion sur l'évolution des organismes. Les instincts organiques conservateurs se sont assimilés chacune des modifications de la vie. C'est une des hypothèses pour l'extinction des dinosaures, comme c'est des animaux à sang-froid, ils n'ont pas supporté l'apparition de la grande glaciation. C'est une hypothèse. Les conservateurs se sont assimilés chacune des modifications de la vie qui leur ont été ainsi imposées, les ont conservées en vue de la répétition, et c'est ainsi qu'ils donnent la fausse impression de force tendant au changement et au progrès, à l'évolution c'est magnifique, alors qu'en réalité ils ne cherchent qu'à réaliser une fin ancienne, en suivant des voies aussi nouvelles qu'anciennes, des voies nouvelles pour revenir à une fin la plus ancienne de toutes, l'inertie, la tranquillité, l'ensommeillement.
58:29 Basta, là je reviens à mon sommeil éternel. Cette fin vers laquelle tendrait tout ce qui est organique se laisse d'ailleurs deviner. C'est fascinant tout ce passage. La vie se mettrait en opposition avec le caractère conservateur des instincts, si la fin qu'elle cherchait atteinte représentait un état qui lui fut totalement étranger. Cette fin doit plutôt être représentée par un état ancien, Un état originel que la vie a.
58:59 La vie a jadis abandonné et vers lequel elle tend à retourner par tous les détours de l'évolution. Par tous les détours de l'évolution, la vie cherche à retrouver la mort. Pas la mort, pas le carnage, mais la mort, l'extinction, l'épuisement. Si nous admettons comme un fait expérimental, là on voit sa génération, positivisme, les sciences dures, sa formation, c'est un biologiste, c'est un médecin. Si nous admettons comme un fait expérimental, ne souffrant aucune exception, que tout ce qui vit retourne à l'état inorganique meurt pour des raisons internes, nous pouvons dire, et c'est souligné pour la première fois, la fin vers laquelle tend toute vie est la mort. Et inversement, le non-vivant est antérieur au vivant. Donc c'est bien retour aux origines qui anime toute l'évolution.
59:53 À un moment donné, une force dont nous ne pouvons encore avoir aucune représentation a réveillé dans la matière inanimée les propriétés de la vie. Il s'agissait peut-être d'un processus ayant servi de modèle et analogue qui plus tard a fait naître dans une certaine couche de la matière vivante la conscience. Plus tard, la rupture d'équilibre qui s'est alors produite dans la substance inanimée a provoqué dans celle-ci une tendance à la suppression de son état de tension. La première tendance à retourner à l'état inanimé. La substance vivante avait encore à cette phase de début la mort facile. Le chemin vital déterminé par la structure chimique de la jeune vie ne devait pas être long à parcourir.
1:00:37 Pendant longtemps, la substance vitale devait ainsi naître et renaître facilement et facilement mourir jusqu'à ce que les facteurs extérieurs décisifs aient subi des modifications qui les ont rendus capables d'imposer à la substance ayant survécu à leurs actions souvent violentes des déviations de plus en plus grandes du chemin vital primitif et des détours de plus en plus compliqués pour arriver au but final. Je suis en train de justifier mes détours.
Le moi comme barrière ; Le Terrier de Kafka
1:01:11 Après tout, n'est-ce pas ? Tant qu'on fait un détour, c'est qu'on a joué un bon tour à la mort. Alors, comment on en arrive au nazisme ? Dernier segment avant d'arriver directement au nazisme. Si je prends maintenant du recul par rapport à ce que dit Freud, Freud va définir le moi comme la barrière que le sujet, le sujet je le prends en entier maintenant, conscient, inconscient, tout entier, que l'organisme, pour l'instant, pensant, mangeant, nourrissant, se reproduisant, le moi c'est un compromis entre des forces et des forces de l'humanité.
