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L'esthétique et le politique : deux conceptions du poète
0:30 Bonjour tout le monde, bonsoir plutôt. J'ai perdu l'habitude. En Afrique subsaharienne, nos amis africains disent bonsoir à partir de 12h.
1:00 Toujours très heureux de vous retrouver, les amis, les camarades, les confinés, déconfinants, je ne sais plus comment il faut dire, parce que même la France a été montrée du doigt. Les gens en Europe, c'est celles qui menacent le plus de reconfiner. Ce n'est pas la seule, mais c'est celles qui... Oui, des fois que les Gilets jaunes en profitent pour revenir sur le devant de la scène, ce ne serait pas bien quand même. Donc, c'est toujours bien d'avoir un fer au feu de dire...
1:30 Le premier qui ne respecte pas, je ne sais pas quoi, on trouve toujours des prétextes, les distances, etc. Tout le monde sera reconfiné. Bref, les confinés, déconfinants, ne soyons pas pessimistes pour l'instant. Je suis heureux de vous inviter ce soir à réfléchir sur la relation de l'esthétique au politique. Je dis aux politiques, non pas à la politique, je ne parle pas de la politique politicienne, bien sûr, mais...
2:02 Bref, du champ esthétique au champ politique. Alors, bien sûr, ça fait deux grandes... J'allais dire Baudruche. Ça fait deux grands sujets qui nous emmèneraient trop loin, pour lesquels on n'aurait absolument pas le temps de parler sérieusement. Et comme il faudrait le faire si c'était un cours sur plusieurs semaines, sur plusieurs mois, sur ne serait-ce que l'une de ces deux notions. Mais notre sujet, ce n'est pas l'esthétique ni la politique, c'est le rapport des deux.
2:32 Et pour aller très vite, le rapport, en particulier, le rapport antithétique, selon qu'il y a des artistes, je pense surtout à des écrivains ici, n'est-ce pas, pour qui, par exemple, l'esthétique, par les arts du langage, essentiellement la poésie, la littérature en général et la poésie en particulier, doit être l'expression la plus élevée du collectif.
3:20 C'est la vocation du griot à l'origine, j'en avais longuement parlé à d'autres occasions. Le griot, l'aède, le barde, comme vous voulez, c'est dans toutes les cultures, ça a existé. Mais l'Afrique subsaharienne étant le continent de l'oralité par excellence, même si l'alphabetisation fait des progrès très sensibles, j'aime bien la figure du griot comme métonymie pour parler de tout cela.
3:53 et qui, comme vous le savez, est à la fois poète, historien, puisqu'il fait les généalogies des princes, un peu comme dans la Bible, vous voyez, on dit Salomon, fils de David, Isaac, Jacob, fils de fils de fils de, les lignages, puisque dans une mémoire à l'origine orale, il faut bien comprendre ça. La mémoire orale ne peut pas remonter aussi loin que la mémoire écrite.
4:24 Imaginez que les Égyptiens de l'Antiquité n'aient pas eu accès à l'écriture, on serait bien embêtés, on aurait des pierres sans texte. Et on ne saurait pas que, voilà, telle année, le pharaon a écrasé les Hittites. Et ainsi de suite. Première conception, conjonction totale du poétique, pour résumer le monde esthétique, je vais voir après, on va faire des nuances, mais du poétique et du politique, pour faire une espèce de petite symétrie, ne serait-ce que pour l'oreille, et exemple, le griot.
5:12 Et puis, pas seulement, tous les écrivains et les poètes qui se sont placés un petit peu, à chaque fois, comme suprême expression de l'intérêt collectif, la collectivité pouvant être la cité, la tribu, peu importe, ici, plus rarement une nation. Prenons deux extrêmes, si vous voulez.
5:43 Le chantre de la collectivité, c'est surtout dans l'Antiquité, mais on va voir au travers de très beaux textes de Victor Hugo que ça peut se prolonger dans le monde moderne, et à l'opposé, le poète maudit. Rien n'est moins maudit que les grands poètes dramatiques de l'Antiquité grecque, par exemple. Les Sophocles, les Euripides, c'était considéré comme des demi-dieux, au point qu'il y a des légendes et des mythes qui entourent leur biographie.
6:16 Eschyle, on dit qu'il est mort parce qu'un aigle est venu des nuées, et il lui a ouvert le crâne, vous voyez ? Signe d'élection. L'emblème de Zeus, des demi-dieux. Alors que le poète maudit est celui qui agonise dans une soupente, n'est-ce pas, que personne ne publie, et qui est hanté par l'angoisse, par la folie, voire le suicide, voire par les deux. Je pense à Nerval. Voilà. Mais, pour ne pas rester abstrait, je préviens tout de suite qu'il y a un certain ordre de ce qu'on va voir aujourd'hui.
6:55 Je vais commencer par illustrer ces deux points de vue, poète expression du collectif, et poète au contraire pour qui la vraie poésie et l'art n'a rien à voir avec des buts extérieurs à l'art lui-même. Je pense bien sûr à l'art pour l'art, qui est ici typique de ce point de vue. Et dont le seul but est de produire de la beauté, et non pas du vrai, du bien, du beau, du vrai, du bien, de la justice. Ça, c'est l'affaire des politiques, des hommes d'action, des juristes, des médecins, tant qu'on y est, mais pas de l'artiste qui doit s'occuper à produire de la beauté.
7:34 Donc, on va commencer par illustrer ces deux points de vue, pour que ce soit un peu plus concret, et puis on va bien voir que les concepts se brouillent, quand on passe de l'un à l'autre, que ce n'est pas si opposé que ça. Et donc, dans une deuxième partie, je serai un peu plus abstrait, et on va réfléchir sur le concept d'esthétique lui-même, n'est-ce pas ? Et en quoi c'est une partie de la philosophie ?
8:06 Pourquoi il est nécessaire en philosophie qu'on ne fasse pas l'impasse sur l'esthétique ? Ce qui va nous permettre de revoir peut-être les options fondamentales de la philosophie. ni bien sûr de laisser de côté la question politique. Bon, alors, je vous ai dit, le poète exprimant, le poète étendard de sa collectivité, n'est-ce pas ?
Lecture de « Stella » de Hugo
8:36 Vous avez un beau poème de Hugo, extrait des châtiments, qui s'appelle Stella, qui veut dire « étoile » en latin. Vous comprendrez facilement au travers du texte de quoi il s'agit. Petite remarque en passant, Rimbaud, qui est très sévère avec tous ceux qui l'ont précédé, dans la fameuse lettre du voyant, où il écrit à son professeur de rhétorique, professeur de lettres à l'époque, et en renversant les rôles, il dit « je vais vous donner un cours de littérature ».
9:07 Il a 17 ans, il s'adresse à son prof, prof qui était effaré, fasciné, et qui avait beaucoup d'affection pour cet élève exceptionnel, perdu dans les Ardennes, qu'on me pardonne à Charleville. Mais comme dit Rimbaud, dans la province, on se nourrit de boue et de farineux. Donc, Rimbaud, à propos de ce poème, ce poème de Hugo, que je vais vous lire, c'est-à-dire Stella, après avoir montré les qualités de Hugo et ses défauts, dans cette lettre, il mesure tous les poètes avant lui, sur ce critère, c'est célèbre, dans quelle mesure sont-ils voyants ?
9:47 Le poète doit être voyant, je dis qu'il faut être voyant, ça revient de manière obsessionnelle, et donc il passe en revue, depuis les Grecs jusqu'à maintenant, tous les poètes, dans quelle mesure ils ont vu. Et jusqu'à arriver, pratiquement à son époque, où il dit Baudelaire est le premier des voyants, roi des poètes, un vrai dieu. Mais enfin, il y en a quelques-uns qui ont eu quelques entrevues avant lui, et Hugo, et il dit, Stella donne à peu près, donc le poème que je vais vous lire, la mesure de la vue de Hugo.
10:24 Donc, ça veut dire que dans ce poème, on retrouve le meilleur et le moins beau de notre Victor national. Mais jugez plutôt. Ah oui, bien sûr, le poème a été fait pendant qu'il était en exil, vous savez, dans les îles dites anglo-normandes, Jersey et Guernesey. Je m'étais endormi la nuit près de la grève. Un vent frais m'éveilla. Je sortis de mon rêve.
10:55 J'ouvris les yeux, je vis l'étoile du matin. Elle resplendissait au fond du ciel lointain, dans une blancheur molle, infinie et charmante. Aquilon s'enfuyait en portant la tourmente. Vous savez, Aquilon, c'est le vent du nord, le mauvais temps. Aquilon s'enfuit en portant la tourmente. L'astre éclatant changeait la nuée en duvet. C'était une clarté qui pensait, qui vivait.
11:26 Elle apaisait l'écueil où la vague déferle. On croyait voir une âme à travers une perle. Il faisait nuit encore. L'ombre régnait en vain. Le ciel s'illuminait d'un sourire divin. Vous me direz, je ne vois pas où l'apport que la politique. Patientons. La lueur argentait le haut du mât qui penche. Le navire était noir, mais la voile était blanche. Des goélands debout sur un escarpement attentif contemplaient l'étoile gravement.
11:59 Comme un oiseau céleste est fait d'une étincelle l'océan qui ressemble au peuple. allait vers elle, vers l'étoile, et rugissait tout bas. La regardait briller et semblait avoir peur de la faire envoler. Un ineffable amour remplissait l'étendue. L'herbe verte à mes pieds frissonnait éperdue. Les oiseaux se parlaient dans les nids. Il a raison, Rimbaud. Je ne sais pas s'il y a du moins bon, mais en tout cas, il y a le meilleur de Hugo, là, en poésie pure.
