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Le crâne du Djebel Irhoud
0:11 En 1960, un étrange crâne fossile a surgi des entrailles d'un petit massif montagneux du Maroc. Ce crâne avait beaucoup à nous révéler. Mais ni les techniques ni les connaissances de l'époque n'ont permis de comprendre qui il était ou l'importance que pouvait avoir son histoire. Porté par l'intuition de deux chercheurs français et marocains et équipé des outils et des savoirs du 21e siècle, une équipe internationale revient sur le site de sa découverte et reprend l'enquête.
0:48 C'est une autre... Ce qu'ils découvrent alors dépasse tout ce qu'ils avaient pu imaginer. L'incroyable découverte faite par un ouvrier dans une mine du Jebel Irhoud au Maroc. Serait-ce un homme de Néandertal ? Non, nous ne sommes pas encore à l'homo sapiens.
1:19 Le carbone 14 permet de dater la trouvaille à plus de 40 000 ans. Mais à quand remonte-t-elle précisément ? Dans les années 80, le chercheur français Jean-Jacques Hublin et son collègue, le professeur marocain Abdelouahed Ben-Ncer, émettent une autre hypothèse. Pour eux, le crâne appartiendrait non pas à un Néandertalien, mais à un homo sapiens, et serait bien plus ancien. En 2005, les deux paléoanthropologues reprennent les fouilles, parce qu'on ne va pas en rester à une hypothèse, il faut la confronter à l'expérience, reprennent les fouilles avec une équipe internationale.
2:02 La septième couche de sédiments leur livre un trésor vertigineux. Les restes de cinq individus distincts, la datation par thermoluminescence, plus fiable que le carbone 14, encore plus fiable si vous préférez, fait remonter leur origine à 300 000 ans, de 40 000 à 300 000 ans, en totale contradiction avec la théorie généralement admise, qui situait l'apparition de notre espèce en Afrique de l'Est, Kenya, Éthiopie, Afrique du Sud, il y a 200 000 ans.
2:40 Ces vestiges plus anciens de 100 000 ans ont été découverts à plus de 6 000 kilomètres de la région censée abriter le berceau d'Homo sapiens. C'est une révolution dans la vision de nos origines et de notre processus évolutif que racontent cet étonnant documentaire. Un changement de paradigme qui oblige autant le monde scientifique à revoir ses fondements que les manuels scolaires à réviser leur chapitre.
L'hésitation de Descartes, du calcul infinitésimal à la cire
3:22 Bonsoir tout le monde. Je préférais lire le texte en voix off d'abord comme ceci avant de vous saluer et avant tout. De nous excuser encore une fois de vous avoir prévenu à si peu de temps de cette diffusion en direct qu'elle aurait lieu ce soir. De notre côté, comment ne pas me réjouir, je parle pour ma part au moins, je suis sûr que la plupart d'entre vous sont bien d'accord, comment ne pas me réjouir que le retour de Pierre-Alain de cette longue mission en Extrême-Orient où il s'est occupé de choses qui ne vous regardent pas, mais que vous pouvez regarder en public à Beaubourg, je n'en dirai pas plus, pendant le mois de mai prochain.
4:11 Je m'arrête là. Mais enfin, je ne vous cache pas, je le dis devant lui parce qu'il fait la gentillesse de venir m'assister pendant ce direct, je ne vous cache pas que je me suis senti presque comme un orphelin quand il n'était pas là, et pas seulement au niveau technique, au niveau humain aussi. Donc, je me réjouis qu'il soit là et j'ai sauté sur l'occasion, surtout que lui a eu la gentillesse de me proposer d'occuper ce temps qui reste vide entre nous, sans contact, entre nous, ni présentiel, ni distanciel.
4:53 Parce que le centre Goscinny réquisitionnait jusqu'à début décembre, enfin bref, nous y reviendrons, mais il ne faut pas compter de prochaines séances dans la belle salle de ce beau centre avant la première quinzaine de décembre. Alors, nous sommes toujours dans notre problématisation de la notion d'hésitation.
5:27 Jusqu'ici, je l'ai bien sûr essentiellement illustré par des exemples philosophiques. On a vu la dernière fois l'incroyable hésitation de Descartes, à l'opposé de tout ce que l'ignorant appelle cartésien, n'est-ce pas ? C'est-à-dire, votre carré, bâton, pas du tout, c'est pas… Jusqu'au moment où il dit « je suis presque arrêté par les termes du langage ordinaire, comment ne pas, d'une manière plus claire et plus univoque, avouer que la clé du problème est au niveau de la langue dans laquelle on parle. »
6:08 Ah, quand il est dans les équations, il est à l'aise, Descartes, attention ! Bon, il est passé à côté du calcul infinitésimal, parce que l'infini n'est pas une idée claire et distincte, mais je vous renvoie si ça intéresse ceux qui veulent creuser un petit peu de ce côté-là. Je le dis parce que j'ai le plaisir de vous communiquer. un fait intéressant pour nous, c'est qu'il y a de plus en plus de scientifiques, de scientifiques versés dans les sciences « hard »
6:43 qui suivent nos entretiens. Donc, je le dis surtout pour eux, mais enfin, je veux dire, tout le monde est invité à le faire, à mesure où ils ont le temps de se référer à un ouvrage qui s'appelle qui a pour titre au plus faux. nos anciennes puces mathématiques et métaphysiques chez Descartes. Remarquable. Où Vuillemin, qui en est l'auteur, montre parfaitement que Descartes avait tous les moyens mathématiques d'aller jusqu'à la grande découverte quasiment simultanée de Newton et de Leibniz quelques années après.
7:26 Descartes, de calcul, de la dérivée qui va inaugurer après le calcul l'infinitésimal dans son ensemble, mais que pour des raisons idéologiques, Descartes, parce que précisément, pour lui, l'infini n'est pas une idée claire et distincte, n'est-ce pas ? Il a écarté la chose. Mais Vuillemin a le mérite de montrer que dans sa correspondance avec les plus grands mathématiciens de son temps, Fermat et j'en passe, il a montré à propos de la résolution d'équations, et en particulier d'équations afférents à une courbe que les mathématiciens connaissent et qui s'appelle la cycloïde, la courbe que dessine une roue qui se déplace sans glisser sur un plan.
8:17 Il a montré qu'il possédait parfaitement les moyens algébriques de résoudre les problèmes posés par l'équation de cette courbe. Donc, c'est vraiment idéologique. Alors, mais par contre, là où il est immense, c'est celui du passage du morceau de cire, lorsqu'il généralise cette découverte que ce simple morceau de cire l'a amené à faire, à savoir que lorsque nous le voyons, nous sentons que j'ai touché, on croit que c'est les sens, alors qu'en fait, ce que nous croyons être une sensation, en l'occurrence, si c'est une vision, n'est qu'un jugement.
8:57 Je juge que c'est la même cire qui était blanche et qui est maintenant et jaune, qui était agréable l'odeur de miel et enfin, douceur de miel qui gardait quelque chose de l'odeur des fleurs dont il a été recueilli, pour citer son admirable texte, et tout d'un coup, l'odeur de cramée, voilà quoi, je veux dire, et donc, tout ce par quoi nous l'avions défini en bon empiriste que nous sommes tous au départ, spontanément, avant de creuser un peu en philosophie, il faut toujours commencer par là, il faut être honnête, au départ, vous vous demandez c'est quoi le réel, tout le monde vous dit ben voilà, regarde, c'est ce que nous touchons, nous voyons, et nous apercevons que si c'est ça, et ben tout ça a changé, et pourtant, on dit, la cire était blanche, elle est maintenant jaune, elle était, donc on maintient une hypothèse de continuité, voilà, je reprends un peu le fil, il faut dire, mais quel rapport avec cette introduction, ce film, l'anthropologie, le Néandertal, l'homo sapiens, ben on y est, on y est en plein, c'est d'abord,
Animal ou homme : le continu et le discontinu
10:08 notre thème central, celui de l'hésitation, lorsqu'on trouve ce crâne, on est encore dans la zoologie, ou on est enfin dans l'anthropologie, on est dans les animaux, ou dans les hommes, vous voyez que le même problème se pose, à partir de quand, et pourquoi j'ai pris très précisément, je visionne pas mal de vidéos scientifiques, pourquoi j'ai essayé de sélectionner celle-là, parce que le chef de projet français, là, qui a travaillé avec ses collègues marocains, et à l'équipe duquel on doit cet admirable travail, le chef, je vais citer dans quelques instants, je vais citer la séquence, mais je vous la contextualise avant, je vais dire, en quoi elle a un rapport avec notre problématique, ce qu'il dit très bien, il dit, on a toujours tendance à vouloir qu'il y ait un point, on, on croit que c'est la communauté scientifique, vous allez voir, pas seulement, qu'il y a un point en deçà duquel on est dans ce qui est pré-humain, et au-delà duquel on est humain,
11:18 c'est ce genre de point dont je moque un peu, en disant que c'est quand même pas un 31 décembre à minuit, qu'on est passé de l'animal à l'homme, ouais, et c'est pourquoi j'ai intitulé la séquence de ce soir, enfin je l'ai mise sous le chapeau, d'une antinomie qui remonte au premier balbutiement de la philosophie et des sciences, je pense à la période des présocratiques, des socrates même, des grecs, le problème de l'antinomie entre le continu et le discontinu, parce que précisément c'est une opposition qui ne traverse pas seulement la pensée philosophique, comme nous sommes en train de le faire, à partir de quand on peut appeler, cesser d'appeler ceci un animal, et maintenant l'appeler un homme, non, mais aussi dans le monde scientifique.
