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Le mot « inutile » dans un sujet de terminale
0:00 Je rappelle quand même que je m'efforce à ne pas opposer dans ces entretiens les philosophes les uns aux autres, sur certains points bien sûr oui, mais les philosophes les uns aux autres, mais en insistant plutôt sur ce qui les réunit comme philosophe et en insistant sur ce qui fait la spécificité du champ philosophique, de l'interrogation du questionnement proprement philosophique par rapport au questionnement scientifique, questionnement religieux, questionnement moral, etc. Donc c'est quand même ça le cap, ce qui est proprement philosophique, à charge pour nous de voir si ce champ spécifique est tenable ou pas.
0:39 J'avais pris l'exemple d'un, je suis toujours dans le préambule, l'exemple d'un sujet de devoir assez classique qu'on donne souvent dans les terminales, dans le style de nos jours, l'évolution des sciences et des techniques a-t-elle rendu la philosophie inutile ? Je ne sais pas, certains d'entre vous étaient là quand j'avais pris cet exemple. Il est évident que la majorité des élèves, ça se démontre statistiquement, ça se mesure. Il y a des études docimologiques comme on dit pour la science des examens là-dedans. La plupart des élèves vont consciencieusement essayer de définir les deux gros mots, les deux mots lourds du sujet, la science, la technique, la philosophie, enfin les mots lourds.
1:16 Des fois avec Wikipédia, des fois tout seul, c'est mieux. Parce que c'est des termes qui les impressionnent un peu abstraits, la science-philosophique, qu'il faut définir. Sans s'apercevoir que le mot qui pose le plus de problèmes philosophiquement parlant, c'est précisément celui qui est inaperçu. Parce qu'il est courant, parce qu'il n'est pas technique, c'est le mot inutile. Parce que, admettons que quelqu'un réponde oui. Voilà, avant on a été des sauvages, on a été des barbares, on peut encore poser des questions, maintenant on sait très bien, nous vient le soleil, on va avoir des récits de la Genèse.
1:53 Admettons que ce soit ça la bonne réponse. De dire que du coup ça rendait la philosophie inutile, réduirait l'interrogation philosophique à celui du CNRS. A celle, pardon, de l'interrogation du CNRS. C'est-à-dire à une recherche potentiellement sur la connaissance du monde extérieur, pourquoi pas, des orbites des planètes, tant qu'on y est. Et de savoir combien il y a des satellites autour de Jupiter, bon, je ne dis pas que ce n'est pas important. Nous ne serions pas là, à commencer par moi, et à penser de la même façon si tout ça ne s'était pas produit.
2:23 Pas du tout. Mais je veux dire, il faut que les champs soient bien spécifiés dans leurs domaines respectifs. Et donc c'est ce mot utile qui présuppose, on l'avait vu d'ailleurs la dernière fois, pour savoir si une chose est utile, la question n'a aucun sens si on ne précise pas. La fin et le but poursuivi. Si au lieu de mettre la philosophie est-elle utile, on disait la pluie est-elle utile, vous répondriez très sagement que ça dépend.
2:56 Si c'est pour le plagiste, c'est une catastrophe, si c'est pour l'agriculteur, ça peut être une bénédiction. La même pluie. Donc ici, on n'est pas en train de parler des propriétés objectives des choses, avec des mots comme utile, comme dépasser, comme surproduire. Je reviendrai. C'est actuel. Comme surproduire. Ce ne sont pas des termes objectifs et scientifiques. Ils sont plus apparentés au jugement de valeur, au ribéédictu, qu'au jugement d'existence. Et bien sûr, si je dis qu'un dentiste est utile quand j'ai mal aux dents, ça y est, j'ai précisé le but.
Aide au développement et tiers-monde : la fin appartient au souverain
3:31 Si je veux faire disparaître ma douleur, alors là, oui, le dentiste est utile. Maintenant, pour savoir donc, pour me résumer si la philosophie est utile ou pas, je continue ma cohérence. Ma cohérence. Il faut poser la question des fins. Alors c'est justement ce que ne se posent pas les sciences et les techniques. Vous voyez, le bon élève, c'est celui qui a vu que c'est le mot utile qui posait le problème. Pour savoir si une chose est utile, c'est justement pas aux savants et aux techniciens qu'il faut demander. J'ai travaillé dans le monde du développement, comme on dit poétiquement, dans les milieux diplomatiques.
4:04 C'est-à-dire dans les pays en voie de développement. Le monde censé être celui de l'aide au développement. En fait, c'est de l'aide au sous-développement, comme vous le savez, parce que je n'ai jamais vu un pays en aider un autre à devenir son concurrent. Bon. Vous avez déjà vu ça, vous, dans l'histoire ? Moi, jamais. Les pays développés, il y a des critères objectifs pour ça. Il ne faut pas prendre du jugement de valeur, ça ne veut pas dire les plus civilisés, les plus intelligents. En termes mesurables, ceux où la part de la production industrielle déplace la production agraire. Ce n'est pas un très bon critère, par exemple.
4:35 Vous d'appelez sous-développé, comme ça, à l'époque où on voit des flops, ceux où la production agraire est encore majoritaire, etc. Donc, il y a les critères, les indices qu'on peut cumuler ici. Dans l'économie du développement, il y a une époque où on parlait de tiers-monde. Vous avez entendu parler de cette expression, le tiers-monde. Et sous-entendu, il y avait le monde capitaliste, le monde communiste en face à l'époque, et puis il y avait les autres.
5:07 D'ailleurs, il y a un mouvement qui s'est créé à l'époque, le mouvement des non-alignés, la conférence de Bandung, un projet qui s'intéresse. Tout ça paraît bien loin. Elle est non-alignée maintenant. Mais, or, si on regarde l'analyse de l'expression, tiers, c'est un nombre ordinal. Et non pas cardinal, ça ne veut pas dire qu'il y a... Ce n'est pas un mot qui désigne trois mondes. C'est un mot qui en désigne un. Mais qui vient en troisième. Après le monde capitaliste, après le monde communiste. Regardez comme c'est des abstractions.
5:37 Où on va mettre Cuba ? Il n'est pas dans le tiers-monde, puisqu'il est dans le monde communiste, donc il est dans le deux. L'Allemagne fédérale va le mettre dans le un, et ainsi de suite. Donc finalement, le tiers-monde se vide de sa substance. Vous voyez, quand on analyse de près. Voilà, ce petit aporie, tout simple, qui part d'un sujet bateau, comme le développement des sciences et des techniques a-t-il rendu la philosophie inutile ? La bonne réponse est celle qui dit, qui pose la question de savoir ce que signifie utile. De rappeler que le mot n'a aucun sens, sauf si on précise la fin.
6:09 En fonction de laquelle on juge d'une utilité ou pas. Et qu'une réflexion sur la fin, forcément, sort du monde des sciences et des techniques. C'est pour ça que je faisais ce passage par le monde du développement. Parce que j'ai eu comme ministre, c'était des pays souverains, indépendants depuis plusieurs années, quand j'étais en coopération, en expatriation, comme on dit. Et donc, j'avais un ministre, touareg au Niger. C'est l'actualité. Et il me disait, Dominique, pour moi, un bon assistant technique, on appelle assistant technique là-bas, tous ceux, bonsoir, tous ceux qui sont en expatriation, qui viennent conseiller, les gens censés se développer.
6:47 Pardon, je fais une parenthèse dans la parenthèse, parce que j'ai l'air un peu de m'embrouillé, mais en fait, c'est parce que je tourne autour du pot, et je vais être clair. Je pense que l'aide du développement était purement politique, pas du tout économique. Il fallait empêcher certains pays de tomber dans l'orbite d'en face, c'est tout. À partir du moment où il n'y a plus l'en face, on retire la perf du Mali, etc. et puis on la met en Hongrie, en Pologne, en Ukraine. 8 milliards, le FMI récemment, en Ukraine. Avant-hier.
7:18 Bonsoir. Par contre, quand il y avait un danger, que le Mali ou que la Côte d'Ivoire basculent dans l'orbite soviétique, à l'époque où l'Angola tombait dans l'orbite soviétique, c'était énorme l'Angola, le Mozambique, la Guinée, c'était la panique à l'époque. Et comme j'ai vécu dans cette mouvance-là, à l'époque au sud du Sahara, je me rappelle très bien. Alors, le ministre, l'instance nationale, d'un pays indépendant, me disait Dominique, pour moi, le bon assistant technique, c'est celui qui, si je veux me jeter par la fenêtre, qui me rappelle quelle est la loi de la chute des corps pour que je choisisse le bon étage.
7:52 Il avait dit que je suis indépendant. On ne va pas me fixer la fin. Ça, c'est à moi seul, politiquement, souverainement, d'en décider. Vous êtes là comme conseiller pour me conseiller sur les moyens. La fin, ça m'appartient. Petit rappel. Voilà. Donc, après ce rappel sur ce qui est spécifique comme domaine de la philosophie, c'est de s'interroger sur les valeurs, pour ne pas répéter les fins. Ce qui n'a de sens que par rapport à une intention. Peu importe pour l'instant, si cette intention est censée être naturelle, besoin, la soif, ou c'est censé être culturelle, servez-vous d'abord, ou bien polygamie ici, monogamie là-bas.
8:30 Mais enfin, je veux dire, tout ce qui a un rapport à un intérêt, le mot valeur n'a pas de sens, si on ne rappelle pas justement, qu'il y a derrière une finalité, un intérêt, y compris la valeur au sens le plus économique qui soit. Ceci étant posé, j'ai fait une petite remarque la dernière fois, comme c'était un petit peu vers la fin, je me demande si ça a été bien reçu, mais qui va être décisif pour la suite, parce que je voudrais qu'on termine avec cette grande arche de la philosophie, de la connaissance qu'on a poursuivie, et c'est la troisième fois que nous en parlons.
Empirisme, rationalisme, déterminisme
9:10 Et je vous rappelle la progression. À la question que puis-je savoir, on a vu d'abord la réponse de l'empirisme. Je vous rappelle que je ne désigne pas, avec ces mots-là, des philosophies déterminées, comme on pourrait penser à Hobbes, à Locke, à Hume, surtout aux anglo-saxons de la tradition, empirisme, pas seulement. Aristote aussi. Et vous connaissez tous le fameux tableau de Raphaël, qui est censé représenter l'académie de Platon, il y a une reproduction à la bibliothèque Sainte-Geneviève, où on voit Platon et son élève, qui a 30 ans de moins, qui a été longtemps à l'école de Platon, Platon et Aristote descendent les marches de l'académie, et Platon avec l'index qui est resté vers le ciel, et Aristote, main vers le bas, empiriste, restons près des choses.
9:56 Donc, d'abord, la réponse empiriste, c'est un peu la plus immédiate, la réponse que puis-je savoir, tout le monde, en général, répond d'abord, contrairement, voilà, ce qui est certain, c'est ce que j'ai devant les yeux. Puis, je vais très vite, la réponse totalement antithétique, la réponse rationaliste, on ne parle pas des choses, on ne parle pas des faits, mais on parle des énoncés, comme font les mathématiciens, on parle d'abord des définitions, des axiomes, des postulats, et on voit tout ce qui ne le contredit pas après, tout à fait le contraire. On avait vu qu'avec les premiers, on avait eu accès à la réalité, mais sans pouvoir énoncer sur cette réalité la moindre vérité, je résume, avec le second rationalisme, on a enfin une vérité, si A égale B, B égale A.
10:33 Impeccable. Une vraie vérité, ce n'est pas de l'opinion, ça. Mais sans jamais savoir si ça se rapporte à une réalité. Tenez, je viens de prendre un exemple d'égalité, A égale B, B égale A. Leibniz, qui, comme vous savez, est un immense philosophe, mais il était aussi un des plus grands mathématiciens de tous les temps, à la pointe de son temps, puisqu'il a ouvert le calcul infinitésimal avec son collègue Newton, une petite querelle de priorité, en gros, ils ont trouvé ça à peu près en même temps, mais sauf que la formulation de Leibniz, c'est resté celle qu'on utilise dans les écoles, c'est delta y sur delta x, à peu près.
11:11 Donc, Leibniz, à propos d'égalité, promenait certains de ses élèves dans un parc et leur disait « Trouvez-moi dans le parc deux feuilles qui soient identiques. » L'égalité, c'est une abstraction produite par l'esprit humain, c'est fort, c'est une souveraineté. Ce n'est pas d'ordre empirique. Égalité, vraiment arithmétique. Et je fais encore une petite parenthèse là-dessus, sur ce petit problème que pose la notion d'identité et d'égalité.
11:42 Même une pièce de monnaie qui sort de l'usine, qui vient d'être frappée, qui n'a aucune poussière, etc., on pourrait penser qu'elle ressemble à une autre pièce de monnaie de même valeur comme deux gouttes d'eau, comme on dit, même plus. Non, parce que vous savez bien qu'il y aura toujours quelques centaines de millions de molécules en moins ou en plus dans l'une dans l'autre, de cuivre ou de laiton, je ne sais pas, les alliages qui rentrent là-dedans. Et même, et c'est là, Leibniz intervient, c'est très fort, si elles étaient parfaitement identiques à le même nombre de molécules, Leibniz dit que le fait qu'elles occupent deux positions différentes dans l'espace fait qu'elles, comme il dit très bien, il faut qu'elles se distinguent plus que solo numero, comme il dit en latin, que par leur seule position numérique.
12:29 Voilà. Donc, à partir du moment où, je close cette parenthèse, à partir du moment où on a résumé comme ça la réponse empiriste, on a le réel, mais pas le vrai. La réponse rationaliste, on a le vrai, sans jamais savoir si ça se rapporte au réel. La réponse déterministe, où on s'approprie le réel au profit du vrai, où on décide que les faits s'enchaînent dans la réalité de la même manière que les énoncés dans un discours mathématique.
13:05 Les théorèmes, par exemple, c'est-à-dire s'enchaînent d'une manière nécessaire et non pas contingente et selon un certain ordre, l'ordre des raisons, pour parler comme Descartes. Je vous avais même cité ce fameux passage du discours de la méthode où Descartes résume son approche par ces quelques lignes. Ces longues chaînes de raisons toutes simples et faciles dont on coutume de se servir les géomètres pour parvenir à leur plus difficile démonstration m'avaient donné occasion donc bref, l'expression mathématique, mais il se sert de l'expression longue chaîne de raisons.
