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Grèves, crise du capital et régression politique
0:00 Apparemment, Nous sommes en ligne. Bonsoir, chers amis, chers camarades. Et je ne m'adresse pas seulement à ceux qui ont la gentillesse d'assister au direct de ce soir, ni même à ceux qui n'ont pas le temps d'écouter ce soir, mais qui savent qu'ils pourront l'écouter un peu plus tard, s'ils sont pris par ailleurs.
0:54 Alors, quand je dis « bonsoir aux camarades », j'ai une pensée surtout pour les camarades qui sont en train d'affronter la répression macronienne. Et c'est pour ça que je fais une petite courte introduction à ce sujet, qui essaye de faire écho au titre de cet épisode, n'est-ce pas ? Parce que je ne suis pas le seul à remarquer que les choses ont tendance à s'emballer pour rester sur le mode de l'euphémisme, n'est-ce pas ?
1:26 Sauf que la plupart, et c'est tant mieux, le remarquent surtout au niveau le plus immédiat, c'est-à-dire au niveau hexagonal, mais ce qui est effarant et qui en même temps montre à la gravité la situation. Je prends un mot, j'essaie de calculer mes mots dans ce genre de circonstances. « Gravité » ne veut pas dire que c'est bien et que c'est mal pour l'instant. « Gravité », ça veut dire que les enjeux sont importants.
1:56 Sans anticiper encore de savoir comment ça va tourner en bien ou en mal, il n'empêche que l'Angleterre est paralysée par des grèves qu'on n'a pas vues depuis plus de 40 ans. Même sous Thatcher, au-delà de 40 ans, même sous Thatcher n'avait pas ce caractère global.
2:26 Et en même temps, les populations, la brueuse anglaise souffre, comme on les comprend. Elles n'ont pas tellement l'habitude d'aller au combat comme ça, donc c'est remarquable de leur part. Athènes n'arrête pas, le peuple grec n'arrête pas de prouver que l'horreur de cet accident de chemin de fer a été l'étincelle de trop, mais le baril de poudre n'a pas commencé à se constituer avec cet accident.
3:01 Il ne faut pas oublier le nombre d'années depuis lesquelles la social-démocratie de Tsipras a honteusement trahi, parce qu'au départ, ce n'est pas plus révolutionnaire que « moi, tu meurs », ça en France, on l'a connu en 68 ans. On avait souvent entendu dire que ceux qui se prétendaient à gauche du PC étaient à droite de De Gaulle. En fait, ça fait un bon bout de temps, les parallèles sont intéressants, qu'en Grèce, non seulement on a cédé aux fourches caudines de Mme Merkel à l'époque, bref, de l'orthodoxie financière, ne parlons pas d'État-nation, de l'orthodoxie financière de l'Union européenne, ou bien sûr la Buba, la Bundesbank, qui joue un rôle capital, il est vrai, mais en plus, carrément, ça, schéma que nous connaissons en France, hélas, ça a autorisé les forces les plus réactionnaires à revenir au pouvoir.
4:00 La gauche qui déçoit aux élections inaugure en général une période de régression politique et sociale. Les États-Unis, qui se croyaient à l'abri à chaque fois, vous savez, à chaque fois, Marx, la crise générale du capital qu'il attendait pour pratiquement de son temps, quelle stupidité, puisque un siècle après, plus d'un siècle après, on attend toujours sa grande crise, c'est vraiment être léger de parler comme ça.
4:34 Elle est arrivée, la crise, c'est celle des années 30. Alors, il n'a jamais fallu que 50 millions de morts pour l'enrayer. Donc, quelque chose d'encore de bien plus grave que la crise elle-même. Et dès que le capital revient en vitesse de croisière, après une courte période de reconstruction, les difficultés recommencent. les difficultés du dollar, les droits de tirage spéciaux, je dis pour ceux qui sont plus jeunes, qui sont moins au courant, parce qu'on se garde bien de faire cette histoire, ce n'est pas de la faute des jeunes.
5:07 Et les crises monétaires à répétition, puis la création de l'euro, alors là, le pompon, n'est-ce pas, qui justement, à la différence de l'époque, qu'on pouvait surévaluer ou dévaluer, comment je peux dire, met un masque sur le visage pour ne pas qu'on voit la lèpre qui est en train de le ronger. C'est ça, l'euro en termes monétaire. En termes monétaires, strictement monétaires, mais je ne parle même pas de ces dégâts économiques et sociaux.
5:39 Et voilà qu'à chaque fois qu'on croit que le problème est réglé, après la crise de 2008, c'est toujours la même crise, annoncée par Marx, qui rebondit à chaque fois, mais à quel prix ? Après, quelle convulsion et quelle distorsion ? Je dis ça parce que j'ai vu dans quelques commentaires comme ça qu'il y a un commentaire qui a dit, on peut le comprendre, mais enfin je veux dire, c'est un peu vite dit que de toute façon, la baisse tendancielle du taux de profit en tant que le capitalisme a réglé le problème, n'est-ce pas, avec la relance de l'économie.
6:27 Enfin, écoutant de temps en temps BFM Business, pour me tenir au courant comme Marx, dévorait, pardon pour le parallèle, Marx dévorait les économistes bourgeois, j'entendais un économiste sur BFM Business qui ne jurait que par Schumpeter, vous savez, cette théorie d'un cynisme quelque part, je ne parle que l'aspect moral, je ne parle pas des failles théoriques, il y aura encore beaucoup plus à dire, mais notre camarade ami Antoine Vatan, a écrit des choses décisives à ce niveau-là, et je le recommande, il fait un excellent dialogue avec Aymeric Monville sur la chaîne des éditions Delga.
7:21 Donc, la destruction créatrice, vous savez sa thèse, oui d'accord, ça fait des chômeurs, ça faisait coulement, ça fait de la misère, mais enfin, c'est marrant qu'on retrouve toujours les mêmes engouements, de même que les nazis ne pouvaient pas cacher leur fascination pour le brahmanisme et le bouddhisme, de Schopenhauer, de Schopenhauer qui appelait les flics pendant les manifestations, qui était grave en 1848 en Allemagne, pour dire « ils sont là, les émeutiers, ils sont là, je les vois de ma fenêtre ».
8:00 Schopenhauer ne jurait, n'est-ce pas, que par les quatre nobles vérités du Bouddha. Je ne dis pas ça contre le bouddhisme. Je parle de la manière de les régurgiter par les classes dominantes de la bourgeoisie, lorsqu'elles sont paniquées par la montée d'un prolétariat qui commence à en avoir un peu marre. Et puis, ma liste ne serait pas exhaustive, elle serait trop longue.
8:37 Je ne vais pas la faire, mais le nombre de régions du monde actuellement ou des situations qui étaient bloquées depuis des fois plus de deux, trois générations sont en train de se solder à une vitesse. Je ne parle même pas du danger de guerre qui est plus pressant que jamais, mais je parle plutôt de ce qui est positif. parce que pour l'instant, en matière de pseudo-révolution, pseudo-populaire, vous savez que j'oppose toujours le people au populaire, les révolutions dites de couleur, n'est-ce pas, qui sont en fait des contre-révolutions organisées par des ONG financées.
9:19 Vous savez tout ça, je remarque en les envers. Après, c'est en regardant le net que beaucoup sont informés et pas sur le mode complotiste, avec des sources bien étayées. Il n'y a pas que Soros, vous savez, c'est même petit Soros à côté d'énormes lobbies américains, moins connus du public, mais autrement plus efficaces encore, et ce n'est pas peu dire.
Pakistan, Moldavie, Sahel : des situations bloquées qui cèdent
9:52 La RAND Corporation, entre autres, il y en a tellement. Mais regardez un pays qui est une puissance nucléaire. On ne joue pas aux devinettes, mais enfin, une puissance nucléaire, qui est le plus grand pays musulman au monde. Je cite « avec l'Indonésie ». Avec l'Indonésie, je vais dire ex aequo. Qui est un fidèle allié du camp pro-américain depuis l'après-guerre, qui a même été une création des Anglais, pas des Américains, des Anglo-Saxons, lorsque l'Inde a obtenu son indépendance, vous devinez que je parle du Pakistan.
10:31 L'exécutif anglais, dans lequel le futur mari de la reine Elisabeth Mountbatten a joué un rôle décisif, la vieille tactique, n'est-ce pas, impérialiste, qui consiste à ne pas tout perdre, puisque on ne peut plus rien contre la résistance du peuple indien derrière la direction de Gandhi. Eh bien, on va au moins essayer de récupérer la partie musulmane.
11:03 Il n'y a rien de plus facile que de jeter, que de souffler sur les braises de l'animosité entre hindouistes et musulmans. Ça a fait un million et demi de morts. Renseignez-vous, c'était en 46-47, immédiatement, dès l'indépendance de l'Inde, qui comprenait l'actuel Pakistan, le sous-continent indien, l'Empire des Indes britanniques contenait l'actuel Pakistan. Maintenant, c'est divisé entre deux puissances nucléaires, l'Inde et le Pakistan.
11:36 « Nice work if you can get it », comme dit un standard de jazz, n'est-ce pas ? Il faut le faire, quand même. Et surtout, une haine qui a fait des conflits sur plusieurs générations et qui fait périodiquement des victimes à la frontière indo-pakistanaise, et qui a fait un million et demi de morts lorsque la scission s'est opérée, comme une ablation terrible, n'est-ce pas, de la partie musulmane, de l'Empire des Indes. Et voilà que l'ancien Premier ministre, qui avait l'audace et le toupet d'avoir compris que ses intérêts pouvaient se composer avec ceux de la Chine d'aujourd'hui, qui sont sur des positions moins atlantistes que l'exécutif actuel, a été destituée par le Parlement sous prétexte de corruption.
12:30 Vous savez, c'est en général ce qu'on sort dans ces cas-là. Et quand on regarde, c'est mince. la corruption consiste non pas, comme la plupart de nos élites à nous, à planquer des milliards à Panama ou au Bahamas, mais là, ça consiste à avoir vendu des cadeaux que lui avaient fait des diplomates. Vous voyez à peu près comme... Et voilà qu'il fait une rentrée triomphale et aujourd'hui même, il s'est rendu à son procès, escorté par toute une foule qui le protège.
13:00 Il a pour garde du corps des centaines de milliers de personnes, n'est-ce pas ? Devant sa maison. Enfin, je présume qu'il y en a quelques-uns d'entre vous qui suivent cette situation inédite. Et aujourd'hui, il était convoqué au palais de justice, il y est allé, il ne s'est pas dérobé alors qu'il était menacé de condamnation, et, n'est-ce pas, il a été libéré. Vous imaginez la foule en liesse qu'il a accueillie au Pakistan.
13:31 Je passe à la Moldavie. Alors là, vous voyez, on se rapproche de l'œil du cyclone, n'est-ce pas ? L'Ukraine est à deux pas. De la Moldavie, tout ça, c'est des pays, n'est-ce pas, qui a... Comment on disait à l'époque... Au début de la guerre, enfin, le cordon sanitaire contre le communisme, c'était à l'époque, là. Et maintenant, c'est le vieux plan de la stratégie américaine, mais qui remonte à... Il y en a qui croient toujours que la situation a commencé à se dégrader en février, l'année dernière, enfin, février, l'année précédente.
14:08 Elle n'est quand même pas... La saumâtre, celle-là, je veux dire, dès le début de la guerre froide, et même avant, les stratèges américains ont toujours rêvé de reconstituer ce qui était le rêve de la Pologne fascisante avant la guerre, celle de Pilsudski, le colonel Beck, renseignez-vous, tout ça est très bien documenté, même sur Wikipédia, qui consistait à réunir les deux mers. Oui, vous avez bien entendu, la mer Baltique, vous voyez les tensions qu'il y a actuellement, avec la Finlande qui rentre bientôt dans l'OTAN, les pays baltes qui sont là, l'enclave russe de Kaliningrad, et de créer toute une série d'états antirusses d'une manière forcenée entre la Baltique et la mer Noire.
15:06 Vous retrouvez le scénario de ce qui s'est passé ces dernières années. Voilà, cette introduction a l'air un peu laborieuse, un peu longue, mais écoutez, je reviens maintenant à ce qui est en train de se passer dans les rues de Paris, pendant que je parle. Et c'est pour ça que j'ai commencé par saluer les camarades qui ont le courage d'aller manifester, alors que les manifestations, cette fois, vu le succès qu'elles ont eu hier à la Concorde, ont été interdites, aujourd'hui. Je leur rends hommage, soit dit, soit dit en passant.
15:39 Alors, pardon, j'hésite parce que je suis sûr que j'oublie encore deux ou trois conflits. Je ne parle même pas de certains pays, les gens ne savent même pas placer sur une carte, que ce soit en Afrique ou ailleurs, n'est-ce pas, ou là encore, n'est-ce pas, si vous avez quand même entendu parler, des coups de pied au derrière, pour rester poli, que la France macronienne a reçu de la part, par exemple, du Mali et du Burkina.
16:14 Vous m'auriez dit ça, il y a, mais je ne sais pas, moi, il y a un an, vous m'auriez dit, c'est que ça manifeste dans les rues de Bamako ou de Ouaga, Macron dégage et qu'on brandit des drapeaux russes, je vous aurais dit, oh ça va, on n'est pas le 1er avril. Et pourtant, c'est une région que je crois avoir plus ou moins pratiquée, tout de même plutôt plus que moi. et voilà, donc, vraiment, les choses s'accélèrent et s'emballent. Maintenant, je vois que je suis plein de camarades qui se réjouissent.
