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Un quatuor de Beethoven joué par un orchestre
3:00 Bonsoir tout le monde, un grand merci de me donner l'occasion de vous retrouver à nos rendez-vous du mercredi. au rendez-vous du mercredi. Merci et pardon. Pardon de prendre la parole et de briser, de ne pas laisser un peu plus de temps au silence qui suit cette merveille. Il s'agit de l'ultime quatuor de Beethoven. J'en profite un petit peu.
3:32 Presque hors sujet, encore que, vous allez voir. Pour, au niveau plus grand musicologique, pour rappeler, Beethoven n'est plus connu, c'est un des musiciens classiques, qui a une certaine audience dans ce qu'on appelle le grand public, encore que, vu la vaste offensive menée depuis trois générations maintenant, pour que les musiques classiques soient hors la loi, j'exagère à peine, vous verrez.
4:02 Je porte un peu le trait, oui, mais je n'exagère pas. Je vais vous dire tout de suite pourquoi j'ai choisi cette version. Parce que les connaisseurs me disent ce qui est beau, pourquoi ils nous balancent un orchestre à cordes alors que Beethoven a écrit son ultime. Quatuor à cordes ? Là, ils sont plus de quatre. C'est une tradition qui remonte au XIXe siècle, déjà, Mahler avait orchestré, uniquement pour cordes, bien sûr, ce sublime mouvement lent du XVIe Quatuor, donc de Beethoven, dont les autres mouvements sont beaucoup plus étranges.
4:50 Je fais un sous-paragraphe pour les connaisseurs, mais je me souviens d'une émission sur France Musique il y a très longtemps, à l'époque, où on parlait moins sur France Musique, mais on y parlait déjà un peu plus intelligemment. Et je ne dis pas que tout était mieux avant, loin de là, mais alors pour ça, ça n'a pas loupé. Je ne parle même pas de l'évolution de France Culture, mais il y avait une émission qui s'appelait Accords Parfaits.
5:22 Et l'animateur nous faisait entendre une musique, il fallait deviner ce que c'était, et puis il disait, question subsidiaire, qu'en pensez-vous ? N'est-ce pas ? Et dans les commentaires la semaine suivante, donc il décryptait, il lisait les commentaires, et parmi les commentaires, il y en avait qui disaient que les autres mouvements, les mouvements un peu plus rapides que celui-là, dans ce Quatuor, faisaient penser à Webern, c'est-à-dire la musique la plus avant-gardiste qui soit, la plus déroutante, n'est-ce pas, pour le gros bataillon des mélomanes, disons, habitués à ne pas aller trop au-delà de Debussy, et encore, vous savez, il y en a déjà pour qui Debussy, c'est-à-dire un contemporain de Monet, je ne sais pas si vous voyez, de la fin du XIXe siècle, pour qui c'est déjà trop moderne.
6:13 Donc, j'ai choisi cette version, alors que je ne suis pas un puriste, mais je préfère, comme tous ceux qui connaissent un peu ce répertoire, la version pour quatuor à cordes. Alors, je reviens, pourquoi j'ai pris la version orchestrée d'une manière plus ample, pour décharger ma rate un peu, n'est-ce pas, pour tourner en dérision, n'est-ce pas, une des formes que prend la censure de la musique classique auquel je faisais allusion, et qui consiste à dire, c'est une musique pour les vieux, vous avez vu, là, c'est des jeunes, des très jeunes, ah oui, mais c'est une musique ethnocentrée pour Européens, regardez le nombre d'Asiatiques qui étaient là, toutes jeunes, garçons et filles, le chef d'orchestre lui-même, c'est un des plus grands chefs vivants,
7:24 il s'agit de Seiji Ozawa, un japonais, n'est-ce pas, voilà, c'est la raison pour laquelle je tenais à laisser se dire, moi, outre que dirigé par le grand Seiji Ozawa, je veux dire, ça ne perd pas grand-chose, n'est-ce pas, de l'original, mais l'original, et quand même, pour quatuor à cordes, je vous réserve pour le générique de la fin, lorsqu'à regret, je vous aurais quitté, nous serons quittés, je vous passe non plus le mouvement lent, bien sûr, ça c'était pour l'entrée, mais le final, là et là, je rentre dans le débat, qui nous occupe depuis un petit moment, autour du rapport de l'esthétique politique chez Hegel, d'abord, un lien qui semble extérieur, comme ça, entre Beethoven et Hegel, un lien extérieur, contingent, diront d'autres, vous voyez, qui ne semblent pas riches en détermination profonde, c'est qu'ils sont nés la même année, 1770,
Nés en 1770 : le grand entracte révolutionnaire
8:38 Hölderlin est né la même année, Hölderlin, Beethoven, Hegel, ce n'est pas un mauvais millésime, Napoléon né en 1769, un an avant, je ne dis pas, je ne mets pas, je sais qu'il y a des fidèles de Guillemin qui m'écoutent, ce qui m'honore d'ailleurs, parce que, Guillemin fait d'inoubliables, n'est-ce pas, vidéos sur Pétain en particulier, que je vous recommande chaleureusement, sur Rousseau, pour Napoléon, il est un peu, ne croyez pas que c'est parce que je suis corse, que je défends, d'ailleurs, je ne défends pas Napoléon, ce n'est pas le mot, mais je veux dire, il n'a pas une vision dialectique, il ne voit pas, comme Hegel, l'enjeu du moment napoléonien, bien au-delà de la petite personne ambitieuse, et voraces, et cupides, pourquoi pas, de Napoléon.
9:29 En tout cas, ce qui m'intéresse, c'est qu'il est né en 69, et trois autres, Beethoven, Schilling, Beethoven, Hölderlin et Hegel, en 70, ces gens-là, ont 20 ans, à la prise de la Bastille. Donc, c'est de moins en moins extérieur, la question de date, il y a des générations comme ça. Ils sont pleins dans ce fameux entracte, auquel je fais souvent allusion, sans trop développer, on n'est plus dans l'ancien régime.
10:01 Si, à leur naissance, oui, mais là, quand ils ont 20 ans, on n'est plus dans l'ancien régime. Et, on inaugure le nouveau régime, mais on n'est pas encore dans le régime qui nous gouverne. On est dans le grand entracte. Je m'étonne qu'il n'y ait pas plus de gens pour souligner l'importance de cet entracte entre la fin de l'ancien régime. Et, je laisse toujours le choix, pas seulement par courtoisie, j'essaie d'être honnête intellectuellement, entre la prise de la Bastille et, mettons, Thermidor, ou bien Waterloo, comme vous voulez.
10:43 Je prends Waterloo, non pas parce que je dis que, lorsque Napoléon quitte la scène, tout va mal. non, c'est parce que, c'est à partir de ce moment-là que, jusqu'à aujourd'hui, la planète est dirigée par des puissances en majorité anglo-saxonne. dont une, n'est-ce pas, qui va prendre de plus en plus d'importance, lorsqu'elle va prendre le relais de sa maison mère, si je puis dire, de l'Angleterre.
11:14 Ne, je ne suis pas raciste non plus. Ah là là, que le monde serait pauvre, sans tous les apports, n'est-ce pas, de ce qu'on appelle les anglo-saxons, je préfère dire les britanniques d'un côté, les américains de l'autre, c'est bien différent déjà. Il va de soi que, non, ce qui m'inquiète, c'est l'union qu'ils font dans l'atlantisme. Je suis obligé de répéter souvent, que, par exemple, parler un peu familièrement, je ne bouffe pas du ricain, j'en veux à l'atlantisme.
11:48 C'est pas la même chose. Il y a des, des hommes politiques africains, asiatiques, qui sont hyper atlantistes. C'est pas, d'accord, les États-Unis sont le navire amiral, bien sûr. Mais enfin, il n'y a pas que ça aux États-Unis, heureusement pour eux. Donc, je fais, je m'attarde là, parce que, nous vivons des heures graves.
12:20 En pleine guerre froide, c'est ma génération. il y en a eu des tensions. C'était chaud au moment de la crise des fusées de Cuba. Moi, je voyais les mères de famille, dans les villes françaises, qui allaient faire les courses, acheter du sucre, et provisions, peur que la guerre ne revienne. Vous voyez, c'est rien comme tension, plus dans la guerre froide, par rapport à ce que nous connaissons. en ce moment. Pendant la guerre froide, il y avait le téléphone rouge entre Khrouchtchev et Kennedy, entre Brejnev et Carter, que sais-je.
12:52 Il y avait un dialogue, il y avait des rendez-vous spatiaux entre les Américains. Il y avait des moments plus que de coexistence pacifique, c'est comme ça qu'on appelle cette période, de coexistence pacifique, mais même de coopération scientifique. Et alors que là, je vois la russophobie et la sinophobie prendre des proportions avec une croissance logarithmique, de jour en jour. Je n'aime pas qu'on prépare les opinions à la guerre, par les mauvais joueurs.
13:31 C'est comme une mauvaise équipe qui a envie d'arrêter le match, voyant qu'elle va perdre, n'est-ce pas ? Donc, voilà. Je reviens à Waterloo. Ce n'est pas indifférent de savoir que c'est à partir de Waterloo que la planète est dirigée par des pouvoirs. Là, je ne parle plus des peuples, je ne parle pas des peuples britanniques, écossais, irlandais.
14:02 Tellement de choses merveilleuses à nous apporter. qui m'ont apporté beaucoup et j'espère que ce n'est pas fini. Et américains, ne parlons pas, tout brassage confondu, n'est-ce pas, avec les afro-américains, les latinos, ce que vous voulez. Et j'en passe. Et bien sûr, il en reste tellement peu, mais il ne faut quand même pas les oublier, mais les autochtones. j'ai tenu à m'attarder un petit peu parce que ce n'est pas, vous voyez, ce n'est pas que c'est Napoléon qui quitte la scène, ce n'est pas ça le problème.
14:40 C'est ce qui prend la relève. Ce n'est pas tout d'un coup la République qui retrouve, n'est-ce pas, les libertés et les promesses de la nuit du 4 août, de l'abolition des privilèges, de la suppression, de l'abolition de l'esclavage, n'est-ce pas, qu'on a pour eu envie réinitié, n'est-ce pas, en commençant par Haïti, etc. Non, non, ce n'est pas ça qui me chagrine, pour prendre un euphémisme. C'est ce qui a suivi, c'est-à-dire l'OTAN, enfin, ça ne s'appelle pas comme ça à l'époque, ça s'appelle la Sainte Alliance.
15:17 C'est tout un programme. Il y a le retour du religieux contre la Révolution française, contre les Lumières, la contre-révolution. Et oui, il y a tout ça dans ces dates. Donc, Beethoven, j'y reviens. Je vous ai dit pourquoi j'avais choisi cette version, jeunesse, extra-européanité, plus que mixité entre les hommes et les femmes dans l'orchestre, brassage des âges, des sexes, des genres, comme on dit maintenant, et des cultures, comme il est bon ton de dire, pour moi, être cultivé, c'est sortir de sa culture, d'origine, sous-entendu.
16:12 J'aime beaucoup les Sardes. La Sardaigne est un bébé extraordinaire. Et ils ont un souci plus prononcé que chez nous, en Corse, même du patrimoine, et c'est pas peu dire. Parce qu'en Corse, il y a une prise de conscience depuis quelques années, tant mieux. mais enfin, je veux dire, un Sard qui ne connaîtrait que la culture Sardes, ce n'est pas le cas, heureusement, il y a des immenses, des immenses intellectuels chez les Sardes, n'est-ce pas ?
16:42 Certains même connaissent bien la culture chinoise, ou japonaise, mais être cultivé, c'est sortir de sa culture, d'origine. C'est tout le contraire de la connotation dite anthropologique de la culture depuis un mauvais usage de Lévi-Strauss, disons, qu'il a un peu induit, quand même. Ce n'est pas un anti-marxiste forcené, mais il prenait un malin plaisir, n'est-ce pas, à prendre le contre-pied du marxisme ce qui est son droit.
17:16 Il a par ailleurs d'excellents apports à l'anthropologie, mais ce n'est pas le meilleur, celui-là, n'est-ce pas, de comparer les cultures dont le riche foisonnement fait mon bonheur en particulier, mais j'espère qu'il fait le bonheur de tous, de les exprimer comme des espèces animales dispersées dans l'espace et non pas comme des étapes dans le temps historique, ce qui n'est pas la même chose.
17:46 Donc, oui, vous entendrez à la fin de la vidéo le final de ce quatuor contraste total, c'est pour ça que je tiens à vous donner, à rester là, à l'intérieur de cette œuvre magnifique. Je vous rappelle qu'elle clôt la magnifique galerie de quatuors de Beethoven.
18:18 Je n'aime pas dire répéter les connaisseurs, mais là, je répète juste une dernière fois, là, pour les connaisseurs. Je disais tout à l'heure que Beethoven est un des musiciens classiques et une certaine assise populaire chez ceux qui écoutent du classique. Ça ne fait pas grand monde. Je reprends mon fil, mais c'est plutôt dans les symphonies, dans l'orchestre. Ça, tout le monde connaît. Ou la pastorale, ou la neuvième, n'en parlons pas. Même avant, n'est-ce pas, que l'Union européenne ne la souille.
