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Pourquoi dire « sciences de l'histoire » plutôt que sciences humaines
3:59 Dans le passé de nos diffusions, ça couvre à peu près les sept dernières années de nos publications régulières, plus il est difficile de constater que tous les sujets se tiennent. Je veux dire par là que le sujet sur la mémoire, je le continue en traitant de notre nouveau thème qui est, que j'ai essayé de rassembler dans cette question qui paraît peut-être un peu bizarre formuler comme ça, comment des sciences de l'histoire peuvent-elles être réelles ?
4:40 Je précise dans mon petit texte d'introduction. Je vais peut-être le lire pour ceux qui le découvrent tout de même, quitte à en commenter quelques parties. Mais comme ça annonce quand même, je n'ai pas encore décider si ça va nous occuper un trimestre ou un semestre. J'ai comme l'impression que ce sera plutôt de l'ordre du semestre vu l'importance et la richesse et l'extension de la matière concernée.
5:15 Si il s'agit de faire un va-et-vient permanent entre les sciences dures et les sciences humaines, ça fait quand même du boulot pour chacun. Donc, j'en dis ceci. Le cycle de recherche philosophique qui s'ouvre en ce début de l'an 2021 par cette question, mais par cette question, je la répète, comment les sciences de l'histoire peuvent-elles être réelles ? Et je dis entre parenthèses, première chose, les sciences de l'histoire désignant ici à titre générique l'ensemble des sciences humaines.
5:47 Que ce soit bien clair. J'aurais pu dire comment des sciences humaines peuvent-elles être réelles. Mais enfin, comme il y a une polémique entre, n'est-ce pas, dans les instituts spécialisés, de la Sorbonne à l'EHESS en passant par l'école normale, je veux dire, pour savoir s'il faut dire sciences humaines ou sciences sociales, c'est le genre de polémique qui suscite pas mal de papotages. Et à mon avis, ce n'est jamais du temps perdu, ça exerce les méninges philosophiques après tout et conceptuels.
6:20 Mais enfin, je ne suis pas sûr qu'on ait déjà contourné l'essentiel de l'enjeu quand on s'attarde sur ce genre de problématiques. C'est plutôt une question de se compter, n'est-ce pas ? Ceux qui parlent de sciences sociales sont ravis de se donner une petite coloration vaguement rose. Ceux qui parlent de sciences humaines préfèrent se draper dans une espèce d'inaxiologie, je n'ai jamais un barbarisme, je ne sais pas, de neutralité axiologique.
6:51 Comme on dit dans les mêmes milieux, voilà. Bon bref. Donc, on est quand même… On devrait être revenu de tout ça depuis le temps que nous nous entretenons ensemble. Voilà. Donc, je dis les sciences de l'histoire. D'une part, c'est une décision que j'assume. Je veux dire, c'est un engagement, voilà ce que je veux dire. C'est une prise de position. Ce n'est pas par prudence que je dis les sciences de l'histoire. C'est parce que je reste persuadé qu'aucune des sciences humaines et ou sciences sociales qu'on trouve dans telle université ou faculté ici ou là n'a de sens en dehors de l'histoire.
7:36 J'entends ici l'histoire dans un sens extensif, c'est-à-dire que je vais au-delà de l'écriture. Donc, j'aurais pu dire aussi l'anthropologie. Vous voyez, comme si on… Mais ça veut dire science de l'homme. Alors, on est dans la magie verbale. Sauf que là, on parle grec, ça fait plus sérieux. Je ne sais pas, j'aurais pu dire comment l'anthropologie peut-elle être réelle. Comment une science de l'anthropologie… Mais là encore, ça veut dire deux fois science. Puisque -logie, c'est la science de l'anthropos. Vous voyez. Allez, j'ai l'air de plaisanter. Mais on va beaucoup parler de ces difficultés qui résultent de nos manières de parler, qui sont bien différentes.
8:13 Et selon qu'on aligne des équations ou que l'on déploie une parole, ça va être une opposition qui va être un de nos repères fondamentaux pour ne pas se perdre tout au long de ce nouveau cycle. Alors, je reviens un petit peu en arrière sur le titre, donc j'interromps ma lecture. Comment des sciences de l'histoire peuvent-elles être réelles ?
Possible, réel, nécessaire : l'allusion à Kant
8:45 Bon, les initiés, enfin tous ceux qui ont fait quelques études philosophiques avec un minimum de sérieux, savent que je fais ici une allusion à Kant. Car la question que pose Kant tout au long de son œuvre la plus théorique, la plus consacrée à la connaissance et non pas à la morale ou à l'art, aux valeurs. Bref, à son œuvre qui s'occupe du vrai et du faux, et non pas du bien et du mal, voilà pour la morale, ou du beau et du laid, voilà pour l'esthétique.
9:17 Bon, allez, très vite. Donc, dans son plus gros volume, la fameuse critique de la raison pure, qui joue un rôle considérable dans l'histoire de la pensée jusqu'à aujourd'hui, bien sûr, et surtout dans la pensée théorique, il suspend, n'est-ce pas, pratiquement toute la question théorique, toutes les tentatives de répondre à la question que puis-je savoir, par une question que moi je résume ainsi, pour ne pas être trop technique, comment des sciences de la nature sont-elles possibles ?
10:01 Donc, vous voyez, je fais un petit jeu avec cette citation de Kant. Comment Newton est-il possible ? À l'époque de Kant, voilà le grand problème théorique de Kant. Non pas réel, moi je dis, comment des sciences de l'histoire peuvent être réels ? Mais lui, il dit possible parce que la réalité de la physique scientifique est déjà un fait acquis à l'époque de Kant. Ça a commencé avec Galilée, et à son époque, ça culmine à Newton avant d'être encore enrichi, et non pas réfuté, on y reviendra, au XXe siècle, avec la théorie de la relativité, et d'Einstein, et un peu plus tard, la théorie des quanta, ça a été de Planck, d'Heisenberg, etc.
10:52 Donc, Kant n'avait pas à se poser le problème de comment est-ce que les sciences de la nature peuvent-elles être réelles ? Elles sont réelles à son époque. Et lui, il pose très intelligemment comme philosophe, il ne se contente pas de dire, tiens, ça marche Newton. Il y a une réalité de l'appropriation des lois de la nature par le cerveau humain. Non, il se dit, comment est-ce possible ? On dirait, on s'en fiche après tout, si c'est réel, c'est déjà pas mal.
11:22 Non, mais tout l'intérêt philosophique de l'affaire, c'est justement de passer du réel au possible. Allez, j'arrête de jongler ceux qui ont fait quelques études d'histoire de la logique ou de l'épistémologie, savent très bien que je suis en train de jongler avec ce qu'on appelle en logique les postulats de la modalité. Pour être très simple, à propos d'un problème assez complexe, puisqu'il s'agit simplement de savoir comment peut-on, avec quel degré de certitude, peut-on anticiper le futur.
11:56 n'est-ce pas ? La modalité, c'est le passage de la logique qui étudie les énoncés qui se rapportent au futur. Est-ce que Macron sera réélu président ? Voilà, c'est une question qui se rapporte au futur, n'est-ce pas ? Alors, on peut faire remarquer tout de suite que c'est possible. que ce n'est pas encore réel, ça, il faudra attendre le jour de l'élection pour savoir si c'est réel. Si on passe du possible au réel, vous commencez à comprendre ces distinctions.
12:29 Je ne sais pas. Et le troisième terme, que je n'ai pas encore nommé, c'est nécessaire. Voilà la progression dans les sciences du futur, dans les discours sur le futur. Le minimum qu'on peut énoncer à propos du futur, le minimum, ça ne donne pas grand-chose comme connaissance, mais s'il n'y a pas ce minimum, ce n'est même pas la peine d'essayer de parler de scientificité, n'est-ce pas ? C'est que la chose soit possible. La chose dont on parle au futur soit simplement possible.
13:03 C'est-à-dire, et là je reviens à la logique, un énoncé est possible, se rapporte à une réalité possible, quand il n'enferme pas de contradictions. Ainsi, il y a un rapport au sens arithmétique, c'est-à-dire une fraction, comme vous voulez, un logos, on disait chez les Grecs, pas au pluriel, des logos, et oui, des fractions, ça se dit logos. D'où algorithme, vous voyez, soit dit en passant, ou logarithme, qui vienne du même radical.
13:38 Donc, une fraction représente un nombre impossible si son dénominateur est nul. Donc, si les calculs qui essayent de prévoir, je dis n'importe quoi, une éclipse, ou bien la date d'arrivée d'un satellite à l'endroit où on veut l'envoyer, je veux dire, si les équations aboutissent à des termes où il y a un zéro dénominateur, c'est qu'on s'est planté quelque part. Et puis, de toute façon, on n'est plus dans le réel.
14:11 Voilà, donc, il faut au moins que ce soit possible. Mais voyez, ça ne renseigne pas, ça n'a pas augmenté notre certitude. Nous, ce qui nous intéresse, c'est de savoir s'il va être élu ou pas. Moi, je vous dis, ce n'est pas impossible, parce qu'il n'y a pas de contradiction, entre la notion de Macron et la notion d'être élu. Voilà, il n'y a pas de contradiction. Avec des contradications, il n'y a pas de contradiction, si vous préférez.
Galilée, la nécessité mathématique et la prudence de Descartes
14:42 Une fois que l'expérience ici et maintenant, nous le confirme, on est passé du possible au réel. On a fait un grand progrès, dans la connaissance, et plus seulement dans le discours, dans les têtes. Et puis, là, la connaissance atteint son maximum lorsque mon énoncé peut être considéré comme nécessaire. Vous voyez, Galilée, et ça, vous le verrez illustré dans les admirables études galiléennes d'Alexandre Koyré, un des grands moments de l'école épistémologique française, Koyré insiste, à juste titre, avec tous les passages, où Galilée dit « Je ne me contente pas du fait expérimental ».
15:29 Il est indispensable, sinon ce n'est pas sérieux. Mais, d'autant qu'il a inventé la lunette de Galilée, quand même. Tout n'est pas équation chez lui, mais il dit « Mais tant que je n'ai pas la raison mathématique de ce qui se passe, je veux dire, je n'ai pas fini mon travail, je le résume de manière un peu simple. » Voilà. Donc, c'est ça qui est profondément scientifique et physique chez Galilée. C'est qu'il veut savoir en quoi c'est nécessaire que ce soit ainsi. Autrement dit, ce n'est pas par hasard que la Lune tourne autour de la Terre, il ne suffit pas de le constater.
16:01 Il faudra atteindre la gravitation universelle de Newton pour comprendre que c'est non seulement possible et non seulement réel, mais que c'est nécessaire vu la distance qui les sépare et les masses en présence pour aller vite. Voilà. Donc, je reviens après cette précision sur mon titre, comment les sciences historiques peuvent être réelles. J'ai inversé Kant. Là, on ne peut pas dire que les sciences humaines existent comme la physique, comme la biologie avec le même degré de rigueur.