12:09 Les points d'une droite, en géométrie, nous sommes dans le continu, chaque point est contigué à l'autre, alors que les entiers naturels, on passe de 1 à 2, on saute une infinité de décimales, c'est d'accord, on dirait, mais non, de 1 à 2, il n'y a pas une infinité de décimales, ah bon, écoutez, on n'a qu'à dire, avant de 1,999, alors il reste un petit intervalle, je peux le diviser tant que je veux, c'est ça le continu, vous voyez, c'est un peu comme l'Achille et la tortue, on n'arrive jamais à 2, si on regarde de près toutes les étapes, n'est-ce pas, bon, et bien, les entiers naturels, hardiment, instaurent le discontinu, 1, 2, 3, 4, et ainsi jusqu'à l'infini, au point que, alors, je ne sais plus si c'est Cantor, c'est un des grands mathématiciens, des grands soubresauts des mathématiques, entre le 19e et le 20e siècle, période très féconde, c'est Cantor ou Russell qui aurait dit, cette boutade, mais qui est magnifique, Dieu a créé les entiers naturels,
13:21 et l'homme a fait tout le reste, voilà, donc voilà, le continu, ça traverse, vous voyez, le discours scientifique aussi, ici nous sommes dans, alors, dans les sciences de la nature, ou dans les sciences humaines, j'hésite, hésitons, puisqu'on est en train, justement, de faire des fouilles, pour savoir si on a affaire, n'est-ce pas, à quelque chose qui est encore plongé, dans le règne animal, ou qui est un homme, et nous verrons, je vous dis le programme, nous verrons que cette manière de poser les choses est vicieuse en elle-même, dans la mesure où elle est brutalement antinomique, et ça c'est l'animal, ça c'est un homme, c'est-à-dire antidialectique au possible, être dialectique, c'est prendre ces deux extrêmes, ces deux opposés, n'est-ce pas, les conjuguer, mais alors, au prix de se déplacer, au prix des mouvements, n'est-ce pas, et donc l'homme, il n'est pas avant, à tel stade, après,
14:31 non, c'est le mouvement par lequel l'animal s'humanise, ce mouvement, il s'appelle l'histoire, même si, bien sûr, il a une proto, une préhistoire, je vous ai dit, le gros du programme, mais là où c'est fascinant, c'est de voir que, ce n'est pas des spéculations, du philosophe Pagani, je suis en train de développer là, c'est qu'on va voir, parmi, un des plus remarquables spécialistes, d'autant plus modeste, comme les plus grands, effacés, qui parle simplement, tranquillement, clairement, quand il n'est plus dans ses équations, ou dans ses mesures, extrêmement fines, du carbone 14 à la thermoluminescence, qui, la manière, on va vous laisser, le lien, pour voir l'ensemble de la vidéo, ça vaut de l'or, n'est-ce pas, cette trouvaille au Maroc, stupéfiante, qui a fait reculer, 100 000 ans, l'apparition, de l'homo sapiens, dans cette région, dans la région la plus proche, de la nôtre, de l'Europe, donc ce n'est quand même pas indifférent, et j'ajoute un petit point, concernant l'image initiale,
Du Maroc au Sahara vert
15:43 le carton, n'est-ce pas, vous remarquerez, que, c'est une carte, qui va de la région, où traditionnellement, on plaçait l'apparition, de l'homo sapiens, l'Afrique orientale, on voit, un petit peu avant, que ça bascule, dans la partie de la carte, qu'on n'a pas, c'est-à-dire, dans l'Afrique du Sud, mais l'essentiel, et là, Éthiopie, Kenya, Lucie, vous savez, on voit, la région, dans laquelle, on situait d'ordinaire, l'apparition de l'homo sapiens, et les plus vieilles, datations, fixaient son apparition, à cent mille ans, et voilà, que, ailleurs, là où il est censé être apparu, bien plus tard, que dans cette Afrique orientale, vous voyez, sur la carte, non pas au sud-sud-est, à l'est-sud-est de l'Afrique, mais au contraire, au nord-ouest, Maroc, je rappelle au passage, que Maghreb, veut dire occident, ouest, en arabe, soit dit en passant.
16:50 Donc, j'y reviens, 100 000 ans, une avancée de 100 000 ans par rapport à la date où on croyait qu'il était apparu, qui était autour de 40 000, mais pour ça, il a bien fallu, parce que tout le monde est d'accord pour dire que les premiers hominidés, hominidés, sont apparus, là, bien sûr, dans l'est, centre de l'Afrique, autrement dit, dans la forêt, la région verte, la région de l'Afrique centrale, n'est-ce pas, la grande forêt congolaise, congolaise au sens géographique, qui couvre plusieurs pays autres que le Congo, qui est un peu l'Amazonie de l'Afrique, si vous voulez, qui est le plus grand équivalent, en tout cas, en zone tropicale.
17:37 Et voyez, mais non, ce n'est pas possible, vous me dites, ils n'ont pas pu, je sais bien qu'ils étaient futés, ils savaient travailler des cailloux, mais quand même, ils n'ont pas pu traverser le Sahara, enfin, il faut des équipements, je dis, peut-être pas une 4x4, mais enfin, quand même, il faut des chameaux qui n'existaient pas, qui viendront bien, des millénaires plus tard, mais c'est que voilà, c'est que ce n'était pas un désert, mais non, et oui, ça surprend ceux qui croient que la Terre a commencé à se réchauffer, mais non, parce que vous et moi, nous vautrons dans la consommation, mais non, la Terre se réchauffe depuis plus de 10 000 ans, depuis le retrait de la dernière en date des grandes ères glaciaires, je ne peux pas être plus précis, ça veut dire qu'il y en a eu d'autres ères glaciaires avant, remontant, remontant pas l'époque, d'avant les dinosaures, là, à l'époque où l'homme existait déjà, Néandertal est un excellent chasseur dans le blizzard, dans le blizzard, et dans un froid sibérien,
18:49 en chassant le mammouth, et voilà, que quand la Terre a commencé à se réchauffer, et à l'époque, il n'y avait pas l'ombre, l'embryon de ce qu'on appelle l'industrie, même pas encore la métallurgie, c'était encore au caillou qu'on a à faire, soit taillé, soit poli, mais enfin, voilà, voilà que la Terre commence à se réchauffer, et qu'est-ce que vous faites là ?
19:21 Si vous êtes dans une... Attention, je ne veux pas dire que le Sahara, c'était aussi verdoyant que l'Amazonie ou le Congo actuel, mais c'était vraisemblablement, d'après toutes les études, à un marécage, c'était en tout cas beaucoup plus vert, avec une faune, une flore, un endroit idéal pour abriter, n'est-ce pas, des tas d'espèces animales, végétales, qui bien sûr, maintenant, sont loin sous les dunes. Et bien sûr, la preuve en est attestée par les extraordinaires pétroglyphes, les dessins sur pierre, pétroglyphes, n'est-ce pas, non pas hiéroglyphes, mais des écritures sacrées, mais des écritures sur pierre, qu'on trouve, mais sur des kilomètres carrés, je les ai vus de près au Niger, on n'en croit pas ses yeux, on est abasourdis, cette région qui est la plus inhabitée, qui soit la plus désertique, on a l'impression qu'il y avait une foule au travail, en train de taper, je ne sais pas, sur les cailloux, et pour sortir ces admirables reproductions d'animaux, et d'animaux quoi ?
20:29 Maintenant, des bovins essentiellement, mais très souvent, des hippopotames, des éléphants, des animaux, qui mangent des tonnes, par jour en tout cas, plusieurs centaines de kilos, quelquefois, d'herbes hautes, pas les pousses rases qui poussent entre deux cailloux, en Méditerranée, ou dans les régions secs, avec les ovins et les caprins, non, non, des gros animaux, des grands ongulés, des pachydermes, donc, voilà, j'en profite pour rappeler tout de même que nous, ce mouvement continu, nous ne sommes pas encore tout à fait sortir de l'ère glaciaire, les grands lacs européens, en France, le Bourget, Annecy, puis, en passant en Suisse, le Léman et le lac de Constance, le Bodensee, comme on dit en Allemagne, tout ça ne font que ourler, si vous regardez bien, les chaînes des Alpes, donc, c'est des restes que les glaciers de l'époque ont laissés, dans les cuvettes sans doute argileuses, qui ont retenu l'eau, vous voyez, et quant au nord de l'Europe,
21:39 il y a encore, en train de sortir de l'ère glaciaire, les milliers de lacs qui font le charme de la Finlande, lorsque vous avez vu de quoi vous débarrassez des moustiques, ou du Canada, sont, bien sûr, des résidus de l'ère glaciaire, voilà. Bon, alors, revenons à notre, du Djebel, ce qui veut dire la montagne, des monts Irhoud, de Djebel Irhoud, au Maroc, cette découverte stupéfiante.
Nommer l'homme et le singe
22:13 Je vous ai dit qu'elle s'inscrivait parfaitement dans notre problématique de l'hésitation, est-ce qu'on a affaire à quoi ? On aimerait bien trancher, mais là, ce n'est plus les philosophes qui hésitent, ce n'est pas, est-ce qu'on pourrait accuser le philosophe de vouloir couper les cheveux en quatre, n'est-ce pas ? Ah non, pas du tout, il s'agit des gens les plus compétents à la matière, dont je reviens à ce monsieur Hublin, le professeur Hublin, dont je vous renvoie à d'autres conférences qu'il a faites, admirables, que vous trouvez toutes sur YouTube, je vous les recommande, s'il y en a qui ne se rapportent qu'aux hominidés qui ont précédé l'homme, il connaît très bien cette jeunesse, les figures par lesquelles on est passé, je pense, en particulier, moi personnellement, à l'Australopithèque, regardez la langue, pithèque, c'est tout ce qui est singe, sinon c'est homo ou anthrop, si c'est un homme, n'est-ce pas ?
