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Pourquoi l'esthétique en philosophie : retour à Kant
0:37 Bonsoir chers amis et chers camarades. On vous a annoncé un plan pour la session de ce soir, et je dis ça en vous remerciant d'être fidèles à ces numéro 14, ou 13, 14 je crois, de nos attelages de la confinitude.
1:21 Et je suis aussi très heureux qu'on arrive à tenir ce rythme hebdomadaire, qui est quand même serré, j'en suis très reconnaissant, et pas seulement pour des raisons techniques, à Philippe qui n'a pas que ça à faire, mais qui le fait très bien. Et je dis ça parce que j'ai vu que dans vos questions, vous dites souvent merci à vous, et ça me fait plaisir, ce vous collectif. Merci à l'équipe, merci de ce que vous faites.
1:51 Je vois bien qu'on remercie aussi l'équipe. Dans le plan, j'ai dit que c'est un plan en deux parties, c'est un peu plus simple. Premièrement, je voudrais résumer, et pour les clarifier, pour ne pas qu'on se perde, la dernière fois c'était un peu complexe, abstrait, surtout dans la partie proprement philosophique, qu'on se perde dans les feuilles et les branches, et qu'on perde de vue la forêt, pour reprendre une métaphore un peu éculée.
2:26 Et donc, prendre un peu de recul. Mais entre-temps, j'ai vu de nombreuses questions, dont certaines sont exceptionnellement pertinentes, intéressantes et profondes. Et je ne dis pas ça pour passer de la pommade, vous allez juger vous-même. Or, je m'aperçois que je me proposais de répondre à ces questions à titre préalable, mais ça ne va pas se rajouter au plan, dans la mesure où, pour l'essentiel, le résumé auquel je vais procéder d'abord, comme prévu, nous permettra d'aborder des positions où l'on pourra répondre, d'une manière plus claire, à ces questions.
3:15 Voilà. Alors, je vous rappelle, la dernière fois, si je mets de côté le très beau texte de Hugo, au long des lombres, qui était un reliquat de l'avant-dernière session, nous sommes entrés un peu dans le vif du sujet, de l'esthétique comme partie de la philosophie. Et nous avons posé tout de suite une question.
3:45 Il a fallu pas mal de détours, mais de tâtonnements assez abstraits, éprouvants pour y répondre, c'est cette question. Donc, pourquoi l'esthétique ? Pourquoi, dans une série de discussions philosophiques, pourquoi faire une place à l'esthétique ? Est-ce que c'est comme ça, une invitée, comme on inviterait un urbaniste pour parler de la cité ? Je n'en sais rien, moi.
4:15 Et on a mis du temps à trouver la réponse. C'est que depuis sa fondation, la philosophie au sens strict, pas des idées profondes qu'on agite sur l'existence, sur le monde, sur Dieu, sur l'homme. Pour ça, je veux dire, bien avant Socrate, je l'ai dit, et je le répète, les philosophies dites, les pensées dites orientales, hindous, chinoises, sont d'une profondeur souvent vertigineuse. Et je répète encore une fois que je préfère une pensée profonde, fut-elle non philosophique, par exemple religieuse, à une philosophie superficielle.
4:54 Donc, ce n'est pas un jugement de valeur quand je dis que c'est à partir du questionnement socratique que, je ne suis pas le seul à le dire, vous en doutez bien, que naît la philosophie au sens strict, c'est-à-dire où la réflexion porte moins sur les choses, les grands sujets que j'évoquais à l'instant, que sur les mots par lesquels on les désigne, qui sont les mots de la tribu et qui supposent qu'on ait un accord entre nous, avant de se tourner vers l'extérieur et de voir ce qui correspond à ce sur quoi nous nous serons mis d'accord.
5:27 Or, dès son principe, au double sens de commencement et de moteur permanent, de relance permanente, principe et d'origine, principe comme on dit le moteur explosion, et d'origine, le commencement, Socrate, il ne faut pas oublier que l'inscription inscrite au temple de Delphes et que Platon cite plusieurs fois et en particulier dans l'apologie de Socrate, « connais-toi toi-même »
5:57 la formule s'adressant à celui qui vient pour autre chose que se connaître soi-même, pour demander à l'oracle s'il a raison d'entreprendre un voyage lointain, ou de déclarer la guerre à Sparte, je n'en sais rien. Vous savez que l'oracle se soucie peu de la question qu'on lui répond, il répond en général à tout à fait autre chose, comme au pauvre Oedipe. Oedipe était venu poser des questions sur ses origines, ça le tracassait, et voilà, que l'oracle lui dit, « toi, tu épouseras ta mère et tu tueras ton père. »
6:31 ce n'était pas du tout la réponse à la question qui était posée. Or, Socrate donc, rappelle qu'à chacun d'entre nous, l'oracle répond à titre préalable, si je puis dire, « connais-toi toi-même ». Or, il a fallu que nous passions par, non pas l'esthétique de Kant, du point de vue du syntagme, puisque Kant n'a pas écrit une esthétique explicitement, il a écrit la critique du jugement, qui est bien sûr la première esthétique philosophique systématique.
7:11 Et c'est dans cette critique du jugement qu'avec l'introduction dans sa dernière distinction de jugement, celle des jugements déterminants et des jugements réfléchis, Kant, au travers du jugement réfléchi, nous révèle tout d'un coup, là j'en arrive maintenant à l'essentiel que je résume, quitte à y ajouter quelques notions qui nous feront progresser dans le bilan, c'est que quand je dis « ceci est beau, que ceci me plaît »
7:45 et que j'éprouve un plaisir esthétique, proprement esthétique, c'est-à-dire que ce n'est pas le plaisir que j'ai à avoir acheté un ciseau qui marche bien parce que j'ai pu me couper les ongles sans me taillader les doigts, sans me faire mal aux mains et sans charcuter, là, je fais un jugement de valeur, ce sont de bons ciseaux, c'est un jugement de valeur, mais un jugement de valeur dont je peux rendre compte parce que, à la différence des jugements d'existence, ces ciseaux coûtent, je dis n'importe quoi, 10 euros, les jugements de valeur n'ont aucun sens si on ne les rapporte pas à une fin.
8:32 Alors, la critique du jugement est une esthétique doublée d'une téléologie, la téléologie est dans la philosophie la partie qui s'occupe de la réflexion sur la notion de finalité, des fins, telos, c'est le même qu'il y a dans télévision, télémètre, c'est tout ce qui est au loin, la fin, c'est ce qui n'est pas là, c'est ce qui est là-bas. Donc, ce que Kant nous a appris de considérable comme avancée en même temps d'assez, pas mystérieux, mais d'assez problématique, on n'en a pas fini, c'est dans le jugement réfléchi, le fait que je fais un jugement de valeur comme quand je dis voici de bons ciseaux, mais la différence capitale, c'est que tandis que pour les ciseaux, je peux expliciter la fin en fonction de laquelle je juge que ces ciseaux sont de bonne qualité, à savoir bien coupés, sans dommages collatéraux, dans le cas de l'objet beau, j'éprouve un plaisir,
9:42 mais si on me demande au fait quel désir est en train de satisfaire, je tombe des nus, ce n'est pas seulement que je ne sais pas de quel désir il s'agit, c'est que je n'avais même pas réalisé que l'objet beau me procurait un plaisir dans la seule et unique mesure où il satisfaisait un désir. À la limite, c'est l'objet qui m'a appris que j'avais ce désir. Il y a donc quelque chose de quasi humiliant pour le sujet que nous sommes, pour la conscience, pour le sujet réduit à la seule conscience, abstraction faite de l'inconscient, quelque chose d'humiliant à ce sujet qui se veut dominateur et qui régit tout, un cogito tout puissant, de réaliser tout d'un coup que l'objet en sait plus sur moi que moi-même.
10:34 Voilà un désir, je n'avais pas conscience jusque-là, mais c'est le fait de ressentir un plaisir qui me révèle que j'avais un désir. Un plaisir, c'est un désir qui est en train de se satisfaire. C'est cette énigme que nous allons continuer à creuser. Et donc, vous voyez le rapport avec Socrate, avec le connais-toi toi-même, en réfléchissant l'objet, en l'interrogeant, puisque c'est ma seule piste, c'est mon seul lien, c'est mon seul témoin pour déterminer maintenant le désir qui, pour l'instant, est à un stade totalement indéterminé, je le sais seulement, que j'en éprouve un.
Lecture d'Au château d'Argol de Julien Gracq
11:17 Pour expliciter ça, je vous lis, vous voyez, pour illustrer et pour reposer des abstractions que nous venons d'agiter, je vous lis deux extraits littéraires. D'abord, un extrait d'un roman de Julien Gracq qui s'appelle « Au château d'Argol ». Je vous montre ici la couverture, je crois qu'on le voit, voilà, aux éditions José Corti. Gracq a toujours été fidèle à ce petit éditeur qui, malheureusement, n'a plus le pignon sur rue en face de Luxembourg depuis que José Corti est mort il y a bien longtemps.
11:51 Donc, dans le château d'Argol, qui est un de ses tout premiers romans, soit dit en passant, je vous passe le pitch, c'est un roman qui se passe presque tout entier dans un manoir de Bretagne qui appartient au héros du roman, Albert, un blond passionné de philosophie, de beaucoup de choses, mais entre autres de philosophie. D'ailleurs, avant de vous lire le passage qui va nous ramener au jugement réfléchi, je vous lis ceci qui va sans doute vous intéresser.
12:21 C'est assez rare, vous voyez, Julien Gracq est un des rares littéraires qui peut intégrer de la philosophie même au sens abstrait dans un roman, n'est-ce pas, sans que ça fasse cheveux sur la soupe. C'était surtout, comme on l'a vu, aux recherches philosophiques que son esprit s'était tout d'abord appliqué. À vingt ans, laissant de côté toute considération de succès ou de carrière, il s'était fixé pour tâche de résoudre les énigmes du monde des sens et de la pensée. Il lut Kant, Leibniz, Platon, Descartes.
12:54 Mais la pente naturelle de ses goûts le poussait vers les philosophies plus concrètes et certains osèrent dire plus courageuses qui, prenant le monde à bras-le-corps, généreusement et non content d'y faire pénétrer le rayon de telles lumières particulières comme Platon dans chacun de ses dialogues, par exemple, lui demande au monde sa vérité et son explication totale en le démembrant en ses parties composantes comme Aristote et non plus Platon comme Plotin comme Spinoza.
13:27 Mais surtout, il s'était pris d'une curiosité passionnée pour le prince des génies de la philosophie, Hegel. C'est rare, un roman, à ce roi de l'architecture et de la science des ensembles, à celui qui a découronné toute connaissance abstraite de sa gloire, à celui pour qui les plus brillants systèmes philosophiques les plus brillants systèmes philosophiques ne sont que les nébuleuses dont il compose sa gigantesque voie lactée.
13:58 Il venait de lui vouer une prédilection énergique. Il tenait sa Logique pour le levier et demandait par dérision par Archimède et qui soulèverait le monde. Et il emportait Hegel dans son manoir solitaire de Bretagne. Comme c'était à la veille des vacances ? Vous voyez, ça tombe bien conseil de lecture pour y remplir surabondamment les journées qu'il prévoyait mornes et arides d'une contrée mélancolique. Maintenant, j'en arrive au passage qui nous ramène au jugement réfléchi.
