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Plan de la séance : trois textes de trois fous
0:00 Bonjour chers amis, je suis de plus en plus heureux de vous retrouver au fur et à mesure que ce beau printemps s'épanouit. Je ne sais pas selon les lieux, les régions, voire même les pays, puisque pour reprendre une citation célèbre, la lumière nous vient du Nord plus que jamais. On a déjà vu que nos amis norvégiens suivaient avec assiduité ces lives, et je les en remercie.
0:30 Et hier soir, j'ai eu le plaisir d'apprendre que notre ami Pierre-Alain Giraud serait des nôtres, mais lui, il nous suit depuis l'Islande. Vous voyez, c'est encore plus au Nord que Bergen, il faut le faire quand même. Pierre-Alain Giraud, oui, c'est un grand du cinéma, je le fais rougir là, et je lui en demande pardon, parce que c'est quelqu'un d'extrêmement, non pas modeste mais humble, ce qui est autrement plus important, par rapport à l'excellence de ce qu'il fait.
1:06 Vous le connaissez sans le savoir, pour tous ceux qui ont visionné l'excellent court-métrage d'Aliosha Allard, la fausse note, je ne dis pas qu'elle est excellente, parce que j'en suis la seule et unique vedette, n'est-ce pas, en tant qu'acteur, mais parce qu'à cause de la qualité de la réalisation, de l'éclairage, de la prise de son. Or, nous en devons le montage et le concours à Pierre-Alain, qui a participé au tournage, avec tous les talents pour lesquels je lui suis extrêmement reconnaissant.
1:45 Voilà. Donc, je suis très heureux de vous retrouver ce printemps, je ne sais pas, aujourd'hui, le temps est carrément diapré, avec la belle lumière que nous avons. Alors, justement, je vais, je vous donne rapidement, sans perte de temps, le plan de l'intervention d'aujourd'hui, qui inclut celui de la dernière fois, qui a été un peu écourté. Donc, la dernière fois, nous avons trois textes au programme, n'est-ce pas, donc le plan est simple, c'est la progression de ces trois textes.
2:22 Nous avons eu le temps d'exposer et de développer celui de Nietzsche la dernière fois. J'allais dire de Nietzsche, à l'allemand, la dernière fois. Donc, je peux résumer notre plan comme ceci, en intégrant donc le texte de Nietzsche la dernière fois. Premièrement, une position, celle de Nietzsche, qui dit que la recherche de la vérité se trompe sans doute de valeur, car il n'est pas évident, dit-il.
2:54 Sous-entendu, il est même sûr que la vérité n'est pas une valeur et que la non-vérité, lui, est peut-être supérieure. Nous avons bien développé ça dernière fois, je n'y reviens pas pour l'instant, en tout cas. Ensuite, on va passer au texte d'un second auteur, mais qui est un deuxième fou. Voilà la continuité avec Nietzsche. Je pense à Gérard de Nerval, qui lui, je vous annonce le plan à l'avance, va montrer qu'on n'a pas le choix de toute façon.
3:24 C'est-à-dire que quand on a basculé dans la vérité, quand la réalité nous a obligés de prendre en compte la vérité, si vous préférez, je reviendrai sur toutes ces distinctions, on n'a plus le choix d'opter pour la non-vérité, c'est trop tard, sous-entendu. Et enfin, troisièmement, le point de vue d'un troisième fou, n'est-ce pas, Hölderlin ? Dont je ne donnerai qu'une citation pour l'instant, avant d'aborder le magnifique extrait du poème sur lequel nous allons travailler après, qui s'intitule « Le pain et le vin ».
4:04 Vous avez tout ça affiché sur le site. Je résumerai son point de vue, uniquement cette citation, qui n'est pas dans le poème d'ailleurs, mais que je vous dis, elle est très courte, vous pouvez la noter. Peur devant la vérité à partir du plaisir à son contact. Donc voilà une nouvelle détermination cette fois, que comme chez Nietzsche, il y a une peur de la vérité, il peut y avoir un refus de la vérité, mais pas du tout parce qu'elle est redoutable ou malfaisante, mais parce qu'elle est trop bienfaisante.
4:43 Je répète, peur devant la vérité à partir du plaisir à son contact. Ce qui nous amène très très près d'avancées beaucoup plus récentes, je pense bien sûr ici à la psychanalyse, quasiment presque deux siècles après que Hölderlin ait écrit cette stupéfiante incidente, n'est-ce pas, je répète, peur devant la vérité à partir du plaisir à son contact. Donc voilà, je ne reviens pas pour l'instant sur le texte de Nietzsche et j'enchaîne tout de suite sur le texte de Nerval.
5:18 Donc extrait d'Aurélia. Il faudrait le remettre ici, voilà. Merci Philippe. Formidable. Exactement, merci. Donc, alors, la thèse précédente, je le répète une dernière fois pour l'instant, c'est Nietzsche qui dit que tous les philosophes jusqu'ici ont recherché la vérité, donc je résume d'une manière un peu plus détaillée maintenant.
6:04 Il se dispute sur la manière, sur comment la définir, comment lui donner un statut, tout ce qu'on veut, mais là où ils sont tous d'accord, c'est qu'ils disent que pour eux, la vérité c'est la valeur, c'est ça qu'il faut trouver, n'est-ce pas ? Et alors que, et c'est là qu'on voit, on peut lui faire ce double crédit à Nietzsche, d'abord de l'originalité de son point de vue, et deuxièmement de sa cohérence, c'est sur ça que je veux insister un peu plus là maintenant, avant de passer à Nerval, c'est que si, faisons le raisonnement comme lui, si la vérité est redoutable, dans ce cas-là, on comprend qu'elle ne soit pas nécessairement une valeur.
6:44 Qu'il vaut mieux l'ignorer, vous savez, cette maxime en langue française, mais qui doit avoir l'équivalent dans plein d'autres cultures, qui consiste à dire, toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire. Pour donner un exemple très simple, ce n'est pas du tout à ça que pense Nietzsche, bien sûr, mais enfin quand même un exemple très simple, mais pour montrer que ça peut s'appliquer dans la vie courante, je me souviens d'un cancérologue qui m'avait dit une fois, ils veulent tous savoir la vérité. Les patients.
7:15 Mais le problème, c'est que quand on leur dit, ils se laissent tomber comme une pierre. Et on a du mal à les guérir. Vous voyez, par exemple. Alors, aujourd'hui, on va passer à, non pas à l'antithèse, ce n'est pas à quelqu'un qui dit, si, la vérité est une valeur, mais quelqu'un qui ne pose plus le problème en termes de valeur, je pense à Gérard de Nerval, mais qui va faire un pas de plus en disant, mon pauvre Frédéric, je ne sais pas si on a le choix. C'est ça le problème. Alors, je n'en dis pas plus, je passe directement à son texte.
Aurélia, le docteur Blanche et la mélancolie
7:45 Je le contextualise tout de même. C'est un extrait d'Aurélia. Ce n'est pas du tout, donc, le Nerval que nous avions travaillé il y a deux ans, lorsque nous avions fait une lecture quasi juxtalinéaire d'Angélique, de sa nouvelle qui ouvre le recueil des filles du feu. Le point commun, c'est que c'est sa prose, ce n'est pas le Nerval des poèmes. Sa prose est toujours très claire, sauf qu'elle est très claire et transparente et souvent humoristique dans sa verve journalistique telle qu'elle se déployait dans Angélique, alors que là, c'est tout à fait l'inverse.
8:19 Il y a une grande intensité tragique. Aurélia, je rappelle que nous devons le texte d'Aurélia au médecin, au psychiatre à l'époque, qui soignait Nerval et qui lui avait dit « si vous pouvez mettre vos visions par écrit, si ça peut vous faire du bien », ce qui était très étonnamment approprié pour l'époque, n'est-ce pas ? Où en général, les fous, on les passait soit à l'électrochoc, soit on leur faisait alterner des bains d'eau bouillante et des bains d'eau glacée de sorte que vous n'étiez pas fous en entrant à la clinique, vous étiez sûr de l'être en sortant.
8:51 Bon, mais ce médecin-là, qui a mérité qu'il ait son nom dans les rues de Paris, puisqu'il y a la rue du docteur Émile Blanche dans le XVIe, et il y a la clinique du docteur Blanche encore à Montmartre, tout près de la place du Tertre, là où Nerval a été soigné à une époque, donc, il avait dit à Gérard, si ça peut vous faire du bien, mettez donc vos visions, par écrit les visions, c'est-à-dire des rêves éveillés. C'est dans Aurélia précisément, au début, que Nerval dit, ici a commencé, ce que j'appellerais pour moi l'épanchement du songe dans la vie réelle.
9:25 Il y avait cette clarté, cette précision de l'expression, c'est rare les deux, que quelqu'un soit clair, transparent, une prose simple, que tout le monde comprend, et qui en même temps, où chaque mot est d'une précision remarquable. L'épanchement, vous savez, comme on a un épanchement de synovie dans le genou, un épanchement, c'est toujours un liquide. L'épanchement du songe dans la vie réelle. Donc, c'est un extrait d'un des passages les plus sombres d'Aurélia, quand il a un accès dépressif, alors, ce n'est pas un coup de déprime, c'est la vraie dépression, et chronique même, une des choses les plus difficiles à soigner, tous les psychanalystes vous le diront, qu'on appelle la mélancolie, la clinique, qui n'a rien à voir avec la mélancolie, au sens agréable, quasi agréable, que ça a dans la tradition des romantiques français, par exemple, n'est-ce pas ?
10:13 J'en profite ici pour pointer la première occurrence, chronologiquement, à ma connaissance, qui en arrive à exprimer, carrément à avouer qu'il y a un certain plaisir à ressentir de la mélancolie. la première occurrence, je la trouve dans la troisième lettre à Malesherbes du premier des modernes, car c'est ça qui définit la modernité, n'est-ce pas ? On l'a vu la dernière fois, ce mal du siècle, ce mal qui procure un bien, comme nous allons voir, ce texte, c'est la troisième lettre à Malesherbes de Jean-Jacques Rousseau.
10:51 Je vous le recommande, surtout qu'il y a certaines maisons d'édition qui donnent les lettres à Malesherbes en fascicule à part, ça vous coûte deux ou trois euros au maximum, ça vaut vraiment le coup, c'est un texte fondamental et admirable. Or, à un moment donné, après avoir décrit toutes les journées d'extase dans la forêt ou dans la nature, Rousseau dit quelquefois le néant de mes chimères, puisque tout ça, toute son exaltation ne se nourrit que de réalités qu'il ne fait qu'imaginer, le néant de mes chimères venait, là il parle de son âme, venait la contrister tout à coup.
11:33 Il réalise tout d'un coup que tout ça est pipo. Le néant de mes chimères venait la contrister tout à coup. Eh bien, monsieur, cela même était jouissance, voilà la première occurrence dont je parle, car j'en étais pénétré d'une tristesse que je n'aurais pas voulu ne pas avoir. Il a exprimé d'une façon admirable cette première apparition de la volupté de la mélancolie dans un texte. C'est écrit dans les années 1760, eh bien, monsieur, j'en étais pénétré d'une tristesse que je n'aurais pas voulu ne pas avoir.
