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La mondanité, concept propre de Clouscard
0:00 à la bonne heure. on reprend notre rythme régulier je vais répéter quitte à en exaspérer ceux qui l'ont entendu trop souvent c'est que je suis bien content de vous retrouver et que je suis très touché par la fidélité de certains et au moins aussi ravi de voir de nouveaux noms venir s'agréger à nos entretiens je fais une mention spéciale à Pierre Alain qui a la gentillesse d'ouvrir ce direct avec moi ce soir
1:15 alors qu'il est encore plus occupé que d'habitude je vous le dis c'est pas confidentiel mais l'exposition que je vous ai enjoint que je vous ai enjoint de visiter à Beaubourg et qui reste ouverte jusqu'au 27 mai 29 ça y est j'avais renié deux jours jusqu'au 29 je pensais qu'il allait enfin pouvoir se reposer après non parce qu'il remet ça à New York vous voyez dès début juin pour vous dire c'est pour vous dire que je suis d'autant plus heureux qu'il trouve le temps de nous permettre de nous retrouver ce soir dans les ses meilleures conditions dont il a le secret alors deuxième épisode de notre feuilleton série comme vous voulez sur le concept non pas le plus important de Clouscard encore une fois je veux dire c'est pas plus important que les forces productives et les rapports de production mais les forces productives et les rapports de production ne sont pas des concepts
2:25 propres à Clouscard il les reprend il les privilégie il mais ce sont des concepts de qui sont devenus opératoires depuis l'époque de Marx puis de Engels Lénine je veux dire voilà je veux dire de matérialisme qui soit dialectique ou historique familier à ce champ là alors que la contribution propre à Clouscard c'est d'avoir conjugué cette ce champ révolutionnaire champ révolutionnaire CHAMP on est bien d'accord avec précisément son apport propre qui est d'avoir introduit non pas la notion de modernité de mondanité mais de lui avoir donné d'avoir considérablement élargi à la fois l'extension et la compréhension
3:36 de ce qui devient du coup un concept je suis sûr que les logiciens me comprennent vous savez que le couple de l'extension et de la compréhension en logique en logique générale c'est assez simple c'est abstrait mais c'est simple la compréhension c'est l'ensemble des prédicats que l'on peut rattacher à un sujet je ne sais pas moi le triangle isocèle voilà le sujet est une figure géométrique triangulaire possédant deux côtés égaux on peut s'arrêter là n'est-ce pas le prédicat possédant deux côtés égaux triangle ayant deux côtés égaux étant le prédicat du sujet isocèle donc la compréhension c'est tout ce qu'il nous faut comprendre lorsqu'on cite le sujet l'extension c'est exactement l'inverse c'est l'ensemble des sujets donc c'est plus numérique comme notion
4:46 vous voyez auquel s'applique un certain prédicat ainsi le prédicat oui je pense c'est un exemple le prédicat je dis n'importe quoi en parlant d'une classe dans un lycée élève de 4e B2 à une extension de 32 élèves ça s'applique à 32 sujets si vous préférez donc quand je dis que le concept de mondanité Clouscard élargit considérablement la compréhension d'une part ça veut dire que ça on avait bien commencé je crois enfin bien c'est pas à moi de le dire mais je m'étais pas mal attardé sur l'importance qu'il y avait de ne pas réduire la mondanité au sens light courant bling bling il faut partir de là c'est pour ça que Pierre-Lé a très bien fait de trouver un carton une photo si vous voulez qui fait un excellent point de départ mais à partir de là on a fait une odyssée qui nous a mené presque non seulement loin de cette mondanité de cette facticité pour reprendre un terme cher à Sartre par exemple mais jusqu'à
5:56 carrément à l'inverse c'est-à-dire des citations de l'évangile et des concepts théologiques comme celui de le prince de ce monde devient et son essence est mensonge derrière la mondanité il y a le mensonge vous voyez là on est loin du bling bling sauf que alors là maintenant ça je vais pas revenir là-dessus mais ce sur quoi je voudrais insister aujourd'hui entre autres choses c'est de mettre en garde déjà contre les contresens ce que je vois au travers oui au travers via la lecture de certains commentaires dont je me réjouis attention mais je crains que certains prêtent le flanc à un contresens c'est que il ne faut pas prendre le monde qui est le radical de la mondanité dans un sens uniquement péjoratif loin de là et c'est pourquoi pour vous dissuader
7:07 de ce contresens exactement dans le même sens où je suis intervenu pour dire que Clouscard n'était pas le père fouettard anti-jouissance pour le auquel un certain raidissement puritain très contemporain voudrait le réduire y compris parmi ceux qui se réclament de lui et qui se servent de lui pour fustiger Père Fouettard fustiger en trouble fouet pour fustiger les débordements du monde des dominants si vous voulez pour parler simplement dans le même rapport le monde qui est donc le radical de la mondanité se déploie sur un spectre qui va du pire au meilleur et le meilleur c'est quand je conjugue comme je l'ai fait la dernière fois j'espère que je ne vais pas trop le répéter que le monde
8:18 est aussi indispensable à la notion de bonheur quand je le présente sous forme de bonheur il y a déjà moins de raisons de lui décocher des flèches et alors comment je rappelle quand même pour que ce soit bien établi le lien déductif conceptuel qui entre ces deux concepts apparemment qui ne sont pas en première apparence dans une relation d'implication mutuelle comme on dit n'est-ce pas quand je dis monde on ne passe pas nécessairement à bonheur au contraire on peut dire comme dans la bible ce monde est une vallée de larmes n'est-ce pas et inversement quand je dis le bonheur il y en a qui le voient plutôt quand il se voit un peu hors du monde ayant coupé avec le monde n'est-ce pas et donc les deux notions ne sont pas impliquées et pourtant je vais revenir au concept de monde mais en partant de bonheur cette fois pour montrer à quel point
Les deux déterminations du bonheur
9:28 dès qu'on développe l'un on tombe dans l'autre je rappelle ce que j'ai dit dans d'autres contextes mais j'insiste d'autant plus que c'est notre sujet aujourd'hui sur le fait que pour que le bonheur ne soit pas je mets des guillemets maintenant c'est-à-dire que je m'attache au concept au mot vous voulez et non pas toutes les choses qu'on peut lui associer qui justement pour élever la notion de bonheur donc cette fois dans votre dans votre tête j'allais dire vous mettez des guillemets à bonheur pour bien rappeler qu'on est en train de dire qu'est-ce qu'on appelle bonheur ici n'est-ce pas avant de savoir ce que c'est même si ça est il y a deux déterminations qui sont caractéristiques du bonheur autre rappel en amont si je tiens à faire des distinctions que je vais faire maintenant à propos du bonheur si je tiens à apporter des précisions des déterminations à les donner un prédicat une compréhension c'est pour
10:39 qu'on ne le confonde pas avec ce qui peut lui ressembler combien de fois devrais-je répéter qu'on ne vous demandera jamais beaucoup d'efforts pour distinguer une coccinelle d'un avion réaction un coccinelle je pense à l'insecte n'est-ce pas ou bien une télécommande et un platane je veux dire vous voyez on ne risque pas de confondre donc ce n'est pas là qu'il faut apporter des précisions des distinctions par contre quand on vous demande la différence entre un éléphant et un mammouth ou plus délicat entre l'éléphant d'Afrique et l'éléphant d'Asie vous voyez entre un boa et un python je pourrais varier je ne sais pas pourquoi je suis en zoologie là autrement dit c'est là où il risque d'y avoir confusion qu'il faut bien se mettre d'accord sur ce qui fait qu'on ne peut pas confondre le concept avec un autre et pour appliquer ça à celui de Bonheur je proposais c'est des rappels c'est pour ça que je vais un peu vite
11:49 deux déterminations premièrement le bonheur pour se différencier de ce qu'on peut le confondre la béatitude la béatitude des saints c'est une notion théologique le salut la volupté le plaisir et tout ça on sent bien que c'est lié et que c'est proche alors comment faire la différence c'est que premièrement il y a un rapport au temps le bonheur implique une durée plus longue que celle du simple plaisir lequel peut être d'une intensité qui peut aller jusqu'à l'infini je pense à la jouissance par exemple mais fugace évanescente fugitive au point que dans l'antiquité je vais le dire en latin mais c'est une tradition qui remonte à Aristote post coitum omne animal triste n'est-ce pas après le coit tout animal est triste voyez le bonheur c'est pas ça ça demande quelque chose qui s'installe un peu dans la durée via la répétition souvent je fais allusion au temps de verbe
12:59 sur lequel s'exprime le bonheur dans les récits ou dans les souvenirs ou dans les mémoires c'est-à-dire l'imparfait et vous avez appris à l'école dès l'école primaire que c'est le temps qui est idéal pour désigner ce qui a occupé une certaine durée qui s'est répétée voilà et tous les matins j'étais heureux du café au lait que me faisait ma tante je suis très mauvais écrivain donc je m'arrête là mais je veux dire je suis très mauvais récitant première détermination le bonheur se distingue déjà de beaucoup de choses qui lui ressemblent par le simple fait qu'il demande de la durée deuxième la plus importante et là on va retrouver notre sujet de départ au cas où vous auriez cru que je m'en étais éloigné c'est un rapport positif au monde précisément donc la mondanité y est incluse je veux dire par là que j'ai un immense respect pour celui
14:09 qui même en prison est arrivé à avoir une certaine paix intérieure je ne sais quel apprentissage sagesse, méditation peu importe j'ai le plus grand respect pour celui qui cherche le salut qui est une notion religieuse le salut qui le trouve la délivrance dans le nirvana bouddhique ou dans le salut chrétien peu importe pour l'instant mais le point commun c'est que ça se passe hors du monde ou après la mort c'est ce qui fait la différence quand je dis le bonheur implique un rapport positif au monde c'est à dire à ce qui est ici et maintenant alors si vous conjuguez les deux un rapport positif au monde et qui dure longtemps on parle d'une manière un peu plus précise du bonheur et la deuxième détermination montre justement que la mondanité
Le bonheur, idée neuve : d'« un monde » au « monde »
15:19 peut n'avoir aucune connotation péjorative c'est ici que je rappelle non seulement excusez-moi aucune connotation péjorative mais qu'en plus c'est presque le contraire c'est que il a fallu des millénaires de patience pour commencer à entrevoir dans l'histoire universelle la possibilité du bonheur c'est que ça il y a toujours eu des possibilités alors attention lorsque au moment de la révolution française c'est-à-dire tout récemment en termes historiques en termes relatifs si on regarde l'histoire depuis les pharaons c'est hier la révolution française lorsque quelqu'un à ce moment-là une belle figure comme celle de Saint-Just dit le bonheur est une idée neuve en Europe le bonheur c'est-à-dire le rapport positif au monde est une idée neuve en Europe il va un peu dans le sens de ce que j'essaye d'amener c'est que pendant des millénaires c'était
16:29 la survie la soumission cette vallée de larmes encadrée par les terreurs de ce qui tenait lieu de sacré terreur du religieux ça va du sacrifice humain ou à l'inverse de Dieu qui se sacrifie pour les hommes vous voyez mais il y a toujours de l'oblatif comme on dit c'est-à-dire tout ce qui relève du sacrifice dans le sacré sacer sacrifice donc le bonheur c'est-à-dire une relation positive au monde je me répète dans la durée et sans référence transcendante et surnaturelle ça demande beaucoup de temps et quand vous regardez ce qui se passe quand vous regardez le bulletin d'information je veux dire c'est pas le cas de ceux qui traversent la Méditerranée et en y laissant pas mal de cadavres n'est-ce pas c'est pas ceux qui souffrent des conflits de la guerre à nos portes les carnages épouvantables
17:41 qu'on croyait avoir définitivement disparus c'est non parce qu'on croit tout d'un coup mais encore une fois et le rapport positif au monde le fait que ce soit pour l'issier et non suppose une dimension d'universalité et suppose que les remèdes que certains peuvent trouver contre le malheur en voyant dans le pouvoir la richesse le privilège justement en tant que privilège c'est pour ça que je tenais à intégrer cette notion de privilège dans le titre qui nous occupe ce soir ça ne concerne pas le monde mais et là je vais introduire une nouvelle distinction c'est entre l'article défini et indéfini non non je ne joue pas sur les mots il peut toujours y avoir un monde qui accède au bonheur et pour un certain temps ce n'est pas le monde qui y accède
18:51 donc vous voyez maintenant j'introduis une nouvelle notion c'est d'étendre l'ensemble de l'humanité ce qui trop longtemps et depuis des millénaires n'a jamais été que le privilège de quelques-uns c'est ici le lieu de rappeler le lien entre maintenant mondanité non plus et et bonheur mais c'est lié vous me direz mais mondanité et liberté il était étonnant n'est-ce pas que que la liberté soit opposée au bonheur mais mais d'une manière plus nécessaire de lier entre ces deux concepts regardez je viens de dire d'étendre à l'ensemble de l'humanité les les jouissances fussent-elles installées dans la durée et donc représentées un certain bonheur jusque-là confinées à quelques-uns
Les trois étapes de la liberté chez Hegel
20:01 peu importe ici que ce soit un souverain une classe sociale vous devinez la référence qui me vient à l'esprit mais qui m'est arrivé de citer assez souvent c'est le sens que Hegel assigne à l'histoire avec un grand H cette fois alors vous me direz non ça c'est c'est ringard l'histoire n'a pas de sens c'est un chaos monstrueux et d'ailleurs admettons même que et si on avait un ce serait terrible ça veut dire que c'est totalitaire ça veut dire nous allons tous vers un but unique et alors et que c'est contre la diversité bon ça vous connaissez mieux que moi c'est pas mais attendez attendez c'est un peu fort de café de faire passer pour totalitaire un sens que Hegel concentre dans le mot liberté je rappelle la formule les orientaux savaient qu'un seul est libre les grecs surent on n'est plus à l'imparfait que quelques-uns sont libres les modernes savent au présent que tous sont libres ça se recoupe
