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La philosophie n'est pas une sagesse
0:30 Bonsoir tout le monde.
1:00 Un grand merci à Adrien de nouveau de traverser l'île de France avec son vélo pour que vous puissiez voir cette session de nos ateliers que je vais concentrer. Vu le retard que j'ai pris sur la réponse aux questions, mieux vaut tard que jamais, je vais quand même commencer par répondre à une question plutôt récente, mais je pense à une question de Laurence, si je me souviens bien, qui me demande de parler du rapport Platon-Aristote.
1:46 Eh bien, c'est une excellente question, l'air de rien, je ne suis pas là pour faire des évaluations, mais ça fait 2500 ans que l'histoire de la philosophie oscille, entre deux pôles qui sont Platon et Aristote, c'est pour ça que c'est intéressant. On va s'expliquer, bien sûr. Voilà. Alors d'abord, quelques rappels et quelques précisions.
2:16 Platon, c'est le premier grand système de philosophie qui nous soit écrite, qui nous soit parvenu. Il a été longtemps à l'école de Socrate, qui lui initie carrément la philosophie, je ne reviens pas là-dessus. Je rappelle qu'il y a bien avant Socrate des pensées vertigineusement profondes, dans le monde oriental, dans le monde indien, le brahmanisme, le bouddhisme, le taoïsme en Chine, le zen au Japon, ce que vous voulez, dans les mystiques musulmans, les soufis.
2:48 Mais ce n'est pas de la philosophie, ce sont des sagesses. Ce n'est pas du tout des jugements de valeur. Je ne suis pas en train de dire que c'est moins important que la philosophie. Je suis en train de dire que, rappel important, philosophia, vous savez ce que c'est un francophile, c'est quelqu'un qui aime bien les Français. C'est le contraire de phobes, de francophobes.
3:21 Or, ce qu'on aime, ce qu'on désire, l'argent qu'on désire, ce n'est pas celui qu'on a dans la poche. Si on désire la sagesse, c'est qu'on ne l'a pas. Les philosophies ne sont pas des sagesses. Il y a une part de questionnement, de mise en question, de rupture avec les certitudes immédiates, qui est loin de la profonde certitude qui envahit souvent les sagesses, qu'elles soient d'inspiration religieuse ou laïque.
3:54 C'est un autre problème. Je dis ça parce que le brahmanisme, par exemple, est une part très importante de la religion traditionnelle hindouiste. Le bouddhisme, par contre, n'est pas une religion, c'est une sagesse. Je vous défie de trouver un nom de Dieu dans le bouddhisme. Au contraire de Jéhovah, d'Allah, de Jupiter ou de Wotan, chez les Allemands.
Platon, de la condamnation de Socrate à l'Académie
4:29 Donc, Wut, c'est la rage. Sur Paris. Le chef des dieux, c'est celui qui déclenche la foudre, comme chez les Grecs. Revenons à Platon et Aristote. Donc, Socrate n'a pas laissé d'écriture. Mais, heureusement qu'il s'est trouvé un grouillot, comme on dit chez les architectes, n'est-ce pas ? Quelqu'un qui le met en scène dans toute son œuvre, qui est Platon, bien sûr. Platon, qui restait longtemps à l'école de Socrate, heureusement pour nous, place Socrate dans tous ses dialogues, avec cette forme très originale.
5:13 Platon est sans doute le plus grand artiste de l'histoire de la pensée, le metteur en scène, le cinéaste. Il faut voir ses prologues, ses post-ludes, c'est du grand art, avant que la discussion proprement philosophique ne commence. Donc, Platon à l'école de Socrate. Et Aristote, oui, pardon, je vais un peu vite.
5:45 Platon, je ne veux pas résumer toute sa vie, mais enfin, il fait partie de ce qu'on appelle, on dirait aujourd'hui vulgairement, l'establishment. Normalement, il aurait dû avoir une carrière de jeune candidat aux fonctions politiques dans la cité. Seulement, il a été influencé par son maître Socrate. Et il s'est passé un événement qui, tout d'un coup, a fait de Platon l'immense philosophe dont nous avons hérité.
6:15 C'est quand Socrate a été condamné. Comment l'homme le plus juste de la cité peut-il être condamné par cette cité ? Oui, la philosophie commence par un scandale politique, n'est-ce pas ? Or, Platon avait un tel rayonnement dans l'Antiquité, heureusement. Donc, il y avait beaucoup de copies de ses textes, ce qui fait que même quelques lettres de sa correspondance nous sont parvenues.
6:46 On a très très peu de lettres du cinquième siècle avant Jésus-Christ, vous imaginez ? On a une dizaine de lettres à peu près, et dans la fameuse septième lettre, écrite aux siens, comme il dit, à ses proches, à sa famille, il raconte la dramatique séquence de son séjour en Sicile, où il avait été appelé par Denis, tyran de Syracuse, tyran veut dire à l'époque roi de Syracuse, tout simplement, qu'il avait entendu parler de Platon et qu'il avait invité, on dirait aujourd'hui, comme consulting, pour le conseiller dans l'exercice du pouvoir.
7:31 Et en fait, Platon est vite devenu insupportable, parce que le tyran a vu tout ce dont il devait se priver, pour souscrire aux indications de Platon, il s'est là énervé, il a fait arrêter Platon et il l'a vendu comme esclave, c'est pas sympa. Heureusement que Platon avait des relations, je vous l'ai dit, dans les grandes familles, il a été racheté, ça se faisait couramment à l'époque, enfin quand même, il a été dans les mines des latomies, c'est ce traumatisme, et il écrit, voilà le passage où je dois en arriver, qui montre bien le rapport de la philosophie à la crise, ça vous le savez, on l'a déjà vu, tous les grands moments, tous les grandes avancées de l'histoire philosophique se sont toujours opérées dans un contexte de crise.
8:23 Et voilà que dans cette lettre, il finit par dire, c'est alors, alors quand j'ai eu ce traumatisme politique, alors que mes yeux restaient attirés vers la politique, je le cite là, j'ai été comme contraint de me tourner vers la philosophie. Et voilà comment on a eu le système de Platon, n'est-ce pas ? Il a fait un grand détour, voilà, comme il dit dans la République. Bon, je ne vais pas raconter toute la vie de Platon, juste le temps de dire qu'il a fondé une école, après son retour de Sicile, en achetant un terrain qui s'appelait, le quartier s'appelait Academos, et c'est ça qui était l'origine du terme d'académie.
Le tableau de Raphaël : transcendance et immanence
9:09 Et là, il a eu des disciples, et parmi ses disciples, il y a eu Aristote. Voilà pour le contexte. Alors, c'est peut-être le moment de jeter un coup d'œil sur le magnifique carton que vous a préparé Adrien. Il s'agit d'un tableau de Raphaël, où on voit Platon et Aristote en train de parler, debout, descendant l'escalier de l'école, de l'académie, entourés d'autres disciples, studieux, les uns en train de lire, les autres en train d'écouter.
