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Retrouvailles et exposition immersive Noir à Beaubourg
2:13 Comme je suis content de vous retrouver, l'interruption était un peu longue, plusieurs éléments sont conjugués pour étendre ce break que j'avais souhaité, mais un peu plus qu'il n'aurait fallu. D'une part, j'ai dû faire des contrôles de santé, je vous rassure pour l'instant, je vais dire, j'ai beau me plaindre, il paraît qu'il n'y a rien d'alarmant, je suis ravi de vous le confirmer.
2:57 Et puis, les vacances de Pâques se sont engreffées là-dessus, et voilà, il y a longtemps que je n'avais pas bougé, je n'aurais plus beaucoup d'occasion de bouger, donc j'ai fait un petit tour en province, et puis troisièmement, au moment où je pouvais de nouveau être disponible à Paris, c'est Pierre-Alain qui n'était plus, et heureusement pour nous, et pour lui, mais pour nous, parce que l'exposition dont je vous ai parlé vaguement a commencé, elle est ouverte au public à Beaubourg, ça s'appelle Noir, vous demandez à l'accueil, Noir, N-O-I-R-E, puisque c'est l'histoire, l'extraordinaire histoire, de cette fille afro-américaine, n'est-ce pas, qui refusait, en refusant de laisser sa place dans le bus à des Blancs à l'époque, où l'apartheid la plus innommable régnait, non pas en Afrique du Sud, mais chez les leaders du monde libre, n'est-ce pas, il n'y a pas si longtemps, a pratiquement ouvert la séquence, des fois douloureuse et dramatique,
4:12 mais magnifique, de l'émancipation de la lutte pour les droits, n'est-ce pas, on n'ose pas dire la minorité tellement qu'elle est nombreuse, et qu'elle forme un peuple seul afro-américain, voilà. Donc c'est une magnifique, mais surtout c'est une exposition, non pas de photos, de documents écrits, etc., mais une exposition holographique, hologramique, je ne sais pas comment il faut dire, immersive, n'est-ce pas, et j'en ai vu quelques-unes sur d'autres sujets, astronomiques, tout ça, mais aucun rapport, là vraiment, on est dedans, c'est extraordinaire, enfin, je ne vais pas faire la pub, j'allais presque dire pro-domo, tellement que Pierre-Alain, pour moi, est un proche, mais bravo à toute l'équipe, n'est-ce pas, et ne manquez pas d'aller voir l'exposition Noire, si vous voulez en savoir plus, allez donc sur le site de la société que Pierre-Alain anime autour de ses spectacles holographiques, qui s'appelle Novaya, N-O-V-A-Y-A, voilà, et vous verrez une très belle, un très beau site, je vais le faire rougir, là, mais je vais dire,
L'ouverture des Noces de Figaro : aller dans le monde
5:22 et après, qui ne pourra que vous inciter encore plus, et mieux que moi, à aller à cette exposition, mais ce qui fait que je n'allais quand même pas lui demander, d'être aux affres de cet événement si important, et en même temps, de venir s'occuper du montage de mes vidéos, voilà, tout ça a fait que c'était un peu long, et je suis d'autant plus content de vous retrouver, de le retrouver, de nous retrouver. Et oui, alors, je plonge immédiatement dans ce titre, et en commençant d'abord par le commencement de cette vidéo, c'est-à-dire l'introduction que vous venez d'entendre, enfin, le générique musical, comme il m'arrive souvent, qui n'était rien d'autre que la merveilleuse ouverture des noces de Figaro de Mozart.
6:22 Quelques petits rappels, une ouverture, il y en a qui ne le savent pas, donc, je pense à des jeunes surtout, qui ne sont pas habitués à ce répertoire, une ouverture dans un opéra, c'est la partie où on ne chante pas, c'est avant que le rideau ne se lève et que l'on voit une action scénique, c'est par, l'orchestre, donc, une séquence purement symphonique, où l'orchestre annonce un peu l'ambiance de ce qui va se passer lorsque le rideau va se lever. Et cette ambiance nous introduit au thème que nous allons traiter ce soir.
6:55 On a l'impression que dans cette incroyable ouverture, qui est d'une fébrilité, d'une alacrité que seul Mozart déploie en musique. Vous savez, comme les enfants quand ils jouent comme des fous, mais avec une maturité d'exécution, de construction, qu'on voit rarement aussi dans l'enfance, c'est ça le miracle, Mozart, c'est ça. Bref, on dirait que Mozart, tout au moins sur le thème, nous dit, oh là là, c'est merveilleux, on va dans le monde ce soir.
Se soucier du monde plutôt que de la terre
7:27 Enfin, on va au théâtre. Et qu'est-ce que c'est que le théâtre ? Sinon, le genre le plus mondain de la littérature. Et oui, je commence, n'est-ce pas, à décliner quelque sens, quelque connotation du concept qui va nous occuper. La mondanité, le monde, l'épithète de mondain, tout ça tourne autour d'un radical qui est le monde. Excusez du peu. Vous m'avez déjà entendu dire que je me soucie plus du monde que de la terre.
8:03 Et oui, ça scandalise les écolos. D'abord, parce que je ne suis pas parano, dans la paranoïa, il y a quand même la mégalomanie qui est la principale dimension de la paranoïa avec le délire de persécution. Ce sont les deux grands symptômes, qui définissent le syndrome, ensemble des symptômes, qui permet de diagnostiquer une paranoïa lorsque c'est prononcé à un niveau pathologique. Sinon, on est tous paranoïaques à nos heures.
8:35 Pourquoi j'ai dit que je ne suis pas un mégaloman ? En croyant que je peux, moi, me soucier de la planète. Mais la planète, elle sera là, même quand toute l'humanité, parce que l'humanité, elle n'est pas éternelle, enfin, sur Terre, telle qu'elle se déploie à sortir actuellement, si ça se trouve, elle ne pourra survivre qu'au prix d'émigrer dans d'autres planètes. Pardon de faire de la fiction, du space, ce que vous voulez, on ne sait jamais. Il peut y avoir, il peut y avoir, n'est-ce pas, une météorite, c'est arrivé 36 fois dans le passé, je ne vois pas pourquoi tout d'un coup, la nature est beaucoup plus impitoyable avec elle-même que l'homme, n'est-ce pas, je ne parle pas de la nature, en général, il ne s'en passe des cataclysmes, n'oubliez pas que la plus grande usine nucléaire de notre proche banlieue, c'est le soleil, quand même.
9:25 Donc, l'on ne peut plus dénaturer le soleil. on n'a aucune incidence sur la planète comme telle, elle peut changer, il y a une époque où il n'y avait que des volcans sur la planète, mais que des volcans, ça revient, ça pourra revenir, il n'y avait que de la glace, une époque au contraire, il n'y avait pratiquement que des déserts, il y a eu les pires des extrémités. On va se dire, Pagani, je croyais qu'on avait parlé de mondanité, on avait bien commencé avec Mozart, les perruques et tout, puis ça y est, il est parti dans sa diatribe anti-écologique.
10:00 Non, je ne suis jamais anti-écologique, je suis anti-écologiste. Ça, c'est des discours, l'écologisme. Par ailleurs, il y a des réalités, en dehors des discours, qui posent des problèmes quelquefois graves au niveau proprement écologique. Ne mélangeons pas. Donc, oui, je me soucie plus du monde. Le monde, c'est les relations entre hommes. Si on parle d'un monde romain, du monde des pygmées de l'Afrique centrale, c'est un monde, du monde des Indiens de l'Altiplano ou des hauts plateaux des Andes, n'est-ce pas ?
10:38 Ça, je prends des diversités spatiales, mais dans le temps, je peux dire, oui, je peux utiliser l'Empire romain, mais on peut dire le monde qui sert du décor au siècle des Lumières, le monde que constitue le siècle de Trianon, de Versailles, quand Versailles n'est plus le Grand Palais, mais les petites… c'est en phase avec la musique de Mozart qui est contemporaine à ça, les petits jeux de Colin Maillard à la ferme de Marie-Antoinette et les jeux et festoiements aux petits ou aux grands Trianon.
11:19 Tout ça, c'est des mondes et des mondes, ça suppose une constitution par l'homme. Alors, comment il faut en parler ? Là, je viens de… j'ai commencé par cette séquence qui correspond à l'ouverture des Noces de Figaro pour être en phase tout de suite avec l'acception, la signification la plus courante, la plus convenue de ce qu'on appelle la mondanité.
11:53 Je vais dans le monde ce soir. Vous avez remarqué tout de suite que si je dis que je vais dans le monde, ça ne veut pas dire que je vais dans un affreux petit boui-boui, n'est-ce pas, demander au zinc un verre de rouge ? Parce que là, je sors, mais ce n'est pas dans le monde. Le monde, c'est toujours un peu le grand monde. Je dis un peu à la mesure des moyens de chacun, n'est-ce pas ? Voilà. Bref, allez, chacun d'entre vous, chacun d'entre nous, a l'occasion au moins une fois, n'est-ce pas, d'aller se colter le monde.
Voltaire, Le Mondain et la Lettre sur le commerce
12:31 Alors, vous voyez, j'ai commencé par cet aspect léger que je connote un peu avec l'abus de Champagne qui est souvent, le Champagne est souvent au milieu de cette mondanité. Rappelez-vous, je crois que je l'avais déjà cité, oui, mais dans un autre contexte, de la manière dont Voltaire, un grand mondain, n'est-ce pas, un habitué des salons des XVIIIe siècle, pas un vagabond comme Rousseau, n'est-ce pas, qui fait l'école buissonnière, qui ne peut plus revenir chez lui parce qu'il s'est trop attardé à l'extérieur des murs de Genève, que les portes sont fermées quand il revient et que tout d'un coup, il est condamné à errer sur les routes, n'est-ce pas, avec des tas de métiers bizarres, parfois douteux, avant d'accomplir la grande carrière d'écrivain qui va faire sa gloire, même quand il aura une gloire littéraire quasi incomparable au siècle des Lumières, sauf peut-être avec des gens comme Voltaire, justement, même à ce moment-là, il sera toujours un peu en marge, n'est-ce pas, de ce grand monde qui l'aura fréquenté, mais dans lequel il ne se sera jamais
13:41 intégré, surtout qu'il ne l'intégrera jamais. Alors, oui, Voltaire, mais il a écrit un poème qui s'appelle Le Mondain, ça tombe bien, n'est-ce pas, non, ce n'est pas une caricature de quelqu'un qui est un pipeux avec des rubans, non, ce n'est pas le mondain dont on pourrait faire une caricature précisément, non, c'est, en fait, c'est celui qui incarne la pensée même de Voltaire, celui qui, oui, je commence à décliner, celui qui illustre le bonheur qu'il y a d'être dans le monde.
14:16 Je suis en train maintenant de passer du concept de monde et donc de mondanité, de mondain, à celui de bonheur qui vont être couplés. Et avant de vous dire la chute de ce texte, de ce texte magnifique, pas comme poète, Voltaire n'est pas un très grand poète, c'est un merveilleux écrivain, il n'est jamais aussi étincelant que dans ses contes, dans ses lettres, dans sa correspondance, dans le poème, il n'a pas le sens du grand lyrisme, même du petit, d'ailleurs.
14:46 Voilà, mais c'est bien tourné. Donc, plutôt que de vous donner un extrait de ce poème qui est un peu long, je vais vous citer la chute d'un texte qui est extrait de sa première grande parution, Les lettres anglaises. Parce qu'à l'époque, je fais des rappels, je ne peux pas m'empêcher sur mon côté prof, il faut transmettre tout ce qu'on ne transmet plus.
15:19 Non, je ne parle pas comme c'était mieux avant. Sur ce chapitre-là, oui, c'était mieux avant, dans les écoles. Sur ce chapitre-là, il y avait des choses qui allaient beaucoup plus mal. Alors, les lettres anglaises, ce n'est pas un hasard si c'est sa première publication, car au XVIIIe siècle, au siècle des Lumières, le modèle, c'est l'Angleterre. Le modèle des écrivains français des Lumières, ils regardent vers l'Angleterre, qui est un modèle économique où vient d'avoir lieu la révolution industrielle, où se développe cette bourgeoisie qui bientôt va accéder au pouvoir dans toute l'Europe et va prendre la relève de ce qui, depuis des siècles, tenait lieu de pouvoir, c'est-à-dire la féodalité aristocratique, la monarchie féodale, qu'elle soit absolue ou parlementaire.
16:07 Voilà. Déjà, au niveau économique, il y a ce modèle. Première nation commerçante de l'Europe, de l'Europe et première nation industrielle, ça c'est modèle économique, modèle politique, je viens d'y faire allusion, c'est une monarchie, mais pas comme en France où l'on gémit, je veux dire, la monarchie absolue, mais il y a une monarchie ou la formule célèbre de la monarchie parlementaire, le prince a les mains libres pour faire le bien et il a les mains liées pour faire le mal, parce que le parlement l'empêche de faire à peu près tous ses caprices.
16:50 Alors que la devise de France, c'est qu'à la fin de chaque décret, il pouvait ajouter « car tel est mon bon plaisir » comme seule justification. Ça a de la gueule aussi quand même. Enfin, voilà, je peux vous dire, c'est pas tout à fait le même modèle. Il s'agit de modèles de valeur. Modèle économique, modèle politique, modèle religieux, pour Voltaire, c'est important, la tolérance. Il y a une lettre sur les quakers, par exemple, il y a l'état de secte chez les protestants, comme les protestants s'est moins unifié politiquement que ne le sont les catholiques par l'autorité papale et vaticane.
17:24 Il y a aussi ce côté-là, d'où le pullulement des sectes, c'est l'inconvénient aussi, tout n'est pas blanc ou noir. dans les religions réformées. Voilà. Je vais un peu vite, mais ce sont des rappels. Pour toutes ces raisons, l'Angleterre est un modèle. Pour tous, pour Montesquieu, pour faire le voyage, pour aller à la rencontre de Hume, bref. Donc, et voilà que, dans les lettres anglaises, c'est des lettres comme ça, chacune a un sujet, lettres sur Newton, sur avouer, modèle scientifique aussi.