16:33 de certitude, d'accord, d'unanimité et de consensus. Enfin, consensus, il y a toujours eu les grands moments de la science sont des ruptures de consensus. Et Galilée, on ne peut pas dire qu'il a commencé dans l'histoire de la pensée scientifique par un consensus, mais plutôt par une condamnation. N'est-ce pas ? Descartes prudemment décide de prendre comme devise « j'avance masqué ». N'oubliez jamais que le discours de la méthode paraît en 1637, c'est-à-dire juste un an après la condamnation de Galilée.
17:07 Descartes n'est pas tout à fait idiot. Et c'est qu'il est guetté à chaque instant. Je ne sais pas, je fais allusion ici, bien sûr, à l'inquisition ecclésiastique. Je ne parle pas d'inquisition au sens propre, mais enfin, à ce qu'on tenait à ce moment-là. et il va jusqu'à dire dans le discours de la méthode « de sorte que je propose cet écrit comme une fable ». Chacun y trouvera ce qu'il voudra, admettons que ce soit une fable. Il est prudent, bon.
17:38 Et ça, de lui, c'était larvatus prodeo n'est-ce pas ? J'avance masqué. Attention, c'est un mousquetaire. Donc voilà, pour y revenir, les sciences humaines n'ont pas le degré de corpus qui rassemble la communauté scientifique comme c'est le cas dans les sciences dures. Et là, j'illustre une phrase d'Aristote qui m'est arrivée de citer, mais c'est bien le moment de la rappeler et de ne pas l'oublier pendant ce cycle qui commence, car elle résume peut-être, elle ne résout pas notre question, mais elle résume parfaitement la manière de la poser.
18:24 La mathématique unit les hommes, la politique les divise. Parce que cette question de le rapport entre la rigueur scientifique et la tentative d'établir l'équivalent en philosophie est aussi vieille que les systèmes philosophiques qui nous sont parvenus tout au long de l'histoire de la pensée. mais on aura le temps de voir ça dans le détail. Aujourd'hui, je déroule une problématique, une programmatique, si vous voulez, des problèmes qui vont nous occuper.
Un cycle qui est un point d'arrivée : l'image du col
18:56 Donc, je reprends et cette fois, je continue. Le cycle de recherche philosophique qui s'ouvre en ce début de l'an 2021 par cette question, comment des sciences de l'histoire peuvent être réelles, peut paraître à première vue trop vaste, voire trop ambitieux, jusqu'à faire douter du sérieux de l'entreprise. corrélés à nos insuffisances personnelles, ce n'est pas de la fausse modestie, je veux dire, je ne prétends pas maîtriser, je ne suis pas un écologiste. Un écologiste, lui, c'est une science de tout, je les admire, c'est fantastique.
19:26 Ils sont en même temps glaciologues, climatologues, sociologues, moralistes, je veux dire, c'est extraordinaire. Géologues, astronomes, astrophysistes, c'est fantastique. Alors qu'une seule sous-spécialité de ces disciplines demande une vie d'efforts et de recherches, il y en a qui, pof, sont spécialistes de tout, c'est-à-dire, il n'y a pas grand-chose, il va être sérieux.
19:56 Oui, environnement, environnement, là, ici, il y a de l'humain, il y a de l'historique, de l'artificiel, du naturel, du matériel, et non. On est rendu compte s'il y a de spécialistes qui font une des choses qui sont dans cette petite pièce de 10 mètres carrés, ce serait déjà pas mal. En particulier, la science des chats. Chats restent un mystère. Allez, soyons sérieux. Donc, ça paraît ambitieux, énorme, et je voudrais introduire au problème que ce serait le cas, et je n'aurais pas entamé ce sujet si c'était un point de départ.
20:34 On est au pied d'une montagne qui semble tellement haute que ça décourage d'y grimper, si vous voulez, pour voir l'image que nous retrouverons ici. Mais je voudrais montrer, après j'enchaîne, il ne faut pas trop anticiper, qu'il ne faut pas oublier que c'est un point d'arrivée. Je reviens à ce que je disais au début, et ça va être l'occasion de faire des révisions, ce cycle. C'est très curieux, ce cycle, parce que nous sommes un peu comme les membres de l'équipage de Christophe Colomb, nous aventurant sur une mer que personne n'a frayée, parce que les sciences humaines, elle reste à construire dans leur scientificité rigoureuse.
21:13 D'accord ? C'est vu comme ça, effectivement, c'est plus que prétentieux, c'est presque mégalomaniaque. Mais en même temps, pour y arriver, ce n'est pas le moment d'oublier ce qu'on a vu depuis le début que nous nous entretenons. Il faut cumuler certains résultats. Et comme, il y en a qui ont eu la gentillesse de nous rejoindre en cours de route, je disais à l'éluant tout à l'heure, ce sera l'occasion de faire des révisions. Alors, il y en a qui vont dire, vraiment, on ne doit pas recommencer à dire que le philosophe, il à mi-chemin entre le poète et le mathématicien.
21:44 Si, si, si. Parce que chaque fois que j'interviens, j'ai l'impression que je ne vais pas avoir le temps. Donc, j'essaie de dire l'essentiel, d'aller vite à l'essentiel. Là, maintenant, il faut creuser et prendre son temps. C'est ça l'intérêt de la révision. Ce n'est pas revenir à zéro et refaire le même chemin en regardant bien comme les Dupont dans le désert, dans le pays d'or noir, Tintin, n'est-ce pas ? Qui essayent de suivre les traces de leur propre voiture sans s'apercevoir qu'ils sont en train de tourner en rond.
22:15 dans le désert. Voilà. Donc, c'est ce que je vais développer maintenant. Corréler à nos insuffisances personnelles ou à la modestie des moyens logistiques auxquels nous confions ces efforts de transmission. Je parle des moyens matériels. Quant aux moyens humains, je m'en félicite. Je ne serai jamais assez reconnaissant de ceux qui s'occupent de cette logistique et grâce auxquelles nous pouvons communiquer, vous et moi, n'est-ce pas ? Cette crainte devrait même paraître plus que fondée pour autant qu'elle tomberait dans l'illusion de croire que nous invitons ici à un nouveau départ ex nihilo.
22:49 Vous voyez ce que je disais à l'instant. Ce début d'année doit aussi bien être perçu comme un point d'arrivée. Non point, certes, le sommet du massif que nous nous efforçons de gravir ensemble depuis cette année, mais le col, je garde des métaphores alpinistes, allez savoir pourquoi, peut-être parce qu'avec le confinement, les jambes me démangent, n'est-ce pas ? Que le crapahouté me manque, mais voilà. Mais le col, un col, c'est vraiment intermédiaire entre la base et le sommet, n'est-ce pas ? Le col, à partir duquel la visée jamais perdue de ce sommet, on a l'impression que je fais toujours des détours et qu'on est perdu, la visée jamais perdue de ce sommet permet enfin de ne plus le croire inaccessible dans l'essentiel de son enjeu.
Connais-toi toi-même : deux pièges à éviter
23:33 Son enjeu, je le rappelle maintenant, on n'est pas, élever la connaissance de nous-mêmes. Attention, on n'est plus dans les sciences dures, là. Ça, c'est ce qui était inscrit à l'entrée du temple de Delphes et dont Socrate et Platon faisaient leur devise. C'est connais-toi toi-même. Ça ne veut pas dire ne perds pas du temps à connaître les mouvements de l'électron. Ça ne veut pas dire que c'est inutile loin de là.
24:03 On ne peut pas répéter une fois à quel point Platon accordait un immense intérêt par exemple aux mathématiques ou à l'astronomie, mais, à l'acoustique, la suite de Pythagore, mais ce n'est pas l'objet propre de la philosophie. La philosophie, c'est quand le projecteur se retourne sur lui-même, ce qui se symbolise en mathématiques, par la petite boucle et la flèche qui retourne sur elle-même comme ça et qui illustre la relation qu'on appelle la réflexivité dans le langage ensembliste.
24:36 N'est-ce pas ? Par exemple, a égale a. Donc, l'enjeu, c'est ça, élever la connaissance de nous-mêmes, donc la philosophie, à un niveau de rigueur logique comparable à celui des sciences dites dures, alors attention, sans tomber dans deux pièges, c'est moi qui rajoute ça en voix off, et les voici, sans jamais se réduire, comme trop souvent tout au long du parcours philosophique, à une application fonctionnelle de celle-ci, eh bien, ça y est, quoi, on a mathématisé la philosophie, et donc, on n'a plus besoin d'une spécificité philosophique, c'est une partie des maths, en gros, quoi.
25:25 Je vais y revenir tout de suite. Et encore moins, alors, le piège inverse, n'est-ce pas, à la dérisoire prétention d'y contrevenir, de contrevenir à la rigueur des sciences dites dures, parce qu'il y a des philosophes qui prétendent que les sciences dites dures se trompent, mais ils n'y connaissent rien. Je cite souvent l'exemple de Bergson, pas pour dire qu'il ne connaît rien, Bergson est un très grand penseur et qu'on a trop vite fait dans certains milieux progressistes de renvoyer sous prétexte de philosophe réactionnaire comme ça de le ringardiser pour parler d'une manière savante, mais il y a des choses admirables sur le temps et la durée et la mémoire en particulier, mais, il a perdu beaucoup de temps et ça, c'est vrai, à réfuter des sciences qui étaient bien dépassées de son temps au moment où il en parle, vous voyez, c'est pas que le philosophe s'expose au même ridicule quelque part, surtout quand on voit le degré d'avancement où sont les sciences dures aujourd'hui.
26:33 Donc, je répète, élever la connaissance de soi, de nous-mêmes, quoi, à un niveau de rigueur logique comparable à celui des sciences, dites dures, voilà le programme, sans jamais se réduire comme trop souvent tout au long du parcours philosophique, soit à une application fonctionnelle de celle-ci, soit, encore moins, à la dérisoire prétention d'y contrevenir, et de dire, les philosophes, des choses profondes que les sciences n'aborderont jamais. On ne va pas manger de ce pain-là.
27:03 Il faut bien revenir à ce dialogue, ce n'est pas du philosophe et du savant. Donc, dès nos toutes premières, et ici, je commence à faire allusion au passé de nos entretiens depuis sept ans. Dès nos toutes premières causeries, nous n'avons cessé de positionner le mode d'expression proprement philosophique, c'est du bien, pas la philosophie, le mode d'expression que je suis en train de parler. Donc, c'est du langage, le mode d'expression fait que ce n'est pas de la musique, c'est pas en train de jouer du pipeau, ou alors au sens figuré peut-être, c'est du langage, et en plus, c'est du langage courant.
Le philosophe entre le mathématicien et le poète
27:45 Ce n'est pas un langage incompréhensible pour le profane, à commencer par moi, des ouvrages de physique, ou de mathématiques hautement spécialisés ou de physique organique, peu importe. Bon, donc, des chaînes d'équation si vous préférez, pour parler plus simplement. Donc, nous avons cessé de positionner le mode d'expression proprement philosophique, qui est donc le même que celui de l'opinion, celui de la poésie aussi, celui du langage, sous la double compte, et la parole, sous la double contradictoire et, je répète la phrase, dès nos toutes premières qu'on va dire, c'est que nous avons cessé de positionner le philosophe, maintenant, pour aller vite, sous la double virgule, contradictoire et dialectique inspiration du mathématicien et du poète.