12:04 Voilà, j'y tiens à ma tristesse. Donc, bon, c'est pas cette mélancolie-là, là c'est la mélancolie clinique avec je vous ai sauté, je ne vous l'ai pas mis dans l'extrait qu'on va lire, des passages terribles où Nerval se promène sur la place de la Concorde. Il voit cette lune défilée, sanglante défilée dans le ciel. Il plaint les gens qui passent, qui ne savent pas qu'il va y avoir bientôt le déluge qui va s'abattre sur l'humanité et qui vont tous être noyés. Vous voyez, il y a des passages exaltés jusqu'à l'euphorie dans Aurélia et il y a des passages désespérés comme celui que je vais vous citer maintenant et ce qui prouve que Nerval souffre en partie de ce qu'on appelle aujourd'hui la bipolarité, n'est-ce pas, passer comme ça ou ce qu'on appelait autrefois la maniaco-dépression ou la cyclotimie.
Lecture d'Aurélia : l'âme flotte incertaine
12:52 Vous savez, on peut multiplier les termes techniques lorsque le plein des mots vient remplir le vide de la chose quand on n'est pas un petit peu dans l'incertitude de savoir comment le soigner. Donc là, c'est un accès de déprime et il fait un petit recul sur lui et donc, j'entame le texte maintenant. Lorsque l'âme flotte incertaine entre la vie et le rêve, je le lis jusqu'à la fin, entre le désordre de l'esprit et le retour de la froide réflexion, c'est dans la pensée religieuse que l'on doit chercher des secours.
13:23 Je n'en ai jamais pu trouver dans cette philosophie qui ne nous présente que des maximes d'égoïsme ou tout au plus de réciprocité, une expérience vaine et des doutes amers. Elle, la philosophie, lutte contre les douleurs morales en anéantissant la sensibilité. Pareil à la chirurgie, elle ne sait que retrancher l'organe qui fait souffrir. Mais pour nous, nées dans des jours de révolution et d'orage où toutes les croyances ont été brisées, élevées tout au plus dans cette foi vague et qui se contente de quelques pratiques extérieures et dont l'adhésion indifférente est plus coupable peut-être que l'impiété et l'hérésie, il est bien difficile, dès que nous en sentons le besoin, de reconstruire l'édifice mystique dont les innocents et les simples admettent dans leur cœur la ligne toute tracée.
14:14 L'arbre de science n'est pas l'arbre de vie. Cependant, pouvons-nous rejeter de notre esprit ce que tant de générations intelligentes y ont versé de bons ou de funestes ? L'ignorance ne s'apprend pas. J'ai meilleur espoir de la bonté de Dieu. Peut-être touchons-nous à l'époque prédite où la science, ayant accompli son cercle entier de synthèse et d'analyse, de croyances et de négations, pourra s'épurer elle-même et faire jaillir du désordre et des ruines la cité merveilleuse de l'avenir.
14:50 Un texte puissant, encore une fois, beau. Le ton est totalement différent de celui de Nietzsche. Nietzsche persifle, ironise contre les philosophes qui prétendent chercher la vérité et qui ne savent pas qu'au mieux ils vont au casse-pipe et au pire ce sont des gens qui font semblant de la chercher et qui sont de mauvais séducteurs comme il dit dans un passage que je vous rappelle la dernière fois où il dit à supposer que la vérité soit femme, les philosophes sont de bien mauvais séducteurs. Bon, donc là le ton au contraire est celui d'un quasi désespoir qui cherche à se raccrocher, vous voyez, et non, je reprends le texte cette fois mais en m'interrompant pour relever des choses qui vont alimenter notre propos.
15:34 Rappelons-nous que tout ça c'est pour illustrer en liaison avec mon séminaire de cette année sur la notion de sujet et comment elle constitue une référence fondamentale pour ne pas sombrer dans la reconstitution du nazisme qui s'opère sous nos yeux particulièrement en Europe et dans les pays les plus riches je le répète et j'enfonce le clou notre propos c'était on en a été là au moment du savoir absolu dont à l'égard duquel j'ai formulé cette hypothèse que le savoir absolu au moment où il apparaît induit dans la conscience une tendance à être refoulé comme tel comme savoir absolu et être remplacé avec la même force que devrait avoir le savoir absolu celle d'un non-savoir absolu que j'avais rapproché du refoulement au sens freudien ou de la dénégation au sens quasi-juridique du terme n'est-ce pas ?
16:37 donc au moins avec Nietzsche ce qui était intéressant c'est que cette dénégation est explicite elle n'est pas inconsciente il dit très bien oui oui effectivement oui oui je préfère le non-vrai au vrai voilà alors ici je reprends le texte lorsque l'âme flotte incertaine entre la vie et le rêve je m'arrête là déjà vous voyez parce que le sujet je ne joue pas sur le mot mais le sujet au sens plus restreint cette fois de la modernité qui est mon sujet depuis le début de ces lives avec la cloche fêlée de Baudelaire n'est-ce pas ?
17:16 de ces séances en direct le sujet de la modernité dont le romantisme est la première expression je révise à grands pas l'essentiel de ce qu'on a vu l'une des caractéristiques auxquelles on le reconnaît je vous le dis pour que vous le notiez sur vos tablettes cette modernité la nôtre c'est précisément cette incertitude que je rapproche de l'indétermination l'indétermination c'est ce qui n'est pas terminé mot à mot quand vous avez un doute au lieu d'essayer de lire entre les lignes ou de prendre un dictionnaire laissez parler le mot lui-même c'est écrit dedans c'est négatif n'est-ce pas ?
17:58 incassable ça veut dire qu'on ne peut pas casser bon ben l'indétermination c'est ce qui n'est pas terminé ce qui n'a pas un contour très clair un contour c'est bien ça permet d'achever n'est-ce pas ? voilà je vois l'écran de mon ordinateur voilà c'est un rectangle au-delà duquel c'est plus l'écran de mon ordinateur n'est-ce pas ? et donc les choses sont bien distinctes ici l'âme flotte vous voyez ça reprend l'incertitude l'âme flotte elle n'est pas sur un terrain solide incertaine entre la vie et le rêve l'âme c'est psyché nous sommes dans le champ psy et pas loin de la psychiatrie lorsque l'âme flotte mais c'est pas le fou nerval qui me fait faire une allusion à la psychiatrie c'est la modernité dont il est caractéristique précisément qu'elle n'est pas comme dans l'antiquité l'unité du caractère ici je suis obligé de revenir en arrière de faire un petit une petite rétrospection n'est-ce pas ?
Classicisme, romantisme, symbolisme : trois figures du moi
18:58 rappelez-vous j'y avais fait allusion il y a quelque temps les trois étapes de la manière dont le moi s'exprime en littérature par exemple dans les trois étapes classicisme romantisme symbolisme symbolisme au sens que ça a à partir de Baudelaire enfin à partir de ce que les critiques ont appelé à partir de Baudelaire le symbolisme je vous rappelle que Baudelaire lui n'emploie pas le mot il n'emploie pas le mot symbole mais certainement pas le symbolisme donc je vous ai dit je préférais l'impressionnisme ça vous permet de le situer fin 19e siècle deuxième moitié en tout cas du 19e siècle si vous préférez et en liaison avec les peintures que vous connaissez et qui sont associées à cette désignation qui sont caractérisées précisément par un délitement du contour par un flou n'est-ce pas ?
19:47 qui font que prenez un tableau de Monet où finit l'eau où commence la terre où commence le ciel des fois on est bien bien incapable de le dire avec certitude n'est-ce pas ? il est évident que ce n'est pas un jugement de valeur esthétique c'est tout ce qui en fait l'intérêt au contraire comme tout ce qui fait l'intérêt à l'inverse n'est-ce pas ? d'un tableau d'Ingres pour prendre un immense dessinateur un peu antérieur c'est la perfection du dessin et la netteté des contours justement bon donc trois représentations successives du moi selon qu'on passe du grand siècle le classicisme à pratiquement aujourd'hui à partir de deuxième moitié du XIXe siècle en passant par le romantisme le moi le moi est haïssable voilà le point de vue de l'auteur classique la littérature n'est pas faite pour parler de soi ça ne se fait pas c'est pas correct c'est pas c'est pas gentilhomme le gentilhomme comme dit Pascal quelque part désire discuter de ce dont on discutait dans le salon où il vient d'entrer par courtoisie c'est pas lui qui va imposer tout d'un coup ces sujets d'intérêt
20:57 à lui qui va devenir le centre du débat voilà donc le moi est haïssable je n'insiste pas pour l'instant je passe à l'étape suivante exactement à l'inverse le romantisme et j'avais pris la Hugo et non pas Pascal n'est-ce pas qui disait quand je vous parle de moi je vous parle de vous autrement dit je parle de moi mais c'est pas par narcissisme parce que je me pense le nombril du monde mais c'est parce que le poète est celui qui est là pour exprimer la vérité de tout un chacun voilà c'est exactement l'inverse il faut d'autant plus parler sinon du moi du moi du soi vous voyez c'est le moi élevé à l'universel le soi et enfin pourquoi pas dire à Rimbaud troisième étape postérieure à Baudelaire donc dans le courant impressionniste symboliste comme vous voulez très moderne en tout cas et Rimbaud lui va jusqu'à dire oui je veux bien qu'on parle de soi mais à condition de se rappeler et là je le cite cette formule célébrissime je est un autre avec cette faute de grammaire volontaire qu'a fait Rimbaud qu'est-ce qui a été le plus génial dans sa citation c'est pas je suis un autre c'est je est pour montrer l'étrangeté
22:08 à soi-même du sujet précisément le sujet se retrouve scindé tout d'un coup là et bien vous voyez tout ça et bien le romantisme la génération de Nerval est bien le début de cette incertitude de cette indétermination qui s'est passée dans le sujet je continue à revenir en arrière et je reviens dans mes trois étapes classiques romantiques symbolistes je reviens au classique ce qui fait le caractère inoubliable des grands caractères comme on disait à l'époque du théâtre classique car c'est l'apogée de notre théâtre comme par hasard le XVIIe siècle qu'il s'agisse de corneille de Racine et ou de molière dans le genre comique à chaque fois ce qui est frappant c'est l'unité des personnages un personnage comme celui d'Harpagon qui est entièrement vous voyez concentré dans un trait de caractère qui est l'Avarice n'est-ce pas un personnage comme Hermione d'Andromaque qui est entièrement concentré dans la jalousie la femme délaissée
23:18 par Pyrrhus qui en pince plutôt pour sa captive que pour le plus beau sang de la Grèce et des dieux puisque Hermione est la fille d'Agamemnon qu'il délaisse pour aller s'occuper de sa belle captive comme nous l'avions vu n'est-ce pas les héros raciniens sont possédés par les êtres qui sont en leur possession c'est une magnifique dialectique et à chaque fois il y a un trait de caractère qui unifie puissamment le personnage et qui les rend inoubliables n'est-ce pas et Oreste la mélancolie au sens psychiatrique Oreste devient fou à la fin d'Andromaque n'est-ce pas lorsqu'il a cette vision qui est rendue célèbre par l'une des plus célèbres allitération de notre littérature pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes et bien filles d'enfer vos mains sont-elles prêtes il voit les divinités infernales lui apparaître dans une hallucination à la fin et bien filles d'enfer vos mains sont-elles prêtes pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes bon donc vous voyez chacun est enfermé dans un trait caractère autrement dit l'unité est obtenue
24:28 au détriment de la totalité le moi n'est pas peint dans sa totalité on fait l'impasse sur la totalité pour mettre une partie en exergue cette partie c'est le caractère et le personnage de l'antiquité c'est à une grande importance en morale et tout entier dans ce caractère Verrès n'est-ce pas celui que pardon oui Verrès le cet homme extrêmement corrompu qui avait été propréteur de Sicile et que Cicéron a fait condamner à partir de de sa grande plaidoirie les Verrines Verrès a fait crucifier l'inspecteur on dirait aujourd'hui pour aller très vite aux Romains qui étaient venus lui demander des comptes de la part du gouvernement central il l'a fait crucifier ça se faisait jamais de crucifier un Romain on crucifiait des esclaves ou des étrangers ou des et Verrès est mort sur la croix crucifié pas Verrès sa victime donc l'inspecteur en disant jusqu'au bout de son agonie je suis citoyen Romain vous voyez un trait de caractère