Ne pas personnaliser : Macron, l'unité syndicale, 2005
16:47 Je ne m'attriste pas, n'est-ce pas, que Macron a des difficultés à faire passer sa réforme. Ce n'est pas Macron, je dois arrêter de personnaliser, j'en profite. ça arrange le capital qu'on personnalise comme ça. Ça met la manière qu'ils aient sorti Macron de leur poche ou de leur chapeau. Ça peut recommencer n'importe quand, comme ils avaient sorti Sarkozy, voilà, et puis l'autre, là, c'est pas le mot laçon répressif, je pense à Hollande. et arrêtons l'analyse régressive.
17:27 Ça, bien sûr, ce n'est pas ça qui m'attriste, mais je veux dire, attention à l'issue. Jamais, vous m'avez souvent assez entendu parler du danger de ce retour sans précédent depuis que j'ai une conscience au sens le plus perceptif, n'est-ce pas, de l'extrême droite. Et Dieu sait si pour ça, pour le faire remarquer, il faut se battre contre des gens, y compris qu'ils se croient à gauche, qu'ils disent « mais non, mais la gauche, la droite, c'est un peu dépassé, ça a toujours été le refrain de la droite. »
18:09 Voilà. Et alors que dans le gouvernement scandinave, je pense en particulier à la Suède, mais pas seulement, mais à la Suède, c'est un gouvernement d'extrême droite et néo-nazis, enfin, un gouvernement, un parti d'extrême droite et néo-nazis, sans lequel le gouvernement actuel n'aurait pas la majorité en Suède. C'est le cas en Autriche, c'est le cas en Italie, c'est même la primature, comme on dit, je ne sais pas, la direction du gouvernement elle-même, qui est ouvertement, n'est-ce pas, alignée sur l'extrême droite, enfin, qui a les mêmes troubles que le fameux mouvement social italien, pour parler, qui servait de que je sais que c'est néofasciste dès les années 50, n'est-ce pas ?
18:55 Au moment où il y a ce retour, je vais finir mon introduction sur une autre, je ne dis pas pessimiste, je ne veux pas, je ne veux surtout pas, n'est-ce pas, alourdir les ailes de ceux qui commencent à ce juste titre, j'en suis, à se réjouir de voir que ça ne passe pas comme ça, rien que, divine surprise, est l'unité syndicale dans notre pays actuellement, ça ne s'est pas vu depuis des lustres, je m'attendais à chaque fois que certains syndicats, n'est-ce pas, font comme à leur habitude, c'est-à-dire, font semblant d'être les plus revendicatifs et puis au dernier moment s'alignent sur les positions qui arrangent le MEDEF, le gouvernement, et voilà, ce n'est pas le cas, il faut s'en féliciter, il faut les féliciter, j'irai jusque-là, mais, quant à l'issue, c'est là que je vais avoir une note grave, je reviens au mot par lequel j'ai commencé ce long détour, au moment de le clore, le clivage politique
20:06 en Europe, en Occident, je ne veux pas faire un développement sur l'Occident, mais je le ferai peut-être au cours des réponses aux questions qui nous attendent dans la foulée, là tout de suite, mais, disons, moi je préfère dire dans le camp atlantiste, parce que c'est la seule manière objective, de savoir de qui et de quoi on parle, parce qu'il y a des gens très bien aux Etats-Unis et inversement, je ne sais pas, il y a des Bulgares ou des Ivoiriens qui sont atlantistes, je veux dire, il y en a, il n'y en a pas la majorité, il y en a.
20:44 mais c'est ça, et là je suis en train d'anticiper ce par quoi je voulais conclure, le clivage politique n'est plus entre la gauche et la droite, depuis longtemps la gauche a disparu, je sais que c'est dur ce que je dis, non, non, je ne parle pas des gens qui sont en train de se, d'affronter la répression macronienne dans les rues de Paris, ni même ceux qui pendant des jours et des jours, depuis plusieurs semaines, n'est-ce pas, ont manifesté en masse avec des effectifs qu'on n'avait pas vus depuis longtemps, ça c'est une gauche, dont je ne conteste absolument pas le caractère impliqué à gauche, mais en termes d'organisation, comme on dit dans le discours politique, il n'y a pas de partis et de syndicats de gauche qui font trembler, quand je dis qu'il n'y en a plus, ça dit rien n'a plus, vous savez, à l'époque on disait quand Renault se met en grève, la France est paralysée, quand il y avait l'usine de Billancourt, quand Billancourt s'enrume, la France tombe malade, on en est loin, jusqu'ici, tout passait comme une lettre à la poste
21:54 à coup de 49-3 ou à coup de parlements honteux, surtout, le grand virage, ça a été le référendum de 2005, où vous avez, la majorité des Français, je crois que il y en a pas mal dans ceux qui m'écoutent, c'était prononcé contre le projet de constitution européenne et on nous l'a imposé et il ne faut pas parler au passé, on continue à nous l'imposer, nous vivons un système de coup d'État. C'est la première fois que je vois un scrutin de suffrage universel direct contredit et annulé par un suffrage représentatif.
22:34 Il faut réfléchir, et non seulement c'est scandaleux, mais en plus, un discours s'est mis en place qui dit oui, mais le référendum c'est un peu le plébiscite, vous voyez le glissement de sens ? C'est tout juste si maintenant les référendums, votre voix, ne peut servir que Hitler ou Napoléon, c'est quand même extraordinaire. Donc, je l'achève en disant ceci, le vrai clivage, il est entre deux extrêmes droites dans le monde actuellement. Oui, maintenant j'élargis, j'essaie d'être, j'essaie.
Le vrai clivage passe entre deux extrêmes droites
23:09 Ce sont des enjeux trop graves pour être résolus par une seule personne. Et je suis sûr que je dirais des bêtises tant que je ne serais pas mieux relayé par un travail d'équipe. C'est un peu tard pour moi, mais je veux dire, c'est à titre de conseil que je dis ça, n'est-ce pas ? Il vaut mieux un collectif pour réfléchir. Mais je vous le dis comme je le pense, le vrai clivage, il a lieu entre deux extrêmes droites. Oui, je suis sérieux, entre une extrême droite, je vais dire planétaire, de moins en moins, mais mondialisante, qui a tenté une mondialisation, c'est la mondialisation atlantiste, vous le devinez ?
23:50 si vous regardez en nombre de morts, de carnages, de guerres déclenchées, de l'Amérique latine, l'Afghanistan, passant par la Corée, le Vietnam, le bilan est effrayant. jusqu'à... Et puis, qui rencontre sur son chemin, quand il n'arrive pas à l'utiliser, qui rencontre des extrêmes droites locales, de proximité, au pire national et le plus souvent régional.
24:23 Vous voyez ? C'est grave ce que je suis en train de dire. Peu importe que le paravent de ces extrêmes droites locales soit le nationalisme ou le religieux ou la fusion des deux, n'est-ce pas ? Après tout, les fascistes espagnols parlaient bien de... disaient bien qu'ils étaient l'armée del Cristo Rey, le Christ Roi. J'en ai la bouche écorchée quand je pense à l'Évangile selon Matthieu, ça fait drôle quand même.
24:55 Heureusement qu'il y a les théologiens de la Libération qui sont venus sauver l'honneur du christianisme. Voilà, dont j'ai déjà parlé, il y aura d'autres occasions d'en parler. Voilà, je voulais faire cette introduction pour qu'on se réjouisse que les choses bougent et pour mettre en garde contre que rien n'est joué et que ce sont des périodes extrêmement ambivalentes, n'est-ce pas ? Et que ce n'est pas le moment, par exemple, de tomber dans des provocations.
25:25 Voilà. Enfin, je suis cherché à faire un grand garçon, mais je tenais à rappeler que, regardez cet énorme nuage de l'extrême droite atlantiste sur la quasi-totalité de la planète, de moins en moins maintenant, la Chine, c'est difficile d'avoir de l'influence. malgré toutes leurs supplications et leur espoir que la Chine les aiderait à combattre à la Russie et à les diviser comme ça a été fait et avec quel succès en 68 ?
25:59 lorsque des gamins de 14 ans braquaient avec des gardes rouges avec des kalachnikovs braquaient ceux qui avaient fait la longue marche aux côtés de Mao et des sacrifices gigantesques pour mettre le communisme au pouvoir en Chine, encouragés par un Mao qui avait perdu la main à ce moment-là au niveau du parti, quand on voit ça, je réfléchis à la conjoncture d'aujourd'hui, encore une fois, je suis content qu'elle bouge, mais rien n'est joué, ça peut être récupéré et il y a toujours des gens exaspérés et généreux, c'est des qualités, mais qui sont un gibier vulnérable pour les manipulateurs que vous connaissez.
26:55 Voilà, je dis que j'ai affaire à deux grands garçons, c'est bien sûr une métaphore, une boutade. J'ai affaire à des gens expérimentés, souvent. Eh bien, je voudrais apparemment changer complètement de sujet, puisqu'on va parler poésie, vous connaissez mon hésitation, mais là, ça n'hésite plus, c'est pour ça que je voulais commencer par cette introduction. Les peuples sont en train de trancher dans l'hésitation et vous allez voir qu'on ne change pas tellement de sujet.
Remerciements aux commentateurs fidèles
27:33 Texte, s'il vous plaît. Le texte de la question que je vais privilégier ce soir, et c'est quelqu'un de récent et que je remercie. avant de la lire, je voudrais m'adresser à des commentateurs beaucoup plus anciens et même à des fidèles de la première heure, auxquels, pour certains, je n'ai jamais vraiment consacré le temps que j'aurais voulu à répondre à leurs propres questions ou à leurs propres commentaires.
28:08 Alors, je voudrais dire ici dans le désordre à des gens aussi différents que notre ami Kouti, que je remercie encore pour le... Je recommande, notre ami Kouti, C-O-U-T-Y, vient de faire paraître une étude, je vais d'ailleurs vous le montrer, sur quelqu'un que vous connaissez et que j'ai eu le bonheur de pratiquer pendant un certain temps aux côtés de Michel Clouscard, surtout qu'il était à Poitiers avec Michel, il s'agit de Jacques D'Hondt, n'est-ce pas ?
28:54 Un superbe essai sur Jacques D'Hondt, je le remercie d'avoir eu la gentillesse vraiment de me l'envoyer, depuis le Vexin, si j'ai bien compris, c'est une belle région du Vexin, mais qui lui aussi est relativement récent dans notre public, mais je pense à des compagnons ou des compagnes, je pense à Cathy Gall, qui je demande de m'appeler sur le téléphone parce qu'elle a eu des remarques extrêmement gentilles et des expressions de solidarité, surtout en décembre 2021, qui m'ont énormément touché, et aussi bien notre ami, attendez, que je ne mélange pas mes dossiers, voilà, Joël Lassie, voilà, c'est bien Lassie, je prononce, non, Lassrie, je ne déforme pas les noms, il ne faut pas faire ça,
30:05 comme on dit, en Afrique francophone, il ne faut pas gâter mon nom, c'est comme gâter les organes du corps, Joël Lassrie, je leur dis par avance, j'inclus dans la liste, bien sûr, ça va tellement de soi, Claude Gallier, donc, je vous ai signalé la dernière fois qu'il y avait la gentillesse de m'abonner à cette extraordinaire revue, n'est-ce pas, qui est centrée autour d'Aragon et d'Elsa Triolet et de leurs écrits, une extraordinaire œuvre d'Aragon, certains connaissent, d'autres ne le connaissent pas, d'autres connaissent à peine ses poèmes, et sans oublier que c'est un immense poète, romancier, essayiste, érudit, je ne parle même pas de son activité politique, je ne sais pas, voilà, et je dis à Jacques qui ne s'inquiète pas quand j'ai l'air de ne pas répondre ou de ne pas être réactif du tac au tac, c'est que si je cumule quelques petits problèmes de santé normaux à mon âge, je ne veux pas être alarmiste,
31:15 mais enfin, j'ai un âge avancé, et plus quelques petits soucis techniques souvent qui nous arrivent, et je ne parle même pas de ces salopards de grévistes à cause desquels maintenant on est en retard pour les directs parce que les RER ne marchent plus, non, je suis bien content, je suis solidaire avec cela, et l'un dans l'autre, je veux dire, qui ne s'inquiète pas, il y aura des réponses pour chacun d'eux, et ceux que je viens d'énumérer, je leur demande de me communiquer ou de m'appeler sur mon numéro de téléphone personnel pour que je puisse les remercier à la mesure de leur fidélité, de leur générosité, voilà.
La question d'un auditeur : rigueur sans fin ou intuition ?
31:59 Donc, je reviens maintenant à Louis Baril que je découvre pratiquement au travers de ce commentaire, à l'une de nos toutes dernières vidéos, et qui lit ceci. Donc, salut Dominique, je suis de ceux qui ne te connaissent que depuis peu, notre rencontre a en effet été possible grâce à tes podcasts musicaux, donc voilà quelqu'un qui est venu par l'entrée musicale et par les podcasts, ne sais pas, les admirables podcasts que nous devons à notre ami Aliocha, j'avoue les avoir amorcées, par une curiosité un peu frivole, je passe des fois sur des considérations, non pas parce que je les juge mineures, mais parce qu'elles sont moins dans le centre de la continuité de mon propos.
32:47 Je venais de finir les frères Karamazov, excellent lecture, et le nom d'Aliosha m'était cher. J'ai donc cliqué sur la miniature et à ta rencontre. Je parcours maintenant l'ensemble de tes vidéos en vadrouille, avec encore la frivolité comme seule étoile, peut-être est-ce par chance, ça a l'air léger, mais vous savez, quelqu'un qui met cartes sur table comme ça sur sa frivolité prouve qu'il ne l'est pas, mais elle m'emmène toujours à de grands endroits.