28:38 ne peut pas faire apparemment plus opposé. Alors, vous voyez, la tâche du philosophe un peu écartelée entre ces deux extrêmes qu'il voudrait tenir dans le même effort, n'est-ce pas, la rigueur du mathématicien et les révélations sur soi contenues dans la poésie, en général, c'est un terme qu'on peut généraliser à l'esthétique dans son ensemble et pas seulement à la littérature, c'est-à-dire, la peinture et la musique, mais on a vu ça, on y reviendra, à la manière dont, lorsque nous trouvons quelque chose de beau, c'est que nous découvrons que nous avons des désirs en nous que nous ne connaissons pas, nous nous aurons fait un petit progrès sur le « connais-toi toi-même ».
29:24 Voilà, nous ne manquerons pas d'occasion dans ce cycle-là d'y revenir. C'est la grande découverte du testament de Kant, la critique de la faculté de juger, n'est-ce pas, et en particulier des passages où il parle du jugement réfléchi. Donc, maintenant que nous sommes parvenus au col stratégique de notre course, saisissons ensemble l'occasion inespérée ou octroyée par cette fonction de palier. Quand on arrive à un col, tous ceux qui ont grimpé, vous savez, ils soufflent, quand on arrive à un col, c'est un peu moins pentu pendant la montée.
29:58 Alors, profitons, que le col est un palier, n'est-ce pas, pour mesurer un peu le chemin parcouru, reconnaître d'une perspective en retrait, vous savez, quand on est en haut, en montagne, je file ma métaphore, excusez-moi, on voit loin, reconnaître d'une perspective en retrait la cohérente résultante de l'ensemble, parce que quand on est dedans, quand on a le nez dans les crêtes, etc., on a l'air perdu, et c'est quand on prend du recul qu'on s'aperçoit que finalement, il y avait bien un chemin continu dans tout ça.
30:32 La cohérente résultante de l'ensemble par-delà de nombreux changements apparents de... je suis paumé dans mon propre texte, changement apparent de direction, bien sûr. Alors, voilà le programme. Comme vous vous doutez bien qu'il y aura beaucoup de passages abstraits, pour pallier... Cette fois, pallier, c'est le verbe, c'est plus faire un pallier. Pour pallier cette difficulté, cette programe d'abstraction, je passe à exactement l'inverse de l'abstrait.
L'Anneau du Nibelung comme fil concret du cycle
31:05 L'ici et le maintenant concret, c'est-à-dire que je vais essayer d'illustrer la réalité, pas seulement la possibilité, mais qu'il y a bien une rigueur comparable à celle des mathématiques, je dis bien, j'assume, je veux dire, à l'œuvre dans les expressions du sujet, comme les sciences dures dégagent une rigueur dans leur appréhension des objets, on en révise des choses, j'ai, sur la demande pressante, entre autres de Philippe, que je remercie, mais aussi, on a fait une petite consultation et beaucoup d'entre vous ont dit, on aimerait bien qu'au lieu de nous donner quelques morceaux du Rhin par allusion pointilliste, comme ça, pour illustrer le sujet que tu traites, que l'histoire a l'air palpitante et qu'elle a l'air d'avoir un intérêt philosophique manifeste, et bien ma foi, de dérouler l'histoire complète du Rhin, et bien, je vais me servir de l'exemple du Rhin de Wagner, je rappelle, je m'excuse auprès de ceux qui nous lisent
32:15 sur Facebook, je remercie Thomas d'avoir publié l'annonce et le texte que je suis en train de vous lire, mais j'avais mis une note après le mot Rhin et bien sûr, je l'ai tout envoyé, sauf la note que j'avais rédigée à cet effet. La note, ça consiste à dire que le Rhin, c'est une manière de résumer le gros œuvre de Wagner, sans doute une des plus longues jamais élaborées par un artiste, qui est gigantesque, puisqu'elle dure quatre jours, et dont le titre exact est L'Anneau du Nibelung, drame lyrique, L'Anneau du Nibelung, ou encore La tétralogie, mais le titre de Wagner, lui, est plus rigoureux, ce n'est pas une tétralogie, c'est-à-dire ce n'est pas quatre drames, c'est une trilogie précédée d'un prologue, voilà pourquoi on l'appelle la tétralogie, parce que trois plus un, ça fait quatre.
33:11 Je vous rappelle l'ensemble dans l'ordre chronologique, du tout début jusqu'au cataclysme final, le tout début, c'est l'or du Rhin, ensuite, il y a la Valkyrie, puis Siegfried, puis le crépuscule des dieux à part l'or du Rhin, tout ça dure en moyenne entre quatre et cinq heures quand même, à chaque fois. Voilà. Je rappelle le passage ici, puis c'est une particularité des Grecs, qui représentait comme ça la tétralogie, l'orestie, les Atrides, et c'était tellement long qu'il y avait un fait qu'il venait dormir sur les gradins dans le théâtre et qu'il apportait à manger.
33:55 Voilà, pour l'anecdote, je rappelle ce genre de choses. Donc, nous espérons, en souscrivant à la demande réitérée de nos plus fidèles abonnés, de dérouler la logique du cycle de l'Anneau du Nibelung, je dis bien sa logique, nous espérons ainsi expérimenter la pertinence comme l'invalidité, allez savoir, les conquêtes logiques opérées depuis les débuts de notre commune Odyssée, donc ce sera une occasion de révision pour ça.
Platon et la géométrie : contempler l'intelligible
34:28 Voilà, et n'oublions pas la chute, il me reste à formuler le vœu que l'année nouvelle pour chacune et chacun d'entre nous parvienne à être au moins meilleure comme je vous l'ai dit initialement que toutes celles qui l'ont précédée. Voilà, alors, je vous disais que ça ne date pas d'aujourd'hui mon projet apparemment, je veux dire, que dès le premier le premier système philosophique écrit qui nous soit parvenu, je pense à Platon, il y a bien sûr sa formule célébrissime inscrite à l'entrée de son école que nul n'entre ici s'il n'est géomètre J'insiste pour vous dire à chaque fois attention, ça ne veut pas dire qu'on va faire de la géométrie chez Platon, ça veut dire il faut avoir fait de la géométrie pour avoir le droit d'y rentrer.
35:19 n'est-ce pas ? Voilà, il faut s'être exercé à contempler des images sur le papier sur le sable quand on discute pourquoi pas de choses qui n'existent pas qui sont des productions de l'esprit humain comme le cercle car dans la réalité naturelle ou artificielle naturelle ou humaine on peut trouver des ronds des choses rondes bien sûr en disant jeter un caillou dans l'eau vous voyez ce que je veux dire mais ce ne sont pas des cercles ce n'est pas une chose c'est un énoncé pour les connaître vous reportez-vous à des manuels de mathématiques parce que moi je peux vous donner une définition mais un peu de mathématiques un peu vieillie maintenant le géométrie euclidienne ou le cercle le lieu des points équidistants d'un même point appelé le centre dans un même plan voilà on a déjà dit que tous les rayons d'un cercle sont égaux quand on dit ça avec équidistant voilà mais c'est un énoncé le cercle
36:29 c'est un logos c'est un discours c'est Platon vous voyez donc Platon attache beaucoup d'importance aux mathématiques parce que ça n'est un exercice pour contempler ce qu'il appelle lui l'intelligible le noêton c'est-à-dire ce qu'on peut concevoir sans jamais le voir et encore moins le toucher aller toucher un cercle mathématique enfin quand même ça n'a même pas d'épaisseur comment voulez-vous toucher ça même un atome et des atomes il y en a 10 milliards dans la millième partie de la patte d'un moustique même un atome je veux dire il a une certaine épaisseur même son électron cercle c'est pas le cas la ligne droite non plus voilà et de même l'égalité qui joue un rôle aussi important en mathématiques Leibniz qui est un des plus grands mathématiciens de tous les temps en promenant ses auditeurs dans un parc disait trouvez-moi dans tout le parc deux feuilles égales deux feuilles identiques on a beau dire
37:41 il lui ressemble comme un œuf ressemble à un œuf quand on regarde de près un œuf n'est jamais tout à fait identique à un autre œuf et admettons même qu'il y ait deux œufs comme ça je les mets à côté les uns des autres qui ont exactement la même longueur le même diamètre la même couleur le même poids il sera encore différent des logiciens sans doute ceux qui sont à l'adverser parce qu'il y en a un qui est à gauche l'autre qui est à droite ils ne sont pas dans le même lieu l'identique c'est l'identique voilà c'est pour vous montrer que Platon attachait beaucoup d'importance à cette discipline qui nous entraîne à voir des choses qui n'existent pas mais lui il veut appliquer cette faculté de concevoir et non pas seulement de voir mais appliquer à la connaissance de lui-même alors je vous disais ne croyez pas qu'on est passé d'un sujet à un autre on a jeté à la poubelle l'anamnèse l'amnésie la mémoire etc je vous donne un exemple que ce n'est pas le cas avec on a parlé d'Œdipe vous savez vous vous rappelez à la fin de notre cours sur la mémoire et même lu quelques passages
Œdipe et la contradiction ontologique du sujet
38:51 d'Œdipe à Colone qui est un petit peu moins un peu moins lu un peu moins connu que l'Œdipe roi n'est-ce pas cette terrible tragédie d'Œdipe à Colone qui a une fin plus apaisante n'est-ce pas que l'horreur de la conclusion de l'Œdipe roi horreur telle qui s'en arrache les yeux le pauvre Œdipe n'est-ce pas le roi Œdipe a un oeil en trop peut-être comme il dit Hölderlin dans un très beau poème donc pourquoi je parle d'Œdipe parce que on a compris à travers son exemple que enfin il n'a pas intérêt à développer l'anamnèse jusqu'au bout on comprend pourquoi bien qu'il soit le meneur d'enquête le détective en quête de savoir quel est le meurtrier qui a tué Laios le roi de Thèbes du roi de Thèbes il ne sait pas que c'est lui donc il mène l'enquête avec une un zèle presque exagéré n'est-ce pas pour se contenter de faire des sacrifices etc et de dire à chacun d'être un peu plus vertueux
40:02 de moins guincher de moins voilà d'être un peu plus confiné aujourd'hui et non non non il en rajoute en disant que tous ceux qui ne donnent pas le maximum des renseignements qui peuvent pour faire avancer cette enquête seront punis par la loi bref il en rajoute mais en même temps il attend toujours que le meurtrier soit à l'extérieur donc son anamnèse ne peut jamais arriver je vous rappelle c'est une occasion de rappeler la différence entre la connaissance de soi et la connaissance des satellites de Saturne ou je parlais tout à l'heure je parle de la magnitude d'une étoile ou des mouvements d'un électron autour de son noyau du noyau d'atome pardon la différence c'est qu'il y a une contradiction existante pas une contradiction logique une contradiction ontologique c'est à dire que le sujet s'oppose à lui-même la lune ne s'oppose pas à elle-même c'est l'inertie le monde de la nature
41:12 le monde de la matière naturelle c'est l'inertie la matière humaine comporte des oppositions Oedipe donne l'impression de tout faire pour pour accomplir une anamnèse de retrouver le criminel mais en fait inconsciemment il se garde bien d'aller jusqu'au bout et on en a vu d'autres exemples et on en verra d'autres parce que c'est un peu notre tâche cette fois-ci de regarder un peu de plus près l'étrange manège du sujet donc vous voyez que lorsque nous avions fait un autre cycle la logique du sujet le même problème s'était posé autrement dit ne dites pas qu'on passe un sujet à l'autre j'ai plutôt l'impression que je vous bassine depuis sept ans avec le même sujet voilà je suis un peu obstiné ou monomaniaque comme vous voulez il y a une petite allusion à cette monomanie dans un texte que je ne saurais trop vous recommander en cette période où certains sont en plein découragement politique n'est-ce pas c'est de lire le Gorgias de Platon
Le Gorgias : Calliclès, pierre de touche de Socrate
