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Polyphonies pygmées et bilan du cycle
3:12 on partage entre le Cameroun, le Congo, Brazzaville et le Gabon essentiellement. Pygmées sont réputées pour être un des peuples les moins développés. Il n'y a aucun jugement de valeur au niveau purement technique, purement de puissance technologique. Donc il y en a qui pensent naïvement que la culture ou la musique d'un peuple primitif techniquement, sinon primitif ne veut strictement rien dire, que la musique doit être aussi primitivement simpliste. Il y a eu de nombreuses études faites sur les musiques pygmées.
4:07 Je salue ici le musicologue Rouget de Lisle, comme je l'appelle, non pas seulement parce qu'il habitait à l'île Saint-Louis, et qu'il a énormément travaillé sur ce genre de dossier, et que j'étais allé interviewer, il n'est plus des nôtres maintenant dans l'île Saint-Louis, qui a étudié cette musique sur le terrain, mais il n'est pas le seul. Et on a pu noter l'incroyable complexité des polyphonies.
4:40 Là encore, un préjugé, on croit qu'il y a de très belles choses dans la musique extra-européenne, mais enfin, un appannage, un privilège de la musique occidentale, c'est une passe-terme qui ne veut pas dire grand-chose, depuis qu'on sait que la Terre est ronde et que l'Ouest est où on voudra, et que ça sert à ne pas dire capitaliste, souvent donc... Mais en tout cas, on dit que le privilège de cette musique, c'est que c'est la seule qui peut produire une polyphonie, et ce qui est d'ailleurs apparemment paradoxal, c'est que les polyphonies, parmi les plus complexes dans les peuples sans écriture, nous proviennent des sociétés parmi les plus isolées, les plus coupées de toutes les relations avec le reste du monde, qui peut accélérer un développement matériel, un apport technique.
5:40 Je pense à la polyphonie des îles Salomon, par exemple, où ici, bien sûr, cette bouleversante, ça ressemble à des mélopées, mais je suis sûr que certains parmi vous qui ont l'oreille exercée, je le sais, et je m'en réjouis, ont repéré l'écriture, enfin l'écriture, la procédée en imitation, comme on dit pour le contrepoint et la fugue, n'est-ce pas ? C'est-à-dire que la voix numéro 2 reprend la structure de la voix numéro 1, un peu comme dans Frère Jacques, pour prendre un exemple simplissime de canon.
6:22 Pourquoi j'ai tenu à commencer par ce générique ? D'abord, il a une petite teinte mélancolique, un peu comme ces heures interminables de la saison des pluies en pleine forêt, où on a l'impression que le soleil ne reviendra jamais des fois, à peine, à peine, c'est une petite coloration, ça n'a rien de mortifère, et ce n'est pas la grande élégie, loin de là.
6:53 Et parce que cette mélancolie me semblait en phase, même si ça paraît contradictoire, avec le bonheur que j'ai de vous retrouver, tempéré, par une pointe de mélancolie, de vous voir pour la dernière fois, en tout cas, dans ce cycle régulier, que nous faisons, on dit bihebdomadaire, tous les 15 jours, le mercredi soir. Et, à savoir, que nous allons clore ce cycle qui avait pour titre « Les sciences de l'histoire peuvent-elles être réelles ? »
7:35 En quelle mesure des sciences de l'histoire peuvent-elles être réelles ? Eh bien, nous avons fait pas mal de… Je ne veux pas faire un résumé, parce que ce serait le résumé d'un résumé, mais quand même, je veux dire, j'ai passé beaucoup de temps à rappeler que ce n'est pas la logique qui manque dans les choses humaines, par opposition aux sciences de la nature, bien sûr. Ce n'est pas la logique qui manque, mais c'est une logique propre à des sujets et qui est complètement, enfin, radicalement différente, je n'ai pas dû vous poser.
8:18 Dans la praxis, oui. Dans la praxis, il faut qu'un marais ou une forêt disparaisse pour qu'un champ cultivé apparaisse. Mais, du point de vue de la strict logique, il n'y a aucune contradiction entre le fait que nous soyons animaux et que nous le serons jusqu'à la fin de notre vie, jusqu'à notre dernier souffle. Jusqu'à la fin de notre vie, il faudra manger pour vivre, par exemple, n'est-ce pas ? Ça, ça ne doit rien à la logique des sujets.
8:52 Mais, parallèlement, je dis parallèlement pour montrer à quel point c'est indépendant, que ce n'est pas du tout la même logique, il y a une logique non pas seulement du signe du sens, c'est comme ça, en général, que je l'ai caractérisé pour simplifier. Alors là, il faut bien distinguer, voire opposer, à la logique de la cause et de l'effet. Vous voyez ? Avec toutes les différences corollaires, je résume, qui accompagnent ce distinguo. ainsi, la relation du signe au sens, du sens au signe, est une relation d'immanence, alors que la relation de la cause à l'effet est une relation transcendante, ou transcendante au sens, transitif, si vous préférez.
9:37 Pour parler comme Spinoza. C'est-à-dire, c'est deux moments dans le temps, différents, il y a d'abord la chaleur et après la dilatation du corps. Alors que le sens d'un rêve, par exemple, le parcourt d'un bout à l'autre. Mais pas seulement, c'est pas seulement l'opposition de la cause et de l'effet d'un côté, du sens et du signe de l'autre. C'est aussi le fait que c'est une logique des quelqu'un et non pas des quelque chose.
10:07 Et c'est bien pourquoi des millénaires n'ont pas encore suffi à l'expliciter. Car nous avons vu, et pas seulement pendant le cycle qui s'achève ce soir, mais dans des cycles précédents comme celui que j'avais fait, autour du couple mémoire et amnésie, anamnèse et amnésie si vous préférez, remémoration plutôt que mémoire et amnésie.
10:38 Vous savez que pour Platon, toute connaissance, remémoration, nous avions vu que la mémoire, c'est pas une faculté qu'on a ou qu'on n'a pas, que les uns ont développé, les autres non, comme si c'était dans une case au départ. D'abord, ça s'entraîne comme un muscle. Les anciens savaient bien ça, surtout à l'époque où l'écriture et l'imprimerie, à fortiori, n'existaient pas encore et qu'il fallait, la transmission orale jouerait un rôle capital et qu'il fallait penser à un messager qui doit apporter une nouvelle importante, c'est pas loin de la capitale de son royaume ou de son pays et qui ne doit pas oublier, n'est-ce pas, le message qu'on lui a confié, il y avait donc peut-être procédé de mnémotechnie.
11:24 Vous remarquerez que dans les usages linguistiques populaires, les répliques versifiées, rythmées, rimées sont fréquentes et précisément parce qu'il est beaucoup plus facile de mémoriser une poésie qu'un article de journal à cause de la récurrence, de la régularité. Donc, la logique propre au sujet, parallèlement à qui est une logique de la raison, je résume toutes les distinctions et non pas comme en astronomie ou en biologie et une logique de l'entendement, si alors, Y égale F de X, c'est l'entendement.
12:15 Je rappelle que l'entendement occupe surtout à partir de Kant une position médiane entre la sensibilité, les sens et la raison qui vise la transformation de ce qui est l'action, alors que l'entendement vise uniquement à la pure connaissance, d'où son souci d'objectivité est de ne pas le mélanger avec les intérêts du sujet, ce qui est la moindre des légitimités pour un scientifique. De même qu'on ne comprend pas grand chose aux actions humaines quand on fait abstraction des intérêts du sujet, précisément, au point que nous avons dû réhabiliter une certaine acception de la téléologie, surtout pas la théologie, pré-galiléenne, celle qui serait inscrite quand même déjà là dans l'ordre des choses et de la nature, espèce de providence, non, absolument pas, mais des finalités propres à des sujets et là, je ne veux pas le trop développer parce que ce sera anticipé sur le texte par lequel nous allons commencer.
13:25 voilà, donc j'ai un petit point de mélancolie parce que je suis très heureux de vous retrouver, je suis très reconnaissant de votre fidélité qui nous a permis de faire ce chemin ensemble sur cette problématique et je suis donc un peu marri de devoir vous quitter en tout cas pour ce qui est de ce cycle et de nos retrouvailles régulières parce que je me suis bien entretenu avec Pierre-Alain là-dessus qui est d'une merveilleuse disponibilité, les formats courts que nous diffusons depuis quelque temps et qui n'ont pas l'air de déplaire à tout le monde, tant s'en faut, vont continuer, voilà, dans un ordre moins régulier et sur des sujets souvent imprévisibles, nous aurons l'occasion d'en reparler avec nos prochains formats courts qui ne vont pas tarder d'ailleurs.