12:31 L'herbe verte à mes pieds frissonnait et perdue. Les oiseaux se parlaient dans les nids. Une fleur qui s'éveillait me dit « C'est l'étoile, ma sœur. » Et pendant qu'à longs plis, l'ombre levait son voile, j'entendis une voix qui venait de l'étoile et qui disait « Je suis l'astre qui vient d'abord. Je suis celle qu'on croit dans la tombe et qui sort. J'ai lui sur le Sinaï, j'ai lui sur le Taygète.
13:05 Je suis le caillou d'or et de feu que Dieu jette comme avec une fronde au front noir de la nuit. Je suis ce qui renaît quand un monde est détruit. Ô nation, au pluriel. Je suis la poésie ardente. J'ai brillé sur Moïse, vous voyez, les grands leaders, les grands guides des peuples. J'ai brillé sur Moïse et j'ai brillé sur Dante. Le lion océan est amoureux de moi.
13:38 J'arrive. Levez-vous, vertu, courage, foi. Penseurs, esprits, montez sur la tour, sentinelle. Paupières, ouvrez-vous, allumez-vous, prunelles. Terre, émeut le sillon, vie, éveille le bruit. debout, vous qui dormez, car celui qui me suit, car celui qui m'envoie en avant la première, c'est l'ange liberté, c'est le géant lumière. Ah oui, ça c'est contemporain des barricades et de ce siècle dont Rousseau avait pressenti la venue quand il disait nous approchons de l'état de crise et du siècle des révolutions.
Baudelaire et l'hérésie de l'enseignement
14:19 Voilà. comme s'il pressentait à l'avance l'extraordinaire portrait de Gavroche fait par Hugo dans Les Misérables. Alors, l'antithèse, je passe maintenant à un texte de Baudelaire qui est extrait d'un texte qui a pour titre « Note nouvelle, note au pluriel, note nouvelle sur Edgar Poe ». Baudelaire est un de ceux qui a, c'est celui qui a le plus, une manière la plus décisive introduit Edgar Poe en France et qui est devenu vite un maître à penser de tout le nouveau courant littéraire et qui l'a traduit en faisant quelquefois des contresens.
15:02 Ce n'était pas professeur d'anglais comme Mallarmé mais il avait une telle empathie avec le contenu d'Edgar Poe que sa traduction reste une référence inégalée à part quelques petits contresens comme ça qu'un bon élève de terminale ne ferait pas mais qui sont rares. Donc, ce texte « Note nouvelle sur Edgar Poe » s'appelle ainsi parce qu'il sert de préface aux nouvelles histoires extraordinaires d'Edgar Poe.
15:32 Voilà. Trois volumes essentiellement de récits, de nouvelles de courts récits très denses chez Edgar Poe, les histoires extraordinaires où il y a la fameuse lettre volée sur laquelle Lacan a fait un séminaire qui ouvre le recueil de ses écrits. Les nouvelles histoires extraordinaires, l'histoire grotesque et sérieuse, mais entre les deux, les nouvelles histoires extraordinaires ont pour préface ces fameuses notes sur Edgar Poe que je vous passe.
16:08 C'est une longue préface où il attaque un petit peu les ennemis de Poe et il en arrive tout d'un coup au passage que je vais vous lire qui est une réflexion justement sur ce qui doit rester de l'ordre de la poésie et ce qui lui est extérieur. Mais il est une autre hérésie qui grâce à l'hypocrisie, à la lourdeur et à la bassesse des esprits est bien plus redoutable et à des chances de durée plus grande.
16:43 Une erreur qui a la vie plus dure. Je veux parler de l'hérésie de l'enseignement. Il n'a rien contre le professeur, mais il dit qu'en poésie, c'est une hérésie de se servir de la poésie pour enseigner quoi que ce soit. Voyez, le mot n'est pas choisi au hasard. La poésie est un ordre quasi sacré pour Baudelaire. Le poète étant celui justement qui entrouvre les arcanes d'un monde qui n'est pas celui de la politique mais d'un vaste monde des correspondances et des symboles.
17:21 Une faute en poésie, c'est comme une faute en religion, d'où le mot hérésie, si vous voulez, vous voyez l'importance. Donc, je veux parler de l'hérésie de l'enseignement laquelle comprend comme corollaire inévitable, donc attention, voilà sa critique générale, l'hérésie de l'enseignement qui a trois sous-hérésies, regardez bien, l'hérésie de la passion, l'hérésie de la vérité, l'hérésie de la morale. Un texte très intéressant historiquement, enfin, en histoire littéraire et donc en histoire des idées aussi parce que comment peut-on parler de l'hérésie de la passion, considérer la passion comme une hérésie en poésie ?
18:00 C'est là que vous voyez qu'on a tourné la page du romantisme. Avec Baudelaire, on a tourné la page du romantisme, enfin, du romantisme au sens strict de celui qui se termine au milieu du siècle. Entre le romantisme et Baudelaire, il y a eu, je n'y reviens pas, je l'ai dit souvent, il y a eu le réalisme dans le roman, réaction anti-romantique où on revient aux choses, au monde d'ici-bas, au Parnasse et à l'art pour l'art en poésie.
18:35 C'est un petit peu le champ dans lequel Baudelaire a fait ses premières armes. D'ailleurs, les fleurs du mal sont dédiées à Théophile Gautier qui est un représentant emblématique de l'art pour l'art et non pas de l'art pour la politique, pour le bien, pour la morale, d'un prêtre de l'art qui verse dans l'hérésie de vouloir enseigner quelque chose d'extérieur à l'art, en l'occurrence ici à la poésie.
19:08 Donc, je reprends, parce qu'il va le détailler, vous voyez. Je veux parler de l'hérésie de l'enseignement laquelle comprend comme corollaire inévitable l'hérésie de la passion, de la vérité et de la morale. Une foule de gens se figure que le but de la poésie est un enseignement quelconque, qu'elle doit tantôt fortifier la conscience, tantôt perfectionner les mœurs. Une poésie immorale est mauvaise pour ces gens-là.
19:38 Alors qu'il peut y avoir un chef d'œuvre, même si la poésie n'est pas très morale. La vraie morale se moque de la morale, comme dirait Pascal. Tantôt, enfin, démontrer quoi que ce soit d'utile, tantôt perfectionner les mœurs. Edgar Poe prétend que les Américains ont spécialement patronné cette idée hétérodoxe. Vous voyez, dans ce monde puritain, un auteur, c'est pas, doit avant tout avoir de bonnes mœurs. Hélas, il n'est pas besoin d'aller jusqu'à Boston pour rencontrer l'hérésie en question.
20:10 Ici même, elle nous assiège et tous les jours, elle bat en brèche la véritable poésie. Alors il a dit ce qu'il ne faut pas faire. Maintenant, c'est un peu plus positif. La poésie, pour peu, qu'on veuille descendre en soi-même. Alors là, vous voyez, c'est tout le contraire du mouvement de la fin du poème de Hugo tout à l'heure, où l'étoile disait « je suis l'ange liberté, le géant lumière » qui se tourne vers l'extérieur, vers le monde et vers la société. Là, il y a, au contraire, repli sur l'intériorité, n'est-ce pas ?
20:41 Donc la poésie, pour peu qu'on veuille descendre à soi-même, interroger son âme, rappeler ses souvenirs d'enthousiasme. Tout ça, c'est l'intériorité, la mémoire, le souvenir. La poésie, on n'a toujours pas le verbe, n'a pas d'autre but qu'elle-même. Elle ne peut pas en avoir d'autre et aucun poème ne sera si grand, si noble, si véritablement digne du nom de poème que celui qui aura été écrit uniquement pour le plaisir d'écrire un poème.
21:18 Alors vous direz, oui, mais enfin quand même, ça sert à quoi ce moment-là, la littérature ? Et là, il nuance. Je ne veux pas dire que la poésie n'ennoblisse pas les mœurs, qu'on me comprenne bien, que son résultat final ne soit pas d'élever l'homme au-dessus du niveau des intérêts vulgaires. Vous voyez, son résultat final, mais il ne faut pas que ce soit initial, il ne faut pas que le poète ait ça comme but avant d'écrire le poème. Que son résultat final ne soit pas d'élever l'homme au-dessus du niveau des intérêts vulgaires, ce serait évidemment une absurdité.
21:54 Je dis que si le poète a poursuivi un but moral, il a diminué sa force poétique. Et il n'est pas imprudent de parier que son œuvre sera mauvaise. Bref, ce n'est pas avec des idées bonnes qu'on fait de beau vers, ni même avec des idées justes. Il y en a beaucoup qui n'aiment pas tel écrivain parce qu'il dit des choses qui sont en désaccord avec la position politique de celui qui le lit. Je ne sais pas si c'est comme ça qu'il faut juger un écrivain. Il faut quand même juger son écriture de temps en temps.
22:27 Un écrivain. C'est comme si tous les peintres qui avaient fait des nus étaient des peintres immoraux. Je ne veux pas... Bon, alors... La poésie ne peut pas, sous peine de mort ou de défaillance, s'assimiler à la science ou à la morale. Bon, on a vu, s'est assez étendu sur le fait que la poésie ne doit pas enseigner la morale, mais elle ne doit pas enseigner la vérité au sens scientifique non plus. La science est là pour ça. Il n'a rien contre la vérité, à Baudelaire. La poésie ne peut pas, sous peine de mort ou de défaillance, s'assimiler à la science ou à la morale.
23:00 Elle n'a pas la vérité pour objet. Elle n'a qu'elle-même. Les modes de démonstration de vérité sont d'autres et sont ailleurs. La vérité n'a rien à faire avec les chansons. On rappelle un peu Verlaine, un disciple de Baudelaire qui commence son Art poétique par de la musique avant toute chose. La musique, ça ne dit même rien. Donc, ça parle, ça ne dit rien. La vérité n'a rien à faire avec les chansons.