18:48 Mais, les connaisseurs savent que le Beethoven qui va le plus loin, celui dont tout ce qui va compter après, chez les compositeurs classiques, dans les compositeurs modernes, d'avant-garde, contemporains même, chez Beethoven, ça va être ses dernières œuvres pour piano et ses derniers quatuors.
19:18 Ils sont tous magnifiques, les 16. Ça, c'est le 16e. Ils sont tous magnifiques. Enfin, je veux dire, il y a un virage dans ce qu'on appelle la troisième manière de Beethoven, je ne vais pas m'attarder, où il cherche à aller au-delà de la forme qui est la plus usitée à son époque et dont il hérite des mains tout de même de Haydn et de Mozart. Haydn, Mozart, Beethoven forment ce qu'on appelle la première école de Vienne ou le classicisme musical. Pardon, j'en profite pour laisser comme ça quelques balises qui devraient être familières dès qu'on sort de l'école primaire, mais enfin, on en est loin.
De la fugue à la forme sonate : une forme dialectique
19:55 Donc, pourquoi je m'attarde là ? Parce qu'on revient à Hegel. Ce n'est plus un lien extérieur maintenant. La forme sonate est éminemment dialectique. Je continue ces considérations musicologiques, un peu prétentieux parce que je reste très basique pour l'instant, plutôt que musical.
20:34 La forme principale avant la forme sonate, disons, si je remonte à la génération d'un Bach dans l'Ancien Régime, c'est-à-dire quelqu'un qui est à cheval sur le XVIIe et le XVIIIe siècle, qui est le plus grand représentant de ce qu'on a coutume d'appeler le baroque, je ne sais pas très bien ce que ça veut dire, en tout cas, je sais qu'aucun des musiciens de l'époque ne se serait appelé comme ça. La forme la plus usitée, je parle de forme, je ne parle pas de genre, je ne dis pas symphonie, sonate, messe, musique sacrée, musique profane, ça c'est des genres, des différences de genre.
21:09 Je parle de la forme, c'est-à-dire de ce qui organise le morceau de l'intérieur et non pas de ce qui différencie de morceau extérieur à lui, comme une messe est différente d'une sonate pour piano. Non, non, je parle de ce qui structure le morceau de l'intérieur. C'est un peu plus difficile de voir une structure, une forme, dans le déploiement temporel que dans l'espace, pour aller un peu plus immédiatement visible. Un peu plus, il faut avoir l'œil exercé pour voir certaines structures dans l'espace. Mais, d'une manière générale, c'est beaucoup plus difficile de garder l'unité formelle, la maîtrise formelle, dans le temps, dans ce qui n'est plus là, aussitôt qu'il est là.
21:52 Or, la forme sonate a été précédée, je vous le disais, par la forme dite en imitation, dont le modèle le plus emblématique est la fugue. J'en profite pour dire à ceux qui ont la gentillesse de râler dans leurs commentaires, enfin de râler très gentiment et très courtoisement, de dire « Alors, quand est-ce que vous reprenez les musicosophies avec Aymeric Monville ? »
22:32 J'ai le plaisir de leur annoncer, pour ceux qui ne s'en seraient pas aperçus, que la série vient d'être remise à l'eau, si je puis dire, ou à... à l'ère d'automne, en tout cas. Et je remercie encore Aymeric de sa disponibilité. Depuis, c'est sur YouTube depuis trois jours, vous mettez « Musicosophie » et vous tomberez sur une petite réflexion sur le rapport entre musique et mémoire.
23:03 Et dedans, j'articule presque toute cette émission, c'est pour ça que j'en parle, sinon ce serait un détour, sur une prodigieuse fugue écrite par Mahler qui l'eut cru. Mahler, c'est pas un coutumier de la fugue, il sait très bien faire quand il veut la preuve, c'est une merveille. Il s'agit de la fugue qui clôt, qui est le final de sa cinquième symphonie, ce sont des gigantesques symphonies par rapport à ce qu'on fait à l'époque de Haydn et de Mozart.
23:34 Je veux dire que pendant que dure une symphonie de Mahler, on peut jouer quatre ou cinq symphonies de Haydn. à chaque fois, c'est des symphonies en quatre mouvements. Alors, j'y reviens. C'était la forme fugue avant la forme sonate. Quelles sont les différences ? C'est là que, comme on reparlait, dialectique, c'est que la forme fugue ou en imitation, je prends toujours l'exemple de Frère Jacques pour ceux qui ne connaissent pas du tout ce répertoire. Parce que tout le monde est censé le connaître, n'est-ce pas ? C'est une voix, puis une autre, qui imite la précédente, d'où la forme en imitation, tout simplement.
24:08 Même si dans la fugue, c'est plus compliqué que dans Frère Jacques où c'est un simple canon. C'est-à-dire que c'est exactement la même mélodie qui se répète avec la forme fugue, c'est un peu plus compliqué. Et ça demande un effort de mémoire, mais là, si vous voulez en savoir plus, regardez le musico-sophie, le dernier. Ce qui m'intéresse là, c'est qu'il y a un thème qui fait les frais de toute la fugue, avec des contre-sujets, ce que vous voulez, des variations, mais il y a un seul thème. On va prendre un exemple.
24:38 Le magnifique thème de l'art de la fugue qui est le testament contrapuntique de Bach. Deuxième voix.
25:13 Après, il y a le troisième voix, le quatrième voix. Voilà. Ça, c'est la fugue. Un thème, et après, ornementation, imitation, c'est une croissance végétale, si vous voulez, si on devait prendre une métaphore. Il n'y a pas, n'est-ce pas, les soubresauts de l'animal. Or, ce qui caractérise la forme sonate, c'est précisément non plus le monothématisme, un seul thème, mais le pluri, souvent le bi-thématisme. C'est-à-dire que dans la cinquième symphonie de Beethoven que tout le monde connaît, c'est le qui fait ça, c'est le premier thème, qui s'affirme d'une manière assez brutale.
25:53 On l'avait demandé à Beethoven, je ne sais pas si c'est vrai, c'est des anecdotes, ça va y être sûr, des anecdotes extra-musicales, mais enfin, pourquoi pas, on l'avait demandé, ça veut dire quoi, ça, ces quatre notes, tatatata, et il avait dit, c'est comme ça que le destin frappe à la porte. Bon, mais, contraste, il y a un développement de ce thème-là, presque tout le monde le connaît, et tout d'un coup, il y a un second thème, beaucoup plus tendre, beaucoup plus beau, alors on dit un thème viril, un thème féminin, parce que dans la société traditionnelle, n'est-ce pas, la distinction des genres recoupait toute une dichotomie de qualité, la pudeur, la modestie des femmes par rapport à, bref, mon côté un peu aigriard, machin d'aube, je laisse le soin chacun de savoir si ceci, est de l'ordre de l'imaginaire, si ça correspond à des réalités, enfin, quand c'est prescrit pendant un millénaire, ça finit par avoir une certaine réalité par moment, en tout cas, et toujours est-il que c'est ça qui caractérise la forme sonate, c'est qu'il y a un contraste, on ne peut plus prononcé,
27:03 entre les thèmes, et un immense interprète de Beethoven, du Beethoven symphonique, comme Furtwängler, disait que, dans Beethoven, les thèmes s'affrontent comme les personnages d'un drame. Alors là, on est en dialectique. On est vraiment, drama veut dire simplement action, en grec, n'oublions pas, n'est-ce pas ? Il y a une tension qui est créée par ce côté disparate entre des thèmes que tout semble opposer, n'est-ce pas ?
27:33 Je le dis pour ceux qui voudraient bien creuser un peu la question, de se reporter à, parce que Beethoven est un, pardon de parler avec des termes sportifs, encore que, ça n'a rien de réducteur, mais Beethoven est un champion des contrastes, soit des contrastes entre l'extrême aigu, l'extrême grave, il y a un chaos qui gronde en bas et puis il y a un motif qui essaye d'émerger là-bas, dans la lumière, soit entre rapide et lent, soit entre aigu et grave, comme je viens de le faire, soit entre légato et staccato, n'est-ce pas ?
28:19 Entre lié et détaché, si vous préférez, vous piquetez, il joue sur tous ces contrastes qui alimentent ce qu'on appelle en musique et les preneurs de son. Là, on n'est plus en musique, on est en acoustique, mais comprennent bien ce que je veux dire, ce qu'on appelle les dynamiques. Or, quoi de plus, quoi de moins éloigné de la dialectique, n'est-ce pas, que cette manière de procéder par opposition.
28:52 comme ceci, n'est-ce pas, par contraste. Et ces contrastes induisent une tension énergétique et la tâche du compositeur, c'est de gérer cette tension. Je prends exprès un terme d'économie, non pas pour me retrouver à Wall Street ou au Palais Brongniart, à la Bourse, non, non. Or que, quand j'utilise un mot, j'en assume toutes les connotations.
29:22 Mais, j'essaie de l'employer au sens où Freud de parler d'économie libidinale. Comment gérer la pulsion libidinale, n'est-ce pas, faut-il la sublimer, n'est-ce pas, la déchaîner, la refouler, la laisser s'exprimer par petites touches. C'est cette gestion de l'énergie fondamentale, de l'énergie induite par ces contrastes du haut, du bas, du grave, de l'aigu, du rapide et du lent qui font le génie de la forme sonate en général, qui font tout l'intérêt de cette forme qui est l'expression même de la modernité.
30:00 Ce n'est pas un hasard si elle apparaît à ce moment-là. Elle apparaît précisément au moment de cette modernité avec laquelle je ne cesse de ressasser, qu'elle est la vôtre modernité, la mienne, la nôtre. Parce qu'il y a une modernité au sens général, je ne vais pas le répéter, mais je vais dire le passage de la chasse et de la cueillette à la sédentarisation il y a des dizaines de milliers d'années est déjà, n'est-ce pas, une extraordinaire modernité. La construction des palais du pharaon par rapport aux maisons sur Piloti, c'est des modernités extraordinaires.
30:35 Non, non, je n'annexe pas la modernité en général, je parle de notre modernité. Et je parle bien sûr pour les historiens, les temps modernes commencent à la naissance, à la fin du Moyen-Âge, c'est-à-dire au XVIe siècle. Non, non, je parle à celle qui, allez, on ne le répète jamais assez, est issue de ces deux grands craquements que sont la révolution industrielle anglaise et la révolution politique française. et dans laquelle nous sommes encore plongés puisque c'est à ce moment-là que la campagne passe à la ville.
31:05 quand je parle d'assurer l'économie de cette énergie jusqu'au bout, je dis que c'est le propre de la forme sonate de se prêter à ce challenge, que ce n'est pas un hasard, je résume maintenant, si elle apparaît à l'époque moderne au sens où je viens de la baliser en termes chronologiques à partir de la fin de la deuxième moitié du XVIIIe siècle.
31:37 Et enfin, nulle part, elle n'est gérée d'une manière aussi maîtrisée que chez Beethoven, n'est-ce pas ? Et qui sert encore de modèle à des musiciens contemporains et d'avant-garde, n'est-ce pas ? Donc vous ne supporteriez pas trois ou quatre mesures. Enfin, je parle de ceux qui ne sont pas habitués. On s'habitue à tout si on fait un effort et si on l'écoute plusieurs fois. vous faites écouter au clair de la lune un pygmée, il est surpris.
32:11 Il est surpris. Ce n'est pas du tout ces intervalles, ces échelles de son, il n'a pas eu semblé un truc. Bref. Et inversement, quand on écoute de la musique chinoise, c'est quoi ? C'est bizarre, ces intervalles ? Oui, mais évidemment, on n'entend pas. On n'entend pas parce qu'on n'est pas habitué à entendre par exemple des quarts de ton avec lesquels l'Asiatique se régale. Nous, le plus petit, c'est un demi-ton. C'est un petit intervalle, n'est-ce pas ? C'est entre deux notes consécutives du clavier. Et alors, c'est comme les muscles, quand on ne les emploie pas, ils s'atrophient.
Hölderlin, la parataxe et le « Muss es sein »
32:41 Là, comme notre oreille n'est plus habituée à aller en dessous d'une demi-ton, les violonistes, si, les violonistes, quand ils accordent, on sent tout un go, un son, un petit glissando, un huitième de ton, un quart, un huitième. Voilà. Donc, oui, Beethoven, Beethoven est la forme sonate, on est en pleine dialecticité. Donc, ce n'est pas si extérieur de ça qu'il soit du même millésime avec les Beethoven et Hölderlin, n'est-ce pas ? Tenez, il y a le début d'un hymne de Hölderlin, sans titre, comme ça, c'est dans les grands fragments de la fin, un peu avant la folie, qui commence par cette exclamation « route du voyageur », au pluriel, « route du voyageur », point d'exclamation, « car ombre des arbres ».
