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Nécessité de poser la question
0:00 Oui, bonjour à tous, ou plutôt bonsoir, nous changeons notre horaire, mais Musicosophie est toujours là, avec Dominique Pagani. Aujourd'hui, le thème serait « Qu'est-ce qui est musical dans la musique ? » Oui, voilà. Quelle problématique ? Bonsoir tout le monde, merci Aymeric de le présenter aussi simplement, car c'est comme ça qu'il faut le présenter. Et la question est aussi simple que la réponse est difficile. Qu'est-ce qui est musical dans la musique ? Alors, d'abord…
0:33 C'est un beau sujet de philo, là. Justement, pour citer Hegel, puisque tu parles de philo, Hegel dit, je crois que c'est au début de la philosophie du droit, pas dans la préface, au début, dans les premiers paragraphes, je crois que c'est dans le septième, « La nécessité d'un concept est de beaucoup la chose la plus importante en philosophie. » Je vais commencer par montrer pourquoi il est nécessaire de poser cette question, parce qu'on pourrait dire, ça va, la musique, c'est la musique. Qu'est-ce qui va demander ? Qu'est-ce qui est musical dans la musique ? Qu'est-ce qui est coloré dans la couleur, tant qu'on y est ?
1:04 Qu'est-ce qui est musique ? Voilà, voilà. Alors, pour la poser, je vais passer par une série de textes, puisque les illustrations musicales ne sont pas de bonne qualité, là, sur les petits cadeaux que nous avons. On est bien contents d'avoir, mais enfin, ce n'est pas de la haute fidélité. Surtout lorsqu'il faut prêter l'oreille, il y a des choses précises et des fois pianissimi et à peine audibles. Donc, je vais, comme je le fais assez souvent, je vais passer par des textes pour faire comprendre ce que je vais dire de la musique, mais des textes qui serrent le problème au plus près.
Kafka et le téléphone du Château
1:44 On va faire un petit voyage à travers les textes. Alors, je vais commencer par un auteur qu'on ne cite jamais pour des problématiques musicales, parce que le bruit court qu'il n'aimait pas la musique. Il n'y en a pas beaucoup d'auteurs qui disent « j'aime pas la musique ». Il n'y a même pas beaucoup de personnes qui disent « moi, j'aime pas la musique ». Tout le monde te dit « j'adore la musique », même ceux qui n'en écoutent presque jamais. Il y a plein de gens qui disent « j'adore le jazz », ils n'y connaissent rien. Des fois, ils n'en écoutent presque pas, mais bonne volonté.
2:18 Là, c'est le contraire. Je connais mon ami Negroni qui n'aime pas la musique. Et puis Kafka, je parle de Kafka. C'est son point commun avec Bernard-Henri Lévy. Justement. C'est pas sans doute vexé par la comparaison. C'est tout seul point commun. Tant pis pour Bernard-Henri Lévy. Je parle de Kafka. Les textes que je vais citer vont montrer son refus de la musique.
2:50 Sans doute le refus d'un danger. Il est tellement sensibilisé à la musique qu'il évite comme la peste. Voilà ce que je veux dire. C'est pas une indifférence. Ah oui, c'est vrai que la dent peut distinguer. Alors, pour l'illustrer, oui, je ne veux pas rentrer dans Freud, que c'est la jouissance qui est la chose la plus terrifiante. Bon, non, non, c'est pas vrai. Je vais essayer d'être plus concret que ça, tout de même. Alors, je commence in medias res par un extrait du château. Chacun se rappelle l'incroyable début du château, qui est un début in medias res.
3:22 Un étranger arrive dans un village en plein hiver, dans un coin perdu, dominé par un petit seigneur du coin, un château dont tout le monde parle. Mais non, chacun se garde bien d'y aller voir. Il y a le village et le château. C'est la grande dichotomie du texte. On s'apercevra tout au long du roman que les héros, c'est des bouches, ne pas n'être ni dans l'un ni dans l'autre. Finalement, il n'arrive jamais à accéder au château, mais son désir d'y arriver fait qu'il ne peut pas être intégré au village. Ce qui est quand même assez profond au niveau de la relation à la sociabilité. Et donc, là, c'est quand il est à l'hôtel des paysans, en bas là, parce qu'il y a deux hôtels, un en bas et un en haut, avec toute une partage symbolique des espaces.
4:00 Et en haut, c'est l'hôtel des messieurs de ceux qui travaillent au château, qui viennent de temps en temps boire une bière, bref, et travailler leur dossier dans les chambres de l'hôtel des messieurs. Mais là, c'est l'hôtel où il y a les paysans. Voilà, on lui a donné une paillasse, etc. Et on lui dit qu'il est appelé par le château comme arpenteur. On lui dit, oh, et quoi encore ? Je rappelle des choses simples. Et il demande à téléphoner pour prouver à tout le monde qu'il est quand même un arpenteur. Donc, on va enfin entendre Dieu.
4:31 Parce que le château, c'est l'absolu là-dedans. C'est inaccessible, c'est Dieu. Et au téléphone, ça peut être que l'auditif. Ce n'est pas la vidéo à l'époque. Il n'y a pas Skype. Il n'y a pas Zoom. Alors, pardon. Voilà donc mon histoire.
5:04 Je vais téléphoner moi-même, dit K. en se levant. Sauf au moment de l'intervention du paysan, K. n'avait été que peu remarqué. Mais sa dernière déclaration, éveilla l'attention de tous. Tout de suite, on est bien en monde germanique. De quoi il se permet ? Lui, il appelait le château, espèce d'étranger. K. avait été… Tout le monde se leva en même temps que lui. Et malgré les efforts de l'aubergiste qui cherchait à les refouler, les paysans se groupaient en demi-cercle autour de l'appareil. Bon, il y a suspense.
5:34 La plupart étaient d'avis qu'on ne répondrait rien à K. Tu n'as pas Dieu te répondre. Il dut les prier de rester tranquilles et leur dire qu'il ne leur demandait pas leur avis. C'est toujours un monde sans amour, Kafka. On y arrive. On entendait sortir de l'écouteur. Écoutons bien, c'est le cas de le dire. Un grésillement. Pour l'instant, il n'y a pas de mots, il n'y a pas de paroles. Un grésillement. Mais c'est quand même un son.
6:05 Tel que K n'en avait jamais perçu au téléphone. On eut dit, et tout ce que je vais lire maintenant, c'est l'effort de l'auteur pour caractériser ce qu'on entend. Sans parole. On eut dit le bourdonnement d'une infinité de voix enfantine. Mais ce n'était pas un vrai bourdonnement. C'était le chant de voix lointaine. De voix extrêmement lointaine. On eut dit que ces milliers de voix s'unissaient d'impossible façon pour former une seule voix aiguë, mais forte et qui frappait le tympan, comme si elle eut demandé à pénétrer quelque chose de plus profond qu'une pauvre oreille.
6:53 Magnifique texte. Voilà ce qui sort du téléphone. Je répète la dernière phrase qui est quand même frappante. Une voix dont une seule voix aiguë, mais forte, et qui frappait le tympan comme si elle eut demandé à pénétrer quelque chose de plus profond qu'une pauvre oreille. L'inflexion des voix chères qui se sont tues. Mais voilà. Et les voix chères, pas loin des voix enfantines aussi. Or, deux pages avant, il avait fait sa première tentative d'aller voir le château.
La cloche, la tour et Joséphine la cantatrice
7:26 La neige, la fatigue, bien sûr, l'empêche d'aller jusqu'au bout. C'est toujours pareil, c'est toujours des essais-échecs. Et donc, ils sont sur le chemin du retour avec un espèce de voiturier qui fait tousser un peu tuberculeux dans la neige. Là-haut, le château, déjà étrangement sombre que K avait espéré atteindre dans la journée, recommençait à s'éloigner. Mais comme pour saluer K, à l'occasion de ce provisoire adieu, le château fit retentir un son de cloche. De nouveau, un son sans parole.
7:57 Un son ailé. Comme avec des ailes. Un son ailé. Un son joyeux qui faisait trembler l'âme un instant. On eut dit, car il avait aussi un accent douloureux, qu'il vous menaçait de l'accomplissement des choses que votre cœur souhaitait obscurément. Puis la grande cloche se tut bientôt, relayée par une petite qui sonnait faible et monotone, peut-être là-haut, elle aussi, peut-être au village déjà.
8:32 Je ne sais pas si c'est le haut ou le bas. Ce Drelin-Drelin convenait d'ailleurs mieux au lent voyage que faisait K en compagnie de ce voiturier, miteux mais inexorable. Je finis ma série extraite du château. par...
9:02 Alors, ce n'est pas... Pardon. C'est presque une église, en tout cas, de ces cloches-là. Mais voilà. Peut-être les cloches du Graal, je veux dire. Nos Parsifales ont entendu ça. Bon, ce n'est peut-être pas important. L'autre extrait ne va pas perdre de temps. Surtout qu'il n'y a pas directement un son, mais on parlait d'un personnage à l'intérieur du château.
9:35 Alors... Si, si, quand même. Voilà. La première fois qu'il voit ce château, on parle tellement qu'il voit la première fois d'assez près, mais il est encore loin d'y accéder. Un souvenir fugitif vint frapper l'esprit de K. Il songea à sa ville natale. Elle le cédait à peine à ce prétendu château, car vu de près, c'est des masures, le château assemblé.