21:11 étrangement alors explicitons un peu les orientaux d'abord soyons clairs on n'est pas en géographie il n'est pas en train de parler n'est-ce pas des Irakiens ou des Chinois c'est les orientaux historiques pas géographiques c'est-à-dire que l'histoire a commencé les orientaux savaient qu'un seul le pharaon le roi des rois en Perse ou en Éthiopie je pense au lion de la tribu de Juda roi des rois descendant du prêtre Jean enfin souverain éthiopien les négus l'empereur de Chine tout ça je veux dire c'est une immense pyramide n'est-ce pas où une seule personne ou à la limite un tout petit clan n'est-ce pas décide à chaque instant du destin de millions de sujets les orientaux savaient qu'un seul avec les grecs on n'a pas attention je veux dire ah oui ça y est c'est la démocratie non
22:21 oui il y a une forme de démocratie qui apparaît mais à l'intérieur d'une minorité celle des hommes libres c'est-à-dire ceux qui ne sont pas astreints à travailler pour les autres c'est-à-dire aux esclaves c'était en gros en gros deux tiers un tiers un peu plus de deux tiers voilà même si ces esclaves c'était pas non plus le cauchemar comme à Rome mais enfin quand même comme à Rome plus tard mais tout de même je veux dire ce serait un peu fort de café de parler de démocratie par contre ce qui est nouveau c'est qu'à l'intérieur de la communauté des citoyens libres ce qui décide du pouvoir ce n'est plus la force ou le règne d'un clan ou une famille c'est la parole car le pouvoir se fait sur l'agora sur la Pnyx enfin là où on vote et après avoir entendu les uns et les autres proposer quelque chose c'est-à-dire après qu'on ait parlé le parlement parlement mais oui c'est là où on voit tout d'un coup l'importance de ces mots-là n'est-ce pas d'où l'importance n'est-ce pas dans la philosophie d'un Platon par exemple l'importance
23:31 de devoir croiser le fer avec les sophistes puisque l'enjeu maintenant c'est de savoir qui va convaincre de quoi dans la cité je donne l'exemple du Gorgias qui est ici idéal puisque son sujet c'est précisément l'art oratoire l'art qui consiste à convaincre un public et Socrate commence par interroger Gorgias qui était à l'époque qui a existé qui était un des plus illustres et un des plus chers chèrement rétribué n'est-ce pas des sophistes donc ils étaient payés par les jeunes hommes ambitieux des grandes familles qui voulaient accéder au pouvoir politique et pour lesquels ils étaient un petit peu ces sophistes et consultants on dirait aujourd'hui des responsables de communication comme vous voulez et donc quand il est interrogé par Socrate il commence par répondre qui lui demande ce que c'est que l'art oratoire il répond c'est la meilleure des choses premier pas à faire
24:41 Socrate lui dit on ne sait pas encore ce que c'est il nous dit que c'est la meilleure des choses bon d'accord alors autant pour moi disons que écoute Socrate c'est l'art de convaincre de persuader de convaincre ah ben donc tu es géomètre alors l'autre sursaute ah oui parce que quand un géomètre fait une démonstration c'est bien pour convaincre c'est bien pour persuader et vous voyez comment on progresse et qu'on passe de la forme persuasion au contenu de la persuasion car il y a deux persuasions dans le genre persuasion il y a deux espèces on ne peut plus opposer l'une qui aboutit à un savoir la démonstration du géomètre je vous convaincre mais d'une vérité et l'autre celle de l'avocat marron on dirait aujourd'hui c'est pas le cas de tous les avocats mais enfin le sophiste en tout cas proverbialement c'est l'avocat marron c'est celui qui au moins qu'on le paye pour ça vous enseigne comment convaincre qui que ce soit indépendamment de la valeur de vérité le tout c'est qu'il y a cette opinion dans la tête et non pas le fait qu'elle corresponde cette opinion à une épistémée
25:51 quelque chose à un savoir objectif alors une fois qu'on en est là on a quand même progressé au niveau de oui je reviens au grand plan en trois étapes les orientaux savaient qu'un seul est libre les grecs sûr que quelques-uns sont libres la possibilité de l'être oui à condition de pouvoir convaincre et les modernes que Hegel bien sûr associe à l'apparition la civilisation chrétienne qui historiquement effectivement correspond aussi à la disparition progressive de l'esclavage au sens antique du terme parce qu'il y en a qui disent oh là là la condition ouvrière c'est pire encore que l'esclavage mais il ne s'agit pas de savoir si c'est meilleur ou pire c'est des choses différentes et entre l'ouvrier même dans les pires époques de l'usine anglaise de Manchester où l'espérance de vie
27:02 n'est pas très loin l'ouvrier qui arpente la Grande-Bretagne à la recherche d'un emploi et celui qui est dans la bataille contre les Perses a le glaive sur la gorge et qui doit choisir entre être égorgé sur place ou bien sauver sa vie comme esclave c'est pas tout à fait le même statut et et donc le monde moderne c'est de savoir que tous sont libres en puissance bien sûr pas en acte ça veut dire qu'en droit en droit il faut étendre je finis mon détour par les étapes les trois étapes de la liberté l'étendre à l'ensemble de l'humanité et on revient à ce qu'on disait d'une mondanité qui ne serait pas le privilège de quelques-uns ce qui lui donne son caractère quelquefois exaspérant voire obscène n'est-ce pas que ce ne soit plus
Lecture de « Barbare » de Rimbaud
28:13 ceux qui se se vautrent dans la jouissance qui est encore loin du bonheur mais pendant que d'autres au même moment hurlent sous la torture ou à la guerre ou dans la tâche tout simplement ou agonisent dans des vies misérables dans les deux cas le monde change bien de détermination et c'est pour ça que je vais je voudrais commencer par l'illustrer parce que sinon on est au bord de l'abstraction et non seulement c'est fatigant pour l'esprit mais en plus c'est moins parlant si vous voulez que lorsque c'est assorti de représentations concrètes je voudrais commencer par un texte de Rimbaud extrait des Illuminations et qui s'appelle Barbare alors je ne fais pas l'explication de ce texte il y aurait beaucoup de choses un peu énigmatiques à expliquer ce n'est pas mon sujet donc pas de détour mais vous allez voir
29:24 que le mot monde va arriver à la fin c'est très court et puis le poème est d'une beauté qui se suffit à elle-même qu'on le comprenne ou pas il n'empêche que c'est beau vous pouvez prendre un plaisir intense à écouter de musique sans savoir ce qu'elle dit bien après les jours les saisons et les êtres et les pays le pavillon en viande saignante sur la soie des mers et des fleurs arctiques il est évident qu'il n'y a pas de fleurs au pôle elles n'existent pas remis des vieilles fanfares d'héroïsme qui nous attaquent encore le cœur et la tête remis ça veut dire que tout ça apparaît bien loin loin des anciens assassins oh répétition le pavillon en viande saignante sur la soie des mers et des fleurs arctiques elle n'existe pas et là ça commence douceur au pluriel point d'exclamation regardez la suite et l'énumération les brasiers pleuvant au rafale de givre douceur les feux à la pluie du vent de diamant jeté par le cœur terrestre éternellement carbonisé
30:34 pour nous ô monde on n'est pas dans le bling bling attention d'abord c'est un gamin qui est vagabond sur les routes qui écrit ça les brasiers pleuvant au rafale de givre alors vous voyez les brasiers le feu le chaud les rafales de givre la glace et après pareil regardez les feux à la pluie du vent de diamant jeté par le cœur terrestre éternellement carbonisé pour nous ô monde la pluie et le cœur terrestre carbonisé cette union comme ça du plus brûlant et du plus glacé de l'eau et du feu ce vieux couple c'est pas dans l'ordre symbolique certains certains voudront dans l'ordre symbolique ça a été comme ça pendant des millénaires le feu du côté masculin l'eau du côté féminin vous savez que Ève vient d'un radical qui veut dire eau en sémitique n'est pas dans le monde des prénoms africains surtout dans les pays islamisés l'Afrique est islamisée par ceux qui ont traversé le Sahara n'est-ce pas l'Islam est venu du nord vous avez des Adama et des Hawa
31:44 Adam et Ève n'est-ce pas or Hawa c'est bien connu en Afrique francophone est une eau minérale bien connue n'est-ce pas qui est produite en Côte d'Ivoire mais qui qu'on retrouve à peu près dans toute l'Afrique francophone Hawa l'eau Ève il y a plein de raisons à cela n'est-ce pas le fait que la mer c'est l'origine n'est-ce pas c'est le ventre maternel c'est l'origine or l'enfant commence par baigner dans un liquide c'est l'océan des origines rappelez-vous les séances qu'on avait fait la tétralogie de Wagner une oeuvre la plus longue de l'histoire de ce qu'on appelle l'Occident auquel je mets toujours beaucoup de guillemets comme vous savez et qui commence qui dure quatre jours et qui commence comment ?
32:45 par les trois filles du Rhin s'ébattant dans l'eau et au point que le prélude de l'or du Rhin les musicologues l'appellent le prélude de l'élément originel vous voyez dans tout ce qui est originel puis vous avez aussi je vais essayer de vous le trouver parce que alors dans la tradition je vois bien trop que l'original je sais qui est je croyais
33:58 l'avoir sous la main je suis désolé pour cette interruption je croyais l'avoir sous la main mais en fait c'est un texte extrait des Upanishads n'est-ce pas des textes les plus anciens de la tradition védique donc brahmanique si vous préférez mais vraiment les plus anciens aussi canoniques que je ne sais pas que la Genèse pour l'Ancien Testament et il y en a un qui s'appelle Cosmogonie donc qui est censé être l'origine du monde alors on n'est pas en astronomie c'est pas l'origine de la Terre j'espère que vous ne confondez plus le monde et la Terre le monde suppose qu'il est quelqu'un et pas seulement de quelque chose je crois qu'on a acquis ça dans notre premier épisode je ne veux pas y revenir ou alors je reviendrai si vous avez des questions là-dessus enfin c'est pas un distinguo bien difficile à élaborer donc c'est une cosmogonie ça veut dire que l'origine est ici symbolique à l'origine de tout il y avait
35:09 l'eau insondablement profonde c'est dans le texte du Veda là je vous le cite de mémoire jusqu'à ce que le désir prenne forme vous voyez au début il n'y avait que l'eau que ce soit les océans des origines l'or du Rhin vous voyez ou simplement au niveau individuel c'est à dire non pas phylogénétique au niveau de l'espèce mais ontogénétique au niveau de l'individu chacun d'entre nous a d'abord été une île dans le ventre maternel n'est-ce pas et c'est tout ça pour commenter l'union que fait Rimbaud de l'eau et du feu n'est-ce pas vous savez que pour qu'il y ait la vie il faut les deux je veux dire s'il n'y a que de l'eau ça donne les glaces du pôle s'il n'y a que du feu ça donne le désert et c'est lorsqu'il y a les deux c'est bien dans les pays bien arrosés comme le monde équatorial par exemple en Afrique tropicale ou en Amazonie planter un manche à balai vous avez une plantation
36:19 au bout de quelques semaines je veux dire plantation vous avez la végétation plantation il faut travailler voilà je reviens sur ce texte qui est une merveille en même temps et qui est une espèce d'hymne à partir de la répétition du mot douceur au pluriel les brasiers pleuvant au rafale de givre douceur les feux à la pluie du vent de diamants jetés par le cœur terrestre éternellement carbonisé pour nous ô monde et tout à l'heure je commenterai un texte de Hölderlin je vous dis tout de suite le titre on donne pour titre les tout premiers mots parce qu'il n'a pas de titre en bleu adorable et dans lequel Hölderlin dit justement ceci mais à saigner de son cœur Dieu a-t-il plaisir vous voyez c'est pas si loin on n'a jamais fait le rapprochement alors qu'il est si évident loin des vieilles retraites je continue maintenant et des vieilles flammes qu'on entend qu'on sent donc tout à l'heure il avait dit qu'il était remis
37:29 des vieilles fanfares maintenant vous voyez ça veut dire que que c'est une vraie illumination qui au présent tout d'un coup l'amenait bien loin du train-train qu'il y avait auparavant et ça reprend les brasiers et les écumes de nouveau le feu et l'eau vous voyez les brasiers et les écumes la musique tout d'un coup virement des gouffres et choc des glaçons aux astres la musique comme sujet ayant pour prédicat virement des gouffres et choc des glaçons aux astres ô douceur et on récapitule ô monde ô musique et là les formes les sueurs les chevelures et les yeux flottants et les larmes blanches bouillantes de nouveau les larmes blanches bouillantes au pôle blanches bouillantes ô douceur et et c'est la fin la voix féminine arrivée au fond des volcans et des grottes arctiques et jusqu'au bout on aura cette dualité du feu volcanique n'est-ce pas et de la glace et des grottes arctiques et puis après le pavillon
38:39 c'est entendu c'est comme un rondeau et un refrain donc vous voyez ici le monde c'est pas quelque chose le monde c'est pas quelque chose de se vôtre dans le vif c'est pas du tout c'est pas c'est mondaine de bonheur n'existe que réservées à quelques-uns. Et dans cette mesure, elles sont très réductrices. C'est un autre aspect que je voudrais illustrer maintenant par un poème moins extatique que celui-là. C'est une illumination. Vous savez, Rimbaud, son ouvrage le plus dramatique, le plus tragique, le plus déprimé, c'est bien sûr la saison en enfer, comme son titre l'indique.
39:52 Et là, il y a cette délivrance que sont les illuminations, où chacune, alors qu'est-ce qui se passe entre les deux ? Ça, c'est un peu le secret de Rimbaud, mais chacune des illuminations, est comme tout d'un coup une ouverture sur une autre respiration, sur ce que pourrait être le monde, n'est-ce pas, s'il n'y avait pas justement ce différence entre le quelques-uns et le tous. On commence à y voir un peu plus clair, n'est-ce pas. Alors oui, je vais être un peu plus concret.
Le luxe n'est pas un privilège bourgeois
40:24 J'ai fait récemment une intervention en Normandie, et j'ai cité un passage de Proust, parce que Normandie, Proust, Balbec, c'était à Trouville, mon intervention. Vous savez que Trouville est un des lieux qui auraient servi pour Proust adresser la station balnéaire de Balbec. Trouville, il y a Grandville.
