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Annonces et éditorial confié à Rousseau
0:00 Je profite que ce soit la dernière séance pour que ce soit un peu plus interactif que d'habitude, pour parler comme les journalistes, et les pédagogistes et tout ça, et tout ça. Mais je dis juste quand même deux mots. D'abord, j'ai une question que je vous adresse. Est-ce que vous avez pris connaissance du texte de Rousseau qui sert d'éditorial à cette session d'aujourd'hui ? Non ?
0:30 On peut ? Bon, c'est scandaleux que les nouveaux, je veux bien... Oui, je vous rappelle quand même qu'il y a un site qui est quand même beaucoup plus opératoire que Facebook. C'est toujours utile de voir Facebook, mais Facebook, au bout de deux jours, il y a déjà eu 350 posts qui fait qu'il faut rechercher une heure en amont. C'est fongible, quoi, Facebook, ça vous le savez mieux que moi. Comme une savonnette.
1:00 Par contre, on a un site à nous, d'accord ? Qui est celui qui est le plus exhaustif pour tous les renseignements se rapportant à toutes les interventions organisées par l'association. Essentiellement les miennes. Donc, oui, ça s'appelle dominiquepagani.net, c'est pas moi qui l'ai fait, c'est fait par un professionnel basé aux Philippines. Ben oui, on a fait... Comment on dit ? Il y a un terme de business pour ça.
1:31 On déterritorialise. Non, ça c'est du... Pardon ? Délocalise. Merci, oui, c'est ça, on délocalise. Et, exactement. Bonjour, Romain. Et, sur cette page qui s'appelle dominiquepagani.net, il doit y avoir trois W avant. Accueil. Vérifiez bien le mot accueil. Ça se confondrait avec autre chose. Vous avez tous les renseignements, vous avez toutes les vidéos, vous cliquez sur Facebook, vous avez sur YouTube, vous avez toutes les vidéos depuis 5-6 ans, et même au-delà.
2:06 Et pas seulement celle de l'association, celle que j'ai fait aussi bien dans le cadre de la librairie Tropiques que dans le cadre de l'Université populaire de Saint-Dizier, pardon, l'UPSD, dont je reviens d'ailleurs. J'étais le week-end dernier. Ça, c'est pour le clic YouTube, et puis il y a le clic Facebook, qui vous renvoie à notre page officielle, et ainsi de suite. Et puis, ça, c'est la front page. Mais après, derrière, vous avez des tas de rubriques, les sites amis. À propos des sites amis, j'en profite quand même pour saluer la présence d'Agnès et de Branco, pardon de les mettre mal à l'aise, mais qui ont eu la gentillesse de m'inviter en Norvège.
2:48 C'est grâce à eux que le marxisme-léninisme clouscardien a pu se propager jusqu'encore plus au nord qu'Oslo, à Bergen. Je les en remercie. Voilà. Et je voudrais vous rappeler que quand je dis les sites amis, c'est leur association qui s'appelle Alt går bra, ce qui veut dire tout va bien, je crois. Voilà. Ce qui est déjà une quasi-provocation, n'est-ce pas ? Et qui font un travail extraordinaire dans un contexte idéologiquement, disons, difficile.
3:19 Agréable, mais difficile. Donc, je reviens à la séance d'aujourd'hui. Sur la première page, la front page de ce site dominiquepagani.net, il y a en général un texte qui est un éditorial fait par votre serviteur. Ça me coûte beaucoup d'écrire. Et vous avez remarqué que je préfère parler. Et puis, des illustrations à droite, etc.
3:49 Il y avait la rosace de Notre-Dame, vous savez, en hommage à l'incendie. Enfin, en hommage à l'incendie. En hommage à ce qu'il en reste. Et... The rest is silence. Ce sont les derniers mots de Hamlet, je vous rappelle. Et cette fois-ci, une fois n'est pas coutume, j'ai laissé la place à Rousseau pour faire l'éditorial. Alors, pourquoi ? Puisque vous ne l'avez pas, il faut que... Heureusement que je suis la Wi-Fi, là. Je vais donc me reporter à notre... Alors, François Ier, ça n'a rien à voir.
4:22 Voilà. Donc, c'est un texte extrait de l'Émile. Et pour lequel... Alors, j'ai un deuxième hommage, non pas à nos amis norvégiens cette fois-ci, mais à Élise, si présente, Élise Delacroix, qui m'a rappelé ce texte, ça fait 35 ans, donc je n'ai pas lu d'une traite tout l'Émile, de manière exhaustive, ce que je vous conseille de faire. Vous ne savez pas mieux. Vous pouvez le prendre au milieu à la fin, mais il faut lire tout. C'est fabuleux. C'est comme la Nouvelle Héloïse, quoi. On a l'impression que ça va vous tomber des mains, et en fait, c'est...
4:53 Et elle m'a branché sur ce texte, qui ne pouvait pas mieux tomber à pic, si je puis dire, par rapport à la manière dont je comptais conclure ce cycle, puisque c'est la dernière séance, dont je rappelle qu'il est biphasé, puisqu'il y a eu une première phase où c'était la pensée révolutionnaire, je vous rappelle, de Rousseau à Lénine, pendant tout le premier trimestre, puis nature ou paysage. Et apparemment, si on ne se fie qu'à ses intitulés, il n'y a pas beaucoup de rapports entre la première et la deuxième phase.
Le champ de blé et la chapelle romane ne sont pas naturels
5:26 Sauf que quand même, un personnage comme Rousseau est pertinent tant pour la séquence ès qualités qui va de Rousseau à Lénine que nature ou paysage, comme on ne va penser à Rousseau, qui est le premier à parler du paysage en termes, disons, modernes, pour aller très vite. Alors que le siècle auparavant, je vous l'ai déjà dit, Madame de Sévigné allait rendre visite à sa fille dans la Drôme, à Grignan, si vous passez à Grignan, il y a un des plus beaux châteaux de tout le sud de la France.
5:56 Dans la Drôme, dite provençale, mais ça c'est un langage de consultant, laissant tomber, jamais été provençal, la Drôme. Quand elle revenait de Grignan en remontant sur Paris, elle longe les Alpes, le Vercors par exemple, elle tirait le rideau, voyez, parce que c'était l'horreur. C'est récent la notion d'apprécier le paysage, les décors, la montagne, c'était les dangers, la famine, le crétinisme, crétin des Alpes. Personne n'est de Savoie ici, ça va ? Et je n'ai rien à dire, moi je suis d'un pays de montagne.
6:26 Voilà. Donc, merci à Élise de m'avoir branché sur ce texte, qui dit donc, qui est extrait, je vous l'ai dit, de l'Émile, et du quatrième partie, si je me souviens bien, et qui traite à la fois du bonheur, du paysage, de la propriété. La progression que nous avons faite conceptuellement sur la question nature ou paysage pour l'interrogation nous a permis de commencer d'abord, petit rappel très rapide, par la conjonction des deux, dans le langage courant, les deux ne sont pas tellement distingués.
7:11 Le décor qui nous entoure, qu'est-ce que c'est beau, que la nature est belle, que le paysage est beau, on peut prendre tout ça l'un pour l'autre, ce n'est pas très grave. Puis après, on se fait des nœuds, comme toujours dans le langage courant, si on ne fait pas attention. Parce que, que va-t-on faire de la distinction courante dans la langue, du naturel et de l'artificiel, si je commence à dire, c'est la nature en montrant un champ de blé au milieu duquel il y a une chapelle romane. Ce n'est pas ? C'est que de l'artificiel, ça. Le champ de blé, c'est un travail de fou. Ce n'est pas ? La chapelle romane, nous n'en parlons pas.
7:43 Les deux font travailler autant la tête que les mains. Ce n'est pas ? Les deux sont aussi bien une dépense de sueur, la praxis, une transformation de la matière, une information de la matière par la forme que le sujet a dans la tête. Ça rappelle de Marx, ce qui distingue au premier abord, dit Marx, l'architecte le plus malhabile de l'abeille la plus experte, c'est que l'architecte a sa maison dans la tête avant de la réaliser dans la réalité.
8:13 Donc, vous voyez, on se fait des nœuds. C'est beau, quel beau décor naturel, cette chapelle romane dans le champ de blé. Ni le champ de blé, ni la chapelle romane ne sont du naturel. C'est de l'artificiel. C'est le fruit de l'art. Je fais exprès de garder art ici dans le sens grec de techné. C'était le mot. Les Grecs ignoraient notre différence un peu bobo entre les beaux-arts et puis le plombier, l'électricien, ou la régie technique, sur laquelle je ne saurais pas grand-chose Donc, à cause de ça, je continue la progression.
Disjoindre nature et paysage
8:58 Après, on a été donc obligé de disjoindre nature et paysage. Ce n'est pas compliqué. En gros, si autour de nous, on enlève tout ce qui suppose la main, je viens de le montrer, la main et l'esprit de l'homme, si vous avez lu Leroi-Gourhan, un grand spécialiste de la préhistoire, vous devez savoir que les deux sont inséparables. Il va même jusqu'à dire que c'est la main qui a créé le cerveau, Leroi-Gourhan qui a créé, disons, l'esprit qui siège dans le cerveau Si on enlève tout ce qui porte la trace de l'homme, le résidu, c'est la nature, cette fois-ci, vous voyez, la naturelle par opposition à l'artificiel.
9:42 En gros, c'est tout l'univers. Je rappelle ici que je suis souvent agacé, vous sentez venir une séquence anti-écolo, vous avez raison, je suis un peu agacé par le fait que l'on dise la nature alors que tout ce qu'on en dit ne concerne que cette fabuleuse exception qui est notre planète où il y a une vie, n'est-ce pas ? Je ne dis pas que c'est la seule, ce n'est pas ma partie, mais rien qu'à titre statistique, nous avons des mathématiciens ici, rien que au niveau de la théorie des grands nombres, il y a une probabilité qu'il y ait d'autres mondes habités. Voilà.
10:12 Mais enfin, je veux dire, quand on voit le temps qu'on mettrait à les atteindre, ça revient un peu quand même de dire qu'on est seul. Donc, quelle extension du concept de nature, ou plutôt, non pardon, quelle réduction du concept de nature de le ramener à la planète bleue pour parler comme d'un goldorak ? Non pas ? Mais oui. Non mais c'est vrai. Oui, c'est un peu vieux goldorak, mais quand même. Bon, pour la planète verte, en fait, c'est l'exception.
10:44 Inversement, le nucléaire qui semble le comble de l'industrie de l'artificiel et qui suscite, n'est-ce pas, tout le ressentiment de l'écologie, je rappelle que la plus grande usine nucléaire de notre banlieue terrestre, c'est quand même le soleil. Comme toutes les étoiles, d'ailleurs, ce sont des centres de fission, fusion nucléaire, ce que vous voulez. Bon, voilà. Petit mouvement d'humeur anti-écolo, mais par les temps qui courent, ce n'est pas de trop, ce que je viens de dire, je vous dis, c'est même insuffisant.
11:15 Donc, on en était là. Ça devient clair, le paysage, c'est, bien sûr, sans la nature, il n'existerait pas, mais s'il n'y avait que la nature, ça ne suffirait pas à donner le paysage qui suppose en plus donc un aménagement par l'homme de la nature. Jusqu'à là, ça va très bien. Donc, le marais poitevin, la plaine de Beauce, les bocages, machin, et même certaines forêts qu'on croit naturelles. En fait, la forêt des Landes, elle a été plantée comme la plus grande d'Europe. Elle a été plantée, n'est-ce pas, par l'État, en 1820, par là, n'est-ce pas, on avait tellement coupé d'arbres pour essayer de battre les Anglais.
Même la nature brute est regardée
11:51 La marine anglaise, n'est-ce pas, qu'il a fallu replanter, voilà, ça reste encore la plus grande forêt d'Europe occidentale. Donc, eh bien, c'est pas si simple. Troisième phase, même quand je suis devant un spectacle qui ne porte pas la trace de l'homme d'une manière évidente, Canyon du Colorado, Grand Erg de Bilma au Sahara, renseignez-vous, Bilma, c'est au Niger, Antarctique, n'est-ce pas, là, on se dit, alors, vraiment, c'est la nature brute.
12:23 Plus récemment, je suis allé en Norvège, je ne sais pas, et j'ai commencé par aborder ce problème. J'ai fait un petit peu un freestyle, comme c'était en anglais, j'avais le trac, j'ai un anglais de français, hein. Donc, je l'ai surmonté en faisant du freestyle et en commençant par dire que je n'avais jamais été aussi au nord. C'était la première évidence de ma conférence, ce soir. Or, je viens du sud, n'est-ce pas, étant né au Vietnam et ayant grandi en Afrique et en Corse. Et il y avait un point commun entre les endroits d'Afrique reculée de mon enfance et la Norvège, c'est que la nature est puissante.
12:56 Là, les deux extrêmes, on retrouve une nature puissante. Il n'y a que dans cette zone bien tempérée où nous habitons qu'il y a ce compromis permanent entre l'homme et la nature qui fait dire à Hölderlin, ô bonne ville, non point informe, mais sans force à l'ennemi mêlé. C'est beau, l'ennemi, c'est la nature. Et tu m'ingues et tout, c'est pas où finissent, les forêts, les champs, la ville. Ô bonne ville, non point informe, parce que c'est pas informe non plus, mais sans force, sans violence. À l'ennemi mêlé, c'est pas le grand ranch quadrangulaire au Canada où la nature est brute, là il faut...
13:29 Voilà. Donc, oui, ces problématiques touchent à des choses fondamentales. Je disais que même au Colorado, même en Antarctique, nous ne sommes pas en présence de la nature. Parce que nous nous regardons, nous nous oublions toujours nous-mêmes dans la contemplation. nous nous regardons avec un confort de contemplation que n'a ni l'inuit des glaces du pôle, ni le pygmé de la jungle équatoriale, qui n'apprécie pas du tout la forêt comme nous, je vous le dis.