9:44 Et c'est célèbre, dans le tableau de Raphaël, n'est-ce pas ? C'est célèbre, parce que Platon a un index qui pointe vers le haut, et Aristote a une main qui montre, n'est-ce pas, à plat, là, qui indique plutôt la direction du bas. Voilà, ça vous résume un petit peu l'imagerie. L'imagerie, c'est toujours un peu péjoratif comme mot, c'est-à-dire l'idée qui ne tient la route que, quand on regarde ça de loin quand même, de ce qui distingue Platon d'Aristote, Platon serait dans le monde des idées, de l'au-delà.
10:26 Et Aristote semblerait dire avec sa main, ne perdons pas de vue les choses qui nous entourent, les choses immédiates, ce que Platon appelle, avec dédain, le monde sensible, c'est-à-dire le monde qui est objet des sens. Au point que je vous ai préparé un petit, vous voyez, je vais schématiser ça. La première distinction, c'est l'essence et la substance, on va commenter tout ça, n'est-ce pas.
11:00 Du côté de Platon, il y a la transcendance, le doigt pointé vers le haut, trans, au-delà, ça veut dire méta en grec, trans en latin, ça veut dire au-delà, n'est-ce pas. Quand le Christ dit mon royaume n'est pas de ce monde, dans l'Évangile, ça veut dire une religion de la transcendance, comme souvent les religions monothéistes, n'est-ce pas. Alors que chez les Grecs, au contraire, c'est des religions et l'Aristote est plus proche du monde grec à ce niveau-là, de l'immanence.
11:34 Il n'y a pas Dieu au-delà, invisible, absolument impossible à exprimer, à figurer. C'est même interdit de figurer déjà les êtres vivants dans la religion islamique. Vous voyez, a fortiori Dieu, n'est-ce pas, qui ne se laisse pas enfermer dans un contour, dans une silhouette. Sauf lorsqu'il décide de s'incarner comme Dieu le Fils, comme le Christ. mais attention à cette opposition, c'est peut-être la plus importante entre Platon et Aristote, de la transcendance chez Platon et l'immanence chez Aristote.
12:14 Alors, on parlera de la transcendance de Dieu ou du divin. Dieu, c'est une notion un peu anachronique à l'époque, pour me dire le divin chez les Grecs, sauf que chez Aristote, le divin, il est là, là, là, comme il y a des nymphes dans les sources. Comme on dit que les arbres près de Dodone, une petite ville aux environs d'Athènes, laissent échapper des paroles qui sont comme des prophéties avec le vent. Vous voyez ? Comme l'océan, pour nous, c'est du chlorure de sodium.
12:47 pour les Grecs, c'est la demeure de Poséidon, que les latins appellent Neptune, n'est-ce pas ? Voilà, avec son trident, pour connoter le monde marin. Donc voilà, le divin, il est là, là, on ne le voit pas, mais il est là, derrière les choses, c'est ça, l'immanent. même radical que dans, maintenir ce qui se maintient là, sous la main. Donc, alors, autre bizarrerie, je fais exprès de mettre sur ce petit, vous voyez, si vous regardez la troisième ligne, le mot grec, eidos, donne idée, pratiquement le même mot, eidos, idée, ça fait 2500 ans, que quand c'est sous la plume de Platon, le même mot grec, eidos, on le traduit par idée, chez Platon, et par forme, chez Aristote.
13:42 Donc, vous voyez, moi, je veux bien qu'on les oppose, mais dans le texte grec, c'est le même mot. Alors, je vais insister plutôt sur Platon, pour garder l'ordre chronologique. Vous avez, vous savez, j'aime bien citer, pour introduire à Marx, par exemple, j'aime bien me servir de la fameuse préface de 59, à la contribution, à la critique de l'économie politique, pour des raisons de contrainte temporelle.
Le long détour de la République
14:30 Si je puis dire, je veux dire, quand j'essaie de faire de la transmission du didactique, du pédagogique, on a toujours l'impression qu'on n'aura jamais le temps de déployer toutes les facettes tous les aspects les subtilités d'une problématique donc pourquoi je privilégie ce texte de Marx c'est parce que comme je dis souvent c'est celui où il y a le plus de Marx un minimum de lignes c'est une question de gagner du temps et d'optimiser un petit peu l'opération de transmission alors pourquoi ce détour ?
15:12 parce que j'essaye de faire pareil avec Platon j'essaye de trouver des textes de Platon pour ne pas parler dans son dos mais qui sont verticaux c'est-à-dire qui contiennent à peu près l'essentiel ce qu'on appellera avec plus ou moins de contresens le platonisme en tout cas la pensée de Platon alors je prends comme extrait par exemple les dernières pages du sixième livre de son dialogue intitulé la République une république qui expose pour la première fois mais pas pour la dernière fois une manière plus systématique qu'ailleurs la manière dont Platon envisage ce qu'il est convenu d'appeler la cité idéale voilà proposer quelle serait la législation d'une cité considérée comme juste par Platon alors il commence comme toutes les discussions politiques par dire qu'est-ce qu'on ferait qu'est-ce qu'on ferait avec la répartition de la richesse
16:24 avec l'éducation des gardiens, des guerriers passons sur tout cela très vite on bute sur des problèmes chacun sait ce que c'est qu'une discussion politique et là il y a une déclaration capitale qui fait que tout d'un coup on quitte la politique du café du commerce pour rentrer dans la philosophie politique dont la république de Platon est un des premiers grands titres lorsque Socrate dit mon camarade tu vois bien que pour résoudre ces problèmes il nous faut opérer un long détour et ce détour c'est l'histoire de la philosophie cette mise entre parenthèses de l'objectif pratique qu'on avait là qu'est-ce qu'on ferait si on était au pouvoir demain vous voyez on le met entre parenthèses parce qu'il nous manque des tas de renseignements c'est une preuve d'humilité ça il nous faut faire un long détour ce long détour qu'il faudra dire des siècles plus tard qu'est-ce que je dis ? plus d'un millénaire et demi plus tard sous la plume de cet immense philosophe de cet immense mathématicien, physicien
17:35 que fut Leibniz au XVIIe siècle qui dit cette phrase magnifique qui résume un peu le rapport du théorique et du pratique dans le monde de la connaissance à savoir il n'y a de concret que par l'abstrait je donne un exemple pour illustrer ce que veut dire ici Leibniz dans la droite ligne de Platon le long détour ce que Husserl bien plus tard au XXe siècle le fondateur du courant appelé dit la phénoménologie même si Hegel avait écrit un siècle auparavant déjà une première phénoménologie de l'esprit lorsqu'on dit la phénoménologie tout court il s'agit de Husserl Husserl parle justement de cette nécessité qu'on a de mettre entre parenthèses avec le mot épochè mot grec voilà je suspends mon rapport immédiat à la visée pratique que j'avais pour essayer d'en savoir plus de réfléchir et donc je suis toujours dans le commentaire