14:29 Alors, je vous dis très vite un peu le pitch pour contextualiser le passage. Dans ce château, il a invité un ami, ou plutôt un ami qui s'invite, qui lui annonce son arrivée. Il va arriver avec une superbe femme. Il y aura donc deux hommes et une femme. Tout ça est très banal pour l'instant. Et là, on est en cette partie du roman où Albert, laissant tout le monde dormir, ils sont arrivés la veille, se promène dans les bois, ces forêts d'arbres assez courts avec le vent en bretagne, empêche les arbres de prendre des tailles phénoménales. Et il longe une rivière et il est fasciné par le ciel renversé dans la rivière jusqu'à ce qu'il voit tout à coup surgir dans le reflet son ami Herminien qui était réveillé et qui se promène lui aussi, mais de l'autre côté, sur l'autre rive de la rivière.
15:13 Voilà. Ça, c'est le contexte dont je voulais, à partir de là, tout est bien clair. Il avait découvert le sens réel de cet inconcevable paysage, le paysage qui se reflète dans la rivière, qu'il n'avait jusqu'alors considéré qu'à l'envers. Du fond de cet abîme dont le froid mortel mordait sa peau, monta le visage tremblant et humide du soleil. Les colonnades réfléchies des arbres, vous savez, on refait dans l'eau les arbres, on dirait des colonnades. Les colonnades réfléchies des arbres s'ordonnèrent comme de lourdes tours lisses et lustrées comme le cuivre et du centre de ce péristyle renversé à la régularité solennelle.
15:52 La face du ciel vint sous ses yeux et sous ses lèvres comme un gouffre miséricordieux et désormais immédiatement ouvert où l'homme put enfin plonger – vous voyez la tentation de plonger dans l'eau comme si on plongeait dans le ciel, n'est-ce pas ? – plonger sans retour et satisfaire sans retenue ce qui se révéla à l'instant à Albert être son plus naturel penchant. Le mot est souligné mais il vaut mieux ne pas se pencher sinon on fait comme Narcisse et on se noie. C'est moi qui le rajoute. Bien.
16:24 Une seconde, il ferma les yeux sous les charmes de la terreur et du plaisir intense de la tentation de plonger et lorsqu'il découvre et lorsqu'il les rouvrit ses yeux le rideau des arbres se déchira sous l'eau et l'image réfléchie d'Herminien donc son ami marchant sans effort sous sa surface vint vers lui au travers même de ce monde à jamais interdit et au milieu d'un tumulte d'effroi et d'extase qui fit refluer en une seconde tout son sang au cœur d'Albert on entendit sonner distinctement les dix coups d'une horloge.
16:59 Quelques passages où il décrit Herminien la tête nue et ses boucles brunes livrées au vent il avait accroché à ses épaules un long manteau gris aux plis austères desquels il était entièrement enveloppé. Je vous rappelle qu'Herminien est en train de marcher parallèlement à lui sur la rive d'en face. C'est une petite rivière pas très large. Son visage témoignait d'une exaltation fraternelle il semblait à Albert que cette image levée du fond des eaux lui sourit d'un sourire dont la fixité calme et méditative se situait dans une région inaccessible à tous les rapports humains.
17:32 Comme portée par le réseau d'une musique exaltante ses membres les membres d'Herminien paraissaient prisonniers des lois fatales d'un nombre le mot est souligné et sa démarche majestueuse au-delà de toute mesure et à tout moment visiblement orientée sembla à Albert la matérialisation pour la première fois débarrassée de toute espèce de voile là je m'interrompe matérialisation de quoi ? Écoutez bien de ce que Kant a appelé non sans mystère une soulignée finalité sans représentation de fin.
18:09 Voilà donc ici je restitue cette formule très célèbre de Kant dans l'esthétique la sensation qui nous met en rapport avec quelque chose de beau et le plaisir esthétique est produit par une finalité sans représentation de fin exactement comme le jugement réfléchissant je sais que j'éprouve un désir puisque j'ai un plaisir mais je ne sais pas lequel une finalité tout se passe comme s'il y avait une finalité sans que je puisse dire ben voilà le but c'est la richesse c'est la santé c'est la sainteté j'en sais rien peu importe voilà et enfin un second texte beaucoup plus court que j'emprunte à la préface écrite par un autre pour un autre roman qui est le plus connu de son auteur il s'agit d'Oscar Wilde l'auteur anglais il s'agit du portrait de Dorian Gray dont j'ai déjà dit dans un atelier qui n'avait jamais eu beaucoup de chance au cinéma parce que on devrait
Oscar Wilde : l'art est à la fois surface et symbole
19:19 en faire un film captivant et en fait je n'ai jamais vu une réalisation cinématographique qui rende justice à ce livre extraordinaire je rappelle aussi le pitch pour ceux qui l'ignoreraient Dorian Gray est un jeune homme d'une beauté inimaginable je rappelle qu'Oscar Wilde était homosexuel il a même fait de la prison à l'époque pour ça des criminels de guerre étaient en liberté et on pouvait se procurer toutes les obscenités qu'on voulait sur les cartes postales sur les boulevards de Londres ou de Paris d'ailleurs mais par contre il ne fallait pas être en tout cas homosexuel et surtout pas de flagrant délit c'est le monde protestant faites ce que vous voulez mais il ne faut pas se faire piquer donc un jeune homme d'une beauté exceptionnelle et qui au début du roman est en train de se faire pourtraire par un peintre qui a un penchant pour lui et ce peintre fait un tableau mais tellement ressemblant tellement fascinant d'identification au modèle qu'une dimension
20:30 fantastique commence à intervenir dans le récit le tableau progressivement se modifie change chaque fois qu'il fait une mauvaise action dans la vie le tableau se modifie on voit un rictus apparaître sur la bouche qui était jusque là angélique et parfaite etc bref le temps s'arrête pour le héros Dorian Gray qui ne vieillit pas le vieux rêve vous savez le vieux rêve de jouvence réalisé il ne vieillit pas mais le tableau vieillit à sa place voilà c'est ça le pitch n'est-ce pas maintenant je vous dis la citation elle est très courte c'est dans la préface où il y a un petit peu un manifeste esthétique dont je vous passe le détail mais qui a le mérite de comporter ceci qui si je le cite va vous rappeler pas mal de choses qu'on a vu ensemble sur l'aisthesis la surface l'apparence ce que les sens nous montrent on a vu on a vu l'abîme qu'il y avait entre le paysage qui est un décor et la nature n'est-ce pas
21:40 la nature c'est l'objet de la physique le paysage c'est l'objet de la peinture ou de la poésie ou du sentiment donc ou du jardinier paysagiste mais là on est dans l'art voici l'extrait de cette préface tout art est à la fois surface et symbole je vous avais dit la dernière fois que l'objet beau est celui qui reflète mon désir qui exprime mon désir c'est un moi collectif aussi n'est-ce pas qui exprime nos désirs donc c'est l'objet qui est le miroir n'est-ce pas la surface du miroir vous vous rappelez le petit garçon dans le texte de Hegel qui jetait sur la surface immaculée de l'onde qu'il a maculé par des cercles justement n'est-ce pas en produisant des effets bref donc tout art est à la fois surface et symbole ceux qui cherchent sous la surface le font à leurs risques et périls voilà quelque chose qu'il n'y avait pas chez Kant c'est pour ça que je cite ce texte-là pour pouvoir prolonger
Nature et liberté : la négativité dans l'histoire de l'art
22:51 après notre réflexion que Kant a eu le mérite d'initier Kant dit il y a un désir qui est en train de se satisfaire et après rappelez-vous dans son introduction cette distinction capitale qui fait entre deux domaines dont les législations sont exactement inverses le domaine de la législation par nature qui est un mécanisme déterminant et même déterministe qui fonctionne sur le mode Y égale F de X je le précise que ici je ne l'ai pas fait la dernière fois mais quand je dis F de X c'est extrêmement extensible ça peut être un F statistique si c'est dans la mécanique quantique je ne suis pas tout à fait idiot un peu ignare mais pas tout à fait idiot donc et puis à l'opposé la législation par liberté mais comme j'ai remarqué que les auditeurs ont toujours tendance à confondre la liberté avec le bien je rappelle que la liberté c'est la liberté de faire le bien comme le mal sinon
24:01 ce n'est pas la liberté c'est ce qui manquait à l'antiquité cette négativité cette conscience du mal regardez puisqu'on est en esthétique profitons des grandes divisions de l'histoire de l'art dans l'esthétique de Hegel regardez la représentation du dieu on l'a déjà vu dans les ateliers des dieux dans la statuaire égyptienne ils sont colossaux gigantesques écrasants hiérratiques immobiles ils sont là pour l'éternité et ils dégagent un mystère que presque aucun art d'aucune autre culture n'a approché de cette manière à part peut-être quelquefois la plastique de l'Afrique subsaharienne après la représentation des dieux je passe au monde grec après l'Egypte c'est une progression classique les dieux sont beaucoup plus à la dimension de l'homme au sens propre les statues font à peu près la taille d'un homme mais c'est un homme encore idéalisé il n'y a pas le négatif vous voyez
25:11 l'Apollon du Belvédère ou la statue de Jupiter c'est à chaque fois ou d'Hermès c'est à chaque fois un homme idéal et puis la troisième étape c'est le crucifié se tordant de souffrance sur sa croix donc vous voyez là où Platon met la fin de la quête de la connaissance le soleil dans le mythe de la caverne nous avons vu que ça peut être l'expression de Nerval un soleil noir si on met la liberté à la place du bien donc Platon dit que le soleil est là pour illustrer l'idée de bien enfin pour exemplariser symboliser l'idée de bien si on met la liberté à la place du bien il y a une possibilité que ce soleil s'éteigne je fais allusion au quatrain archi célèbre de Nerval n'est-ce pas je suis le ténébreux le veuf l'inconsolé ça fait beaucoup de noir tout ça le prince d'Aquitaine à la tour abolit ma seule étoile est morte et mon luth constellée porte le soleil noir de la mélancolie mélancolie
26:21 étant fait que le radical méla qui veut dire noir mélanisme vous voyez mélanome le risque est là donc je répète tout art est à la fois surface et symbole ceux qui cherchent sous la surface le font vous comprenez mieux avec mon grand détour antérieur à leurs risques et périls ceux-là aussi qui tentent de pénétrer le symbole chercher à interpréter le symbole ou plonger en dessous de la surface c'est courir un risque et c'est la phrase qui termine ce court extrait c'est le spectateur c'est-à-dire vous moi n'importe qui d'entre nous c'est le spectateur et non la vie que l'art reflète réellement la vie c'est la reflétée par de bons journalistes de bons reporters qui sont là pour parler de la vie au sens réalistique si je pouvais faire cette redondance n'est-ce pas mais dans l'art c'est d'autres aspects de la vie qui se manifestent c'est que l'art est à peu près le seul à évoquer via le symbole via l'ordre symbolique
27:31 donc je répète cette citation sans l'interrompre maintenant tout art est à la fois surface et symbole ceux qui cherchent sous la surface le font à leurs risques et périls ceux-là aussi qui tentent de pénétrer le symbole c'est le spectateur et non la vie que l'art reflète réellement alors à partir de là je vous lis les questions qui m'ont été voilà les trois questions que j'ai sélectionnées consécutives à notre dernière séance la première est de Ludovic Godard Cadillac je me permets de la lire entièrement j'espère que je ne lui fais pas violence bonjour je crois que je saisis avec difficulté la distinction entre jugement analytique et jugement synthétique vous voyez qu'on révise la dernière fois et vous voyez que vous n'êtes pas les seuls parce que lui
La ligne droite, plus court chemin : jugement analytique ou synthétique ?