18:09 La considération dont jouissent, ce qu'on appellera aujourd'hui, les grands chercheurs scientifiques, la reine peut anoblir quelqu'un qui est de naissance roturière, mais qui, à cause des grandes avancées qu'il fait faire à l'humanité, mérite d'être anoblée, par exemple. Et puis, moi, je vous donne un extrait de la lettre qui s'appelle « Lettre sur le commerce », justement. Où il compare, n'est-ce pas, la morgue du grand seigneur français qui méprise le travail en général, et même, parce que le travail manuel, n'en parlons même pas, mais même que Rousseau réhabilitera dans l'Émile n'est-ce pas, mais même le travail du boutiquier, du marchand, du négociant qui est…
18:55 On retrouve un petit peu ça quand on dit « Oh, c'est son côté poujadiste ». Politiquement, on a raison d'être méfiant sur le mouvement qui s'appelle le poujadisme. Par contre, si ça désigne le petit commerce en général, c'est injuste. Donc, je laisse la parole à Voltaire parce que là, il est étincelant. En France, est marquis qui veut. Et quiconque arrive à Paris du fond d'une province avec un nom en Hac ou en Ile, « Chirac, Couve de Murville, pas beaucoup changé, bon, c'est pas votre génération, ça m'est quand même. »
19:38 Et quiconque arrive à Paris du fond d'une province avec un nom en Hac ou en Ile peut dire « Un homme comme moi, un homme de ma qualité est méprisé souverainement un négociant. » Je ne sais pourtant lequel est le plus utile à son pays ou un seigneur bien poudré qui sait exactement à quelle heure le roi se lève, à quelle heure il se couche, tout en se donnant des airs d'esclaves dans l'antichambre d'un ministre ou un négociant qui de son cabinet donne des ordres à surate ou au caire et contribue, alors attention, je reviens à mon propos, au bonheur du monde.
20:26 Voilà la chute. Regardez, la chute, regardez, elle est couleur d'or, le bonheur du monde, une énorme bulle de champagne. Oui, Voltaire, libéral dans l'esprit, il croit vraiment, n'est-ce pas, c'est sa manière à lui d'illustrer par avance la fameuse hypothèse du ruissellement dont nous attendons toujours l'expérience. On aimerait bien que ça ruisselle. En fait, on s'aperçoit que plus la richesse s'accumule, plus elle se concentre sur le 1%, vous savez.
20:59 Bon, en tout cas, elle ne s'accumule pas chez ceux qui la créent. Mais voyez, je retiens l'expression, la chute, c'est ça, elle contribue au bonheur du monde. le bonheur et le monde, c'est lié. Rappelez-vous, quand je distinguais des notions, oui, philosophie, c'est donner un sens plus pur au mot de la tribu, vous l'avez souvent dit, récemment, quand on a fait, merci à Philippe, quand on a fait la lecture à vif, de magnifiques extraits du texte de Mallarmé qui s'appelait « L'action restreinte »
Le bonheur suppose un rapport au monde et une durée
21:44 avant que ce soit conflit, eh bien, à l'intérieur, je vous avais demandé de distinguer, oui, c'est Mallarmé qui dit, le poète, c'est celui qui donne un sens plus pur au mot de la tribu, je referme la parenthèse à la référence à Mallarmé, et c'est là qu'on le voit, ce que veut dire ici la tribu, c'est le monde. Et le lien, il est là, n'est-ce pas ?
22:15 Pardon, c'est mon chat qui fait des bêtises. À savoir, j'ai parlé de la terre tout à l'heure, vous voyez que ça n'a rien à voir avec le monde, il ne peut y avoir personne, non seulement pas de monde, mais même pas une seule personne sur terre, et la terre continue d'exister, d'ailleurs, elle a existé beaucoup plus longtemps avant qu'il y ait du monde dessus, vous voyez, on peut jouer sur les mots tant qu'on veut, vous voyez bien que ce n'est pas la même chose quand on confond la terre et le monde, que nous devons nous soucier de la bonne marche du monde, n'est-ce pas, et non pas de la terre qui tournera, que le monde tourne bien ou mal.
22:52 Donc, voilà, lien entre le bonheur et le monde. Mais, pour le différent entre la terre et le monde, je ne reviens pas, c'est acquis, on a l'occasion d'y revenir, quand même, c'est un peu plus clair. Deuxièmement, le lien entre la notion de monde et celle de bonheur. Plusieurs fois, je vous ai fait distinguer, là aussi, donner un sens plus pur, distinguer dans les termes d'usage courant, n'est-ce pas, la paix, avoir la paix intérieure, qu'on peut avoir aussi bien en prison, en soyez tant que passant, le salut, enfin bref, tout ce qu'on peut confondre le bonheur, la béatitude des saints, après la mort, n'est-ce pas, auprès de Dieu, pour ceux qui y croient, pourquoi pas, n'est-ce pas, on n'est pas là pour trancher des problèmes assez complexes.
23:50 Et avec le bonheur, et je vous avais dit ce qui caractérise le bonheur par rapport, par exemple, par rapport au salut religieux, un siècle avant le siècle des Lumières, qui est hanté par le problème du bonheur, que de fois, je vous ai dit que le bonheur est la valeur qui réunit des gens aussi différents, voire opposés, diamétralement opposés que Voltaire et Rousseau, par exemple, n'est-ce pas, mais ils sont tous les deux d'immenses auteurs des Lumières parce que leur idéal, c'est ce quelque chose, disons-le maintenant, qui se réalise ici-bas, sans attendre l'au-delà, qui a un rapport nécessaire au monde qui est autour de nous, n'est-ce pas ?
24:34 Donc, différent aussi de la paix que je peux avoir en prison ou tout seul sur une montagne comme un yogi dans les Indes, ce qu'il faut respecter aussi, que la sainteté, si vous voulez, n'est-ce pas ? Je dis un yogi, mais ça peut être l'ermite, il y en a tellement en France de monastères qui ont été fondés par un saint qui a voulu se retirer du monde et se retirer quelque part dans une forêt, dans une grotte pourvu d'une source, en général, c'est souvent lié. Les origines du monastère, c'est souvent des sources.
25:04 C'est le minimum de ce qui était requis pour celui qui se retire du monde. Si tu bois cette eau, tu auras encore soif, mais de l'eau que je te donnerai, tu ne auras plus jamais soif. C'est parce que je vais vous citer un passage de l'évangile tout à l'heure, donc j'annonce un peu le ton. Donc, vous voyez, le bonheur a un rapport nécessaire au monde.
25:34 On vient de le voir. et mon thème, ce n'est pas le bonheur. Mon thème, pour l'instant, c'est le rapport du bonheur au monde que je suis en train de filer. C'est quand même le monde, le thème central aujourd'hui. Mais tout de même, pour le comprendre, puisque je le lie au bonheur, je rappelle que le bonheur, il y a deux éléments, il y en a plusieurs, mais il y en a deux essentiels quand vous oubliez les autres, par lesquels, vous ne pouvez pas vous tromper, qui caractérisent d'une manière spécifique, pardon pour la redondance, caractérisées, spécifiques, le bonheur, c'est qu'il a un rapport au monde, donc ce n'est pas la béatitude après la mort, ce n'est pas la paix intérieure, mais sans le rapport au monde, puisque je peux l'avoir en prison, donc le rapport au monde, mais aussi une certaine épaisseur de durée.
26:21 Sinon, on le confond avec, je n'ai rien contre, le plaisir, la jouissance. Mais ce n'est pas pareil, parce que là, c'est un peu plus évanescent. Elle peut être d'une intensité quasi infinie, la jouissance. Mais elle est évanescente, alors que le monde, le plus souvent, nos moments de bonheur sont décrits dans la narration romanesque à l'imparfait. On vous l'a dit en classe, ce n'est pas le mode, le temps, et le mode qui correspond les deux à la longue durée, ou alors à des choses qui se sont répétées.
26:55 Ce répéter suppose que ça a duré un certain temps, du temps que j'étais enfant, du temps que j'étais écolier, point d'aller à l'école à prononcer cette parole de peu que le cœur ne me fend. Comme dit Inoublié, Maman Villon, c'est son plus beau poème. Oui, la mémoire, la recherche du temps perdu est presque encombrée tout le temps par l'imparfait, qui est le temps où on se remémore des choses qui ont duré, qui ont donc laissé la trace mnésique, n'est-ce pas ?
27:27 Il y a deux choses opposées qui s'impriment dans la mémoire. La mémoire, c'est sélectif. Il ne faut pas croire que c'est une bande magnétique qui enregistre tout ce qu'il y a. Non, non, non. Ça, c'est nécessaire au positiviste, au science cognitive, ce que vous voulez. Non, non. Non, la mémoire est hyper sélective. Ça ne veut rien dire que quelqu'un qui a de la mémoire, ou qui n'en a pas. Moi, on me dit, oh là là, dites-donc, Pagani, vous avez de la mémoire quand je récite un texte. Oui, j'ai la mémoire des textes, et encore pas de tous. Un article du Monde, si je lis, je ne vais pas le savoir par cœur.
27:58 Par contre, certains extraits de poèmes ou de prose bien musicales, je le retiens beaucoup plus facilement. Je ne suis pas le seul. Mais par contre, j'oublie tout le temps, je ne sais pas, moi, mes clés, mon portable, voilà, je veux dire, ça ne veut rien dire d'avoir la mémoire ou pas. Ce n'est pas comme ça que se passent les facultés. Ce n'est pas en avoir ou pas. Alors, une épaisseur de durée, ça s'imprime, pour que ça s'imprime la mémoire, je reprends mon fil, c'est soit que ça s'est répété souvent, ça a duré longtemps, soit au contraire, que ça a été très court, mais avec une force et une violence qu'on appelle le trauma, en bien ou en mal, une grande joie, ou un grand malheur.
28:42 Joie, joie, pleure de joie, comme dit Pascal lorsqu'il a son illumination. Au sens quasi propre, puisqu'il parle de feu, tard dans la nuit. Et en grosses lettres, majuscules, au milieu de la page, un papier qu'on a trouvé dans son manteau quand il est mort, cousu, qui relate une illumination. Oui, si vous voulez le trouver, sur le net, ça s'appelle « Le mémorial », Pascal, « Le mémorial », document étonnant.
29:12 Alors, on voit mieux maintenant le rapport nécessaire que le bonheur a au monde. Et à l'époque de la Révolution française, par laquelle se conclut pratiquement le siècle des Lumières, de la Révolution française, surgit la merveilleuse figure, l'inoubliable figure de Saint-Just, qui va oser dire « Le bonheur est une idée neuve en Europe ».
29:42 Il n'y a pas le mot monde là, mais vous devinez qu'une phrase comme ça coïncide avec l'apparition d'un nouveau monde. Ce qu'on appelle le nouveau régime, le nouveau monde. Voilà. Donc, il y a bien un rapport nécessaire du monde au bonheur. Mais, vous me direz, mais attendez, mais le bonheur, le bonheur, ce ne correspond pas du tout à l'image au carton qui illustre la vidéo, avec la photo de cette bande des quatre.
Le monde est un théâtre : Shakespeare et Nerval
30:20 Je ne dis même pas leur nom parce qu'on les connaît trop. Il y en a plein qui vont me dire à juste titre. Pour moi, le bonheur, c'est tout, sauf l'obscénité de ces quatre personnages, n'est-ce pas ? Excusez-moi, je dois prendre les médicaments. Non. Eh bien, voilà. C'est ce que nous allons décliner tout au long de cet entretien.
30:56 Vous voyez, notre réflexion sur la mondanité va passer son temps à déplacer un curseur entre deux extrêmes. La mondanité au sens le plus péjoratif qui soit, on y était, et la mondanité, et je reviens au début à ce générique à Mozart, à cette joie enfantine et totale d'aller s'amuser ce soir en allant au théâtre, au théâtre du monde.
31:32 Si vous connaissez un peu la littérature espagnole, le théâtre del mundo. Vous mettez ça au teatro del mundo en espagnol. Et Wikipédia, vous verrez que le monde est un théâtre. Et oui, rapport nécessaire du monde au bonheur, n'est-ce pas ? Et maintenant, du monde au théâtre. Je vous ai dit, c'est le genre le plus mondain de la littérature, le théâtre. All the world is a stage.
32:02 Men and women merely players. Tous les écoliers anglais connaissent cette récitation extraite du « As you like it » comme il vous plaira de Shakespeare. Merveilleuse comédie qui se passe dans un merveilleux monde hors du monde. Hors du monde, je joue sur le mot, c'est pour vous montrer quel point c'est problématique. On est là pour ça, cette notion. Hors du monde, on est en dehors des villes. Toute la pièce, presque toute la pièce se déroule entre des personnages plutôt aristocratiques en gros, mais qui n'ont pas l'air parce qu'ils sont tous déguisés en gens du peuple, parce qu'ils ont des problèmes politiques, ils ont été un peu chassés de leur pouvoir et ils sont presque en train de pique-niquer tout le long de la pièce au bord de rivières.
32:46 C'est pour ça que j'ai dit que c'est un monde en dehors du monde, un monde bucolique, si oui, c'est pas merveilleux comédie. Bon, comme ce n'est pas notre sujet, je reviens à ce qui nous intéresse dedans, c'est cette récitation, enfin cette récitation qui est devenue, un extrait qui est devenu une récitation pour tous les écoliers de sa majesté. Le monde entier est un théâtre. All the world is a stage est une scène où les hommes et les femmes, qu'ils le veuillent ou non, en sont les acteurs.
33:24 L'investissement d'un Gérard de Nerval sur le théâtre, le rêve qu'il a eu toute sa vie d'avoir la gloire par une pièce comme avait fait avec, et quel succès, ses amis de jeunesse, Alexandre Dumas, Hugo, ce rêve qu'il avait de triompher au théâtre, c'est parce que quand vous avez le succès au théâtre, aujourd'hui, ce serait au Festival de Cannes, vous avez la reconnaissance, vous avez une foule qui vous acclame, parce qu'on peut être un génie, on peut être un peintre de génie, avec des tableaux que personne n'expose et mettre des chefs-d'œuvre absolus qui ne seront reconnus que plus tard dans une soupente, au septième étage, enfin maintenant ce serait au trente-cinquième, je n'en sais rien, n'est-ce pas, d'un taudis, un immeuble dans lequel il y a le taudis du peintre.