1:02:03 Les services internes et des dangers externes. C'est ça le moi. C'est un mur, une barrière, c'est la clôture d'une propriété. A l'intérieur de sa propriété, c'est le moi. A l'extérieur, on ne sait jamais ce qui peut arriver. Donc on devine vis-à-vis de cette métaphore que si la barrière est trop trop dure, si la carapace est trop épaisse, ça risque de s'étioler et de mourir à l'intérieur. Par exemple, il faut bien... Je regarde les animaux, les mammifères sont toujours en train de se planquer, de se protéger et d'éviter tout danger, mais au moment de la saison des amours, ils sont tous obligés d'affronter le danger. Parce qu'il faut renouveler. Idem pour la nourriture. Le lion doit cesser de roupiller. Une tiraille fait travailler les lionnes. Voilà, il faut bien, à un moment donné, s'arracher à l'inertie, spontanée, pour aller...
1:02:56 Aller assumer les conditions de leur reproduction. Il y a une nouvelle de Kafka que je recommande à ce niveau-là qui s'appelle le terrier. Vous voyez l'image, le terrier, c'est plus qu'un mur. C'est un animal, un animal fouisseur, qui a beaucoup de nouvelles animalières chez Kafka, qui raconte un animal, un genre de rongeur on imagine, terriblement inquiet on le sent, Il passe toute la nouvelle à raconter comment il construit son terrier, comment il a fait des détours, des ruses, des trompe-l'œil, des fausses pistes.
1:03:32 Voilà, sa hantise, c'est qu'un jour il sente la dent d'un prédateur dans ses reins, il fait tout pour l'éviter. Et quelquefois il est fier, il regarde ces carrefours où il a stocké la nourriture, son labyrinthe. On pense à une taupe, je ne sais pas, des trucs comme ça. Donc belle image du moi pour l'instant, au sens freudien, sauf que de temps en temps il faut bien qu'il sorte pour reconstituer les stocks de nourriture. Et là il y a un passage, je rie parce qu'il paraît que Kafka riait à gorge déployée en lisant ses textes, il crachait du sang parce qu'il avait déjà un tuberculose tellement qu'il riait.
1:04:11 Il n'y a pas que ça, il y a le plus angoissant. Il faut bien qu'il sorte, donc des fois il sort et il raconte comment, quand il est dans la forêt, un peu inquiet, qu'il revient et qu'il voit à 10 mètres l'entrée de son labyrinthe, qu'il est le seul à voir parce qu'il a mis des caches, des machins, des branches, enfin, il a camouflé. Il dit, c'est peut-être à ce moment-là, c'est ça qui me fait rire, c'est génial, que mon labyrinthe me protège le mieux, c'est quand je ne suis pas dedans, mais que je vois avec quelle perfection je l'ai travaillé.
« Ein feste Burg » : Luther, Heidegger et les Panzer
1:04:41 C'est magnifique ! Donc, si le moi c'est ça, là je ne suis pas loin du nazisme. Je fais allusion à quoi ? Vous avez remarqué que je ne parle pas du fascisme et du nazisme. Je ne veux pas dire que l'allemand est héréditairement nazi, chacun sait que je suis germanophile. Mais, je veux dire, le nazisme illustre quelques traits fondamentaux de l'histoire, de l'habitus de la nation allemande. Je m'explique.
1:05:18 Luther disait que le plus grand service divin après la théologie était la musique, et il a composé des chorales. La grande tradition de la musique sacrée allemande, Bach, Haendel, parmi les sommets de la musique occidentale, Ils viennent de cette importance accordée par la réforme à la musique qu'on retrouve aux États-Unis avec le spirituel, grâce à l'enrichissement de nos frères subsahariens qui ont apporté à la gamme occidentale quelques modifications qui ont donné à la gamme du blues. Voilà l'importance du choral.