Du canon de Bach aux deux textes de Nerval superposés
14:30 Donc, je reviens au tout début de la séance de ce soir à ces voix enfantines, à ces polyphonies pygmées qui malgré l'apparente simplicité, celle de l'enfance presque, leur clarté, leur primitivité, je vous le répète, est à l'analyse strictement musicologique d'une complexité désarmante. J'y reviens pour montrer que nous sommes dans la continuité de notre dernier rendez-vous, c'est réglé comme du papier à musique, nous avions pris une fugue de Bach, une fugue en forme de canon, exactement « Fugue »
15:19 contrepoint, c'est le titre exact de Bach, contrepoint, en latin « Contrapunctus » contrepoint par augmentation et diminution, ça concerne le tempo, je fais augmentation et diminution et en mouvement contraire, la deuxième voix faisant à l'envers, n'est-ce pas, de la fin vers le début, ce que la première fait du début vers la fin, c'est une complexité extraordinaire.
15:50 Les polyphonies pygmées, ou celles des îles Salomon, n'ont rien à envier, au niveau purement formel, à ce genre de superposition et de subtilité. Et je suis sûr que ceux qui ont l'oreille exercée parmi vous l'ont remarqué même dans le court extrait que nous venons d'entendre. Alors, j'ai tenu la dernière fois à commencer par le morceau de Bach qui précisément dans son titre exprime un mouvement contraire, vous le devinez, pour préparer notre lecture, celle que nous avons fait la dernière fois, des deux textes de Nerval que nous avons superposés.
16:36 Et c'est pendant leur superposition qui n'était pas du tout prévue par l'écrivain. L'écrivain, lui, il a fait l'un dans un certain contexte et l'autre dans un autre. Ce sont des contextes qui n'ont rien à voir et qui même s'opposent, n'est-ce pas, entre le contexte de récits un peu journalistiques, souvent humoristiques, des filles du feu d'Angélique. Et les visions à la fois extatiques et terrorisées, n'est-ce pas, du patient dans la clinique du docteur Blanche, n'est-ce pas, en train de rédiger cet extraordinaire document de pathologie qui est Aurélia.
17:22 Et, oh, surprise, en les superposant, on a vu que le second mouvement contraire, c'est le premier multiplié par moins un, j'avais dit, j'allais dire en exagérant à peine, mais je crois que je n'exagère pas du tout. Si on regarde bien les attributs qui se sont multipliés, et je suis sûr que certains d'entre vous m'ont téléphoné pour me le dire, certains ont eu l'intelligence de continuer dans le texte de Nerval et se sont aperçus que plus, n'est-ce pas, on amasse du matériau textuel, plus cette symétrie, ou plutôt cette antisymétrie était manifeste, était exprimée.
18:00 Et donc, je résume maintenant cette introduction. Je tenais à commencer par les pygmées pour montrer que, surtout pas qu'on croit que je privilégie Nerval, notre culture européocentrée, ici romantico-centrée, Nerval appartient à Génération romantique, mais il la déborde largement, les surréalistes s'en sont bien aperçus, les symbolistes aussi, et Proust, n'en parlons pas. Donc, pour montrer que cette logique symbolique est à l'œuvre bien au-delà des exemples que j'ai coutume de prendre, que je prends par commodité, parce qu'il est plus facile de vous produire des textes et de les diffuser, n'est-ce pas, que de vous faire visiter une galerie de tableaux ou du temps qu'il faudrait pour des séquences de théâtre ou de musique.
Désir infini ou besoin limité : l'enjeu économique
18:57 Et quant aux autres sciences humaines, l'expression verbale en est une, mais je veux dire l'expression idéologique. Je pense ici aux sciences économiques. Je leur dénie le concept de scientifique, je ne parle pas de l'économétrie. mais les sciences économiques n'échappent pas à ces tropismes symboliques.
19:38 Prenons une problématique essentielle philosophiquement parlant, mais qui a un grand enjeu pour les sciences économiques. si l'objet de la praxis, de la technicité humaine, depuis les premiers temps, depuis les silex éclatés jusqu'aux accélérateurs de particules, si le moteur de cette activité technologique propre à l'homme à ce degré de complexité, et si si elle elle est au service du besoin, ça ne donne pas du tout la même discipline que si elle est au service d'un désir sans limite assignable.
20:34 C'est une bonne nouvelle pour les dirigeants syndicaux dignes de ce nom, ça ne fait pas très grand monde par les temps qui courent, je sais bien, enfin en tout cas, parmi ceux qui sont médiatisés, parce qu'il y en a dans l'ombre obscurément qui se battent, je veux dire, et qui obtiennent des résultats et des victoires ponctuelles. Mais c'est une très bonne nouvelle. Sinon le patronat dirait écoutez, voilà, il y a un ordre naturel comme ça, je veux dire, à partir de tant d'augmentation, ça suffit, je veux dire, si c'est au service du désir et que le désir chez l'homme est infini, parce qu'il est avant tout négatif, c'est-à-dire que il sert avant tout, l'activité pratique sert avant tout à ne pas rester dans la contemplation de la finitude qui est mortifère, à ce moment-là, je veux dire, il n'y a aucune raison non seulement de prôner la décroissance, je parle en principe
21:44 qu'il y ait des objets dont la production me paraît oiseuse, je suis le plus premier à le penser, mais ce n'est pas cela, n'est-ce pas, que les apôtres de la décroissance, quand je regarde leurs interventions écrites ou youtubées, comme vous voulez, je veux dire, c'est assez effarant, ils voudraient garder le monopole de la jouissance du progrès technique, mais en privé tout le reste de l'humanité et la faire retourner.
22:14 Je l'appuie à bientôt quelques fois à les écouter. Ce n'est pas tout ça, je pense à un écologiste comme Jancovici, je veux dire, tout en étant très soucieux des menaces qui pèsent notre environnement, je suis le premier à dire que le nucléaire est mille fois moins délétère, n'est-ce pas, que les éoliennes, par exemple.
22:46 Tous les écologistes n'ont pas cette honnêteté. Donc, si le désir, vous voyez, une application de l'ordre symbolique qu'on a mis en évidence avec la comparaison des deux textes de Nerval et sur lesquels on va progresser et clore aujourd'hui, si l'ordre symbolique, la logique du sujet, qui est une logique du sens immanent au signe et non pas seulement de la cause transitive par rapport à l'effet, ou l'effet transitive par rapport à la cause d'ailleurs plutôt, vous voyez, l'enjeu économique dans une relation de conflit salarial touchant le problème des revenus, c'est-à-dire qu'on est en train de s'attaquer à nos retraites, on est en train d'en parler.
23:39 Et dans un contexte de quasi-provocation, n'est-ce pas, quelques encablures d'une échéance électorale, la Commission européenne fait pression, elle ne relâche pas, c'est comme un Doberman, n'est-ce pas, qui ne relâche pas la pression des mâchoires sur les peuples. Et si on montre que ce qui est décisif dans les choses humaines, c'est plutôt de l'ordre du désir infini que du besoin limité répétitif, je vous ai déjà dit que j'ai souvent vu des lions dans ma vie au sud du Sahara et que chaque fois, ils roupillent, c'est répétitif.
24:25 Je dors, je me réveille, je chasse, je dors, je me réveille, je m'accouple, je dors, je me réveille, je chasse. Alors que l'Éros sous Néandertal et l'Éros sous la princesse de Clèves, il y a quand même des différences foudroyantes. À partir d'une donnée qui, du point de vue naturel, ne bouge pas beaucoup, n'est-ce pas ? Voilà, je tenais à faire ces rappels, mais pour rester dans l'abstraction, surtout pour une dernière séance, je voudrais rappeler ce qui est précisément au sommaire de ce soir.
De la déterminabilité à la détermination ; lecture d'Aurélia
25:08 Au sommaire de ce soir, il nous faut transformer l'essai, comme on dit au rugby. La dernière fois, nous avons marqué un essai en mettant en évidence l'incroyable déterminabilité, prévisibilité qui se dégageait de textes écrits par quelqu'un qui a la réputation d'être un fantaisiste, un rêveur, voire un fou, voire les trois. Et au point que ça peut se formaliser avec des tableaux à double entrée, on a vu ça.
25:43 Mais cette déterminabilité, pour l'instant, reste mystérieuse pour nous. Nous ne savons pas ce qui instaure cette logique. Est-ce que c'est une logique biologique ? Est-ce que c'est une logique ? Après tout, le rapport de l'enfant à la mère, il commence quand même par une base biologique. Est-ce que c'est quelque chose de propre à Nerval ? Est-ce que c'est universel ? Est-ce que c'est une détermination qu'on retrouve ailleurs ?
