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Programme de la séance, crise de la dette et situation aux États-Unis
0:30 Je suis heureux de vous retrouver pour cette vidéo. Deuxième séance de l'an 2021 et pour un programme, une formule un peu particulière cette fois-ci, puisque vous verrez que la séance d'aujourd'hui va comporter deux parties plutôt différenciées. Et une première où je reprends donc la problématique abordée la dernière fois sur la notion de scientificité en général, qu'elle soit à l'œuvre dans les sciences dites dures ou dans les sciences humaines, Dans les sciences dites humaines, dans les disciplines humaines dites scientifiques, on a le temps de mettre tout ça au point.
1:32 Et à peu près au milieu de séance, je vais donc pointer un exemple dans l'ici et le maintenant de l'expression culturelle en général, là on est dans les sciences humaines, comme ça vous a été annoncé sur le programme, et comme il m'a été demandé, j'ai été l'objet de pression pour mettre le ring au programme, j'ai fait souvent dans les ateliers passer quelques emprunts à des extraits du ring qui pouvaient illustrer une problématique philosophique.
2:17 Ce n'est pas ça qui manque dans une œuvre comme Le Ring, mais aussi bien dans la comédie humaine de Balzac, ou dans la quête du Graal de Chrétien de Troyes, ou dans la recherche du temps perdu, peu importe. Mais cette fois-ci, cette année, au lieu de faire quelques allusions fugitives du Ring, on me demande de présenter un peu l'histoire, qui n'est pas sans analogie, certains s'en sont déjà aperçus avec Le Seigneur des Anneaux, Et avec Star Wars, chacun des deux a puisé quelque chose, soit délibérément, soit parce que c'est dans la culture germano-nordico-américaine, appelez ça comme vous voulez.
3:07 Il est évident que le sommeil de la Valkyrie doit quelque chose à la Belle au bois dormant, par exemple. Là, je vais dire ça, c'est un peu le même fond. Mais là, ça va être pour illustrer une problématique par laquelle je vais m'attarder un instant avant, dans la première partie, qui concerne la notion d'entendement. Voilà, c'est une notion qu'on a déjà vue à plusieurs reprises , j'ai demandé à ce que dans l'annonce de la séance de ce soir, on rappelle le lien d'un atelier qui remonte à quelques années, puisque pour ne pas… surtout pour montrer qu'en fait…
4:03 Je tiens beaucoup à ce que je prends toujours un peu la même image, à ce que je peux exposer dans mes interventions, quelque intérêt que ça puisse susciter, je vous remercie quand c'est le cas, mais a fortiori quand ça accroche moins. Ne soit pas simplement comme le paysage qui défile dans le rétroviseur et qui ne revient pas. Mais qu'au contraire, il fallait qu'il y ait un minimum de cumulativité de mes interventions depuis le début pour qu'une systématicité commence à apparaître, ce qui permet déjà de répondre à bien des objections récurrentes qui reviennent la plupart du temps, Et auquel il m'est arrivé, pour la plupart, de répondre il y a 2, 3, 4, 5 ans, ça dépend un petit peu des problématiques soulevées.
5:00 Voilà, alors j'en suis pas encore à dire, écoutez, reportez-vous à mes œuvres complètes, elles sont maigrichonnes, les miennes, vous savez que je n'écris pas énormément. Mais tout de même, il y a un minimum de rappel à faire et pour vous y aider, pour y mettre moi-même la main à la pâte, je me suis reporté à la vidéo numérotée 2-3. Donc ça remonte à l'époque de notre premier grand cycle qui était entre crise et guerre philosopher, qui n'est pas du tout démodée quant aux problématiques soulevées, n'est-ce pas ?
5:43 Je ne crois pas que les dangers de guerre se soient éloignés depuis que j'avais abordé il y a près de 7 ans ce cycle. Et quant à la crise, elle est plus importante que jamais, n'est-ce pas ? Nos dirigeants et nos politiques aimeraient bien imputer ça au Covid, n'est-ce pas ? Alors que tout le monde annonçait une grave crise, le big one, comme disaient les économistes.
6:13 Quand est-ce que va nous tomber dessus le big one ? Quand on voit le niveau d'endettement d'un pays comme les États-Unis, par contre, Le Japon qui dépasse les 240 % d'endettement. Bien avant que les perturbations de l'économie causées par les mesures prises en fonction du Covid n'interviennent, on était déjà en train d'arroser un incendie avec des pompes à essence.
6:46 Avec le quantitative easing pratiqué par l'ensemble des banques centrales occidentales, pour prendre un concept journalistique assez flou, je parle d'occidental ici, c'est-à-dire que pour résoudre le problème de la dette, on l'accroissait d'une manière vertigineuse, n'est-ce pas, en créant des liquidités, des liquidités, des liquidités. Il ne faut surtout pas qu'on montre que le roi est nu et que la crise annoncée par Marx, la crise structurelle du capitalisme, non seulement ce n'est pas démodé, mais que c'est plus que jamais d'actualité.
7:18 C'est un petit rappel. Donc, ni la crise, ni la guerre, malheureusement, ni le danger de guerre ne sont diminués. Je ne vous cache pas que je suis assez inquiet de ce qu'est en train de se passer aux États-Unis. Non pas le problème de guerre civile, il ne faut pas agiter les spectres, ce n'est pas impossible, c'est un pays qui en a vu d'autres, c'est un pays qui a commencé par un génocide réussi. Je veux dire…
7:48 Ils n'ont pas fait la bêtise comme les Allemands d'attendre la solution finale, ils ont fait la solution initiale en arrivant, les colons américains. Et donc on peut s'attendre au pire. Il y a aussi du meilleur aux Etats-Unis. Je ne suis pas américanophobe. Je souligne ici l'aspect négatif, mais on en parle tellement peu que ça paraît un petit peu… on peut assimiler ce que je dis à la provocation, alors je suis bien en deçà, de la vérité et de la réalité pour l'instant. Je reste sobre.
8:23 Donc, je suis un peu inquiet de la petite vacance de pouvoir à laquelle nous assistons avec une fin de règne, allez, soit simplifiant, entre un voyou sans masque qui bientôt va abandonner la Maison Blanche, ce qui est le plus probable, pour laisser la place à un voyou masqué. Il y en a qui trouvent tout d'un coup d'incroyables vertus démocratiques.
8:57 Au démocrate américain, qui font une... ... américains. Voilà. Et je ne parle même pas des va-t-en-guerre qui sont autour de Trump depuis, de Biden depuis toujours, autour des démocrates, n'est-ce pas ?
9:38 Je suis inquiet quand je vois la désinvolture effrayante et effarante avec laquelle les GAFA disent qu'est-ce qui est autorisé et qu'est-ce qui n'est pas autorisé. Bref, des oligarques. Ce n'est pas moi qui parle, c'est notre ministre des Finances. Vous voyez, ce n'est pas mon camp. Mais notre ministre des Finances a dit, comme Mme Merkel d'ailleurs, c'est rare que je les cite positivement, que c'était scandaleux que Facebook ou Twitter, n'est-ce pas, Le droit décide qui a le droit d'apparaître sur les réseaux. Il y a des juridictions dans les États modernes et il y a un État de droit, c'est aux États et aux structures désignées à cet effet démocratiquement qu'il appartient.
La neutralité axiologique et la doctrine kantienne des facultés
10:20 C'est pour dire que quand je dis de remonter au premier cycle entre crise et guerre philosopher, on ne revient pas à une actualité éventée, au contraire. Mais je reprends ici pour l'instant, vous me direz mais quel rapport ? Enfin je ne sais pas, on a été dans les problématiques cognitives, dans les sciences, qu'est-ce que c'est que ce préambule ? Ah ben justement, ça va être un thème qui va nous occuper aujourd'hui. J'ai l'air de souvent, quand je compare les sciences dites dures, que je préfère appeler les sciences de la nature, et je le ferai sans aucun problème si ce n'était pas laissé de côté les mathématiques.
11:04 dont les modèles s'appliquent comme aucune autre formalisation aux sciences de la nature, mais qui ne doivent rien à l'expérience, enfin qui ne doivent rien dans leur formalisation. Historiquement, si, certains modèles mathématiques n'auraient pas existé s'il n'y avait pas eu des problèmes astronomiques, balistiques, militaires, etc.
11:35 Je reviens à quoi il semblerait qu'on devrait être dans la neutralité axiologique, comme on dit en certains milieux, dans certaines sciences humaines, sans voir l'énormité qu'il y a à proclamer une neutralité axiologique dès qu'on quitte les équations. Si on parle le langage de tous les jours, je vous ai déjà, je crois, je vous ai habitué à comprendre que dire le soleil se lève, c'est déjà quitter la neutralité axiologique, c'est dans le monde du désir et non plus dans le monde de la connaissance.
12:08 Aller du bas vers le haut, c'est plus valorisant dans toutes les métaphores, dans toutes les langues et de toutes les cultures, on n'est pas dans le racisme là, n'est-ce pas ? que traîner quelqu'un dans la fange, ça c'est en bas, ou le traîner dans la boue, ça c'est sous les pieds. Il vaut mieux tenir le haut du pavé, je joue sur les métaphores, vous voyez, pour montrer que dire que le soleil se lève, dans la langue, il y a déjà un tropisme qui n'intéresse que des sujets ici et qui n'a plus rien de l'objectivité scientifique.
12:38 Ce n'est pas un énoncé astronomique, le soleil ne s'est pas couché, il n'a pas levé. Donc premièrement, nous mettons de la pseudo-neutralité axiologique lorsqu'il s'agit de s'exprimer dans la langue naturelle, dans le langage de tous les jours bien sûr. On ne met pas du tout en question la neutralité axiologique des biologistes, des physiciens, des mathématiciens dans la partie scientifique de leurs travaux. Par ailleurs, ils ont le droit d'avoir les options politiques qu'ils veulent.
13:09 Ce n'est pas à moi d'en juger. Mais si je parle en termes kantien, je vais maintenant être de plus en plus précis. Je vais faire souvent référence à Kant dans ce cycle parce que c'est quand même un des plus grands épistémologues de tous les temps, ce qui fera dire à certains que je suis en fait kantien. Je dois répéter que je ne suis… bon, ce n'est pas très intéressant ce que je suis dans mon propos. Mais enfin, je vais dire à titre négatif, je ne suis ni Hegelien, ni Marxien, ni Clouscardien, même si je pense que les trois références que je viens d'énoncer vont beaucoup plus loin que toutes les autres.
13:48 Voilà, j'ai compris, et surtout pour expliquer le monde dans lequel nous… pour rendre compte du monde dans lequel nous vivons. Ça ne veut pas dire que j'adhère à chacun de leurs énoncés. Et que je peux en proposer aussi d'autres, n'est-ce pas, à mes risques et périls, et tout en étant conscient de mes lacunes et de mes faiblesses et de mes ignorances. Ceci étant rappelé, je fais allusion à Kant, pourquoi ? Parce que vous savez qu'on a souvent dit que le kantisme est une doctrine des facultés. Il y en a trois essentiellement, la sensibilité, l'entendement, la raison.
14:21 Si l'on regarde l'ordre de ce qui est le plus près de ce que nous appelons le réel immédiat, le sensible, si vous préférez, vers ce qui est le plus intériorisé, n'est-ce pas ? L'entendement, et si on systématise un peu les lumières que l'entendement fait jaillir ici ou là quelquefois un peu dans le désordre, si on les systématise, on arrive à la raison.
15:02 Je ferai remarquer ici que cette tripartition, sensibilité entendement raison, en la rappelant, je ne m'enferme pas seulement dans une philosophie, fut-elle le kantisme ? Parce que si vous regardez le passage de Platon que je cite souvent, et pour cause, n'est-ce pas, parce qu'il résume toute son épistémologie, le passage qui termine le livre de la République, C'est-à-dire juste avant que le début du septième livre mette en scène le mythe de la caverne.