23:04 L'Australopithèque, c'est-à-dire le singe du Sud, ce n'était pas un homme, ah, ça y est, il nous ressemblait encore plus que les chimpanzés, il faut être clair, il n'était plus fréquemment bipède, n'est-ce pas ? Mais enfin, la forme du crâne, la capacité cérébrale et des tas d'autres éléments font qu'on est encore bien loin de ce que nous appelons hommes, on va y revenir, à ce problème des langages, mais je suis sûr que les meilleurs d'entre vous, enfin les plus assidus, ceux qui sont les plus cohérents, avec ceux qui sont déjà entendus, et qui commencent à voir, tout d'un coup, que ça fait système tout ça, et d'une manière non-close, d'une manière féconde, ouverte, on commence à s'apercevoir que ça dépend de nous, de savoir ce qu'est hommes et ce qui est singes.
23:57 Jamais une étoile a demandé à ce qu'on l'appelle étoile et non planète, jamais. C'est à l'astronome de trancher. Nous avons cette énorme responsabilité. Lorsque, je le cite souvent, les Écritures, surtout dans la Genèse, disent qu'Adam a donné à Dieu le pouvoir de nommer les créatures, il est oiseux de savoir si Dieu existe ou n'existe pas, parce que ça n'enlève rien à l'importance de cette formule.
24:29 Ça veut dire que, admettons même qu'on soit entre un milieu matérialiste, je me réclame, pour l'essentiel, vous voyez bien. Il faudra en conclure qu'il faut vraiment que le langage soit quelque chose de fichtrement important, à laquelle nous n'attachons pas assez d'importance. pour que nos anciens aient mis carrément son apparition dans le cadre d'un décret divin.
Le rocher qui devient table
25:00 Quel hommage au logos ! Alors voilà. Avant de revenir au propos du professeur Hublin, qu'on n'a pas encore entendu en direct, on a encore fait contrevoir sa trouvaille, je vous rappelle aussi d'autres vidéos, ou dans d'autres contextes, et pour d'autres problématiques, qui tournaient autour du langage, pas à propos de l'hésitation, comme aujourd'hui, mais du langage.
25:32 J'avais dit, rappelez-vous, j'avais pris l'exemple, j'avais dit, imaginons que nous soyons en train de pique-niquer, et comme il faut que je coupe le saucisson, ou que je dispose le couscous, parce que maintenant, il faut se méfier de tout le monde. c'est une Sandrine. C'est une Sandrine. Bon, bref. Comme si on l'avait attendue pour avoir passé le couscous.
26:04 Si c'est devenu populaire, c'est aussi qu'il y a un rapport qualité-prix, vous savez, les peuples ne sont pas idiots. Un plat complet comme ça, c'est comme le bo bun. J'ai remarqué que, moi qui suis né au Vietnam, que ça devient presque un second couscous, parce que maintenant, c'est connu, même de ceux qui vont presque jamais au restaurant Vietnam. Voilà, je refais ma parenthèse. Nous sommes en pique-nique. Il y a quelque chose à installer. Où est la table ? On est entre les arbres, les rochers, les étangs. Je dis ça parce qu'on n'était pas loin d'Ermenonville.
26:35 On me balade une fois. Eh bien, je vois quoi ? Un rocher un peu plus plat que les autres. Et je dis, ça y est, je suis comme Dieu. Ce sera notre table. Je décrète. C'est trop chez Marianne Bambé. Vous pouvez l'appeler rocher. Moi, ça ne dérange pas du tout. Vous voyez, vous pouvez dire que c'est un morceau de grès perdu dans les sables de Mortefontaine. Je décrète que ce sera notre table. car le mot désigne une fonction, un désir, un besoin, une utilité, quelque chose qui n'a rien à voir avec ce qui est, mais qui doit être.
27:14 Et ça, ça requiert un sujet. Vous voyez tout ce qu'on a révisé tout d'un coup. Retour à la logique du sujet. Les mots du langage courant, d'une manière générale, expriment les sujets que nous sommes et qui parlent. Ben oui, ça semble évident maintenant, mais qu'est-ce que vous voulez ? Il y a une telle résistance. On voudrait absolument chercher du physique, du chimique pour expliquer. Ça explique beaucoup de choses. Heureusement, moi, je ne serais pas en vie, ni vous, ni moi, sans les progrès fabuleux que la physique, la chimie et la biologie ont fait faire à la médecine.
27:47 Je vous ai déjà dit que je ne dirais jamais un mot contre les sciences dures. On y reviendra. Avec d'autres, des gens que je respecte, mais qui sont malheureux. Et qui, comme souvent les gens malheureux, apposition, virgule, citation de Spinoza, qui ouvre un de ses plus beaux textes, « Les hommes sont pour la plupart méchants et malheureux ». Génie de Spinoza, de dire avec une formule d'une simplicité que tout le monde comprend, tout d'un coup, l'essentiel, ils sont méchants parce qu'ils sont malheureux.
28:17 Parce que c'est méchant. C'est mal, si vous préférez. Je vais être plus précis. De critiquer, ce qu'il y a de positif dans le progrès. Et c'est pourquoi j'ai cité la dernière fois que nous nous sommes vus, que nous nous sommes entretenus, j'ai cité l'admirable phrase que Goethe, prête à Dieu dans son Faust, « Si tu méprises la science et la raison, les dons les plus élevés de l'humanité, tu te donnes au diable et tu es perdu. »
28:56 Celui-là, il avait anticipé son Allemagne, je vous l'ai dit, avant qu'elle sombre dans l'irrationalisme. Enfin, bref. Vous voyez, ce point est important, vous voyez les enjeux. Donc, lorsque je parle de progrès que l'on doit aux sciences, dites durs, sans lesquels, je vous répète, il n'y a pas besoin de dire Goethe, savoir leurs avantages, leurs évaluations, sans lesquels nous ne serions pas là.
29:27 Vos enfants, n'en parlons pas. Elles auraient été emportées par des choses épouvantables qui existent et dont j'ai vu quelques échantillons dans les pays où les technologies ne sont pas encore diffusées en masse. C'est assez effrayant. Mais ce n'est pas l'objet de la philosophie. Et puis, la philosophie, c'est précisément de prendre du recul par rapport à ces mots qu'on emploie tous les jours. Elle ne critique pas la science, la vraie philosophie, elle critique vous, moi, tout le monde, de la manière dont nous parlons.
30:02 Quand nous disons oui, c'est la même cire. Mais non, ce n'est pas une table, c'est un rocher. Ce sera notre table. Si vous regardez bien, faites l'expérience en pique-nique, personne ne vous dira non, mais ça ne va pas, ce n'est pas une table, ça, une table, c'est en bois. Certains se souviennent peut-être que j'avais fait l'expérience avec nos élèves africains. C'était le tout début du cours de philosophie, n'est-ce pas ? Et je leur avais dit, je sais que vous attendez des tas de choses, la métaphysique, la philosophie, la profondeur, qu'on va aller au-delà du cours de français, mais en plus approfondi, c'est à peu près la même chose, discipline littéraire, mais on va jusqu'au bout, cette fois, en ne s'arrêtant pas à mi-chemin comme en littérature.
30:47 Je sais que vous pensez tout ça, et voire même expliquer les mystères de maintenant, d'ici, et de partout, et de toujours. Et bien, je vais vous décevoir, je vais vous demander qu'est-ce qu'une table. Et bien sûr, la quasi-totalité de la classe me dit, ben, ça, on connaît, c'est une table, c'est quelque chose qui est rectangulaire, qui est carré, qui a quatre pieds en bois, qui a quatre pieds. Vous savez, j'en ai vu des tables qui ont un seul pied dans les bistrots. C'est vrai. Oh non, c'est pas le nombre de pieds.
31:17 C'est des tables en bois. Bon, vous n'avez jamais vu des tables en métal, en plastique. en or. Chez les dirigeants. Chez les princes de ce monde. Ça existe. On y voit. Oui, mais enfin, bon, mettons, c'est quelque chose, peu importe la matière et le nombre de pieds, mais qui est carré, qui avance. J'ai même vu table ronde. Vous promenez dans les quartiers d'Avignon, là, il y en a plein de bistrots avec des tables rondes.
31:51 Alors là, il y a la panique derrière la classe parce que la table était là et puis là, elle n'a plus ni sa matière qui a disparu. Je ne sais pas, ni bois, ni fer, ni ivoire, ni sa forme. Mais il ne reste que le mot. La chose est partie. Il ne reste que le mot. C'est ce qu'il y a de meilleur dans Foucault. C'est son titre, les mots et les choses. J'ai rendu justice à Deleuze. Il faut bien que j'ai rendu justice à Foucault. Je n'ai jamais dit que c'était un idiot.
32:23 C'est ce que je ne lui pardonne pas. d'avoir rempli sa fonction au moment où il fallait bien basculer vers la contre-révolution. Après l'époque, on s'est fait peur en croyant que le marxisme envahissait l'intelligentsia. Je peux vous garantir, je terminerai là-dessus, ma parenthèse, qu'on pouvait être agrégé de philo à l'époque sans avoir lu aucune ligne de Marx. Demandez à tous les contemporains, vérifiez, ne me croyez pas sur parole, vérifiez les documents, tout est, au Journal officiel, tout est contre-signé. Mais c'était déjà trop, le peu qu'il y avait.
« Qu'appelles-tu ? » : le mot comme médiation
32:56 Laissons cela. Je reviens à notre histoire. Je suis passé par l'exemple de la table pour vous dire, pour vous convaincre que c'est vous, vous et moi, mais vous en particulier, parce qu'il y en a qui ne sont pas convaincus, qui êtes souverains pour savoir ce qui est homme, animal. D'où la question fondamentale de Socrate. On me dit souvent, mais pourquoi Pagani, attaches-tu tant d'importance et à la différence entre qu'est-ce que c'est qu'appelles-tu ? Bon, d'accord, ce n'est pas pareil. Je veux bien, mais quand même, en gros, c'est pareil.