40:55 Et j'ai vu certains qui faisaient une réflexion en disant « Là, Proust, ça me bassine, parce que c'est la littérature bourgeoise ». Quel rapport avec notre propos de ce soir ? Mais ça veut dire que, oh là là, ça concerne qu'une petite partie de l'humanité, le privilégié, la mondanité, les hôtels de luxe, les grandes stations balnéaires renommées, Deauville, Trouville, Grandville, puis plus tard la Côte d'Azur, un peu plus tard, et Saint-Tropez et le Festival de Cannes en ce moment, vous regardez les costumes, on ne peut plus bling bling. Oui, mais ça veut dire quoi ? Que tout ce que raconte, le trésor, les splendeurs qu'égrène à la recherche du temps perdu, ça veut dire qu'on va les laisser à une minorité et on va en priver les autres. C'est sur cet aspect-là qu'on ne discute pas.
42:00 Le monde d'aujourd'hui, que je voudrais insister aujourd'hui, et par opposition à la personne qui disait cela, qui avait des qualités par ailleurs, mais qui vraiment disait comme si, par opposition bourgeois, le monde ouvrier était condamné, n'est-ce pas, à être privé des brasiers pleuvant aux rafales de givres, pour parler comme Rimbaud. Et regardez lorsque Roussel, ce n'est pas ma tasse de thé, les régions communistes surtout à cause de ses positions en politique étrangère, où ils s'alignent d'une manière absolument plus qu'impardonnable sur les positions atlantistes, sur le conflit ukrainien par exemple, sur le conflit, non pas ukrainien d'ailleurs, sur le conflit entre la Russie et l'OTAN. Mais par contre, lorsqu'il a dit que tout travailleur devrait avoir le droit, en un jour des fêtes, d'avoir une meilleure viande que d'habitude, de bon vin, on lui est tombé dessus à bras raccourcis. Vous voyez où je veux en venir ?
43:15 Ah ben celle-là, je le défends, vous voyez, je ne suis pas pro ou contre. On n'est pas dans le partage à l'âge, là. Sinon, c'est les aberrations de la politique politicienne, les luttes de sectes et de clans. Je n'en suis pas là. Nous ne devons pas en être là. Mais qu'est-ce qu'il est en train de dire ? C'est quand même pas monstrueux de dire que l'ouvrier, quand il le peut, parce qu'il aimerait bien le faire plus souvent, a le droit d'améliorer son ordinaire. Ça veut dire quoi ? Qu'on va laisser les grands de ce monde, les grands, au sens du grand compte en banque, qu'on va laisser les grands de ce monde avoir le privilège de la bonne chère, des bonnes boissons, des belles propriétés et des beaux paysages.
44:00 Mais ce serait monstrueux comme injustice. Faut-il être une conscience malheureuse pour faire une croix à la sienne ? Non, ça c'est bon pour les bourgeois, c'est pas bon pour moi, moi je suis… Et c'est pour ça, je pense à… Au cas Céline. Eh oui, pro-Céline, on dirait que… On reste dans le genre roman, mais souvent on dit pour défendre Céline, oui d'accord, c'est une ordure au niveau politique, mais quand même, quel style !
44:32 Oui, mais c'est son style pour moi qui est de plus impardonnablement fasciste. Cette manière pour faire populo, de rester toujours dans l'innommable. Faut faire populo. Écoutez, le peuple, il n'y a pas besoin de lui parler pipi, caca, parce qu'il rêve d'en sortir, lui. Voilà ce que je voudrais dire. Le vrai populaire, il n'a pas envie qu'on lui rappelle tout le temps ce que c'est que le bas de gamme, parce que ça, il connaît mieux que personne, c'est pas ça dont il a besoin, qu'il a besoin de découvrir.
45:08 Je suis en train de dire que nous ne pouvons même pas imaginer, évaluer l'intensité du bonheur, je tiens mon fil, c'est le bonheur, qu'il y aurait si le bonheur de quelques-uns était étendu à l'ensemble de l'humanité. C'est ça l'enjeu de l'époque que nous vivons, et c'est pour ça qu'il y a des violences, car ça ne va pas se faire comme ça.
45:44 Vous n'imaginez pas que le pouvoir va dire « Écoutez les mecs, vous êtes les plus forts, je vous donne les clés, à vous de jouer. » Ce n'est jamais comme ça que ça s'est fait. Ça c'est l'illusion réformiste, n'est-ce pas ? Surtout que c'est votre génération, ça, ça fait même deux générations que chaque fois qu'on vous dit la réforme, vous savez que ça veut dire une contre-révolution et un avantage acquis de haute lutte au bout des avancées, de revendications sociales, supprimées.
46:17 ne serait-ce que d'augmenter l'âge de la retraite, ou de considérer que la retraite à taux plein, c'est les privilèges. Vous vous rendez compte, le mot « privilège », c'est grave des mots comme ça. La Révolution française, c'était justement, essentiellement, c'était dressé contre les privilèges. Attention, privilèges, ça désignait des choses de naissance. Il fallait naître noble pour être noble.
46:50 Quel rapport avec les congés payés qui ont été obtenus de haute lutte, il y a eu des luttes terribles, il y a eu des morts pour en arriver là. Appeler ça des privilèges, c'est un peu fort de café. C'est des acquis sociaux. qu'il faut défendre, ce que d'ailleurs a été très bien vu au lendemain de la Libération, en 1947, lorsque la sécurité sociale a été créée.
47:21 Les artisans de cette énorme révolution ont bien insisté que c'était quelque chose qu'il fallait veiller à défendre. Je ne croyais pas si bien dire. Donc, la notion de monde, vous voyez, prend une autre extension. Je me suis servi du poème de Rimbaud pour avoir une dimension comme une promesse infinie.
47:55 sur toute cette chute. Et là, vous voyez, les yeux, les sueurs, les chevelures, les larmes blanches, bouillantes. Et la voix féminine arrivée au fond des grottes arctiques, une espèce de féerie cosmique qui compose un monde. Alors, pour passer d'un monde à le monde, à l'extension des privilèges de quelques-uns à l'ensemble du corps social, je voudrais passer par un texte plus pessimiste que celui de Rimbaud.
« Le Voyage » de Baudelaire : les vrais voyageurs
48:42 Je pense au voyage de Baudelaire, qui à lui seul, n'est-ce pas, est une évocation du monde. Je vous rappelle, d'abord, je vous rappelle tout de même que c'est le poème qui clôt le recueil des fleurs du mal. Et que nous sommes ici, comme dans tout ce qui est essentiel en poésie, dans l'ordre symbolique. ne commencez pas à penser au voyage en termes d'agence de voyage. Bien sûr, c'est le matériau, c'est la métaphore centrale, mais nous allons voir que c'est aussi un voyage au sens symbolique.
49:15 Mais Baudelaire va être beaucoup plus clair que moi et d'une manière, avec une expression beaucoup plus adéquate sur ce thème-là. Donc, je préfère le laisser parler tout de suite. Vous voyez, pour l'enfant amoureux de cartes et d'estampes, donc ça commence par un enfant qui rêve sur des images, sur des cartes, sur la géographie, pour l'enfant amoureux de cartes et d'estampes, autrement dit pour celui qui n'a pas encore voyagé, l'univers est égal à son vaste appétit. Ce n'est pas le monde, c'est l'univers. Il est aussi grand que le désir que j'ai de le parcourir.
49:49 Ah, que le monde est grand à la clarté des lampes, aux yeux du souvenir que le monde est petit. Alors, vous voyez, on dirait que Baudelaire a déjà fini son poème, il en a fait le résumé avant de passer dans le détail, n'est-ce pas ? Donc, allons-y. Un matin, nous partons, le cerveau plein de flammes, le cœur gros de rancunes et de désirs amers, et nous allons, suivant le rythme de la lame, berçant notre infini sur le fini des mers.
50:24 On me pose souvent la question de savoir mais c'est quoi au juste la dialectique ? Il y a plusieurs manières de répondre, ce n'est pas la moins inapproprié des réponses que de dire réfléchissez ce vers de Baudelaire berçant notre infini sur le fini des mers. Vous y trouvez l'ingrédient principal du la dialectique qui sont les contraires et c'est le fini et l'infini. et le mouvement engendré par cette opposition berçant notre infini sur le fini des mers.
51:00 Vous savez que dans sa jeunesse, pardon de passer à l'anecdotique mais pour comprendre certaines images dans ce poème immense et qui clôt les fleurs du mal, c'est l'estuaire du recueil. Baudelaire a été embarqué de force sur un voyage, sur un bateau qui suivait la côte africaine embarqué de force par son beau-père celui avec lequel sa mère s'était remarié. Il a boudé pendant longtemps en restant dans sa cabine mais enfin de ce qu'il a découvert dans les régions bien lointaines il a ramené les choses qui feront parmi les plus belles réussites et les fleurs du mal.
51:39 Je dis au hasard par exemple à une Malabaraise Malabar est un argent lointain sous un dais d'arbres tout empourprés et de palmiers d'où pleut sur les yeux la paresse j'ai connu une dame créole aux charmes ignorés enfin voilà il a ramené des images donc quand il dit berçant notre infini sur le fini des mers on l'imagine bien contemplant pendant des heures des jours et des semaines car c'était bien long à l'époque de la marine à voile l'azur du ciel immense et rond comme il dit dans un autre poème je rappelle ici que horizon vient d'un terme horos en grec qui veut dire le déterminé le fini la limite alors qui voyage typologie liste les uns joyeux de fuir une patrie infâme l'exil du fait que ma vie est en danger ou bien la misère d'autres l'horreur de leur berceau une vie familiale tragique quelques-uns astrologues noyés dans les yeux d'une femme qu'est-ce qu'il fuit la Circé tyrannique au dangereux parfum pardon
52:49 il y a toujours une vision un petit peu diabolisante d'une certaine féminité chez Baudelaire misogyne est un mot un peu simple par rapport à la complexité du cas Baudelaire mais tout de même pour n'être pas changés en bêtes ils s'enivrent tout cela tous ceux qui fuient quelque chose tous ceux qui ont une raison déterminée de voyager il s'énivre de quoi d'espace et de lumière et de cieux embrasés la glace qui les mord les soleils qui les cuivrent effacent lentement la marque des baisers mais ça ce n'est pas les vrais voyageurs pour Baudelaire les voiles à venir les vrais mais les vrais voyageurs sont ceux là seuls qui partent pour partir cœur léger semblable au ballon de leur fatalité jamais ils ne s'écartent et sans savoir pourquoi disent toujours allons ceux-là dont les désirs on va enfin savoir pourquoi ils voyagent ont la forme des nues alors bon alors attendez l'objet du désir a la forme des nues
54:00 c'est-à-dire justement une forme indéterminée qu'est-ce que de plus indéterminée que le contour des nuages au moment où vous pensez à peu près à l'établir il a déjà complètement changé et s'est effiloché ou il s'est concentré ou il a disparu ceux-là dont les désirs ont la forme des nues mais c'est ça le rêve d'avoir un objet de désir qui se recule indéfiniment et tout ça est dit d'une manière bien plus claire dans la fin de ce quatrain-là et qui rêve ainsi qu'un conscrit le canon de vastes voluptés changeantes inconnues et dont l'esprit humain n'a jamais su le nom vous voyez on ne peut en parler qu'en termes négatifs on ne les connaît pas inconnues et dont l'esprit humain n'a jamais su le nom et pourtant c'est ça qu'on désire allez je répète quand même cette séquence-là mais les vrais voyageurs sont ceux-là seuls qui partent pour partir cœurs légers semblables aux ballons je pense à Nerval n'est-ce pas qui a fait son voyage en Orient alors là à l'époque c'était à la mode Lamartine a fait son voyage en Orient Chateaubriand
55:10 prière sur l'acropole et tout ça chacun fait son couplet sur tantôt l'acropole à Athènes sur les pyramides au Caire n'est-ce pas Nerval lui passe un temps fou là je ne rigeant à s'attarder à Chalons-sur-Marne n'est-ce pas parce qu'il y a les inondations il est ravi tout d'un coup que ça prenne du temps parce que les les gens sont bloqués à cause des inondations dès qu'il a quitté son domicile la magie du voyage commence à opérer le but du voyage c'est le voyage lui-même je ne sais pas je vais toujours être étonné quand j'entreprends un excellent voyage avec des gens qui vont dans la même direction et que je connais plus ou moins vaguement de voir qu'ils ont hâte que le voyage se termine ils sont plongés sur leur portable ou dans un livre vous voyez il n'y en a pas qui regardent aux fenêtres on traverse parmi les plus belles régions de France je pense aux trains par exemple ça m'est arrivé souvent et on traverse des choses incroyables d'un pays qui est le plus visité au monde et il n'y en a pas un qui regarde comme si comme si le voyage était lui-même un mauvais moment à passer et que le bonheur c'était
56:20 là où je suis parti ou bien là où je vais arriver mais certainement pas entre les deux alors que là c'est le voyage lui-même qui est l'objet du voyage les vrais voyageurs sont ceux-là seuls qui partent pour partir cœur léger semblable au ballon donc vous voyez mobilité permanente de leur fatalité jamais ne s'écarte et sans savoir pourquoi disent toujours allons ceux-là dont les désir ont la forme des nues c'est quand même troublant je m'arrête encore une de voir que dans l'histoire des arts plastiques en particulier de la peinture c'est à partir du moment où Baudelaire écrit ce genre de texte vers la deuxième moitié du 19ème siècle en gros qui est en train de commencer que va apparaître précisément l'impressionnisme où les contours se dissolvent où il ne s'agit plus de peindre un objet mais l'impression que produit cet objet sur un sujet ce qui est bien différent n'est-ce pas et qui rêve de quoi ?