23:30 Tout ce qui fait le charme, la grâce, l'irrésistible d'une chanson enlèverait à la vérité son autorité et son pouvoir. froide, calme, impassible, l'humeur démonstrative repousse les diamants et les fleurs de la muse. Elle est donc absolument l'inverse de l'humeur poétique. L'intellect pur y résume. Donc, la science, par exemple, vise à la vérité. Le goût nous montre la beauté et le sens moral nous enseigne le devoir.
24:02 Vous voyez, il sépare bien les domaines. Et ça se termine par ce passage beaucoup plus positif où il nous révèle tout d'un coup l'essence de ce qu'il pense être la plus haute poésie. Et ça, je vous le lis parce que, bien qu'il ne s'agisse plus de politique, enfin, directement, en tout cas indirectement, c'est autre chose, c'est une telle résurrection du platonisme en poésie, n'est-ce pas ?
24:34 Je ne peux pas dire cet admirable passage. C'est cet admirable, cet immortel instinct du beau qui nous fait considérer la terre et ses spectacles comme un aperçu, une correspondance du ciel. Vous voyez, pourquoi s'engager politiquement alors que tout ce qu'on voit là est un petit peu un jeu de miroir et d'illusion où ce qui est intéressant, c'est dans la mesure où ce qui est là, vous voyez, le fond de la caverne chez Platon, est là pour nous faire penser, évoquer par analogie, par correspondance à un autre monde, comme le monde intelligible chez Platon est transcendant au monde sensible dans lequel nous vivons.
25:13 Alors, la soif insatiable de tout ce qui est au-delà et que révèle la vie est la preuve la plus vivante de notre immortalité. Vous voyez, qu'il y a un mysticisme ici. Pas une religion, un mysticisme. C'est proche, ce n'est pas du tout pareil. C'est à la fois par la poésie et à travers la poésie, par et à travers la musique que l'âme entrevoit, sous-entendu par éclair, par instant, que l'âme entrevoit les splendeurs situées derrière le tombeau.
25:48 Et quand un poème exquis amène les larmes au bord des yeux, ces larmes ne sont pas la preuve d'un excès de jouissance, telles que qui seraient maintenant celles des sciences cognitives, elles sont bien plutôt le témoignage d'une mélancolie irritée, d'une postulation, d'une nature exilée dans l'imparfait et qui, immédiatement, sur cette terre même, veut s'emparer d'un paradis révélé. On ne peut pas faire plus opposer que ces deux textes.
Poète et héros, griot au travail, Nerval « du bâtiment »
26:23 Donc, d'un côté, encore une fois, le poète, non seulement qui est solidaire de la collectivité, mais qui en est l'expression la plus avancée, l'expression, il y a ceux qui agissent. Je fais penser à un très beau poème de Hölderlin qui s'appelle Bonaparte. Je vous rappelle qu'à l'époque, ce n'était pas encore Napoléon et que Bonaparte symbolisait pour toutes les intelligences allemandes cette grande figure de la révolution française qui approchait, qui approchait et qui allait bientôt les débarrasser de leurs tyrans qui remontaient jusqu'à au temps obscur jusqu'au Moyen-Âge, leurs margraves, leurs comtes palatins et autres féodaux.
27:12 Et, oh non, mais ce n'est pas pour ça que j'en parle. Et, c'est pour, justement, ce rapport entre l'action et le poète et le héros. Parce que, ce poème commence comme ceci, très court, ça j'y fais allusion. Vases sacrés, tels sont les poètes. Dans un vase, on met quelque chose, n'est-ce pas ? Vases sacrés, tels sont les poètes dans lesquels repose l'âme des héros, l'élixir des héros.
27:45 Vous voyez, le poète, c'est celui qui conserve, qui immortalise les exploits d'un, moi, d'un Alexandre, d'Achille, peu importe, héros réels, imaginaires, etc. Mais ce héros, quel vase pourrait le contenir ? Ce n'est pas dans le chant, c'est dans le monde qu'il agit et se développe. Bon, voilà. Donc, Hugo, je ne sais pas, accompagne la société, et en particulier les forces montantes, la société d'en bas qui s'élève vers le haut, on va y revenir, les misérables, qui cherchent à s'émanciper, mais il n'est pas dans la production matérielle comme eux, mais, on dirait aujourd'hui vulgairement, il est coach par ses chants.
28:41 Or, je me rappelle, en Afrique subsaharienne, que le griot, oui, j'avais commencé par là, sans doute le plus socialisé des modes d'expression, poétique, le griot, encore une fois, le barde, l'aède, selon les lieux et les époques, le griot ruisselant de sueur, penché à côté de celui qui, dans le Sahel, parce qu'il y a une toute petite saison des pluies courte, où il faut vite faire la récolte avant que ce soit trop tard et que le sol soit dur comme du ciment, ruisselle de sueur, le griot avec son tambour d'aisselle, où les notes varient en appuyant sur des cordes avec le coude, le griot est là pour encourager ce qu'on appelait le work song aux États-Unis, dans les récoltes de coton qui sont à l'origine de bien des éléments du jazz et du blues, n'est-ce pas ?
29:30 Et du côté répétitif et lancinant du blues, par exemple, parce que, quand on répète les mêmes gestes du travail, il y a une récurrence rythmique et je me rappelle le griot ruisselant de sueur et encourageant avec ses paroles et son chant celui qui est en train de bêcher le mil, l'arachide, le vivrier. Et je termine ce rapport entre le poète et son peuple, si vous voulez, pour montrer qu'il n'y en a pas un qui ne fait rien et l'autre qui bosse, qu'il y a un partage des tâches, si vous voulez.
30:03 Parcette, c'est une anecdote plus humoristique de Nerval se promenant dans les nuits d'octobre une de ces rares promenade qui se rendent entièrement nocturne dans les rues de Paris au moment où tout le monde dort près du quartier des Halles où on ne dort pas à l'époque puisque c'était encore le marché, le ventre de Paris a comme dirait un beau titre de Zola. Et voilà que c'est pas l'emmène avec un compagnon de goguette. Ils font la tournée des grands-ducs, on dirait aujourd'hui, n'est-ce pas, la nuit. Voilà, c'est pas l'emmène à Pantin vers 2h du matin.
30:36 Pantin en 1840 à 2h du matin, un boui-boui, un petit bal populaire, vous imaginez. n'est-ce pas, et voilà qu'il s'aperçoit qu'il y a une petite salle derrière, celle où on danse avec des tentures rouges et qu'il y a ce qu'on appellerait un banquet républicain à l'époque, une réunion de francs-maçons, de libres-penseurs, bref, très populaire comme il y en avait à l'époque. Et donc, il s'approche pour voir et quelqu'un qui est à l'entrée leur dit « Êtes-vous du bâtiment ? » Maçon, « Êtes-vous du bâtiment ? »
31:07 Mon ami fit les signes attendus et nous pu rentrer. Et je me fis cette réflexion, c'est Nerval qui dit ça, après tout, il dit « C'est vrai que nous sommes du bâtiment, nous les poètes, Amphion, il cite un poète grec de l'Antiquité, Amphion, dans les accords et la lyre rythmée, la construction du Parthénon, Amphion, était du bâtiment. » Voilà, allez, je m'arrête là. Et pour maintenant commencer, on n'est pas vraiment en philosophie, c'est des rappels du matériel sur lesquels maintenant on va réfléchir et porter une réflexion à partir de ces fragments d'histoire littéraire.
Relecture de « Stella » : la poésie pure chez Hugo
31:48 Parce que ce n'est pas si simple. Je reviens à Stella. Baudelaire dit qu'on ne peut pas ne pas être d'accord avec lui, que ce n'est pas parce que des sentiments sont généreux, que des paroles sont justes et que des actions soient pures, qu'on va faire de beaux vers. Le meilleur pianiste n'est pas nécessairement le plus moral, le plus raisonneur.
32:21 Donc, quand Rimbaud dit « Stella donne à peu près la mesure de Hugo », ça veut dire que je vais le relire maintenant en montrant qu'il y a dans Stella une partie purement poétique au sens où Baudelaire le réclame. L'extraordinaire début. Mais justement, où il ne parle pas du peuple. Enfin, il ne parle que de cela, mais d'une manière à travers des symboles, pas directement. Donc, je vous rappelle cette espèce de poésie pure au sens baudelairien.
32:54 Je fais exprès de brouiller, vous voyez, ici, c'est Hugo qui se montre peut-être même plus baudelairien que Baudelaire dans cet admirable début de poésie pure qui va jusque quelquefois à l'impression, au sens de l'impressionnisme. Vous allez voir vous-même. « Je m'étais endormi la nuit près de la grève. Un vent frais m'éveillant. » Un vent frais, ce n'est pas un sentiment, c'est une sensation sur la peau fraie, c'est le froid, le chaud, c'est sur le toucher. Un vent frais m'éveillant.
33:24 « Je m'étais endormi la nuit près de la grève. Un vent frais m'éveillant. Je sortis de mon rêve. » Déjà, c'était un intermédiaire entre la veille et le sommeil que Rousseau est le premier à consigner dans des lignes et dans de l'écriture, dans les rêveries du promeneur solitaire, cet état où la raison est suspendue et où les sensations l'emportent, surtout sur les idées, sur les sentiments. « Je sortis de mon rêve, j'ouvris les yeux, je vis l'étoile du matin.
33:58 Elle resplendissait au fond du ciel lointain. » Regardez le vers suivant. « Dans une blancheur molle, infinie et charmante. » Une blancheur molle. carrément de l'audace, chez Hugo, n'est-ce pas ? « Dans une blancheur molle, quelle ouate, vous voyez, infinie et charmante. » « Aquilon s'enfuyait emportant la tourmente, l'astre éclatant changeait, la nuée en duvet. » Regardez ce sens des nuances matérielles.