33:29 Ah non, justement, toute la différence est là. C'est qu'on a quitté l'être en disant qu'appelles-tu. On n'a plus affaire à l'être à l'immédiat, là. Non. Comme les yeux qui voyaient la couleur blanche de la cire. Non. Ou qui respiraient son odeur de miel. la couleur des fleurs dont il a été recueilli. Non. On a affaire à un mot.
34:02 C'est-à-dire, non pas à l'immédiat, mais à la médiation. Le mot, c'est ce qui nous sert d'intermédiaire pour arriver aux choses. si je veux que le sel réel, le sel, vraiment le sel, soit sur ma table, là, immédiatement à portée de ma main, il faut que je dise à mon voisin « passe-moi le sel » et qu'on se comprenne, qu'il ne passe pas le sucre. Vous voyez, vous voyez, vous êtes, vous n'êtes quand même pas une mauvaise nouvelle, bon sang.
34:34 C'est à vous de décréter ce qui correspond aux mots que nous employons. Mais pas à vous, à titre individuel, ce n'est pas le caprice au café du commerce où chacun vient faire intervenir son opinion. Car les mots servent à ce que nous communiquions. Donc, il faut que, à chaque fois, nous ayons un accord, une communauté d'expression. Ça nous en fait réviser des choses. Voilà. Alors, ce que je voudrais vous montrer maintenant, c'est un extrait de cette vidéo que j'ai à peine ce qui s'est le début pour montrer au moins les enjeux, l'importance de cette trouvaille, n'est-ce pas ?
35:17 Où le chef d'équipe, donc ce professeur Hublin, qui n'est pas du tout philosophe de formation, mais qui a des compétences que j'envis tellement dans son domaine, n'est-ce pas ? Et surtout, il travaille au sein d'une équipe internationale, les Allemands, du Max Planck Institute, qui a des étudiants, ce que vous voulez. Et on est vraiment là, au sommet de ce qui se fait dans la paléo-anthropologie, si vous préférez, en matière de rigueur scientifique.
35:51 Je voudrais vous le faire entendre au moment où il parle philosophie, sans même s'en apercevoir. Ce n'est pas son domaine, mais il a le mérite de poser le problème. Et j'ai demandé à Pierre-Alain de lancer le passage où il dit, je précise comme ça avant de relancer la vidéo, dont je dis encore une fois qu'un lien qui vous sera laissé vous permet de l'avoir intégralement.
Hublin : la frontière n'existe pas
36:23 je précise qu'il parle précisément de ce seuil qui nous permettrait de trancher définitivement qu'on n'a plus affaire à l'animal, mais à l'homme. Ce n'est pas où on décrète. Il s'adresse à tous ceux qui en cherchent ces différences dans des choses entre guillemets, avec mille guillemets, objectives, extérieures à moi comme sujet. Ce n'est pas dans sa biologie, dans sa... Et Dieu sait si j'y connais là-dedans. Eh bien, voilà ce qu'il dit. Écoutez bien.
36:53 300 000 ans après sa mort, l'homme d'Irhoud ouvre un large champ à la recherche. Et l'histoire évolutive qu'il nous révèle nous confronte à une constatation troublante. Ce cerveau, je trouve frappant de voir qu'il a continué à évoluer tout le temps. Il n'y a pas un moment où ça s'est arrêté, ça y est, on avait le bon cerveau et c'était terminé.
37:23 ça n'a jamais arrêté. Nous, homo sapiens d'aujourd'hui, ne sommes qu'un moment d'un long processus évolutif toujours en cours. Et ce simple fait nous incite à questionner les limites que nous fixons à notre espèce. Dans l'évolution de l'homme, on a cherché de façon constante à identifier un point qui nous permettrait de dire, voilà, après, ce sont des hommes et avant, c'est autre chose. Il y a ce désir secret de trouver une frontière qui nous permettrait de tracer la limite entre l'humain et puis le non-humain, l'infra-humain ou quelque chose comme ça.
38:03 Je pense que cette frontière n'existe pas. Suspension. Il a dit le mot-clé. Il est bien meilleur philosophe que beaucoup de ceux qui sont philosophes, ce savant, avec son humilité et son effacement. C'est quand il dit « Nous ne pouvons pas nous empêcher d'avoir le désir qu'il y ait un moment où il y ait une séparation de désirs. » Il avoue que ce n'est pas une problématique scientifique de faire ça.
38:39 Ce qui a fait avancer les sciences, ce n'est pas de réfléchir sur les désirs des étoiles ou des planètes, c'est au contraire de les chasser, les désirs. Il n'y avait que ça dans l'Antiquité ou dans la période pré-scientifique. Les pierres tombaient parce qu'elles avaient envie de tomber pour aller rejoindre leur lieu naturel pour m'en tenir à Aristote. La physique d'Aristote ne se limite pas à ça, mais quand même. n'est-ce pas ? Et si elles accélèrent dans leur chute, je cite toujours Aristote, c'est qu'elles font comme les chevaux qui, comme elles sont tout près de rejoindre leur lieu naturel qui est le bas, je vous cite, la physique de cette époque-là, où il y avait vraiment un bas, un haut substantiel, n'est-ce pas ?
39:18 En soi, en soi, un bas et un haut sans sujet. comme le corps se rapproche du bas quand il tombe, il fait comme les chevaux quand ils sentent l'heure de l'écurie, c'est-à-dire l'heure chez soi, ils accélèrent parce qu'ils sentent la mangeoire. Vous voyez, on croyait parler des choses et on parlait de nous. On faisait ce qu'on appelle de l'anthropomorphisme, on donnait la forme morphè de l'homme, pas seulement à l'animal, mais à la pierre qui tombe.
39:55 Voilà. Je ne parle même pas des dieux, n'est-ce pas ? Des dieux comme Jupiter, si vous regardez bien, Zeus, si vous préférez, Wotan, chez les germaniques parce qu'ils ont exactement le même behavior, je dirais les anglo-saxons, la même conduite. Ils trompent leur femme, ils signent des traités, ils les violent, ce n'est pas le dieu omniscient, omniprésent, infiniment bon, infiniment juste, qui est seul à posséder la sagesse, la puissance, la gloire. Non, non, c'est un homme qui ne mourrait jamais.
40:27 Vous voyez, les immortels, c'est ça. Donc, voilà. Je tiens à... Je suis très content que le professeur Hublin auquel je m'excuse de le répéter, il y en a qui s'exaspèrent mes répétitions, mais je vous renvoie à ces autres vidéos. Quand on a comme ça cette envergure d'être à la fois un des tout meilleurs spécialistes, je ne suis pas là pour faire un classement, je ne suis pas habilité à ça, mais d'après ses pairs, de la question, et qu'en plus, on a une telle clairvoyance philosophique, toute simple, et un langage clair, c'est de l'or en barre.
Chrétien de Troyes et l'énigme du mot Graal
41:16 Je vous y renvoie. Maintenant, je vous avais dit la dernière fois que la prochaine fois, c'était censé être aujourd'hui, mais cette séance n'était pas prévue, sous-entendu, c'est la prochaine fois au centre Goscinny, en présence d'une partie de notre public. Dieu sait si nous avons été heureux, je crois, de notre public aussi de renouer cette coprésence.
41:48 Je vous avais dit que la prochaine fois, on illustrerait le problème de l'hésitation au travers d'un mythe, d'un conte. En général, on le classe dans les contes. Je pense au conte du Graal, je vais y revenir. En fait, le mot Graal apparaît pour la première fois. Des recherches spécialistes de médiévistes ont été faites pour savoir mais où Chrétien de Troyes, car c'est lui le premier qu'il emploie dans sa dernière œuvre inachevée, Perceval ou le conte du Graal.
42:27 Ce n'est même pas la quête pour l'instant. Après, il parle de quête, mais dans le titre, Perceval, le gallois ou le conte du Graal. Et je ne sais plus si c'est à partir de la première ou deuxième page de son manuscrit, mais dès la deuxième page, et on voit le poète de cour en train de parler sans doute à la cour de Champagne, car il est de là. Regarde, le chrétien de Troyes. il est en train d'inaugurer et c'est le premier qui a inauguré ce qu'on appelle dans l'histoire de notre poésie et de notre littérature donc la matière de Bretagne.
43:06 Oui, c'est plus la chanson de Roland, c'est plus l'imitation des héros antiques, c'est encore moins la mythologie germanique. Non, ce sont des héros qui se déploient dans un espace qui contient notre Bretagne et bien sûr la Grande Bretagne, sachant qu'à l'époque elles étaient très peu séparées, humainement et encore moins culturellement et linguistiquement.
43:36 Donc, il inaugure cette matière de Bretagne alors qu'il est champenois. Et dans la deuxième page, j'ai laissé en suspens, qu'est-ce qu'il dit ? parce qu'il est à la cour, j'y reviens, je traîne un peu parce que c'est pour faire éclater l'importance de ce vers. Lorsqu'il présente son récit, il n'est pas encore rentré, ça n'a pas encore débuté, il le présente à son public et il sait qu'il y a de jolies femmes dans les cours. L'amour courtoise c'est l'amour qui a commencé dans les cours.
44:07 Vous voulez faire la cour puisque la guerre est finie. L'amour, il sait qu'il y a des jeunes filles qui écoutent et il sait comment leur parler. comme tout grand trou, tout grand trouvère, troubadour. Et poète, surtout, de la fine amour, comme on disait à l'époque, de l'amour courtoise. le Chrétien de Troyes dit, « Je vais vous narrer le plus beau conte qui soit narré en cour royale, ce est li contes del Graal. »
44:38 Et là, il dit la caisse. C'est solennel quand même. Or, les recherches ont été faites d'où il sort ce mot ? Personne, encore maintenant, on ne sait pas. Le mot n'existait pas. On a cherché partout, y compris dans les croisades, il y en a un qui dit c'est un mot d'origine arabe, puisqu'il y a le Krak, le château fort, vous connaissez bien ceux qui ont fait le Moyen-Orient et la Syrie avant que passons. On ne connaît plus le mal à s'y promener. Un des plus beaux châteaux forts au monde de l'époque médiévale a été construit par les chevaliers francs là-bas, n'est-ce pas, au cours des croisades, à quelques kilomètres de Damas.