1:05:52 Le choral le plus célèbre que Luther ait composé a pour titre « Ein feste Burg ist unser Gott » « Notre Dieu est une citadelle imprenable » on se croirait dans le Terrier de Kafka. Premièrement. Je suis en train de parler du moi qui est excessivement armuré, carapaçonné, blindé, du moi qui vit, comment ils disent là ? Zemmour tout ça, le grand remplacement, cette hantise, d'être noyauté de l'intérieur, par des intrus.
1:06:48 Ein feste Burg ist unser Gott. Une immense admiration pour Luther, pas pour d'autres raisons, mais là, c'est typiquement allemand. Le bourg, c'est la citadelle. Généralement au sommet d'une montagne, d'une colline, je pense à la Wartburg, un des coins les plus sacrés de l'Allemagne, Ce monastère roman à l'intérieur duquel Luther a traduit la Bible et où on peut visiter encore sur le mur la tâche d'encrier, la tâche d'encre, parce que le diable a surgi pendant qu'il travaillait. Il devait être fatigué.
1:07:18 Luther, un bon allemand, ne voulait pas s'arrêter de travailler et d'écrire. Il a pris l'encrier et lui a jeté sur le diable. On voit encore la tâche sur le mur. Ils doivent l'entretenir de temps en temps. Extraordinaire ! Heidegger dit dans les cahiers de 1933 qu'une des plus grandes réalisations de la métaphysique occidentale, c'est la création des Panzer Divisionen. Ce que c'est des Panzers ? C'est des blindés.
1:07:49 La hantise de la pénétration, encore une notion libidinale, la hantise de la pénétration par les communistes, par les juifs, C'est-à-dire par les judéos, bolcheviques, car tout ça c'est la même engeance. Je suis en train de me mettre dans la pensée nazie, ne m'attribuez pas les mots que je dis, c'est la même engeance. C'est-à-dire ce qui s'infiltre, vous savez, ce qui est invisible et qui vient s'insinuer en vous sans que vous puissiez le voir, c'est le pire ça. C'est pas l'ennemi que je combats, je sais pas moi le français, l'anglais, d'accord, ça c'est encore que les Français sont des nègres blancs.
1:08:24 Enfin je veux dire, Ce n'est pas le guerrier où je peux tirer dessus en face, c'est quelqu'un qui soit dans le dos, mais surtout s'insinue à mon insu par la propagande, par le discours, parce qu'il est lâche, il n'est pas assez fort pour affronter frontalement. Pardon pour le pléonasme, affronter frontalement. Et la redondance. Je ne suis pas en train d'interpréter, il y a des milliers de textes pour ceux qui...
1:09:00 Il connaît un petit peu, prenez des spécialistes qui n'ont rien de marxiste d'ailleurs, je pense à Chapoutot, mais qui connaît admirablement l'histoire documentaire et qui est spécialisée dans la culture nazie. Il a même fait une intervention, un ouvrage, un bouquin qui s'appelle « La révolution culturelle nazie ». C'est un travail idéologique énorme dans lequel il disait bien que le christianisme était un premier affaiblissement de l'Allemagne. Les germains vaillants qui faisaient des sacrifices à l'époque, les guerriers etc. on leur a dit « on te frappe sur une joue tu tends l'autre ». Enfin c'était quoi ça ?
Les affluents contemporains de la reconstitution du nazisme
1:09:39 Donc christianisme, judéité, marxisme, collectivisme, universalisme, ça me rappelle le moment présent ça. collectivisme c'est parce qu'il est C'est à la mode tout ça, par les temps qui courent. Enfin au niveau des dominants, je parle, des cultures dominantes qui nous dominent. Ah mais c'est pas que les dominants ! Attendez, attendez, toute l'intelligentsia des années 60, 70, 80, structuralisme, les Foucault, les Deleuze et Derrida, c'est une attaque en règle contre l'universalisme.