33:31 Vous me direz, pardon, il manque un verbe, oui, c'est ça. Théodore Adorno, le mythe représentant le plus éminent, en tout cas, le plus pertinent musicalement de l'école dite de Francfort, une école néo-kantienne, qui ne présente pas que des avantages, mais qui, en tout cas, est très pertinent à ce niveau-là, Adorno a fait un admirable essai sur Hölderlin, sur la parataxe chez Hölderlin, n'est-ce pas ? Et il en profite pour tacler Heidegger au passage, qui a le culot de dire que quand Hölderlin parle, au cours de son voyage à Bordeaux, du temps de mars, c'est-à-dire du printemps, du printemps, dans le midi, pour lui, c'est le midi pour un Allemand, n'est-ce pas ?
34:10 Il découvre la Grèce, oui, nous, Bordeaux, pour nous, il y a plus au sud, mais enfin, pour un Allemand, n'est-ce pas, il y a les vignes, c'est livresque chez lui, n'est-ce pas ? Les Grecs, le pain d'art, le vin, il y a les vignes, il y a les figuiers, il y a la douceur de l'air par rapport au brume du Rhin, il y a tout ça. Or, il dit, sur un sol doux comme la soie au pays des Oliviers et à l'étranger délicieux, c'est clair qu'il parle de cette région.
34:44 là où foule ce sol de douceur des femmes brunes. Heidegger a le culot de l'air qui parle des femmes allemandes, là, il le tacle quand même. Mais enfin, ce n'est pas pour vous parler de ça, je signale au passage jusqu'où peut aller l'aveuglement. C'est ça la parataxe, c'est des phrases trouées, il manque un verbe, mais on se comprend. Regardez le contraste, route du voyageur, vous voyez, moi aussi, tout d'un coup, une éclaircie du soleil, des horizons, des perspectives, route du voyageur avec un point d'exclamation, comme un cri d'enthousiasme, c'est très beethovénien ça.
35:23 Et tout d'un coup, car ombre des arbres, regardez le contraste, car si grand de courage qu'ils fussent, eux les anciens, il leur fallait, à cause de l'âme, de l'ombre aussi, et de la fraîcheur. Ça s'extrait d'un hymne qui s'appelle le Rhin, n'est-ce pas ? Pardon, l'Ister, c'est-à-dire le nom grec du Danube. Excusez-moi. Comme Hölderlin, le Hölderlin dernier multiplie les allusions au fleuve, au pluriel, je mélange un peu les pinceaux.
35:56 Donc voilà, vous entendrez ce final qui on ne peut plus contraster. Et je tiens à vous dire, et cette fois, vous l'entendrez dans la version quatuor à cordes. Je tiens à vous dire que ce final, au départ, reprend un peu la lenteur, dans ces toutes premières mesures, la lenteur du mouvement qu'on vient d'entendre, mais d'une manière plus dramatique, semble poser des points d'interrogation, et tout d'un coup, une explosion de fraîcheur, de légèreté, de brise de printemps, tout centré autour de trois notes, dont l'une semble une question et l'autre la réponse.
36:42 Je fais le rythme, et le varier lui à l'infini. Au niveau des intervalles. Or, Beethoven a écrit sur la partition « Muss es sein, es muss sein ». Vous voyez, c'est rare, je ne sais pas, qu'on écrive sur la partition des mots, pas seulement des notes, n'est-ce pas ? « Muss es sein », c'est interrogatif. « Cela doit-il être ? » Réponse, « Es muss sein », cela doit être. Et quand Beethoven, mauvais coucheur, vous savez, vous connaissez l'imagerie avec sa chevelure, dit « Es muss sein », cela doit être, on a fait des gloses métaphysiques, ça veut dire Beethoven qui met de l'ordre, de la forme dans le chaos, pourquoi pas ?
37:22 Ça correspond assez après tout. Une grosse partie de son œuvre. Mais non, non, c'est plus merveilleux que ça. C'est l'ultime morceau de Beethoven, cet opus. C'est la femme de ménage qui avait laissé un petit mot. Est-ce que je dois le faire ? « Muss es sein », je ne sais pas, moi, le lit, la poussière, le ménage, la vaisselle. Et Beethoven avait écrit « Muss es sein, es muss sein ». Et voilà, ça finit sur un éclat de rire.
L'opposition éthique suprême comme moyen terme
37:52 L'œuvre du Titan. Voilà, je le dis pour la vidéo d'introduction et le générique de la fin. Maintenant, je voudrais que, je souhaiterais, je n'ose pas vouloir avec tout ce que Pierre-Alain nous donne, me donne en particulier, et donc vous donne à vous, parce que sans lui, je ne sais pas comment je pourrais m'adresser à vous de manière aussi efficiente. Je voudrais, j'aimerais qu'il me passe le plan que je vais envoyer et sur lequel je voudrais qu'on revienne un instant, n'est-ce pas ?
38:30 Après, nous passerons à la reprise de notre lecture des textes. Mais il y a, le plan, je me suis servi pour le plan, je ne me suis pas fatigué. Je me suis pris la table des matières, n'est-ce pas, de mon petit volume aux éditions Delga, parce que, les rubriques de cette table des matières correspondent aux grandes divisions de l'ouvrage. Il y a l'introduction, on se débat avec depuis, ça fait quand même plus de quatre séances maintenant, n'est-ce pas ? Puis, il y a, première grande partie après l'introduction, l'opposition éthique suprême, dans laquelle il faudrait qu'on ne tarde pas trop à rentrer, puisque, on a fini pratiquement l'introduction la dernière fois, dans laquelle je parle beaucoup d'Antigone, et dans le détail, cette fois, c'est-à-dire, en lisant bien les passages où Hegel donne son analyse de la tragédie et de l'enjeu qu'elle représente, du conflit de la famille et de la cité, du lien du sang au lien politique, de la citoyenneté, je ne reviens pas, on va y revenir, dans le temps, et, vous voyez,
39:41 la première partie, l'opposition éthique suprême, c'est ce qu'on va appeler tout le long de notre lecture, le moyen terme. Le moyen terme entre quoi ? Entre esthétique et politique, entre nos deux extrêmes, entre, rappelez-vous notre problème de la hiérarchie, entre le jeune Hegel qui met l'art au-dessus de tout, y compris, ce n'est pas du politique, et celui de Berlin qui met non pas le politique au-dessus de tout, mais en tout cas la relation à l'autre, oui, n'est-ce pas ?
40:14 Parce qu'après tout, même, la jouissance des œuvres d'art est aussi une manière, n'est-ce pas, de former ce que Kant aurait appelé, n'est-ce pas, une communauté intelligible. Donc, l'opposition éthique suprême, le conflit entre Antigone et Créon, et dans les étapes classiques de la dialectique, ça constitue précisément le moment de la médiation, le moment du milieu.
L'art rapproche l'homme de sa vérité, puis l'esthétisme
40:49 Donc, oui, je n'ai pas commencé par le début, mais par le milieu. Et à partir de là, maintenant, je peux distribuer le début et la fin, c'est-à-dire le début, le service divin, la gloire de la vérité. C'est une citation de Hegel, je ne me permets pas de faire des phrases pompeuses comme ça, mais en fait, c'est précis. C'est-à-dire qu'il y a un lien entre l'art et la sphère religieuse, le service divin, et ça déborde largement le christianisme, le service divin à la gloire de la vérité.
41:19 Ça veut dire qu'il y a toute une partie de l'histoire de l'art. Allez, maintenant, je rentre vraiment dans le contenu. Toute une partie de l'histoire de l'art au cours de laquelle l'art ne cesse de rapprocher l'homme de sa vérité. Et en ce sens, elle remplit un service divin, divin au sens où la vérité qui est commune à tous les hommes, n'est-ce pas, est quelque chose qui nous relie, et c'est le sens étymologique de religion, sans aller chercher les métaphysiques, l'immortalité de l'âme, tout ça, c'est presque secondaire par rapport à la fonction historico-anthropologique de la religion depuis toujours.
42:09 Et l'art ne cesse, l'évolution de l'art ne cesse de rapprocher l'homme de sa vérité. Et voilà qu'au moment, n'est-ce pas, où il en est tout proche. Cette vérité comporte tant de menaces, elle fait écrouler tellement de certitudes, vous vous rappelez du couple certitude-vérité, le savoir absolu, c'est l'accession à une vérité qui fait écrouler mes certitudes antécédentes, antérieures.
42:43 Donc, il arrive à un seuil où la vérité est tellement proche et elle fait tellement peur, n'est-ce pas, qu'on la refoule. Et à ce moment-là, l'esthétique devient de l'esthétisme et l'art est une prétention artistique qui devient un entêtement. Je fais un jeu de mots très familier chez Hegel entre « eigen », le sens propre, n'est-ce pas, et l'entêtement, « Eigensinn », n'est-ce pas, en allemand.
Le plan de l'Esthétique : de l'architecture à la poésie
43:14 Alors, ce sera beaucoup plus clair si j'en profite pour vous dévoiler un autre plan. Ça, c'est le plan de mon petit opuscule. mais le plan, le vaste plan que Hegel propose dans les nombreux volumes, quatre dans la version française, n'est-ce pas, de son esthétique, de ses leçons sur l'esthétique.
43:44 Je vous rappelle que ce n'est pas écrit directement de sa main, mais que ce sont des notes prises par ses élèves, validées par lui, bien sûr, c'est un élève très scrupuleux, les étudiants. Et avant de passer à ce deuxième plan qui est celui des leçons sur l'esthétique, je me permets de commenter ce qui a l'air un peu plus bizarre de la statue à la comédie ou de Goethe à Solger. C'est qui tous ces gens-là ? On va essayer de voir. Vers la fin, je vous le dis à l'avance, parce que quand on y sera, il y aura tellement de détails à prendre en compte qu'on risque de s'embrouiller.
44:21 C'est pour ça que je préfère non pas qu'on perde du temps, mais qu'on passe du temps à s'imprégner de la vision de la forêt et de sa globalité avant de se perdre dans les branches et dans les arbres, dans les arbres, dans les branches et dans les feuilles. Vers la fin, de la dernière étape de l'art, dernière étape, vue du côté de Hegel, c'est-à-dire de ce qui mène à son temps qui est celui de l'explosion du romantisme dont je rappelle qu'il est l'expression de la modernité, la première expression et la plus notable de la modernité dont je vous parlais tout à l'heure.
45:03 C'est pour ça qu'il ne faut pas confondre la modernité et les avant-gardes. Bien, les avant-gardes ont essayé, ont eu comme principe fondamental de s'opposer, d'essayer de quitter le romantisme, d'en prendre le contre-pied. Je ne veux pas rappeler ici, enfin, je ne veux pas rappeler que c'est la prétérition parce que je suis en train de le rappeler, que de même que le moderne déteste la modernité et préfère la musique baroque, n'est-ce pas, Tchaïkovski, parce que je ne sais pas, parce que c'est mauvais goût, c'est bien goût.
45:38 Il y a beaucoup de gens qui aiment ça, donc déjà, ça, c'est un des défauts d'Adorno. Quand une musique est déjà trop populaire, pour lui, c'est mauvais signe. Justement, le romantisme comme première expression de la modernité, quand ça arrive à l'époque de Hegel, il est étrange, c'est une hypothèse que je propose, je ne l'ai pas piqué ailleurs, donc à chaque fois, par honnêteté, je vous mets en garde.
46:12 Quand c'est un truc qui vient de moi, il faut me le vérifier quand même, n'est-ce pas, je n'ai pas l'autorité de certains après tout. À savoir que les étapes que Hegel assigne à l'évolution de l'œuvre d'art, dont je vous dis maintenant le plan, qui va de l'architecture à la poésie, en passant par la sculpture et la peinture et la musique, architecture, sculpture, peinture, jusque-là, on est dans les arts plastiques, dans les arts de l'espace, dans les arts qui se déploient dans un espace, soit un espace à trois dimensions, architecture, sculpture, soit un espace à deux dimensions, je ne sais pas, quand c'est une photo, un tableau, excusez-moi, c'est la couverture de l'avant-scène, mais qui reproduit un très beau tableau de Fragonard, n'est-ce pas ?
47:04 Donc, du XVIIIe siècle, j'ai encore cette robe de soie dans l'œil, je pense que c'est le peintre qui me bluffe ici, si je puis dire. Donc, ces étapes-là, les arts plastiques, architecture, sculpture, peinture, je reviendrai sur ce qui distingue aussi celle-ci entre elles, mais enfin, elles ont en commun d'être toujours dans l'espace. puis, n'est-ce pas, au-delà de la peinture avec la musique, la disparition de toutes les dimensions spatiales, et par contre, la dimension temporelle règne en maîtresse.
47:42 Ce qui est valable aussi pour le cinéma, par exemple, qui réunit les deux. Le cinéma, comme l'opéra en musique, réunit le visuel, donc l'espace, il faut bien un écran pour recevoir ce que le projecteur envoyait dans le temps, n'est-ce pas ? Ou ce qui est communiqué par un faisceau, maintenant, c'est par numérique, à nos écrans plats. Et puis, il y a le son, la parole, le texte, la dramatique, l'action, qui sont de l'ordre du temps.