14:07 Et les génies, d'ailleurs, les représentations, les masques, les génies qui protègent le village, sont toujours dans un village africain traditionnel, je parle d'Afrique subsaharienne, à la limite du village et de la forêt, par exemple. Donc, il n'y a pas d'arbres comme dans le Sahel, pays dogon, par exemple, au Mali, qui hélas, défraie la chronique puisqu'il vient d'y avoir un énième carnage depuis que nous avons envahi la Libye avec ça. C'était les coins les plus tranquilles du monde, mais passons, ça va m'énerver. Les tombeaux des ancêtres, les dépouilles des ancêtres et les représentations des génies, les fétiches, en gros, sont accrochés à la falaise qui domine le village.
14:50 C'est toujours à une limite, n'est-ce pas, du monde contrôlé par l'homme et de ce qui lui échappe qu'il y a le sacré. Voilà, je le rappelle comme ça. Donc, même quand on regarde ce qu'on croit être de la pure nature brute, notre regard est cultivé au sens anthropologique, bien sûr. Nous avons déjà, j'avais pris l'exemple de la traversée du désert, du Sahara, ce qui m'est arrivé assez souvent dans un pays comme le Niger.
15:21 Comment voulez-vous qu'on ait la même relation au désert, nous, et ces figures qui surgissent, je vous l'ai déjà dit, du néant, on croit toujours qu'on est seul dans le désert, surgissent d'un rocher, deux ou trois bergers, bergères, qui demandent de l'eau avec un petit bidon en plastique de cinq litres et qui vous donnent en échange de fromage de brebis qui craquent un peu sous vos dents parce qu'il y a des grains de sable dedans, et qui n'ont pas du tout la même relation au désert que nous, vous vous en doutez bien. Le rêve, sans doute, est d'aller voir les boutiques à Paris, ben oui.
La nature, création de l'homme ; le concept de matière
15:54 Je vous l'ai déjà dit, le moderne déteste la modernité. Voilà. Donc, en fait, on n'a pratiquement jamais un rapport, allez, unmittelbar, comme dirait Hegel, on n'a jamais un rapport immédiat à la nature, c'est toujours un rapport médiatisé, par la langue, par exemple, par tout cet inconscient historico-linguistico-culturel, je fais des barbarismes, que nous avons dans la tête pour parler grossièrement, c'est bien dans le ventre, quand nous regardons ce que nous appelons la nature.
16:26 Voilà. C'est pour ça que ce mot-là est toujours piégé. D'accord ? Ça n'empêche pas qu'on l'utilise, dans le langage courant, je suis le premier à le dire. Si vous me dites, attention, il y a un stop, je ne vais pas dire qu'appelle du stop en conduisant. Ne vous inquiétez pas. Mais, si vous voulez, je vais jusqu'à dire, et j'en finirai là-dessus avec ce résumé, avant d'arriver au texte de Rousseau, je vais jusqu'à dire que la nature est une création de l'homme.
16:57 Alors, j'inverse complètement un entre-début. Autrement dit, qu'il faut déjà être sorti de la nature pour que le mot de nature ait un sens, pour que je distingue des fleurs naturelles de fleurs artificielles. Il faut qu'il y ait des fleurs artificielles pour que j'éprouve le besoin de dire non, mais celles-là, elles sont naturelles. Vous prenez ce que je veux dire ? Je ne suis pas en train de dire que l'homme a créé la nature, je ne suis pas l'idéaliste, je ne suis pas dire que l'homme a créé les montagnes, pas idiot, mais ça veut dire qu'il nous faut un autre mot. Et vous vous rappelez ?
17:28 Pardon ? Non, non, pour désigner là où l'homme n'a aucun apport. Aussi bien que là où... Oui, merci, c'est le concept de matière qui réunit tout ça, qui est plus rigoureux. Vous voyez le lien qu'il y a entre nature ou paysage et puis la séquence révolutionnaire qui va de Rousseau à Lénine en passant par Marx et le matérialisme historique et dialectique. La notion de matière est la plus extensive au sens où il y a un vaste ensemble des objets matériels dans lequel je fais une première partition grossière et simple entre une matière naturelle, l'univers, vous voyez, extra-humain, qui n'est pas seulement extérieur à nous, qui est aussi en nous.
18:09 Chaque fois que j'ai faim, vous savez, la nature se manifeste. Attention, ne soyez pas empiristes de croire que la nature c'est l'extériorité que ce que je vois avec les yeux, elle est dedans. Voilà, donc il y a une matière naturelle et une matière, alors, culturelle, si vous êtes structuraliste, lévi-straussien, spirituelle, si vous parlez en termes hégéliens, l'esprit historique en termes marxiste. Du moment que ça dessine les mêmes ensembles, comme disent les scientifiques, on s'en fout, c'est à l'époque où on se demandait si la lumière était une onde ou une particule.
18:44 La mécanique de de Broglie avait montré que c'est une particule portée par une onde. Je simplifie un peu, en gros, c'est ça. Autrement dit, du moment que les expériences vérifient les deux théories, on s'en fout de choisir entre les deux. voilà, le petit rappel. Donc, tout ça pour arriver à ce... Pourquoi j'ai laissé la place à Rousseau pour l'éditorial de cette dernière séance ?
Lecture de l'Émile : le démon de la propriété
19:15 Je vous le lis d'abord sans aucun commentaire. Extrait de l'Émile. Encore un coup, les plaisirs exclusifs sont la mort du plaisir. Les vrais amusements sont ceux qu'on partage avec le peuple. Ceux qu'on veut avoir à soi seul, on ne les a plus. Si les murs que j'élève autour de mon parc m'en font une triste clôture, je n'ai fait à grand frais que m'ôter le plaisir de la promenade.
19:45 Me voilà forcé de l'aller chercher plus loin. Le démon de la propriété infecte tout ce qu'il touche. Un riche veut être partout le maître et ne se trouve bien que là où il ne l'est pas. Il est forcé de se fuir toujours. Pour moi, je ferai là-dessus dans ma richesse ce que j'ai fait dans ma pauvreté. Plus riche maintenant du bien des autres que je ne serai jamais du mien. Que si l'on vient à me vexer par des fossés, par des haies, peu m'importe.
20:18 Je prends mon parc sur mes épaules et je vais le poser ailleurs. C'est pas beau ? Les emplacements ne manquent pas aux environs. Quiconque s'écartera de ses règles, quelque riche qu'il puisse être mangera son or en fumier et ne connaîtra jamais le prix de la vie. On m'objectera sans doute que de tels amusements sont à la portée de tous les hommes et qu'on n'a pas besoin d'être riche pour les goûter. C'est précisément à quoi j'en voulais venir.
Finalité, signe et institution
20:48 On a du plaisir quand on veut en avoir. C'est l'opinion seule qui rend tout difficile, qui chasse le bonheur devant nous et il est cent fois plus aisé d'être heureux que de le paraître. Que de le paraître. L'homme de goût et vraiment voluptueux n'a que faire de richesse. Il lui suffit d'être libre et maître de lui. Voilà. Donc, on s'était acheminé déjà avant ce texte de Rousseau qui était magnifique. C'est même une espèce d'ironie assez rare chez Rousseau.
21:19 Il persifle là. Le monde, ce n'était pas un peu pompette. Ce qui était un peu versé quand vous disiez la Nouvelle Héloïse, il me vient. On avait bien compris que la liberté s'était insinuée dès l'instant qu'on a vu que dans le décor il y avait l'action humaine. Dès l'instant que Marx dit la phrase que j'ai citée tout à l'heure, ce qui distingue l'architecte le plus mal habile de l'abeille la plus experte, c'est qu'il y a... une finalité, une fin qui se donne après les moyens de quitter le monde de la pure essence pour entrer dans l'existence.
21:56 C'est ça que dit Marx. C'est que l'architecte a sa maison dans la tête. Ça, c'est l'essence. Les idées de Platon à la rigueur si vous voulez matérialiser le plan de l'architecte sur du papier. Mais une maison plane, vous n'allez pas prendre une douche dedans. ni vous abriter de la chaleur qui vient. Donc, si ce qui fait que le décor est humain, c'est le fait qu'il porte la marque d'une finalité, d'un telos, vous savez, télé, en grec, ça veut dire au loin, télévision, on va voir au loin.
22:34 Un petit panneau qui dit stop à 150 mètres, c'est un télé-avertissement. Ça veut dire que je ne suis pas là pour regarder ce qui est là, mais pour vous avertir de ce qui n'est pas là, qui est plus loin. C'est ça, télé. Qu'est-ce qui n'est pas là, mais qui a besoin de quelque chose qui est là pour se rappeler à notre pensée. Et c'est pour ça que le premier des signes, c'est les rappels que je fais, c'est ma, c'est ma sémantique, c'est ma forme. Le premier des signes, c'est le tombeau. En grec, sêma, c'est Platon, ce n'est pas moi qui a fait le jeu de mots le premier.
23:08 Troublant et profond. Le premier signe, c'est le tombeau, c'est-à-dire ce qui, là, cailloux, tumulus, char, avec les armes broyées, courbées. Ça, c'est du matériel. Et là, pour faire penser à quelqu'un qui n'est plus là. C'est ça, un signe. Ça, c'est le monde de l'homme, ce pouvoir. Avec le matériel, on n'est pas dans l'idéalisme, là. Vous vous rappelez ce beau texte de Platon dans le Phédon où il dit qu'il ne faut pas confondre la cause avec ce sans quoi, il parle de la matière, ce sans quoi, la cause ne pourrait jamais être cause.
23:41 Donc, si la finalité, la forme, en termes aristotélicien, ça va toujours ensemble, qu'est-ce que c'est qu'une forme telle qu'on la voit, d'un outil, c'est-à-dire, pour Aristote, c'est une fin réalisée. C'est une entéléchie en termes aristotélicien, si vous voulez frimer un peu, pour les amateurs ou sur les concours pour les professionnels. Du coup, et ça, c'est un acquis depuis Kant et qui se creuse avec Hegel et Marx, c'est que du coup, il y a de la liberté qui s'insinue dans le décor.
24:21 C'est que cette finalité réalisée par l'homme dans le décor a pour contenu des fins qui ne sont pas strictement naturelles. qui ne veut pas dire qu'elles sont immatérielles. Ils ont besoin de beaucoup de matière pour se réaliser, bien sûr. Voilà. Manger, parce qu'on a faim, on n'a pas besoin de la culture, de l'esprit et d'aucune finalité pour ça. à la limite, c'est un mécanisme. Claude Bernard, fondateur de la biologie, qui a rappelé que le vivant, c'est le mort. Par contre, manger à table, manger avec des fourchettes, avec des baguettes, avec les trois doigts de la main droite, selon les lieux, les cultures, de la diversité déjà des mœurs pour accomplir ce qui semble être un instinct et dont on voit que c'est une institution.
25:05 Le même radical, mais pas du tout le même mot. Le repas, c'est une institution. La faim, c'est un instinct. Le repas, la manière dont la faim s'assouvit chez les hommes, est une institution. Et cette diversité est la preuve que ce n'est pas naturel. Parce que la loi de la chute des corps, que ce soit au Japon, au Pôle, etc., c'est la même. L'universalité de la loi, et la diversité de la règle. C'est connu en anthropologie, bien sûr. La règle est moins contraignante et vous trouvez chez Kant la distinction entre ce qui est constitutif, ce qui est l'effet de la loi, par exemple, quand tout corps occupe un espace, et ce qui est régulateur.
25:44 Vous voyez ? Comme dit Pascal, vérité au-delà des Pyrénées, erreur en deçà, la polygamie, la monogamie, c'est des règles, ce n'est pas la loi. Donc, cette diversité est déjà le signe qu'il y a une liberté. Qu'est-ce que me raconte une liberté ? Si tu t'amuses à être polygame là où c'est la monogamie qui règne, tu vas te ramasser des châtiments. Oui, d'accord, mais ce sont des lois auxquelles que nous avons instituées et auxquelles nous nous soumettons. Et donc, on n'est pas loin de ce que Rousseau qui dit, l'impulsion du seul appétit, là c'est la nature, c'est un terme qui met au nid pour dire tout ce qui est instinct.
26:26 L'impulsion du seul appétit est esclavage dans le contrat social. L'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite est liberté. Il y a le mot obéissance qui a l'air de contredire la liberté. J'obéis, j'obéis à la loi donc je ne suis pas libre. Ah si, ça dépend. Quand je mange uniquement parce que j'ai faim et en me souciant de rien d'autre que d'assouvir ma faim, je ne suis pas libre. Ça ne veut pas dire qu'il ne faut pas le faire. En cas de détresse, on est bien content d'avoir de l'eau. Mais ce n'est pas à ce moment-là que j'exprime ma liberté.
26:57 Par contre, n'est-ce pas, quand je suis sur le poteau où on me torture, on me tripote pour que je dise, que je dénonce les copains et que je dis non, je veux dire, j'obéis à une loi que je me suis prescrit et que ça vous voulez que je vous dise. Donc la liberté, c'est ça le progrès qu'on a fait. C'est insinué dans le décor et c'est ça qui fait sans doute le côté esthétique. du paysage qu'il y a un lien intime entre la beauté et la liberté.