10:06 De loin, ça paraît un château, mais vu de près, c'est un peu de bric et de broc. Il songea à sa ville natale. Elle le cédait à peine à ce prétendu château. Si K n'était venu que pour le voir, ça aurait été un voyage perdu. Et il aurait même mieux fait d'aller revoir sa patrie où il n'était plus retourné depuis si longtemps. Il comparait en pensée le clocher de son village avec la tour qui se dressait là-haut. Celle du clocher, donc de son village, sûre d'elle, montait tout droit, sans une hésitation, et se rajeunissait en haut, terminée par un large toit qui la couvrait de tuiles rouges.
10:42 C'était un bâtiment terrestre, bien sûr. Que pouvons-nous construire d'autre ? Il y a grand moment dans Kafka quand même. Excusez-moi. Je saute une ligne. Voilà, c'était un bâtiment terrestre, bien sûr. Que pouvons-nous construire d'autre ? Mais qui plaçait son but bien plus haut que le plat ramassis des petites maisons et qui prenait une expression plus lumineuse au-dessus des tristes jours et du travail quotidien.
11:14 On ne peut pas mieux résumer l'instance du sacré dans une société. Après tout, c'est ce qui change un peu du profane. Enlève tes sandales sur une terre sainte. La tour d'ici, maintenant il compare à celle qu'il voit dans le château. La tour d'ici, la seule que l'on vit, était la tour d'une maison d'habitation. On s'en rendait compte maintenant. Peut-être celle du corps principal du château. C'était une construction ronde et uniforme dont le lierre recouvrait gracieusement une partie.
11:45 Elle était percée de petites fenêtres que le soleil faisait étinceler. Elle avait quelque chose de fou. Elle se terminait par une sorte de plateforme, attention je ralentis, dont les créneaux incertains, irréguliers et ruineux, gravaient dans un ciel bleu des dents qui semblaient avoir été dessinées par la main craintive ou négligente d'un enfant. Et c'est la dernière phrase. On eut dit qu'un triste habitant, contraint de vivre enfermé dans la pièce la plus reculée de la maison, avait crevé le toit et s'était levé pour se montrer au monde.
12:20 Je ne vais pas ne pas mettre ça en relation avec le son de la cloche tout à l'heure. Partant du château, n'est-ce pas, essaie de se faire entendre par une pauvre oreille. Voilà. Je ne fais pas d'interprétation, je n'essaye pas de voir qu'est-ce que ça symbolise tout ça. Je constate de voir l'importance de la chose sonore chez un auteur dont on dit qu'il n'y ait pas sensibilité, d'une extrême sensibilité. Il y a qu'à voir le détail avec lequel je vous ai pris des extraits du château. J'aurais pu multiplier des tas d'exemples dans la métamorphose, sans doute le texte le plus populaire de Kafka.
12:56 Il ne faut pas oublier que la sœur du pauvre Grégoire Samsa, qui devient une blatte, sa sœur, quand il était normal, il a fait des efforts pour l'inscrire au conservatoire parce qu'elle est passionnée de violon, et il entend répéter le violon à côté. La même sœur qui, avec ses parents, se dit « il a crevé, il a crevé à la fin ». Il entend jouer, bon bref. Mais surtout, j'aurais pu citer un des derniers textes de Kafka, l'extraordinaire, Joséphine, cantatrice du peuple des souris.
13:30 Alors, je ne vais pas vous lire le texte, mais de mémoire, je vous dis quand même le début qui est assez extraordinaire. Ça commence comme ça. « Quiconque n'a pas entendu Joséphine ignore la puissance du chant ». Et au fur et à mesure que le récit avance, on est dans le peuple des souris, c'est une souris qui raconte, qui parle. Au fur et à mesure qu'il avance, on s'aperçoit que cette extraordinaire cantatrice qui est un dieu vivant dans sa communauté, qu'on admire, il dit bien qu'on ne connaisse pas grand-chose à la musique, on a deux choses à faire, nous les souris, on est toujours pressé à échapper à un prédateur, tout ça.
Le guetteur du second Faust, né pour voir
14:09 Mais il dit, en fait, on ne sait même pas si elle chante, mais des fois, elle ouvre les dents et elle fait un petit sifflet entre ses dents, comme ça. Mais c'est sa posture, c'est le geste qu'elle fait en chantant qui nous subjugue. J'aurais pu prendre ce texte extraordinaire. voilà. Donc, je passe maintenant à tout à fait autre chose, puisqu'il s'agit d'un passage que j'extrais de la dernière partie, le cinquième livre du second Faust, où il y a un guetteur, un guetteur dans sa tour, qui travaille pour Faust, qui demeure là, dans ce château, qui regarde l'horizon comme ça.
15:06 Et, pardon, il faut que je réinitialise, c'était déjà parti, donc voilà, hop là, je prends ça ici. Excusez-moi. Voilà. Alors.
15:36 Je crois que ça va être plus rapide. Ah bon, on dirait que c'est... Il fait un monologue, il a le paysage, il est tout seul, comme les guetteurs, pendant que le monde dort devant lui, et il déploie un texte que tous les écoliers allemands connaissent par cœur. Tu connais peut-être celui qui commence par Zum Schauen, geboren. Gebo, on a eu. Né pour contempler. Voilà, voilà. On retrouve tout Goethe qui n'est pas un... qui est plus plastique que musical. On va y revenir parce qu'on commence à s'approcher de l'essence de la musique, puisque c'est notre sujet.
16:09 Or, Ein Sumpf. Ah oui, quand il s'approche du marais, là, c'est extraordinaire ce passage. je vais essayer de... parce que je vois que je perds du temps, je vais essayer de le prendre dans mon...
16:45 Ah si, c'est bon. Voilà. Je l'ai en bilingue, donc, hein. Donc, Né pour voir. Parce que Schauen, c'est regarder, voir. Vouer à veiller, assermenté à la tour. Le monde m'agrée. J'épie au loin, je vois ce qui est près. J'épie au loin, je vois ce qui est près. La lune et les étoiles, la forêt et le chevreuil.
17:16 Magnifique objectivisme de Goethe. Il n'y a pas de pensée, il n'y a pas de voix off qui commente. Je ne fais rien à mesure. À chaque fois, c'est du matériau brut, quoi. La forêt et le chevreuil. J'épie au loin, je vois ce qui est près. La lune et les étoiles, la forêt et le chevreuil. Ainsi, je vois partout l'éternelle beauté. Et comme les choses m'agréent, je m'agré à moi-même. Ô mes yeux fortunés, tout ce que vous vites advienne que voudra. C'était bien beau. J'insiste.
Wagner lit Goethe : Mignon et l'éternel féminin
17:46 Pourquoi ? Parce que maintenant, je vais rentrer un petit peu dans la problématique philosophique. Deux discours très différents, qui ne se seraient pas du tout entendus s'ils s'étaient connus, je pense à Hegel et Wagner. Hegel aurait détesté le côté ferblanc trigermanique pour parler comme une nostalgie des dieux barbares. Il était trop européen. Déjà Marx se moquait de Bayreuth Bien sûr, bien sûr. Donc, Bayreuth, n'en parlons pas, déjà Wagner, mais ça ferme. Alors, Bayreuth, ça fait penser que Wagner écrit à la sœur de Nietzsche, en disant, dit à votre frère, que depuis qu'il m'a quitté, je suis seul.
18:23 Jamais il n'a été aussi entouré mondainement, justement, par Bayreuth. Je suis seul. Bon, donc, or, les deux parlent des positions respectives de Goethe et de Schiller vis-à-vis de la musique. Hegel, vis-à-vis de l'art, en général, on va voir en quoi ça se rapproche de la musique. Et Wagner, bien sûr, plus préoccupé par leur position vis-à-vis de la chose musicale. Je commence d'abord par le Wagner.
18:57 dans un volume que je ne peux que recommander. Ce n'est pas très beau, la couverture. Je ne sais pas si on la voit bien, là. Voilà. Mais c'est récent, ça date de deux ans, chez Gallimard. Ils ont regroupé les plus décisifs des textes théoriques, en particulier Opéra et Drame, le fameux Beethoven dont je vais extraire le passage que je vais lire, mais aussi l'incroyable Une communication à mes amis où il y a le plus bel hymne au féminisme militant qu'on ait jamais écrit. C'est quand même un drôle de type. En 1848, en fait, je vous lirai une autre fois.
19:31 On n'attend pas sur ce terrain. Encore qu'il y a un lien entre qu'est-ce qui est musicale dans la musique, quelque chose de féminin, c'est ce qu'on va essayer de voir d'après les auteurs. Et qui nous entraînent pour rester dans le bain. Voilà, voilà. On y est en plein parce que c'est ce qui va amener. Donc, là, on est... J'avais dit deux pages, voilà. Si maintenant, nous savons comprendre les deux conceptions poétiques, Goethe, qui se pénètrent comme de grandes artères dans la vie du plus grand de nos poètes, pense à Goethe, elle nous révèle la voie la plus sûre pour résoudre le problème qui se posa à Goethe.
20:15 Cet Allemand, libre entre tous. Curieux, comme là, Wagner rejoint son adversaire, Nietzsche. Parce que Nietzsche dit Goethe est tellement libre qu'il sera toujours au-dessus des Allemands, il ne leur appartiendra jamais. Pas mal. Bref, Goethe est un bon Allemand. C'est-à-dire qu'il n'aime pas trop l'Allemagne. Voilà, voilà. Alors, nous savons que les conceptions du Faust et du Wilhelm Meister sont exactement de la même période et datent de l'épanouissement premier du génie poétique de Goethe.