48:19 Ce sont des formes impures, ce n'est pas du tout péjoratifs. Il y a un télescopage entre les arts plastiques, les arts du langage, les dialogues, par exemple, dans un film, ou dans un opéra. Les échanges, les duos, les trios, les quintets, les sextuors, ce que vous voulez. Qu'est-ce qu'on est en train de voir, là ? La progression de l'œuvre d'art, puis, au-delà de la musique.
48:51 Moi, je m'arrêterais bien là, la musique au-dessus de tout, vous me connaissez. Et romanticalement, c'était leur cas. Hegel, donc, il va au-delà. Il va au-delà, n'est-ce pas ? Pour aller jusqu'à la poésie, c'est un dossier compliqué. Je m'y attarderai plus en détail, mais là, je suis dans le plan, donc je vais très vite. Ce n'est pas tout à fait contradictoire avec la musique, parce que vous allez régner sur des mers bourrées de chlorure de sodium.
49:28 Ce n'est pas pareil que souveraine des mers qui vous doivent porter. Dans les deux cas, je ne suis pas dans la musique, apparemment, encore que dans la première proposition, je donne un sens, c'est le même sens dans le second. Vous allez régner sur des mers, oui, souveraines, c'est-à-dire qui règnent sur souveraines des mers qui vous doivent porter. Racine, dans Mithridate. Sauf que là, il y a tout d'un coup un soin particulier mis aux sonorités, à la métrique, à la prosodie, à la musique.
50:04 Donc, quand je dis que Hegel, le dernier stade, le sommet de l'art, ce n'est pas la musique, mais la poésie, ce n'est pas non plus une manière de quitter, c'est une manière de quitter peut-être la poésie purement instrumentale, ce qu'on appelle à tort ou à raison, c'est un autre débat, la musique pure. N'est-ce pas ? Au sens où l'opéra, je l'ai dit, est impure, par exemple. On en voit des problématiques intéressantes. Je laisse en suspens, je ne tranche aucune. Mais voilà, je tenais à rappeler que ce qui fait qu'un texte passe de la prose à la poésie, tout ce qui est point prose est vers comme je dis, c'est le mot du gentilhomme, n'est-ce pas ?
50:49 C'est lorsque aux éléments qui, du langage, et ça, ses propres langages, et c'est pour ça que Hegel, il ne veut pas rester seulement à la nuit musicale, il veut qu'il y ait le jour du concept des mots, souveraine des mers qui vous doivent porter. Il y a quand même, on voit des choses aussi, on entend des choses, ça évoque des réalités et des représentations, etc.
51:20 Donc, on cerne ici à la fois le point commun, ce qui fait qu'on passe de la prose à la poésie, ce n'est pas un élément de sens en plus, c'est le même sens. Encore une fois, vous allez diriger des océans bourrés de chlorures de sodium, souveraines des mers qui vous doivent porter, c'est la même chose, c'est le même sens. Mais pour ça, esthétique, aucune différence.
51:50 La différence, c'est quoi ? C'est la jonction d'une dimension musicale et temporelle, parce qu'il n'était jusqu'ici que des concepts. Mer, océan, eau salée, donc, tout ce que l'on peut déduire après. Or, on arrive donc à son époque. Dans la poésie, maintenant, je commence un peu à diviser, il y a la poésie lyrique, au sommet de tout, pour égale, il y a la poésie dramatique, si vous préférez le théâtre.
52:23 Je dis bien dramatique et non pas tragique. Molière est un immense auteur dramatique, n'est-ce pas ? Même si on rigole beaucoup. ne confondez pas dramatique, ça veut dire où il y a une action. Il y a une action. Il y a une action, et même, vous savez, qui est terrible chez Molière, attention. Ça pourrait tourner très mal s'il n'y avait pas, par miracle, comme ça, quelques reconnaissances et quelques artifices qui font que tout d'un coup ça finit bien. N'est-ce pas ? Mais regardez, les choses comme les misanthropes ou les femmes savantes, je veux dire, il y a une grande tension, je ne parle même pas du tartuffe, n'est-ce pas ?
53:00 Ou de Dom Juan. Donc voilà, l'art dramatique, la poésie dramatique, la poésie, donc, dans les textes, alimentent, sont prononcées par les personnages dans les représentations théâtrales, si vous préférez. et on arrive donc à son époque. Or, voilà ce que je propose maintenant, j'ai fait un petit détour un peu technique, maintenant j'y arrive et donc je vous demande de le vérifier.
Goethe, Schiller : l'histoire de l'art rejouée en une génération
53:33 Ces étapes correspondent curieusement aux étapes de sa génération. C'est-à-dire que si on reprend maintenant la statue, puis le peinture, c'est-à-dire l'idéalisme allemand, formule un peu plus extensive que le romantisme allemand, ça contient aussi bien des philosophes que des poètes. L'idéalisme allemand commence avec des grandes figures qui font rentrer l'Allemagne dans le concert littéraire européen, en le vaste...
54:09 Goethe et Schiller, n'est-ce pas ? Nous sommes ici dans la... Ils ont surtout le dernier tiers du XVIIIe siècle, même s'ils ont vécu surtout Goethe, qui est vécu vieux. Schiller est mort jeune. Goethe zu Gendisch auf Jüngling. Dédieu t'éduquers, jeune homme, écrivait. Le dernier à l'époque de la folie sur un papier, n'est-ce pas ? Il y a marqué Schiller en gros comme titre et le seul énoncé, c'est ça, dédieu t'éduquers, jeune homme.
54:44 Je vous rappelle que Schiller a été désigné comme citoyen d'honneur par la toute jeune gouvernement de la Convention pendant la Révolution française à cause de la place éminente qu'il accordait à la liberté dans son œuvre. « La nécessité de secouer le joug des tyrans » Oui, donc, ça commence par Goethe. Justement, ça commence avec le plastique. On reprend le même ordre, mais cette fois sur une génération et non pas sur 20 siècles.
55:18 Ça, c'est ma proposition. Je trouve ça troublant, le parallèle, n'est-ce pas ? Comme si Hegel, dans son articulation de l'histoire de l'art, était influencé par ce qui se passe plus ou moins à son insu, ce qui se passe dans son présent historique. Goethe va jusqu'à dire dans plusieurs déclarations que toute son œuvre littéraire, pour laquelle il était un véritable dieu vivant en Allemagne, il faut voir aussi l'importance, pas politique au sens restreint, mais l'importance profonde.
55:56 Lorsque, dans tous les pays où la chose est arrivée, il y a comme ça un auteur qui tout d'un coup dote son peuple d'une poésie, d'une littérature écrite nationale. Voilà, il y en a comme ça. Vous voyez, on a écrit en Espagne avant Cervantes, mais il a fallu attendre Cervantes pour que tout d'un coup, ce sont des chefs-d'œuvre qui peuvent tenir tête au sommet des autres vieilles nations littéraires, n'est-ce pas ?
56:27 C'est le Faust de Goethe, c'est les tragédies de Shakespeare pour l'Angleterre, c'est bien sûr l'œuvre Cervantes, en particulier Don Quichotte, pour l'Espagne, c'est la Divine Comédie, l'œuvre de Dante pour l'Italie, voilà. J'ai l'impression d'enfoncer des portes ouvertes. Mais, c'est là qu'on y arrive. Donc, il avait une grande popularité. Pour qu'il aille jusqu'à dire « Pauf, toute ma carrière d'écrivain a été une manière de me dédommager de ma carrière ratée de peintre, il aurait voulu être peintre. »
57:02 Je vous dis, l'investissement plastique de Goethe est bien connu de tous ceux qui étudient son œuvre. Si vous allez visiter, dans une ville que je vous recommande, Weimar, la petite Weimar, la petite, c'est pas une grande mégalopole, c'est pas Berlin, c'est pas Frankfurt, c'est pas Munich, c'est pas... Non, non. Mais, se promener dans... Ça n'a pas été trop détruit à la guerre, pas trop. Et, Weimar, vous vous déplacez de la maison de Schiller à la maison de Goethe.
57:37 Vous verrez déjà le contraste, d'ailleurs. la maison de Goethe, c'est presque le Louvre. C'est un musée avec une quantité invraisemblable de statues, d'imitations, de copies, de statues grec, italiennes, bref. D'une part, voilà, pour ce qui est du plastique culturel, mais aussi des formes naturelles. C'est pareil, collectionner des fossiles, n'est-ce pas, des squelettes d'animaux, voilà, passionnés par... par...
58:08 tout ce qui peut s'offrir, n'est-ce pas, à la gourmandise visuelle. Et un de ces personnages dans le Faust, ou un personnage très secondaire, puisqu'il s'agit de celui qui fait le guet dans une petite tour dans un château, commence une tirade célèbre par Zum Sehen geboren, né pour voir. Je ne sais pas si la méduse, n'est-ce pas, elle a d'autres choses, elle a des antennes, des machins, des perceptions, tous les animaux sont sensibles à des plantes qu'on appelle des sensitives, ou les toucher, se rétracte, n'est-ce pas.
58:51 Mais, voir se déployer devant soi les splendeurs de l'automne, par... Zum Sehen geboren, alors là, on reprend la progression, n'est-ce pas, et après, contraste, passage aux arts du temps, Schiller, qui est bien connu plutôt pour ses hymnes, et vous voyez, quand je dis hymnes, vous avez presque le chant qui vous vient à la gorge, on passe les arts plastiques à la musique tout d'un coup, où ce n'est pas un hasard si c'est un texte de Schiller et non pas de Goethe qui a été choisi par Beethoven pour le prodigieux final de cette réconciliation de toutes les tensions pour clore sa dernière symphonie, n'est-ce pas ?
59:37 Le texte écrit par Schiller comme hymne à la joie du Freude. Hegel dialectise les deux, la statue et l'hymne. La statue, il dit, elle est trop immobile par rapport à la réalité, à l'esprit, elle exprime moins la vérité de ce que nous sommes parce qu'il n'y a pas assez la temporalité dedans.
1:00:11 Attention, il n'est pas idiot. Je pense comme lui qu'il vaut mille fois mieux. Une belle statue bien faite, n'est-ce pas ? Un hymne raté. Mais voilà, si vous voulez, l'élément pour lequel la sculpture est moins faite, même si elle est idéale pour d'autres déterminations. Par contre, elle est dynamique. Et l'hymne, lui aussi, a son défaut. C'est qu'il épouse les moindres circonvolutions de l'âme, comme tout ce qui est musical, c'est très bien.
1:00:43 Mais par contre, il est trop évanescent, justement, il est trop dans le temps, c'est l'autre extrême. Et il va y avoir une synthèse, regardez la progression dans l'Olympiade. Mais oui, dans l'Olympiade, on retrouve le corps humain comme dans la statue, mais un corps vivant et un corps qui est où l'auteur est à la fois l'auteur et l'œuvre. N'est-ce pas ? L'athlète, n'est-ce pas ?
1:01:13 Produit sa corporalité, ici, en tout cas, celle qui lui fait réussir son exploit, par entraînement, par... Et il y a des hymnes de Hölderlin, donc on arrive exactement à ce qui est contemporain de Hegel, n'est-ce pas ? Je me permets, on ne va pas s'attarder dessus, mais je vous lis tout de même le... Alors, bon... Ah oui, le passage qui correspond à ce parallèle que je me permets de vous suggérer, n'est-ce pas ?