34:15 on peut être un musicien de génie et être très peu joué, mais le théâtre, je ne peux pas me faire une pièce de théâtre chez moi tout seul, comme regarder mes tableaux ou jouer mon étude de piano, c'était un chef-d'œuvre, il n'y aura pas d'applaudissements quand j'aurai fini.
34:46 J'en parle parce que ça a joué un rôle dans sa folie, quand on regarde la chronologie, les efforts qu'il a fait à la suite de là où il est allé le plus loin dans le théâtre en écrivant L'Imagier de Harlem, espèce d'essai sur quelqu'un qui aurait inventé l'imprimerie au 16e siècle. Sa raison n'a pas résisté à la tension que ça représentait pour lui à cause justement de la force mondaine de cet enjeu, se faire reconnaître au théâtre.
Le prince de ce monde et la femme au centre du mal
35:26 Rapport nécessaire de la mondanité du monde au bonheur, du monde au théâtre, au théâtre du monde, puisqu'on vient de voir que le monde était un théâtre, une scène dit Shakespeare. Et je vous ai dit qu'on va le décliner entre ces deux extraits. Alors on a vu le côté positif de la notion de monde, un monde heureux, une notion qui est commune à Voltaire et à Rousseau, celle de bonheur, qui suppose un monde, une collectivité, que je ne suis pas tout seul, je répète un peu ce que je viens de dire pour le résumer, pour mieux faire comprendre maintenant le contraste avec l'antithèse.
36:07 C'est que le monde peut être, alors j'en arrive à la photo, n'est-ce pas, incarner tout ce qu'il y a de pire. Et là, comment trouver une meilleure illustration que dans, peut-être, les passages les plus beaux de l'Évangile, par exemple, dans l'Évangile de Jean ? C'est pour ça que j'ai mis de la passion du Christ à la bulle de champagne. Pourquoi la passion ? Parce que la passion, elle commence pratiquement, bon, bien sûr, c'est lié au vendredi, samedi, dimanche, vendredi saint, le week-end de Pâques, mais enfin, la dernière soirée avec ses disciples, juste avant que la passion, au sens vraiment de recevoir des coups et de porter la croix, ne commence, c'est le jeudi saint, le dernier entretien avec ses disciples, sans doute le plus long entretien de Christ avec ses disciples, et dans lequel revient d'une manière quasi obsessionnelle si je peux me permettre, une expression comme « Le prince de ce monde vient, mais il est déjà vaincu, car son essence est mensonge. »
37:15 C'est que le monde, c'est aussi le royaume du non-dit, du mensonge, et là, vous voyez, Clouscard a admirablement joué sur l'ambivalence que je viens de faire apparaître. N'est-ce pas ? Je dis ça parce que je me suis assez souvent inscrit en contre vis-à-vis de cette tendance à la récupération droitière de Clouscard, qui ne voudrait retenir que le monde au sens péjoratif.
37:45 Le monde, c'est que les partouzes, c'est la bourgeoisie ou les riches, bon, comme si c'était si simple. Et puis comme si, après tout, les histoires de mœurs, je suis ravi, n'est-ce pas, non pas que la femme trompe son mari, mais de ce qui se passe dans les meules de foin en pleine paysannerie, là, on n'est pas chez les riches, mais dans le temps, n'est-ce pas, pour faire un petit break au milieu du travail harassant des champs à l'époque, ce qui se passe là, non seulement ne me regarde pas, mais si même j'arrivais à le regarder, eh bien, je ne vois pas pourquoi je serais fâché.
38:27 C'est leur affaire, quand même. Et c'est que ce regard de censeur, de quel droit on intervient dans ce que les hommes et les femmes font, ou les femmes entre elles ou les hommes entre eux, depuis dix mille ans. Basta, qui ne fait mal à personne. en soi, je veux dire, ce n'est pas le plaisir qu'ils éprouvent qui est un mal. C'est ça, la République, non ? C'est de se... avoir le droit de se procurer tout le plaisir qu'on veut pourvu que ça ne fasse de mal à personne. Soyons clairs.
38:59 Non, non, Clouscard, ce n'est pas ça. C'est le monde dans toute son acception qui peut osciller, justement, selon la gestion politique dont il est l'objet, puisque je vous ai dit que ce qui distingue le monde de la Terre, c'est les rapports humains. Ce n'est pas notre rapport à la géologie, au climat. C'est notre rapport des hommes entre eux, des êtres humains. Et oui, si je précise être humain, ce n'est pas parce que j'ai peur de recevoir un coup des féministes, féministes, on n'est pas dans ce terrorisme.
39:32 Non, non, non. C'est qu'effectivement, ça pose un problème de genre, l'histoire du monde. Parce que si on regarde bien avec cette critique puritaine que je suis en train d'esquisser, celle qu'on impute à Clouscard, et dans laquelle on voudrait l'enfermer, le monde, aller dans le monde, c'est-à-dire dans un lieu où il se passe des choses douteuses, condamnables, sulfureuses, telles que l'illustre très bien la photo de la bande des quatre, n'est-ce pas ?
40:06 Et si je m'inscris en contre, c'est précisément parce que cette acception-là du monde tourne toujours autour de la femme comme figure dans le récit. Puisque, j'allais vous citer l'Évangile, regardez dans l'Apocalypse, n'est-ce pas ? Les descriptions de la bête, la bête de l'Apocalypse.
40:37 La femme joue un rôle central dans la description de la bête. Elle est tombée, Babylone, elle est tombée, Babylone, la fière, vous voyez ? Il y a déjà une critique écologique. Ce qui est tombé, c'est la ville avec ses stupres, comme si la campagne était pure et que la ville était impure. méfiez-vous des Khmer rouges, des soi-disant Khmer rouges qui, vous le savez, quant à moi, je les appelle les Khmer verts, qu'à leur première grande action, la plus mortelle, c'est quand ils ont fait vider Phnom Penh, la capitale du Cambodge, n'est-ce pas ?
41:18 Vider, c'est sans précédent, ça, une ville millionnaire, n'est-ce pas ? pour aller s'occuper de récolter le riz, ça va leur faire les pieds, les travaux sains, ces gens qui avaient été formés non pas dans le communisme maoïste, même si les gardes rouges et la Chine, à certains maos qui avaient perdu le pouvoir à l'époque et qui voulaient le reconquérir grâce à des gamins de 14 ans qui braquaient avec des Kalachnikov, des anciens compagnons mao qui avaient fait la longue marche, mais c'est une autre histoire.
41:48 Vous voyez que je ne suis pas ni pro ni anti-Chinois, chacun sa Chine, chacun sa France. Pétain n'est pas moins français que de Gaulle, mais on choisit la France qu'on aime, et laquelle on veut s'identifier, je le dis à ceux qui confondent souverainisme et identitarisme. Moi, je suis pour une France souveraine, mais je n'enferme pas la France dans une identité que j'exècre. Il y a une autre identité de la France, c'est celle pour laquelle ça vaut le coup de se battre.
42:20 Voilà. Une certaine idée, comme disait l'autre. Donc, vous voyez, oui, ce n'est pas simple, mais heureusement que ce sont des notions sur lesquelles on s'écharpe. Donc, ça vaut le coup de simplifier en regardant de plus près, car la complexité, elle apparaît au premier regard, n'est-ce pas ? Quand on commence à lever le voile, et quand on regarde de près, ce n'est pas si compliqué. Il faut regarder bien. on est en train, n'est-ce pas, de commenter la deuxième grande acception après la mondanité comme émancipatrice, le bonheur, n'est-ce pas, la bulle de champagne, pour la mémoriser dans cette image emblématique, a au monde comme lieu de perdition avec au centre la femme.
43:13 Je vous ai donné l'exemple de la bête de l'apocalypse, mais je vais y revenir, à l'écriture sacrée, mais même en dehors, regardez dans l'opinion politique, regardez ce que j'appelle moi le syndrome de Marie-Antoinette. Je ne défends pas, je suis du côté des révolutionnaires, pas de la famille royale, mais enfin, c'est un peu injuste de s'en prendre toujours, plus encore qu'au souverain, dont on conteste la légitimité à juste titre, on s'en prend encore plus à son épouse, comme si elle concentrait, n'est-ce pas, tout le mal qu'il y a dans le régime politique.
43:58 Il ne faut pas exagérer. Et je le dis aussi pour Brigitte Macron, mais oui, je vais en scandaliser. Je ne suis pas en train de prendre sa défense. Je prends sa défense contre ces attaques-là. Ce n'est pas qu'il attaque en tant que femme, en tant que... Je m'arrête là, parce que c'est tellement obscène ce qui se connotent avec ça. Il y a suffisamment de passifs politiques dans le profil de ce genre de personnage pour qu'on n'en rajoute pas avec ce qui n'est pas politique, ce qui ne doit pas l'être et qui l'a fait.
44:29 Privé. J'ai assez parlé, n'est-ce pas ? J'ai assez reproché à Créon, n'est-ce pas, d'empiéter sur le domaine privé en s'occupant de la manière dont il faut enterrer les morts, ce qui est l'affaire de la famille et des proches et du privé. Là, le public n'a pas à s'en mêler. J'ai assez insisté là-dessus pour qu'on comprenne ce que je veux dire, qu'on foute la paix à la personne privée et qu'on dénonce toutes ces vices politiques.
Le mensonge à soi-même : la septième Élégie de Duino
44:59 Il y a de quoi faire. Je referme cette parenthèse. Vous voyez que la femme est toujours un peu au centre. Je reviens au texte évangélique à partir de cette incursion dans le syndrome de Marie-Antoinette auquel je tenais, parce qu'il faut essayer d'être équitable, pour parler d'un autre exemple où la femme est au centre dans l'évangile du mal. En gros, c'est précis, ce n'est pas le mal au sens vague.
45:29 Vous avez vu ? Non, vous l'avez entendu, mais vous avez déjà oublié. Le prince de ce monde vient, c'est le diable, et son essence est mensonge. Le mal est défini dans le christianisme comme mensonge. L'essence du mal. Pourquoi pas ? Ça me semble un peu disproportionné, diront certains. Le gamin qui dit « Ce n'est pas moi qui mangez les bonbons, ce n'est quand même pas un monstre. »
46:02 Bien sûr que non. Vous voyez, il faut interroger la notion de mensonge, puisqu'on parle du monde, de mensonge du monde. « Ah non, ce n'est pas ce mensonge-là. » Alors, c'est quoi ? Que veut dire ? Ils ne sont pas idiots dans l'Évangile. Ils sont excessifs, tout ce que vous voulez, on peut contester, mais ils ne sont pas bêtes. Pourquoi ? Le Christ est dit « Le prince de ce monde vient » et son essence est mensonge. C'est que c'est. Ce n'est pas le mensonge du gamin, c'est le mensonge à soi-même.
46:38 Ce que Sartre appellera la mauvaise foi si on doit décliner pour montrer quelques espèces de gens mensonges au sens évangélique. C'est quand je ne veux pas savoir. Je veux vous lire un extrait d'une élégie de Rilke, les grandes élégies de Duino, il y en a dix. Je vous lis un extrait de la septième. Les premières sont un peu encore sous le coup de la crise qu'il a subie, de la déprime, et puis la septième, c'est le changement de ton, c'est le salut, il retrouve la fécondité littéraire, je passe, ce n'est pas un autre sujet, mais c'est pour comprendre le contexte.
47:18 « Hiersein ist herrlich. » Je le retrouve même. Voilà. Oui, pardon, je parle l'allemand. « Hier sein » « Être ici. » « Hier » comme en anglais. « Sein » « Être ici. » « Ist herrlich. » « Herr » « C'est le maître, le seigneur. » C'est le mot de maître par rapport à « Esclavherr. » « Hier sein » « Être ici. » « Où ? » Dans le monde, justement. Exister.
47:48 « Être ici est une splendeur. » « Vous le saviez, jeune fille, vous aussi, qui sembliez misérable, engloutie » Il parle des prostituées. « Vous qui, dans les plus affreuses ruelles des villes, étiez à la déchéance ouverte. » « Qu'apport chacune. » Oui, vous aussi, vous savez que « Être ici est splendide. » Mais qu'est-ce qu'il est en train de dire ? Alors qu'il montre un monde de malheur, de misère.
48:18 Car pour chacune, c'est admirable, il fut une heure, peut-être moins d'une heure entière, une durée à peine mesurable avec les aiguilles d'une horloge. Entre deux instants où chacune eut une existence, toutes les veines pleines d'existence. Un monde bonheur. Mais nous oublions si facilement. Voilà, voilà, voilà le mensonge du monde.
48:49 Regardez, ce que je ne veux pas savoir. Mais nous oublions si facilement ce que le voisin rieur, pardon, ce que le voisin moqueur, c'est pareil, enfin, c'est pas le même rire, ce que le voisin, mais nous oublions si facilement ce que le voisin moqueur ne nous confirme pas ou ne nous envie pas. Ah, là, on a fait un pas en avant dans ce que Clouscard, d'une manière vertigineuse, a déroulé avec ce concept qui est le plus important des avancées clouscardiennes.
Le poids du mondain et la privation de savoir
49:26 Enfin, le plus clouscardien, disons, le concept le plus clouscardien, parce que c'est pas plus important que les rapports de production et les forces productives qui reviennent souvent sous sa plume. Mais ça, c'est pas des concepts propres à Clouscard. Ça, c'est sa continuation de Marx, par exemple. Mais par contre, son insistance mise sur le mondain, pourquoi la lutte des classes se perpétue ? Pourquoi elle dure si longtemps ? Pourquoi c'est si difficile ? Parce que ce qui pourrait, en s'unifiant, se libérer de la classe dominante, ce qui pourrait s'en libérer, pourquoi ils ne se libèrent pas de l'idéologie dominante ?