57:28 de vastes voluptés ce n'est pas très déterminé changeantes inconnues et dont l'esprit humain n'a jamais su le nom alors on continue nous imitons horreur la toupie et la boule donc on revient à la mobilité mais cette fois un peu comme comme illustration de ce que Pascal après la misère de l'homme n'est-ce pas de misère au sens antique de malheur bien sûr dans leur valse et leur bond la toupie et la boule dans leur valse et leur bond même dans nos sommeils la curiosité nous tourmente et nous roule il y a ce vers magnifique comme un ange cruel qui fouette des soleils singulière fortune où le but se déplace et n'étant nulle part peut-être n'importe où où l'homme dont jamais l'espérance n'est las pour trouver le repos court toujours comme un fou bon c'est bien c'est Baudelaire c'est bien formulé mais enfin l'idée est déjà moins originale misère de l'homme sans dieu disait Pascal misère du divertissement quand je me suis mis à examiner les hommes dit Pascal je me suis aperçu
58:38 que tout leur malheur venait de pouvoir rester en repos le contraire du mouvement dans une chambre non au contraire pour trouver le repos court toujours comme un fou notre âme nouvelle manière d'illustrer la même problématique notre âme est un trois mâts un navire à voile cherchant son Icarie une voix retentit sur le pont ouvre l'œil une voix de la hune la hune c'est tout en haut du mâts là-haut où l'homme de Vigie surveille si on voit une terre ou s'il n'y a pas un iceberg ou que sais-je ou une baleine qui souffle à l'horizon une voix de la hune ardente et folle crie amour, gloire, bonheur vous voyez c'est un voyage symbolique enfer c'est un écueil chaque îlot signalé par l'homme de Vigie est un eldorado promis par le destin ça c'est dans c'est dans l'imaginaire de celui qui part mais l'imagination qui dresse son orgie ne trouve et ça c'est le réel qu'un récif aux clartés du matin donc voyez si c'est pas les vrais voyageurs ceux qui partent pour partir ceux qui vraiment croient qu'ils vont trouver
59:48 quelque part dans le monde quelque chose de mieux que de là où ils sont partis risquent d'être exposés à de cruelles déceptions c'est la suite oh le pauvre amoureux des pays chimériques faut-il le mettre au fer le jeter à la mer ce matelot ivrogne inventeur d'Amérique dont le mirage rend le gouffre plus amer tel le vieux vagabond piétinant dans la boue rêve le nez en l'air de brillants paradis je ne peux pas m'empêcher ici de penser dans les pays les plus pauvres que j'ai pu traverser et Dieu sait si j'ai traversé sans doute les plus pauvres au sud du Sahara de penser au conteur au conteur populaire dans la rue à qui chacun donne un trois fois rien ou même on peut s'asseoir et écouter même si on ne paye pas pour l'écouter raconter des histoires l'histoire c'est un peu les mille et une nuits vous voyez à chaque fois des récits et donc c'est ceux qui sont les plus démunis au monde qui s'enchantent au sens propre n'est-ce pas incantare qui rêvent des mille et une nuits alors que comme niveau de l'air ce sont des vieux vagabonds piétinants dans la boue tel le vieux vagabond piétinant dans la boue rêve le nez en l'air de brillant paradis son oeil ensorcelé découvre une capoue
1:00:58 un capoue c'est des délices de capoue près de Naples partout la chandelle illumine un taudis étonnant voyageur mais non s'adresse directement à ceux qui reviennent de loin là quelles nobles histoires nous lisons dans vos yeux profonds comme les mers montrez-nous les écrins de vos riches mémoires ces bijoux merveilleux faits d'astres et d'éther nous voulons voyager sans vapeur et sans voile il y avait les premiers tous les premiers bateaux à vapeur nous voulons voyager sans vapeur et sans voile donc on veut voyager par le récit du voyage faites pour égayer l'ennui de nos prisons j'ai voulu dire la prison c'est le réel où qu'on soit n'est-ce pas voir ce poème en prose où il a repris un titre de son maître Edgar Poe son maître à penser et anywhere out of the world n'importe où pourvu que ce soit hors du monde faites pour égayer l'ennui de nos prisons passez sur nos esprits tendus comme une toile vos souvenirs avec leur cadre d'horizon dites qu'avez-vous vu et maintenant c'est le voyageur
1:02:08 qui parle nous avons vu des astres et des flots je m'attarde sur ce texte dont je commente exprès toute l'extension dans la longueur parce que vu le parcours que nous allons voir et que c'est récité par les voyageurs c'est bien du monde dont il s'agit du monde entier non pas de tel endroit ou de tel milieu social nous avons vu des astres et des flots que c'est simple et que c'est beau comme première réponse nous avons vu des astres et des flots nous avons vu des sables aussi et malgré bien des chocs et d'imprévus des astres et c'est la conclusion de tout ce qui suit nous nous sommes souvent ennuyés comme ici faut-il que l'homme soit un abîme d'infinité pour qu'aucune des richesses du monde ne vienne étayée sa soif étanchée excusez-moi sa soif la gloire du soleil sur la mer violette la gloire des cités dans le soleil couchant allumait dans nos cœurs
1:03:18 une ardeur inquiète de plonger dans un ciel au reflet alléchant les plus riches cités les plus beaux paysages jamais ne contenait l'attrait mystérieux de ceux et on y revient que le hasard fait avec l'indéterminé le sans contour avec les nuages et toujours le désir nous rendait soucieux la jouissance je vais sauter une ou deux strophes voilà c'est de là les deux qui viennent après si les voyageurs je prends les deux derniers vers quand même de pourtant nous avons avec soin après le point d'interrogation pourtant nous avons avec soin c'est toujours les voyageurs qui parlent cueillis quelques croquis pour votre album vorace frères qui trouvez beau tout ce qui vient de loin bon alors qu'est-ce qu'on a vu nous avons salué des idoles à trompe on pense aux divinités hindoues mais ne soyons pas trop trop trop descriptifs des trônes constellés de joyaux lumineux des palais ouvragés dont la féérique pompe serait pour vos banquiers un rêve ruineux des costumes qui sont pour les yeux
Amer savoir : le monde, la mort comme voyage
1:04:28 une ivresse des femmes dont les dents et les ongles sont teints et des jongleurs savants que le serpent caresse envie et déjà ça produit l'excitation des auditeurs et puis encore la réponse est terrible ô cerveaux enfantins pour ne pas oublier la chose capitale nous avons vu partout et sans l'avoir cherché du haut jusque en bas de l'échelle fatale le spectacle ennuyeux de l'immortel péché la femme esclave vile orgueilleuse et stupide n'est-ce pas Sandrine Rousseau sans rire s'adorant et s'aimant sans dégoût mais vous inquiétez pas parce que pour l'homme c'est encore pire l'homme tyran goulu paillard dur et cupide esclave de l'esclave n'en déplaise à celles qui disent le contraire et ruisseau dans l'égout et puis ça s'aggrave le bourreau qui jouit le martyr qui sanglote la fête qu'assaisonne et parfume le sang car c'est ça aussi le monde je reviens au monde valet de l'art n'est-ce pas la fête
1:05:39 qu'assaisonne et parfume le sang je pense peu importe le sacrifice humain le poison du pouvoir énervant le despote et le peuple amoureux du fouet abrutissant il a le côté un peu réactionnaire aristocratique de Baudelaire il n'est pas du tout un aristocrate mais qui a une pensée aristocratique comme souvent dans le conseil exédécadence plusieurs religions semblables à la nôtre toutes escaladant le ciel la sainteté comme en un lit de plume un délicat se vautre je pense au fakir dans les clous et le crin cherchant la volupté l'humanité bavarde et ivre de son génie et folle maintenant comme elle était jadis criant à Dieu dans sa furibonde agonie ô mon semblable ô mon maître je te maudis bon on retrouve chez Baudelaire n'est-ce pas le besoin de réaffirmer l'importance de la référence religieuse à une époque où grandit bien sûr la laïcité et ce qu'il juge lui être l'impiété n'est-ce pas propre à la société moderne et qu'il désapprouve en ce sens il est plus proche d'un Pascal si vous voulez que d'un Hugo qui est plus proche à ce niveau-là d'un Hugo de la société de son temps et là ça redevient magnifique
1:06:51 et les moins sots hardis amants de la démence fuyant le grand troupeau parqué par le destin et se réfugiant dans l'opium immense donc l'évasion vous voyez dans ce que Baudelaire appellera dans un autre ouvrage les paradis artificiels tel est le monde qui est le monde et le monde l'éternel but amer savoir je vous dis que c'est très pessimiste on n'est pas dans dans l'extase illuminée du Rimbaud tout à l'heure oh les brasiers pleuvant non amer savoir celui qu'on tire du voyage le monde c'est bien notre sujet monotone et petit aujourd'hui hier demain toujours nous fait voir notre image c'est peut-être le vers le plus désespérant que je connaisse notre image c'est quoi ?
1:07:37 un oasis d'horreur dans un désert d'ennui pardon de le dire en riant c'est ce que je voulais comme ça passe la limite un oasis d'horreur dans un désert d'ennui alors qu'est-ce qu'il faut faire rester dans l'oasis d'horreur ou bien essayer de s'évader et de mourir de soif dans le désert d'ennui n'est-ce pas ? faut-il partir rester si tu peux rester reste pars s'il le faut l'un court et l'autre se tapit pour tromper l'ennemi vigilant et funeste le temps je rappelle ici que Baudelaire était sous l'influence d'un grand penseur contre-révolutionnaire mais qui n'est pas il n'est pas nul il s'agit de Joseph de Maistre qui disait l'homme n'est pas fait pour le temps on voit l'influence ici donc ça je dis ça parce que c'est des idéologies qui reviennent mais sans avoir le génie de Baudelaire n'est-ce pas ?
1:08:27 et sans avoir aussi ces appels à la fraternité qui viennent contrebalancer son côté réactionnaire je veux dire par là que les idéologies anti-progressistes aujourd'hui ou pire même quand ils progressissent que rien n'a jamais été pire que depuis qu'il y a progrès encore certains pour tromper l'ennemi vigilant et funeste le temps il est hélas des coureurs sans répit comme le Juif errant et comme les apôtres à qui rien ne suffit ni wagon ni vaisseau pour fuir ce rétiaire le rétiaire c'est un filet ce rétiaire infâme le réseau vient de là il en est d'autres qui savent le tuer sans quitter leur berceau lorsqu'enfin il mettra le pied sur notre échine alors là on commence à s'acheminer vers le vrai voyage car c'est juste on s'aperçoit à la fin que c'est un voyage symbolique le voyage absolu c'est la mort lorsqu'enfin il mettra le pied sur notre échine nous pourrons espérer et crier en avant de même qu'autrefois nous partions pour la chine les yeux fixés au large et les cheveux au vent nous nous embarquerons sur la mer des ténèbres avec le coeur joyeux d'un jeune passager entendez-vous
1:09:38 ces voix charmantes et ces funèbres qui chantent par ici vous qui voulez manger le lotus parfumé c'est ici ça veut dire aux portes de la mort on vendange les fruits miraculeux dont votre coeur a faim venez vous énivrer de la douceur étrange cet après-midi qui n'a jamais de fin à l'accent familier nous devinons le spectre nos Pylades Pylade était l'ami d'Oreste dans Andromaque de Racine nos Pylades c'est toujours le symbole de l'amitié nos Pylades là-bas tendent leurs bras vers nous pour rafraîchir ton coeur nage vers ton Électre dit celle dont jadis nous baisions les genoux et c'est la chute qui est magnifique ô mort vieux capitaine voyez la métaphore c'était ça le voyage il est temps levons l'ancre ce pays nous ennuie ô mort appareillons le pays c'est ce que Kant puisqu'on en philosophie appellerait le phénomène ce pays nous ennuie ô mort appareillons si le ciel et la mer sont noirs comme de l'encre ça c'est le monde extérieur nos coeurs que tu connais sont remplis de rayons verse-nous ton poison pour qu'il nous réconforte nous voulons tant ce feu nous brûle le cerveau
1:10:49 ce feu c'est l'attrait de l'inconnu plonger au fond du gouffre enfer ou ciel qu'importe oui carrément au fond et c'est les derniers vers des fleurs du mal au fond de l'inconnu pour trouver du nouveau si on prenait ça à la lettre mais pas dans le sens peut-être qu'on aurait voulu Baudelaire dans un sens presque inverse n'est-ce pas je vais faire je garde sa vision qui est magnifique et son constat mais je ne l'attribue pas aux mêmes causes n'est-ce pas en particulier je le rapproche si vous voulez de la phrase qu'on cite si souvent de l'évangile puisque Baudelaire se sent très proche du christianisme c'est assez clair dans pas mal de textes auxquels je vous renvoie en particulier dans ses œuvres critiques oui cette formule très très très qui résume à elle seule
« Mon royaume n'est pas de ce monde »
1:12:00 presque n'est-ce pas en quoi le christianisme est une religion dans la transcendance lorsque Jésus dit mon royaume n'est pas de ce monde on y revient alors on peut en rester à ce premier plan c'est-à-dire une vision naïvement transcendante au sens presque réel c'est-à-dire il y a un autre monde comme il y a chez Platon le monde intelligible opposé au monde sensible ou alors on peut le prendre à la lettre pour la lettre c'est quoi mon royaume il n'est pas dit n'est d'aucun monde il n'a pas dit ça mon royaume n'est pas de ce ce je prends la lettre monde démonstratif qu'on montre du doigt de ce monde ici et maintenant mais ce monde on peut le transformer et je reviens à ce que je disais si les privilèges de quelques-uns sont étendus à l'humanité à ce moment-là le royaume redevient crédible
1:13:11 mais cette fois rappelez-vous comme tout revient maintenant le bonheur doit avoir une relation nécessaire au monde donc il ne peut pas y avoir de bonheur lorsqu'on parle de salut comme visant un arrière-monde c'est une expression de Nietzsche après la mort comme une promesse si vous voulez auquel il faudrait sacrifier la vie vous dire attendez on n'est pas gagné là tu ne vas pas transformer le christianisme dans son contraire il ne faut pas non plus forcer la parole du poète mais tu répètes souvent que tu n'aimes pas l'interprétation et là tu es en train plus qu'interprété tu tords le texte attendez je suis le texte à la lettre comment se termine le nouveau testament c'est bien simple il y a trois gros morceaux dans le nouveau testament même si l'ensemble de ces trois morceaux est bien plus petit que l'ancien testament mais c'est normal parce que ce n'est pas la même durée n'est-ce pas c'est pas la même c'est une compile de plusieurs générations l'ancien testament le nouveau testament c'est les quatre évangiles donc essentiellement la vie et la mort du christ après les actes des apôtres
1:14:23 n'est-ce pas et enfin finale grandiose l'apocalypse quelle est la fin de la fin comment se termine l'apocalypse c'est que nous montons tous au ciel accédant enfin à ce royaume qui n'était pas du monde d'en bas pas du tout c'est tout le contraire c'est la descente sur la terre donc ici et maintenant dans le monde de la Jérusalem céleste qui devient enfin terrestre et bien oui je ne peux pas empêcher ici de citer quelques passages je ne sais pas ça c'est tout et voilà c'est un brin
1:15:52 C'est un truc noir. C'est un truc comme ça. Un peu animé. C'est un truc. Je suis plus sûr. Voilà. Je suis plus sûr. C'est ça.