1:01:49 Alors, on va essayer de s'y retrouver. Voilà. vous voyez. Vous voyez. Non. pardon alors pour une hypothèse aussi inattendue je ne me permettrai pas de donner des preuves ce serait je donne des indices le premier de ces indices je lis ici à partir de la page 117 pour ceux qui ont le petit volume le premier de ces indices apparaît dans la troublante impression de parallélisme qui surgit en nous pour peu que nous comparions les moments respectifs de la religion esthétique les étapes dans l'art grec la statue, l'hymne l'olympiade pour peu que nous comparions
Lecture de l'ouvrage : statue, hymne et chœur de tout un peuple
1:03:03 les moments respectifs de la religion esthétique entre guillemets et du romantisme allemand du monde contemporain de Hegel le premier moment celui de la statue dans l'analyse de Hegel correspond précisément à ce qu'on appelle en Allemagne le classicisme celui des dieux de Weimar si vous allez à Weimar je vous ai recommandé d'y aller il y a une statue de Goethe et de Schiller se tenant par l'épaule devant le théâtre national premier théâtre national de l'histoire allemande le premier moment celui de la statue c'est le cas de dire correspond précisément à ce qu'on appelle en Allemagne le classicisme celui des dieux de Weimar or Goethe est justement le plus plastique des auteurs de cette période qui se déploie entre le premier Sturm und Drang c'est le réveil de la sensibilité un peu ce qu'il s'exprime avec Rousseau dans un ouvrage comme la nouvelle Héloïse et qui prend le contre-pied de la raison un peu des échanges des lumières qui se déploie entre le premier Sturm und Drang et le dernier romantisme il s'oppose Goethe en cela au moment qui lui succède immédiatement et qui mettra la musique bien au-dessus de tous les arts citons ici un musicien fort intéressé à ce problème
1:04:13 de l'évolution du romantisme Richard Wagner déclare en effet à propos de Goethe j'ai trouvé cet extrait dans l'essai de Wagner qui s'appelle Beethoven chez Goethe le penchant conscient vers l'art plastique était si fort que dans une période importante de sa vie il voulait absolument se considérer comme prédestiné à l'exercer et qu'en un certain sens il a pu considérer toute sa vie sa création poétique comme une sorte d'expédient destiné à le dédommager de sa carrière manquée de peintre je ne raconte pas des blagues mais voici je reprends la parole qu'aussi peu dans la religion esthétique dans la cité grecque l'inquiétude de l'artiste se retrouvait-elle dans la sérénité de la statue aussi peu le romantisme s'en est-il tenu à la mesure goethéenne l'hostilité de Novalis c'est le représentant le plus emblématique du romantisme allemand d'ailleurs on quitte le monde des arts plastiques de l'espace et de la lumière de ce qui se voit au grand jour ou à la lumière du soleil apollinien puisque l'oeuvre la plus connue de Novalis c'est un chef d'oeuvre ce sont les hymnes à la nuit là on est dans la plongée nocturne du romantisme allemand rappelez-vous la mort d'Isolde la dernière fois
1:05:23 sombrer n'est-ce pas versinken to sink en anglais n'est-ce pas sombrer ertrinken me noyer n'est-ce pas dans la volupté universelle dans le champ du monde ça c'est la course à la folie romantique c'était pas le cas de Goethe une petite anecdote je l'avais raconté il y a quelques années mais il y a beaucoup de nouveaux venus et quand même pour les remercier je m'aurais bien de le raconter parce qu'elle est assez amusante mais profonde aussi pour montrer à quel point la prudence de Goethe de Rilke a mis beaucoup de temps à comprendre tardivement la grandeur inquiète de Goethe parce que son côté apollinien classique et plastique font croire des fois qu'il est un peu froid par rapport au romantique alors que c'est une manière de se protéger et pour cause quand on voit l'hécatombe d'un autre victime néo-romantique allemand Bettina Brentano vous savez je l'aime bien elle a traversé comme ça comme une bacchante tout le romantisme allemand elle a bien connu d'assez près Napoléon Goethe Beethoven et Hölderlin
1:06:34 bref j'en passe et voilà qu'elle écrit une lettre à sa mère elle est toute jeune elle a 17 pas tout à fait 18 ans et elle rencontre Goethe qui a déjà 60 qui est un dieu pour toute l'Allemagne on vous rend compte comme elle est impressionnée la gamine et elle raconte dans sa lettre elle dit j'étais tellement émue par l'on que je me suis mis tout d'un coup à sangloter alors il a mis sacré Goethe il a mis sa main sur ma bouche en disant du calme c'est ce qu'il nous faut à tous deux je comprends tout voilà la prudence je suis sûr ça vous plairait mais il y a de quoi donc mais voici qu'aussi peu dans la religion esthétique l'inquiétude de l'artiste se retrouvait-elle dans la sérénité de la statue aussi peu le romantisme s'en est-il tenu à la mesure goethéenne l'hostilité de Novalis les hymnes à la nuit à l'auteur de Wilhelm Meister dans la carte illustre assez bien ses limites de la plasticité aussi est-ce à Schiller donc deuxième étape d'incarner la phase suivante celle de l'hymne l'hymne aussi évanescent et aussi fluide dans l'air
1:07:45 que la statue est immobile dans sa pierre dans sa minéralité et il écrit même Schiller cette ode à la joie lequel amplifié par le chœur béthovénien devient l'hymne par excellence du Frühromantik on n'a pas le Frühromantik on n'a même le tout début du romantique mais écoutons de nouveau Wagner préciser tous deux se sont rencontrés aussi dans leur pressentiment de l'essence de la musique mais chez Schiller ce pressentiment s'accompagnait d'une vue plus profonde que chez Goethe qui lequel Goethe conformément à toute sa tendance n'a saisi d'elle que cet élément plaisant plastiquement symétrique comme ceux qui sont contents dans la musique baroque de voir qu'il y a un rythme qui se répète comme les colonnes symétriques je pense que c'est fait des chaleurs mais enfin il y en a qui aiment surtout ça alors qu'il y a bien autre chose de la musique baroque plaisamment symétrique de l'art musical par lequel il arrive que l'art des sons manifeste à son tour une ressemblance analogique avec l'architecture maintenant je reprends la parole pour dire glissons à présent à titre d'incident cette remarque de Hegel
1:08:55 extraite du tome 1 ça fait beaucoup d'indices qui convergent du tome 1 de son esthétique où il dit ceci Hegel on dirait que c'est la continuation de ce que dit Wagner Hegel n'aurait pas du tout apprécié le bavardage de Wagner mais tandis que Schiller s'est plongé dans l'exploration des profondeurs intimes de l'esprit les tendances de Goethe l'ont porté vers l'étude du côté naturel de l'art l'esprit et la nature de la nature extérieure des organismes végétaux et animaux des cristaux vous connaissez bien le fréquenté j'ai souvent chez Goethe donc avec Schiller c'est une communauté hymnique qu'exprime la poésie allemande et nous pressentons enfin dès qu'on dit l'hymne on sent venir nous pressentons enfin celui qui clôt cette phase ascendante à la limite supérieure de laquelle nous avions laissé la conscience de la religion esthétique celui avec lequel nous allons de l'hymne à l'oeuvre d'art vivante citation de Hegel ou du moins jusqu'à l'imminence proclamée de cette dernière de même en effet que dans la religion esthétique la fluidité de l'hymne était trop évanescente pour être à même de donner une présence
1:10:05 à la vérité politique ce jour spirituel de la présence pour parler comme Hegel de même cet hymne de Schiller Hölderlin exige qu'il soit chanté ici et maintenant sur le sol du national ce n'est pas national pas de méprise et je cite Hölderlin mais ce qui viendra ce qui viendra sera tout autre chose que le chant d'une harpe que le chant d'un soliste que le seul lyrisme ce sera le chant le chœur de tout un peuple et le père saint on retrouve toujours le petit théologien n'est-ce pas de sa jeunesse et le père saint demeurerait donc Dieu lui-même demeurerait muet et solitaire dans ses ténèbres vous voyez l'audace et ne se retrouverait nulle part chez les vivants si la communauté ne savait le chanter d'un seul coeur s'il n'y a pas sur terre un chœur une collectivité pour le chanter il ne reste pas grand chose c'est sacrilège jejeu c'est ce qu'il dit vous en faites ce que vous voulez voilà notre parallèle je termine mon parallèle là-dessus notre parallèle devient ici tellement manifeste qu'il en arrive
1:11:15 à être posé par la conscience moderne elle-même le poète allemand Hölderlin sait qu'une nouvelle hélas une nouvelle Grèce est en train d'apparaître sur son sol et il pose même la raison de la différence qui retarde cette apparition qu'est-ce qui fait que l'Allemagne ne soit pas une Grèce ratée dans son hymne aux allemands il laisse en effet échapper ce cri où l'espoir le cède à l'aveu d'impuissance il s'adresse à l'Allemagne et lui dit mais où est à Delos où est en Olympie ce sont les lieux de rassemblement des grecs la ligue de Delos toutes les cités grecques rivales qui font la trêve de leur conflit pour venir aux Jeux Olympiques à Olympie mais où est à Delos où est en Olympie l'appel à l'unité pour que nous nous y retrouvions tous lors de la fête suprême voilà c'était pour dire qu'on parlait mais pas tout à fait arbitraire non plus maintenant je maintiens que c'est une hypothèse et que ce serait intéressant de le tirer donc je reviens maintenant au texte que je vous ai annoncé dans ce qui a été publié sur Facebook c'est à dire les dernières pages qui clôturent la première grande partie
Antigone, dérogation à l'historicité de l'art
1:12:26 j'espère que je suis clair les dernières pages je préférais la conclusion de la première partie qui succède à l'introduction c'est à dire celle qui s'appelle l'opposition éthique suprême par laquelle Hegel désigne toujours bien sûr le conflit d'Antigone et de Créon et je ne rentre pas dans le détail toujours pas ce sera pour la prochaine fois je vous le promets par contre là et pour que ce soit la prochaine fois beaucoup plus clair on en voit tout de suite le bilan n'est pas le conflit d'Antigone et de Créon n'est donc pas seulement je le lis d'une traite n'est donc pas seulement encore actuel à l'époque de Hegel il l'est plus que jamais le contenu historique de ce malheur moderne est seul susceptible de fonder cette récurrente intemporalité du conflit tragique là je suis obligé d'arrêter et de faire un petit commentaire n'est-ce pas à quoi je peux le dire quand je dis cette récurrente intemporalité du conflit tragique je parle du conflit d'Antigone et de Créon vous voyez j'ai commencé la première phrase
1:13:36 là-haut le conflit d'Antigone et de Créon pas le conflit tragique en général même si ça pourrait s'appliquer à la tragédie en général mais pourquoi particulièrement à celle d'Antigone parce que Antigone je l'avais dit très rapidement dans l'introduction à tout ceci mais là je suis obligé de m'attarder un peu plus est de la part de Hegel l'objet d'une incroyable clause dérogatoire par rapport à son esthétique en général je fais allusion à quoi d'une manière générale l'esthétique de Hegel revient et c'est un côté disons pré-marxien pour rester des mots prudents disons mais indéniablement c'est que il n'est pas dans l'anachronisme il met toujours en relation l'expression esthétique d'une époque n'est-ce pas et le contenu historique qu'elle exprime à son insu il ne s'agit pas de condamner l'art à illustrer n'est-ce pas des contenus extérieurs à lui-même et donc
1:14:47 je veux dire il n'y a pas comme ça une intemporalité il n'y a pas une beauté éternelle comme ça qui se moque des déterminations historiques je veux quand même vous donner un exemple pour être concret avant de montrer en quoi la tragédie d'Antigone est une exception dans ce que je suis en train développé et une dérogation je reviens d'abord à la règle générale pour l'illustrer n'est-ce pas prenons par exemple la figure du sphinx là on est à la sculpture si vous voulez dans les arts plastiques le sphinx d'Egypte n'est-ce pas ou le sphinx de la mythologie qui apparaît dans la tragédie d'Oedipe n'est-ce pas vous savez que Oedipe n'est-ce pas lorsqu'il arrive à Thèbes il ne veut pas rentrer chez lui il ne sait toujours pas que ce sont des parents adoptifs ses parents à lui n'est-ce pas qui croient être ses parents et donc comme l'oracle qui est allé consulter à Delphes en bon grec comme l'oracle lui a dit qu'un jour il tuerait son père et qu'il épouserait sa mère il est tellement terrifié par la prédiction
1:15:57 qu'il n'est même pas rentré chez lui pour ne pas donner la moindre chance à la prophétie de s'accomplir et il va à Thèbes où sont ses vrais parents enfin sa mère en tout cas puisque son père il l'a tué mais il ne le sait pas encore n'est-ce pas parce qu'il lui barrait la route à un moment d'énervement au carrefour au lycée de Delphes dans une chaleur torride on s'énerve vite et donc Oedipe au moment où il arrive à Thèbes donc pour ne pas rentrer chez lui et qu'il va découvrir cette cité l'accès l'entrée de Thèbes est barré par la figure du sphinx c'est un monstre le sphinx comme en Égypte qui a des aspects humains en morphologie et animaux laissons le détail il est connu bien sûr vous le savez bien pour être surtout celui qui pose des énigmes il est un vrai sphinx ce type ça veut dire il est bien mystérieux n'est-ce pas l'énigme le voyageur
