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Un appel au travail d'équipe autour d'un livre testament
1:00 Sans transition, comme on dit à la radio et dans les médias, la présentation de l'œuvre, j'en dis pas plus, mais qui justifie une assez longue présentation, et je présume que Dominique va s'empresser de nous expliquer pourquoi.
1:30 Si on m'invite à être long en plus, alors là, il faut même raccourcir. C'est pour être excusé là. C'est clair. Merci beaucoup Dominique. Moi aussi je vais prendre un prix à l'âme. Avant de commencer, je vais commencer par citer mon prédécesseur. Ce qui ne peut que flatter sa légendaire vanité. Je sais que je te mets maladresse. Alors voilà, les éditions Delga, oui, sur l'avant-dernier point, Sartre avait dit « très beau travail », mais enfin, il y a une hubris, c'est le mot de Sartre, il y a une hubris, de vouloir le faire tout seul, ça demande un travail d'équipe, collectif.
2:05 Et Clouscard, quand il m'avait rapporté la chose, il m'avait dit « qu'on m'envoie les équipes, je ne demande que ça, je suis tout seul ». Bon, je ne demande que ça. Et je cite donc maintenant Edmond Janssen dans la préface, je crois que vous avez dans les mains, qui dit « les éditions Delga ne peuvent que s'aligner sur ces deux éminents prescripteurs » j'en pose ça, je sais pas ce que je dis. « et appellent également de leur vœu à un travail d'équipe autour du présent texte ». Je voudrais commencer par là, parce que c'est à cela que je vous invite. C'est à vous de prolonger ce travail que l'aliénation et la lutte idéologique, enfin cette lutte idéologique a contraint Clouscard à vivre dans une solitude qu'on n'imagine pas, pas une solitude au sens psychologique, il était entouré d'excellents amis, etc.
2:55 et pas seulement des philosophes, croyez-moi, il a adoré parler avec les pêcheurs de Calvi. « C'est toi Michel ! » Bon, il était devenu une figure, vous voyez, et il ne leur parlait pas de la dialectique transcendantale. Donc, mais il était ontologiquement seul, si je puis dire, ça tombe bien pour cet ouvrage. Et surtout, à une époque où commençait la formidable contre-révolution, dont lui seul a donné une modélisation rationnelle, si je puis dire, qui commence donc à la fin des années 60, au début des années 70, comme vous voulez.
3:33 Je dis ça parce que c'est beaucoup plus global que ce qui nous occupe, ce n'est pas seulement sur le plan idéologique. En les années 70, on a vu le dollar cesser d'être convertible en or. C'est les mêmes coupures, tout ça. On a vu la fin de la période où les effets du plan Marshall atteignent une dimension de masse. Parce qu'il faut du temps, avant que jusque dans les... Pas. Dans le bocage du Nivernais, on voit les effets du plan Marshall. Et toutes ces...
4:03 Je parle du plan Marshall parce que les lecteurs de Clouscard, on voit bien, c'est dans ses saisives, que ce cadeau empoisonné a induit dans d'autres sociétés. Et donc, il était... On ne peut plus mal placé parce qu'il était au début de la séquence qui allait consister à démarxiser entièrement le champ intellectuel. Mais bien, une brutalité, comme on a le dit. C'est pas la même brutalité qui fait que maintenant, on dit comment ça se fait.
4:33 Qu'est-ce que c'est que cette histoire de référendum ? Je veux dire, si on mélange le peuple à nos histoires, maintenant, qu'est-ce qui se passe ? Je parle en Grèce, bien sûr, actuellement. Mais la violence, la réaction parce qu'un peuple, un référendum. Donc, ce préalable étant acquis, je rentre un peu in medias res dans le contenu de l'engin, j'allais dire, quand je vois ce bouquin. C'est une chose, un engin, je ne sais pas quoi, mais c'est...
5:03 Calme bloc ici-bas, chu d'un désastre obscur. C'est comme Mallarmé cite pour la tombe d'Edgar Poe, comme elle a la forme d'un gros rocher sur lequel il y a une statue. Là, imaginez que c'était un météorite qui était tombé. Calme bloc ici-bas, chu d'un désastre obscur. Pourquoi ? Ça a l'air d'être anti-publicitaire, ce que j'ai dit quand je dis ce machin, etc. Parce qu'il y a un élément contextuel sur lequel je glisse par courtoisie pour notre ami. C'est que Michel Clouscard a entamé la rédaction de cet ouvrage au moment où la maladie commençait à déployer ses premiers symptômes.
5:39 C'est Parkinson qui devait finir par l'emporter. Et on y sent une lutte contre le temps. Voilà ce que je veux dire. Une lutte contre l'insuffisance de pouvoir déployer, développer, en manière exhaustive. Quoi ? Et bien précisément un ouvrage qui s'était proposé toute sa vie et dans celui-ci et la réalisation, ce vieux dessein, si je puis dire, qui l'avait duré, vu que je l'avais connu, au milieu des années 60. Et à savoir d'expliciter un jour tous les réquisites théoriques, présupposés, comme vous voulez, ou les axiomes nécessaires à l'élaboration de quoi, précisément de la modélisation marxiste.
Philosophie au sens strict et dialectique
6:26 Quand on parle beaucoup de philosophie aujourd'hui, au propos d'un auteur qui se met dans le sillage de Marx, lequel a écrit « Misère de la philosophie ». Il faut quand même bien prendre tout ça à bras-le-corps. Pour ce qui est de cette apparente contradiction, je vais aller rapidement, donc rapidement, ça tire sans régler la question, si tant est qu'elle soit réglable, c'est une question-là, mais tout de même, pour la poser sur des bases plus constructives, celles dont on rabâche par ailleurs, à savoir, vous prenez philosophie au sens strict, ce qui s'inscrit à partir du sillage socratique dans la chronologie et qui se termine à peu près à Hegel.
7:14 Je ne dis pas que Hegel a clôt l'histoire de la philosophie en comment elle l'a pensée, je dis que ce qui compte après en philosophie, je dis dans le désordre, Marx, Nietzsche, Freud, sont des gens qui ne se situent pas dans le champ philosophique. C'est ceux-là dont il faut prendre conscience. Donc la philosophie au sens strict, elle était achevée. C'est important de définir le genre dans lequel on va parler et dans lequel ce livre s'exprime. Moi, si il y en a bien, je le dis tout de suite pour ne pas éviter le suspense, il ne faut pas noyer le poisson avant d'entrer dans le détail de la chose.
7:45 Je veux dire, c'est la dialectique terne qui, pour moi, renvoie dos à dos l'opposition des philosophies des sciences humaines, cette opposition qui faisait l'exécution des années 60. Le néopositivisme des sciences humaines avait décidé que la philosophie était une survivance de la métaphysique. Et voilà. Par contre, si on prend philosophie à un sens plus large, et si on lui fait dire la réponse que tout projet philosophique, en général, soit la réponse à l'impératif pythique inscrit sur le fronton de Delphes, et que Socrate cite, c'est pour ça que je me permets de le rappeler, que gnôthi seauton, connais-toi toi-même, à ce moment-là.