34:28 Vous voyez ? Ici, on n'est pas dans les grandes idées abstraites. On n'est pas dans la pensée versifiée qui se prend pour de la poésie, ce qui a fait beaucoup de productions de la poésie romantique, pas mal de déchets, n'est-ce pas ? De la pensée mise en vers. Au lieu de dégager la pensée qui se dégage des vers à l'insu même de celui qui les écrit, ce qui est encore mieux, n'est-ce pas ? « L'astre éclatant changeait la nuée en duvet. »
35:02 C'était une clarté qui pensait, qui vivait. Vous voyez ? Ce n'est pas lui qui pense, c'est la clarté elle-même. « Elle apaisait l'écueil où la vague déferle. » Regardez ce mélange du verbe à l'imparfait et du verbe au présent. Cette polytemporalité sur un seul vers, elle apaisait l'écueil où la vague déferle. « On croyait voir une âme à travers une perle. Il faisait nuit encore, l'ombre régnait en vain. Le ciel s'illuminait d'un sourire divin. »
35:32 On voit un crescendo, le jour qui se lève. « La lueur argentait, le haut du mât qui penche. » De nouveau, l'imparfait de argentait et le présent de qui penche. « La lueur argentait, car ça commence toujours par le haut, l'aube. » Et là, je saute de Hugo à Rimbaud, aube de Rimbaud. « J'ai embrassé l'aube d'été, rien ne bougeait encore au front des palais. » Vous voyez ? Vous voyez l'analogie ? Là, il n'y a pas la mer chez Rimbaud. Il y a des palais. Ici, il y a la mer.
36:02 Mais le point commun, c'est le rapport du haut et du bas. La lumière commence d'abord par le haut. « La lueur argentait, le haut du mât qui penche. » D'ailleurs, dans l'aube de Rimbaud, on trouve à la cime argentée, « Je reconnus la déesse. » L'aube. « Le navire était noir, mais la voile était blanche. » Ça, c'est du Hugo un peu plus convenu avec les grandes antithèses. Un petit peu à la Corneille, « Le navire était noir, mais la voile était blanche. » « Et monté sur le faîte, il aspire à descendre. »
36:33 On trouve dans le Cinna de Corneille. Ça s'appelle une antithèse, stylistiquement. « Des goélands debout sur un escarpement attentif, contempler l'étoile gravement. » Comme un oiseau céleste et fait d'une étincelle. « L'océan qui ressemble au peuple » C'est la première fois qu'une notion à connotation politique intervient. « L'océan qui ressemble au peuple allait vers elle, vers l'étoile. »
37:03 Et rugissait tout bas. On reste encore dans les grandes sensations. Qui n'a pas mis un gros coquillage à son oreille et qui n'a pas entendu ce mugissement lointain de l'élément marin. Qu'il a fait. On comprend immédiatement ce qu'il veut dire ici. « Et rugissant tout bas, comme on peut rugir tout bas, c'est magnifique. » Vous voyez, rugissement, ça casse les vitres en principe. « Et rugissant tout bas, la regardait briller et semblait avoir peur de la faire envoler.
37:35 Un ineffable amour remplissait l'étendue. L'herbe verte à mes pieds frissonnait éperdue. » Ça aussi, c'est de la voyance au sens de Rimbaud. Les mille petites herbes qui sur une pelouse et un gazon le matin avec ce vent d'une douceur qui n'y a que le matin, qui vient un petit peu adoucir le côté glacial de la nuit, courbe toutes les herbes comme des foules à la fois exaltées et prosternées. Les oiseaux se parlaient dans les nids.
38:07 Une fleur qui s'éveillait me dit « C'est l'étoile, ma sœur. » Et pendant qu'à longs plis, l'ombre levait son voile, j'entendis une voix qui venait de l'étoile et qui disait « Et là, effectivement, commence une partie qui justifiait un peu la critique de Baudelaire. Il va enfin dire ce que cette étoile symbolise, le peuple, la liberté. » Très bien. Mais vous allez voir qu'on n'est plus dans la très grande poésie. Jugez vous-même. À moins que ceux qui sont exaltés par les idées que développe Hugo ici qui leur fait penser à des barricades.
38:37 Ça, c'est très bien. Je suis le premier. C'est pareil, du côté de ceux qui sont sur les barricades. Mais ce n'est pas pour ça. Par rapport à ce qu'on vient de lire, jugez vous-même. « Je suis l'astre qui vient d'abord. Je suis celle qu'on croit dans la tombe et qui sort. J'ai lui sur le Sina, j'ai lui sur le Taygète. » Le Sinaï, c'est là que Moïse, la révélation des Dix commandements. Le Taygète, la montagne des muses en Grèce, n'est-ce pas ? « Je suis le caillou d'or et de feu. » Ça, c'est bien que Dieu jette comme avec une fronde au front noir de la nuit.
39:09 Hugo regarde sa puissance poétique. « Je suis ce qui renaît quand un monde est détruit. » Toujours les antithèses. « Ô nations ! » Il commençait à y avoir des « ô » et des « ah ». Il commençait à y avoir de l'emphase. « Ô nations ! Je suis la poésie ardente. J'ai brillé sur Moïse et j'ai brillé sur Dante. Le lion océan est amoureux de moi. J'arrive. Levez-vous, vertu, courage, foi. Bon, ça devient un peu... N'est-ce pas ? Levez-vous, courage, foi. C'est pas quand même dans une blancheur molle infinie et charmante.
39:44 On pourrait voir une âme à travers une perle, un vent frais m'éveilla, je suis sorti de mon rêve. Mais quel contraste ! N'est-ce pas ? Donc, « Levez-vous, vertu, courage, foi, penseur, esprit, monté sur la tour, sentinelle, paupière, ouvrez-vous, allumez-vous, prunelle. » Vous voyez, quand les Parnassiens disent que les romantiques ont quelquefois négligé la forme, on en a une illustration ici, n'est-ce pas ? C'est un peu bâclé, là, de cette succession d'exclamations.
40:14 « Terre, émeut le sillon, vie, éveille le bruit. » Les apostrophes, « Terre, vie, debout, vous qui dormez, car celui qui me suit, car celui qui m'envoie en avant, la première, et la fin, toute politique qu'elle soit, est une belle réussite. c'est l'ange, liberté, c'est le géant lumière. » Voilà, oui, c'est pour montrer, je ne veux pas embrouiller, n'est-ce pas, qu'il est difficile de trancher à la hache, n'est-ce pas, la valeur esthétique, purement poétique d'un côté, et, bien sûr, la justesse des causes politiques qui sont en jeu dans une action déterminée.
« À la terre mère » de Hölderlin : le souffle et l'esprit
40:57 Alors, je vais maintenant m'empresser, avant de passer au concept et de réfléchir, maintenant, c'est quoi le beau, c'est quoi l'art, je ne peux pas faire l'impasse sur ces questions-là, aujourd'hui, ni non plus les épuiser, vous vous en doutez bien, aujourd'hui, mais on va essayer de les poser d'une manière qui fait qu'on ne va pas répéter, on va essayer de ne pas répéter les bêtises qu'on entend souvent à ce niveau-là, enfin, disons, ce qui a été dit dix mille fois, et surtout d'une manière plus rigoureuse et plus conceptuelle.
41:31 Mais, avant d'en arriver là, je lis un texte qui, bien qu'il y ait été écrit avant ces deux-là, tout au début du siècle, je pense à Hölderlin, fait la synthèse des deux et qui même, tout le texte s'articule sur cette opposition. N'est-ce pas ? Donc, il n'y a pas un poète de la collectivité et de l'autre côté, un poète de l'intériorité individuelle, décadente et replié sur le moi sacro-saint, mais quelqu'un qui montre que les deux sont des moments dont chacun peut donner des sommets poétiques.
42:09 et ce poème, vous le trouverez à la page qui s'appelle « À la terre mère », c'est un hymne, c'est le premier qui commence la série des grands hymnes de la fin de la production de Hölderlin, « À la terre mère » « Chant des frères » « Ottmar » « Hom » « H-O-M » « T-E-L-O »
42:39 pas besoin d'être versé dans les langues antiques, dans les langues mortes, en grec, en particulier, pour comprendre que « Tello » vous voyez, l'adjectif tellurique en français, c'est la terre, bien sûr, « À la terre mère ». « Tello » c'est la terre, « Hom » c'est l'homme, bien sûr, H-O-M. Et « Ottmar » c'est intéressant, avant que je vous lise le texte, « Ottmar » vous voyez, « Atem » en allemand veut dire « souffle ». « A-T-E-M » c'est un beau mot, « Atem »
43:10 le souffle. Or, il est dit dans l'Évangile quand on demande à Jésus « Mais c'est quoi l'Esprit ? Dieu, le Père, on se représente en gros ? » C'est un Superman comme dirait Spinoza, c'est un homme avec tous les défauts et les qualités d'un homme, enfin qui est immortel quand même. Bon bref, très anthropomorphique, Dieu le Père, il y a le Fils, on peut se représenter, la souffrance, c'est plus proche de nous, de la condition humaine.
43:40 L'Esprit c'est quoi ? Et Jésus répond « Tu entends le vent, le souffle, tu ne sais ni d'où il vient ni où il va. Le vent souffle où il veut. On a rarement autant rapproché l'Esprit, le concept d'Esprit de la liberté. C'est pas... Vous voyez qu'on revient à Hugo ici. L'Esprit souffle où il veut. Donc Atem, le souffle. Or, je vous avais dit que c'est quand même intéressant, quand il y a des tiroirs comme ça, je ne les tire pas tous, on n'en finirait pas. Mais c'est pour vous donner envie de continuer de votre côté à faire des recherches.
44:10 Je ne sais pas. Une des notions les plus profondes de l'hindouisme, du brahmanisme jusqu'au bouddhisme, qui s'oppose souvent d'ailleurs, mais qui sont d'accord là-dessus, c'est le mot qu'on traduit par âme. Oui, âme, esprit, souffle. C'est Atman. Atman, le même mot qu'ici. Ottmar, Atem, le souffle en allemand. Atman, A-T-M-A-N, quand on transcrit avec notre alphabet. C'est l'âme dans la tradition du sous-continent indien.