45:16 Et on l'appelle le Krak des Chevaliers. Voilà, il y a plein d'hypothèses. Bien sûr, c'est lié à la nourriture, ça on le sait. Il contient quelque chose qui, si on ne le mangerait rend invulnérable au combat. Bon, bref, je ne vais pas m'attarder sinon, alors là, on n'a pas 15 séances. Non, non, mais pourquoi je fais intervenir Perceval le Gallois ou le Conte du Graal ? Parce que le personnage de Perceval et sa quête se passent toutes entières à l'intérieur d'une polarité qui sont l'hésitation et la décision.
L'enfance de Perceval et le roi pêcheur
45:56 La décision, c'est le contraire. Je vous ai parlé de la manière dont Alexandre avait tranché le nœud gordien lorsqu'il a pris l'Asie comme terre de conquête. C'était son premier geste, je pense. Que des milliers d'individus au cours des siècles avaient essayé de dénouer sans y parvenir. Vous voyez que ça, on retrouve l'équivalent dans les dans les contes médiévaux, en particulier la matière de Bretagne avec l'épée qui est enfoncée tantôt dans un arbre jusqu'à la garde, tantôt dans un rocher et que on défie, on met à l'épreuve le chevalier d'essayer et personne n'arrivait les tirer.
46:35 Sauf Siegmund dans la Valkyrie de Wagner. Ce n'est pas sauf Siegmund le futur père de Siegfried. Donc, laissant là ses symboles plus ou moins phalliques d'ailleurs et revenons au Graal. On ne sait pas on ne sait pas d'où vient. Mais ce qu'on sait, c'est que le héros, lui, il est éduqué par sa mère à l'opposé de ce qui va être sa vie.
47:06 Sa vie sera celle d'un chevalier. Or, sa mère a tout fait pour qu'il n'ait jamais de contact avec le monde de la chevalerie. Elle l'a élevé comme un sauvage dans la forêt parce que son mari, l'amour de sa vie camuré est mort aux croisades. Elle n'a donc pas envie que son fils s'expose au même péril. Je vais très vite. Et donc, elle élève à part ce petit sauvage ce Mowgli, qui aurait non pas une louve comme maman, mais une vraie maman-femme.
47:36 Et qui passe son temps à reporter sur lui l'amour qu'elle avait pour son mari. Et en faisant tout, qu'il n'entre pas en contact. Vous savez ce que c'est que le fruit défendu ? Je vous l'ai dit la dernière fois rapidement, la première fois qu'il entend des cliquetis au loin et qu'il voit des chevaliers passer sur le chemin, il ne peut pas s'empêcher. Il court les suivre. Il est émerveillé par leur haume qui flamboit au soleil et par leurs armures, leurs armes, parce que lui, il a un arc, il tire au vol tout ce qui vole, comme il dira plus tard, comme un exterminateur.
48:09 Mais lui, un arc, c'est une arme vile à l'époque, c'est une arme que font les enfants. Ils ont des épées, des lances. Il les suit. Il entend un bruit derrière lui, on va s'enfuir du château de sa mère. Il voit sa mère en pamoison, qui tombe en pamoison. Il s'évanouit de douleur de voir qui s'en va. Il se retourne et passe outre. Je vous ai dit que le fait qu'il est comme ça passé, comment ça s'appelle l'équivalent d'un ermite ?
48:48 Un prud'homme, on disait dans la matière de Bretagne. des années plus tard, quand il sera un chevalier aguerri, qu'il aurait défait déjà plusieurs ennemis, car déjà tout le monde auquel il a affaire a appris à redouter sa force et son courage. Parce que, ce vrai genre, un prud'homme, un jour, dans la forêt, lui révélera une partie de sa vérité. Parce qu'entre-temps, il est passé au château qui abrite le Graal, le roi pêcheur.
49:21 On reverra ça dans le détail, je vais assez vite. Ce roi pêcheur, prenez-le comme vous voulez, parce que dans le conte, il a fait un grand péché. Il est pêcheur avec un accent circonflexe, c'est-à-dire les deux. Mais, il est aussi souvent en train de pêcher sur une barque parce qu'il a du mal à se tenir debout parce qu'il a une blessure. Alors là, oui, je sais qu'il y a déjà compris qu'il y a un rapport avec la castration, enfin, la blessure est censée être entre la hanche, la cuisse, oui, contre médiévale.
49:55 Mais cette blessure que rien n'arrive à guérir, n'est-ce pas ? Et depuis qu'il a eu cette blessure, sa terre va à vau-l'eau et le monde est en déréliction, en abandon. Or, Perceval est arrivé au château qui est émerveillé par la beauté des pucelles, les jeunes filles, ça veut dire à l'époque, qui ne sont pas mariés, tout simplement, qui transportent le Graal et qui la portent dans une pièce mystérieuse pour que le roi s'en nourrisse.
50:31 C'est vrai, il est tellement stupéfait, qui ne dit rien, l'hésitation, vous voyez, la bouche ne parle pas, ne tranche pas. Et l'ermite lui dira, j'y reviens, maintenant, lui dira plus tard, ta gorge est restée nouée parce que tu es passé outre à la douleur de ta mère. Vous voyez, il y a beaucoup de choses à voir dans ce conte. Et bien sûr, je m'attarderai sur la version.
51:01 La version, parce que, je vous l'ai dit, c'est inachevé. Or, comme toutes les versions inachevées, nous disposons dès l'époque. C'est le cas aussi pour l'histoire de Tristan et Iseut qui a eu un tel succès à l'époque. Vous ne pouvez pas savoir le nombre de ce qu'on appelle des continuations, des variantes. Je rappelle que les récits et les épopées homériques, il y a de ça, n'est-ce pas ? Ce n'est pas dans toutes les versions de l'Iliade ou de l'Odyssée qu'Ulysse va faire un tour chez les morts aux enfers.
51:40 et non pas comme Thésée pour aller du dieu des morts déshonorer la couche et pour être frappé de voir par la tristesse et la pâleur de ce monde souterrain. Voilà, il y a plein de variantes parce que les aèdes, à l'époque, ils avaient aussi un petit côté marketing. Ils savaient que pour entretenir leur public, il fallait donner un peu de nouveau. Ils attendaient, ils avaient entendu mille fois l'histoire, je ne sais pas moi, du cheval de Troie, oui, mais voilà. Donc, ça se prêtait à faire des variantes. Il y en a eu plein pour Tristan.
52:10 Il y en a plein encore plus pour le conte du Graal. Et parmi celles-ci, bien sûr, dans toute l'Europe, il y a une version de Tristan suédois. Mais là, je vous montre cette version-là. Vous voyez ? Perceval est devenu Parzival parce que le V, c'est F. Et le V, notre V à nous, c'est W. Je dis ça parce qu'il y en a plein qui disent, je ne sais pas, qu'est-ce qu'il faudrait dire Volkswagen, donc on y est.
52:44 Non, non. V, c'est F. En anglais, le peuple, d'ailleurs. Voiture du peuple. Oui, d'un grand Minnesänger, comme on dit pour les troubadours, Minnesänger, du XIIIe siècle, Wolfram von Eschenbach. Ça a été la médiation entre Chrétien de Troyes et Wagner. Bien sûr, Wagner connaît par cœur tout le texte de Chrétien de Troyes, mais il est fasciné par la dimension surnaturelle qui apparaît ici dans la version de Wolfram.
53:19 Donc, je développerai surtout le personnage de Perceval à travers son incarnation de Parsifal et en me référant à ce texte qui nous a valu l'ultime œuvre de Wagner et son testament auxquelles j'ai fait plus qu'une allusion lorsque, dans les... Enfin, plusieurs fois, mais surtout, je me suis attardé dans nos podcasts musicaux que je dois à l'équipe d'Aliosha, dont Pierre-Henri en a fait aussi partie, d'ailleurs.
53:51 Et parmi ceux-là, il y a un chapitre sur Nietzsche, n'est-ce pas ? Et je rappelle que Nietzsche avait été dégoûté par la lecture du texte de Parsifal qui va nous occuper et les genoux lui ont tremblé tant il a été abasourdi par la beauté de la musique lorsqu'il a découvert la musique inspirée par ce texte. Voilà. Alors, ma dernière fois, on va revenir à l'hésitation.
La gorge nouée chez Baudelaire et Kafka
54:29 Pour l'instant, je n'en ai donné qu'une... du Perceval maintenant, je n'en ai donné qu'un avatar, c'est son mutisme, la gorge nouée. J'ai toujours peur de vous agacer par des détours, je m'aperçois que du coup, ça me fait accélérer et c'est plus confus quand j'accélère. Non, je creuse. J'ai compris maintenant qu'il faut au contraire s'attarder sur le centre de la spirale. Là, vous voyez.
55:01 Parce que vous en savez des choses depuis que nous nous entretenons ensemble. Or, j'ai déjà parlé d'une gorge nouée. J'en ai parlé au moins deux fois, je veux dire par des références bien précises de lecture. Je suis sûr qu'il y en a qui se rappellent déjà du développement que nous avons fait ensemble sur la cloche fêlée de Baudelaire. Je rappelle le texte, il est tellement court, c'est un sonnet qui commence si bien et qui finit dans le cauchemar. Comment peut-on faire ce passage en si peu de temps ?