50:01 Pourquoi ils sont pénétrés par l'idéologie de ceux qui les dominent alors que c'est même pas dans leur intérêt ? À cause du poids du monde. Et là, on le voit. C'est pour ça que je tenais à traiter ce concept. Pour ceux qui trouvent que le capitalisme, qui attendent le grand soir tous les soirs, mais qui deviennent impatients, « Ben oui, il y a de quoi ! » Je répète, pour me faire comprendre la pression du monde, c'est-à-dire ce qui n'arrive même pas à rentrer dans ma pensée, dans ma conscience, parce que je ne veux pas être le seul à penser ça, je veux penser ce que le monde dominant pense, je ne veux pas être tout seul à penser l'impensable.
50:43 Être ici est une splendeur. Vous le saviez, jeune fille, vous aussi, qui sembliez misérables, englouties dans les plus affreuses ruelles des villes, à la déchéance ouverte, car pour chacune d'entre vous, il fut une heure, peut-être moins d'une heure entière, une durée à peine mesurable avec les aiguilles d'une horloge, entre deux instants, où chacune d'entre vous eut une existence entière.
51:14 Les veines, pleines d'existence, c'est généreux, n'est-ce pas, d'accorder ça à ce que le monde, au sens péjoratif, appelle, les gens bien, appelle des filles perdues. Non, là, chacune, il aurait été accordé d'avoir les veines pleines d'existence, n'est-ce pas ? Mais, nous oublions si facilement, c'est pour ça qu'on ne reconnaît pas à ces filles, la dignité, n'est-ce pas ? Nous oublions si facilement ce que le voisin moqueur ne nous confirme pas ou ne nous envie pas.
51:50 C'est ce monde-là, celui du mensonge, mais maintenant, si je peux me permettre, j'essaie d'aller un peu au-delà de la vision morale de l'Évangile, une vision un peu plus politique et sociale, de ce en quoi le mensonge est effectivement le mal suprême. Là, c'est bien vu. Rimbaud, il savait que la théologie, c'est sérieux. À savoir que ce n'est pas n'importe quel mensonge, le mensonge du monde dans ce qu'il a d'obscène, de criminel, de semblant.
52:32 Ce qui le caractérise, ce mensonge-là, à la différence, je me répète exprès, parce que c'est important, de l'enfant qui dit « mais ce n'est pas moi qui volais les bonbons, alors qu'il en a encore le goût de framboise ». C'est que c'est le mensonge à moi-même, la privation de savoir, de connaissance. Le concept de privation. Aristote nous a habitué, enfin nous a habitué, il faudrait bien que ce soit une habitude, à initier la distinction de la privation et de la négation.
53:10 Ainsi, on dira qu'un aveugle est privé de la vue. Pourquoi ? Parce que dans la définition de l'homme, la vue fait partie des qualités qu'on est censé avoir. Qu'est-ce censé avoir l'animal humain ? Il a la vue. S'il ne l'a pas, suite à un accident ou de naissance, peu importe, c'est une privation. Alors que dans le livre, la vue est une négation. Il n'y a pas la vue prévue, pas dans les attributs du livre. Il est fait pour être vue, mais pas pour voir.
53:40 Oui, distinction de... Eh bien, là, c'est une connaissance, un savoir que je pourrais avoir. Que ces filles ne sont pas des salopes, comme dit le réactionnaire. N'est-ce pas ? Il y en a, il y en a, mais ce n'est pas nécessairement les pauvres... les pauvrettes qui attendaient les maris à la sortie de la messe, il n'y a pas si longtemps, le dimanche, dans les campagnes.
54:11 Les gens de biens, les petits bourgeois, les petits propriétaires qui les attendaient à la sortie de la messe pendant que les femmes, les épouses, préparaient le rôti à la maison. Eh oui, renseignez-vous. C'était connu. C'est pas ça l'essence du mal. C'est pas elles et les monstres. Mais je ne veux pas être de leur côté. Parce que le monde, le monde du pouvoir, le monde du dominant, ah, c'est celui-là, c'est quand ma pensée est gouvernée par le monde de la domination, moi, dominée, que je suis menteur au sens qui est dénoncé par l'évangéliste.
54:50 Voilà. Alors, je tenais à faire ce développement pour vous montrer que ce n'est pas par légèreté que j'ai choisi ce concept de mondanité. Je fais un petit palier parce qu'on a vu des choses importantes. Je suis sûr que ça donnera de la matière à vos questions, en tout cas, à vos questionnements pour ceux qui n'osent pas questionner en public, vos propres questionnements pour vous-mêmes.
Swann chez Madame de Saint-Euverte
55:29 Mais, j'ai tenu à prendre ce concept qui semblait au départ la mondanité. Je ne sais pas, ça aurait pu être tenu. Je vais vous lire la mondanité au sens courant. Je vais dans le monde ce soir. Je reviens un peu à mon début, mais en l'illustrant alors avec un super passage, n'est-ce pas ? Vous savez, j'ai déjà souvent cité ce passage où Swann est coincé dans une mondanité. Swann, Swann qui représente un peu Proust, un petit peu l'auteur, un peu, pas seulement, Swann est encore plus aristocratique que Proust.
56:09 Proust s'idéalise un peu dans le personnage de Swann. il fréquente carrément le prince de Galles qui a pu arriver à Proust. Il était une famille très riche, il fréquentait le très grand monde, n'est-ce pas ? La princesse de Polignac. Mais, là, je pense à la soirée où Swann est invité chez Madame de Saint-Euverte, un passage que je vous ai lu 36 fois, pour illustrer le retour des souvenirs, n'est-ce pas ? Parce qu'il est en pleine crise, n'est-ce pas ?
56:42 Il sent que, comment ils disent, les jeunes maintenant, comment vous dites, c'est mort, quand c'est mort. La passion de ma vie, tout d'un coup, je découvre que c'est mort. Chacun a connu ça. Tant qu'on n'a pas connu ça, on est un être humain qui n'est pas encore tout à fait mûr, qu'on soit homme ou femme. Je le dis pour ceux qui croient qu'ils vont mourir, non. Stirb und werde, comme disait Goethe, meurs et deviens. Deviens mûr. Il y a des morts plus graves. que celles d'un chagrin d'amour. Mais, oui, mais, et donc, à ce moment-là, n'est-ce pas, un seul être vous manque et tout est dépeuplé, comme dit, n'est-ce pas, Lamartine dans Ce vers immortel.
57:23 Et là, il est au milieu du monde et il a envie de partir de cette soirée, mais il ne peut pas parce qu'il est bien élevé, on est dans le monde, il faut être courtois et que les musiciens, ce ne sont pas des chaînes hi-fi à l'époque, attention, je ne prends même pas du son de l'ordinateur parce qu'il y en a qui croient qu'ils écoutent à 3 watts sur un ordinateur. Vous imaginez 150 choristes et 200 instrumentistes sur 3 watts. Bon, bref, mais ce n'est même pas une chaîne hi-fi, c'est pas, fut-elle fidèle et hautement fidèle ?
57:53 Non, non, c'est carrément des musiciens. On pouvait demander aux meilleurs pianistes de l'époque, que de fois Chopin a été, n'est-ce pas, à animer des soirées où Liszt, n'en parlons pas, qui était une bête de scène, ou un quatuor, c'était le cas où, comme dans la soirée, dont il y a des questions ici, une sonate pour piano et violon, où ils vont jouer la petite phrase qui tout d'un coup va empêcher Swann de partir parce que cette phrase va lui rappeler les meilleurs moments de son amour, cruellement, impitoyablement, comme il dit l'auteur.
58:27 Mais ce n'est pas ça. Je vais lire la partie sur laquelle je m'attarde pas souvent en lisant ce passage, c'est justement les gens qui sont là et qui n'ont même pas la profondeur du chagrin de Swann. Au moment où il veut partir, j'enchaîne avec la parole de Proust, mais le concert recommença et Swann comprit qu'il ne pourrait pas s'en aller avant la fin de ce nouveau numéro du programme. Il souffrait de rester enfermé au milieu de ces gens, voilà le monde sans se mensonger, dont la bêtise et les ridicules le frappaient d'autant plus douloureusement qu'ignorant son amour, incapable, s'il l'avait connu, mettons qu'il soit au courant, oui Swann, il s'est fait planter, il va bien en ce moment, incapable, s'il l'avait connu de s'y intéresser et de faire autre chose que d'en sourire comme d'un enfantillage ou de le déplorer comme une folie, il le lui faisait apparaître sous l'aspect d'un état subjectif qui n'existait que pour lui.
59:31 dont rien d'extérieur ne lui affirmait la réalité, il souffrait au point que même le son des instruments lui donnait envie de crier, de prolonger son exil dans ce lieu où Odette ne viendrait jamais, où personne ou rien ne la connaissait, d'où elle était entièrement absente. Et c'est là que les musiciens ont attaqué la petite phrase sublime, n'est-ce pas, qu'il va lui rappeler les meilleurs moments de son amour avec Odette, mais soudain ce fut comme si elle était entrée et la suite je vous l'ai dit assez souvent.
1:00:04 malgré la tentation, n'est-ce pas, mais ce serait une digression impardonnable, je laisse ça là parce que là on sort du monde. on sort du monde au sens péjoratif et on rentre dans ce que le monde a produit le plus beau, n'est-ce pas, les plus beaux moments de la musique. Je rappelle simplement la fin de cette longue, longue, ces longues pages parmi les plus belles de toute littérature, n'est-ce pas, où Proust dit en quoi ses phrases musicales, puisqu'il parle de la mort à ce moment-là, il est grave, et on voit sa lucidité, il dit peut-être retournerons-nous au néant et que c'est le néant qui est le vrai, vous voyez, hypothèse totalement athée, matérialiste, mais alors il faudra que ces petites phrases de musique, de manière générale les chefs d'œuvre de l'art et spécialement de la musique, ne soient rien non plus.
1:00:58 Nous mourrons, je vous le cite là, nous retournerons au néant, mais avec elle, avec ces petites phrases, la mort a quelque chose de moins amer, de moins inglorieux, peut-être même de moins probable. Donc vous voyez que le monde peut signifier de choses tellement opposées. Je ne veux ni être du côté de ceux qui montrent le péché dans lequel se vautre le monde, n'est-ce pas ?
Droit à la jouissance, droit au bonheur, et le mot d'Occident
1:01:29 Fus-ce celui des riches que je dénonce, mais pas parce que les femmes et les hommes se font des concessions mutuelles. n'est pas ça qui me dérange. C'est pas ça qui me dérange dans leur domination. Et au contraire, je souhaite que beaucoup de ceux qui souffrent accèdent à la jouissance. Le droit à la jouissance, voilà, qui est le premier pas pour commencer à ouvrir bien au-delà encore le droit au bonheur, qui est encore une idée neuve dans le monde.
1:02:08 Et je ne le dis pas en Europe cette fois parce qu'il y a toute une partie du monde qui frappe à la porte de l'Europe. Vous savez que je n'aime pas le mot d'Occident. Jamais on l'a autant répété qu'en ce moment. La Chine, la Russie, ils rendent des fils l'Occident. C'est incroyable. Mais qu'est-ce qui se cache derrière ce mot qui a disparu depuis qu'on sait que la terre est ronde ? Si vous voulez, l'Ouest, enfin quand même. Je vous ai déjà dit que la Russie était à l'Ouest des États-Unis. Eh bien oui, quand vous êtes en Alaska, à votre avis. Vous faites un petit kilomètre là vers l'Ouest et hop, vous tombez en Russie.
1:02:42 Oui, mais ça va, enfin, n'est-ce pas, ça va, le monde, c'est bien ce que ça veut dire. Ça veut dire les grands pays industriels. Le Japon, c'est l'Occident. L'extrême-Orient, c'est l'Occident. Vous voyez, c'est bien Socrate. C'est Socrate qui nous a appris à dénoncer les mots de la tribu et donc à en chercher de plus pur. Ah ben, écoute, c'est les Européens. Le leader de l'Occident, il paraît que c'est les Américains. C'est pas l'Europe. Vous voyez, on finit par les rendre fous nos adversaires quand on est précis comme ça.
1:03:16 C'est quoi les Occidentaux ? On ne le trouvera pas parce que ça désigne quelque chose qui n'existe pas, qui n'existe pas géographiquement. Ça veut dire le capitalisme. Ça, c'est un gros mot. on l'a déjà dit, je crois que je l'avais signalé. Un ancien employeur privé, puissant, comme je suis un grec, j'ai rarement été si bien payé. Le vouer à la vindicte, mais quand même, j'avais dit, ça, c'est assez typique quand même du fonctionnement capitaliste.
1:03:49 On m'avait dit, vous savez, on n'aime pas trop ce mot-là. Chez nous. Mais oui, pour ne pas le dire, on dit l'Occident. Et puis, on crée, mais c'est grave parce que ça peut faire des millions de morts. On crée des luttes, des chocs des civilisations. Quelle arnaque, n'est-ce pas ? Quelle arnaque. Voilà. Donc, le monde, la mondanité, le mondain au sens clouscardien, si vous voulez ne pas faire de contresens sur Clouscard, eh bien, et là, je le dis pour la première fois depuis le début de cette séance, vous réunissez toutes ces significations, les pires et les meilleurs.
Premières réactions et la revue Faites entrer l'infini
1:04:36 Vous récapitulez ce mouvement, vous laissez ce curseur en mouvement pour être équitable. N'est-ce pas ? Et, je vais peut-être demander à Pierre-Alain à partir de maintenant parce que je vois qu'il est bientôt, ah ben oui, quand même, que je ne vais pas prendre trop sur votre sommeil et je voudrais bien voir si des questions ont commencé à voilà.
1:05:17 Ah ben oui, il y en a pas mal quand même. Oh, comme je suis content. Pardon, ça c'est personnel, hein. Mais, je suis content de voir qu'il y en a qui sont contents qu'on se retrouve, n'est-ce pas ? Mais, votre serviteur n'est pas le dernier à être content, je vous le dis. Que ferais-je sans vous ? Alors, je vois quand même qu'il y a des connaissances que je suis toujours heureux de retrouver. Commencez, je commence parce que c'est la première, Raoul Leboeuf, qui doit sans doute commenter la photo de la bande des quatre puisqu'il dit quoi ?