1:10:14 Je ne suis pas en train de dire que c'est des nazis, je suis en train de parler de la reconstitution du nazisme. Je ne suis pas en train de dire que ce petit ruisseau de 2 mètres de large est l'Amazone. Je suis en train de dire qu'avec des affluents comme ça, ça finit par donner l'Amazone, ce qu'on appelle un bassin versant en géographie. Car la pente, elle les pousse tous dans la même direction. C'est ça le sens de mon message. Si je m'égare, si je me perds, et si je m'embrouille, sachez que c'est ça. Je suis né en 45.
1:10:49 Après le plus grand carnage que l'humanité a jamais pu imaginer. Donc vous voyez, celui qui est agressif est obsédé par la défense, par la protection. C'est très actuel ça. Le discours le plus répandu autour de nous actuellement y compris dans les masses, en les couches moyennes en particulier, c'est quand même celui du danger des particules fines.
1:11:25 Ça c'est invisible mais ça s'insinue en moi sans que je m'en aperçoive ces saloperies. Ils se disent pas, tiens c'est curieux parce qu'au Niger où il y a très peu de véhicules, au Niger n'importe quel pays très pauvre, Il n'y a pas d'industrie, l'espérance de vie est de 42 ans, ici elle est de 80 ans. Non, ça c'est… Tous les processus pathologiques, j'ai commencé par Freud et Lacan pour ça. On l'écarte tout de suite, le déni. C'est grave ce qui est en train de se passer, de se reconstituer. On vit dans la peur. Il y en a même qui disent que c'est trop tard, il n'y a rien à faire.
1:12:00 C'est les collapsologues, vous savez. De toute façon, le collapse est inévitable. Alors les dates changent. À la fin du monde, il y en a, pour exemple, 20 ans. En 2050, il y aurait une température de je ne sais pas quoi. Ta ville, elle va être pulvérisée par une vague, là, parce que les mers vont se soulever, puisque le Groenland fond. Vous voyez ? C'est effrayant. C'est effrayant. C'est fait pour effrayer. Et le pire c'est qu'il y a millions de gens sincères qui vivent dans la peur, qui ont introjecté, pour reprendre une notion familière à une grande psychanalyste qui s'appelait Mélanie Klein.
1:12:40 J'emprunte beaucoup à la psychanalyse ce soir, c'est pas mon champ de pensée, mais je montre à quel point il peut être précieux dans la lutte pour éviter cette reconstitution fatale. Des grandes peurs. Je me rappelle d'ailleurs que tous ceux qui avaient l'admiration pour Jean-Paul Ski, c'est comme ça que le canard enchaîné appelait Jean-Paul II. Vous savez, son slogan c'était n'ayez pas peur. N'ayez pas peur du communisme, mais pour tout le reste, tous ceux qui admirent Jean-Paul Ski vivent dans la peur des Arabes, de la pollution, des gilets jaunes, de ce que vous voulez, du retour du collectivisme, on ne sait rien, des manifestations, des émeutes.
Ulysse et la répétition du carnage ; Rousseau
1:13:32 Donc voilà le lien que je voulais faire entre la pulsion de mort, la répétition, et la répétition de quoi ? Du carnage. Et ici, je reviens à ma figure d'Ulysse pour vous montrer qu'il y a une certaine continuité dans mes cycles de conférences tout de même, malgré les nombreux détours qui s'y développent à l'occasion. De Ulysse, je rappelle simplement quelque chose qu'on ne dit jamais, alors que tout le monde le sait, mais on s'empresse de l'oublier.
1:14:04 L'Odyssée, c'est la répétition d'un carnage par le même instigateur, notre Odysseos, l'Ulysse lui-même. Je dis Odysseos en grec parce que sa première lettre, le « oméga », j'en rajoute, je fais exprès, peut-être un peu dans l'imaginaire, mais cette lettre forme un cycle comme ça, Comme si le premier bord du Oméga et le second, le premier c'est le massacre des Troyens, grâce au cheval de Troie dont Ulysse a eu l'idée, c'est bien lui qui a permis le carnage, et cette nuit fatale, la victoire et la nuit.