42:22 dans la tradition que vous voudrez en le trouvant en poche dans tous les formats et même dans les petits classiques le Gorgias de Platon qui est sans doute le plus politique comme intensité dramatique je parle de ces dialogues il n'est pas aussi exhaustif que la république que les lois mais alors il est d'une intensité dramatique en particulier le temps fort où il discute avec ce petit nazillon de Calliclès et je rappelle ici que pour ceux qui ne savent pas que tous les personnages qui sont dans ce dialogue comme la plupart du temps chez Platon ont existé ils sont bien réels Gorgias c'est un des plus célèbres des sophistes de l'époque ses disciples Polos etc dont ils sont dans le dialogue ont existé le seul personnage entièrement forgé par Platon c'est Calliclès c'est-à-dire celui qui s'oppose le plus violemment à Socrate autrement dit les autres ne sont pas allés assez loin pour contredire Socrate très bel exemple des dialectiques au point que lorsque Calliclès a fini son apostrophe de quatre pages contre Socrate une violence
43:32 comme un genre de violence dans un jeune loup dans la cité à le secret un jeune maître n'est-ce pas puisque Calliclès finit par dire si tu n'étais pas si vieux Socrate tu mériterais les verges un baston à ce moment-là il n'y a plus de dialogue et bien lorsqu'il a fini non seulement Socrate ne tremble pas mais il répond enfin j'ai l'interlocuteur qu'il me fallait Calliclès tu es pour moi comme ces pierres dont on se sert pour voir si c'est bien de l'or et non pas du cuivre qu'on m'a vendu parce que si j'ai raison avec toi j'aurai raison contre tout le monde vous voyez et bien c'est le personnage qui l'ont inventé donc les autres avaient peur de dire la vérité ils ont cédé à ce que certains traducteurs appellent sous la bouche de Socrate le respect humain il n'osait pas aller au bout de leur pensée donc ainsi on va se dire libéral aujourd'hui c'est bien il y a le mot liberté dedans c'est bien sans avouer que c'est la feuille de vignes qui cache l'obsénité du capital
44:42 et l'extorsion dans les pires conditions de la plus value sur la planète voilà je rappelle que le plus grand roulette de tous les temps c'est quand même des enfants de 7 ans déformants travaillant près de 10 heures par jour dans des usines et près de fours sidérurgiques comme nous parlerons pas mal de science en particulier de quelqu'un qui a un prestige usurpé dans la philosophie des sciences je pense à Karl Popper il est usurpé parce qu'il est obnubilé tellement obsédé par son anti-marxisme et son rôle dans la guerre froide ce qui n'est pas tout à fait le recul que demande un philosophe d'immense respect pour des non-marxistes comme je ne sais pas moi Carnap et Wittgenstein comme ça bien sûr alors le Popper en question lui qui a décidé qu'il y avait deux sortes de sociétés sociétés fermées sociétés ouvertes bien sûr les Etats-Unis le monde occidental c'est des sociétés ouvertes 3 millions de morts au Vietnam 3 millions de morts en Corée Bagatelle
45:52 le carnage qui continue avec tous ceux que nous armons dans le Sahel ou dans en Syrie en Irak et qu'on a armé en Libye et c'est pas fini et je ne parle que des crimes de sang ici je ne parle pas de la criminalité sociale n'est-ce pas qui se cache derrière l'urgence sanitaire qui existe par ailleurs et qui est fort mal gérée comme on s'en aperçoit avec le retard de la vaccination mais arrêtons là il y a belle lurette que les philosophes seulement ont entamé à un dialogue avec la science j'ai donné l'exemple bien sûr illustre de Platon Aristote c'est plutôt lui la confrontation avec les sciences on appellerait ça les sciences qui est aujourd'hui avec la biologie il se méfie un peu de l'abstraction des mathématiques quand il dit les mathématiciens les dialecticiens on sait qu'il parle des platoniciens voilà c'est bien connu c'est même populaire
D'Aristote à Spinoza : la philosophie phagocytée par la mathématique
47:02 mais je préfère le dire pour ceux qui ne sont pas au courant le fameux tableau de Raphaël qui représente l'académie de Platon Platon en train de parler avec ses disciples sur les marches d'escalier debout assis ouvrant un livre etc bien sûr les deux personnages centraux c'est Platon et son élève qui restait 30 ans chez lui Aristote qui descend des marches et qu'on voit comme ça au centre des tableaux sauf que Platon a l'index vers le ciel Aristote a la main qui montre la terre vous voyez voilà ça montre bien les idéalités mathématiques propres en un titre du XXe siècle de mon compatriote Jean-Toussaint Desanti philosophes des sciences et le côté pragmatique et plus empirique d'Aristote restant terre à terre et regardons étudions le déplacement du galéo au chien de mer non il a fait des études intéressantes sur les animaux même si son oeuvre
48:13 fourmille de contre-vérités scientifiques n'empêche qu'il y a un effort d'intelligibilité fabuleux pour l'époque et je finis la petite parenthèse lorsque il faut dire qu'il était précepteur d'Alexandre le plus grand penseur de son temps avec le plus grand conquérant de son temps et un des plus grands de tous les temps voilà quelle collaboration et bien il donnait mission à Alexandre très très très respectueusement si vous pouviez me faire ramener par vos hommes des échantillons là vous allez là-bas vers les Indes Afghanistan enfin la plus c'est pas l'Afghanistan mais c'est la Bactriane voilà ramenez-moi des mots des plantes que nous ne connaissons pas ici voilà je continue je fais rapidement un survol de l'histoire de la pensée pour vous montrer que cette confrontation du philosophique et du scientifique n'a jamais cessé comment ne pas penser à Descartes n'est-ce pas Descartes qui dans le discours de la méthode fait cet extraordinaire résumé de sa autobiographie des années qu'il a consacrées à ses études et qui l'ont profondément frustré parce qu'il se trouve comme je le cite
49:23 l'esprit rempli de plus de doutes encore qu'au début de ses recherches n'est-ce pas mais il accepte je vais très vite il accepte des disciplines qu'il a travaillé dans ses études théologie littérature rhétorique il accepte les mathématiques et il dit alors là je le cite je me plaisais surtout aux mathématiques à cause de la certitude et de l'évidence de leurs raisons on pourrait s'arrêter là c'est bien un abstrait Descartes ce qui l'intéresse c'est la certitude et l'évidence il y a vidéo il y a un côté contemplatif regardez le contresens si on continue la phrase mais je ne remarquais pas encore leur vrai usage et pensant qu'elles ne servaient qu'aux arts mécaniques et pour ainsi dire à faciliter le travail des hommes je m'étonnais de ce que leur fondement étant si solide n'est rien construit par-dessus de plus bon Spinoza c'est proverbial de dire que l'éthique son ouvrage le plus décisif
50:34 et un ouvrage le plus étincelant de l'histoire de la pensée écrite se déroule comme on dit more geometrico selon les lois de la géométrie avec carrément même des propositions empruntées aux mathématiciens ce qu'il fallait démontrer à la fin d'une démonstration n'est-ce pas et c'est à ça que je faisais l'éthique quand les philosophes ont trop souvent n'est-ce pas ont trop souvent se sont toujours contentés de faire phagociter la philosophie par une science et bien sûr par celle qui est la plus scientifique de toutes par la mathématique en oubliant la spécificité de la philosophie et si dans mes premiers premières causeries j'y reviens j'ai tellement insisté sur le fait que attention je ne vais pas vous parler défendre Spinoza contre Descartes ou Descartes contre Spinoza ou Leibniz contre les deux ou Kant contre Leibniz ou Hegel contre Kant et Marx contre Hegel non je ne suis pas dans la baston l'essentiel de mon propos c'est de montrer ce qu'ils ont de commun
51:44 en tant que philosophe qui ne sont pas tous Hegel a une très belle image quand il dit que les différents systèmes philosophiques sont comme les étapes d'une plante on ne peut pas en sauter une seule de la graine au bouton du bouton à la fleur de la fleur au fruit il y a une progression c'est une métaphore comme dans le peu de cas que Hegel faisait de la nature philosophique l'image dit bien ce qu'elle veut dire il dit surtout que ces moments ne sont pas seulement mutuellement incompatibles il ne peut pas y avoir en même temps là au même endroit la fleur et le fruit le bouton la graine ça demande des étapes temporelles ça demande que le temps les sépare il y a un moment pour chacune de ces étapes mais en plus non seulement elles sont mutuellement incompatibles mais elles sont également nécessaires autrement dit Spinoza et Leibniz Descartes le christianisme le paganisme sont aussi nécessaires dans l'évolution de l'esprit humain les unes que les autres
52:54 c'est une pensée beaucoup plus généreuse qui n'envoie pas à la poubelle comme ça avec des oukases à la Onfray ou à la Popper des pensées maudites voilà alors vous me direz vous me direz qu'Heidegger est le plus nazi des philosophes tu passes ton temps à l'envoyer à la poubelle quand tu dis ça non la différence c'est que je reconnais que Heidegger en déplaise à certains connaît bien la philosophie et c'est ce que je lui pardonne le moins c'est quelqu'un qui sait ce qu'il fait en connaissance de cause c'est pas mon beauf à la nuque épaisse parce qu'il y a cette extrême droite là aussi dans l'électorat nazi mais c'est pas ça c'est plus grave c'est celui qui donne des feux verts à l'intelligentsia revenons à notre sujet parce que ça reste essentiel ces espérances un peu fantasmées qui n'a épargné pas de mots aucun des grands philosophes de faire en sorte que d'élever la philosophie à la scientificité mais sur un des modèles
Le triangle de Kant : philosophe et géomètre
54:04 des sciences dures déjà existantes a été ruiné pratiquement définitivement par Kant pensons au fond n'empêche qu'il y en a qui continuent ça s'appelle le néopositivisme logique des gens très sérieux attention c'est pas rigolo très rigoureux qui pensent qu'on va arriver à je reviens à un mode d'expression de la philosophie qui fait qu'il n'y aura plus aucune ambivalence aucune polysémie aucune ambivalence bref pour paraphrase Wittgenstein qu'on aura dit tout ce qu'on peut dire et qu'on laissera dans le silence tout ce qu'il faut taire parce qu'on ne peut pas le dire voilà on reviendra sur tout ça aujourd'hui je ne fais que résumer les enjeux c'est pas fait la programmatique mais tout de même puisqu'on en est à Kant je vous donne un petit échantillon de ce qui fait qu'à partir de Kant le problème se pose différemment et qu'on se rapproche de nous du monde moderne du monde actuel disons le monde moderne au sens comme je le dis souvent de celui qui qui se met en place et dans lequel nous sommes toujours à la fin du 18e au début du 19e siècle avec les deux révolutions industrielles
55:14 et en Angleterre et politiques en France donc et alors c'est fait conjuguer aux prises desquelles nous sommes encore en train de nous débattre je vous donne un exemple si vous voulez un extrait de la critique de la raison pure précisément où Kant parle de la démonstration et il commence par dire d'ailleurs je vous le dis par distinguer entre un ministérium modeste j'ai démontré que c'est une démonstration en mathématiques il faut être modeste c'est ça que nous apprenons Kant si j'ai montré il y a démontré et montré si j'ai montré c'est déjà pas mal mais démontré faut être costaud je vous lis simplement ce passage que l'on donne à un philosophe je vous saute le passage théorique un peu abstrait pour ne pas vous fatiguer parce qu'aujourd'hui on est programmatique mais je vous donne l'exemple saisissant qu'il donne pour se faire comprendre entre la différence
56:24 entre la manière de procéder de la philosophie et la manière de procéder du mathématicien sans dire il y en a un catholique qui a raison mais qui n'ont pas du tout les mêmes finalités et qu'on ne se sert pas d'un télescope pour ouvrir une boîte de sardines et on ne se sert pas d'un ouvre-boîte pour regarder les étoiles voilà en gros si vous voulez ça ne veut pas dire que l'un est bon et l'autre est mauvais que l'on donne à un philosophe le concept d'un triangle vous avez bien ce superbe exemple que l'on donne à un philosophe le concept d'un triangle vous êtes prêts de l'autre côté de l'écran là ?