1:05:55 On les appelait cul et chemise, les deux à gauche. Bon. Alors, vous savez, je ne mange pas trop de ce pain-là, je ne le répète pas. Même si je comprends que ça induise ça, mais on est toujours au bord de l'injustice, c'est-à-dire quand on dénonce ce qui n'est peut-être pas le plus dénonçable, pardon pour le barbarisme, dans ce qui est le plus dénonçable. Là, je suis d'accord. Alors, Pierre, je ne sais pas si c'est l'un ou l'autre parce qu'on en connaît plusieurs, mais de toute façon, ce sont tous d'excellents amis, que ce soit Bettinelli ou Soubial ou d'autres, et je suis ravi de leur répondre bonsoir comme à l'irremplaçable Laurent Angot, dont j'aimerais bien inviter, j'en profite Laurent si je peux me permettre de te dire que j'aimerais bien qu'on fasse un jour une séance à partir d'une problématique que tu nous proposerais.
1:06:57 Voilà, je referme. C'est dit devant témoin. Bonsoir à tout le monde, à Sébastien, que je suis heureux de retrouver bien sûr, Clau Missy, qui avait fait des interventions si précieuses pour nous faire comprendre bien des choses, et Frédéric Pignot, et mon ami Claude Gallier, que je vais revoir bientôt, je ne l'oublie pas, loin de là, Ah ! Si j'avais encore plus de camarades comme lui, ça c'est les camarades.
1:07:31 Vous savez, c'est grâce à Claude Gallier que j'ai pu, à bon sens, les ont disparus. Ah oui, parce que j'ai mis de nouvelles choses, oui, il faut que je vous explique quand même. Oui, je pensais à la revue que je vous avais montrée l'autre fois, FED, ah ben les voilà, attendez, non, excusez-moi, j'ai fait du rangement, je vais trouver ça, Faites entrer l'infini, vous savez, ce qui est une revue consacrée, n'est-ce pas, au couple, à Aragon et à Elsa, et à leur œuvre et au monde dans lequel ils ont vécu, c'est le cas de le dire, n'est-ce pas.
1:08:18 Et c'est Claude Gallier qui a eu l'immense amitié et camaraderie de m'offrir un abonnement à cette merveilleuse revue pour laquelle je ne saurais trop insister sur le bonheur que vous auriez à vous y abonner. Voilà, faites entrer l'infini, mettez ça sur internet et vous le trouverez bien. Donc, à bientôt Claude. Alors, Raoul Leboeuf s'engage à aller à l'exposition de Pierre Alain.
1:08:55 Il a raison, il faut le suivre. Bonsoir, professeur, bonsoir à toutes, bonsoir Abdirahim, ça me fait bien plaisir de vous retrouver, j'allais tutoyer. Alors, c'est la médecine, il y a des commentaires, mais je cherche d'abord avant tout des questions. Vous aimez bien la Troisième République ? Je ne sais pas si c'est une question ou une affirmation en forme de question de la part d'un pseudo qui est Franzese Charlemagne.
La Troisième République alignée sur l'Angleterre victorienne
1:09:32 Franzese, je peux dire français en épithète, si vous voulez. Charlemagne français. Ça, ça veut dire Charlemagne qui n'a pas sa capitale à Aix-la-Chapelle, je ne sais pas, mais quelque part rentrerait, ce sera jour. Alors, vous me demandez bien non, pas tellement. Si c'est une question, je vais répondre à ce qui me semble faire question dans cette question. Si c'est le cas, Franzese chez Charlemagne a bien raison de la poser.
1:10:06 c'est le monde, vous voyez, cette époque-là, c'est l'époque d'une civilisation, d'un monde qu'on appelle, pour caractériser l'époque, le monde victorien. le monde dominé par l'Angleterre qui régnait sur la planète à ce moment-là, mais plus que les États-Unis aujourd'hui, mais ce n'est pas peu dire.
1:10:43 N'imaginez pas ce qu'a été l'Empire britannique. Il n'y a pas que l'Inde et le Canada, n'est-ce pas ? Alors, pourquoi je commence par là ? Enfin, la République, ça désigne une partie de l'histoire de France. Qu'est-ce que tu vas chercher l'Angleterre ? Parce que, vous allez comprendre pourquoi non, c'est un contresens si on croit que j'aime la Troisième République Il y a quelque chose que j'aime dedans. Il y a des musiques merveilleuses.
1:11:15 C'est là qu'on voit s'ouvrir l'épanouissement de l'impressionnisme musicale français, une floraison miraculeuse de la musique française. Fauré, Debussy, Ravel, Chabrier, qu'on oublie souvent dans le groupe et qui n'est pas le moins innovant, tant s'en faut. Et puis l'impressionnisme, et puis la poésie symboliste. Non, non, mais ça, c'est pas... C'est plutôt ce qui se fait contre les pouvoirs de l'époque. Mais les pouvoirs de l'époque...
1:11:45 Ah non, je les aime pas. Pourquoi ? Parce qu'ils sont des vassaux de l'Angleterre. De l'Angleterre victorienne, j'ai rien contre l'Angleterre. Ah ben non, j'ai rien contre les romans arthuriens, j'ai rien contre Shakespeare, j'ai rien contre contre Shelley, contre Byron, j'ai rien contre la littérature britannique en général, en incluant même les Irlandais, ce que vous voulez, contre Joyce, etc.
1:12:22 dire, quand même, non, non, ce que j'en veux, c'est que la France a cessé d'avoir déjà, comme maintenant, vis-à-vis de l'OTAN et des États-Unis, allez, je vous le dis, j'ai l'air d'hésiter parce qu'on revient au plus grave de ce qui se passe en ce moment, n'est-ce pas ? Vous voyez, si j'ai pris ce consomme de mondanité, ce n'était pas pour oublier mon souci du carnage et de la guerre, mais si j'avais continué à le répéter avec ces mots-là explicites, j'avais peur de vous saouler ou vous pensiez que c'est une obsession personnelle.
1:13:01 Non, regardez comment on y revient alors qu'on parlait de mondanité, de la soirée chez Madame de Saint-Euverte. Eh oui, et je disais que Swann fréquentait le prince de Galles pour en revenir à l'Angleterre. n'est-ce pas ? Le deuxième personnage du royaume. Allez, je vous le dis, pour être simple tout de suite, ce que je n'aime pas dans ce monde, c'est qu'il aboutit au plus grand carnage et au plus grand malheur. Toutes ces convulsions des deux guerres mondiales qui n'ont fait que au siècle du mal du siècle, c'est-à-dire non pas le XIXe siècle finissant de la IIIe République et le magnifique XIXe siècle, son essor, qui est avant tout caractérisé par ce qui s'appelle le romantisme dans le champ de la littérature et de l'art.
1:13:56 Et pas seulement le romantisme, vous savez, on a déjà dit historique, juridique même. de la vie. C'est justement, il faut juger l'arbre à ses fruits, vous voyez, je reviens déjà à la parole évangélique puisqu'elle est une référence ce soir à cause du lien entre monde et mensonge. mais que de mensonge il y a dû y avoir dans cette fin de siècle qui accumule la richesse comme jamais on l'accumulait.
1:14:28 La France prêtait de l'or au Japon à l'époque avant que la richesse européenne, n'est-ce pas, se dissolve, s'évapore, n'est-ce pas, dans la guerre de 14 comme neige au soleil. Ah oui, mais pas dans la lumière au soleil, à la lumière des bombes et des armes chimiques déjà, n'est-ce pas, du gaz moutarde.
1:14:58 Oui, ça finit dans un carnage dont on n'avait jamais eu idée auparavant. Et au moment où on commençait à se dire plus jamais ça après à peine 20 ans. qu'est-ce que c'est que 20 ans dans la longue durée ? Éclate un carnage auprès duquel le précédent semble juste un timide essai ? Non, mais je n'en rajoute pas. Je n'en rajoute pas. J'en parle avec un mélange de colère et d'émotion parce que j'entends tous les jours la Russie montrer du doigt.
1:15:36 dois-je rappeler que j'ai déjà dit que je ne voterai pas Poutine si j'habitais en Russie et si et si, parce qu'il y a beaucoup de si et si, la Russie n'était pas entourée de fusées nucléaires et si ceci et si cela. Parce que Poutine, s'il a cette popularité, c'est aussi qu'il a rendu une dignité que la Russie avait perdue avant tout sous le régime de Eltsine contre lequel je n'ai jamais vu un millième de la haine et qu'il y a aujourd'hui pour Poutine. Au point que je pense qu'on lui reproche non pas. Ce que moi je lui reproche, n'est-ce pas, c'est d'être avant tout, c'est d'être, pas avant tout, mais c'est d'être, de ne jamais perdre une occasion, n'est-ce pas, d'enfoncer un coin ou jeter une pierre dans le jardin des communistes et des bolcheviques, en particulier pour le dossier ukrainien, mais par contre, ce qu'on lui reproche, ce que les autres souhaits ont le reproche, et là je le défends vis-à-vis de ce reproche-là, n'est-ce pas, c'est précisément qu'il a rendu sa dignité et une partie de sa force, n'est-ce pas, à ce qu'était devenue la Russie lorsque c'était carrément les gens, les Américains de la Banque mondiale et du FMI qui dirigeaient les affaires de la Russie dans l'enceinte même du Kremlin.
1:16:46 Vérifiez, vérifiez. Ne croyez jamais des choses aussi importantes sur parole. Fussent-elles les miennes, surtout si ce sont les miennes, je ne sais pas, l'Oscar a dit que Pagani était un lustique, n'oubliez pas, donc vérifiez. Donc, voilà, voilà pourquoi je n'appelle la Troisième République, parce qu'on s'y est enfermé, sans doute la défaite de Napoléon III, enfin, du régime, du second empire, alors que la dernière figure monarchique avant la Troisième République, je réponds à votre question, qui nous ont fait voir des choses, l'idée, à notre sujet de ce soir.
1:17:29 Merci. Si je ne fais pas de contresens sur ce qu'elle pose, ce qu'elle soulève. Dernière figure monarchique dans l'histoire du pouvoir français, c'est Napoléon le Petit, comme l'appelait Hugo, n'est-ce pas ? est traumatisée par ces chocs qu'ont été la défaite de la guerre contre la Prusse, 70-71, de Sedan, l'écrasement des forces Sedan, de l'empereur fait prisonnier, de la perte de l'Alsace-Lorraine, donc, de l'amputation, mais qui est plus importante encore, à titre symbolique et qu'à titre réel, c'est comme une castration quand une région est enlevée à un pays, n'est-ce pas ?
1:18:17 Quand cette région faisait partie de ce qui lui était acquis depuis des siècles et des siècles, n'est-ce pas ? Ces traumatismes-là ont facilité l'alignement du pouvoir français à cause de sa peur du prolétariat, de sa peur de la montée des forces de la classe ouvrière, de sa peur de voir la conclusion du manifeste du Parti communiste de Marx, prolétaire de tous les pays, unissez-vous, n'est-ce pas ?
1:18:52 Cette peur devant le fait que cette unification commence à prendre sens avec l'organisation des différentes internationales, le développement des syndicats, les révolutions qui se multiplient bientôt après la guerre à la faveur de la colère des peuples face à la boucherie de 1914, la peur devant les premiers conseils ouvriers, les premiers soviets, y compris en Allemagne, des premières manifestations de ce qu'on appellera plus tard et qui triomphera sous la forme de Front populaire à la fin des années 30, à cause de toutes ces peurs.
1:19:33 Le mensonge a culminé à l'époque, n'est-ce pas, au niveau idéologique de cette troisième république. lorsque la diplomatie française s'est alignée sur l'Angleterre. Tenez, demandez à Google de vous renseigner sur Fachoda. J'ai dit Google parce que quand on aura l'équivalent chinois, moi je ne demanderai pas mieux, je veux dire. Fachoda, F-A-C-H-O-D-A. Cherchez pas un tout petit patelin du Soudan qui défraît la chronique actuellement, le Soudan.
1:20:07 Ah, je ferais bien une digression sur le Soudan. Mais enfin, ces pays-là, vous les découvrez que lorsqu'il y a des convulsions. On ne vous en parle pas, sinon qu'est-ce qu'on vous parle d'un des pays les plus pauvres, du moins le plus grand pays d'Afrique en superficie. Mais oui, allez, juste deux minutes, mais quand même, on vous fait croire que c'est la lutte entre deux chefs de guerre, aussi peu recommandables un que l'autre. Sauf que l'autre, celui qui a commencé l'actuel conflit, bah, bah, bah, bah, j'entends qu'il y a des conflits dans ce pays.
1:20:44 Pendant des années, des années, ça fait plus d'une génération que le sud du pays qui est plus noir, je sais, je fais exprès de ne pas parler correct, mais c'est pas que le nord qui est plus arabe, disons, c'est pas le mot qui convient quand on regarde de près, mais enfin, qui est plus clair, en tout cas, et plus islamiste. Alors que le sud, comme souvent, est plus animiste. bref, une opposition qu'on voit presque partout sur la frange sahélienne, qu'on voit en Mauritanie, qu'on voit au Mali, au Niger, au Tchad, etc.
1:21:16 Et oui, c'est ça les clés. Les oppositions traditionnelles, pour l'instant, ça ne fait jamais des millions de morts, non, ni même des milliers. Ça fait des escarmouches de temps en temps qu'on compense, ça fait qu'on s'offre des bêtes, on fait des alliances, des mariages. Non, là, ça fait des années qu'un épouvantable carnage dans l'indifférence totale dans le sud du Soudan, une guerre civile épouvantable entre des raîtres, n'est-ce pas, depuis qu'on y a trouvé beaucoup de pétrole et que l'Occident, ceux qui se dénomment même, j'ai dénoncé le mot tout à l'heure, les pays de l'OTAN, les puissances qui se retrouvent dans l'OTAN.