8:26 On peut dire que, par exemple, chez Freud, je ne sais pas, découvrir que la conscience n'est pas l'intégralité du sujet, c'est un approfondissement dans la connaissance de soi. Chez Marx, je vais dans des autres chronologies exprès, chez Marx, je vais dire, la conscience ne retient pas grand-chose de toute cette détermination de classe et, enfin, sur historique, etc. Donc, je veux dire, et Nietzsche dit que derrière chacun de nos moi, il y aurait, tapis derrière de bons sentiments, une volonté de puissance qui, elle, n'est pas encombrée par la moraline.
9:05 Donc, je veux dire, dans les trois cas, vous voyez, je ne fais pas de jugement de valeur sur chacun des trois, mais dans les trois cas, ce qui a compté dans l'histoire de la philosophie, après, vous rendez compte le nombre de pages inspirées par les avancées de Marx, de Freud et de Nietzsche dans la modernité, ça en fait beaucoup. Elles ne viennent pas de trois personnes se réclamant officiellement de la philosophie. Donc, Clouscard reste aussi bien dans l'orthodoxie marxiste en semblant faire de la philosophie alors qu'il fait la dialectique.
9:37 Autrement dit, ces oppositions que je suis en train de soulever, philosophiques, qui sont humaines, sont nulles et non avenues dès l'instant qu'on se place sur un terrain dialectique. Le jeune Marx avait cru que quand il était encore écolo, feuerbachien, naturaliste, un peu anarchisant sur les bords, ce qui est très bien comme on est jeune quand même, et qu'on a secoué un milieu dans lequel il a vécu. Et donc, le jeune Marx n'a pas encore pris conscience de ce qu'il nous révèle à partir des Thèses sur Feuerbach Le grand tournant, il est là, Thèses sur Feuerbach, voisin de l'idéologie allemande.
10:14 Vous voyez, c'est du point de vue chronologique, je ne suis pas le seul à faire ses coupures, mais moi, j'insiste surtout sur ce Feuerbach ou ce Hegel que le jeune Marx avait pourfendu, j'allais dire, sur ordre de notre ami Feuerbach. Ruisseau de feu, ça veut dire en allemand. Je dis ça parce qu'il y a un jeu de mots, on dit qu'il a fallu que Marx passe par le torrent de feu, du matérielisme de Feuerbach avant de donner le matérielisme historique. Donc, c'est dans la quatrième thèse sur Feuerbach, surtout que Marx dit, pardon, je fais des impositions dans ma phrase et il reprend ce que je vais citer, il en reprend la substance dans la lettre qu'il envoie au traducteur français du Capital.
11:03 Je ne crois pas du jeune Marx, où Marx dit attention, attention à votre traduction. Vous voyez, on revient au problème de traduction. Il dit, car ma pensée, il dit, est le confluent, donc il reconnaît trois dettes, de l'économie politique anglaise, de la pensée politique française et de la tradition théorique allemande. D'accord ? Eh bien, dans la thèse sur Feuerbach, Marx dit, bien qu'on avait négligé des matérialistes vulgaires comme ils les appellent, on n'en dit pas encore des matérialistes mécanistes, ça va venir après, par opposition à un matérialisme dialectique.
11:41 Il ne faut pas cesser, il ne faut pas prendre ces mots d'une manière fétichiste pour les en changer, les remplacer par d'autres. On est sorti du terrorisme structuraliste, du signifiant auquel il ne faut pas toucher un micro-atome. Je dis ça parce que vous trouverez le mot ontique qui vient souvent sous la plume de Clouscard à propos de Heidegger, dans cet ouvrage, mais aussi bien idiotiste, surtout lui qui avait une désinvolture justement exprès un peu pour prendre le contre-pied de ceux qui prennent au sérieux leur classification nominale.
L'ironie transcendantale et le style de Clouscard
12:18 Il y a d'ailleurs une expression dans cet ouvrage qui est très importante pour comprendre la forme et le ton et le style. C'est à l'heure secondaire ce que je dis par rapport au contenu. Non, vous êtes des grands grandes filles et des grands garçons, vous savez bien que ce n'est pas si facilement séparable. Le style, c'est l'homme, c'est la première phrase des écrits de Lacan, c'est de Buffon. Bon, donc, à savoir, il dit dedans, à plusieurs reprises, il parle de sa propre ironie transcendantale.
12:49 rarement, Clouscard aurait été, ce sera permis à ce point de libérer cette veine qu'il avait à l'oral que chacun connaît et qui est incomparable avec ce sens et formule. Sous les pavés Le Pen. Il y a 40 ans, sous les pavés Le Pen. On dirait qu'il s'est fait espion ou qu'il a pris une machine à avancer le temps, qu'il est venu à notre époque, qu'il a pris des notes et qu'il est revenu grand en arrière.
13:21 Bon, bref, donc, l'ironie transcendantale, ça veut dire que cet ouvrage, encore une fois, je reprends maintenant sans imposition pour que ce soit bien clair, l'essentiel de cette introduction à la contextualisation de l'ouvrage. Lutte contre le temps, lutte contre la mort, lutte contre la maladie. Donc, forcément, plein de passages où il y a des ellipses, des raccourcis brutaux. Peut-être que dans 10 ans on vous demandera encore ce qu'il a voulu dire. Mais inversement, vous y trouvez des développements creusés, fouillés et exhaustifs comme je n'en ai jamais vu dans aucun de ces ouvrages antérieurs.
13:54 Et précisément sur certaines questions et points sensibles que posaient ces ouvrages antérieurs. En ce sens, cet ouvrage est irremplaçable. Je veux dire, pour ceux qui s'intéressent à l'œuvre de Clouscard et à son éventuelle cohérence, pas imposé, c'est à vous d'en décider. Donc, je tenais à commencer par cette introduction parce que, d'un autre côté, je reviens à l'ironie transcendantale, c'est-à-dire, ce n'est pas si grave que le livre ait ce désordre apparent.
14:25 Je dis bien apparent, car s'il y a un raisonnement, je vais dire presque diaboliquement, je ne sais pas comment il faut dire, mais construit vraiment, pierre par pierre, fibre par fibre, ou tramé, comme vous voulez, si vous voulez, d'autres métaphores. En Afrique, on oppose souvent le travail du forgeron à celui du tisserand. Et le web, vous vous servez tout le temps cette expression à votre génération. Le web, ça vient verbalement « weben » qui veut dire « tisser ».