15:37 Le mythe, c'est une allégorie, le mythe de la caverne, par habitude, c'est un abus de langage. Ce n'est pas un mythe emprunté par Platon à la religion grecque, une fabrication maison, si je puis dire, chez Platon. C'est une allégorie. Donc, la différence n'est pas mince. Dans le chemin qui va du fond de la caverne au soleil, vous avez ces trois parties. Le fond de la caverne, c'est le sensible, c'est le réel, dans laquelle, en termes kantiens, la faculté de connaissance qui est à l'œuvre est la sensibilité, la perception, tout ça.
De la ligne de Platon à l'entendement du « si… alors »
16:16 Après, Platon passe à la dianoia, qu'on traduit par la connaissance discursive, donc on ne se contente plus de sentir, de remuer la truffe, de cligner des yeux et de prendre de ses doigts. Mais on nomme, ça ne vient pas de l'extérieur vers l'intérieur, c'est le contraire, vers l'intérieur. Et on nomme, bref, on produit des concepts et ça c'est le monde de l'entendement. Et c'est de ça que je vais parler aujourd'hui, c'est de l'entendement.
16:47 Cette faculté qui occupe la position médiane entre ces deux extrêmes que sont la sensibilité. Pardon de commencer sur les chapeaux de roue, mais je veux dire, on a un programme assez chargé et il faut déblayer le terrain pour l'essentiel. L'entendement occupe donc cette position médiane, l'entendement chez Kant ou la connaissance discursive chez Platon, la dianoia, vous voyez la dia, ce qui passe à travers comme une diagonale, qui divise en deux, entre les deux extrêmes que sont la connaissance immédiate, sensible, la sensation ou la raison. Chez Platon, ce serait plutôt à la dialectique, n'est-ce pas ? Ce n'est pas le cas du tout chez Kant, là par contre il y a une vraie divergence.
17:33 Il y a l'entendement dont Platon dit très bien que la meilleure illustration c'est le travail des géomètres, lesquels, dit-il, partent d'hypothèses en vue de conclusion. C'est pour ça que souvent on appelle ça la connaissance hypothético-hypothèse déductive, si vous préférez en termes d'expression courante, si alors. Alors, si la droite A est parallèle à la droite B et la droite B est parallèle à la droite C, alors la droite A est parallèle à la droite C.
18:08 C'est un cas particulier de ce qu'on appelle en langage ensembliste, c'est une relation d'équivalence. Donc l'égalité tant s'en faut, il y a aussi le parallélisme. Donc, c'est là. Cette faculté, l'entendement, est celle qui est la faculté reine dans les sciences dites dures. Et précisément parce que l'entendement est par essence dans la neutralité axiologique, car son but n'est ni le bien ni le mal, ni le beau ni le laid.
18:42 Ce ne sont pas ses critères. Ses critères, c'est le vrai, le faux, le critère de la science. C'est l'entendement qui est à l'oeuvre dans la science et dans la science, je vais citer ici Spinoza, il ne s'agit ni de rire ni de pleurer, il s'agit de comprendre. Ainsi, vous n'avez pas dans… Dans l'immense majorité des ouvrages de Marx, vous ne voyez pas des oukases ou des prescriptions politiques, comme il y en a beaucoup chez Lénine, qui a eu des problèmes de pouvoir à gérer. Ce n'est pas le cas de Marx, lui, qui s'applique à comprendre ce qui est, comment fonctionne le monde dans lequel nous vivons, en tant que nous vivons dans une société bourgeoise capitaliste.
19:33 Autrement dit, et ça c'est des rappels importants, la science a affaire à ce qui est et non pas ce qui doit être. Alors que la question « que dois-je faire ? » qui non seulement n'est pas scientifique mais qui surtout… Chaque savant a le droit de se la poser à titre personnel, je veux dire. Mais là, ses compétences de savant ne l'amènent pas beaucoup plus loin que ce qu'on appelle le charbonnier, quand on parle de la foi du charbonnier, n'est-ce pas ?
20:09 Il peut avoir des fois plus de sagesse, plus de générosité, plus de valeur morale que certains savants fous, c'est arrivé. Le très grand savant, qui pensait au troisième Reich, le nombre de physiciens, de chimistes, de biologistes, qui étaient bien trapus dans leur discipline, et avec des options que vous imaginez. Donc séparons bien l'épistémé, la recherche de la vérité scientifique, qui se moque des valeurs, je pourrais m'arrêter au mot valeurs, sous-entendu des valeurs axiologiques justement, l'axe du bien et du mal, l'axe du beau et du laid, l'axe du juste et de l'injuste, voilà.
20:53 Mais du laxiste et de l'autoritaire, on peut multiplier les axes. Mais dans tous les cas, du bon et du mauvais, ce n'est pas tout à fait vrai que le bien et le mal. Dans les langues nordiques, c'est intéressant, « good » veut dire aussi bien le bien, le bien moral, n'est-ce pas, que la bonne cuisine. En français, on dit plutôt « bon » quand c'est un bon vin ou un bon plat.
21:26 Mais enfin, il n'empêche que lorsqu'on a fait un bon repas, on peut se tapoter le ventre en disant « dis donc, est-ce que je me sens bien ? » Ce sont des notions un peu proches. Les langues nordiques ne font pas tellement la différence. Je rappelle au passage, et on en reparlera, de cette polysémie intéressante lorsqu'on reviendra sur ce que Platon dit de l'idée de bien. Mais pour l'instant, restons à mon histoire d'entendement. L'entendement occupe le milieu. Or, le milieu, j'espère que j'ai habitué quelques-uns à ce qui sont attentifs aux échos, comme de longs échos qui au loin se confondent, pour citer le poète, dans tout ce que j'essaye d'amener, parce que j'ai un temps qui est mesuré, donc il y a ce que je dis d'une manière linéaire, et puis il y a les liens qu'on peut faire soi-même, à travers plusieurs problématiques, apparemment sans rapport immédiat les unes avec les autres.
L'ambiguïté du milieu et l'intelligence de l'extrême droite
22:34 Je suis sûr que j'ai déjà remarqué que beaucoup de ceux qui nous sont fidèles font les liens et voient bien la cohérence qu'il peut y avoir entre ce que je peux dire quand je parle de la musique et par ailleurs quand je parle de la crise économique. Or, justement, à plusieurs reprises, pour ceux qui s'en souviennent, je vous ai montré la complexité de ce concept de milieu. Pas seulement de l'entendement, mais de la position qu'il occupe. Quand on dit milieu, il faut dresser l'oreille. Pourquoi ? Parce que c'est la position la plus ambigüe.
23:20 Allez, je prends un mot simple d'abord. La moins claire, je fais un pas en avant, je reprends l'exemple que je prends de multiple pour me faire comprendre de la manière la plus simple possible pour les problématiques complexes. C'est que si je prends un segment AB avec le point M au milieu, voilà mon milieu, si le demi-segment AM, je présume que les deux sont égaux pour simplifier, Si le segment AM est recouvert de peintures fraîches rouges, et la partie MB en couleur bleue, chacun sait que le point M a de forte chance d'être violet.
24:11 Donc vous voyez, le milieu, c'est ce qui participe un peu aux deux extrêmes où tout se brouille. Ne parle-t-on pas des rouges bruns depuis quelques années ? Michel Clouscard n'a-t-il pas montré que, dans ce cas de plus antifa en apparence, gauchiste et libertaire, n'a-t-il pas écrit à propos du libéralisme libertaire, néo-fascisme et idéologie du désir ?
24:47 Donc vous voyez, on croit que les extrêmes, revenons à mon point M, il y a beaucoup à méditer sur ce segment, sur cet exemple simplissime apparemment. Les choses sont bien différentes selon que vous voyez le point M comme le point d'arrivée de deux forces, mettons deux flèches qui partent l'une de A à l'autre de B et hop, qui font pression sur M, ou au contraire, n'est-ce pas, M est un point de départ écartelé entre deux forces qui s'éloignent du milieu pour aller vers les extrêmes.
25:19 M essayant de tenir le point médian. Quand vous pensez que la faculté qui est à l'œuvre dans les sciences… Pour ça, j'ai fait un préambule très politique et très historique. Et quand je rappelle qu'il y a eu de très grands savants qui étaient par ailleurs d'ignoble crapule à un niveau moral et politique, Il n'y en a pas plus dans la science, il y en a plutôt même moins à mon avis, que chez les ignorants. Même si je me garderais bien de dire comme Voltaire, parce que là Rousseau a raison de lui taper sur les doigts, Voltaire dans sa lettre à Rousseau, où il accuse réception du livre sur les sciences et les arts, et soyons clairs, contre les sciences et les arts du jeune Rousseau, puisque c'est sa première grande publication, Cette fameuse lettre qui est un chef-d'oeuvre de point de vue d'écriture, mais un chef-d'oeuvre de perfidie aussi, ça, Voltaire sait faire, dans la première phrase, et j'ai bien reçu monsieur votre nouveau livre contre le genre humain. Et paf, vous voyez, dans la première phrase, Rousseau est censé avoir écrit un livre contre le genre humain, alors qu'il écrit plutôt contre les dangers qui le menacent, n'est-ce pas, d'après lui, d'après lui Rousseau.
26:39 Au cours de son argumentation, Voltaire dit cette phrase à laquelle je ne souscris pas, même si elle est vérifiable statistiquement dans bien des cas, mais enfin, elle est bien dure à généraliser. « Les grands crimes n'ont guère été commis que par de grands ignorants ». Là, on sent le grand bourgeois avec son mépris de ce qu'il appelle lui-même la canaille, en parlant de vous et de moi, et a fortiori de ce qui est encore en dessous socialement.
27:09 Les grands crimes n'ont guère été commis que par de grands ignorants. Combien de fois je vous ai dit arrêtez de penser que le fasciste, le fachos, c'est mon beauf à la nuque épaisse. La bêtise au front de Taureau, comme il est dit dans un très beau poème par ailleurs. Le pire c'est quand l'extrême droite est intelligente, mais intelligente au sens de l'entendement, c'est-à-dire dans le si-alors. Si-alors.
27:39 Je dis ça parce que je constatais que dans la génération des jeunes, ce qu'on appelle les jeunes aujourd'hui, pour aller rapidement, le mot intelligent avait eu un glissement de sens par rapport à la mienne. Je ne dis pas qu'il est meilleur moins bien. Là, je parle d'un point de vue linguistique, ce n'est pas tout à fait les mêmes connotations. Moi, quand j'avais 20 ans, ce n'était pas tellement valorisant au niveau des filles, par exemple. Je veux dire, les ragues, etc. Je fais exprès de prendre des mots vulgaires qui ne sont pas les miens. Mais pour qu'on se comprenne dans le jeu de l'amour et du hasard, s'il y en a qui ne pas s'en parlent comme ça.
28:16 Dans ce qui compte à 20 ans tout de même. Ce n'était pas valorisant dans ce champ-là. Quand tu me disais que c'était un garçon intelligent, c'était un peu cérébral, ça veut dire qu'il est bien gentil, il fait des raisonnements, il est peut-être cultivé, il sait des choses, mais... Je préférais qu'on fasse la carte du tendre comme on dit ailleurs, n'est-ce pas ? Je ne veux pas dire que la fille est une nuge, mais il est possible qu'elle ait voulu une autre relation avec le jeune homme, n'est-ce pas, qu'un alignement de syllogisme.
Impératif hypothétique et impératif catégorique chez Kant
28:50 Je caricature un peu exprès. Alors que maintenant, au contraire, quand une fille dit « ce garçon-là est intelligent », elle est subjuguée. J'ai remarqué statistiquement comme ça. C'est valorisant. Donc moi je parle de l'entendement au sens vraiment cérébral. Le si, alors. Or, Kant a utilisé l'épithète d'hypothétique, mais pas seulement pour la connaissance, mais dans sa morale. Je ne suis pas en train de défendre la morale de Kant, mais j'isole dans la morale de Kant, en particulier dans la critique de la raison pratique, il y a aussi le fondement de la métaphysique des mœurs, mais je fais allusion ici à la critique de la raison pratique.