20:55 L'ardente profondeur de la pensée qui l'inspirait l'incite d'abord à réaliser les premières scènes du Faust, mais comme s'il lui était effrayé de l'audace de sa propre conception, abandonnant son dessein grandiose, il cherche avec Wilhelm Meister, qui est plutôt la prose du monde que la poésie fantastique du Faust, n'est-ce pas ? Il cherche avec Wilhelm Meister à concevoir le problème sous une forme plus mesurée. C'est dans la plénitude de sa maturité qu'il acheva ce roman qui coule de source.
21:25 Son héros, qui est un fils de bourgeois allemand, en quête d'un genre d'existence agréable et sûre, on voit bien le portrait robot, passe par le théâtre, traverse la société noble et aboutit à un cosmopolitisme utilitaire. Pas mal résumé, Wagner, là. Il trouve sur son chemin un génie tutélaire, mais qu'il ne comprend que superficiellement. Il est en train de dire que la rencontre de Wilhelm avec Mignon, c'est le même malentendu qu'il y a entre Goethe et la musique.
22:00 Il trouve sur son chemin, je l'anticipe parce que ce n'est pas évident, mais ça va être explicité après, sur son chemin, un génie tutélaire, mais qu'il ne comprend que superficiellement. Il eut le sentiment de ce qui était Mignon à peu près de la façon dont Goethe, à cet instant, comprenait la musique. Là, le parallèle est officiel. Le poète nous fait nettement partager l'impression que Mignon a été l'objet d'un crime révoltant. Vous savez que, enfin non, c'est des choses qu'on lit peu, mais, toi, tu sais, mais il y en a beaucoup qui ne savent pas que Mignon tombe amoureuse, qui fait partie d'un monde ambulant, de nomades, de Roms, on dirait aujourd'hui.
22:43 On est très, très loin de la bourgeoisie allemande. On ne peut plus à l'opposé même. Aussi mobile, n'est-ce pas, que les autres sont installés dans leurs petits Walhallas respectifs. Donc, elle tombe amoureuse de lui et lui, il s'éprend bientôt d'une autre et elle meurt de chagrin. Schumann a composé un admirable requiem pour Mignon. Donc, le poète nous fait nettement partager l'impression que Mignon a été l'objet d'un crime révoltant.
23:13 Toutefois, son héros surmonte cette impression et Goethe le fait évoluer dans un milieu où, dégagé des emportements et des impulsions tragiques, il parvient à un parfait épanouissement. C'est une espèce de… Si quelqu'un n'a pas été suivi par son surmoi, c'est bien Goethe. Comme à travers un musée, il lui fait contempler les images de la vie. Mignon meurt et à sa mort, on joue de la musique, musique que plus tard, Robert Schumann a réellement composée.
23:44 Il paraît que Schiller fut outré par le dernier livre de Wilhelm Meister. Si Mignon incarne l'esprit de la musique qu'on n'a pas encore défini, tant s'en faut. Il a même ouvert la problématique de sa définition. Mais si c'est le cas, c'est la musique qui est attaquée, que Wilhelm fait souffrir. Donc, il paraît que Schiller fut outré par le dernier livre du Wilhelm Meister. Il savait, cependant, qu'il ne pouvait tirer son grand ami de son étrange égarment. Je lis tout ce passage parce qu'il est étrange, je ne sais pas, plus de Neum Wagner en plus.
24:16 Il est très bien renseigné et il va jusqu'au bout de l'étrange. D'autant plus qu'il pouvait supposer que Goethe, qui venait de composer Mignon et qui, avec cette création, avait donné la vie à un nouveau monde merveilleux, s'abandonnait au plus profond de son être à une divagation d'où un ami n'avait pas le pouvoir de l'éveiller. Goethe seul pouvait de lui-même se réveiller. Et il n'y manqua pas car à l'âge le plus avancé, il termina son Faust.
24:52 Donc, retour de Wilhelm Meister à Faust. De ce qui accaparait alors son esprit, il crée le type original de toute beauté, c'est Hélène elle-même, la Hélène de Troie que Méphistophélès d'un coup de baguette magique lui fait ressusciter pour son propre usage. Enfin, c'est la femme on ne peut plus classique, grecque, plastique, homérique. Ce n'est pas mignon. C'est Hélène elle-même, l'idéal antique dans sa perfection, dans sa plénitude. Il évoque du royaume des ombres et en fait l'épouse de Faust.
25:22 Cependant, l'ombre ne se laisse pas retenir. Elle se volatilise en un beau nuage dont Faust suit du regard la fuite lointaine dans une songerie mélancolique et cependant exempte de douleur. Bof ! C'est à dire de Marguerite seule que peut venir à la rédemption. La femme qu'il a bafouée, plus jeune. Du monde des bienheureux, celle qui fut naguère sacrifiée qui cependant continue à vivre au plus profond de l'être de notre héros, vient lui tendre les mains et de même qui nous a été donné au cours de notre étude de tirer des comparaisons de la philosophie et de la physiologie.
26:00 Si nous voulons maintenant donner à l'œuvre poétique la plus profonde qui soit une interprétation dont nous puissions tirer parti, nous dirons que les vers, ce sont les quatre derniers vers, de 40 ans d'élaboration du Faust quand même. Tout ce qui est périssable n'est que symbole. Je donne les deux vers qui suivent et qui sont les derniers. L'éternel féminin nous entraîne.
26:31 Wagner commente comme ceci. Nous dirons que les vers, tout ce qui est périssable n'est que symbole, représente l'esprit de l'art plastique que Goethe poursuivit si longtemps avec tant de perfection. Mais par l'éternel féminin nous entraîne, nous entendons l'esprit de la musique. Donc, on retrouve la dichotomie de l'espace et du temps qui, prenant son essor du plus profond de la conscience du poète, plane maintenant au-dessus de lui et le guide dans la voie de la libération.
L'Esthétique de Hegel : Kant, Goethe et Schiller
27:05 Il va revenir à son sujet qui est Beethoven. C'est Beethoven qui va nous libérer. C'est quand même des textes, ça. Alors, Nietzsche. C'est contemporain de la naissance de la tragédie ? Pardon ? C'est daté de quand le Beethoven de Wagner ? Avant, avant. Il ne faut pas oublier que Wagner était un peu plus âgé que Nietzsche. Mais tu veux bien te poser la question des rapports entre Nietzsche et cet ouvrage. Parce que Nietzsche t'a toujours dit que le Beethoven de Wagner condensait ce qu'il y avait de pire chez lui et de loin de meilleur.
27:42 Voilà, je veux dire toujours des rapports ambivalents, mais ça, ce n'est pas un autre sujet. Maintenant, je prends Hegel dans l'esthétique, dans l'introduction où il fait comme Aristote dans le De anima ou dans la... Comment tu dis ? Péri-Psuqué ? Je ne sais jamais si c'est Psuqué. Psuquès. Psuquès, voilà. Je ne me rappelle jamais la bonne désinance. Il n'y a pas d'ablatif en vrai qui se passe. Ah oui, oui, d'accord, d'accord. Oui, c'est ça qui me fait... Tu chercheras désespérément, mais il n'y en a pas. Tu lis dans mes pensées, à moi-même que j'y pense d'ailleurs, mais effectivement, j'ablative si j'ose ce barbarisme.
28:18 Là, tu me latinises, c'est normal. Oui, voilà. Donc, il fait comme Aristote, c'est-à-dire qu'il fait une petite compile des positions de ses prédécesseurs sur la question qu'il va traiter. On va dire sur l'esthétique. Passage, très rapidement, Platon, Winckelmann, Kant, première fois, la pertinence philosophique, grand hommage, mais enfin, tout de même, je reviens un peu en arrière avant de dire ce qu'il dit de Goethe et Schiller pour ce qui est de Kant parce que ça annonce.
28:49 Voilà comment il conclut, n'est-ce pas, son exploration. zut, voilà, pardon, ouf, voilà comment il conclut son exploration de Kant. Tels seraient les principaux résultats de la critique kantienne. Attends, on est dans l'esthétique de Hegel. Introduction. Ah, ok. D'accord ? Donc, pas l'introduction de l'éditeur ou du traducteur, celle de Hegel. Donc, introduction à son œuvre la plus longue, finalement, en nombre de pages.
29:20 Tels seraient les principaux résultats de la critique kantienne. Il vient de commenter la critique du jugement, bien sûr, dans la mesure où elle peut présenter ici de l'intérêt pour nous. Elle constitue le point de départ de la vraie compréhension du beau artistique, mais c'est seulement par le dépassement des insuffisances kantiennes, sinon on en resterait là, que cette compréhension a pu s'imposer comme l'appréhension supérieure de la véritable unité entre, tenons-nous bien, la nécessité et la liberté, le particulier et l'universel, le sensible et le rationnel.
29:57 Alors, bon, dans l'enjeu de l'esthétique, Kant, il laisse irrésolu, mais enfin, l'art de réoccuper justement le moment où il peut y avoir une synthèse entre les irréconciliables, qui sont encore des irréconciliables pour la pensée contemporaine dans le lien des domaines, qu'on regarde entre déterminisme et liberté aujourd'hui, les sciences cognitives ou des choses comme ça. ou les néo-spinosistes qui disent que toute liberté est quand même une illusion, vous savez, bref, et qui ironisent quand ils disent « Soit la plume de Engels »
30:30 une des plus belles phrases de la marxographie, c'est de la marxologie, pardon, c'est-à-dire qu'il faut passer de l'empire de la nécessité au royaume de la liberté. Le choix des mots est précis. Donc, je répète, elle, la critique kantienne constitue le point de départ de la vraie compréhension du beau artistique, mais c'est seulement par le dépassement des insuffisances kantiennes que cette compréhension a pu s'imposer comme l'appréhension supérieure de la véritable unité entre la nécessité et la liberté, le particulier et l'universel, le privé et le public, le sensible et le rationnel.