18:48 de l'expression de Platon dans La République mon camarade il nous faut faire un long détour tant qu'on est dans la philosophie non pas dans la sagesse mais dans la recherche de la sagesse donc dans le manque de la sagesse je ne répéterai jamais assez ce n'est pas l'argent que j'ai dans la poche ou que j'ai en banque qui me manque c'est l'argent que je n'ai pas ce n'est pas mon budget c'est ce qui pourrait l'augmenter voilà donc si je suis amoureux de la sagesse littéralement philosophia c'est que je ne la possède pas et donc il y a une espèce d'inquiétude immanente à la philosophie propre à la philosophie vous voyez de ne pas être trop rapidement satisfait des certitudes qui encombrent notre pensée y compris pour moi-même nous sommes tous encombrés de certitudes condamnés à s'écrouler un jour ou l'autre
Le récit de la caverne et les limites des sens
19:58 et philosophie c'est une autre manière de la définir sans emprunter le long chemin qui mène de nos certitudes de départ à la vérité la vérité est bien différente de nos certitudes je voulais faire ce détour sur Platon donc je renvoie à ces dernières pages de la république parce que là il nous fait un schéma qui résume à peu près tout son système c'est la fin du sixième livre or juste après je vais y revenir mais juste après commence le septième livre qui commence tout de suite dès les premières lignes par exposer peut-être le passage le plus connu de Platon le plus célèbre le fameux mythe de la caverne voilà pourquoi la fin du sixième livre est si importante elle prépare au mythe de la caverne je rappelle pour ceux qui n'en connaîtraient pas le détail comment se présente cette histoire de caverne chez Platon imagine-toi dit-il à ses interlocuteurs c'est toujours sous forme dialoguée n'est-ce pas imaginez-vous
21:09 une falaise qui plonge dans la mer c'est très grec tout ça n'est-ce pas et comme une infractuosité dans cette caverne dans cette falaise il y a une caverne profonde et dans cette caverne elle est coupée en deux par un mur dans le sens de la largeur et à droite du mur donc regardant vers le fond de la caverne tournant le dos à l'ouverture à la lumière à l'extérieur il y a une étrange foule de prisonniers enchaînés les uns aux autres je vous expose le récit de la caverne on abuse quand on dit que c'est un mythe c'est un récit une parabole comme on voudra la mythologie est plus proche du religieux ils sont enchaînés de telle manière qu'ils ne peuvent regarder que vers le fond de la caverne et ils sont là nous précise Platon depuis leur naissance ça veut dire que depuis leur naissance pour eux l'existence le monde extérieur se résume à ce qu'on voit
22:19 sur la caverne or qu'est-ce qu'on voit les ombres comment les ombres ben oui parce qu'ils sont de l'autre côté du mur mais du côté qui regarde du mur qui regarde vers l'extérieur il y a des personnages étranges qui défilent portant sur la tête des objets reproduisant tout ce qu'on peut trouver dans la vie quotidienne des trucs des animaux des ustensiles des outils des silhouettes et le feu qui est à l'entrée de la caverne qui n'est que le relais de la lumière du soleil de l'extérieur envoie comme des ombres chinoises sur la caverne quelque chose qui rappelle de loin ces objets qui passent du côté extérieur du mur les interlocuteurs de Socrate disent voilà d'étranges voilà d'étranges individus Socrate et Socrate de préciser c'est à nous qu'il ressemble comme ça c'est clair c'est nous depuis notre naissance
23:31 nous sommes habitués à ne voir que ce qui est devant nos yeux et n'entendre que ce que nos oreilles perçoivent oui ben voilà ben oui ben c'est ça pourquoi Platon méprise ça c'est la preuve qu'il n'est pas matérialiste vous savez les sciences de la matière la physique en particulier sont très très loin de ce que nos yeux et nos oreilles nous montrent regardez nos oreilles ben oui on perçoit les sons réels non le chien la chauve-souris perçoivent des sons qui existent mais nous nous les entendons pas nos sens sont très très limités les ultrasons ça s'appelle il y a des infrasons tellement graves n'est-ce pas c'est le cas dans la manière dont les baleines communiquent à des distances impressionnantes sous l'eau et puis il y a les ultrasons n'est-ce pas qui permettent selon le principe du sonar à la chauve-souris n'est-ce pas de se diriger même à grande vitesse non pas par sa vue qui est déficiente mais justement par son ouïe qui est bien plus développée
24:41 que l'anneau donc voilà et puis vous avez tous vu des dresseurs de chiens qui sifflent nous on n'entend rien dans le sifflet on n'entend pas ce silencieux mais le chien il entend parce que c'est les ultrasons ce qui veut dire que nos sens sont toujours limités dans une limite inférieure et une supérieure entre ce qu'on appelle des seuils ce n'est pas des seuils de fréquence voilà Platon sait bien tout ça et c'est bien que ne pas confondre le réel dans sa vérité avec le sensible vous voyez on retrouve toute la distance qui sépare la certitude de la vérité tenez pour montrer ce qui est immobile le repos par opposition au mouvement je peux frapper le sol en disant voilà ça c'est le plancher des vaches ça ça ne bouge pas c'est pas comme la rivière qui coule ou le vent ah bon je vous signale que ce plancher là il est en train de filer à 30 km secondes comme tout ce qui est sur terre autour du soleil ah oui mais ça ne se voit pas avec l'oeil ça puis en a mis des millénaires le savoir n'est-ce pas à le réaliser et pas parce qu'on avait et tout c'est pas des gens
25:51 qui avaient une meilleure vue qui se sont aperçus de ça parce que vous pouvez écarquiller les yeux vous ne voyez toujours pas le sol bouger non non il a fallu faire un détour qu'est-ce qu'il dit Leibniz ? je répète il n'y a de concret que par l'abstrait via l'abstrait par le détour de l'abstrait des équations mathématiques je commente toujours cette distance très platonicienne qui a entre l'immédiateté sensible ce qu'est le plus paresseux l'immédiateté sensible et la réalité effective la réalité l'objectivité scientifique je termine par une réflexion toute simple le mot soleil dans chaque langue il y a un mot pour désigner le soleil il existait bien avant les hommes prononcés un mot qui désigne le soleil bien avant qu'on ait une théorie scientifique du soleil les chasseurs du néolithique se donnaient demain au lever du soleil
27:01 on va courser le mammouth il y avait un mot pour le soleil mais ils ne se occupaient pas de savoir si c'était une petite assiette de 20 cm un peu brillante dans le ciel ou si comme les émissions ça fait plus d'un million et demi de kilomètres de diamètre bon bref il y a eu le mot soleil bien avant qu'il y ait une théorie scientifique du soleil donc le langage de tous les jours que la philosophie met en question avec la question socratique par excellence elle rappelle tout ça qu'appelles-tu ?