14:57 « Tisser ». « Webisch mein weben » comme dit l'oiseau dans « Siegfried ». Voilà, donc c'est intéressant de voir que ça vient de là. Oui, tisser, la trame, le métier, ou la camille, ce qui sait. Ça donne la toile d'araignée en anglais. Tout à fait. Oui, tout à fait. Et nous, on dit la toile maintenant par abréviation. L'ironie transcendantale lui permet justement de faire, dans ses ouvrages antérieurs, ça se sentait par à-coups, mais si c'est plus systématique, je veux dire, un développement apparemment solennel qui reprend les grands thèmes de la métaphysique, la détermination, nécessité, substance.
15:35 et puis tout d'un coup, je veux dire, avec une citation de Charles Trenet, vous voyez, d'une chanson de Charles Trenet, juste à côté. Donc, quand il parle d'ironie transcendantale, il est sérieux. Et aussi, ne vous laissez pas trop impressionner par son lexique, parce qu'il a un malin plaisir à emprunter à l'adversaire par ses formules, pour les retourner contre lui. Sous-entendu, la formule n'était pas mauvaise en elle-même, mais, et même, elle prouve que l'auteur de la formule avait tous les moyens de voir que, et non pas de s'enfermer dans l'idéologie qui l'étouffe.
16:15 Donc, sur ces appels, apparemment formels et stylistiques, je veux dire, j'attire votre attention, parce que, allez, je le dis franchement, on a souvent, on dit surtout, j'ai des beaux esprits, je le dis, ni spécialement ironiquement, ni bien sûr, ni admirativement, mais comme ce qu'on a désigné aux époques classiques, un bel esprit. Les beaux esprits, snob, l'écriture de Clouscard, c'est pas écrire ce mec, c'est rocailleux, c'est raboteux, c'est intéressant, parfois, pour se lire.
16:45 Il s'intéresse à cette thématique. Or, c'est vrai qu'il y a une effarante indifférence de Clouscard aux problèmes d'expression, à Huix, aux problèmes d'expression, et pourtant, tous ceux qui connaissent son oeuvre le voient, ce côté expression brut de coffrage, je disais souvent, tu écris, toi, comme le mec qui prend son bulldozer, qui met le contact, qui claire, boum, voilà, et voisine, avec des passages élaborés au niveau poétique, je ne dis pas seulement littéraire, poétique au sens du cercle de Prague, avec le sens de la métaphore, de la résonance, je veux dire, mais qui sont sans équivalent, et un sens de la formule, j'en ai cité une tout à l'heure, mais il y en a d'autres.
17:32 Et, donc, je veux dire, il y a une légende dont il faut se débarrasser, il y a une posture qui était déjà dans ses ouvrages précédents, une manière d'exprimer son ironie transcendantale, c'était son indifférence hostile qui préoccupait tellement, vous voyez, vous imaginez, le style à Lacan, à la Mallarmé revenu, et Foucault, comme il connaît bien la peinture, on est merveilleux, on est entre esthètes, on est entre gens cultivés, et enfin, voilà, et bien, notre Huron, pour reprendre l'image de Voltaire, le Huron à la cour, parce que j'ai toujours pensé que Clouscard, arrivant à Paris, au début des années 60, je veux dire, me fait toujours penser à Rousseau, arrivant de Genève.
Le mondain : le monde n'est pas la Terre
18:23 Je veux dire, il a déjà été fait, mais c'est tellement frappant. Rousseau déboule dans les salons parisiens, au moment où l'esprit, la rapidité, la vivacité du mot d'esprit atteint une aisance, une brillance, qu'on n'a pas atteint depuis, et l'autre, il arrive avec son accent suisse, il comprend les blagues qu'il a trois heures après tout le monde, et le Rousseau en question, il était mal parti, sur quel plan ? Je ne parle pas philo, il parle de quoi ? Je parle d'un concept fondamental clouscardien sur le plan mondain.
18:58 Rousseau était mal parti, sauf par mondain. Et, ce terme de mondain, pour ceux qui connaissent l'ouvrage antérieur de Clouscard, qui traverse en diagonale toute son œuvre, qui est peut-être la catégorie clouscardienne par excellence, je ne dis pas que c'est celle à laquelle lui, il attache peut-être de plus importance, parce qu'il attache à la reconnaissance, mais ça c'est le concept pour ses guerriers, etc. Mais concept proprement clouscardien, n'est-ce pas ? Le mondain, plutôt que la mondanité. La mondanité, c'est encore connoté autrement, elle en fait partie du monde. Mais, je rappelle qu'il y a le mondain en sens courant, dis donc, tu es bien habillé, tu vas dans le monde ce soir.
19:31 Bon, les mondanités. Et à l'autre extrême, le jeudi saint, dernier entretien du Christ avec les apôtres, avant la Passion, donc, avant le mondané, et il est fait allusion à l'essence du mal, donc au diable. Et il est appelé, avec sa périphrase typiquement chrétienne, je veux dire, stricto sensu, puisque mon royaume n'est pas de ce monde, le diable est appelé le prince de ce monde.
20:01 Le prince de ce monde vient, mais il est déjà vaincu, car son essence est mensonge. Vous voyez, il y a une utilisation du monde, comme notion théologique, où là, on est bien loin de la notion frivole, c'est apparemment frivole. Il n'y a pas que nous parlons d'un auteur qui a écrit le frivole et le sérieux. Et pourquoi ? Parce que le monde n'est pas la Terre. Tiens, encore une chose à rappeler à nos amis écolos.
20:32 Maintenant, il faut sauver la Terre. Non, non, il faut sauver le monde. Ce n'est pas la même chose. La Terre, elle s'en fout de l'homme, de ce qu'il y a dessus, des animaux, elle en a englouti, des dinosaures, sans sourciller. Terre, elle n'a pas de valeur éthique. Heureusement que les dinosaures ont disparu quand l'homme n'était pas encore là, parce qu'il y en aurait dit que c'est de sa faute, on ne s'est pas débrouillé pour le faire croire. Mais enfin, voilà, je veux dire, elle n'a pas d'état d'âme. Terre, c'est une notion astronomique, allons-y, astrophysique.
21:02 Le monde suppose une organisation sur Terre d'un monde. Et vous le savez bien, quand on dit tout de même, c'est un monde, vous voyez, et on dit, je ne sais pas moi, le monde des chasseurs, cueilleurs d'Amazonie n'est pas le monde du cultivateur vietnamien, etc. je veux dire, à chaque fois, vous voyez bien qu'il y a une pluralité ramenée à l'unité. La notion de monde, une pluralité, une diversité, mais pas celle du sceptique, celle dans laquelle on se perd, mais ramenée à l'unité.
Réhabilitation de la totalité contre la notion de totalitarisme
21:38 Ce qui réhabilite, un mot qui a été énormément combattu par l'idéologie libérale, et surtout depuis l'initiative de l'élève du plus nazi des philosophes vous devinez de quoi je veux parler, je parle d'Hannah Arendt, et qui a forgé cette abjecte notion de totalitarisme, je vais réhabiliter pour quelques secondes la totalité qui va être un peu comprendre ce qui suit. Il est évident que je ne défends pas du tout les périodes historiques désignées comme totalitaires. Et d'un côté et de l'autre, ce n'est pas le même procès du stalinisme que les anticommunistes, je veux dire, pas mal de camarades qui y sont restés.