L'optimisme de Descartes et les « longues chaînes de raisons »
13:39 Voyez les chaînes. Il faut vraiment que s'il y a un chaînon qui tombe, tout s'écroule. il y a une nécessité à chaque énoncé. La nécessité étant bien sûr ici la non-contradiction. Donc, ces longs chaînes m'avaient donné l'occasion de m'imaginer et là, on sort du domaine mathématique de m'imaginer, donc de formuler une hypothèse qu'il faudra vérifier que, c'est Descartes qui parle, il y a même qui écrit, toutes les choses qui peuvent tomber sous la connaissance des hommes, dis donc, on élargit le débat, l'existence de Dieu, la différence entre le carton et l'or, l'amour, toutes les choses qui peuvent tomber sous la connaissance des hommes s'entresuivent en même façon que les propositions d'Euclide, et que, pourvu seulement qu'on s'abstienne de recevoir aucune pour vraie qui ne le soit et que l'on garde toujours l'ordre qu'il faut, il n'en peut y avoir, c'est moins affirmatif, de si éloignées auquel enfin on ne parvienne ni de si cachées qu'on ne découvre.
Les deux XVIIe siècles : Corneille et Racine, Descartes et Pascal
14:46 Et il y a cette espèce d'optimisme de la connaissance qui est typique d'un homme, vous allez me dire du XVIIe siècle, mais je préfère dire qu'il est peut-être le dernier grand représentant de la Renaissance, avec cet espoir de tout savoir qu'avait la Renaissance. Parce qu'il y a une petite vague de pessimisme qui va revenir après Descartes dans le deuxième, XVIIe, à l'époque Pascal, je fais une petite parenthèse, entre francophones, il y a des gens instruits et cultivés, mais il y a deux XVIIe, c'est compliqué à analyser ce siècle, où il y a un premier, Louis XIII en gros, si vous voulez dire un péristorique, Louis XIII, où le pouvoir politique est extrêmement instable, la Fronde, la Ligue, Louis XIV obligé de se barrer à 12 ans avec la reine-mère parce qu'il y a Paris qui est en émeute, enfin bref, et donc la période de Louis XIII, très agité, et c'est un petit peu des simili-lois historiques, en littérature, vous avez Corneille, à ce moment-là, dans la pensée, vous avez Descartes, on a fait la relation, c'est évident, c'est deux hommes d'épée, c'est deux mousquetaires, c'est l'époque où l'honneur est encore quelque chose, à partir du moment où Richelieu va interdire les duels, c'est fini, il a castré,
15:58 je joue exprès sur l'expression, parce que l'épée c'est un peu le symbole phallique, n'est-ce pas, cette noblesse qui avait pour fonction tout de même, avant tout, on disait bien la noblesse d'épée par rapport à la noblesse de Robes, celle qui avait acheté sa charge grâce à M. Paulet, vous connaissez M. Paulet ? Ah, vous connaissez M. Paulet, si vous lisez Michel Clouscard, le plus grand penseur de ce temps, même s'il est mort il y a quelques années, vous verrez l'importance qu'il accorde à M. Paulet, P-U-L-E-T, de l'époque d'Henri IV, en gros, car c'est lui qui a créé le fameux édit de la Paulette, c'est pour ça qu'il faut retenir son nom, c'est celui qui a institué ce qu'on appelle la vénalité des charges, où avec une certaine somme d'argent je peux acquérir, moi qui ne suis pas noble de naissance, une charge de noblesse, les nobles vont pas se faire dire deux fois, les nobles vont tout faire, s'étant ruinés dans des guerres, les nobles de province pour faire épouser leur fille, un riche bourgeois, c'est ce qu'il s'appelait à l'époque redorer le blason.
16:52 Vous voyez que la femme est au milieu d'échanges de classes et économiques assez intéressants. Bon, donc, cet édit est très important, ontologiquement, philosophiquement, parce qu'avant il fallait être noble, puisque je parle d'ontologie, pardon, il fallait naître noble pour être noble, tandis que maintenant je peux le devenir, je peux être un roturier et devenir noble, il y a un continuum entre des choses qui étaient séparées avant, par de véritables divisions ontologiques, comme le mortel et l'immortel, comme le vil et le noble.
17:22 Voilà. Donc, cette première moitié du XVIIe siècle, pouvoir politique instable, donc le guerrier étant à, occupe, je pense au Cid de Corneille, celui qui défend le royaume contre les Maures, celui qui doit défendre son honneur et sur le plan de la communauté restreinte, la famille, il venge son père, et la communauté nationale contre les Maures, et qui sacrifie sa passion, tout ce qui est personnel, ses amours, chimène, à son honneur, c'est un homme de son époque.
17:54 Alors qu'une génération après, avec Racine, vous avez des héros qui ne sont pas différents, ils sont exactement à l'inverse, qui vont fouler au pied tout ce qui constitue leur honneur de souverain, de prince, pour le premier jupon qui passe. Pyrrhus d'Andromaque, n'est-ce pas ? Les Grecs lui envoyaient une ambassade de liquider le petit gamin, le fils d'Hector, parce qu'on ne sait jamais à travers lui, il peut revenir à la race des Troyens, on a déjà eu du mal à les liquider, et lui, il fait partie du camp grec, il devrait souscrire, mais comme il est tombé amoureux de sa captive, de la maman, du gamin, de la veuve d'Hector, il est devenu objectivement collabo, on aurait dit à l'époque.
18:43 Et il propose même à sa captive, n'est-ce pas, de changer de camp, de se mettre avec elle, de combattre les Grecs, de combattre son propre camp. Dussent-ils, en repassant les eaux, dussent-ils, en parlant des Grecs, il dit à Andromaque, en repassant les eaux, demandez votre fils avec mille vaisseaux, coûte-t-il tout le sang qu'Hélène a fait répandre ? Je ne balance point, je vole à son secours, je défendrai sa vie aux dépens de mes jours. Oui, c'est quand même encore un héros, mais parmi ces périls où je cours pour vous plaire, me refuserez-vous un regard moins sévère ?
19:15 C'est tout à fait à l'opposé de Corneille où il y a un sacrifice. Bon, qu'est-ce qui s'est passé entre les deux ? Il s'est passé que le pouvoir s'est stabilisé. A partir du moment où il y a Louis XIV, plus long règne de l'histoire de France. Le plus long, le plus stable. Le problème politique, il est réglé. L'État, c'est moi. Donc, j'élargis le château, vous pouvez écouter du Molière, écouter du Lully, regarder du Racine. Vous ne faites pas la guerre dans mon dos en province. Ça, c'est la monarchie absolue tout simplement.
19:46 Comme par hasard, les littératures n'ont pas mis longtemps à réagir. Immédiatement, vous avez l'intériorisation des problèmes. J'étais parti de Descartes. Ne croyez pas que je perds mon fil. L'inflexion de Racine par rapport à Corneille, c'est celle de Pascal par rapport à Descartes. Descartes a un optimisme de la connaissance. En ce sens, c'est un des derniers hommes de la Renaissance. Je reprends mon fil. Alors que Pascal commence à être angoissé. Ce n'est pas du tout un homme contre la connaissance.
20:18 Ce n'est pas la question. L'autre question, c'est un des plus grands mathématiciens de tous les temps. Ce n'est pas qu'une importante... Il met même au point, il n'est pas seulement mathématicien, même technologue, on dirait aujourd'hui, puisqu'il met au point la première machine à calculer quand même avec les petits rouages de l'époque. Ce n'est pas simple. Et puis surtout, son fameux triangle de Pascal qui va mettre Newton sur la piste des infinitésimaux. Mais il y a un pessimisme de la connaissance chez Pascal. Ce n'est pas ça qui donne le salut.
20:48 C'est la foi, c'est la charité. Il y a un très beau texte de Pascal si vous voulez rendre justice à ses penseurs inclassables. Nietzsche, qui ne met pas beaucoup des chrétiens, disait, d'un des plus grands penseurs chrétiens, dans le parent de Pascal, il roule dans mon sang. C'est un hommage, quand même assez rare. Si vous voulez rendre justice à Pascal, il y a un texte admirable dans les pensées, c'est celui qui s'appelle les trois ordres. Je le résume très rapidement. Encore une tripartition, il n'y a que ça en philosophie, dans les systèmes. De trois ordres, il y a l'ordre des corps.
21:21 Là, messieurs Galilée, Descartes, Newton sont compétents. L'ordre des corps. En gros, c'est la géométrie, l'ordre des corps, à son époque. Infiniment au-delà, ça veut dire qu'il n'y a pas de passage continu, l'ordre des esprits. Alors, il montre après que, tout en les distinguant, il montre qu'on peut être premier dans l'ordre des corps et être un nul au niveau du royaume des esprits. Et puis, il y a un troisième ordre, il dit que c'est l'ordre de la charité.
Pourquoi ça marche : la nature soumise aux lois du langage ?
21:54 On n'est plus dans le domaine cognitif. Et le troisième, l'ordre de la charité, est infiniment au-delà de l'ordre des esprits dans la même proportion, dit Pascal, que l'ordre des esprits est infiniment au-delà de l'ordre des corps. Voilà quelque chose qui n'est pas, où on sort là de l'idéal de progressisme, si je puis dire, et d'humanisme progressiste de la renaissance. dont Descartes est le dernier héritier. Seulement, voilà, donc, je répète ce texte très rapidement, c'est une longue phrase, ces longues chaînes de raisons, toutes simples et faciles, dont on coutume se servir les géomètres pour parvenir à leur plus difficile démonstration, m'avait donné l'occasion de m'imaginer que toutes les choses qui tombent sur la connaissance des hommes s'entre suivent en même façon et que pourvu seulement qu'on s'abtienne de n'en recevoir aucune pour vrai qu'il ne le soit et que l'on garde toujours l'ordre qu'il faut, il n'en peut y avoir de si éloigné auquel enfin on ne parvienne, ni de si caché qu'on y découvre.
22:49 Voilà, bref, c'est affaire de temps, avec le temps, il n'y a aucune limite assignable à la connaissance. Ça définit exactement la position du dogmatisme en philosophie. Ce n'est pas au sens péjoratif au sens courant, ce n'est pas le gars étroit avec les œillères. Dogmatisme au sens précis qu'il n'y a pas de limite assignable au principe de connaissance que j'ai trouvé. En l'occurrence chez Descartes, le cogito. Et j'avais fait cette petite remarque dont je disais que j'ai peur qu'elle soit passée inaperçue.
23:21 C'est que ça y est, on a résolu notre problème de la connaissance. Maintenant qu'on a le déterminisme, on a à la fois la vérité, l'enchaînement des idées dans l'ordre théorique, puis l'enchaînement des choses, des faits. Quelqu'un comme Spinoza dit que l'ordre et la connexion des idées est le même que celui des choses, la fameuse théorie du parallélisme, où on retrouve notre idée de déterminisme. Seulement, je vous avais indiqué que ce qui n'est pas normal, c'est que ça marche. C'est ça qui aurait dû nous interpeller en tant que philosophes. Comment se fait-il précisément que du point de vue scientifique, l'enchaînement des phénomènes s'effectue dans l'ordre de l'enchaînement des concepts dans la logique et dans la mathématique ?
24:01 J'avais formulé cette hypothèse, c'est là où j'en arrive, je voudrais reprendre le fil à partir de là aujourd'hui, après ce long préambule. si ça marche, ça voudrait dire que la nature est soumise aux lois du langage. Comme vous ne le voyez pas, comme on ne le voit pas, je me permets de le dire. Parce que, enfin, prenez les sciences les plus appliquées, du complexe, je ne sais pas, même en laissant les sciences humaines, beaucoup de guillemets, de côté, précisément parce que leur statut scientifique n'est pas évident, mais prenant la biologie, une des plus complexes dans les sciences dites dures, qui a pour objet des objets de complexité extrême.
24:41 La médecine n'est pas une science, vous savez bien que c'est un art, une technique, c'est le même mot en grec, techné, c'est une technique, c'est-à-dire que sa visée première n'est pas la connaissance, mais le soulagement et la guérison. C'est pratique au départ, la médecine, et non pas théorique. Par contre, je dis ça pour préciser les choses, mettre les choses un peu en place, par contre, la médecine est devenue efficace dans sa finalité de vouloir soulager du mal, voire le guérir, que depuis qu'elle s'appuie, qu'elle fait le détour sur une biologie qui, elle, n'a pas de visée pratique, c'est une science, on peut être un monstre et être excellent, un grand biologiste, et faire des recherches pour liquider les gens et non pas pour les sauver, ça n'a rien à voir la biologie et la médecine.
25:25 Sauf que, la médecine est devenue efficace depuis qu'elle fait ce détour, comme toutes les autres sciences appliquées, sont devenues efficaces, n'ont pu produire une technologie, une technique, puis une technologie proprement dite, une application renforçant la puissance de l'homme pour parler comme Descartes, être maître et possesseur de la nature, que par ce détour. Donc la biologie s'appuie quoi ? Sur la physique et la chimie, voilà ce qu'il est en train de dire. Au point que Claude Bernard, un des fondateurs de la discipline, disait, le vivant, c'est le mort.
25:57 La physique et la chimie ont pour fondement les mathématiques. Je ne suis pas en train de plaisanter. Si c'est ça qui dirige, les mathématiques ne sont pas du tout fondées sur l'observation de la nature, mais sur la non-contradiction. Ce n'est pas une loi qui gouverne les planètes, la non-contradiction. C'est une loi qui gouverne ceux qui parlent. Parce que pour qu'il y ait contradiction, il faut d'abord qu'il y ait diction. Je ne dis rien quand je dis « bic ». Je parle, mais pour l'instant, pour ne rien dire.
26:30 Si je dis « le bic est un mammifère », là, j'ai parlé. Et on va me dire « c'est faux, c'est vrai ». J'ai mis une relation, j'ai mis en relation des concepts. J'ai exprimé. La mathématique ne fait que ça, c'est une science de la relation, en gros. Ceux qui sont familiarisés que le langage ensembliste, savent bien que le symbole R, A, R, B, il est fondamental. Alors que cette relation soit l'égalité, le parallélisme, l'orthogonalité, le plus grand ou plus petit, qu'elle soit symétrique, antisymmétrique, après c'est autre chose.
27:02 Mais c'est à chaque fois la relation, ce n'est pas les termes eux-mêmes. C'est pour ça que les termes on les remplace facilement en mathématiques par des abstractions, par des lettres, par des algorithmes. Donc, il y a quand même une énigme. Et vous comprenez que certains métaphysiciens du XVIIe siècle, c'est l'apogée de la pensée dite classique, même de la métaphysique classique, un mouvement initié par Descartes et qui culmine avec des titans très différents comme Spinoza et Leibniz, mais qui ont tous en commun d'être des métaphysiciens.
27:39 C'est des gens qui respirent Dieu, ce n'est pas des religieux. Mais il constate toute la philosophie quand même à l'existence de Dieu. Et sauf, vous avez le résultat inverse. Chez Spinoza, il y a une grande substance unique, je ne m'attarde pas, ce n'est pas mon sujet aujourd'hui. Dieu dont nous ne connaissons que deux attributs, l'étendue et la pensée, à l'étage de Descartes. Quant à Leibniz, au contraire, il y a une myriade de substances. Chacun de nous est une monade, comme il dit. Disons que l'un c'est une grande sphère, Spinoza, l'autre c'est des millions de bulles.