Les plaisirs exclusifs sont la mort du plaisir
27:27 Mais voilà qu'avec ce texte que je viens de vous lire, je n'ai pas fait de commentaire pour l'instant, je vais le reprendre. Il y a une dernière détermination qui nous manquait sans laquelle la liberté reste un universel abstrait. C'est la propriété. Et ça, c'est le rousseau. Du grand rousseau. Regardez. Encore un coup, les plaisirs exclusifs, ça veut dire ceux dont je me satisfais tout seul et où j'exclus les autres. Les plaisirs exclusifs sont la mort du plaisir. Au siècle précédent, Spinoza avait déjà dit qu'il y a des biens qui augmentent dans le partage.
28:02 Ce n'est pas la nourriture. La nourriture, plus on est nombreux, il y en a. là, il y a des biens qui augmentent dans le partage. Vous savez, quand on est au concert, comme ça. Ou quand il y a un beau but qui se prépare sur le stade au foot, par exemple, au rugby. Il y a des biens qui augmentent dans le partage. Ça faisait rire Clouscard d'ailleurs, puisque grâce à Alexandra, ici présente, nous a invité à Beaumont de Lomagne, et non pas en Lomagne, c'est bien ça ?
28:40 Révis-en-Tré-Jour. Clouscard disait avant, il y avait les pics-assiettes, maintenant, il y a les pics-télés. Parce que chaque fois qu'il y avait le tournoi des Cinq Nations, il y avait les voisins. Tu regardes le match, Michel, je peux venir chez toi. Vous voyez ? Ça ne sert à rien de le voir tout seul. Ce n'est pas sympa. Quand même. On ne peut pas taper sur les Irlandais. en pensée. Donc, pour l'instant, vous voyez ? Encore un coup, les plaisirs exclusifs sont la mort du plaisir, les vrais amusements sont ceux qu'on partage avec le peuple.
29:16 Ceux qu'on veut avoir à soi seul, on ne les a plus. Très belle dialectique du plaisir. On ne les a plus. Si les murs que j'élève, il illustre maintenant son propos, si les murs, parce que c'était un peu abstrait général, si les murs que j'élève autour de mon parc, il n'a jamais eu de parc, c'est un je impersonnel, si les murs que j'élève autour de mon parc m'en font une triste clôture, je n'ai fait à grand frais que m'ôter le plaisir de la promenade. Se promener, ce n'est pas être chez soi. Là, je connais tout dans mon jardin, dans mon parc, je connais les trucs, je n'ai pas de surprises, je n'ai pas d'attentes, je veux dire, il n'y a pas un chevreuil qui risque de traverser la route.
29:51 Mais vous voyez, c'est pour ça, il faut sortir de chez soi. Donc, je n'ai fait à grand frais que m'ôter le plaisir de la promenade, me voilà forcé de l'aller chercher au loin. Eh oui, si mon parc fait 3 km de long, il faut que je marche longtemps avant de commencer ma promenade. Le démon de la propriété, le démon de la propriété infecte tout ce qu'il touche. Un riche veut être, il ne parle pas de la propriété de votre brosse à dents, de votre femme ou de votre mari. Non mais, il faut être sérieux.
30:25 Je me rappelle, moi, dans la Drôme, je vais enseigner là-bas, il y avait des affiches au moment des élections législatives où on voyait un rapace comme ça avec la faucille et le marteau dessus qui s'abattait sur un petit troupeau de moutons et il y a marqué les communistes vont prendre vos terres. Oui. Les terres sont bien parties, ils ont été dépouillés leurs terres mais le communisme n'est toujours pas là. Je ne sais pas, je ne sais pas, il y en a je sais pas combien d'exploitations fermées chaque semaine en France, vous voyez, agricoles.
30:59 Ce n'est pas la faute à Lénine pour l'instant. Bon, alors, ou à Rousseau. Donc, admirable que tout d'un coup cette détermination de la propriété qui vient enrichir notre concept de liberté. Je continue. Pour moi, je ferai là-dessus dans ma richesse ce que j'ai fait dans ma pauvreté. C'est un peu elliptique là. Mais rappelez-vous, parce que je vais interrompre la lecture du texte, le commentaire, pardon, j'en suis à la moitié et je vais continuer le commentaire mais en creux, c'est-à-dire en commentant un autre texte complètement inverse de celui-là, un texte de Voltaire.
31:34 Je vais voir pourquoi pour revenir à Rousseau. Rappelez-vous que Rousseau a refusé la gratification, les sangouis comme dit Nerval que Mme de Pompadour voulait lui attribuer suite à son succès People, on dirait aujourd'hui, bling bling ou showbiz de son opéra Le devin du village, une charmante pastorale, je veux dire, qui ne casse pas des briques. C'est charmant, il faut l'écouter quand même. Mais enfin, je veux dire, ce n'est pas du Rameau, même si Rousseau met bien plus loin que Rameau dans sa prose musicale, dans sa prose littéraire.
32:11 Mais enfin, quand il compose avec des notes, il n'y a pas photo. Il a refusé. Parce qu'on pourrait dire, et c'est ça que je vais lire avec Voltaire tout à l'heure, on pourrait dire, oui, mais c'est facile de critiquer la propriété quand on n'a rien, quand on est... Vous savez, les Américains, ils disent ça. Quand il y a eu les Twin Towers qui ont été abattus, ils disaient, ils envient notre mode de vie. C'est des envieux. Alors c'est facile de critiquer la propriété d'être communiste au sens courant, collectiviste, partageux, comme disaient les gens de droite.
32:44 Je te rappelle, en économie, il est partageux. C'est ceux qui n'aiment pas le partage, qui utilisent ce mot-là. C'est facile quand on n'a rien. Une fois qu'on est propriétaire, on est beaucoup plus soucieux de sa propriété. C'est ce qu'on va voir après. Ce n'est pas le cas de Rousseau parce qu'il a eu l'occasion de sortir de la dèche. Il a été un vagabond toute sa vie. et même un sans-domicile fixe quand il fuyaient les trois plus grandes puissances d'Europe, de domicile en domicile, qu'il avait déclaré susceptible de prise de corps.
33:19 C'est-à-dire, si on le trouve, on le tue. Donc, il a eu cette possibilité d'en sortir et il a refusé pour rester libre. Conformément à sa devise, « Vitam impendere vero, faire dépendre sa vie du vrai ». Comme Spinoza, ça fait de fortes choses parallèles, n'est-ce pas, jusqu'à la fin de sa vie, a poli des verres de lentille, c'était le début de l'Optique, après la lunette de Galilée, pour se rendre indépendant des puissances de ce monde. Rousseau, son principal revenu, vous pensez que c'est la nouvelle Héloïse, qui est le plus gros tirage de l'époque avec le Candide de Voltaire.
33:53 Non. Les droits d'auteur, c'était pas mal, mais ça ne rapportait pas de quoi vivre. C'était le fait qu'il copiait de la musique. Il n'y avait pas Rank Xerox, ce n'était pas les photocopieuses. Il fallait copier à la main toutes les partitions. C'était un travail de besogneux. Il était indépendant. Donc, je vous l'ai dit, à partir de ce milieu-là, et où on parle du rapport de la richesse par rapport au fait qu'on en a ou pas, je vous lis un texte, un poème de Voltaire.
Le Mondain de Voltaire, le monde et la planète
34:26 Mais oui, Voltaire n'a pas fait que des contes et des récits et des romans. Il n'a pas seulement été l'admirable historien du siècle de Louis XIV. Voltaire a un style étincelant, mais là, il est mauvais. Parce que là, c'est un poème, ce n'est pas son truc. Il persifle, il a une verve très amusante et tout. Mais du point de vue poétique, c'est nul. Il le savait, je permets de le dire, parce qu'il savait très bien, c'est un homme de goût, Voltaire. Il avait une admiration pour Racine, le siècle précédent. Voilà. Je ne vais pas m'interdire, on n'est pas là en littérature, mais c'est pour excuser à l'avance.
34:57 Je ne casse pas des briques, mais par contre, la thématique est claire. Ça s'appelle Le Mondain. Regrettera qui veut le bon vieux temps et l'âge d'or et le règne d'Astrée et les beaux jours de Saturne et de Rhée et le jardin de nos premiers parents par le paradis terrestre. Moi, je rends grâce à la nature sage qui pour mon bien m'a fait naître en cet âge. Tant décrié par nos tristes frondeurs. Ça, c'est Rousseau qui venait d'écrire le discours des sciences et des arts. Ça y raconte les sciences et des arts.
35:27 Tant décrié par nos tristes frondeurs. Ce temps profane est tout fait pour mes mœurs. J'aime le luxe. Retenez bien ce bout. Et même la mollesse. Tous les plaisirs, les arts, les arts au sens de toute espèce, comme il dit, au sens extensif, c'est-à-dire les arts des beaux-arts, mais aussi bien les artisans, celui qui fait le jardin. Bon. J'aime le luxe, tous les plaisirs, les arts de toute espèce, la propreté, le goût, les ornements.
35:59 Tout honnête homme a de tels sentiments. Il est bien doux pour mon cœur très immonde de voir ici l'abondance à la ronde. Mère des arts et des heureux travaux nous apportait de sa source féconde, il parle de l'abondance, et des besoins et des plaisirs nouveaux. Dites donc, Servigne, là, il ne sera pas content. l'or de la terre, les trésors de l'onde, leurs habitants, les peuples de l'air, tout sert au luxe, deuxième fois, au plaisir de ce monde, au pluriel.
36:31 Oh, le bon temps que ce siècle de fer, ils ironisent contre ceux qui regrettent l'âge d'or, premier temps de l'humanité, siècle de fer. Le superflu, chose très nécessaire, a réuni l'un et l'autre hémisphère. Dites donc, le rapport Nord-Sud, là, regardez bien, c'est intéressant. Voyez-vous pas, voyez-vous pas, c'est faible, là, ces agiles vaisseaux qui, du Texel, de Londres, de Bordeaux, s'en vont chercher par un heureux échange de nouveaux biens nés aux sources du Gange.
37:02 Et il y en a qui croient que la mondialisation, c'est le genre. Tandis qu'au loin, vainqueurs des musulmans, quoi, nos armées, les croisades, pas du tout, nos vins de France énivrent les sultans. Comme quoi, à l'époque, les sultans, la bibine, ils ne crachaient pas dessus. Est-ce qu'il parle de la sublime porte ? Mais il est bien renseigné, Voltaire. Tandis qu'au loin, vainqueurs des musulmans, nos vins de France énivrent les sultans.
37:32 Il n'est pas bon en poésie, mais il est bon quand même. Quand la nature était dans son enfance, nos bons aïeux vivaient dans l'ignorance, ne connaissant ni le tien, ni le mien. On n'est pas dans Rousseau, là. Qu'aurait-il pu connaître ? Ils n'avaient rien. Ils étaient nus. Et c'est chose très claire que qui n'a rien, n'a nul partage à faire. Là, c'est clair. Vous voyez pourquoi je commente le Rousseau en creux, là ? Sobres étaient, ah, je le crois encore, d'un bon vin frais où la mousse ou la sève ne gratta jamais le triste gosier d'Ève.
38:05 la soie et l'or ne brillaient point chez eux. Admirez-vous pour cela nos aïeux ? Il leur manquait l'industrie et l'aisance. Est-ce vertu ? C'était pure ignorance. Voilà, fin de citation. Le mondain, relisez-le in extenso, c'est un large extrait, mais il n'y a pas de quoi faire. C'est un wiki tout ça, vraiment. Voltaire, le mondain. Bien sûr, les initiés savent que le mondain est une catégorie fondamentale de la pensée clouscardienne, fondamentale qui traverse en diagonale toutes les réflexions de Clouscard de la sphère théologique au matérialisme historique.
38:47 Je le rappelle au passage. Ici, Voltaire a su. Je rappelle que nous avons déjà opposé mais je les fais souvent en détail donc je ne m'attarde pas. Le monde à la planète. La planète, pour moi, n'est pas en danger. Elle sera là quand même. On sera tous morts. Elle sera encore là. Quelque chose qui est mort n'a pas grand-chose à craindre. Les cailloux ne meurent pas. Par contre, le monde, ce n'est pas une relation entre des objets, n'est-ce pas, comme l'érosion de la glace sur les montagnes.
39:22 Le monde, c'est des relations entre sujets. Le monde romain, n'est-ce pas, le monde du classicisme sous Louis XIV, le monde des lumières. Ce sont des relations entre hommes. Ça, c'est périssable, c'est fragile. Donc, dans tous les sens, le monde d'un, n'est-ce pas. Je rappelle que dans l'évangile, surtout celui de Jean, bonnes tardes. Merci d'être là. Je rappelle que, au jeudi saint, le dernier entretien de Jésus avec ses disciples, c'est un peu comme le Phédon, je ne veux pas être sacrilège, mais c'est comparable.
40:01 Le dernier entretien de Socrate avec ses disciples, c'est le Phédon avant de boire la ciguë, le dernier entretien avant le calvaire, avant le Golgotha, c'est le jeudi saint. Jésus, pour la première fois, dit, le prince de ce monde vient, mais il est déjà vaincu, car son essence est mensonge. Le prince, le mal, Satan, est désigné comme le prince de ce monde. Vous voyez, quand je dis le mondain, c'est tout. Quand je dis l'aspect théologique, il y a aussi ça. C'est ce qui règne ici-bas.
40:32 Donc, je reviens maintenant, n'est-ce pas, à mon texte, pardon, excuse-moi, oui, mon texte de Rousseau, et pardon, oui, c'est ça. Et il est pas idiot, le texte de Voltaire. C'est vrai que qui n'a rien, n'a nul partage à faire. C'est pas, c'est presque une tautologie, si vous voulez.