31:09 Au moment de la Révolution, et ce n'est pas les sympathies de Sophie Wahnich pour certains thèmes trotskistes qui vont empêcher de lui rendre hommage à ce niveau-là, elle a fait une très belle intervention et pour être au pic sur la raison sensible, cette grande réclamation qu'il y avait et que la fête de l'être suprême chez Robespierre en est une très belle illustration pour en rendre la raison sensible. Bon, alors, il faut donc un après-Kant, un poste, pas un néo-kantisme, un post-kantisme.
31:41 Un néo-kantisme, vous allez bientôt le faire paraître, c'est autre chose, mais non, je parle d'un post-kantisme. Donc, on se dit, ça y est, il arrive à lui, Hegel. Ta-ra-ta-ta. Les résultats. Entre Kant et lui, ça continue la liste, mais ce n'est plus des philosophes, c'est Goethe et Schiller. Alors, vous me direz que c'est pour ça je préfère l'expression l'idéalisme allemand au sens historique, pas au sens métaphysique, plutôt que le romantisme allemand parce qu'il y a des philosophes, il y a des écrivains, il y a tout ce qu'on veut, c'est les philosophes font de vrais poèmes en prose par moment, il n'y a qu'à voir la jeune fille aux fruits chez Hegel, inversement à des poètes, voire Hölderlin à une fond de la philosophie, ne pas donc, voilà.
32:25 Mais enfin, c'est curieux que les missing links entre Kant et lui, ça va être Goethe, Schiller. Alors, je lis et il faut bien qu'on garde en mémoire ce que disait Wagner qui disait que Goethe, c'est le monde plastique alors que Schiller sent mieux la chose musicale. D'ailleurs, c'est les hymnes de Schiller qui ont inspiré à Beethoven ce qui est devenu, ce qui devrait devenir, ce n'est pas le chant de la liberté. Dans le même temps, lui aussi, Goethe, lui aussi, retirait de la poésie sa véritable sphère, cette même impulsion scientifique.
33:06 Donc, les deux ont fait scientifique au sens hégélien, théorique. Autrement dit, les deux se sont adonnés à la théorique en dehors de leur travail de poète. Mais tandis que Schiller se plongeait dans l'examen des profondeurs intérieures de l'esprit en italique, de l'esprit, Goethe dirigeait son génie propre vers le côté naturel italique aussi de l'art, donc vers l'extérieur de l'art, vers la nature extérieure, les organismes végétaux et animaux, les cristaux, la formation des nuages et les couleurs.
33:39 Pour cette recherche scientifique, Goethe a mis en œuvre toute sa hauteur de vue et celle-ci, en ces domaines, a définitivement jeté par-dessus bord le simple point de vue de l'entendement et l'erreur qu'est la sienne, tout comme de l'autre côté, Schiller a su imposer contre la manière dont l'entendement, dans les deux cas, on critique ce qu'est entendement chez Kant, si on regarde bien, l'entendement considère le vouloir de la pensée, l'idée de la libre totalité, de la beauté.
34:12 Toute une série de productions schilleriennes est consacrée à cette compréhension perspicace de la nature, de l'art et tout particulièrement un ouvrage, le titre est connu mais personne ne le lit mais c'est admirable, Les lettres sur l'éducation esthétique de l'homme. Voilà. Donc, je saute tout un passage mais toujours dans le même thème, Hegel dit à la fin de manière générale, on peut déjà déceler cette conception d'union du sensible et du rationnel, du particulier de l'universel et de la nécessité de la liberté, on peut déjà déceler cette conception synthétique de Schiller dans Grâce et dignité, un opuscule de Schiller, Anmut und Würde, ainsi que dans ses poèmes Car il y fait l'éloge des femmes C'est curieux, on s'est arrêté à l'éternel féminin avec Goethe.
35:03 C'est curieux, cet échange de son objet d'élection ayant précisément reconnu et mis en valeur dans leur caractère, aux femmes, la réunion spontanée, spontanément donnée, pardon, du spirituel et du sensible. Voilà. Je leur laisse responsabilité de toutes ces généralités, mais on ne peut pas dire que ce ne sont pas des problématiques, que ce sont des problématiques indifférentes. Donc, j'en étais là.
Mignon, personnage pré-social
35:38 Et voilà que je cite maintenant, je me perds dans mes sources, ça y est, je me suis intéressé aux travaux qui tournent autour du personnage de Mignon dans Wilhelm Meister, d'abord à Wilhelm Meister qui est une race assez énigmatique malgré son apparente trivialité. Jeune bourgeois, c'est un peu l'éducation sentimentale à la Flaubert, Wilhelm Meister, c'est comment la prose du monde remet sur le sujet le rêveur, son rêveur qui avait commencé par des novalistes et tout ça et qui finit en bonhomme d'affaires.
36:16 après avoir poussé quelques femmes au suicide mais ce n'est pas grave. C'est le meilleur moment de notre vie comme disait l'éducation sentimentale. Comme disait qui ? Pendant la fin de l'éducation sentimentale. Ah oui, oui ! C'est terrible. C'est marrant parce qu'on n'est pas très loin de Kafka mais tu vas le savoir mais Kafka écrit à Max Brod, il dit je viens de découvrir l'éducation sentimentale, je n'ai pas pu lâcher le livre et il dit bon, je n'écrirai plus rien.
36:47 Qu'est-ce que vous voulez qu'on écrive après ça ? Oui, c'est encore plus kafkaïen. Pour lui, c'est la perfection. Voilà, l'écrivain, c'est ça. Terrible, hein ? Bon, alors, où est passé mon... Voilà. J'arrive, il faut que je retrouve mes... Voilà. Donc, S dans... Pardon. on va y arriver après ça.
37:17 Non, c'est ici alors. C'est pas ça non plus. Ben alors, ben alors. Excusez-moi, je ne vais pas retrouver. Une étude qui s'appelle à propos d'un mythe européen. Deux points. Note sur Goethe, l'Italie, le paradis. Le mythe de l'Italie, comme paradis, un mythe européen. Voilà. Alors, je passe sur la problématique qui concerne l'Italie.
37:48 On sait que les Européens, depuis quelques siècles, ont parcouru l'Italie avec passion avant de s'en revenir dans leur pays et d'y cultiver la nostalgie. Mais on oublie que leurs rêves aussi ont voyagé et que l'Italie a été l'un des séjours de prédilection des personnages nés de leur fantaisie. Depuis la fin du XVIIIe, on arrive à Goethe, jusqu'au milieu du XXe siècle, les héros de romans y ont agi, aimé, découvert le bonheur, la beauté, la déception et la mort à Venise. Bon, je passe. Ça, c'est des problématiques très intéressantes mais qui ne sont pas au centre de notre interrogation.
38:25 Dans les années d'apprentissage de Wilhelm Meister, de Goethe, apparaît un personnage énigmatique qui hantera musicien et poète pendant des décennies. Essayez de chercher soit dans Google ou dans Google soit dans YouTube le nombre de compositions musicales ayant pour sujet le personnage de Mignon extrait de Wilhelm Meister. Ça va du Lied Schubert à Requiem pour Mignon de Schumann que je t'ai létoile tout à l'heure en passant par des tas de balades, des œuvres pour orchestres, de chœurs.
38:59 Mets-toi aussi si je ne me trompe pas. Bien sûr, dans ses mélodies qui sont très belles. Dans les années d'apprentissage apparaît un personnage énigmatique qui hanta musiciens et poète pendant des décennies. Mignon. Goethe a longtemps hésité avant de lui donner un sexe. Décidément, il y a les arts plastiques, il y a la musique, il y a l'homme et la femme. Mais voilà que maintenant on hésite sur le sexe. On essaie de pénétrer les sens de la musique, c'est presque aussi insaisissable.
39:33 Goethe a longtemps hésité avant de lui donner un sexe, puis a décidé que cet être asexué qui s'habille en garçon, c'est un roman de fin 18e, serait une fille. Ce n'est pas simple, je répète. Goethe a longtemps hésité avant de lui donner un sexe, puis a décidé que cet être asexué qui s'habille en garçon serait une fille. Elle parle ou plutôt gazouille. Vous voyez, je retrouve mon grisillement au téléphone.
40:05 Elle parle ou plutôt gazouille un vague allemand. Elle ignore tout du monde, peine à lire et à écrire, est incapable de faire l'apprentissage de la vie sociale telle que Wilhelm Meister précisément est en train de le faire. Mignon est un personnage pré-social, chez qui la socialisation se révèle impossible. Donc, une pathologie pour Goethe. Car elle appartient tout entière au monde brut des émotions primitives. Et oui, gazouille.
40:35 Vous vous rappelez les filles du Rhin ? Que des allitérations, c'est du babil enfantin. Mignon est un personnage pré-social, et chez qui, pardon, car elle appartient tout entière au monde brut et des émotions primitives. Comme un petit animal, elle a peur et se protège de ceux qui la traitent mal. Elle aime Wilhelm Meister qui la sauve et s'attache à lui comme le ferait un chien de manière absolue et irraisonnée. avec un rapport avec la musique.