Max Planck et la grille naturalisme, surnaturalisme, anthropologie
28:12 Voilà. Cette époque de la métaphysique classique, justement, vous voyez moins le problème que nous parce qu'il respirait Dieu encore à cette époque. Donc c'est Dieu qui avait créé le monde de telle façon qu'il s'accordait à notre prévisibilité. C'est formidable. On peut prévoir les éclipses parce que Dieu a fait que la nature reste soumise à des lois invariables et qui ne changent pas. alors qu'au XXe siècle, quelqu'un d'aussi peu suspect d'allégeance à des théories retardataires que Max Planck et qui est quand même l'initiateur de la théorie des quantas.
28:47 Des quantas, je ne dis même pas la relativité, c'est le pas d'après. Vous voyez, c'est pour faire plus actuel. Max Planck, dans un texte magnifique de réflexion, justement, pas de physicien, je n'y comprendrai rien, mais de réflexion sur sa pratique de physicien, se pose la question qu'est-ce qu'une loi physique ? Et il répond, une loi physique, c'est un peu une relation constante entre deux variables, enfin une réponse tout à fait correcte.
29:17 Et immédiatement, après l'avoir défini, il va à la ligne et il pose une question, existe-t-il des lois physiques ? Non plus, qu'est-ce qu'une loi physique ? Ça, c'est la question de l'essence. Et c'est esse en latin. Mais pas le être d'existence, le être attributif. Petite parenthèse, verbe être, attention, tantôt il signifie l'existence, Dieu est, ça veut dire Dieu existe quand je dis ça. Mais si je dis Dieu est éternel, le EST n'a pas du tout la signification existe.
29:50 Ça ne veut pas dire Dieu existe éternel, ça veut dire l'attribut d'éternité appartient au sujet Dieu. Et ici, ce qu'on appelle la copule logique qui permet d'attribuer un prédicat à un sujet, ce qui est tout à fait différent. Je donne ces précisions parce que c'est ce qui a permis à Kant de jouer le garde-chasse et de venir pointer ceux qui maraudaient un petit peu dans la connaissance. Donc, à cette époque-là, on se pose moins le problème de comment ça se fait que ça marche parce qu'il y avait une réponse qui était dans l'ordre des choses, soit dans l'ordre de la nature, soit dans l'ordre de Dieu, ce qui revient au même.
30:30 On trouve toujours un petit peu la tripartition que je vous avais proposée quand vous nagez un peu dans un problème philosophique. Je vous conseille ces trois approches, cette grille qui résume l'ensemble des points de vue qu'on peut avoir sur un sujet. La grille, hein. soit on a un point de vue naturaliste, je fais dans la parenthèse, là, soit, antithèse, un point de vue surnaturaliste, religieux en général, et enfin, synthèse, un point de vue anthropologique. Dans le premier cas, c'est la nature qui fait l'homme.
31:02 Ah, c'est toute sa grand-mère, tiens, je reconnais ses yeux, bon, la génétique. C'est la nature qui fait l'homme, la nature au sens d'origine, la naissance, natus, natale. Soit antithèse, c'est une surnature qui fait l'homme, l'homme n'a pas pu apparaître comme ça, par le pur processus mécanique, donc, on fait intervenir Dieu, soit, comme dans le récit de la Bible, soit, d'une manière beaucoup plus moderne, comme dans Odyssée de l'espace. Vous avez tous vu, ce film, ou entendu parler, Kubrick, n'est-ce pas ?
31:33 Vous vous rappelez, les séquences les plus célèbres, là, quand il y a, nos ancêtres, mi-singes, mi-hommes je parle de loin, je ne suis pas un spécialiste, qui, on assiste à la création de l'outil, vous vous rappelez, quand avec l'os, comme ça, il s'aperçoit qu'il détient, là, un outil formidable, avec lequel il va commencer à faire un carnage, d'ailleurs, et, oui, mais entre-temps, la stèle, je ne sais pas, la stèle est venue d'autres galaxies, vous voyez, on revient le côté biblique de l'Amérique, même un gars comme Kubrick, qui n'est pas, un abruti du Middle West, il y a des gens très intéressants à l'amérique, le reste, ce n'est pas hier ce que je n'ai pas dit, il y a aussi beaucoup de Tea Parties dedans, ça, il est convulsé, qui le dimanche font des prêches contre l'homosexualité, et Kubrick lui-même, montre le côté, ce n'est pas du tout un défaut, dans le film, c'est remarquable, du point de vue esthétique, il faut un décret un petit peu surnaturel, pour que ce passage de l'animal à l'homme se produise, ce n'est pas une évolution continue, il s'est sanctionné, d'ailleurs vous avez vu la stèle, elle a un petit côté, table de la loi, et même si, je ne suis pas connaisseur en histoire du cinéma, mais si j'étais, si j'avais des cinéphiles, je le demanderais, est-ce qu'il n'y a pas
Hume contre Newton : le problème de Kant
32:43 un effet d'intertextualité avec Cecil B. DeMille, les dix commandements, voyez Moïse, les tables de la loi, sur le Sinaï, elles n'ont pas la même forme chez Kubrick, voilà, donc ça allait de soi, ce n'est pas un hasard, parce qu'aujourd'hui on va beaucoup travailler avec Kant, s'il faut attendre la fin du XVIIIe, donc le bilan du travail des Lumières, où la religion en a pris un coup, dans sa forme positive, pour que tout d'un coup, la question que j'essaie de, dont j'aimerais bien que ça soit une pour vous, commence à se poser, comment se fait-il que ça marche ?
33:17 C'est comme si j'étais dans une caverne, j'étais roi, j'habite dans une caverne, mon ministre de la guerre rentre dans la caverne et me dit, majesté, votre royaume est attaqué, et je dis, placez mes armées comme sur l'échiquier sur lequel je suis en train de jouer, et je remporte la bataille sans être sorti, sans avoir regardé, sans avoir pris des renseignements, sans rien d'empirique, vous voyez ce que je fais, comment ça se fait ? Or c'est ça qui se passe en science, je reviens donc à Max Planck, comment il répond à la question des lois physiques existent-elles ?
33:49 Et il répond tout de suite, rien ne nous interdit de penser qu'un beau jour, la nature, décide de ne plus légiférer de la même manière, par exemple, que les corps tombent un demi de GT3 et non plus un demi de GT2, ça, jamais observé, mais je veux dire, dans la manière dont nous avons acquis nos connaissances, rien ne nous l'interdit, et ici, un bon savant d'ailleurs, un bon positiviste, de par sa formation, Max Planck retrouve, autant que c'est un immense physicien, autant que philosophe de la science, il retrouve la critique qu'avait fait Hume, David Hume, sans doute le plus subtil, des philosophes anglais, et Hume est celui dont Kant dit il m'a réveillé de mon sommeil dogmatique.
34:36 Il y a deux choses qui ont mis Kant sur la brèche, c'est Rousseau et Hume, on peut faire plus opposer, mais enfin, c'est ce qui fait la richesse de Kant. Donc, pour ce qui est de Hume, qui est le point de vue, un des points de vue sceptiques, les mieux étayés de l'histoire de la pensée, car officiellement, Hume conclut au scepticisme, justement, que ces lois, c'est dans notre tête, mais dans l'être, Hume disait, je joue au billard, je vois ma boule qui se propage vers la boule cible, et j'anticipe dans ma tête le mouvement de la boule cible quand la mienne va la cogner.
35:09 Je dis, que suppose ce terme loi, à savoir que le choc va se produire, se transmettre. Hume le fait reposer sur l'habitude, c'est parce que j'ai l'habitude de voir ça, que j'en fais une loi. Ah, ça c'est grave comme affirmation. Ça veut dire que le principe n'est plus objectif, n'est plus dans l'ordre des choses, de la nature et de l'être, mais dans ma tête, c'est subjectif l'habitude. Et de même que la science a progressé en supprimant ces fausses évidences de l'habitude, qui fait croire à tous les gens que tous les corps ont un poids, alors que les gens un peu instruits scientifiques savent très bien que c'est très rare que les choses aient un poids.
35:51 Ils ont tous une masse, les corps, oui, mais il suffit de faire un petit bond de 80 km au-dessus de la Terre et puis le poids, il a déjà disparu. La masse est toujours là. Mais il flotte, si je le lâche un peu au-dessus. Voilà. Mais comme on n'a pas l'habitude de vivre dans l'apesanteur, on a l'habitude de vivre près de centres de gravité et de forces gravifiques, n'est-ce pas, auxquels nous sommes soumis, on fait comme si c'était universel. Voilà. Donc, Hume reprend un petit peu cette critique des fausses évidences et en nous mettant en garde, et c'est un peu ce que reprend Max Planck au XXe siècle.
36:32 Ce qu'il voudrait dire, vous voyez, on est passé d'un extrême à l'autre entre ceux qui disent que cette régularité de la loi, la loi scientifique, est dans l'ordre de Dieu, Deus Sive Natura, pour parler comme Spinoza, Dieu soit la nature, vous voyez, c'est ce qu'il vous, la nature comme création, soit, au contraire, c'est quelque chose qui est contingent, qui n'est que dans ma tête, c'est une habitude. La même qui fait dire que tous les Anglais sont rousses parce qu'en débarquant à Douvres, la première femme que j'ai vue est une rousse, en exagérant un peu.
37:08 C'est de l'induction et non pas, quand même, les mathématiciens, de la déduction. Donc, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que ce qui est en train de triompher depuis le début de la révolution scientifique et Galilée et Descartes jusqu'à son apogée à l'époque où nous parlons qui est le système newtonien, qui va rester en vigueur, qui va rester la référence absolue jusqu'à la théorie de la relativité et qui reste encore, je le rappelle, il faut le rabâcher, qui reste encore valable pour la plupart des exploits techniques auxquels nous avons...
37:46 comment je peux dire ? des applications techniques auxquelles amène la physique contemporaine dans la mesure où c'est quand on approche de la vitesse de la lumière ou de l'infiniment petit que les lois de Newton commencent à laisser la place à une autre forme de législation qui procède à la fois de la relativité et des quantas. Mais, c'est pas pour vous parler physique que je dis ça. C'est pour comprendre pourquoi la question s'est posée à ce moment-là et pourquoi elle se pose encore aujourd'hui.
38:23 Mettez-vous à la place de Kant à la fin du XVIIIe siècle. Il dit, d'un côté, j'ai Newton, c'est... Depuis que l'homme existe, on n'a jamais vu une telle puissance de la pensée humaine dans le domaine cognitif. Alors, je prends Newton comme métonymie ici, pour résumer, disons, le niveau scientifique qui fait qu'en est arrivé l'humanité à ce moment-là. À sa pointe. Newton, Leibniz, etc. Lueil-Garne. Une petite phrase de rien du tout, de trois lignes. Je m'approprie l'ensemble des mouvements de l'univers, même dans des galaxies où personne n'ira jamais.
38:59 Des corps s'attirent en fonction directe de leur masse et en fonction inverse du carré de leur distance. Point. Gravitation universelle. Fantastique. Vous rendez compte la puissance de l'esprit humain. Quand même. Donc ça marche, quoi. C'est eux qui ont trouvé les lois. Et puis, d'un côté, vous avez Hume qui dit, oui, ça marche, mais coup de bol. Pour l'instant, ça marche. Tant mieux. Mais il n'y a rien qui nous garde. Ça marche, en fait, allez, je généralise, mais ce n'est pas démontré en droit.
39:30 C'est ça qui est tracassant. Kant, il dit que Hume l'a réveillé de son sommeil dogmatique. Ça marche, en fait, ça ne marche pas en droit. On en a vu comme ça, des choses qu'on croyait être des lois immuables, qui se sont avérées être des cas particuliers ou même carrément des rêveries de l'imagination. Donc, attention à la prudence de Hume qui est toujours de mise. simplement, et c'est là-dessus que je veux insister, pour l'instant, toutes les expériences qu'on peut faire dans le domaine des sciences dures, y compris, et les modèles théoriques qui permettent ces expériences et qui les prolongent, confirment le stade où nous en sommes pour l'instant, qui est le déterminisme.
Définir et déterminer ; de l'ontologique au relationnel
40:21 Mais si nous continuons la progression du déterminisme qui a commencé en mathématiques, il faut s'attarder un peu sur le terme de déterminer, parce qu'à l'habitude, on emploie plutôt pour la détermination extérieure réelle. Sommes-nous déterminés ou sommes-nous libres ou des choses comme ça ? Mais il ne faut pas oublier que définir un concept, définir le cercle au début d'un traité de géométrie, c'est apporter une détermination. Je rappelle que définir et déterminer, vous avez dans les deux cas terminer et finir.
40:56 Le préfixe, c'est le même. Ce qui est défini est fini, ce qui est déterminé est terminé. On sait tout ce qu'il y a à savoir sur la chose. Il n'y a pas de reste. C'est clair. Au sens cartésien, les idées claires et distinctes. Ce n'est pas dans l'entre-deux. C'est ce qui se dégage de notions comme celles de concept, d'accéder au concept à définition. Je vous avais rappelé tout de même que le surgissement même de la philosophie à l'origine avec la question socratique dans les parages du 5e, 4e siècle avant Jésus-Christ, ce n'est pas un hasard, succède à l'apparition des mathématiques d'Euclide.
41:34 Il avait fallu qu'il y ait un savoir de fait pour commencer comme Socrate à poser la question d'un savoir de droit. Vous voyez déjà. Il ne s'agit plus de savoir si la vérité est possible. vous en avez trouvé la preuve. Les mathématiciens ont montré qu'on peut faire des énoncés vrais. Donc, je reviens à Kant. Je dis, j'ai d'un côté Hume qui est a raison en droit et puis Newton quand même. Et Kant sent bien qu'il y a quelque chose de plus objectif que ne le pense Hume, que l'habitude dans les lois de Newton.
42:11 Mais qu'en même temps, le fait que ce soit observable en fait mais qu'on ne puisse pas les fonder en droit pose le problème de leur validité ontologique, s'il fallait prendre un terme un peu technique. Je rappelle que l'ontologique dérive de on, qui est l'infinitif grec pour être et que chaque fois qu'on passe des attributs au sujet ou à la substance, on est dans la catégorie de l'être. Enfin, ça concerne plutôt ça, le domaine métaphysique, théologique.
42:44 Encore que, quand on fait des preuves de l'existence de Dieu, par exemple, on est dans le domaine ontologique. On ne se préoccupe pas de l'essence de Dieu. Est-ce que dans sa définition il y a l'éternité, la pluralité, la bonté ou l'indifférence ou l'indifférence, mais là, on parle de son existence. C'est ce qu'insiste, le terme d'ontologie. Je dis que c'est un peu archaïque, mais tout de même, je suis frappé dans l'idéologie dominante, mais je préfère dire les images dominantes, parce que l'idéologie dominante c'est un peu vaste et c'est précis comme le concept.