27:37 qu'appelles-tu le soleil ? c'est cette chose que je vois là qui me fait un peu cligner de l'oeil parce que ça m'éblouit ah oui alors tu peux dire c'est grand comme une assiette de 20 cm et une assiette qui sera en même temps une lampe oui oui d'accord c'est pas grave donc les étoiles sont des petits points lumineux dans le ciel alors que certaines de ces étoiles sont à 100 fois grand comme le soleil qui est déjà à 100 fois grand comme chacune des planètes qui l'entourent n'est-ce pas ?
28:08 c'est pas grave mais qu'appelles-tu le soleil si c'est pour savoir ce qu'il est indépendamment de nous objectivement scientifiquement et non pas cette chose qui me fait cligner de l'oeil ça parle de moi plus que du soleil il faut faire un grand détour un grand détour hors des sens il y avait une théorie il y avait le mot soleil bien avant qu'on en ait une théorie scientifique donc cette fin du sixième livre de la république Platon pour introduire au mythe de la caverne je reviens un peu en arrière fait une hiérarchie n'est-ce pas des des objets les plus les plus éloignés de la connaissance vraie les plus douteux vers ceux qui sont le plus proche de la vérité et il trace cette fameuse ligne qui va de ce qui sera dans le livre suivant le fond de la caverne où il n'y a que des ombres des reproductions des reflets des simulacres c'est des mots qui reviennent souvent chez Platon
La connaissance sensible et le doute de Descartes
29:18 et la première grande rupture ça c'est la connaissance sensible ce que les sens nous montrent c'est le fond de la caverne vous comprenez pourquoi ils sont enchaînés depuis leur naissance car nous depuis notre naissance on a commencé par se fier au sens si vous regardez la première méditation de Descartes bien plus tard qui a pour titre des choses que l'on peut révoquer en doute faire le bilan de tout ce dont on peut douter tout ça non pas parce que moi Descartes je suis un sceptique et que j'aime bien mettre tout en question non le contraire c'est parce que je veux arriver avec quelque chose de certain de non douteux et d'indubitable c'est ça que ça veut dire qu'il n'y a plus de doute que je dois commencer par ne pas prendre comme on dit en français familier des vessies pour des lanternes tu dois commencer par rejeter tout ce qui en sont quoi comme dit Descartes il y a la moindre raison de douter et il commence il dit si je veux arriver à quelque chose
30:29 de certain il faut commencer sincèrement ce que j'ai cru de plus assuré là je le cite c'est ce qui nous arrive des sens ou par les sens oui il commence comme tout le monde et tout de suite il ajoute mais j'ai souvent remarqué que ces sens c'est des trompeurs et il est de la plus grande prudence de ne jamais se fier à ceux qui nous ont une fois trompés si quelqu'un déteste être trompé c'est bien Descartes et puis je fais une petite progression il ajoute presque aussitôt c'est un nouvel avatar de la distance que Platon met entre la certitude et la vérité il ajoute oui mais enfin les sens nous trompent lorsque c'est des choses éloignées alors je donne un exemple un vrombissement que j'entends au loin comme c'est loin je ne sais pas si c'est un avion si c'est le tonnerre ou si c'est un camion qui passe là c'est normal que j'ai des doutes mais Descartes je ne peux pas douter des sensibles rapprochés voilà que devant moi il y a un clavier voilà que que je suis en train
31:41 de de parler de Platon et d'Aristote en compagnie d'Adrien je ne peux pas et comment douter là je recite Descartes mot pour mot et comment puis-je douter que ces mains qui écrivent et ce corps-ci soient à moi si je commence à douter de ça c'est que je suis devenu Zinzin c'est moi qui l'ajoute en français plus familier et il le dit tout de suite si ce n'est que je me compare à ces individus dont le cerveau est tellement offusqué par les noires vapeurs de la bile dans le conception de la folie qu'ils s'imaginent être des rois alors qu'ils sont tous nus qu'ils ont un corps de verre ou de cruche mais quoi ce sont des fous il faut être fou pour douter que voilà je suis en train de jouer du piano et de parler et d'être enregistré mais quoi ce sont des fous je ne serais pas moins fou si je me réglais sur nos exemples alors on me dirait bon ben il est vite revenu à la certitude sensible non Descartes c'est un grand penseur point à la ligne toutefois
32:52 il y a ici à considérer je le cite mot pour mot que je suis homme et que par conséquent j'ai coutume de dormir les hommes d'hommes et de me représenter dans mes songes des choses extravagantes pardon des choses aussi extravagantes et quelquefois plus extravagantes même que ces insensés que les fous donc lorsqu'ils veillent que de fois m'est-il arrivé de rêver que j'étais ici assis auprès du feu en train d'écrire quoi que je fusse tout nu dans mon lit l'argument du rêve lui fait réaliser tout d'un coup qu'il n'y a aucun critère sensible qui nous permet de distinguer la veille du sommeil et je le cite encore une fois pour conclure de sorte que j'en suis tout étonné à l'époque dans étonné il y a tonnerre j'en suis tout étonné et que cet étonnement est presque capable de me persuader que je dors quand vous lisez ça le vrai Descartes du texte vous ne pourrez plus jamais dire
34:02 oh il est cartésien lui ça veut dire c'est le mec qui a les pieds sur terre qui est carré non non c'est tout le contraire jusqu'où il va Descartes jusqu'à se demander si quel critère j'ai pour me garantir je ne suis pas en train de rêver que je suis en train de transmettre de la philo la main à l'or je suis en train de dormir quoi que je fasse tout nu dans mon lit enfin quand même je vois ma grand-mère oui oui mais ma grand-mère moi aussi je la vois en rêve alors qu'elle est morte depuis parce que c'est périssable les grands-mères il y a longtemps que je ne peux plus la voir avec les yeux c'est le même critère que votre certitude sensible je vois ma mère dans le rêve et elle n'est pas là malheureusement vous voyez alors voilà d'abord on est en Grèce donc d'abord la grande bleue la caverne
L'ascension, le monde intelligible et la dialectique
35:26 l'ouverture devrait être un peu plus rétrécie mais peu importe voilà le mur c'est ça qui est compliqué à faire tu vois voilà les prisonniers voilà tu regardes le fond de la caverne ici d'accord et là de ce côté là il y a des êtres portant sur la tête on va mettre ici une fleur voilà ici un feu et ici bien sûr le principal le soleil on la voit comme ça là voilà je ne suis pas le meilleur graphiste