22:16 Et par contre, ce qui est caractéristique de ces périodes dures en histoire contemporaine, en criminalité, par exemple, ce n'est pas le fait que le tout dirige la partie. Ce serait bien si c'était le cas. La totalité, c'est toi, c'est lui, c'est moi. Si la totalité au pouvoir seraient une bonne nouvelle, n'est-ce pas ? C'est-à-dire que tu y serais aussi. On ne laisserait personne de côté.
22:47 qu'est-ce qu'ils ont contre la totalité ? Les bizarres. Parce qu'on renverse tout. Non, contrairement à la rengaine du discours dominant, encore actuel, du discours de France Culture, on dit que c'est l'individu qui est écrasé par la société. Non ! C'est une race qui écrase le reste de l'humanité, la race élue, c'est unique, c'est un parti unique qui opprime la société, c'est, maintenant, la pensée unique, la monnaie unique, comme vous voulez. Voilà. Donc, c'est une petite parenthèse où je réhabilite la totalité comme étant une garantie de démocratie.
23:20 La totalité au pouvoir, c'est le seul régime qui fait justement que personne n'est laissé de côté. Parce que, je le rappelle, et j'y reviens, je vais faire des considerations un peu plus techniquement philosophiques, la totalité, vous trouvez ça dans la table des catégories de Kant, est la synthèse de l'unité, thèse, et de l'antithèse, la pluralité. N'est-ce pas ? Un caillou, singularité, un tas de cailloux, pluralité, mais un tas de cailloux, ce n'est pas une totalité. Je n'ai jamais achevé un tas de cailloux.
23:50 Vous en rajoutez un, ça reste un tas, vous en enlevez un, ça reste un tas. Ce n'est pas des notions définies qu'une plante, ce n'est pas qu'un chat, vivant, etc. Je prends tout de suite des êtres organiques, on voit tout de suite la notion de totalité parce qu'on peut enlever un tas de cailloux, je vous ai dit, un caillou d'un tas, ça reste un tas, vous m'enlevez le cerveau, il ne reste rien de moi. La différence, c'est le rapport du tout aux parties. Justement, les parties sont... Chaque partie a sa fonction et sa nécessité dans la totalité. Voilà, je referme ça.
24:20 quand même, je veux dire, bonsoir, et je constate quand même, et ça va être décisif pour la suite, que pour vous y retrouver, donc, encore une fois, ça paraît un petit peu labyrinthe indigeste, comme ça, à première vue. Je ne trahis rien en disant que c'était un peu ta première réaction. Pas du tout. Non, oui, bien sûr. C'est un peu, beaucoup de matière.
Lévi-Strauss et Heidegger, puis Heidegger face à Platon
24:50 Eh bien, écoutez, si vous prenez le début du premier livre, donc, dès les premières pages, 30 premières pages, en gros, vous avez des effets de ce que j'ai signalé tout à l'heure comme des anomalies liées au contexte, à savoir, il y a une phrase, puis le paragraphe d'après reprend un peu les mêmes mots. On voit un peu, un peu comme Proust a cherché longtemps, l'incipit, comme on dit, ce n'est pas les premiers mots par lesquels devait commencer la recherche.
25:20 Il a trouvé qu'à la fin, après des années, soit dit en passant. Voilà, donc, on sent quelqu'un qui s'essaye, comme on dit, au sens strict, qui s'essaye, qui remet sa phrase. Mais, en termes de contenu, la problématique est fixée dès le début. Quelle est la problématique la plus actuelle pour vous, pour nous ? C'est le danger de refascisation. Il n'a jamais disparu. Alors, j'entre dans la chose, quand même.
25:52 Quels sont les deux personnages qui apparaissent dès le début ? De l'ouvrage, vous voyez, il commence à page 16, le texte de Clouscard. Oui, c'est bon. Voilà. Et donc, dès la page 19, quand je vous dis qu'on est au début, sont mis vis-à-vis deux noms que tout semble opposer dans l'histoire de la pensée contemporaine. Je pense à, Lévi-Strauss, c'est Heidegger.
26:23 Et, tout au long du volume, Clouscard, non seulement va les citer, mais en plus, loin de les opposer comme le fait de la représentation commune, il va montrer, en fait, que quelque part, ils sont complices dans la même restitution d'un déni de praxis, si vous voulez parler très vite, parce que ça, on aura le temps de le détailler. mais ce n'est pas ça qui m'intéresse ici. Je vous ai parlé de fascisme. On dirait qu'avec Heidegger. Bon, eh bien, je vois la présentation des deux.
27:00 Je passe sur les pages, je vous dis que c'est la même chose, les deux, l'opposition, on aurait tout le temps de le voir. D'un côté, le formalisme transcendantal, vous devinez qui désigne le structuralisme en général, par là, et spécialement, Lévi-Strauss, formalisme transcendantal, voilà, où l'ontologie transcendantale du côté d'Heidegger, ça revient un petit peu au même. Mais, ce n'est pas ce qui m'intéresse c'est qu'il glisse très vite sur ce parallèle, après l'avoir répété, et il expose tout d'un coup deux nouveaux personnages.
27:40 Alors, cette fois, non plus deux, comme Lévi-Strauss et Heidegger, non pas deux piliers de l'idéologie contemporaine censés s'opposer et que lui-même et auxquels Clouscard assigne en fait un fond idéologique commun, mais voilà, tout d'un coup, dès la page 26, vous avez deux personnages, Heidegger est toujours là, mais ce n'est plus Lévi-Strauss, ce n'est plus un complice qui est là, c'est l'antidote et c'est Platon.
28:15 Mais quel rapport avec le fascisme ? Je vous le dis tout de suite. Vous voyez ? Si... Je prends au hasard, page 59, Heidegger propose une restauration qui ne peut être que fascisante. Je ne parle pas dans le dos de Clouscard. Et en plus, il est très, beaucoup plus circonspect, vous voyez, que dans ses formules à l'emporte-pièce, humoristique, là, il est précis. qui ne peut être que fascisante.
28:46 Il y a une restauration. Il y a le fascisme latent, il y a l'action de comment ça fasciser et puis il y a le fascisme en acte, je vais dire. Quand il est un peu tard. Donc, il est la résolution moderne d'une problématique antique. Heidegger est la résolution moderne d'une problématique antique, d'où la présence de Platon. comme philosophie réactionnaire, il est l'anti-Platon. Et là, on s'aperçoit que Clouscard oppose une philosophie de la contre-révolution à une philosophie de la révolution.