1:16:22 Je suis désolé, il y a eu des réparations de plomberie dans ma maison. Et donc, il n'y a rien qui est à sa place habituelle. Voilà. Alors, regardez ce qui se passe à la fin de l'Apocalypse. Ce n'est pas moi qui parle, c'est l'apôtre Jean, l'aigle de Patmos. Patmos est une île grecque dans laquelle il a eu la révélation de l'Apocalypse.
1:16:52 Voilà. Alors. C'est la fin, après des catastrophes dont l'Orient a le secret. L'étang de soufre, Satan précipité dans l'abîme. J'aurais quelque chose à dire, d'ailleurs, sur la fin de Satan.
1:17:26 Dans le texte. Je le dis tout de suite. La voix qui retentit dans le ciel quand Satan est précipité enfin, à la fin des temps. Non pas dans l'enfer, mais carrément dans le néant. L'étang de soufre, où il les dissout. Il y a une voix qui dit. Le voilà vaincu, le grand Satan, le serpent ancien. Virgule. Celui qui accusait nos frères devant l'éternel.
1:17:58 Je suis exaspéré par ce retour récurrent d'un néo-paganisme, n'est-ce pas ? D'un anti-christianisme. Je ne suis pas en train de défendre le christianisme. Je le défends contre un chef d'accusation qui est un contresens. C'est que ce serait la religion de la culpabilisation. Alors, d'où le culte des païens. Enfin bref, après, je ne vous fais pas un dessin. Sans aller chercher les néo-nietzschéens.
1:18:29 Le pauvre Nietzsche, lui, se soigne quand il fait le procès du christianisme. Il est chrétien jusqu'à la couenne. Mais il essaie de se soigner contre lui-même. Mais c'est un contresens. Dans l'évangile, par exemple. Je ne dis pas que c'est bien ou que c'est mal. Je ne dis pas que l'évangile est fondé. Je dis ce qu'il dit. Il dit tout le contraire de la culpabilisation. Tout le monde connaît le chapitre sur la femme adultère. Sauf qu'on s'attarde rarement sur le détail.
1:19:01 Tout le monde rappelle de moins en moins, vu ce que devient la transmission, que celui qui est sans péché jette la première pierre. Puisqu'il faut lapider les femmes adultères dans cette société puritaine. Allons-y, lapidons-la. La condition. Qu'on soit sans péché. On donne l'exemple. Bien sûr, chacun s'en va honteusement. Et Jésus se retrouve seul.
1:19:31 Face à la pécheresse. Et là, il y a un dialogue qu'on oublie. Femmes, où sont ceux qui te condamnaient ? Ah ben, ils sont partis. Va, je ne te condamne pas non plus. Il n'a pas dit « je te pardonne », ce qui impliquerait qu'il y ait faute. Je ne te condamne pas non plus. Et si vous trouvez que ce n'est pas assez, que je sollicite les textes, trois versets après, il dit aux pharisiens, « Vous vous jugez selon la chair, moi je ne juge personne ». C'est écrit en toutes lettres.
1:20:02 Prenez-le dans la traduction que vous voulez. Vous ne pourrez pas changer le sens de la formule. Et voilà que là, comment est défini le mal absolu, le serpent ancien, Satan ? Celui qui accusait nos frères devant l'Éternel. Ce n'est pas celui qui tentait, qui nous séduisait, celui qui accusait nos frères, qui les tentait, qui les séduisait, pour ensuite nous montrer du doigt quand nous avions succombé à la tentation.
Lecture de l'Apocalypse : la cité descend sur terre
1:20:32 Voilà, c'était une parenthèse que je renferme, parce que là, mon sujet, c'est que l'au-delà du monde, le contraire du mondain, l'extramondain, le surnaturel, descend dans le monde. C'est ça, la fin des temps, en termes apocalyptiques, au sens propre. « Puis je vis un nouveau ciel et une nouvelle terre, car le premier ciel et la première terre avaient disparu, et je vis descendre du ciel, d'auprès de Dieu, c'est-à-dire venant de Dieu, d'apostrophe, la ville sainte, la nouvelle Jérusalem.
1:21:10 Pas, pas, pas. Celle qui vient d'en haut, mais qui descend en bas, qui va devenir terrestre, vous voyez. La nouvelle Jérusalem, préparée, regardez la métaphore, je me rappelle Clouscard, comme nous parlions de ce passage. La nouvelle Jérusalem, comme une épouse, qui s'est parée pour son époux.
1:21:40 Je pense que c'est un passage, je vous le dis, Hölderlin dit, « Pour ce que Dieu porte lui-même aux surprises, vêtements, paré, parure, vêtements. » Et je vis descendre du ciel, d'auprès de Dieu, et la ville sainte. Quelle importance qu'on croit ou pas en Dieu ? Je voudrais qu'on ne soit pas hors sujet, là, si vous voulez. Qu'est-ce que ça change au fait qu'ici, on est en train de parler, justement, de la descente d'un surnaturel en bas, du devoir être dans l'être, de la transcendance, dans l'immanence, vous appelez ça comme vous voulez, de l'au-delà, à l'en-deçà, ou allant ici-bas, comme vous voudrez.
1:22:23 Et j'entendis du trône une forte voix qui disait, parce que la vision est en même temps une audition, une forte voix, « Voici le tabernacle de Dieu avec les hommes. » Vous voyez que la solution finale, c'est une communauté, c'est une ville. Ce n'est pas un individu, ce n'est pas un sauveur isolé, n'est-ce pas ? Il a fallu la médiation. Un individu, mais enfin, je veux dire, la solution finale, c'est une société réconciliée avec elle-même, où il ne s'agit plus de quelques-uns.
1:22:55 Regardez bien, je ne sollicite pas. J'entendis du trône une forte voix qui disait, « Voici le tabernacle de Dieu avec les hommes. Il habitera avec eux et ils seront son peuple et Dieu lui-même sera avec eux. » Et non pas dans un au-delà, inaccessible. « Il essuiera toute larme de leurs yeux et la mort ne sera plus et il n'y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur, car les premières choses ont disparu. »
1:23:25 Et celui qui était assis sur le trône dit, « Voici, je fais toute chose nouvelle. » Et il dit, « Écris. » Il dit à celui, à l'évangéliste, qui a la vision, il dit, « Écris. » Car ses paroles sont certaines et véritables. Et il me dit, « C'est fait. Je suis l'alpha et l'oméga. » Le début et la fin, sous-entendu, première lettre et la dernière de l'alphabet grec. « Je suis l'alpha et l'oméga, le commencement et la fin.
1:23:57 À celui qui a soif, je donnerai de la source de l'eau, de la vie. » Gratuitement. Bon sang. Apparaissent des notions tout d'un coup qu'on n'a pas coutume d'associer, n'est-ce pas, au domaine du religieux. Ce qui est gratuit et ce qui est payant. « Celui qui vaincra héritera de ces choses. Mais pour les lâches, les incrédules, les abominables, les meurtriers, les impudiques, les enchanteurs, les idolâtres et tous les… » Ah, il y a un terme générique, c'est-à-dire tous les…
1:24:30 Oui, enfin, je ne vous entends pas, mais je suis sûr qu'il y en a qui ont compris que c'était le mensonge et tous les menteurs. C'est écrit, le terme générique. N'est-ce pas ? « S'il y a meurtre, impudicité, enchanteur, idolâtre, menteur, tout ça, c'est des menteurs. Leur part sera dans l'étang ardent de feu et de soufre, ce qu'est la seconde mort. Puis, un des sept anges qui tenait les sept coupes remplies des sept derniers fléaux vint et il m'adressa la parole en disant « Viens, je te montrerai »
Nerval, Rousseau et la favorite ; la gratuité
1:25:04 et ça revient l'épouse, la femme de l'agneau. C'est la Jérusalem céleste qui est l'épouse. Comme si la cité, vous voyez, était… L'épouse était la métaphore, source de jouissance infinie. L'épouse parée pour son époux, n'est-ce pas ? Et ça, ça me rappelle bon sang lorsqu'on avait vu dans le triangle rousseauien, vous savez, quand Nerval se fait guider dans l'abbaye de Chaalis et qu'il y a un paysan qui leur dit « Voici la tour de la belle Gabrielle, Gabrielle d'Estrées, la favorite d'Henri IV, près du château, dans le Valois, près de la tombe de Rousseau, justement. »
1:25:45 Et le paysan ajoute « Voici la tour de la belle Gabrielle, donc, rappelle la favorite du roi. Tous les soirs, Rousseau venait pincer de la guitare sous sa fenêtre et le roi, qui était jaloux, a fini par le faire mourir. » Et bien sûr, Nerval, qui nous raconte ça, commence comme vous, comme moi, à rire du paysan qui est un ignare, mélangé comme ça à l'époque de Rousseau au XVIIIe siècle avec Henri IV, au XVIe siècle.
1:26:18 Le mélange, lui, à trois siècles d'intervalle, et tout d'un coup, Nerval, arrête de rire, il met un point, il va la ligne. Ce paysan est peut-être plus dans le vrai qu'on ne croit, il dit. En refusant les 100 louis de Madame de Pompadour, c'était une pension que Madame Pompadour voulait donner à Rousseau lorsqu'il avait eu un succès éphémère, People, pour un petit opéra sans grande importance, une pastorale, comme on dit. il aurait pu en vivre si c'était ça qu'il cherchait.
1:26:51 En refusant ce qui jusque-là faisait le revenu de tous les artistes, les pensions des grands de ce monde, en refusant les 100 louis de Madame Pompadour, Rousseau a ruiné l'édifice fondé par Henri, le premier des Bourbons. Tout a croulé, tout l'Ancien Régime, son image immortelle demeure debout sur les ruines. La figure de Rousseau qui se dresse comme un colosse tout d'un coup sur les ruines de l'Ancien Régime. Or, qu'est-ce qu'il dit le piste ?
1:27:22 Dans tous les soirs, Rousseau venait quoi ? Fauché au souverain, sa source de jouissance, la favorite. C'est profond comme métaphore qu'on retrouve la même ici, en gros. Je ne comprends pas qu'on ne passe pas plus souvent ce genre de rapprochement. Ça me semble transparent, n'est-ce pas ? Ce ne sont pourtant pas des textes très… Surtout l'Apocalypse, n'est-ce pas ? C'est le texte les plus commentés depuis 2000 ans, à peu près ça. Puis, un des sept… Oui, alors, viens, je te montrerai l'épouse, la femme de l'agneau.
1:27:55 Je rappelle que l'agneau, c'est le Christ, celui qui est l'agneau de la victime. Et il me transporta en esprit sur une grande et haute montagne et il me montra la ville sainte, Jérusalem, qui descendait du ciel d'auprès de Dieu, de là où elle était avant, au-delà. Son éclat était semblable à celui d'une pierre très précieuse, d'une pierre de jaspe transparente comme du cristal. Bon, après, je vous passe les descriptions à l'orientale, elle avait douze portes, une dorée, une en émeraude, souvent.
1:28:31 Ceux qui me parlaient avaient pour mesure un roseau d'or afin de mesurer la ville, ses portes et sa muraille. C'est vraiment une ville, une société. La ville avait la forme d'un carré et sa longueur était égale à sa largeur. Il mesura la ville avec le roseau et trouva douze mille stades. Bon, il mesura la muraille. La muraille était construite en jaspe. Les fondements de la muraille de la ville étaient ornés de pierres précieuses. Bon, on est tous dans les hyperboles orientales.
1:29:04 Je passe sur les douze portes. Voilà. « Je ne vis point de temple dans la ville. » Ah, vous voyez, il n'y a plus besoin. « Je ne vis point de temple dans la ville. » C'est la société elle-même dans sa globalité qui est devenue le sacré. « Je ne vis point de temple dans la ville car le Seigneur Dieu Tout-Puissant est son temple ainsi que l'agneau. La ville n'a besoin ni du soleil ni de la lune pour l'éclairer car la gloire de Dieu l'éclaire et l'agneau est son flambeau.
1:29:35 Les nations marcheront à sa lumière et les rois de la... Remplacés, n'est-ce pas ? Ici, le racisme absolu Dieu par la liberté et tout s'éclaire, n'est-ce pas ? D'ailleurs, c'est le cas de le dire puisqu'il parle de lampe, n'est-ce pas ? Et l'agneau est son flambeau. Les nations marcheront à sa lumière et les rois de la terre y apporteront leur gloire. Ces portes ne se fermeront point le jour car là il n'y aura point de nuit. On y apportera la gloire et l'honneur des nations et non pas d'une nation élue.
1:30:08 N'est-ce pas ? Il n'entrera chez elles rien de souillé ni personne qui se livre à l'abomination et aux mensonges. Il n'entrera que ceux qui sont écrits dans le livre de vie de l'agneau. Et il me montra, c'est la fin, un fleuve d'eau de la vie, limpide comme du cristal. Vous savez, dans ces pays de désert, le paradis a toujours l'allure de l'eau. De l'eau. Il me montrait un fleuve d'eau de la vie, limpide comme du cristal qui sortait du trône de Dieu et de l'agneau.
1:30:41 Au milieu de la place de la ville et sur les deux bords du fleuve, il y avait un arbre de vie, produisant douze fois des fruits, rendant son fruit chaque mois et dont les feuilles servaient à la guérison des nations. Ça, c'est une revanche sur l'arbre par lequel était venue la faute, dans le paradis terrestre. Il y avait un arbre de vie. Il n'y aura plus d'anathème. Le trône de Dieu et de l'agneau sera dans la ville. Ses serviteurs le serviront et verront sa face et son nom sera sur leur front.
1:31:15 Il n'y aura plus de nuit et ils n'auront plus besoin de lampes ni de lumière parce que le Seigneur les éclairera et ils régneront au siècle des siècles. Et il me dit, ces paroles sont certaines et véritables. Et le Seigneur des esprits et des prophètes a envoyé son ange pour montrer à ses serviteurs les choses qui doivent arriver bientôt. Et voici, je viens bientôt, heureux celui qui garde les paroles de la prophétie de ce livre. Pour l'instant, tout ça, c'est les paroles de prophètes.