55:34 Allez, ça correspond parfaitement à notre période de saison, donc on va le dire tout de suite. Il est amer et doux pendant les nuits d'hiver d'écouter près du feu qui palpite et qui fume et souvenir lointain lentement s'élever au bruit des carillons qui chantent dans la brume. On n'est pas bien là ? Elle n'est pas belle la vie ? Il y a amer, mais c'est la mélancolie romantique qui est une source de volupté. Vous savez, celle de Rousseau disait en écrivant à Malesherbes « De sorte que j'en étais pénétré d'une certaine tristesse que je n'aurais pas voulu ne pas savoir »
56:11 inaugurant ainsi la modernité. Écoutez, quelque part au tout début de la modernité. Deuxième strophe, toujours dans le bonheur du début. « Bienheureuse » Je paraphrase pas, j'interprète pas. « Bienheureuse » la cloche au gosier vigoureux La cloche est bien portante jette fidèlement son cri religieux ainsi qu'un vieux soldat qui veille sous la tente.
56:58 Je vous avais même dit on a les deux grandes foules pour lesquelles Freud a consacré une étude « Foules sans femmes » l'Église et l'armée. L'Église, la cloche, la cloche et l'Église. La cloche qui réunit les fidèles. Ainsi qu'un vieux soldat qui veille sous la tente. Le sabre et le goupillon on dira ailleurs. Ainsi qu'un soldat qui veille sous la tente.
57:28 Point à l'aller. Attention, ça se gâte. Voici les tercets. Moi, mon âme est fêlée. Rappelez-vous que j'ai en train de vouloir illustrer la gorge qui est nouée et qui ne peut plus sortir sa voix. Moi, mon âme est fêlée. La cloche fêlée ne sert plus à rien on peut la jeter. Et lorsqu'en ses ennuis elle veut de ses chants peupler l'air froid des nuits.
58:01 On est loin du feu qui palpite et qui fume. Il arrive souvent que sa voix affaiblie semble le râle épais d'un blessé qu'on oublie. au bord d'un lac de sang sous un grand tas de morts et qui meurt sans bouger dans d'immenses efforts. Voilà. C'est fini en quelques vers très courts. on est passé de la quiétude de la volupté de la mélancolie romantique un soir d'hiver où on s'enchante du confort dont on jouit dans la mauvaise saison pendant que dehors automne, hiver, printemps trempés de boue endormeuses saisons je vous aime et vous loue d'envelopper mon cœur ainsi que mon cerveau d'un linceul vaporeux vague comme un tombeau vous voyez ça a pu enchaîner c'est des thématiques ça.
58:54 Il a fini dans le cauchemar le cauchemar de la voix qui n'arrive plus à porter qui n'arrive plus à se faire entendre et l'autre référence rappelez-vous c'était dans Kafka c'était K le personnage central du dernier roman de Kafka de son chef d'oeuvre le plus sobre le plus épuré Château presque tous les effets pathétiques sont bannis pour ne garder que l'essentiel c'est-à-dire qu'un le pitch par un soir d'hiver un étranger arrive dans une petite bourgade du Saint-Empire romain germanique il se dirige droit vers la seule lumière qui est allumée parce qu'on se couche tôt dans ces coins-là surtout en hiver parce que c'est nuit d'hiver à l'auberge des paysans il n'y a que deux auberges dans le village en bas l'auberge des paysans et en haut parce qu'il y a une pente qu'il mène au château on va y venir l'auberge des messieurs les messieurs qui travaillent tout au château tout à fait différent de l'autre auberge lui il arrive des paysans et là il demande une place il n'y en a pas on le fait dormir dans la salle une paillasse sauf le fait du Kafka et il dit qu'il vient
1:00:09 remplir ses fonctions il a été recruté par le château comme arpenteur monsieur l'arpenteur on va l'appeler comme ça tout le long du roman K. monsieur l'arpenteur l'arpenteur je vous dis que je creuserai qu'au centre de la spirale là aussi il faut creuser le récit je le tiens ne vous inquiétez pas je reprendrai mais l'arpenteur celui qui fait des pas pour mesurer oh ça va bien faire 15 mètres l'origine même de la géométrie qui ne veut pas dire étude de la terre ça c'est géologie mais mesure de la terre qui a commencé par l'arpentage par nos jambes regardez bien l'écart des jambes un mètre l'arpenteur a mené la rigueur de la mesure de l'ordre de la rationalité dans le chaos dans l'infini monsieur l'arpenteur toujours est-il qu'on ne le croit pas enfin le château le château c'est du château pour personne ne pense jamais à aller au château chacun s'en tient un changement au village en bas et lui il veut aller au château
1:01:19 il n'y arrive jamais tout le long du roman c'est ça je vous ai résumé le roman c'est ces efforts incessants et infatigables un fatigable aussi parce qu'il est épuisé pour accéder au château voir qui l'a employé qui etc quelles sont ses instructions et une fois il est tout près rappelez-vous je vais citer ce passage d'y arriver d'abord il est très déçu par le bâtiment il trouve que l'église de son village avait plus d'allure avec son toit avec ce château qui est un peu comme un tas de bicoques rassemblées avec un donjon quand même et voilà qu'il est amené là par un traîneau avec un vieillard phtisique qui ne fait que tousser un attelage lamentable et donc ils font demi-tour parce que la nuit arrive ils sont épuisés dès qu'on veut marcher on s'enfonce dans les centimètres de neige c'est encore plus fatigant de retirer ses jambes de la neige donc on retourne et au moment où il tourne le dos ils entendent ça y est on y arrive un appel de la cloche il y a une cloche qui vient du château
1:02:29 et donc il dit qu'avec la voix la voix l'est elle est elle est menacée d'accomplir tous les désirs qui n'avait jamais osé exprimer passage extraordinaire pour un auteur dont on dit Kafka que la musique lui était indifférente vous voyez il devait s'en protéger pour qu'elle ait une telle importance dans son oeuvre et bien dans le château j'y reviens toujours mais au début tout au début quand il est dans cette salle il dit vous ne me croyez pas ben écoutez vous n'avez qu'à téléphoner comment réveiller réveiller le château à cette heure-ci vous n'y pensez pas je vais le faire moi il se dirige devant les paysans éberlués n'est-ce pas il se dirige et on entend enfin la voix du château et Kafka dit c'était un grésillement on aurait dit des milliers de voix enfantine mais très lointaine très lointaine mais qui s'unifiaient et prenaient de l'accent et du volume comme s'ils voulaient percer quelque chose de plus qu'une pauvre oreille
Les trois gouttes de sang sur la neige
1:03:39 vous voyez tout ça ce sont des variations sur le thème de la voix qui n'arrive pas à se faire entendre ou alors c'est un moment de grâce vous voyez et ben Perceval donc à plusieurs reprises n'a pas ouvert la bouche au moment où il aurait fallu c'est quelqu'un qui est un peu effacé il est un sauvageon il est un peu intimidé à la cour du roi Arthur avec lequel il va être en contact alors justement on y arrive parce qu'au point de vue il n'y a pas la cour du roi Arthur mais amené par ses aventures il se trouve dans un paysage d'hiver en train de chasser et voilà qu'il vient de blesser sans savoir que la cour du roi Arthur est en vadrouille par là dans les parages souvent les cours étaient en déplacement vous savez et avec des tentes dont vous avez vu des très belles reproductions dans les peintures d'époque la grande rencontre de François 1er et le roi d'Angleterre avec le camp du Drap d'or n'est-ce pas bon là c'est la cour du roi Arthur mais lui il ne sait pas lui il est en train de chasser et il a blessé un oiseau un oiseau blanc
1:04:51 sur cette blancheur Wagner reprendra le thème où Parsifal rentre sur scène sa première apparition c'est qu'il vient d'envoyer une flèche et de tuer le cygne sacré celui qui vit dans le domaine du Graal dans un domaine où on n'a même pas le droit de toucher le moindre brin d'herbe en tout cas de le cueillir et encore moins de tuer un animal et bien il vient de blesser un oiseau il vient le récupérer un bon chasseur oh ! l'oiseau n'était que blessé il s'envole et Parsifal au lieu de suivre du regard reste fasciné par le bas il regarde l'endroit où l'oiseau s'est posé et là il y a trois gouttes de sang sur la neige et là il va s'enfermer dans son mutisme mutisme induit par la vision de trois gouttes de sang un triangle rouge sur la neige immaculée vous pouvez spéculer ce que vous voulez c'est les couleurs du Japon je sais de la Pologne de la Suisse les couleurs de Sainte Catherine à la peinture
1:06:01 regardez bien le martyr de Sainte Catherine regardez l'importance du rouge et du blanc les peintres connaissaient tout ça par cœur les histoires des saints bon le rouge et le blanc n'envoie-t-on pas et je vais revenir au blanc et rouge après mais je continue ce qui se passe là la cour de la cour les chevaliers voient un chevalier penché vers on ne sait quoi de loin il ne voit pas et qui ne vient même pas saluer le roi Arthur en personne il se trouve de plus en plus que c'est inconvénant le sénéchal Keu qui est un gars qui a la tête près du bonnet comme on dit en français un peu soupe au lait on dit aussi qui s'en colère vite dire je vais lui donner une leçon moi ça lui est mal élevé ce type il ne croit pas si bien dire Perceval il n'a pas toutes les manières de la cour depuis qu'il a été élevé dans la forêt par sa maman donc bref il prend son cheval il court pour ne ce pas lui faire une attaque Perceval ne bouge pas absorbé de son silence et lorsqu'il entend le fracas
1:07:13 des sabots du cheval à quelques mètres de lui il se contente juste de faire un mouvement avec sa lance le Sénéchal se brise la clavicule et retourne minable pantelant à la cour et il y en a deux ou trois qui vont essayer et à qui il réserve le même sort jusqu'à ce que Gauvain Gawan dans Parzival Gauvain qui était considéré dans la matière de Bretagne comme le chevalier idéal par excellence celui qui honore le plus les règles de la bonne chevalerie dise au roi mais Sire c'est sans doute quelqu'un qui a fait un vœu et nous savons pour quelle raison un vœu de silence nous n'avons pas pris la bonne méthode je vais aller lui parler c'est ce que fait Gauvain Perceval se détend et dans les derniers moments de sa réflexion le narrateur le dit chrétien de Troyes que les trois taches de sang lui rappelaient les roses sur les joues de sa fiancée qui s'appelle Blanche Fleur regardez comment rien n'est au hasard Blanche Fleur