57:00 je vous envoie le triangle vous l'attrapez ? que l'on donne à un philosophe le concept de triangle voilà je dis ça parce qu'il va falloir vous le retourner entre vos mains vous allez voir et qu'on le charge de trouver à sa manière la manière d'un philosophe quel peut être le rapport de ses angles avec l'angle droit vous avez l'occasion vous connaissez le théorème la somme des angles d'un triangle un triangle clé dans l'espace-plan est égal à 180 degrés ou à deux droits comme vous voulez bien comment est-on arrivé à ce résultat dit Kant ben philosophe vous le lui donnez il dit voilà tout ce que tu as c'est le concept de triangle à partir de là déduis-moi démontre-moi que la somme de ces angles doit faire 180 degrés et Kant il dit il n'y arrive pas alors je vous le dis tout ce qu'il a c'est le concept d'une figure renfermée entre trois lignes ça il a c'est dans le concept de triangle par définition et dans cette figure le concept d'un égal nombre d'angles c'est ce qu'on veut dire triangle d'ailleurs il aura beau réfléchir tant qu'il voudra sur ce concept il n'en fera sortir rien de nouveau ma donnée c'est un espace enfermé entre trois côtés qui se rencontrent
58:10 en trois angles il n'en fera rien sortir de nouveau il peut analyser rendre clair le concept de la ligne droite ou celui d'un angle par analyse les parties du triangle ou celui du nombre trois mais non pas arriver à d'autres propriétés qui ne sont pas du tout contenues dans ces concepts mais que le géomètre s'empare de cette question il commence aussitôt par construire un triangle vous me direz mais c'est quoi ça c'est des jeux de mots non non non pour l'instant vous aviez le triangle dans les mains je vous l'ai envoyé allez imaginez vous avez un triangle en bois un grosier d'accord vous le retournez non non le patient commence par le représenter dans l'intuition c'est à dire dans la vision de telle manière qu'on puisse prolonger les côtés vous voyez on va prolonger les côtés je vous le dis parce que j'ai pas de tableau mais après c'est une démonstration qu'un bon élève de cinquième arrive à faire n'est-ce pas en assimilant les angles alternes internes on arrive à montrer que les trois angles
59:20 du triangle on les retrouve sur la ligne droite en haut sur la ligne droite parallèle au côté qui est en bas vous voulez parler grossièrement voilà il n'y a plus qu'à voir c'est une monstration à la limite voilà mais que les géomètres s'emparent de cette question ils commencent aussitôt par construire un triangle sachant que deux angles droits pris ensemble valent autant que tous les angles contigus qui seraient sur une droite qui peuvent être tracés d'un point pris sur une ligne droite il prolonge un côté de son triangle et obtient deux angles contigus dont la somme égale à cause d'un autre théorème connu avant que deux angles opposés sont égaux il commence aussitôt par construire un triangle sachant que deux angles droits pris ensemble valent autant que tous les angles contigus qui peuvent être tracés d'un point pris sur une ligne droite il prolonge un côté de son triangle et obtient deux angles contigus dont la somme égale deux droits il partage ensuite l'angle externe en traçant une ligne parallèle au côté opposé du triangle et voit qu'il en résulte un angle contigu qui est égal à un angle interne etc c'est enfantin de cette manière il arrive par une chaîne de raisonnement toujours guidée
1:00:30 par l'intuition la vision c'est pour ceux qui ne sont pas sûrs à la solution parfaitement claire même générale de la question qu'est-ce qui s'est passé que font là c'est qu'il n'a pas que le concept de triangle mathématicien il a ce que Kant le premier appelle deux formes a priori de la sensibilité c'est-à-dire qu'avant qu'on ait des sens avant avant qu'on ouvre les yeux il y a des structures a priori de la vision de l'audition tout ce que vous voulez qui s'appellent le temps et l'espace essayez d'entendre un son qui n'occupe aucune durée vous m'en direz des nouvelles vous n'entendrez pas grand chose donc il y a l'espace extérieur au triangle qui permet de prolonger des côtés ça c'est pas donné dans le concept du triangle que je vous ai envoyé dans les pattes il y a donc ce concept d'espace infini qui est autour il y a des choses en plus et c'est la différence pour Kant que je vais vous résumer maintenant avec ces mots entre la mathématique et la philosophie c'est que la philosophie procède par concept le concept de triangle avec ce qu'il implique trois angles trois côtés l'espace qui les enferme
Le dogmatisme philosophique et l'espérance de Descartes
1:01:40 etc alors que le mathématicien procède non pas par concept mais par construction de concept construire un concept pour venir de le voir c'est le représenter a priori dans l'intuition d'unir les deux le monde voilà voilà un petit exemple qui montre à quel point le problème se pose différemment depuis la fin du XVIIIe siècle d'accord par exemple vouloir appliquer les mathématiques aux preuves de l'existence de Dieu ou à l'immortalité de l'âme ce que s'est escrimé à faire tout le XVIIe siècle c'est l'apogée de la métaphysique la métaphysique classique a ses sommets qui s'appelle Spinoza Leibniz Descartes Malebranche voilà c'est l'époque mais encore une fois il y a cette illusion de vouloir appliquer une méthode qui vient des mathématiques et qui suppose donc les limites de l'espace à quelque chose qui par définition je pense à Dieu est dans l'éternité il n'est pas dans le temps
1:02:50 par exemple c'est contradictoire ça a ruiné ce qu'on appelle ce qu'on peut appeler depuis Kant le dogmatisme philosophique c'est pas du tout le sens courant le mec est un peu raide il a des certitudes c'est pas ça c'est pas celui qui dit le critère de la beauté c'est le Parthénon parce qu'il est toujours vécu à Athènes il n'y a rien de plus beau c'est pas ça non non le dogmatisme philosophique et les plus grands philosophes n'y ont pas échappé je pense à Descartes et à Spinoza c'est quand même pas les seconds couteaux et c'est bien du fait qu'il se prévale d'une méthode ou d'un principe qui est censé résoudre tous les problèmes sans limite et je ne quitterai pas ce passage sans illustrer avec un superbe extrait de la deuxième méditation du discours de la méthode pardon de Descartes où il prête le flanc à cette critique de Kant même s'il l'exprime à merveille ces longues chaînes de raisons toutes simples et faciles je parle des démonstrations mathématiques ces longues chaînes de raisons toutes simples et faciles
1:04:00 enfin faciles pour lui Descartes dont se servent les géomètres pour parvenir à leurs plus difficiles démonstrations m'avaient donné occasion de m'imaginer attention à moi philosophe maintenant que toutes les choses voilà le dogmatisme qui peuvent tomber sous la connaissance des hommes donc l'âme l'existence de Dieu que toutes les choses qui peuvent tomber sous la connaissance des hommes s'entre-suivent en même façon que les théorèmes fait utile et que pourvu seulement je finis la phrase de la Kalevel et en même temps je vais montrer jusqu'où ça va et de sorte qu'en recevant aucune pour vraie qui ne le soit dans les propositions et que l'on garde toujours l'ordre qu'il faut regardez cette expérience cette espérance pardon extravagante du dogmatisme philosophique il n'en peut y avoir de si éloigné auquel enfin on ne parvienne ni de si cachées qu'on ne débrouille voilà donc j'insiste
Philosophia : savoir et sagesse, la claudication initiale
1:05:14 sur une essentielle aujourd'hui nous sommes sur un palier c'est le but pendant lequel on va s'aventurer sur une mer inconnue et en même temps pour ne pas faire naufrage ne pas tomber sur un récif n'importe quoi on a des acquis on ne part pas de zéro nous ne sommes pas au pied de la montagne on est au col et là on a des acquis et parmi ces acquis je reviens à nos tout débuts je voudrais inciter ceux qui n'ont pas fait surtout à ceux qui croient que mais non ça j'ai déjà vu 36 fois attention à la lumière de ce qu'on est en train de voir ça modifie un petit peu l'éclairage les premières leçons où j'insistais sur ce qui est spécifique à l'interrogation philosophique et maintenant je le rappelle ici parce que c'est pour ça que j'y reviens parce que c'est ce qu'on oublie le plus vite oui encore non on oublie l'anamnèse alors faisons cette anamnèse philosophia je peux écouter ce que le mot dit plutôt que de parler à sa place c'est la bonne méthode parce qu'il nous donne
1:06:25 amour de Sophia vous voyez je suis prudent je ne traduis pas tout de suite parce qu'on sait ceux qui connaissent les traductions que les traductions disent tantôt amour du savoir ou amour de la sagesse et nous savons nous avons appris ça au début il y a 7 ans que c'est justement pas la même chose quelquefois c'est même exactement l'inverse il peut y avoir un immense savoir scientifique dans la tête d'une crapule finie le savant fou le savant sadique ça existe c'est des figures connues n'est-ce pas au cinéma dans le roman et hélas surtout dans l'histoire vous savez dans le troisième reich il y en avait des gens qualifiés en physique en chimie en mathématiques il y en avait qui votaient pour le parti nazi comme un seul homme il y en avait même si une très grosse partie n'est-ce pas à cause des origines que vous imaginez être obligé d'aller d'aller ailleurs pour ne pas se faire liquider sur place mais quand il s'agit de connaître il s'agit de se rapporter
1:07:35 à ce qui est c'est le vrai et le faux le problème de la science c'est pas le bien et le mal c'est là qu'il y a la différence entre savoir et sagesse on va consulter un savant pour savoir ce qui est vrai ou faux on va consulter un sage pour savoir non pas ce qui est mais ce que je dois faire ce qui n'est pas du tout pareil donc je reviens aux deux questions fondamentales que puis-je savoir voilà pour la philosophie théorique vous voyez on révise elle est théorique au sens où on n'a rien changé pas un atome de ce qui est autour de nous il n'y a rien il n'y a aucune intervention dans le réel pour l'instant c'est pas c'est de savoir ce qui est alors que dès qu'il s'agit des valeurs de ce que je dois faire etc je suis dans l'ordre pratique c'est-à-dire qu'une fois que je me suis décidé je vais avoir une incidence sur le réel je dois faire une sandale celui du cordonnier parce qu'on me l'a commandé par exemple on n'est pas dans la morale mais quand même déjà là je ne laisse pas le réel tel qu'il y a le contempler comme un astronome regarde les étoiles voilà donc déjà revenir à ce partage