28:41 il le dit la gentillesse de le dire et l'honnêteté c'est ceux-là qui font des progrès et mais je suis sûr qu'il n'est pas le seul à ne pas comprendre d'emblée cette distinction capitale je rappelle que ça est une distinction que Kant fait dans la critique de la raison pure et non pas dans son esthétique c'est la distinction des jugements réfléchissants et des jugements déterminants qui est plus importante donc je répète bonjour je crois que je saisis avec difficulté la distinction entre jugement analytique et jugement synthétique et cela malgré les diverses vidéos qui abordent ce sujet donc voilà quelqu'un qui a fait un effort qui est revenu qui a revu la leçon et pour qui il y a toujours des zones d'ombre alors voici ma question la proposition suivante est-elle un jugement analytique ou synthétique j'aimerais ici que mes nombreux interlocuteurs versés dans les sciences dures soient attentifs à ce qui suit la proposition suivante est-elle un jugement analytique ou synthétique voilà voici la proposition la ligne droite est le plus court chemin qui relie un point à un autre voilà un grand classique de la géométrie classique d'ailleurs n'est-ce pas et il répond
29:52 vous voyez enfin il répond il résume le cheminement qu'il a fait en tentant de répondre à cette question spontanément j'aurais dit qu'il s'agissait d'un jugement analytique puisqu'il semble s'agir d'une propriété de la ligne droite donc quand j'ai la ligne droite je regarde ses propriétés comme je ne sais pas le triangle a la propriété que la somme de ses angles est égale à deux droits et bien la ligne droite a comme propriété qu'elle est le plus court chemin pour aller d'un point à un autre mais un ami m'a fait remarquer que pour affirmer une telle proposition à savoir que c'est une proposition analytique il fallait considérer l'ensemble des trajets possibles et donc par là sortir du concept de ligne droite alors je réponds tout de suite parce que je fais tout ça pour y répondre tout en revenant au bilan de nos avancées et en même temps en les clarifiant c'est utile je réponds ici à Ludovic premièrement bravo pour la question merci aussi
31:04 d'avoir fait l'effort de donner un exemple et d'avoir avec beaucoup d'honnêteté et de courage philosophique c'est une grande vertu le courage philosophique en matière de connaissance d'avoir lui-même concédé sa perplexité et même de donner presque l'impression d'avoir fait un contresens en premier abord et je félicite si je peux me permettre son ami il a un excellent ami il a d'excellentes questions il a un excellent ami qui a eu bien raison d'attirer son attention sur le fait que la réponse dépend du trajet et là pour ne pas compliquer je vais donner un exemple très simple supposons qu'il soit avec moi dans un bateau Ludovic et que son ami je dis son ami comme ça parce qu'il faut quelqu'un c'est pour n'importe qui soit dans un autre bateau mais qui est entre 15 et 20 km plus loin c'est à dire en tout cas c'est ça qui compte au-delà de la ligne d'horizon ce qui fait que même par temps parfaitement clair
32:14 je ne peux plus le voir on pourrait penser que le plus court chemin c'est en suivant les flots d'aller droit de mettre cap sur lui ne pas dévier d'un millimètre ni à gauche ni à droite jusqu'à le rejoindre et bien non il y a un chemin encore plus court mais qui passerait sous l'eau car vous savez bien qu'il ne s'agit pas d'un plan mais d'une courbe le plan est courbe c'est pour ça d'ailleurs que l'horizon limite la vue parce qu'après ça bascule vers le bas je parle grossièrement il n'y a pas de bas et de haut dans la réalité mais voilà ce qui fait que vous voyez notre bateau devrait aller sous l'eau devrait être un sous-marin et prendre ce qu'on appelle la corde en géométrie et non pas rester sur la surface de la terre enfin la surface de l'eau ici la surface de l'océan qui suit la courbure de la planète et donc est forcément plus longue donc n'est pas le plus court chemin pour aller du bateau au bateau mais donc son ami a parfaitement raison
33:24 de dire ça prouve quoi que Kant est très prudent vous voyez et peut-être la notion la plus importante que son ami lui a suggéré c'est sortir le verbe sortir lorsqu'on dit est le chemin le plus court on sort du concept de ce que donne le concept de ligne droite telle qu'elle et ça nous permet non pas de réviser parce qu'on ne l'avait pas vu la dernière fois mais d'aborder justement une distinction capitale que fait Kant je vous ai dit c'est le champion des distinctions mais là il ne s'agit pas de distinction entre jugements mais entre différentes manières de traiter le traitement mathématique et le traitement philosophique et donc c'est intéressant il y en a eu des discussions qu'est-ce qui réunit et qu'est-ce qui sépare depuis que Platon a dit que nul n'entre ici s'il n'est géomètre en passant par Descartes qui se plaisent surtout aux mathématiques à cause de la certitude et de l'évidence de leur raison je ne parle même pas de Leibniz Spinoza qui était traversé bon il ne s'agit pas de tout ça d'une manière générale étant bien entendu
34:35 qu'il y a des liens qu'est-ce qui les distingue au point que ce sont deux disciplines complètement différentes et bien Kant propose cette distinction la philosophie procède par concept c'est si simple à formuler profitez-en vous devriez le noter la philosophie procède par concept la mathématique procède par construction de concept voilà une nouvelle distinction alors ça veut dire quoi construction de concept et Kant répond très clairement ce qui est bien avec Kant c'est que ça paraît compliqué mais il donne tout de suite les règles des nouveaux mots qu'il emploie ou de nouvelles expressions construire un concept c'est le représenter a priori dans l'intuition pure allez je reviens aux choses abstraites ça fait travailler là ça c'est payant l'effort que nous faisons là il y a les concepts qui viennent de l'entendement ceci est un piano ceci est une tablette ceci est une lampe ceci est mon chat des notions
35:45 plus ou moins générales la notion de chat est générale ce chat là le mien est individuel je vais répondre enfin à la question de Raphaël sur l'individu et le sujet j'ai regroupé un peu les questions pour gagner du temps donc l'entendement procède par concept la philosophie fait de même il y a donc des concepts dont certains a priori et puis il y a des intuitions empiriques le piano est plutôt froid mais il y aura un son la lumière m'aveugle ça c'est c'est les sensations c'est ça que Kant appelle les intuitions c'est au sens antique intueri c'est-à-dire voir à l'origine donc il y a des intuitions empiriques des concepts abstraits c'est la réunion des deux qui forment la connaissance bon ça je ne reviens pas c'est un corpus classique mais ce que Kant introduit pour la première fois
36:56 c'est une notion qui a l'air complètement scandaleuse par rapport à cette opposition c'est des intuitions pures en principe une intuition voir entendre etc il y a deux intuitions pures fondamentales chez lui l'espace et le temps ce ne sont pas des concepts ce sont les conditions pour toute apparition d'une intuition enfin d'une sensation si vous préférez si vous allez comprendre d'une manière très très concrète si je reviens de la planète Mars grâce à un voyage fiction space et je reviens et j'ai un sac tous les spectateurs suspendus à ce que je vais sortir de mon sac je leur dis vous allez voir un objet que personne n'a jamais vu sur Terre vous voyez les suspens on s'attend à une chose radicalement nouvelle mais non le sujet intelligent sera celui qui avant que j'ouvre mon sac et sorte cet objet venant de Mars ou a fortiori de Sirius c'est déjà savoir avant de voir c'est ça l'a priori c'est déjà que si c'est un objet il occupe un espace
38:06 et que cet espace n'est pas infini il est limité sinon c'est pas un objet j'aurais eu du mal à le mettre dans ma besace donc il a une figure un contour qui soit régulier comme un polygone ou comme un caillou un forme peu importe ça fait beaucoup de choses il a une masse voilà ou cette masse peut être convertie en énergie ça dépend un peu des états de la matière il y a beaucoup de choses à savoir a priori sur ce qui fait que c'est un objet en fait le problème c'est la notion d'objet qui ne vient pas de la science vous voyez on en retrouve toujours mon opposition fondamentale entre le langage de tous les jours et l'expression proprement scientifique une série d'équations auxquelles votre serviteur ne comprend pas grand chose dès que ça dépasse un certain niveau ça dépasse assez vite vous voyez mais dès qu'on veut vulgariser et traduire dans les termes du langage courant langage naturel pour parler rigoureusement comme les linguistes dit naturel c'est presque une antiphrase
39:16 quand on veut l'exprimer dans le langage naturel on trouve tout d'un coup des difficultés qui sont inhérentes au rapport des mots et des choses c'est la notion d'objet après tout qu'est-ce que j'appelle un objet est-ce qu'un électron est un objet demandez à des physiciens dans le mécanique quantique c'est pas évident on sait maintenant qu'il n'y a ni une position ni une vitesse bien déterminée vous voyez bon donc laissons le détail ce que la distinction que fait Kant j'y reviens la philosophie procède par concept la mathématique par construction de concept et maintenant je reviens à l'exemple cité par Ludovic la ligne droite est le plus court chemin son ami lui dit que le plus court chemin nous fait sortir du concept de ligne droite Kant dit très bien donner à un philosophe un triangle tenez je prends un triangle je vous le jette dans les mains du philosophe hop vous voyez philosophe là comme on réceptionne un ballon au basket réceptionne le triangle et Kant dit ceci
La somme des angles du triangle et la confusion féconde
40:26 demander au philosophe de déduire de tout ce que lui dit ce concept alors sans en sortir d'en déduire que la somme de ses angles fait 180 degrés il a tout ce que donne le concept de triangle trois angles trois côtés une surface enfermée par ces trois côtés on n'a toujours pas à partir de là deviner que la somme des angles fait 180 degrés je vous ai fait un petit schéma je ne sais pas si on le voit bien là mais pour vous montrer la démonstration classique n'est-ce pas bon la démonstration c'est la géométrie de papa elle est très classique on prolonge les côtés vous voyez ici en haut le sommet A on prolonge les côtés avec un système d'identification des angles alternes internes comme on dit ici il est facile de montrer que les trois angles vous voyez qui sont ici là qui font sur la cette ligne droite qui est parallèle au côté à la base si vous voulez il est facile de voir que ces trois angles sont identifiables
41:36 aux trois sommets du triangle à ceux qui font les trois sommets du triangle si vous préférez et donc presque par monstration même pas presque c'est à peine une démonstration on en déduit que la somme des trois angles fait 180 degrés oui dit Kant mais on est sorti du concept de triangle la fécondité du mathématicien par rapport au philosophe c'est qu'il n'est pas analytique contrairement à une tradition qui remonte à presque toujours la mathématique le modèle surtout la géométrie de l'analyse pas du tout nous sommes sortis du concept de triangle avec le mathématicien nous avons prolongé un côté nous avons prolongé ce triangle donc c'est qu'on a autre chose que le concept de triangle on a tout un espace extérieur qui nous est donné et sur lequel on peut travailler il y a donc bien une synthèse à notre insu qui est faite entre cet espace et celui très limité qui nous donnait le seul concept de triangle donc bravo à l'ami je prends une périphrase je ne connais pas son prénom de Ludovic qui lui a dit que la preuve