Le siècle des révolutions et la longue contre-révolution
29:21 Ça ne vous a l'air de rien, ces mots-là qui ont l'air d'être un peu d'avoir subi de la classique, comme on dit. Pourtant, du point de vue strictement historique, on parle toujours de la révolution française si on a raison, mais combien de temps avons-nous été en période révolution? en quelques années. Au moment du plus grand gouvernement qui a eu de la France à mon avis, c'est au moment de la Convention. Le plus grand gouvernement avec celui de la libération, peut-être, sans doute. Je parle en résultat. Le monde entier utilise encore le système métrique de la Convention.
29:55 Ça dure quoi? Pas très longtemps après Thermidor, Bonaparte. Toujours un Corse qui fout le vin, ça. Pas de dur. Merci, je suis gentil. et après, calme-plat, pas du tout. On essaie de remettre Louis XVIII, 1830, vous connaissez, puis la Glorieuse. Ça y est, c'est un roi plus sortable qui est revenu. Paf, 48! Le siècle des révolutions. Tous les siècles ont un surnom.
30:26 Il y a comme ça. la Renaissance, le XVIe, le siècle des Lumières, le Grand siècle. Il y en avait, peut-être, trop récent, il n'en a pas. On ne propose le siècle des révolutions. Ça n'arrête pas. Il va de 89 à 17, à 1917. Regardez bien. On va faire des découpages concrets. Donc, qu'est-ce qu'on est en train de dire? Que la restauration, la contre-révolution a duré beaucoup plus longtemps en latence temporelle que la révolution. Qu'est-ce qu'il y aura comme révolution après 89? Ces tentatives de révolution 1830-1848, dont certains ont réussi, qui ont fait un changement de régime.
31:03 Je ne compte pas la Commune de Paris pour laquelle je ne vous cache pas mon admiration, mais parce que, pour être honnête, c'est une immense révolte. Je veux dire, elle a échoué du point de vue strictement. Elle n'a pas révolutionné le régime politique de l'époque. Mais enfin, elle montre bien que c'est vraiment le siècle des révolutions. Donc, il faudra attendre la libération, 50 millions de morts, pour qu'on commence à avoir la retraite par répartition. Je me dis, parce que quand c'est remis en cause, pour voir d'où c'est venu, on ne l'aurait jamais eu s'il n'y avait pas eu l'armée rouge.
31:38 Je dis ça alors que je suis un de ceux qui dit que j'aurais probablement été fusillé sous Staline avec mon bavardage. Donc, je mesure ce que j'ai dit. Nous ne sommes pas sur la botte nazie aujourd'hui, grâce à l'armée rouge. Je rends immense hommage à tous les gamins qui sont tombés sur les plages de Normandie, les pauvres gosses, je ne sais pas, et leur courage. Je pense même qu'on aurait dû les y envoyer plus tôt. Le gouvernement soviétique demandait depuis des années un second front, n'est-ce pas ? Il a fallu attendre 44, c'est-à-dire quand les soviétiques étaient aux portes de Berlin, qu'il ne fallait pas que l'Europe quand même devienne rouge.
32:13 parce que, plutôt Hitler que le Front populaire, alors les pauvres, c'est quand même différent. Bon, bref. Donc, nous ne nous égarons pas, puis tenter qu'on s'égare, de ce cas, c'est-à-dire, j'ai souvent entendu avoir ces mêmes raisonnements. Il me l'a dit une fois. Ils ont eu notre rue une fois, les fascistes. C'est l'armée rouge. Là, ils ne se sont pas vantés. Ils en ont pris plein la gueule. Oui, ben voilà. Là, ils ont eu. Je pense qu'ils veulent. Bon, donc, vous voyez, cette introduction avec Platon et Hegel.
Hegel lecteur de la République de Platon
32:47 Platon, j'éclaircit un peu son rôle. Mais qu'est-ce que Platon vient faire dans la Révolution ? Est-ce que M. Popper, en menant à notre chambre du Berlin, ne nous a pas montré Platon comme l'exemplaire emblématique chercher un terme de journaliste ? La pensée close, fermée, totalisante et totalitaire. Justement, n'est-ce pas ? La République n'est-elle pas la première anticipation du goulag ? Ben oui. Or, Clouscard, en mettant vis-à-vis la contre-révolution fascisante d'Apache 16 et la révolution initiée par Platon, ne fait que s'inscrire dans une vieille fidélité.
33:30 Je n'ai pas le même. une citation donc extraite de la préface à la philosophie du droit de Hegel, donc, au testament politique du vieux, comme se disait Marx et Engels, qui dit ceci, je dis bien la préface, mais pas dans le détail du droit, et Hegel dit ceci à un moment donné, et c'est curieux, comme aux deux extrémités de l'histoire de la philosophie à son origine et à sa fin, Platon et Hegel se saluent quelque part.
34:07 Au cours de cet ouvrage, j'ai indiqué que la république de Platon elle-même, qui est l'image proverbiale d'un idéal vide, de l'utopie, ne saisit essentiellement rien d'autre que la nature de l'éthos grecque. Il vient de faire de longs développements à Hegel sur le fait que ça ne sert à rien de faire du devoir-être en matière de politique. On dirait qu'il n'y a qu'à faut qu'on... Et il faudrait ceci, il faudrait cela, et devrait, et les gouvernements... Le courage politique, comme on dit. Oui, voilà, exactement, c'est ça.
34:37 Il faudra en avoir. Hegel dit que la raison doit comprendre ce qui est, comme la science d'ailleurs, ce qui est, non pas ce qui doit être. C'est dans la pensée du thuriféraire, en bref, et de l'imprécateur surtout. Et il dit, il y a un contre-exemple, ce serait Platon, donc, qui dit, voilà ce qu'il faut faire, ce qu'il faudrait faire, si je faisais ce que je voulais, moi, dans la cité, je ferais comme la République. Il dit ceci. Au cours de cet ouvrage, j'ai indiqué que la République de Platon elle-même, qui est l'image proverbiale d'un idéal vide, ne saisit essentiellement rien d'autre, sous-entendu à son insu, que la nature de l'éthos grecque.
35:10 Ça veut dire que la République de Platon exprime parfaitement la réalité de son monde. En quoi ? On y vient. Il a eu conscience d'un principe plus profond qui faisait brèche dans cette moralité. Il fait une allusion à l'apparition progressive de symptômes individualistes dans l'unité organique de la cité, qui se manifestent à travers des courants comme le scepticisme ou les sophistes ou des choses comme ça, qui coïncident avec un développement économique et commercial qui faisait qu'il commençait à y avoir des fortunes dans la cité, en particulier le commerce de l'huile, où Héraclite était très investi dans tous les sens, avec l'Asie mineure et qui faisait que...