43:22 Mais le retour des problématiques ontologiques que le progrès des sciences semble avoir rangé au rencard mais je vais vous préciser ma pensée parce que j'ai l'air un peu allusif. Lorsque je distingue le jaune et le vert, cette chose est jaune, cette chose est verte, je distingue deux adjectifs qualificatifs si je me souviens de mon école primaire. Je veux dire que je distingue les qualités. Et bien sûr, dès qu'on parle des choses en termes de qualité, on n'est déjà pas loin de l'ontologie.
43:54 Vous voyez ce que je veux dire ? C'est comme s'il y avait un être du vert et un être du jaune. Alors que la physique sait très bien D'ailleurs, depuis Newton il a beaucoup travaillé sur la lumière comme vous le savez. en fait, c'est exactement le même corps, la lumière, qui selon différence non pas qualitative mais quantitative, à savoir de fréquence, donne tantôt le vert, tantôt le bleu, tantôt le rouge. Ce qu'on croyait être une différence carrément ontologique, je prends l'exemple de la lumière, ça va là pour tous les progrès de la science.
44:27 Ce qu'on croyait proprement ontologique est en fait relationnel. Tout à l'heure, on a vu que le poids n'est pas une propriété qui fait partie de l'être de la chose. On a l'impression que c'est l'âme de ce livre le poids. Et pas du tout. Que c'est une relation. C'est une relation de la masse de ce livre au centre de la Terre. C'est ça le poids. C'est tout. Supprimer la Terre, supprimer le poids. Donc il semble que progresser scientifiquement c'est aller du constant vers le variable, du particulier vers le général.
Qualité de vie, chômage et conflits ontologiques
45:07 Et voilà que j'insiste beaucoup sur ce critique de la qualité. Que nous reviennent... D'abord, c'est venu par l'écologie. Vous allez encore dire que je suis encore l'homme le plus anti-écolo d'Europe, mais que vous voulez, j'y peux rien. Dès la fin des années 50, on va apparaître à un concept qui, alors là, de nos jours fait florès, bien sûr, mais c'était timide à l'époque, puis c'est devenu très vite, c'est le concept de qualité de vie. Vous, vous avez baigné dedans, ça vous semble évident comme notion. Moi, j'ai vu venir.
45:38 D'accord ? Vous gagnez combien ? La moitié du RMI à durée indéterminée... En CDD, ou bien vous gagnez 10 millions de dollars par un quart d'heure de travail par an en venant au conseil d'administration, vous gagnez... Peu importe ce qui compte, c'est la qualité de vie, on vous dira. C'est malin, ce truc-là, dis-donc.
46:08 Eh oui. Parce qu'à partir de ce moment-là, on va faire du chômage une qualité. Une qualité, je parle au sens logique, bien sûr. Ainsi, c'est l'ennemi. C'est extraordinaire. Le chômage est devenu l'ennemi du capitalisme et du patronat. Apparemment, c'est une bonne nouvelle. Si eux aussi veulent lutter contre le chômage, ils sont les bienvenus. Mais ils disent, c'est le chômage la priorité des priorités et donc il faut faire comme les Allemands. Vous baisser les salaires de 20%, et bien à ce moment-là, on peut vous regarder.
46:38 Vous voyez ? Vous croyez que c'est une qualité, le chômage ? Je suis un peu une quantité. Je soulève des choses importantes. J'en étais à l'ontologie et je n'ai pas fini ce qui n'est pas un détour. Au contraire, je ne fais qu'illustrer mon propos sur l'ontologie. Plus gravement que ce que je viens de dire, les luttes. Je suis qui est le domaine de l'écologie, là ? Les conflits. Quand je vois des conflits entre chiites et sunnites, je parle comme les médias, je ne suis pas sûr qu'il y ait des conflits entre chiites et sunnites.
47:14 Entre chiites et sunnites, quand je vois des conflits entre corse et français, entre breton et français, entre bonnet rouge et collabos breton, entre hommes et femmes, entre jeunes et vieux, entre quadras, n'est-ce pas ? J'ai vu ça aussi. Les quadras prennent les postes aux jeunes qui sortent de l'université. Comme disait Clouscard, le capitalisme ne portera la guerre civile chez les pauvres. À force de digresser comme ça.
47:44 Je constate que la plupart du temps, ce sont des oppositions ontologiques. c'est ça qui me fout les jetons quand je dis que ça revient. L'appartenance de classe n'est pas une notion ontologique qu'on soit homme, femme, noir, blanc, musulman ou chrétien. On fait partie du proletariat et il ne faut pas dire que les arabes sont mal vus en France. Ce n'est pas vrai. Si vous vous appelez roi du Maroc et que vous êtes un émir, vous êtes très bien reçu à Georges V.
48:15 Vous êtes d'accord ? Ce n'est pas des qualités, tout ça. Ça dépend de la quantité. Il ne faut pas le dire. Sinon, rappelez-vous, l'édit de la Paulette, il y a une continuité dans ce que je dis. J'essaye. Il faut rappeler M. Paulet. Il y avait un danger terrible avec lui. C'est que ça peut se propager, bon sang. C'est qu'on peut devenir noble. Il peut y avoir des nouveaux au club. Ça, c'est embêtant. Comprenez ? Si on commence à dire que c'est un élément purement quantitatif qui permet d'accéder à ce qui jusqu'ici était ce qu'on appelait à Rome les boni homines, les mauvais latinistes traduisent les hommes bien.
48:53 Non, c'est un contresens. Ça veut dire les possesseurs de terrain à Naples, etc. Regarde en Campanie, ça veut dire les gens de bien et qui ont du bien. Jusque-là, le qualitatif et le quantitatif étaient confondus. Celui qui avait l'argent, qui avait le pouvoir, il avait la femme, il avait tout. C'est le monde archaïque, en principe, en droit. En fait, ça existe toujours quand on se promène. mais c'était confondu. Encore, vous savez, j'ai une longue carrière africaine, je veux dire, il y avait pas mal de pays où le poids et le poids de l'époux comptent beaucoup parce que dans les sociétés où les famines, ou en tout cas, la malnutrition est récurrente et où la famine n'a pas disparu, la menace de la famine, je veux dire, il est évident que quelqu'un qui a du poids, un côté rassurant, confortant, etc., c'est pas tout à fait les mêmes critères de beauté et de séduction.
49:51 Donc, vous voyez, je suis inquiet de ce retour de l'ontologique du heurte et des qualités les unes contre les autres parce que ça fait des millions de morts ces trucs-là quand on regarde de près comme tout ce qui est de l'ordre de l'imaginaire quand il se prend pour le réel. Swift, celui qui a écrit les aventures de Gulliver, avait déjà ironisé à juste titre sur la guerre qui s'était déclenchée. Vous vous rappelez quelle est la cause de la guerre chez les Lilliputiens ? Je m'oublie pas de la guerre, c'est intéressant à l'époque qu'on vit. Vous ne voulez pas que mon séminaire a porté entre la crise et la guerre. C'est qu'au départ, il y avait ceux qui disaient qu'on devait casser les oeufs par le petit bout et d'autres qui disaient qu'il fallait casser les oeufs par le gros bout.
50:29 Ça avait fait la guerre. C'est un peu ironique, pré-voltairienne. Vous savez que tout le XVIIIe français s'inspirent des enquêtes dans ce domaine pour se moquer de tant de souffrance et de malheur que sont les guerres partant souvent de caprices de choses apparemment complètement irrationnelles comme cela. Or, il a quand même pris des différences de qualité. C'est ça qui m'intéresse. Parce que quand vous commencez à raisonner par autre exemple, la loi du sang, la loi du sol, il n'y a pas plus qualitatif que la loi du sang.
51:05 j'ai pas mal d'amis allemands et qui m'ont expliqué que même s'ils décident de se nationaliser argentins, ils ne peuvent pas perdre la nationalité allemande. Ce n'est pas permis dans le droit allemand de quitter la nationalité allemande. C'est extraordinaire quand même. C'est un système métaphysique. Voilà. Je referme cette petite parenthèse sur mes inquiétudes. tout de même, c'est un côté un peu didactique, c'est joué en garde contre ce retour des ontologies.
Écologie, finalisme d'Aristote et mécanisme
51:38 Parce que ça va, c'est forcément des régressions. Là, je fais un jugement de valeur, mais fondé. Ce sont des régressions parce que c'est le vieux mode de pensée superstitieux. Si on regarde de près. Quand on dit par exemple qu'il faut absolument se mettre au secours des espèces animales en voie de disparition, je ne suis pas un anti-écologiste obtus, je suis le premier à être déçu en me trouver dans une forêt où on me dit qu'il n'y a aucun animal sauvage qui risque de traverser la route. Je suis le premier à trouver ça merveilleux de voir ce que Rimbaud appelle dans un texte admirable l'ancienne sauvagerie.
52:13 Et bien sûr, même si je n'en vois pas, le fait de savoir qu'il y en a dans cette forêt, dans ces bois et qu'il peut passer, traverser mon chemin, ajoute un intérêt impliquant. C'est un jeu impersonnel. je ne sais pas le seul. À la forêt, ce n'est pas la question. Mais de là, est-ce qu'il faille préserver toutes les espèces de la nature ? Ce qui est jamais arrivé, la nature elle-même se garde bien de préserver les espèces naturelles. Elle a liquidé les dinosaures sans état d'âme.
52:44 Alors, on ne sait pas bien si c'est une histoire de météorites ou d'autres hypothèses des herbages où il y a eu empoisonné, enfin, pâturage, ou les volcans de Sibérie qui peuvent refroidir. En tout cas, la nature, il n'y avait pas d'homme à l'époque. On ne peut pas dire que c'est la faute des hommes si les dinosaures ont disparu. Voilà, la nature est impitoyable avec la nature. C'est un problème de logique que j'ai posé une fois un écologue. Il me disait, il voulait me faire comprendre que l'homme n'apporte aucune ontologie nouvelle, que l'homme fait partie de la nature comme tout est naturel.
53:18 Dans ce cas-là, aucune inquiétude. On ne peut pas lui mettre en compte qu'on veut, c'est la nature contre la nature. Comme disait Hegel, essayer donc de mettre deux pensées ensemble à lui, il n'y en a même pas une. Pour penser, il faut qu'il y ait même une cohérence, une pensée unifiée. Quand même, on se rappelait un mardi, ce qu'on avait dit lundi de temps en temps. Voilà. En tout cas, ces qualités, c'est ce qui s'écroule avec le passage du monde de l'opinion au monde des sciences au monde de la révolution scientifique.
53:55 Si je prends ici, je parle de la loi de la chute, je prends seulement cet exemple-là, la chute des corps. Voilà. Donc, le modèle aristotélicien, le corps ici, il y a quelque part à l'intérieur du corps une force qui l'entraîne vers le bas parce que chez Aristote, c'est très sérieux, il y a un bas et un haut. Et nous, nous savons bien qu'on autorise les gens de Nouvelle-Zélande à mettre un panneau ici, c'est le haut, s'ils ont envie.
54:29 alors que pour nous, ils sont en bas. Enfin, c'est l'époque-là, le haut et le bas. Et en plus, ces forces-là, il les appelle inclination, vous voyez le côté anthropomorphique, inclination, impetus, enfin, jusqu'à, je crois que je l'avais évoqué avec vous, jusqu'à cette métaphore qu'il prend, il avait très fin observateur. Il avait remarqué que les corps accéléraient dans leur chute et pour expliquer cette accélération, il disait, comme tout mouvement, c'est Aristote qui parle, consiste pour un corps à rejoindre son lieu naturel, ainsi les corps lourds, les corps graves, leur lieu naturel, c'est le bas.
55:10 Donc, les corps graves tombent parce qu'ils vont rejoindre leur chez-soi, leur home, sweet home, leur lieu naturel où le mouvement s'arrête qui est le bas. Inversement, la fumée, qui fait partie des corps légers, et surtout, ça c'est aberrant dans la physique d'aujourd'hui. La fumée tombe comme une pierre dans le tube de Newton. Vous le savez, c'est parce qu'elle est plus légère que l'air qu'elle semble monter vers le haut. C'est Archimède. Mais, de même que les chevaux, quand ils approchent de l'écurie, accélèrent parce qu'ils sentent l'odeur de l'avoine, de loin, les corps, au fur et à mesure qu'ils se rapprochent du bas, disait Aristote, accélèrent leur chute.
55:45 Vous voyez le côté naïvement anthropomorphique qu'il y a, dans cette conception physique. Chez un philosophe qui est tout sauf naïf, il est là, ce n'est pas son domaine. Voilà. Mais, ce qui est important, c'est que le principe est ici à l'intérieur. Vous voyez ? Et donc, ici, c'est le point de vue finaliste. L'explication première du mouvement, c'est la chute. Alors que, mécanisme, ça c'est les oppositions classiques, mécanisme, finalisme, chez Galilée, par exemple, si un mouvement, ça se passe à l'extérieur des corps.
56:19 Vous voyez ? Ça ne va pas partir d'ici. C'est à l'extérieur. Il y a du mouvement qui se communique à un autre corps et la notion de choc devient capitale. Il faut qu'il y ait contact pour qu'il y ait mouvement. Il n'y a pas de magie. Il n'y a pas de génération spontanée du mouvement. Et c'est d'ailleurs, c'est parce que le choc est le contact matériel et une notion décisive qu'il y ait la notion de mécanisme. C'est bien de là. Donnez-moi la pensée et l'étendue, dit Descartes et je vous construis ce que vous voulez.
56:54 Donc, voilà, le corps 1 communique. Vous remarquerez ici que dans le finalisme, on raisonne en termes de substance, mais ici, en termes de relation. C'est toujours la même opposition. et que enfin, ici, dans la mesure où on se réclame d'une fin, la fin qui est mystérieusement concentrée ici, une fin, toute fin requiert un sujet sous-préféré, parler en termes tout simples, mais il faut creuser après, suppose non pas seulement quelque chose, mais quelqu'un.
57:29 Ce livre ne poursuit aucune fin. Son auteur, en l'écrivant, oui, l'objet livre, non, la table ne poursuit aucune fin. Le propre de l'inertie, c'est de ne rien désirer, de ne jamais être au-delà de soi. Se projeter, c'est déjà être plus que quelque chose. Donc, ici, c'est l'inertie. C'est-à-dire qu'il ne peut pas y avoir de mouvement venant de l'intérieur même des choses. Le mouvement ne peut être qu'apporté de l'extérieur.
58:00 c'est-à-dire de là, c'est de là que vient le mot détermination. Pour ceux qui ont fait du latin, le « de », c'est le « de » de « de » qui veut dire « from », c'est-à-dire limité, fini, terminé, à partir de, d'une autre cause, extérieure à lui. La comparaison de ces deux schémas vous montre librement énorme le traumatisme historique qu'a été le passage de la vieille conscience.