1:31:47 Mais j'en arrive à la précision. C'est moi, Jean, maintenant, celui qui rapporte ça, qui ait entendu ces choses. Et quand j'ai entendu et vu, je tombais aux pieds de l'ange qui me l'est montré pour l'adorer. Mais il me dit, garde-toi de le faire, je suis ton compagnon de service. Et ce, oui, c'est la fin, c'est le dernier bout. De service. Et il me dit, ne scelle point les paroles de la prophétie de ce livre car le temps est proche.
1:32:18 Écoutez bien, maintenant, que celui qui est injuste soit encore injuste, que celui qui est souillé se souille encore et que le juste pratique encore la justice et que celui qui est saint se sanctifie encore. Voici, je viens bientôt et ma rétribution est avec moi pour rendre à chacun selon ce qu'est son œuvre. Je suis l'alpha et l'oméga, le premier et le dernier, le commencement et la fin. Heureux ceux qui lavent leur robe afin d'avoir droit à l'arbre de vie et d'entrer par les portes vers la Jérusalem nouvelle.
1:32:55 Dehors, les chiens, les enchanteurs, les impudiques, les meurtriers, les idolâtres et quiconque aime et pratique, oui, le mensonge. Alors, et la conclusion, c'est ce qui plaisait le plus à Clouscard, et l'esprit et l'épouse disent viens et que celui qui entend dit viens et que celui qui a soif vienne et que celui qui veut prendre de l'eau, de la vie, vienne boire gratuitement.
1:33:29 Écoutez, si c'est ce monde-là, oui, notre royaume, là, en ce moment, ce n'est pas ce monde-là, ce n'est pas ce monde de la justice, c'est de la gratuité. Voilà, je voulais vous montrer l'immense parcours que peut faire la notion de monde et donc de mondanité, selon que les conditions qui permettent d'avoir tant soit peu de jouissance et dans un minimum de durée, bref, une esquisse de bonheur, sont confinées à quelques-uns pour le malheur des autres ou au contraire étendues à l'ensemble de la société.
1:34:15 Ce n'est pas un mince enjeu que le concept de mondanité chez Michel Clouscard et puisque j'ai mis cette série sous l'égide de cet ami irremplacé, j'en profite pour revenir un peu, d'abord pour remercier ceux qui ont contribué à la cagnotte qui nous permet, je l'espère, le plus tôt possible de traduire Clouscard en anglais et d'élargir donc considérablement l'extension de son audience et de l'autre côté, j'appelle ceux qui ne l'ont pas encore fait ou bien qui découvrent ce projet que nous avons de passer la vitesse qui permettrait à l'œuvre de Clouscard d'atteindre ce que j'avais appelé en le présentant une autre fois une masse critique où rien ne pourrait plus s'opposer au rayonnement de sa réflexion et de ses recherches qui consisterait à l'étendre à l'anglais non pas du tout parce que je tiens absolument à convertir le monde anglo-saxon
1:35:25 à la clouscardité j'en serais ravi mais enfin j'ai quelques doutes mais n'oublions pas qu'un étudiant chinois par exemple ou indien s'il lui arrive de pratiquer à la perfection une langue autre que sa langue maternelle une langue étrangère il y a de fortes chances et d'immenses probabilités pour que ce soit plutôt l'anglais que le français vu l'état actuel des choses donc l'enjeu n'est pas mince je compte sur vous merci mille fois et nous reviendrons encore je tiens à faire un troisième épisode sur cette notion de monde mais je ne voudrais pas pour cela en commençant maintenant empiéter sur le temps de vos questions alors je vais demander à Pierre-Alain de me projeter vos questions qui comme je suis content de retrouver Clom ici c'est des personnes que je ne connais que par internet c'est peut-être des sales et vraies communautés c'est un peu déjà une Jérusalem
Baudelaire n'est pas un chantre de l'escapisme
1:36:35 pas tout à fait céleste bien terrestre mais enfin quand même je veux dire communauté des esprits la communauté des fins comme disait Kant est-ce que ce poème de Baudelaire a quelque chose à voir avec l'escapisme dont vous aviez il me semble déjà parler sinon pourrions-nous néanmoins établir un parallèle ce qui me fait très plaisir dans cette question je ne dis pas que c'est une bonne question bon ça c'est autre chose je ne suis pas là pour distribuer les bons points mais ce qui me fait plaisir vous allez voir pourquoi je parle de moi c'est que Clom ici a de la mémoire et que je ne parle pas pour rien et que ce que je dis n'est pas comme ce paysage je répète la même image qui défile dans le rétroviseur vers l'arrière et qui ne revient jamais donc voilà ça me fait plaisir de se rappeler que j'avais parlé d'escapisme en le dénonçant comme une enfin comme le dénonçant pas le condamnant mais en le déplorant comme le symptôme d'une conscience malheureuse vous savez quand je dis que ce qui est typique de la modernité c'est de ne pas supporter la modernité c'est de n'écouter
1:37:45 que le répertoire baroque en disant que le passage du clavecin au piano c'est le commencement de la fin j'ai entendu ça vous savez il y en a qui disent aussi que déjà le passage du grégorien de la monodie à la polyphonie c'est déjà le commencement de la fin ça vous savez c'est comme les écolos hard qui disent que dès l'instant qu'on a laissé la chasse et la cueillette et qu'on a commencé à s'établir des vies sédentaires c'est le commencement de la fin mais il y en a d'autres comme Aurélien Barrau qui est un immense physicien c'est pas ma partie je ne juge pas ce niveau là c'est un astrophysicien mais par contre quand il se mêle de ce pourquoi il n'a pas de compétences particulières parce qu'il n'y a rien de plus il n'y a pas d'arnaque plus malhonnête que de se servir d'une compétence ici pour prouver qu'on en a une là comme les médecins de famille dans le temps après être reconnus à juste titre sans doute comme médecin après avoir guéri quelqu'un qui avait une cirrhose du foie dans une ferme je ne dis pas dans quelle province pour ne vexer personne disait à sa femme bon tu as vu il y a les élections législatives dimanche c'est pour qui voter
1:38:55 oui c'est comme si un prestige technico-scientifique octroyait automatiquement un prestige dans les valeurs comme s'il n'y avait pas d'immenses savants qui étaient d'infâmes crapules sous le troisième Reich mais oui bon alors Aurélien Barrau n'est pas une infâme crapule je ne sais pas c'est pas quelqu'un qui est de l'ordre du troisième Reich mais lui il est allé jusqu'à dire mais déjà la chasse et la cueillette c'est le commencement de la fin mais l'imaginaire n'a jamais de fin on est dans le contraire de la science là c'est pas qu'on croit qu'on est à un commencement non c'est encore trop déjà la chasse et la cueillette c'est au pire une prédation sur la nature franchement bon alors je ne réponds pas pour l'instant sur le fond à Clomissi j'y arrive je réponds maintenant non oui enfin oui ça a à voir avec l'escapisme mais pas du tout Baudelaire n'est pas du tout ici un chantre de l'escapisme vous avez bien vu qu'il dit presque tout le contraire il dit pas il faut nous évader il le dit ailleurs
1:40:05 je dirais même que que s'il y a ce poème sur le voyage qui clôt tout c'est parce que il a réalisé que toutes les tentatives d'évasion sont vaines les chapitres des fleurs du mal sont spleen et idéal c'est le plus long mais après c'est le vin première évasion dans la Bibine le vin les paradis artificiels le voyage la mort tout ce qui tout ce qui nous permet de nous libérer de l'exil dans cette vision qui correspond à la véritable mystique la naissance est déjà une chute la naissance c'est le passage d'un monde supérieur au monde où nous vivons le monde du phénomène du temps et de l'espace plus le temps passe plus on s'éloigne de notre origine divine c'est pourquoi c'est toujours un antiprogressisme cette pensée là cette pensée qui pense que l'absolu est à l'origine alors que j'ai le plus grand respect je l'ai souvent dit pour les théologiens de la libération
1:41:15 ceux qui n'insistent pas tellement sur un dieu d'origine un dieu créateur du monde c'est pas très intéressant de savoir qu'il est expert en créant des nuages d'ammoniaque et des galaxies Dieu mérite mieux que ça et au plus en tout cas en valeur mais par contre que Dieu n'est pas origine mais résultat et que plus nous étendons dans le monde je parle pas de la terre nous ne vivons pas dans les comètes heureusement d'ailleurs ou à l'intérieur du soleil où il fait quelques millions de degrés non mais là où nous vivons ici dans le monde qui n'est pas l'univers ni la terre dans le monde c'est à dire avec comme données la terre et l'univers mais comme relation entre sujet et non plus objet ce qui caractérise un monde pour le meilleur comme pour le pire le poème de Baudelaire consiste précisément à dire tout le contraire à dire que ça ne sert à rien de s'évader puisque rappelez-vous ce vers terrible nous sommes un oasis d'horreur
L'Invitation au voyage et la mélodie de Duparc
1:42:25 dans un désert d'ennui à quoi bon se déplacer si c'est pour trouver pareil à l'autre bout et c'est pourquoi ce qui est le plus Baudelaire là je réponds maintenant la manière la plus poétique qui soit à Clomissi mais pas poétique au sens de s'éloigner de la vérité au contraire c'est au cœur de sa question de la réponse que je fais à sa question pardon c'est que ce qu'il y a de plus beau chez Baudelaire poétiquement je fais l'économie de ses poèmes les plus célèbres c'est pas le voyage qui consiste à les retrouver il y a une ivresse dans le voyage ça je n'y reviens pas ceux qui partent pour partir mais une fois qu'on arrive on va retrouver les problèmes du départ de l'insatisfaction humaine je passe l'homme tyran goulu pardon la femme esclave vile orgueilleuse et stupide sans rire s'adorant et s'aimant sans dégoût ça c'est pas vrai à Tokyo il faut à Paris ou l'inverse c'est partout l'homme tyran goulu paillard dur et cupide esclave de l'esclave et ruisseau dans l'égout c'est encore moins reluisant ça c'est ce qu'on voit on avait au départ qu'on avait fui et qu'on trouve l'escapisme et qu'on trouve à l'arrivée donc entre les deux on peut avoir au moins l'ivresse du voyage non mais
1:43:35 le plus important c'est qu'il en fait le procès donc ce qui compte c'est l'ivresse que nous avons au moment de de vouloir partir et donc vous devinez que le chef-d'œuvre de Baudelaire c'est non pas le voyage mais l'invitation au voyage ce fameux poème qui est une vraie magie verbale où tout d'un coup lui qui est si dur souvent un peu misogyne un peu brutal avec la femme n'est-ce pas qui concentre un peu comme dans comme dans le contexte biblique un petit peu tout ce qu'il y a de maléfique dans le mondain là c'est le rapport le plus tendre que Baudelaire a la femme le rapport sororal mon enfant ma soeur songe à la douceur d'aller là-bas vivre ensemble c'est une invitation au voyage aimer à loisir aimer et mourir au pays qui te ressemble vois sur ses canaux dormir ses vaisseaux dont l'humeur est vagabonde c'est pour assouvir ton moindre désir qu'il vienne du bout du monde oui on est dans un port on est toujours à quelque part
1:44:45 à un départ les soleils couchants revêtent les champs les canaux la ville entière d'hyacinthe et d'or le monde s'endort dans une chaude lumière là tout n'est qu'ordre et beauté luxe calme et volupté le romantisme est fini il y a le luxe il y a le calme c'est pas l'agitation romantique et l'ordre qui est plutôt classique que romantique n'est-ce pas et dans un autre poème il dit je vois un port rempli de voiles et de mât encore tout fatigué par la vague marine c'est le port l'image où Baudelaire est le plus proche du voyage c'est-à-dire non pas où on voyage parce qu'après on va avoir des déceptions mais où on a un projet de voyage l'invitation au voyage je rappelle si pour faire une espèce d'épilogue sonore à ce poème qui est déjà lui seul une musique magique avec son refrain là tout n'est qu'ordre et beauté luxe calme volupté que ce poème était mis en musique dans une tradition dans un genre musical
1:45:56 qui s'appelle la mélodie française c'est pas le lied allemand c'est très proche c'est-à-dire un poème mis en musique mais enfin c'est pas du tout le même style et sans doute les plus hautes réussites de la mélodie française sont un petit peu après l'époque de Baudelaire comme par hasard les poèmes de Baudelaire mis en musique par Fauré par Debussy par les grands impressionnistes français par Ravel mais le plus grand de tous est moins connu que ces trois-là un personnage un peu douloureux qui a eu une dépression et qui est mort un peu dans la solitude mais qui a porté la mélodie française à une perfection inégalée à ce jour c'est Duparc Henri Duparc est dans le chef d'oeuvre et vous trouverez sur Youtube l'invitation au voyage vous ajoutez Duparc et vous verrez les clapotis de mon enfant de ma soeur songe à la douceur d'aller là-bas vivre ensemble c'est le seul qui a su capter et je vous recommande une version qui est un peu ancienne tant pis pour la prise de son qui n'est pas idéale mais qui n'est pas mauvaise pour l'époque mais qui est par ce fameux Panzera ce baryton P-A-N-Z-E-R-A
1:47:08 dont Roland Barthes oui oui oui celui-là même qui a écrit le degré zéro de l'écriture Roland Barthes ou le fragment d'un discours amoureux disait que jamais on avait atteint ce grain qui fait les voix uniques n'est-ce pas l'invitation au voyage compositeur Henri Duparc interprète Panzera P-A-N-Z-E-R-A merci Clomici donc voilà oui c'est un point sur l'escapisme mais pas du tout pour l'encourager pour dire barrez-vous non sachez que vous trouverez la même chose à l'arrivée donc restez à vos désirs des nues des formes indéterminées Pauline je me retrouve j'allais dire presque en famille pardon d'être un peu intrusif comme ça mais ça me fait bien plaisir de vous retrouver Clomici et Pauline Stéphane Mallarmé l'homme peut-être démocrate
L'artiste aristocrate : de la boue faire de l'or
1:48:18 l'artiste se dédouble et doit rester aristocrate à bon sens je la retiens celle-là ah oui là c'est moi qui pompe la formule si je peux me permettre oui c'est ça vous voyez Baudelaire veut rester hyper aristocrate à une posture aristocratique alors qu'il vivait le pauvre dans une soupante et dans la misère le pauvre il avait voulu pour se rajeunir un peu se teindre les cheveux ils sont devenus verts c'était de je ne sais pas quelle mixture à l'époque on lui avait donné il n'était plus sorti pendant un mois donc oui bien il n'empêche que il mettait un entêtement admirable n'est-ce pas à par exemple à défendre son dandisme c'était une manière pour lui non pas de donner dans le misérabilisme il aurait pu vu la vie qui menait mais au contraire de faire comme si la beauté ici dans ce monde la beauté telle que on l'atteint
1:49:28 par le travail par l'art il détestait les paresseux ceux qui pensent qu'il suffit d'avoir comme ça de la bouillie des sentiments poétiques pour faire des bohèmes il a fait des textes là-dessus Baudelaire il montre qu'il faut il y a un art que par un calcul on peut imiter une ligne qui monte et une autre qui descend en tourbillonnant par le choix des sonorités et des mots bon bref ça se travaille et l'artiste comme dit très bien Pauline l'artiste se dédouble doit rester aristocrate il doit donner à vous à moi à l'humanité à ses destinataires à ceux qui vont lire ses poèmes il doit donner le meilleur et donc je suis content que Pauline dit ça après que je dis tout à l'heure après après que je me sois insurgé contre les qualités qu'on trouve au style de Céline c'est pas nul Céline c'est très fort quelque part du point de vue littéraire mais c'est précisément pas son style qui se veut populo qui veut plonger les mains dans l'innommable précisément parce qu'encore une fois le vrai peuple n'aime pas
1:50:38 le populo il a envie d'en sortir histoire d'en prendre donc je suis content que Pauline donne un exemple plutôt celui qui même dans la misère donne le meilleur et comme je conclurai sur la phrase que Baudelaire adresse à Paris qui a directement ou indirectement tellement chanté dans Les Fleurs du Mal voire le deuxième grand chapitre des Fleurs du Mal qui s'appelle Tableaux parisiens lorsqu'il dit à Paris tu m'as donné la boue et j'en ai fait de l'or merci Pauline non je prolonge un peu quand même parce que je termine sur l'or c'est à dire sur la vraie richesse c'est pas l'or fiduciaire c'est pas l'or en lingot dont je parle tu m'as donné la boue et j'en ai fait les Fleurs du Mal mais quel or dans les banques peut approcher en valeur la richesse que nous apportent les Fleurs du Mal entre autres les Fleurs du Mal comme je dirais la Légende des Siecles ou les tragédies peu importe de Sophocle ou de Shakespeare ou l'œuvre de Kafka
1:51:48 pour revenir au monde contemporain voilà bien sûr irai jusqu'à ce réactionnaire de Vladimir Nabokov qui font des romans inoubliables oui l'auteur de Lolita je vous recommande un des plus beaux romans qui a jamais été écrits c'est Ada Ada pardon je le prononce comme la grand-mère russe dont il parle dans son roman elle a prononcé Ampa voilà c'est de l'or en barre mais vous voyez et oui c'est figuratif mais si l'or a été choisie entre tous les métaux c'est que vous vous rappelez dans Le Petit Prince lorsque le Petit Prince est tout triste de devoir quitter le renard tu es bien joli comment t'appelles-tu ?