1:08:46 à cette claudication initiale de la philosophie car si on est à la recherche d'une Sophia qui suppose qu'on poursuit deux cibles qui ne sont pas au même endroit c'est pas très bon pour les jambes je dis ça parce qu'on a souvent dit que le philosophe boite dès le début dès Socrate il n'a pas laissé une ligne c'est vraiment le tout premier dès Socrate c'est même le scandale qui a mis Platon à qui a poussé Platon à écrire ces dialogues dont il fait de Socrate son Hercule Poirot son Sherlock Holmes comme vous voulez ou son Tintin au sens le moins réducteur qu'il soit même Socrate ça commence par une mise à mort du philosophe par la cité ça boite un rapport difficile du philosophe avec son présent politique ça c'est pas un problème de mathématicien un mathématicien peut mourir pour ses idées politiques mais pas à cause de ses idées mathématiques vous voyez je vous rappelle
1:09:58 Pythagore est mort à cause de ses convictions religieuses il était poursuivi il avait une guerre avec les Syracusins il était poursuivi par des soldats romains et voilà que en fuyant il a trouvé sa route barrée par un champ de fèves et dans la religion de Pythagore c'est tabou la fève c'est mauvais il ne faut surtout pas en manger il n'a pas osé le traverser il s'est fait massacrer sur place vous voyez je ne sais pas c'est pas à cause de ses équations il faut se reporter au début il faut se reporter savoir la recherche de la sagesse j'avais donné un exemple très simple vous allez voir qu'on va retrouver toutes nos divisions depuis sept ans toutes nos dichotomies quand vous vous perdez elles sont liées entre elles j'avais pris l'exemple de ces savants entre guillemets c'est plus des astrologues que des astronomes encore qu'eux on leur doit quand même le début de l'astronomie je pense à ceux qui montaient
L'astronome sur la ziggourat et Socrate à son pied
1:11:08 sur des tours en Mésopotamie pour observer les étoiles et qui étaient arrivés à des résultats quand même spectaculaires pour l'époque bref qui montaient sur ce qu'on appelle des ziggourats et tour de Babel ça se passe Babel, Babylone ça se passe dans ces endroits-là avec l'idée naïve encore pour l'époque qu'en montant quelques dizaines de mètres j'allais mieux voir ce qui se passe dans les étoiles Sirius ou Antares pas que d'en bas bon et j'avais je vous avais demandé d'être attentif à deux positionnements complètement différents cet astronome on va l'appeler comme ça qui pose la question qui se pose la question qu'est-ce que le soleil qui est seul sur une tour voilà le sujet et enfin c'est un objet un objet de sa recherche qui est le soleil alors où je parle mais encore un qui sont spécialistes en astronomie du soleil et qui pose des questions à quelque chose
1:12:18 je ne dis pas à quelqu'un qui ne répondra jamais le soleil n'est pas l'animal qui parle il ne se laisse pas mettre en équation mais c'est l'homme qui décrit les équations de soleil il ne répond pas donc c'est un monologue premièrement deuxièmement la question fondamentale c'est qu'est-ce que c'est l'être est donné on retrouvera ça jusqu'à aujourd'hui dans le positivisme la chose existe on ne se demande pas si elle existe ou pas on ne se demande non pas s'il est mais ce que c'est ce n'est pas la question de son existence c'est la question de l'essence vous voyez on a des dichotons qui nous font révéler autrement dit comment il faut l'appeler et nous revoici dans le langage parce qu'il faut l'appeler une étoile une planète une sphère un cube de toute façon c'est pour la Terre pareil et voilà que au pied de la tour au pied de la ziggourat vient un petit barbu le philosophe c'est l'image de la Terre Socrate c'est tel qu'on s'imagine n'est-ce pas qui ne regarde pas le soleil mais qui regarde l'astronome et là
1:13:30 un dialogue peut s'engager parce qu'il s'adresse à quelqu'un qui parle c'est pas comme l'astronome s'adressant au soleil mais qui ne pose pas la question qu'est-ce que le soleil mais qu'appelles-tu le soleil quand on m'a dit ce que tu appelles le soleil on verra peut-être si on est à une planète qu'appelles-tu et je remarquais que beaucoup de nos auditeurs et j'en suis très content ont noté que c'était très précieux pour eux d'avoir compris qu'est-ce que c'est qu'une question scientifique qu'appelles-tu qu'une question de la science de répondre à qu'appelles-tu avec des équations ça c'est scientifique par contre c'est un progrès de répondre par des algorithmes et non pas par les mots de la tribu pour parler comme malheureusement ce que fait le philosophe donc vous voyez on retrouve cette depuis l'origine et donc l'opposition entre la connaissance des objets je reviens mon astronome face au soleil vous voyez que l'on ne change pas toutes ces différentes oppositions
1:14:40 reviennent aux mêmes et l'impératif de Delphes l'impératif pythique parce qu'il était au temple d'Apollon on a construit là on avait trouvé un python dans la source sacrée n'est-ce pas la source de Castalie l'impératif pythique connais-toi toi-même là on comprend mieux ce que ça veut dire c'est recoupé par l'opposition de nos deux bonhommes celui qui interroge le soleil qui cherche à connaître des objets et du sait si on en a besoin et je suis le premier de me féliciter que depuis des millénaires la science se soit engagée sur ce chemin et y ait fait quelques progrès sans lesquels je ne serais sans doute pas vivant par exemple je ne sais pas ce que vous en pensez pour vous et il s'agit de connaître des objets et le discours qui cherche à connaître le sujet cherche à se connaître lui-même on a vu que pour Œdipe ce n'était pas possible donc peut-être c'est une recherche vaine je ne sais pas c'est ce qu'on va voir cette année c'est quand même intéressant peut-être qu'il y a une telle force de refoulement en moi que je n'y arriverai jamais dans le monde
1:15:50 de la psychanalyse il y en a pas mal qui disent que le réel c'est la notion de réalité sous-entendu en elle-même est un de nos principaux fantasmes je ne souscris pas c'est tout tant s'en faut mais il faut comprendre ici pourquoi elle intervient parce que comment le sujet peut-il s'enquérir de certaines vérités qui lui est fatale voilà c'est les rappels que je tenais à faire mais avant de continuer je vais tout de même m'interroger Philippe pour la sacro-sainte durée de mon intervention jusqu'à maintenant d'accord bon voilà on a vu la question puisque on a encore un petit peu de temps puisqu'il n'y a pas de questions qu'il faut répondre pour l'instant je vais en profiter pour vous lire un autre extrait qui se rapporte plus
Lecture d'André Akoun : l'espace tributaire des conceptions du monde
1:17:04 alors science physique que mathématique vous savez c'est la mathématique appliquée extrait d'un épistémologue qui s'appelle Akoun A-K-O-U-N André Akoun qui a pas mal travaillé sur sur le corpus de l'épistémologue que je citais tout à l'heure c'est-à-dire d'Alexandre Koyré celui qui a écrit les études galiléennes mais aussi j'insiste sur ce titre à l'heure où on passe son temps à dire que les ressources sont limitées les ressources sont finies qu'il faut qu'on arrête on va à la catastrophe lui il a écrit c'est que j'étais encore étudiant à l'époque c'est quand même pas l'époque du Barcage et Torrice du monde clos à l'univers infini curieux comme hasard si c'est un hasard ce qui caractérise le monde fantasmé de l'époque la physique n'était pas une science c'est qu'on pensait que le monde était fini alors justement donc ici qu'on passe c'est ce qu'on va voir dans cet extrait je le lis la conscience naïve fait de l'espace le réceptacle
1:18:14 objectif de la vie mais l'espace est en réalité tributaire des conceptions générales dans lesquelles il s'inscrit je vous donne un exemple la notion de frontière pendant longtemps elle n'est pas abstraite de nos jours elle est très abstraite il y a des gardes qui surveillent cette ligne vous faites un pas de plus vous êtes en Italie mais vous n'êtes plus en France ou l'inverse c'est récent cette notion abstraite de frontière comme par hasard c'est postérieur à Descartes à la révolution scientifique ça date de la fin 17ème siècle à peu près ça commence à se mettre en place dans les chancelleries avant on disait au-delà des Pyrénées on est dans le royaume de l'Espagne on peut montrer que la notion d'espace change évidemment l'espace est en réalité tributaire des conceptions générales dans lesquelles il s'inscrit et de l'imaginaire qu'il investit sans que chacun en soit conscient et cet imaginaire est celui-là même que théorisent les diverses conceptions du monde la philosophie la science c'est une imposition il va de soi que chacun a un sentiment d'espace qui est lié à son activité il lui sert de cadre l'agriculteur je ne lis pas ce texte pour résoudre des problèmes mais pour les poser l'agriculteur
1:19:24 est tourné vers la terre nourricière que le soleil réchauffe et que la pluie arrose et vers l'étendue de ses champs sous les cieux c'est pas un espace abstrait le citadin conçoit un espace qui se dessine les méandres des rues et s'érige la verticalité des gratte-ciel le train fait de la terre un corps la surface duquel on glisse et l'avion fait de cette même terre un lieu dans l'infini des espaces à parcourir mais derrière ces vécu qui se succèdent se superposent au gré des moments une conception s'impose à tous dans un temps précis de l'histoire comme leur assise et leur référence c'est aujourd'hui celle de la science il s'agit aussi bien sûr de son livre aussi nous paraît-il intéressant de recenser les théorisations d'hier et d'aujourd'hui qui imprègnent l'imaginaire et organisent le réel collectif et d'en discerner l'histoire une telle interrogation impose de mettre ses pas dans ceux d'Alexandre Koyré vous voyez la référence il s'impose dont l'oeuvre s'offre comme une généalogie de notre univers dont la méthode aura l'originalité de lier l'évolution de la pensée scientifique à celle des idées philosophiques et religieuses on les oppose souvent en fait c'est le dialogue des deux qui a produit le monde dans lequel nous sommes regardez plutôt la pensée nous dit-il lorsqu'elle se formule