42:46 que c'était un jugement synthétique c'est que la notion de plus court chemin nous faisait sortir du triangle et qu'il fallait oui en sortir pour voir s'il fallait passer comme je vous l'ai dit en dessous de la surface de l'eau pour avoir le plus court au sens linéaire n'est-ce pas mais alors il faut sortir du plan océanique bref nous étions sans le savoir sur un espace curviligne voilà un triangle curviligne comme on dit donc merci beaucoup pour cette excellente question et d'une manière générale ce que je viens de vous dire de Kant permet de se prémunir contre l'hésitation qu'a eu Ludovic et d'être mieux armé pour la distinction des jugements synthétiques et analytiques encore une fois il s'agit à savoir de réellement ne retenir du concept que ce qu'il donne à penser pas plus il ne faut pas introduire en contrebande des notions qui ne sont pas dans le concept lui-même la dernière fois j'ai pris un exemple très simple où c'est évident ce n'est pas toujours évident quand j'ai dit il y a des chiens jaunes je veux dire et ça ce n'est pas contenu dans le concept de chien la couleur jaune a priori donc on m'a dit
43:56 tous les jugements d'expérience les jugements empiriques sont des jugements synthétiques peu sûrs et inversement les jugements analytiques sont sûrs mais n'augmentent pas ma connaissance sont plutôt stériles voilà alors je répète c'est la fin de la question de Raphaël j'aurais dit qu'il s'agissait d'un jugement analytique la ligne droite est le plus court chemin pour aller d'un point à un autre puisqu'il semble s'agir raison de dire semble d'une propriété de la ligne droite mais un ami m'a fait remarquer que pour affirmer une telle proposition il fallait considérer l'ensemble des trajets possibles et donc par là et il met entre guillemets le verbe important sortir le même que Kant dans son exemple du triangle qu'il envoie dans les pattes du philosophe qui lui n'en sort pas et donc par là sortir entre parenthèses sic donc il a lui Kant visiblement du concept de la ligne droite je suis resté fort confus voilà la suite de sa question c'est tout à son honneur pour le rassurer je lui dis que cet état de confusion est un des plus féconds en philosophie Socrate
45:06 ses interlocuteurs le comparaient souvent au torpedo on dit en anglais le poisson torpille vous savez la petite raie qui donne une décharge électrique quand on la touche parce que ces questions ces apories faisaient qu'on se trouvait un peu idiot par rapport aux questions qu'on avait au préalable et Socrate disait à son interlocuteur courage, tu es dans les douleurs de l'enfantement il n'y a rien de plus fécond que ce genre de confusion qui fait suite à un effort d'élucidation et d'intellection j'en suis resté fort confus bon merci pour votre travail à vous et à l'association voilà merci pour l'équipe et puis maintenant à la question de Geoffrey Stigl bonsoir suite au dernier entretien je voudrais remercier Dominique de sa réponse vous savez j'avais dit que c'est pas à la hache qu'on peut décider d'un point où le curseur s'arrête et à partir duquel cette année-là 31 décembre à minuit on passe de l'ordre zoologique à l'ordre anthropologique n'est-ce pas me doutant bien que Geoffrey était parfaitement d'accord que ça se passait pas exactement
Le curseur entre ordre naturel et ordre anthropologique
46:16 comme ça bonsoir suite au dernier entretien je voudrais remercier Dominique de sa réponse et lui soumettre ce petit complément car j'ai peut-être manqué de clarté durant le live le curseur qui n'existe pas spatialement est temporel ok vous vous rappelez j'avais dit que ce curseur n'existe pas dans l'espace c'est un long processus dans le temps qui fait passer de l'ordre naturel à l'ordre anthropologique et donc c'est plus dans le temps que dans l'espace si l'homme est histoire il n'est pas dans l'histoire il est histoire s'il est temporel il n'en existe pas moins très juste je dirais même à Geoffrey pour l'encourager dans sa persistance à maintenir qu'il y a un curseur qu'il en existe d'autant plus qu'il est dans le temps pour qu'un curseur c'est fait pour bouger à ma connaissance cursus ça fait plus penser au temps qu'à l'espace il y a bien les cours d'eau n'est-ce pas mais c'est justement l'exemple dont se sert héraclite le fleuve pour dire on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve
47:26 et pour nous faire donc accéder à la notion si peu empirique de devenir donc s'il est temporel il n'en existe pas moins on est bien d'accord et s'il existe c'est bien un passage à un moment donné de ou bien avec le temps progressivement de l'ordre naturaliste à l'ordre anthropologique je me demande de quelle nature il peut être excellente demande parce que c'est c'était naturel ça appartient il appartiendrait à la physique la chimie la biologie d'y répondre s'il n'existe pas en tant que rupture j'ai parlé de mon coup de hache en tant que passage soudain de la législation par nécessité à la législation par liberté je suis très content que Joffrey reprenne la distinction kantienne en modifiant les mots ça montre bien qu'il a compris au lieu de dire législation par nature il dit législation par nécessité il a bien compris que la nature est l'empire de la nécessité au sein duquel l'action humaine cherche à élargir
48:36 malgré toutes les aliénations dont vous savez l'objet cherche à élargir le royaume de la liberté faire une petite place tremblante d'abord n'est-ce pas au royaume de la liberté cette opposition entre l'empire regardez le vocabulaire de la nécessité l'empire contre-attaque voyez l'empire c'est toujours le méchant et le royaume de la liberté et de Engels un grand classique n'est-ce pas grâce à la praxis progressivement lorsqu'elle est collective non aliénée et qu'elle est débarrassée de l'exploitation de l'homme par l'homme ça fait beaucoup de conditions le mais même lorsqu'il y a des rapports de classe je veux dire faire un pont sur une rivière qui demandait des détours impossibles je veux dire c'est un progrès pour la collectivité de toute façon et quand quand je sors dehors je suis bien content de ne pas avoir les pieds dans la boue mais ou sur la glace mais d'emprunter le trottoir merci Abdallah et à son marteau piqueur je dis ça
49:46 pour illustrer le fait que Marx dit que dans la production sociale de leur existence les hommes entrent en des rapports déterminés nécessaires indépendant de leur volonté ce n'est pas ce n'était pas dans mon but d'entrer en relation avec Abdallah quand je suis sorti mais objectivement dirait Marx je suis en rapport avec lui dès l'instant que j'arpente le trottoir qu'il a produit voilà c'est comme le désir du je me réfléchis on n'en est pas conscient ça ne veut pas dire qu'il n'existe pas donc si ce curseur existe c'est que alors là ça devient intéressant ce qui impliquerait qu'il vienne d'une dimension de l'être qu'on ne connaît pas une dimension non naturelle on voit bien qu'il hésite à son vocabulaire c'est très bien il n'ose pas dire surnaturel une dimension métaphysique ça veut dire en grec surnaturel méta ça veut dire au-delà c'est l'équivalent du trans latin métaphysica physis c'est la nature voilà une dimension métaphysique bien vu c'est que la matière elle-même contient cette distinction si le passage se fait de l'ordre naturel
50:56 à l'ordre non naturel c'est que la matière en est capable et là je trouve que Joffrey est beaucoup plus rigoureux dans sa manière de parler et je l'en remercie que la plupart de ceux qui réfléchissent sur ces notions y compris de ceux qui ont des références scientifiques mais qui ne sont pas habitués à les traduire dans le langage courant ils sont plus à l'aise dans les équations apparemment car il dit bien qu'il n'y a pas ici une dialectique de la nature mais une dialectique de la matière alors essayons d'y voir clair celle qui n'est pas due à un effet de l'action humaine et une matière alors appelez ça selon les écoles philosophiques culturelles dans l'anthropologie contemporaine
52:06 spirituelle sur la plume de Hegel c'est l'esprit qui s'oppose à la nature mais l'esprit chez Hegel c'est aussi bien les outils et le marteau historique en termes plus marxistes voilà et alors je ne dis pas métaphysique exprès c'est pas faux que c'est au-delà de la physique à condition d'en pas faire un au-delà comme un arrière-monde au sens plus critique aussi bien Hegel que Nietzsche d'ailleurs pour une fois qu'ils sont d'accord sur un point c'est pas métaphysique au sens idéaliste d'un cosmos noetos comme chez Platon d'un monde supérieur intelligible au contact duquel on ne pourrait rentrer qu'après la mort ou avant la naissance non non non une hache tombale dans la préhistoire on en trouve beaucoup dans les tombeaux du néolithique une hache tombale enterrée avec le cadavre je veux dire est quelque chose de strictement surnaturel si on ne veut pas le jugement de valeur je comprends très bien on peut au moins dire
53:16 non naturel donc voilà plutôt que métaphysique je dirais aphysique ici si on pouvait oser ce barbarisme donc je répète ce temps fort de la question de Joffrey s'il exige je me demande de quelle nature il peut être s'il n'existe pas en tant que rupture en tant que passage soudain de la législation par nécessité la nature à la législation par liberté l'histoire ce qui impliquerait qu'il vienne d'une dimension de l'être qu'on ne connaît pas une dimension métaphysique c'est que la matière elle-même contient cette distinction et que l'homme n'est que son expression il ce passage serait alors l'expression la plus aboutie de la liberté entre parenthèses dialectique de la matière vous voyez sa formulation est assez rigoureuse la suite je la saute non pas qu'elle n'est pas intéressante mais je voudrais au contraire lui consacrer du temps une autre fois avec d'autres interlocuteurs qui font partie de notre association et qui sont très versés dans les sciences dures plus que moi en tout cas je pense à Erwan à Thomas
54:26 ou à Étienne par exemple ce ne sont pas des mathématiciens et des physiciens où on parlera de ce qu'il dit des lois de Maxwell et du rapport entre déterminisme et liberté en gros donc merci beaucoup pour ces questions juste un petit un correctif sur la dernière partie que j'ai communiqué à savoir que l'homme serait l'expression la plus aboutie de la liberté moi je dirais que le curseur continue d'avancer voilà ma réponse la plus aboutie à la question de la dernière fois qu'il avait posée et à celle qu'il prolonge aujourd'hui je ne peux pas être plus clair c'est à dire que le passage de la zoologie à l'anthropologie de l'ordre naturel mais on vient de l'animal le plus directement à l'ordre humain est toujours en train de se faire je dois toujours manger pour vivre même si ça fait des milliers d'années que l'acte de manger