26:14 Autrement dit, notre déterminabilité n'est pas allée jusqu'à la détermination. Je vais vous rappeler l'exemple du détective qui sent bien que quelqu'un est passé quelque part sur le lieu du crime et a changé un petit peu le dispositif des objets, mais il ne sait toujours pas qui et dans quel but. Voilà. Et c'est ce que nous allons essayer de préciser aujourd'hui. Je passe sans plus tarder à notre premier texte qui est de nouveau extrait d'Aurélia, donc du récit de la folie de Nerval, et qui commence par la relation, j'allais dire, d'un rêve.
26:55 Mais non, il ne dit pas cette nuit-là je rêvais que, comme celui-là arrive parfois d'Aurélia, un soir, je crus avec certitude être transporté sur les bords du Rhin. Je crus. C'est bien pour ça qu'il était interné, c'est qu'il le dit très bien d'ailleurs, pas loin du début d'Aurélia, ici a commencé ce que j'appellerais pour moi l'épanchement du songe dans la vie réelle. Quand vous avez la même logique que le rêve, mais éveillé en plein après-midi et dans une vie sociale qui continue, ce n'est plus seulement un rêve, c'est de la vision, n'est-ce pas ?
27:36 Donc, un soir, je crus avec certitude, je ne m'attarde pas parce que, pour l'instant, ça ne fait pas progresser sur la logique que nous cherchons. Un soir, je crus avec certitude d'être transporté sur les bords du Rhin, je lis d'abord le texte en entier. En face de moi se trouvaient des rocs sinistres dans la perspective, s'ébauchait dans l'ombre. J'entrais dans une maison riante, dont, un rayon du soleil couchant, traversaient gaiement les contrevents verts que festonnaient la vigne.
28:06 Il me semblait que je rentrais dans une demeure connue, celle d'un oncle maternel, peintre flamand, mort depuis plus d'un siècle. les tableaux ébauchés étaient suspendus ça et là. L'un d'eux représentait la fée célèbre de ce rivage. Une vieille servante que j'appelais Marguerite et qu'il me semblait connaître depuis l'enfance me dit « N'allez-vous pas vous mettre au lit ? »
28:36 Car vous venez de loin et votre oncle entrera tard. On vous réveillera pour souper. Je m'étendis sur un lit à colonnes drapées de perse à grandes fleurs rouges. Il y avait en face de moi une horloge rustique accrochée au mur et sur cette horloge un oiseau qui se mit à parler comme une personne. Et j'avais l'idée que l'âme de mon aïeul était dans cet oiseau mais je ne m'étonnais pas plus de son langage et de sa forme que de me voir comme transporté d'un siècle en arrière.
29:11 L'oiseau me parlait de personnes de ma famille vivantes ou mortes en divers temps comme si elles existaient simultanément et me dit « Vous voyez que votre oncle avait eu soin de faire son portrait d'avance. » Malheureusement, ici, la transcription dans Wikisource n'a pas tenu compte du fait que le son, le possessif est en italique dans le texte original. « Avait eu soin de faire son portrait d'avance ? »
29:42 Maintenant, elle, même procédé, elle est en italique, maintenant, elle est avec nous. Je répète sans m'interrompre cette fois ce que dit l'oiseau. « Vous voyez que votre oncle avait eu soin de faire son portrait d'avance. Maintenant, elle est avec nous. » Je portais les yeux sur une toile qui représentait une femme en costume ancien à l'allemande, penchée sur le bord du fleuve et les yeux attirés vers une touffe de myosotis.
30:16 Cependant, la nuit s'épaississait peu à peu et les aspects, les sons et les sentiments des lieux se confondaient dans mon esprit somnolent. Je crus tomber dans un abîme qui traversait le globe. Je me sentais emporté sans souffrance par un courant de métal fondu et mille fleuves pareils dont les teintes indiquaient les différences chimiques sillonnaient le sein de la terre comme les vaisseaux et les veines qui serpentent parmi les lobes du cerveau. On va reprendre ça du début.
Le Rhin, la maison de Mortefontaine et l'oncle peintre
30:50 Je suis sûr qu'avec l'entraînement certains d'entre vous ne m'ont pas attendu pour voir que le fait qu'un soir j'ai transporté sur les bords du Rhin déjà le hasard est éliminé la déterminabilité est déjà là. La mère de Nerval est enterrée encore à l'heure où je parle dans la lointaine Silesie comme il dit qui faisait partie des pays germaniques à l'époque enfin la limite du monde germanique et du monde slave et ça appartenait au Reich mais c'était les traditions les peuples des vieilles traditions slaves comme d'ailleurs la région de Berlin quand on regarde un peu historiquement mais ne compliquons pas.
31:35 Un soir je suis transporté sur les bords du Rhin pour aller vers le tombeau de la mère l'imagination la pensée de Nerval doit franchir le Rhin ses fréquents voyages en Allemagne on l'a remarqué bien qu'il n'en parle jamais sont autant de tentatives d'essayer de retrouver de se rapprocher le plus possible ce n'était pas évident matériellement du tombeau maternel c'est dans son dernier voyage un an avant sa mort en 1854 qui ira le plus loin dans la région de Leipzig la porte de l'Europe de l'Est n'est-ce pas l'Europe de l'Asie qui s'affoire donc déjà il y a un ordre symbolique qui se manifeste par le simple fait que le songe il ne faut pas dire le rêve le songe réalise le désir beaucoup plus que ne le ferait le simple souvenir volontaire et conscient n'est-ce pas en face de moi se trouvaient des rocs sinistres dont la perspective s'ébauchait dans l'ombre là pour l'instant on est dans la logique de l'imagerie les romantiques
32:48 de l'époque n'est-ce pas lorsqu'ils évoquent les bords du Rhin ou le domaine allemand c'est plutôt pour des histoires de spectres de rois des aulnes de fantômes et de choses fantastiques assez sombres des histoires qui souvent se terminent mal donc pour l'instant c'est congru en face de moi se trouvaient des rocs sinistres ça va avec les bords du Rhin dont la perspective s'ébauchait dans l'ombre mais tout d'un coup j'entrais dans une maison riant ah le contraste dont les rayons du soleil couchant traversaient gaiement les contre vents verts que festonnait la vigne alors là ceux qui sont accoutumés à l'intertextualité nervalienne savent très bien où est cette maison elle est parfaitement identifiable c'est celle dont il parle dans Sylvie c'est la maison maternelle à Mortefontaine à 40 km au nord de Paris la maison maternelle est plaquée littéralement sur le Rhin ce qui dans l'ordre causal est stupide plutôt est un non-sens n'est-ce pas ne peut pas à la fois être dans le Valois à 40 km au nord de Paris à 40 km de Notre-Dame c'est pas très loin et à plus de 500 km
34:00 sur les bords du Rhin mais qui dans l'ordre symbolique est une logique irréfutable car ça confirme qu'on est bien dans le complexe maternel pour l'instant dans ce rêve j'entrais dans une maison riante puisqu'on s'en rapproche dont un rayon du soleil couchant traversait gaiement les contre vents verts que festonnait la vigne il me semblait que je rentrais dans une demeure connue ça confirme ici que la mémoire de celui qui est dans la vision mais la mémoire de son inconscient va beaucoup plus loin comme je le disais que sa mémoire volontaire à des époques où la mémoire volontaire ne peut jamais aller mais à l'antérieur pour la plupart d'entre nous au-delà de 3 ans 2 ans et demi à la rigueur c'est très dur d'avoir des souvenirs mais la mémoire peut remonter au-delà voire jusqu'à la période prénatale dans l'inconscient complètement mais à travers des symboles bien sûr il me semblait que je rentrais dans une demeure connue celle d'un oncle maternel et bien voilà peintre flamand mort depuis plus d'un siècle on a déjà vu la figure je ne m'attarde pas familière de cet oncle maternel
35:10 qu'elle n'a pas très attaché qui est une espèce de père idéal alors qu'il a une relation plutôt hostile à son père réel l'oncle maternel le frère de la mère ici n'est-ce pas au-delà de Nerval il faut le savoir ça donne une considérable extension à notre déterminabilité et à notre ordre symbolique dans la sphère anthropologique en général tous ceux qui ont étudié les systèmes de parenté que ce soit au fond de l'Amazonie en Afrique en Océanie ou ailleurs dans la campagne savent très bien que l'oncle maternel est quasi toujours un personnage positif dans les récits et les mythologies qui est toujours bienveillant par rapport au héros en tout cas qui a un rôle positif disons pour rester neutre il me semblait que j'entrais dans une demeure connue celle d'un oncle maternel peintre flamand mort depuis plus d'un siècle vous allez voir pourquoi j'ai insisté sur le mot peintre les tableaux ébauchés étaient suspendus ça et là l'un d'eux représentait la fée célèbre