1:08:24 car à l'époque vous savez la femme ne pouvait pas être belle si elle n'était pas Blanche regardez le beau poème de Villon sur où sont passées les neiges d'antan lorsqu'il arrive à cette strophe où il parle de Blanche de Castille il dit si je me souviens bien la reine blanche comme un lys qui chantait la voix de sirène donc Perceval voilà les roses vous voyez le sang lorsqu'il y a une émotion chez la jeune fille un peu qui a de la pudeur qui a été élevée pour ne pas exprimer ses désirs pour être objet de désir et ne pas comme le garçon au sujet de désir dans la éducation traditionnelle dont certains se croient à tort complètement libérés la moindre émotion attire le sang à la surface de la joue voilà une imputation du rouge et du blanc et il n'y a pas que ça nous le verrons après je vous ai dit qu'on y reviendrait en tout cas voilà comment se termine
1:09:34 cet épisode magnifique du poétique n'est-ce pas ce chevalier là sur un paysage d'hiver sur la lande comme ça déserte la lande recouverte de blanc oubliant sa chasse et fixant pendant des heures en silence et donc il était admis à la cour du roi Arthur il y a une fête il découvre ce que c'est là les agapes les verres qu'on remplit les femmes qui rient les hommes qui racontent des gaudrioles comme toujours ou leurs exploits et puis au milieu de la fête arrive un personnage effrayant comme il n'y en a que dans l'imaginaire médiéval si vous regardez les gargouilles un personnage monstrueux un peu comme ça celle qu'on appelle le roman la messagère du Graal elle vient en pleine fête comme ça elle l'apostrophe devant tout le monde Perceval je vous donne quelques éléments de sa description chez Chrétien de Troyes vous reconnaîtrez des tableaux de Bosch ou de Bruegel dents comme du jaune d'œuf
La messagère du Graal : de l'hésitation à la décision
1:10:46 yeux de singe ou bien de chat vous voyez le genre de personnage sorti tout droit d'une bestiaire fantastique médiévale et qu'est-ce qu'elle dit à Perceval oh Perceval tu es allé dans le château tu as vu la lance qui saigne puisque le Graal est gardé dans un château où l'on garde deux reliques le Graal qui a recueilli le sang du Christ et l'épée excusez-moi la lance qui a percé le flanc du Christ surtout dans le remaniement chrétien qui s'est saisi d'une légende on en est certain maintenant que l'histoire du Graal etc. remonte même d'avant la christianisation de la Bretagne au sens extensif mais le christianisme a tout de suite répercuté ça dans les deux sexes si vous voulez la lance et le vase le Graal n'est-ce pas donc elle lui dit ça tu as vu la lance qui saigne tu as vu le roi et sa blessure et tu n'as pas posé la question qui aurait levé le maléfice sur son royaume or si toi demandais
1:11:56 tu l'eusses excusez-moi mais je suis le texte original qui n'est pas très compréhensible si on ne le met pas en français moderne ça m'aurait un peu si toi demandais tu l'eusses le riche roi qui s'en effraie serait guéri de sa plaie le monde aurait connu la paix voyez où mène l'hésitation des meilleurs et c'est à partir cette apostrophe qu'on passe de l'hésitation allez depuis le temps on en parle on peut passer à son contraire ça fait du bien la décision il laisse tomber toute cette gloire nouvelle parce qu'il est un peu le prince de la fête il est nouveau etc il laisse tomber y compris la pucelle qui rit c'est le dernier détail que je vous donne de cette fête on lui avait demandé son nom il a bafouillé deux ou trois trucs c'est un sauvageon il ne sait pas très bien s'exprimer et ça a fait rire sa déclaration ça a fait rire une pucelle le sénéchal Keu toujours souple a donné une violente gifle à la pucelle parce qu'elle avait ri et Perceval c'est juré a juré de venger la pucelle qui rit on verra la suite on verra s'il le fait ou pas
1:13:06 pour l'instant je suspends la quête du Graal que nous reprendrons on a le temps les séances prochaines et je reviens en arrière sur le rouge et le blanc j'ai beaucoup insisté sur le fait que pause synthétique on révise plusieurs choses l'anthropologique et le zoologique au lieu de les opposer comme les termes d'une antinomie plutôt il faut les voir comme les pôles d'une dialectique vous voyez la différence quand je dis pôles pensez aux aimants il y a du mouvement tout de suite ça bouge il y a un curseur qui passe son temps à aller de l'un à l'autre comme le héros du château passe son temps à aller du village au château du château au village alors que tous les villageois ne montent jamais au-delà d'un certain seuil et du coup il n'est jamais ni vraiment intégré au village il accède encore moins au château il est le mouvement nous sommes des hommes qu'est-ce qu'il a dit le savant Hublin tout à l'heure il a dit ce mouvement
Les pôles d'une dialectique : Rousseau et Hegel
1:14:16 dont certains voudraient qu'il se termine à un point bien précis en-dessous duquel on était encore dans le pithèque et au-delà duquel on est enfin dans l'anthropos ou dans les homo sapiens ce mouvement n'a jamais cessé et il continue il dit au présent oui à l'heure où je vous parle nous continuons à nous hominiser autrement dit nous avons toujours une partie animale c'est ça la dialectique on a cessé de les opposer mais ils ont un rapport antinomique à l'intérieur cette fois actif c'est pas sur une feuille de papier à gauche de ma table d'opposition je mets l'animal à droite je mets l'homme à gauche je mets l'instinct à droite je mets l'institution un peu comme Rousseau fait apparemment dans un texte que je cite souvent qui est le chapitre 8 du livre 1 du contrat social on révise allez je le rappelle de l'état civil ce passage de l'état de nature et l'état civil je m'arrête là pour l'instant ce passage vous voyez bien
1:15:26 que son propos c'est ce passage c'est pas l'état de nature ou l'état civil c'est le passage le mouvement lui-même produit dans l'homme un changement très remarquable je l'ai souvent dit donc je vais un peu vite en substituant dans sa conduite la justice à l'instinct et donnant à ses actions la moralité qui leur manquait auparavant quoi qu'il se prive dans ce nouvel état de plusieurs avantages qu'il tient de la nature il en regagne de si grand ses facultés s'exercent et se développent ses passions s'ennoblissent oui la sexualité devient amour ses passions s'ennoblissent son âme toute entière s'élève à tel point que et vous savez je m'arrête toujours là parce qu'on a l'impression que Rousseau donne le point entièrement rien que pour ridiculiser tous ceux qui l'enseignent en faisant croire que c'est vraiment quelqu'un qui ne fait que les louanges de la nature et qui diabolise comme les naturalistes d'aujourd'hui le monde humain on trouve même qu'on est trop à commencer par les autres surtout son âme tout entière s'élève à tel point que c'est là si les abus de cette nouvelle condition l'état civil ne le dégradait souvent
1:16:37 en dessous de celle dont il est sorti j'insiste en dessous de la bestialité plutôt en dessous de la bête commence la bestialité l'horreur si les abus de cette nouvelle condition il y a une théorie du mal qu'on n'avait jamais vue avant ça et qui commence avec le monde moderne et qui va bientôt inaugurer le siècle qui va se terminer par les plus grands carnages que l'humanité ait connus si les abus de cette nouvelle condition ne le dégradait souvent en dessous de celle dont il est sorti il devrait un conditionnel n'est-ce pas sans cesse bénir l'instant heureux qui l'en arracha pour jamais car il n'y a pas un moment où ce curseur s'arrête on est essayé on n'est plus dans les mains on est dans l'homme mais le mouvement ne s'arrête pas on va voir les résonances philosophiques de ce que j'ai en train de dire sur le mouvement lui-même qui ne s'arrête pas de même que K dans le château n'arrête pas de faire d'aller du château au village et vice versa n'est-ce pas il est ce mouvement il n'est ni le château ni le village il n'est pas le caillou
1:17:49 il n'est pas Dieu les deux extrêmes en passant par le végétal l'animal il est le mouvement qui va le caillou jusqu'à Dieu Dieu étant peut-être la société sans classe je ne quitte pas le matérialisme c'est un peu le point de vue de la théologie de la libération l'existence de Dieu prend corps au fur et à mesure qu'augmente le domaine de la liberté sur cette terre c'était ça n'est-ce pas que des religieux des prêtres qui se sont fait torturer coupé en morceaux dans les guérillas d'Amérique latine avec l'aide de toutes les pentagones de tous les CIA surtout en Argentine et au Chili et surtout c'est innombrable je crois que le record c'est le Salvador je cite toujours entre le Salvador et le Guatemala pour ce qui est du record du nombre de morts d'assassinés par habitant c'est 400 000 pour ces tout petits pays je suis en décembre bref donc ouvriers j'insiste sur le point on ne l'avait pas vu jusque là donc je m'attarde un peu c'est le mouvement
1:18:59 ici qui émerge alors que d'habitude je dis le moyen terme ce n'est qu'un moyen je m'en sers ce n'est pas l'essentiel l'essentiel c'est le but que je poursuis le reste c'est ce qui me sert à l'atteindre ce qui est important c'est ce que je veux atteindre c'est le but c'est le moyen rien à qui ont lieu comme ça des sagesses orientales qui disent la vérité du chemin c'est le chemin lui-même oui c'est très proche de ce que je suis en train de dire n'est-ce pas mais il faut en assumer les conséquences alors puisqu'on en est là vous voyez on en est en pleine philosophie je voudrais en profiter pour j'ai déjà dit que je pensais à ceux qui passaient les examens et concours et puis il y a un magnifique séminaire sur sur Hegel en ce moment à l'école normale supérieure j'y pense et je rappelle que pour rester dans le thème du passage du temps du devenir non plus de l'être de ce qui est déjà là que Hegel définit l'homme je ne cherche pas à expliquer la définition
1:20:10 moi c'est du Hegel ça faudrait des heures enfin les termes voilà la définition l'homme est le concept même existant dire Dasein pour une fois je dis le texte allemand Dasein être là Dasein là c'est là Sein c'est être et l'homme est le concept même existant pas le concept qui est dans ma tête quand je réfléchis le concept de chien parmi les mammifères les canidés existants l'homme je laisse c'est pas mon sujet puis il définit le temps le temps on ne parle pas de l'homme on parle du temps vous savez ce qu'il dit ?