35:45 C'est un processus classique que Marx a bien étudié, n'est-ce pas ? Et qui font que les inuits, par exemple, ont deux mythologies, une pour l'hiver, une pour l'été. Vous vous doutez que celle de l'été, elle est individualiste, histoire d'exploit, de héros, de harpons, comme ça, avec les phoques. Et celle de l'hiver, elle est collective, parce que là, quand même, on se rapproche entre soi, on a besoin de l'autre. Voilà. Donc, pour aller dans le même principe, il fait allusion à cette apparition de la subjectivité qui va bien sûr s'épanouir avec le monde moderne, le christianisme, le romantisme, etc.
36:15 Donc, il a eu conscience d'un principe plus profond, c'est ma parenthèse sur la subjectivité, qui faisait brèche dans cet éthos, mais qui, à ce degré, c'est entendu à ce moment historique, ne pouvait apparaître que comme un principe de corruption. Quand le sujet individuel se manifeste dans une société patriarcale ou traditionnelle, on dit que c'est un élément de danger, de corruption, de subversion morale. Platon, ému par cette aspiration, a cherché une ressource contre cela, mais comme le secours n'aurait pu que descendre d'en haut, il ne pouvait le chercher d'abord que dans une forme extérieure, particulière de cette moralité.
36:54 Autrement dit, il y a une subjectivité infinie qui est en train d'apparaître qui va donner vous et moi le monde moderne. Je ne définis pas pour ça, ce qui est infini, mais en gros, si vous voulez, vous regardez l'élan des clochers de Chartres ou des cathédrales chrétiennes par rapport au temple grec que vous avez vu tout de suite qui a une aspiration, un illimité dans les religions orientales et transcendant de la transcendance, n'est-ce pas ? Ce qui ne donne pas tout à fait la même esthétique que la mesure. Métron, bien. C'est une anglaire même contre l'hubris. Donc, et Platon, d'après Hegel, a cherché une ressource contre cela, il ne pouvait le chercher d'abord que dans une forme extérieure particulière, cette moralité.
37:36 Il fait allusion au combat de Platon contre les sophistes qui ne sont qu'une forme de cette subjectivité qui est en train de s'exercer là. Cette subjectivité abstraite. croyant ainsi se rendre maître de la corruption et ne réussissant qu'à blesser intimement ce qu'il y avait là de plus profond, de pointe, la personnalité libre infinie. Notion complètement inconnue dans l'Antiquité grecque, le citoyen n'existe pas la personnalité libre infinie. On va y très vite, vous ne saurez jamais si Achille avait un grain de beauté sur la narine gauche ou s'il aimait les pommes de terre au lard ou s'Antigone préférait Vivement Dimanche comme Feuilleton à...
38:16 Non, on ne saura jamais. Mais tout est concentré sur le caractère que chacun est en train d'incarner. Par contre, vous avez tous ces détails-là dans Balzac, dans le monde moderne. C'est-à-dire, Balzac vous dira tout ce qu'il y a sur une cheminée, tout le détail, avant même que le roman ne commence. Voilà, pour lui donner un peu de sens au mot de crise qu'il appelle la subjectivité libre infinie qui suppose donc une époque postérieure à celle de Platon et que Platon ne fait que voir émerger. Donc, échec classique.
38:46 Pourtant, il a prouvé qu'il était un grand esprit parce que précisément, le principe autour duquel tourne ce qu'il y a de décisif dans son idée est le pivot autour duquel a tourné la révolution mondiale qui se préparait alors deux points, à la ligne. Ce qui est rationnel est réel et ce qui est réel est rationnel. Vous voyez que Clouscard, malgré l'apparence surchargée, chaotique, elliptique, ou au contraire presque trop creusée quelquefois afférant à la richesse foisonnante de cet ouvrage exceptionnel, il suit un ordre d'une précision horlogère quelque part.
La Septième lettre et le règne du rationnel
39:29 Donc, il ne faut pas trop s'étonner qu'il y ait ce grand diptyque au début. Et pourquoi précisément Platon et Aristote ? Après tout, il y a des mille autres. D'abord, à cause de ce que je viens de dire, c'est cette filiation. Hegel a bien vu que ce qui était révolutionnaire chez Platon, ce n'était pas les buts qu'il disait. je me répète, s'il n'avait pas subi un traumatisme politique, notre philosophe, en Sicile, il aurait fait, comme tout jeune Athénien bien-né, il aurait fait une belle carrière, surtout qu'il avait tout le talent d'écrivain, il aurait fait une belle carrière de politique, je veux dire.
40:08 Mais, l'aventure avec Denys en Sicile, n'est-ce pas, et il le dit très bien, c'est important pour le rapport entre politique et philosophie dès le départ, a principio, au double sens au principe à la fois commencement logique et commencement chronologique, à savoir que ce texte, c'est une lettre très rare qu'on ait des correspondances de l'Antiquité. On a déjà perdu les ouvrages fondamentaux pour la plupart des auteurs, vous imaginez qui suivait les correspondances à l'époque, mais il y avait un tel culte de Platon qu'heureusement on a gardé quelques-unes des lettres de Platon et il y a la fameuse septième lettre qui est formulée.
40:45 spécialiste, comme on dit, et dans septième lettre qu'il écrit à ses proches pour raconter justement son aventure politique en Sicile et son échec. Et il dit ceci pour montrer l'articulation entre philosophie et politique, on revient vite à Marx, et tandis que j'avais encore les yeux rivés sur le politique, j'ai été comme contraint de me détourner vers la philosophie.
41:16 Et quand il dit contraint, il utilise un terme « ananké » en grec qui veut dire « c'est presque une damnation religieuse ». Je dis ça parce que ce Platon politique est souvent recouvert par un Platon qui existe aussi. C'est un immense artiste à Platon, néo-platonicien, mystique, mystérieux, théorisé, non, Pythagore, il y a aussi ça dans Platon, surtout dans le néo-platonisme. Mais Hegel a très bien vu la distinction dans son histoire de la pensée. Il est sévère avec le néo-platonicien au gouvernement avec Platon. Mais le grand Platon, celui qui dit quoi ?
41:46 Qui dit écoutez, Euclide et moi, on est quasi contemporains, c'est fini ça, mon opinion, que je t'impose, toi qui me l'imposes. C'est le rationnel qui doit régner. Ça veut dire que tu dois être d'accord avec toi-même d'abord. Moi je suis d'accord avec moi-même avant qu'on parle. Je ne te demande pas d'être d'accord avec moi, je te demande d'être d'accord avec toi. C'est la cohérence, c'est l'identité, la non-contradiction, c'est tout ça le réel rationnel qui apparaissent. C'est la civilisation. Voilà. Donc, ce diptyque initial commande un petit peu tout l'ouvrage parce que pour Michel Clouscard, Platon comme Heidegger ont tous les deux en commun tout de même d'avoir, même si c'est en sens contraire, l'un dans le sens révolutionnaire, l'autre, c'est Clouscard qui lit dans le sens réactionnaire, ont tous les deux réalisé la crise ontologique de l'Occident.