33:17 Un titre ou une image me suffise, parfois le hasard aussi, bref, il suffit à sa bonne étoile. Et à chaque atelier, je découvre un monde foisonnant, vivant, étrangement, apaisant. C'est la première fois qu'on me décerne ces épithètes, sinon à moi, du moins, à mon propos, et j'avoue que c'est plutôt gratifiant. C'est mieux que toxique. Vivant et étrangement apaisant. Je t'écoute parfois assidûment, parfois de manière un peu distraite, j'imagine bien que ce manque de rigueur me nuit un peu, mais j'arrive à me réconforter en me rappelant la parole d'un cinéaste qui se réjouissait de voir des gens dormir devant ses films.
33:59 J'ai néanmoins été profondément touché par plusieurs passages d'œuvres accompagnés de tes commentaires et là, on rentre, vous voyez, dans le sérieux. Parce que bon, il pourrait, tu vois, apprécier des passages que tout le monde connaît, même indépendamment de moi, qu'on ne m'a pas attendu pour apprécier des références. Et non, mais voilà, la jeune fille aux fruits de Hegel, vous savez que c'est à travers cette figure remarquable, remarquablement écrite, c'est un vrai poème en prose, le passage où Hegel en parle, vous savez que c'est avec ce passage que j'ai conclu le cycle qu'on avait fait sur l'esthétique et que le rapport, notre rapport, celui de la conscience moderne à l'art, est celui que Hegel illustre parfaitement dans « La jeune fille aux fruits », n'est-ce pas, dans les derniers chapitres de la phénoménologie de l'esprit.
34:57 Donc, « La jeune fille aux fruits » de Hegel, la modernité et ses amoureux sauvages de Rimbaud, je suis sûr qu'il y en a qui comprennent son allusion parmi, dans mon auditoire, certains qui se rappellent que j'avais fait allusion à un texte que je vais vous détailler tout à l'heure, justement, inspiré par ce passage du commentaire de notre ami Louis, et c'est pour ça que, notre ami Louis, pardon, et c'est pourquoi je passe pour l'instant, mais vous devinez qu'il s'agit de passage de cette illumination, ce merveilleux poème en prose qui s'appelle « Mouvement »
35:44 au singulier, d'une étonnante modernité, d'ailleurs, de point de vue purement littéraire, mais enfin, « Mouvement » dans les illuminations, dans le recueil des illuminations, et qui, en gros, on va le voir après, donc je le dis pour l'instant un peu grossièrement, pour décor, un décor très moderne, surtout pour l'époque, puisqu'il s'agit apparemment d'une centrale hydroélectrique, qu'il a dû rencontrer pendant ces déambulations de nomades, « L'homme aux semelles de vent », pour parler de Rimbaud, n'est-ce pas ?
36:23 C'est une marche incessante entre France, Belgique, Ardennes, Angleterre, Londres, Paris, et puis un peu plus tard d'une période plus mal connue, puisqu'il s'agit de à l'Allemagne, et puis bien sûr après, le royaume Abyssin et Aden. Or, en contraste avec le décor ultra moderne, technique, scientifique, avec une ivresse comme qu'il reprend dans d'autres textes où il dit, par-delà des bandes de musique rare, j'étais attentif aux fantômes du futur luxe nocturne, vous voyez, comme si on visitait des grands aéroports la nuit, n'est-ce pas ?
37:09 Et voilà qu'à la fin, en contraste avec ça, point à la ligne, c'est souvent pendant la chute une toute petite phrase, aux accidents atmosphériques les plus surprenants, aux accidents atmosphériques les plus surprenants, quand on marche à pied, vous savez, il y a des averses et des arcs-en-ciel et des orages et des soleils, des éclaircies, un couple de jeunesse, alors là, on n'est plus dans l'univers scientifique et technique, un couple de jeunesse s'isole sur l'arche, sans doute un pont au-dessus du cours d'eau qui avait été l'occasion du barrage, un couple de jeunesse s'isole sur l'arche, virgule, est-ce, est-ce, ancienne sauvagerie qu'on pardonne.
37:57 C'est bouleversant. Comme si toute l'histoire humaine, tout le parcours prodigieux de ce nomade du temps qu'est l'homme, n'est-ce pas, et de l'espace, j'en ai parlé il n'y a pas longtemps, dans une de mes dernières vidéos, mais c'est pas du chemin qui a mené des premiers descendants d'Australopithèques qui sont exclés dans la savane pour arriver jusqu'à l'Homo sapiens en remontant vers l'Asie et l'Europe, le Moyen-Orient. Quel nomade !
38:28 Quel magnifique déplacement ! Mais c'est aussi un nomade du temps, parce que tout ça suppose des histoires, des étapes dans le développement des forces productives, dans les seuils de civilisation, de culture. Et voilà que tout ça... Mais ce gamin, où il a trouvé cette manière météoritique, n'est-ce pas, de traverser la temporalité en comprenant, je ne sais pas, en un mois de vie ce que d'autres, en toute une vie, n'ont pas saisi le quart.
39:05 C'est assez étonnant. Donc voilà, est-ce ancienne sauvagerie qu'on pardonne ? De l'ultra-moderne où on était, une centrale hydroélectrique dans les années 75, mettons quoi, 1875, à... au tout premier balbutiement des premiers couples de l'humanité, n'est-ce pas, est-ce ancienne sauvagerie qu'on pardonne ? La sauvagerie, nous rappelons le terme de sauvagerie, nous mettons juste presque à la frontière de la culture et de la nature, de l'histoire et de la nature qui a une évolution mais sans histoire, ce n'est pas la même chose, et de l'anthropologie et la zoologie, l'ancienne sauvagerie, vous voyez, presque une connotation qui plonge.
40:01 Et voilà que notre ami Louis dit de manière allusive, mais on ne s'y trompe pas, n'est-ce pas, la modernité et ses amoureux sauvages de Rimbaud. Et maintenant, tout juste, le détachement d'un corps dans l'infini de Hölderlin, là bien sûr, il fait allusion, à la lecture à vif que j'ai essayé de faire, bien loin d'être exhaustif pour un texte d'une telle beauté qui défie. D'ailleurs, c'est plus un des grands traducteurs de Hölderlin qui avait dit sa beauté, sa clarté, décourage, tout désir, d'élucidation.
40:41 bien que je me doute du fait que, alors là, vous voyez, là il creuse sa question, bien que je me doute du fait que le sentiment qui m'amène à regrouper ces trois fragments, je vais bien deviner qu'il avait bien choisi ces trois références, tout ce que je peux charrier comme référence, c'est pas plus ou moins inégal d'enjeu, que le sentiment qui m'amène à regrouper ces trois fragments soit bien loin d'épuiser leur singularité.
41:15 C'est intelligemment dit, si je peux me permettre, je ne suis pas là pour évaluer, mais ça veut dire que ce n'est pas seulement que ça lui plaît, ça c'est de l'ordre du sentiment, il sent qu'il y a un enjeu. Je me permets de tenter une question un peu générale. Et là, on revient, n'est-ce pas, au vif de la philosophie, si je puis dire. Chez l'auteur, au moment de composer un passage d'une telle voyance, donc l'auteur en général, ici maintenant, peu importe que ce soit ici, Hölderlin ou Rimbaud, chez l'auteur, au moment de composer un passage d'une telle voyance, il reprend bien sûr une sémantique rimbaldienne, qu'est-ce qui parle ?
41:55 Alors, peut-être que Louis me corrigera, mais je formule l'hypothèse, je lui pose la question par public interposé, par direct interposé, je me demande, je suis à peu près, je pense qu'il est probable qu'il a dû se poser la question en rédigeant, hésiter de savoir s'il allait mettre qui est-ce qui parle ou qu'est-ce qui parle, mais je salue l'audace de son choix final, qu'est-ce qui parle, c'est-à-dire qu'on n'est même pas sûr que ce soit quelqu'un.
42:25 Ce qui me fait penser, puisqu'on fait ici des références à Rimbaud, que dans un passage étrange, déjà étrange, de la saison en enfer de Rimbaud, il y a tout d'un coup cette saillie de quelques secondes, telles qu'une seconde de lecture, où Rimbaud dit « Il n'y a personne ici et il y a quelqu'un ». Voilà une dialectique, « Il n'y a personne ici et il y a quelqu'un ». Donc, puisque d'incertitude, soyons modestes, qu'est-ce qui parle ?
42:56 Quel est le sujet de la parole ? Surtout lorsque cette parole profère les passages qu'on vient d'énumérer, la jeune fille aux fruits, l'illumination qui s'appelle mouvement, etc. Ou le veut dire que maintenant c'est quelque chose qui plutôt s'oppose à l'approche scientifique ?
43:35 Ou est-ce plutôt le chant de l'enfant que l'éclair de l'intuition, à la différence de l'enchaînement à longue durée des raisonnements comme dans la recherche physique, mathématique ? Ou plutôt le chant de l'enfant que l'éclair de l'intuition vient de frapper et qui, pris d'une telle fougue au moment du chant, ne s'en rappelle plus l'instant suivant ? Très belle question. Autrement dit, les sommets de la pensée sont-ils, et il résume bien l'enjeu philosophique, le fruit d'une rigueur sans fin, ça c'est le monde scientifique, la rigueur, les hypothèses, l'étayage par l'expérience ou bien par la démonstration, une rigueur sans fin, bref, tout ce qui ressort de ce que chez Kant on appelle l'entendement, le distinguant de la raison, c'est le monde du raisonnement mais pas toujours de la raison, sont-ils le fruit d'une rigueur sans fin ou de l'intuition du génie créatif ?
44:41 Que voilà une belle question. Alors, l'objet, non pas le sujet, n'est-ce pas, de la parole cette fois, poétique, mais l'objet de la question de Louis sur, n'est-ce pas, cette question porte sur une mise en question du sujet de la parole poétique, du sujet ne serait-ce qu'au sens grammatical parce qu'il n'a pas dit qui est-ce qui parle, il a dit qu'est-ce qui parle ?
Quelqu'un ou quelque chose : érotisme et Bergson
45:18 Si ça se trouve, c'est quelque chose seulement qui serait le sujet grammatical, n'est-ce pas ? Et là encore, je suis sûr que certains se souviennent de textes grâce à ce genre de questions, on revient à des références absolument singulières, c'est le mot d'ailleurs qu'il a employé pour caractériser les textes qu'il a sélectionnés, je ne sais pas, parmi les références de nos interventions, et des textes singuliers, je veux dire, inégalés jusqu'ici dans les questions qu'ils agitent, dans le traitement des questions qu'ils agitent.
45:55 Je pense à cet auteur dont on ne connaît pas le nom puisque jusqu'à aujourd'hui l'énigme de Soms-en-Ou n'a jamais été élucidée. Soms-en-Ou, c'est, vous devinez que je parle de Bonaventura, c'est le pseudo qu'il a choisi dès les années, la fin du XVIIIe siècle et le tout début du XIXe, donc en plein Frühromantik, le premier âge du romantisme qui a été de loin le plus considérable en profondeur, c'est l'époque de Hölderlin en poésie de Jean-Paul dans le roman de Novalis, et beaucoup moins connu, l'extraordinaire Bonaventura, il y a plusieurs hypothèses, on a même parlé de Schelling, compagnon de Hegel, vous voyez, je ne perds pas mon fil, je suis en train d'illustrer parce que certains se disent mais qu'est-ce quoi, qu'est-ce qui parle, si on parle c'est que c'est quelqu'un, c'est pas quelque chose.
46:54 On aimerait bien être sûr, n'est-ce pas ? Je suis en train de répondre à sa question, avant de passer au texte de Rimbaud, et regardez comme cette question recoupe des enjeux chavirants, j'allais presque dire, comme je parle, c'est la petite qui caractérise ces questions, je peux me permettre de le dire, c'est pas la forfanterie de ma part, mais au comble de l'érotisme, peut-être qu'une des clés de l'ardeur que l'on voit quelquefois dans l'érotisme, pas besoin d'être beaucoup plus précis puisque je m'adresse à des choses connues de chacun et depuis longtemps et depuis toujours, depuis l'ancienne sauvagerie, est-ce que une des clés, parce que c'est un mystère, qu'est-ce qui fait que l'homme consomme, l'homme, l'être humain, la femme, l'homme, consacre à ce point tant d'énergie, n'est-ce pas, dans cet enjeu qui n'a aucun bénéfice immédiat autre,
48:04 n'est-ce pas, que le plaisir érotique pour promenir, apparemment, dont on se réveille sans avoir avancé dans les soucis, dans tout ce qui fait la vie de tous les jours, dans les quêtes, bon, et bien justement, il m'arrive souvent de penser que c'est l'anxiété de savoir si dans la personne du partenaire on a affaire à quelqu'un ou à quelque chose. Vous voyez le rapport tout d'un coup.
48:34 D'où l'importance de la parole dans l'échange érotique, de l'importance des mots. Pourquoi un acte, comme je ne veux pas être égrillard, n'est-ce pas, ni voyeur, je vais vous prendre un exemple simple, pourquoi, au lieu de me contenter de dire, je ne sais pas, moi j'aime ta bouche ou j'aime tes yeux, au lieu de me contenter, n'est-ce pas, de profiter de la bouche ou des yeux des partenaires, je le dis, j'aime ta bouche, etc.