1:52:40 je suis un renard dit le renard et le renard dit au Petit Prince on se quitte mais je ne t'oublierai pas car chaque fois que je verrai le champ de blé je penserai à la couleur de tes cheveux c'est la couleur de l'or heureux les épis mûres et les blés moissonnés comme disait un grand poète chrétien d'ailleurs vous voyez il dit le blé l'or le champagne c'est cet or-là dont je parle celui du bonheur partagé les coupes se passent de lèvres en lèvres n'est-ce pas ?
Jésus était-il communiste ?
1:53:21 donc c'est cette richesse-là que l'artiste donne à celui qui concentre l'artiste celui qui produit de la beauté c'est pas le cas de tous ceux qui s'auto-proclament artistes voilà merci beaucoup Pauline pour ce qui n'était pas une question mais qui est une avancée KZB ce soir tu nous expliquais que Jésus était communiste j'ai bien compris je ne serais pas aussi indicatif je veux dire je ne vais pas bec et ongles défendre la thèse mais en fait Jésus était communiste d'abord parce qu'il y a plusieurs éléments qui contrediraient ça je peux y revenir si ce n'est pas le centre du sujet ni même de la question d'ailleurs mais pour l'essentiel sans doute je vais répondre à KZB plusieurs passages de l'évangile je ne vais pas interpréter donc je le cite qui répondent positivement à la question par exemple lorsqu'il dit ceux qui me disent Seigneur vous savez ceux qui m'adressent
1:54:32 des paroles d'adoration ceux qui me disent Seigneur et qui insultent leurs frères sont des menteurs si je ne suis pas en règle avec l'autre ce n'est pas la peine de venir me faire une statue et quand le jeune homme riche arrive deuxième exemple deuxième évangile c'est ça j'ai envie de dire lisez-les c'est pas long c'est tout petit les évangiles il y en a quatre prenez celui que vous voulez on dit que le plus complet c'est celui de Matthieu le plus sublime métaphysiquement c'est celui de Jean le dernier Matthieu le premier Jean le dernier et entre les deux les merveilleux Luc et Marc qui sont peut-être les plus merveilleux donc oui il y en a un où c'est le jeune homme riche qui vient voir Jésus dans la foule là il écarte les autres puisqu'il a entendu dire que c'est quelqu'un il avait une sagesse on s'adressait à lui et qui promettait le royaume des cieux alors est-ce que je mérite le royaume des cieux voilà moi je remplis les dix commandements je suis un vrai croyant je donne aux pauvres je respecte le nom du seigneur bref je respecte mon père et ma mère
1:55:42 qu'est-ce qu'il me reste à faire pour mériter le royaume des cieux sous-entendu je suis dans les justes il n'est pas trop mécontent de lui si vous voulez et Jésus lui répond laisse tes biens et suis-moi ah non non c'est pas fini non c'est le silence qui précède la chute enfin la suite suite et fin et le jeune homme s'en alla fort triste car il avait beaucoup de bien allez épilogue de la fin Jésus se tourne vers ses disciples quand il voit s'éloigner dire je vous le dis en vérité il est plus difficile pour un riche d'entrer au royaume des cieux que pour un chameau de passer par le trou d'une aiguille il n'a pas dit que c'est impossible c'est plus dur voilà en ce sens ça va dans le sens d'une réponse positive à la question de KZB d'autres ne le sont pas par exemple la séparation du politique et du religieux j'essaye d'être honnête de répondre oui et non à la question alors on a vu le oui et puis c'est pas tout la seule fois
1:56:52 où Jésus est en colère et emploie de la violence c'est quand il chasse les marchands du temple en disant ne faites pas de la maison de mon père un bins un souk non il dit pas comme ça dans l'évangile un peu une périphrase un peu laborieuse ne faites pas de la maison de mon père une maison de trafic il n'a pas dû lui parler comme ça dans la coup de la colère ne faites pas de la maison de mon père un souk là par contre lorsqu'on vient lui dire parce qu'il a aussi des questions pièges du côté de ceux qui veulent juger pour savoir si c'est pas quelqu'un de dangereux dangereux subversif n'est-ce pas et les phares ce qu'on appelle les pharisiens à l'époque les sectes qui étaient la direction politique de la Palestine de l'époque qui disent Jésus est-ce qu'il faut croire en Dieu ou obéir à César on est du côté du Dieu des Juifs ou il faut être du côté des Romains c'est une question piège politiquement à l'époque ils sont occupés
1:58:02 par les Romains Jésus prend une pièce il dit c'est le portrait de qui sur la pièce alors il dit c'est le portrait de César de monnaie romaine et là il y a la fameuse phrase de Jésus rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ça c'est pas communiste c'est-à-dire écoutez ne me parlez pas de politique ça c'est rendez à César ce qui est à César pour ce qui est Dieu ce qui est à Dieu c'est ambigu la réponse à la question dès qu'il s'agit de la justice sociale et de l'économie Jésus aurait fait un drôle de communiste moi je l'ai entendu dire par des gens d'extrême droite je me rappelle très bien j'étais gamin c'est quelqu'un qui venait s'adresser à mon père c'est quelqu'un qui avait suivi pétain pendant toute la guerre n'est-ce pas moi je suis la génération de juste après la guerre je suis né en 45 et il disait monsieur Pagani de toute façon Jésus c'était un communiste le premier des communistes c'était Jésus il était resté antisémit Jésus tout ça c'est ce qui nous a été apporté depuis l'Orient les Juifs c'est pour ça que je m'énerve un peu contre un certain néo-paganisme
1:59:12 qui recouvre souvent un antisémitisme rampant voilà mais je ne veux pas changer de problématique j'ai répondu il y a beaucoup beaucoup de choses qui tendent vers une réponse positive à la question de savoir si Jésus était communiste il ne faut pas être anachronique non plus Jésus n'a jamais dit qu'il fallait nationaliser les grands moyens de production et d'échange je rappelle que c'est ça l'objectif principal des communistes au niveau économique et social c'est pas de nationaliser votre brosse à dents et de collectiviser votre femme non non parce que je me rappelle quand j'étais à la Drôme je n'ai pas eu jamais milité en cellule rurale à l'époque où le parti était encore communiste j'avais il y avait des images au moment des élections de la droite qui montraient un troupeau de moutons avec un vautour noir qui enveloppait les moutons avec parce que c'était une région paysanne n'est-ce pas et il y avait marqué comme légende les communistes vont vous prendre vos terres je ris parce que depuis les terres ont disparu
2:00:23 les paysans ont disparu il y a eu la grande dépopulation rurale il y a eu l'endettement par les machines agricoles le marché commun bref on leur a pris leurs terres et les communistes ne sont toujours pas au pouvoir voilà merci à KZB je salue notre fidèle Stavisky sans lequel la cagnotte en faveur de la traduction de Clouscard n'aurait pas accédé à la dynamique qu'elle connaît grâce à vous mais je vous encourage à aller plus loin mais chez Clouscard avait-il deux trous rouges au côté droit ?
2:01:09 on revient à Rimbaud là il est Stavisky fait ici bien sûr allusion à ce poème que vous connaissez tous le Dormeur du Val n'est-ce pas ? on voit un tragique cadavre de la guerre brève mais sanglante qu'il y a eu entre les français et les prussiens on ne disait pas encore les allemands et les prussiens Rimbaud étant dans les Ardennes et c'est de quoi il parle n'est-ce pas ? ceci dit je ne comprends pas l'allusion il veut dire avait-il deux trous ah !
2:01:42 c'est peut-être la même question précédente que celle de Clomissi voilà et Michel Clouscard avait-il deux trous rouges au côté droit ? je ne sais pas s'il avait un côté droit entre nous moi il ne me l'a jamais dit mais il était très sévère envers les gauchistes et ceux qui croient que les gauchistes c'est la gauche alors ça c'est très répandu aujourd'hui mais quel contresens voilà c'est tout ce que je peux répondre si j'ai bien compris je ne suis pas sûr je n'ai pas compris la question parce que d'abord parce que je suis très fatigué après mes grandes interventions ce jour-ci et que ça visquait à beaucoup d'humour et quelquefois j'ai un peu pardon pour la comparaison comme Rousseau l'esprit d'escalier c'est-à-dire je comprends un peu tard quand je suis dans l'escalier que la soirée est finie n'est-ce pas ?