58:30 Ça a duré des milliers d'années, ça. Et ça continue en gros spontanément. Moi, je vois une voiture, des fois, à la forme, j'ai l'impression qu'elle sourit ou qu'elle fait la gueule. Voyons, on est comme ça, on est marqué par l'enfance. À l'enfance, on se cogne. Maman, frappe elle. terminais en méchant de la table. C'est pas nous qui avons essayé de personnifier les choses, on vient contribuer aussi. Voilà. Donc, il faut beaucoup, beaucoup de temps pour sortir un peu, pour s'émanciper de cette tendance à transformer comme ça tous les objets en sujets, tous les quelque chose en quelqu'un.
« Connais-toi toi-même » : le problème de l'identité
59:08 Et, et donc, nous en sommes là avec cette histoire du déterminisme. Je reviens à Kant qui est bien perplexe. Parce que d'abord, il est philosophe. Alors là, je résume tout maintenant parce qu'elle va être importante aujourd'hui. En tant que philosophe, c'est pas la connaissance, le problème de la connaissance qui est la première et encore moins la dernière question. Parce que sinon, je vous le rappelle que la philosophie serait au CNRS. c'est pas seulement la connaissance ou alors, c'est une forme de connaissance très spécifique et qui n'est pas au programme du CNRS, c'est celle qui était inscrite au fronton du temple de Delphes et auquel se réfère Socrate.
59:46 connaît-toi toi-même. Ça veut pas dire qu'il ne faut pas s'intéresser aux lois de l'astronomie. Ça veut dire si. C'est de philosophie qu'on parle. Alors là, c'est autre chose. C'est ce qu'on est de soi-même. Et dans cette phrase, il y en a beaucoup qui voient bien sûr un détournement de l'attention attirée vers l'extérieur au retournement vers l'intérieur. C'est bien.
1:00:16 Mais le mot le plus important, c'est même. Parce que si le moi, le soi, de chacun d'entre nous n'était pas susceptible d'une certaine identité, d'une invariance, s'appeler ça comme vous voulez. C'est ce côté invariant qu'il s'agit de connaître. Connais ce qui en toi reste identique. Connais-toi toi comme même. Comme ipséité, si vous voulez faire les malins et parler latin. Ipsé. Comme mêmeité, ça veut dire.
1:00:51 Je dis ça parce que c'est pas évident. Nous en sommes tous des exemples de gens l'identité de quelqu'un elle était évidente. Je le reconnais. C'est lui. Ça dépend des circonstances. Il y a le critère physique. Mais c'est ce qui change le plus. Ni vous ni moi n'avons la même taille maintenant que lorsqu'on avait 4 ans. Donc c'est pas sur ce critère-là qu'on va baser l'identité et l'invariance sur chacun d'entre nous. Il n'y a pas une cellule de notre corps qui ne subisse pas une transformation à chaque instant où je parle.
1:01:21 Et il y en a des milliards de milliards de cellules. Enfin, des dizaines de milliards. Donc c'est pas dans cette espèce de flux perpétuel qu'on va chercher la permanence de notre identité. Alors, vous me direz, ben ouais, j'ai compris où vous voulez nous emmener. C'est dans l'intérieur vers le caractère. Non plus. Nous avons tous des exemples de gens qui étaient charmants, etc. Un caractère douce. puis ils sont partis à la guerre et ils sont vraiment ou traumatisés ou complètement altérés.
1:01:54 Quelquefois, on vient d'ailleurs. Ça a été une révélation. Transformer, changeant complètement de caractère. Et je reviens au corps, n'est-ce pas, de dire, ben oui, je connais Pagani, il a deux bras, deux jambes, je peux revenir de la guerre avec deux bras et deux jambes en moins. J'espère que vous continuez à me parler comme si j'étais moi. C'est difficile à cerner l'identité. Pascal avait réfléchi là-dessus. Quand il dit on aime cette personne, il fait allusion à l'amour ici. On aime cette personne, on la trouve gracieuse, mais la petite vérole aura gâté son visage et on ne l'aimera plus.
La préface de Phèdre et l'idéologie de la pénurie
1:02:27 Alors on dit qu'on aimait cette personne. Il faut donc conclure que nous n'aimons que les qualités et non pas les sujets. Vous voyez, Pascal avait bien vu ça de près. Donc, cette crise que subit la pensée, ce n'est pas hasard si c'est vers la fin du XVIIIe siècle au moment où vont se produire les plus gros craquements qui accompagnent l'accouchement du monde dans lequel nous sommes aujourd'hui, le monde moderne. Les principaux craquements étant la révolution industrielle en Angleterre et la révolution politique en France.
1:03:03 Dans un mouchoir de poche, je ne vous parle pas de toute transformation induite. Transformation dans la culture, l'apparition du romantisme, la modernité, ça n'a plus rien à voir avec le monde d'avant. Où il y avait une place pour chaque chose et chaque chose a sa place. J'ai trouvé dans la préface de Racine à Phèdre un exemple parce qu'on ne mesure pas assez, surtout l'idéologie de notre temps tend un peu à l'estomper, on ne mesure pas assez à quel point l'histoire nous sépare. On croit être de plein pied avec les Rabelais, les Rousseau, etc. et en fait, les changements opérés par l'histoire elle-même.
1:03:34 Un exemple, dans la préface que Racine fait à Phèdre, il se justifie d'avoir légèrement modifié la donnée historico-légendaire, plutôt légendaire, selon laquelle c'est Phèdre qui aurait calomnié elle-même son beau-fils auprès de son époux, son royal époux. Il m'a poussé l'attaque, il faut le liquider. Il faut le punir. Double crime, c'est pas ça qui s'attaquait à la femme du roi et en plus qui pourrait être sa mère, oui, c'est épouvantable, calomnie.
1:04:04 Et Racine, qui met la calomnie dans la bouche de la servante de Phèdre, non pas dans la bouche de Phèdre, justifie cette transformation comme ceci, j'ai pensé que la calomnie était indigne de la bouche d'une princesse et qu'elle était plus à sa place en celle d'une servante. Point. Je ne suis pas en train de critiquer. Racine est un immense poète et ça n'enlève rien à son génie, cette espèce d'aveuglement social que pour lui, c'est normal que les bas sentiments soient dans les classes basses. Point. C'est tout. Et qu'une princesse, par nature, par naissance, ne peut pas calomnier.
1:04:35 C'est ça l'ontologie que je critique. Je n'ai rien contre les princesses, mais contre les aristocrates. Sauf quand ils commencent à se prendre pour de l'ontologie. Et la petite allusion que je faisais tout à l'heure, je demande si l'écologie n'est pas une survivance de cette forme d'aristocratie, à savoir, il n'y en aura pas pour tout le monde. Je sais peut-être que j'ai vécu dans les pays les plus pauvres du monde que je suis sensible à ça parce que là-bas, c'est une pensée très répandue, c'est normal.
1:05:06 Dans la pénurie, on a toujours l'angoisse qu'il n'y en ait pas pour tout le monde. J'ai dirigé un centre de formation musicale grâce à vos impôts je vous remercie parce que c'est financé par l'Union Européenne, oserais-je le dire. Et j'ai extorqué pas mal de budget. Au Niger, un pays les plus pauvres du monde tout près du Mali. Et j'étais très content que deux de nos orchestres soient sélectionnés pour aller au MASA. Ça ne vous dit rien, mais c'était un triomphe pour les musiciens. Le MASA, c'est le marché des arts et du spectacle africain qui se tient à Abidjan et qui est aussi important pour les professionnels de la place, pour les groupes musicaux et tout que le festival de Cannes pour les cinéastes.
1:05:43 Donc ils sont partis. J'ai su au retour que ceux qui n'avaient pas été sélectionnés étaient allés voir un marabout pour que l'avion se scratche. Donc l'avion qui a emporté leurs camarades sélectionnés à Abidjan ait un accident. Je ne suis pas en train de les critiquer. Je ne suis pas en train de dire que c'est des barbares, c'est des sauvages. Non, pas du tout. Je comprends très bien. Tant de pénurie, ce n'est pas possible que lui ait été pris et pas moi. Il n'y a pas pour tout le monde. Bon, je n'insiste pas. Je quitte les PVD, les pays en voie de développement et même les PMA, les pays les moins avancés.
1:06:18 Je quitte ça pour venir dans l'autre monde à nous. Ce que je trouve odieux, c'est que on veut que cette idéologie soit dominante chez nous maintenant. Vous êtes de sales consommateurs. Vous l'entendez tous les jours à la télé. Nos ressources sont limitées. Il n'y en a pas pour tout le monde. On n'en est pas ça là qui se rumine depuis... Qu'est-ce qui déplore le MEDEF ? C'est que les augmentations de salaire, le pouvoir d'achat et donc de consommation. Qu'est-ce qui déplore certains écologistes de la décroissance ? C'est que la consommation, c'est curieux comme convergence quand même.
1:06:52 Voilà. C'est pour ça que je m'accroche un peu sur ce point-là. Je vous ai déjà dit, ne prenez pas comme une provocation, mais comme une de mes pensées les plus sincères, moi, je suis un de ceux qui pensent que je ne consomme pas assez. Je ne vais pas parler pour les autres. J'appartiens à l'un des pays les plus riches du monde. Je ne suis pas dans les classes les plus pauvres de ce pays. Et dans les plus riches, d'ailleurs. Mais enfin, n'empêche que je trouve que je ne consomme pas assez. C'est mon droit. Et je reviens à mes histoires de qualité. Sans quitter ce dont j'étais en train de parler à l'instant, vous allez voir, j'ai fait allusion à la surproduction tout à l'heure.
1:07:24 C'est pareil. Vous avez l'impression qu'on est dans des catégories économiques. La surproduction, ça se mesure, ça bon sang. Je vous mets au défi de mesurer une surproduction. à partir de quand décidez-vous qu'on produit trop de voitures ou d'électricité ? Ou de lait ? Le trop ou le pas assez ne sont pas des termes scientifiques. Voilà ce que je suis en train de dire. Plus et moins, oui, trop et pas assez, non, là on passe à la qualité. Vous voyez la différence ? Ça suppose une finalité.
1:07:56 Si par exemple, je produis beaucoup trop par rapport au pouvoir d'achat du marché que j'escomptais, là ça devient objectif. Il y a surproduction par rapport au taux de marge de 25% que je voulais faire en deux ans. Mais ça on ne le dit pas. On dit nous vivons une surproduction. On ne dit pas on surproduit par rapport au taux de marge que je veux faire. Ce qui fait qu'on en arrive comme dans la crise de 1929, cet historien qui avait dit spectacle absurde des foules crevants de faim devant des greniers trop pleins.
1:08:28 Vous savez, quand on versait le lait dans les caniveaux pour faire baisser les prix ou quand on jetait le café dans les locomotives et ainsi de suite. Donc voilà, j'ai un peu long mais on est dans le concret de la philosophie, je veux dire, c'est-à-dire d'interroger les termes qui semblent les plus évidents du langage courant, tellement usés et tellement qu'ils semblent ne plus poser le problème et ce sont ceux-là les plus problématiques comme celui de surproduction ou de surconsommation. Là aussi, je m'étonne que quand on voit un reportage d'usagers dans une grande surface à la télévision, on dise les consommateurs, quant à eux, pensent que comme s'il y avait une humanité des consommateurs.
1:09:05 Moi, je regarde dans le magasin, il y a un mec qui sort de l'usine, il y en a un autre qui sort du bureau, il y en a un troisième qui sort de son laboratoire de recherche, un quatrième qui est au chômage. C'est des producteurs, ces gens-là, ce n'est pas seulement des consommateurs de quel droit, c'est en chacun de nous qu'il y a un moment de la consommation et un moment de la production, il n'y a pas comme ça. Ce qui est vrai, c'est qu'il y en a qui produisent plus qu'ils ne consomment et d'autres qui consomment plus qu'ils ne produisent. Mais ça, c'est le problème avec la classe sociale, on le verra après. Donc, je reviens à mon histoire de Kant bien embarrassé par Newton d'un côté.
Rousseau contre le droit du plus fort
1:09:40 Il a deux nouveautés auxquelles il fait face. Il y a la critique de Hume qui dit pour l'instant, ça se passe bien, la physique, la science, ça se développe, ça progresse, ça n'a pas de géant et pourtant, les fondements sont incertains. Donc, encore une fois, Kant essaie de trouver une justification de la science qui soit plus objective que ne le dit Hume sans en même temps que ce soit des lois éternelles. Et d'autre côté, il y a une deuxième nouveauté du temps contemporain de Kant, mais là, pas du tout dans le domaine purement théorique, mais dans le domaine pratique et même politique, c'est Rousseau.
1:10:11 On ne peut pas comprendre le pas que nous allons faire aujourd'hui en philosophie de la connaissance si on ne comprend pas qu'il y a eu ces deux révélations indépendantes l'une de l'autre. Hume, d'un côté, le scepticisme de Hume qui lui montre que la loi physique n'est pas fondée en droits, il n'y a pas une nécessité naturelle démontrée. il y a seulement des habitudes que nous prenons pour des lois. Et puis, il y a Rousseau. Alors, qu'est-ce qui fait intervenir, lui ?
1:10:42 Jusqu'ici, on a été, regardez, dans la chute. Dans la loi, j'avais l'air de plaisanter, mais je suis très sérieux. La loi physique, la loi de la chute des corps a joué le rôle de modèle dans l'histoire des lois physiques, donc la théorie des graves, comme on disait, la loi des graves, la pesanteur et encore maintenant les recherches sur la gravité, croyez-moi, elles sont à la pointe des recherches physiques. En particulier, pour ceux qui s'échinent, ils arriveront peut-être, ce n'est pas mon domaine, ce n'est pas moi tranché, à déterminer des particules de gravité.
1:11:18 On a déjà trouvé le nom, c'est des gravitons. Comme Einstein avait bien montré les particules de lumière, c'est-à-dire des photons. Et là, non, là, c'est la chute. Je reviens, nous sommes de Newton, c'est quand aujourd'hui, c'est quand on parle de la chute. Avec Rousseau, c'est le mouvement inverse. Vous devinez que je parle de la liberté. Qui va du bas vers le haut. Ce n'est pas moi qui fais le parallèle, c'est Hegel qui a très bien marqué. Il dit que la liberté va exactement à l'inverse de l'ordre des corps. Dans l'histoire.
1:11:48 Tout le mouvement de l'homme est un mouvement ascensionnel, comme ça, passage à la station bipède, les maisons qui s'édifient, les palais, la technologie, la conquête de l'espace, et les déserts. Ça va en sens inverse de la chute. C'est un essor. Oui. C'est un ascendant. Donc, je reprends cette histoire de Rousseau, de liberté, et qu'est-ce qu'il apporte Rousseau ? C'est quelque chose d'aussi fracassant que Hume dans un domaine inverse. A savoir que Rousseau, pour la première fois, fait une théorie politique dans laquelle il ne dit pas que ce n'est pas bien qu'il y ait des riches et des pauvres, que ce n'est pas bien qu'il y ait des puissants et des faibles.