49:05 et ça rajoute le plaisir au fait de le dire, ce qui prouve bien que lorsque l'autre exprime, parle, il y a tout d'un coup on est conforté dans ce que je pense être une, je ne veux pas tout ramener à un seul facteur dans ce genre de domaine, vous pensez bien, par prudence épistémique, qu'un des facteurs qui constitue l'essence de l'érotisme c'est justement d'être sûr pour une fois qu'on a affaire à quelqu'un et non pas une mécanique comme quelqu'un qui répète toujours les mêmes choses, n'est-ce pas, vous voyez la différence, quelqu'un qui s'objective au sens, qui perd son statut de sujet et qui devient un objet à force d'avoir un comportement moutonnier et mécanique, déjà, Bergson, c'est pas une référence que je cite pas souvent, à tort, parce que du bon, non, non, dans le domaine de la mémoire de la musique et la réflexion sur la perception intérieure de la durée, si je puis dire, c'est quelqu'un qui est allé beaucoup plus loin que la plupart
50:15 des philosophes, mais il a fait un essai bien connu, enfin, il y a un peu moins à la mode que dans les années 50, surtout que pendant le régime de Vichy, je rappelle quand le régime de Vichy a voulu lui décerner les honneurs, oui, à Bergson, le juif, comme dit admirablement Merleau-Ponty, je vous renvoie à son texte dans Éloge de la philosophie qui, au départ, était un discours prononcé au Collège de France, on lui avait demandé de prononcer l'éloge de Bergson à l'occasion d'une commémoration, Merleau-Ponty parle d'un pouvoir honteux de ses propres principes, n'est-ce pas, qui était prêt à décerner les honneurs de l'État français à ce juif parce qu'il était la coqueluche des milieux réactionnaires qui voulaient réhabiliter l'intuition contre le concept, n'est-ce pas, là, je réponds aussi partiellement à la question de lui, n'est-ce pas, il dit bien, je cite la dernière phrase de sa question, autrement dit, les sommets de la pensée sont-ils le fruit d'une rigueur sans fin, le contraire de l'intuition,
51:25 le contraire de la saisie immédiate, mais au contraire, une lente quête du réel par une série de médiations, d'intermédiaires des raisonnements, cette proposition est vraie parce qu'elle ne contredit pas la proposition, le théorème ou la définition précédemment acquise comme vraie, ça, c'est le contraire de la reconnaissance immédiate, la connaissance discursive qui s'appelle la dianoïa chez Platon, ou bien, et là, je reprends sa citation, je la reprends et je la continue, autrement dit, les sommets de la pensée sont-ils le fruit d'une rigueur sans fin ou de l'intuition du génie créatif ?
52:05 Le champion de la deuxième solution, c'est bien sûr Bergson qui le fait admirablement, soit dit en passant. et je termine de la petite parenthèse historique parce que ça vaut quand même le coup d'être su, surtout par les temps qui courent. Tous l'itinéraire spirituel de Bergson l'avaient amené à vouloir, de son judaïsme de naissance, de famille, se convertir au catholicisme, une sorte de conviction. Et au dernier moment, il a renoncé pour ne pas, je cite, me désolidariser de ceux qui seront demain des persécutés.
52:41 Et on n'avait pas encore envie de parler de les camps de la mort, mais il y avait déjà bien sûr les pogroms et l'Allemagne des années 30 qui s'agitait à côté. Il a refusé les honneurs pour ne pas me désolidariser de ceux qui seront demain des persécutés. Donc, quand je dis que la pensée de Bergson n'a jamais été autant en honneur que sous le régime de Vichy dans une certaine bourgeoisie que ça a arrangé, on va voir après un peu plus pourquoi, ce n'est pas, ce n'est pas pour enfoncer un clou dans le corps et dans le corpus bergsonien, tant s'en faut.
53:22 Donc, la question, elle est posée, elle est vieille, elle est vieille comme la philosophie. Ça ne veut pas dire qu'elle ait dépassé, non, qu'entrée à la preuve, n'est-ce pas ? Alors, comme, si une séquence de réponse aux questions et non pas une séquence de dissertation générale, comme dans mes ateliers qui durent deux heures et demie, je vais quand même répondre d'une manière intertextuelle. Je passe donc au texte auquel il a fait allusion de Rimbaud, n'est-ce pas, à propos de l'ancienne sauvagerie, et donc, jugez vous-même, n'est-ce pas ?
Lecture de « Mouvement » de Rimbaud : le barrage et l'arche
53:56 Vous vous rappelez que je me défie de l'interprétation et que quand je parle de centrale hydroélectrique et tout, jugez vous-même et n'oublions pas que Rimbaud passait son temps à circuler dans la région d'Europe la plus industrialisée à l'époque, n'est-ce pas, entre France et Belgique, le bassin, oui, bon, passons. Le mouvement de lacet sur la berge des chutes du fleuve, le gouffre à l'étambot, l'étambot, c'est, n'est-ce pas, vous voyez, les portes de l'écluse qui s'ouvrent comme ça, on le dit aussi pour le gouvernail moderne à partir du XIIe siècle chez les Arabes, du XVe siècle chez nous et du Xe siècle chez les Chinois, n'est-ce pas, qui ont été les premiers à l'utiliser.
54:38 Pour mieux de la godille, si vous voulez, le gouvernail, il n'y a plus qu'à. le gouffre à l'étambot, le mouvement de lacet sur la berge, la berge, vous voyez, les gens, on a le pied qui glisse presque, vous voyez, vous vous rappelez, je fais toute une série sur les bords, la notion de bord, un bord, c'est toujours le lieu, un lieu éminemment dialectique. Quand vous êtes au bord d'une falaise, vous êtes à la jonction de ce qui devrait s'exclure, l'horizontal et le vertical.
55:13 Quand vous êtes au bord d'un cours d'eau, d'une rivière, d'un torrent, Szene am Bach, l'admirable deuxième mouvement de la symphonie pastorale, la scène au bord du ruisseau. Quand vous êtes au bord d'un cours d'eau, vous êtes à cheval sur le solide de la berge et le liquide qui est sous vos pieds. ou tellement proche de vos yeux que certains ont fini par s'y noyer, je pense à Narcisse ou à Schubert.
55:46 Puisque le banni de l'Ieste, La Belle Meunière, un des plus beaux recueils de lieder, qu'on n'ait jamais fait, qui est l'histoire d'un apprenti meunier qui passe d'un moulin à l'autre, en longeant la rivière et qui arrive dans un moulin où il y a une belle meunière qui va lui être fatale et il va finir au fond du ruisseau. Car chez Schubert, l'eau est tellement transparente, je joue un peu, sa musique est tellement transparente, comme l'eau qu'il affectionne, n'est-ce pas ?
56:21 Qui ne connaît pas la truite sans même savoir, n'est-ce pas ? Sans même l'avoir jamais entendue musicalement, mais les truites ne s'ébattent que dans l'eau claire. ce ne sont pas des poissons-chats ou des silures. Et le nombre de lieder qui n'ont de sens qu'au bord d'une eau claire, c'est une constante chez lui, mais tellement claire et c'est là le piège qu'on n'arrive plus à savoir où est la surface à distinguer, le ciel qui se mire dans l'eau.
56:58 Et il faut faire attention. pour ne pas faire comme Narcisse, ne pas passer dans le miroir et se retrouver au fond du ruisseau. Donc, je reprends. Mouvement. Déjà, l'indication dynamique, n'est-ce pas ? Le mouvement de lacet sur la berge des chutes du fleuve, le gouffre à l'étambot. Les pieds glissaient maintenant carrément et une lanchée de gouffre. La célérité, ce qui veut dire la grande vitesse, n'est-ce pas ? Vous savez que c'est en physique einsteinienne, c'est la vitesse de la lumière, n'est-ce pas ?
57:29 Parce que c'est le C de célérité. La célérité de la rampe, comme s'il fallait se tenir, n'est-ce pas ? L'énorme passade du courant. Bon, vous avez tous vu de près peut-être des grands barrages, des grandes centrales, ou même des petites, c'est impressionnant, avec les turbines qui viennent de très haut. tout ce que je viens de lire, ça s'appelle, chez vos instituteurs, et vous vous rappelez de votre école primaire, c'est le groupe sujet.
57:59 Il n'y a pas de verbe pour l'instant, n'est-ce pas ? Tout ça, quoi ? Mène par les lumières inouïes et la nouveauté chimique. Vous voyez le contexte scientifico-technique de ce texte, n'est-ce pas ? comme je disais que c'est un texte qui a pour cadre la modernité la plus avancée au niveau technique et scientifique à l'époque. Mène par les lumières inouïes et la nouveauté chimique, mène, on a vu le groupe sujet, on vient de voir le verbe, le groupe verbal, et maintenant, un groupe complément.
58:32 Mène par les lumières inouïes, mène qui ? Mène quoi ? Les voyageurs, entourés des trombes du val et du strom. Et oui, c'est un Ardennais. Rimbaud, n'est-ce pas ? Donc à la limite du monde francophone et du monde germanophone, il y a comme ça souvent, de même que dans Aube, un de ses textes les plus célèbres, il parle du Wasserfall, c'est-à-dire la chute d'eau en allemand. Waterfall. Je ris au wasserfall blond qui s'échevela à travers les sapins.
59:02 Mais là, vous voyez le strom, vous retrouvez le stream anglais, c'est bien sûr la force du courant, les voyageurs entourés des trombes du val et du strom. Et là, tout d'un coup, il recule. Regardez, ces scientifiques qui sont là, qui travaillent sur ce barrage, qui étudient, les ingénieurs, les ouvriers, ce sont les conquérants du monde cherchant la fortune chimique personnelle. Le sport et le confort voyagent avec eux. Attention au pronom personnel, avec eux.
59:35 eux, c'est une troisième personne de pluriel là-bas. Ce n'est pas moi, moi je suis un petit vagabond, je suis Rimbaud, je ne sais pas. Je ne sais plus. Si, si, c'est la saison d'enfer où il dit des fois, après des nuits comme ça, vagabondé dans le froid, j'avais la contenance si défaite que certains ne m'ont peut-être même pas vu. et là, tout d'un coup, l'autre extrême, ceux qui vivent vraiment à l'avant-garde des progrès économiques, sociaux, dans les classes qui peuvent en profiter, mais ce n'est pas moi qui ai fait intervenir la notion de classe, vous voyez, elle suit dans la phrase, dans la ligne d'après.
1:00:21 Le sport et le confort. Déjà, le sport est une connotation d'avant-garde à l'époque, c'est les Anglais, le mot est anglais, et qui, à l'époque, et c'est, contrairement à ce qu'on croit, c'est l'élite au départ, ce n'est pas après le sport devenu populaire, mais c'est l'élite au départ qui investissait énormément, regardez la boxe, on l'appelait le noble sport. Ce n'est pas la baston dans une rue, le sport et le confort voyagent avec eux. Le confort. Ils, toujours ces gens-là, ces gens qui sont un peu les maîtres du monde actuellement, la classe dominante, en gros, ils emmènent l'éducation des races, des classes et des bêtes sur ce vaisseau.
1:01:06 Attendez, attendez, on embarque des bêtes sur un vaisseau, mais ça me rappelle. Mais oui, mais vous aussi. Mais c'est l'arche de Noé. Barrage, arche de Noé, de l'eau, déluge. Pagani, tu as dit que tu n'aimes pas l'interprétation. Mais je n'interprète pas, c'est dans le texte. Il faut faire la ligne d'après. Repos et vertige à la lumière diluvienne, quand je vous le disais. J'étais sûr de mon coup, ben oui, c'est pas vraiment que je connais le texte, quand même.
1:01:39 Diluvienne, c'est l'adjectif de déluge. Les monstres découverts par Buffon et qui ont été le tout début des premiers germes de réflexion qui va mener à la théorie darwinienne de l'évolution, on les appelait les monstres antédiluviens parce qu'ils avaient senti exister avant l'époque où dans la Bible on parle du déluge, n'est-ce pas ? Les monstres antédiluviens, c'est-à-dire qu'ils se rapportent au déluge. Donc là, on est bien dans la lumière, lumière carrément presque biblique alors qu'on était dans le scientifique technique.
1:02:16 Allez, je reprends cette phrase à partir de « Ils emmènent l'éducation des races, des classes, et des bêtes, c'est plus qu'une phrase d'une période sur ce vaisseau repos et vertiges à la lumière diluvienne au terrible soir d'études. » Vous voyez comment on retrouve mon hésitation ? Il y a une hésitation entre la fascination et la beauté de ce monde, la libération qui l'implique de tous nos soucis et ça va régler tous nos problèmes ça la technique de la science quand on voit pauvres gens qui poussent des charrettes alors que maintenant avec un moteur là vous le transportez cent fois plus de poids.