55:37 il y a longtemps qui n'est plus qui ne se contente plus de répondre aux purs besoins biologiques de nutrition mais qui correspond déjà une fois il ne revient pas besoin de convivialité de rangement de cuisine de cuisson des aliments ne serait-ce que ça tout ce qui n'ajoute pas grand chose au programme purement biologique de la nutrition et on pourrait dire la même chose les autres instincts la sexualité qui a dans l'ordre de la nature qui n'a de sens que par rapport aux intérêts de l'espèce et non pas l'individu au contraire elle demande à l'individu de prendre des risques beaucoup ils laissent leur peau à la saison des amours les individus ce qui compte c'est que l'espèce se reproduise la sexualité on continue pour reproduire l'espèce humaine à se servir de quelque chose qui vient de la nature et qui est la sexualité mais par contre les modalités qu'on impose à cette sexualité dans l'éros pas le mariage pas seulement le mariage l'éros en général le romanesque tout ce que vous voulez va bien au-delà
56:48 ceux qui croient naïvement oh moi je m'en fous moi c'est la nature qui compte le reste c'est la poésie ceux-là sont en général ceux qui sont le plus méticuleusement attachés à des manies libidinales je ne les reproche pas c'est leur problème ils ont bien raison d'avoir leur manie après tout donc voilà et là quand je dis que le curseur continue d'avancer voilà pourquoi je justifie de dire il n'y a pas un moment vous voyez ni même où on peut dire bon allez ça y est on a évolué depuis un million d'années et maintenant on est passé oui on continue à étendre on essaye d'étendre le royaume de la liberté au dépens de l'empire de la nécessité je peux bien mais attention et là je cite Rousseau n'est-ce pas enfin je cite Rousseau j'utilise le fameux passage que je cite assez souvent du chapitre 8 du livre 1 du contrat social qui a pour titre justement de l'état civil et qui parle justement qui développe et j'y renvoie à Joffrey mais je crois qu'il a dû le lire tout de même dont le sujet n'est pas
Rousseau, Du contrat social : le passage à l'état civil
58:01 l'état de nature ni l'état civil c'est comme ça que je dis tout à l'heure à la nature on peut opposer la culture chez Lévi-Strauss l'histoire chez Marx l'esprit on peut très bien dire chez Rousseau l'état civil par rapport à l'état de nature par opposition et bien ce qui importe dans le passage dont je vous parle chapitre 8 du livre 1 du contrat social ce n'est pas l'état de nature ce n'est pas l'état civil c'est le passage justement ce sur quoi porte la question de Joffrey or que dit Rousseau ce voyez ce démonstratif il indique le passage ce passage de l'état de nature à l'état civil produit dans l'homme un changement très remarquable en substituant dans sa conduite la justice à l'instinct et donnant à ses actions la moralité qui leur manquait auparavant c'est alors seulement que la voix la voix du devoir succédant à celle de l'appétit l'appétit est une métonymie ici les instincts en général succédant à celle de l'appétit et le droit à l'impulsion physique l'homme qui jusqu'ici n'avait regardé que lui-même jusqu'ici il n'était qu'un individu
59:11 qui n'avait de rendre compte à rien ni personne sinon quand même au niveau de la nature il n'ira pas très loin l'homme qui jusqu'ici n'avait regardé que lui-même se voit forcé d'agir sur d'autres principes et de consulter sa raison avant écoutez c'est penchant penchant reprend ici instinct et appétit quoi qu'il se prive dans ce nouvel état là là commence qu'est-ce qu'on gagne qu'est-ce qu'on perd quoi qu'il se prive dans ce nouvel état dans l'état civil des avantages qu'il tient de la nature il en regagne de si grand deux points ses facultés s'exercent et se développent j'ai souvent développé donc j'y reviens pas le langage devient pensée grâce au langage n'est-ce pas la conscience accède à la pensée et à l'outil ses facultés s'exercent et se développent ses passions s'enoblissent on l'a vu tout à l'heure la sexualité devient heureuse ses passions s'enoblissent son âme toute entière s'élève à tel point que et là
1:00:22 il y a cette fameuse réserve qui donne un frisson quand on pense qu'au mal du siècle qui se fait à Rousseau a succédé le siècle du mal celui des guerres mondiales et des atrocités son âme toute entière s'élève à tel point que si les abus de ces nouvelles conditions ne le dégradait l'homme au-dessous de celles dont il est sorti jamais quelqu'un n'a été aussi précis que Rousseau alors là on ne fait pas l'impasse sur le négatif et sur le mal on le creuse là on n'est plus dans la statue grecque on est dans la souffrance ne le dégradait souvent au-dessous de celles dont il est sorti comment peut-on être en-dessous de la bestialité de l'animal il est en train de dire ça c'est vrai que l'animal ne fait jamais le mal ni le bien d'ailleurs il n'est pas par-delà le bien et le mal il est en-dessous du bien et du mal n'est-ce pas donc si les abus de cette nouvelle condition ne le dégradait souvent au-dessous
1:01:32 de celle dont il est sorti voilà pour les sens du mal il devrait mais c'est une hypothèse voyez le conditionnel il devrait bénir sans cesse l'instant heureux alors là Rousseau a l'air de penser à un passage qui se serait fait en un instant mais c'est mythique l'instant heureux qu'il en arracha pour jamais Rousseau sait très bien que c'est irréversible de même que dans dans l'Ancien Testament dans la Genèse on dit qu'on ne peut pas revenir au paradis terrestre il y a l'ange il y a l'épée de feu qui garde l'entrée ou la sortie comme vous voulez on ne peut pas y revenir il devrait bénir sans cesse l'instant heureux qu'il en arracha pour jamais et qui d'un animal stupide et borné fit un être intelligent et un homme voilà ça fait quand même une heure et demie j'ai l'impression que ah bon bon très bien bon alors j'ai le temps d'aborder le texte de Hölderlin mais avant tout de même attendez il y a encore une question de Jacques Carcin
Balzac : « la loi naturelle et le code sont ennemis »
1:02:42 je ne sais pas si j'aurai le temps d'y répondre que Jacques ne s'inquiète pas j'y répondrai mais peut-être pas en entier pendant cette séance soit je répondrai par écrit sur nos canaux nos réseaux soit à la session prochaine bonjour dans mes lectures estivales je suis tombé sur ceci qui fait écho à quelques thèmes abordés durant vos ateliers vous voyez que toutes les questions se recoupent quelque part voilà le texte toute femme mariée apprend à ses dépens les lois sociales qui sont incompatibles avec beaucoup de points avec celles de la nature hop vous voyez l'opposition que Kant faisait peut-être le moment le plus intéressant dans la critique du jugement de l'introduction à savoir qu'il y a bien deux domaines le domaine par nature le domaine de la nécessité comme disait très bien Joffrey et celui de la liberté mais qu'il n'y a qu'un seul et même territoire que se disputent ces deux domaines la force de la nature étant qu'elle n'a rien besoin de faire c'est l'inertie la nature elle n'a rien besoin de faire pour occuper le terrain le terrain il est à elle au départ par contre
1:03:52 le domaine par liberté reste une rêverie et ne domine rien du tout s'il ne réalise pas dans le phénomène occupé par la nature la fin qui en est l'essence s'il ne passe pas à l'existence c'est pour ça que j'avais pris l'exemple du village indien vous savez en Amazonie et j'avais dit il faut bien couper les herbes couper les arbres il faut qu'une forêt ou un marécage ne soit plus pour qu'un champ ou un village soit voilà là l'opposition des deux domaines n'est plus intellectuelle n'est pas entre partisans du déterminisme et ceux de la liberté non non non là c'est la praxis qui a la réponse or vous voyez ici on retrouve l'opposition entre la femme mariée donc mariage institution qui s'oppose à l'instinct toute femme mariée apprend à ses dépens les lois sociales qui sont incompatibles en beaucoup de points avec celles de la nature on peut avoir en mariage une douzaine d'enfants je vous le dis tout de suite c'est un extrait d'un admirable livre de Balzac sur le journal de deux jeunes mariés oeuvre peu connue
1:05:03 mais qui est un chef d'oeuvre on peut avoir en mariage une douzaine d'enfants en se mariant à l'âge où nous sommes à l'époque où nous sommes et si nous les avions nous commettrions douze crimes à l'époque il y avait peu de foyers de ménages qui avaient de quoi nourrir douze enfants en se mariant à l'âge où nous sommes et si nous les avions nous commettrions douze crimes nous ferions douze malheurs ne livrerions-nous pas à la misère au désespoir de charmants êtres tandis que deux enfants sont deux bonheurs deux bienfaits deux créations en harmonie avec les mœurs et les lois actuelles la loi naturelle et le code donc nature ici et histoire culture esprit ce que vous voulez instinct et institution sont ennemis là c'est Balzac qui reprend la parole et nous sommes le terrain sur lequel il lutte donc merci beaucoup Jacques qui a parfaitement compris ce que dit Kant et qui en voit la fécondité puisqu'il retrouve chez Balzac qu'il ne devait pas penser du tout à Kant lorsqu'il écrit ceci n'est-ce pas la loi naturelle et le code sont ennemis et nous nous êtres humains nous avons ce privilège le caillou est en opposition avec rien le caillou n'est pas en opposition avec la masse du cantonnier qui va l'éclater
Le sublime : Kant a tout vu mais a tiré le rideau
1:06:13 et le broyer il n'est pas vivant il ne risque pas de mourir la loi naturelle et le code sont ennemis et nous sommes le terrain sur lequel ils luttent voilà donc vous voyez nous avons de nouveau abordé les problématiques abordées par la critique de la faculté de juger enrichie par la négativité selon Hegel et nous avons vu ça dans le texte des jeunes enfants qui jetaient des ronds dans l'eau la dernière fois mais nous avons vu qu'aller sous la surface c'est un peu aller au devant des risques et des périls voilà ce qu'il n'y avait pas dans Kant je le dis pour ceux qui s'intéressent qui veulent creuser la critique kantienne Kant frôle ce problème lorsqu'il introduit pour la première fois dans l'histoire de ce qu'on appelle plutôt de de ce qui constitue le champ esthétique même si on ne l'appelait pas comme ça avant le 18ème siècle puisque je vous avais dit que l'appellation est récente Kant ne se contente pas
1:07:23 de faire une science du beau il aborde aussi le concept de sublime qui était tout nouveau à l'époque qui coexiste avec le tout premier surgissement non pas du romantisme puisque le mot n'existait pas encore mais du pré-romantisme peut-être le moment le plus profond du romantisme son premier surgissement ce qu'on appelle en allemand la Frühromantik le tout premier romantisme avant qu'il devienne une rhétorique souvent et qu'il se banalise donc lorsqu'il introduit le sublime là justement les formes que traite l'art quand on pense qu'il est contemporain de Beethoven ça fait réfléchir ce n'est plus l'harmonie l'équilibre c'est la figure de l'orage des figures d'infinité qui mettent la conscience qui pose à la question un challenge permanent ta faculté d'unifier d'harmoniser d'équilibrer je la mets en échec à chaque instant par l'abîme et par l'infini ça c'est l'esthétique du sublime qui commençait à pointer à cette époque voilà je le dis pour être honnête avec Kant c'est le seul domaine où Kant ouvre la porte non pas au débout et puisqu'il se garde bien aussi aventuré mais vous voyez il le distingue bien