1:22:01 Moi, je suis en guerre, même pas contre l'Amérique, mais contre l'Atlantisme. Enfin, j'aimerais bien, ne sais pas, on soit en guerre contre l'Atlantisme et non pas qu'on fasse la guerre, n'est-ce pas, pour le compte de l'Atlantisme. en faisant croire que c'est pour le compte du peuple ukrainien qu'on envoie au contraire au hachoir, comme on dit maintenant là-bas, n'est-ce pas, depuis qu'on a trouvé des puissances dans cette région, les puissances atlantistes soutiennent à fond les animistes plus colorés contre les islamistes du Nord, je ne suis un partisan d'aucun, vous vous en doutez bien, mais enfin, au cas où vous croiriez que c'est une guerre ethnique voire religieuse, n'est-ce pas, et depuis que le sud du Soudan a obtenu son indépendance, car c'est un autre pays maintenant, n'est-ce pas, et qui a ce conflit, des atrocités, des viols collectifs, des villages rasés parce que les puissances atlantistes sont arrivées à leur fin, c'est-à-dire à faire une scission entre le sud et le nord.
1:23:14 Qu'est-ce que je vais chercher les crimes de Poutine quand je vois ça ? Il y en a, je ne parle pas d'un enfant de chœur, mais enfin, je ne vois pas la bougie quand on la met face au soleil. Mais oui, attention, il y a négationnisme et négationnisme, ce qui compte, c'est le contenu, ce n'est pas la forme. Négationnisme, c'est une forme. Mais entre nier 10 et nier un million, le contenu est différent, le contenu de la négation.
1:23:47 On en fait de la philosophie. Voilà, je voulais rappeler ceci, je refais ma parenthèse sur le Soudan, voilà pourquoi j'ai un peu à la République depuis que la France s'est atlantisée. Ah oui, c'est l'Angleterre victorienne qui commande géographiquement l'Atlantique Nord, organisation du traité de l'Atlantique Nord. Je ne sais pas, mais après, il faudra la ruine de son empire, etc., pour que elle passe la main à ses cousins un peu plus mal élevés.
1:24:21 comment souvent qu'on fait les Américains ? Non, ce n'est pas les Anglais mais les VCD Germanic, surtout le peuplement blanc américain, je l'ai déjà dit, je ne répète pas, les WASP, white, anglo-saxon, protestant. Voilà, on en reparlera, cher Franzese, je suis Charlemagne, il y a quelque chose qui me plaît bien dans votre pseudo, voilà, à condition qui ne soit pas identitaire. Voilà, j'y reste clair.
L'équité comme source du bonheur ; Spinoza
1:24:53 L'équité n'est-elle pas la source unique de bonheur ? Ça, ça vient de Grolon Delphine, que je salue, parce que je ne crois pas qu'elle me soit familière, mais peut-être que, comme je suis un peu gâteux quand même, je veux dire, j'ai trop de mémoire maintenant, très dommageable, à moi en premier d'ailleurs, je m'aperçois que des fois, je fais des erreurs de mémoire, mais je ne crois pas. Alors, eh bien, excellent, enfin, non, pas excellente question, c'est une banalité oratoire, c'est une belle formule, c'est une belle formule.
1:25:27 Je m'aperçois effectivement que c'est à peu près ce à quoi revient ce que je dis depuis le début de cette séance, mais c'est bien de le résumer comme ça, je ne l'aurais pas fait, donc je suis bien reconnaissant à Delphine de dire que la jouissance, le rapport au monde, il ne faut pas le montrer du doigt en disant « ce n'est pas bien, c'est un péché », non, tant que ce n'est pas le privilège de quelques-uns. Je crois que c'est ça que veut dire Delphine et en ce sens, je suis d'accord à 150%.
1:25:57 Ce que je déteste dans l'écologie, c'est son côté punitif, de dire que c'est parce qu'on consomme trop, on jouit trop, que non pas l'humanité souffre, que la Terre souffre, comme si les cailloux souffraient, franchement. Alors on me dira « oui, oui, mais enfin, tu diras ce que tu voudras, tu as beau distinguer l'humanité de la planète, mais si la planète n'était pas là et qu'elle n'avait pas un certain climat et un certain équilibre et un certain règlement climatique, on n'entend pas ce règlement.
1:26:33 On entend justement des dérèglements, ce qui implique que si l'homme ne faisait pas tous ses attentats à la divine nature, à la mama Gaïa pour parler comme Latour, je reviendrai sur Latour, un homme beaucoup plus enjeu, n'est-ce pas, que bien d'autres pensées réactionnaires, ce qui n'est pas idiot. Mais une autre fois, parce que je ne tire pas à la va vite sur les ambulances et encore moins sur les cercueils. Donc oui, mama Gaïa, je veux dire, si la Terre n'était pas là, l'humanité, elle ne subsisterait pas une seconde.
1:27:09 Oui, je suis d'accord. Alors, nous sommes d'accord, c'est que la valeur, ce n'est pas la Terre et la planète. C'est parce que c'est la Terre sur laquelle il y a l'humanité, ce qui, dans la nature, est rarissime et même unique à notre connaissance. On finira par trouver les endroits habités, à mon avis, en termes de probabilité, en termes de loi des grands nombres. D'accord ? Bien après ma mort. Quand on voit les distances et donc le temps à parcourir pour y arriver. Mais, ne me dites pas que la vie, le biologique, le monde bio soit emblématique de la nature, alors que, dans le discours écologiste, c'est toujours identifié.
1:27:51 qui dit bio, dit vert, dit écologie, dit bio, qui dit bio, dit vert, qui dit vert, dit la planète bleue, d'ailleurs, alors que c'est justement l'exception. Mais, je suis d'accord avec vous qu'il faut tout faire pour que les conditions naturelles, je ne suis pas idiot, climatiques, de température, etc., qui favorisent l'éclosion et le développement et la prospérité de l'humanité soient préservées, voire même, des fois, rétablies, voire même, n'est-ce pas, créées là où elles n'existent pas, là où la nature, n'est-ce pas, n'a pas fait.
1:28:35 On peut faire un petit paradis en Antarctique et au Sahara, avec les moyens qu'on a maintenant. Oui, mais alors, c'est que, je suis bien d'accord avec vous, la valeur ici, c'est l'humanité, c'est le monde et on s'y retrouve. Et si les gens sont malheureux, s'ils sont écologistes, s'ils sont réactionnaires, car, comme le dit admirablement Spinoza, avec cette simplicité des formules les plus profondes dont il a le secret, les hommes sont pour la plupart méchants et malheureux.
1:29:09 Sous-entendu, ils sont méchants parce qu'ils sont malheureux. Et ils sont malheureux, bon, ça c'est un peu plus illusoire chez Spinoza, spécialiste de l'illusion, soit dit en passant, mais enfin, il est souvent victime de celle-là, c'est que ce n'est pas uniquement à cause de l'ignorance, ce n'est pas de leur propre détermination. Ou plutôt, il y a des raisons qui font que l'ignorance se perpétue et que les hommes ne veulent pas savoir, mon cher Benoît, Baruch, Spinoza. est-ce que c'est précisément la puissance du mondain qui m'empêche d'avoir la lucidité dont j'aurais besoin pour être moins malheureux.
1:29:51 D'accord ? Je répète Spinoza, une de ces plus belles formules, les hommes se croient libres parce qu'ils ignorent les causes qui les déterminent. Ça veut dire que si on connaissait les causes, sous-entendu, on pourrait se libérer de ce qui nous rend de l'essentiel, de ce qui nous rend malheureux.
1:30:23 Oui, mais ce qui fait qu'on n'arrive pas à s'en libérer ou ce qui ralentit l'énorme travail de libération que j'essaye d'appuyer de toutes mes faibles forces mais que l'humanité réunit et qu'une partie du monde actuel, oui, une partie de l'humanité actuelle de plus en plus commence à faire reculer l'autre partie du monde, celle qui voudrait rester dans l'inéquitable, je suis toujours dans la question de Delphine.
1:30:59 Je suis bien d'accord que ce qui nous empêche d'accélérer ce mouvement de libération progressive, c'est la puissance qu'exerce le prestige du monde, le prince de ce monde vient et son essence est mensonge. le prestige de cette illusion que mon destin à moi dominé est lié à ce qui n'a de lien qu'avec l'intérêt du seul monde des dominants.
1:31:31 Voilà comment je pourrais conclure à peu près toute la séance de ce soir, mais il y a d'autres questions, mais enfin, au cas où j'oublie et que je perds le fil, je crois que cette belle formule de Delphine, en forme de question pour laquelle je la remercie infiniment, résume bien l'essentiel. Plus jeune pour moi me dit que le milieu des fêtes foraines c'était aussi le monde. Ah, ça me fait plaisir, le monde des fêtes foraines. Donc non, ce n'est pas que les riches.
Le monde des fêtes foraines, pouvoirs et contre-pouvoirs
1:32:04 Oui. Ah, ça me fait plaisir. Ça fait quand même deux femmes. Ben oui, je peux être féministe à ma manière. Parce qu'il y en a, qui comme moi, n'est-ce pas, sont exaspérés par les LGBT, comment ils appellent ça, les woke, les inter, quoi. Bref, peu importe. Elle sait ça mieux que moi, donc. Je peux éviter d'être précis.
1:32:34 Je suis précis dans l'allusion, en tout cas, vous voyez quel genre de discours ça désigne. Et pas que moi, que ça agace, mais il y en a, qui s'en agacent pour des raisons douteuses. Ah, écoutez, allez, je vous dis que le fondamentalement, c'est depuis que le mur de Berlin est tombé, et sans doute devait-il tomber. Oui, je vais me faire encore des ennemis chez mes amis, chez mes camarades. il devait tomber pour des raisons plus simples.
1:33:07 Il y a des raisons externes qui l'ont fait tomber, bien sûr, mais à moins d'être complotiste, ce qu'on ne saurait être, malgré ce qu'on nous accuse de l'être, il y a aussi des raisons internes. et en ce sens, c'est un grand malheur. Je cite toujours la phrase de René Comer, n'est-ce pas ? Notre meilleur ami à tous, à tous ceux qui l'ont connu comme ami, et on dit que c'était leur meilleur ami. C'est rare, quelqu'un comme ça. René Comer disait la chute du mur de Berlin, ce n'est pas un échec du communisme, c'est un grand recul pour l'humanité.
1:33:46 Voilà, donc, je suis ravi de voir, je vois que le trio s'enrichit de Pauline Saïd, dont j'ai toujours beaucoup aimé les interventions. Elle est un peu plus courte ce soir, mais je suis bien content de retrouver, puisqu'elle dit yo, yo, yo, bonsoir. Donc, ce trio, j'aime bien les trios de femmes. Non, non, non, ne l'allez pas croire aux amours multiples. Non, non, c'est très précis. C'est parce que parmi les plus beaux passages de la musique, de la musique chantée, les trois fées, les trois suivantes de la Reine de la Nuit dans la flûte enchantée, n'est-ce pas ?
1:34:26 Les trois filles du Rhin dans L'Or du Rhin. C'est marrant comme ça marche par trois. Les trois grâces dans la mythologie grecque. Les trois nornes dans le crépuscule des dieux. J'aime bien ce trio féminin qui est toujours une grande richesse. Mais ici, elles nous ont rendu un grand service. Merci à toutes les trois. Julien Belmond, quelle est la réalité du pouvoir et des contre-pouvoirs aujourd'hui ? Aujourd'hui quoi ? Notamment en termes de puissance symbolique.
1:34:58 trop vaste, mon cher Julien Belmond, tellement je suis ravi de la question. Bien sûr, elle est fondée, mais enfin, c'est pas en l'espace de quelques secondes en réponse là, orale, sur YouTube, sur une séance YouTube, que je vais répondre. Voilà, il faudrait mieux la cibler. Voilà, les pouvoirs, rien que la notion de pouvoir et des contre-pouvoirs, mais tout de même, pour pas, botter en touche, et pour vous remercier d'avoir participé ce soir et d'avoir compris l'essentiel puisque vous posez cette question tout de même, je me permettrais de vous préciser ce que je disais souvent, ce que je rétorquais souvent à mes élèves africains.
1:35:41 Lorsqu'il me disait « Vous avez la chance, mais j'avais toujours des grands, parce qu'en Fidou, on a des terminales, vous avez la chance en Europe d'avoir la démocratie parce que nous, on a des chefs d'État qui, etc., des dictatures, que ce soit militaires, que ceci, soit, bref, à la corruption. Alors, je leur disais, vous savez, ils sont aussi voyous chez nous que chez vous, et sans doute plus en termes de nuisance. C'est pas vous, c'est pas vos États qui ont fait les plus grands carnages de l'histoire de l'humanité.
1:36:11 Et depuis que la guerre a recommencé chez les Blancs, regardez, c'est autrement sanglant que dans les luttes qu'il y a dans vos pays, à part quelques monstrueuses exceptions que chacun connaît en Afrique. Qu'est-ce que je leur répondais ? Je leur disais, on est au moins aussi voyous et sans doute plus. La différence, elle est, bravo, Julien, à la notion de contre-pouvoirs, c'est que chez nous, il n'y a pas un voyou au pouvoir.
1:36:45 Il y en a une dizaine. C'est un chiffre qui est comme ça, mais qui n'est pas très loin de la vérité, c'est assez restreint le manque de pouvoir. Un dix symbolique. N'est-ce pas ? On disait les deux cents familles, je crois, au moment des fronts populaires ou les cent familles, j'ai un petit doute tout d'un coup. Voilà. C'est un peu dans ces esprits-là que je veux dire les dix voyous qui sont au pouvoir, mais qui n'ont pas la même caisse, nécessairement. Et donc, ils se regardent en chiens de faïence. C'est ça que je disais à mes amis africains.
1:37:16 Si on a ce que vous appelez la démocratie, et c'est vrai que sur des tas de secteurs, la presse et tout, on a fonctionnement plus démocratique. Mais pourquoi ? Parce que précisément, tout ne va pas à un seul. ou à une seule famille, ou à un seul clan. Donc, ils ont été obligés d'inventer des lois pour qu'entre voyous, n'est-ce pas, il y ait un petit peu un partage. Voilà. Si le partage pouvait aller maintenant à l'ensemble du corps social, à l'ensemble de ceux qui produisent la richesse collective, je ne parle pas des parasites et des voyous, il y en a dans tous les milieux, mais c'est les voyous les plus puissants qui font le plus de mal, bien sûr.