29:32 Il n'a pas la même importance historique que la critique de la raison pure, mais tout de même où il distingue deux sortes d'impératifs moraux. Là, on n'est plus dans la connaissance. L'impératif moraux, je ne sais pas moi, traite autrui comme tu voudrais qu'on traite chaque fois qu'il y a comme ça une maxime, un commandement moral, à fortiori les deux commandements. Bref, chaque fois qu'il y a un impératif d'ordre moral, à forte charge morale, quand il y a deux manières de l'analyser, soit c'est un impératif hypothétique, soit un impératif catégorique.
30:11 Et on prend un exemple. Un commerçant rend la monnaie scrupuleusement, jamais il ne vole son client. On va dire c'est bien, il est honnête. Et Kant dit attention, tout dépend de la raison pour laquelle il rend scrupuleusement la monnaie. S'il la rend pour avoir une bonne réputation et pour que les clients reviennent le lendemain, sans se dire « oh là là, celui-là il m'ouvre, j'y retourne pas », c'est pas suffisant, dit Kant, pour que ce soit considéré comme quelqu'un qui fait le bien.
30:47 Je n'y ai pas. Je ne justifie ni l'infirme ce que dit Kant, je montre son raisonnement. En tout cas, là où il a raison, c'est quand il dit « parce qu'il agit selon une maxime hypothétique, à savoir si je veux que mes clients reviennent, je ne me déserte pas, j'ai intérêt à être réglo ». C'est ça l'impératif hypothétique. Par contre, quand on agit par pur amour et respect de la loi ou de la valeur, Alors, à ce moment-là, on n'est plus dans l'impératif hypothétique, on est dans l'impératif catégorique d'un vieux radical grec qui veut dire « nécessaire », et non pas « contingent ». A fortiori, les impératifs techniques qui ne sont même pas moraux.
31:30 « Si tu as mal aux dents, va chez le dentiste ». Vous voyez, c'est l'impératif hypothétique. Bon. Alors, c'est intéressant que Kant ait déjà vu, qu'il n'y a pas de valeur morale dans l'hypothétique, ce qui n'est pas du tout un handicap pour la science. Ce n'est pas sa fonction à la science de nous dire le bien et le mal. On peut penser que c'est les religions, on peut penser que c'est la morale, on peut penser que c'est valeurs, la politique, les mœurs, c'est la juridiction.
Action et connaissance : l'érudition et la décision d'Auguste
32:04 En tout cas, c'est un tout autre champ, un champ qui règle les actions et non pas la connaissance. Parce que s'il fallait attendre de connaître tous les tenants, les aboutissants avant d'agir, on n'agirait pas souvent. C'est ce qui fait dire à certains que pour apprendre à nager, il faut quand même se mettre à l'eau. Et non pas travailler pendant des années le principe d'Archimède pour savoir si on va couler ou si on va flotter. Donc l'action et la connaissance est bien différente. Et quand vous savez la décision, c'est ça. Tout n'est pas encore clair dans la tête, il y a encore des zones de flou, mais le temps presse, il faut prendre une décision. C'est là qu'on voit que l'action est la connaissance. La connaissance a un temps infini devant elle, il y a un progrès au cours des millénaires dans la connaissance. La vie est courte.
32:57 Art is long and time is fleeting, comme dit le poète anglais. L'art est long et le temps est court. Je dis ça parce que, aussi, pour un petit mot à peine, un peu à la périphérie de notre sujet, à propos de l'érudition. C'est très bien l'érudition. Moi, je dirais, j'ai un mot comme l'érudition, je suis en admiration. Et puis de toute façon, je suis débiteur comme tous ceux qui sont passionnés par l'étude et la recherche. Qu'est-ce qu'on ferait sans les spécialistes ?
33:29 Les spécialistes, c'est celui qui va dire que telle consonne n'apparaît qu'au deuxième millénaire dans les textes du Zend-Avesta, la religion de l'ancienne Perse, l'Iran, Et qui passent leur vie là-dessus. Comme des physiciens passent leur vie à étudier deux liquides non miscibles. Vous savez l'eau et l'huile, ils ne se mélangent pas. L'huile au-dessus qui est plus légère, qui est l'eau en dessous qui la pousse. Non, non, mais ils n'étudient pas l'huile en haut, ni l'eau en bas, mais tout ce qui se passe entre les deux.
34:08 Mais je n'ironise pas. Heureusement qu'il y a des gens qui sont spécialistes et qui se focalisent sur les trucs très précis parce que le jour où on en a besoin, on a affaire à quelque chose de solide. Mais il y a une espèce d'abîme de l'érudition à l'infini, plus on regarde de près, plus la matière demeure et la forme se perdent, pour citer Ronsard. Et il faut bien à un moment donné mettre un curseur et dire bon maintenant je sais à peu près ce que je voulais savoir, même si c'est pas tout, et je dois prendre une décision. Voilà, un, je vais dire là. Je mets la place un peu ici du politique avec ses conseillers techniques, il faut bien prendre une décision à un moment donné.
34:49 Le plus bel exemple littéraire, pour ça dans notre littérature classique, je parle, c'est Corneille. Tout le monde dit à l'empereur Auguste, décapite ses comploteurs, débarrasse-toi de cette vermine. D'autres lui disent que les grands dans l'histoire sont ceux qui ont su être cléments. Il faut comme souvent le héros cornelien qui se retire tout seul, sans la pression d'aucun conseil pour prendre la décision. Et c'est ce qui fait que lorsqu'Auguste revient, au moment où tout le monde attend sa décision, il dit au principal comploteur « Soyons amis, Cinna, c'est moi qui t'en convie ».
35:33 Corneille, il y a plus de chutes que dans Racine, il n'y a pas toujours la perfection versificatoire et incantatoire de Racine, mais quand il y a des sommets, tout le monde en est loin, y compris Racine. Et quand Auguste dit ça à Cinna, il paraît que le grand condé lui-même, n'est-ce pas, qui était un grand égorgeur sur les champs de bataille, c'était son métier de noble et le grand féodal. Le grand condé lui-même, le duc d'Enghien, prince de Condé, éclatait en sanglots dans le théâtre.
Mépriser la science, c'est se donner au diable ; logique du sujet
36:04 C'est pas moi-y, bon. Voilà, donc l'entendement, lui, si, alors, si, alors, si, alors, oui. Eh bien, vous comprenez pourquoi un haut niveau de scientificité, je ne m'acharne pas contre les sciences dures, c'est la barbarie de dénoncer la science en général, les sciences en général, que deux fois je vous ai cité, la formule que Goethe met dans la bouche, de Méphistophélès dans son Faust et que Hegel reprend dans les principes de la philosophie du droit comme par hasard dans son testament politique.
36:46 « Si tu méprises la science et la raison, les dons les plus élevés de l'humanité, tu te donnes au diable et tu es perdu. » Vous vous rendez compte, le nombre de ceux qui ne sont pas d'accord avec ce que je viens de dire par les temps de régression obscurantiste qui courent, Du au calcul de nos dirigeants d'une part et au malheur de la conscience d'autre part. Les dirigeants sachant très bien jouer avec le malheur de ceux qui sont mis au chômage. Et en leur faisant croire qu'ils sont entourés de menaces et de dangers, ce qui est vrai, ce n'est pas les vrais dangers qu'on leur désigne, même pas.
37:20 Ce sont des dangers bien déplacés. Le clair aussi disait que l'Allemagne était menacée, oui, par les judéo-bolcheviques. Elle qui était la principale menace pour la paix à l'époque. Bon, donc, j'ai fait ce long détour. C'est pas un détour, on est au cœur du problème. Pourquoi je tiens tellement à rappeler qu'il faut qu'il y ait autre chose que la logique à l'œuvre dans les sciences dures en philosophie ?
37:52 Ça ne veut pas dire qu'elle existe cette logique, ça ne veut pas dire que je la possède. Il y a encore moins que je vais vous la transmettre. J'aimerais bien qu'on soit sur la voie de la constituer, mais pas la voie qui permet de la constituer. Mais là où j'insiste, c'est qu'on ne peut pas être indifférent au fait de la nécessité de la faire émerger. Et je n'ai rien voulu dire d'autre pendant tous ces mois où nous avons multiplié les séquences sur le cycle que j'ai appelé la logique du sujet.
38:26 La logique qui fait qu'une étoile implose, explose, ça fait une supernova, je n'en sais rien, je ne suis pas spécialiste, c'est une logique des objets. Et Dieu sait s'il a fallu des risques de souffle, des calculs extraordinaires et des avancées magnifiques de la rationalité pour mettre à jour ces mécanismes. Ce sont des mécanismes auxquels les choses sont soumises, sans en avoir le grand choix. De même, les raisons pour lesquelles un corps céleste nous apparaît tout d'un coup, sa lumière a mis peut-être, je ne sais pas, moi je dis n'importe quoi, un milliard d'années avant de nous parvenir tellement qu'elle est éloignée.
39:13 Ça, c'est la logique des objets. J'ai voulu insister pour dire qu'il y avait aussi une logique du sujet, qu'on a commencé à aborder dans la première séance le 6 janvier dernier, si je me souviens bien, où j'avais pris le vers de Rimbaud, vous savez, l'aube exaltée ainsi qu'un peuple de Colombes. Seul un sujet peut valoriser, je l'ai dit tout à l'heure pour le jour se lève, le fait que l'aube, le mouvement d'aller du bas vers le haut, j'ajoute à toutes les connotations positives dont j'ai parlé tout à l'heure, n'est-ce pas, quelle hauteur de pensée, on peut les multiplier dans la langue, quelle hauteur de vue, quelle hauteur de pensée, quelle élévation d'esprit, n'est-ce pas ?
40:07 Et il y a... Dans cet ouvrage, l'auteur atteint les sommets de la sagesse, les sommets. Et inversement, les contre-valeurs de la boue, de la fange. J'ajoute aussi qu'il y a quelque chose de libidinal qui s'ajoute là. Je vous le dis, je ne le démontre pas. Est-il besoin de le démontrer tellement que, comme on le sait, l'ignorance ne peut plus s'apprendre après, n'est-ce pas ? Parce que le mouvement qui va du haut vers le bas, c'est aussi c'est l'érection. On est bien érigé un monument, n'est-ce pas ? Et donc le fait que le printemps, le matin, l'aube et les textes, les créations symboliques qui s'y rapportent soient plus exaltantes que celles qui expriment le crépuscule ou l'automne ou le déclin de l'année qui sont plus souvent mélancoliques statistiquement.
41:04 Là, on n'a pas le coutume. De les chercher, elles y sont. Et bien la preuve qu'il y a aussi de cela qui colore ici le rapport du haut et du bas dans la langue courante, qui n'est pas la langue des sciences dures, mais qui déploie une logique qui n'a de sens que par, pour et à travers des sujets.
41:39 Je pense que c'est un sujet qui signifie, qui parle. On peut signifier autrement, par la peinture, par la musique, on va y arriver, puisqu'on va illustrer mon propos à travers une œuvre qui est à la fois un texte et une partition. Je vais me donner une précision supplémentaire après. Mais puisque je rappelle ici que j'ai dit des êtres qui savent signifier, je rappelle, vous voyez, je tiens à cette révision.
42:09 C'est le moment de les rassembler là. Pas tout ce qu'on a vu, mais tout ce qui va être nécessaire pour ce grand effort épistémologique que j'attends de vous, de moi. C'est un peu beaucoup pour mes épaules, c'est pour ça que j'ai besoin de le faire avec vous. A savoir, rappelez-vous chaque fois que je vous ai demandé de distinguer le signe de ce qui n'est qu'un simple signal.
Le signe et le signal ; la neutralité inquiétante
42:43 Le signe, c'est le royaume de l'homme, je rappelle, je ne démontre pas pour l'instant, je vais être plus précis après, plus convaincant. Mais pour l'instant, rappel, pour être clair, pour ne pas noyer le poisson. Héraclite, une des formules que je préfère chez lui, et de Cessirna disait, dans un de ses fragments, un des plus importants, l'oracle qui est à Delphes. Un oracle, ça parle, ça signifie quelque chose, on ne sait pas quoi, mais ça signifie quelque chose.