36:36 de ma génération tant s'en faut mais enfin c'est quand même plus clair comme ça vous voyez nous sommes en Grèce la mer le soleil une ouverture dans la falaise une caverne qui plonge un mur je le fais comme je peux qui coupe vous voyez la caverne en deux dans le sens de la largeur la profondeur quoi si vous préférez voilà entre le mur et le fond de la caverne les fameux prisonniers c'est à nous qu'ils ressemblent c'est l'humanité vous pouvez y mettre des milliers là si vous voulez et à gauche ces êtres mystérieux qui transportent un échantillon de tout ce qu'on peut voir dans le monde extérieur j'ai mis une fleur là parce que c'est à peu près la chose que je peux encore à peu près dessiner voilà donc vous voyez il va y avoir une ombre de la fleur qui est projetée sur le fond et eux vont appeler réel tout ce qui n'est que l'ombre le reflet bien loin de la réalité concrète je ne sais pas des objets qui sont dans leur dos et qu'est-ce que c'est que l'acte l'acte car c'est un acte c'est pas intellectuel c'est pas théorique c'est pratique l'acte de philosophie c'est de se détacher
37:48 de cette communauté de gens condamnés à ne regarder que dans une seule direction et c'est pas la bonne c'est la plus éloignée des modèles n'est-ce pas c'est un rapport de modèle à copie tout ça de se détacher et de gravir cette pente et Platon insiste c'est pour ça que je dis gravir je l'ai fait en pente il n'y a pas de hasard j'essaie d'être près du texte parce qu'il va s'abîmer le genou la pente est forte et Platon ça veut dire c'est une souffrance de voir s'écrouler les certitudes qu'on avait pour s'acheminer vers la vérité regardez quand Galilée a dit que c'est pas nous qui étions au centre mais que c'était le soleil regardez ce qu'il a dû affronter comme problème n'est-ce pas et encore lui il s'en est bien tiré mais Giordano Bruno il a été brûlé en public pour avoir dit qu'il y avait beaucoup de monde comme le nôtre n'est-ce pas les discours sur la pluralité des mondes et donc il va gravir cet itinéraire qui mène des ombres d'ombre au modèle
38:58 n'est-ce pas et à partir de là de l'autre côté du mur commence ce que Platon appelle on va le voir dans le texte la connaissance discursive il s'agit en gros des mathématiques de la géométrie surtout à l'époque pour Platon si alors c'est-à-dire on n'a plus affaire au monde sensible là on est en plein de Platon maintenant on y rentre parce que j'ai été un peu laborieux un peu vague pour rappeler des contextes il faut être un peu plus précis c'est facile le monde sensible c'est celui qui est objet de nos sens c'est pas un privilège de l'homme le moindre chien au bout de sa truffe il a des sens je veux dire qui lui envoie aussi quelques messages du réel n'est-ce pas alors que de l'autre côté du mur il y a ce que Platon oppose au monde sensible le monde est dit intelligible ça veut dire qu'il n'est pas objet des sens mais objet de l'intellect alors attention ici il y a beaucoup de confusion ça ne veut pas dire un monde que l'on peut penser comme je ferme les yeux
40:08 et je pense à ma feuille de papier non c'est que l'on ne peut que penser qui ne peuvent jamais être vues parce que la feuille je peux la voir puis je peux y penser en fermant les yeux tandis que là il s'agit de réalité intelligible là on est en plein dans Platon qui ne peuvent jamais être l'objet d'un voir mais seulement d'un concevoir vous dire mais c'est quoi ce truc là ça n'existe pas ça c'est des trucs d'idéalisme attendez attendez n'allez pas trop vite comment vous commencez les mathématiques par apprendre le point la ligne la droite un plan vous avez déjà vu ça avec les yeux vous oui oui sur le tableau du maître d'école mais ça c'est une copie le vrai cercle dont parlent les mathématiciens c'est pas du tout le cercle que je trace avec de la craie c'est un ensemble de points le cercle montrez-moi un point avec l'oeil même le microscope le plus fantastique de tous les temps il ne pourra jamais voir un point comment vous voulez voir quelque chose
41:18 qui n'a pas de dimension et pas d'épaisseur Leibniz promenait ses élèves dans le parc pour s'entretenir avec eux il leur disait trouvez-moi dans tout le parc deux feuilles sur les centaines d'arbres ils sont là trouvez-moi deux feuilles qui soient égales alors que l'égalité qui joue un rôle c'est capital c'est pas dans les relations mathématiques qu'est-ce que c'est que équation rien que le radical équal c'est pas nous ramène à l'égalité c'est quelque chose qui peut être l'objet d'un concevoir jamais d'un voir donc voyons en continuant de progression la progression des objets des ombres d'objets des copies au modèle et des modèles vers le modèle de tous les modèles le feu étant ici n'étant jamais qu'un reflet du soleil la vérité ultime elle est symbolisée ici par le soleil qui est à l'origine
42:28 de toutes les choses que nous voyons sur le fond de la caverne mais Platon précise qu'il ne faudra pas tout de suite en sortant de la caverne regarder vers le soleil on se grillerait les yeux oui il y a des avertissements étranges il faut d'abord habituer les yeux à regarder le reflet du soleil dans l'eau oui c'est une cascade de copies modèles y arriver au soleil pourquoi on ne reste pas aux mathématiques parce que la mathématique ça y est on est platonicien on a laissé tomber les choses sensibles on a enfin obligé affaire au point aux trois qui est trois qui n'est pas trois pommes ou trois cerises ou trois chemises qui est trois il n'y a rien à voir il faut compter et pourquoi on n'en reste pas aux mathématiques pourquoi on doit encore faire un grand parcours avant de arriver au soleil et c'est là que Platon fait intervenir ce que j'ai indiqué ici vous voyez la dialectique et là je le cite mot pour mot vous remarquerez dit-il à ses interlocuteurs
43:39 que les géomètres partent d'hypothèses en vue de conclusion les hypothèses les axiomes les postulats les définitions tout ce qu'on a appelé les notions premières il faut toujours commencer par des notions sur lesquelles tout le monde se met d'accord un petit nombre d'énoncés qu'on ne démontre pas mais qui servent à démontrer tout le reste qu'on appelle dans tous les postulats dans tous les axiomes plus volontiers dans le monde contemporain et bien sûr les définitions on peut commencer par donner une définition du cercle je ne vais parler que du cercle dans le plan euclidien dans l'espace dit affine j'appelle cercle le lieu des points équidistants ça veut dire à égale distance d'un même point appelé centre dans un même plan une fois que j'ai donné cette définition je n'ai plus qu'à énoncer le théorème tous les rayons d'un cercle sont égaux par définition c'est le cas de le dire n'est-ce pas puisqu'ils sont équidistants du centre alors mais pourquoi on n'en reste pas là
44:49 parce que les géomètres dit Platon partent d'hypothèses en vue de conclusion au lieu de remonter des hypothèses vers le principe anhypothétique là commence l'histoire de plusieurs séries de métaphysiques dans ce passage capital du sixième livre de la République donc avec la dialectique une image que vous ne devez pas oublier chaque fois que vous pensez aux termes dialectiques surtout chez Platon quand il dit l'étincelle pour qu'elle jaillisse il faut le frottement de deux cailloux l'étincelle ne vient pas d'un des cailloux de celui qui est dans ma main droite ou celui qui est dans ma main gauche mais de leur affrontement de cette opposition c'est ça le dialectique très belle image de Platon et puis il y a le dernier terme de la quête après la dialectique donc l'opinion le café du commerce le fond de la caverne je résume beaucoup plus sérieux le monde intelligible qui ne peut jamais être vu mais qui peut être conçu dans les mathématiques sans le modèle