1:12:25 Il ne dit pas ça. Il ne fait pas du devoir être. Pas de pleurnicherie. Il étudie ce qui se passe, ce qui est, et il dit que ça ne peut pas marcher sur le principe de la force. Si c'était basé sur le principe de la force, on ne serait jamais arrivé aux sociétés réelles dans lesquelles nous sommes. Ce n'est pas mon sujet aujourd'hui, je ne vais pas faire... Mais je vous rappelle quand même les éléments de base. Je vous rappelle que les premières pages, il y en a quelques dizaines, du contrat social, tout le début, est une critique du concept de droit du plus fort. Ce n'est pas un hasard si Rousseau commence par là.
1:12:57 Parce que sinon, la politique serait partie des sciences de la nature si elle dépendait de la force. La première notion que vous avez apprise en physique, c'est celle de force. Je dirais même que la notion de force et tout ce qui découle d'elle, c'est riche, force, puis travail, puissance, énergie. Force, tout ce qui découle de la force définit même le champ naturel.
1:13:27 La Terre tourne autour du Soleil parce que sa masse est inférieure. Et idem pour la Lune autour de la Terre. Ce n'est pas un choix. Or, vous connaissez, on le répète à l'envie, la théorie en vogue à l'époque de Rousseau, c'était celle de Hobbes, homo homini lupus. L'homme est un loup pour l'homme, c'est la force qui règne entre les hommes et heureusement qu'il y a eu des législations politiques pour limiter les dégâts et faire de l'État. Je simplifie un peu Hobbes, mais grosso modo, c'est ça.
1:13:58 Un État régulateur qui évite que trop de loups ne dévorent trop de brebis. qui essaie d'instaurer un équilibre. Bon. Mais enfin, c'est la force qui est le principe des relations humaines. Or, Rousseau, avec ce fameux passage, le plus fort n'est jamais assez fort pour être toujours le maître s'il ne convertit sa force en droit et l'obéissance en devoir. Car, c'est là qu'on voit qu'il philosophe, il réagit sur les mots. On dit obéir à la force, non, on dit Rousseau, c'est un non-sens.
1:14:30 On n'obéit pas à la force, on se soumet. Qu'est-ce que vous voulez faire ? Ce n'est pas du respect, ce n'est pas de l'obéissance. Dès que la force de mon maître diminue, je lui rentre dedans. ce n'est pas un monde politique stable. Celui où, ce qui fait la validité de celui qui règne, c'est la force. Ça veut dire que dès que je fais un coup d'État, c'est moi qui ai la légitimité. Donc, il peut y avoir des révolutions de palais toutes les semaines, n'est-ce pas ? Ce n'est pas ça qui peut fonder un monde historique et politique stable.
La troisième lettre à Malesherbes : servitude et domination
1:15:00 Donc, c'est que les sociétés humaines se sont construites autrement. Et c'est là l'hypothèse du contrat, bien sûr, qui n'est pas seulement un programme et la problématique chez Rousseau. J'insiste beaucoup là-dessus. Il ne dit pas que les hommes devraient faire un contrat pour sortir des défauts de la mauvaise société. Nous sommes dans un pacte, une connivence depuis toujours en tant qu'être humain chez Rousseau. Et c'est plutôt la violence sociale que nous subissons qui est une rupture avec ce pacte et les origines.
1:15:31 Ce qu'il résume, lui, bien avant que Marx parle de lutte des classes et que Hegel et une génération et demie. Avant que Hegel ne parle comme noyau décisif des sciences humaines la relation du maître et de l'esclave, Rousseau parle de servitude et de domination. Lorsque la force, elle règne, il ne peut y avoir que la servitude et la domination. Et je le dis parce qu'il y a souvent qui prennent Rousseau pour un sociophobe.
1:16:04 Si je devais inventer un barbarisme, pour quelqu'un qui a la haine de la société, l'amour de la solitude, un contre-sens magistral. Il y a un passage très précis dans une des quatre admirables lettres qu'il a envoyées à Malesherbes. Malesherbes était un type sympa qui appartenait à l'establishment, on dirait aujourd'hui, aristocratique et cultivé des Lumières. Et qui faisait un peu, entre Rousseau et les encyclopédistes, et les autres Lumières, il a essayé de les réconcilier.
1:16:41 Et il disait, Rousseau, voudriez-vous expliquer, on ne comprend pas qu'est-ce que vous trouvez, vous promenez ou vous baladez dans la forêt, on est bien, il y a cheminée, on a de belles musiques, des tapis. Et Rousseau, pour lui répondre, raconte une de ses journées, à l'ermitage, dans la troisième lettre à Malesherbes. Et donc, c'est imparfait, puisque ça, c'est censé exprimer des habitudes répétées. Et tous les matins, je me levais avec le fidèle Achate, c'est le nom du chien, c'était le chien d'Énée dans l'Énéide de Virgile, en pressant le pas dans la crainte que quelqu'un ne s'emparera de moi avant que je puisse m'esquiver.
1:17:22 Le langage du parano. Mon premier souhait était que ni lettre ni visite n'en vinssent troubler le charme, tout contact avec l'autre, mais ça semble confirmer la thèse de ce qui dit que c'est un sociophobe. Je ne veux pas de courrier, je ne veux pas de l'aide, je veux partir tout seul. Continuons cette lecture-là. pressant le pas dans la crainte que quelqu'un ne vint s'emparer de moi avant que je puisse m'esquiver. Mais, une fois que j'avais pu doubler un certain coin, avec quel pétillement de joie, je me disais, me voici maître de moi pour le reste de ce jour.
1:17:59 J'allais alors d'un pas plus tranquille, le musicien, il sait changer de tempo dans une phrase, vous voyez, d'un coup ça ralentit. J'allais alors d'un pas plus tranquille, cherchant dans la forêt quelques lieux sauvages avec un très beau crescendo. On peut se dire, Pagani vous dit des conneries. Rousseau, visiblement, il est content quand il est dans la forêt et plus il s'éloigne de la société, plus il est au beurre, comme on dirait à Michel, plus il kiffe, comme vous diriez. Non, il a cette phrase extraordinaire, cherchant quelques lieux sauvages et déserts où rien ne montrant la main de l'homme, mais la phrase n'est pas finie, mais si je l'arrêtais là, ça donnerait raison aux autres.
1:18:33 Où rien ne montrant la main de l'homme, virgule, n'annonça, accent circonflexe, la servitude et la domination. Là, les deux mots apparaissent. Ce n'est pas la société que fuit Rousseau, c'est cette société construite sur la servitude et la domination. Donc, ce n'est pas pour régresser au stade des grenouilles qui se réfugient de la cité, dans la nature. C'est que la nature, à ce moment-là, qu'il vaut mieux appeler le paysage, car il y a eu beaucoup de travail humain dessus, c'est pour faire le bosquet, le bosquet, excusez-moi, le bocage, poitevin ou normand, peu importe, il faut des millénaires d'efforts sur les marécages et sur le relief.
L'homme fait l'homme : hétéronomie et autonomie
1:19:12 Donc, où rien ne montrant la main de l'homme, virgule, n'annonça la servitude et la domination. Donc, c'est la société de fait et non pas la société de droit qui rejette à ce moment-là Rousseau. Alors, tout ça, travail dans l'esprit de Kant, car ce qui est le plus fracassant pour Kant avec Rousseau, c'est l'audace, je parle sur des Français comme audacieux dans le domaine politique, c'est l'audace d'avoir pour la première fois fondé le corps politique non pas ni sur Dieu, ni sur la nature, mais sur l'homme.
1:19:47 Avant, c'est Dieu qui donnait les lois au Sinaï ou bien dans toutes les religions, il y a comme ça des mythes qui racontent très bien comment le principe de la législation a été transmis par un législateur divin, Hammourabi, le code d'Hammourabi, on voit très bien, vous voyez au Louvre la stèle où on voit le dieu transmettre au souverain babylonien, oui, qui est mésopotamien, le premier droit écrit qui est connu l'humanité. Donc, le fait que Rousseau dise ce n'est pas Dieu qui fait l'homme, ce n'est pas la nature qui fait l'homme, ce n'est ni le naturel ni le surnaturel, c'est l'homme qui fait l'homme.
1:20:28 C'est-à-dire que l'homme n'est pas une donnée, ce n'est pas de l'ordre de l'être, l'homme n'est que ce qu'il fait, s'il ne fait rien, il n'y a rien, il y a un animal, il y a ce qu'il avait au départ. Donc, l'homme devient un peu le riche, d'après l'édit de la Paulette, oui, j'en veux à se pauler aujourd'hui, savoir qu'il ne s'agit pas de naître homme, ce n'est pas suffisant pour être homme. Un passage célèbre de la préface à la phénoménologie de l'esprit, Hegel dit si l'embryon, c'était bien avant, c'était deux siècles avant les polémiques sur l'avortement, est-ce qu'à cinq mois, est-ce que le fœtus c'est déjà un être humain, c'est une recherche sérieuse.
1:21:08 Les théologiens ont eu le mérite de poser le problème de l'âge de raison. Est-ce que c'est sept ans, est-ce que c'est huit ans qu'on a l'âge de raison, et ce n'est pas évident toutes ces choses-là. Au moins, il mérite de poser des problèmes. Comme disait Rimbaud, la théologie est sérieuse. Il ajoute, l'enfer est bien en bas et le ciel est bien en haut. Et, c'est une grande première, parce que jusqu'ici, toutes les justifications étaient dans l'ordre du donné. Allez, je résume maintenant. Qu'est-ce qu'il y a de commun à la thèse et à l'antithèse qui ont l'air de s'opposer complètement ?
1:21:41 Rousseau les renvoie dos à dos parce qu'il a repéré ce qu'il y a de commun. C'est que c'est donné. L'homme a le choix entre une nature à laquelle il doit se soumettre ou un dieu à laquelle il doit se conformer à ses commandements. Dans les deux cas, il est, et c'est Kant qui emploiera ce mot un peu plus technique que chez Rousseau, hétéronome. Il a cherché loi, nomos, à l'extérieur, hétéronome. Il n'y a pas d'autonomie. Ce que va apporter Rousseau à la pensée politique moderne, c'est l'autonomie. Antichambre de la liberté.
1:22:11 L'impulsion du seul appétit est esclavage, lit-on dans le contrat social. L'impulsion du seul appétit, appétit est un terme à l'époque qui veut dire l'instinct en général, c'est pas seulement l'appétit pour manger. L'impulsion du seul appétit est esclavage, l'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite est liberté. L'impulsion du seul appétit est esclavage, l'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite est liberté. Seulement, dans la phrase l'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite, soulignez-moi douze fois, s'il vous plaît, minimum, le S' c'est là la force de Rousseau, la loi qu'on s'est prescrite, pas qu'on m'a prescrite, pas laquelle on m'a obligé.
1:22:52 En disant adore-moi parce que je suis le plus beau et le plus fort et le plus riche. Non. La loi à laquelle j'ai participé comme législateur et pas seulement comme légiféré. Ça m'étend sur la loi, ça. Bien. Mais là, on est dans le domaine de l'action, de la philosophie pratique, alors que nous étions en philosophie de la connaissance. Alors, pourquoi je fais intervenir Rousseau, avec qui, ou moi, qui m'a émetté un problème de connaissance ? Parce que les deux se complètent. ce que Kant va faire en premier lieu, c'est précisément d'émanciper le sujet de la connaissance.
Du miroir au prisme : le sujet actif chez Kant
1:23:27 Car le point commun... Ah oui, j'ai tourné la feuille. Je peux ? Alors, le point commun, entre le point de vue théologique et le point de vue naturaliste, on va bien le voir ici. C'est la passivité du sujet. Je m'explique. On va retrouver d'ailleurs l'opposition à l'analyse en empirisme. On va dire, si je m'enlève, ici, je mets comme pensée pré-criticale, point de vue pré-critique.
1:23:58 Je dis ça parce que la pensée kantienne, un peu pour résumer celle de Hegel, on dit la dialectique, Kant, c'est la critique. Si vous voulez résumer Kant, ce mot, c'est le criticisme. C'est le point de vue kantien. Pré-critique, donc, aussi bien le cartésianisme que les empiristes, vous avez... Je vais mettre ici Kant, pardon. la manière dont il se représente le sujet, le moi, la construction du sujet. Vous voyez, admettons que ceci soit un miroir et là, vous avez une fleur devant.
1:24:30 C'est ça, l'empirisme, n'est-ce pas ? Il y a une fleur. Je vois une fleur parce qu'il y a eu contact. Vous vous rappelez le schéma de tout à l'heure. Application à la psychologie, à la vision, etc. Du choc des atomes. C'était un grand progrès pour l'époque parce qu'il y a contact entre une réalité extérieure et ma rétine. Et... Or, si ça, c'est l'objet et ça, c'est le sujet, vous remarquerez que le sujet ici est passif.
1:25:02 Alors que ce soit la nature, ce que je viens de montrer comme exemple, ou bien Dieu qui met dans ma tête ce qu'on appelle à l'époque de la métaphysique classique les idées innées, celles qui sont nées avec moi parce que Dieu les a mis dedans. Comme l'idée d'être parfait. Vous connaissez cette histoire d'être parfait ? Vous savez que c'est un peu familiarisé. La démonstration par Descartes de l'existence de Dieu. Tu peux nous résumer la preuve ontologique ? Pardon, non, je l'ai introduit. C'est une des preuves dans ce genre Descartes mais celle-là à laquelle il tient le plus pour prouver l'existence de Dieu.
1:25:35 La preuve dite ontologique. Allons-y. C'est Dieu est parfait, l'existence est inclue dans la perfection dont Dieu est. Oui, très rapidement dit, il manque quelques médiations mais c'est ça. C'est ça. Les gens en étaient quoi ? Effectivement, le problème aussi difficile résolu aussi simplement. Oui, Descartes, il dit toute chose a des attributs nécessaires et d'autres qui sont contingents. Par exemple, un triangle, l'orthogonalité n'est pas une chose nécessaire.
1:26:05 Il peut y avoir un triangle qui n'est pas rectangle. Je ne sais pas, un triangle quelconque. Un chien peut ne pas être blanc ou noir. La couleur ne fait pas partie de ce qui est substantiel et essentiel chez le chien. Ce n'est pas comme le fait d'être prédateur, d'être animal à charogne, etc. comme Milou, qui est Uranus. Donc, je ne peux pas concevoir un triangle sans lui adjoindre ces attributs nécessaires.