« Est-ce ancienne sauvagerie qu'on pardonne ? »
1:02:55 Oui mais dès le départ il y a une inquiétude. Si on revient au début pardon Pierre-Alain je me donnais juste de revenir un tout petit peu en haut au début du texte quoi merci il y a quand même au début c'est pour ça que j'avais insisté sur le fait la berge les pieds ont l'air de glisser la chute du fleuve le gouffre à l'étambot la célérité de la rampe il faut quand même faire attention l'énorme passade du courant on pourrait se noyer et après ça devient on retient plutôt le côté merveilleux mène par les lumières inouïes et la nouveauté chimique les voyageurs entourés des trombes du Val et du Strom ce sont les conquérants du monde cherchant la fortune chimique personnelle on dirait la conquête de l'Ouest presque n'est-ce pas le sport et le confort voyagent avec eux donc ça y est on est rassuré ils emmènent l'éducation des races des classes et des bêtes sur ce vaisseau repos et vertiges à la lumière diluvienne attendez mais si on est en sécurité dans l'arche c'est qu'on vient d'échapper à un terrible danger quand même avec le déluge il y en a eu des millions de noyés
1:04:05 il est censé y en avoir eu à la lumière au terrible soir d'études voilà cet épithète car alors on va voir qu'est-ce qui va l'emporter n'est-ce pas de l'inquiétude ou de la fascination vers vers la la de tirer d'affaires grâce au progrès car de la causerie parmi les appareils le sang alors là je suis obligé d'insister un peu sur la syntaxe car de la causerie c'est-à-dire là on se place un peu dans le laboratoire de ce barrage dans les bureaux et par une baie vitrée on regarde au loin n'est-ce pas car de la causerie parmi les appareils ça c'est à l'intérieur le sang ah là là le sang les fleurs le feu les bijoux mais quel auteur a jamais pu assembler là dans une phrase le sang le fleur le feu les bijoux des comptes les calculs n'est-ce pas les calculs les scientifiques des comptes agités à ce bord fuyard car de là on voit quoi roulant comme une digue au-delà de la route hydraulique motrice donc c'est bien un barrage monstrueux s'éclairant sans fin
1:05:15 on voit quoi leur stock d'études la science pure les conquérants du monde ça donne c'est pas à la recherche scientifique dans leur stock d'études eux toujours ce pronom éloignant c'est pas moi moi je suis je suis dans l'ancien monde je participerai pas à cette éden promis d'une terre régénérée d'une humanité régénérée par le progrès scientifique non je viens trop tard eux chassés dans l'extase harmonique et l'héroïsme de la découverte il y a même une note musicale eux chassés dans l'extase harmonique et l'héroïsme de la découverte et voilà n'est-ce pas pour l'avant-garde ultra moderne de ce nouveau monde incarné ici par cette centrale par ce barrage et là tout d'un coup à la ligne aux accidents atmosphériques les plus surprenants est-ce qu'il a vu un arc-en-ciel une éclaircie n'est-ce pas en tout cas
1:06:26 le regard se lève vers le haut vers les météores la météo l'astronomie c'était l'étude des météores dans l'Antiquité et même encore à l'époque de Descartes aux accidents atmosphériques les plus surprenants ce qu'il y a de plus ancien le contraire c'est pas du monde un couple de jeunesse les amoureux sont seuls au monde s'isole sur l'arche il y avait sans doute un pont qui traversait ce cours d'eau et là la question à laquelle lui et je le remercie fait allusion je le remercie d'avoir été sensible à ce détail là qu'on n'oublie pas une fois qu'on a compris une fois qu'on a été j'allais presque dire harponné par la parole de Rimbaud c'est pas est-ce ancienne sauvagerie qu'on pardonne tiens pourquoi pardonner et oui oui enfin qu'est-ce que ça vient faire l'amour le sexe la partie animale il n'y a pas que ça loin de là l'amour commence même lorsque à la sexualité qui ne concerne que l'espèce dans le monde animal
1:07:36 se joint les intérêts de la personne et de l'individu ce qui contredit complètement la vision schopenhauerienne de l'amour qui ne voit que la reproduction de l'espèce derrière l'amour alors que plus intelligemment au 18e siècle déjà Diderot fait dire Diderot pardon Marivaux c'est un peu le même monde à l'époque des Lumières fait dire à Figaro n'est-ce pas à Beaumarchais excusez-moi je suis dans les je mélange les Lumières c'est Beaumarchais dans le Mariage de Figaro qui fait dire à Figaro faire l'amour en tout temps c'est bien ce qui nous distingue des bêtes ce qui prouve c'est pas seulement dû à la nécessité de reproduire l'espèce ou au moins de la saison des amours allez soyons sérieux est-ce ancienne sauvagerie ?
1:08:24 est-ce qu'elle place l'amour dans ce monde de calcul de rationalité c'est bouleversant ? la question reste en suspens elle est encadrée par deux tirets pour bien qu'elle continue à voyager dans notre réflexion jusqu'à jusqu'à la pensée de Louis à la mienne à vous j'espère n'est-ce pas à la ligne et chante et se poste on reprend et on conclut le couple ne fait que chanter voilà alors je ne veux pas laisser Louis sur sa fin pour l'aspect proprement philosophique de sa question mais vous voyez qu'il y a des matières à philosophie dans ce texte de Rimbaud qui comme d'habitude chez lui est d'une densité ahurissante je réponds à sa question non pas comme un normand peut-être ben que oui peut-être ben que non surtout qu'il est agisor il est ballon non non je suis sûr qu'il y a des normands très décidés dans ce qu'il faut de dire ce que je n'ai pas dit
Le corps morcelé et la mère qui recueille
1:09:35 mais je ne vois pas ce qu'il y a de contradictoire ou plutôt il n'est pas sûr que ce soit contradictoire l'intuition et le concept sans doute rien ne commencerait sans l'intuition initiale sans il fait allusion à l'enfant ce qui est une très belle allusion et là je vais je suis obligé de fournir une autre référence vous voyez je procède par intertextualité je suis à vous tout de suite voilà quand il a parlé de l'enfant je n'ai pas pu m'empêcher de penser à des fragments parmi les plus tardifs de Hölderlin justement il est jugé plus tôt aussi alors je vais commencer d'abord par je donne la référence d'abord je donne la la pagination de la pléiade mais je dis bien que c'est un peu cher donc je vais dire je donnerai le titre bien sûr dans le il y a
1:10:46 à la madone un hymne à la madone vous savez que Hölderlin n'est pas un catholique il est il a fait des études de théologie protestante comme ses petits camarades voilà mais il y a ah c'est une réflexion que je suis obligé de faire parce que là il y a un enjeu philosophique de philosophie politique ou de politique philosophique vous allez juger vous même au fur et à mesure que le romantisme allemand se développe de manière rapide et foudroyante ce que Armel Guerne qui est un de ses meilleurs traducteurs appelle le fabuleux océan verbal du romantisme allemand il y avait de plus en plus de romantiques allemands attirés je pense en particulier à Novalis les Schlegel par le catholicisme alors qu'ils étaient protestants au départ d'abord il y a une raison strictement politique mais au sens politicien je ne m'attarde pas trop géopolitique disons c'est que la grande puissance catholique dans les pays germaniques dans les pays de langue allemande c'était l'Autriche n'est-ce pas ?
1:11:49 donc c'est une manière de de montrer la différence entre le côté morcelé je suis sûr que ceux qui ont quelques notions lacaniennes dans mon auditoire devine déjà la comparaison que je vais faire entre le morcellement de l'Allemagne avant qu'elle soit réunifiée quasi un siècle plus tard entre le morcellement de l'Allemagne le corps démembré la hantise de chacun d'entre nous n'est-ce pas ? je fais plein de parenthèses dans la parenthèse mais pour creuser le même problème parce que j'essaie de le tirer n'est-ce pas ?
1:12:27 de l'obscurité où on le refoule vers la lumière que je partage que j'essaie de partager avec vous et que je n'aurai pas sans vous d'ailleurs Kafka un apparent détour non pas du tout le père de Kafka c'était un père extrêmement sévère de la famille traditionnelle juive de puritanisme j'allais dire de l'orthodoxie judaïque avait des rapports orageux avec son fils qui ne faisait pas tout à fait la carrière qu'il aurait souhaité mais tout ça est archi-classique et pas seulement juif et il avait une fois menacé son fils par cette phrase terrible je te déchirerai comme le poisson le corps morcelé le corps qui se délite n'est-ce pas ce corps qu'on a mis tellement de temps qui ont mais l'être humain que de fois je vous ai dit mais sans faire le rapport avec ce qu'on est en train de voir aujourd'hui avec les enjeux et les ondes que ça répercute dans l'inconscient de chacun d'entre nous que de fois je vous ai dit comparer
1:13:38 l'antilope dans la savane africaine ou le gnou n'est-ce pas qui vient de tomber qui vient de venir au monde en tombant c'est le cas de le dire parce qu'il tombe des fois de près d'un mètre n'est-ce pas de sa mère et qui en deux ou trois jours commence à se mettre sur ses pattes et est prête à fuir un danger en très peu de temps alors que nous on est que de temps on met n'est-ce pas à être autonome au niveau moteur et enfin bref des tas de de de handicap propre à l'animal humain puisque vous il y a toujours qui cherche des différences un peu plus sérieuses celle-là n'est-ce pas que beaucoup d'autres c'est la fameuse prématuration générique que tous les physiologues connaissent de l'être humain qui veut dire en gros pour parler français que l'espèce humaine accouche avant-terme bien sûr il y a les prématurés c'est ceux qui accouchent encore plus tôt mais d'une manière générale c'est pour ça qu'on parle de prématuration générique le passage de la station quadrupède
1:14:48 à la station bipède parce que même les singes ne sont pratiquement jamais bipèdes sauf de manière très circonstancielle depuis les atèles le gibon est le plus connu qui peut faire ce balancier avec ses bras le chimpanzé le gorille peut courir quelques mètres mais sinon dès qu'il s'agit de fuir sur la longue durée immédiatement c'est à quatre pattes le passage du stade quadrupède au stade bipède a produit un rétrécissement des os du bassin là on est en pleine physiologie chez la femme en particulier et ça a provoqué des conséquences catastrophiques au niveau obstétrique d'où la la bible qui c'est un peuple d'éleveurs vous savez qui a écrit la bible c'est au milieu d'un peuple d'éleveurs que la bible et l'ancien testament est apparue des gens qui connaissent très bien le comportement animal et les naissances ils ne voient que ça c'est même la préoccupation d'un éleveur regardez dans une ferme française aujourd'hui l'événement que constitue le fait de véler pour une vache n'est-ce pas et comment
1:15:58 souvent le fermier est assisté par un voisin pour la mise au monde du petit veau donc ils connaissent bien s'ils ont fait dire à l'éternel tu accoucheras dans la douleur c'est pour marquer une différence qu'ils avaient bien remarqué entre l'homme et les autres animaux à ce niveau-là et donc nous avons tous au fond de nous-mêmes quelque part une hantise d'être menacés par ce morcellement originel et donc nous sommes sortis alors là c'est une hypothèse que je laisse à Lacan je ne le contredis pas non plus mais je veux dire je la signe je la fais signer je ne l'impose pas comme une évidence que l'unité que nous avons retrouvée par laquelle nous avons surmonté la hantise de ce morcellement qui fait que l'enfant au début il n'arrive pas à mettre son pouce dans la bouche la hantise de ce morcellement se surmonte grâce à la relation à l'autre c'est le fameux stade du miroir je ne m'attends pas vous renseigner Lacan stade du miroir vous allez voir des tas de textes
1:17:08 sur Google intéressant je ne suis pas ironique voilà je ne dis pas non plus que c'est la Bible mais c'est incontournable vu le problème que nous agitons ici en tout cas si je me déplace du champ analytique ici au champ par exemple pictural dans l'histoire de l'art si vous regardez des œuvres de peintre comme une œuvre comme celle de Jérôme Bosch le peintre de Jérôme Bosch au XVIe siècle n'est-ce pas est-ce qu'il y a besoin de faire des commentaires mettez Jérôme Bosch image et vous allez être sidéré effrayé quelquefois n'est-ce pas par ses corps ses muscles ses coupés scannérisés avec des ciseaux avec des pals des lances vous voyez et pas seulement c'est chez lui que c'est le plus spectaculaire on le retrouve chez Bruegel l'Ancien on le retrouve chez l'admirable peintre du Retable d'Issenheim si un jour vous passez à Colmar faites le détour dans les plus beaux musées d'Europe le musée Unterlinden à la périphérie
1:18:19 de Colmar en Alsace et vous verrez cette extraordinaire triptyque qui montre la tentation de Saint Antoine on voit ces monstres justement ici et la résurrection bref et dont il y a une merveilleuse recension une recension éblouissante en tout cas il est capable de dire dans le roman de Huysmans là-bas vous voyez j'ai l'air de faire des détours non si on a besoin de cette je parlais de qui des romantiques allemands j'étais en train de lire le début de commenter le titre à la Madone si il y a une instance qui unifie qui recueille le corps morcelé c'est bien celui de la mère mais pas de telle ou telle maman de chacun d'entre nous au-delà même à travers elle mais au-delà comme figure universelle dans l'ordre symbolique c'est la déesse mère qu'il s'agisse de la Vierge Marie ou d'Isis pour dire que c'est pas étroitement catho ce qu'on est en train de voir à la Madone
1:19:29 là ou Isis vous savez que dans la mythologie de l'Égypte ancienne Isis recueille les 14 morceaux deux fois sept du phallus d'Osiris qui a été déchiqueté par un frère ennemi Caïn Abel on retourne voir les mêmes choses Romulus Remus et les parents de Hagen aussi enfin bref complique on passe avec les Nibelungen comme c'est pareil c'est des genres d'histoires de frères qui sont très déchires et les fratries et Étéocle et Polynice dans la tragédie dans l'Antigone et vous verrez que la mère c'est l'unification c'est ce qui ressoude les morceaux n'est-ce pas « Stabat mater dolorosa »
1:20:33 douloureuse la mère se tenait là devant sous-entendu devant quoi ? devant ce quasi-cadavre de son fils sur la croix vous voyez c'est des symboles qui viennent de loin même d'avant même le christianisme je ne dis pas le christianisme n'a rien inventé il y a des choses qui ne commencent qu'avec lui mais ça ce rapport au corps morcelé pour reprendre l'énoncé typiquement qui vient de chanfroidir cette fois n'est-ce pas et donc et de son antonyme qui est sa récollection saint-herméguilien dans l'unité maternelle je le conclurai que par cette phrase extraite de la cinquième promenade de Rousseau au moment où il est le plus morcelé il est chassé de domicile en domicile n'est-ce pas ses livres sont brûlés en place publique il souffre de la maladie de la pierre il s'est vite réfugié dans l'île Saint-Pierre au milieu du lac de Bienne je fais un petit coucou ici à David Lépé il comprendra pourquoi en laissant
Rousseau à l'île Saint-Pierre et l'hymne « À la Madone »
1:21:45 parce qu'il est menacé de prise de corps on peut l'abattre d'un coup de mousquet n'est-ce pas de fusil si les polices d'une des trois puissances qui l'ont condamnée Prusse l'Empire d'Autriche Hongrie le Royaume de France le rencontrent donc il se réfugie dans cette île et là il a ses admirables il croyait qu'il y serait quand il y était il pensait qu'il y serait pour toujours et il restait que six semaines et c'est là qu'est née la littérature moderne et donc il est au bord de l'eau la fameuse rêverie je ne veux pas je le cite souvent mais je vais directement à cette phrase où il dit que quelquefois il essaie de lutter contre l'hypnose de cette rêverie et de revenir un peu à une pensée par exemple de faire des comparaisons et il dit et là je cite quelquefois naissaient quelques courtes et faibles réflexions ça c'est la pensée la réflexion sur l'instabilité des choses de ce monde dans la surface des eaux m'offraient l'image les eaux du lac mais bientôt ces impressions légères elles-mêmes s'effaçaient vous voyez la récollection il n'y a plus de pluralité
1:22:55 mais bientôt ces impressions légères elles-mêmes s'effaçaient dans quoi ? dans l'uniformité du mouvement c'est le titre de Rimbaud du mouvement continu qui me berçait et qui sans aucun concours actif de mon âme il est redevenu nourrisson et qui sans aucun concours actif de mon âme ne laissait pas de m'attacher au point qu'appelé par l'heure et le signal convenu on devait l'appeler de loin avec une sonnerie une trompe ou une cloche pour dire que c'était l'heure du dîner au point qu'appelé par l'heure et le signal convenu je ne pouvais m'arracher de là sans effort c'est à cette madone-là que le dernier consacre cet hymne dont je ne il y a des passages obscurs mais je ne vous cite que ce qui se rapporte à la question de Louis sur le chant et l'enfance n'est-ce pas ?