La Lorelei, l'horloge et l'oiseau qui parle
36:23 de ce rivage tout est dit puisqu'il dit célèbre à l'époque n'est-ce pas Henri Heine le meilleur ami allemand de Nerval était à Paris son poème le plus connu le poète allemand lyrique et aussi avec un humour corrosif qui tranche avec la moyenne des romantiques allemands et Hegel avait bien vu que car Heine vient à un moment tardif dans le romantisme allemand Hegel avait bien vu que l'humour ou l'ironie sont toujours un signe d'une fin de cycle en esthétique que ce soit l'esthétique de la Grèce antique ou le rire d'Aristophane résonne sur les ruines de la cité enfin ruinées par les armées macédoniennes ou que ce soit dans le romantisme français un Alfred de Musset qui parle de la lune sur le clocher jaunie comme un point sur un i c'est pas du tout la fascination devant le clair de lune et qui se faisait
37:34 appeler lui-même le prince Phosphore n'est-ce pas une espèce d'autodérision que l'on voit encore surtout développée dans sa pièce Lorenzaccio n'est-ce pas qui était une espèce d'autodérision permanente donc Heine son poème le plus célèbre tous les écoliers allemands le récite c'est la Lorelei premièrement c'est une fée deuxièmement c'est une fée de ce rivage c'est une fée qui est censée résider sur le rocher qui est près de entre Mainz et Koblenz sur le Rhin en Rhénanie et qui a la réputation comme les Ondines les Nixes les filles de l'eau qui a la réputation comme les sirènes d'Homère n'est-ce pas d'avoir un chant tellement attirant et tellement magique on retrouve le thème de la voix féminine chez Nerval et ici que les nautoniers perdent tout sens de la prudence en entendant les nautoniers il ne s'agit pas des marins n'est-ce pas comme Jason ou Ulysse
38:44 il s'agit ici des esquifs qui est du trafic sur le Rhin et les nautoniers perdent toute conscience n'est-ce pas de la vigilance dans le voyage fluvial et se fracassent sur le rocher et perdent souvent la vie n'est-ce pas l'un d'eux représentait la fée célèbre de ce rivage et en plus dernière détermination je vais vite quand je dis dernière c'est parce que on ne peut pas les dire toutes ça prendrait un temps fou la Lorely est le titre d'une des premières grandes oeuvres en prose relativement développées de Nerval qui cesse simplement de faire des recensions de pièces de théâtre ou des articles dans les journaux mais qui commence à écrire pour lui-même à signer c'est le voyage en Orient et la Lorely qui est aussi un récit de voyage justement et donc l'un d'eux l'un des tableaux de l'oncle maternel représente
39:54 la fée célèbre de ce rivage c'est intéressant de voir que c'est une femme ambivalente qui attire mais qui en même temps incarne un péril une vieille servante que j'appelais Marguerite donc on est de plus en plus dans les archaïsmes de l'enfance une vieille servante n'est-ce pas il me dit n'allez-vous pas vous mettre au lit il lui parle comme un enfant car vous venez de loin ah oui il vient de loin Nerval immense voyageur n'est-ce pas il est fourbu quand il fait ce songe c'est assez quelque chose de pathétique dans le fait que je vous rappelle que il est mort dans un acte de désespoir un suicide c'est plus probable parce que je vais bien éclaircir la chose mais c'est plus probable parce qu'un hospice venu auquel il avait frappé donc quelques instants avant il cherchait plutôt un gîte il ne pensait pas à mettre fin à ses jours et il gelait à pierre fendre dans Paris cette nuit-là le 25 janvier 1855
41:05 la nuit du 24-25 janvier on lui a refusé l'ouverture il n'y a pas eu d'écho au coup qu'il a frappé à la porte et vous connaissez la suite c'est d'autant plus pathétique de voir que le rêve ici c'est tout le contraire c'est tout sécurisant il y a un lit il y a un gîte mais c'est pas n'importe quel lit c'est pas une auberge de passage comme il y en a connu tellement plus ou moins douteuse plus ou moins accueillante mais c'est le domaine familier et au centre de la famille bien sûr une figure maternelle ne serait-ce qu'avec cette vieille servante n'est-ce pas je m'étendis sur un lit à colonne drapé de perse à grandes fleurs rouges une extraordinaire précision onirique n'est-ce pas il y avait en face de moi une horloge rustique et voilà que pour la première fois un objet illustre l'instance temporelle une horloge alors qu'on est hors temps vous voyez et ce hors temps va se confirmer avec ce que dit l'oiseau n'anticipons pas il y avait en face de moi
42:16 une horloge rustique accrochée au mur et sur cette horloge un oiseau qui se mit à parler comme une personne à la même époque Schumann écrit une merveilleuse pièce pianistique pré-debussyste avec des harmonies incroyablement novatrices pour l'époque qui s'appelle l'oiseau prophète là encore c'est pas des fantaisies propres à tel ou tel créateur n'est-ce pas prenez là la statue le Sénoufo c'est un peuple qui est à cheval sur la Côte d'Ivoire et le Burkina nord de la Côte d'Ivoire sud du Burkina et de même que ils partagent au moins ce point là avec les Bambaras c'est qu'il y a souvent des oiseaux qui sont sculptés sur le crâne sur la tête c'est toujours au-dessus comme les Gaulois ou les anciens Germains avec des ailes sur le casque c'est des ailes de corbeaux le plus souvent je crois que je vous avais indiqué une fois dans d'autres années que j'avais demandé une fois à un Sénoufo lui-même un sculpteur pourquoi
43:28 c'était systématique qu'il y ait des oiseaux juchés sur la tête des statuettes et il disait parce que l'oiseau c'est celui qui en volant va transmettre ta pensée avant même que tu aies le temps de le retenir va transmettre ta pensée à l'autre vous voyez une magnifique magnifique métaphore de l'inconscient qui s'exprime on a beau essayer de le cacher de ne pas montrer à l'autre ou de ne pas montrer à soi-même de refouler un lapsus ici un songe va tout dire n'est-ce pas il y avait en face de moi une horloge rustique accrochée au mur et sur cette horloge un oiseau qui se mit à parler comme une personne et j'avais l'idée que l'âme de mon aïeul donc l'oncle maternel peintre flamand mort depuis plus d'un siècle vous voyez on est hors temps et pourtant c'est sur l'horloge était dans cet oiseau mais je ne m'étonnais pas plus de son langage et de sa forme que de me voir comme transporté d'un siècle en arrière merveilleuse propriété du songe d'aller contre la loi
Simultanéité, censure du rêve et deux forces en Nerval
44:38 la plus implacable du temps qu'est l'antisymétrie l'irréversibilité là c'est réversible la preuve d'ailleurs c'est que l'oiseau me parlait de personnes de ma famille vivantes ou mortes en divers temps comme si elles existaient simultanément cette fois c'est dit explicitement vous voyez pourquoi je n'aime pas interpréter le texte dit tout la simultanéité c'est le contraire de la succession c'est pas maintenant et après avec un irréversible c'est conservé le passé reste présent simultanément et me dit alors attention ce que là c'est l'oiseau qui parle vous voyez que votre oncle le frère de la mère avait eu soin de faire son portrait d'avance avant qu'elle ne meure bien sûr et avant que qu'il y ait ce drame qui fait que son fils ne l'a jamais revue celle qu'il a abandonné quand il avait deux ans par amour pour aller suivre son mari dans la boue la glace la neige de la campagne de Russie maintenant
45:50 elle est avec nous vous voyez comme ce songe pour l'instant surmonte pour l'instant je vous c'est tellement la logique est tellement évidente que je ne m'attarde pas trop je portais les yeux sur une toile qui représentait une femme en costume ancien à l'allemande de nouveau vous voyez l'investissement germanique de Nerval n'est pas tout à fait étranger au fait que sa mère est drüben comme on dit en allemand là-bas de l'autre côté du Rhin n'est-ce pas en tout cas son cadavre une femme en costume ancien à l'allemande penchée sur le bord du fleuve on retrouve un petit peu ici la fée célèbre de ce rivage penchée sur les bords du fleuve et les yeux attirés vers une touffe de Miosotis Nerval s'est rendu célèbre à 19 ans en traduisant le Faust de Goethe je l'ai déjà dit bref il comprend bien l'allemand Miosotis se dit en allemand Vergissmeinnicht ne m'oublie pas les yeux attirés