1:26:37 La polygonalité. Je ne peux pas penser un triangle sans penser plusieurs côtés. Trois. Je ne peux pas penser le cercle sans l'égalité de ses rayons. Tout ça, c'est les choses qui sont nécessaires. De la même manière, un être parfait existe nécessairement par définition. Parce qu'un être parfait, c'est qu'il ne lui manque rien. S'il n'y a pas l'existence, il lui manque l'essentiel. Donc, un être parfait existe nécessairement. C'est le seul concept, dit Descartes, le concept d'être parfait qui inclut l'existence dans l'essence.
1:27:12 Pardon. Parce que la définition de mouton ne donnera jamais le nombre de moutons qu'il y a sur Terre. C'est intéressant que l'essence et l'existence soient disjoints. La définition d'une chose ne vous donne pas le nombre d'exemplaires de cette chose dans la réalité. Sauf une exception, la notion d'être parfait. Voilà. Ce n'est pas le sujet, c'est les joyeusetés de la métaphysique classique que je laisse de côté. On aura l'occasion d'y revenir d'ailleurs. Mais ce qui m'intéresse plutôt, c'est la passivité du sujet ici. Que ce soit l'empirisme, le naturalisme ou la théologie, à chaque fois le sujet, en l'occurrence l'homme, reçoit ici les impressions.
1:27:50 Je garde cette métaphore optique que je n'ai pas choisie par hasard pour montrer ce que devient le sujet chez Kant. L'objet est toujours là. Je mets ici. Là, je mets une fleur. Je mets je ne sais pas quoi. Précisément parce que chez Kant, on ne sait jamais ce qu'est la chose en soi. Il y a quelque chose. On ne peut pas le définir sans aucun concept. Une réalité extérieure. Et le sujet, c'est ça chez Kant. C'est un prisme, je dessine mal.
1:28:21 Ça, c'est un miroir. Ça, c'est un prisme. C'est une métaphore optique. C'est-à-dire, la grande différence, c'est que là, il se passe quelque chose. Là, il ne se passe rien. C'est la passivité. Un bon miroir, c'est celui qui déforme le moins ce qui lui arrive. Et qui reproduit mécaniquement et fidèlement comme un reflet ce qu'il y a en face. Ce qui ne peut que, au mieux, répéter. Si vous ne voulez pas dire une rigoureuse d'inéquation comme les mathématiciens, vous direz que le miroir peut contenir au plus autant de réalités que le modèle, mais jamais plus.
1:28:55 Il ne peut pas y avoir plus de réalités dans le miroir que ce qu'il y a eu devant. Ce qui faisait dire à la scolastique classique, disait, il n'est rien dans l'esprit que ne soit d'abord passé par les sens. il n'est rien dans l'esprit qui ne soit d'abord passé par les sens. C'est là qu'on voit que la remontée à l'empirisme d'Aristote est foncière dans la scolastique médiévale. Et en termes, avec mon image, ça veut dire qu'il ne peut rien y avoir dans un miroir s'il n'y a pas d'abord quelque chose devant le miroir.
1:29:26 Ça paraît tellement simple qu'on se demande pourquoi j'insiste. Sauf que là, chez Kant, le sujet n'est plus cette passivité. Autre métaphore, la tabula rasa, on parle des cartes, la table rase, comme la cire vierge, dont parle Aristote l'esprit, comme une cire vierge dans laquelle la réalité vient imprimer son sceau. C'est comme ça que j'ai la notion de planète, d'étoile, des mammifères. Ici, c'est un prisme. Ça veut dire que ce qui entre ici et ce qui en sort sous forme de lumière colorée est complètement différent. Il y a de la transformation ici.
Préface de la Critique de la raison pure : a priori et raison pure
1:29:59 Le sujet devient une petite usine. Ça, ça sent son rousseau. Ça sent sa révolution. française. L'émancipation du sujet, le sujet qui travaille. Vous croyez que j'en rajoute ? On va le lire, Kant. Je crois que je l'avais déjà signalé, mais chacun connaît un peu l'anecdote de la petite promenade de Kant. Vous savez, c'est un petit Allemand, piétiste du XVIIIe siècle. Quelques petites habitudes d'Allemand. Je ne le ridiculise pas. J'ai un immense respect. Ce n'est pas la question. C'est peut-être qu'il nous paraît un peu ridicule, comme toujours, qu'on voit ça de l'extérieur de notre culture, mais il a été très ordonné, méticuleux, avec des ficelles qui étaient au plafond où il avait accroché des mouchoirs, parce qu'il ne faut pas gaspiller son temps à chercher son mouchoir dans les poches.
1:30:37 Donc, il a payé et puis après, on joue. Puis de sa promenade, à un mètre près, des demi-tours, il revenait très régulier pendant des années et des années. Deux fois, il a dépassé la limite. Le lendemain de la prise de la Bastille, pour être le premier avoir les nouvelles par les gazettes et la seconde fois pour avoir le premier exemplaire de contrat social traduit de Rousseau. Je vais lire Kant, qui fait un peu le bilan. C'est pour ça que c'est rare que je vous lise un texte.
1:31:08 Je vais vous le lire parce que ça fait le bilan de toutes les séances de philosophie de la connaissance qu'on a eues, puisque ça les résume. Vous trouverez ça dans la préface, c'est son ouvrage le plus connu, c'est la critique de la raison pure. C'est le gros ouvrage théorique de Kant. Ce sont tous des ouvrages théoriques au sens kantien, c'est-à-dire que la visée cognitive est principale, pas seulement morale. Et voici, il y a deux préfaces, n'est-ce pas ? Et je vous parle de la préface à la première édition où il y a ce passage célèbre.
1:31:49 En tant qu'il doit y avoir de la raison dans les sciences, il faut qu'on y connaisse quelque chose a priori. A priori, je ne fais pas un cours d'histoire de la philo et je ne vous initie pas à la pensée kantienne de manière systématique, ça prendrait beaucoup plus de temps. Il faut savoir qu'a priori, c'est un terme clé de la pensée kantienne. A priori, il s'oppose à empirique. C'est très simple une fois qu'on connaît. Quand c'est honnête, on ne comprend rien si on n'a pas les définitions, quand on les connaît, c'est simple. A priori, il s'oppose à empirique. Ou bien je sais une chose sans passer par l'expérience, comme si A égale B, B égale A.
1:32:19 Je n'ai pas besoin de mes yeux, de mes oreilles pour savoir ça. Il faut que je fasse attention à ce que je dis. C'est à l'intérieur. Ça n'a rien à voir avec regarder à l'extérieur. Donc, connaissant a priori, synonyme chez Kant, strict équivalent, pur. Critique de la raison pure, ça veut dire examen, critique de tout ce que la raison peut savoir sans avoir recours à l'expérience. Critique de la raison pure où il n'y a que de la raison. Comme de l'eau pure, il n'y a que de l'eau, il n'y a pas de jus de citron.
1:32:49 Donc, la raison pure, c'est la raison qui ne fait pas entrer encore expérience. Ce n'est pas que Kant s'y oppose. Il dit qu'il faut d'abord savoir, faire le bilan de tout ce qu'on peut savoir tout seul avant. D'ailleurs, vous allez voir sa phrase qui fait un petit parallèle avec l'économie assez actuelle. Donc, en tant qu'il doit y avoir de la raison dans les sciences, sinon ce ne sont pas des sciences, voilà ce qu'il peut dire. Il faut qu'on y connaisse quelque chose a priori et la connaissance de la raison peut se rapporter à son objet de deux manières. Soit simplement pour déterminer cet objet et son concept soit aussi pour le réaliser, soit pour le déterminer, pour le connaître.
1:33:25 C'est la philosophie théorique, vous devinez. Soit pour le réaliser, c'est la philosophie pratique. Pratique au sens kantien, ça n'a rien à voir avec pratique au sens des grandes surfaces, des supermarchés, nouveau pratique. Ça n'a rien à voir. Pratique dans le sens moral, c'est-à-dire, où la visée, c'est de changer une réalité et de ne pas la laisser telle qu'elle est, ce que réclame par contre l'usage théorique. Donc, l'une a la connaissance théorique et l'autre la connaissance pratique de la raison. Il faut que la partie pure, c'est-à-dire celle qu'on a pu développer sans encore emprunter, vous allez voir pourquoi je prends cette métaphore financière, celle qu'on peut développer sans emprunter encore à l'extérieur, il faut que la partie pure de chacune, si étendue ou si restreinte que puisse être son contenu, à savoir celle dans laquelle la raison détermine son objet entièrement a priori, soit exposée tout d'abord seule et sans aucun mélange de ce qui vient d'autres sources.
1:34:21 Car, vous allez voir, c'est de la mauvaise économie que de dépenser aveuglément toutes ces rentrées sans pouvoir distinguer plus tard quand les revenus viennent à manquer, quelle partie de ces revenus peut supporter la dépense et sur quelle partie il faut la restreindre. Extraordinaire métaphore économique. Je te livre, Tristan, parce qu'il faudra l'utiliser, quelque part. Ce n'est pas un hasard si c'est un ancêtre de Mme Merkel qui est... Je ne suis pas en train d'accabler Kant, c'est quand même autre chose.
1:34:52 Mais enfin, on voit bien ce petit côté méticuleux, comptable. Si vous pensez à la belle peinture de Holbein qui montre le changeur. Je ne sais pas si vous voyez ce tableau où on voit le changeur avec son épouse au 15e siècle qui compte le soir à les gains et les pertes de la journée. On voit cette fierté, cette bourgeoisie. Il y a bien raison d'être fier. Le plus grand hommage à la bourgeoisie qui n'a jamais été écrit, c'est le manifeste du Parti communiste de Marx. On a 15 premières pages, c'est un grand hommage de la bourgeoisie. Elle a liquidé la féodalité, la famille, la religion, faites-en autant.
1:35:23 Faites attention. Ce n'est pas le point de vue à l'art sur le monsieur prud'homme bourgeois, celui de Marx. Donc, la mathématique et la physique sont les deux connaissances théoriques de la raison qui doivent déterminer leur objet a priori. La première, la mathématique, d'une façon entièrement pure, bien sûr qu'il n'y a pas de labo et d'expérience. La seconde, au moins en partie, la physique. Une physique théorique, comme on dit encore maintenant, c'est pas un peu compliqué. Elle appelle l'expérience.
Mathématique et physique : la révolution de Thalès et de Galilée
1:35:53 Ou plutôt, comme nous verrons, à l'expérimentation. Ce qui est déjà plus actif que l'expérience. La seconde, au moins en partie, mais alors en tenant compte d'autres sources de connaissances que celles de la raison. La mathématique, je le lis sans trop commenter parce qu'il fait que ça nous permet de résumer ce qu'on a vu et je fais résumer des choses que grosso modo, vous savez, la mathématique, depuis les temps les plus reculés où s'étend l'histoire de la raison humaine, est entrée chez l'admirable peuple grec dans la voie sûre d'une science. Mais il ne faut pas croire qu'il lui ait été plus facile qu'à la logique, où la raison n'a affaire qu'à elle-même, de trouver ce chemin royal ou plutôt de se le tracer à elle-même.
1:36:29 Je crois plutôt que, principalement chez les Égyptiens, c'est-à-dire avant que chez Euclide elle devienne un corpus théorique, chez les Égyptiens, elle est restée longtemps à tâtonner et que ce changement définitif, qui en a fait une science, au sens que nous l'entendons aujourd'hui, doit être attribué à une révolution, le terme est souligné, qu'opéra l'heureuse idée d'un homme, d'une équipe, dans une tentative à partir de laquelle la voie que l'on devait suivre ne pouvait plus rester cachée et par laquelle était ouverte et tracée pour tous les temps et à des distances infinies la sûre voie scientifique. On est plus en siècle des lumières, ce ton.
1:37:00 L'histoire de cette révolution dans la méthode qui fut plus importante que la découverte du chemin du fameux cap et celle de l'heureux mortel qui l'accomplit ne sont point parvenus. Cependant, la tradition que nous rapporte Diogène Laërce, c'est quelqu'un qui a fait une compile d'Antiquité, des opinions des philosophes, un peu dans le désordre, qui nomme le prétendu inventeur des plus petits éléments des démonstrations géométriques de ceux qui, de l'avis général, n'ont jamais besoin de démonstration, prouve que le souvenir de la révolution qui fut opérée par le premier pas fait dans cette voie récemment découverte a dû paraître extraordinairement important aux mathématiciens et est devenu par la même inoubliable.
1:37:37 Le premier qui démontra le triangle isocèle qu'il s'appelait Thalès ou comme l'on voudra eut une révélation car il trouva écoutez bien ce qu'il dit qu'il ne devait pas suivre, regardez le côté passif, qu'il critique. Pas à pas ce qu'il voyait dans la figure ni s'attacher au simple concept de cette figure. J'ai un triangle isocèle, ça veut dire deux côtés égaux, j'ai un concept ici mais je n'ai pas de représentation, ici une représentation. Cette figure, mais qu'il lui fallait réaliser, et il met parenthèse, ou construire, vous voyez qu'il y a un côté actif là, ou construire cette figure au moyen de ce qu'il y pensait et s'y représentait représentait a priori.
1:38:19 Et que pour savoir sûrement quoi que ce soit a priori, il ne devait attribuer aux choses que ce qui résulterait nécessairement de ce que lui-même y avait mis conformément à son concept. Je vais aller un peu vite parce que j'arrive maintenant au passage dense sur lequel je vais peser un peu plus. Quand Galilée fit rouler ses sphères sur un plan incliné, il va prendre trois exemples. Pardon. Quand Galilée fit rouler ses sphères sur un plan incliné, oui, avec un degré d'accélération dû à la pesanteur déterminée selon sa volonté. Quand Torricelli fit supporter à l'air un poids qu'il savait lui-même d'avance être égal à celui d'une colonne d'eau à lui connue, ou quand plus tard Stahl, le chimiste, transforma les métaux en chaux et la chaux en métal en leur restituant quelque chose.
1:39:04 Et là, il y a le bilan. Ce fut une révélation lumineuse pour tous les physiciens. Ils comprirent, une phrase qui résume le kantisme à elle seule, que la raison ne voit que ce qu'elle produit elle-même. Tout d'un coup, ce n'est plus une contemplation, une vision, une théoria. Theorein vient, le mot grec, vient d'une vieux radical qui veut dire voir. C'est le dernier stade quand on sort de la caverne chez Platon. C'est raboteux on se fait mal au genou, Platon est profond, grande politique, grand tragique aussi.
La théoria platonicienne : le bien, le soleil et la nourriture
1:39:36 Il sait qu'arrivée à la vérité, on y laisse des plumes. Mais enfin, on a la récompense quand on a enfin la vision de la vérité, de l'absolu, qui s'emplice par le soleil, qui décide une métaphore, un rejeton, comme il dit, ironiquement, dans la République. Quand son interlocuteur lui dit un jour tu nous parleras du père, sacrilège, je ne peux pas. Une autre fois, tu nous rembourseras l'histoire du père. Donc, quand on arrive devant, il n'y a plus qu'à contempler. Et même, encore plus passif, comme le nourrisson, qu'est-ce qu'il fait le nourrisson ? Qu'est-ce qu'il a à faire ?