1:38:00 Ce serait mieux. Donc, c'est bien de dire la réalité du pouvoir et des contre-pouvoirs aujourd'hui. Et dans nos sociétés, c'est vrai que les contre-pouvoirs sont beaucoup plus multipliés qu'au fond d'une tribu, de la forêt, au fond d'une collectivité, un village, une région de la forêt congolaise ou d'un État coincé entre l'Himalaya et le nord de l'Inde. Il y a pas mal de petits États là-bas, en ce lieu, coincés entre les deux.
1:38:33 Voilà. Cher camarade Estavisky, ah, ça fait du bien, il s'agit d'un souverain poncif, en somme. Toujours l'humour, votre ami Estavisky. Je le dis pour des jeunes qui ne savent pas que le souverain pontif, c'est le pape, bien sûr, pardon, enfoncer les portes ouvertes, mais il faut de plus en plus prendre du temps pour transmettre ce qui allait de soi il n'y a pas si longtemps.
1:39:03 Voilà. Et je dis bonsoir à tous ceux que je retrouve, à Naoufel, bien sûr, Frédéric, que je ne quitte pratiquement jamais, tant que je suis content de voir ces vidéos que je vous recommande, Frédéric Cordier, n'est-ce pas, sur YouTube. Alors, Pauline nous dit qu'elle a commencé la philosophie de la religion de Hegel. Cher Pauline, je ne crois pas être précisément un religieux, même si quand on me demande si je crois en Dieu, je dirais, écoute, j'en sais rien, je vous répondrai à ma mort, à la rigueur et encore, est-ce que c'est le meilleur moment pour parler en toute lucidité, on verra.
La Philosophie de la religion de Hegel
1:39:42 je ne crois pas que ce soit le plus important, je veux dire, de l'existence de Dieu. Ce qui est important, c'est d'en avoir la notion qu'il existe ou pas et de faire avec. Mais ce n'est pas le sujet, donc là, je passe, donc si vous n'êtes pas d'accord, vous n'êtes pas d'accord, mais ce n'est pas grave. Mais par contre, ce que je voudrais donner comme information à Pauline, c'est que les nombreux volumes, il y en a quatre dans les anciennes éditions de la philosophie de la religion de Hegel sont un sommet de l'hegelianisme.
1:40:18 Non pas parce que là, il parle religion, enfin, ce n'est pas hasard si c'est à cette occasion qu'il donne le meilleur de lui-même, je pense en particulier à la partie qu'on a coutume de regrouper, ce n'est pas le titre de Hegel, mais un titre posthume, dans la philosophie de la religion, le dernier volume qui s'appelle, alors ça a l'air d'être vraiment ce qui est le plus éloigné du matérialisme, les preuves de l'existence de Dieu, c'est une vieille tradition philosophique, les preuves de Dieu de Descartes, de saint Anselme, voilà, il y en a plein.
1:40:54 Et s'il y en a plein, c'est qu'il n'y en a aucune qui est vraiment convaincante, mais là, à la faveur de cette reprise des problématiques philosophiques, Hegel ajoute des précisions d'une richesse inusitée jusque-là sur le fonctionnement de la dialectique. Voilà, c'est pour ça que je dis à Pauline, je suis loin de lui dire « laissez tomber la philosophie de la religion, lisez un Hegel plus marxien ».
1:41:26 Si on veut comprendre ce qu'il y a de meilleur dans Marx, lisez donc comme Pauline, prenez exemple sur elle, la philosophie, la religion de Hegel. Voilà, je le recommande. surtout que c'est du Hegel de la fin et donc qu'il est sensiblement moins difficile, nettement même moins difficile pour la plupart des pages de cet énorme, de cet ouvrage plus conséquent que d'autres en nombre de pages, même s'il y a des passages trapus, mais enfin, jamais qui demandent à la, comment il disait, Lénine, en lisant la grande logique, il mettait en marge, je dis ça parce que pour rassurer ceux qui désespèrent de comprendre parfois certains passages, Lénine disait ces passages devraient s'appeler meilleure façon d'attraper le mal de crâne.
Les Khmers « verts » et la liberté négative chez Hegel
1:42:15 Voilà, entre deux exclamations admiratives sur les avancées de Hegel. Merci beaucoup Pauline et bravo. Alors, Sébastien me dit que j'ai fait une parenthèse sur les Khmers rouges en les désignant comme Khmers verts. Oui, pourrais-tu revenir là-dessus pour une autre fois parce que c'est un gros dossier. Ceci dit, Sébastien, non, je sais que tu es un fidèle donc je ne vais pas te dire, tu ne l'as pas suivi. J'ai fait de nombreuses vidéos où je rappelle à quel point c'est une idée que Khmers verts. Et qui ont fait leur école non pas auprès du Mao de la longue marche, le Mao pour lequel j'aurais toujours de l'admiration, c'est parce que il y a la révolution culturelle.
1:42:53 Non, à Paris, chez les gauchistes parisiens, chez les anti-PCF, n'est-ce pas, sur la gauche, qui se prétendaient à gauche du PC et qui, comme je le dis souvent, n'étaient en fait qu'à droite de De Gaulle. Oui, oui, c'est quand ils étaient à Paris que les Pol Pot et les Khieu Samphan ont fait leur classe, n'est-ce pas ? Lorsque la partie se veut antitotalitaire, c'est là qu'elle est à la plus monstrueuse.
1:43:26 Je reviendrai sur cette formule. Car je me reconnais, je dois l'avouer, car je... Ah, je méconnais. Non, non, excuse-moi. Qu'est-ce que j'ai fait dire ? Excusez-moi, c'est parce que je... C'est parce que j'ai peur d'être ridicule avec ses lunettes. Même à 120 ans, on garde une part de narcissisme, c'est terrible, n'est-ce pas ? Car je méconnais, je dois l'avouer, cette période de l'histoire. Mais oui, je l'ai illustré, Sébastien, pour l'instant, je m'en tiens là, mais c'est assez convaincant par rapport à ta question, il me semble.
1:43:59 C'est que le premier grand acte, une fois qu'ils ont pris le pouvoir à la capitale à Phnom Penh, il est énorme. C'est de la vider entièrement, là, femme, enfant, toutes affaires cessantes, allez, vos affaires, vous avez pas, tant pis, on a pas le temps, coup de bâton, vous partez. Et là, le carnage a commencé dans la campagne, celui qui plantait pas ses vicleries, on lui donnait un coup de pioche sur le cervelet, il s'est éternelé. Et ça a fait des millions de morts, mais en un temps record.
1:44:29 J'ai même cité, puisque tu me poses la question, je vais reprendre la philosophie du droit d'Hegel, il y a un passage que je cite et où je dis que Hegel a une prescience une divination, je ne sais pas s'il faut dire ni ange ni bête, pas angélique ou démoniaque, mais certainement démonique, ce qui n'est pas tout à fait pareil, n'est-ce pas ? Du lien qu'il y a entre le Khmer rouge, ce qu'on appelle historiquement le Khmer rouge, que moi j'appelle le Khmer vert, et l'abstraction au pouvoir, c'est-à-dire la partie qui se prend pour le tout, n'est-ce pas ?
1:45:06 La partie qui fait abstraction des autres parties, la partie de la société qui fait abstraction des autres parties. Être abstrait au sens péjoratif, on parle d'une abstraction, je ne sais pas, moi, la science, la mathématiques, les sciences, la bonne abstraction parce qu'on sait qu'on met ça de côté et qu'on le reprend après. Tandis que là, non, regardez bien. c'est ce fameux passage où il analyse plusieurs formes de la volonté et il arrive à cette forme de volonté abstraite d'identité du moi abstrait qui ne croit atteindre sa vérité que lorsqu'il nie tout ce qui n'est pas lui, n'est-ce pas ?
1:45:46 Et qui donne ceci, c'est le paragraphe, les principes la philosophie du droit, je vous les cite par paragraphe, c'est mieux que les pages parce qu'il peut y avoir différentes éditions mais les paragraphes, leur numérotation est toujours la même. Donc, mon Dieu, j'espère qu'il ne manque pas la page, non, c'est bon. Alors, voilà.
1:46:20 Sans doute l'aspect de la volonté définit ici, cette possibilité absolue, je fais une pause, non, non, c'est pour éclairer, je ne vous en prie pas, cette volonté de définir le moi en niant, au sens carrément même d'aller jusqu'à détruire tout ce qui n'est pas moi, n'est-ce pas ? Je l'avais illustré avec l'admirable, alors je vous renvoie à ce texte, Illumination de Rimbaud, poème en prose, qui fait moins d'une page qui s'appelle Conte, C-O-N-T-E, dans le style, il était une fois, Conte, un prince, était vexé de ne jamais essayer d'être employé qu'à la perfection des gens qui ne sont pas de dire.
1:46:59 On relisait ceci, et vous verrez que ça illustre parfaitement, j'en parle aussi dans mes égales plages, voilà, pardon de me citer à chaque fois, mais c'est parce que j'aborde justement ce qui fait la matière des réponses à ta question. Sans doute l'aspect de la volonté définie ici, et là, il a décrit cette possibilité absolue de m'abstraire de toute détermination, je ne suis pas français, je ne suis pas un homme, qui vous dit que je sois un homme, cette possibilité absolue de m'abstraire de toute détermination où je me trouve, je suis français, c'est pas moi qui l'ai décidé quand je suis né, je n'ai pas choisi ma communauté de naissance, ou bien où je me suis placé, j'ai décidé d'être un artiste, cette fuite devant tout contenu comme devant une restriction, tout contenu, toute détermination, mais il n'y a pas de...
1:47:55 terminer, c'est fini, il n'y a rien de fini en moi, moi je suis l'infini, donc voilà, bon, refuser tout ce qui est une détermination, c'est ce que la représentation, chez Hegel ça veut dire la conscience commune, l'opinion, c'est péjoratif, c'est ce que la représentation pose pour soi comme liberté, et ce n'est ainsi que la liberté négative ou liberté de l'entendement, vous voyez que l'entendement ce n'est pas la raison, et là il commence, c'est la liberté du vide, elle peut se manifester sous une figure réelle et devenir une passion, alors si elle reste simplement théorique, c'est le fanatisme religieux de la pure contemplation hindoue, vous savez où on répète om, om, om, Atman, je suis uniquement, je suis, je suis, celui qui suis, la tautologie, il n'y a que l'un, il n'y a que l'être, bon, bref, l'être sans être quoi que ce soit, ce n'est pas l'être couché, ce n'est pas l'être debout, ce n'est pas l'être à droite, pardon de rire, mais ça sent tellement le graillon, tout ça, le réchauffé depuis le temps que, en bref, mais enfin ça, pourquoi pas, il faut respecter, il faut être tolérant, alors,
1:49:06 c'est le récemment théorique, c'est le fanatisme religieux de la pure contemplation hindoue, si elle se tourne vers l'action, et là, il faut être beaucoup moins tolérant, et j'y arrive, au Khmer, si elle se tourne vers l'action, c'est en politique comme en religion, le fanatisme de la destruction de tout ordre social existant, il écrit ça, plus d'un siècle et demi avant les Khmer, oui, et l'excommunication de tout individu suspect de vouloir un ordre, et l'anéantissement de toute organisation voulant se faire jour, ce n'est qu'en détruisant que cette volonté négative a le sentiment de son existence, et encore, elle avait une certitude établie comme vérité, si vous voulez, non, non, elle n'a qu'une certitude, il y a loin de la certitude, de la vérité, car cette certitude n'est pas basée sur le concept, mais sur le sentiment, sur la bouillie du sentiment, comme dit souvent Hegel.
1:50:05 Elle pense qu'elle veut un état positif, par exemple, l'état de l'égalité universelle, c'est ce qui a fait qu'à sa part un temps, n'est-ce pas, on allait tuer un paysan parce qu'il avait l'audace de posséder un mouton ou une vache. Enfin, elle pense qu'elle veut un état positif, par exemple, l'état de l'égalité universelle ou de la vie religieuse universelle, ça c'est pour les sectes, mais elle n'en veut pas de la réalité positive, car celle-ci introduit aussitôt un ordre quelconque, une détermination singulière, aussi bien des institutions que des individus, alors que c'est en niant cette spécification et cette détermination objective que précisément la liberté négative devient consciente de soi.
1:50:54 ainsi, on en a écouté bien la chute qui nous ramène à la question sur le carnage du Kampuchea dit démocratique. Ainsi, ce qu'elle croit vouloir peut n'être pour soi dans sa tête, souvent, n'est qu'une représentation abstraite et sa réalisation n'est qu'une furie de destruction bon simple. Si on avait pris la patience de lire Hegel et de le comprendre dans ce sens-là, on n'aurait pas eu le carnage des Khmers rouges ni celui du Rwanda, mais le plus grand carnage de la après-guerre quand même.
1:51:28 Voilà, alors, Khmers vert, je te réponds deux raisons. Je te dis la première, parce que pour eux, la ville, c'est le lieu comme fait toute la droite d'aujourd'hui et l'écologisme le plus trivial, n'est-ce pas ? C'est surtout dans les villes qu'on se corrompe, n'est-ce pas ? Et que la campagne serait pure, celle-là, elle est bien bonne, enfin passons. Deuxième chose que j'introduis maintenant, c'est qu'il a dit, il a fait allusion à la pure contemplation hindoue, qui est comme ça, tant qu'elle reste théorique, comme il dit, est moins dangereuse que lorsqu'elle passe à l'action et devient politique.
1:52:10 Vous savez bien, comment il dit, une furie de destruction, mais dites-nous, hindou, hindou, le Cambodge, les Khmers, mais c'est une culture bouddhiste, fantastique le texte, moi je ne crois pas au hasard, n'est-ce pas ? Mais oui, je ne sais pas si tu as regardé cette vidéo, Sébastien, où je rappelais que lorsque j'étais gamin, puisque je suis né, moi, dans une région du monde où le bouddhisme domine, dans la péninsule indochinoise, qui comprenait outre le Vietnam, le Cambodge, le Laos, je me rappelais qu'autour de moi, le monde colonial, n'est-ce pas, qui était mon monde, c'est pas le monde de mon enfance, jusqu'à ce qu'on parle du monde, disait, les Vietnamiens, ils ne nous aiment pas, nous les Français, ils sont nationalistes, ils ne sont jamais contents, par contre, les Cambodgiens, ils sont plus doux, ils sont gentils, ils sont bouddhistes, plus grand carnage de la après-guerre.