La chanson de Mignon, menace du désir
41:07 Écoutez bien. Elle fascine Wilhelm qui se sent irrésistiblement attirée par le mystère qui se dégage d'elle. Ses traits sont saisissants. Son expression est un mélange d'ingénuité et de caractère. Son teint sombre, elle vient d'une roulotte de Roms, son teint sombre, comment il dit Baudelaire, la tribu prophétique aux prunelles ardentes. Les ardentes. Oui, bien envoyé. Les ardentes, on ne peut pas penser. Son teint sombre annonce une origine exotique. Elle est une enfant sans l'être tout à fait.
41:39 Quelque chose pointe sous le pittoresque qui laisse présager une vie secrète. Pourtant, nul ne sait qui elle est ni d'où elle vient. Arrivée de toujours qui t'en iras partout. Je suis content. C'était une des phrases préférées de René Commer de tout ce qu'il avait lu. Ah oui ? Je ne peux pas ne pas penser à lui quand il disait ça. Chaque fois qu'il voit une jolie fille dans quelle vie il y en a à peu près de mille chaque été qui passent devant son restaurant. Quand même, elles sont gracieuses.
42:09 Arrivée de toujours qui t'en ira partout, il répète. C'est bien raisonnable. Oui. Alors, elle se présente comme une semi-bohémienne plus ou moins associée à une troupe de saltimbanque qui la maltraite et à qui Wilhelm l'achète. Elle danse et fait des tours comme un singe savant. elle chante aussi. On y arrive. Elle émeut Wilhelm on lui faisait entendre une mélodie. Une mélodie.
42:39 Une mélodie que tout allemand aujourd'hui encore connaît par cœur. « Kennst du das Land wo die Zitronen » C'est extraordinaire que peut-être le texte poétique le plus connu peut-être de la langue allemande avec peut-être alors là de Heine que l'un le premier celui de Goethe évoque non pas l'Allemagne mais l'Italie comme extraordinaire. Il n'y a rien de plus allemand que c'est « Drang nach Süden »
43:09 « Drang nach dem Meer » Bon et chez le sud commence au Bodensee et chez Heine il faut que ce soit un juif qui vienne chanter l'essence de ce qui on ne peut plus germanique que la Lorelei la Nix C'est toujours comme ça j'allais dire pardon ? On se définit par l'extérieur ou par l'intérieur ? Bien sûr c'est clair C'est ça qui est plus seulement en dialectique ce qui me fait penser je le faisais remarquer hier je faisais des réponses aux questions qu'on m'a posées dans le cadre de mon séminaire hebdomadaire et il y a quelqu'un qui me disait puisque je fais tout un cycle sur le ring pour illustrer que des sciences de l'histoire peuvent être aussi rigoureuses que des sciences de la nature mais c'est un autre débat un de mes auditeurs disait est-ce qu'on pourrait me conseiller des versions audio qui tiennent la route qui sont meilleures que d'autres alors j'ai dit voilà je vais les faire vite parce qu'il y en a tellement je veux bien distinguer les anciennes les gravures héroïques et puis celles qui sont dans un grand confort d'écoute et
44:21 je que j'ai gradué en là encore, je le faisais remarquer à mon auditeur, que entre Barenboim, qui dans les récents, avec la série Ophonie, la bonne gravure, a fait un ring qui tient très bien la route, c'est deux juifs qui sont les meilleures interprètes de Wagner, c'est Bruno Walter, par la génération, il y a deux générations, et Barenboim. La tradition se perpétue.
45:07 Et puis même… On parle pas du culte des Schoenbergs et des balleurs. Comment ça partit le chef d'orchestre de Wagner ? Pardon ? Il y a le chef d'orchestre de Wagner aussi. Hermann Levi. Voilà, c'est ça oui. Tout à fait, exactement. À qui va venir à confier la création, rien moins que Parsifal. Donc, ce qui a dû sembler sacrilège à pas mal d'antisémites bayreuthiens. Peut-être à l'antisémite chez Wagner lui-même, mais bon. Il y a les ambiguïtés et les ambivalences. Alors, revenons à Mignon. Donc, elle chante aussi. Elle émeut Wilhelm en lui faisant entendre une mélodie que tout allemand aujourd'hui connaît par cœur.
45:47 « Kennst du das Land, wo die Zitronen blühn ? » La suggestion est claire. C'est le dernier chapitre que j'ai extrait de cette citation. « Éclair, inutile pour Goethe, à l'époque où il écrit, de préciser que le pays en question est l'Italie. » Ainsi, l'Italie est présente dès l'origine de l'aventure commune de Mignon et de Wilhelm. « Elle existe par une mélodie. » L'Italie existe. « L'ailleurs paradisiaque existe par une mélodie dont Goethe s'empresse de préciser qu'elle traduit, je cite, « un irrésistible et nostalgique élan. »
46:22 C'est assez rare chez Goethe. « Et qu'elle est dite par Mignon avec une intonation, j'ouvre les guillemets, c'est la plume de Goethe, « tantôt suppliante et pressante et tantôt pleine de désirs et de promesses. » Bon sang, mais c'est exactement ce que Kafka disait. On aurait dit qu'elle vous menaçait de la réalisation de désirs que vous n'osiez formuler. C'est quand même extraordinaire. Et là, elle est dite avec une intonation tantôt suppliante et pressante et tantôt pleine de désirs et de promesses.
Chateaubriand : le Meschacebé donné à voir
46:57 C'est extraordinaire. Une menace du succès. Donc, nous tournons autour d'un pot dont on sent que ça vaut le coup de se rapprocher encore un petit peu quand même, avec nos cercles concentriques. Alors maintenant, je vais avoir recours à des textes canoniques, si je puis dire, puisque je prends ici… Voilà. Deux manières de se rapporter au monde qui nous entoure, selon qu'on y privilégie le visuel ou l'auditif, justement l'élément plastique ou l'élément musical.
47:34 Je le dis avant pour que les arbres ne cachent pas la forêt. Je commence par Chateaubriand, l'enchanteur. Au moment où, au début d'Atala, il nous fait contempler. J'imagine le lecteur français de l'époque qui n'a pas beaucoup voyagé. Moyen, il va tourner un coup les rives du Meschacebé du Mississippi. L'effet que ça a dû faire. Mais il dit ceci. Pourquoi je tombe sur la cinquième promenade, tout d'un coup ?
48:05 Allons, allons, allons. N'allons pas trop vite. Voilà. Le fleuve lui-même, il dit « Tributaire du Meschacebé, le Missouri, l'Illinois, l'Arkansas, l'Ohio, le Wabash, le Tenase, l'engraisse de leurs limons et la fertilisent de leurs eaux.
48:36 Quand tous ces fleuves se sont gonflés des déluges de l'hiver, quand les tempêtes ont abattu des pans entiers de forêt, les arbres déracinés s'assemblent sur les sources. Bientôt les vases les cimentent, les lianes les enchaînent et des plantes y prenant racines de toutes parts achèvent de consolider ces débris. Charriés par les vagues écumentes, ils descendent au Meschacebé. Le fleuve s'en empare, les pousse au golfe mexicain, les échoue sur des bancs de sable et accroît ainsi le nombre de ses embouchures. Par intervalles, il élève sa voix. C'est le Nil des déserts, mais la grâce est toujours unie à la magnificence dans les scènes de la nature.
49:12 Tandis que le courant du milieu entraîne vers la mer les cadavres des pins et des chênes, on en voit des choses différentes et nommées dans leur spécificité. On voit sur deux courants latéraux remonter le long des rivages des îles flottantes de pistias et de nénuphars, dont les roses jaunes s'élèvent comme de petits pavillons. Ça donne à voir. Des serpents verts, des hérons bleus, des flamants roses. Vous croyez que j'en rajoute ? C'est dans le texte. Des serpents verts, des hérons bleus.
49:44 C'est superbe quand même. Bon. Des flamants roses de jeunes crocodiles s'embarquent passagers sur ces vaisseaux de fleurs. Et la colonie déployant au vent ses voiles d'or va aborder endormis dans quelque anse retirée du fleuve. C'est du Delacroix pour la luxuriance des couleurs. En plein. Mais je pense plutôt au Delacroix Tori, de la Mort de Sardanapale. C'est vrai. On peut la vue, là. Donc, sur le bord occidental des savannes se déroule à perte de vue.
50:17 Leur flot de verdure en s'éloignant de ces vanices. On voit dans ces prairies sans bornes errer à l'aventure des troupeaux de trois ou quatre mille buffles sauvages. Quelquefois un bison chargé d'années. On dirait un portrait. Fendant les flots à la nage, se vient coucher parmi de hautes herbes dans une île du Meschacebé. À son front orné de deux croissants, à sa barbe antique et limoneuse, vous le prendriez pour le dieu du fleuve qui jette un œil satisfait sur la grandeur de ses ondes et la sauvage abondance de ses rives.
50:49 Telle est la scène sur le bord occidental. Mais il change sur le bord opposé. Bon, je m'arrête. Il y en a comme ça, des pages et des pages. Reportez-vous à l'enchanteur. C'est superbe. Donc, franchement, ça donne à voir. C'est le moins qu'on puisse dire. En forme, en couleur, en dénomination, comme on distingue les genres et les espèces, on distingue les contours. Ce n'est pas au niveau visuel. Or, excusez-moi, il y a donc, maintenant, je vous prends un extrait du Rousseau censé être paysagiste, n'est-ce pas ?