L'ontologie : l'être en tant qu'être chez Aristote
42:37 Bon, ça fait deux fois, trois fois que je dis ontologique. Edmond a prononcé le terme dans son introduction et il faut bien s'y attarder un peu pour ne pas vous faire un cours sur l'ontologie, ce n'est même pas le sujet. Malgré le fait de filer en sur la question, Mais ce n'est pas c'est que je trouve parfaitement approprié, c'est le fondement ontologique du marxisme. Bon, j'ai dit tout à l'heure, je vais commencer par m'appliquer à moi, il ne faut pas se laisser bluffer par les mots.
43:07 On, c'est l'être, c'est le verbe être en grec, point. Et comme dit Hegel, quel est l'enfant qui n'a pas à la bouche le mot être ? Pas non plus. Seulement, l'ontologie devient une discipline relativement autonome, comme on dit, à l'intérieur même de réflexions philosophiques à partir de l'école athénienne de Platon et d'Aristote. Et là, je passe de Platon à Aristote, parce qu'ils ont ça en commun par rapport aux sophistes.
43:42 Et là, je vais plutôt prendre Aristote parce qu'il n'est pas dans le mythe avec la subtilité de Platon, mais c'est très clair de votre point de vue didactique. On devrait réserver le terme d'ontologie à ce que Aristote appelle l'être en tant qu'être. Vous avez l'affirmation de l'être en tant qu'être. Là aussi, c'est un passage bien connu de Génise Bessiès tout à l'heure ou de ceux qui planchent au programme, n'est-ce pas, pour leur master ou je ne sais pas. À savoir, quatrième livre de la métaphysique d'Aristote ou livre Gamma comme vous voulez.
44:15 Les trois précédents, on n'est pas encore entrés dans le vif du sujet. dans la mesure où il n'a fait que résumer les idées de ses prédécesseurs sur le sujet. C'est un des premiers historiens de la philo d'Aristote. C'est très précieux pour nous parce qu'il donne des citations de démocrite dont on a perdu l'ouvrage. Vous voyez, ces petites citations un petit peu présence du corpus auquel il fait allusion. Et là, quatrième livre, tout d'un coup, on y arrive, qui commence par cette affirmation solennelle et justement c'est l'être Il y a une science sous-entendue et une seule. Il y a une science qui étudie l'être en tant qu'être.
44:47 Non pas en tant qu'être mobile, ça c'est la physique. Je parle comme Aristote là. Non pas en tant qu'être mobile doué de vie, ça c'est la psychologie ou la biologie, c'est pareil pour les Grecs, il développera dans son De anima. Parce qu'à l'époque d'Aristote, il y a une seule discipline, la philosophie. L'impérialisme. philosophique, comme il y aura un impérialisme scientifique à l'époque du positivisme plus tard, parfaitement symétrique. Totalitarisme. Oui, on va arriver à une coexistence pacifique que j'essaie de mettre auquel je respecte.
45:18 Donc, qu'est-ce que c'est une philosophie ? C'est que toutes les autres disciplines sont des parties de la philosophie. La physique, la biologie, elles sont des parties de la philosophie. Voilà, si ce n'est pas là-dessus, parce que vous savez ce qui s'est passé quand il y a l'impérialisme, guerre d'indépendance. Je suis né sur une bande américaine au Vietnam à Hanoï. Et, donc, guerre d'indépendance, la première à se barrer, pour parler un langage familier, c'est mathématique, Euclide, pas besoin des philosophes pour valider nos assertions.
45:49 Puis, la physique s'autonomise à partir de Galilée, vous connaissez tout ça par cœur. Grand moment, Galiléo-Cartésien, grand moment où le finalisme antique s'écroule devant le mécanisme de Mouliens. et, je vais me perdre mon filo à l'instant. L'ontologie, l'être en tant qu'être. Oui, c'est ça. Donc, la physique s'émancipe, la chimie avec Lavoisier, la biologie, bon, qu'est-ce qu'il reste ?
46:22 On se demande pourquoi on parle philo encore aujourd'hui. Moi, je suis classé comme philosophe, c'est ma raison sociale, je vends du vent, je fais court, je souffle. comme les consultants. C'est quoi ? C'est pas sérieux, quoi. Tout ce qui est sérieux, sûr et certain, ça a été fait par les sciences à côté, de quoi vous vous occupez. Vous voyez le contresens, comme si le but de la philosophie était de chercher à savoir si c'était que ça, elle serait au CNRS. N'est-ce pas ? Bien sûr. Mais vous le savez, vous le savez, vous êtes cultivés, vous le savez que quand nous avons dit ce grand service, se résumer le programme de philo en deux questions fondamentales, que puis-je savoir ?
46:56 Ça, on l'a en commun avec les chercheurs scientifiques qui cherchent aussi à savoir. Et que dois-je faire ? Ça, c'est pas un problème de physique. Alors, je ne fais pas un cours sur l'origine de la philosophie, moi là, je regarde, je rappelle rapidement que ce qui est proprement philosophique, c'est de poser la question. Que dois-je faire ? Qui est le seul à se poser en attendant une réponse épistémique. C'est-à-dire de ne pas y répondre comme au café du commerce, que j'aime beaucoup par ailleurs, moi. Bien, pour savoir si c'est Bastia ou Marseille ou d'autres choses. Parler foot, avec les copains, flambés, dragués, frimés.
47:27 Je parle pas. C'est un jeu impersonnel. Et donc, mais, c'est pas le lieu favorable à l'éclosion du vrai. Voilà. Vous reconnaissez que j'ai parlé du fond de la caverne, de ce qu'on appelle, chez les Grecs, le doxa, l'opinion, c'est ça, le commerce, sa noblesse, quelque part, mais enfin, c'est pas de l'ordre de la vérité. Donc, j'insiste beaucoup là-dessus. Quand on se pose la question que dois-je faire, là aussi, on n'est pas les seuls, ma grand-mère se la posait tout le temps, mais, à laquelle on est censé répondre, non pas sur le mode de l'opinion, mais sur le mode de la science.
48:09 C'est-à-dire, c'est très important de voir qu'il y a eu Euclide avant l'apparition de la philosophie, bien qu'elle est mathématique. C'est-à-dire que maintenant, que contre l'opportunisme des pouvoirs, aujourd'hui, on dirait des médias, ceux qui pêchent en eau trouble, des sophistes, comme on dit à l'époque, contre l'opportunisme, car ce ne sont pas des idiots, ce sont des gens qui savent répondre aux questions, se glisser entre les mailles du filet, contre l'opportunisme, il faut précisément se réclamer d'un indubitable.
48:40 Or, les mathématiques venaient d'apparaître, donc si on dit A égale B implique B égale A, c'est bon, ça s'impose à tout le monde, je n'impose pas une opinion personnelle. C'est très important ce que je résume. Et deuxième caractéristique, je reviens à ma lecture d'Aristote, quatrième livre, où il présente l'être en tant qu'être, donc origine de l'ontologie, il dit bien que c'est au philosophe et à lui seul d'étudier, à la différence du physicien, l'être en tant qu'être. après, il pense à la définition de l'être, c'est intéressant, je pense, la matière, ça c'est l'uriste.