1:14:43 Tout était juste alors, la vieillesse et l'enfance en vain sur leur faiblesse appuyaient leur défense, la victoire et la nuit plus cruelle que nous nous excitaient au meurtre et confondaient nos coups. Pas d'enfant vieilleur, tout ça, plus petit pasteur. Ça c'est le sac de Troie. Par qui ? Grâce à qui ? Ou à cause de la ruse de l'ingénieux Ulysse qui a eu l'idée de faire entrer le cheval ?
1:15:14 Faire en sorte que les Troyens fassent entrer le cheval, lequel était ses compagnons. Donc ça c'est le début, on le sait, mais on oublie qu'à la fin, parce que tout le monde dit que c'est un happy end, A la fin, heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage et puis revenu plein d'usage et raison vivant entre ses parents. Oui, oui, c'est la légende qui a pris la place de l'histoire. Parce qu'en fait, quand il revient, c'est l'épouvantable massacre des prétendants qui est aussi un carnage.
1:15:46 Et c'est le même Ulysse qui possède. Je ne dis pas qu'il a eu tort, peut-être que c'était des fieffés usurpateurs, salopards, ce qu'on veut, profitant de son château. C'était une ferme fortifiée, il y avait un tas de fumier devant l'entrée, ce n'était pas le château d'Edimbourg. Il se déguise en mendiant, il prend son arc et il les aligne tous, mais il faut voir le détail, il y a la cervelle sur les murs, c'est épouvantable.
1:16:20 Comme si, malgré tout l'immense détour de la lettre oméga, là, ce cycle autour de la Méditerranée, vous voyez pourquoi j'insiste sur la lettre grecque, Il n'avait pu empêcher le retour du carnage venant de lui-même. Et pourtant, à chaque étape, à chaque stop-over, dirait les agences de voyage, une île, une femme, la paix, pas de carnage, le paradis, Calypso, Nausicaa, Circé, se termine mal à chaque fois.
1:16:56 Donc, quand je parle de... vous voyez qu'il y a un lien entre le carnage et sa répétition. Je ne parle pas du carnage fait par une meute de loup sur un pauvre cerf qu'ils ont coursé toute la journée, je parle de ce qui est proprement humain. Comme dit Rousseau dans le contrat social, Après avoir montré qu'on a tout gagné à passer, contrairement à ceux qui croient que Rousseau est un naturaliste de l'état de nature et l'état civil, puisque Rousseau dit que dans l'état de nature il y avait un animal stupide et borné, et que c'est dans l'état civil seulement qu'on trouve un être intelligent et un homme, sauf que, il n'est pas idiot Rousseau, que lorsqu'on passe à l'état civil, ses facultés s'exercent et se développent, ses passions s'enoblissent, il parle de l'homme bien sûr, Son âme toute entière s'élève à tel point que... Apogée de tout ce qu'on a gagné en passant à l'état social.
1:17:58 Et là, il y a cette phrase terrible qui annonce les carnages qui se répètent. Si les abus de cette nouvelle condition ne le dégradait souvent au-dessous de celle dont il est sorti, en dessous de la bestialité, en dessous de l'animal. Pour ça je précise c'est pas des loups des bourrin. Je parle de carnage, je parle de la pulsion de mort, je parle de cette obsession des Panzer Divisionen, de l'Allemagne envahie de menaces, de l'Occident entouré de menaces, de l'humanité.
1:18:37 Et l'Occident est menacé par qui ? Par les Chinois ! Enfin quand même si toutes les Chinoises commencent à avoir des machines à laver, il faudra 15 planètes ! On entend ça, j'invente rien. Ça veut dire que c'est bon pour nous, mais il ne faut pas qu'eux, ils aient ça. C'est monstrueux ce qui se passe. Je glisse tout le temps du passé nazi au présent pour montrer comment ça vient, parce que ce sont des peurs malheureusement ressenties sincèrement par beaucoup. Il y en a beaucoup qui les véhiculent exprès et cyniquement, mais il y en a qui les vivent sincèrement.