Le bien au-delà du vrai et le retour dans la caverne
45:59 puis la dialectique et on arrive enfin au soleil et là il n'y a plus de discours même dialectique il n'y a plus que dans le texte grec on dit la théorie à ceux qui veillent en mot d'amour la contemplation là arrivé là et non c'est pas fini c'est loin d'être fini on croit que c'est le terme mais d'abord Platon dit ajoute ceci le soleil comme la lumière en général dont le soleil est un cas particulier la lumière c'est ce qui permet à l'oeil de voir et à l'objet d'être vu vous êtes d'accord si je peux avoir un oeil qui est en excellente santé qui fonctionne très bien enfin s'il n'y a pas de lumière c'est comme si je voyais il ne me sert pas à grand chose et en face de moi il y a un objet dans les ténèbres que je ne vois pas qui est là qui existe mais tant qu'il n'y a pas un troisième terme qui n'est ni moi ni l'objet mais qui est la lumière qui permet à l'oeil
47:09 de voir et à l'objet d'être vu vous voyez que la dialectique est toujours ternaire je ne vois toujours rien et il dit le soleil est ici pour symboliser ce que Platon appelle mystérieusement le bien et là on n'est plus dans la connaissance dans la science dans la connaissance dans le savoir où on a quitté l'opinion ça c'est bien on a quitté les choses douteuses dans le savoir les critères sont le vrai et le faux mais pas le bien et le mal c'est pas l'affaire de la physique ça le bien et le mal c'est pas l'affaire de la biologie il peut y avoir un biologiste diabolique et pendant le Troisième Reich il y avait des tas de gens qui étaient de grands savants qui étaient de fiefés nazis ou qui avaient simplement des sympathies pour les régimes pour l'un des plus grands physiciens de tous les temps et l'un des fondateurs de la théorie des quantas je pense à monsieur Heisenberg et qui a travaillé sur ordre du parti nazi qui a tout fait
48:19 pour que la bombe atomique la première soit allemande et qui s'est fait doubler par ceux qui avaient fui le nazisme et qui étaient partis aux Etats-Unis donc le terme de la quête de la connaissance ça devrait être le vrai absolu ici le vrai non à part Badiou qui traduit le bien par le vrai ce qui est le grand contresens qu'on peut faire sur Platon et la preuve que ce qu'ajoute le soleil ce qu'il apporte n'est plus un plus de la connaissance mais autre chose et maintenant j'arrête de commenter et je restitue de nouveau les mots de Platon aussi surprenants qu'ils soient mais vous remarquerez que le soleil ne se contente pas de donner à l'œil la possibilité de voir et à l'objet celui d'être vu mais en outre le soleil donne aux êtres croissance et nourriture la fin de la quête la salle c'est un plus
49:32 oui mais un plus de bonheur de plaisir c'est pas un plus de connaissance de vitalité le soleil donne en outre aux êtres croissance et nourriture là c'est fini non c'est immense on vient à peine de finir la première moitié du chemin c'est fini pour ce qui est du soleil on a compris maintenant que c'est pas seulement le terme de la connaissance n'est-ce pas mais qu'il a aussi une fonction en termes kantiens c'est pas seulement un objet théorique c'est un objet pratique car il donne croissance et nourriture mais ce n'est pas fini car il dit le prisonnier qui est parti du fond de la caverne et qui voit maintenant enfin les vérités ultimes à travers le soleil doit revenir transmettre à ceux qui sont encore enchaînés là que tout ce qu'il voit est faux il y a donc maintenant un deuxième chemin inverse où il faut revenir et on est passé du monde théorique au monde pratique
50:42 on est passé au politique Platon n'oublions pas que c'est extrait d'un dialogue qui a pour titre la république où il s'agit de donner les fondements d'une cité juste d'une mise à plat du politique ce qui ne se refera plus jusqu'au contrat social de Rousseau avec une telle radicalité n'est-ce pas et il dit très bien qu'au début il aura du mal la pente est dure je vous l'ai dit tout à l'heure ça fait mal aux genoux et puis il n'est pas habitué à la lumière il est habitué aux ténèbres donc il titube mais quand il revient dit Platon après avoir vu les vérités ultimes il va encore tituber mais cette fois pour la raison inverse il n'est plus habitué à l'obscurité il va tituber les autres vont dire c'était bien la peine d'aller là-haut c'est un ivrogne ce mec il n'y a qu'à voir comment il marche il dit c'est dans Platon ça je n'invente rien et s'il pouvait se saisir de lui il le tuerait c'est juste disent ces interlocuteurs c'est vrai dit-il
Le Traité de l'âme : l'âme comme vivant
51:53 vous pensez bien qu'il fait allusion à la mort de Socrate n'est-ce pas donc là vous avez le circuit complet l'aller et le retour n'est-ce pas alors ne croyez pas qu'on a fait le tour de Platon on a vu les choses essentielles bien sûr mais je ne vais pas déployer l'équivalent de ce que je viens de dire sur Platon du côté d'Aristote ça vous embrouillera il y aura encore beaucoup à lire sur Platon je quitte le champ ça m'arrive vous savez et je vais prendre voilà allez on va regarder quand même le titre en premier plan parce que ce sont n'oublions pas que ce sont des œuvres commentées depuis 2500 ans n'est-ce pas voilà traité de l'âme l'âme psyché en grec psyché qui va donner les psychanalyses psychologie psychique tout ça tous radical psy c'est le nom grec de l'âme psukhê alors vous voyez voilà
53:04 vous voyez le livre j'ai sauté un tiers pendant tout ce tiers là Aristote ne nous expose pas ce qu'il pense de l'âme il nous expose c'est une grande première dans les manuscrits qui nous sont parvenus les théories de ses prédécesseurs sur la question tout ce que avant lui les présocratiques les héraclites les Parménides les anaxagores etc les démocrites ont dit de l'âme et c'est seulement arrivé au livre 2 regardez bien le titre du chapitre définition de l'âme enfin je ne vais pas détailler ce que dit Aristote parce qu'encore une fois on s'est appuyé surtout sur Platon cette fois-ci mais je voudrais simplement familiariser avec la manière l'approche d'Aristote autant Platon est un artiste de la pensée il y a une mise en scène théâtrale dramatique puisqu'il y a un dialogue entre des personnages