Le théâtre ou la fête populaire : la Lettre à d'Alembert
41:03 Des fois, je me sens même plus proche de Voltaire, lorsqu'il dit qu'on doit tout ça, quand même, à l'industrie, au progrès, en termes marxistes, des forces productives. Vous voyez, et même certains, un peu naïfs, ont pensé que c'est dommage que la révolution aurait réussi si on avait joint le sens politique de Rousseau, la propriété, l'égalité, au sens économique de Voltaire. Vous voyez ? C'est pas idiot, mais c'est un peu niais. Oui, je joue avec les mots, avec comme un mot, opéra vieux, refraigné, rythme naïf.
41:34 C'est l'ensemble niais naïf. À savoir, il y a une économie chez Rousseau. Par exemple, lorsqu'il, Rousseau, écrit la fameuse lettre à d'Alembert sur les spectacles, un texte dont on dit que c'est le grand retournement de toute l'œuvre de Rousseau, postérieur à ses grandes premières publications et antérieure aux dernières, aux confessions et aux rêveries. C'est peut-être à d'Alembert, ces spectacles dont l'occasion a été apparemment un fait anodin, c'est que Rousseau s'insurgeait contre le projet de Voltaire d'ouvrir un théâtre à Genève, ce qui pour lui était une provocation.
42:08 On est une ville de puritains, de protestants, ouvrir un théâtre, un théâtre, c'est... En termes d'aujourd'hui, on dirait que c'est des putes, c'est la partouze, le monde... Non, mais depuis toujours, le théâtre. C'est un admirable sonnet de Shakespeare, un splendeur, le 29e sonnet. Vous savez, il y a de mystérieux sonnets chez Shakespeare, il n'y a pas des pièces de théâtre, qui s'adresse tantôt à une belle femme blonde, tantôt à un jeune homme brun.
42:38 Et le 29e, je ne sais pas, dans le 29e, il se plaint de son statut de outcast, comme il dit dedans, vous voyez, hors la loi, on dirait, outlaw, outcast. en tant que comédien, il est reçu dans aucun milieu de la société. Oui, c'est ça, lorsque, dans la disgrâce aux yeux des hommes, etc., je ne cesse de pleurer, etc., avec mes pleurs sans fin, maudissant, cursing, my outcast state, mon statut d'être hors la loi en tant que comédien.
43:34 Voilà, c'est ça que je veux illustrer. Après, la suite du poème, c'est magnifique, parce qu'il est désespéré, tout ça, et puis, la principale arrive seulement à la fin, happily, I think of thee, c'est le tutoiement qu'on retrouve dans le vieil anglais. À ce moment-là, par bonheur, je pense à toi, and then my state, like to the lark, comme l'alouette, magnifique. Et à ce moment-là, I scorn to change my state with king. Je ne changerai pas mon statut pour celui d'un roi. Magnifique, le 29e sonnet. Donc, déjà, là, vous voyez, ouvrir un théâtre à Genève, c'est amener à la corruption, à la débauche, les spectacles, le bling-bling, le spectacle.
44:10 Tu vois ? Je vais citer le Faust de Goethe, quand il se réveille en pleine nature, en plein paysage, en fait, et qu'il voit tout d'un coup ce paysage splendide, il se réveille, il se frotte les yeux, il se dit, quel spectacle ! Mais hélas, un spectacle seulement ! C'est illusion, c'est la surface, on a bien travaillé là-dessus, je ne reviens pas, mais vous vous rappelez. Mais un spectacle seulement, virgule, où te saisirais-je ? Alors là, on va au-delà du spectacle, où te saisirais-je nature infinie ?
44:40 Eh bien, Rousseau s'oppose, pour toutes ces raisons-là, à la création d'un théâtre à Genève, c'est une déclaration de guerre pour Voltaire, et alors on va dire, oui, là je comprends que vous préfériez Voltaire, ce serait un point, parce qu'il est, pour parler français, il est un peu chiant, Rousseau là quand même, je veux dire, c'est bien d'avoir théâtre, de se cultiver, Rousseau adorait le théâtre, il y allait tout le temps, il ne faut pas faire des contresens. Il ne veut pas cautionner la thèse de l'époque, il dit que le théâtre améliore les mœurs.
45:16 Non, il dit, rien du tout. C'est des chefs-d'oeuvre esthétiques, ce n'est pas pour ça que ce sont des chefs-d'oeuvre moraux et encore moins politiques, c'est ça Rousseau. Mais, là on rentre vraiment dans le sérieux, du commentaire du texte. Alors, quel est devenu, le démon de la propriété ? On y arrive. La preuve que ce n'est pas un pissefroid, un puritain, c'est qu'il adore s'amuser. Lui-même, il dit là-dedans, d'ailleurs, il se traite de voluptueux. Vous voyez ? À la fin, quand il dit, l'homme de goût est vraiment voluptueux, n'a que faire de richesse.
45:47 Il lui suffit d'être libre et maître de lui. Il ne rougit pas d'être un voluptueux. Mais, cette volupté ne s'obtient pas ou dépend de l'autre, mais surtout, dans le texte, dans le mercenariat, il oppose au théâtre, avec toutes ses fractures, c'est lui qui dit ses fractures, entre le public ici, les acteurs là, vous voyez ? Entre la passivité et l'activité, entre l'apparence, la scène, tout ce qui est des artifices et le réel, entre l'essence et l'apparence.
46:18 il oppose quoi ? Ce qui, pour lui, est à la fois un spectacle et plus qu'un spectacle et une réussite politique, la fête populaire. Donc, vous avez la plus belle illustration sous sa plume dans la fameuse scène des vendanges dans la Nouvelle-Héloïse. Voilà, je rappelle qu'il y a tout ça. Et dans la Nouvelle-Héloïse, si vous regardez bien la fête des vendanges, ce qui s'y exprime, c'est qu'il n'y a plus de propriété. En fait, on est très féodal, on est chez M. de Wolmar, qui a ses vignobles, mais on a pensé à offrir aux paysans un repas qui n'est pas non plus trop, vous voyez, comme dit Rousseau, il n'y a pas des couleurs, des verres de cristal, etc., mais il y a beaucoup plus de fruits et de légumes que d'abigumes.
Liberté naturelle et liberté civile dans le Contrat social
46:57 Enfin, voilà. Donc, vous voyez, grâce à ce texte, on a ajouté à la liberté la détermination de la propriété, enfin, de la propriété collective, ici, n'est-ce pas ? Rousseau n'est pas contre la propriété, il est contre de la propriété privative. Je rappelle ici que dans le livre 8, vous voyez que Nature et paysage renvoient à la pensée révolutionnaire de Rousseau et Lénine.
47:27 Dans le livre 8, pardon, le livre 1er, chapitre 8 du contrat social, passage capital qui s'appelle De l'état civil, d'ailleurs, je rappelle que Rousseau, il fait des distinctions très importantes, il parle lui-même de balance. Reprenons cette balance avec des termes faciles à comparer quand il dit ce que l'homme perd par le contrat civil lorsque d'un être de nature, il devient un zôon politikon, comme dira Aristote, un animal social, ce qu'il perd, c'est sa liberté naturelle et le droit de posséder tout ce qui le tente.
48:10 Droit, pas le fait, parce qu'il n'y a pas que moi qui veux posséder. Ce qu'il gagne, il n'a plus la liberté naturelle. C'est Rousseau qui parle avec ces concepts-là, la liberté naturelle, mais il gagne la liberté civile. Alors vous dites, bon, là, il est précis, Rousseau. Il a la liberté naturelle à pour borne, maintenant, il fait, comme un analyste en mathématiques, il trace la limite. Allez devinez, qu'est-ce qu'il a pour limite la liberté naturelle ?
48:40 Oui ? Plus fort ? Pardon ? Oui, non, mais en droit, en moral, mais là, on est dans la nature, il n'y a pas de droit, il n'y a pas de moral. Donc, qu'est-ce qui limite ? Pardon ? Oui, l'individu, c'est large, mais quoi, l'individu ? La force. Et donc, la phrase entière, c'est la liberté naturelle qui n'a pour borne que les forces de l'individu.
49:10 Autrement dit, vous savez, j'ai pris l'exemple du guépard, il s'y prend 50 fois le plus rapide quadrupède du monde, en fait, il fait 70 à l'heure, il ne fait que 2 ou 3 secondes, dans la réalité, c'est pénible. Il court 50 fois les gazelles qui l'ont vu venir, etc., qui se dispersent, qui le brouillent, et quand enfin elle a réussi à attraper un malade, un petit faon, il y a un lion qui jusque-là a roupillé, qui ouvre un oeil, je ne sais pas, qui arrive à ça, le lion c'est 2 fois en volume, 3 fois, des fois un guépard, puis il donne une baffe qui prend la gazelle, il faut tout recommencer.
49:45 Vous voyez, ça ne va pas très loin les libertés de l'individu, la liberté naturelle. Si ça a pour borne que les forces de l'individu, en tout cas, moi, je n'aurais pas survécu longtemps gringalet comme je suis. Voilà. Et même si c'est King Kong, vous connaissez, une des phrases les plus importantes du contrat social, tout le début du contrat social réfléchit la notion de force, lui donne pour la première fois un statut philosophique. Le plus fort n'est jamais assez fort pour être toujours le maître s'il ne convertit sa force en droit et l'obéissance en devoir.
Nerval devant la tombe de Rousseau
50:23 Voilà. Ça nous aide à retrouver tous ces concepts fondamentaux. C'est pour ça que... C'est dommage que vous n'ayez pas vu... Pardon, c'est un petit écran, mais... Vous voyez, il y avait l'éditorial, c'est le texte de Rousseau. Vous avez la tombe de Rousseau ici, dans la brume. C'est super, c'est une photo, mais on dirait du Corot. Vous voyez, un impressionniste avec la brume. Et il y a un commentaire là de Nerval. Vous croyez que je l'avais laissé tomber.
50:53 Devant la tombe de Rousseau, en train de dire, et on comprend mieux après tous nos commentaires pourquoi il lui donne cette place éminente, voici les peupliers de l'île et la tombe de Rousseau vide de ses cendres. Il ne perd jamais aucune occasion de rappeler que ce n'est pas un tombeau, c'est un cénotaphe. Les cendres sont au Panthéon, comme vous le savez, pas très loin d'ici. Ô sage, tu nous avais donné le lait des forts. Tout ce qu'on vient de voir, c'est pour les forts. Les forts, en esprit, bien sûr. Et nous étions trop faibles pour qu'il pût nous profiter.
51:24 Là, on est très actuel. On a fait la révolution, puis il y a eu la contre-révolution. On ne sait plus où on en est, là. C'est là qu'on en est, aujourd'hui, non ? On n'est pas en contre-révolution, on n'est pas en révolution. On est dans un compromis des deux, là. On a encore un peu de sécu, et même quelques retraites. Vous avez vu la nouvelle hier ? Non ? Ce n'est pas la dernière de Micromégas, Macron. Il a fait dire par Philippe, par le Premier ministre, que oui, bien sûr, on ne veut pas toucher à l'âge de départ à la retraite, mais on va réfléchir à un âge d'équilibre.
52:02 J'ai entendu parler de ça. C'était hier. Non, mais c'est actuel, tout ça. Comme disait un grand communiste dans un superbe poème qui a été mis en chanson par Brassens, vous connaissez le refrain, c'est « Il n'y a pas d'amour heureux ». « Rien n'est jamais acquis à l'homme, ni sa force, ni sa faiblesse, ni son droit. Et quand il croit ouvrir ses bras, ils sont tendus pour embrasser son ombre et celle d'une croix. Et quand il veut serrer son bonheur, il le broie. Sa vie est un étrange et douloureux divorce. » Voilà. Donc, c'est actuel, tout ça.
52:33 Quand Nerval dit, c'est dense, c'est pour ça que je l'interprète. « Tu nous avais donné le lait des forts, nous étions trop faibles, c'était trop nouveau, quoi, pour qu'il pût nous profiter. C'était trop tôt. » Il dirait Hegel, il faut la patience. Grand conseil, petit livre. La patience, le calvaire de l'histoire. Bon. Hegel disait souvent que comment ça se fait qu'il faut 2000 ans pour passer de l'évangile à sa réalisation à la Révolution française ? Pour Hegel, c'est la même chose. À partir de la prise de la Bastille, l'enseignement de l'évangile commence à passer de l'essence à l'existence.
53:07 Timidement. Avec des allers-retours, j'en parle. Révolution contre révolution, restauration. Ça s'appelle comment déjà ? La Sainte Alliance. La restauration après la Révolution. Aujourd'hui, c'est l'OTAN. Alors, si j'en suis là, je continue le texte de Nerval, nous avons oublié tes leçons que savaient nos pères. Dites-le-tons. Ça, c'est écrit en 1840. Rousseau, il est mort dans les années 80.
53:39 Ça veut dire que c'est pas si vieux. Ils ont déjà oublié. C'est ça, la restauration. Encore maintenant, vous lisez, partout, Rousseau, c'est totalitaire. C'est misogyne. Déjà, c'est terminé. Oui, c'est vrai que Rousseau avait dit la femme mange blanc là où l'homme mange rouge. Vous savez, la femme, elle aime les crèmes chantillées. L'homme, il aime le barbac. C'est un suisse. Un petit suisse.
54:10 Et nous avons perdu le sens de ta parole, déjà en 1840. Et là, dernier écho des sagesses antiques. Avec ce trait d'union génial que fait Nerval, qui en connaît un bout, l'air de rien, discrètement, avec Platon. le contrat social, la République se salue à 2000 ans d'intervalle. Là, tombe encore un totalitaire, vous voyez, ça se tient tout ça. Voilà. Alors, je vous avais dit que on a une heure.
La nature est une copie de l'art : beauté et liberté
54:41 Je ne vous sucre pas la parole cette fois. Je vous passe la parole, mais je voulais comprendre pourquoi j'ai demandé à Rousseau de bien vouloir me remplacer pour l'éditorial. Franchement, j'y gagne. voilà, et vous aussi, bien sûr. Ça peut porter sur la propriété, la relation propriété-liberté, ça peut porter sur la nature ou paysage. J'ajoute aussi, pardon, que vous allez bientôt être face à la nature ou à des paysages et les vacances.