44:41 Voilà. Il faut quand même du souffle pour la poésie. C'est l'art de la parole. Proclame-le. Mon souffle serait trop court, comme dit Rilke, pour le célébrer. Quand Rilke parle à l'ange, il dit, allez, proclame la grandeur de l'homme, parce que moi, mon souffle sera trop court pour le célébrer. Allez, allons-y. Donc, trois personnages. Curieux poèmes, n'est-ce pas, qui se divisent en trois personnages. Le premier, Ottmar. Donc, le souffle. Je chante au lieu d'une communauté ouverte, ainsi tinte par des mains rayonnantes, comme à l'essai toucher une corde.
Le chant du peuple rend le sacré manifeste
45:20 Ainsi tinte une corde, d'abord. Il y a toujours des subordonnées qui sont l'angoisse, la principale chez Hölderlin. Bon, je vais essayer de ne pas faire trop de voix off après, plutôt que pendant. C'est une telle beauté. Je chante au lieu d'une communauté ouverte, ainsi tinte par des mains rayonnantes, comme à l'essai toucher une corde d'abord. Mais dans sa joie, plus gravement, bientôt, le maître penche la tête sur la harpe, et les notes pour lui se préparent, prennent des ailes.
45:51 Autant qu'elles sont, et cela sonne ensemble au toucher de l'éveilleur, et plein comme de l'océan, jaillent et montent infiniment le nuage de consonance. Donc ça, c'est le poète soliste, si vous voulez. Le barde, encore une fois, le griot, poète, prends ton luth et me donne un baiser, comme dit Musset. Homère, qui avant de raconter le poids d'Achille, faisait quelques accords à la lyre, n'est-ce pas ? Et ensuite, faisait une espèce de slam, n'est-ce pas ?
46:23 entre la parole et le chant. Scandé. Mais ce sera bien autre chose qu'une harpe sonore. Ça, c'était le soliste. Mais ce sera bien autre chose qu'une harpe sonore. Le chant, le cœur du peuple. Car, il va justifier pourquoi le chant du peuple va plus loin que le soliste. Écoutez bien. car bien qu'il ait assez de signes, je vous dis tout de suite, il parle de Dieu, car bien qu'il ait assez de signes et de flots en sa puissance et de flammes d'orage, comme pensée, le Père sacré, il serait certes inexprimable et nulle part manifeste chez les vivants, donc Dieu resterait inconnu.
47:14 Si quoi ? Si la communauté pour le chant n'avait un cœur. Mais pas encore. Vous avez entendu ? Nous vivons en Allemagne, dans un monde bourgeois, séparés les uns des autres, chacun dans sa bulle. On n'est plus en Grèce, donc, mais pas encore. Toutefois, comme le roc fut en premier forgé dans les ombres de la forge les fondations de bronze de la terre, avant même que les torrents coulent des montagnes, et que bosquets et villes fleurissent au bord des fleuves.
47:50 Une belle image. Fleurissent par-dessus. D'abord, il y a la roche, le magma, puis quand ça se refroidit, il y a la terre, les plantes poussent et petit à petit, et que bosquets, ça c'est la végétation, et villes, fleurissent au bord des fleuves. Ainsi a-t-il, dans un coup de tonnerre, créé des joies, déjà une loi pure, et de purs sons fondés. Donc voilà une glorification du poète collectif, mais qui va très loin, puisqu'il dit même que s'il n'y avait pas le poète collectif, nous n'aurions aucune idée du sacré.
48:24 Il ne serait pas manifeste chez les vivants. Donc il existe ou pas, de toute façon, ça nous ferait une belle jambe, parce qu'on ne saurait même pas qu'il existe. Le sacré. Ce qui relie les hommes, n'oubliez pas que c'est le sens étymologique de religion, qu'on croit en Dieu ou pas, il y a des choses qui relient les hommes. Il n'y a qu'à avoir une foule dans un stade ou dans un concert. Hurlant d'excitation ou silencieuse dans le recueillement, n'est-ce pas ?
Celui qui chante seul : la voie de l'intériorité
48:55 Et le cœur battant. Donc, maintenant c'est Hom qui prend la parole. Et vous allez voir le contraste. Épargne cependant au puissant, donc il parle de nouveau au sacré, n'est-ce pas ? Épargne cependant au puissant celui qui chante seul. Donc, ce n'est pas le soliste de tout à l'heure qui joue seul, mais qui ne joue pas tout seul, qui joue pour une foule, comme Homère chantait à la table des rois, des princes, des chefs, des guerriers.
49:29 n'est-ce pas ? Homérique. Épargne cependant au puissant celui qui chante seul, celui qui est loin de tout. Et donne-nous assez de chant jusqu'à ce que soit dit comme nous l'entendons. Donc, ça prend du temps. Le secret de notre âme. Donc, ce que réclame Baudelaire, n'est-ce pas ? L'âme, l'intériorité. Ça demande de passer par l'intériorité de chacun.
50:00 Là, je ne peux pas m'empêcher de dialectiser l'individuel et le collectif. C'est ça l'enjeu philosophique de notre réflexion. Vous voyez bien. Je vais m'y prendre à partir d'une évolution des forces productives pour revenir dans un champ très marxiste. Rassurez-vous. Enfin, pour ceux que ça inquiète en tout cas. on arrive au plus concret et au plus intéressant. Je veux parler de l'introduction du piano dans les foyers à partir du début du XIXe siècle.
Musique pure et piano dans les foyers bourgeois
50:35 Mirée, quel rapport ? Vous devinez, le rapport, c'est ce dont parle Hölderlin ici. L'intériorisation. La musique, par exemple, ça a été remarqué dans l'histoire de la musique. On a mis beaucoup de temps à composer ce qu'on appelle de manière un peu imprécise la musique pure. Sous-entendu, par exemple, l'opéra, ce n'est pas de la musique pure parce qu'il y a de la musique, il y a du texte, il y a du décor, il y a de la danse. C'est magnifique.
51:05 Quand on aime, il y a beaucoup de mélanges, beaucoup d'art qui se télescope. Ce n'est pas de la musique seulement. De l'eau pure, c'est de l'eau où il y a de l'eau et non pas du jus de citron en plus. Donc, la musique pure, c'est un peu la musique instrumentale. Or, pendant longtemps, la musique n'a été qu'une auxiliaire du chant. Même le berger, seul, loin de son village, se sert de son pipeau, sa flûte, sa cornemuse, au loin, comme ça, dans la solitude, pour meubler l'immensité et l'éloignement.
51:41 Et regardez l'admirable début du poème de Tristan, je parle de Wagner, le poème, la musique, n'en parlons pas. On a suffisamment remarqué sa beauté, mais le texte, au début, c'est l'homme de vigie, celui qui, parce que ça commence sur un bateau qui traverse la mer d'Irlande et qui emporte Iseut vers le roi Marc, avec Tristan qui ne vient pas la voir, qui reste à l'avant-garde loyalement pour son souverain à la proue du bateau. Laissant cela, ça dure cinq heures, ça nous amènerait trop loin.
52:12 Mais, c'est tout le premier personnage, quand le rideau se lève. C'est une voix toute seule, sans l'orchestre, sans rien, sans même un pipeau. Comme ça, le regard va vers l'ouest, il guette vers l'horizon, vers l'ouest, mais le cœur va vers l'est, car il vient de côté d'Irlande, où il a quitté sa bien-aimée, enfant d'Irlande, sont-ce tes soupirs qui gonflent les voiles.
52:42 Ce chant solitaire, vous voyez ici, la musique a mis beaucoup de temps à passer à la musique pure. La notion de concert elle-même est tardive. Il faut attendre le XVIIe siècle pour que des gens se déplacent à aller écouter des concerts de musique instrumentale. Jusque-là, la musique existe depuis que l'homme existe, pratiquement, un des plus vieux instruments, c'est l'arc musical que le chasseur pygmé utilise encore, quand il est au fond de la forêt, et que le temps se fait un peu long, entre deux pluies à la saison des pluies, avec ses dents, etc., et une corde.
53:18 Il fait des notes avec sa bouche, comme ça. C'est l'origine de tous les instruments à cordes, c'est l'arc musical, très tôt, le chasseur. Vous voyez, ça vient de la production vivrière, tout ça, de la production sociale de leur existence. Dit Marx, les hommes entrent dans des rapports nécessaires, indépendant de leur volonté, rapports de production. Le fait de tirer avec la corde, la corde, comme ça, très tôt, à exprimer à l'oreille du chasseur, là-bas, dans sa solitude, la puissance sonore, les vertus sonores de la corde qui vibre.
53:55 Donc, la musique était au service du chant, à l'origine. Musique sacrée, chorale de Bach, les cantates, tous les dimanches, Bach devait faire une cantate, où les instruments accompagnent un passage de texte sacré. Un psaume. La musique au service d'une victoire du roi sur ses ennemis. Combien de compositeurs, Haendel, ont écrit des Te Deum, c'est l'abréviation de Te Deum laudamus, nous te louons, seigneurs, Te Deum laudamus, à la suite d'une écrasante victoire de la marine anglaise sur la marine hollandaise ou française, etc.
54:40 Donc, on est à l'opposé de la musique pure. Ça ne veut pas dire que ce n'est pas des chefs-d'oeuvre, mais la musique, pour l'instant, ne s'est pas intériorisée. Elle est là toujours pour célébrer des événements collectifs. Pour la musique sacrée, c'est évident, celle qu'on chante au temple, à la messe, le gospel. Vous savez, quand on a une version au XXe siècle, dès la fin du XIXe. pourquoi maintenant j'en arrive au piano ? Parce que, avec cette musique en direct, live, celle de la messe, du temple, de l'hymne qu'on chante au stade avant les matchs, pareil, c'est pas de la musique pure, c'est la musique à la gloire des équipes, des peuples qui sont là, des traditions qui s'affrontent.