25:38 qu'il emporte sur tout le reste on ne crucifie pas un citoyen Romain point bon ça c'est l'unité classique vous voyez il y a une tension entre unité totalité je fais une impasse sur la totalité de mon personnage pour mieux en exprimer la puissante unité à partir du romantisme on va jouer la totalité mais alors au prix d'un risque de déséquilibre c'est d'une perte d'unité vous voyez comme tout se tient maintenant on peut relire la phrase de Nerval qui reprend beaucoup de densité et surtout en évitant de croire que c'est ce pauvre Nerval Pagani nous embête il nous balance trois fous ces trois cas ces trois malades là ça ne me concerne pas non non pour exprimer l'avantage justement c'est que chacun illustre d'une manière saisissante ce qui est typique de notre modernité lorsque l'âme flotte incertaine entre le rouge et le brun je plaisante je fais exprès en politique vous savez des fois on ne sait pas si on est à l'extrême droite ou à l'extrême gauche entre le rouge et le brun ça c'est moderne quand on ne sait pas dans l'antiquité dans les guerres de religion ou dans l'ancien régime
Le recours à la religion et l'irréversibilité du savoir
26:49 où ça vise des protestants ou catholiques on n'était pas entre les deux il y avait intérêt à choisir son camp donc tandis que là on est toujours en train d'enjamber un contour je suis le champ ou la forêt je suis un peu entre les deux lorsque l'âme flotte incertaine entre la vie et le rêve entre on aurait pu dire entre la réalité et le rêve entre le désordre de l'esprit voilà pour la folie et le retour de la froide réflexion c'est dans la pensée religieuse que l'on doit chercher des secours bon je reviendrai après au développement qu'il consacre à la religion mais je tenais dès le départ à montrer le danger qu'il y a pour nous moderne à ne pas disposer de cette puissante unité que les anciens obtenaient en renonçant à la totalité même si Platon dit dans le Théétète c'est avec toute son âme qu'il faut aller à la philosophie il n'empêche que vous voyez l'expression de la totalité ne remplit des pages de corpus qu'à partir de la modernité en particulier à partir du romantisme donc je continue
27:59 maintenant c'est dans la pensée religieuse bon il cherche à se raccrocher puisque comme je vous l'ai dit la dernière fois être moderne accéder au savoir absolu c'est faire en sorte que nos certitudes s'écroulent pour laisser s'instaurer la vérité opposition de la vérité à la certitude et bien pour compenser cette perte des certitudes la conscience essaye de revenir à ces certitudes antérieures donc c'est dans la pensée religieuse que l'on doit chercher des secours je n'en ai jamais pu trouver dans cette philosophie qui ne nous présente que des maximes d'égoïsme ou tout au plus de réciprocité une expérience vaine des doutes amères souvent quand on lit les philosophes on a l'impression qu'on s'embarque dans un dédale où l'on se perd plutôt qu'on se trouve n'est-ce pas elle lutte contre les douleurs morales en anéantissant la sensibilité allusion très claire ici à des philosophies très courantes comme le stoïcisme n'est-ce pas où il faut arriver à ce que les stoïciens appelaient l'ataraxie n'est-ce pas le renoncement à toute sensibilité pourrait être
29:09 se fier entièrement à sa raison alors mais pour nous alors nous on revient à la modernité vous voyez le mais le mais est déjà un indice de l'hésitation de l'âme qui flotte entre deux extrêmes mais pour nous nés dans des jours de révolution et d'orage où toutes les croyances ont été brisées brisées ah ben voilà moi je veux bien qu'on se tourne vers la religion mais bon sang pour nous modernes on a un peu du mal nous on a été élevés on a un siècle des lumières derrière nous où la religion en a pris un coup à travers les voltaire et les diderot et les La Mettrie difficile de faire comme vous comprenez pourquoi tout ce paragraphe va se terminer par cette citation extraordinaire qu'elle a l'air toute simple mais qui réfute Nietzsche l'ignorance ça prend pas oui monsieur Nietzsche ce serait peut-être mieux de ne pas savoir la vérité mais une fois qu'on la sait on ne peut pas faire comme si non en fait la terre elle est cubique elle n'est pas ronde on ne peut pas se persuader de ne pas savoir ce qu'on sait il y a une irréversibilité pour Nerval une irréversibilité dès qu'on réfléchit trois secondes à moins de de noyer ce qu'on sait
30:19 n'est-ce pas dans des drogues dans ce qu'on veut ça c'est autre chose on va y arriver mais pour l'instant dès l'instant qu'on réfléchit je répète donc tout ce passage mais pour nous nés dans des jours de révolution et d'orage où toutes les croyances ont été brisées voyez quand je disais de certitudes écroulées où toutes les croyances ont été brisées élevées tout au plus dans cette foi vague qui se contente de quelques pratiques extérieures c'est la ça c'est c'est la religion du pratiquant mais un pratiquant qui n'est vraiment pas habité par la foi bon élevé tout au plus dans cette foi vague qui se contente de quelques pratiques extérieures et dont l'adhésion indifférente est plus coupable peut-être que l'impiété et l'hérésie il est bien difficile donc pour nous modernes dès que nous sentons le besoin de reconstruire l'édifice mystique dont les innocents non pas les intellectuels que nous sommes mais les innocents et les simples admettent dans leur cœur la ligne toute tracée autrement dit j'aimerais bien avoir
31:29 ce qu'on appelle en français la foi du charbonnier je vous rappelle que le charbonnier c'est des gens à demi sauvages qui vivaient dans les forêts pour faire le charbon de bois dont on avait besoin dans les agglomérations et qui était à la limite de l'anthropologie et de la zoologie enfin vu dans le regard des autres c'était des hommes à part entière vous inquiétez pas pour ça mais vous voyez mais en plus noir comme le charbon voilà vous voyez la foi du charbonnier c'est la foi de l'homme le plus frustre qui soit alors lui celui qui a la foi simple la foi de de l'homme traditionnel de l'homme de la campagne si vous préférez pour celui-là n'est-ce pas les querelles entre dogmatiques sceptiques rationalistes empiristes idéalistes matérialistes ça lui passe totalement au-dessus et quelque part Nerval il a bien raison c'est pas un hasard si dans le christianisme qui n'est pas le monde grec qui amenait même l'antinomie si vous regardez bien ce n'est pas un hasard si l'on dit heureux les simples esprits le royaume des cieux les pauvres en esprit pardon le royaume des cieux leur appartient c'est pas les simples esprits et et surtout la mise en valeur de l'enfance
32:39 c'est pas laisser venir petits enfants le royaume des cieux leur appartient or l'enfant c'est pas ça qui incarne le plus l'intellectuel accompli c'est pas le scribe alors que dans le monde grec n'est-ce pas il y a inséparabilité de la valeur et de la connaissance quand Platon marque de l'entrée de son école que nul non c'est s'il n'est géomètre ça veut dire ici c'est la rationalité c'est la connaissance n'est-ce pas c'est la gnosis n'est-ce pas et l'épistémè tout ce que vous voulez la philosophie mais surtout pas l'ignorance ou la simplicité de la foi du charbonnier donc une fois qu'on a basculé là-dedans c'est irréversible il est bien difficile dès que nous en sentons le besoin c'est juste après le tirer de reconstruire l'édifice mystique dont les innocents et les simples admettent dans leur cœur la ligne toute tracée je m'arrête encore une fois sur le même passage parce que je suis un peu fatigué parce qu'aujourd'hui justement pour réagir dans ce monde il paraît que nous sommes tous abominables consommateurs et matérialistes c'est une conception bizarre du matérialisme de le réduire au fait que nous consommons enfin c'est quand même incroyable
Retour de la mystique et cité de l'avenir
33:49 comme si ceux qui dit qui méprisent ce matérialisme n'étaient pas ceux qui consomment le plus sur cette planète soit dit en passant mais ce que là où je veux insister c'est qu'un retour de cette mystique dont parle de Nerval ici je pense par exemple au retour d'auteurs qu'on croyait oublier comme Guénon ça revient à la mode surtout à l'extrême droite c'est curieux vous voyez Guénon a fait Guénon n'est pas un homme d'extrême droite lui-même mais son retour oui je vous ai déjà dit la dernière fois que c'est pas le classicisme qui est réactionnaire c'est le retour du classicisme après le romantisme n'est-ce pas alors Guénon c'est un spécialiste du monde de l'initiatique si vous voulez de la tradition de la gnose je ne veux pas vous de l'ordre symbolique qui s'est échafaudé au cours des siècles mais enfin je veux dire Nerval est un champion dans ce domaine je vous ai déjà dit je crois que je crois que je l'ai dit je ne suis pas sûr que ce soit avec vous que quelqu'un l'avait interpellé une fois dans une mondanité
34:59 en disant qu'est-ce que c'est que cet auteur qui persifle et qui n'a même pas de religion et Nerval avait dit avec beaucoup d'humour vous exagérez monsieur j'en ai au moins douze n'est-ce pas voilà Nerval s'est jonglé avec toute la mystique de l'Égypte antique du livre des morts tibétain du livre des morts égyptien des rituels d'Eleusis en grec j'ai l'air d'en parler avec lassitude parce que ça raconte toujours un peu les mêmes choses c'est pas là qu'on trouvera la vraie diversité il y a plus de diversité dans la vie d'une vendeuse excusez-moi d'une caissière à Franprix il y a plus de richesse et de diversité dans la journée d'une fille comme ça n'est-ce pas où il y a un garçon et on voit de plus en plus des garçons aux caisses que que n'est-ce pas dans dans la répétition des mêmes symboles Freud le premier disait on m'accuse de mettre toujours le sexe au centre de vos rêves ou de vos lapsus mais c'est pas de ma faute ce qui est fastidieux c'est la répétition des mêmes choses sur mon divan je peux rien c'est les patients qui sont monotones bon revenons il est bien difficile dès que nous en sentons
36:09 le besoin nous modernes de reconstruire l'édifice mystique dont les innocents et Dieu sait si Nerval a tout fait pour ça dont les innocents et les simples admettent dans leur cœur la ligne tout tracée l'arbre de science n'est pas l'arbre de vie ici bien sûr il est fait allusion à l'arbre de la connaissance dans l'Éden n'est-ce pas de la Genèse de l'Ancien Testament il ne fallait pas goûter à l'arbre de la connaissance mais une fois qu'on l'a goûté on ne peut pas revenir au paradis terrestre vous voyez c'est ce que dit Nerval c'est ce que Nietzsche n'a pas compris il y a un ange avec l'épée de feu qui garde le retour au jardin voilà j'ai meilleur l'ignorance ne s'apprend pas et là Nerval enchaîne sur ce vous voyez comme l'hésitation de ce texte il faut chercher un secours dans la religion mais oui mais c'est pas évident nous en savons trop pour revenir à la religion comme si de rien n'était donc j'enchaîne sur ce retour au rationalisme j'ai meilleur espoir de la bonté de Dieu peut-être touchons-nous à l'époque prédite où la science donc Dieu lui-même s'il a fait de l'homme un animal raisonnable c'est pas pour qu'il fasse bon marché de sa raison sous-entendu
37:19 nous touchons peut-être touchons-nous à l'époque prédite où la science donc la rationalité par excellence ayant accompli son cercle entier de synthèse et d'analyse de croyance et de négation vous voyez le positif et le négatif pourra s'épurer elle-même et faire jaillir du désordre et des ruines et le salut et collectif la cité merveilleuse de l'avenir telle qu'elle est promise à la fin du Nouveau Testament par la descente sur terre de la Jérusalem céleste à la fin de l'Apocalypse n'est-ce pas ?