1:20:34 en système implique une image au mieux une conception du monde elle se situe par rapport à elle la mystique de Böhme Jacob Böhme est un grand mystique rhénan pas allemand qui a eu une énorme influence sur des philosophes comme Schelling ou Hegel la mystique mais qui est postérieure à la révolution scientifique juste postérieure contemporain postérieure de même que Pascal mais non plus le mathématicien Pascal mais le mystique Pascal disait le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie dont l'infinité a été révélée par la nouvelle physique de même n'est-ce pas celle de Giordano brûlée en place publique en Italie pour avoir osé dire que l'univers est infini la pensée nous dit-il lorsqu'elle se formule en système implique une image ou mieux une conception du monde et se situe par rapport à elle la mystique de Böhme est rigoureusement incompréhensible sans référence à la nouvelle cosmologie créée par Copernic inversement on ne comprend pas véritablement l'oeuvre de l'astronome ni celle du mathématicien si on ne la voit pénétrer de la pensée du philosophe et du théologien j'ai essayé regardez quand Einstein dit Dieu ne joue pas au dé
Du monde clos à l'univers infini : une crise de la conscience européenne
1:21:44 ça illustre bien ce qu'il est en train de dire j'ai essayé d'analyser la révolution scientifique du 17ème siècle c'est à Koyré qui parle qui est cité ici à la fois source et résultat d'une profonde transformation spirituelle qui a bouleversé non seulement le contenu mais les cadres même de notre pensée comme on parle de nous là comme nous sommes modernes qu'à la faveur de ce craquement c'est intéressant de regarder de plus près la substitution d'un univers infini et homogène au cosmos fini et hiérarchiquement ordonné de la pensée antique je le dis pour ceux qui ne le savent pas ou qui ne l'ont jamais su mais c'est important parce que je me méfie de l'enseignement de certains enseignements d'aujourd'hui enfin pas à des profs qui font leur boulot comme ils peuvent les pauvres et qui ont bien du mérite mais au programme qui se réduisent comme des peaux de chagrin je ne sais pas qu'on leur impose je rappelle que dans la conception de Ptolémée par exemple ou d'Aristote je ne sais pas l'univers qui nous entoure c'est des coupoles qui s'emboîtent les unes dans les autres qui correspondent chacune à des planètes il y a le ciel de Mars
1:22:54 une vraie coupole le ciel de Vénus le ciel de Saturne et ainsi de suite on avait sept à l'époque parce qu'on n'avait pas découvert avec Neptune et Uranus et ainsi de suite donc la substitution d'un univers infini homogène au cosmos fini et hiérarchiquement ordonné de la pensée antique et médiévale implique et nécessite la refonte des principes premiers de la raison philosophique et scientifique c'est extrait du monde clos à l'univers infini si les idées fondamentales de la science se rapportent en même temps au principe au courant de la pensée philosophique comprendre l'espace de notre astronomie donc notre espace impliquera non seulement que nous veuillons à connaître les conceptions qui l'ont précédé et qu'elles récusent mais aussi de voir comment le nouvel espace est en rupture avec toute une conception ancienne du monde attention ça c'est bien concret toute une façon qu'avait l'homme de penser son installation dans l'être et comment s'en impose une autre à lui vous savez je vous ai souvent dit que le moderne déteste la modernité que l'amateur de musique baroque déteste la musique romantique parce que précisément c'est un romantique et que le propre de la modernité
1:24:04 c'est de se détester n'est-ce pas ? bon et là on est en train d'aborder les raisons parce que je l'ai dit gratuitement là maintenant ça commence à prendre sens ce qui dans la conception moderne de l'univers s'offre à nous ce n'est pas simplement une découverte nouvelle c'est la terre qui est au centre le soleil qui est au centre de l'ampalatère c'est pas ça c'est pas seulement ça en tout cas ce qui est dans la conception moderne de l'univers s'offre à nous ce n'est pas simplement une découverte nouvelle et une rupture théorique dans l'espace de la science c'est une véritable crise de la conscience européenne il y a un malheur ouvert par la connaissance scientifique de la modernité c'est pas une critique de la science on va lui reprocher de dire la vérité mais nous ne disons pas que d'hypnose et pas jusqu'à la vérité c'est une véritable crise de la conscience européenne qui voit le monde géocentrique du Moyen-Âge remplacé par l'univers décentré de l'astronomie moderne sphère dont citation de Pascal bien sûr le centre est partout la circonférence nulle part quelque chose d'angoissant mutation liée à ce bouleversement de la grille des signifiants d'hier et qui voit l'homme perdre sa place dans le monde en même temps qu'il perd ce monde jusqu'alors cadre assuré
1:25:15 de son existence bon sang je pensais que le monde où j'habite était le centre de l'univers et que moi en tant qu'homme j'étais le centre de ce monde et voilà qu'on me dit que je suis dans une dérive dans un cosmos infini n'est-ce pas et qu'en plus je ferais bien de regarder du côté du singe pour voir ma jeunesse que ces idées ne soient aujourd'hui familières que ces idées ne soient aujourd'hui familières ne diminuant rien le fait qu'elles constituèrent une grande révolution culturelle qui changea définitivement l'idée que l'homme se faisait de lui-même bouleversement dans les idées les secousses se retrouvent dans ces vers de John Donne que cite Koyré vers de John Donne poète anglais de 1611 de l'époque d'Henri IV la philosophie nouvelle rend tout incertain l'élément de feu est tout à fait éteint on va réentendre aujourd'hui il ne faut pas sauf que c'est l'inverse le monde se réchauffe pas il se refroidit c'est toujours les mêmes catastrophes naturelles l'élément de feu est tout à fait éteint le soleil est perdu et la terre
1:26:25 et personne aujourd'hui ne peut plus nous dire où chercher celle-ci tout est en morceaux toute cohérence disparue plus de rapports justes rien ne s'accorde plus le malheur on commence le malheur subjectif et des malheurs plus graves croyez-moi surtout à l'époque mais cette révolution ne fut pas telle je parle des états d'âme ne fut pas telle d'un seul coup sorte de mutation brusque les révolutions aussi ont une histoire la révolution scientifique elle ne s'est pas produite le 31 décembre à minuit comme je le dis souvent les révolutions aussi ont une histoire ils ont besoin de temps pour s'accomplir la bulle du monde enfla d'abord avant d'éclater avant d'être infinie elle a déjà enflé lorsque Copernic dit que c'est le soleil qui est au centre il pense encore que l'univers est fini sauf qu'on a changé de centre mais comme tout le monde ne sait pas à l'époque le soleil est beaucoup plus loin ça l'élargissait donc la bulle du monde enflat d'abord avant d'éclater belle expression mais ce ne fut pas si long il veut dire
La bulle du monde enfle : Cues, Copernic, Kepler
1:27:35 c'est allé très vite l'enchaînement des connaissances Nicolas de Cuse c'est une S qui fait chaînon entre les anciens et les modernes est mort en 1464 fin de la renaissance et le De revolutionibus orbium coelestium de la révolution au sens astronomique du parcours des orbes célestes de Copernic paru en 1653 à peine un siècle après Nicolas de Cuse s'inscrit dans l'univers des croyances du Moyen-Âge mais il est le premier à mettre en question la structure et hiérarchisée de l'univers je rappelle ici que pendant toute l'antiquité et Aristote à cause de l'initiative de saint Thomas d'Aquin de prendre Aristote pour asseoir la théologie chrétienne à quelques réserves à peu près Aristote l'espace n'est pas homogène il y a deux espaces dans le cosmos pardon le rire c'est une grande pensée Aristote en dehors de ce que je suis en train de dire c'est pas ses points les plus forts il y a un espace en dessous de la lune qui n'a pas du tout les mêmes lois que l'espace au-delà de la lune ça fait sourire maintenant il y a le monde sublunaire
1:28:46 celui qui est en dessous de la lune ça date de là où tout va un peu à vau-l'eau où rien n'est vraiment régulier déjà son maître Platon avait dit que ce monde avait été créé par un législateur pompette mais Platon c'est merveilleux il a toujours un côté metteur en scène chez lui pour lui le monde a été créé par un démiurge une espèce de génie là qui a un tour de potier c'est Platon qui parle il a un tour de potier qui va fabriquer tout ce qu'on voit autour de nous avec ce tour de potier mais il a un modèle le modèle c'est quoi ?
1:29:17 c'est le monde platonicien les idées les essences enfin là il ne faut même pas essayer de voir parce qu'on ne peut que les concevoir par exemple il a l'idée de cercle qu'il contemple dans le cosmos noetos le monde intelligible d'accord ? mais comme il est un peu saoul son pied glisse sur le tour au lieu de faire un cercle il fait un ovale vous voyez ? et c'est le monde sublunaire dans lequel nous vivons qui est envahi par la génération et la corruption où les choses ne durent pas où elles dépérissent où elles meurent alors que les dieux là-bas les astres sont immortels pour ne pas oublier ces croyances à l'époque Galilée a eu beaucoup de difficultés en disant simplement qu'il y avait des montagnes et des aspérités sur la lune car c'était dire que le dieu était rugueux ce n'est pas possible c'est pas ?