55:12 Donc, je vous donne un devoir de vacances, vous ne croyez pas que vous allez vous en tirer comme ça, vous réfléchissez à chaque fois, mais c'est naturel, le paysage, ça. Je vous gâche les vacances-là. N'est-ce pas ? Hugo, tu peux me passer mon sac noir, s'il te plaît ? Pardon, je ne serai guetter là, Hugo. Oui, ça doit être ça. Merci, c'est gentil. J'ai oublié que j'avais... J'attends vos questions.
55:44 Merci beaucoup. Oui ? Il faut me rappeler votre prénom pour tout le monde. Voilà. Merci, Cécile. Tout à l'heure, tu as dit qu'il y avait un lien intime entre la beauté et la liberté. Est-ce que tu peux expliquer un peu ? Je suis content qu'on me fasse revenir là-dessus. Vous aussi, avouez que c'est fun comme question. Oui, non, c'est difficile.
56:17 Surtout que, grâce à ta question, je vais pouvoir aborder ce qui pour moi était le plus important de mes interventions depuis 5-6 ans. C'est mon rêve fou. N'est-ce pas ? De... trouver ce que Edgar Morin, je ne le cite pas souvent, entre trois postillons, il lui arrive de dire des choses intéressantes. Appeler... Non, il est gentil. Il est gentil, vas-y. Ce n'est pas une crapule, quand même. Enfin, il est un peu... La complexité, la complexité.
56:48 Je préfère Bachelard qui dit la science simplifie le réel et complique la raison. Bon. Non, mais il avait dit une fois qu'il faut trouver le passage du nord-ouest. Vous savez, c'est une allusion de navigateur au nord-ouest de l'Amérique du Nord. Là, il y a les glaces, vous savez, qui empêchent passer en glacé à l'Arctique. Il faudrait... Encore, avec le réchauffement de la planète. Bon. Le passage du nord-ouest, c'était quoi pour lui ? Un pont qui franchirait ce dont Kant disait que c'est un infranchissable abîme, les sciences de la nature et les sciences humaines.
57:25 C'est ça, mon rêve le plus fou, c'est d'essayer. Tu vois, je commence à répondre à ta question. Comment une montagne, peut-être jugée belle dans ce décor, là, je fais exprès de prendre quelque chose qui apparemment doit pas grand-chose à l'homme. Je suppose c'est une montagne où il n'y a pas de culture en terrasse dessus. Haute montagne, comment on peut juger qu'elle est belle ? Je ne quitte pas Rousseau parce que Rousseau a été le premier à exprimer la poésie, l'esthétique de la montagne. Je vous ai dit tout à l'heure qu'un siècle avant, c'était une épouvante.
57:56 C'était laid. comme un siècle auparavant, les cathédrales gothiques étaient jugées laid de goth, c'est-à-dire barbare. Je commence par répondre à ta question par une formule de Hegel dans son esthétique, qui est célèbre pour ceux qui la connaissent, mais enfin, on ne fait pas grand-chose pour qu'elle soit connue des masses, dont je fais partie. Il dit « La nature est une copie de l'art ».
58:27 C'est un scandale. Vous dites ça à Servigne. Oui, je dis Servigne, le pauvre vieux, il y a pire. Comment il s'appelle le ministre qui a démissionné ? Hulot. Vous savez, sympathique Hulot. Mais qui prend un matos fabuleux, un ULM et tout pour attirer sur Kilimanjaro, et puis qui vous dit profitez-en à regarder mes images. Superbe. Moi, je regarde, je coupe le son. mais je regarde ces images et lui, il vous dit, c'est pour ça que j'ai coupé le son, je n'aime pas la provocation.
59:02 Oui, mais vous ne le verrez pas parce que nous avons gâché ces paradis. Il est seul, en fait, il en profite, le dernier. Bon, et voilà que Hegel vient prendre un contre-pied tout en disant la nature est une copie de l'art. Eh bien, ça, c'est par là que j'ai commencé, si vous regardez bien nature et paysage. Quand j'ai abordé la notion de surface, vous vous rappelez quand j'avais dit imaginer, je continue à répondre à ta question, ce que j'appelle l'or liquide qui nous arrive de contempler lorsqu'on voit le soleil se coucher sur la mer, par exemple, ou sur la Seine.
59:39 Mais sur la mer, je pense toujours à Baudelaire. J'aime de vos longs yeux la lumière verdâtre, douce beauté, mais tout aujourd'hui m'est amer et rien. Un peu mufle, ni votre amour, ni le boudoir, ni l'âtre ne me vaut le soleil rayonnant sur la mer. Super. Or, cet or liquide qui capte toute notre attention, qui est un concentré de beauté, on a envie de le posséder. Une copine qui était fatiguante il voulait toujours qu'on y aille. Si on prend un verre, on a une terrible déception, on lève le verre, il n'y a plus de couleur du tout, c'est de la flotte, c'est H2O avec un peu de chlorure de sodium, si c'est la mer.
1:00:19 Voyez, et là, on a compris ce que c'était qu'une surface. On était dans l'illusion de croire qu'on a affaire à une réalité profonde. Et en fait, si je prends une aiguille et je l'enfonce à la surface de la mer d'un millimètre, il n'y a déjà plus rien d'un millimètre, il n'y a plus rien à voir de doré, tu comprends mon exemple ? Donc, pourquoi ça nous plaît tellement ? J'explique la phrase de Hegel. Parce que, ainsi meurt un héros, par exemple. Vous savez, souvent les couleurs du crépuscule, c'est rouge et l'or, c'est les couleurs épiques, c'est l'agonie d'un héros.
1:00:49 Par exemple, l'héros, c'est le soleil qui meurt à ce moment-là. Nous transigeons avec l'Œdipe chaque fois que le père meurt, nous sommes mélancoliques. Ce n'est pas moi qui ai analysé ça. Je vous renvoie à des développements intéressants là-dessus, n'est-ce pas ? Je me console de mon agressivité antipaternelle en étant triste quand il meurt. Mélancolie. La mélancolie berce de doux chants en mon cœur qui s'oublie au soleil couchant. C'est la Verlaine.
1:01:21 Donc, c'est en ce sens que ce que je crois être la nature est en fait une surface où se réfléchit mes problèmes à moi. C'est un moi collectif. Surtout, ne me faites pas dire que je suis tombé avec mes allusions à Freud, vous pourriez croire que je suis passé du champ politique à la praxis au champ psy. Pas du tout. Comme une fois, je vous ai dit, nous aimons tous la même chose. Deuxième affirmation scandaleuse. Mais pas au même moment, évidemment. A 14 ans, je n'avais pas les mêmes goûts.
1:01:52 Mais nous sommes tous grosso modo la même chose. A savoir, je vous le dis tout de suite, comme ça, il n'y a pas de suspense, mais ça va être abstrait. La liberté. C'est-à-dire, la liberté, comme elle n'est pas là. Je vous le dis tout à l'heure, il faut quelque chose qui nous donne l'impression qu'elle est là. Une jeune fille, toute svelte, comme ça, qui est canon, c'est-à-dire qu'il n'y a pas trop de kilos en trop, etc. Donc, qui est agile, elle donne l'illusion qu'elle échappe à la loi. Pardon.
1:02:23 À la loi de la chute des corps, n'est-ce pas ? Ce qui est fabuleusement injuste, parce qu'une femme de 130 kilos peut être d'une agilité de pensée et même, moi, j'ai vu des Africaines danser avec une souplesse. Ce n'est pas qu'ils font avec leurs 120 kilos, parce qu'il y a une fête dans les pays du Sahel où les matrones viennent narguer les jeunes pucelles comme ça qui sont minces, maigres, et donc qui n'ont pas trouvé de mec. C'est très, très africain parce que là-bas, la prospérité, source de séduction. Donc, il ne faut pas dire ce que je n'ai pas dit. Ça peut être très... Mais, dans l'imaginaire collectif, une personne mince, ça peut être un garçon aussi, svelte, etc., un elfe aux pieds légers, disait l'autre, peut donner l'illusion, alors que c'est une crapule soumise à tous ses désirs, si ça se trouve, l'illusion de la liberté.
1:03:11 Et ça, c'est la beauté. Là, je réponds profondément à ta question. La beauté, c'est une image de la liberté, mais il y a un abîme entre l'image et la chose dont c'est l'image. Quand on dit que Dieu a créé l'homme à son image, ça ne veut pas dire que l'homme est Dieu. Tout le monde insiste sur la ressemblance, bien sûr. Créer l'homme à son image, ça veut dire quoi ? Que Dieu a des poils dans les narines ? Allons donc. Il y a quelque chose dans l'homme qui rappelle Dieu, c'est ça que ça veut dire. C'est plutôt la liberté, si vous regardez bien, le langage.
1:03:44 Puisque Dieu donne à Adam le privilège de nommer les créatures, ça, ça ressemble à Dieu, au logos. Voilà. Donc, je vous le dis, abstraitement d'abord, j'essaie d'être un peu plus concret, nous aimons tous la liberté. Dans les formes où elle apparaît, dans une musique, dans ceci, une musique qui rebondit, etc., qui n'est pas trop... Vous le dites, vous avez un mot, là, dans votre génération, le mot relou, voilà, qui est péjoratif, c'est tout le contraire de la légèreté. Vous êtes d'accord ? Au sens propre.
1:04:14 On va vers le bas. Et Hegel disait que c'est intéressant de comparer la loi par excellence, la loi naturelle, celle de Newton, la loi des graves, comme on disait, la loi de la chute, au monde de l'esprit de l'homme, qui va vers le haut, c'est la liberté. C'est intéressant. Vous vivez l'époque, après tout, de la conquête spatiale. Voilà. Donc, je réponds un peu à ta question. voilà où il peut y avoir un passage, un lien entre l'esthétique, l'historique et donc le politique.
1:04:47 Je suis en train de dire qu'il faut être très attentif à toutes les formes de beauté parce qu'elles nous rappellent à cette mission qu'est la liberté. Mais c'est un programme, ce n'est pas une réalité actuelle, en acte. Donc, il faut se méfier aussi. Il ne faut pas prendre, n'est-ce pas, la vessie pour une lanterne. Il ne faut pas prendre ce qui n'est pas là comme elle est déjà là. Voilà, là, j'achève de répondre à la question.
Esthétisation du politique : Nuremberg et l'Être suprême
1:05:18 Donc, un lien ambigu, n'est-ce pas, entre la beauté et la liberté. La beauté signifie la liberté. Donc, il faut toujours être une distance. Très bonne question. Merci, Cécile. Romain. Moi, je ne sais pas pas si tout, mais ce que ça m'évoque, c'est, en fait, il y a certains régimes politiques qui aient cherché à esthétiser la politique, justement, pour que, peut-être, c'est une manière de faire croire qu'on donnerait aux grands peuples la liberté de se gouverner, alors que, en fait, c'est d'accord.
1:05:58 Alors, tu fais allusion à quoi ? À qui ? À quand ? Et où ? Au régime fasciste. Oui. Je pense à Nuremberg. Ah ben, dites donc, 200 000 torches comme ça, enfin, une croix gammée dans la nuit, ça se rejette. Bon, ça, il faut faire attention à l'esthétique pure. N'oubliez pas qu'une des plus grandes photographes de l'époque, c'est Leni Riefenstahl, qui est connu des gens qui s'intéressent à la photographie et au cinéma, parce qu'elle a fait un film, je crois, sur les Jeux Olympiques, qui reste un modèle du genre.
1:06:29 Les Jeux Olympiques de 1936, en plein nazisme. Oui, on admire encore, c'est pas, extrême séquence au ralenti, le saut à la perche pendant que le soleil se couche. Grand artiste. Hitlerienne à 150%. Non, je le dis, parce que souvent, il y a une certaine gauche, social-démocrate, pour ne rien nommé, qui pense que nous, on est du côté du bien, on est intelligent, on est cultivé, on est de gauche, et puis en face, il y a la brute à la nuque épaisse, l'homme de droite.
1:07:01 C'est pas comme ça que ça se passe. Autrement dit, il y a mon pote, Harlem Désir, et puis en face, il y a mon beauf. Non, mais c'était ça, la politique française pendant 40 ans, ça nous fait croire que le seul conflit entre mon pote et mon beauf, entre Harlem Désir et Le Pen. Non, mais quand même. Non. La droite a travaillé. La droite a pu avoir énormément de goût. Regardez Voltaire tout à l'heure, c'est étincelant, du point de vue des...
1:07:31 la verve. Je sais pas. Pour dire, il est très doux pour mon cœur, très immonde, de voir ici partout l'abondance à la ronde. Pour lui, c'est pas un programme, la liberté, ça y est, c'est acquis pour lui, et donc c'est acquis pour l'univers. C'est bon. C'est un homme d'entreprise, il avait une entreprise de bas, de bas en soie, il n'y a pas de nylon à l'époque. Il se servait de ses amis, les marquises, pour faire la pub et la promotion à Versailles, parce qu'il était exilé en Suisse. Il connaît. Il faut cultiver son jardin, comme il dit.
1:08:01 Voilà. Donc, tu vois, je réponds à ta question. Bien sûr, tu as parfaitement raison, mais dans les deux sens. Il faut aussi qu'il y ait une esthétisation du politique, une esthétisation démocratique et républicaine. Et ça a été l'effort de la fête de l'être suprême. L'antithèse, maintenant, de Nuremberg. Je ne sais pas. Nuremberg essaie de ressusciter la ferblanterie païenne, allez, soyons clairs. C'est quoi ? Mon ex-épouse, mais toujours allemande, m'a raconté souvent comment, quand elle était dans les Hitlerjugend, elle a dix ans plus que moi, c'est pas petite, elle était ravie, parce qu'elle m'a sa place pour un gamin, c'était la fête, les feux de camp, vous savez, le 21 juin, les fêtes du soleil.