37:53 donc voilà pour ce qui est du texte de Nerval il y aurait beaucoup de choses à dire encore mais moi ce qui compte c'est le fil que nous suivons tel Thésée n'est-ce pas ne lâchant pas le fil d'Ariane pour ne pas se perdre au labyrinthe notre fil c'est vérité ou pas vérité savoir absolu ou il vaut mieux le non savoir absolu vous voyez là avec Nerval on a dit on n'a pas le choix troisième étape je passe au texte de Hölderlin donc voilà on va merci merci Philippe merci à la régie voilà le texte je présume que le public le voit aussi donc c'est bon c'est un long extrait d'un long poème qui est bon je vais dire qui est magnifique mais ça ça ne vous aide pas à avancer dans son élucidation mais il est tellement beau qu'on ne peut pas s'empêcher de commencer par là qui s'intitule le pain et le vin Brot c'est le bread anglais n'est-ce pas Brot und Wein vous me direz
Christ ou Dionysos : le titre du poème et la lettre de Brentano
39:05 ben là il n'y a pas d'hésitation on est dans la référence chrétienne prenez et mangez ceci est mon corps voilà pour le pain prenez et buvez ceci est mon sang voilà pour le vin ta ratata ce que va montrer ce texte c'est qu'on ne sait pas très bien si on parle de Jésus ou de Dionysos ah ben oui Dionysos et Bacchus et le vin aussi et dans le monde grec je vous le dis pour anticiper sur le texte qu'on va lire dans le monde grec mais ça ils étaient nourris de ça les étudiants de l'époque de Hölderlin ils connaissaient tout ça par cœur n'est-ce pas le monde grec et sa mythologie il y avait n'est-ce pas dans ce qu'on appelait les mystères celui qui était initié au mystère et Hegel il fait une allusion humoristique dans la phénoménologie était initié d'abord au mystère de Cérès et de Bacchus Cérès divinité de l'agriculture c'est de là que vient céréales et ben oui n'est-ce pas sans Cérès nous n'aurions pas le blé le pain et donc la nourriture le pain et le vin donc c'est pas seulement le dernier repas du Christ à la Cène n'est-ce pas avec ses apôtres ça peut être aussi bien vous voyez déjà le flottement entre christianisme et paganisme n'est-ce pas entre modernité
40:15 et antiquité ça peut être aussi bien la référence à Cérès voilà pour le pain et Dionysos Bacchus voilà pour le vin bien et nous allons voir que cette opposition qu'il ne faut pas lâcher si vous voulez comprendre ce qui va suivre entre antiquité et modernité sur le plan religieux entre paganisme et christianisme c'est la même mais vu avec des facettes différentes c'est le même polyèdre si vous voulez qu'on se repose à chaque fois sur des facettes différentes nous allons voir maintenant qu'il se double et c'est la détermination la dernière que j'amène avant de lire le texte d'une opposition entre la nuit et le jour ça c'est nouveau la nuit correspondant ici au christianisme on va voir pourquoi et le jour bien sûr au monde d'Apollon irradié par le soleil le monde grec le monde méditerranéen donc toujours avant de le lire je me permets pour montrer que je ne suis pas le seul à le trouver beau tout de même de vous lire un très court commentaire avant de lire le texte un très court commentaire d'un autre poète de l'époque
41:25 connu dans la littérature allemande mais qu'on connaît très peu en France un romantique allemand assez proche de Baudelaire pour l'époque avec un sensualisme et un érotisme coupable qui le rend assez proche de Baudelaire enfin un érotisme de pécheur je pense à Brentano et Brentano dit ceci n'est-ce pas dans dans une lettre à un peintre vous pouvez oublier ça dans une lettre à Runge Brentano dit ceci B-R-E-N-T-A-N-O dit ceci à une époque où Hölderlin n'était pas connu on ne le connaît pas depuis très longtemps mais si je dois dire quelle sorte de manifestation de ce genre entre ciel et terre m'ont toujours profondément touché moins en tant qu'homme en général qu'en tant qu'individu donc là il dit qu'elles sont ses goûts très personnels je vous dirais le vieux poème chevaleresque de Tristan et Iseut voilà ce qui ce qui m'a le plus touché la Fiammetta de Boccace Boccaccio le grand auteur italien moyen âge le prince constant de Calderon l'espagnol
42:35 et quelques odes de Hölderlin poète wurtembergeois devenue fou là vous voyez à quel point il était peu connu puisqu'il faut préciser à l'époque que Hölderlin il ne faut pas mettre point il faut dire poète wurtembergeois parce que l'Allemagne n'est pas encore unifiée du Wurtemberg la région en face de l'Alsace devenu fou vous voyez il faut le préciser ce n'est pas évident pour tout le monde donc il parle ici d'un quasi inconnu à l'époque et quelques odes de Hölderlin poète wurtembergeois devenue fou par exemple son élégie à la nuit c'est le pain et le vin que je vais vous lire sa fête d'automne son Rhin Patmos et d'autres encore que vous trouverez oubliés ou méconnus dans les almanacs des muses jamais peut-être la haute tristesse méditante n'a été si magnifiquement exprimée parfois ce génie devient obscur et sombre dans le plus amer de son cœur c'est clair que vous allez voir que ce n'est pas aussi lumineux et transparent que Nerval le plus souvent son apocalyptique étoile mélancolie brille merveilleusement touchante au-dessus de la vaste mer de ses émotions si vous trouvez ces volumes c'est entendu on ne les trouve pas partout lisez donc
43:45 ces chants la nuit et il revient au poème le pain et le vin la nuit en particulier est limpide éclairée d'étoiles solitaire une cloche d'ancienne mémoire retentit à la fois pour le passé et l'avenir je la tiens pour l'un des poèmes les plus accomplis qui soit au monde vous voyez je voulais l'introduire par là pour vous dire que j'aurais bien cité le poème en entier mais enfin on n'a pas tout le temps qu'il faut à notre disposition je vous y renvoie le pain et le vin donc je le lis pour l'instant comme j'ai fait pour Nerval sans commenter d'abord et j'y reviendrai après ah oui alors si si quand même je précise dernière chose avant de passer à la lecture c'est exceptionnel chez Hölderlin qu'il soit question de la nuit alors que les romantiques allemands baignent la plupart du temps dans le nocturne l'oeuvre la plus connue du romantisme allemand c'est sans doute les hymnes à la nuit de Novalis la nuit donc le rêve donc l'imaginaire donc tout ce qui jaillit sur fond de ténèbres n'est-ce pas l'ivresse l'irrationnel tout ce que vous voulez le monde nocturne opposé à la clarté à la raison n'est-ce pas qui sont diurnes
Lecture des trois premières strophes
44:55 exactement comme Antigone dit à Créon c'est ton Zeus qui t'a fait édicter cette loi alors que mon Zeus à moi c'est le monde d'en bas le monde souterrain le monde nocturne n'est-ce pas le monde invisible le monde des morts bon et bien c'est donc chez Hölderlin il se plaint lui-même dans une lettre à un ami il se plaint lui-même que sa poésie est trop encombrée de lumière qu'elle n'a pas assez de coins obscurs vous voyez quand je vous dis que c'est exceptionnel chez lui qu'il fasse ce qu'on appelle comme genre un nocturne donc la réussite est d'autant plus remarquable je passe directement au texte la ville autour de nous s'endort la rue illuminée accueille le silence et le bruit des voitures avec l'éclat il s'agit des voitures à chevaux bien sûr et le bruit des voitures avec l'éclat des torches s'éloigne et meurt rassasier des plaisirs du jour vers le repos s'en vont les hommes et satisfait songeur un front penché soupèse pertes et gains petit monde de marchands allemands dans une petite ville comme il y en a plein en Allemagne je pense ici
46:07 au grand tableau d'Holbein n'est-ce pas on voit le changeur d'or avec sa femme à côté en train de comment il dit de soupeser pertes et gains et satisfait songeur un front penché soupèse pertes et gains dépouillé de ses fleurs dépouillé de ses grappes là du labeur de mille mains désert le marché d'or mais au cœur des jardins s'éveillent et tremblent une musique lointaine là-bas joue un amant qui sait ou peut-être un homme saisi de solitude qui se souvient de ses amis perdus de sa jeunesse et dans l'arôme des parterres fleuris chantent les fraîches fontaines infatigables la voix des cloches vibre au calme crépuscule et le veilleur gardien des heures crie un nombre à pleine voix oh voici naître et frémir la brise aux feuilles extrêmes du bocage regarde le fantôme de notre univers la lune mystérieusement paraître et la fervente la nuit vient peuplée
47:17 d'étoiles et tout indifférentes à notre vie la donneuse d'émerveillement l'étrangère parmi les hommes au cime des mondes là-bas s'éploie et brille dans sa mélancolique magnificence je passe maintenant à la deuxième strophe n'est-ce pas j'enchaîne à moins que je vais peut-être prendre l'avis de Philippe parce que ce serait pas mieux qu'on commente d'avoir la première strophe vu la richesse du contenu je ne sais pas où on enchaîne bon très bien bon je préfère lire la totalité ô miracle ô faveur de la nuit sublime là commence vraiment l'hymne à la nuit pour l'instant il la décrivait maintenant nul ne sait la source la grandeur des dons qu'un être reçoit d'elle c'est ainsi qu'elle meut le monde et l'âme des hommes chargés d'espérance les sages même n'ont point l'intelligence de ses desseins car tel est le vouloir du Dieu suprême qui t'aime de grand amour et c'est pourquoi plus qu'elle encore le jour t'es cher où règne ta pensée mais parfois
48:27 le limpide regard lui-même goûte l'ombre et devançant l'heure il quête le sommeil comme une volupté et l'homme au cœur fidèle aime à plonger les yeux dans la nuit pure qu'on lui dédie ainsi qu'il sied des chants et des couronnes car elle est la nuit de trésors sacrés des insensés et des morts et perdure elle-même éternel esprit pur de contrainte mais qu'elle aussi car il le faut afin qu'en notre lent séjour dans cette ombre quelque chose nous soit gardé qui nous conforte qu'elle aussi nous donne l'oubli qu'elle aussi nous donne l'ivresse sacrée et le jaillissement du verbe et qu'ainsi comme des amants yeux jamais clos coupe à plein bord audace à vivre et sainte souvenance nous traversions la nuit au comble de l'éveil donc maintenant troisième strophe mais nous venons trop tard amis oui les dieux vivent
49:38 mais là-haut sur nos fronts et au cœur d'un autre monde c'est leur chant d'éternel agir et le souci qu'ils prennent de nos vies semble léger tant ces hôtes du ciel en usent délicatement avec nous car un vase fragile ne peut toujours enclore leur puissance par instant seul l'homme soutient le poids de la divine plénitude un rêve d'eux, tel ensuite est la vie mais l'erreur porte secours comme le sommeil et la nécessité la nuit donne vaillance jusqu'à l'heure où grandit au berceau d'airain des héros puisant leur cœur cette force jadis qui les fit semblables au Dieu alors dans un fracas de foudre ils surgiront mais jusqu'au jour de leur venue le sommeil souvent me paraît moins lourd que cette veille sans compagnon cette fiévreuse attente ah que dire encore que faire je ne sais plus et pourquoi
La ville endormie et la musique lointaine