1:08:33 de l'esthétique du beau c'est pas beau ça nous fait une forte impression et qui peut procurer un plaisir esthétique mais qui n'est pas de l'ordre du beau qui est de l'ordre du sublime et là je rappelle je voudrais pas que toutes ces petites séances mes interventions je l'ai déjà dit c'est ni non plus être trop directif mais quand même je voudrais pas que ce soit comme la route qui défile dans le rétroviseur et qui revient jamais je rappelle que j'ai fait deux interventions consacrées à la réponse qu'a faite Michel Clouscard à l'article que Gérard Mordia lui avait consacré et dans l'une de ses réponses la deuxième je crois oui c'est ça deuxième je rappelle qu'une boutade fondamentale de Gérard Mordia comme souvent c'est dans ses boutades qu'il est vertigineux et qui est en liaison directe avec les problèmes que nous sommes en train d'agiter lorsqu'il dit Kant il a tout vu mais aussitôt il a tiré le rideau il a vu
1:09:43 que le sujet était derrière que ce qu'on croyait être l'objet n'est qu'une projection l'objet beau j'ai pas dit le médicament que je suis en train de prendre mais l'objet beau est cet écran où se réfléchit le sujet mais ce qu'il n'a ce qu'il n'a pas vu ou qu'il n'a pas voulu voir en tout cas ce sur quoi il a tiré le rideau c'est tout ce qui peut s'agiter sur cette surface il peut surgir des monstres et là on n'a pas attendu vous voyez seulement le romantisme et les sublimes vous regardez les gargouilles des cathédrales ou les gisants n'est-ce pas où on montre des cadavres rongés par les vers gravés dans la pierre n'est-ce pas montrer que ça remonte à loin donc voilà j'enchaîne maintenant sur le texte de Hölderlin qui devrait nous reposer de ses abstractions encore que j'en connais qui m'ont dit qu'ils n'ont pas compris grand chose bon je les rassure aussi
Le dernier Hölderlin, la parataxe et lecture de « Chant allemand »
1:10:53 c'est parmi les textes les plus difficiles qui soient les textes du dernier Hölderlin je le montre ici en gros plan j'espère qu'il y a assez de lumière pour qu'on voit il y a des trous vous voyez dans la graphie de Hölderlin il y a des trous ici il y a un début de phrase qui ne s'achève pas il y a des substantifs sans verbe par moment et bien ceux que ça agace ou que ça intrigue ou que ça intéresse rien de tout ceci n'est contradictoire je les renvoie à un volume qui existe chez Garnier Flammarion de Adorno de Théodore Adorno donc de l'école de Francfort qui a écrit une superbe essai qui s'appelle la parataxe chez Hölderlin Hölderlin et la parataxe ça dépend un peu des traductions qu'est-ce qu'on appelle parataxe en figure de style c'est justement ceci c'est ce qu'on appelle style télégraphique d'accord me chercher 11h vous voyez prendre train demain chercher me chercher 11h bon ouais la parataxe la phrase où il y a des trous et je recommande
1:12:04 d'autant plus ce livre que Adorno s'en prend courageusement à celui qui a essayé de monopoliser Hölderlin pour le pire plutôt que pour le meilleur je pense à Heidegger en le confondant sur un point bien précis mais je ne le verrai pas ici ça nous entraînerait trop loin donc chant allemand je le lis d'abord en entier quand le matin ivre inspirant se lève et l'oiseau sa chanson commence et des rayons le fleuve lance et plus vite vers le bas la voie rude va par-dessus la roche vu que le soleil a échauffé et le un trou désirant en autre pays les jeunes gens un trou et le portail s'éveille et la place du marché bon il y a des trous mais on voit bien que ça continue le crescendo de tout ce qui s'éveille au moment de l'aube et le portail s'éveille et la place du marché et des saintes flammes du foyer la rouge vapeur monte ça avait commencé quand le matin ivre inspirant se lève et là la rouge vapeur monte vous voyez qu'il y a une continuité quand même malgré les trous et monte mais dites donc ça a commencé par quand quand le matin et on n'a toujours pas la principale
1:13:14 c'est une immense subordonnée je comprends qu'on soit dérouté quand on n'est pas habitué n'est-ce pas et la principale le dernier la retarde la voici n'est-ce pas alors il fait silence seul pardon je vais dire je ne m'interromperai pas donc je ne le ferai plus alors il garde calme dans la poitrine son cœur et songe dans le portique solitaire pourtant quand alors est assis dans l'ombre profonde quand par-dessus la tête l'homme murmure au ruisseau qui exhale la fraîcheur le poète allemand et il chante quand il a de l'eau saintement sobre à ses buts écoutant au loin dans le calme le chant de l'âme et encore encore est-il de l'esprit trop rempli et l'âme pure jusqu'à ce que courroussé il trou et la joue lui brûle de honte un piche à qu'accent du chant un trou dernière partie pourtant souris sur la simplicité de cet homme
1:14:24 souris au pluriel sur la simplicité de cet homme les étoiles qu'en venant de l'orient prophétique sur les monts de notre peuple elle séjourne et comme la main du père lui reposait sur les cheveux au jour de l'enfance et là il y a un crescendo pardon ainsi couronne qu'il frémissant le centre un signe la tête de la haide quand toi toi qui à cause de ta beauté jusqu'à ce jour est resté sans nom ô le plus divin ô bon esprit de la patrie sa parole dans le chant d'un homme point final alors c'est beaucoup plus clair qu'il ne le semble plus mort quand on sait que ça commence par une grande subordonnée n'est-ce pas la subordonnée se rapporte à tout ce qui se passe tout ce qui est lié à l'aurore n'est-ce pas c'est dit d'une manière magnifique mais enfin je veux dire c'est un peu tous les mêmes choses l'aurore n'est-ce pas on passe de l'immobilité au mouvement de l'obscurité à la lumière de la fraîcheur au soleil qui tiédit un peu tout ça donc quand le matin
Ivresse et sobriété, lumière et ombre : la structure du poème
1:15:37 ivre inspirant se lève si vous voulez simplifier bien sûr ça fait mal non pas de charcuter je ne vais pas charcuter mais ça fait mal de réduire de schématiser un texte aussi admirable mais prenez une feuille comme ceci n'est-ce pas voilà comme ceci faites un tableau dichotomique vous mettez une barre ici en sorte que tout ce qui est à gauche là est son contraire en face on a dit nature culture instinct institution on voyait tout à l'heure et au lieu de ce qu'on vient de dire vous mettez vous voyez quand le matin ivre inspirant se lève vous prenez le mot ivre vous sautez la page quand il a de l'eau saintement sobre à ses buts opposition de ivresse et sobriété c'est pas l'interprétation ça c'est dans le texte c'est une dichotomie on va essayer de clarifier en se raccrochant à des oppositions bien tranchées donc au début c'est la lumière et des rayons
1:16:48 le fleuve lent et plus vite vers le bas la lumière et la chaleur ça va ensemble la voie rude par-dessus la roche vu que le soleil il a échauffé donc je saute de nouveau au passage où il y a le poète allemand alors est assis dans l'ombre profonde opposition de l'ombre et de la lumière donc dans la première partie du poème il y a l'ivresse la lumière le crescendo la chaleur et lorsqu'on arrive au poète allemand c'est à dire non pas seulement au sujet de toute la phrase mais à la proposition principale qui articule le poème lorsqu'on y arrive il y a l'ombre qui s'oppose à la lumière pas la nuit l'ombre la nuit va venir à la fin l'ombre la fraîcheur au ruisseau qui exhale la fraîcheur quand par-dessus la tête l'orme murmure au ruisseau qui exhale la fraîcheur donc voilà l'orme donne de l'ombre l'ombre est plus frais que lorsqu'on reste au soleil il y a la proximité du ruisseau et son murmure qui fait écho à l'oiseau qui chantait dans la toute première partie quand le matin ivre inspirant se lève et l'oiseau sa chanson commence c'est beaucoup plus beaucoup plus organisé
1:17:58 qu'on ne le croit ce poème et quand il a de l'eau saintement sobre assez bu écoutant alors qu'il y avait surtout des visions de la première partie oui c'est la lumière tout ce que la lumière fait voir tout d'un coup la rouge vapeur du foyer le marché qui s'agite tandis que là il y a des sons vous voyez écoutant au loin dans le calme le chant de l'âme non pas la lumière des corps mais le chant de l'âme donc ça c'est un petit conseil pour montrer que c'est alors pourquoi ce renvoi de la principale du sujet bien après le début du poème je répète ce début jusqu'à arriver à la principale quand le matin ivre inspirant se lève et l'oiseau sa chanson commence et des rayons le fleuve lance et plus vite vers le bas la voix rude va par-dessus la roche vu que le soleil l'a échauffé et le désirant en autre pays les jeunes gens bon là c'est des trous mais maintenant on comprend mieux quelque chose c'est que les jeunes gens alors que le poète regardez le poète allemand il est seul alors est assis
Le poète seul, la mesure et la nuit des étoiles
1:19:08 dans l'ombre profonde vous voyez excusez-moi alors il garde calme dans la poitrine son cœur et songe dans le portique solitaire vous voyez il ne faut pas interpréter les mots nous répondent le poète seul dans l'ombre et dans la fraîcheur opposé ici à la foule qui commençait à s'agiter je ne sais pas sur le marché dans la rue peu importe des gamins qui vont sur le chemin de l'école merveilleux extrait des étages de la vie de Shakespeare dans As You Like It n'est-ce pas et après les écoliers avec la figure n'est-ce pas qui se réveillent le matin avec comme des chenilles sur la joue et qui s'en va entraînant les pieds unwillingly to school alors que vous voyez alors il fait silence seul dès le début la principale le sujet il est seul alors il fait silence seul alors il garde calme
1:20:19 le mot revient plusieurs fois dans la poitrine son cœur vous voyez pourquoi insister sur ce calme parce que il y a dans l'enthousiasme excentrique au sens propre vous voyez on élargit le centre et les jeunes gens désirant en autre pays on comprend mieux pourquoi tout d'un coup l'espace s'élargissait ça paraissait énigmatique que viennent faire les autres pays ici les jeunes gens et le portail s'éveille et la place du marché vous voyez partout il y a un espace collectif grand étendu comme dit Hölderlin ailleurs que la patrie ne nous devienne pas un petit espace lourd est celui à étendre les pieds et par opposition alors il fait silence seul mais ce n'est pas du tout un amour de la solitude ce n'est pas le plaisir d'être seul c'est le besoin d'être seul pour se protéger de la rumeur précédente de la rumeur solaire vous voyez ici on voit bien que la beauté du poème tient à la modernité
1:21:29 de la problématique qu'il exprime qui est la nôtre depuis le début de la modernité cette espèce de romantisme absolu qui est bien différent du romantisme académique qui a souvent suivi avec des banalités et de l'académisme donc ici je reviens à la principale alors il au début il dit pas qui il y a un pronom il alors il fait silence seul premier il deuxième il alors deuxième alors il garde calme dans la poitrine son cœur autrement dit il a le cœur qui palpite comme nous devant l'aube regardez ce que Rimbaud fait de l'aube dans les illuminations alors je levais un à un les voiles par la plaine où je l'ai dénoncé au coq vous voyez bon là non et songe dans le portique solitaire vous remarquerez que le portique fait un abri aussi vous voyez impose à la verticalité le tout premier vers quand le matin ivre inspirant se lève et après et la rouge vapeur monte vous voyez ces forces ascensionnelles