47:01 vers une touffe de ne m'oublie pas la fidélité la mémoire la plus fidèle est celle qui remonte le plus loin n'est-ce pas cependant la nuit s'épaississait peu à peu voilà pourquoi j'ai pris ce texte c'est pour le passage qui commence maintenant on dirait alors pourquoi c'est très traduit sur tout ce qui précède parce que c'est la rupture qui m'intéresse c'est le moment où c'est tellement clair que le rêveur le visionnaire lui-même va réaliser mais bon ça c'est vrai mais il s'agit de ma mère en fait tous mes délires tous mes tout mon investissement en fait c'est parce que je suis inconsolable de la mort de ma mère j'ai pas besoin du docteur Freud moi c'était c'était un moment n'est-ce pas où ces certitudes vont s'écrouler dans une terrible vérité que tout se brouille ça c'est pas moi qui l'invente cependant la nuit s'épaississait peu à peu alors jusque là on regardait la netteté des détails je m'étendais sur un lit drapé de perse à grande fleur rouge
48:12 une horloge en noyer rustique et l'oiseau qui se met à parler comme une personne les tableaux ébauchés le détail des tableaux les yeux attirés vers une touffe de myosotis et maintenant tout se brouille comme s'il était urgent de censurer la vérité qui commence à apparaître vous voyez que l'activité symbolique est ambivalente je m'attarde ici parce que certains d'entre vous certaines d'ailleurs m'ont dit et ce sont ceux qui posent les meilleures questions lorsqu'elle dit je ne comprends pas très bien ce que veut dire ici la négativité à l'intérieur du sujet vous en avez un magnifique exemple ici c'est Nerval qui s'empêche lui-même d'aller jusqu'au bout de l'anamnèse à laquelle il était en train de procéder de l'affleurement petit à petit n'est-ce pas de la vérité passée dans le présent il est en train de retrouver sa vérité et voilà n'est-ce pas qu'une autre force que l'anamnèse une force plutôt amnésiante vient ici brouillée la nuit s'épaississait et vous devinez
49:22 j'ai fait exprès de laisser le texte aller jusqu'au début d'un autre chapitre plus cosmique alors là au contraire c'était très intime familial n'est-ce pas la vieille maison de Mortefontaine et les aspects les sentiments des lieux se confondaient dans mon esprit somnolent je crus tomber dans un abîme qui traversait le globe ça devient gigantesque je me sentais emporté sans souffrance par un courant de métal fondu et mille fleuves pareils dont les teintes indiquaient les différences chimiques sillonnaient le sein de la terre comme les vaisseaux et les veines et de la part de quelqu'un qui était manipulé par les psychiatres de l'époque c'est pathétique de finir cette phrase et comme les vaisseaux et les veines qui serpentent parmi les lobes du cerveau voilà ce qui nous manquait ici ici on atteint une détermination vous me direz oui mais alors je ne vois pas très bien comment les sciences humaines peuvent se constituer on n'arrive pas à l'universel à la loi n'est-ce pas à la loi de la chute des corps
50:32 elle est même elle est la même sur la lune sur la terre je veux dire elle se formule de la même façon la force n'est pas la même n'est-ce pas c'est pas tout à fait une force la gravité tant s'en faut depuis Einstein on sait bien que c'est une propriété plutôt de l'espace mais enfin vous savez vous avez lu Tintin que nous sommes beaucoup plus légers sur une masse comme celle de la lune n'est-ce pas que sur la terre et sur Jupiter on serait tellement aplati qu'il ne faut même pas essayer d'y penser n'est-ce pas voilà mais la loi qui explique toutes ces différences reste toujours la même celle qu'a formulée Newton là on arrive à une singularité le cas nerval n'est-ce pas taratata c'est bien ici qu'on a besoin du texte qui va suivre car deux déterminations je l'ai dit au début nous avons une détermination individuelle animale
51:42 que nous avons tous ce n'est pas et qui fait que chacun a un destin qui lui est propre quelque part et puis en même temps il y a quelque chose de collectif qui vient de l'histoire propre à ce qu'on appelle une culture par exemple et plus collectif plus relationnel ou la relation à l'autre n'est-ce pas est plus importante là que la relation à la chose je ne sais pas moi à l'acidité de mon estomac ou au contraire à son incapacité à digérer faute d'acide c'est pourquoi je tiens à montrer que ce qui est extraordinaire dans l'aventure du texte nervalien en particulier de sa prose c'est qu'il n'en reste pas à cette pathologie qui est manifeste dans ce qu'on vient de voir où on voit bien qu'il y a un côté cyclique je passe mon temps à à me rapprocher de ma vérité
52:52 en parcourant toute une série de symboles la nature est un temple de vivants piliers et laisse parfois sortir de confuses paroles l'homme y passe à travers des forêts de symboles qu'il observe avec des regards familiers donc il ne s'agit pas seulement de cela puisque nous avons vu je vous renvoie au cycle que j'ai fait sur l'angélique que vous trouvez sur notre site bien sûr ou sur la chaîne youtube sur l'angélique de Nerval dont on va lire un extrait des filles du feu dont on va lire un extrait emprunté à Sylvie et non pas angélique dans le texte qui suit ce que nous avions vu c'est qu'il y a deux forces qui se combattent à l'intérieur du narrateur il y a son complexe maternel qui ne peut aboutir qu'à un désespoir à savoir que reconnaître que à la fin de la quête là où il devrait y avoir la divinité la fée
54:02 de ce rivage l'Isis la Vierge Marie toutes les figures par lesquelles il faut passer pour l'incarnation maternelle en fait il y a un cadavre la Mortefontaine n'est-ce pas et puis il y en a une autre qui le pousse à aller non pas vers le tombeau de la mère mais vers la tombe de Rousseau un fou se partage entre le tombeau de la reine et la tombe du sage là nous voyons une logique à l'oeuvre j'ai l'air de le dire gratuitement alors allons-y puisque vous savez je n'aime pas les interprétations changement total de contexte nous ne sommes pas dans le récit clinique d'une vision nous sommes dans le texte sans doute le plus connu de Nerval le texte qui a émerveillé le plus Proust qui est un véritable culte pour cette nouvelle Sylvie qui a encore marqué par la forêt Sylve surtout quand on sait que le frère de Sylvie s'appelle Sylva et que Nerval d'Angélique parle des peuples qui existaient à l'époque des romains dans ces forêts
La forêt symbolique : Le Cygne de Baudelaire
55:12 et qu'il appelle les Sylvanectes avec les anthropologues et les historiens le sont on reviendra sur la fonction symbolique des forêts oh mais je vais le dire tout de suite puisque je veux montrer que ça déborde largement Nerval prenez Baudelaire qui contraste énormément avec le gentil Gérard comme on appelle Nerval Baudelaire c'est des grandes colères il tape sur la table c'est quelqu'un qui ne mâche pas ses mots voilà et puis quelle sensualité puissante et frémissante qui est alors que Nerval est extrêmement discret et pudique à ce niveau là en tout cas consciemment par contre il en dit énormément dans l'ordre symbolique mais là il n'est pas le seul Baudelaire à la fin à la chute l'admirable chute d'un de ses plus beaux poèmes Le Cygne il s'agit de l'oiseau ici n'est-ce pas quand il a cette vision c'est aussi une vision mais réelle n'est-ce pas un tableau parisien c'est dans les tableaux parisiens d'ailleurs dans les fleurs du mal il voit un cygne qui s'est échappé d'une ménagerie
56:22 qui est sur l'emplacement actuel du Carrousel près du Louvre à l'intérieur du Louvre et la place entre les statues de Maillol et l'actuelle pyramide et un cygne qui s'est évadé de sa cage quelle plus cruelle figure de l'exil que de voir un cygne qui est fait pour se mirer dans des eaux cristallines n'est-ce pas essayant de s'ébrouer près d'un ruisseau sans eau un caniveau la bête ouvrant le bec baignait nerveusement ses ailes dans la poudre de poussière parisienne et disait le corps plein de son beau lac natal oh eau quand donc pleuvras-tu quand tonneras-tu foudre je vois ce malheureux mythe étrange et fatal vers le ciel quelquefois comme l'homme d'Ovide Ovide disait que l'homme c'est l'animal il veut regarder à la verticale le monde des dieux vers le ciel ironique et cruellement bleu sur son cou convulsif une image cruelle sur son cou convulsif tendant sa tête à vide comme s'il dressait des reproches à Dieu ça c'est le pitch pardon pour ce mot
57:32 un peu grossier ici qui va inspirer à Baudelaire une évocation de tous les grands exilés Andromaque je pense à la négresse amaigrie et phtisique oui à travailleuses immigrées piétinant dans la boue et cherchant l'œil hagard les cocotiers absents de la superbe Afrique derrière la pleure immense du brouillard et bien ce poème sur l'exil se tempère à la fin par une chute étrangement apaisante où la forêt intervient je ne perds pas mon fil aussi dans la forêt où mon esprit s'exile et là on voit la fonction symbolique de la forêt un vieux souvenir sonne à plein souffle du cor tout d'un coup un appel d'air c'est un cor c'est quelqu'un qui appelle de loin comme Roland de loin qui appelle à l'aide le poème est dédié à Victor Hugo qui à ce moment-là que Baudelaire ne portait pas tellement dans son cœur parce qu'il n'était pas le même camp politique Baudelaire était beaucoup plus réactionnaire n'est-ce pas que