L'écorce de la boule protoplasmique chez Freud
1:19:14 Donc voilà, j'ai voulu insister cette fois-ci sur ce lien. Et donc quand j'ai dit que je remontais loin en arrière, je reviens à cette hypothèse du moi qui est un peu là. Cette périphérie justement. Pas ce qui est à l'intérieur, pas ce qui est à l'extérieur, mais la périphérie elle-même, la barrière, la clôture. Et là il a une image assez extraordinaire dont il dit lui-même qu'elle est purement spéculative mais qui fait bien comprendre ce qu'il veut dire.
1:19:52 Ce système doit se trouver à la limite qui sépare l'extérieur de l'intérieur. On est en plein là. Être tourné vers le monde extérieur et englober tous les autres systèmes psychiques. Mais nous nous apercevons aussitôt que toutes ces définitions ne nous apprennent rien de nouveau. Je suis allé trop vite, excusez-moi. Voilà, voilà, voilà. Voilà, en simplifiant à l'excès l'organisme vivant, Donc c'est un schéma. Nous pouvons nous le représenter sous la forme d'une boule indifférenciée de substances irritables.
1:20:36 Autrement dit une lumière extérieure, un souffle de vent, un froid, un changement de température, ils sont immédiatement ressentis. Une boule indifférenciée de substances irritables. Il en résulte que sa surface orientée vers le monde extérieur Le monde extérieur se trouve différencié du fait même de son orientation. La partie qui est face aux agressions extérieures est plus marquée par les différences que celle qui est au centre.
1:21:09 Il en résulte que sa surface orientée vers le monde extérieur se trouve différenciée du fait même de son orientation et sert d'organe destiné à recevoir les excitations. Mais pour l'instant il y a des odeurs, des humeurs, comme l'animal peut très bien en avoir.
1:21:43 L'embryologie, pour autant qu'elle constitue une récapitulation de l'évolution phylogénique, vous savez, on fait souvent un parallèle entre l'ontogénèse et la phylogénèse. Le stade par lequel passe l'individu tout indifférencié, le foetus qui petit à petit se différencie et se complexifie, reproduirait l'évolution de l'espèce. Je ne suis pas spécialiste donc je dis ce qui se dit, de même que le foetus commence à être immergé dans un liquide, la vie a surgit du fond des océans, etc.
1:22:14 L'embryologie, pour autant qu'elle constitue une récapitulation de l'évolution phylogénique, nous montre en effet que le système nerveux central provient de l'ectoderme et que l'écorce grise du cerveau qui descend directement de la surface primitive, là c'est ses spécialités lui, pourrait bien avoir reçu en héritage ses propriétés essentielles. Rien ne s'oppose donc à l'hypothèse d'après laquelle les excitations extérieures, à force d'assaillir sans cesse la surface de la boule protoplasmique, auraient produit dans sa substance des modifications durables à la faveur desquelles les processus d'excitation s'y dérouleraient d'une manière différente de celle dont ils se déroulent dans les couches plus profondes.
1:23:00 Il se serait ainsi formé une écorce, je parlais tout à l'heure d'une clôture, une écorce, c'est ce qui est autour du fruit, de ce qu'est le plus fragile du fruit, la pulpe, on est bien d'accord, le plus précieux et le plus fragile, et qui contient à l'intérieur les graines qui permettront de reproduire l'espèce, attention, ça nécessite bien une écorce tout ça. Donc, rien ne s'oppose donc à l'hypothèse d'après laquelle les excitations extérieures se seraient ainsi formées une écorce tellement assouplie par les excitations qu'elle recevait sans cesse qu'elle aurait acquis des propriétés la rendant apte uniquement à recevoir de nouvelles excitations et incapable de subir une nouvelle modification quelconque.