1:40:07 Un nourrisson. Oui, oui, c'est ça. se nourrir, absorber. Pourquoi je plaisante ? Lisez bien l'un des passages les plus profonds de l'histoire de la philosophie et de tout Platon, c'est la fin du sixième livre de la République. Juste avant, le début du septième, qui expose le fameux mythe de la caverne, tout le monde est censé être connu, mais reportez-vous juste avant, il ne vient pas par hasard le mythe de la caverne. Au sixième livre, il parle justement, Platon, du bien.
1:40:40 On revient aux valeurs. Cherchons le bien depuis le début de ce dialogue, comme ça. Alors qu'au début, on voulait quel est le meilleur régime politique pour la cité. On s'est aperçu très vite qu'il fallait pour répondre à un immense détour par des choses fondamentales, en particulier par l'étude qu'est-ce que c'est que le bien ? Tout le monde veut le bien. Je résume ce qu'il y a avant, ce n'est pas notre sujet aujourd'hui. Or, Platon, qu'on résume souvent avec la théorie des idées, il y a quelque part dans un monde intelligible qui est inaccessible à nos sens et éternelle, d'après Platon.
1:41:12 L'idée de feutre, n'est-ce pas, dont participent tous les feutres empiriques que nous touchons et que nous vendons et que nous achetons, voilà. Une idée même pour tout, et même pour le cheveu, la boue et la crasse, comme il est dit dans le Parménide, et non pas seulement de la vertu, de la beauté. Et puis, il y a la théorie platonique, apparemment scolaire, classique, n'est-ce pas, il y a une infinité d'objets beaux, mais il y a une seule idée de beauté dans le monde intelligible, etc. Donc, il y a une participation qu'on appelle verticale, je vais vite parce que c'est assez simple, entre le monde réel et le monde des idées, verticale, parce qu'on s'élève, qui relie le multiple des...
1:41:54 ce qui fait que telle actrice qu'on juge belle, tel beau coucher de soleil, telle belle maison, tel beau morceau de musique, tel beau raisonnement, on va dire aussi qu'un raisonnement est élégant, tout ça participe à l'idée de beau qui, quelque part... Bon. C'est la participation verticale. Mais il y a aussi une participation horizontale, plus mystérieuse, chez Platon. C'est-à-dire que l'idée de lunettes soit en rapport avec toutes les lunettes qui existent empiriquement, on arrive encore à le concevoir, même si on ne voit pas où se situe le monde dont parle Platon.
1:42:27 Enfin, c'est logique. Par contre, qu'il y ait un rapport entre l'idée de lunettes et l'idée de micro, je veux dire... Or, Platon, il y a une idée qui circule à travers toutes les idées et qui vient les coiffer tout autrement dit. Il y a... Il y a deux niveaux de transcendance, chez Platon. Je vais vite, mais parce que je tiens à rester clair sur des points qui vont nous servir. Il y a le niveau classique, je le répète, le monde intelligible par rapport au monde sensible. C'est le Platon qu'on apprend à l'école.
1:42:57 Premier niveau de transcendance. Le cercle dont parlent les mathématiciens n'existe nulle part. Du point de vue de dire empirique, bien sûr. C'est un énoncé. C'est un ensemble de mots. Et dans la réalité empirique, on peut voir des choses qui y ressemblent ou qui évoquent comme des ronds dans l'eau, par exemple. Ou comme les orbites des planètes. Quand on regarde de près, elles ne sont pas tellement circulaires, mais plutôt elliptiques. Voilà. Donc, par contre, il y a un deuxième niveau de transcendance. Au-dessus des idées, sans oublier de le dire, il y a l'idée de bien qui vient coiffer tout le reste chez Platon.
1:43:31 Toutes les idées participent de l'idée de bien. Y compris celle du cheveu, de la boue et de la crasse. Alors, bien sûr, c'est l'interlocuteur qui dit c'est extraordinaire, ton histoire c'est quoi ce bien ? Il dit, je ne peux pas en parler parce qu'il est au-delà du discours, mais je vais essayer de parler de son rejeton dans le monde sensible. Son rejeton, son exemplaire, son avatar, on dirait aujourd'hui. Ce n'est pas qu'il y a le soleil pour vous donner une idée. Et il dit, quel rapport ? C'est que le soleil, vous remarquerez, dit Platon, donne à l'œil et à la possibilité de voir et à l'objet, celle d'être vu.
1:44:07 Bien que le soleil ne soit ni quelque chose qui voit, ni quelque chose qui est vu. Lui-même. C'est le troisième terme qui permet au sujet de voir et à l'objet d'être vu. Il dit, c'est ça le bien, mais pour l'âme. Le bien, c'est ce qui permet à l'âme de connaître et à l'objet d'être connaissable. Alors il dit, mais pourquoi tu nous parles du soleil ? Parle-nous du bien directement. C'est là qu'il dit, je vous y ai fait allusion tout à l'heure, il dit, je ne peux pas carré.
1:44:37 Car ce serait un sacrilège, il est au-delà de l'essence. Essence, c'est le grec, eidos, idée. Les trois mots, essence, idée, forme, sont les mêmes mots chez les grecs. C'est les problèmes de traduction, ça est idiot. Chez Aristote, on traduit le terme eidos par forme, philosophie de la forme, chez Platon par idée. Et après, on les oppose. C'est l'opposition de traducteur, ce n'est pas l'opposition de l'auteur. Voilà. Vous retrouvez un peu ce sens de forme visuelle de idée dans singe anthropoïde. ça veut dire qu'ils ont la forme, l'aspect visuel de l'homme.
1:45:07 Oui, par exemple. Et donc, dans ce passage, ce qui est troublant, j'en arrive à mon histoire du bébé et de succion et de nutrition, quand il dit, je vais quand même vous parler de son rejeton, il dit, vous remarquerez que le soleil, parce qu'ici, on est dans l'ordre cognitif, ne donne pas seulement à l'œil la possibilité de voir et à l'objet celui d'être éclairé et donc d'être vu, mais il donne aussi aux êtres croissance et nourriture.
1:45:45 Il dit, c'est ça l'idée de bien. Voilà. Ce n'est pas mon problème aujourd'hui, mais c'est passionnant, c'est fascinant. Il dit, c'est bien la fin du 6e livre de la République. L'être véritable donne croissance et nourriture. Je reviens à Kant avec le timing que il nous a donné. Ils comprirent donc, Galilée, Torricelli, Stahl, deux Italiens sur les trois, le terme d'ingénieur vient d'Italie, ingénierie.
Le juge qui interroge la nature ; Heisenberg
1:46:15 A l'origine, c'était à la pointe. Ils comprirent que la raison ne voit que ce qu'elle produit elle-même d'après ses propres plans et qu'elle, vous voyez que ça résume un peu tout notre cours, et qu'elle doit prendre les devants avec les principes qui déterminent ses jugements, suivant des lois immuables, qu'elle doit obliger la nature à répondre à ses questions et ne pas se laisser conduire pour ainsi dire en laisse par elle. Vous voyez, il y a un ton d'émancipation vis-à-vis du déjà-là naturel ou divin.
1:46:45 Ne pas se laisser conduire pour ainsi dire en laisse par elle. Il parle de la nature. Vous voyez que j'étais un petit peu raison d'être inquiet de la divinisation contemporaine de la nature à laquelle on assiste aujourd'hui, parce que c'est une régression par rapport au XVIIIe siècle. C'est simple. Car autrement, faites au hasard et sans aucun plan tracé d'avance nos observations, pour ceux qui croient qu'il suffit de regarder les pommes tombées pour être Newton. En gros, il y en a qui pensent ça.
1:47:15 Newton faisait la sieste un jour à l'ombre d'un pommier, il a vu des pommes tombées. Bon sang, mais ça y est, j'ai compris, c'est ça, la gravitation universelle. Il y en a qui ont une curieuse idée de la genèse du savoir dans l'histoire. Et il y en a qui ont intérêt à ce que l'histoire des sciences se fasse comme ça. Il faut donc que la raison se présente à la nature. Il ne faut pas une curieuse au moment de l'expérience. Il faut donc que la raison se présente à la nature. Regardez ce passage comme il est précis. Tenant d'une main ces principes qui seuls peuvent donner au phénomène concordant entre eux l'autorité de loi pour être instruite par elle, par l'expérience.
1:47:51 Il n'y a pas un refus d'expérience. Il est vrai. mais non pas comme un écolier qui se laisse dire tout ce qu'il plaît au maître mais au contraire comme un juge en fonction qui force les témoins à répondre aux questions qu'il leur pose. Vous voyez les métaphores qui sont là ? Avant on avait un écolier ceux qui montaient sur les ziggourats dans l'antiquité pour voir les étoiles prosternées devant l'ordre des dieux et des choses.
1:48:22 C'est magnifique. Je ne suis pas en train de faire une critique esthétique. Mais quelle naïveté de croire qu'en montant de 30 mètres je vais mieux voir la composition chimique de l'étoile. Et puis une phrase la raison ne voit que ce qu'elle produit elle-même synthèse de tous les apories qu'on a eues entre rationalisme et empirisme quand on les renvoie dos à dos on le voit bien ici. On le voit bien. Ce qui est important ce n'est pas s'il faut commencer par l'expérience ou par le raisonnement on a vu que c'est quand les deux concourent qu'il y a des avancées scientifiques.
1:48:54 Mais c'est le statut du sujet de la connaissance selon qu'il est passif ou actif. Je vous ferai remarquer que l'une des avancées principales de la physique contemporaine cette fois et là je parle sous votre contrôle parce que dès qu'elle se rapproche de la science aujourd'hui on risque d'ailleurs des conneries quand on n'est pas de la partie. Là au moment de l'apparition de la théorie des quanta qui là je ne parle pas scientifiquement mais comme les journalistes scientifiques a réintroduit un peu l'impression de hasard dans le déterminisme universel dans la théorie des quanta il y a les fameuses relations enfin une application des théories des quanta les relations d'incertitude de Werner Heisenberg le physicien allemand qui font autorité quand on utilise que disent ces relations d'incertitude c'est qu'on ne peut pas déterminer en même temps la position et la vitesse d'une particule ou bien on détermine sa position dans l'espace coordonnée ou bien on calcule sa vitesse mais on ne peut pas les deux alors vous allez me dire ben oui on ne peut pas tout il y a toujours
1:50:04 un reliquat de complexité qui échappera à la sagacité de l'esprit humain même dans des millions d'années c'est pas ça qu'il dit Heisenberg du tout il ne dit pas que ça vient de la complexité de l'objet il dit ça vient de nous là il retrouve notre acte d'expérimentation transforme la chose que nous voulons connaître pour déterminer la position de l'électron il faut bien que je l'éclaire par exemple et en l'éclairant je le bombarde avec un photon qui va à 300 000 km secondes et qui modifie assez considérablement sa vitesse comment voulez-vous que je détermine une vitesse que je suis en train de transformer c'est à peu près comme si je prenais une lampe et que j'éclaire tout pour voir comment étaient les objets quand je ne les éclairais pas c'est contradictoire c'est mon acte même ma manière de vouloir connaître c'est ça qui donne cet aspect autre chose ça ne vient pas de l'être de leur nature non c'est le moi enfin le moi c'est pas un moi personnel subjectif sinon on revient à Hume mon habitude non ça vient de notre esprit est ainsi fait l'entendement humain notre esprit est ainsi fait il y a un prisme là et la démonstration principale elle est dans le statut
Espace et temps, formes a priori : l'esthétique transcendantale
1:51:15 incroyablement nouveau qu'il donne à l'espace et au temps qui jusqu'ici étaient les cadres même de l'extériorité toute extériorité se déploie sur un double axe celui de l'espace l'étendue on disait dans la philosophie classique la res extensa chez Spinoza chez Descartes la res la chose étendue par opposition à la res cogitans la chose qui pense il n'y a que deux substances chez Descartes la substance qui pense le cogito et la substance étendue l'espace le monde de la mécanique de la physique et et voilà que le temps et l'espace qui étaient les cadres de l'extériorité j'y reviens Kant les fait basculer dans le sujet quand l'espace n'existerait pas c'est le sujet qui les apporte la démonstration très rapidement mais lorsqu'il dit que notre idée de l'espace ne peut pas venir de la vision de l'espace on n'a pas expérimenté l'espace avant d'avoir été de l'espace puisque percevoir un espace
1:52:26 n'est possible que si l'espace est donné que s'il est comme dit Kant a priori aucune expérience ne serait possible si l'espace n'était pas déjà donné et a fortiori le temps essayer d'écouter une note de musique en supprimant le temps on ne peut pas vous ne pouvez pas vous n'entendez pas parce que pour l'entendre il faut qu'elle résonne ne serait-ce qu'un milliardième de seconde il faut qu'elle soit dans le temps voilà vous trouverez cette démonstration dans la première partie de la raison pure qui reste la plus fascinante jusqu'à maintenant c'est l'esthétique transcendantale rien à voir avec transcendant ce n'est pas des grands mots pour subjuguer les foules ça veut faire des conférences d'un fakir non non ce n'est pas la méditation transcendantale c'est très précis chez Kant avant lui on opposait transcendant ce qui est tout à fait au-delà comme le cercle je parlais tout à l'heure le cercle des mathématiciens qui est au-delà de toute relation sensorielle et l'opposé c'était immanent ce qui est ici et maintenant ceci ici maintenant ce qui est immanent ce qui est transcendant transcendantale c'est très fort c'est ce qui dans l'ici et le maintenant relève de la transcendance comme l'espace
1:53:36 précisément il est là il est dans le livre les lunettes occupent un espace mais la connaissance nous avons de l'espace et donc sa réalité ne vient certainement pas de l'expérience et du monde extérieur c'est pour ça que Kant dit dans son langage très précis l'espace est la forme a priori de l'expérience euh oui est la forme a priori de l'expérience externe c'est à dire chaque fois qu'on qu'on essaie d'être réceptif à des réalités extérieures à nous c'est l'espace qui en est le cadre a priori pour ce qui est des perceptions internes c'est le temps et après il va démontrer que donc tout le temps a priori de toutes les perceptions puisque même les perceptions extérieures vous pouvez oublier cette partie là ça s'embrouille mais ma perception de l'espace passe par l'intériorité donc par le temps bref en concentrant l'attention en la rapprochant de plus en plus vers le temps Kant inaugure la grande réflexion des siècles qui vont venir de Hegel et de Marx sur l'histoire je veux dire c'est des enjeux importants alors que la pensée classique était fascinée par le rapport de la pensée et de l'étendue de l'espace c'est le rapport au temps qui va caractériser l'inquiétude de l'homme moderne l'inquiétude