58:42 du point de vue des strictes des idées politiques que le Hugo des Misérables mais là il rend hommage à l'exilé n'est-ce pas qui était à Jersey Guernsey et un vieux souvenir sonne à plein souffle du cor je pense au matelot oublié dans une île au captif au vaincu à bien d'autres encore vous voyez tout ça c'est une petite variation que j'ai fait sur le thème de la forêt donc je fais exprès de prendre ici Sylvie la forêt je suis parti de là extrait de Sylvie le pitch est facile à résumer alors là on est en plein dans la nouvelle apparemment autobiographique enfin le narrateur qu'il ne faut jamais confondre avec l'auteur vous savez bien le narrateur est romantique que l'auteur tourne un peu en dérision la première phrase de Sylvie c'est je paraissais
Sylvie : l'actrice, la religieuse et le retour au Valois
59:52 tous les soirs aux avant-scènes dans un théâtre en grande tenue de soupirant bon il faut bien que le romantique commence à passer de mode et il vient tous les soirs au théâtre parce qu'il est amoureux d'une actrice on est dans la banalité enfin dans la trivialité statistiquement parlant des habitus romantiques donc en rentrant chez lui un soir après être allé une énième fois au théâtre il comprend tout d'un coup que ce qui l'attire cette actrice c'est qu'elle a une ressemblance avec une petite fille qu'il a connue dans l'enfance dans le Valois dans le pays des forêts et des étangs à l'époque où il avait une petite amoureuse une petite paysanne Sylvie donc une fille de la campagne une petite brune au teint légèrement halé comme il dit mais pendant une ronde enfantine il a rencontré une blonde le contraire de Sylvie grande et belle appartenant à l'aristocratie tout le contraire et dont il s'aperçoit tout d'un coup
1:01:02 fécondé par la vision de l'actrice et ce souvenir d'enfance qu'elle a une ressemblance physique et il se dit c'est peut-être pour ça que je suis amoureux de cette actrice et il dit cette phrase incroyable aimer une religieuse sous la forme d'une actrice parce que la petite fille qu'il a connue la blonde va se destiner à la vie religieuse rentrer au couvent aimer une religieuse sous la forme d'une actrice une actrice c'est quasiment une prostituée à l'époque aimer une religieuse sous la forme d'une actrice et si c'était la même il y a de quoi devenir fou c'est Nerval qui dit il y a de quoi devenir fou quand le médecin de Nerval écrit à l'évêque de Paris après le suicide pour demander qu'il y ait une dérogation et qu'il mérite d'être enterré et qu'il y ait un sacrement malgré le fait que c'était interdit à l'époque pour les suicidés par l'église le médecin a cette phrase merveilleusement généreuse et dit je peux vous garantir que M. Nerval voyait sa folie face à face aimer une religieuse sous la forme d'une actrice et si c'était la même il y a de quoi devenir fou et bien il décide
1:02:14 tout d'un coup en pleine nuit d'aller retrouver sa petite amoureuse alors qu'il a 30 ans tout ça est ancien et passé il y a des tas de tranches du passé qui superposent ainsi lui de retrouver dans le village en disant mais je peux encore réussir ma vie je vais épouser cette paysanne elle m'attend qu'il aurait épousé elle est si pauvre je cite en fait la mauvaise nouvelle ça va être qu'elle ne l'a pas attendu elle a attendu longtemps mais comme elle n'avait pas de nouvelles M. voyageait en Orient etc.
1:02:45 le petit parisien et donc elle est déjà fiancée à un pâtissier un bon parti qui va s'établir bientôt à Dammartin non loin n'est-ce pas à la périphérie du pays dont nous parlons ici du Valois donc voilà pour le contexte il la retrouve en pleine nuit parce que c'est une nuit où on ne dort pas c'est la nuit de la Saint-Barthélemy c'est la fête traditionnelle où on danse toute la nuit il la retrouve au bal il la quitte le matin elle est avec sa famille etc.
Promenade vers Ermenonville en plein midi d'été
1:03:21 et et là j'enchaîne plein des idées tristes qu'amenait ce retour tardif en des lieux si aimés je sentis le besoin de revoir Sylvie seule figure vivante et jeune encore qui me rattacha à ce pays depuis tant d'années je repris la route de Loisy c'est le hameau de Sylvie 4 km d'Ermenonville où il y a la tombe de Rousseau c'était au milieu du jour tout le monde dormait alors retenez bien nous étions dans le soleil couchant la dernière fois je reprends si on n'est plus dans l'interprétation on analyse là on est au milieu du jour on est à midi et nous allons voir dans quelques lignes qu'on est l'été on avait vu le printemps on avait vu l'automne dans un texte précédent on n'avait pas vu l'été c'était au milieu du jour tout le monde dormait fatigué de la fête il me vint l'idée puisque Sylvie dort et qui ne va pas réveiller il me vint l'idée de me distraire par une promenade à Ermenonville là où il y a la tombe de Rousseau il faut que je recours à cette nouvelle apparemment autobiographique
1:04:31 pour voir tout d'un coup un développement qui n'a plus rien à voir avec l'histoire personnelle une autre causalité commence à se mettre en place beaucoup plus collective la tombe de l'auteur du contrat social c'est vers ça qu'il se dirige et non plus vers le tombeau de la mère regardez bien il me vint l'idée de me distraire par une promenade à Ermenonville distante d'une lieue 4 km par le chemin de la forêt c'était par un beau temps d'été je n'invente rien enfin l'été enfin le solaire Rousseau on n'est plus dans le crépusculaire et ce qui est en train de mourir de décliner c'était par un beau temps d'été je pris plaisir d'abord à la fraîcheur de cette route qui semble l'allée d'un parc les grands chênes d'un vert uniforme on n'est plus les feuilles rouillées d'ormes et de tilleul dont il était question à Senlis le jour des morts les feuilles rouillées d'ormes et de tilleul je cite non les grands chênes d'un vert uniforme n'étaient variées que par les troncs blancs des bouleaux aux feuillages frissonnants les oiseaux se taisaient et j'entendais
1:05:41 le silence de midi à midi il y a un étrange silence le matin ça piaille de tous les côtés c'est un ramage le soir aussi les merles n'en finissent pas c'est pas d'étirer les journées de juin qui ne veulent pas finir et là les oiseaux se taisaient et j'entendais seulement le bruit que fait le pivert en frappant les arbres pour y creuser son nid un instant je risquais de me perdre car les poteaux dont les palettes annoncent diverses routes n'offrent plus par endroits que les caractères effacés les directions effacées enfin laissant le désert avec un D majuscule à gauche on l'appelle comme ça c'est rien d'un désert mais comme il y a de la bruyère et du grès c'est un peu moins humide que là où il y a la forêt et on a surnommé le désert enfin laissant le désert à gauche j'arrivais au rond-point de la danse où subsiste encore le banc des vieillards là tout d'un coup on voit des institutions le marquis de Girardin celui-là même qui a invité Rousseau à venir mourir j'allais dire n'est-ce pas à venir à être hébergé dans son domaine
1:06:51 à Ermenonville je trouve que Rousseau il est mort six semaines après mais dans dans un bonheur rare n'est-ce pas il passe son temps dans sa correspondance à ce moment-là à dire qu'il a trouvé enfin tout ce qu'il veut à Ermenonville le maître des lieux avait commencé à mettre en œuvre le contrat social de manière naïve à son époque bien qu'étant le marquis de Girardin il forçait ses enfants fils de noble n'est-ce pas c'est une manière de comprendre Rousseau d'une manière un peu contraignante d'aller chercher leur petit déjeuner en haut d'un mât de cocagne faire de l'exercice d'abord pour mériter de manger et vous pouvez encore voir une fontaine à Mortefontaine une fontaine sur laquelle il y a une inscription où c'est la fontaine qui est censée parler et qui dit des bords fleuris où j'aimais à répandre le plus pur cristal de mes eaux c'est pas un siècle très subtil en poésie passant je viens ici me rendre au désir au besoin de l'homme et des troupeaux aristocratie ici au service suite à la lecture