1:23:45 Appliqué au système conscience, cette hypothèse signifierait que les éléments de la substance grise ayant atteint la limite des modifications qu'ils étaient susceptibles de subir du fait du passage d'excitation sont devenus inaccessibles à toute nouvelle modification quelconque sous ce rapport. Mais ils seraient en revanche capables de faire naître la conscience. Le fait de l'apparition de la conscience est certainement en rapport avec la nature des modifications subies aussi bien par la substance, la boule, que par les processus d'excitation qui l'atteignent et la traversent. Quelle est exactement cette nature ? A cette question, il est possible de donner plusieurs réponses dont aucune n'est encore susceptible de vérification expérimentale. Il dit bien qu'on est dans la spéculation.
1:24:31 On peut supposer qu'en passant d'un élément à un autre, l'excitation doit vaincre une résistance et que c'est à la diminution de la résistance qu'on doit rattacher la trace durable laissée par l'excitation. Trajet frayé. On aboutirait ainsi à la conclusion qu'aucune résistance de ce genre n'est à vaincre dans le système conscience où le passage d'un élément à un autre se ferait librement. Et on comprend mieux maintenant le lien qu'il y a entre la dureté du blindage, de la carapace, de l'écorce pour reprendre son image, et la fragilité de ce qui est à l'intérieur.
1:25:11 Autrement dit, l'agressivité atteint son zénith lorsque la terreur et la peur sont là, lorsque la conscience de la précarité de la situation, devient consciente . C'est pourquoi je tenais absolument à rappeler, et là ce sera la dernière référence, disons, en liaison avec cette histoire de ce qui est bien délimité, clos, et de ce qui est extérieur, c'est les toutes premières traces, pour reprendre son image, Je pense aux présocratiques et en particulier parmi eux à Anaximandre.
Anaximandre : l'apeiron et le peras
1:26:01 Anaximandre, disciple de Thalès, un des tout premiers. On sait que les présocratiques se caractérisent chacun d'eux par le fait qu'ils ont tous, d'abord qu'on n'a aucun texte d'eux, un peu étendu, on ne les connaît que par des témoignages, Je suis là chez Aristote, chez l'un, chez l'autre, chez Diogène Laërce, chez des compilateurs, des témoignages, le plus souvent très court et elliptique. On a donc quelques citations. On a un principe, le nombre pour Pythagore, l'atome pour Démocrite, le feu, le logos chez Héraclite, ou le combat, c'est pareil pour lui tout ça.
1:26:42 Polémos, le combat, Polémos est le père de toutes choses. L'eau chez Thalès qui est à l'origine de l'univers, tantôt c'est l'eau, tantôt c'est le feu. Le nous, c'est déjà plus rare et plus abstrait, ça c'est Anaxagore. L'intelligence, à l'origine de tout, il y aurait un intelligent design, on dirait maintenant, qui aurait organisé le cosmos, qui ne serait donc pas du au hasard, qui serait ordonné.
1:27:13 L'Anaximandre, lui, son principe, c'est le seul, parce que là, c'est l'infini. Enfin, on le traduit par l'infini. Et le mot, c'est Apeiron. Je reviens à mon blindage. Parce que vous savez ce que c'est que le périphérique. Vous savez ce que c'est qu'un périmètre. C'est ce qui est autour, justement. C'est ce qui fait qu'au-delà, c'est la banlieue, en deçà, c'est Paris, par exemple. C'est ce qui délimite. C'est clair, c'est net.
1:27:45 Or Anaximandre va construire toute une modélisation théorique à partir de la lutte de deux principes, l'apeiron, le sans-contour mot-à-mot, si j'ai traduit littéralement le mot, a privatif, comme on dit, aphone, apraxique, apatride, C'est le A privatif grec. Apeiron, ce qui n'a pas de contour, ce qui n'a pas de limite, ce qui n'est pas terminé, ce qui n'est pas fini, tout ce qui était une antivaleur pour les Grecs.