1:08:42 Non, parce qu'on vous fait croire que ça, ça c'était dans le judéo-christianisme, on vous fait croire ça, dans une certaine gauche, qui est à l'origine du nazisme. Non, c'est le retour du paganisme. Je me suis permis aussi de le rappeler quand je suis allé en Norvège. Vous savez, c'est-à-dire dans des régions où le christianisme est venu historiquement d'une manière assez tardive, par rapport aux pays méditerranéens, par exemple, et où ça résistait, et là c'était bien, c'était progressiste, c'était résister à l'impérialisme romain, de garder les dieux païens.
1:09:13 Un enjeu politique de liberté, à la limite. Et puis voilà que ça s'est inversé, que maintenant la ferblanterie païenne, la critique du progrès, de l'universel, du judéo-christianisme, des valeurs altruistes et collectives, c'est faire le retour à la force brute. Wotan, c'est-à-dire la version allemande de Odin, c'est le même mot, même nom, vient d'un radical Wut qui veut dire la rage. Comme Zeus déclenche la foudre, c'est le même dieu tout ça.
1:09:46 Les dieux de Dumézil. Voilà, on est d'accord ? Donc, il faut une esthétisation du politique. C'est très compliqué comme dossier. Je l'ai dit tout à l'heure, grâce à Cecil, il m'a donné l'occasion d'y répondre, c'est l'ambivalence qui est l'exact statut du rapport entre esthétique et politique. Pas l'ambiguïté. L'ambiguïté, c'est un peu trouble, c'est un peu faux-derche, comme on dit en bon français, mais c'est dans ma tête, c'est pensé.
1:10:17 Tandis que là, non, même à mon insu, c'est l'ambivalence. Je crois que j'aime, alors que je hais, je crois que je hais, mais en fait, j'aime. Je prends des exemples gros, typiques. Et voilà, je crois que je suis en danger alors que je suis agressif. L'Allemagne. Mais oui, on est menacé par les Slaves, par le judéo-bolchevisme. Alors, ils sont en train d'ensanglanter la planète, mais c'est eux qui sont menacés. Et ils ont la hantise du blindage, du panzer. Vous voyez, je vous avais donné un exemple, je ne veux pas mouiller Bach là-dedans, le musicien, mais quand même, le choral le plus célèbre de Bach, un des plus célèbres, qui a emprunté le texte à Luther lui-même, c'est Ein feste Burg ist unser Gott.
1:10:59 Notre Dieu est une citadelle imprennable. C'est toujours la défense. Vous voyez ? Voilà, c'est ça, c'est une manière de répondre à ta question. C'est toujours ambivalent. Ça a été un relatif échec, l'être suprême, mais qui avait le mérite. Je renvoie aussi aux travaux de cette historienne, comme elle s'appelle, qui a écrit La raison sensible qui a écrit justement avec ce beau titre La raison sensible.
1:11:34 La raison, c'est l'essence, donc c'est la vérité. Comme toute vérité, elle manque un peu de réalité. L'essence manque d'existence, la vérité manque de réalité. Le concept génial de Hegel de ruse de la raison permet d'articuler les deux. Je révise grâce à vos questions. grâce à la ruse de la raison, ce qui n'existe pas encore peut se frayer un chemin avec ce qui existe et qui est déjà là et qui est matériel. Ainsi, l'État moderne dit, il y a un petit corse vaniteux et ambitieux, là. qui s'appelle Napoléon qui fait le mal.
Naturalisme moderne et conscience malheureuse
1:12:06 Mais voilà, on va le laisser faire. Jusqu'à ce qu'il crée l'État moderne, n'est-ce pas ? Puis après, une fois qu'il l'a fait, on le jette à Sainte-Hélène souvent. C'est comme ça que progresse l'histoire. Voilà. On est bien d'accord ? Donc, je garde cette ambiguïté. Oui, Rio. Alors, sur nature et paysage, j'ai l'impression que plus la civilisation advient et plus les forces productives se développent, plus on s'extrait de la nature et donc, plus on prend conscience de ce qu'est la nature en opposition à la civilisation et le paradoxe, c'est que plus on oublie la civilisation elle-même.
1:12:54 Et je pense qu'aujourd'hui, on est dans... Tu fais allusion du discours naturaliste côté point ? C'est ce qu'il me semble avoir compris. Cette séquence nous permet de bien modéliser ce naturalisme, c'est-à-dire on est tellement sortis de la nature qu'on ne voit plus que ça et on oublie qu'on est dans la civilisation. Mais alors, ça veut dire que c'est un peu contradictoire. Ça veut dire que plus on développe les forces productives, plus on est naturaliste, escrologiste, comme on dit à certains endroits. Je cite M. Garnier. Le mot est bon. Oui, oui. Je crois que c'est Garnier le premier qui l'a utilisé.
1:13:25 Et donc, comment on fait pour sortir de cette aporie ? En gros, c'est quoi les armes pour abattre l'écologie de marché ? On se cherche, on reste trois heures. Merci beaucoup. Ce n'est pas un paradoxe. Ce n'est pas plus le progrès, plus les forces productives se développent, plus on a un discours naturaliste. Non. Ça, c'est le discours de forces productives développées, mais dans un certain mode de production que le mode bourgeois de production.
1:13:59 C'est-à-dire avec une propriété qui reste privative, des grands instruments de production et d'échange pour en rester à l'essentiel. C'est pour ça que je dis que ce n'est pas votre brosse à dents ou votre femme qu'on va nationaliser. Je fais deux fois que je parle de la femme et la propriété pour rappeler que Marx a dit très tôt que la première division du travail c'est l'homme et la femme. Division du travail qui est à l'origine de la division de la société en classe sociale. Je rappelle que ne serait-ce que la grossesse impose tout d'un coup un partage des tâches comme pas chasser ou cueillir avec huit mois de grossesse et donc que petit à petit la femme qui attendait le retour de la chasse à la case préparait la nourriture pendant ce temps-là il y a une complémentarité et non pas un conflit comme le pensent les féministes bourgeois.
1:14:50 Même si il ne faut jamais on ne le répète jamais assez toutes choses restent égales par ailleurs j'enfonce le clou à chaque fois c'est quand même la femme qui morfle le plus dans tous les stades de la production et dans tous les modes de production. Toutes choses restent égales par ailleurs. Donc en ce sens-là ce que tu viens de dire je l'exprime souvent en disant donc je remercie de le rappeler qu'il n'y a pas plus typiquement moderne que de haïr la modernité qu'il n'y a pas plus romantique que de vouloir sortir du romantisme et d'être baroqueux néoclassique parnassien dans l'époque il y a des modes différents néo-grec je fais allusion au néo-païen tout à l'heure tout ça très romantique.
1:15:33 Nietzsche pensait qu'il était sorti du romantisme et qu'il était un grec. il est boche jusqu'à la couenne Un autre fou allemand aussi bien sûr je pense à Hölderlin c'est une anecdote on ne sait pas si ce n'est pas une légende mais elle est tellement vraie je crois que même si elle n'a jamais existé elle est de l'ordre de l'essence avec le fatal voyage à Bordeaux il est devenu fou à Bordeaux et avec son retour de ce midi où il a vu enfin le monde grec tel qu'il imaginait à pied tout ça il passe donc par Tours si vous regardez c'est encore maintenant le tracé de l'A10 et une aristocrate de l'époque parle qu'elle voit son jardin qui était un jardin à la française avec des statues vous voyez des allées quadrangulaires il dit je vois un homme de grande taille un peu dépenaillé qui était en train de s'attarder près des statues je descends je vais lui demander superbe anecdote il ne me laisse pas le temps de lui poser une question quand j'arrive il me dit il faut traiter autrement les images des dieux et qu'il commence à faire un laïus sur la Grèce
1:16:43 reconnaît le dernier la dame la propriétaire lui dit vous êtes grec et il répond je reviens à Nietzsche au contraire madame je suis allemand Merkel et Tsipras non mais écoutez il y a comme ça des structures moi j'y peux rien le nord et le midi non mais quand même bon maintenant on peut les renvoyer à dos à dos tous les deux je fais penser qu'hier on a parlé de la candidature de madame Merkel comme président de l'Union Européenne j'ai l'air de rêver comme ça mais j'essaie de rester branché sur l'actualité donc pour revenir à ce que tu dis c'est propre à ce monde bourgeois quoi ?
1:17:23 ce que Hegel a analysé comme conscience malheureuse donc tu as bien raison de pointer quelque chose là d'accord ? nous avons les moyens grâce aux forces productives tu as bien fait de le rappeler qui sont développés comme jamais n'est-ce pas ? de sortir d'un néant de millénaire de misère de contrainte d'accord ? et voilà qu'on est malheureux lorsqu'on mange c'est de la merde je parle comme ce que je dis dans les journaux je veux dire vous entendez ça tout le temps on n'a jamais mangé aussi bien en gros alors tu ne dis pas des conneries ma grand-mère on pense toujours à sa grand-mère mais elles sont gentilles les grand-mères quand leur petit-fils arrive elles font au mieux mais l'ordinaire ce n'était pas ça avant ça avait le nombre d'intoxications qu'il y avait avant les frigidaires quand il y avait les gardes-mangers vous ne soupçonnez même pas il ne faut pas enjoliver il n'y avait pas le passé et je crois que c'est Philo Bragar notre ami de Saint-Dizier celui qui a fondé l'université populaire de Saint-Dizier qui a posté récemment sur Facebook je ne sais pas si vous l'avez vu cet extrait du Vagabonds Act de 1500 tu l'as vu ?