43:14 L'oracle qui est à Delphes ne dit ni ne cache rien, mais seulement signifie. Là, je vous avais montré que ce qu'on appelle le signe, au sens strict ici, est infiniment au-delà du signal. Je vais reprendre mon fil après, mais pour ne pas le couper, je vous dis rapidement un exemple de signal, c'est la fumée signale le feu. Ce que l'animal perçoit très bien, il n'a pas besoin pour ça. L'entendement, la sensibilité suffit. Avec sa truffe, il sent l'odeur de la fumée dans la brousse. Croyez-moi qu'il détale parce qu'il sait ce que c'est qu'un feu de brousse.
43:56 Donc, le signe est infiniment au-delà du signal, on va le voir, on va le préciser après, mais il est aussi très en deçà du point de vue de l'univocité, de la clarté, je n'ai pas dit de la profondeur. Mais de la clarté des algorithmes mathématiques. Parce qu'elle reste, on l'a appelé Héraclite l'Obscur, elle reste un peu mystérieuse sa phrase.
44:26 L'oracle qui est à Delphes ne dit, moi je le trouve très clair, ne dit ni ne cache rien mais seulement signifie. Ça veut dire que A égale B implique B égale A, ça, ça dit, ça cache rien. Il n'y a rien à lire entre les lignes. Il n'y a pas de la suggestion et de la connotation à côté de la dénotation. Vous voyez ? Ça, ça dit. Et ça dit même, je vous l'avais suggéré une autre fois, sans parler, on révise aujourd'hui, sans parler dans le silence des mathématiques, dans le silence du calcul. Oui, c'est discursif, mais ça ne parle pas.
45:03 Parler, c'est dire le jour se lève. La parole est toujours imagée. La mathématique se garde bien, heureusement, pour le but qu'elle poursuive. Ce n'est pas d'être imagé, il s'agit que tous les sujets soient d'accord sur des énoncés. Donc, merci, si A égale B implique B égale A, ça dit, la fumée signale le feu sans rien dire non plus.
45:35 Mais là, maintenant je le démontre, la consécution de la fumée, du feu et de la fumée, elle est naturelle, elle est sensible, c'est-à-dire que l'animal, Il sait que le feu n'est pas loin parce que dans la réalité naturelle, sensible, ce que les animaux perçoivent, immédiate celle de la sensibilité, les deux sont consécutives. Alors que quand je vous dis tablette, pingouin, étoile, ça veut dire ça n'a rien à voir étoile avec star ou stern en allemand.
46:12 C'est pas très loin, c'est le sens des langues nordiques. Vous voyez, étoile, star, diarra pour dire lion en bambara, et diarra et lion, ça n'a rien à voir pour l'oreille, il n'y a aucune consécution. C'est ce qu'on appelle en linguistique l'arbitraire du signe. Le signe a coupé tous les ponts avec l'immédiateté sensible et c'est donc une libération par rapport au système des signaux dans lequel l'animal Passe sa vie !
46:43 Comme il peut. Souvent ça lui suffit parfaitement vis-à-vis de la vie qu'il y mène, dans son terrier ou dans la banquise. Donc, je voudrais maintenant, si j'ai pris tant de temps à parler de l'entendement, de l'inquiétante neutralité axiologique, Il y en a une qui serait excellente si nous arrivions à la voir, mais il y en a une qui est inquiétante. C'est celle qui ne s'occupe que de ce qui gouverne les choses et qui n'a aucun souci des valeurs.
47:17 Vous vous rappelez quand on avait travaillé Chapoutot, un des auteurs le mieux documenté sur la période nazie, l'historien, Lorsqu'il raconte l'histoire de ce prisonnier qui avait dit au SS pourquoi, parce qu'il lui avait interdit de prendre un glaçon pour étancher sa soif, le SS lui avait répondu qu'il n'y a pas de pourquoi. Ce SS-là était sans doute un bon ingénieur, ce n'était pas un nul scientifiquement, ce n'est pas un garde-chiourme, ce n'est pas un grand officier.
48:04 Si je me suis attardé sur le côté terrifiant de ce qui est au milieu, là, comme ça, et qui donc, n'est-ce pas, peut avoir le look sur les deux extrêmes, comme ça, et engager les pires confusions, c'est pas grave. Moi, j'en ai plein de confusions. Qui n'en a pas ? Ce qui est grave, c'est le confusionnisme. La manière dont l'actualité, l'actualité au sens des médias, n'est-ce pas, quand l'information monte au pinacle et met au centre de tout son matériel d'information, le sentiment, l'émotion est quelque chose d'extrêmement inquiétant.
48:51 Parce que ça peut être pris dans tous les sens. Il y a des SS, puisque j'en parlais, qui fondaient en larmes lorsqu'ils voyaient quelqu'un martyriser un chien et qu'il venait de se faire la main en flinguant plusieurs prisonniers le matin dans le camp. Méfiez-vous de ceux qui disent « Oh, il sera bon, il sera gentil cet enfant parce qu'il aime les animaux ». Voilà donc pour illustrer maintenant, je vous ai dit que dans les choses humaines, la production ici, je vais prendre le cadre d'un drame lyrique de Wagner, l'or du Rhin qui est donc la première partie de l'énorme tétralogie, trilogie avec prologue si on compte l'or du Rhin, l'anneau du Nibelung, son prologue.
Nains, géants et dieux : le contrat de Wotan et le salaire de Freya
49:40 Je vous ai fait parvenir le texte intégral en français de L'Or du Rhin sur notre page Facebook et je vous ai envoyé une version paginée donc on peut se retrouver. Et la partie que nous allons voir se déploie entre la page 27, je vais vérifier ça tout de suite. Voilà, le temps que je la programme, j'en ai pour trois secondes.
50:27 Oui, c'est ça. Entre la page 24 et la page 29, il y a cinq pages qui déroulent les différentes scènes que j'ai isolées. Pourquoi ? Qu'est-ce qu'elles ont de commun ? Alors là, je suis obligé de vous raconter un petit peu l'histoire. Car les scènes que nous allons voir se passent au Nibelheim. Alors Nibel, Nébuleux, Niblung, vous retrouvez en français Nébuleux, c'est tout ce qui est brume, brouillard, sombre. C'est le monde d'en bas, c'est le monde souterrain.
50:58 Je vous ferai remarquer que notre donnée germanique, Blanche-Neige et les sept nains, on a l'air d'être très loin de Wagner. Pas tellement, parce que nous allons voir des nains qui travaillent dans les souterrains, de nouveau dans la scène que nous allons voir. Et bien sûr, ils sont beaucoup plus sympas, les nains de Blanche-Neige. Il y en a qui sont paresseux, il y en a qui sont colériques, mais enfin, ils sont sympas. Alors qu'il y en a qui sont terrifiants dans la scène qu'on va voir. Mais ce qui prouve quand même que ce sont des... ce qu'ils ont de commun, et qui montre que les nains de Blanche-Neige sont empruntés au même fond, c'est qu'ils sont petits.
51:34 Donc voilà, il y a… Ce qu'il faut savoir avant que le rideau ne se lève, c'est qu'il y a trois catégories d'êtres dans cette mythologie. Il y a celle qui est dans les souterrains, dans le monde d'en bas, le Nibelheim, les nains. Ils sont noirs, ils sont sales, ils travaillent, on va voir après pourquoi. Et ils sont petits et de temps en temps ils remontent à la surface mais c'est rare, la plupart du temps ils sont sous terre. Sur la terre même il y a la race des géants, avec les mots du texte, les géants qui arpentent la surface de la terre, on trouve ici l'équivalent des titans grecs, Et au-dessus, sur les hauteurs, les hauteurs de l'Olympe chez les Grecs et du Walhall, comme on l'appelle le bourg des dieux, l'Olympe germanique, c'est le Walhall.
52:35 Chaque fois qu'il y a Wal quelque part, comme dans Walkyrie d'ailleurs, c'est la bravoure derrière. On peut passer très vite là-dessus. Donc voilà, il y a trois étages, plutôt un sous-sol et deux étages au-dessus. Et dans la scène qu'on va voir, on va voir les dieux et même le patron des dieux, le chef des dieux, le Zeus allemand, c'est-à-dire Wotan, qui vient d'un radical Wut, qui veut dire la rage, la colère.
53:05 C'est pas ben celui-là. Comme Zeus, il détient la foudre, n'est-ce pas ? C'est cette colère-là. qui font une descente aux enfers, mais aux enfers au sens du monde souterrain ici, c'est pas l'enfer chrétien. Descente aux enfers, pourquoi ? Parce que un problème s'est posé entre les dieux et les géants. C'est que les dieux ont demandé, les dieux ne travaillent pas. Marx a très bien vu que dans la mythologie grecque, le rapport conflictuel est complémentaire en même temps des titans avec les dieux dans la religion grecque, dans la mythologie grecque.
53:46 C'est-à-dire les titans fabriquent des armes pour les dieux, donc en ce sens ils collaborent avec eux, mais de l'autre côté ils sont souvent en conflit avec eux, ils se révoltent. Donc, la gigantomachie, la titanomachie. Et Marx montre bien à quel point c'est plus que transparent de voir dans cette ambiguïté qu'ils travaillent pour eux et en même temps ils sont en conflit, le conflit qu'il y a entre les esclaves et les hommes libres dans la cité. Or, ici, les dieux ne travaillent pas plus que dans le monde grec, n'est-ce pas, que les citoyens de la cité grecque, les citoyens libres, et Wotan voudrait se faire un palais, un palais qui le protège d'éventuels adversaires, et puis voilà, plus confortable que sa résidence habituelle, et il a demandé bien sûr aux géants, à deux géants, deux frères qui sont deux géants, de les construire.
54:45 Retenez bien les deux géants parce qu'il y en a un des deux qu'on va voir plus tard après l'Or du Rhin dans la suite, dans Siegfried en particulier, on va voir l'un des deux se transformer en dragon et le dragon qui va garder le trésor de l'Or du Rhin. Les deux géants se mettent au travail et comme salaire, Wotan leur a promis comme salaire rien d'autre que Freya. Freya est la Vénus allemande.
55:19 Je m'évite pour l'instant, parce qu'on va faire que vous écoutiez d'abord et qu'après on verra plus de détails. Mais là, je dis juste le squelette du drame. Freya, la Libre, c'est l'équivalent encore une fois de la Vénus allemande, elle a la beauté, de la jeunesse, elle cultive les pommes d'or qui donnent au Dieu la jeunesse éternelle, voilà, et qui est soustrait aux injures du temps. Et comme cette belle Freya est en même temps la sœur de l'épouse de Wotan, qui est aussi peu commode que Hera pour Zeus, n'est-ce pas ?
55:57 Il y a une scène de ménage bien avant la scène qu'on va voir, là-haut, là-haut, dans le Valhall, dans l'Olympe, où Fricka, l'épouse de Wotan, lui dit « mais tu ne vas pas donner ma soeur à ces rustauds, à ces lourdauds, enfin c'est pas possible, la déesse de la beauté, de la grâce, etc. » dans les mains de ces gens terrifiants et primaires surtout, n'est-ce pas tout pour plaire. Et comme l'autre a pas envie d'avoir une scène de ménage, ils diront on s'arrangera, on s'arrangera.
56:28 Il a le défaut quand les mecs, je l'ai exprès les mecs, j'en suis, je me mets dedans. La veulerie, la lâcheté, on remet un peu à plus tard le souci. Plus sous-droit chez les mecs que Jélène la lâcheté, statistiquement. On est dans les sciences humaines, c'est pas à 100%. Donc, on verra, on verra, je m'arrangeais au dernier moment. En fait, les géants arrivent, on voit le palais magnifique, est achevé, le Walhall, il n'y a plus qu'à entrer dedans, j'en ai donné, donnez-nous notre salaire.