1:53:20 Voilà, méfions-nous de la fleur de Lotus, du discours qu'il était, de la publicité qui s'en fait, de l'arnaque, et des paramédecines, et des médecines douces, mais attention, avec tout ça, voilà, attention, il y a des choses excellentes là-dedans, sympathiques, plus souvent qu'excellentes, il y a des individus irréprochables, dans tout ça, il y a même quelques substances, qu'on a intérêt à connaître, après tout, c'est pas plus bénéfiques que d'autres, mais, prudence, mal lisées, après cette lecture terrifiante, n'est-ce pas, de ce que Hegel a génialement perçu.
Ellul, Kojève, Kant et conclusion sur le mondain
1:54:07 Je vois qu'il est 23h26, il faudra qu'on se fixe un cap, n'est-ce pas ? Oui, bien, Stavisky, mais Stavisky, je sais que, je connais sa lucidité, c'est pertinent, Jacques Ellul, dans Propagande, il a dû oublier un mot, affirme que, risquer de sortir de la pensée dominante, est risquer d'ouvrir une porte sur une immense angoisse, et bien voilà, Stavisky nous aide à comprendre, le mensonge que, je prenais tout à l'heure dans l'évangile, parce que là, il est dit d'une manière saisissante, pour ne pas s'y tromper, qui n'est pas le mensonge de l'enfant qui dit, je n'ai pas mangé des bonbons, mais le mensonge qui ment, pour ne pas s'être terrassé par l'angoisse, donc c'est un mensonge à soi-même, ce n'est pas le mensonge de l'enfant qui parle à ses parents.
1:55:00 Amblard David, que je salue, bonjour Dominique, je prends l'occasion de vous remercier pour tous vos éclaircissements sur Hegel, donc c'est un familier, et je souhaite justement vous demander votre avis sur Kojève et son commentaire sur Hegel. Et bien je promets d'y répondre plus longuement la prochaine fois, parce que c'est tellement riche comme question, vu le retardif qu'il est, mais je dirais quand même, pour le remercier d'être avec nous ce soir, d'une manière rapide, que c'est certainement l'un des plus brillants, commentateur de Hegel.
1:55:34 Mais vous savez que le mot brillant a une petite ambivalence, qui assure quelques inconvénients et que tout ce qui brille n'est pas or, comme dit bien la langue. Et donc je vous dirais que le meilleur de Kojève, puisque vous demandez mon avis sur Kojève et son commentaire sur Hegel, car Kojève ne se limite pas à être un Hegelien, il a aussi sa pensée propre, très inspirée par Hegel, dont le chef-d'œuvre n'est pas un texte consacré à une lecture de Hegel, mais une lecture de l'histoire de la philosophie païenne.
1:56:10 C'est comme ça que ça s'appelle, chez Gallimard à NRF. Je crois que ça a été mis en poche. Oui, ça a été mis en poche dans la collection Idées, je crois. Ou tel. Tel. Voilà. T-E-L et Gallimard. Donc en format de poche moins coûteux. Superbe, n'est-ce pas ? Histoire raisonnée de la philosophie païenne, qui commence par les présocratiques, mais j'ai rarement vu une mise en ordre aussi pertinente de cette espèce de foire d'empoigne, dans laquelle en général sont les œuvres qui traitent des présocratiques, parce qu'on a hérité d'eux par des textes qui sont des formules un peu isolées, des phrases, des sentences, qu'on a essayé de mettre dans l'ordre.
1:56:49 Je salue M. Diels au passage. Voilà. Mais je veux dire, là, il y a véritablement une reprise de l'ensemble présocratique, et des plus importants bien sûr, en particulier de la dichotomie Parménide-Héraclite. Je ne dis pas que Démocrite, ou Anaxagore, ou Pythagore, c'est moins important. Mais là, je parle d'un jeu de miroir, n'est-ce pas, entre ce qui affirme l'être et ce qui affirme cette part de non-être qu'il y a dans le devenir.
1:57:20 Je ne m'attarde pas là, ce sera trop long. Voilà. Et le passage sur Platon et Aristote, sont exemplaires d'une richesse, à la fois documentaire, avec un appareil critique. Donc, pour l'instant, je m'en tiens là. Merci pour la question. Cher David, alors, il existe des mondanités qui sont moins voyantes que celles montrées dans la photo. Je suis tout à fait d'accord.
1:57:50 Mais enfin, c'est toujours pareil. Quand on doit choisir une photo parmi les milliers, n'est-ce pas, on est bien obligé de choisir une photo, c'est-à-dire quelque chose qui montre, qui est fait pour l'œil. Mais vous avez bien raison de dire qu'il y a des choses qui ne se montrent pas à l'œil et qui sont bien plus redoutables. Là encore, non pas individuellement, je ne fais pas le procès des individus, fusse Bernard-Henri Lévy. J'ai toujours une répugnance à mélanger le procès des classes sociales, la lutte de classe qu'il faut maintenir et la lutte contre les personnes, les individus.
1:58:24 C'est presque leur accordé trop d'importance. Par contre, c'est vrai, c'est vrai que ce qu'il y a de pire dans le mensonge induit par le poids du mondain, c'est-à-dire le poids de ce qui n'est dans l'intérêt que des dominants, c'est-à-dire quand même d'une minorité, n'est pas, est un peu comme l'iceberg, que la plus grande partie n'en est pas visible. Donc, tout à fait d'accord. Avec KS, Pauline parle de conditionnement.
1:59:08 Bon, je ne vais pas commenter toutes ces interventions parce que, non qu'elles ne soient pas intéressantes, mais parce que, pour laisser la place aussi à d'autres, mais j'ai l'impression, je regarde en vitesse là, je balaye un peu et vous voyez, j'allais rater un interlocuteur aussi important et pertinent à mes yeux que Sébastien Deville, vous voyez, dont je suis toujours les posts avec le plus grand intérêt. à propos du mensonge, il me dit, est-ce que ça n'est pas dans ce cadre-là, critique du mondain, que l'on peut mieux comprendre la condamnation radicale du mensonge par Kant ?
1:59:46 Sébastien, il tape toujours dans le mille. Pardon, je ne suis pas là pour donner les bons et les mauvais points, mais quand même, c'est exactement ce à quoi il faut penser. Je ne crois pas que Kant ait mis en relation. Kant n'est pas content qu'au barin, ni des Khmers verts ni, après le mal du siècle, le siècle du mal. Il n'a pas connu, heureusement pour lui et pour son époque, c'est le comble du convulsif, n'est-ce pas, et du mal, et de son déchaînement de la bête.
2:00:17 Mais, comme dit admirablement Clouscard, puisque toute cette séance est quand même sous le chapeau d'un concept éminemment clouscardien, c'est une mensonge de mondanité, comme dit très bien Clouscard à propos de Kant, Kant il a tout vu, mais aussitôt il a tiré le rideau. Donc, en creusant exactement en prolongeant ce que Kant a entrevu quand il a parlé du mensonge, je vois très bien le passage dont il veut parler, à propos de l'impératif catégorique, n'est-ce pas, oui, on arrive à notre entretien de ce soir.
2:01:01 Bravo Sébastien, si je peux me permettre, encore une fois, je n'ai aucun titre à faire de l'évaluation, mais un amical salut. Merci beaucoup. Bête sauvage me dit la littérature de Balzac où les choix de Rousseau sont un refus de la mondanité. Chez Rousseau, il y a au départ un choix presque insolent alors que l'héros balzacien se retire du monde par dégoût. Je suis entouré de gens pertinents, franchement, quel bonheur !
2:01:34 Ça fait partie du bonheur, ça, n'est-ce pas ? Le partage. Je vais quand même regarder, parce que je ne veux frustrer personne. Je reviendrai sur cette question amusante de Julien Chevalier. « Bonsoir, M. Pagani, à l'instar des idiots, y a-t-il selon vous des philosophes utiles ? » On y reviendra. Ça me rappelle une question d'un homme foncièrement de droite, une droite hargneuse, qui avait écrit « Pourquoi des philosophes ? »
2:02:10 On y reviendra. Alors, je regarde, je regarde s'il y a des questions. Bon, « Trouvez-vous les choses intéressantes sur Louis Althusser ? » C'est trop vague. Bon sang. Bien sûr que les choses intéressantes sur Althusser, mais enfin, je veux dire, disons que les aspects de sa pensée auxquels il tient le plus sont ceux auxquels je tiens le moins. Voilà, je ne peux pas vous répondre d'une manière aussi rapide, vu l'heure qu'il est, et en même temps, en disant à peu près l'essentiel de ce qu'il y a à dire sur votre question.
2:02:45 C'est importante. Vu l'importance, qui était surtout importante à l'époque où il régnait en maître sur un certain marxisme français, mais ça semble bien révolu. Pas sur tous les aspects, mais voilà quoi. Oui, Pauline me tape sur le doigt. Enfin, elle ne le fait pas comme ça, elle ne le dit pas, mais je m'aperçois que je me suis planté, ce n'était pas vrai, elle a raison, c'est chez… Ah non, c'est la traduction de Gibelin. Mais c'est bien chez Vrin, je crois, il me semble. Voilà.
2:03:18 Oui, quand même, c'est CNR soviète, ce n'est pas une question, mais je la lis parce que ça me fait plaisir pour mon pays natal. Je ne vais pas me fabriquer une identité imaginaire, mais qui me rappelle qu'à propos du carnage fait par les Khmers, que j'appelle les Khmers verts et qu'on appelle les Khmers rouges en titre historique, mais c'est le même ensemble, il dit « Et c'est les Bodoïs vietnamiens, vous savez qu'on appelle le Bodoï, le soldat de base de l'extraordinaire, de l'unique armée vietnamienne dans la histoire de l'humanité qui s'est débarrassée dans l'espace d'une génération à peine, ce qui est bien court à titre historique, des deux plus grands impérialismes de l'époque, le français et l'américain.
2:03:58 Et c'est les Bodoïs vietnamiens qui ont libéré le Cambodge en 79, et oui, c'est eux qui ont chassé les Khmers rouges, mais qui ont continué d'avoir une énorme activité et de faire voter très actuel des résolutions qui leur étaient favorables et qui l'eussent à l'ONU parce qu'ils étaient soutenus par tout ce que nos adversaires appellent les occidentaux et dont je vous rappelle que c'est essentiellement les atlantistes et oui, qui avaient besoin des pro-chinois de l'époque, des pro- je veux dire, de l'époque où la Chine était avant tout anti-soviétique, qui ont besoin des pro-chinois anti-soviétiques contre les vietnamiens pro-soviétiques.
2:04:44 Et oui, on en apprend, on n'apprend pas parce qu'il y en a qui le savent, mais tout ça est tellement amnésié parce que le poids du mondain, on ne vous en parle nulle part, donc vous serez ridicule si vous sortiez un truc comme ça dans une mondanité, n'est-ce pas ? Voilà, donc très bien CNR soviète d'avoir rappelé ceci. Non, c'est le paragraphe, ah oui, merci de me rappeler le paragraphe pour la philosophie du droit, Frédéric Pignot, qui est fidèle, c'est, alors comme j'ai sauté de l'un à l'autre, c'est le paragraphe 5.
2:05:24 En fait, il faut lire car c'est dans la foulée 5, 6, 7. Voilà. Je passe sur la question, sur la détermination. Si on voyait que ces problèmes-là, qui demandent un peu du temps parce que c'est abstrait mais qui méritent d'être posés, ils demandent mieux qu'une fin de partie, si je puis dire.
2:05:57 Je vais terminer là pour l'instant en rappelant donc tout de même l'essentiel, c'est que on n'imagine pas encore, j'ai essayé dans mes faibles moyens non, ce n'est pas de la fausse modestie, je me sens, je suis le premier persuadé que tant qu'on est seul, on n'a pas beaucoup d'incidence sur ce qui se passe seul, même dans le fait de vouloir connaître, pas seulement pour l'action politique, là c'est évident qu'il faut être plusieurs, mais même au niveau de la lucidité, il faut un travail d'équipe pour être pertinent, n'est-ce pas ?
2:06:30 un individu tel quel a toujours des intérêts plus ou moins inavoués de lui-même et donc je tiens à conclure sur le fait que le concept de mondanité chez Clouscard, on ne saurait trop mesurer qu'on a à peine commencé, voilà ce que je veux dire, à déflorer, à effleurer, la richesse de ce concept que trop souvent l'exploitation droitière de Clouscard, je terminerai là-dessus, réduit à n'être que la critique, oui, un peu comme sur la photo, n'est-ce pas, de ceux où c'est tellement évident qui se vautrent dans le monde des privilégiés que c'est beaucoup plus facile de s'en apercevoir et du coup, qu'on laisse dans l'ombre comme disait tout à l'heure la question de notre ami KS, n'est-ce pas, qu'il y a des choses encore beaucoup plus graves.
2:07:32 Voilà, donc, le mondain, je me suis attardé sur l'évangile et je ne regrette pas parce que l'évangile, en disant que c'est l'essence du mal, bon, il a le tort de condamner le monde dans son ensemble parce que moi, je suis du côté de Saint-Just, je ne sais pas, le monde a droit au bonheur. Mais, voilà, quoi. je termine par une formule d'une de nos auditrices, c'est quand même mieux que follow-euses, qui nous a rappelé qu'après tout, le monde et le mondain, on peut en donner une acception positive, qu'on se termine sur une note positive, lorsque ce monde est équitable.
2:08:19 On n'en est pas encore là. bonsoir à tous et trop merci pour parler mal et avec le cœur de vous avoir, parler un peu africain, de vous avoir retrouvé. Merci mille fois et à Pierre-Alain qui, une fois de plus, a fait des prouesses et allez voir son exposition pour ceux qui ne sont pas loin. Voilà.
2:08:50 Merci.