1:17:07 n'est-ce pas est censé déchiffrer résoudre une énigme s'il ne la résout pas le sphinx le dévore mais s'il la résout ce qui n'est encore jamais arrivé c'est le voyageur qui tue le sphinx qui tue le met hors d'état de nuire la plupart d'entre vous connaissent la suite n'est-ce pas l'énigme que propose le sphinx à Oedipe c'est quel est l'animal qui marche à quatre pattes le matin à deux pattes à midi à trois pattes le soir et Oedipe répond c'est l'homme l'homme qui marche à quatre pattes comme le bébé que nous avons tous été le matin de sa vie qui marche sur ses deux jambes lorsqu'il est mûr et qui s'aide d'un bâton ou d'une canne à trois pattes le soir lorsqu'il est vieux et c'est comme ça que le sphinx cesse de terroriser l'entrée de Thèbes et que le peuple de Thèbes est tellement content d'être débarrassé qu'il sacre Oedipe roi de Thèbes Oedipe roi et la fatalité s'accomplit parce que il a bien mérité dans l'esprit du peuple Thébain par reconnaissance d'épouser la veuve de Laios la veuve de son père où il faut en arriver
1:18:20 par rapport à ce qu'on disait juste avant de faire entrer l'historicité pas l'historicisme l'historicité dans l'expression esthétique il y avait un sphinx en Égypte et Hegel va jusqu'à dire qu'il faut arrêter de faire des anachronismes il y en a qui savait qu'il y a des extraterrestres qui sont venus à construire les pyramides c'est une banalité c'est tellement c'est tellement minable par rapport à la réalité c'est plus bouleversant de voir que malgré des moyens très réduits techniquement on est arrivé à faire des choses aussi époustouflantes même au-delà des égyptiens les hommes de la préhistoire transportaient des blocs énormes vous savez des dolmens du menhir sur des rondins de bois ils mettaient de l'eau de la boue pour que ça glisse soit un peu plus facile à transporter c'est tellement plus émouvant de voir la débrouillardise humaine et son intelligence n'est-ce pas que le faire comme Sésame ouvre-toi avec un coup d'épée laser bref donc Hegel va jusqu'à dire
1:19:31 que le sphinx était une énigme même pour les égyptiens il ne faut pas croire que les égyptiens avaient la solution de l'énigme or ce que Hegel nous fait remarquer c'est que la réponse à l'énigme du sphinx ancien c'est l'homme c'est l'humanisme grec qui commence n'est-ce pas une émancipation de l'homme par rapport sous-entendu par rapport au dieu car c'est c'est le divin qui est je ne dis pas terrifiant mais qui qui écrase la créature dans le monde égyptien n'est-ce pas ne serait-ce que le pharaon lui-même qui est un dieu vivant n'oubliez pas voilà ce n'est pas du tout du monde de valeur esthétique n'est-ce pas l'art égyptien est inégalée par exemple par son sens du mystère par exemple j'isole une détermination n'est-ce pas j'entraîne pas toutes les autres avec mais voilà il y a un progrès historique entre toute une société dominée par un
1:20:46 et c'est pas encore ça il y a des esclaves à Athènes mais il y a une communauté d'hommes qui ont les mêmes droits entre eux et dans les les litiges ils ne peuvent être tranchés que par la parole au parlement là où on parle où il faut la philosophie les sophistes devant le public comme ça où il faut parler pour convaincre avant le vote voilà sur l'agora et sur la Pnyx voilà un exemple qui montre que les œuvres d'art ne peuvent pas apparaître avec toute leur détermination propre n'importe quand dans l'histoire ou dans le monde il y a des raisons qui font qu'elles apparaissent ici et non pas là par exemple il y a une exception c'est la tragédie d'Antigone parce que Hegel passe son temps à dire que c'est une tragédie valable dans tous les arts et dans tous les temps ce qui est fascinant c'est que Marx c'est assez rare que Marx parle d'esthétique et bien le rare moment où il en parle c'est pour dire la même chose il dit pourquoi les créations
Pourquoi Antigone vaut pour tous les temps
1:22:01 de la mythologie grecque pourquoi l'art grec d'une manière générale que ce soit sa littérature ou sa plastique pourquoi on se sent concerné alors que c'est un mode de production révolu depuis longtemps à savoir ce qu'il y a d'ailleurs dans l'ensemble pourquoi ça nous concerne encore pourquoi cette dérogation c'est à cette question que je vais m'efforcer de répondre pendant cette première grande partie qui s'appelle l'opposition éthique suprême je tire cette formule d'un passage des principes de la philosophie du droit où le vieux Hegel puisqu'il s'agit de son testament politique dit précisément que dans la tragédie d'Antigone la tragédie entre le public et le privé la famille l'état pardon la cité et la famille c'est l'opposition éthique suprême et donc la plus hautement tragique et il dit dans l'esthétique
1:23:11 par ailleurs c'est à la même époque Hegel de Berlin de tous les chefs-d'oeuvre de l'antiquité et du monde moderne je vous l'ai déjà cité je les connais tous si chacun peut et doit les connaître Antigone me paraît le plus parfait le plus apaisant en elle féminité et virilité sont incarnés et c'est une œuvre valable dans tous les temps pourquoi cette dérogation comme s'il y avait quelque chose d'extra-historique tellement rare chez Hegel n'est-ce pas alors je vous dis tout de suite puisque je vous ai dit que je ne rentrerais pas dans le détail cette fois-ci mais la fois prochaine ce que j'ai trouvé à l'issue ce qui me semble avoir trouvé à l'issue d'une recherche une réponse à cette question c'est le fait que Hegel développe le fait que la famille c'est par instinct par essence l'intérêt d'une communauté restreinte sous-entendu qui peut être au détriment des autres la famille d'abord c'est pas pour le condamner c'est surtout chez un corse croyez-moi mais simplement
1:24:21 pour rappeler qu'il y a des solidarités de proximité assez différentes de la solidarité qui fait que certains font des donations lorsqu'il y a eu des inondations dans une autre région et bien loin de leur famille de manière plus collective si vous voulez donc la famille collectivité un petit rayon d'action un petit espace je veux dire en tout cas dans le nombre de personnes concernées par rapport à la collectivité politique historique civile la société civile et c'est là que je vais demander à Pierre Alain cette fois de déployer un autre texte je reviendrai après à celui-ci qui va montrer ce voilà vous voyez extrait donc toujours de la phénoménologie il en dit plus sur l'esthétique dans la phénoménologie enfin certaines choses sont plus développées dans la phénoménologie en particulier dans le chapitre sur la religion esthétique que quelquefois dans les leçons sur l'esthétique ici il s'agit
Le monde éthique : la guerre et la mort, maître absolu
1:25:31 du tome 2 et extrait qui s'appelle le monde éthique dont je vous ai déjà dit qu'il s'agit de la cité grecque antique la communauté vous vous rappelez ce à quoi s'oppose la famille n'est-ce pas la communauté que dirige Créon la communauté de Thèbes par exemple la cité de Thèbes la communauté peut donc d'une part s'organiser peut pas doit elle peut elle a la permission de l'état de la cité du gouvernement de s'organiser dans les systèmes de l'indépendance personnelle et de la propriété tiens une notion économique commence à se pointer vous allez voir qu'on n'est pas loin du résultat auquel je voudrais aller avec vous de la propriété du droit personnel et du droit réel pareillement donc c'est toujours la même idée peuvent toujours peuvent pas doivent s'articuler d'autre part et se rendre indépendants dans leurs propres associations les modes de travail pour des buts en première instance singuliers pour des buts particuliers et non pas un but universel c'est pas travailler pour la patrie ou pour la nation le potier fait des pots le pêcheur répare ses filets le guerrier
1:26:41 s'entraîne au gymnase entraîne ses muscles j'en sais rien le poète travaille les odes de Pindare où Pindare relie les odes n'est-ce pas donc voilà bien que ça bien que ce soit le monde de l'unification il n'est pas toujours en train de s'opposer au privé le public fait en sorte qu'il y ait la possibilité peuvent au particulier de s'enrichir dans tous les sens en indépendant les modes de travail pour des buts en première instance singuliers faire du bénéfice deux points et voilà les buts ceux de l'acquisition et de la jouissance donc la famille est quand même liée à une économie qu'on appellerait aujourd'hui libérale en tout cas à une visée de propriété d'appropriation
1:27:51 privative ça c'est du côté des particuliers de ce qu'il appelle les singuliers mais sous-entendu l'esprit de l'association universelle alors on est au contraire du particulier l'esprit du gouvernement de la cité est toutefois la simplicité et l'essence négative de ces systèmes en train de s'isoler vous voyez qu'il y a une tension là entre la dispersion entre systèmes qui ont tendance à s'isoler et à oublier la solidarité collective et au contraire une exagération de l'autorité abstraite vous voyez ici lorsqu'il y a une exagération inverse celle du privé qui oublie n'est-ce pas l'universel dans son propre dans ses propres visées singulières qu'est-ce qui se passe ?
1:28:40 vous avez la réponse elle est saisissante pour ne pas les laisser s'enraciner et se durcir dans cet isolement donc pour ne pas se laisser désagréger le tout la cité et s'évaporer l'esprit on voit bien ce que veut dire l'esprit ici n'est-ce pas c'est une acquisition historique le gouvernement doit il suffit plus de peu là de temps en temps les ébranler les privés les particuliers qui sont un peu dans les délices de Capoue comme on dira à Rome les ébranler dans leur intimité par la guerre ne me faites pas dire ce que j'ai pas dit ne me faites pas dire à Hegel ce qu'il n'a pas dit là il analyse le moment de la cité grecque la guerre avec les Perses ce n'est pas les Grecs qui l'ont choisi ils n'ont pas décidé de faire la guerre parce qu'ils étaient belliqueux n'est-ce pas ?
1:29:24 ils faisaient déjà suffisamment la guerre entre eux non non mais là toutes les cités se sont unis même Sparte et Athènes n'est-ce pas ? qui se sont tellement battus se sont unis contre les Perses pensez à Léonidas au Thermopyle n'est-ce pas ? le Spartiate donc le gouvernement doit de temps en temps les ébranler dans leur intimité par la guerre il doit déranger leur ordre qui se fait habituel violer leur droit à l'indépendance de même qu'aux individus là je vais avoir besoin de la suite qui en s'enfonçant dans cet ordre sous-entendu dans la jouissance et on dirait aujourd'hui dans la consommation se détache du tout et aspire à l'être pour soi inviolable et je vous emmerde excusez-moi je vais dire c'est un peu je fais allusion ici aux libertariens vous savez ceux qui attendent le type qui vient pour les impôts avec un fusil à l'entrée de leur ranch n'est-ce pas ?
1:30:24 et pourtant aux Etats-Unis l'impôt n'est pas beaucoup n'est-ce pas ? qui en s'enfonçant dans cet ordre se détache du tout et aspire à l'être pour soi inviolable et à la sécurité de la personne le gouvernement doit dans ce travail imposé et alors on voit la profondeur de Hegel donner à sentir leur maître et c'est un rappel un rappel de ce pour quoi on est ensemble c'est pas pour mieux courser le mammouth c'est pas seulement utilitaire on a un but profond qui est l'essence même de l'association humaine bien différent de toutes les sociétés animales la mort je signale d'ailleurs pour ce qui est de ce texte étonnant que le bon Hyppolite bon dans tous les sens très bon traducteur mais aussi c'est un homme d'une grande bonté pour ceux qui ont suivi ses cours comme j'ai eu la chance de le faire quelquefois pas assez souvent parce que c'était un petit peu à la fin de sa carrière que vous ce qui arrive moi nous allions de temps en temps c'était pas au programme de mon propre de mes propres examens mais enfin c'était tellement merveilleux alors là ici Hyppolite met une petite note pour ce texte là
La famille, la société civile et la machine
1:31:34 n'est-ce pas sur le rôle de la mort le maître absolu voir un peu plus loin à propos du sens de la terreur dans la révolution française Hegel reprendra la même idée la mort à laquelle la communauté expose un individu est donc le point de rencontre des deux lois puisque la loi divine a pour essence le culte des morts voilà je rappelle au passage n'est-ce pas je reviens maintenant au texte pardon je demande à Pierre-Alain de faire un va-et-vient je reviens aux quatre pages qui se développent de 72 à 76 n'est-ce pas de mon opuscule et on va clore là-dessus dans la mesure maintenant que vous savez qu'il y a qu'il y a contamination non pas de la personne d'Antigone mais en tant qu'elle défend la famille il ne faut pas oublier et ça c'est un point donné à Créon autant Créon a tort n'est-ce pas d'aller au-delà des prérogatives
1:32:45 de la cité au lieu de laisser tranquillement les familles et ses sacrés s'occuper de leur domaine propre que celui du soin qu'on doit apporter aux parents disparus aux parents morts en tout cas de même je veux dire sinon Antigone en tout cas la famille qu'elle défend la solidarité de proximité il ne faut pas non plus n'est-ce pas que le le particulier qui est son horizon vienne compromettre n'est-ce pas des siècles quelquefois voire des millénaires n'est-ce pas de destination collective il y a toute une dialectique ici un curseur à trouver et c'est ça que je vais développer dans la suite des lignes que nous lisons dans la mesure où au seuil de sa spiritualisation absolue le dernier danger qui guette l'esprit est l'engloutissement dans l'être là naturel vous voyez les individus qui en s'enfonçant dans le train-train dans la consommation l'engloutissement d'un être là naturel le contraire de ce que Hegel appelle l'esprit de l'histoire il devient manifeste
1:33:55 que pour celui Hegel qui dès l'époque d'Iéna avait su discerner le lieu effectif où s'opère un tel engloutissement l'impératif suprême soit d'ordre politique ce qui lors du déclin de l'ordre éthique se limitait encore à l'époque grecque à quelques systèmes en train de s'isoler c'est ce que je viens de vous lire est devenu avec la puissance sans limite assignable de la machine une bête sauvage qu'est-ce qu'on est en train de voir voilà la réponse à la question pourquoi cette dérogation Antigone ?