1:23:51 je dis là la première strophe rapidement beaucoup j'ai pour toi et pour ton fils souffert bon le traducteur j'ai essayé de garder la syntaxe allemande j'ai beaucoup souffert pour toi et pour ton fils ô madone depuis que j'ai entendu parler de lui on voit le protestant je crois que la madone est une notion récente depuis que j'ai entendu parler de lui en tendre jeunesse on voit déjà là l'enfance car ce n'est pas seulement le voyant il fait l'échoire au Christ ils se tiennent sous un destin les serviteurs aussi les apôtres donc moi et ceux qui le suivent et là il y a cette phrase et maint de nombreux chants là on arrive vraiment au poème à la clé de la poésie que l'énigme poétique que Louis a le mérite d'essayer de démêler en se demandant si elle relève de la médiation rationnelle n'est-ce pas ou de l'immédiateté intuitive et maint que j'avais médité de chanter de destiner au plus haut au père me l'a dévoré
1:25:02 la mélancolie le chant a expiré sur mes lèvres la mélancolie a fait expirer le chant de mon enfance n'est-ce pas c'est une manière de répondre de faire écho pour l'instant n'est-ce pas non pas de régler comment on va régler comme ça mais de répondre de progresser dans la réponse à la question de Louis et toujours dans le même hymne à la Madone vous trouvez ceci il y a un hymne qui fait trois pages je vous montre quand même exprès ces graphies étranges vous voyez il y a des phrases qui ne finissent pas il y a des trous mais rassurez-vous le petit passage que je vais citer maintenant deux pages plus loin est bien continu où il dit ceci encore une chose pourtant est à dire on dirait un testament ça a l'air sérieux comme si c'était les dernières paroles encore une chose pourtant est à dire car il me serait presque trop brusquement venu le bonheur de nouveau un retour à ce qu'il appelait sa tendre jeunesse trop tôt j'ai été sensible à des comment dire un mot
Jaccottet : Hölderlin enfant au bord du Neckar
1:26:12 des illuminations des extases poétiques et là je suis obligé pour l'illustrer c'est pas des détours c'est au contraire pour que vous compreniez mieux n'est-ce pas Jaccottet dont je vous ai déjà parlé puisque j'ai eu l'honneur de dîner une fois chez lui parce que j'étais dans même orchestre que sa femme un orchestre de musique baroque dans la Drôme dans leur merveilleuse maison à Grignan Jaccottet qui a c'est un merveilleux traducteur grand poète c'est un merveilleux à repérer un symptôme chez le Hölderlin enfant Hölderlin a 16 ans il est gamin il est pensionnaire au séminaire protestant de Maulbronn d'où il partira c'est le tout début de son avant-propos vous voyez c'est les tout premiers mots il a raison de commencer par là il est pensionnaire au séminaire protestant de Maulbronn d'où il partira deux ans plus tard compléter sa formation théologique à Tübingen où il va rencontrer un Schelling mais déjà c'est de poésie surtout qu'il se nourrit car il ne soit presque trop brusquement venu le bonheur le solitaire c'est les livres qu'on lit tout seul les extases qu'on a
1:27:23 en se promenant dans la forêt ou au bord de Neckar le bonheur le solitaire mais déjà c'est de poésie surtout qu'il se nourrit sans nulle révolte d'ailleurs au moins pour le moment contre l'atmosphère d'austère piété le rigorisme protestant qui l'entoure aussi le long poème qu'il consacre aux siens prend-il naturellement la forme d'une prière pour demander à Dieu de les protéger des banalités de l'époque sincères certes mais emphatiques et conventionnelles que Dieu vous protège etc.
1:27:55 toutefois au milieu de ces clichés édifiant une image maladroite mais d'une intense vérité retient soudain l'attention Hölderlin pensant à son demi-frère se rappelle leur jeu d'enfant vous voyez on était parti de son adolescence à 16 ans et il se rappelle il rappelle à son jeune frère des jeux qu'il faisait tout gamin Hölderlin pensant à son demi-frère se rappelle leur jeu d'enfant au bord du Neckar et nous revoilà au bord de l'eau comme Rousseau et comme Rimbaud il est un enfant 10-11 ans pour l'interrogation qui joue et qui brusquement n'oubliez pas qu'on joue là au bord du Neckar par hasard lève les yeux et là il cite il cite ce qu'il y a dans la lettre de Hölderlin le fleuve se tenait c'est écrit petit excusez-moi le fleuve se tenait dans le soir miroitant il cite
1:29:08 de stupeur il chancel donc il continue à commenter sa lettre se jette à genoux pour prier n'est-ce qu'exaltation puéril Jaccottet reprend la parole deux ans plus tard il se fait un devoir de raconter à sa mère d'une randonnée dans la vallée du Rhin raconter un voyage manifestement l'ennui il n'a rien d'un observateur d'un curieux mais se rappelle-t-il l'apparition du Rhin près de Spire une petite ville tout change citation au spectacle qui s'offrait à moi je crus que je ressuscitais la dimension de mes sentiments s'accrut mon cœur battit plus fort mon esprit pris son essor à perte de vue mes yeux restèrent stupéfaits je ne savais plus ce que je voyais et m'immobilisait comme une statue la vision du fleuve l'immobilise j'espère qu'il y en a qui se rappellent quand j'ai commenté de manière beaucoup plus détaillée la cinquième promenade de Rousseau le bruit de cette le murmure de cette eau les vagues qui ne cessent de s'échouer sur le rivage où ils rêvassent
1:30:18 le murmure de cette eau son bruit continu mais renflé par intervalles frappant sans relâche mon oreille et mes yeux donc lui il n'est plus que complément d'objet direct ce n'est pas lui qui a vu frappant sans relâche mon oreille et mes yeux suppléé au mouvement interne que la rêverie éteignait en moi vous voyez il est hypnotisé lui aussi Rousseau n'est-ce pas par le mouvement de l'eau et chez Rousseau qui est musicien par le bruit le bruit des vagues la rumeur du torrent ou ici du bord du lac voilà donc je reviens à l'hymne à la madone pour vous comprenez mieux beaucoup plus concrètement ce qui veut dire quand il dit car il me serait presque trop brusquement venu le bonheur je rappelle le début encore une chose pourtant est à dire car il me serait presque trop brusquement venu le bonheur et là je dis à Louis faire attention la poésie au Rimbaud et je l'ai montré dans je suis sûr que ça n'a pas échappé à Louis
1:31:28 puisqu'il a apparemment été attentif aux commentaires ou à la lecture à vif du en bleu adorable et il était un peu en danger là à la pointe du clocher en bleu adorable fleurit le toit du métal du clocher le soleil par-dessus comme on peut être par-dessus encore de la pointe du clocher n'est-ce pas un hubris de vouloir aller si haut dans l'infini du bleu comme ça le soleil va très haut il colore la tôle alentour plane un cri d'hirondelle et c'est quand il redescend que la stature de l'homme la figure le contraire de l'infini ce qui a un contour net et délimité comme il dit la stature de l'homme dès lors est manifeste et c'est une manière de se protéger contre ce qui peut y avoir et j'y viens de redoutable dans l'illumination poétique n'est-ce pas car j'enchaîne maintenant car il me serait presque trop brusquement venu le bonheur le solitaire que écoutez bien ça déraisonnable
1:32:39 dans ce qui concerne la propriété au lieu de faire comme tout le monde chercher un métier un revenu avoir une maison je sais qu'il y en a qui s'en rappellent de mes de mes rêveries analytiques vous vous rappelez le problème de Nerval dans promenade et souvenirs c'est la première phrase il devient véritablement difficile à trouver à se loger dans Paris et après il y a la quête d'un domicile la propriété et d'ailleurs Nerval dit avec un mélange d'humour de désinvolture et d'amertume il faut s'y résigner je ne serai jamais propriétaire alors vous pourriez dire que tout ça c'est des coïncidences mais quand elle s'accumule il me serait presque trop brusquement venu le bonheur le solitaire que conséquence déraisonnable en ce qui concerne la propriété au lieu de m'occuper de mes intérêts concrets je me serai tourné vers les ombres vers la poésie vers je ne sais quoi car puisque tu donnas au mortel par la madone tant de figures de dieux pourquoi une parole pensais-je voilà
« Dans la forêt » : la honte et la parole, le plus périlleux des biens
1:33:49 donc ce sont des manières n'est-ce pas intertextuelles de répondre à l'excellente interrogation de Louis et bien je terminerai cette intertextualité par un texte court mais dense qui a pour titre soit le cerf départ c'était le cerf l'animal barré donc on revient dans un écran forestier barré et puis après c'est le titre qu'il a laissé dans la forêt c'est très court c'est en prose je vous le montre ici vous voyez je vous montre ce texte étrange vous voyez il y a des numéros vous voyez les numéros en toutes petites lettres il y a des numéros chaque numéro correspond à un fragment indépendant voilà ce qui noircissait à l'époque dans la tour du menuisier et donc il y en a qui font vous voyez il y en a qui font une demi-ligne il y en a d'autres qui font c'est celui que je vais lire c'est à huit lignes donc je ne sais pas ce que fait la mosquée d'Agadès au Niger c'est pour marquer la page oui toi noble bête
1:35:00 parle à vous à moi n'importe qui c'est l'homme toi noble bête mais dans des huttes habite l'homme ah on parlait de domicile et s'enveloppe dans le vêtement de sa honte l'homme est l'animal qui a honte de quelque chose tout à l'heure j'ai dit qu'à partir du péché originel c'est à dire d'avoir goûté aux fruits ne croyez pas qu'on est dans des bondieuseries Rimbaud qui est tout le contraire vraiment on ne peut pas faire plus opposer c'est un profanateur un provocateur un révolté il se plaît à du sacrilège mais Rimbaud lui-même dit la théologie est sérieuse or la théologie dit la Genèse le texte de la Genèse lui-même sans l'interpréter dit ceci n'est-ce pas que l'éternel parmi les changements qui vont se manifester dans les châtiments pour sanctionner le fait d'avoir goûté le fruit il y a tu gagneras ton pain la sueur de ton front ben oui l'homme est l'animal de la praxis qui doit travailler pour produire sa subsistance
1:36:10 et non pas de la trouver et de s'en emparer et tu enfanteras dans la douleur j'y en rappelais tout à l'heure mais il y en a une autre c'est qu'apparaît la pudeur la honte ben oui parce que comment l'éternel s'aperçoit et devine que Adam a goûté le fruit c'est parce qu'il l'appelle dans le jardin Adam et Adam dit je me cache parce que je ne veux pas que tu me vois sous-entendu nu et là l'éternel comprend il dit tu as goûté le fruit puisque tu ne veux pas qu'on te voit nu voyez il y en a qui pensent que à l'origine de nos habits c'est le positivisme toujours pareil l'utilitarisme ça a l'air tellement d'aller de soi les premiers hommes ont inventé l'habit pour se protéger du froid comme si les Tahitiens n'avaient pas d'habit c'est quand même incroyable bêtise pareil pourtant elle est partagée moi gamin j'y croyais non le premier habit ce n'est pas le manteau pour se protéger du froid surtout dans le pays chaud le premier habit c'est le cache-sexe
1:37:24 toi noble bête mais dans des huttes habite l'homme c'est un peu plus concret avec mes détours ben oui je fais de la pub pour moi mais c'est pas c'est pour vous dire que ce n'est pas du temps perdu c'est pour vous rassurer et il s'enveloppe et l'homme s'enveloppe dans le vêtement de sa honte le vêtement de sa honte car il est plus intime plus attentif aussi et qu'il préserve l'esprit comme la prêtresse la céleste flamme il faudrait lire vestale vous savez à Rome c'est des jeunes filles des vierges qui étaient chargées d'entretenir la flamme qui ne devait jamais s'éteindre elle pouvait être punie de mort n'est-ce pas si la flamme par inadvertance s'éteignait et entretenir comme on le fait maintenant pour le soldat inconnu et qu'il préserve l'esprit comme la prêtresse la céleste flamme donc l'homme refoule on dirait en termes plus tardifs n'est-ce pas la honte il refoule son ancienne sauvagerie vous voyez comme ça se tient tout ça on n'est pas dans un mot là c'est pour vous faire comprendre ce qui va enchaîner la suite et c'est pourquoi s'il refoule c'est qu'il sait le refoulement
1:38:34 est un mensonge à soi-même c'est pas un mensonge à l'autre c'est pas le mensonge de l'enfant qui dit c'est pas moi qui ai mangé les bonbons ça c'est pas un mensonge grave mais le mensonge dont on parle en théologie le prince de ce monde vient et son essence est mensonge comme tout se tient c'est pas mais c'est parce que il manque et c'est une nouvelle nouvelle c'est qu'il quelque part il voit la vérité sinon il chercherait pas à la cacher et donc je reprends et j'enchaîne sur la conséquence de ce qu'on vient de voir il préserve l'esprit comme la prêtresse la flamme sacrée c'est là son entendement et c'est pourquoi la liberté lui est donnée et le plus haut pouvoir de manquer comme d'accomplir de rater comme de réussir de rater quoi?