Rousseau : l'île de Saint-Pierre sans détail
51:31 Il s'agit d'un extrait de la cinquième promenade. Je commence par la manière dont il situe déjà le lac de Bienne, dans le décor en général, avant l'état de rêverie, qui est le temps fort de son texte. Mais il commence par dire « De toutes les habitations où j'ai demeuré, c'est le début, et j'en ai eu de charmantes, aucune ne m'a rendu si véritablement heureux et ne m'a laissé de si tendres regrets que l'île de Saint-Pierre au milieu du lac de Bienne.
52:10 Cette petite île, qu'on appelle à Neuchâtel, l'île de la Motte, est bien peu connue, même en Suisse. Aucun voyageur que je sache n'en fait mention. Cependant, elle est très agréable et singulièrement située pour le bonheur d'un homme qui aime à se circonscrire. Car quoi que je sois peut-être le seul au monde à qui sa destinée en ait fait une loi, puisqu'il vient précipitamment de s'y réfugier, il a décrété de prise de corps, il a laissé ses affaires à Neuchâtel et il n'a emporté dans l'île que le manuscrit des Confessions qu'il est en train de continuer et le projet de constitution pour la Corse.
52:50 Les deux textes qu'il voulait garder. Les rives du lac de Bienne, donc on est toujours dans le décor général, sont plus sauvages et romantiques, première occurrence du terme, à ma connaissance, dans la francophonie. On va le voir ici, ça désigne très précisément une manière sauvage de faire les jardins par opposition au jardin à la française. C'est beaucoup plus précis que ce que ça devient maintenant à toutes les sauces. Très intéressant. sont plus sauvages et plus romantiques que celles du lac de Genève parce que les rochers et les bois y bordent l'eau de plus près, mais elles ne sont pas moins riantes.
53:24 S'il y a moins de cultures, de champs et de vignes, moins de villes et de maisons, il y a aussi plus de verdure naturelle, plus de prairies, d'asiles ombragés, de bocages, des contrastes plus fréquents, des accidents plus rapprochés. Comme il n'y a pas, vous remarquez qu'il n'y a aucun détail, c'est des choses très générales. Comme il n'y a pas sur ces heureux bords de grandes routes commodes pour les voitures, donc on a du mal à y arriver, il est isolé dans tous les sens, il est peu fréquenté par les voyageurs, mais il est intéressant pour des contemplatifs qui aiment à s'enivrer à loisir, des charmes de la nature et à se recueillir.
54:13 Se recueillir dans quoi ? Dans une belle verdure, il commence par dire dans un silence. Dans un silence que ne trouble aucun autre bruit, donc ce n'est pas un silence. C'est un silence qui n'a pas de parole, qui n'a pas d'autres personnages. Mais écoutons bien, que le cri des aigles, le ramage entrecoupé de quelques oiseaux et le roulement des torrents qui tombent de la montagne. Vous fermez les yeux et vous avez exactement les mêmes trois objets dont il vient de parler.
54:47 Le cri des aigles, le ramage entrecoupé des oiseaux et le roulement des torrents qui tombent de la montagne. Ce beau bassin d'une forme presque ronde enferme dans son milieu, là je fais une interruption, tout de même. Quiconque a été à Erlach, on y avait été lorsqu'on a fait le DVD sur Rousseau. À cinq minutes de la Neuveville, on ne peut pas faire plus francophone qu'un toponyme comme ça, en cinq minutes, on arrive à Erlach, première localité à résonance germanophone.
55:29 Or, on voit très bien que l'île n'est pas du tout au milieu, elle est très très près de la rive, mais en particulier du village d'Erlach. Donc, ce besoin de le mettre au milieu, la manière dont l'imaginaire restructure le réel est extraordinaire. Et en ajoutant ce beau bassin d'une forme presque ronde, tout est dans le presque, à la limite, avec la métaphore du bassin tout de même. Voilà. Donc, ce beau bassin d'une forme presque ronde enferme dans son milieu deux petites îles, l'une habitée et cultivée d'environ une demi-lieue de tour, l'autre plus petite, déserte et en friche, et qui sera détruite à la fin par les transports de terre qu'on en ôte sans cesse pour réparer les dégâts que les vagues et les orages font à la grande.
56:18 C'est ainsi que la substance du faible est toujours employée au profit du puissant. Même devant un spectacle comme ça naturel, Rousseau ne va pas s'empêcher de voir la lutte des classes. C'est superbe. Bon. Alors, je passe sur… J'en arrive au passage le plus dense, n'est-ce pas, où l'on va voir… Enfin, le plus intense du point de vue de ce que Rousseau ressent dans ce coin-là. Quand le lac agité ne me permettait pas la navigation…
La rêverie : le sujet fixé par l'objet
56:48 Pardon. Quand le soir approchait, je descendais des cimes de l'île et j'allais volontiers m'asseoir au bord du lac sur la grève en quelque asile caché. Là, le bruit des vagues, et ça reprend un festival sonore, le bruit des vagues et l'agitation de l'eau fixant mes sens. Donc, tout est inversé. Ce n'est pas ce qui est d'ordinaire. Ce sont nos sens qui fixent le monde extérieur.
57:19 Ce que Chateaubriand nous incitait à faire, regardez le héron bleu, le serpent vert. Là, non. Il y a une caméra immobile Chateaubriand qui tourne de gauche à droite, mais qui reste sur son trépied et qui nous offre tout le détail du paysage. Voilà. Exactement. Ici, c'est assez incroyable. c'est le sujet qui est fixé par l'objet. Comme si les objets étaient autant de serpents qui l'hypnotisaient. Mais le serpent, ce n'est pas ici une vision.
57:50 C'est un son. C'est le flux et le reflux des eaux du lac. Donc, pour montrer que je n'interprète rien, je restitue, n'est-ce pas ? Il observe avec des regards familiers. Pardon ? Il observe avec des regards familiers. En plein. Comme quoi, c'est bien l'ordre symbolique qui a raison avec les correspondances. Là, le bruit des vagues et l'agitation de l'eau fixant mes sens et chassant de mon âme toute autre agitation, sous-entendu que celle des sens qui n'est quand même pas la partie la plus agitée du sujet, mais la plus active, en tout cas.
58:23 Agitée, oui, mais active, j'en suis pas sûr. La plongeait, mon âme, dans une rêverie délicieuse où la nuit me surprenait souvent sans que je m'en fusse aperçu. Donc, il y a une espèce, c'est un comble que le plus beau décor qu'il puisse imaginer là où sa rêverie atteint sa plus haute intensité, c'est quand on peut dire circuler, il n'y a plus rien à voir, rideau, extinction des feux. Et la rêverie, après tout, il faut le prendre au sens propre. Ce n'est pas tout à fait le sommeil, la veille, c'est entre les deux.
58:54 Schlummer, on dirait en allemand, somnolence, n'est-ce pas, Schlummer. C'est Nerval qui, et qui, avec cette précision démonique, sans apparaître, vouloir jouer le grand styliste, mais comme ça, en glissant dans Sylvie quand il regagne son lit après le théâtre, il est plongé dans une demi-somnolence. Une somnolence, c'est un demi-sommeil. Alors quoi, c'est un quart de sommeil. Une demi-somnolence.
59:25 Plongé dans une demi-somnolence, toute ma jeunesse repassait dans mes souvenirs. Le quart de tour. Voilà, voilà. C'est interdit. C'est exclu. Donc, la nuit me surprenait souvent, sans que je m'en fusse aperçu. Et regardez comme le détail est creusé là comme jamais, mais le détail de quoi ? Toujours de l'auditif, du musical, le flux et le reflux de cette eau. son bruit continu, mais renflé par intervalle.
59:57 Quelle sensibilité à la précision rythmique, son bruit continu, mais renflé par intervalle. Frappant, sans relâche, mon oreille et mes yeux. De nouveau, le sujet est en position passive ici. C'est le sujet qui est le complément d'objet du décor. Frappant, sans relâche, mon oreille et mes yeux. Donc, le groupe sujet, le flux, le flux de cette eau. suppléait au mouvement interne que la rêverie éteignait en moi. Donc, voilà que le flux et le reflux, le rythme des eaux du lac vient se substituer aux rythmes organiques de la respiration ou des battements de cœur.
1:00:32 N'est-ce pas ? Suppléait au mouvement interne que la rêverie éteignait en moi. Et suffisait pour me faire sentir avec plaisir mon existence sans prendre la peine de penser. De temps à autre, c'est pas fini, je termine la chute, naissaient quelques faibles et courtes réflexions sur l'instabilité des choses de ce monde dont la surface des eaux m'offrait l'image, comparaison assez banale.
1:01:08 Mais bientôt, ces impressions légères, s'effaçaient dans l'uniformité du mouvement continu qui me berçait, cette fois le mot est dit, une berceuse est un genre musical aussi, dans l'uniformité du mouvement continu qui me berçait, Chopin c'est un sommet, et qui sans aucun concours actif de mon âme ne laissait pas de m'attacher au point qu'appelé par l'heure et par le signal convenu, on devait l'appeler pour le souper avec une cloche ou un cor, je ne sais pas, je ne pouvais m'arracher de là sans effort.
1:01:50 Après Chateaubriand, on dirait qu'il s'applique après avoir planté un décor, les montagnes de l'artre qui bornent, qui fait que le pays est bien isolé du reste du monde, voilà. Et pour le Guide vert, c'est foutu. Il n'y a pas de parcours pittoresque. Non, non, oui. C'est extraordinaire. Donc, il y a quand même cette manière de… Alors, on commence à nous rapprocher de ce qui est musical dans la musique, si on préfère de l'essence de la musique puisqu'on soupçonne qu'il y a des musiques plus essentielles que d'autres au sens où il y a plus de musique dans cette musique que dans d'autres.