1:34:26 pourquoi c'est valable dans tous les temps ? qu'est-ce qu'il y a d'intemporel ? qu'est-ce qui est encore d'actualité pour nous dans la tragédie d'Antigone ? je rappelle les questions et maintenant je continue à avancer dans la réponse c'est que si la famille par rapport à la cité c'est le privé par rapport au public toutes les familles la juxtaposition des familles forment ce qu'on appelle aujourd'hui la société civile un statut intermédiaire avec toute l'ambiguïté qu'il y a dans tout ce qui est au milieu qui est coloré un peu par les deux extrêmes on ne sait jamais où on en est deux extrêmes entre la famille proprement dite et l'état les deux extrêmes et le collectif impersonnel ce que Rousseau appellera la volonté générale dans le contrat social entre ces deux extrêmes il y a la société civile si vous avez du mal à voir en quoi elle consiste prenez-la à ses premiers balbutiements prenez deux chasseurs de la forêt amazonienne deux indiens deux jeunes hommes quittant le village
1:35:36 s'éloignant du village donc de la cité du collectif parce qu'il faut bien aller de temps en temps renouveler les stocks n'est-ce pas? s'éloignant un peu et se retrouvant dans la forêt c'est pas l'état c'est pas la famille non plus ils sont un peu plus libres là, là, là vous voyez les deux là ils peuvent se faire des confidences des choses qu'ils ne devraient jamais dire en public la société civile c'est un peu là où tous les coups sont permis n'est-ce pas?
1:36:10 c'est la rue c'est l'école de la rue donc cette société civile c'est-à-dire la société pour laquelle le capitalisme aimerait que ce soit le seul horizon de toute société qu'il n'y ait pas d'état pour la coiffer bien sûr le capitalisme adore qu'il y ait un appareil d'état quitte à ce qu'il soit répressif mais un appareil d'état c'est pas la volonté générale c'est la volonté de quelques-uns s'imposant à tous grâce à un appareil dont il nous fait croire que c'est l'état que c'est collectif c'est intéressant ce qu'on voit là or avec la machine c'est-à-dire ce qui apparaît à l'époque de Hegel la société civile sa puissance de s'engloutir dans l'être-là naturel a pris une force qui n'y avait pas du tout au moment de la cité grecque et là je suis obligé de rappeler à ceux auxquels je n'ai pas encore lu un texte sur lequel je m'étais attardé dans d'autres circonstances c'est le fameux texte que Hegel écrit un peu avant la phénoménologie à Iéna
Iéna : l'argent, concept matériel existant
1:37:20 quelques années avant et qu'on appelle la première philosophie de l'esprit qui a été écrite à Iéna en 1803 quatre ans avant qu'il achève la phénoménologie et après un passage très marxien sur l'apparition des machines sur la misère qu'elle peut engendrer il prend même l'exemple d'une fabrique d'épingles on croirait ça résonne en harmonique avec la quarantaine de pages du Capital il dit ceci ces travaux en parlant du monde industriel modèle anglais à son époque ces travaux variés en vue de la satisfaction des besoins pris comme choses le fétichisme doivent de même réaliser leur concept leur abstraction leur concept universel doit de même être une chose comme eux je vous dis tout de suite il est en train de parler de l'argent du fiduciaire de la monnaie mais une chose qui en tant qu'elle est un universel les représente tous l'argent c'est souligné est ce concept matériel existant l'argent concept matériel existant un concept existant pas un concept dans la tête la forme de l'unité ou encore la possibilité
1:38:30 de toutes les choses du besoin mais la possibilité pas la réalisation il y a loin du possible au réel avec un petit gland comme ça vous avez un chêne qui est possible mais vous faites pas vous faites pas votre sieste à l'ombre d'une graine de chêne ou d'autres choses n'est-ce pas vous pouvez oublier le besoin et le travail élevé à cette universalité forment ainsi pour soi dans un grand peuple et ça c'est le monde dans lequel nous vivons un immense système de communauté et de dépendance réciproque une vie qui se meut en soi-même autonome c'est la société civile économique c'est l'économie de la société civile une vie qui se meut en soi-même autonome d'une réalité morte vie qui dans son mouvement s'agite d'une manière aveugle élémentaire et qui telle une bête sauvage et c'est ce qui a inspiré mon titre à Clouscard et qui telle une bête sauvage a besoin d'être continuellement et c'est là qu'on voit Hegel n'est pas un libéral dompter et maîtriser avec sévérité l'état
1:39:40 doit contrôler les débordements de la société civile ce que la Chine fait avec certains qui avaient un petit peu oublié n'est-ce pas dans l'entreprise chinoise qui avaient un petit peu oublié qu'il y a autre chose que leurs propres intérêts que les intérêts privés de leur entreprise dans la République populaire de Chine voilà je voudrais en rester à cette fois-ci parce que je n'ai pas envie de manger votre temps de questions vous voyez que c'est passionnant ce qu'on va rentrer et oui vous n'y attendiez pas ce qu'un petit goût nous renvoie à l'économie de la société civile pas elle-même pas elle toute seule la famille oui le particulier le privé le clan il faut que je regarde je crois que Pierre-Alain a dû recevoir ah mais j'ai un message de Guillaume que je salue au passage Hegel porte donc au sommet la musique parlée la musique qui retrouve la langue et les mots de la tribu oui bravo Guillaume je souscris entièrement
Philosophe, mathématicien, poète ; le droit comme passerelle
1:40:51 à j'avoue que je suis particulièrement gratifié ne fiez pas que je suis content je ne suis pas on n'est pas là pour que je sois content mais je suis gratifié lorsque je vois plusieurs interventions sur plusieurs sujets différents que j'ai pu faire que je vois un auditoire qui les cumule qui voit bien l'enjeu qui circule oui lorsque je vais développer essayer de développer pour les débutants l'initiation à la philosophie c'est à dire ce que j'avais mis sous la rubrique nature et origine de la philosophie il faut encore commencer par là j'avais conclu cette première approche de qu'est-ce qui est spécifique de la philosophie c'est que quelque part elle est elle a un rapport au langage le qu'appelles-tu socratique n'est-ce pas on n'interroge pas seulement le ciel ça on n'a pas attendu Socrate pour ça n'est-ce pas les hindous les chinois les Égyptiens les anciens et sans doute aux ancêtres même d'avant l'écriture de la préhistoire non ce qui est nouveau
1:42:01 à partir de Socrate c'est qu'on interroge les mots par lesquels nous transmettons ces choses n'est-ce pas qu'appelles-tu le courage qu'appelles-tu l'art qu'appelles-tu la beauté qu'appelles-tu la politique la justice or quel rapport avec la question le rapport le philosophe le partage avec deux autres personnages qui ont aussi un rapport très différent au langage le mathématicien qui a un rapport au langage d'abord négatif qui met le langage de tous les jours de côté parce qu'il est trop imprécis trop ambivalent trop indéterminé et qu'il lui faut des notions qui sont univoques et qui signifient toujours exactement la même chose n'est-ce pas qui ne sont pas laissées au café du commerce à l'appréciation et à l'humeur de chacun et à la tête du client et c'est pour ça que progressivement dans l'évolution des mathématiques les algorithmes finissent par remplacer les mots y égale f de x ce ne sont pas des mots c'est des signes qui s'alignent mais qui sont régis c'est très discursif il y a une syntaxe de tous ces signes il y a des règles du calcul algébrique mais ce ne sont pas
1:43:12 des mots on les a vidés précisément de tout ce qui a un rapport à nos désirs à toute présence en eux du sujet que nous sommes c'est ce que les positivistes ne comprendront jamais il y en a qui en sont encore à Wittgenstein au positivisme ou au néopositivisme ou à l'école analytique comme on voudra je préfère ça que les irrationalismes n'est-ce pas et les monstres qui surgissent de la nuit du confusionnisme je n'ai rien contre la confusion j'en suis plein je l'ai déjà dit mais j'en veux au confusionnisme à la confusion délibérée à Nacht und Nebel comme s'appelait une certaine organisation SS pendant la guerre n'est-ce pas nuit et brouillard donc on est bien loin des hymnes de la nuit de Novalis enfin il faut faire attention à l'apologie des ténèbres donc les mathématiciens il ne leur faut rien de ténébreux dans ce qu'ils disent à l'autre extrême
1:44:24 il y a quelqu'un qui a un rapport au langage comme le philosophe mais à la différence du mathématicien à savoir c'est le poète il garde les mots de tous les jours mais pas du tout dans le même ordre et dans la même fonction c'est pas pour des raisons pratiques qui un passe-moi le sel attention il y a un stop ça c'est employer les mots et tant mieux pour des raisons très utilitaires pour des considérations extérieures et c'est pour ça que Mallarmé et Guillaume il fait très bien l'allusion ici il a bien raison il dit le poète est celui qui donne un sens plus pur aux mots de la tribu vous trouvez cette formule dans le tombeau d'Edgar Poe le tombeau est un genre poétique c'est un texte qu'on pourrait écrire sur la pierre tombale de celui qui repose en dessous mais farouchement repose avant d'avoir mûri ce qui va qu'en dessous oui Hegel porte au sommet de la musique parlée porte au sommet de l'édifice des arts alors j'aime bien la manière dont Guillaume le tourne il dit pas la poésie il prend une périphrase
1:45:34 mais qui dit bien ce que ça veut dire c'est ce que j'essayais de faire comprendre tout à l'heure mais il le résume très bien la musique parlée la musique qui retrouve la langue et les mots de la tribu merci Guillaume oui de telle manière que l'on puisse garder en même temps l'avantage que Hegel voit dans le langage par rapport à la musique c'est la clarté et d'éviter je viens d'y faire allusion les monstres qui peuvent surgir de la confusion et en même temps l'autre extrême celui de la musique celui des sons du côté un peu nocturne même si ça ne désigne rien de précis mais qui en tout cas nous porte qui est notre premier rapport à l'autre comme j'avais fait allusion pour le babil des filles du Rhin n'est-ce pas le chant de la mer le chant des berceuses n'est-ce pas et le chant des sirènes qui voudrait nous faire croire que la mer n'est pas morte qu'elle n'est pas une morte fontaine mais qu'elle est encore vivante et qui nous envoie nous jeter dans les bras de spectre je laisse en suspense c'est passionnant
1:46:44 Raoul qui est aussi un fidèle parmi les fidèles que je suis content de saluer ce soir la matière juridique devrait jeter une passerelle entre la musicalité des mots et des algorithmes mais écoutez voilà quelque chose qui voilà une proposition qui qui m'interpelle si je devais parler comme on l'entend souvent je ne pensais pas au domaine juridique à ce moment là je pense souvent pour des raisons capitales parce que le domaine du droit est un domaine capital vous savez que toute l'œuvre de Platon se termine par un dialogue qui s'appelle les lois le contrat social exprime non pas une théorie du droit mais les fondements les principes d'où pourrait découler une philosophie du droit et où le grand Montesquieu qui inaugure avec Pierre Bayle sans doute l'admirable siècle des Lumières celui dont Michelet
1:47:54 au XIXe siècle disait le grand siècle je veux dire messieurs le XVIIIe et connaît surtout pour son chef d'oeuvre l'esprit des lois donc je suis très attentif à ce que propose Raoul ici oui on parle souvent de manière un peu plus péjorative du droit formel n'est-ce pas par rapport au droit qui a un contenu concret alors vous voyez cette notion de forme comme elle se rapporte bien à la musique n'est-ce pas et qui pourrait même englober les mathématiques les algorithmes bravo Raoul je retiens la suggestion on va creuser ça et ça peut ça pourrait nous ramener n'est-ce pas au cycle que nous avions abordé et je salue Christophe au passage il nous avait aidé justement à le parcourir à y faire une incursion plus qu'intéressante quand on a essayé de jeter une passerelle entre les sciences humaines et les sciences dures enfin entre les sciences dites les dites sciences humaines sont-elles scientifiques ?