1:20:57 exactement la même chose le temps est le concept même existant c'est peut-être un privilège de l'homme d'accéder au temps c'est intéressant de voir que les sciences dures essayent au contraire d'éliminer le temps là je vais demander l'heure parce que quand on est dans ces sujets là on ne voit même pas le temps passer et l'on finira par dire comme Ronsard le temps s'en va le temps las le temps non mais nous nous en allons oui ce serait donc oui sagesse de Pierre-Alain je je passe à vos questions avant et je renvoie donc à la prochaine fois le retour que j'ai promis sur le rouge et le blanc pris chacun à part maintenant je vous dis le programme tout de suite avant d'écouter vos questions écoutez les lire on verra un texte un texte de Mallarmé où tout est blanc et bien sûr un autre où tout est rouge et une synthèse un autre qui commence par le blanc et qui finit par le rose
Question du public : une évolution sans limite ?
1:22:08 faites une synthèse du rouge et du blanc vous allez voir le rose quel programme quand même oui non je ne plaisante pas vous allez voir c'est sérieux ce sont des grands textes mais je prends encore plus au sérieux vos questions qui sont aussi des textes alors je vais ici regarder ah ben oui je l'essaie en plus voilà merci beaucoup donc Daniel bonsoir Daniel que toujours heureux de retrouver Daniel Arias qui nous fait toujours avancer par ses questions hominisation singe homme cyborg humanoïde évolution sans limite voilà une bonne question vous vous doutez bien que le mot essentiel c'est le dernier c'est la tendance en tout cas chez l'homme d'initier une évolution sans limite c'est pas le cas de toutes les espèces vivantes l'ours blanc
1:23:20 il est limité à un biotope qui est la blancheur je veux dire c'est son camouflage si il quitte la banquise il est en difficulté vous imaginez un peu dans la savane africaine il ne ferait pas il ne ferait pas long feu le blaireau il est équipé pour être limité à des équipements qu'il a dès la naissance c'est ça la différence avec l'homme il n'y a pas besoin d'avoir un gros apprentissage tout petit peu pour les petits mais ça ne dure pas longtemps il faudra revenir sur ce thème de l'importance que prend l'école l'éducation des enfants chez l'animal humain le professeur Hublin dont je vous ai parlé revient là-dessus dans beaucoup de conférences il dit c'est frappant de voir dès la préhistoire à quel point la relation des parents aux enfants dans l'espèce humaine est immensément différente des autres espèces c'est pas un plus ou moins de tendresse c'est le temps que ça prend j'attends que ça finisse puisqu'on parle de sans limite je reviens oui le blaireau c'est une espèce
1:24:31 ça veut dire il est spécifiquement fait pour un terrain où on peut faire des terriers c'est pour ça qu'on ne le voit presque jamais d'ailleurs l'animal fouisseur il a les griffes pour ça c'est une vraie excavatrice ces griffes ce sont de vraies excavatrices les pelles l'homme il produit des pelles quand il en a besoin et l'homme peut habiter dans la glace dans les stations d'Antarctique ou du pôle la plus grande station américaine dans ces zones là c'est Thulé vous voyez bordé de technologie bourré de technologie comme il peut vivre dans la forêt équatoriale dans la banquise il se risque même sur la mer belle phrase de Platon il y a trois sortes d'hommes il y en a ceux qui vont à la guerre il y a ceux qui cultivent la terre et ceux qui vont sur la mer on sent le grec là d'archipel en archipel on sent Ulysse donc le propre de l'homme je viens de le dire tout le développement auparavant
1:25:41 évolution sans les limites oui mais ça c'est le propre de l'homme c'est que justement l'homme n'est pas condamné comme le blaireau à s'adapter à un certain milieu il adapte le milieu à quoi ? à un désir sans limite mais dans un temps limité pour ce qui est des individus n'est-ce pas ? si je parle de l'homme comme espèce oui alors là je dirais oui évolution sans limite je répondrais à Daniel de manière positive sans hésiter mais enfin là on est dans l'essence on n'est pas dans l'existence ce qui existe c'est des hommes comme vous et moi qui naissons et mourons et là je ne peux pas m'empêcher de citer cet extrait de la phénoménologie de l'esprit de Hegel où il parle du phénomène je vous ai parlé tout à l'heure de sa définition de l'homme le concept même existant puis du temps le concept même existant et vous voyez maintenant ce qu'il dit du phénomène terme hérité de Kant bref tout ce qu'il y a autour de nous en tout cas quand on le pose comme apparence c'est ça qu'il distingue de la simple apparence
1:26:51 il dit la manifestation c'est le même mot que phénomène ce qui se manifeste est le mouvement de naître et de périr virgule mouvement qui lui-même ne naît ni ne périt jamais je réponds en ouvrant des pistes à la question de Daniel oui comme ce n'est pas une séance de réponse aux questions je remercierai infiniment Daniel pour la pertinence de sa question vous voyez qu'elle était tout près mais je suis sûr que ce n'est pas un hasard s'il l'a posé c'est qu'il a été attentif à ce que j'ai pu dire à ce que j'ai pu rappeler ou transmettre et je vais terminer une fois n'est pas coutume sur une illustration ni philosophique ni scientifique mais sonore musical de cette hésitation cette fois entre le continu et le discontinu un morceau de musique
Un choral de Jehan Alain : du continu au discontinu
1:28:01 une merveille d'un compositeur peu connu du grand public il s'agit de Jehan comme le prénom médiéval J-E-H-A-N Jehan Alain les Alains sont une grande famille d'immenses organistes on est plus élus sur Marie-Claire Alain Olivier Alain j'en passe et Jehan sans doute le meilleur d'entre eux enfin on peut on peut spéculer mais il est mort tellement jeune il a été résistant des premiers résistants pendant la guerre et nous l'avons perdu dans les premières heures de la guerre Jehan Alain auparavant il avait composé un choral comme souvent les organistes un choral or le choral c'est la forme du discontinu par excellence en musique c'est carré c'est pas c'est pas un hasard si c'est surtout dans la musique protestante enfin des pays de religion protestante chez Bach et Haendel c'est pas que le choral c'est important c'est parce que d'abord Luther lui-même en avait composé ce fameux choral qui a pour titre et pour moi vous savez que ça résumait un peu une certaine parano courante en Allemagne Ein feste Burg ist unser Gott notre dieu est une citadelle imprenable nous sommes sur la défensive
1:29:12 nous sommes en allée et il a écrit un choral mais alors pas du tout dans ce goût là mais on a on a l'impression de plonger dans la nuit des temps quand on l'entend j'ai l'impression de voir tous les clochers de nos cathédrales mais depuis les vieilles chapelles romanes jusqu'aux immenses cathédrales de l'île de France et de la bouse de Reims de la Normandie je le vois tout d'un coup tous ces clochers se faire écho avec ce choral qui vient vous allez voir le contraste entre le début qui est cotonneux qui est continu qui est flou ces espèces de tourbillons de lumière de poussière de lumière c'était très étrange un temps entre chien et loup un temps de giboulé si vous voulez et tout d'un coup ce désordre apparent très difficile à jouer ce flux continu n'est-ce pas ces rafales de notes à l'orgue tout d'un coup le choral majestueux
1:30:22 vient s'installer et on peut dire ça y est nous ne sommes plus dans la zoologie on est dans l'anthropologie mais ce n'est que dans le monde de l'esthétique que nous pouvons comme ça le contempler en quelques secondes le passage c'est pas et c'est exécuté à l'orgue par une jeune organiste j'essayais de me tenir au contact des nouveaux talents et j'ai été frappé par la la métier avec laquelle elle exécutait cette œuvre difficile je vous demande car les réalisateurs qui ont fait cette vidéo ont eu la bonté de mettre en lucarne à l'intérieur de l'écran en petit écran les pieds parce que vous savez qu'alors on peut jouer avec les pieds il y a un troisième clavier quand il y a deux claviers un quatrième s'il y a trois claviers en haut qui se joue avec les pieds talons pointes la difficulté que ça présuppose n'est-ce pas Bach pouvait les mains sur la tête comme ça vous faire une fugue avec ses pieds une fugue à deux voix mais pourquoi pas trois comme je le connais et donc et soyez attentifs le choral commence vers 5.03 par là n'est-ce pas et voilà
1:31:32 donc je mais de toute façon je n'ai pas besoin de vous l'indiquer le contraste est tellement saisissant entre la continuité tourmentée tourbillonnaire du début et l'instauration du choral que personne ne s'y trompera et bien écoutez je je vous donne rendez-vous pour les prochaines aventures de Perceval le Gallois dans sa quête du Graal et je suis bien content de vous avoir retrouvé ce soir même si je vous ai prévenu encore une fois et je m'en excuse un peu tard merci mille fois de votre présence merci à Pierre-Alain pour sa présence inespérée qui m'a permis de faire cette séance et très bientôt merci