1:39:27 le plus périlleux des biens la parole à l'homme donné afin que créant détruisant et périssant et retournant à l'éternellement vivante à la maîtresse et mère avec un M majuscule afin qu'il témoigne ce qu'il est l'avoir hérité appris d'elle ce qu'elle a de plus divin deux-points enfin virgule pardon l'amour qui maintient tout je serai allé au-delà de ces textes qui me semblent de plus en plus clairs au fur et à mesure qu'ils se font écho au fur et à mesure que comme dirait Mallarmé il s'allume de reflets réciproques et j'ai envie de vous passer la parole parce que c'est une séance de réponse aux questions je me suis attardé sur celle-là j'ai nommé quelques-unes des personnes sur lesquelles je reviendrai dans les prochaines réponses aux questions de manière beaucoup plus détaillée mais en leur demandant de ne pas hésiter à m'envoyer un message sur Messenger pour me donner leur numéro de téléphone pour que je puisse les appeler parce que j'ai beaucoup de choses
Pentecôte et non épiphanie
1:40:37 à leur dire pour faire pardonner souvent du retard que je mets à réagir à leurs initiatives ou à les remercier pour leur générosité je m'adresse à Pierre-Alain et je me demande si pour l'instant il n'y a pas vraiment de questions il y avait des questions qui nous restaient la dernière fois je peux les afficher bien sûr excellente initiative donc les questions vont s'afficher je vais pouvoir alors oui oui je me rappelle que je commence par une qui est très courte enfin la réponse n'a pas besoin de s'étaler longuement une question de Cochardim n'est-ce pas pour citer le pseudo qui me dit n'y a-t-il pas confusion entre l'épiphanie et la pentecôte vous savez quand j'ai fait allusion à mon drame en trois actes dans la Bible cette fois même en incluant le Nouveau Testament n'est-ce pas la tragédie de la parole c'est moi qui ai inventé un peu ce ce scénario mais enfin
1:41:47 ça correspond vraiment à des passages bien clairs dans la Bible n'est-ce pas premier acte un acte un moment paradisiaque dans le jardin d'Éden Dieu a donné à Adam le privilège je cite de nommer les créatures de les appeler chacune par leur nom puis l'antithèse le contraire la perte au contraire de la communication c'est la tour de Babel où inquiet de voir que l'homme à force de progresser techniquement risque de rivaliser avec le divin Dieu pour le mettre en échec pour mettre en échec le chantier de la tour de Babel décide donc d'envoyer cette fois non pas l'eau comme il avait fait pour le déluge ou le feu comme il a fait pour Sodome et Gomorre mais la confusion des langues on parle mais on ne se comprend plus l'humanité est divisée en langues différentes puis bonne nouvelle happy end de mon histoire n'est-ce pas donc c'est une tragique comédie en trois actes ah non j'allais dire vous voyez je suis récidiviste j'allais dire l'épiphanie
1:42:57 non c'est Cochardim qui a raison je ne sais quoi il faudrait que je voie un psychanalyste c'est pas bien grave donc je crois pas que j'irais le voir juste pour ça mais enfin à chaque fois je dis l'épiphanie alors qu'il a raison c'est la Pentecôte c'est le moment c'est la première réunion des disciples la première célébration de la Cène du partage du corpus Christi de l'hostie mais en l'absence de Jésus qui entre temps est mort malheureusement pour eux n'est-ce pas et à ce moment-là pour l'Éternel leur envoie je cite le texte un consolateur on dit c'est difficile à traduire le fameux paraclet n'est-ce pas c'est l'esprit c'est le troisième terme de la Trinité parce que le Père on l'a vu à la Genèse surtout le Fils il vient d'accomplir son sacrifice sur la Croix et donc il y a le troisième terme l'esprit qui est la synthèse de tout ça n'est-ce pas de la transcendance du Père et de l'immanence du Fils n'est-ce pas de l'au-delà du Père et du Fils qu'on peut toucher vous qui nous a fait la charité de nous apparaître n'est-ce pas et de s'incarner et
1:44:07 l'esprit se manifeste comme des flammes qui sont au-dessus de la tête de chacun des apôtres et ils vont après prêcher dans toutes les langues et je crois sans aller chercher un psychanalyse je crois que c'est ces flammes qui chaque fois me font glisser de la Pentecôte vers l'épiphanie car le pH du phanique vous le retrouvez dans phosphore photon des particules de lumière en physique c'est tout ce qui concerne la lumière justement n'est-ce pas les flammes donc quelque part j'ai tendance à penser que c'est la fête de la lumière la Sainte-Lucie chez les Scandinaves chez les Suédois lux la lumière la Sainte-Lucie et alors qu'il a raison c'est la Pentecôte n'est-ce pas que l'on fête à ce moment-là merci Cochardim de me faire pan sur le bec comme on dit dans le canard enchaîné quand le canard avoue qu'il a fait une erreur Jean-Vincent Berto dans quelle mesure la polis ah oui la cité aujourd'hui donc la cité d'aujourd'hui est encore l'oeuvre de la mesure de l'équilibre la cité aujourd'hui n'est-elle pas justement dans la démesure comme l'homme qui l'a faite peut la défaire je lis la question en entier d'abord est-ce à dire
La cité moderne : société civile, État et appareil d'État
1:45:17 que certains hommes ceux qui gouvernent la cité se tournent vers l'infini cherchant à fuir à se fuir et nous mènent à la guerre au lieu de chercher l'homme dans l'homme donc ce que vous dites sous-entendu ce que je dis il doit faire allusion plusieurs fois j'ai dû rappeler plusieurs fois n'est-ce pas que à la différence on ne peut pas faire plus opposer par exemple à l'écologisme d'aujourd'hui que l'éthos grecque qui consiste à fuir la nature pour s'abriter dans la cité la nature est un monde d'hubris d'une infinité de monstres et vous remarquerez d'ailleurs que la plupart des monstres sont à l'entrée à la périphérie des cités ne serait-ce que le sphinx qui dévore ceux qui ne résolvent pas ses énigmes qui est à l'entrée de Thèbes par exemple et donc il me dit oui ça c'était peut-être valable pour l'antiquité ou la cité qui était sous la loi de la mesure de l'équilibre c'est ce qu'il dit il était encore l'homme de la mesure de l'équilibre mais le monde d'aujourd'hui est-ce que
1:46:27 ce n'est pas au contraire un chaos épouvantable alors là c'est une question très intéressante parce que ça permet de lever des confusions si on reste binaire je répondrais oui la cité d'aujourd'hui est désespérante il faudrait faire comme c'est très à la mode maintenant je ne dis pas que c'est le point de vue de Jean-Vincent Berto lui il pose la question je ne crois pas qu'il tranche mais même s'il voit bien ce qu'il y a d'insatisfaisant dans la cité d'aujourd'hui mais je ne crois pas qu'il aille jusqu'à comme Michéa ou d'autres et dire c'était mieux avant je caricature enfin je simplifie je caricature pas il le dit mais enfin je simplifie c'est quand même plus nuancé que ça et plus étayé mais enfin ça revient comme si c'était que lui il y en a qui le disent alors avec beaucoup moins de précaution sauf que ici les deux termes c'est maintenant et avant mais qu'est-ce que c'est que cette cité d'aujourd'hui ce maintenant qui comme il le dit est dans la démesure c'est pas c'est pas la société
1:47:38 en général c'est cette société qui s'appelle la société civile c'est là qu'il faut se rappeler les trois étapes la famille ce qu'il y a de plus homogène la famille puis l'entité totale la société civile dans laquelle je suis jeté que nous découvrons chacun de nous dans notre monde par exemple qu'on va dans la cour d'école là il n'y a plus maman qui me prend sur ses genoux quand je me suis cogné sur une chaise etc non ou mon père qui me raconte des histoires oui quand même non non c'est débrouille-toi on se jette à l'eau là dans la cour de récré et non non je ne dis pas que vous êtes une victime dans la cour de récré les autres aussi les pauvres les camarades bon mais ça c'est la société civile c'est c'est un choix politique enfin choix façon de parler c'est une option politique et celle typique du capitalisme c'est pas la société moderne c'est pas la modernité
1:48:48 ne nous condamne pas à vivre comment il dit à très juste titre dans la démesure la guerre enfin tout ce qui défait n'est-ce pas cet abri qu'offrait la cité lorsque la cité et là on est en train de voir des choses importantes et qui vont résonner en écho avec ce que j'avais dit dans la question d'avant à propos de la mère vous savez la figure de la mère qui recolle les morceaux de notre martyr originel de notre détresse originelle notre déhiscence comme on dit n'est-ce pas à savoir que la cité est un peu la relève de la mère la cité oui la cité antique avec son équilibre son harmonie ses règles le fait qu'il y avait des petites bandelettes vous savez sur l'agora de peinture vive au moment des élections pour que celui qui vient en retard se tache c'est un peu honteux de participer d'avoir pas avoir assez d'esprit civique pour participer
1:49:58 à la direction commune de la cité voilà c'est pour dire qu'on est bien loin du chaos des sociétés alors j'allais dire dans la foulée de Jean-Vincent des sociétés modernes mais c'est pas le monde moderne il peut y avoir une société moderne qui est beaucoup plus organisée et qui laisse pas l'individu dans cette détresse une société plus solidaire c'est bien l'enjeu que la question de Jean-Vincent ici nous ramène à mon introduction sur l'héroïsme dont font preuve ceux qui maintenant continuent à consentir à des baisses de salaire parce que chaque jour de grève est une perte de salaire à être solidaires de ceux dont ils sont conscients qui ne peuvent pas le faire pendant plusieurs jours parce que sinon il n'y aurait plus rien d'empeigné à provision dans l'affrontement avec les autorités avec l'appareil répressif d'État l'appareil d'État dans sa version répressive ça fait beaucoup
1:51:08 n'est-ce pas et cela manifeste non pas pour un monde qui ne soit pas moderne mais pour une modernité plus solidaire mais qui garde les acquis de la modernité qui eux aident à la récollection comme fait la mère parce que si nous ne sommes pas nés vagissant sous la grêle sous le froid ou sous le soleil d'août dans les pays torrides et puis où que ce soit le soleil il n'y a jamais eu il n'y a rarement eu aussi chaud moi qui ai fait quand même les bords du Sahara qu'en Allemagne en été la chaleur continentale j'ai vu l'asphalte fondre n'est-ce pas dans la plaine du Rhin bon mais c'est on n'est pas né jeté là-dedans on est né dans un landau dans une maison avec le courant électrique avec le courant il a fallu du temps de la technique et de la modernité pour en arriver à la voilà comment je réponds à Jean-Bercent Berthaud donc les trois étapes la famille l'archaïque le lien du sang la société civile
1:52:18 où il n'y a pas de lien du sang entre les différents camarades d'école il y a d'autres liens qui vont se créer et la troisième étape c'est l'État alors là bien sûr cette division qui est typique de la philosophie politique allemande à Paris et chez Hegel scandalise les libertaires pour qui l'État est la bête noire oui mais pour le capitalisme aussi c'est bizarre alors là contre qui on se bat à la concorde contre l'État contre le capitalisme j'ai déjà répondu à ça longuement la dernière fois pour répondre à l'excellente question qui me demandait d'éclaircir la distinction que je fais que nous faisions ensemble avec Clouscard entre l'État et l'appareil d'État ceux qui sont à la place d'Italie ou la concorde se battent contre l'appareil d'État du gouvernement parmi les plus libéraux les plus capitalistes qu'on a eu à subir et de rattacher essentiel le pays qui était au pouvoir et de détruire ce qu'il y avait de collectif dans la notion d'État précisément notre propriété commune la nationalisation qui est tout le contraire de l'appareil d'Étatisation
1:53:28 en fait cet appareil d'État est au service au secteur du privé qui devrait être n'est-ce pas le contraire de l'État l'État n'est pas le compteur privé l'État est au service en principe de chaque privé le remboursement de la sécurité sociale il n'est pas fait uniquement à Pierre-Alain et pas à moi ou à moi seulement et pas à Pierre-Alain ah oui c'est quand même pas mal cet État-là mais ça c'est l'État c'est l'État au sens de Rousseau de la révolution française n'est-ce pas?
1:54:04 de la volonté générale de l'intérêt collectif et on voudrait nous faire cracher dessus en le confondant exprès n'est-ce pas? en semant une confusion entre cet État qui nous sauve de la sauvagerie de la société civile et maintenant je réponds à Jean-Vincent Berthaud qui n'est pas la modernité qui est une étape qui s'appelle l'étape capitaliste voilà mais il y en a qui voudraient nous faire cracher sur cet État-là en mettant à la place l'appareil d'État qui en fait est en train de le détruire précisément notre bien commun voilà je suis à ta disposition Pierre-Alain mais je crois que vu que ça nous fait quelques questions intéressantes si tu veux que je l'affichée vas-y ah!