Si la question de l'être apparaît, c'est qu'il est perdu
49:14 Moi, ce qui m'intéresse dans ce qu'on vient de dire au travers des chemins de la praxis, c'est que, et que Clouscard le dit, je vous cite la phrase, elle est à la page 26, nous verrons que si la problématique de l'être apparaît, c'est qu'il est déjà perdu. Quand on pose cette question, c'est que c'est déjà trop tard pour la résoudre. Nous verrons que si la problématique de l'être apparaît, c'est qu'il est déjà perdu. Et bien là encore, vous voyez, il y a un effet mnésique.
49:47 Je dis ça, je ne veux pas réduire Clouscard à être un épigone de Hegel, ce n'est pas du tout ce qu'il est. Il y a des choses entre Hegel et Clouscard qui s'appellent Marx. Mais, je vous montre à quel point on n'arrive pas à comprendre sa pensée si on ne se reporte pas à tout ce qu'elle est de soi d'Hegelien pour Marx, mais qui n'est pas pour les lecteurs d'aujourd'hui à qui on a appris à découpler Marx et Hegel, je pense surtout à Althusser. C'est pour ça que j'insiste beaucoup. Or, vous avez, je laisse une seconde, page 34, cette conclusion d'un chapitre où il dit il faut alors revoir les rapports de la philosophie, de la connaissance, de la conscience et de l'être.
50:29 Bigre, quel programme ? C'est à peu près tout le programme de philo. Donc, on n'est pas un petit passage sur le détail. C'est un nouvel éclairage du Yalta du Cogito, c'est une expression qui reprend le Yalta du Cogito, partage, pouvoir, mise en scène à partir de Husserl. Notre démarche se veut une contribution à la philosophie hegelienne. Jamais, Clouscard n'a été si clair que dans ce livre testament. Notre démarche se veut une contribution à la philosophie hegelienne. Se soustrayant ainsi à l'accusation de philosophisme, car Clouscard appartient à une génération, c'est la mienne aussi, où, pour être sociologue, il fallait d'abord avoir une licence en master en progrès de philosophie.
51:11 Ça n'existait pas, la licence de sociologie, encore moins l'agrégation. Maintenant, vous avez la licence de sociologie, l'agrégation, il n'y en avait pas. Donc, tous les Lévi-Strauss, les Gurvitch, les gens de cette génération, ont eu une formation de philosophes. C'est tous des agrégés de philo, Bourdieu, merci, très bon exemple, qui se spécialisent après dans la sociologie. Ce qui n'est pas le cas, bien sûr, de sociologues qui viennent après. Alors... Pardon ?
51:43 Ah, ben là, on va loin, dans l'entropie, entre les deux, il y a le structuralisme et les nouveaux philosophes. Bien, que dure sera la chute ? Le fait qu'il dise ceci, donc, je reviens maintenant à mon parallèle. Si on pose la question de l'être, c'est qu'il est perdu, ça aussi, ça m'appelle quelque chose. Toujours la même préface. La philosophie du droit qui est le testament politique de Hegel. Il va tourner la page, je vais dire, c'est la fin de sa préface, on sent cette dernière égalité de vieux, il est fatigué, il est dire, le ton, il est un peu...
52:23 Il vit la restauration, je vais vous parler de révolution contre révolution. Hegel, Schelling, Hölderlin, les trois amis au séminaire de Tübingen, plantent un arbre de la liberté le 14 juillet 1790 dans la cour de Tübingen de leur stift, de leur faculté de théologie. Une provocation aux autorités de l'époque. Comment ? Déjà être admirateur des idées français, c'était déjà de la subversion. Et là, quand il écrit ça, il y a longtemps que tout ça est fini. Et que Waterloo, qu'on a fait tirer sa main, nous n'avons pas été à la victoire sur le nazisme, le 9 mai, Moscou.
53:02 Tout de même, prendre acte, je vous ai dit tout à l'heure, comme j'ai rendu hommage au jeune américain tombé au Omaha Beach, je suis un... pas... à les phares en carnage qu'elle avait son consenti pour nous libérer de la bonne année. Mais par contre, nous avions eu un ministre délégué, quand même pas un chef d'État, mais à Waterloo. C'est intéressant. Waterloo, c'est la date à partir de laquelle votre monde, le nôtre, commence à exister. C'est le monde où les anglo-saxons sont puissances dominantes. En gros. A terre historique, peut-être pour le meilleur, pour le pire. Je ne veux pas tellement de valeur.
53:32 Regardez la rationalité de tout ça, comme ça, c'est que je n'ai rien. Or, voilà ce que dit Hegel, donc en plein Metternich, si vous voulez, en plein OTAN. Non, on ne disait pas l'OTAN. Je fais exprès. On disait l'organisation de l'Europe pour verrouiller la révolution française. Allons, vous connaissez. L'organisation géopolitique. La Sainte Alliance. Ah, tiens. Bon, pas de blague. Pour dire encore un mot sur la prétention d'enseigner comment doit être le monde.
54:04 Vous voyez l'ironie de Hegel pour les pensées du devoir-être. Je pense à mon frère. Vous savez, celui qui dit que les communistes étaient des collabos et que l'Algérie française, le canule, a été un résistant. Pour dire encore un mot sur la prétention d'enseigner comment doit être le monde, nous remarquons qu'en tout cas, la philosophie vient toujours trop tard. Paf ! Même affirmation. Si on pose la question de l'être, c'est qu'il est perdu. La philosophie vient toujours trop tard. en tant que pensée du monde, elle apparaît seulement lorsque la réalité, là on n'est plus dans la pensée, a accompli et terminé son processus de formation.
54:43 Une réalité, monde grec, monde romain, ce que le concept enseigne, sous-entendu au philosophe, l'histoire le montre avec la même nécessité. C'est dans la maturité des êtres que l'idéal apparaît en face du réel et après avoir saisi le même monde dans sa substance, le reconstruit dans la forme d'un empire d'idées. Lorsque la philosophie peint sa grisaille dans la grisaille, une manifestation de la vie achève de vieillir. On peut commencer à y voir clair parce que précisément, c'est pratiquement fini la chose en tombe pas.
55:14 On ne peut pas la rajeunir avec du gris sur du gris, mais seulement la connaître. Deux points, autre formule célèbre, ce n'est qu'au début du crépuscule que la chouette de Minerve prend son vol. Donc, on s'est un peu tard. pour faire un bain de soleil. Vous voyez, c'est le début du crépuscule. Mais, donc, il s'inscrit, Michel Clouscard, courageusement dans une tradition, n'est-ce pas, qu'un marxisme mécaniste où des militants bien intentionnés ont été taxés de déviations philosophistes à certaines époques.