1:08:01 de l'émile et du contrat social des populations au désir au besoin de l'homme et des troupeaux puissais-je n'abreuver de mon urne féconde que des mortels paisibles et contents vous pouvez la voir l'inscription il est encore à Mortefontaine sur le mur du château donc tous les souvenirs de l'antiquité philosophique à Longbon Contrat social se mélange avec la république de Platon on va voir ça tout à l'heure ressuscité par l'ancien possesseur du domaine que je viens d'évoquer me revenait en foule devant cette réalisation c'est plus seulement des idées pittoresques de l'Anacharsis et de l'émile rond-point de la danse vous voyez pour les paysans le banc des vieillards attention ça se précise lorsque je vis briller les eaux du lac le lac dans lequel il y a l'île des peupliers dans laquelle il y a la tombe de Rousseau Rousseau enfin préservé de toutes les atteintes du destin et des hommes n'est-ce pas préservé dans cette île lorsque je vis briller les eaux du lac à travers les branches des saules et des coudriers je reconnais tout à fait
Le temple de la philosophie et la tombe de Rousseau
1:09:11 un lieu où mon oncle dans ses promenades m'avait conduit bien des fois c'est le temple de la philosophie tout ceci existe vous pouvez le voir en allant visiter le parc Jean-Jacques Rousseau qu'on a failli perdre qui a fait privatiser qui vient d'être rendu au public qu'à l'époque on y venait on y venait du monde entier il y avait des japonais qui viennent et le maître du domaine du Girardin a inscrit dans le goût de l'époque un temple en ruine n'est-ce pas exprès une ruine dès sa construction il était en ruine avec des colonnes sur lesquelles sur chaque colonne il y a l'inscription d'un penseur ça commence par Montaigne ça se termine à Rousseau bien sûr à son époque en passant par Newton philosophe la quête du savoir par Descartes et Newton Montesquieu Voltaire tout ça et s'arrête à Rousseau lorsque je vis briller les eaux du lac à travers les branches des saules et des coudriers mais écoutez j'en dis pas plus
1:10:21 on va le voir ce temple je vais demander à Pierre-Alain de descendre un petit peu le texte et d'aller directement à la photo du temple voilà voilà l'endroit voilà le parc c'est une merveille dans son état actuel vous voyez la tombe de Rousseau on la voit pas elle est à gauche de l'arbre qui se reflète l'arbre doré qui se reflète dans les eaux dormantes de l'étang n'est-ce pas et le temple aussi s'y reflète d'ailleurs elle est un petit peu à gauche de l'image l'île des Peupliers on va la voir après mais pour l'instant on voit le temple de la philosophie vous voyez les colonnes et à droite le temple reste inachevé je reviens maintenant à la suite du texte c'est le temple de la philosophie que son fondateur n'a pas eu le bonheur de terminer un petit contresens de Nerval ça a été fait exprès n'est-ce pas c'était ce qu'on appelait la poétique des ruines à l'époque il a la forme du temple de la Sybille Tiburtine voilà c'est le souvenir de Naples du Vésuve de Pompéi n'est-ce pas les filles du feu et debout encore
1:11:32 sous l'abri d'un bouquet de pins il étale tous ces grands noms de la pensée qui commencent par Montaigne et Descartes et qui s'arrêtent à Rousseau cet édifice inachevé n'est déjà plus qu'une ruine regardez la lutte maintenant de l'édifice comme il dit de la construction de la culture et de la nature le lierre le festonne avec grâce la ronce envahit les marches disjointes là tout enfant j'ai vu des fêtes où les jeunes filles vêtues de blanc venaient recevoir des prix d'études et de sagesse où sont les buissons de rose qui entouraient la colline c'est le grand thème de l'élégie n'est-ce pas l'églantier et le framboisier en cachent les derniers plants qui retournent à l'état sauvage quant aux lauriers les a-t-on coupés comme le dit la chanson des jeunes filles qui ne veulent plus raller au bois je fais une petite parenthèse mais Debussy a écrit jardin sous la pluie je ne saurais trop
1:12:42 vous recommandé pas et dans jardin sous la pluie on entend affleurer de temps en temps la mélodie la comptine que vous connaissez tous nous n'irons plus au bois les lauriers sont coupés les auditeurs de l'époque ont dit à Debussy pourquoi cette chanson-là pourquoi nous n'irons plus au bois et Debussy a répondu parce qu'il y fait un temps de chien voilà je referme la parenthèse quand aux lauriers les a-t-on coupés comme me dit la chanson des jeunes filles qui ne veulent plus raller au bois non ces arbustes de la douce Italie ont péri sous notre ciel brumeux on retrouve rappelez-vous les végétaux caducs il y avait des questions à 110 heureusement le troène de Virgile fleurit encore comme pour appuyer la parole du maître Virgile Virgile est celui qui guide Dante aux enfers n'oubliez pas c'est celui qui guide n'est-ce pas le personnage central d'une quête initiatique qui se termine au paradis en passant par l'enfer et le purgatoire la divine comédie
1:13:52 heureusement le thym de Virgile fleurit encore comme pour appuyer la parole du maître inscrite au-dessus de la porte elle y est encore elle est vérifiée là à l'entrée de ce petit temple la colonne il y a marqué gravé dans la pierre en latin connaître la raison des choses bon sang on pensait que cette lutte entre le temple et la nature qui reprend ses droits le lierre le feston la baie grasse la ronce envahit les marches disjointes mais alors comme l'ordre symbolique ne laisse aucun détail au hasard comment peut-on parler de hasard mais si c'était la cause et les faits il n'y aurait que du hasard il y a du sens c'est que Nerval est si anti-écologique enfin anti-naturaliste possible il déplore que ce temple tombe et que la nature reprenne ses droits regardez bien vous allez me dire si j'interprète lisons n'interprétons pas oui ce temple tombe comme tant d'autres les hommes oubliés ou fatigués qu'est-ce qu'il dirait aujourd'hui se détourneront
1:15:03 de ses abords la nature indifférente reprendra le terrain que l'art lui disputait aux oppositions éternelles du naturel et de l'artificiel la nature indifférente reprendra le terrain que l'art lui disputait mais la soif de connaître rerum cognoscere causas l'idéal des lumières ce n'est plus le Nerval post-romantique crépusculaire fasciné par l'irrationalisme germanique comme toute sa génération la lumière nous vient du nord disait Madame de Staël voilà que sa référence ici c'est la lumière française et c'est Rousseau celui qui a poussé le plus loin jusqu'à l'exigence de justice sociale et d'égalité ce qui l'a mis hors la loi pour les autres lumières à commencer par Voltaire soit dit en passant voilà que tout d'un coup cette soif de savoir connaître la raison des choses Virgile intervient ici pas seulement comme un personnage mystique comme celui qui guide Dante aux enfers ou plutôt oui qui le guide pour remonter vers la lumière
1:16:13 à la faveur de l'acte de connaissance bon sang et dire que c'est un fou qui parle entre deux internements Sylvie ce miracle d'équilibre cette prose transparente a été écrite entre deux internements avec des visions terribles oui ce temple tombe comme tant d'autres les hommes oubliés ou fatigués se détourneront de ses abords je suis en train de montrer que Nerval remonte la pente la pente qui l'amène vers Mortefontaine n'est-ce pas il s'en détourne pour aller sur le chemin d'Ermenonville 3 km mais c'est aussi distant que le pôle magnétique et le pôle géographique même si les deux sont enterrés sous la glace pas très loin l'un de l'autre mais c'est pas du tout la même chose il remonte la pente il collectivise le problème et donc il peut écrire il peut s'adresser à nous lecteurs car ce n'est pas de son problème seulement qu'il s'agit mais d'une autre la nature indifférente reprendra le terrain que l'art lui disputait mais la soif
1:17:23 de connaître restera éternelle mobile de toute force et de toute activité et là maintenant on peut passer de l'image des temples de la philosophie à la photo de l'île des peupliers où il y a la tombe de Rousseau voici les peupliers de l'île et la tombe de Rousseau on va voir tout de suite l'île alors bien sûr ce n'est pas la plus belle photo il y a des photos où elle est dans la brume comme Pierre-Alain eu le bonheur de nous la montrer dans le carton qui illustre notre générique et qu'on retrouvera à la fin mais comme il parle d'une belle journée d'été je n'ai pas voulu trop trahir le texte parce que je n'aime pas trop m'éloigner du texte et ni interpréter voici les peupliers en train de jouer dans le vent qui les agitent on voit tout au fond une petite tache claire c'est le château d'Ermenonville tout au bout de l'étang et quant à la tombe de Rousseau elle est là vous voyez alors reprenons le texte n'est-ce pas et là nous ne sommes pas au bout de nos surprises voici les peupliers de l'île et la tombe de Rousseau vide de ses cendres je ne suis pas la fétichiste