55:26 Les admirables, les chants gallois qui font trembler un petit peu comme ça, l'assistance, même ceux qui défendent l'autre équipe sont impressionnés par les chants gallois ou pas, n'est-ce pas, les rituels que ce soit aux îles Fidji ou en Nouvelle-Zélande, l'équipe du All Blacks, n'est-ce pas, ce rituel à la fois chorégraphique et vocal, n'est-ce pas, qui a pour fonction d'intimider un peu l'adversaire, n'est-ce pas, parce que c'est dérivé de chants et de danses de combat.
56:04 Donc, pourquoi le piano ? Parce que le piano, c'est la première chaîne hi-fi Là, dans mon salon, la bourgeoisie commence à apparaître, la classe moyenne, ce n'est pas le seigneur qui pouvait commander à Bach de venir jouer dans son salon à Mozart, à Lully, Louis XIV, beaucoup protégé Lully, et même à danser dans certaines comédies mises en musique par Lully. Oui, oui, le roi danse, le roi s'amuse.
56:35 Et vous avez un magnifique film du plus grand cinéaste indien, Satyajit Ray, R-A-Y, ne manquez pas un film de cet immense cinéaste. Surtout que si vous avez des enfants, montrez-leur, ce n'est pas un film seulement pour enfants, mais c'est l'histoire d'un éléphant, Pather Panchali, c'est une splendeur. C'est un peu un Visconti indien. Et là, je pense à un film qui s'appelle Les joueurs d'échecs.
57:06 Un raja, pendant que l'Angleterre est en train de faire tomber une à une les provinces de l'Inde dans son escarcelle, lui ne se soucie pas de politique. C'est un roi amoureux de poésie et de musique. Et il danse comme ça avec ses musiciens. Bon, les joueurs d'échecs, pas le joueur d'échecs de Satyajit Ray. Alors, le piano, techniquement, c'est un instrument, ce n'est pas la flûte, ce n'est pas le violon.
57:41 Vous pouvez faire tout avec le piano. Vous ne pouvez pas faire un orchestre avec une flûte. Vous pouvez faire des tas de choses merveilleuses que seule une flûte peut faire, mais vous ne pouvez pas avec la flûte faire tous les autres instruments. par exemple, quand on répète un opéra avec des chœurs, des voix solistes, des voix de femmes, d'hommes, ténors, barytons, sopranos, c'est trop cher de payer un orchestre pour chaque répétition. Donc, on paye un pianiste qui, ici, résume toute la partition d'orchestre.
58:11 Et quand il est bon, il fait bien entendre, alors que c'est toujours le même instrument. Le piano, ici, là, je fais la voix du cor, ici, de la flûte, le rêve au rêve et la flûte au cor, comme dit Verlaine dans son art poétique. Et je signale qu'un des plus grands pianistes du siècle, du XXe siècle, parce qu'il est mort avant la fin du XXe siècle, oui, je pense à Sviatoslav Richter le grand pianiste soviétique, n'est-ce pas ? Ça ne veut rien dire, le plus grand pianiste du monde.
58:42 Ça va arriver à un certain niveau, il y en a une vingtaine, n'est-ce pas, qui sont au-dessus de la mêlée. Et après, ça va affaire de goût pour chacun, ou bien, l'un fait mieux Beethoven, l'autre fait mieux Bach. Bref, mais Richter, vraiment, qui est sur ses sommets, largement, a commencé toute sa carrière comme accompagnateur d'opéra, ce qui prouve sa profonde musicalité. Bon, le piano, à Martian-Montbrouille, il vient dans l'appartement, je suis un bourgeois, je veux montrer que j'ai réussi, j'ai un piano, ma fille apprend le piano, on se cultive, vous voyez, je peux dire au pianiste, tu ne veux pas me rejouer là ?
59:23 On ne pourrait pas à la messe faire ça, on ne peut pas au concert faire ça en public, on ne peut pas au stade dire, vous ne voulez pas recommencer l'hymne, moi j'aime bien le Deutschland über alles là. Mais oui, j'en parle, non pas parce que c'est l'hymne allemand, mais parce que l'hymne de l'Allemagne, au paradoxe, a été composé par le bon Haydn, le grand ami de Mozart, il n'y a pas moins militariste que l'hymne allemand, les paroles, oui, les paroles sont terribles, elles ont été changées d'ailleurs à la fin de la guerre, parce qu'on disait von der Maas bis an die Memel de la Moselle à la Russie.
1:00:00 Non, mais sinon, cet hymne, on le sait peu, est extrait d'une mélodie pour quatuor à cordes, même pas pour grand orchestre, il n'y a pas plus intime, que le quatuor à cordes de Haydn, le quatuor qu'on appelle encore maintenant le Kaiserquartett, c'est-à-dire le Quatuor de l'Empereur. Bon, donc, on ne peut pas demander à l'hymne, là, de recommencer avec la chaîne hi-fi, on peut, on peut creuser, voilà où je voulais en arriver, il faut cette médiation, il ne faut pas rester seul, il faut revenir après à la collectivité, mais dont on a compris le sens parce qu'on s'est cultivé dans l'intériorité de l'individu, on s'est cultivé par cette médiation.
L'intériorité comme médiation vers le collectif
1:00:42 On a pu, et pour les musiciens, c'est capital, on a pu peaufiner le passage de majeur en mineur, on a vu qu'on pouvait faire des transitions, des variations, tout ça, ça ne pouvait arriver que par les instruments, la voix pouvant pas, la voix a des limites techniques, n'est-ce pas. Voilà, donc, vous voyez, il y a une dialectique ici de l'individuel et du collectif qui fait que ça s'oppose moins qu'on ne le croit, et donc, dans ce magnifique hymne de Hölderlin, vous voyez, cette entité, épargne cependant, et maintenant, pensez à ma chaîne, à mon piano, si vous voulez, qui a permis, comme ça, à des millions d'entre vous, d'entre nous, à des jeunes, à des moins jeunes, à des vieux, de découvrir, je ne sais pas, moi, de belles chansons à texte, si je suis dans la variété, des quatuors à cordes, des musiciens de jazz, dans le détail, de se le repasser 50, 100 fois, selon que ça leur a, qu'ils ont eu le coup de foudre ou pas, et à ce moment-là, vous savez tous,
1:01:52 chacune, chacun d'entre vous, sait très bien que plus on connaît une musique, plus elle est gratifiante, plus chaque fois qu'on l'écoute, on la sent se déployer, on prévoit, en même temps, on est à chaque fois surpris, et émerveillé par le génie, moi-même, vous voyez, je suis un vieillard, il y a des œuvres que j'écoute depuis l'âge de 12 ans, je ne peux pas me dire combien de fois je les ai entendues, je suis encore surpris, je découvre des détails, vous voyez, car il est long le temps, je reviens à Hölderlin, mais il survient le vrai, donc je recommence ce passage, qui ne va pas être plus clair, épargne cependant, ô puissant, celui qui chante seul, et donne-nous assez de chants, jusqu'à ce que, vous voyez, l'importance de la durée, du temps, de creuser, d'écouter, pendant longtemps, de répéter, jusqu'à ce que soit dit, comme nous l'entendons, le secret de notre âme, qui a tellement de mal à s'exécuter, à réussir en public, voilà encore une autre détermination, pourquoi on a besoin d'être seul, pour aborder certains contenus, parce que des fois, on n'ose pas exprimer trop d'émotions,
1:03:02 en présence de l'autre, il y a un magnifique passage, dans la troisième élégie, non, dans la septième, pardon, les grandes élégies de Rilke, les élégies de Duino, dans la septième, qui est un chant de triomphe, après tous les doutes des élégies précédentes, où il s'adresse aux prostituées, je ne dis pas comme ça, où il dit que chacun, tout être humain a connu, ne serait-ce que quelques secondes d'éternité, les veines, comme il dit, pleines d'existence, des moments de grâce, et il dit, vous le saviez, même, fille, dans les rues purulentes, etc., vous le saviez, mais, c'est là que, j'en arrive à la pudeur de nos sentiments, mais nous oublions si facilement, ce que le voisin rieur, ne nous envie pas, surtout chez les garçons, les garçons ont pudeur du sentiment, ils ne vont jamais avouer certaines émotions, ce n'est pas devant les autres, ils vont faire le mac, je ne sais pas, voilà, donc, épargne cependant,
1:04:12 ô puissant, celui qui chante seul, ou qui s'enchante seul, s'il écoute le chant, n'est-ce pas, jusqu'à, et donne-nous assez de chant, au pluriel, jusqu'à ce que soit dit, comme nous l'entendons, le secret de notre âme, car souvent j'ai prêté l'oreille au cantique, ça c'est, collectif du prêtre ancien, ainsi donc, prépare mon âme à rendre grâce à son tour, mais dans les arsenaux, les hommes, la main nouée en temps oisif, ça c'est les époques d'abandon politique, n'est-ce pas, les hommes passent et contemplent les armures, gravement, et quelqu'un raconte comment les pères, jadis, tendaient l'arc, sous-entendu, plus personne ne sait tendre l'arc, allusion bien sûr à Ulysse, comment les pères, jadis, tendaient l'arc, sûr, au loin de la cible, et tous le croient, pourtant, nul ne le peut tenter, comme un dieu, les bras des hommes retombent, aussi bien, comme une résignation, l'habit de fête, ça c'est collectif, l'habit de fête, ne convient-il point à chaque jour,
1:05:23 il faut bien se faire une raison, il n'y a de vraies fêtes d'ailleurs, que lorsque loin de la fête, on a bossé, Clouscard a beaucoup insisté là-dessus, à ceux qui en 68, parlent toujours de la fête, la fête, il dit quand il y a toujours la fête, c'est jamais la fête, quand on a marné dans les vendanges, c'est épouvantable les vendanges, et à ce moment-là, la fête des vendanges, ça vaut le coup, ce que chacun de vous, de nous résume, c'est vrai, quand on dit après l'effort, le réconfort, mais la fête, c'est un réconfort collectif, donc aussi bien l'habit de fête, ne sied-il point à chaque jour, les colonnes des temples sont debout, à l'abandon, dans les jours de détresse, eh oui, celui qui chante seul, ne peut pas avoir l'argent du beurre, ce n'est pas le même moment, où la collectivité entière, n'est-ce pas, chantait les hymnes vers le ciel, vers les dieux, les dieux, donc les colonnes des temples, sont debout, à l'abandon, dans les jours de la détresse, bref, les temples grecs, sont devenus, ce qui sont pour nous, quand on les visite maintenant, c'est-à-dire des ruines, sans doute, l'écho du vent du nord, résonne profondément, sur les parvis, et la pluie, les rend pure, comme si la pluie venait laver,
1:06:35 la poussière du temps, la mousse croît, les hirondelles reviennent, dans les jours du printemps, mais au-dedans, le dieu reste sans nom, et oui, puisqu'il n'y a pas le chant de la collectivité, comme on l'a vu tout au début, par lequel seul, le sacré, devient manifeste, chez les hommes, mais au-dedans, le dieu reste sans nom, et la coupe de gratitude, les vases du sacrifice, et tous les instruments du culte, la terre discrète, les refuse à l'ennemi, bref, un beau paysage, d'hiver, d'automne, quand la nature semble abandonner, semble, et voilà la dernière partie, telle l'eau, la terre, qui aussi bien remercierait avant de recevoir, et répondrait avant d'entendre, quand un plus haut parle, il ne faut pas interrompre l'harmonieux propos, il a beaucoup à dire, et d'autres droits, et il en est un qui ne prend pas fin dans les heures, et les temps de celui qui crée, sont comme la montagne, qui dans la houle de mer en mer, s'allonge au-dessus de la terre,
1:07:45 tout n'est pas très clair dans cette fin, mais je fais exprès de vous la dire, car comme l'a très bien vu Baudelaire, il peut ne pas y avoir de la vérité au sens univoque, de quoi il parle, etc., mais tout de même, il y a des images inoubliables, regardez bien, beaucoup de voyageurs en parlent, et le gibier erre dans les gouffres, et les hardes sur les hauteurs, vous voyez, une espèce de retour au chaos naturel, les hardes, des troupeaux de chevreuils, on semble être revenu à la nature, beaucoup de voyageurs en parlent, et le gibier erre dans les gouffres, et les hardes sur les hauteurs, mais c'est la chute, attention, mais, donc opposé à tout ce chaos apparent, mais dans l'ombre sacrée, au versant vert, habite le patre, et le berger, on en a parlé tout à l'heure, le voici enfin, et contemple les cimes ainsi.