L'impair de Verlaine contre la symétrie
1:02:37 Il n'y a pas qu'elles sont plus belles. Ça, c'est un jugement de valeur qui peut être arbitraire ou relatif. Non, mais qu'il y a plus de musique. Et justement, dans le même Beethoven, le même essai sur Beethoven, Wagner fait allusion à certaines basses obligées, aujourd'hui, ce serait dans la musique baroque qu'on retrouve ça, il dit, qui reprennent des exigences, des arts plastiques comme une colonnade, il dit très bien. des segments de temps égaux, une isométrie en technique, temps égaux, qui font penser plutôt à la plasticité d'une colonnade, d'une galerie.
1:03:16 Tempronec ? Tout à fait. Or, du coup, je pense, je vous ai dit qu'on ferait une promenade à travers des textes, je pense à l'incroyable attaque célébrissime de l'art poétique de Verlaine, de la musique avant toute chose. On va peut-être mieux savoir ce qu'est la musique là-dedans et pour cela, préfère l'impair. C'est un peu mystérieux. On comprend qu'il préfère le vers impair au vers pair après tout, mais en quoi le vers impair est-il plus musical que le vers pair ?
1:03:46 Ça rejoint ce que disait Wagner sur le plastique. Je vais montrer la médiation. C'est que quand il y a une marche militaire, elles sont toujours en deux temps. Une, deux, une, deux, il y en a très belles, très jolies, avec des mélodies intéressantes. Enfin, le rythme a intérêt à ne jamais quitter la binarité du une, deux. On ne voit pas ce que c'est la figure quand même. Or, justement, Verlaine continue préfère l'impair plus vague et plus soluble dans l'air sans rien en lui qui pèse ou qui pose.
1:04:22 On n'a plus à tenir compte de l'axe de symétrie que constitue la verticalité de la pesanteur comme dans le vers métrique. Je suis en train de dire que ce qui fait que chez Corneille, la coupe est presque toujours à l'hémistiche, c'est qu'il y a un côté extrêmement symétrique, justement. Symmétrique, ça veut dire qu'il y a un équilibre, on ne tombe pas. Les deux côtés, il y a la même grandeur, si je puis dire. Je raffine, mais vous allez voir, il y a quand même des enjeux.
1:04:54 mille l'ont déjà fait, mille pourraient le faire. Je suis jeune, il est vrai, mais aux âmes bien nées, la valeur n'attend point le nombre des années. Un, deux, trois, quatre, cinq, six. Un, deux, trois, cinq, six. C'est uneème licence douce Alors que chez Racine, on va trouver, on l'avait évoqué ensemble tous les deux, tu connais bien le passage, d'Andromaque, captive, toujours triste, importune à moi-même. Vous pouvez souhaiter qu'Andromaque vous aime ? Là, c'est une espèce de ronde, presque une valse à trois temps.
1:05:24 À mille temps, on dirait. Ah oui, là, c'est l'éternel féminin qui nous entraîne. Voilà. Donc, ça veut dire quoi ? Ça veut dire, je ne dis pas que Racine, c'est mieux que Corneille, que Corneille s'élève à des hauteurs auxquelles Racine ni personne n'arrive jamais dans ses sommets. Même si tout n'est pas aussi réussi que dans Racine, même s'il y a plus d'inégalités entre pièces, mais quand c'est des sommets, personne ne l'égale. Corneille, je pense à Horace, je pense à Cinna, bien sûr, et bien sûr à Polyeucte, ou aux comédies, je veux dire, qui sont extraordinaires.
1:06:00 bon. Les gens commis ? La place de… Ce que s'appelle maintenant, c'est la place de… Enfin bref, la place royale, pardon. C'est… Pardon, c'est Place des Vosges. Qu'on appelait Place des Vosges et la Révolution, vous savez pourquoi ? Parce que c'est le premier département qui a payé ses impôts, c'est ça, je crois. C'est incolable, la première fois qu'il y a de l'argent public. C'est normal, ils n'étaient pas loin de la zone de invasion. Ah ben oui, c'est pas d'accord ça.
La musique n'est pas immatérielle : le devenir
1:06:31 Oui, c'est ça. Bon, donc, voilà, je veux dire, on retrouve, dans l'impair de Verlaine, on retrouve ce qui nous fait approcher l'essence de la musique. Cette imparité nous rappelle les développements qu'on avait fait sur le rapport entre musique et philosophie qui pouvaient prêter des malentendus parce que certains vont crier à l'immatérialité de la musique. Non, c'est pas immatériel. Si c'était immatériel, on n'entendrait aucun son.
1:07:04 Heureusement que l'air vibre, n'est-ce pas, et qu'il est le médium bien matériel par lequel passent les sons. Et quand c'est pas l'air, pour ce qui est du langage parlé, c'est un flux ionisé dans le téléphone, n'est-ce pas, c'est toujours bien. La théorie de l'information, merci M. Bell, puisqu'on parle du téléphone, a très bien montré que c'est très bien qu'il y ait un code.
1:07:34 Ça, c'est culturel. C'est très bien qu'il y ait un émetteur, un récepteur, donc une intersubjectivité. Mais pour l'instant, il n'y a pas d'inter, justement, parce qu'il manque aussi le canal. Et le canal, il faut qu'il soit matériel. Autant le code est culturel, autant le canal, il est matériel. On n'y échappe pas. vous voyez, c'est pour ça que je voudrais faire une analyse un peu plus serrée. la musique, dans l'ordre symbolique, elle renvoie à la matière la moins visible.
1:08:08 C'est ça qu'on peut dire. Elle symbolise ce que serait une immatérialité, mais sans lui donner une existence. Elle renvoie immédiatement à un ailleurs. Je répète ce que dit d'une part, ce que disait Kafka dans le premier texte, ça semblait le bourdonnement de voix enfantine, mais qui venait de loin, de très lointaine et répète très lointaine. D'ailleurs, quel rapport est-ce que je suis en train de dire ?
1:08:38 Peut-être qu'on est au cœur de la discussion entre matérialisme et idéalisme. J'en ai pas mal parlé avec le jeune Victor Sarkis, mais sur ce point-là, qui fait que ce n'est pas un hasard si le premier développement de la grande logique de Hegel résout l'antinomie de l'être et du non-être dans le devenir. C'est tellement célébrissime qu'on oublie l'enjeu.
1:09:09 Or, c'est quoi le devenir ? C'est une négation à chaque instant de l'être, même si c'est sa restauration à l'instant suivant. Le devenir, c'est la succession permanente du disparaître et de l'apparaître. Mouvement de naître et de périr. Mouvement de lui-même ne naît ni ne périr jamais. Voilà. Donc, on est en train de dire quoi ? Immatériel dans ce sens-là, oui, ça veut dire une matière qui se transforme, pas une matière qui demeure.
Le morceau de cire, la montagne et le Cratyle
1:09:47 On a tellement du mal à sortir d'une pensée informée par le langage qu'on attribue au monde extérieur la stabilité ontologique de ce qui n'est stable que dans les mots. Ce que Descartes montre assez bien dans l'histoire du morceau de cire, après tout. c'est facile de dire ce morceau de cire, il était blanc, maintenant il était jaune, il avait une agréable odeur de miel, maintenant il a une odeur de cramée, il ne le dit pas comme ça.
1:10:21 Et quoi qu'on le frappe, il ne rendra plus aucun son. Et donc, la cire était comme ceci, maintenant elle est comme cela. Donc, le prédicat change, mais pas le sujet. On dit toujours la cire. alors qu'est-ce qui demeure puisque tout ce qui est sensible matériellement a changé. Et Descartes, qui prouve à quel point il est grand philosophe, là, pose la question par excellence, la question philosophique par excellence, la même cire demeure-t-elle après ce changement ?
1:10:54 Là, il est immense philosophe. Pas longtemps ! Parce qu'il met point, il va à la ligne et il dit certes, elle demeure et personne ne le saurait nier. Bon sang ! lui qui venait de dire dans le Discours de la méthode qu'il faut soigneusement éviter la prévention et la précipitation. Voilà qu'à peine, il a ouvert la boîte de Pandore qu'il la referme aussitôt. On ne va pas quand même demander à un grand innovateur comme Descartes, n'est-ce pas, et qui a ouvert tellement de portes, on ne va pas lui demander en plus d'en arriver à des pensées du XXe siècle qu'il n'y a que le mot qui fait qu'il y a une continuité.
1:11:28 De ce qu'on appelle morceau de cire, je n'ai pas dit que c'est immatériorisé, c'est réel ce qui reste, une matière qui est même brûlante, qui est jaune alors qu'elle était blanche, n'est-ce pas ? Mais l'unité du morceau de cire, elle est partie. Et dans la phénoménologie, Hegel dit, l'acte de poser dans un Un échoit seulement à la conscience qui doit éviter de laisser ses propriétés coïncider dans la chose. autrement dit, il faut libérer les prédicats de leur enveloppe substantielle.
1:11:58 Ce n'est pas un héléniste comme toi que je vais apprendre qu'il y a un lien entre l'Eidos et l'ousia. C'est juste entre l'essence l'essence qui répond à la question qu'appelle-t-on et ousia. Qu'est-ce qui existe qui correspond dans le réel maintenant en dehors du langage et de ma conscience et qui correspond au mot. Au mot, qu'il existe quelque chose c'est sûr mais qu'on ne peut pas nommer.