L'intuition, résultat d'un travail oublié
1:55:08 Geoffrey Jo ça fait longtemps je suis bien content c'est bien ça fait bien longtemps c'est pas un reproche c'est des deux côtés moi aussi j'aurais dû tenir compte de plusieurs commentaires qu'il a fait que j'ai laissés dans l'ombre des fois faute de temps faute de comment il dit l'autre faute de temps faute de moyens faute de tout malheur mais de ce qui répondait que pour être un bon écrivain il faut avoir beaucoup souffert l'intuition n'est-elle pas simplement le résultat d'un travail qu'on ignore plus ou moins alors je ne sais pas si je comprends bien le plus ou moins qui est tout à l'honneur de Geoffrey Jo ça veut dire que entre la connaissance bien claire et transparente et l'ignorance ténébreuse il ne sait jamais l'un ou l'autre tout se déploie entre l'un et l'autre mais il faut beaucoup souffert l'intuition n'est pas simplement le résultat d'un travail ah oui oui oui est-ce que ce qu'on croit être intuitif est donc immédiat n'est-ce pas très bonne question à ce moment-là est-ce que ce n'est pas en fait un ensemble
1:56:18 de médiations mais mais qui s'est produit tellement souvent auquel on s'est habitué ce qui fait qu'on croit que c'est devenu une immédiateté alors qu'en fait un peu je prends un exemple je crois que Geoffrey Jo va lui-même m'accorder que ça correspond à ce qu'il veut nous faire comprendre et avec lequel je suis d'accord d'ailleurs c'est que le manche à vitesse dans les voitures qui ne sont pas dans les voitures automatique au début quand on conduit quand on est à peine à avoir le permis ou qu'on est en train de le passer n'est-ce pas on passe son temps à se dire qu'est-ce que je fais là je mets en seconde là il y a une montée je vais une fois qu'on est rompu et qu'on a fait dix, cent, mille fois on n'y pense plus ça passe plus par la médiation de la pensée de la parole intérieure parce que je le fais avant même d'y avoir pensé c'est le réflexe et je pourrais avoir l'illusion du coup que c'est l'arc réflexe qui passe par la colonne vertébrale sans même passer par le cerveau non ça a dû passer
1:57:28 d'abord par l'apprentissage ce qu'il appelle là le résultat d'un travail qu'on ignore tout à fait d'accord si ça veut dire ça mais dans ce cas là il ne faut pas faire l'éloge de l'intuition contre le concept ni d'un concept qui serait privé de toute intuition il faut montrer justement que les deux ne sont pas contradictoires si l'une l'intuition est une étape qu'il faut surmonter pour arriver après c'est-à-dire à la maîtrise voilà merci beaucoup Geoffrey Jo pour cette intuition de l'essence véritable de l'intuition Laurent Angot une des plus belles cultures littéraires pardon je vais le faire rougir parmi nos habitués en parlant de Nerval il me semble que Dominique a pu dire il fait mieux que le penser il le dit j'ai dit ça de toutes les formules poétiques réussies il y a un dire du poète qui semble faire l'impasse sur la démarche conceptuelle toutes les questions ont un air de famille ce soir quand même tout tourne autour
« Il fait mieux que le penser, il le dit » : le vers de Racine
1:58:38 de cette opposition dont je vous ai dit qu'elle remonte pratiquement aux origines de la philosophie même si elle se pose d'une manière différente on ne tourne pas en rond entre une saisie apparemment immédiate on vient de le voir apparemment de la réalité de l'être de ce que vous voulez de l'objectivité et de l'objectivité au sens le plus immédiat de l'extérieur et au contraire une saisie progressive par médiation successive etc bref médiate et donc discursive passant par le monde du langage du discours et donc des mots et donc du concept oui alors en faisant l'éloge du concept au détriment de l'intuition ce qui est très hégélien il prend le contre-pied des romantiques de sa génération à ce niveau-là est-ce que ça ne contredit pas le fait que je dise lorsque par exemple j'indique
1:59:48 j'essaye d'indiquer la logique l'incroyable la rigueur la logique l'élaboration logique qu'il y a dans je prends les deux vers je crois qu'il fait allusion à ça il n'y en a aucun Nerval mais j'ai dû faire la même chose avec un passage ah bah oui dans la prose mais là je prends deux vers pour aller plus vite un vers de Rimbaud et un de Racine celui de Racine vous vous rappelez c'est l'extrait de Mithridate souveraine des mers qui vous doivent porter Pharnace le frère félon qui collabore avec les ennemis de son père et qui en plus veut lui piquer sa favorite puisque le bruit court que son père est mort ce qui va s'avérer faux sinon il n'y aura pas de tragédie et qui donc essaye de persuader la jeune captive que son père s'était réservée petite grecque là pour en lui disant allez on n'a qu'à partir vers Rome mon père c'est fichu là il est mort alors il dit mieux que ça c'est du Racine jusque-à-quand madame attendrez-vous mon père des témoins de sa mort viennent à tout moment condamner votre doute
2:00:58 et vos retardements arrêtez de vous poser la question savoir il est mort ou pas venez fuyer l'aspect de ce climat sauvage la mer noire c'est l'actualité qui ne parle à vos yeux que d'un triste esclavage un peuple tout entier vous attend à genoux sous un ciel plus heureux et plus digne de vous l'Italie Rome maître de cet état que mon père me laisse ce qui est faux madame c'est à moi d'accomplir sa promesse de faire de vous une reine donc de vous épouser nos intérêts communs et mon cœur le demande prêts à vous recevoir nos vaisseaux vous attendent et là la magie et du pied de l'autel vous y pouvez monter souveraine des mers qui vous doivent porter c'est curieux comment tout se tient ce soir pas seulement les thèmes les énoncés eux-mêmes on est très loin de Rimbaud il n'y a rien avec Racine les mers qui portent la mère qui porte l'enfant bon tu joues sur les mots là il n'y a pas de il n'y a pas d'accent grave et de muet qu'est-ce qui fait
2:02:11 qu'on accorde dans l'ordre symbolique dans la poésie dans le sentiment tellement d'importance aux notions de nef navire esquif porter la marque Hélène ta beauté est pour moi comme ces barques nicéennes d'autrefois qui portaient doucement le voyageur brisé vers les rives parfumées de sa naissance un poème de jeunesse d'Edgar Poe vous voyez qu'est-ce qu'il fait c'est que comme la mère M-E-R-E la mère M-E-R porte s'oppose à notre hantise la re-chute parce qu'on a connu la chute la peur de cadere tomber cadavre que de fois j'ai rappelé que le rêve de vol est euphorique interrogez tous ceux qui font les rêves de vol ils vous disent rarement que c'est un moment de torture alors que les rêves de chute d'une maison d'un édifice d'un arbre peu importe d'une falaise sont toujours à la limite du cauchemar qu'on se réveille un peu en sursaut en se disant bon sang heureusement que mon lit m'a récupéré que mon lit me porte voilà souveraine des mers
2:03:22 mais la rigueur 3v dans ce vers souveraine des mers qui vous doivent porter v je vais citer wave en anglais tu changes de langue oui mais dans wave il y a 3v dans le mot il y a 3v et oui w c'est 2v bref tout ondule dans ce vers il y a ce qu'on appelle en stylistique une harmonie imitative entre les sonorités du vers qui n'ont à voir avec le sens les sonorités c'est pas l'intelligence donc là je réponds à la question les sonorités et le contenu le contenu logique maintenant vous allez naviguer sur des mers qui vous appartiennent et sur lesquelles vous allez régner politiquement c'est moins joli politiquement ça si vous voulez dire souveraine des mers qui vous doivent porter mais vous voyez il y a entre ces choses qu'on oppose arbitrairement comme si c'était tranché à la hache là je fais une conclusion philosophique un petit peu puisque c'est le même problème qui circule dans les trois questions et tant mieux c'est un vrai dossier
L'aube de Rimbaud : la poésie est une science exacte
2:04:34 entre ces deux apparemment extrêmes que sont la pensée théorème par théorème démonstration par démonstration concept par concept enchaînement par enchaînement médiation par médiation et on va à l'infini sans jamais être satisfait finalement c'est un peu toujours le fini et au contraire n'est-ce pas ce que Freud appelle un sentiment océanique n'est-ce pas dans Malaise c'est un admirable ouvrage d'opuscule qui s'appelle Malaise dans la culture ou Malaise dans la civilisation selon les traductions il y a cet intermédiaire de l'ordre symbolique on vient de le voir ici n'est-ce pas ne serait-ce que par la sonorité musicale qui d'une certaine manière prouve donc ça ça donne raison au concept à la rationalité mais prouve non pas par une suite de raisonnement mais sur le mode de ce qui s'appelle chez Baudelaire la correspondance ou l'analogie j'avais pris l'exemple de ce vers de Racine puis il y a le vers de Rimbaud rappelez-vous l'aube exaltée ainsi qu'un peuple de colombes
2:05:44 même problème pourquoi ainsi que s'il me dit il est noir comme l'ébène il est fort comme un taureau il est blanc comme un cachet d'aspirine n'est-ce pas sur la plage parce qu'il arrive juste au premier jour de vacances et c'était une valeur avant et maintenant c'est une contre-valeur avec l'époque monarchique où il fallait avoir la peau blanche pour prouver qu'on ne s'abaisse pas à travailler au soleil à cultiver les champs et qu'on est donc dans la classe dominante dans les soyons sérieux l'aube exaltée ainsi qu'un peuple de colombes j'avais montré à quel point il y en a de la blanche dans ce vers parce qu'au départ on ne comprend pas il est noir comme l'ébène on ne comprend mais il n'y a rien de poétique précisément parce qu'il n'y a aucun mystère il est noir comme l'ébène est noire chacun le sait il est blanc comme un cachet d'aspirine on peut dire oui mais il est blanc comme un lys ça connote la virginité c'est déjà différent de l'ordre symbolique oui vous savez que le lys c'est le symbole de la Vierge Marie justement mais on peut dire aussi il est blanc comme l'arsenic ou comme l'héroïne pour le bien comme pour le mal c'est la blancheur
2:06:54 quand on dit il est connu comme le loup blanc mais par contre ce qui est frappant c'est que dans ce vers là on ne voit pas justement ce point commun qui entre ce qui est à gauche et à droite de ainsi que qui justifierait la comparaison comme dans il est noir comme l'ébène là on voit du noir à gauche il est noir à droite il est noir comme l'ébène est noir il est noir mais comme l'ébène est noir c'est bon là ça va on comprend mais il n'y a pas de poésie et puis là l'analyse vous avez montré que c'est une rigueur implacable aube alba albinos albâtre albatros tout ça vous crie qu'on parle du blanc à l'heure où l'aube blanchit la campagne et je vous avais indiqué que si vous protestez en disant enfin moi l'aube je vois tout sauf du blanc je vois du jaune de l'or quand le soleil se lève du rose ce qu'on voulait l'aurore aux doigts de rose comme dit Homère oui on n'est pas en météo là on est en poésie c'est le retour de la lumière
2:08:04 par rapport aux ténèbres et ça c'est un enjeu n'est-ce pas qui dépasse largement l'objectivité matérielle c'est ça l'ordre l'ordre symbolique et le vers joue là-dessus donc à gauche on n'a pas encore fini vous voyez l'analyse là à gauche de ainsi que c'est par comme à l'image d'eux à l'instar d'eux il y a la blancheur de l'aube que n'importe quel francophone même si c'est un togolais comprends c'est pas seulement le français vous dire oui mais il faut connaître la langue française oui la langue française c'est plus extensif n'est-ce pas que ceux qu'on passe pour français dans la langue française il y a albâtre albinos albatros etc qui fait que dès qu'on a ce radical ça connote la blancheur mais dans la dernière partie du vers exalté ainsi que quoi ainsi qu'un peuple de colombe ben voyons et donc il y a blanc à gauche il y a blanc à droite ça y est on a transformé le vers en équation on peut mettre égal entre les deux et c'est ce qui me fait dire
2:09:14 que la poésie la seule différence entre la mathématique et la poésie vous connaissez ma boutade mais j'aime bien la répéter la seule différence entre la mathématique et la poésie c'est que la poésie est une science exacte et Laurent Angot a raison le pire des contresens consisterait après ce que je viens de montrer croire que les auteurs ont un ordinateur ou un ordinateur dans le cerveau qui est un super ordinateur qui n'est pas artificiel pour pour dire je vais mettre un 3V ici pour que ça ressemble à une mer qui ondule comme vague voguée etc mais non pas besoin c'est là que j'assume quand je dis il fait mieux que le penser il le dit il l'exprime parce que cette vérité circule qui démontre comme on vient de le voir dans le vers de Rimbaud là où il y a blanc à gauche et blanc à droite et pas seulement excusez-moi je finis avec ce vers les colombes ça s'envole comme les oiseaux l'aube exaltée exaltée alt altitude
2:10:25 altimètre altesse tout ce qui va du bas vers le haut mais oui il est rigoureux ce vers il est parfaitement rigoureux il répète deux fois la même chose avec des sémantiques différentes vous voyez voilà donc je n'ai rien à modifier aux énoncés de Laurent lorsqu'il dit il y a un dire du poète qui semble regardez comme il est prudent faire l'impasse sur la démarche conceptuelle on vient de voir que ce n'est pas une impasse c'est parfaitement justifié il y a une rigueur objective dans le choix de ces formules mais une rigueur qui ne passe pas par la pensée consciente parce qu'elle est de l'ordre de la langue qu'on pratique tous les jours et ça c'est un trésor collectif voilà et bien écoutez vous voyez qu'il me faut beaucoup de séances de répondre aux questions pour attraper le retard que
2:11:35 que j'ai cumulé pour être à la hauteur de votre participation à nos interventions ne croyez pas que je prenne ça à la légère j'essaye de faire le maximum pour combler ce retard mais dans tous les cas je me réjouis de votre participation regardez regardez les pas de géant qu'elle nous fait faire vous voyez comme en faisant un retour non pas sur image mais un retour sur mon blablabla grâce à vos commentaires qui me demandent d'y revenir regardez comme on y voit mieux merci mille fois et à la prochaine fois et et restons attentifs à à la rumeur en cours n'est-ce pas à la rumeur du monde merci mille fois et merci à Pierre-Alain merci à Thom