Loge et Alberich : renoncer à l'amour pour l'or
56:58 Le mot «lohn », le mot qu'il y a dans les luttes syndicales en Allemagne quand on dit salaire, c'est «lohn », L-O-H-N. Et Wotan leur dit « non mais vous n'y pensez pas », j'avais dit ça en rigolant, voyez, une scène éclate. Et la guerre menace entre les géants et les dieux. Je vais très vite. À ce moment-là, Wotan essaie de gagner du temps. Il attend son conseiller un peu le plus malin, l'équivalent de Hermès-Mercure, le messager des dieux chez les Grecs, qui est ici Loge, le dieu du feu. Loge connaît un peu tous les domaines, y compris le monde souterrain. Vous savez, il faut du feu pour forger les métaux.
57:32 C'est les forgerons dans les mines et en même temps c'est le feu du ciel. Loge est un dieu très ambigu, en passant, mais qui est son conseiller, son âme damnée, met du temps à arriver, et quand il arrive, Wotan lui dit écoute, tire-moi d'affaires, qu'est-ce que je peux proposer au géant en échange de Freya, il n'est pas question qu'on leur donne Freya. Et Loge dit « Tu m'as rendu, toi ». « C'est l'amour, Freya, qu'est-ce que tu veux dire ? Je ne connais aucun être, moi je voyage dans le monde entier, dans l'air, dans l'eau, dans le feu, il n'y a aucun être qui mettrait quelque chose au-dessus de l'amour ». Et puis tout d'un coup il dit « Si, il y en a un ». Il y en a un, et ce « un », on va le voir dans la scène qui suit, qu'on va diffuser en extrait. Il y en a un, Alberich, Alberich, le roi, les vieux radicaux, pour en toucher les Gaulois, c'est pas Vercingétorix, c'est le même radical. Albert Riche, le roi des elfes sombres, des albes noires, souterrains, Albert Riche a volé l'or aux filles du Rhin. On reviendra sur cette scène primitive, la toute première scène des filles du Rhin, qui batifole dans le Rhin et qui garde l'or, mais qui le garde mal, elle bavarde et elle révèle en bavardant aux nains qui veulent les tripoter, je n'invente rien, c'est même encore plus libidinal que ça,
58:59 L'or est en sûreté, il n'y a pas à s'inquiéter, parce que pour s'accaparer l'or, il faut renoncer à l'amour. Retenez ça, parce que c'est l'algèbre qui va gouverner la logique de cette œuvre. Ou bien on choisit l'or, la richesse, la monnaie, l'argent, ou l'amour. Le nain, comme il a été envoyé sur les roses, comme on dit en français, par les filles du Rhin, après une tentative pour essayer de les attraper, Et de batifoler avec elle comme il est repoussant. On verra le texte très intéressant de Clouscard sur ce passage.
59:35 Et oui, le nain décide qu'il n'a rien à perdre en renonçant à l'amour et donc il renonce à l'amour, il prend l'or. Et c'est ça que Loge apprend comme nouvelle au Dieu en disant il n'y en a qu'un qui a renoncé. Et bien Dieu dit il faut qu'on descende dans le monde souterrain le lufogé. Ce qui fait que ce pauvre nain il aura renoncé à l'amour et en plus on va lui prendre l'or. Mais les dieux, vous savez, ils en font d'autres. Bon, les dieux, c'est, je ne sais pas moi, le Médèf, ce que vous voulez, c'est « promenez-vous dans les beaux quartiers », vous verrez ce que c'est que Valhalla, hein, pas compliqué. Bon, vous cheminez là-haut dans la lumière, comme dit l'autre. Bon, donc pour l'instant, on va faire la première scène. Personne ne sait que les dieux sont au bord d'arriver dans le monde souterrain, par des brèches dans le sol.
1:00:26 Loge, il connaît, il guide Wotan, et on tombe immédiatement dans ce qui se passe quotidiennement à l'enfer du monde souterrain. On voit Alberich qui depuis qu'il a fauché l'or le fait travailler, au sens vraiment où on fait travailler un capital. Wagner meurt en 1883 la même année où Marx meurt. Wagner a fait le coup de feu sous les barricades en 48, pour relativiser tout ça. Même si beaucoup de choses les opposent et ne les séparent, voire les opposent, par ailleurs.
1:00:57 C'est plus intéressant qu'un artiste que comme homme politique. C'est le moins qu'on puisse dire. Et donc, ses textes, par contre, sont politiquement très pertinents, ses œuvres, beaucoup plus que ses discours, ses voix off. Donc, on arrive au moment où il est en train de faire travailler la masse des nains, et grâce à la puissance de l'anneau qu'il a forgé, il est devenu le maître du monde, car si l'or est forgé avec une certaine science, c'est là que l'entendement va surgir. Il faut une certaine technologie pour asservir les autres. Très intéressant, une certaine technologie, et cette technologie, il y a deux objets qui l'expriment dans tout le ring, c'est l'anneau bien sûr, qui donne son oeuvre, le titre à cette oeuvre gigantesque qui dure quatre journées, l'anneau du Nibelung, mais c'est aussi, et c'est les scènes qu'on va voir, le casque, le Tarnhelm, Helm donne heaume en français, les vieux casques médiévaux.
1:01:51 Un casque qui, lorsqu'on le met sur la tête, non seulement vous rend invisible, mais vous permet en plus de prendre la forme que vous voulez. Et dans la scène qu'on va voir, le chef de Nibelheim, donc Alberich, celui qui a volé l'or du Rhin, est en train de fouetter son frère. C'est épouvantable de le fouetter parce que son frère à qui il avait commandé le casque essaie de le garder pour lui, de le cacher ou de faire croire qu'il n'est pas tout à fait terminé.
La descente au Nibelheim : les enclumes et les leitmotive
1:02:25 Voilà, je ne vous en dis pas plus. On enchaîne. Alors, je vous recommande le texte. Il faut absolument que vous suiviez. Voilà, comme tout le monde ne parle pas anglais, pour ceux qui parlent anglais, il n'y a aucun problème, ils peuvent se passer du texte, mais sinon, le lien que je vous ai envoyé sur l'une de nos pages Facebook, et qui donne le livret en français, traduction française de Laure Durin, vous le prenez à la page 24, et à la fin de la page 24, le dernier alinéa, il y a Alberich qui dit hé hé hé hé, voilà, c'est par là qu'il faut commencer, n'est-ce pas ? Et eh bien on y va, je vais demander à Philippe de…
1:04:43 Bien, vous avez remarqué qu'il n'y a pas de voix au début, n'est-ce pas ? Il n'y a pas de musique vocale au début, c'est purement instrumental pendant cette descente vertigineuse des hauteurs sublimes où habitent les dieux et lumineuses à ce monde souterrain et inquiétant. C'est un interlude purement orchestral, à la différence des autres œuvres de la tétralogie. L'ouvrage n'est pas divisé en trois actes, comme c'est le cas pour les autres, mais il est non-stop.
1:05:16 Il y a différents tableaux, une fois on est chez les dieux, une fois on est dans les profondeurs du Rhin avec les filles du Rhin, là on est dans le monde souterrain, mais c'est sans interruption, sans que le rideau se baisse. La mise en scène ici est celle de Patrice Chéreau et Pierre Boulez qui est à la baguette. Il s'agit du festival de Bayreuth qui a été fait pour le centenaire du Ring et célébrissime mise en scène qui est une des meilleures, c'est pour ça que je l'ai choisi.
1:05:59 Et c'est intéressant de voir que… Bayreuth, qui a toujours été un petit peu subversif et corrosif et d'avant-garde au niveau artistique, a choisi deux Français sulfureux, enfin sulfureux, qui sont chacun dans leur discipline, le théâtre pour Chéreau et la musique pour Boulez, un peu à l'avant-garde de leur domaine. Or, vous voyez que Chéreau a eu l'excellente idée de nous montrer de vrais escaliers qui descendent dans des mines de charbon.
1:06:29 On est vraiment dans le monde du prolétariat, de tout ce qui connote le monde de la mine. Donc ce n'est pas un souterrain pour spéléologue en vadrouille ou en études, mais c'est ici, on est au cœur de l'exploitation. Et vous avez entendu le bruit des enclumes, c'est une audace extraordinaire. Vous avez entendu les enclumes et vous les avez entendus, je dis plusieurs notions, parce que une fois que vous l'aurez entendus, je ralentirai mon propos, Pour l'instant, je vous distribue tout cela un petit peu à la va-vite, mais il faudra s'habituer à des motifs musicaux que nous retrouverons dans la suite, pendant plusieurs séquences, jusqu'à la fin de notre incursion dans le ring, ces fameux motifs musicaux qu'on appelle les « leitmotive », les motifs qui permettent de s'y retrouver, les motifs guides, si vous voulez.
1:07:32 Leit, leader en anglais. Leitmotiv. Leitmotiv, qui sont bien autre chose qu'un artifice descriptif, on y reviendra, on ne va pas faire de la musicologie pour l'instant. Mais là, ce qui m'intéresse, c'est qu'on en a entendu un qui sonne à peu près comme ceci. C'est le motif qu'on appelle de la forge. Tous ces noms de titres, le thème de l'épée, le thème de la forge, le thème de l'anneau, Wagner n'en a nommé aucun.
1:08:10 Ce sont des critiques plus tard qui pour s'y retrouver ont fait des catalogues et en regardant ce qui se passe en l'action de ce moment-là dit, chaque fois qu'il y a ce thème-là, c'est soit des objets, l'épée, l'anneau, le casque, soit des idées, la servitude, celui-là. Comme une plainte animale, comme une espèce de gémissement qu'on retrouvera tout au long de l'œuvre. Bon, et encore plus lorsqu'il n'est pas fait au piano, mais avec des cordes, c'est assez saisissant.
1:08:43 Et donc, vous voyez, ces thèmes-là se précipitent et le premier extrait, je crois, qui s'arrête... D'accord, on n'a pas vu Alberich en train de remuer, c'est très bien. Et bien donc, puisque nous sommes arrivés en bas de la descente, je vous ai indiqué deux thèmes.
1:09:17 La forge, c'est vraiment la taylorisation, le travail à la chaîne qui se répète comme ça là. Et la servitude. Voilà, très pénible. Et tout au long de la descente, tous ces thèmes s'interrompent pour laisser la place à un dans les cuivres, qui est à la fois solennel, mais triste. Et c'est le thème du renoncement à l'amour.
1:09:48 C'est une descente. Comme ça, ou encore… Vous voyez la logique à l'œuvre ici ? Puisque les dieux vont chercher l'or, normalement, ils devraient renoncer à l'amour. Ils devraient, oui. L'algèbre dont je vous ai parlé se met en œuvre musicalement. Et de toute façon, on se rapproche de celui, le seul qui ait osé renoncer à l'amour.
1:10:22 Je vous signale que dans le livret, il se permet de dire cette chose extraordinaire. Je m'étais permis de la communiquer à Clouscard, qui avait sauté sur l'occasion, qui m'avait dit « c'est pas possible ». Il dit ça le mec, à savoir « grâce à l'or, j'ai peut-être renoncé à l'amour pour avoir l'or, mais grâce à l'or, je pourrais m'acheter le plaisir ». Il y en a des choses dans cette œuvre, vous savez, intéressantes pour décoder la société dans laquelle on vit.
1:10:56 Donc, nous avons les matériaux, vous avez là trois thèmes, essayez de les suivre, bien sûr, plus vous les écouterez, plus ce sera facile. Et deuxième extrait maintenant, j'ai demandé à Philippe d'enchaîner le deuxième extrait, parce que nous sommes arrivés en bas. Qu'est-ce qui s'y passe ? On va voir Alberich, en train, comme je vous l'ai dit, d'empêcher son frère, qui est un de ses esclaves, De s'échapper avec le casque magique qui vient de forger et qui, n'oublions pas, c'est tout le sens de mon détour par le ring, exprime ici le travail de la technologie, de la science, de l'entendement.