« La Vie antérieure » : hommage inconscient à l'histoire
1:08:48 Voilà. Donc, je voudrais être un peu plus court que d'habitude, donc ne pas aller au-delà de cette longue introduction, et vous donner la parole, et auparavant, je voudrais glisser une hypothèse, je ne vous l'impose pas, c'est une hypothèse, mais, je suis sûr que, je vois les commentaires certains d'entre vous, qui ont de l'oreille, et qui prolongent quelquefois d'une manière très significative, ce que je peux hasarder ici ou là, prolongent dans la bonne direction.
1:09:19 Rien ne m'est plus cher que ce genre de travail d'équipe, n'est-ce pas ? Proclame-le, mon souffle sera trop court pour le célébrer. Même, lorsque, je reviens à Baudelaire, même lorsqu'un poète défend l'intériorité qui ne doit rien à la collectivité, au monde social, politique, aux enjeux collectifs, bref, les états d'âme d'un fumeur d'opium sur sa couche, c'est le cas de Baudelaire, même à ce niveau-là, et même lorsqu'il écrit dans un poème qui a pour sujet la vie antérieure, on est en plein dans le mysticisme, la vie avant la naissance, la vie après la mort, mais la vie avant la naissance, n'est-ce pas ?
1:10:03 Eh bien, regardez, si on prend le texte de très près, j'ai longtemps habité sous de vastes portiques, lui qui habitait une soupante misérable, le pauvre Baudelaire, dans un quartier très populaire de Paris, n'est-ce pas ? D'où il voyait, comme il dit, les fleuves de charbon montés dans le firmament, c'était autrement plus pollué qu'aujourd'hui quand toutes les maisons de Paris crachaient du charbon de bois, mais enfin, en passant, sinon je vais m'énerver. J'ai longtemps habité sous de vastes portiques que les soleils marins teignaient de mille feux, et que leurs grands piliers drois et majestueux rendaient pareil le soir aux grottes basaltiques.
1:10:43 Là c'est un peu plastique, les colonnes basaltes, c'est du dur. Vous vous rappelez, je suis belle, ô mortels, comme un rêve de pierre, mais regardez tout de suite, les houles en roulant les images des cieux, voilà le mouvement, les houles, et là c'est de l'informe, mêlés d'une façon solennelle et mystique, les tout-puissants accords, voilà le son de leur riche musique, aux couleurs du couchant reflété par mes yeux. C'est là que j'ai vécu dans les voluptés calmes, au milieu des nuages, des fastes et des splendeurs, et des esclaves nus, tout imprégnés d'odeurs, et s'imaginaient sa rêverie, dans une vie antérieure, comme un prince oriental, avec des esclaves qui le ventilent, qui me rafraîchissaient le front avec leurs palmes, et écoutez bien maintenant, et dont l'unique soin était d'approfondir, et c'est le dernier vers, le secret douloureux qui me faisait languir.
1:11:45 Donc on n'est pas… Le poème trahi ici, prend le contre-pied de l'idéologue Baudelaire. Le poème avoue que même dans cette vie antérieure, ce n'est pas le paradis perdu, parce qu'il y a une tristesse. Le secret… Même dans cette vie antérieure, il y a un secret douloureux qui le faisait languir. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que le poète a un pressentiment de tout ce qui l'a précédé dans l'histoire réelle de l'humanité, car chacun de nous n'est pas né à partir de zéro.
1:12:18 Notre naissance n'est pas un commencement. Notre naissance est l'aboutissement de millénaires de traditions, de transformations, de progrès, de régressions. Les contes ont raison de parler des fées au bord des berceaux. Ça veut dire que dès les premières secondes de la vie du nourrisson, il y a des paroles qui circulent au-dessus du corps et de l'âme de ce pauvre nourrisson, selon que ce sont des bonnes ou des mauvaises fées, c'est-à-dire qu'elles prononcent, regardez bien, des bénédictions, des bonnes paroles.
1:13:01 Des malédictions. Voilà, c'est la suggestion que je fais, que inconsciemment, même le poète attaché au moi intérieur, finit par rendre hommage à l'immense création collective qui a précédé son intériorité individuelle. Et ainsi rend sans s'en douter hommage à l'histoire. Voilà, je voudrais m'arrêter là. La matière est assez riche et c'est dit que les politiques pour qu'on fasse un deuxième volet, comme on l'a fait pour le mensonge.
Le déboulonnage des statues et la lutte des classes
1:13:34 Je vais demander à Philippe, à notre régie, s'il y a des questions. Ah, je vais regarder. Effectivement, alors, alors, alors. Ah oui, il y a Alt går bra. D'accord, je salue, je vous demande de saluer nos amis d'Alt går bra, ce sont nos amis norvégiens qui ont eu la gentillesse de m'inviter à faire une causerie à Bergen, comme je vous l'ai déjà dit une fois, et qui font vraiment, je le répète, je ne me lasse pas, et qui actuellement font une exposition extraordinaire sur des thèmes au départ architecturaux.
1:14:14 Le couple qui est le moteur de cette association Alt går bra, qui veut dire en norvégien tout va bien, je prononce mal qu'ils me pardonnent. Le couple d'Agnès et de Branco, je les salue au passage, je leur transmets toute mon amitié. Agnès est présidente de l'association des artistes plastiques de Norvège.
1:14:46 Alors, je lis maintenant la question qu'elle me pose. Dominique, parce que tu parles de l'art et de la politique, peux-tu faire des réflexions sur la destruction des statues aujourd'hui par les mouvements antiracistes ? Effectivement, vous avez dû apprendre dans l'actualité qu'il y a eu tout un mouvement pour s'en prendre à des symboles, à suite à l'assassinat d'une sauvagerie, barbare, qui s'est produit à Minneapolis.
1:15:26 Pourtant, c'était un titan, la victime, il faisait presque deux mètres, il faut vraiment y mettre du sien pour étouffer comme ça. D'ailleurs, les miliciens, ils étaient plusieurs dessus. Donc, dans le sillage de cet acte de barbarie, il faut savoir qu'il y a pas mal de manifestations. Alors, je vais répondre à la question. Je dis bravo. Bravo au déboulonnage qui a eu lieu en Angleterre, de la statue de Cecil Rhodes.
1:16:00 Ça ne vous dit rien, parce que vous, vos générations, vous n'avez pas entendu parler du Zimbabwe, et jamais en bien d'ailleurs. Mais le Zimbabwe, c'est le nom africain, pris au moment de l'indépendance d'un pays qui s'appelait la Rhodésie, la colonie anglaise, qui était la quasi-propriété du fameux Cecil Rhodes, esclavagiste, raciste, apartheid. Et il y avait cette statue, n'est-ce pas ?
1:16:30 J'applaudis le fait qu'on l'ait déboulonné, comme on l'a fait pour celle du roi des Belges. Lui, il bat tous les records, mais je ne veux pas être voyeur ici. Mais le plus grand carnage de tous les temps, même que la Deuxième Guerre mondiale, sur un seul peuple, je veux dire. Et je pèse mes mots. C'est celui qui a subi l'Afrique dite des Grands Lacs, l'ex-Congo belge, plus le Rwanda, le Burundi.