1:18:33 je ne viens pas voir les restes ou les os ou les cendres comme il dit n'est-ce pas elles sont au panthéon pendant la révolution un soir à la convention à la lumière des torches sur ordre de la convention on est venu chercher les restes physiques de Rousseau pour les amener au panthéon où ils sont encore n'est-ce pas Ô sage écoutez bien ceci je rends hommage ici à notre camarade Michel Clouscard qui l'avait posté qui avait bien vu l'importance de ce texte et que je salue au passage notre camarade et ami Ô sage tu nous avais donné le lait des forts bon sang et nous étions trop faibles pour qu'il pût nous profiter déjà à peine une génération après la révolution est trahi nous avons oublié tes leçons que savaient nos pères les Robespierre dont il a parlé Nerval dans Angélique car Robespierre était un de ceux qui se réunissaient au château d'Ermenonville et ses célèbres soupers nous avons oublié tes leçons que savaient nos pères et nous avons perdu le sens de ta parole
Ulysse et Dédale : répétition et libération
1:19:43 dernier écho des sagesses antiques fantastiques symétries entre le contrat social de Rousseau et la république de Platon depuis Platon on n'avait pas vu une initiative comme celle avec laquelle Rousseau remettra à plat le problème politique mais dites donc cette nouvelle elle avait commencé par je venais voir une actrice tous les soirs par l'anecdote personnelle par le roman personnel et dont vous voyez le cycle que j'avais fait sur l'odyssée du philosophe je faisais déployer cette odyssée au sens propre ce déplacement l'odyssée c'est le déplacement d'Ulysse mais je faisais déployer d'Ulysse à Dédale d'un héros à l'autre Ulysse comme figure de la répétition Ulysse qui grâce au subterfuge du cheval de Troie n'est-ce pas est à l'origine du carnage que va être le sac de Troie regardez ce que Racine en dit dans Andromaque vous savez la réalité a dû être encore pire je songe
1:20:55 quelle était autrefois cette ville si superbe en remparts en héros si fertile maîtresse de l'Asie je regarde enfin quel fut le sort de Troie et quel est son destin je ne vois que les tours que la cendre couverte un fleuve teint de sang des campagnes désertes un enfant dans les fers et je ne puis songer que Troie en cet état aspire à se venger et quant au carnage lui-même n'est-ce pas lorsque Pyrrhus dit qu'il fallait tuer l'enfant avant que ce soit quand il était encore temps pendant la nuit où tout était permis la nuit du sac de Troie tout était juste alors la vieillesse et l'enfance en vain sur leur faiblesse appuyer leur défense la victoire et la nuit plus cruelle que nous nous excitaient au meurtre et confondaient nos coups terribles je dis ça parce que Ulysse tout le trajet du lit se déploie entre deux bornes qui sont deux carnages je ne cesserai jamais de le répéter le premier carnage c'est Ilion qui est ennemi son nom à l'Iliade un autre nom
1:22:06 de la ville de Troie le sac de Troie et ça se termine non pas par un happy end seulement ou plutôt ce happy end est obtenu que par un nouveau carnage à la fin qui est le massacre des prétendants qui ne le cède en rien en horreur même si on pourrait penser que c'est les méchants à la vie si tant est que c'est un sens enfin on ne nous épargne aucun détail il y a du sang qui gicle sur les murs des morceaux de cerveau et des barres et des flèches dans l'œil tout ce que vous voulez bon Ulysse c'est la répétition alors que là Nerval remonte la pente sort de la répétition du fantasme qu'il reprend à chaque fois parce qu'il ne va jamais jusqu'au bout on a vu dans le rêve d'Aurélia qu'au moment où il devrait arriver au bout et sortir de la certitude vers sa vérité il brouille tout et donc on recommence c'est ça Ulysse chaque fois que pendant qu'il cherche la route d'Ithaque chaque fois qu'il fait une étape un stop-over diraient aux agences de voyage il y a une île une femme avec qui il a une idylle Calypso Circé
1:23:16 Nausicaa et j'en passe chaque fois il croit qu'il est tiré d'affaires et chaque fois le carnage l'enchasse de nouveau chaque fois qu'il s'arrête il est repris par le carnage jusqu'au carnage final c'est le cycle qui se répète et donc je l'oppose à la figure de Dédale celui qui remonte au sens propre celui qui était condamné au labyrinthe au sous-sol le contraire de remonter n'est-ce pas celui à qui on a demandé à qui Minos qui était son maître a demandé à l'esclave Dédale l'ingénieur il y a l'ingénieuse Ulysse et l'ingénieur Dédale la praxis c'est l'ingénieur il a fabriqué des ailes avec des ressorts il a collé avec de la cire où je vais en arriver à la remontée Dédale s'envolent grâce à ses ailes artificielles et technologiques s'envolent du labyrinthe son fils son fils n'aura pas la même mesure son fils
1:24:26 Icare ira trop il aura l'hubris il sera châtié mais Dédale c'est un des rares personnages de mythes dont la fin est heureuse il finira à l'étranger paisiblement ces jours j'avais donc opposé la répétitivité sanglante du parcours d'Ulysse à la libération à la répétition j'opposais la libération opérée par Dédale et bien nous retrouvons ici cette pulsion général où il se détourne de son roman personnel de Mortefontaine vers Ermenonville du tombeau de la reine mon front est rouge encore du baiser de la reine vers la tombe du sage ce qui pour un fou est quand même un bel exploit ô sage tu nous avais donné le lait des forts le contrat social et nous étions trop faibles pour qu'il pût nous profiter nous avons oublié tes leçons que savaient nos pères et nous avons perdu le sens de ta parole dernier écho des sagesses antiques pourtant ne désespérons pas tout ceci est écrit
Fin du cycle : « il n'y a pas de vacances dans le concept »
1:25:36 en pleine restauration politique n'est-ce pas et comme tu fis à ton suprême instant tournons nos yeux non pas vers la nuit vers la lune vers le fantasme vers le rêve mais vers le soleil revenons aux lumières voilà et bien écoutez puisque l'on termine par une belle journée d'été le soleil il me reste à vous souhaiter les vacances bien méritées par tous ceux qui bossent parmi vous et ça en fait beaucoup et je salue ici parmi nos fidèles auditeurs quelques-uns qui sont plus qu'au tableau d'honneur je pense à notre ami ami et camarade Simon Verdun l'auteur de cet ouvrage aux éditions que je ne saurais trop vous recommander n'est-ce pas qui est l'édition
1:26:47 d'une thèse qui a été soutenue à l'école normale supérieure dans le saint des saints puisqu'on n'a même pas le droit d'assister au soutenance c'est à huis clos à l'ENS une thèse un travail de recherche qui s'est soldé par les félicitations du jury autrement dit notre camarade qui est un héros comme un héros de l'antiquité lui aussi puisqu'il a imposé dans le saint des saints la reconnaissance félicitations du jury d'un banni jusque-là de la reconnaissance universitaire l'oeuvre de Michel Clouscard voilà c'est une grande étude sur l'aspect générique du néo-kantisme la réaction néo-kantienne réaction qui trahit aussi bien Kant que le reste d'ailleurs dans l'idéologie dominante contemporaine et par ailleurs notre camarade Antoine Auvé qui tenez-vous bien vient de décrocher la première place au concours général vous voyez mon lapsus tant s'en faut
1:27:57 qu'il s'agisse du concours général de la terminale à l'agrégation de philosophie premier au concours de l'agrégation de philosophie Antoine Auvé vive nos camarades vive nos amis voilà à ceux-là ils ont bien mérité des vacances mais vous tous aussi et on m'a demandé de reposter un texte je l'ai déjà fait deux fois je ne vais pas le faire une troisième fois quand même mais un texte où je rappelais que je terminerai sur cette anecdote que Michel Clouscard nous étions au bord d'un torrent en Corse en pleine vacances et on était heureux comme tout et en train d'entamer une charcuterie dans les pays pauvres en secret partout dans ces pays où il faut conserver longtemps la nourriture c'est pas les fromages et les charcuteries et au bord du torrent et au monde on ne savait plus si c'était la rumeur du torrent ou le bruit dans les grands les grands conifères les pins lariccio qui bruissait à nos oreilles avec son rire son doucement notre ami Clouscard
1:29:07 a dit il n'y a pas de vacances dans le concept vous voyez on peut très bien passer des vacances et continuer à réfléchir de temps en temps pour le plaisir pour le bonheur et pour l'échange très bonnes vacances à tout le monde et merci de votre attention d'ḁ