1:18:27 de 1500 tu connais le Vagabonds Act ? tu connais Tristan non ? oui oui extraordinaire les vagabonds il faut les arrêter les torturer les castrer les tuer c'est ça que certains appellent le bon temps quand même voilà et voilà que maintenant qu'on a tous les moyens d'être sortis de cela moyens qui font rêver la femme malienne qui fait des kilomètres chaque jour pour chercher de l'eau du bois pour chauffer l'eau qui pile toute la journée qui aimerait bien avoir un millième de cette croissance que ceux qui l'ont on parle de décroissance je te suis là voilà que tout d'un coup ils sont malheureux c'est exactement ce que Hegel dénonce comme conscience malheureuse dont je rappelle le concept essentiel qu'il passe son temps à dénoncer le désordre du monde sans songer que c'est elle qui induit ce désordre j'ai parlé tout à l'heure des allemands qui craignent une attaque alors qu'ils sont agressifs vous voyez c'est un peu oui je suis très germanophile donc ça on tombe donc si je me trompe la conscience malheureuse c'est celle qui se reconnaît nulle part et bien oui mais c'est un malheur ça
La liberté aliénée dans la nature
1:19:37 et donc parce que tu disais que la nature est une copie de l'art oui c'est Hegel pas moi non mais donc ça veut dire que ce qu'on propose dans le paysage c'est ce qu'on reconnaît de nous sans comprendre forcément que ça vient de nous donc bon je n'ai pas de question de dire mais non c'est bien c'est bien de raffiner tout à fait c'est bien de revenir à la question de Cécile en gros parce qu'on tourne autour du même pôle si vous regardez bien le romantique allemand trouve le paysage magnifique surtout quand il y a la lune nocturne mais comme Faust tout à l'heure un spectacle mais un spectacle c'est un moment où te saisirai-je nature infinie mais il ne sait pas ce que grâce à Cécile nous avons un petit peu avancé dans le sens de la compréhension c'est que c'est parce que c'est une image de la liberté qu'il trouve ça beau autrement dit il n'a pas le degré de conscience politique de Rousseau qui dit dès la première phrase du texte que je vous ai lu n'est-ce pas qu'un désir exclusif est un désir qui s'annule lui-même il n'y a que les fêtes populaires
1:20:47 vous voyez donc comme il ne le sait pas il est sensible à la liberté mais à la sienne et encore il ne sait même pas que c'est la sienne qui est représentée là il pense que c'est la nature qu'il y a un vitalisme quelque chose qu'il y a une providence qui fait que la forme est parfaite qu'il n'y a rien à toucher il suffit que l'homme bouge pour tout d'un coup il n'est pas ce belpin c'est dans tout ça on répond aux deux questions en même temps on est bien d'accord donc oui c'est un malheur un malheur pas bien grave il y avait des SS mais c'est des choses que j'ai lu de témoignages dans Primo Levi vous voyez c'est comme des gens qui connaissent bien leur dossier des SS qui faisaient un carton le matin au petit déjeuner puis un prisonnier comme ça au revolver pour se faire la main mais qui sanglotaient quand ils voyaient un chien maltraité ou un pétale de rose plié oui non mais c'est vrai c'est des anecdotes c'est des crises d'angoisse d'étouffement hystérie voilà oui Branco oui je me demande si c'est tout simplement qu'ils ne savent pas
1:21:57 ou qu'il y a un quelque type de lutte de classe qui s'est fait il y a toute une idéologie qui est cachée qu'ils savent pour en donner à ça il faut que ça nous vienne d'un pays où il y a un déni des luttes de classe n'est-ce pas comme dans tous les pays très prospères qu'est-ce qu'on a fait les deux classes maintenant tout le monde est égal chez nous c'est un peu ce qu'on entend dans beaucoup de pays riches et oui mais c'est là qu'il faut conclure il ne sait pas qu'il y a une relation de classe dans son malheur d'accord c'est-à-dire la liberté dont il ne jouit pas parce qu'il y a des rapports de production qui ne l'autorisent pas à en jouir le petit bourgeois d'accord il l'aliène dans la nature elle lui semble venir de l'extérieur dans la nature merci ça nous fait franchir la dernière détermination et donc vous comprenez pourquoi la nature ici est une copie de l'art en fait la nature ne fait que représenter à titre programmatique ce que nous devrions réaliser autrement que dans les montagnes que dans la forme des montagnes c'est pourquoi je vais essayer de vous citer
Le Domaine d'Arnheim d'Edgar Poe
1:23:07 un grand réactionnaire grand écrivain dont j'ai parlé il faudrait bien que vous deviniez non mais c'est vrai que Chateaubriand est un grand réactionnaire qui écrit très bien quelqu'un de plus réactionnaire Chateaubriand plus ténieux mais je n'ai pas pu dire oui plus contre-révolutionnaire au sens anglo-saxon alors je vous guide là dont j'ai parlé quand même tout au début de nature et paysage à cause d'une nouvelle très étrange ça doit vous rappeler quelque chose et merci voilà c'est Edgar Poe vous vous rappelez je vous en ai parlé parce qu'il y a cette nouvelle de 5-6 pages le domaine d'Arnheim emprunté à une commune qui existe encore en Hollande qui s'appelle Arnheim il manque un i où il imagine quelqu'un qui a eu une fortune colossale mais qu'il ne faut même pas essayer d'imaginer mais c'est un prétexte pour avoir les moyens de réaliser son rêve et les rêves il en avait car il avait avant d'arriver de cette fortune
1:24:17 c'est une fortune il a fallu un siècle pour l'accumuler enfin bref il avait un rêve il avait des idées sur le bonheur en quoi on reste encore un peu dans le 18ème siècle ça a la grande valeur du 18ème pour lui le bonheur c'est très anglo-saxon pragmatique il faut 3 conditions la première c'est d'exercer non mais c'est pas idiot un libre exercice physique en plein air pour trouver le goût du sport je prends un mot anglais ben si j'ai une rage dedans déjà le bonheur c'est pas le plaisir il faut que ça dure le bonheur mais enfin il faut qu'il y ait du plaisir aussi parce que je veux dire c'est un plaisir qui dure un peu plus longtemps que le plaisir le bonheur et qui se répète et qui a une épaisseur temporelle mais enfin il faut que je vous disais c'est pour ça que je ne vous dirai jamais un mot contre le plaisir toutes choses égales par ailleurs là je reprends Spinoza si vous regardez bien tout simplement alors on n'est pas dans les consciences malheureuses donc libre exercice physique en plein air deuxièmement la proximité d'une personne aimée lui dit d'une femme et et troisièmement une aspiration indéfinie vers un idéal à réaliser c'est pas mal comme théorie du bonheur vous voyez
1:25:27 deux choses qui sont là et un troisième qui n'est pas là et voilà que quand il hérite il peut enfin réaliser ce qu'était son inspiration il trouvait que tous les beaux arts avaient été cultivés depuis des siècles la musique la peinture l'architecture sauf un qui avait été négligé qui était tout nouveau à l'époque c'est les jardins paysagers vous voyez comment il revient notre thème vous savez qu'en Angleterre vous visitez des sites comme Fonthill je ne sais pas près de Londres je ne sais pas si vous avez visité c'est des jardins à l'anglaise mais sur des superficies énormes vous n'avez pas vu ce film Meurtre dans un jardin anglais un policier célèbre vous n'avez pas vu Meurtre dans un jardin anglais avec la caméra on voit le meurtrier enfin pas la caméra le mec le chevalet le peintre ça ne veut rien bon bref le contraire du jardin à la française qui donne l'impression que c'est naturel on y revient l'illusion c'est naturel alors qu'il n'y a pas un brin de gazon qui n'a pas été pensé c'est à dire ce qui existe encore pour combien de temps je ne sais pas c'est une tragédie que je vous annonce le parc de Jean-Jacques Rousseau où il y a son tombeau Ermenonville est en train d'être privatisé le conseil général cesse de donner les subventions on va en faire sans doute un Disneyland oui bon
1:26:39 donc il peut enfin réaliser mais à une échelle plus grande qu'un département français vous voyez même je vous avais dit au début de la nouvelle il fait le monde entier avec le narrateur c'est ça ça va être l'ami du narrateur qui parle à la première personne pour trouver déjà le site qui se prête vous voyez la partie naturelle le site qui se prête et arriver à un moment donné à un sommet où il dit on a une vue comparable à celle qu'on voit au sommet de l'Etna l'Etna c'est plus de 3000 mètres c'est pas la Sicile vous voyez à l'Italie et l'ami lui dit ben voilà on ne va pas aller plus loin vous ne le trouverez jamais mieux ce n'est pas possible que ça il dit oui c'est après une heure pour prendre sa respiration devant tant de beauté vous voyez il dit ouais bon qu'est-ce qu'il y a qu'est-ce qu'il y a pas vous savez quand on veut se retirer à la campagne l'expression il analyse la langue lui c'est pas pour être exposé au sommet se retirer c'est se cacher un peu c'est avoir une propriété un manoir avec des étangs des forêts un château se retirer il y a cette phrase extraordinaire la grandeur d'Edgar Poe sa profondeur malgré son côté réactionnaire pour un passage occasionnel rien de plus beau pour l'homme qui a la mort dans le coeur il craint l'éloignement
1:27:49 comme la peste voilà l'éloignement c'est la distance qui fait penser tout d'un coup à l'infini qui fait que je deviens angoissé magnifique texte pour l'homme qui a la mort dans le coeur c'est-à-dire tout homme c'est ce qui nous distingue de l'animal d'avoir la mort dans le coeur il craint l'éloignement comme la peste voilà c'est pas grave d'avoir la mort dans le coeur ça fait dix mille ans que la praxis nous a permis de créer un autre monde d'accord mais qui n'est pas également partagé on en revient à conscience malheureuse et ainsi de suite donc Banco a parfaitement raison de dire qu'en fait et ce sera ma conclusion encore pour cette question-là mais on peut continuer ce paysage-là quasi idéal et d'autant plus beau c'est la société sans classe réalisée mais complètement inconsciemment c'est un peu ce que tu voulais dire finalement c'est une représentation de la Jérusalem céleste pour parler comme dans l'évangile qui descend tout d'un coup sur terre bah oui c'est pas mal oui j'ai vu un doigt se lever oui Élise pardon question piège polémique je rappelle que c'est à Élise qu'on doit le texte de Rousseau mais tu vas déjouer ce piège facilement si tu regardes l'Europe quand même la beauté des paysages en Europe
Beauté des paysages européens et propriété
1:29:00 par rapport à je sais pas mais est-ce que on peut quand même tu es diplomate je ne veux pas dire par rapport à tu veux pas être euro-centré c'est clair des paysages c'est clair on pourrait quand même dire en suivant Voltaire et le et du coup comment tu je vois pas du tout ça alors c'est pas que je veux m'en tirer c'est pas très embarrassant il fallait passer par là j'ai parlé de la ruse de la raison tout à l'heure la ruse de la raison c'est de faire corps au mec qui est le propriétaire qui est l'entrepreneur etc et puis après ça devient combien de propriétés sont maintenant des parcs publics regardez Versailles d'accord ?
1:29:55 par exemple ruse de la raison aujourd'hui l'état des forces productives c'est mon analyse enfin bon pas au sens privatif c'est ce que Marx nous aide à comprendre aujourd'hui l'état de force productive est d'une telle puissance il y a un tel potentiel que nous sommes très en deçà il y en a qui pensent qu'on consomme trop on est très en deçà de ce dont on pourrait jouir d'accord ? à cause de l'inégalité de la répartition de la richesse réelle produite je ne parle même pas de la richesse potentielle que permettent les forces productives parce que les rapports de production freinent le développement des forces productives je prends un exemple tout simple mais lorsque sous Napoléon III on couvre on quadrille la France de voie ferrée mais quel directeur financier serait d'accord pour engager comment dire en finance la dépense pour faire ça mais aucun il ne dira mais quoi encore n'importe quoi prenez les bus c'est pas ça qu'il a dit Macron oui ou non ?
1:30:55 donc il y a une disproportion entre le côté étriqué archaïque vieillot je prends tout le contre-pied du discours dominant des rapports de production actuel des rapports bourgeois capitalistes de production et des forces productives de ce qu'elles permettraient ça répond à ta question c'est ça qu'il a fallu passer par la petite propriété et c'est très bien d'accord Rousseau défend la propriété quand il dit on est passé en passant de l'état nature à l'état civil on passe de la possession un lion à une antilope dans la gueule c'est pas une propriété c'est une possession jusqu'à ce qu'un mâle plus fort la lui prend c'est pas une propriété c'est pas du droit c'est de la force la nature ne fait ni riche ni prince ni grand seigneur oui Mehdi tu voulais revenir sur une assertion que tu avais dit à la dernière séance tu dis plus on essaie d'échapper à son romantisme plus on le retrouve voilà tu fais penser à Goethe la vérité quand on la repousse on l'embrasse et c'est comme si tu avais dit ça ça m'a déçu
Sortir du romantisme par la reconnaissance
1:32:06 je me suis dit on pourra jamais s'en sortir j'ai dit ça moi ? oui j'ai dit ça vous avez dû me faire boire je vais te poser la question justement est-ce que est-ce que finalement mais c'est ça c'est lié à tout ce qu'on dit on peut échapper à son romantisme mais pas d'une manière romantique au sens où tu l'entendais en tout cas moi de la manière dont je l'ai compris mais précisément en reconnaissant l'histoire c'est-à-dire en faisant en sorte que la conscience que notre conscience je suis dans la phénoménologie là mais que reconnaisse la détermination historique qu'il y a dans ce qu'elle croit être naturelle ou innée qu'on résoit avec le politique que la conscience résoit avec le collectif et le politique et que ça la sorte autant individuellement que collectivement du malheur même si les conditions objectives du malheur sont toujours présentes tout à fait à cause des rapports de production oui puis de manière plus excuse-moi juste une petite incidente incise pardon il y aura toujours ce que parmi les d'appeler la dent du hasard il ne faut pas rêver non plus il y aura toujours une malformation un truc il ne faut pas exclure il faut le réduire un maximum grâce aux forces productives à leur développement
1:33:16 c'est la question que je posais je pose une question en proposant une réponse en même temps une solution que je te soumets pour avoir ton avis que finalement on peut en sortir on peut sortir de la conscience malheureuse si on se réconcilie comme tu disais avec la reconnaissance et la détermination historique et avec une conscience collective où c'est génial ce que tu as dit sur Rousseau où c'est plus mon plaisir qui compte c'est plus mon plaisir personnel qui compte et comme j'ai conscience que le plaisir réel est toujours un plaisir partagé c'est ça donc je vais vers l'autre et donc je me réconcilie aussi avec ce qu'il y a précisément de rationnel c'est un peu ce que Branco quand il disait en fait c'est l'aliénation de classe qui fait que j'ai une conscience malheureuse et puis ça je ne déforme pas ce que tu disais bien sûr oui mais je suis content de voir qu'on converge mais pour l'instant nous vivons une disproportion gigantesque comme jamais sans doute entre l'état des forces productives et qui ne cesse de se renforcer et le côté étriqué vieillot et dépassé des rapports de production ceux qui disent que le marxisme est dépassé c'est peut-être vrai