50:48 dans ce temps d'ombre misérable des poètes mais ils sont nous dit pareil aux saints prêtre du Dieu des vignes vagant de terre en terre au long de la nuit sainte on va revenir maintenant au début de cette cette splendeur qui a l'air obscure je vous l'accorde mais je ne vous garantis pas que je vais tout éclaircir mais il y a beaucoup plus tout de même de logique qu'on ne le croit alors recommençons au début au début donc la nuit elle-même avec sa magie j'allais dire quotidienne il faudrait dire noctale et non pas journalière la ville autour de nous s'endort la rue illuminée accueille le silence et le bruit des voitures avec l'éclat des torches s'éloigne et meurt la nuit éloignement de toute activité rassasiés des les plaisirs du jour vers le repos s'en vont les hommes et satisfait songeur un front penché soupèse perte et gains c'est-à-dire il y en a encore qui veillent c'est ceux qui font leur compte
51:58 dépouillés de ses fleurs dépouillés de ses grappes vous avez un bel exemple ici d'apophantique n'est-ce pas d'apophatique pardon merci Rahim qui m'a repris d'apophatique c'est-à-dire on rend une chose présente par l'absence n'est-ce pas pour montrer comment est le marché il montre ce qui ce qui n'y est plus dépouillé de ses fleurs dépouillé de ses grappes las du labeur de mille mains ces mille mains qui sont maintenant enfouies dans les lits en train de dormir dépouillé de ses fleurs dépouillé de ses grappes las du labeur de mille mains déserts le marché dort et voilà que tout d'un coup tout ce qui était ici visuel pour autant qu'on puisse voir la nuit on passe tout d'un coup à l'auditif mais au cœur des jardins s'éveille et tremble une musique lointaine je vous rappelle que j'avais dit la dernière fois que le point commun qu'il y a entre la musique l'univers sonore en général la musique en particulier les parfums et les goûts c'est qu'on peut les goûter les yeux fermés je dirais même
53:08 on peut d'autant mieux les savourer n'est-ce pas ou les apprécier qu'on a les yeux fermés les saveurs les odeurs et les sons mais au cœur des jardins s'éveille et tremble une musique lointaine donc la musique est plus nocturne que la peinture et ou la sculpture vous voyez maintenant ce que veulent dire jour et nuit ici ce sont des métaphores le jour c'est le monde sensible celui qui s'offre à nous lorsque nous ouvrons les yeux mais pour cela il faut que la lumière l'éclaire c'est bien le monde d'Apollon c'est bien le monde grec avec des distinctions nettes et des angles droits je vous avais parlé du Parthénon la dernière fois ou du temple de Poséidon avec ses déterminations on retrouve le déterminé le contraire de l'indétermination et du flottement ses déterminabilités bien nettes n'est-ce pas face à ces trois indéterminés que sont le vent l'air et la lumière et la mer c'est quatre pardon j'en oublie toujours un quatrième n'est-ce pas au Cap Sounion près d'Athènes donc ici la nuit c'est justement le retour à l'indéterminé à l'infinitude puisque si ce n'est pas terminé c'est que ce n'est pas fini il faut faire parler des mots c'est beaucoup plus sûr pour s'y raccrocher n'est-ce pas que d'essayer de penser entre les lignes
54:18 les lignes parlent mais au cœur des jardins s'éveille et tremble une musique lointaine nous voici donc dans le nocturne parce qu'il suffit de fermer les yeux et cette musique résonne encore mieux là-bas joue un amant qui sait donc ça peut être la sérénade là ou peut-être un homme saisi de solitude qui se souvient de ses amis perdus comme s'il n'y avait d'expression que de l'absence vous voyez je fais ici une petite parenthèse sur le côté un peu mélancolique de cette musique n'est-ce pas qui ne parle que d'homme saisi de solitude d'un amant n'est-ce pas qui chante sa bien-aimée mais s'il la chante c'est qu'elle n'est pas là et qui se souvient de ses amis perdus et ou qui se souvient de ses amis perdus de sa jeunesse pour reprendre le texte j'ai remarqué et mon séjour au Niger a achevé de le confirmer le Niger est un pays agro-pastoral par sa tradition où il fait trop sec on est en marge du désert pour qu'il y ait vraiment de l'agriculture mais il y a beaucoup d'élevage donc j'ai remarqué
55:29 que dans tous les pays où l'activité essentielle est le pastoral que ce soit l'Irlande très bien arrosée au contraire n'est-ce pas l'Irlande la Corse la Castille n'est-ce pas ou le Sahel Mali Niger Tchad etc le berger nous l'associons toujours à un instrument de musique bien particulier un instrument à vent la houlette du berger comme on dit dans l'image traditionnelle son pipeau sa flûte son hautbois sa cornemuse je constate que c'est un instrument à vent le plus souvent qui résonne dans le lointain et toujours assez mélancolique et pour cause car le berger c'est celui qui est loin loin de tout de ses amis mais lui par fonction de sa bien-aimée donc il y a toujours c'est pas un hasard quelque chose de mélancolique dans le chant du berger il y a un magnifique passage dans Chateaubriand où il fait allusion comme ça il est en pleine Bretagne il entend le chant lointain d'un berger il dit et je réalisais immédiatement que partout sur la terre le chant de l'homme est triste donc cette musique du lointain qui m'a donné l'occasion
Fontaines, cloches, veilleur : la temporalité et les images
56:39 de vous parler des musiques pastorales n'est-ce pas mais au cœur des jardins je reprends et j'enchaîne s'éveille et tremble une musique lointaine là-bas joue un amant qui sait ou peut-être un homme saisi de solitude qui se souvient de ses amis perdus de sa jeunesse et dans l'arôme des parterres fleuris chantent les fraîches fontaines regardez c'est ça un chef-d'oeuvre vous voyez il faut être précis maintenant arrêtez de faire du superlatif vous voyez l'écoulement de la mélodie là le chant de cette musique lointaine on dit qu'une mélodie coule et bien tout d'un coup ça coule au sens propre il parle des fontaines vous voyez l'analogie vous voyez l'ordre symbolique il n'y a rien de plus musical que la fontaine le murmure du ruisseau de la fontaine et Dieu sait si Schubert c'est un génie à nous faire percevoir le murmure du ruisseau pour ceux qui l'ignorent je leur conseille d'écouter ce lied qui s'appelle Wohin où cela où accent grave où cela n'est-ce pas qui est le deuxième lied d'un magnifique cycle
57:49 de lieder qui s'appelle la belle meunière les moulins sont au bord des cours d'eau comme vous savez n'est-ce pas qui actionnent les roues des moulins et il y a celui qui est entièrement accompagné d'un bout à l'autre par le piano par le murmure du ruisseau donc ce n'est pas un hasard vous voyez il y a une logique je ne répéterai jamais assez que la seule différence entre la poésie et les mathématiques c'est que la poésie est plus exacte et ce n'est pas du tout un reproche fait à la mathématique qui a besoin de rigueur certes mais pas de s'immobiliser dans l'exactitude donc ce n'est pas un hasard si on enchaîne du flow de la mélodie du flux d'ailleurs les rappeurs parlent eux-mêmes du flow à l'écoulement cette fois au sens propre de l'eau des fontaines donc des parterres fleuries chantent les fraîches fontaines infatigables la voix des cloches vibre au calme crépuscule j'en profite
58:59 pour vous montrer la logique des choses et des images qui se font écho ici comme dit Baudelaire dans Correspondances je cite comme de longs échos qui au loin se confondent j'en profite pour vous faire remarquer que chez Nerval le moment le plus tragique le toponyme le nom de lieu d'une commune qui existe dans l'Oise et qui était le village de sa mère et qui existe toujours cherchez-le dans dans le Larousse s'il y a marqué Mortefontaine commune de l'Oise etc deux points le plus beau jardin à l'anglaise d'Europe qui appartient maintenant paraît-il à un émir bon donc c'est pas un hasard chez Nerval c'est un toponyme qui est souvent évité parce que c'est le plus tragique parce que comment la fontaine peut être morte ici Hölderlin dit-ce que les fontaines sont infatigables comment la source peut tout d'un coup se tarir comment à l'origine la source la fontaine comment à l'origine il peut y avoir la fin la mort morte fontaine voilà je referme cette parenthèse nervalienne je reviens dans notre troisième fou donc d'un parterre fleuri chantent les fraîches fontaines infatigables la voix des cloches vibre au calme crépuscule
1:00:09 voyez cet échange qui devient chronique entre le son et l'eau qui coule maintenant c'est de nouveau le son des cloches c'est pas qu'il nous rappelle la cloche fêlée mais cette fois c'est la cloche non fêlée la voix des cloches vibre si elle vibre c'est qu'elle n'est pas fêlée au calme crépuscule et tout ça bien sûr ce sont des images de quoi ? de la temporalité c'est le temps qui écoule ce qui faisait dire à Ronsard cette chose remarquable le temps s'en va le temps lasse non madame mais nous nous en allons voilà quelqu'un qui avait conscience de la mort puisqu'on retrouve le monde grec à la renaissance je sais pas et avec sa sa détermination son memento mori comme on disait à l'époque donc ici je vous dis c'est la temporalité qui est l'invariant de toutes ces métaphores de la fontaine de la musique du son qui s'éveille là-bas au cœur du marché et au cœur de la nuit de l'écoulement sonore de l'écoulement de l'eau et voici que c'est maintenant explicité ce rapport au temps et le veilleur
1:01:19 gardien des heures crie un nombre à pleine voix je vous avais déjà dit que dans le romantisme allemand le veilleur de nuit c'est quelqu'un qui se promenait dans les ruelles la nuit qui était payé pour ça et qui sonnait les heures c'était pas les cloches qui sonnaient l'heure la nuit c'était avec un espèce de cor n'est-ce pas il sonnait les heures est un personnage mythique dans le romantisme allemand et on le retrouve une des dernières fois une des plus superbes n'est-ce pas bien plus tard que ce poème dans la deuxième moitié du dix-neuvième siècle dans l'extraordinaire deuxième acte des maîtres chanteurs de Wagner n'est-ce pas dans un contexte plus comique donc encore qu'il fait résonner la magie de la nuit de la Saint-Jean le 21 juin donc et le veilleur gardien des heures crie un nombre il est 4 heures il est 6 heures à pleine voix oh voici naître et frémir la brise voyez l'homogénéité la brise coule sur les feuilles comme les fontaines sur le parterre fleuri et comme le son sur notre tympan tout ça, ça coule voici naître et frémir la brise
1:02:29 aux feuilles extrêmes du bocage regarde et le fantôme de notre univers la lune mystérieusement paraître et la fervente la nuit avec un N majuscule vient peuplée d'étoiles et tout indifférente le regard commence à aller vers le haut la main vous voyez et la nuit peuplée d'étoiles toute indifférente à notre vie la donneuse d'émerveillement l'étrangère parmi les hommes vous voyez 3 déterminations c'est ce qui est étranger parmi les hommes c'est ce qui est donc c'est pas le monde de la raison rationnelle de notre activité quotidienne c'est donc la donneuse d'émerveillement la merveille au sens de ce qui étonne de ce qui est inhabituel il nous arrive dans les rêves des choses absolument invraisemblables qui ne pourraient jamais arriver dans le jour n'est-ce pas?