54:14 là non c'est premièrement deuxièmement troisièmement alors on va dire Platon c'est l'artiste Aristote c'est le mec un peu pète sec et puis systématique mais non c'est des illusions en fait c'est qu'on a perdu les dialogues d'Aristote il y avait des dialogues d'Aristote et qui étaient très prisés dans l'antiquité de son temps on les a perdus il nous reste quelques titres on n'a aucun texte Platon c'est l'inverse on a gardé ces dialogues c'est-à-dire ce qu'il a publié ces œuvres dites exotériques faites pour le monde extérieur public mais on a perdu ces cours ce que Platon disait à ses élèves là entre eux là ce à quoi il initiait son public dans les murs de l'académie vous voyez l'un est l'inverse de l'autre Aristote on a perdu ses dialogues ses œuvres publiques et on a gardé ses cours d'où le côté premièrement deuxièmement troisièmement et un côté scolaire abrupt c'est ce qu'on va voir dans la définition de l'âme vous allez voir c'est très progressif et Platon
55:25 au contraire on a perdu ses cours et on a gardé ces magnifiques dialogues alors voici comment commence chapitre sur la définition de l'âme en voilà assez sur les doctrines traditionnelles de nos prédécesseurs au sujet de l'âme reprenons de nouveau la question comme à son point de départ et efforçons-nous de déterminer ce qu'est l'âme et quelle peut être sa définition la plus générale alors ici je dois revenir à ma distinction que j'ai faite ici entre la transcendance ce qui est au-delà et l'immanence ce qui est invisible mais qui est là là là qui n'est pas au-delà qui est derrière n'est-ce pas comment on sait que cette source elle est belle mais pour nous cette source c'est H2O c'est de l'eau non non pour les grecs de l'antiquité il y a des divinités dans cette eau il y a des nymphes par exemple comme les filles du Rhin alors un exemple
56:35 d'immanence ici ce qui est transcendant chez Platon est immanent chez Aristote efforçons-nous de déterminer ce qu'est l'âme et quelle peut-être sa définition la plus générale je vous mets en garde nous sommes issus d'une civilisation chrétienne qu'on soit athée ou qu'on croit en Dieu n'a rien à à n'a rien à voir avec ce que je suis en train de dire nous sommes issus du point de vue culturel d'une civilisation chrétienne donc quand on dit l'âme chez nous c'est toujours opposé au corps comme c'est le cas dans le dualisme chrétien qui veut sauver sa vie la perdra je cite des passages de l'évangile n'est-ce pas j'ai toujours des antithèses les premiers seront les derniers vous savez tout ça mon royaume n'est pas de ce monde il y a une opposition entre le plus important et le monde entre le corps et l'âme chez les grecs l'âme c'est pas du tout opposé au corps l'âme doit être imputée à tout être animé ça veut dire qu'il y a une âme alors vous savez dans la civilisation chrétienne
57:46 les animaux les choses n'ont pas d'âme si vous commencez à dire que le caillou a une âme la montagne aussi c'est que vous êtes un animiste vous auriez des âmes partout mais c'est les païens ça c'est pas les chrétiens vous voyez ce que je veux dire je ne tranche pas il est toujours tel que le monde grec se situe délibérément dans le monde de l'immanence vous voyez du divin qui n'est pas au-delà mais qui est bien que pas visible il est derrière tout ce qui est visible ici là ici et maintenant c'est pour ça que c'est un monde dangereux et souvent tragique le monde grec parce que on peut tout d'un coup passer du monde humain au monde divin sans s'en apercevoir et à ce moment là se rendre coupable d'un hubris ce qui nécessite une tragédie pour purger c'est un terme d'Aristote pour faire la catharsis comme il dit de la transgression de l'hubris ne compliquons pas pour l'instant retenez bien ceci l'âme dont parle Aristote si vous avez une hésitation vous le remplacez par le vivant il y a fusion de la psychologie la théorie de l'âme et de la biologie
58:56 tout ce qui est vivant a une âme dans le monde grec il y a même dans l'homme une âme du foie il y a plusieurs âmes dans le corps voilà je vais te faire cette mise au point maintenant tout ça ne nous donne pas une définition on a simplement dit que ici l'âme n'est pas opposée au corps dans le monde de l'immanence du moment que le corps est animé c'est qu'on a affaire à l'âme alors l'un des genres de l'être est disons-nous la substance et tout d'un coup la notion de substance apparaît vous voyez chez Platon on a l'essence l'essence admettons qu'on réfléchisse sur la beauté le beau qu'appelles-tu la beauté le dogmatique je vous l'ai dit la dernière fois le dogmatique va répondre un peu précipitamment la beauté c'est le Parthénon voilà il montre le temple qui domine Athènes ah bon
Essence platonicienne et substance aristotélicienne
1:00:07 il n'est pas beau le coucher de soleil là si si c'est magnifique ça n'a rien à voir avec le Parthénon pourquoi il y a le même mot pour des choses où il n'y a rien de commun ni pour l'oeil ni pour quoi que ce soit oui tu as raison elle est agaçante les questions socratiques c'est ça l'essence quelle est cette essence du beau qui peut à la fois s'incarner aussi bien dans un coucher de soleil que dans un un temple bien construit que dans une belle actrice un bel acteur ou bien un beau raisonnement comme on dit en mathématiques ça arrive une solution élégante une belle passion c'est ça l'essence n'est-ce pas et chez Aristote il ne s'agit pas d'essence mais de substance alors là on va essayer de voir de près l'un des genres de l'être et disons-nous la substance or la substance c'est regardez Aristote comme c'est systématique en un premier sens la matière c'est-à-dire
1:01:18 ce qui par soi n'est pas une chose déterminée on en apprend des choses avec Aristote je prends la pâte à modeler je fais une girafe je ne sais pas un enfant plus habile que moi moi je suis mauvais dans les arts plastiques vous reconnaissez une girafe avec un long cou très bien donc à cette matière l'enfant a donné une forme le couple matière forme est capitale pour comprendre Aristote d'accord mais tant qu'il n'a pas donné une forme la matière une boule de pâte à modeler comme ça qui ne représente pas tel objet n'offre rien de ce qu'il appelle déterminé cette fois c'est défini c'est déterminé c'est une girafe ou c'est un bœuf ou c'est un oiseau peu importe l'un des genres de l'être je reprends est disons-nous la substance or la substance c'est en un premier sens vous avez entendu on va en voir d'autres la matière c'est-à-dire ce qui par soi tant qu'on n'a pas
1:02:28 donné une forme comme celui qui de la pâte à modeler fait une girafe n'est-ce pas ce qui par soi n'est pas une chose déterminée ça c'est le premier sens en un second sens toujours la substance c'est la figure et la forme le contraire de la matière la figure et la forme suivant laquelle dès lors la matière est appelée un être déterminé et en un troisième sens il ne faut pas interrompre cette séquence extraordinaire dans le premier sens c'est la matière deuxième sens le contraire la forme troisième sens c'est le composé de matière et de forme du ton thèse antithèse synthèse c'est pas beau ça ?