La magie du casque : la technique augmente la puissance, non les fins
1:11:36 On dit magique comme ça parce qu'on est en mythologie, mais c'est cette même puissance qui fascinait Descartes quand il dit que les mathématiques nous permettent de rendre l'homme maître et possesseur de la nature. Or, elle ne gérive pas son temps. Il est le maître du monde grâce à l'anneau. Voilà, le seigneur de l'anneau. Ce n'est pas moi qui l'invente, c'est la cause du film, c'est dit en toute lettre dans le livret. Allons-y Philippe, deuxième extrait.
1:13:03 ...Nacht und Nebel, niemand gleich. ...siehst du mich, Bruder? ...wo bist du? Ich seh' dich nicht! ...sow Dering, unnum, hau' d'Aschug'n, ... d'Ase, ein Nenske, so wé, oi, oi! Vous voyez que c'est un monde quand même inquiétant.
1:13:38 C'est une technologie au service du mal. Je rappelle que tout ce qui est d'ordre technique, qu'il s'agisse d'un galet éclaté, je ne sais pas, même centaines de milliers d'années, ou un accélérateur de particules aujourd'hui, ont ceci de commun qu'ils augmentent notre puissance. Mais la puissance, ça veut dire quoi ? Regardez bien, potentia, possible, ça va ensemble. Un gland, c'est un chêne en puissance. C'est-à-dire, quand j'ai un gland, une graine d'arbre, grâce à cette graine, l'arbre est possible, il n'est pas encore réel comme arbre. Ce n'est jamais qu'une graine. Je ne vais pas faire la sieste à l'ombre d'une graine.
1:14:34 Un chêne ou un tilleul, un arbre vaste, ce n'est pas ? Ceux qui sont familiarisés avec des catégories philosophiques familières à Hegel peuvent dire que la graine c'est l'en-soi. C'est l'arbre en soi, en soi. Bon vous voyez c'est là qu'on voit les limites de l'en soi. Bien sûr c'est essentiel, s'il n'y avait pas ça il n'y a pas d'arbre du tout. Mais enfin, s'il n'y a que l'en soi, il n'y a pas d'arbre non plus. S'il n'y a pas le travail de l'arroser, de le mettre en terre, de le sarcler, de l'abriter du froid selon la catégorie plantes et tout ce que vous voulez, il faut du temps pour passer de l'en soi au pour soi.
1:15:10 D'une graine de tilleul faire un arbre magnifique qui devient le centre de la petite place dans toutes les villes allemandes, dans toutes les vieilles villes en tout cas, c'est une opère de manches. L'outil, d'une manière générale, la techné, car il s'agit de ça dans les séquences qu'on est en train de voir, le casque, l'anneau, etc. C'est ce qui permet, et c'est ce qui fascine Alberich, d'augmenter la puissance. Et lui, il vise même la puissance sur le monde, il le dit, Urbi et orbi, dans les scènes qu'on va voir.
1:15:44 Mais la puissance de faire quoi ? Vous voyez bien que ça ne veut rien dire s'il n'y a pas un complément de nom. Ça me donne le pouvoir de quoi ? D'aller à la plage ? D'aller voir le docteur ? D'aller au cinéma ? De faire la sieste ? Bref, vous l'avez compris, la technique, c'est les moyens, on s'en serait doutés, qui ne dit rien sur la fin à laquelle on doit les faire servir. Donc quand je dis c'est la technique au service du mal, c'est que le mal n'est pas dans les outils, c'est pas le casque qui est méchant, c'est pas l'anneau.
La forge, la servitude, l'anneau : le récit de Mime
1:16:19 C'est celui qui s'en sert ici à des fins d'exploitation éhontée. Comme vous avez vu cette scène qui est assez terrifiante. Vous vous rendez compte le sadisme ? Je me rends invisible, je fouette quelqu'un qui ne sait pas d'où les coups pleuvent. Troisième séquence.
1:18:03 ... un reines Gold, un gelben Reif, ... ... de sauvres zauber, zingert er staurend, ... ... mit ihm zwingt er uns alle, ... ... der Niedungen wächst es her. Sorglose Schmiede, Schopenier sonst wohl, Schmucht und Zerweiberl, long ich geschweigt, niedlichen Lieblenden Hand, wir lachten los dich der Blüten.
1:18:49 Chirin Leuch en den Hohen.
1:19:27 Dichträgen, so lieben, draus en Zoll, Mich ärgsten, ach, mich zwang er zu ärgsten. Ein Helm geschmeid hieß er mich schweißen, anche Ta l' schlug, mech'n Le Zauber, der ihm entzucht, Dem Zauber ergeb' ich nicht recht.
1:20:45 Wer das Werk mir riet, Und mir es entriss, Der lehrte mich nun doch leider zu spät, Welche Liste lecken im Helm,
1:23:51 Bon, je présume qu'il y en a pour lesquels c'est déjà inoubliable au niveau auriculaire et auditif, n'est-ce pas ? Nietzsche disait qu'il n'y a pas de musique plus propre que celle-là à changer en obsession. Le thème de la servitude, puisque là vous avez vu qu'on a affaire à des esclaves à l'ouvrage. Et simultanément, en plaquant l'un dessus, ça s'appelle « Composer », le thème de la forge, plus la servitude.
1:24:21 Et plus le thème de l'anneau, bien sûr, avec ses harmonies mystérieuses, et périodiquement, dans le récit de Mime, quand il parle du casque qui n'est pas encore tout à fait au point, il y a des formules qu'il faut qu'il approfondisse, on entend ce qu'on appelle les harmonies du casque, c'est juste deux accords. Voilà, je voulais vous familiariser un petit peu avec ce matériel sonore. Alors, si vous avez un moment, essayez de vous plonger dedans. Je crois qu'avec le livret en français que je vous ai envoyé, qui permet de suivre chez soi, au moment où ça vous arrange le mieux, quand vous êtes tranquille, avec le confinement, on a quelques disponibilités.
1:25:00 Peut-être qu'on n'avait pas… je ne parle pas de ceux qui font le travail à domicile, mais je veux dire, il y a quand même j'en connais pas mal qui me disent qu'ils ont plus de temps, Il y en a qui se sont remis à un instrument de musique, d'autres à des rangements, à des comptes. Bref, parce que ça demande du temps. On peut lire un livre en accélérant, en diagonale, la musique c'est incompressible. On ne va pas tout d'un coup le faire tourner en 45 tours.
Clouscard, Refondation progressiste : Vulcain, figure de la praxis
1:25:32 Nous n'allons pas tarder à nous quitter ou à vous donner la parole si vous avez des questions, Mais je voudrais quand même ici, puisque j'ai fait une allusion à Clouscard, vous dire que si le nain a décidé de prendre l'or, donc de renoncer à l'amour, c'est qu'il a été encore une fois envoyé sur les roses. Je prends une formule douxâtre, c'est beaucoup plus violent dans la réalité. Et là, vous voyez, je vous renvoie à un ouvrage de Clouscard, un de ses derniers, qui s'appelle « Refondation progressiste ».
1:26:09 Et je salue ici Marie-Antoine Rieux, qui était professeure de philosophie à Toulouse, et qui a connu Clouscard par ses écrits, et qui est venu à Gaillac l'interviewer, et ça a donné ce livre, tout de même, n'est-ce pas ? Et à qui nous devons donc refondation progressiste. Et je regarde tout de suite, dès l'introduction, avant même le chapitre 20, c'est-à-dire à la page 27, qu'est-ce que je dis ? L'introduction à la page 19, pardon.
1:26:44 Clouscard répond à la question qu'est-ce que ça veut dire un renouveau progressiste et Clouscard sort deux figures mythologiques, le Sphinx, Oedipe, l'énigme. Il en sort deux autres, Narcisse et Vulcain. Vous voyez, page 21, Narcisse et Vulcain. Narcisse lui, content de son apparence et Vulcain le plus laid des dieux, le dieu forgeron, Héphaïstos en grec, Vulcain chez les Romains. Comme c'est curieux, je vous dis qu'il y a une logique du sujet, comme c'est curieux dans la mythologie grecque, Héphaïstos le plus laid des dieux et qui est boiteux en plus, a pour femme Vénus. Et là les géants, on voulait, Freya la déesse germanique de la beauté. Oui, les géants, travailleurs aux mains caleuses.
1:27:38 Or, je vous lis maintenant la question de Marie-Antoine et la réponse de Clouscard. Vous allez voir le rapport avec la scène qu'on vient de voir. Pourriez-vous traduire dans le concret cette approche conceptuelle de la praxis ? Vous avez proposé, avec la figure de Prométhée, un complexe fait de la convergence et de l'identification de l'allégorique, du mythique, du symbolique. C'est bien ce que nous faisons avec Wagner, nous faisons converger, pour comprendre ce que c'est que la praxis. Le mythique, l'allégorique, le symbolique. Peut-on définir la praxis selon une typologie concrète qui en révèle la logique ? Réponse de Clouscard. Un personnage va assurer l'incarnation même de la praxis. Et il pense, je vous le dis avant, à Alberich que vous venez de voir. Un personnage va assurer l'incarnation même de la praxis.
1:28:29 Il sera la médiation entre le mythique, l'ordre symbolique, et le concret. Il sort des entrailles de la terre pour travailler directement un élément du cosmos, ce qui le rend semblable au Dieu. Par contre, dans le civil, certaines filles se moquent de lui parce qu'il sent mauvais. Donc la scène qu'on n'a pas vue, qui est la scène primitive, vous l'avez dans le texte, puisque vous avez l'intégralité du texte, encore une fois, de la traduction française de l'or du Rhin, reportez-vous à la première scène.
Les filles du Rhin : ordre symbolique et symbolique des classes
1:29:01 Et là, je peux demander l'heure à Philippe pour voir si j'ai le temps de faire. C'est bon, je ne peux pas m'empêcher de vous lire les tout premiers mots de l'or du Rhin et donc de la tétralogie d'une œuvre qui dure quatre jours. Les tout premiers mots, nous sommes dans le fond du Rhin, les trois filles et les trois sœurs, les trois filles du Rhin bâtifoles, n'est-ce pas ? Et voici les premiers mots de la première Woglinde, alors laissez tomber les prénoms.
1:29:33 «Vaia, vaga, Woge, du Welle, walle zur Wiege, vaga la veia, valala, vaga la veia. » Vous me direz « attendez, attendez, attendez, c'est même pas l'allemand, c'est quoi ça ? » Je répète. «Vaia, vaga, vogue, nouvelle, valet sur vigue, valet sur vigue, vaga la veia, valala, vaga la veia. » Et je suis sûr que des parents qui ont des enfants en bas âge ou qui en ont eu vont dire « mais ça me rappelle quelque chose ». Mais bon sang, mais oui, c'est mes gamins, ils ne savaient pas encore parler, mais ils commençaient déjà à gazouiller, à articuler, à imiter le langage des adultes.
1:30:10 Ils avaient déjà le chant et non pas des cris, des râles ou des pleurs ou des gémissements. C'était comme les oiseaux. C'est-à-dire que ça module, mais ils n'ont pas le code encore, ils n'ont pas la langue. Et c'est par là que ça commence. Quand vous pensez, j'ai l'air de passer du coq à l'âne, mais non, je commence à vous mettre un doigt dans l'ordre symbolique. Vous lisez Freud, ce n'était pas son truc, ni Wagner, ni tout ça, ce n'est pas son domaine du tout, donc ils ne se sont pas donné le mot.
1:30:45 Mais Freud, plus d'une génération plus tard, dit en particulier dans la symbolique des rêves, mais surtout dans la longue psychanalyse sur le président Schreber, qu'il y a dans le rêve quand on voit des oiseaux, ça signifie des jeunes filles. Je ne cherche pas à démontrer. Il y a un lien entre les oiseaux et les jeunes filles. Et ici, les jeunes filles babillent comme des oiseaux. Et regardez bien tous les noms d'oiseaux qu'on donne aux filles dans les cultures. Perruches, poules, têtes de linote, c'est-à-dire qu'il n'y a rien dedans, avec la misogynie.