1:03:18 et donc toute indifférente dans notre vie comme si ça existait d'un tout autre monde comme si le moi cette partie de notre moi qui nous apparaît dans nos rêves était un moi qui nous est totalement étranger et qui donne tellement raison à Rimbaud lorsqu'il dit je est un autre ce que le rêve exprime très bien n'oubliez pas que Freud disait que le rêve est la voie royale pour l'étude de l'inconscient et le rêve c'est quelque chose qui est l'expression de la nuit nous n'oublions pas donc la nuit c'est pas l'obscurité c'est pas le néant c'est pas la nuit noire le néant non non non c'est une nuit au contraire qui est comme un écran sur lequel sont projetées plein d'images le monde des images appartient à la nuit le monde le champ de l'imaginaire en général n'est pas c'est pas des sensations c'est des images c'est pas les sensations c'est nous qui sommes passifs elles nous arrivent voilà je sais pas moi il y a la chaleur du soleil qui vient sur ma peau il y a une voiture qui passe et son son a atteint c'est un monté tympan c'est l'objet qui est actif et le sujet le reçoit passivement tandis que les images c'est nous qui les projetons c'est l'inverse ça vient de notre intérieur
Le non-savoir de la nuit et la fidélité au plus ancien
1:04:28 et ça s'exprime vers l'extérieur c'est une projection comme sur un écran de cinéma c'est ça le rêve donc le fantôme de notre univers la lune mystérieusement paraître la fervente la nuit vient peupler d'étoiles et tout indifférentes dans notre vie la donneuse d'émerveillement voilà pour la fontaine d'images l'étranger parmi les hommes au cime des monts là-bas s'éploie et brille dans sa mélancolique magnificence on va passer à la seconde strophe inutile de vous dire que c'est d'une telle richesse que je ne fais pas un commentaire exhaustif je ne commente en priorité que ce qui nous rapproche toujours dans le problématique sur savoir et non savoir ô miracle ô faveur de la nuit sublime nul ne sait la source la grandeur des dons qu'un être reçoit d'elle donc ça commence là on est du côté de Nietzsche c'est pas le domaine du savoir la nuit le savoir c'est le jour la lumière la clarté le concept ce qui est clair et net et déterminé ceci est une fenêtre ceci est une porte ça c'est le savoir c'est le monde du jour tandis que là nul ne sait le non savoir la source
1:05:38 la grandeur des dons qu'un être reçoit d'elle c'est ainsi qu'elle meut le monde et l'âme des hommes chargés d'espérance les sages on passe aux intellectuels maintenant les sages même n'ont point l'intelligence de ses desseins donc là on est du côté de Nietzsche jusque là car tel est le vouloir du Dieu suprême qui t'aime de grand amour que tu ne saches pas tout sous-entendu n'est-ce pas que tu aies besoin de la nuit pour accéder au non savoir et là il y a cette phrase où Hölderlin s'évade de Nietzsche et c'est pourquoi plus qu'elle encore après avoir fait cette hymne à la nuit comment il peut y avoir plus que la nuit plus qu'elle encore le jour t'es cher il parle à lui-même bien sûr où règne ta pensée ici Hölderlin reste un fils des lumières un compagnon de Hegel et un élève du séminaire n'est-ce pas de Tübingen tout de même et c'est pourquoi je répète ces capitales se tournant plus qu'elle encore le jour t'es cher où règne ta pensée alors on ne comprend plus là on en est que le dernier on est dans le jour ou dans la nuit mais alors là je m'arrête sur ce mais parce que vous avez remarqué
1:06:48 c'est le énième mais depuis le début du poème j'ai fait exprès de m'arrêter au précédent pour ne pas trop interrompre mais maintenant on est obligé ce mais est l'indice de ce que dit Nerval lorsque l'âme flotte incertaine entre le rêve et la réalité vous voyez vous voyez le flottement dès qu'on arrive à une certitude il y a un mais qui vient la contrebalancer on vient de condamner la nuit de rappeler qu'il ne faut pas trop se complaire aux nocturnes au monde dionysiaque on va y revenir tout à l'heure j'ai fait une allusion avec le vin tout à l'heure mais en fait tout le poème est sous ce signe on va revenir il vient de prendre ses distances avec la nuit donc il prend le parti du jour pas si simple voilà ce que dit le mais plus cher plus qu'elle encore le jour t'es cher parce qu'il règne ta pensée et je ne suis pas un barbare je ne veux pas revenir au nazisme on verra après je veux dire c'est pas le dernier c'est parce que c'était que le nazisme mais enfin je veux dire il sait bien dans quelle monstruosité peut nous emmener la négligence de la raison c'est un contemporain de Goethe et Goethe a fait dire n'est-ce pas dans le prologue du Faust si tu méprises
1:07:58 la raison et la science les dons les plus élevés de l'humanité tu te donnes au diable et tu es perdu voilà quelqu'un qui a prévenu les allemands Goethe plus qu'elle encore dernière fois le jour t'es cher où règne ta pensée mais parfois pas toujours il n'en fait pas une règle on n'est pas on n'est pas en morale on est en poésie là dans la méditation dans l'hésitation mais parfois le limpide regard lui-même c'est-à-dire même le regard de l'homme à l'œil clair le limpide regard de l'homme attaché à la lumière mais parfois le limpide regard lui-même goûte l'ombre et devançant l'heure c'est-à-dire avant qu'il soit l'heure de dormir il quête le sommeil comme une volupté vous comprenez que le sommeil est de nouveau une métaphore c'est pas le sommeil au sens propre c'est le sommeil au sens où l'on met entre parenthèses les certitudes du jour ça peut être l'ivresse quand on est pompette on est dans cette nuit dont parle Hölderlin par exemple c'est ce qui me fait penser à un autre magnifique poème beaucoup plus court qu'on appelle Souvenir qui est assez souvent traduit
1:09:08 vous le trouverez en Wikisource certainement que je préfère appeler Évocation où des images du fatal voyage à Bordeaux où la folie s'est déclaré revient d'une manière lancinante et dans laquelle il dit il n'est pas bon de n'avoir dans l'âme nulle périssable pensée ça a l'air un peu compliqué il n'est pas bon de n'avoir que des pensées immortelles dans la tête de temps en temps il faut être un peu pompette léger avec des amis parler de choses de choses et d'autres de manière de ne pas être ni dans la science ni dans la philosophie mais dans l'échange tout simplement dans l'ordre où ça vient et où ça ne vient pas il n'est pas bon de n'avoir dans l'âme nulle périssable pensée il s'agit de cette nuit-là ici mais parfois le limpide regard lui-même goûte l'ombre et devançant l'heure il quête le sommeil comme une volupté et l'homme au cœur fidèle là il faut que je m'arrête la fidélité c'est un rapport au temps le fidèle je fais parler le mot c'est fidèle à ma méthode la seule qui soit payante quand on est perdu ou qu'on risque de se perdre le fidèle c'est celui qui n'a pas oublié non c'est bien ça d'abord au sens propre donc il y a un rapport au temps mais au temps passé qui ne fait pas l'impasse comme Nietzsche qui ne fait pas l'amnésie Nietzsche dit souvent
1:10:18 que c'est pas bien il est cohérent Nietzsche s'il vaut mieux le non savoir que le savoir il vaut mieux passer par une crise d'amnésie ça fait du bien ne pas se souvenir de tout ce qui nous gâcherait le paysage si on s'en souvenait le contraire du travail que demande le psychanalyste n'est-ce pas de fouiller jusqu'à trouver des souvenirs qu'on avait tellement enfouis qu'on penserait qu'il ne reviendrait jamais à la surface le contraire de l'anamnèse l'amnésie le contraire de l'anamnèse la fidélité va dans le sens de l'anamnèse de lutter contre l'amnésie de revenir au passé or qu'est-ce qui est le plus ancien pour chacun d'entre nous allez je vous pose la question mais vous n'êtes pas là pour me répondre mais qu'est-ce qui est le plus ancien la nuit la nuit du ventre maternel donc le fidèle par excellence c'est celui dont la mémoire inconsciente revient jusqu'à l'état prénatal justement de sommeil c'est intéressant l'état dans lequel le Rimbaud le Rousseau de la cinquième promenade accède sémantiquement sans même le savoir
1:11:28 quand il dit mais bientôt ses impressions légères elles-mêmes il parle des eaux du lac s'effaçaient dans l'uniformité du mouvement continu qui me berçait qu'est-ce qui peut nous bercer bon sang dans l'uniformité du mouvement continu qui me berçait et qui sans aucun concours actif de mon âme ne laissait pas de m'attacher au point qu'appelé par l'heure et le signal convenu je ne pouvais m'arracher de là sans effort vous avez tout l'état prénatal vous avez les yeux qui se ferment rêverie n'est-ce pas on est entre la veille et le sommeil mais on va de la veille vers le sommeil vous avez la perte de la notion du temps je ne pouvais m'arracher de là sans effort lorsque j'étais appelé par l'heure et le signal on l'appelait pour dîner et vous avez ces impressions légères elles-mêmes s'effaçaient l'anéantissement de tout ce qui nous raccroche au monde extérieur s'effaçait dans l'uniformité du mouvement il ne reste plus qu'un mouvement qu'une musique régulière celle des berceuses d'un mouvement continu qui me berçait c'est ça le fidèle il remonte et l'homme au cœur fidèle aime à plonger les yeux dans la nuit pure qu'on lui dédie ainsi qu'il sied des chants et des couronnes ici le dernier
La nuit sacrée des insensés : ivresse, éros, Dionysos
1:12:38 renoue avec les rituels de l'antiquité ça veut dire je viens de dire du mal de la nuit en disant que la lumière est importante pour la raison pour la rationalité pour le salut de l'homme mais celui celui qui cherche un recours et on verra plus tard que c'est sur le mode du en attendant en attendant le triomphe de la lumière celui celui qui est voué à la nuit il faut aussi ne pas le maudire il faut au contraire lui dédier des chants et des couronnes car et voilà la réponse elle est le trésor la nuit sacrée des insensés le mot y est la folie des insensés et des morts donc la nuit est bien la divinité commune aux trois fous que je vous amène au travers de ces trois textes car elle est le trésor sacré vous comprenez pourquoi j'ai terminé par le dernier le plus complet des insensés et des morts et perdure elle-même éternel esprit pur de contrainte mais qu'elle aussi car il le faut afin qu'en notre lent séjour dans cette ombre quelque chose nous soit gardé qui nous conforte qu'elle aussi la nuit nous donne l'oubli vous voyez le contraire de l'anamnèse qu'elle nous donne l'amnésie qu'elle aussi