Le bien au-delà de l'essence, concept et jugement
1:03:13 voilà je tenais à vous donner cet extrait du De anima pour montrer l'abîme qu'il y a entre les mises en scène de Platon en discutant excusez interlocuteur à un moment donné par exemple je dis ça pour détendre parce que je vous ai demandé de faire un peu un effort d'abstraction pour détendre mais pas pour quitter l'essentiel lorsqu'on arrive au soleil n'est-ce pas Platon nous dit il est là pour symboliser dans le monde visible ce qui est dans le monde intelligible mais ça on ne peut pas le voir avec l'œil ou alors avec l'œil de l'âme ce qu'est le bien le bien n'oublions pas que il faut plus penser à une succion ici qu'à une connaissance je dis succion comme le bébé qui tète le sein de sa mère car le soleil donne aux êtres croissance et nourriture je ne plaisante pas je n'interprète pas je reprends littéralement ce que dit Platon le père nourissier le soleil il nous dit tout ça
1:04:26 sur la fin de la première moitié de la quête philosophique la partie théorique avant la partie pratique où l'on revient au fond je ne veux pas me répéter mais où je veux en arriver là je parle ici de l'art de metteur en scène de Platon c'est que ses disciples lui disent mais dis-nous ce que c'est que le bien si c'est vraiment le dernier stade et si à la fois c'est le terme de la connaissance mais aussi ce qui donne la nourriture qu'est-ce que c'est que le bien il dit mais je ne peux pas vous répondre car c'est tellement élevé le bien qu'il est au-delà de l'essence c'est-à-dire des mots et vous comprenez un peu mieux maintenant que l'essence c'est la bonne réponse à la question qu'appelles-tu c'est le mot juste qui fait que ceci est un âne et ceci est un bœuf au point que toutes les réflexions de Platon dans presque tous ses dialogues qui porte sur un concept vous voyez une idée par exemple le banquet de l'éros de l'amour
1:05:36 le gorgias discute de ce qu'est l'art oratoire la rhétorique c'est si important de chez les Grecs le Cratyle des mots du langage donc Platon réfléchit à chaque fois sur un concept alors que Aristote est un champion du jugement c'est-à-dire d'une relation entre concepts je vous demande un petit effort c'est très simple un concept lion le concept de lion l'animal lion l'espèce lion tout ce que je peux concevoir quand je dis un lion et non pas un guépard ou un chat un lion mais je dis lion tout court c'est un concept mais si je dis le lion est un mammifère là j'ai mis en relation deux concepts celui de lion et celui de mammifère et ça c'est un jugement Aristote va être fasciné et va travailler en particulier dans les syllogismes va travailler la notion de jugement alors que Platon reste toujours fasciné dans le langage par la fonction de dénomination qu'appelles-tu ?
1:06:46 je tenais à insister sur ce point on aura l'occasion d'y revenir là pour l'instant je vous ébauche aujourd'hui c'est un peu ingrat ce soir parce que je vous ébauche ce qu'il y a de plus général donc de moins riche chez l'un comme chez l'autre mais enfin c'est pour être clair et donc je n'ai toujours pas illustré le passage d'humour dont je voulais parler il dit je ne peux pas vous en parler c'est au-delà des mots mais je peux vous parler si vous voulez par contre de son rejeton du soleil c'est-à-dire son rejeton j'aime bien l'image c'est-à-dire pour le rendre à peu près communicable il faut que je lui trouve une incarnation dans le monde sensible ce sera le soleil et ses disciples ajoutent c'est là quel humour bon ben va pour le rejeton une autre fois tu nous conteras l'histoire du père vous voyez voilà nous avons commencé
1:07:56 ici une réflexion je vous dis ça fait 2500 ans qu'on oscille tantôt vers Platon tantôt vers Aristote je me rappelle d'un monsieur Belaval philosophe qui qui enseignait à la Sorbonne qui est une des principales chaire de philosophie dans les années 60 quand j'ai été étudiant et qui disait qu'on assiste de nos jours il voulait dire en physique à une véritable résurrection du platonisme dans la théorie des quantas vous voyez ne croyez pas que ce sont des vieux traités poussiéreux c'est Platon Aristote 2500 ans qu'est-ce qui nous embête avec ça et quant à un des plus grands mathématiciens logiciens du XXe siècle cette fois je quitte les philosophes je pense à monsieur de Gödel G, o tréma ça se prononce eu en allemand Gödel avec un tréma Gödel qui a été le premier à montrer
1:09:06 que le discours mathématique avait besoin à chaque fois d'une métalangue pour sa démonstration et qu'il a énoncé le premier le théorème d'incomplétude sur lequel je ne m'attarde pas pour l'instant et pourquoi je vous en parle alors pour une chose très claire il a dit que tout ce qu'il a pu lire et Dieu sait s'il en a lu tout ce qu'il a pu travailler comme ouvrage sur la philosophie des mathématiques des sciences il dit ne sont se résument à n'être que des notes de bas de page à un dialogue platoniciens et ça ça a été écrit dans les années 1930 par l'un des plus grands mathématiciens contemporains voilà on va rester là-dessus pour ce soir un Platon plus mathématicien plus tourné vers l'invisible et un Aristote plus biologiste au point que Aristote qui a été le précepteur donc qui a été l'ancien enseignant
1:10:16 de l'enfant Alexandre Alexandre le Grand Aristote demandait quand Alexandre partait pour ses expéditions vers l'Orient vers les Indes vers la Perse puis vers le Carrément vers les Indes Aristote demandait qu'on lui ramène de ces endroits lointains des échantillons de plantes et d'animaux inconnus dans la géographie grecque voilà j'en terminerai là-dessus pour ce soir et je remercie Laurence et d'autres qui rôdent un peu dans leurs commentaires autour de cette alternance de Platon et d'Aristote qui ne cesse depuis 2500 ans de hanter ce qui a de plus récurrent dans l'histoire de la philosophie merci Adrien merci surtout de votre attention et merci par avance des questions que vous posez je n'ai fait que répondre à celles-là ce soir mais ce n'est que le début d'un grand rattrapage si Dieu me prête vie
1:11:26 comme disent les Africains mes amis africains très bonne soirée et à la prochaine fois