1:22:39 voilà que le portique lui assigne une limite exactement comment dans le temple grec le tympan venait imposer le metron la mesure pour pas atteindre l'hubris à la verticalité des colonnes vous voyez donc ce recours ici à l'équilibre n'est pas celui des grecs pour créer une espèce d'harmonie c'est pour se protéger d'un danger alors est assis dans l'ombre profonde alors excusez-moi pourtant quand on dirait que la subordonnée va reprendre et tout de suite cette fois elle s'interrompe donc il revient à son sujet principal alors est assis dans l'ombre profonde quand par-dessus la tête l'homme murmure on sait toujours pas qui au ruisseau qui exhale la fraîcheur virgule le poète allemand il faut attendre ce vers-là pour commencer enfin pour commencer pour avoir enfin le sujet au sens grammatical c'est pas de tous ces prédicats du calme de l'ombre de la fraîcheur et chante quand il a de l'eau saintement sobre à ses buts écoutant au loin dans le calme de nouveau décidément
1:23:49 le chant de l'âme et là il y a cette phrase étonnante et encore encore deux fois est-il de l'esprit trop empli il y a le trop de l'hubris trop c'est une des mesures c'est malgré tous ses efforts c'est nous c'est nous les modernes on essaye il y en a qui ont recours à la sobriété heureuse il y en a qui font un jogging tous les jours pour expier leur whisky et leur soirée avant on se confessait tous les samedis pour se faire pardonner les péchés puis on recommençait à pécher dans la semaine enfin un peu pareil c'est un jogging la pénitence maintenant je dis ça parce que c'est Clinton ou lequel qui avait eu une attaque cardiaque pendant son jogging je ne sais plus si c'était Carter ou Clinton je crois que c'est Clinton quand même oui attention c'est pas sûr que ce soit si bon pour l'instant moi quand je les vois ils sont violets congestionnés on sent qu'il y a un effort pour se purifier bon allez laissons l'ironie ce n'est pas du Heine qui manie l'ironie à merveille c'est du Hölderlin donc et encore encore est-il de l'esprit trop empli
1:24:59 ça veut dire même en ne buvant que de l'eau c'est symbolique bien sûr même en fuyant toute toute tentation d'ivresse il n'arrive pas à la mesure je n'atteins jamais selon mes voeux la mesure il dit ça dans un autre poème sinon je ne l'annoncerai pas comme ça vous savez je ne vais pas interpréter pourtant sourit sur la simplicité de cet homme et ça c'est la dernière partie j'ai sauté le passage un peu énigmatique mais on sent qu'il y a une coupure une violence et la joue brûle de honte un piche à qu'accion du champ il y a quelque chose qui s'est cassé ce n'est pas un hasard s'il y a un trou il y a quelque chose qui est refoulé qui doit rester sous terre pour l'instant donc je le laisse de côté pour l'instant pourtant sourient au pluriel sur la simplicité de cet homme les étoiles et voilà qu'on avait commencé avec l'aube et que maintenant on est à la nuit après être passé au moment le plus chaud à midi à l'ombre de l'orme qui murmure près du ruisseau qui exhale la fraîcheur quelle unité de temps il n'est pas si décousu que ça ce poème vous voyez cette fois il n'y a plus de danger solaire pourtant sourient
1:26:10 sur la simplicité de cet homme les étoiles qu'en venant de l'Orient prophétique la référence ce n'est plus la Grèce ce n'est plus Apollon ce n'est plus ce compromis entre la lumière l'équilibre l'ombre non c'est la nuit la nuit orientale l'infinité les étoiles de l'Orient prophétique car l'Orient est la patrie des prophètes pour les jeunes théologiens qu'en venant de l'Orient prophétique sur les monts de notre peuple elles séjournent et où les étoiles se meuvent n'est-ce pas elles ne sont pas toujours la même place mais quelquefois elles se suspendent au-dessus de nous de l'Occident elles séjournent et comme la main du père lui reposait sur les cheveux il y a une image ici d'extrême précaution n'est-ce pas je fais une hypothèse ce n'est pas une interprétation c'est une hypothèse les cheveux c'est ce qu'il y a de plus haut dans le corps donc c'est lié aux étoiles comme si le rayonnement des étoiles était comme une main posée sur les cheveux du poète allemand vous voyez et comme la main du père lui reposait sur les cheveux
Lecture d'« Aux poètes » de Hölderlin
1:27:21 au jour de l'enfance sous-entendu qui semble bien loin maintenant il est tête nue je dis tête nue dans un autre poème que je vous recommande qui s'appelle « Aux poètes » dédicacé aux poètes en général au pluriel Hölderlin explique que les sens écoutez je vais quand même vous en citer un petit passage ce sera plus simple que de le paraphraser c'est un poème où il dit quelle est la fonction du poète dans la société donc c'est quand même pas rien voilà comme au jour du repos un paysan s'en va je vais vite parce qu'il est plus clair comme un jour comme au jour du repos un jour férié un paysan s'en va voir ses champs au matin quand de toute la nuit brillante sans relâche ont jailli les éclairs dont l'après-midi d'orage glacé et sourdement l'orage à l'horizon s'apaise l'esthétique du sublime et gronde encore on entend au loin encore des grondements vous voyez mais c'est calme comment il dit Hugo tout est tranquille heureux des nous apaisé Dieu regarde et gronde encore le fleuve redescend à ses rives
1:28:31 il avait débordé il avait fait la démesure le fleuve redescend à ses rives une fraîcheur d'herbe verdie au sol et la pluie bienfaisante du ciel ruisselle de la vigne or les arbres du bosquet luisent debout dans la paix du soleil comme le poète allemand les arbres du bosquet sont insensibles à toute cette agitation qui a fait suite à l'orage à cette espèce d'illumination au sens rimbaldien tous ces météores qui font cette splendeur ça n'empêche pas aux arbres de rester calmes imaginez les peupliers dans la scie où ils se balancent dans le vent comme ça ceux qui sont sur la tombe de Rousseau ce serait parfait debout dans la paix du soleil sont les arbres de la futaie alors je me dis mais tu nous as dit tu nous parlais des poètes voici tel vous voici vous voyez le nouveau renversement en fait il parlait des poètes tel vous voici debout sous des cieux favorables vous les poètes formés par un seul maître vous qu'élèves au lac léger de sa magie omniprésence belle divinement puissante la nature je vais vite parce que c'est clair c'est pourquoi lorsqu'elle semble au long d'une saison dormir donc c'est en hiver lorsqu'elle semble au long d'une saison dormir dans le ciel ou parmi les plantes
1:29:41 ou les peuples les poètes aussi sont en deuil en hiver ils paraissent abandonnés et pourtant ils pressentent le futur comme elle aussi dans son repos la nature n'est que pressentiment frappés de l'infini depuis longtemps connus frémi ce souvenir et qu'au feu de l'éclair soit fruit né dans l'amour l'oeuvre des hommes et des dieux le chant trouve naissance le poème est un compromis entre la démesure qui est l'affaire des dieux n'est-ce pas et le monde de l'homme le poète est celui qui a la charge de recevoir le choc pour le redistribuer aux hommes amoindris amortis si vous voulez sans danger alors je vous le dis d'abord comme ça parce que c'est plus clair vous voyez donc et et c'est pourquoi je vous dis la conclusion et c'est pourquoi les fils de la terre vous et moi maintenant peuvent sans péril tremper leurs lèvres au feu céleste mais c'est à nous pourtant les poètes à nous qu'il appartient de rester debout tête nue vous voyez c'est plus le portique là c'est à nous il n'y a pas la main du père sur les cheveux c'est à nous pourtant
1:30:51 de rester debout tête nue ô poète sous les orages de dieu de saisir dans notre propre main le rayon du père l'éclair lui-même et de tendre foule sous son voile de chant le don du ciel comme s'il était nécessaire qu'il soit voilé que notre cœur comme un cœur d'enfant soit pur que soient nos mains vierges de faute le rayon le pur éclair ne nous brûlera point et dans son ébranlement suprême sa douleur à la douleur unie d'un dieu le cœur restera ferme à jamais voilà je tenais à cette intertextualité vous voyez donc je reviens à chant allemand pourtant et comme la main du père oui lui reposait sur les cheveux au jour de l'enfance ainsi couronne qu'il frémissant le centre un signe à la tête de la haine quand toi toi il y a ce mystérieux toi alors qu'il n'y avait pas de deuxième personne jusque là n'est-ce pas il y avait le poète qui parlait de ce qui se passait autour de lui quand toi toi il n'y a plus de quelque chose il y a tout d'un coup un quelqu'un qui à cause de ta beauté jusqu'à ce jour est resté sans nom alors quoi c'est Dieu c'est le Graal c'est l'absolu c'est le soleil
L'esprit de la patrie : Beethoven, Schiller et Hegel
1:32:02 de la caverne non la réponse est là ô bon esprit de la patrie et voilà qu'il y a une dimension politique vous croyez que j'avais oublié mon propos esthétique et politique n'est-ce pas la même année de naissance de Hölderlin de la naissance 70 que l'année de naissance de Hegel c'est la naissance de Beethoven le 9ème de Beethoven traverse des abîmes de désespoir il y a même une musique funèbre à la fin du premier mouvement c'est un des très rares mouvements qui se terminent en mineur et tout d'un coup il y a ce fameux chœur avec l'ode à la joie qui vient triompher à la fin n'est-ce pas et parce que le salut est devenu collectif n'est-ce pas c'est c'est l'ensemble des peuples d'ailleurs dans le poème de Schiller alors que Beethoven en musique Seid umschlungen millionen prosternons-nous millions d'êtres je rappelle que les tout derniers mots de la phénoménologie de l'esprit sont une citation de Schiller les tout derniers mots où l'absolu Hegel écrit encore ces derniers mots à lui sans lequel
1:33:12 il serait la solitude sans vie mais voilà ce qui fait qu'il y a une solution et là il cite Schiller du calice des esprits voilà la collectivité de la communauté du calice des esprits écume jusqu'à lui sa propre infinité donc quand toi toi qui à cause de ta beauté jusqu'à ce jour est resté son nom oh le plus divin oh bon esprit de la patrie sa parole dans le chant d'un homme donc le nom c'est plus un nom comme Pierre-Paul-Jacques c'est plus un nom propre ni même un nom commun un jugement justement qui serait un concept c'est le déploiement du chant lorsqu'il est réussi lorsqu'il est comme ici un super poème qui constitue la nomination de ce qu'il y a de plus haut de ce qu'il appelle la patrie vous voyez qu'on est très loin de la patrie au sens n'est-ce pas au sens chauvin ou nationaliste au sens sombregéou ou comment on dit Rimbaud un terme superbe au sens patrouillotique n'est-ce pas le patriotisme