1:34:26 mais quoi le marxisme est une critique du capitalisme c'est plus récent que le capitalisme non si le marxisme est dépassé c'est une petite loi topologique que je vous dis c'est-à-dire que le capitalisme alors là il est préhistorique à ce moment-là si vous réfléchissez un petit peu voilà bien sûr donc ton histoire de reconnaissance est très important Hegel dit que le vrai est la reconnaissance de soi-même dans l'absolu être autre donc ça va bien dans le sens de ce que tu dis la phénoménologie il dit ça bien sûr ça peut être abstrait mais là tu as montré l'enjeu concret de ce que ça veut dire mais pour ça il ne faut pas inverser si on est encore dans l'ordre symbolique c'est qu'on n'enseigne pas dès l'école primaire ce que nous sommes en train de voir et qui est simple en fait si on regarde bien ce qu'on a dit sur le naturel l'artificiel la matière la nature ça devrait être le b.a.-ba d'un enseignement universel rationnel ça veut dire pas que j'impose comme une propagande rationnel c'est-à-dire qui peut se critiquer qui peut voilà oui Jean pour vous dire ce que vous avez dit
Langage mathématique et langage naturel
1:35:37 en ce moment sort de des bouquins sur qui sont relayés par des magazines sur vous dites que le grand malheur c'est l'agriculture le grand malheur de c'est l'apparition d'agriculture l'apparition oui oui j'ai déjà vu des trucs comme ça peut-être que c'est le retour donc il faudrait en revenir à la cueillette oui c'est le néolithique qui est le début de la fin non mais c'est le genre très sérieux je sais bien bon ce que je veux dire c'est que enfin il y a une question c'est pas l'approche que l'on a au chumel évidemment parce que les animaux aussi ils ont une approche de la nature mais la nôtre ça c'est distinct pour le travail aujourd'hui enfin la pratique la praxis l'action que nous avons sur la nature et qui nous envoie aussi en tant que connaissance enfin donc il y a un jeu dialectique enfin non c'est jamais figé cette affaire ça c'est clair jamais mais il y a une volonté il me semble dans l'idéologie de l'unique comme on dit de nier fondamentalement quelqu'un a parlé d'histoire
1:36:48 enfin ce processus de libération oui de libération comme humanité c'est fort une seconde la libération est la synthèse de cette antinomie classique qui est le déterminisme d'un côté et la liberté de l'autre on les renvoie dos à dos on n'est ni libre ni déterminé on n'est pas condamné à être l'un ou l'autre on est dans un mouvement qui va de la détermination nous sommes tous au départ vers un état plus libre ou moins déterminé et ça s'appelle une libération je ne veux pas prolonger c'est simplement sur cette notion d'action sur la nature qui fait qu'on en a forcément une idée complètement fantasmatique c'est fantasmatique mais complètement on s'est identifié et c'est-à-dire on sait qu'on peut aller jusque-là et encore c'est bouleversé par les nouvelles théories qui sont elles-mêmes posent des questions infinies mais bien sûr on en est là donc c'est je commence par la fin de ta question qui est très importante dans l'argumentaire que nous avons avec ces gens dont tu parles
1:37:58 et qu'on oublie souvent c'est que tu as dit plusieurs fois le mot scientifique c'est souvent des gens qui ont des très grandes compétences scientifiques qui sont dans cette idéologie on est bien d'accord je rappelle ici j'essaie de ne pas parler tout à fait au hasard mais qu'il y a entre le discours l'élaboration de la discursivité qui a permis l'apparition des sciences dures je parle ici je pense bien sûr avant tout aux mathématiques et qui a permis l'éclosion des sciences dures il n'y aurait aucune science dure sans les mathématiques aucune ne fait aucun emprunt aux mathématiques la mathématique n'emprunte rien ni à la biologie ni à la physique c'est intéressant cette antisymétrie je dis bien en droit en fait historiquement par contre c'est faux ce que je viens de dire s'il n'y avait pas eu des problèmes militaires balistiques s'il n'y avait pas eu un va-et-vient entre l'expérimentateur et le théoricien il n'y aurait pas eu Newton ni Einstein s'il n'y avait pas eu un échange ne serait-ce que l'expérience de Michelson par exemple qui a confirmé pour Einstein
1:39:08 ce n'est pas que la lumière se propageait dans toutes les directions à la même vitesse mais ce qui est important à retenir c'est qu'on ne peut pas passer ça c'est philosophique que les scientifiques en aient conscience ou pas c'est leur problème on ne peut pas passer de la discursivité mathématique au langage que nous avons en ce moment entre nous ce qu'on appelle la langue naturelle en linguistique le langage naturel il y a de l'arnaque là tu ne peux pas partir des équations dire donc je vous préviens que le collapse mondial est pour la semaine prochaine ou quoi tu rigoles moi je l'entends 20 fois par jour à la télé parce que Servigne a dit que c'est peut-être c'est peut-être 2020 l'échéance finalement et non pas je l'ai entendu récemment hein tu l'as entendu oui quand même c'est quelqu'un qui a certainement des petites compétences dans les sciences dures mieux que moi en tout cas mais ça c'est pas un problème de scientifique mais bien sûr on est bien d'accord oui et la petite suédoise là Greta non non mais j'ironise pas c'est une pauvre gosse c'est scandaleux comme on exploite une grave maladie
1:40:18 parce qu'elle est quand même autiste c'est grave l'autisme même si c'est aussi un cas Asperger qui empêche pas les facultés intellectuelles de dire si A égale B donc B égale A d'accord mais je veux dire il y a qu'à la voir d'ailleurs bon je viens d'apprendre que sa mère a dit vous savez que elle voit le CO2 à l'œil nu elle devient chaman si vous voulez que je vous dise on n'est pas dans la science là nous nous ne voyons pas mais elle voit le CO2 à l'œil nu non mais ça j'ai vu ça chez les africains mais eux ils ont des raisons les pauvres hein de voir attention quand même on en est là elle est exploitée par des milieux financiers vous savez à la commission européenne c'est scandaleux qu'on exploite la maladie d'une gosse de cet âge franchement je trouve qu'on rigole mais c'est grave d'en arriver là une civilisation qu'en arrive là mais le problème philosophique que je pose et là je reviens au fondamental de la philosophie c'est que le philosophe se débrouille entre deux extrêmes dans son rapport au langage entre l'extrême du mathématicien et celui du poète les trois le poète
1:41:28 le philosophe le mathématicien ont un problème avec la communication le langage l'expression la communication pour l'instant je mets un peu de ça dans le même sac d'accord mais sur des modalités non seulement différentes mais souvent opposées ni le poète ni le philosophe ne quittent ce qu'on appelle le langage naturel c'est pas un langage c'est entièrement formalisé il n'y a pas des algorithmes dans la poésie de Baudelaire ou de racine ou de sophocle non mais c'est important et les algorithmes ne sont pas des mots ça peut être des fonctions ça peut être ce que vous voulez des tenseurs je sais pas mais c'est pas des mots même si des fois on essaye de faire des correspondances ce signe là ça veut dire implique oui mais l'implication mathématique c'est pas tout à fait ce qu'on dit c'est samedi donc ça implique que je peux aller au cinéma c'est pas pareil c'est rigoureusement défini il y a des règles que les mathématiques ensemble se sont efforcées d'expliciter avant de poser une addition il faut l'associativité la distributivité la symétrie voilà il y a des règles et bien non ceux là on passe directement
1:42:38 des équations à la fin du monde et pour la semaine prochaine c'est l'arnaque ça on peut pas passer au langage courant le langage courant il n'est pas fait pour la connaissance donc déjà un savant qui vous parle avec le langage courant j'arrive je finis juste sur ce chapitre je crois qu'on va prolonger c'est déjà douteux c'est déjà suspect du point de vue strictement épistémologique réflexion sur le savoir sur la science parce que le langage courant il n'a jamais au départ été fait pour savoir si le soleil est une étoile ou une planète non il a été fait pour séduire pour menacer pour supplier pour gratifier pour prier c'est ça le langage courant pour faire le malin pour faire le saint le héros l'artiste peu importe c'est ça le langage courant il n'y a rien de cognitif dans tout ce que je viens de dire donc quand vous passez du pur cognitif pas moi la théorie des nombres c'est un corps les nombres complexes je crois merci le corps des nombres complexes au langage courant bon heureusement qu'il y a de bons profs comme ça de temps en temps
Tragédie, comédie et répétition
1:43:48 pour essayer de trouver des équivalences mais enfin je veux dire il y a des pertes oui tu dis le prénom parce que nous on se connait mais pour les autres merci Emmanuel un peu plus fort pardon ça alors ça a été retenu ça me fait plaisir non c'est pas moi c'est pas moi c'est pas Hegel c'est quelqu'un qui connaissait bien Hegel ce qui est assez rare chez les romanciers c'est Julien Gracq d'accord qui dit que toute chose disparaît deux fois une première fois dans la fonction un outil que non je sais pas les fourches à bois on les met dans les pizzerias sur le mur pour dire que c'est plus au feu de bois et une deuxième fois dans le signe quand même le signe ne dit plus rien voilà c'est pas la concept la veille mais dis-le dans ta formule vas-y voir je l'avais retenu avec un premier moment tragique et un second moment commun ah ça c'est Hegel pardon oui oui d'accord
1:44:59 c'est Hegel et Marx Marx a dit l'histoire se répète jamais deux fois sauf sauf la deuxième fois sur le mode de la parodie de la comédie d'accord c'est plutôt ça donc et quant à Hegel oui tout à fait tout à fait voilà tout est bien ce que j'ai appelé la ferblanterie du troisième Reich d'accord et douloureusement et tragiquement comique si je puis me permettre ce ce oxymore par rapport à la tragédie d'un Sophocle d'un Eschyle ou à la tragédie de la vie simplement bien sûr si c'est ça que tu veux rappeler et quant à Hegel et je continue juste quand même en résonance avec ta question il va jusqu'à dire que tous les grands cycles esthétiques historiquement l'art grec l'art médiéval se terminent toujours par une note comique l'ironie l'humour la comédie le rire d'Aristophane résonne sur les ruines de la cité grecque quand l'empire macédonien et puis bientôt romain a réduit la cité en passé historique
1:46:11 il n'y a plus que le rire d'Aristophane sur les grades voilà donc c'est un peu lié à ta question aussi c'est le plus haut degré de l'esthétique quelque part le comique pour Hegel c'est quand même très moderne quand il dit ça c'est pré-nietzschéen dans ce sens là du meilleur Nietzsche je veux dire comment on passe de pourquoi est-ce que on aurait est-ce que tu as déjà vu petit ou grand d'ailleurs c'est surtout petit des tours de prestidigitation qui te bluffent voilà on a tout cela c'est quand même un bon magicien un bon prestidigitateur c'est quand même extraordinaire une fois que tu connais le truc je commence par là ma réponse à ta question je commence à voir venir ce que tu veux dire une fois qu'on connaît le truc on ne peut plus éprouver le même plaisir ça vous rappelle cette citation de Nerval l'ignorance ne s'apprend pas quand on sait on ne peut pas faire comme si on ne savait pas je ne peux pas me dire je décide que la terre est cubique difficile il y en a qui disent
1:47:22 encore maintenant que la terre est plate et sous le troisième Reich il y avait des savants qui s'efforçaient de montrer que Galilée s'était planté qu'il fallait revenir au géocentrisme non non mais c'est sérieux ce que je dis donc ça ne prend plus mais par contre comme ça se répète comme il continue le gars à faire sa tournée et ses tours ça devient péniblement comique tu vois ça répond à ta question et Bergson va jusqu'à dire je cite rarement Bergson qui lui aussi était réactionnaire très subtil je ne m'en débarrasse pas comme ça et qui a eu le mérite lorsque le gouvernement de Vichy a voulu lui donner les titres de philosophe officiel d'honneur le refusait quand même alors qu'il dit tout mon trajet pardon pour cette parenthèse mais qui est quand même bien ce qu'on lui doit c'est dommage c'est un juif Bergson alors que toute ma pensée me poussait à me convertir au catholicisme j'ai refusé au dernier moment pour ne pas me désolidariser de ceux qui demain seront des persécutés grande figure qui renouvelle la geste socratique en rapport entre le philosophe et sa cité Bergson a fait un volume
1:48:32 sur la fin de sa vie qui s'élève un petit opuscule qui s'appelle le rire que je vous conseille qui est très subtil qu'il résume ainsi le rire c'est du mécanique plaqué sur le vivant vous voyez comme c'est la réponse qu'on dit le mécanique un truc qui se répète ce que Clouscard appelle la répétition machinale l'agitation machinale vous voyez qui se répète comme ça plaqué sur le vivant le vivant ne se répète pas le vivant innove être vivant c'est précisément c'est intéressant donc voilà comment je réponds à ta question en gros voilà ce qui permet de comprendre comment on peut passer d'une certaine figure qui a la grandeur de la noblesse à tout d'un coup sa caricature oui Terek alors juste une contribution par rapport à ce que disait Jean par rapport à la caricature alors la caricature en tête sera la cause des causes de tous les mondes et on peut aussi ajouter la tene qui est la sédentarité je pense que je travaille dans ce qu'on veut sur la force de la santé que l'homme c'est en intérêt et Terek travaille dans les métiers de la santé et donc ce serait la cause des maladies qui est un facteur de mortalité
Cause-effet et sens-signe ; où placer la chute
1:49:42 dans le monde lequel facteur ? la sédentarité avant le tabac en fait j'ai repensé à ce couple au sens propre de ne pas bouger assez tu veux dire oui c'est ça d'accord d'accord je repensé à ce couple cause-effet de la science on disait que c'était moins important si donc en prenant sur la santé en fait on utilise souvent le couple cause-effet c'est-à-dire que la sédentarité c'est à la cause et on oublie de répondre à la question des essentiels qui en fait elle est simple qu'un ouvrier il a six ans de moins d'espérance de vie qu'un cadre alors qu'il est le plus actif voilà il bouge un peu plus même s'il y a des cas qui sont sur le matin j'ai un peu plus je suis stressé vous savez ceux qui font du vent dans les bureaux comme ça ils ne coûtent rien de la science du couple cause-effet qui est en fait prédominant même dans le domaine de la promotion de la santé qui est censé être enfin utiliser des sciences sociales et plus des sciences sociales que du couple cause-effet voilà je suis content parce que tu nous ramènes à mon passage du nord-ouest et puis en même temps on revient parce que je n'ai pas relancé chez Jean son histoire de l'agriculture je vais y revenir
1:50:52 oui alors très rapidement je conclue je conclue avec ça merci Thomas c'est que le passage du nord-ouest c'est essayer de faire un pont entre les sciences dures et les sciences humaines on est bien d'accord de faire des sciences humaines aussi rigoureuses même si c'est pas du tout la même rigueur j'y arrive dans la nature je rappelle dans les sciences dures c'est le couple cause-effet y égale f de x en gros qui est la formalisation de la causalité qui est déterminant dans les sciences humaines ça devrait être le couple sens-signe qu'est-ce que ça signifie et non pas quelle est la cause voilà je rappelle ce que j'ai dit sur la finalité tout à l'heure voilà et alors très rapidement pour Jean je ne voudrais pas non plus sacrifier c'est un problème de curseur il y en a qui le mettent au passage effectivement du nomadisme cueillette et de chasse dès qu'on a fait commencer à cultiver trois plants de manioc ça y est c'est le commencement de la fin du monde pour caricaturer un peu oui mais en fait le curseur se déplace tout le temps il y en a qui disent c'est la révolution industrielle qui a foutu la merde d'accord comme en musique tu sais il y en a qui disent que quand le piano est apparu c'est fini oui le clavecin mais oui il y en a qui disent mais non mais quand la polyphonie est apparu déjà au Moyen-Âge c'est foutu c'est la monodie le chant grégorien voilà bien sûr
1:52:04 mais comme par hasard la cueillette c'est le rêve du paradis terrestre où j'ai qu'à cueillir sans transformer merci beaucoup et bon appétit et bonnes vacances applaudissements