1:31:34 Et Clouscard a dit qu'il s'est fait envoyer sur les roses parce qu'il se sentait mauvais. Je vous dis quelques extraits du dialogue entre lui qui surgit les profondeurs de la terre sale pendant qu'elle batifole dans les flots miroitants du Rhin. Les trois filles lui disent « Que veux-tu toi là-bas ? Je gêne vos jeux en restant là tous sidérés si vous plongiez… » Sous-entendu, elles sont à la surface en haut, lui il vient en bas, il est au fond de l'eau. « Si vous plongez… » Vous vous rendez compte des problèmes pour le mettre en scène. Si vous plongez, le Nibelung est…
1:32:04 J'aimerais folâtrer et lutiner avec vous. Vous voyez que la libido n'est pas implicite. Woglinde, Il veut jouer avec nous. Se moque-t-il ? Vous brillez dans la lumière si claire et si belle. J'aimerais tant enlacer les formes sveltes de celles qui se glisseraient vers moi. C'est de plus en plus libidinal. Flosshilde, Ah ! Je ris de ma peur. Parce qu'elles ont eu peur quand il a surgi les profondeurs. L'ennemi est amoureux. Ce lubrique compère. Bon après il y a une scène de, mais vraiment de vamps comme des filles de saloon, je veux dire, d'ailleurs la mise en scène de Chéreau, il les habille en filles de saloon.
1:32:43 Bon alors bien sûr il essaie de les attraper, les rochers glissent, toute une scène où vraiment elles le font souffrir, n'est-ce pas, elles le ridiculisent, et pour comprendre pourquoi il n'avait rien à perdre quand il a renoncé à l'amour. Et à un moment donné, l'une des trois lui dit « Si tu es épris et avide de volupté, fais voir mon beau quel air tu as. Toi, en voilà un bellâtre, velu et bossu, un nain noir tout caleux et plein de soufre, cherche-toi une belle à qui tu plaises. »
1:33:16 Clouscard n'exagère rien, au contraire, il est dans la litote. Or, qu'est-ce qu'on est en train de voir ? La symbolique des rapports de classe, ceux qui vivent dans le bas. Ceux qui vivent non pas seulement sur le sol, mais en dessous du sol, dans le monde souterrain, sont sales, sont petits de taille, sont plus petits. Il paraît que les Japonais, avec l'augmentation du niveau de vie à l'après-guerre, c'est la plus spectaculaire, dans ce genre, ont pris 38 cm de taille en moyenne, en 75 ans. En passant de la société traditionnelle et rurale, Une société hyper urbaine et industrielle. Vous voyez, au confort et meilleure nourriture, etc.
1:34:06 Donc, on parle de choses sérieuses. L'un des plus grands génocides de l'après-guerre, c'est le Rwanda. Les deux plus terribles, c'est les Khmer Rouges au Cambodge et le massacre des Tutsis par les Hutus qu'on avait chauffés. Laissons le dossier politique parce que ça nous amènerait loin. Or, vous me direz, vous savez, l'Afrique, les guerres ethniques, c'est terrible. Ah mais non, mais non, mais c'est la même langue !
1:34:38 Les Hutus sont petits, les Tutsis font souvent deux mètres. C'est que les Tutsis sont restés éleveurs. Pas besoin d'être grand médecin pour comprendre qu'ils ne mangent pratiquement que du lait de leur vache, que du lait des laitages, du lait caillé, du lait et de la viande. Ils ont une taille plus élevée que ceux qui sont restés agriculteurs. Et c'est la même éthnie ! Voilà. Donc, cette histoire de petits, grands, de géants, de dieux qui vivent là-haut dans la lumière et de gnomes qui hantent le monde souterrain, c'est lié à des partages de la praxis.
1:35:13 Je continue, Clouscard, par contre dans le civil certaines filles se moquent de lui, donc c'est les filles du Rhin bien sûr parce qu'ils sont mauvais. C'est Alberich, dit Marie-Antoine, le nain de L'Or du Rhin de Wagner, un cousin de Vulcain, le dieu grec des Forges. Et Clouscard répond, le procédé consiste à proposer des allégories pour exprimer les grandes intentions de l'humain. Il sera systématisé pour constituer les figures déterminantes de la praxis. Clouscard déroule notre programme.
1:35:43 Celles-ci devront répondre à deux exigences de la connaissance anthropologique. Il faut traduire les liens familiaux à la manière de Freud, puisqu'il y en a qui se servent de Clouscard, n'est-ce pas, pour évacuer la psychanalyse, et énoncer la logique de la praxis, le contraire et le contradictoire. Voilà, je saute un passage sur les relations de parenté. J'en viens à la partie la plus spéculative de mon anthropologie. Une fois établi que l'identitaire est un couple, que doit être le contraire de Vulcain ? Puisque la nature, l'acte de Vulcain est de produire, le forgeron, vous avez vu un petit peu, ça produit, ça a intérêt à produire. Puisque la nature, l'acte de Vulcain est de produire, que peut être l'acte contraire ? Ce ne peut être que consommer.
1:36:29 Et donc vous avez le couple primordial qu'on peut très bien opposer ici, Alberich, à Wotan, qui est beaucoup plus élégant. Il a une cravate dans la valkyrie dans la mise en scène de Chéreau, on est loin du Nibelheim. Le couple de Narcisse, contemplant son image dans le reflet des eaux et consommant la propre image qu'il a de lui-même, n'est-ce pas ? Et le producteur, et le monde de la production en tout cas, et les producteurs. Est-ce qu'il y a des questions, Philippe ?
Lecture du conflit entre les géants et les dieux
1:37:10 Bon, alors s'il n'y a pas de questions, par contre, Par contre, je reprends le texte de Wagner, cette fois, pour vous citer quelques extraits de la scène, de la véritable, du conflit social qu'il y a entre les géants et les dieux, quand les géants apprennent que les dieux ne veulent pas leur donner Freya, ce qui était prévu en paiement du bâtiment du palais des dieux qu'ils viennent de construire. Alors là, je vous lis le texte en commentaire. Ils arrivent sur scène, c'est terrifiant leur thème, on verra, c'est impressionnant.
1:37:42 Même les dieux sont impressionnés par la force des géants. Et en arrivant, Fasolt et Fafner, un doux sommeil fermait tes yeux, il parle à Wotan, Wotan oubliait, oubliait avant qu'ils arrivent. Un doux sommeil fermait tes yeux, nous deux construisions le bourg sans dormir à grand peine. Jamélas, le bourg c'est le palais des dieux. Nous avons posé pierre sur pierre, nous avons élancé des tours, portes et portails fermés protègent la salle du svelte château.
1:38:17 Il montre le château. Voici ce que nous avons dressé, le jour, l'éclair d'une brillante lumière. Entre-y, paie-nous le salaire. Wotan, dites-moi, le salaire, que pensez-vous exiger comme salaire ? C'est tout exigé, ce qui nous semble bien. As-tu la mémoire si courte ? Voyons, on retrouve tout ce qu'elle a dans les conflits sociaux, pas les ruptures de contrats. As-tu la mémoire si courte ? Freya la douce, Holda, ça je ne vous traduis pas, c'est un traduitif en allemand. Freya die holde, Freya la douce, Freya veut dire déjà la libre, mais pas Freya la douce et Holderlin, c'est le contrat. Nous l'emmenons chez nous, Wotan, vivement. Vous êtes fous avec votre contrat.
1:39:02 Cherchez un autre prix. Freya n'est pas à vendre. Et là commence, vous voyez, la tension monte. Que dis-tu ? Ah, tu songes à trahir le traité. Je vous montre ici vraiment une lutte revendicative. Les runes inscrites sur ta lance sont un jeu pour toi. Sur la lance de Wotan, il y a les runes, les inscriptions en vieux norrois, en vieux germanique, qui sont censés inscrire les contrats, les traités, les pactes.
1:39:33 Donc vous voyez, il y a toujours un problème de droit. Les runes inscrites sur ta lance sont un jeu pour toi, ces runes de l'Alliance conclue. Fafner, qui est l'autre géant qui l'interrompt et qui est plus réaliste que son frère, lui dit « Mon cher nigaud de frère, vois-tu bien qu'on t'escroque ? » Enfin, des deux géants, il y en a un qui regrette, qui aimerait bien avoir Freya et l'autre qui sera plus tenté par l'or. Fasolt, fils de lumière, d'essence légère, regardez comme le géant parle des dieux. Fils de lumière. Donc il y en a des dichotomies. Le haut, le bas, le sombre, l'obscur, le lumineux. Le lourd, le léger, quand on dit être relou.
1:40:09 Bon, ben oui ! C'est pas la lourdeur en kilogrammes, là vous voyez bien qu'on est dans l'ordre symbolique. Fils de lumière, d'essence légère, écoute et prends garde, sous-entendu l'enfaute de la production. Et des gens qui m'entendent pour toi pour que tu paraises léger, qu'elle ne soit pas encombrée par notre lourdeur. Écoute et prends garde, sois fidèle au contrat. Ce que tu es, tu l'es seulement par les contrats, par le droit.
1:40:40 Ton pouvoir après tout repose sur une convention, contrat, convention. Tu es plus sage, plus habile que nous. Tu as l'entendement, tu es malin, surtout avec Loge à côté du Dieu du feu, l'âme damnée, le chef des dieux, le consultant, le séguéla, le séguéla du prince. Tu es plus sage, plus habile que nous, nous étions libres et tu nous as contraints à la paix. Je maudis tout ton savoir, je refuse ta paix si tu ne sais pas être franc, loyal et libre pour rester fidèle au contrat.
1:41:15 Alors un géant stupide, il parle de lui, te le conseille, toi le sage, sache-le par lui. Wotan, c'est rusé de prendre au sérieux un pacte conclu pour rire, regardez la légèreté du pouvoir, un pacte conclu pour rire, la gracieuse déesse claire et légère, qu'en ferait des lourdeaux comme vous le mépris de classe. Et ici on voit bien ce que Clouscard rappelait, le lien qu'il est le seul à formaliser à notre époque de la praxis et de la psyché.
1:41:48 Si on peut tomber amoureux de Freya, à cause, comment il dit ? Sa grâce légère, la gracieuse déesse claire et légère, c'est parce qu'elle est dégagée. Elle n'a pas les mains caleuses par le travail, elle n'a pas les mains rougies, je pense à cette repasseuse dans Degas. Le tableau de Degas, on va être… Une repasseuse qui, d'épuisement, est en train de bailler, pas devant sa planche à repasser. Elle est toute boudinée, elle a les mains rougies. « Tu nous railles comme c'est injuste, wie ungerecht.
1:42:19 Vous, » il parle au Dieu en général, « vous qui régniez par la beauté, voyez, la psyché, l'esthétique, et l'avoir, comme ça va du même côté, vous qui régniez par la beauté, race noble et brillante, Quelle folie d'aspirer à des tours de pierre, de livrer pour un château le charme de la femme ! Nous, gros patauds, nous peinons, suants et les mains caleuses pour gagner une femme qui, aimable et douce, habite notre pauvre demeure.
1:42:52 C'est pour ça qu'il est devenu effrayant. Et d'après toi, c'est un mauvais marché ? Voilà, je m'arrête là pour vous montrer qu'il est question de revendications, de salaires, de travail et au contraire d'oissivité de l'autre côté, de la domination. Il n'y a pas de question de ce m'a dit Philippe, je crois. Bon. Et ça nous fait quelle heure, là ? Très bien.
Annonces : le site La Chose en soi et la collaboration avec des scientifiques
1:43:27 Bon, je crois que je peux enchaîner parce que j'ai peur de commencer un truc long. Oui, je suis en ligne là. Ok, je vais en profiter puisqu'il me reste un quart d'heure de signaler que je vais en profiter. D'abord un site que j'ai découvert qui s'appelle La Chose en Soi, rien que ça.