1:13:48 nous donne l'ivresse il a dit tout à l'heure parfois sacré et le jaillissement du verbe et qu'ainsi comme des amants car l'éros comme l'ivresse font partie du nocturne on dit bien une nuit d'amour c'est pas c'est pas un hasard si le plus grand hymne érotique de l'histoire de la musique le deuxième acte du tristan de Wagner qui dure une heure et demie à peu près c'est pas un hasard s'il est entièrement il se déroule entièrement dans la nuit et qu'il commence lorsque Iseut éteint la torche qui était le signe de leur rendez-vous nocturne pendant que le mari le roi Marc est en train de faire une chasse nocturne fantomatique donc qu'elle aussi la nuit nous donne l'oubli qu'elle aussi nous donne l'ivresse dionysiaque donc sacrée c'est pas n'importe quelle ivresse cette fois c'est plus pompette maintenant c'est l'ivresse sacrée celle que célébraient les prêtres de Dionysos une fois par an pendant une nuit il valait mieux ne pas trop s'attarder qu'elle aussi nous donne l'oubli qu'elle aussi nous donne l'ivresse sacrée et le jaillissement du verbe culture de Hölderlin qui connaît par cœur son monde grec la poésie en particulier la poésie dramatique et le théâtre ont pour origine le culte de Dionysos
1:14:59 dans le monde grec le théâtre l'art dramatique cette mystérieuse culmination de l'art grec a pour origine le culte du dieu le plus nocturne Dionysos je m'attarde un peu maintenant que vous voyez que ce personnage revient au centre de tout ce long texte de Hölderlin le pain et le vin je m'attarde un peu pour rappeler à ceux qui ont une culture plus picturale que musicale et d'autres et a fortiori s'ils ont une culture picturale supérieure à la mienne qui n'est pas qui n'est dont j'aimerais bien qu'elle soit plus étendue la mienne les représentations de Dionysos de Bacchus que ce soit sur les vases de l'antiquité ou sur les magnifiques peintures de Pompéi vous remarquerez qu'il a toujours des attributs auxquels on le reconnaît il a le front entouré de feuilles de vignes de lierre car le lierre a une verdure impérissable et donc il fait partie du monde de Dionysos sa sensualité toujours jeune le pin l'arbre le pin P-I-N pour les mêmes raisons dans la mesure où c'est précisément il est toujours vert troisième champ
1:16:11 le myrte la plante méditerranéenne le myrte dont on fait un excellent alcool une excellente eau de vie en Corse que je vous recommande vous voyez on revient à Dionysos le myrte et aussi il apparaît dans un char tiré par des fauves selon les peintures c'est soit des tigres le plus souvent plutôt des tachetés des léopards ce qui est là pour nous rappeler que Dionysos est à la limite de notre rationalité à la limite du monde occidental que c'est un dieu qui est venu tardivement dans le panthéon grec comme un retour de l'Orient qu'on croyait avoir surmonté et oublié dans la rationalité grecque et qui va prendre une revanche définitive avec le christianisme jusqu'à quasi anéantir les traces de l'antiquité gréco-romaine qui ne reviendra qu'à partir de la renaissance vous voyez comme tout ça est cohérent tout d'un coup Dionysos c'est celui qui vient d'une extra-européanité on dit qu'il vient de l'Indus à l'origine du monde des tigres bon voilà donc un monde qui est antérieur à la toute puissance de la rationalité
1:17:21 je ne vais pas dire un monde exempt de rationalité les mathématiciens mésopotamiens et égyptiens n'ont pas attendu les grecs mais ce n'est pas encore la valeur suprême donc mais qu'elle aussi nous donne l'oubli qu'elle aussi la nuit nous donne l'ivresse sacrée et le jaillissement du verbe donc vous avez compris pourquoi le verbe parce que ça c'est c'est c'est historique n'est-ce pas la littérature poétique grecque sort du culte du Dionysos et qu'ainsi comme des amants yeux jamais clos donc c'est une nuit où on ne dort pas coupe à plein bord audace à vivre et sainte souvenance comme les amants de traverser la nuit au comble de l'éveil vous voyez donc c'est c'est c'est un sommeil de la raison mais c'est pas un sommeil absolu il s'en passe des choses nous sommes dans l'éveil sinon si c'est pas l'éveil de la raison c'est donc l'éveil des sens n'est-ce pas je vous ai sauté une strophe et maintenant on passe au monde d'aujourd'hui mais nous venons trop tard amis voilà que nous passons au monde moderne vous voyez je ne me suis pas resté tout à l'heure mais c'est beaucoup plus clair nous sommes chrétiens nous sommes d'une religion
Le vase fragile : peur de la vérité par excès de bonheur
1:18:32 qui dit mon royaume n'est pas de ce monde oui les dieux vivent mais là-haut nous ne sommes plus dans l'en deçà dans l'immanence nous sommes dans la transcendance vous voyez comment on révise avec des textes comme ça mais c'est mieux que d'aligner des idées abstraites de faire un poème comme ça mais nous venons trop tard amis les dieux vivent mais là-haut sur nos fronts au cœur d'un autre monde c'est leur chant d'éternel agir et le souci qu'ils prennent de nos vies il est un peu amer le dernier on ne rencontre pas souvent Dieu depuis qu'on sait qu'il n'est pas là et le souci qu'ils prennent de nos vies semble léger tant ces hôtes du ciel en usent délicatement avec nous vous voyez il en parle encore au pluriel car et là il y a tout d'un coup vous voyez une hésitation il était en train je vous dis d'être un peu amer de reprocher presque au Dieu chrétien d'être trop absent et tout d'un coup il le justifie car un vase fragile ça c'est nous un vase fragile ne peut toujours enclore leur puissance vous comprenez pourquoi j'ai commencé ce poème par le mystérieux fragment que je vous ai lu tout à l'heure extrait des odes de Pindare de Poin peur de la vérité
1:19:42 à cause du plaisir à son contact voilà la détermination qui manquait aussi bien à Nietzsche qu'à Nerval et le pas le plus profond en avant que nous faisons avec le texte de Hölderlin c'est que oui il faut craindre la vérité oui monsieur Nietzsche vous avez raison monsieur Nietzsche de dire que c'est pas parce qu'on la craint qu'il faut oublier qu'elle est inévitable mais il faut maintenant réaliser que si on la craint c'est pas parce qu'elle nous apprend de mauvaises nouvelles c'est qu'elle apporte une telle jouissance la vérité qu'elle fait au moins aussi mal que le malheur et ici je ne suis pas en train d'interpréter vous allez dire tu dis qu'il n'aime pas l'interprétation tu es loin du texte pas du tout je suis dans l'intertextualité je vous renvoie pour ceux qui ont le temps à l'hymne qui s'appelle le Rhin il y a beaucoup d'hymnes à la fin de son oeuvre qui s'incarne dans des fleuves dans l'hymne au Rhin il dit car il est lourd à porter le malheur mais tellement plus le bonheur et son admiration et sa hantise du monde grec à Hölderlin vient du fait qu'une culture a pu supporter la joie et le bonheur comme ça pendant des générations
1:20:52 c'est ce qui est inoubliable bon c'est ça le miracle le grec donc vous voyez car un vase fragile ne peut toujours enclore leur puissance regardez ça illustre ce que je suis en train de dire sur le fait que c'est tellement bon qu'on ne peut pas le garder longtemps dans la conscience c'est insupportable par instant seul donc par intermittence l'homme soutient le poids de la divine plénitude soutenir le divin quand on est humain c'est une démesure n'est-ce pas qui ne peut durer longtemps là encore extraordinaire écho à ce que dit Rousseau dans la cinquième promenade Rousseau pour lequel Hölderlin et toute sa génération a un culte mais lui encore plus qu'aucun autre point commun avec Nerval et en effet que dit Rousseau dans la cinquième promenade peut-être le moment le plus audacieux de son texte quand il a décrit son extase d'être tout entier dans l'instant dans le sentiment de l'existence comme il dit le sentiment c'est même pas un raisonnement dépouillé de toute autre affection je n'ai rien dans la tête autre que le fait que j'existe c'est tout il ajoute tant que cet état dure
1:22:04 vous voyez le rapport avec ce que dit Hölderlin on se suffit à soi-même comme Dieu c'est une audace extraordinaire bien sûr tant que cet état dure c'est la différence avec Dieu donc par instant seul l'homme soutient le poids de la divine plénitude et quand ça s'en va un rêve d'eux tel ensuite est la vie toute la vie pour quelqu'un qui a connu l'extase divine pour quelqu'un qui l'a connu le reste de la vie n'est plus qu'un rêve après ce qui serait une explication de la folie moderne n'oubliez pas que tout le romantisme allemand est une hécatombe qui se conclut souvent par la folie par le suicide ou par les deux je pense à Nerval par instant seul l'homme soutient le poids de la divine plénitude un rêve d'eux tel ensuite est la vie mais encore un mais des mais qui s'enchaînent on revient toujours de l'un à l'autre et de l'autre à l'un mais l'erreur porte secours de nouveau il faut dire du bien du sommeil et de la nuit comme le sommeil et la nécessité la nuit donne vaillance on se repose on reprend des forces jusqu'à l'heure où et on comprend maintenant pourquoi il défend la nuit parce que c'est pas la nuit pour toujours c'est pas la réponse définitive comme chez Nietzsche jusqu'à l'heure
En attendant les héros : la Grèce où nul n'était seul
1:23:14 où grandit au berceau d'airain au berceau de bronze il fait allusion à Héraclès à Hercule des héros puisent en leur cœur cette force jadis qui les fit aux dieux pareils alors dans un fracas de foudre ils surgiront bientôt il n'y aura plus la nuit il y aura la société sans classe c'est moi qui l'ajoute mais je connais mon Hölderlin ils surgiront mais jusqu'au jour de leur venue en attendant c'est ça la clé en attendant le sommeil souvent voyez encore un mais mais jusqu'au jour de leur venue le sommeil souvent me paraît moins lourd que cette veille sans compagnon cette fiévreuse attente ah là on a une nouvelle détermination la solitude voilà ce qui va pas ce qui nous manque par rapport au grec et là je vous lis un passage de pain et vin que je vous ai cité parce que sinon ce serait trop long que je vous ai pardon que j'ai sautie parce que ce serait trop long n'est-ce pas parce que le nocturne ne dure pas très longtemps dans le poème très vite on revient à la Grèce alors je vous dis l'enchaînement voyez euh viens euh viens donc
1:24:24 nous tournerons nos yeux vers l'étendue voyez en train de quitter le monde allemand de la nuit le petit marché qui s'endort vers la Grèce en imagination viens donc et nous tournerons nos yeux vers l'étendue pour y chercher si loin soit-il un bien qui sera nôtre une chose demeure ferme que midi sonne ou que le temps s'allonge dans le cœur de la nuit une mesure ça c'est grec une mesure métron et là toujours commune à tous chacun s'en va chacun s'en vient au lieu qu'il peut atteindre viens donc et qui pourrait mépriser le mépris sinon ce triomphant délire encore Dionysos qui saisit les chanteurs soudains dans la nuit sainte viens aux rives aux rives de l'Isthme et ça c'est l'Isthme de Corinthe quand on connaît je n'interprète pas vous allez voir les noms propres vont se multiplier viens aux rives aux rives de l'Isthme on était parti du cœur de la nuit allemande et voilà qu'on est en plein dans la lumière d'Apollon viens là-bas où la rumeur immense de la mer monte vers le Parnasse où la neige scintille en diadème au roc Delphique vous voyez Delphes le Parnasse la montagne des Muses là-bas dans le pays de l'Olympe à la cime du Cithéron là-bas là-bas parmi les pins ça résume tout ce que j'ai dit parmi les pampres d'où voici Thèbes