1:28:20 Les Grecs, si vous regardez bien tout leur art, et langue de droit en particulier, aiment bien ce qui est parfait au sens grammatical, c'est-à-dire terminé. C'est ça que les temps de verbes qui se rapportent au passé, des choses qui sont finies, terminées, on dit le parfait comme temps, ou le plus que parfait. Alors que l'imparfait justement c'est ce qui peut continuer à se reproduire, c'est l'habitude. Tous les matins je faisais ceci, je faisais cela, je faisais ma toilette et ainsi de suite.
1:28:52 Donc, la lutte de l'apeiron et du peras, voilà, c'est ici que je laisse tomber Anaximandre, sauf que ce peras, tout est question, le voit bien maintenant, de curseur et de dosage. Ou bien il est, je garde l'image de Freud, je parle à l'imaginaire, ou bien il est pourvu de petites alvéoles d'entrée pour que quelque chose puisse passer et sortir.
Parenthèse musicale : la musette et l'accordéon
1:29:22 Se nourrir, digérer, excréter, etc. Ou bien il est trop fermé. Et c'est la pulsion de mort. Ou bien il est trop fermé à l'extérieur. C'est à quoi je fais allusion tout à l'heure pour ceux qui ont la hantise du grand remplacement. Je fais une petite parenthèse musicale parce que j'ai fini en gros l'essentiel du propos avec ce lien entre la fantasmatique typiquement nazie de l'agresseur obsédé par la défense, c'est par exemple contradictoire, mais enfin la psychanalyse est familière avec ce qu'on appelle des ambivalences, ce qui est beaucoup plus grave que des ambiguïtés parce que c'est complètement inconscient.
1:30:12 Oui, une petite parenthèse musicale, à propos de grands remplacements, le genre musical qu'on appelle le genre musette, genre assez populaire, qui était encore plus à l'époque où la classe ouvrière et les populations urbaines, Ne comportaient pas que des cadres et des bobos comme ça a tendance à le devenir parce que bientôt pour habiter à Paris vu le prix des loyers il n'y aura plus beaucoup de place pour les couches strictement populaires.
1:30:52 Bref la culture musette, style, genre, c'est un genre intermusical. Tout le monde l'associe à l'accordéon. Si on demande quel est l'instrument qui incarne le genre musette, tout le monde va dire que c'est l'accordéon. Après il peut se faire accompagner d'une batterie, d'une contrebasse, bien sûr, oui. C'est l'accordéon qu'il se lisse, qui est la voix emblématique du genre musette.
1:31:22 Oui, sauf que, étymologiquement, c'est faux. A l'origine, la musette vient de la cornemuse. Mais là, on retrouve l'étymologie, enfin, d'un instrument qu'on appelait la musette, puisque la cornemuse, c'est plutôt la Bretagne, qui était l'instrument traditionnel des campagnes auvergnates. C'est le rôle de la communauté auvergnate dans les débits de boissons de Paris. On disait aller chez le bougnat à l'époque. Presque tout, il y avait des quartiers entiers, pas très loin de Clermont-Ferrand, des vallées entières ont une magnifique propriété construite avec l'argent gagné pendant 30 ans dans un bistrot au carrefour du boulevard Saint-Germain et du boulevard Saint-Michel, je n'en sais rien, mais je veux dire voilà.
1:32:11 Donc à l'origine, ce n'était pas l'accordéon. L'accordéon a été apporté par des Italiens, voilà le grand remplacement, ces salauds de Ritals, je parle comme parlaient les Auvergnats. Il y a eu des bagarres au couteau entre l'accordéon et la musette pour le marché des débits de boissons. Parce qu'il y en a qui croient toujours qu'ils n'ont pas de chance, il y avait une époque heureuse avant moi et moi je dois subir ces hordes d'envahisseurs. Ça a toujours été ça. C'est la vie. La vie c'est ce qui rentre et sort.
1:32:43 Voilà comment je conclurai pour l'instant.