1:34:23 Rimbaud était exaspéré de voir les propos belliqueux anti-prussiens en 70-71 donc voilà donc ça marche on va passer aux questions mais on a je tenais à finir sur ce cette fin cette extraordinaire fin où ça passe à la seconde personne quand toi toi qui as sa beauté et restait son nom ô le plus divin bon esprit de la patrie sa parole dans le chant d'un homme je voudrais juste terminer en ouvrant une porte pas en fermant pour les prochaines fois ou simplement pour vos réflexions respectives en espérant que ça va susciter des questions aussi intéressantes et pertinentes que celles par lesquelles j'ai commencé c'est qu'on voit aussi en même temps qu'une réussite poétique exceptionnelle on voit l'impasse du champ esthétique dans la modernité c'est grave ce que je dis je reviens à la fameuse affirmation de Hegel non pas que l'art est fini il dit bien il ne cessera jamais de progresser de se perfectionner mais il ne faut plus compter sur lui pour éclamer l'absolu
L'impasse du champ esthétique dans la modernité
1:35:33 on a besoin d'une transformation réelle du monde extérieur et non pas simplement de la figuration symbolique de ce changement par image et représentation interposée s'il y a représentation et dans la logique de Hegel dans son système je veux dire dans sa systématique l'art comme la religion ont ce dernier manque par rapport à la philosophie qui a le dernier mot de l'encyclopédie le concept pur ce handicap même s'ils sont des révélations de l'absolu grâce à l'art et grâce à la religion l'absolu ce n'est pas le lien entre les hommes et non pas le lien à la nature qui appartient aux sciences dures qui est tout à fait autre chose cette représentation est la preuve que l'essentiel n'est pas présent s'il y a représentation
1:36:43 c'est qu'il n'y a pas de présence un peu comme un tombeau est là pour signifier l'absence de quelqu'un pour lui donner une présence à son absence pour évoquer son absence je me rappelle ce qu'on a bien dit de la théologie négative donc il y a une impasse ici il est temps que comme dit magnifiquement Rimbaud ce sont les tout derniers mots de la Saison en enfer il veut accéder à une vérité dans un âme et un corps il ne veut pas seulement avoir l'âme trop remplie comme le poète allemand mais dans une âme et un corps voilà la piste que j'ouvre le rapport entre art et praxis je rappelle et j'en terminerai avant les questions j'avais déjà signalé la dernière fois que les grecs se servaient d'un seul mot la techné pour dire aussi bien l'art du sculpteur qui représente cette merveille du monde et la statue de Diane d'Éphèse que l'art du cordonnier qui fait des sandales voilà la techné
Newton, l'empire de la nécessité et la question du devoir
1:37:53 au lieu de les opposer comme nous y a-t-il des questions ? alors oui il y a une question de Mal Efique oui est-ce qu'on peut dire que ce qui a fécondé dans l'esprit de Kant le jugement synthétique c'est Hume le jugement analytique Descartes merci beaucoup Marie Mal Efique fidèle auditrice que je salue et qui pose une très bonne question elle cite Hume et Descartes alors ça me donne l'occasion et je la remercie d'apprendre à ceux qui peut-être ne le sauraient pas qu'il y a trois grandes influences qui ont produit le kantisme Newton Hume et Rousseau dans la connaissance c'est le couple Newton-Hume Rousseau n'intervient après que pour l'action on l'a déjà vu morale la politique le droit etc dans la législation
1:39:04 par liberté mais revenons à la connaissance pure qui ne s'accomplit d'une manière rigoureuse que dans la science et dans les sciences de la nature et à l'époque de Kant c'est Newton bien sûr mais Hume lance un pavé dans la mare la mare c'est ça y est avec Newton on est arrivé c'est extraordinaire enfin une phrase de ligne et demie celle qui énonce le principe de la gravitation universelle les corps s'attirent en fonction direct de leur masse et inverse du carré de leur distance l'esprit de cette espèce de ver de terre qu'est l'homme dans l'univers tout d'un coup s'approprie le principe de tous les mouvements de l'univers tous les mouvements qui se produisent à une vitesse qui n'approche pas trop celle de la lumière voilà mais enfin quelle conquête et surtout que ce que Newton révèle après Galilée c'est la culmination d'un processus qui a commencé avec ce qu'on appelle la révolution scientifique entre XVIe et XVIIe siècle entre la Renaissance et l'ère classique donc Galilée Descartes
1:40:14 Huygens Kepler etc. bien sûr et l'enchaînement des connaissances donc ça va très vite après c'est l'augurie la progression de la science et à l'époque de Kant et pour très longtemps elle culmine à Newton qu'est-ce qu'elle nous enseigne pour ce qui nous intéresse nous philosophes c'est que dans le champ qui est le sien dans le domaine qui est le sien pour parler comme Kant domaine de la science en nature il n'est pas question de parler de liberté au contraire là règne la loi physique la plus implacable qui ne souffre aucune exception je peux griller le feu rouge dans les lois humaines c'est pas recommandé mais enfin c'est possible il y en a qui le font de temps en temps soit parce qu'ils sont sous soit parce qu'ils prennent un risque ou ils voient qu'il n'y a personne la nuit ils se croient en sécurité c'est toujours imprudent et de toute façon c'est interdit mais on peut mais on ne peut pas vivre sans manger on ne peut quand je prends une assiette et que je la jette par terre et qu'elle se brise en mille morceaux je ne peux pas prendre les mille morceaux les jeter
1:41:24 et escomter que ça reconstitue l'assiette ça s'appelle l'entropie alors qu'est-ce qu'on est en train de dire on est en train de dire que plus notre connaissance réussie notre connaissance rigoureuse celle de ce qu'on appelle la science de nos jours vous pouvez me dire les sciences plus là où on croyait qu'il y avait des volontés de la liberté de la spontanéité des nymphes dans les sources un dieu qui fait pleuvoir tout ça s'évapore c'est plutôt l'empire de la nécessité qui s'affirme donc c'est certainement pas là on est dans l'ordre physique maintenant conclusion du philosophe Kant c'est certainement pas dans le domaine naturel que l'on va chercher les principes de notre action morale de la réponse à la question que dois-je faire voyez comme ça nous fait résumer la question de Maléfique merci Marie que dois-je faire on a vu la dernière fois que devoir est pris ici au sens fort c'est à dire que dois-je faire quand je peux faire ceci et son contraire
1:42:35 sinon c'est que puis-je ne sais pas puis-je vivre sans manger non c'est impossible puis-je griller le feu rouge oui mais je ne dois pas c'est ce devoir là celui auquel je souscris alors que je pourrais le transgresser c'est à dire qu'il reste à l'intérieur de la liberté ce que Kant appelle ce stade intermédiaire où j'obéis quand j'obéis quand je m'arrête au feu rouge je ne peux pas dire que c'est ce moment-là je ne vais plus l'épreuve mais c'est un statut intermédiaire entre la liberté au sens du caprice absolu et la stricte nécessité naturelle c'est que je suis autonome c'est à dire que ici le principe de l'action il est intérieur il n'est pas extérieur il m'arrive quand je cherche une destination avec la voiture enfin quand je conduisais et que je ne trouve pas je m'égare je me dis quelquefois il m'arrive d'être kantien je fais encore 5 km au compteur et après je fais demi-tour quoi qu'il arrive je finis à toutes fins utiles je finis la réponse à la question donc cet empire de la nécessité
1:43:47 semblait désespérant plus notre connaissance s'étend plus se rétrécit notre espérance qu'il y ait un domaine où la liberté est possible où tout ne soit pas Y égale F de X sans que la réciproque soit valable et voilà qu'intervient Hume dit je mets une casserole sur le feu j'attends que l'eau boue une casserole d'eau pardon lorsqu'elle boue je regarde le thermomètre il marque 100 degrés je fais l'expérience plusieurs fois la même chose se répète je peux donc écrire je ne sais pas si je dois mais je peux écrire l'eau boue à 100 degrés comme une loi de la physique comme un principe de la physique Hume dit c'est illégitime c'est un coup de poker c'est pas faux je ne dis pas que c'est faux il dit en bon anglais il est empiriste donc il n'énonce que ce que l'expérience montre et l'expérience montre bien que cette eau là
Hume : la causalité fondée sur l'habitude
1:44:57 quand je l'expérimente ici et maintenant ou demain à 5 heures ou après demain boue à 100 degrés mais de là à faire le saut le salto mortale le saut mortel où je dis partout et toujours y compris dans les autres galaxies l'eau boue à 100 degrés c'est un risque que je prends qui me fait sortir de la garantie de l'expérience donc je fais confiance et en fait ce que je prends pour la loi donc ici quand Hume a l'air de ruiner la certitude de la physique ce que je prends pour la loi c'est-à-dire je cite Hume une liaison objective entre les phénomènes je ne sais pas moi entre les mouvements de la lune et les marées par exemple est en fait dû à l'habitude c'est-à-dire un principe subjectif c'est moi qui associe les deux parce que j'ai souvent l'habitude de les voir liés ainsi j'ai souvent fait l'expérience moi-même je demande à une assistance parmi les phrases suivantes lesquelles vous semblent les plus certaines le tout est plus grand
1:46:07 que la partie demain il fera jour si A égale B B égale A beaucoup disent demain il fera jour et on le répète souvent comme quelque chose qui va de soi or en Laponie c'est faux c'est dans six mois qu'il fera jour ce qui est la preuve que Hume n'a pas tout à fait tort de dire que ce qu'on prend souvent pour la loi principe de liaison objective entre les phénomènes autrement dit qui s'exercerait même si on n'était pas là repose en fait sur un principe subjectif qui est l'habitude et Kant pour résumer cette initiative de Hume à cette formule qui est devenue plus que célèbre Hume m'a réveillé de mon sommeil dogmatique je m'endormais sur Newton vous voyez tout est déterminé ça rend la morale problématique à quoi ça sert de dire que dois-je faire de toute façon admettant même que je trouve le principe du bien je n'aurai pas le moyen de réaliser puisque tous mes mouvements sont déterminés je n'ai pas le choix et ainsi de suite avec une cohérence que n'ont pas les déterministes en général
1:47:17 n'est-ce pas donc très important ce qu'on est en train de voir donc elle a raison ici maléfique de dire qu'il y a une tension entre la critique que fait Hume de la causalité car c'est ça la causalité scientifique qui n'est pas si évidente qu'il soit on peut dire que toute la critique de la raison pure de Kant est un gigantesque effort pour essayer de rendre compte de la causalité voilà une autre fois on verra comment il s'en sort mais ce n'est pas le sujet ce soir il n'y a pas d'autres questions si j'ai bien compris Philippe en tout cas merci pour la maléfique pour cette très bonne question épistémique dans ce cas là on va faire quelques pas de plus la prochaine fois vous en verrez le plan ce sera sans doute mercredi prochain et il est possible qu'on ait un invité je ne vous dis pas encore l'identité parce qu'il y a plusieurs hypothèses mais c'est une formule à laquelle nous tenons depuis longtemps et que nous avons souvent eu le tort de remettre à plus tard
1:48:28 et cette fois-ci elle va passer dans les actes nous aurons un invité à qui nous poserons et peut-être vous aussi vous aurez le loisir de poser des questions quelqu'un que certains d'entre vous connaissent au moins par ses œuvres voilà je ne peux pas en dire plus et je vous dis donc sans doute à mercredi prochain en vous remerciant mille fois pour votre assistance et votre participation