1:25:35 et le fleuve Isménos Bruir et la fontaine de Dircé vous voyez les toponymes se multiplient c'est là d'où vient c'est là ce que désigne à son tour le dieu proche c'est donc bien la preuve je n'interprétais pas qu'il s'agit de Dionysos et il dit ceci n'est-ce pas je ne m'arrête pas je ne m'arrêterai que n'oubliez pas que ma parenthèse de maintenant c'est sur la solitude par rapport au collectif grec ô Grèce bienheureuse toi demeure à tous les dieux donnés quoi donc c'est vrai ce qu'en notre jeunesse un jour nous entendîmes c'est assez bouleversant on voit l'étudiant qui se rappelle on voit les trois amis Hegel, Schelling Hölderlin étudiant en séminaire et regardant les cartes de la Grèce leur dictionnaire de latin ou de grec n'est-ce pas alors qu'on leur enseignait tout le contraire n'est-ce pas une religion puritaine quoi donc c'est vrai ce qu'en notre jeunesse un jour nous entendîmes salle des festins ton sol mais c'est la mer tes tables les montagnes jadis c'est la seule femme bâtie en vérité mais les trônes où sont-ils donc et on revient au monde moderne les temples où tout ce qui rassemble vous voyez tout ce qui fait qu'on n'est pas seul les lieux de rassemblement le contraire de chacun confiné
1:26:45 dans sa solitude vous voyez comme c'est actuel les temples où les urnes de nectar le chant qui doit réjouir le cœur des dieux où brille-t-il donc où les oracles frappant au loin comme l'éclair Delphes dort aujourd'hui Delphes dort alors qu'avant ça rendait les oracles et la voix du grand destin où sonne-t-elle où le dieu prompt lourd d'un universel bonheur où de quel cieux en fait jaillit frappe-t-il les regards de sa splendeur tournante Père Éther ainsi monter le cri par mille et mille lèvres multipliées et voilà la phrase clé quand je vous parle de société sans classe il n'était pas très loin car nul n'était seul à supporter la vie voilà c'est pas la nostalgie des belles sculptures et du monde grec c'est pas un esthétisme c'est une nostalgie du monde où chacun n'est pas enfermé dans sa bulle comme la société bourgeoise moderne que le romantisme est le premier à voir apparaître avec l'urbanisation voyez comme tout se tient maintenant nous sommes chacun enfermé dans la nuit il y en a besoin d'y rêver et se distraire parce que nous avons été distraits nous avons été arrachés
1:27:56 à notre appartenance commune mais pas à la communauté regardez nul n'était seul à supporter la vie car un tel bien c'est par l'échange et le partage avec des inconnus qu'il donne joie c'est tout le contraire du communautarisme où on ne s'associe qu'avec ceux qu'on connaît trop bien c'est pas c'est pas la fête du je n'ai rien contre enfin c'est sympathique mais d'une équipe de football américain qui est en train de fêter sa victoire où les taureaux de je ne sais pas quelle ville ont écrasé les aigles d'une autre il ne s'agit pas de ça c'est pas communautariste c'est l'humanité ici tout ce qui est combattu aujourd'hui c'est le progrès l'universel et l'humanité et non pas le spécisme l'antispécisme pardon donc mais un tel bien ce bien des grecs c'est par l'échange et le partage avec les inconnus qu'il donne joie une allégresse éclate voilà je tenais à lire ce passage en plus n'est-ce pas et je vous dis maintenant je peux revenir maintenant
1:29:07 à la suite de la strophe par laquelle j'ai conclu l'extrait que vous avez parce que c'est quand même très important où on va arriver à l'hésitation mais l'erreur porte secours comme le sommeil est la nécessité la nuit donne vaillance jusqu'à l'heure où donc on a compris maintenant que la nuit c'est le mode du en attendant le grand jour et non pas le grand soir jusqu'à l'heure où grandit au berceau d'airain des héros puisent en leur cœur cette force jadis qui les fit aux dieux pareils alors n'oublions pas que c'est la génération Hölderlin qui est née la même année que Hegel et que Beethoven ceux qui ont eu 20 ans à la prise de la Bastille les héros jusqu'à l'heure où grandit au berceau d'airain des héros puisent en leur cœur cette force jadis qui les fit aux dieux pareils alors dans un fracas de foudre ils surgiront mais encore un jusqu'au jour de leur venue donc je répète jusqu'à la société sans classe le sommeil souvent me paraît moins lourd que cette veille sans compagnon cette fiévreuse attente donc c'est toute cette célébration de l'ivresse de l'irrationalité
1:30:17 et tout c'est à titre provisoire et c'est quand même malheur c'est bien ce que Hegel appelle la conscience malheureuse c'est en attendant au moins ces joies là et ces bonheurs là viennent-ils nous consoler du malheur global qui est qu'on est enfermé chacun dans notre solitude individuelle de particulier le particulier bourgeois n'est-ce pas qui est cultivé actuellement par le règne du relativisme ouais ça c'est valable pour vous mais chez les Bantous c'est différent enfin bref vous voyez ce que je veux dire il n'y a pas d'humanité il n'y a que des des Hutus des Tutsis des Corses des Français des hommes des femmes des jeunes des vieux des homos des hétéros je ne vais pas reprendre mon couplet tout pourvu que ce ne soit pas l'humanité quoi le sommeil souvent me paraît en attendant moins lourd que cette veille sans compagnon cette fiévreuse attente donc il a fini par s'endormir mais parce qu'au départ il y avait l'attente n'est-ce pas de la fin de la nuit ah que dire encore que faire c'est admirable de modestie il n'y a pas de réponse je ne sais plus et pourquoi alors ça ça a été commenté ce passage très célèbre et pourquoi dans ce temps donc misérable des poètes
1:31:27 à quoi ça sert des poètes aujourd'hui bon sang dans cette rationalité répandue qui n'est pas une rationalité de la raison mais uniquement de l'entendement de l'intelligence mercantile n'est-ce pas où le savant est au service de l'actionnaire n'est-ce pas et non pas au service du savoir partageable par toute l'humanité et pourquoi dans ces temps misérables des poètes et bien voilà la réponse mais ils sont nous dis-tu pareil au saint prêtre il manque un X à O là au saint prêtre du dieu des vignes vagant de terre en terre au long de la nuit sainte voilà je crois que je peux vous passer la parole la matière est suffisamment riche je crois que c'est quand même beaucoup plus clair maintenant même s'il s'agit de la nuit n'est-ce pas qu'avant ces rapprochements les rapprochements à ces trois textes j'avais un autre texte à vous lire mais je préfère qu'on commence les réponses aux questions j'ai un texte de Hegel qui est là comme pour répondre par avance à celui de Nietzsche parce que Hegel est largement presque presque une génération plus d'une génération avant Nietzsche et je le garde pour après donc y a-t-il des questions je m'adresse à la régie
Hegel : la pensée trouble l'inertie de l'absence de pensée
1:32:38 bon bon très bien parce que dans ce cas là je peux enchaîner sur les questions la dernière fois parce qu'on n'a jamais fini on n'a jamais fini de rendre justice à à l'intérêt des questions qu'on nous a posées bien alors s'il n'y a pas de questions je vous lis et je voudrais conclure par là je voudrais vous lire un texte que vous trouverez à la page 71 du premier volume de la Phénoménologie de l'esprit traduit par Hyppolite aux éditions Aubier-Montaigne un texte extrait non pas de la préface comme je vous avais dit mais de l'introduction où Hegel fait allusion comme quoi c'est pas si moderne chez Nietzsche c'est pas si nouveau tout ça c'est la modernité il fait allusion à cette tentative de la conscience moderne de vouloir fuir la vérité la pensée n'importe quoi pourvu de renoncer au savoir n'est-ce pas le voici
1:33:48 mais la conscience est pour soi-même son propre concept elle est donc immédiatement l'acte d'outrepasser le limité la conscience outrepasser le limité on revient à l'indéterminé au sans limite à l'infini d'outrepasser le limité et quand ce limité lui appartient l'acte de s'outrepasser soi-même on verra un commentaire de ce que Pascal dit sur le divertissement n'est-ce pas la conscience subit donc cette violence venant d'elle-même le savoir la vérité est une violence qui nous vient à nous de l'intérieur c'est pas une violence qu'on nous impose de l'extérieur n'est-ce pas la conscience subit donc cette violence venant d'elle-même violence par laquelle elle se gâte toute satisfaction limitée c'est dans la seule mesure où elle est limitée que cette satisfaction ne dure pas longtemps c'est ça ce qui est caractéristique de l'homme et surtout de l'homme moderne c'est toujours de regarder au-delà de la limite qui semblait avoir été imposée la conscience subit donc cette violence
1:34:58 venant d'elle-même violence par laquelle elle se gâte toute satisfaction limitée dans le sentiment pas le savoir dans le sentiment de cette violence l'angoisse peut ce que fait Nietzsche l'angoisse peut bien reculer devant la vérité vous voyez comment on y est aspirer et tendre à conserver cela même dont la perte menace c'est-à-dire mes certitudes d'avant mes illusions dont Nietzsche dit il vaut mieux ces illusions-là que la vérité si tu peux les garder tant mieux pour toi donc l'angoisse peut bien reculer devant le sentiment de cette violence devant la vérité aspirer et tendre à conserver cela même dont la perte menace ça peut jouer ça peut marcher un certain temps mais mais cette angoisse ne peut pas s'apaiser en vain elle veut se fixer dans une inertie sans penser la pensée vient alors troubler l'absence de pensée et son inquiétude dérange cette inertie voilà je voulais terminer par ce texte pour vous montrer que c'est peine perdue à ce moment-là et que c'est c'est une solution beaucoup trop précaire et le pauvre Nietzsche n'est-ce pas
1:36:08 en saura quelque chose lorsqu'il sombrera au pied de ce cheval maltraité à Turin avouant par là n'est-ce pas que le sentiment qu'il avait le plus combattu la pitié qu'il avait voulu oublier n'est-ce pas qu'il avait voulu amnésier et l'extirper au fond de lui-même pour faire de lui ces hommes cruels qu'il aspirait de ses voeux rappelez-vous cette musique cruelle qu'il appelait de ses voeux dans le texte magnifique que je vous ai lu la dernière fois et qu'en fait c'était pipeau en fait il ne supporte pas de voir un cheval maltraité voilà et bien je vous donne rendez-vous à très bientôt nous fixerons très rapidement la semaine prochaine le jour de notre prochain mais ce sera vraisemblablement dans ce créneau horaire sauf si par vos courriers ou vos commentaires vous exprimez une réserve sur l'heure qui ne convient pas ou si vous suggérez une heure n'hésitez pas on a essayé le soir on a essayé l'après-midi comme aujourd'hui l'essentiel c'est que vous soyez assez disponible pour participer à nos attelages
1:37:19 de la confinitude je vous remercie d'y avoir participé et je vous dis à la prochaine fois et merci à la régie et merci à Philippe Moreau que je vous remercie de la plus qu'est-ce que je vous remercie de la plus