1:17:01 Je parle des massacres qui ont eu lieu avant le génocide contemporain, des tristes années 1994, de le carnage qui a eu lieu dans ce pays, le Congo belge, à l'époque, qui était la propriété privée du roi des Belges, dont la statue est dans presque toutes les villes belges. De moins en moins, il y en a une qui a été déboulonnée à Anvers avant-hier, je crois.
1:17:34 N'est-ce pas ? Quand même, j'applaudis. Là, je réponds clairement à le garbra. Mais je m'inquiète en même temps, d'un certain aspect de ces manifestations. Vous voyez que ma réponse est nuancée. Est-ce qu'il y en a qui en profitent, pour obscurcir la lutte des classes dans la lutte des races ? Pour faire comprendre ce que je vais dire, je vais être provocateur. Je vais vous dire, les Arabes sont très bien accueillis en France. Évidemment, il y en a qui bondissent, et je les comprends, parce qu'ils croient que je fais du...
1:18:08 Comment ils s'appellent ? Les émours. Je n'arrive pas à comprendre comment... Enfin bref, il y a une popularité, il y a même plein de jeunes qui le critiquent, mais qui l'écoutent. Enfin bref, qu'est-ce qu'on fait comme pub ? Des gens qui n'en valent pas la peine. Bon bref, Non, non, je ne parle pas comme ces mots. Apparemment, les Arabes sont bien accueillis en France, il n'y a pas de problème, mais je ne dis pas ça. Ce n'est pas n'importe quels Arabes. Mais si vous allez à l'hôtel Georges V, sur les Champs-Elysées, au moment où arrive un émir avec sa suite, un roi du pétrole, vous allez voir tout le personnel, dont chacun à part peut être raciste, à plat ventre pour l'accueillir, et sincèrement heureux qu'il soit revenu.
1:18:48 Parce qu'on manque de clients, et lui il paie bien bon sang. Et quant au roi, j'allais dire Hassan II, excusez-moi, je vais dire Mohamed VI du Maroc, je vais dire, comment ne peut-on pas être mieux accueilli lorsqu'il arrive en France ou ailleurs, dans le pays du Nord ? Et Condoleezza Rice, une femme et une Noire, vous savez, soi-disant des minorités opprimées, femmes et Noires, libérant la barbarie atlantiste sur l'Irak, contre l'avis de l'ONU, contre la communauté internationale.
1:19:20 Donc ce n'est pas les Noirs et les Blancs le problème. Et ici, je vous recommande, je n'ai pas le temps de vous les lire là, je prendrai du temps, mais je vous supplie de jeter un coup d'œil sur un article concernant la biographie d'une des plus grandes basses, je reviens à la musique, du XXe siècle, celui qui a immortalisé, n'est-ce pas, ce chant que tout Américain connaît, Ol' Man River, le vieil homme du fleuve du Mississippi, qui a proclamé sa solidarité à l'époque où vraiment, vous savez, dans les années 30, avant la guerre, il n'y avait pas beaucoup d'Africains qui, d'Africains, voyez-moi le lapsus, d'Afro-Américains qui apostrophaient les pouvoirs à partir de sa gloire de chanteur, car il avait une basse qui stupéfiait tout le monde.
1:20:25 Oui, oui, Paul Robeson, oui, bien sûr, je ne l'ai même pas nomé, Paul Robeson, oui, ça s'écrit Robeson absolument, mais écoutez-le, parce que sa voix déjà est phénoménale, sans doute les plus belles interprétations qu'on ait jamais faites de l'international et de l'hymne soviétique, il a tout fait, la marseillaise, bien sûr, mais c'est surtout ça, quand il dit que sa lutte est solidaire de celle des ouvriers blancs d'Europe. Ce n'est pas les Noirs contre les Blancs, ce n'est pas encore Kémi Séba, et le communautarisme qui réjouit les fascistes des deux bords.
1:21:02 Voilà, ma réponse est nuancée. Alors, ceux qui déboulonnent les statues de Cecil Rhodes, il paraît qu'ils s'en sont pris à Churchill, je ne sais pas si la police est intervenue à ce moment-là, mais voilà, vous savez que Churchill s'est illustré, quand il était encore tout jeune, dans la fameuse guerre des Boers, en Afrique du Sud, sont apparues pour la première fois l'expression « camp de concentration » avec les prisonniers. Voilà. Et les Anglais qui faisaient lécher, pendant la révolte des Cipayes, l'armée anglaise faisait lécher le sang de leurs ennemis, tués, n'est-ce pas, par leurs prisonniers, n'est-ce pas, sur les marches des escaliers, ruisselant du sang des Cipayes.
Aristote, Baudelaire et de Maistre
1:21:51 Voilà. Merci d'avoir posé la question. J'espère que j'ai été clair, n'est-ce pas, mais nuancé. Jean-Vier Axel, Sébastien Vrenoy, il devait aussi dire, je vais vous dire, où se situerait, selon vous, le retour à la poétique d'Aristote chez Baudelaire. Pouvez-vous préciser votre pensée ? Bon, ce serait trop long, la question n'est pas inintéressante, loin de là, mais trop abstraite, si vous voulez, parce que Baudelaire est beaucoup plus concret, on l'a vu tout à l'heure, et que les principes, très profondes de la poétique d'Aristote.
1:22:28 Je vous rappelle en gros que chez Aristote, par exemple, le but de la tragédie en poésie, c'est d'inspirer à la fois la terreur et la pitié. Et pour ce qui est de l'art en général, mais je ne veux pas développer, ce serait, vous voyez un petit peu le développement vertigineux qu'on peut faire à partir de là, la phrase la plus importante et la plus générale qu'Aristote ait dit sur l'art, c'est « L'art tantôt imite la nature », c'est la fameuse mimèsis, le verbe mimer de là, « Tantôt l'art imite la nature, tantôt il prolonge ce que la nature, par elle-même, n'est pas à même l'achever. »
1:23:12 Grand problème, que je laisse en suspens à la réflexion de celui qui a la gentillesse de me poser la question, est-ce que l'art fait tantôt de l'imitation, tantôt il prolonge, ou est-ce qu'il ne fait jamais l'un sans l'autre ? Que ce qu'on croit être de l'imitation, de la photographie, est toujours en même temps un ajout par rapport à la donnée naturelle. Car art, après tout, dans art, il y a le radical d'artificiel. Les Grecs ne connaissaient pas notre opposition entre le technique et l'artistique, au contraire.
1:23:43 Le mot pour désigner le grec, c'est la techné, justement. Il en est resté un petit peu en français lorsqu'on dit l'art de faire son jardin ou lorsque Bach écrit l'art de la fugue avec beaucoup d'humilité, sous-entendu, voilà comment il faut s'y prendre comme un bon artisan pour faire une fugue. Voilà pour Aristote. Je pense que Baudelaire en bon chrétien, lisant de Maistre, oui, alors j'ai dit à Sébastien qu'il ne s'attarde pas trop dans la contre-révolution de de Maistre, ces tristes sires que sont Burke et de Maistre, que Baudelaire ait été influencé par cela, ce n'est pas la pensée politique de Baudelaire, ce n'est pas qu'il y a de meilleur dans son œuvre.
1:24:27 Je préfère de Baudelaire, de l'invitation au voyage ou du voyage tout court. C'est pour être, vous voyez, qu'on peut avoir une pensée extrêmement réactionnaire et faire des vers inoubliables, ce n'est pas un problème. et même très généreux. Mais, quand Baudelaire met sur un carnet influencé par de Maistre, il n'y a de bon dans la cité que le poète et le prêtre et le soldat, même Marine Le Pen n'oserait pas le dire aujourd'hui. Mais qu'il n'y ait pas de contresens, je voudrais te nuancer.
1:24:58 Car dans les mêmes nouvelles sur Edgar Poe, je vous ai lu l'apologie de la poésie pure contre l'hérésie de l'enseignement, Baudelaire est solidaire, et on revient à la première question de Algarbra et solidaire, n'est-ce pas, du noir dont la joue, il parle de l'Amérique, la patrie d'Edgar Poe, dont la joue, fouettée par la verge du maître, n'est-ce pas, fourmille de fierté. Il y a ça aussi chez Baudelaire. Je préfère ce Baudelaire-là au Baudelaire de Maistre.
1:25:33 Tous ces fleuves qui ont charri la boue, qui ont fait l'estuaire du nazisme. Brunin, t'es trop jeune, Sébastien, tu es trop jeune pour rester là-dedans. On ne va pas se faire avoir deux fois quand même. Alors ensuite, il y a, je n'arrive pas à voir, voilà, ah bon, d'accord, parce qu'il me semblait qu'il y en avait une dernière.
1:26:04 Ah oui, oui. D'accord, d'accord, effectivement, je vois. Je le remercie énormément. Les mouvements, oui, effectivement, on a fait le tour. Eh bien, il me reste à vous remercier de votre attention, de votre présence, d'abord et avant tout. Voilà. J'espère que Sébastien Brunin ne m'en veut pas. J'ai beaucoup d'affection pour ces interventions.
1:26:34 Et puis, il faut bien passer par quelques étapes, il ne faut pas trop s'y attarder. Voilà. Et je remercie aussi Philippe qui a fait un travail admirable avec les textes. Ce n'est pas évident. vu les moyens très modestes dont nous disposons. Et je vous dis très bientôt, puisque maintenant, on arrive à tenir un rythme hebdomadaire. Et je serai ravi de vous retrouver la semaine prochaine, prochain direct. Très bonne nuit et à bientôt.
1:27:04 et déconfinez-vous le plus possible. Déconfinez-vous les uns les autres. le plus possible.