Feuerbach, l'aliénation et la nature
2:02:36 la plaisanterie qu'on avait fait tout à l'heure où les autres ont ri mais je suis passé à côté mais je sens qu'il y a une allusion qui m'échappe en tout cas je suis toujours content d'avoir des nouvelles de Stavisky Paul bonsoir est-ce que votre analyse de la descente de la transcendance à l'immanence alors on revient à l'apocalypse au sein de l'être peut-être comparé aux idées de Feuerbach et ses travaux sur la religion et la nature de Dieu alors c'est une question très intéressante il y a une deuxième partie à la question vous pouvez la faire lire tout de suite oui alors la question alors et plus généralement aux avancées incomplètes des hégéliens de gauche pré-marxistes voilà une question circonstanciée bien informée alors je serais tenté de répondre par oui à la première partie de la question est-ce que votre idée de la descente de la transcendance dans l'immanence la jurisprudence céleste qui devient enfin terrestre qui permet d'avoir pas seulement le salut mais le bonheur pour résumer tout ce qu'on a dit avec sa dimension mondaine et non pas ultra mondaine va-t-il comparer aux idées de Feuerbach
2:03:46 et ses travaux sur la religion et la nature de Dieu alors je rappelle parce que tout le monde ne le sait pas aussi bien que Paul qui est visiblement le sait très bien que pour Feuerbach la religion en général et celle d'une religion transcendante le christianisme en particulier sont l'illustration la plus emblématique de cette de ce principal malheur de l'homme en lequel consiste l'aliénation le mot vient de alius qui veut dire autre vous le savez très bien aliéné propriété c'est la faire passer à un autre alius c'est l'autre et vous voyez toutes les déclinaisons le fou c'est l'aliéné celui qui ne fait plus partie qui est censé n'avoir plus commerce avec nous on lui dit c'est toi Jean-Pierre et pendant je suis Napoléon j'ai simplifié exprès on va se mettre d'accord donc dans aliénation il y a l'autre mais c'est quoi le mécanisme dénoncé par l'aliénation au sens marxiste encore que le jeune Marx emploie ce terme sous l'influence de Feuerbach mais qu'il abandonne assez vite et que Hegel l'emploie énormément
2:04:56 je signale pour ceux qui veulent rentrer vraiment dans le détail de la terminologie puisque ça vient de penseurs qui écrivent en langue allemande qu'il y a deux mots pour aliénation il y a Entäußerung et entfremdung fremden c'est l'étranger quand vous baladez une région touristique en Allemagne marqué Fremdenzimmer chambre pour étranger chambre d'hôte entfremden rendre étranger ce qui m'est propre c'est pas aliéné oui sauf que chez Feuerbach tous les trésors qu'on a placés en Dieu le bienheureux la toute puissance à toi seul Seigneur appartiennent la sagesse la puissance et la gloire bref tout ce qui est propre de l'homme enfin tout ce que l'homme contient à l'état potentiel n'est-ce pas pas tous les hommes tant s'en faut mais tout ce qui est tous les attributs de l'être de l'esprit voilà que l'homme au lieu de l'assumer et de s'élever d'un être digne le place en Dieu et s'estimant par contre-coup être lui un misérable
2:06:06 n'est-ce pas un objet de dérision pour parler comme Nietzsche Dieu ayant toutes les qualités que l'homme enlève de lui pour les aliéner en Dieu donc Feuerbach il faut reprendre notre bien reprendre ses qualités comme des trésors que nous avons dépensés en vain en les mettant au ciel Paul m'excusera de ne pas répondre tout de suite à sa question mais pour l'instant d'expliquer le sens de sa question à ceux qui connaissent moins bien Feuerbach que lui sauf que et là maintenant je réponds à Paul ce qui fait qu'il y a maintenant une différence entre la Jérusalem céleste dont oserais je le dire qui est plus proche quelque part dans sa métaphorisation de l'idéal communiste ou marxiste que la récupération à la Feuerbach des richesses dont nous nous sommes spoliés en les attribuant à Dieu et en les éloignant de nous c'est qu'il faut les récupérer au profit du Feuerbach de la nature
2:07:16 sans faire intervenir l'histoire Marx commence à être Marx quand il réalise c'est une impasse chez Feuerbach c'est que chez Feuerbach c'est au profit de la nature qu'on doit récupérer la richesse gaspillée dans l'aliénation religieuse en oubliant que ça fait plus de 10 000 ans si je prends la période historique en négligeant même la préhistoire mais en n'annulant pas n'est-ce pas parce qu'il a bien fallu passer par les galets éclatés avant d'arriver aux cités aux premières cités égyptiennes par exemple aux chinoises aux mésopotamiennes et aux jardins suspendus de Babylone il ne faut pas confondre l'hérédité et l'héritage la nature est toujours là jusqu'à la fin de ma vie je devrais manger pour vivre je reste un animal je ne suis pas en train de il faut rester non pas naturaliste mais matérialiste sans ce support matériel ce que l'homme ajoute ne s'ajouterait
2:08:26 sur rien du tout bien sûr mais ce qui fait que je suis moi-même que vous êtes vous-même en tant qu'être humain c'est pas seulement cette hérédité c'est pas la couleur de mes yeux ou la couleur de ma peau c'est l'héritage c'est le fait que je puisse vous transmettre un poème de Baudelaire qui lui-même a été transmis par des lectures pardonnés par Baudelaire lui-même et on revient au monde ici les relations entre sujets et là Feuerbach fait l'impasse c'est pas le penseur comme Marx de l'histoire et c'est là que Marx retrouve Hegel donc je reprends la deuxième partie de la question c'est très bien de commencer par une interrogation sur un parallélisme entre la conclusion du Nouveau Testament je résume et et c'est vrai qu'il y a une analogie il y a la notion de récupération de revenir sur terre ça c'est là je réponds oui à Paul il y a un rapport entre Feuerbach et l'Apocalypse à ce niveau-là mais là où le rapport s'arrête et que le retour
Marx revient à Hegel, contre Althusser
2:09:36 à Hegel de Marx ayant évolué par rapport à sa jeunesse feuerbachienne maintenant je vous dis tout je dis le contraire d'Althusser si vous regardez bien parce que vous avez l'air informé cher Ami Paul Althusser pour lui Marx n'est jamais autant Marx que lorsqu'on le découpe de Hegel c'est pas différent ce que je dis c'est l'inverse il aurait commencé je suis honnête donc je récite sa pensée il aurait bien été Hegelien comme ça dans sa jeunesse c'était à la mode comme vous dites la avancée incomplète des Hegeliens de gauche pré-marxistes dont Marx faisait partie Marx était pré-marxiste lorsqu'il était feuerbachien n'est-ce pas et d'ailleurs la rupture avec sa jeunesse feuerbachienne est incluse dans une œuvre je suis sûr que Paul la connaît bien c'est les fameuses thèse sur Feuerbach précisément où il dit que les feuerbachiens et beaucoup des Hegeliens de gauche ont négligé ce qui faisait la grandeur de l'idéalisme allemand c'est d'avoir négligé la Tätigkeit je dis en allemand d'abord Tat c'est
2:10:46 le fait l'agir les actes et donc on retrouve l'histoire ce que l'homme a fait n'oublions pas je vous ai déjà dit que si tout s'embrouille dans votre tête en philosophie qu'on ne sait plus où on en est qu'on mélange les noms propres ça nous arrive périodiquement ne vous inquiétez pas pour ça mais pour s'y retrouver c'est un conseil d'ami en tout cas de quelqu'un qui a le souci de la transmission si vous sachez que toutes les positions philosophiques toutes les positions philosophiques il y en a des milliers mais peuvent se ramener à trois grandes catégories dans lesquelles vous vous placez comme vous voulez je ne vais pas vous imposer une sensibilité ou un contenu la première c'est dialectique à ce que je vais faire la première la seconde contredit la première et la troisième c'est de faire une synthèse la première c'est la nature qui fait l'homme la seconde tu l'énonces d'abord je vais l'étendre après c'est la surnature au contraire c'est point de vue religieux c'est dieu qui fait l'homme si vous voulez
2:11:56 la première c'est la nature qui fait l'homme la second c'est la surnature qui fait l'homme un dieu qui est au-delà de toute nature et la troisième la synthèse c'est l'homme qui fait l'homme la transmission l'homme qui fait l'homme l'héritage pas l'hérédité voilà jusqu'où ne va pas Feuerbach j'espère que j'ai été clair avec Paul oui il y a le même mouvement de récupération de ce qui était en haut pour le ramener en bas en ce sens il y a un parallèle avec le prophète de l'apocalypse qui voit descendre la Jérusalem céleste et devenir une Jérusalem mondaine et non dans la mesure où précisément tout cela suppose l'accomplissement d'une histoire que Feuerbach ne prend pas en considération ayant privilégié un peu comme l'idéologie dominante d'une certaine bourgeoisie aujourd'hui le naturalisme sur la pensée du devenir historique voilà autrement dit à l'inverse d'Althusser je dis que c'est pas dans sa jeunesse
2:13:06 que Marx est vaguement hegelien et que au fur et à mesure qu'il évolue il s'en éloigne c'est l'inverse je ne dis pas ça gratuitement dans la fameuse deuxième préface au capital dans la deuxième traduction des capitales pardon des éditions du capital donc il s'agit du Marx qui n'a plus rien à prouver je ne le prends pas au berceau je veux dire dans sa configuration définitive Marx dit très clairement et il dit je veux être clair dans mon rapport avec Hegel j'ai toujours défendu ce philosophe qui a été traité comme un chien crevé il reprend l'expression c'est comme ça qu'on désignait Spinoza à l'époque de Hegel ce qui réhabilitait Spinoza à l'époque il avait le mérite il disait que Spinoza était traité surtout dans les dans le chez les penseurs religieux comme un chien crevé il dit c'est le sort qu'on réserve à Hegel dans la pensée moderne et et même Marx fait le projet il dit lorsque j'aurai fini le capital je rêve de revenir faire une de formaliser il ne dit pas ça comme ça mais de laisser un traité sur la dialectique qui est vraiment ce qu'il y a de plus précieux chez Hegel voilà ce que Marx
L'or des genêts : Rousseau contre Le Mondain de Voltaire
2:14:21 emprunte essentiellement Hegel du point de vue formel c'est la dialectique du point de vue contenu c'est l'histoire il doit y avoir un lien entre les deux l'histoire avance par contradiction merci Paul on est revenu dans les grands classiques Laurent Angot je m'excuse parce que je vais profiter pour un message personnel je suis désolé Laurent j'ai eu un accident de communication parce que tu m'appelais sur mon fixe et j'étais en enregistrement et voulant tout d'un coup faire taire le fixe je l'ai cassé je n'arrivais pas à l'ouvrir pour enlever la pile c'est pas impossible c'est un vieux téléphone bref je suis désolé j'espère pouvoir appeler demain alors demain attendez j'en ai oui et après peut-être l'idéal ce serait je me permettrais de l'appeler je ne veux pas qu'il m'appelle de nouveau sans succès je me permettrais de l'appeler à partir de 15h à peu près et demain voilà maintenant je suis toujours
2:15:32 très heureux d'entendre parler de nouveau de Laurent dont les contributions ont toujours été extrêmement précieuses et qui a une culture littéraire pour venir illustrer des propos philosophiques au point que j'aimerais qu'un jour y participe qui vienne un petit peu faire le direct en même temps que nous et qui nous propose sa lecture au choix ce n'est pas d'une référence qui ne serait pas embarrassée pour déterminer vu l'ensemble des œuvres qu'il brasse alors il cite bien sûr cette phrase de Rousseau que j'ai relevée qui est extraite justement de la troisième lettre à Malesherbes je rappelle c'est un peu scolaire ce que je vais dire dans les cours de littérature on dit souvent et c'est vrai que Rousseau il n'y a pas beaucoup de couleurs chez Rousseau c'est quelqu'un qui est plus un homme de l'oreille que de l'œil et il va faire des pages et des pages sur le murmure des eaux du lac le bruit le flux et le reflux de cette eau son bruit continu mais renflé par intervalle
2:16:42 pardon frappant sans relâche mon oreille on voit bien que mon oreille sinon les yeux il tarde pas à s'endormir à tomber dans le demi-sommeil de la rêverie sauf là tout d'un coup ce passage dans la troisième lettre à Malesherbes l'or des genêts et la pourpre des bruyères frappaient mes yeux d'un luxe qui touchait mon cœur je présume que si Laurent nous restitue cette citation sans commentaire c'est en écho à ce que j'ai dit sur le rapport entre le monde et le luxe qu'on ne devrait pas dire ouais il y a Proust tout ça c'est bon pour les bourgeois pour les privilégiés je préfère Céline qui ramasse un papier sale dans la rue ou qui qui montre les horreurs des tripes de me laisser à la guerre bon et moi j'avais dit le peuple il sort d'en prendre c'est pas de l'horreur et donc il a droit lui aussi c'est pas au luxe et donc c'est une manière de l'en priver de faire ce clé
2:17:52 de laisser le luxe comme privilège aux bourgeoises non ça veut dire qu'il faudrait qu'on mange mal pour rester prolétariens on s'applique à manger mal ça veut dire quoi ? si un riche peut se payer un bon vin ça veut dire que l'ouvrier n'y a pas droit que s'il prenait un bon vin il serait un bourgeois mais qu'est-ce que c'est que ce genre de raisonnement ? alors justement non non non ici merci Laurent Rousseau nous montre qu'il y a cette nouvelle richesse qui apparaît là fin 18ème siècle parce qu'avant la nature n'était pas l'objet d'une adoration c'était pas une richesse de voir l'or des genêts la pourpre des bruyères personne n'aurait jamais rapproché la couleur des genêts c'est pas une plante qui se mangeait elle n'a pas de valeur c'est comme je l'ai souvent dit c'est au moment où la révolution industrielle vient de se produire soyons sérieux maintenant et que l'homme n'est plus déterminé contraint par les nécessités naturelles se loger s'abriter contre la maladie contre la faim contre le froid contre la mort contre la guerre contre l'horreur
2:19:02 pour ça il faut un minimum de richesse il faut des murs pour se protéger du froid des lampes de l'éclairage du confort et voilà que tout d'un coup le moment où la nature commence à reculer à cause du progrès technique à la révolution industrielle l'homme peut enfin voir la nature comme spectacle et se réconcilier avec elle mais ce n'est plus la nature c'est le paysage c'est cette surface qui reflète un monde merveilleux et on dirait je crois que c'était le sens de la citation sans commentaire de Laurent que Rousseau réponde avec d'une manière avec une ironie sublime pas une ironie mordante ou corrosive mais à Voltaire qui avait consacré tout un poème le mondain à dire laissons les rousseaux et les sauvages dans les forêts et sur la poussière des chemins qu'est-ce qu'on est bien c'est défendable aussi dans le luxe avec des beaux tapis de belles femmes un bon feu de cheminée de belles boissons c'est dans le poème
2:20:15 le mondain regrettera qui veut le bon vieux temps d'Adam et d'Ève n'est-ce pas il n'avait rien il est connu que qui ne possède rien n'a nul partage à faire c'est pas de la très grande poésie bref qu'est-ce que c'est bien de fouler les tapis avec ses pieds et non pas de s'abîmer les pieds sur les cailloux de la route réponse voilà mes tapis l'or des genêts ce qui est nouveau c'est que c'est gratuit c'est que le plus pauvre peut en jouir j'avais parlé d'or dans un commentaire musical sur un solo d'un des plus grands baritons de l'histoire du jazz Gerry Mulligan et Alyosha avait eu la présence d'esprit une fois de plus de trouver le titre c'est lui qui l'avait choisi dans tout ce que j'avais pu remuer comme propos sur Mulligan j'avais dit on dirait une frondaison d'automne agitée par une brise avec ces feuillages avec cet or qui éclate comme ça en cette saison du luxe d'un luxe qui est à la portée de tout le monde
2:21:25 de l'or de l'or pour tout le monde c'est un peu la même chose que Rousseau révèle pour la première fois l'or des genêts et comment si vous regardez bien il n'y a jamais de hasard l'ordre symbolique les couleurs de l'Espagne sangre y oro le sang et l'or les couleurs de la pourpre impériale et du pouvoir l'or et la pourpre sauf que là là là là là dans les genêts et dans les bruyères sans exploiter personne sans faire souffrir personne et le rouge n'est pas celui du sang c'est la pourpre des bruyères merci Laurent et c'est un appel que je formule encore de venir avec nous faire co-driver si je puis dire en français un direct à partir d'un texte ou d'un recueil qu'il aura choisi de référence qu'il aura choisi et de toute façon j'appelle demain merci beaucoup je vous ai pris beaucoup de temps mais vous m'avez manqué écoutez j'ai dit d'être un peu plus court les prochaines fois il y a
2:22:35 des lectures à vif en format beaucoup plus court que la séance que nous voulons tenir je termine là-dessus et elles sont en cours de montage et ça vous reposera de mes développements à durée indéterminée très bonne fin de soirée malgré tout et à la prochaine fois merci à tout le monde