1:48:58 j'en suis peu assuré en tout cas je pense quand même que Marx nous a laissé de quoi élaborer les sciences de l'histoire mais je ne suis pas sûr que sur les fondations qu'il nous a laissées on a construit à la suite de lui ce qu'il fallait pour l'instant en tout cas il y a encore beaucoup de boulot donc merci Raoul à suivre oui la matière juridique devrait jeter une passerelle entre la musicalité des mots et les algorithmes je n'oublie pas aussi la sémantique de la passerelle qui nous ramène ici à Kant qui est un peu un juriste de la philosophie sinon du droit voilà merci Raoul nous avons des familiers ce soir dans l'absolu il n'y a pas de fausses notes en musique contrairement à l'écriture à mon avis ah alors je suis d'accord encore qu'il faudrait préciser ce que veut dire ici dans l'absolu je suis sûr que Car Cha pense d'une manière précise il faudrait exprimer justement
Fausses notes en musique, fautes en écriture, expression
1:50:08 cette précision mais c'est vrai que tenez voyez si je joue un morceau de Bach comme ça là voyez par exemple pas de fausses notes ah si moi j'en fais mais je ne me demande pas qu'il y a une fois et là tout d'un coup dans le développement il fait ceci ah j'ai fait une faute ah non non c'est pas moi ça c'est dans le Bach ah il ne s'attarde pas parce que la première fait ça et l'autre c'est la logique horizontale
1:51:21 vous voyez alors oui je ne sais pas si c'est clair regardez je vais ralentir déjà c'est pas très consonant mais tout à l'heure c'est pire c'est pas c'est-à-dire une seconde majeure il y a ça là il n'y a carrément plus qu'un demi-ton d'écart vous savez que plus les notes sont rapprochées plus c'est dissonant de les jouer ensemble n'est-ce pas je recommence là car tu as raison c'est pas une fausse note là ça parce que c'est justifié par la juillet deux sensibles sensibles c'est celle qui séparait par un demi-ton d'écart une dernière fois et j'enchaîne
1:52:31 voilà c'est une fausse note apparemment mais quand on regarde bien dans l'économie du morceau elle est parfaitement justifiée par l'avant et par l'après il y a une dimension horizontale de la musique qui est passée en vertical vertical c'est tous les sons qui résonnent en même temps ensemble ceux qui sont écrits sur la même ligne verticale sur la partition mais la musique est un art du temps donc c'est horizontal qui fait les accords les harmonies regardez toutes ces notes-là en même temps il y en a une qui a l'air dissonante mais c'est plus intéressant j'ai tous les jours du Nutella quand il y a trop de consonances c'est pas très intéressant non plus regardez vous voyez c'est un morceau de Bill Evans donc bravo
1:54:04 mais par contre là où j'ai une réserve c'est la suite contrairement à l'écriture en écriture il y a des choses aussi qui peuvent sembler des fautes tenez Aragon je peux parler comme lui j'ai eu la même réaction que lui mais je préfère le laisser parler il parle quand même bien mieux et Aragon disait que lorsqu'il a lu la première fois le poème de Rimbaud au branche claire des tilleuls meurt un maladif hallali pardon mais des chansons spirituels voltige par tous les groseilles il voulait dire parmi j'ai eu la même réaction qu'Aragon il a voulu dire parmi il a fait une faute non non non un coup de génie de Rimbaud c'est ça voltige par tous les groseilles c'est comme et je vais donner maintenant la faute d'écriture la plus célèbre de Rimbaud et qui est peut-être un des sommets de son génie c'est le fameux je est un autre on vous tape sur les doigts à l'école si vous dites je est je suis il est mais il est devenu
1:55:15 tellement étranger celui plus je ne suis que j'ai jamais dit c'était et puis ne saurait jamais l'être n'est ce pas je est un autre bien avant les psychologies des profondeurs et autres psychanalyses le poète n'est ce pas avait vu cette vérité profonde c'est qu'il y a à l'intérieur de nous quelqu'un qui est aussi étranger voire hostile parfois n'est ce pas à ce que ma partie consciente désire ou veut etc et je est c'est une faute d'écriture apparemment voilà c'est le seul bémol que j'aimais merci beaucoup pour la musique parfaitement vrai mais pour les on peut les étendre aussi à l'écriture à l'expression en général c'est la catégorie extensive surtout en matière d'art et d'esthétique c'est l'expression la communication est une chose passe-moi le seul attention il y a un stop on communique il y a des enjeux pratiques si vous voulez utilitaires mais pour faire apparaître des choses qui sont cachées jusque là pour leur donner une existence que ça ne reste pas seulement intérieur ça c'est l'expression
1:56:25 faire passer ce qui est dedans in intérieur inconscient in à ce qui est à l'extérieur mais pas à l'extérieur comme le soleil que je vois ou bien ou le stop là ou le phare que je vois au loin sur la route ça c'est une extériorité que je subis passivement je parle de ce qui est intérieur en moi et que et que j'expulse que j'exprime c'est fort l'acte d'exprimer j'exprime vous savez le sens propre vous le trouvez dans les expressions comme exprimer le jus d'une orange faire sortir ce jus qui la gonfle à l'intérieur la fait sortir dehors c'est ça l'expression merci beaucoup Karcher ah ben c'est quelqu'un je conseille un truc
1:57:35 machin de de se brancher sur youtube sur qu'il mette musique traditionnelle chinoise parce qu'on sait jamais il peut tomber sur un feuilleton ou il va tomber sur un soubitel ou un truc comme ça je vais dire selon que c'est une importation de je sais pas où traduite bon on n'a rien mais qu'il mette théâtre chinois théâtre traditionnel chinois parce que souvent l'accompagnement musical du théâtre traditionnel chinois comporte des musiques remarquables voilà et là il verra alors là pas seulement des quarts mais même des huitièmes de ton je lui garantis voilà il finira peut-être même par arriver à les repérer je sais pas à voir des nuances et des différences là où au départ on croyait entendre qu'une seule note donc ça semblait monotone alors que le mélomane extrême oriental sur égal lui voit une diversité là où nous ne la voyons pas parce que nous ne sommes pas entraînés nos muscles auriculaires sur l'image sont-on pas trop fiés pour cela voilà le conseil puisqu'il me demande un conseiller le conseil que je lui donne c'est vous avez la chance d'avoir tous les streamings du monde pour écrémer
1:58:46 le pire ou le plus à le vaudé reportez vos musiques au pluriel traditionnel chinoise n'est-ce pas ou opéra opéra chinois traditionnel mettez à chaque fois parce que dans l'opéra chinois maintenant il peut y avoir une tendance qui donne des chefs-d'oeuvre attention je ne suis pas en train de mélanger la musique symphonique occidentale pour bien illustrer son propos consigné des musiques chinoises à quart de ton il vaut mieux se référer à ce qui depuis des milliers d'années était le propre de la mode audite chinoise voilà merci pour cette question intéressante truc machin je vois sébastien je suis très content je me sentais un peu coupable à son égard parce que il me demandait plusieurs il fait partie de ceux vous voyez je ne donnais pas de nom qui nous disaient alors musico sophie quand est-ce que ça reprend et chaque fois que je voulais lui répondre j'avais de nouveaux empêchements Aymeric en avait aussi de son côté il y a des tracas de père de famille
Berlioz, Xenakis et la spatialité de la musique
1:59:58 il y a des des des handicaps de de vieillard de mon côté et puis les vacances puis le confinement tout ça donc on avait suspendu je suis content de pouvoir lui dire maintenant ça y est c'est repris et merci beaucoup de d'avoir gardé la pression pour qu'on continue c'était c'était un grand encouragement voilà alors sa question j'espère que la question ne sera pas trop longue il paraîtrait que pour les Troyens c'est certainement le chef d'oeuvre de Berlioz c'est sans doute le cas si on prenait une œuvre chaque œuvre à part mais à dimension égale il s'agit d'un opéra musique de scène Berlioz avait imaginé de répartir dans l'espace quatre mini-orchestres qui au moment de l'entrée du cheval de Troie se relairait successivement à la prise en charge de la mélodie afin de donner à l'auditeur l'impression d'un déplacement physique est-ce que l'évolution ou l'une des évolutions de la musique jusqu'à nos jours ne consiste pas
2:01:08 entre autres à une prise en compte de plus en plus poussée de l'élément spatial dans la musique alors je ne dis pas non à sa question mais par contre je ne veux pas que Webern ou de Varèse Xenakis oui je vais dire après pourquoi mais je ne vois pas la spatialité particulièrement de Webern ou de Varèse qui sont extrêmement musicaux justement et très temporels jusqu'à presque l'évanescence chez Webern qui le sait très bien Sébastien a fait des plusieurs parmi les plus courtes qui soient en réaction au gigantisme n'est-ce pas en finissaient par être affectés les musiques post-wagneriennes les immenses symphonies de Mahler de Bruckner les opéras de Strauss etc les orchestrations très riches mais gigantesques alors Xenakis est un architecte de formation il y a d'ailleurs une discipline ou un art comme on voudra qui est à la fois qui tient à la fois de l'architecture et de la musique c'est l'architectonique Ton en allemand c'est ce qui veut dire musique et la tonique vous voyez le ton ce sont des termes à forte connotation musicale
2:02:18 donc voilà et quant à Xenakis peut-être son oeuvre la plus sans doute celle qui a le plus de succès la plus connue je vous demande de la chercher c'est un musicien contemporain comme en post-sérielle même c'est à dire postérieur à la première école de Vienne vous voyez qui a repris des libertés par rapport à la rigueur de la discipline sérielle dodécaphonique etc on se expliquera une autre fois sur ces notions là c'est technique et ça viendra à son heure mais Xenakis qui est l'un des plus importants des musiciens post-sérielles grec bien sûr et je dis bien sûr à cause de son nom même s'il a vécu longtemps en France mathématicien architecte friand de musique aléatoire stochastique comme on voudra Xenakis son oeuvre j'y étais il faut absolument écouter cette oeuvre c'est un chef d'oeuvre on peut peut-être s'impatienter ou mégoter celle-ci ou celle-là mais il faut écouter métastasis et le titre répond
2:03:29 à Sébastien pardon à Sébastien métastasis transformation métastasis translation il y a exactement ce qu'il dit pour les Troyens berlioziens il y a un dépassement dans l'espace on croirait entendre je ne sais pas le décollage d'un Boeing ou bien l'édification d'une grue gigantesque et alors là vous voyez des glissandi ça me fait penser à la question précédente de Car Cha c'est-à-dire on voit des choses qui défient la discontinuité des demi-tons ou des tons des glissandi on sait bien ce que ça veut dire on glisse d'un son à l'autre vous voyez ce qui correspond en peinture à ce qu'on appelle les études chromatiques des dégradés de bleu insensiblement du plus clair vers le plus foncé ou l'inverse vous voyez il y a l'équivalent sonore donc je continue quand même sa phrase l'élément spatial de la musique et donc à revoir pas réfuter ou rejeter mais revoir ça c'est toujours une excellente idée l'association qui tend à devenir
2:04:39 exclusive entre musique et temps alors si moi aussi je rejette le mot exclusif il ne faut pas que ce soit exclusif le temps est l'élément de la musique au sens où l'eau est l'élément des poissons dans ce sens là pas l'élément au sens atomistique mais au sens que toute musique se déploie d'abord dans le temps ça ne veut pas dire qu'une musique ne peut pas exprimer le spatial il y a des accords brusquement qui font penser à tout d'un coup le fait qu'un clocher se détache tout d'un coup des toits et monte vers le ciel pourquoi pas bien sûr beaucoup de musiciens savent très bien faire cela il n'y a pas du tout d'incompatibilité seulement même la spatialité pour l'exprimer la musique le fait par des sons et un son quel qu'il soit un son à besoin fût-ce un milliardième c'est imperceptible donc a fortiori quand c'est plus pour que nous puissions le percevoir l'intervalle de temps le plus court
2:05:49 que nous puissions entendre avec l'oreille aussi court qu'il soit est encore bien supérieur à un milliardième de seconde donc de toute façon toute musique se déploie toute sonorité d'une manière générale se déploie dans le temps percevoir un son c'est déjà être dans le temps il faut qu'un son dure un minimum pour être un son voilà alors que toutes les parties d'un tableau sont coextensives même ce qui n'empêche pas l'oeil d'aller à gauche à droite du tableau et de prendre son temps pour ça mais ça ça concerne le spectateur ça ne concerne pas l'oeuvre alors que c'est l'oeuvre le son que fait le violoniste le violoncelliste ou le guitariste n'est-ce pas qui résonne dans le temps voilà et bien je suis bluffé par la pertinence de vos questions je ne sais pas si je comprends la question de Raoul il a une autre question existait qui n'est pas cette idée est-ce qu'il ne manque pas un mot je ne sais pas
2:06:59 je suis en train de voir il y a un 2 après j'arrive j'ai du mal à voir voyons voilà je vais chercher ma souris que j'avais perdue existait qui n'est pas cette idée je ne sais pas si je comprends la question il faudrait essayer de la formuler autrement c'est peut-être parce que j'ai les méninges fatiguées avec l'âge ce que je n'exclus jamais existait qui n'est pas cette idée c'est le qui qui se rapporte à quelqu'un forcément n'est-ce pas or idée est plus générale que quelqu'un donc plus abstrait voilà je suis un peu perplexe donc je ne récuse pas la question pas du tout je ne dis pas qu'elle n'est pas intéressante mais je ne suis pas sûr de la comprendre donc je ne voudrais pas la déformer en répondant à une autre question que je vois mal comprise c'est gentil bon écoutez je ne sais pas s'il vaut mieux être demi seul que demi là mais
2:08:10 merci en tout cas bon je vais dire à Pierre-Alain je me permets de faire une indiscrétion dans le dos de Pierre-Alain mais Pierre-Alain est en train d'emménager le bienheureux en Italie n'est-ce pas et je sais qu'il a tous les petits tracas c'est un bonheur d'emménager en Italie et je lui souhaite une glorieuse continuation de ses activités là-bas mais je ne voudrais pas abuser de son temps au moment où il a tous les problématiques de l'installation voilà en tout cas je suis très heureux de vos questions vous voyez qu'on a ouvert des portes qui ouvrent sur des chemins que nous ne demandons qu'à poursuivre je l'espère en tout cas c'est bien mon intention la prochaine fois je vous donne rendez-vous dans 15 jours pour la suite mais avant nous allons nous retrouver comme vous le savez sur des formats courts ne serait-ce que pour les séances de réponse aux questions très bonne nuit très bonne soirée et merci encore
2:09:20 pour vos questions et n'oubliez pas la version quatuor de Beethoven n'est-ce qu'on a