1:12:28 Je prends l'exemple d'une montagne. On dit la montagne est. Même une anecdote qui dit que Hegel aura dit du Mont Blanc es ist so. Ça au moins ça ressemble à de l'être. Mais enfin ça ressemble seulement si je prends un accéléré temporel c'est-à-dire si je prends la montagne après 50 millions d'années la montagne est devenue une plaine avec l'érosion. On appelle ça en géographie d'ailleurs une pénéplaine une ancienne montagne qui s'est aplatie.
1:12:58 Bon. On ne peut pas dire la montagne est une plaine. on voit bien ici ce que je veux dire mais on n'a nulle part on a supprimé un atome de matière dans tout ça au contraire. Alors je donne la parole au poète pour conclure avec brio et à notre Ronsard national la matière demeure et la forme se perd. et c'est là qu'on voit bien le lien qu'entre forme et eidos.
1:13:31 Je ne peux caractériser donner une unité une essence que lorsque je nomme et Dieu a donné à Adam le privilège de nommer les créatures. Voilà. Est-ce que ce n'est pas un cratylisme ? Pardon ? Est-ce que ce n'est pas un cratylisme ? En quoi c'est un cratylisme ? Cratyle lui dit que nous imitons les bruits de la nature. Oui, qu'on ne peut même pas les nommer. Voilà. C'est... Ne nous balance pas dans le Cratyle, on ne va pas s'en tirer.
1:14:03 C'est d'une difficulté ce truc. Il y en a même qui ont pensé que ça faisait allusion aux disputations sophistes. Mais je ne suis pas assez, hélas, héléniste pour apprécier tous les jeux de mots qui ont l'air de fourmiller dans ce texte. Mais... Ah oui, tu veux dire le Cratyle au sens où Aristote dit que Cratyle en est arrivé à se taire. Oui, c'est ça, tellement en fait. Et à montrer les choses du doigt. Est-ce que ce ne serait pas le passage après ?
1:14:37 À tout cela, à l'aspect de l'esprit, il pourrait se dire si tu parles le mot et tout. Je t'entends mal. Est-ce qu'on n'atteint pas la limite justement ? L'attitude de Cratyle a le mérite de poser le problème. Parce que je ne sais pas s'il faut être... Parce que cratylien veut dire qu'il faudrait être comme Cratyle. Mais en tout cas, c'est un des rares sceptiques cohérents que je connaisse. Moi, ce que je ne comprends pas, c'est qu'un... Pardon, un des rares empiristes cohérents que je connaisse.
1:15:08 Il en arrive donc au scepticisme qui est la limite de tout empirisme. Alors que dans une tradition anglo-saxonne, on veut fonder sur l'empirisme une connaissance positive. C'est ça qui est incohérent. Autrement dit, et c'est Hume qui fait exception à ce niveau-là dans la tradition anglaise et qui va dire que c'est illégitime de dire que parce qu'ici et maintenant, devant mon thermomètre, cette casserole-là, cette eau-là bout à 100 degrés dans l'ici et le maintenant, c'est illégitime d'en conclure que l'eau bout à 100 degrés.
1:15:38 En général, il y a un saut illégitime que rien ne peut garantir. Kant va passer sa vie ici, de montrer qu'il y a quand même une nécessité et par quel détour et par quel ruse. Voilà, il y a de grands enjeux. Donc, Cratyle a au moins le mérite d'être un empiriste cohérent. Un empiriste ne devrait pas ni philosopher, ni parler, ni écrire des systèmes. Je dis la même chose du sceptique. Comment tu peux être sceptique et noircir des milliers de pages pour dire que la vérité nous échappe ?
Consentir à l'écoulement mélodique
1:16:08 Si la vérité nous échappe, il ne faut pas essayer d'écrire et de nous la transmettre. Bon. Est-ce que tu veux dire, c'est que la vérité, elle est tout de suite dans le rapport sujet. Mais bien sûr. Je ne parle même pas du rapport sujet-sujet qui est ici. Donc, voilà. J'ai fait toutes ces détours importants par ce voyage dans les textes parce que ces textes se font écho. j'ai déjà montré que lorsque la chanson de Mignon est tantôt suppliante, je recite, est pressante, tantôt pleine de désirs et de promesses, se rejoint ce que disait Kafka, n'est-ce pas, de la cloche qui semblait nous menacer des désirs que nous n'osions nous formuler, nous menacer de les satisfaire.
1:17:01 C'est ça le paradoxe pour résumer. Voilà. Je veux dire par là que si la musique a quelque chose de fascinant et j'en étais à Verlaine, si il faut aller trouver l'impair plus vague et plus soluble dans l'air, enfin, les bicarbonates de soude on peut le rendre soluble dans l'eau, ce n'est pas pour ça qu'il est matériel. Kant disait très bien combien pèse la fumée. On croit que la fumée c'est matériel. Non, pas du tout.
1:17:31 Dans le tube de Newton, la fumée tombe comme une bille de plomb. C'est l'art du devenir, mais le devenir est la réalité première. Voilà, la réalité première c'est le devenir, c'est-à-dire une matière qui est métamorphique en permanence, qui ne cesse de nier l'être qu'elle avait à un moment donné pour passer à, qu'elle renvoie dans un non-être et surgir un nouvel être. Voilà. Ce n'est pas pour rien que Goethe essaie de maintenir cette plasticité et elle est intenable comme le montre Wagner.
1:18:02 surtout qu'il y a une contradiction entre le Goethe artiste au sens le plus courant, c'est-à-dire plasticien, cristaux, contour, etc. au sens classique. Et même conservateur. Mais au niveau moral, quand il y avait des romantiques qui venaient dire « je suis désespéré, stirb und werde », ils répondaient. Meurs et deviens. Alors là, par contre, ce n'est plus la stabilité de la belle forme. C'est intéressant.
1:18:34 Il ne disait pas « tu dois devenir ce que tu es » ce qui est une formule antidialectique. Répète, j'entends mal. Il ne disait pas « tu dois devenir ce que tu es » et il disait plutôt « tu es ce que tu deviens » dans ce projet. « Tu dois devenir ce que tu es » c'est le refus du désir. Oui, mais c'est une formule tellement à la mode qu'elle m'agace. Oui, bien sûr. C'est du « Nietzsche » je veux dire. C'est ça. Non, mais devient ce que tu es. On voit bien ici le sédiment de religiosité horribile dictu qu'il y a dans cette sensibilité.
1:19:10 Il y a l'être qui est irréductiblement premier. Oui, c'est ça. L'âme est immortel, en gros. Il n'y a pas cherché le midi à 14h. C'est ça, oui, tout à fait. Ne circulez pas, il n'y a rien à voir. Alors qu'il y a peut-être, et ça explique les ambivalences de la musique, beaucoup de gens qui sincèrement en essayant d'exprimer leur émotion musicale disent c'est curieux parce que cette musique elle n'a rien de triste mais elle me donne les larmes aux yeux. Peut-être quelque chose qui est, il y a un tragique immanent à toute musique fut-elle heureuse, surtout quand elle est pure mélodie et qu'elle s'écoule comme un chant schubertien, c'est que justement pour reprendre ce beau vers de Nerval, elle livre les fleurs de pourpre au courant des ruisseaux.
1:19:51 Voilà, je voudrais conclure là-dessus. Livre les fleurs de pourpre au courant des ruisseaux. Voilà ce qui est musical dans la musique, c'est qu'on arrête de retenir et qu'on consent à l'écoulement mélodique. C'est, dans Schubert, ces finales où il ne cesse de varier une forme arioso, un admirable thème et chez Beethoven, c'est les grands triomphes en majeur. Il n'y a qu'à voir le chant, peut-être je terminerai non pas sur la neuvième, c'est trop évident, mais sur la sixième, la pastorale, n'est-ce pas ?
1:20:24 Ou après l'orage, n'est-ce pas ? Qui vient troubler le pique-nique des paysans assemblés, n'est-ce pas, au bord de la rivière. Tout d'un coup, après cette éclaircie, cet arc-en-ciel, il y a cette mélodie, n'est-ce pas ? Je vais essayer de la faire. qui va donner lieu à des variations aussi.
1:21:00 On ne peut plus simple, dénouer, libérer, livre les fleurs de pourpre pour rendre les sous. Ça me fait penser à les citrons amers où s'imprimaient tes dents par rapport à Kennst du das Land wo die Zitronen blühn. Oui, mais tu vois, tu parles de... Elle consomme aussi dans le... C'est marrant parce que tu fais penser à Rilke. Attendez cela à le goût d'eux et c'est déjà passé, le goût de l'orange. Ce n'est pas le citron, c'est l'orange. C'est évanescent. Donc, je vais conclure, ce seront mes derniers mots, sur Verlaine.
1:21:32 Parce qu'à la fin, il insiste sur ce côté que la musique, c'est ce qui est au tournant. Ce n'est pas dans la ligne droite ou dans l'angle droit, c'est dans le tournant. Et il dit ceci, après s'être passé par tout ce que ne doit pas être la poésie, il finit par revenir à la musique, de la musique encore et toujours. Que ton vers soit la chose envolé, qu'on sent qui fuit d'une âme en allée vers d'autres cieux à d'autres amours. Que ton vers soit la bonne aventure épars au vent crispé du matin qui va fleurant la menthe et le thym et tout le reste est littérature.
1:22:14 Je crois que tu as bien répondu à la question, ce qui est musical dans la musique. C'est une proposition. C'est CQFD. Merci en tout cas. Voilà. À la prochaine. Merci Dominique. Avec grand, grand plaisir. Merci beaucoup, Dominique.