1:43:58 On dirait qu'il ne prend pas pour rien le titre, c'est tout le contraire. C'est quelqu'un qui est beaucoup trop modeste par rapport à l'excellence de son site. Je ne connais pas son nom donc je l'appelle La Chose en Soi, c'est son pseudo. Je l'ai vu répondre à la question sur le forum de sa vidéo, je ne sais pas, visité par sa vidéo, sur les commentaires. À prendre son temps, c'est une longue page pour expliquer qu'il n'y a pas de contradiction quand il dit que Hegel est moniste et que ça ne comprenne pas ce qui est censé être son idéalisme.
1:44:33 J'ai rarement vu sur un sujet aussi difficile que le rapport dialectique du monisme et du dualisme, un résumé aussi pertinent, En particulier dans la manière dont la pensée de Hegel incarne parfaitement cette dialectique-là du monisme et du dualisme. Je l'ai rarement vue en aussi peu de pages, il y a de quoi faire de pages de livres, un concentré aussi pertinent.
1:45:03 Alors je lui demande pardon de le livrer comme ça en pâture à un autre public, de le faire rougir par des éloges Je voudrais tout de suite, si Pierre-Alain nous écoute, je le dis aussi pour Thomas, pour Philippe, tous ceux qui m'aident à mettre tout ça en place, je leur dis qu'il faut absolument que dès demain, ils soient dans les sites amis, sur le site.
1:45:36 Notre chose en soi, notre chose en soi. Et par ailleurs, il y a quelqu'un qui voudrait remercier, pas seulement signaler l'existence, mais remercier. Alors voilà, il faut franchir toute la Méditerranée. Il se trouve que nos pages, nos interventions, nos vidéos ont une forte résonance au Maghreb, et je m'en félicite. Surtout dans les problématiques qui s'y agitent, pas seulement récemment, mais en particulier depuis quelques temps, et surtout en Algérie.
1:46:11 Il y en a pas mal en Tunisie, il y en a pas mal au Maroc, mais en Algérie c'est là qu'il y en a le plus. Et parmi celles-là, je vais encore faire rougir quelqu'un, je suis très honoré d'être rentré en contact grâce à des commentaires au départ, Nous sommes amis sur Facebook maintenant à une grande mathématicienne qui s'appelle Amel Boulaïa et qui m'a proposé, je me permets de lui répondre oralement parce que j'ai tellement de choses à faire, je n'ai pas encore répondu par écrit, à sa déclaration de disponibilité.
1:46:42 Elle est prête à nous donner un coup de main dans ce cycle sur les sciences dures et les sciences humaines. Je suis bien content d'avoir l'appui d'une très fine mathématicienne qui n'a pas hésité à remonter à Fibonacci pour me préciser ce qui était un peu approximatif dans ce que je lui avais envoyé à propos du nombre d'or. Ce qui n'était pas faux, mais qui était moins précis que ce qu'elle en dit.
1:47:13 Voilà, donc merci Amel. Très vite, je vais répondre pour définir le créneau bien précis sur lequel j'aurai besoin de votre contribution, de votre appui, ne serait-ce que quelquefois pour valider des énoncés qui ne sont pas de ma spécialité et je n'aime pas trop parler de ce qu'on n'est pas.
1:47:43 Par ailleurs, bien sûr, il n'est pas du tout exclu qu'Amel participe. C'est un rêve que je caresse avec nos visiteurs et nos amis, nos camarades et nos abonnés scientifiques de très haut niveau. Je pense à des gens aussi différents que Loïc Chantry ou que Pierre Bolinsky, qui travaillent à Oxford sur l'intelligence artificielle, où il y avait beaucoup d'appelés et peu d'élus.
1:48:20 Je caresse l'espoir que les uns et les autres, les unes et les autres ici, pourront peut-être m'aider, non pas à une formalisation au sens mathématique des sciences humaines ou de la philosophie, ce qui est un vieux rêve qui n'aboutira jamais quand on a suffisamment démontré pourquoi ça s'est écroulé avec le dogmatisme d'avant les lumières. Mais même s'il y en a encore… Qui y croient, comme vous le savez, dans le néopositivisme ambiant ou dans l'empirisme analytique.
1:49:02 Simplement pour nous proposer, nous inspirer les équivalents en mathématiques de certaines formes, comme je viens de montrer ici des analogies entre le haut, le bas, le lumineux, l'obscur. Je suis sûr que tout ceci peut sortir de sa gangue chatoyante, colorée, pour aboutir à une modélisation plus rationnelle, plus économe et plus rigoureuse.
1:49:41 Voilà. Donc, j'en reparlerai bilatéralement avec Amel. Je voulais tenais à la remercier publiquement de son offre de disponibilité au travail que nous faisons en commun dans ce cycle sur l'épistémé. J'en profite aussi pour vous dire que plus vous écouterez, je ne vous demande pas d'écouter un concerto de Vivaldi, c'est beaucoup plus lourd comme dimension, mais au moins pour ceux qui se serait trop d'écouter la musique qui ne sont pas habitués à écouter du classique et encore moins la musique classique chantée, Au moins de se plonger dans les textes, vous les avez, quand vous cherchez bien, vous mettez livret en français, après le titre, il y a quatre parties, l'or du Rhin dans l'ordre chronologique, la Valkyrie, Siegfried, le crépuscule des dieux.
Le drame lyrique n'est pas un opéra ; conclusion sur l'entendement
1:50:43 L'Or du Rhin, la Valkyrie, Siegfried, Le Crépuscule des Dieux. Vous cherchez à Tétralogie et Wagner dans Wikipédia, vous avez… Je vous demande, je n'ai rien à exiger, mais ce serait tellement gagner du temps, n'est-ce pas, qu'on ait au moins quelques références communes, qu'on n'ait pas à répéter le basique, sauf lorsqu'il, bien sûr, est nécessaire à l'intelligibilité du détail. Et alors, j'en profite aussi pour vous dire que malgré les apparences, nous ne sommes pas l'opéra. Pardon, c'est un peu plus musicologique ce que je dis là, je voudrais terminer là-dessus. Wagner a fait des opéras dans sa jeunesse, c'est des genres, reportez-vous pour ceux qui veulent en savoir plus, aux épisodes de Musicosophie, des vidéos que je fais grâce à Aymeric Monville, à mon éditeur.
1:51:39 Deux fois par semaine, le prochain est en vendredi d'ailleurs, je vous le donne en avant-première, où je détaille de manière beaucoup plus précise, les signes, les formes, les genres musicals. Mais ici, il faut être précis, nous ne sommes pas dans l'opéra malgré les apparences. Il ne suffit pas qu'il y ait du théâtre où on chante, pour que ce soit de l'opéra, il peut y avoir du théâtre où on chante, mais si le sujet est religieux, ce n'est pas un opéra, c'est un oratorio, par exemple.
1:52:10 Dans la passion, et passion selon saint Matthieu, passion selon Jean, je dis saint pour les catholiques, je dis Jean sans le saint pour les protestants. Ça chante, il y a des instruments, il y a l'orchestre, et c'est pas l'opéra, c'est une passion, ou une cantate. Ne compliquons pas, ici, Wagner a inventé une nouvelle forme, à la fois un genre et une forme. Un genre, c'est… C'est ce qu'il appelle, il a baptisé lui-même le « Tondrama », le drame lyrique mot à mot, c'est-à-dire une action en musique.
1:52:48 Alors là, on arrive à des problèmes très intéressants que je ne risque pas de développer avec le peu de temps qui nous reste ce soir, mais je vous renvoie à des ouvrages qui ont été écrits sur la question, ce n'est pas la notion de drame lyrique, Jean-Jacques Nattiez a écrit le thème de l'androgyne chez Wagner. Vous diriez quel rapport ? D'abord parce qu'il y a beaucoup d'androgyne dans les histoires mythologiques que Wagner rapporte dans ses drames lyriques, surtout dans la tétralogie, ne serait-ce que les parents de Siegfried qui sont frères et soeurs jumelles.
1:53:25 Mais Jean-Jacques Nattiez en particulier, qui est à la fois un anthropologue et un musicologue, un ethnomusicologue comme on dit ailleurs, Jean-Jacques Nattiez a écrit le thème de l'androgyne chez Wagner. Pourquoi j'en parle ? Non pas pour vous détailler une œuvre, on n'a pas le temps, mais pour dire en gros dans le drame lyrique, le texte est l'élément mâle, la musique est l'élément femelle. Pardon, ça c'est dans le monde animal. Le texte est l'élément viril et la musique est l'élément féminin, ce qui n'est pas tout à fait pareil que mâle et femelle.
1:53:59 Loin de là, il y a des mâles et des femelles dans la nature, il y a des hommes et des femmes dans l'histoire et dans la culture. Donc c'est important que cette union indissociable du texte et de la musique, c'est très différent de l'opéra où souvent le texte est médiocre, pas toujours, mais souvent, ou inversement on peut faire, c'est encore pire, une mauvaise musique sur un texte intéressant. Enfin, je vais dire un texte médiocre où il est plat et de toute façon, C'est une tradition, bien souvent, par exemple dans la tradition belkantiste, que j'adore quand c'est des chefs-d'oeuvre, ne croyez pas que je rejette ça d'un revers de main.
1:54:33 Je pense à Bellini dans le genre mélancolique ou à Rossini dans le genre comique, où on fait des fioritures pour mettre en valeur le gosier de la soprano, n'est-ce pas, ou du ténor, et à sa puissance vocale et surtout à sa possibilité de faire des fioritures sur une seule syllabe. Bon, on voit que le texte ici importe peu, souvent on ne comprend même pas ce qu'il dit, c'est aigu. Alors, ce n'est pas du tout le cas. Donc, Wagner a inventé un genre où il faut être tout au long attentif à ce qui se passe, à l'action, on n'est pas dans le lyrique.
1:55:04 Wagner succède à une génération romantique, il succède au Schumann, au Schubert, au Chopin, ça c'est des lyriques essentiellement lyriques, qui ont succédé aux grands dramatiques que Beethoven. Wagner reprend le flambeau dramatique que Beethoven a porté à des sommets, mais à Beethoven dans le domaine essentiellement instrumental. Beethoven n'était pas très inspiré par l'opéra, il n'en a fait qu'un. Il reprend et il l'applique justement à la musique vocale, à l'art dramatique musical.
1:55:40 Voilà, donc nous n'avons pas affaire à des opéras. Je dis ça parce que souvent même, Wagner présente le drame lyrique comme un anti-opéra. Par exemple, il n'y a pas de répétition. Vous avez vu, L'Or du Rhin, ça avance. On ne répète pas tout le temps « Nous sommes arrivés ce matin, nous sommes arrivés ce matin ». On peut le répéter huit fois, puisqu'il est essentiel de faire une belle mélodie et de faire des vocalises. Vous voyez, il n'y a jamais de répétition, l'action avance. Et un compositeur aussi peu suspect de conformisme que Pierre Boulez, Après avoir critiqué Wagner quand il était plus jeune, a fini après l'avoir dirigé, avoir connu de l'intérieur par les partitions, de dire ce qu'il y a de plus moderne chez lui, c'est cette manière d'avancer sans jamais revenir en arrière. Sauf la seule récurrence qui permet de ne pas s'y perdre dans ce flot continu, c'est précisément les leitmotifs qui reviennent avec des variations. Pas toujours avec le même rythme, pas toujours avec les mêmes accords, quelquefois ils sont glorieux.
1:56:39 Le même leitmotiv. Quelquefois ils sont déprimés, mais c'est ça qui fait qu'il y a tout de même une récurrence, bref une incidence de la mémoire, on en sortait dans le cycle précédent, sur l'audition. Voilà, je voudrais qu'on en reste là pour l'instant, je développerai bien sûr, au fur et à mesure que nous écouterons les extraits, aujourd'hui je voulais surtout montrer ce que pouvait avoir de terrifiant, surtout dans cette mise en scène de Chéreau et dans le texte.
1:57:10 Le Wagner qui est terrible. Ce qu'a de terrifiant, ce à quoi peut arriver l'entendement lorsqu'il n'est ni aux prises avec le réel de la sensibilité, ni avec l'éclairage de la raison, qui est la faculté des fins et non pas des moyens. On s'arrête là pour aujourd'hui.