1:30:04 des creux et des bosses comme ça chez les dieux bon donc il écrit on ne saurait dire de la terre que Nicolas de Cues lui balaye tout ça déjà avant Copernic en disant on ne saurait dire de la terre qu'elle est de nature basse elle est dans son genre aussi parfaite que le soleil dans le sien c'est déjà une révolution un début de révolution on ne saurait opposer c'est toujours Nicolas qui parle un soleil lumineux à une terre sombre de même met-il en question la position de la terre comme centre du monde sublunaire car dit-il et déjà c'est audacieux il n'existe pas de centre Copernic quant à lui va élargir la bulle du monde il établira vous voyez il établira que son diamètre est au moins 2000 fois plus grand que ne le pensait le Moyen-Âge et il l'évalue à 20 000 rayons terrestres soit 200 millions de kilomètres c'est fort il n'y avait pas la lunette de Galilée il n'y avait pas de télescope à l'époque c'est très fort je pourrais vraiment être génial et observateur et calculateur mais enfler la bulle n'est pas la même chose que la concevoir comme infinie et s'il Copernic montre que la Terre est en mouvement le monde reste conçu
1:31:15 par lui comme fini entouré de la sphère des étoiles fixes dont le centre le soleil qui il cite Copernic reposant sur le trône royal voyez comment s'éloigne le discours scientifique reposant sur le trône royal où gouverne la famille des astres qui l'entourent Kepler restera dans la même conception héliocentrique soleil au centre et dans la même idée d'un univers fini il écrit à propos de la thèse de Giordano Bruno celui qui a osé dire le premier que l'univers était infini et qu'il a tellement maintenu au lieu d'avoir la prudence bien italienne de Galilée qu'il a été brûlé en place publique n'est-ce pas il écrit à propos de la thèse de Giordano Bruno mystique de l'idée d'un univers infini et qui en mourra sur le bûcher cette pensée porte en elle je ne sais quelle horreur secrète elle ne peut pas être vraie parce qu'elle est horrible vous voyez vous voyez quelque chose qui est refoulé là le sujet s'oppose à lui-même le sujet qu'il veut connaître et Kepler est un des plus grands savants de tous les temps Kepler a fait des pas de géant dans notre connaissance des trajectoires des planètes mais il a des résistances intérieures qui ne sont pas de l'ordre des sciences dures l'objet des sciences dures
1:32:25 n'est pas de savoir pourquoi Kepler a une telle horreur de l'idée jordanienne brunienne n'est-ce pas d'un univers décentré n'est-ce pas cette pensée porte en elle je ne sais quelle horreur secrète en effet on se trouve errant dans cette immensité à laquelle sont déniées toutes limites tout centre et par là même tout lieu déterminé ben là vous avez la société civile bourgeoise qui est en marche vous avez déjà ce qu'un romancier du XXe siècle je pense à Musil appellera l'homme sans qualité l'homme moderne et un personnage c'est Dostoïevski toujours romancier contemporain pratiquement enfin du monde moderne post-industriel un personnage qui dira mais alors si Dieu n'existe pas tout est permis décentrage moral décentrage physique vous voyez c'est pas du tout l'idée de Dostoïevski c'est un de ses personnages mais très vite on renoncera à l'idée de la sphère des fixes que les étoiles se distribueront dans un univers qui passe de l'immense à l'infini c'est Descartes qui donnera l'édifice métaphysique de la conception nouvelle du monde alors là Descartes il systématise tous ses acquis sachez donc premièrement
Descartes et les lois de la nature dans l'espace homogène
1:33:35 que par la nature je n'entends point ici quelques déesses ou quelques autres sortes de puissances imaginaires mais je me sers on est loin de Mamagaia quand on nous rabâche les oreilles tous les jours dans toutes les publications mais je me sers de ce mot pour signifier la matière même intéressant parce que on reviendra sur cette confusion de nature et de matière d'ailleurs quelque point important je m'en sers pour signifier la matière même en tant que je la considère avec toutes les qualités que je lui ai attribuées comprises toutes ensemble et sous cette condition que Dieu continue de la conserver en la même façon qu'il l'a créée Descartes est le premier qui formulent le principe d'inertie non pas qu'il le conçoit c'est Galilée mais qu'il le formule avec règle je vous rappelle que ce principe s'énonce à peu près comme ceci un corps qui n'est soumis à aucune force donc il n'est fait d'aucun changement dans l'extérieur un corps qui n'est soumis à aucune force est soit au repos soit animé d'un mouvement rectiligne uniforme donc et sous cette condition
1:34:45 que Dieu continue de la conserver en la même façon qu'il l'a créée car de cela seul qu'il continue ainsi de la conserver il suit de nécessité et non pas possible voire réelle mais nécessité qu'il doit y avoir plusieurs changements en ces parties lesquelles ne pouvant ce me semble être proprement attribuées à l'action de Dieu parce qu'elles ne changent point je les attribue à la nature autrement dit Dieu a créé le monde après une fois qu'il a comme disait Pascal ironiquement que Dieu a donné la chiquenaude qui crée le monde le géomètre et l'astronome peuvent rendre compte à peu près de tout et les règles suivant lesquelles se font ces changements je les nomme lois de la nature les lois de la nature telles qu'il les définit lesquelles ne sont donc pas autre chose que les règles qui régissent à l'espace c'est la fin je vous rassure homogène telle que le conçoivent les géomètres ce n'est pas seulement l'image structurelle de l'univers qui se trouve profondément modifiée par la physique mécaniste il n'y a plus un espace sacré un espace profane homogène ce n'est pas seulement l'image structurelle de l'univers qui se trouve profondément modifiée par la physique mécaniste mais aussi
Science veut dire savoir : une même exigence de rigueur
1:35:55 l'idée même de son devenir et des changements constants qui se produisent en lui la nature n'invente rien des phénomènes seulement y apparaissent qui sont explicables par telle loi simple et de la j'arrête là mon incursion dans un très rapide survol et on s'apesantira sur certains moments plus importants de l'histoire de l'émergence de la pensée scientifique mais ce que le quotient et l'enjeu philosophique que je rappelle et que je maintiens et qu'il ne faudra pas oublier au fur et à mesure que nous entamons ce nouveau cycle c'est que science c'est la nature science de l'histoire science dure il n'y a que la nature que les sciences dures ont trouvé un domaine d'application de manière systématique ne me dites pas et la démographie la démographie n'est pas une science de l'homme mais une science de la nature c'est des raisons naturelles pour lesquelles il y a à peu près autant d'hommes que de femmes donc la différence traverse l'homme il n'est pas question de découpler l'homme de la nature mais de découpler ce qui est proprement humain de la nature et ce qui est bien différent
1:37:05 il n'y a pas que le proprement humain dans l'homme le fait que je digère je le partage avec le manouk donc ce qu'il ne faut pas oublier c'est ça c'est l'essentiel de l'enjeu c'est que science de la nature ou science humaine ou science de l'histoire ou science sociale comme on voudra l'invariant vous venez de l'entendre c'est le mot science il s'y rappelle encore il faut être à l'écoute du mot plutôt que de parler à sa place skire s-c-i-r-e skire en latin veut dire savoir c'est tout donc quelqu'un qui dit je connais la somme de deux et deux je sais combien ça fait ça fait cinq en fait il ne la connaît pas il ne la sait pas autrement dit un savoir il n'y a pas de savoir non vrai ce qu'il y a dans nos esprits qu'on imagine être un savoir mais qui se rapporte à ce qui s'avérera par telle ou telle avancée scientifique ou telle démonstration être faux n'est pas un savoir il relève il retombe dans le champ de la doxa de l'opinion c'est important
1:38:15 nous avons un point commun avec les sciences le vieux compagnonnage du philosophe et du mathématicien on a vu aussi du poète mais du mathématicien c'est cette même exigence de rigueur même si ce n'est pas du tout la même rigueur et qu'elle ne se rapporte surtout pas au même domaine ce n'est pas le domaine des objets déterminés par des lois mais d'un homme un peu mariole un sujet et qui en tant que sujet fait des siennes et s'oppose quelque part à la connaissance il n'a pas la passivité de l'objet c'est mon premier rappel avant de conclure cette ouverture et le second qui est au moins aussi important c'est de rappeler que dans cette grande division il y a savoir dans les deux cas savoir des objets du côté des sciences dures et savoir se rapporte dans un sujet dans le cas de ce qui nous occupe il y a bien une même rigueur
1:39:25 mais cette rigueur il faut la prendre en flagrant délit si on veut essayer de faire en sorte de prouver dans ma question initiale qu'elle est réelle il ne s'agit pas comme Kant de dire Newton c'est possible c'est réel il n'y a rien à dire ça a fait ses preuves les éclipses sont prévues Mars et toi en les vues tac tac tac il y a quelques petits retards un film sur Mercure on en parlera plus tard mais voilà il y a une prédictibilité extraordinaire à partir de extrêmement simple à l'arrivée c'est par les calculs compliqués la scientificité de la physique est réelle à partir du 16e et 17e siècle par contre il faut se demander pour Kant comment ça a été possible nous on a le problème inverse je parle du fait qu'elles sont réelles je parle du fait que non seulement elles sont possibles mais qu'elles peuvent être réelles comment peuvent-elles être réelles et pour ça il faut que je montre que ça existe déjà qu'il suffit d'analyser
1:40:37 au sens scientifique comme on analyse l'eau on trouve de l'hydrogène et de l'oxygène décomposé en parties élémentaires d'analyser les productions d'un sujet non pas le rayonnement de l'étoile Bételgeuse mais d'appréhender la logique à l'oeuvre dans les productions d'un sujet pour être scientifique c'est-à-dire non pas spéculer sur ce que doit être un sujet sur ce que doit être sa pensée enfin tout ce qui serait invisible non de le prendre en flagrant délit comme je le fais pour des textes et je donnerai un dernier exemple et c'est ça qui me fera conclure et vous voyez que je passe mon temps à anticiper un futur du cycle qui s'ouvre mais de remonter à l'origine de nos causeries c'est que dès mes premières causeries j'ai cité ce vers de Rimbaud extrait du Bateau ivre l'aube exaltée ainsi qu'un peuple des colombes je vous rappelle une démonstration très rapide alors qu'il n'en est rien à la beauté du vers mais qui montre à quel point
L'aube exaltée de Rimbaud : une rigueur comme une équation
1:41:47 elle est rigoureuse comme une équation alors qu'on se dit comment il m'aurait dit il est noir comme l'ébène là je comprends l'aube exaltée ainsi qu'un peuple de colombes ainsi que on peut le remplacer par permutation par comme par à l'image de comme de même que quand on dit ainsi que c'est qu'on fait une identification une comparaison or je vois pas ce cadre commun entre l'aube et un vol de colombe et en analysant on s'aperçoit que l'aube est une variation de alba qui veut dire blanc albinos attendez on n'a pas fait de latin tout cela enfin quand même et puis on n'est pas obligé de savoir que aube est le pluriel de al justement je vais montrer qui est le poète joue complètement inconsciemment avec l'inconscient linguistique il suffit d'être francophone même pas français un francophone congolais un francophone vietnamien peu importe il suffit il en reste pour réaliser qu'il y a
1:42:59 dans la langue toute une série de termes où il y a ce radical albâtre albinos albumine vous pouvez vous y prendre comme vous voulez je suis sûr que vous en trouverez plus que moi selon vos spécialités respectives et donc aube va être lié à blanc et quand Hugo un autre poète dit à l'heure où l'aube blanchit la campagne il n'est pas en train de faire de l'astronomie il n'est pas en train de décrire ce qu'on voit elle n'est pas blanche l'horizon il n'est pas blanc à l'aube il est plutôt rose etc mais c'est parce que le mot aube nous tire vers la blancheur c'est une autre logique voilà je n'ai pas tout à fait terminé avec ce vers déjà il y a un point commun entre aube et colombe c'est la couleur blanche entre les deux parties à gauche et à droite ainsi que on est dans la rigueur et en plus c'est pas seulement ça ainsi qu'un peuple de colombe vous voyez l'envol des colombes l'envol c'est la ligne du bas vers le haut et l'aube c'est quoi ?
1:44:03 c'est quand le soleil se lève on dirait qu'il interprète là non non non l'aube exaltée altée c'est alto ça veut dire aller en haut j'analyse je n'interprète pas j'analyse mais j'analyse quoi ? non pas une éruption volcanique non pas une éclipse de lune que c'est son exos précieux à étudier non j'analyse l'expression d'un sujet et je vois se mettre en place des lois des rigueurs que l'élévation est plus valorisée que l'abaissement mais je vous l'avais dit une fois regardez rien que dans la langue la nôtre mais dans toutes les langues c'est pareil il y a une distribution des valeurs entre le bas et le haut traîner quelqu'un dans la fange la fange c'est ce qui est sous nos pieds au contraire tenir le haut du pavé ou de dire à quelqu'un quelle bassesse de caractère quelle hauteur de vue là il y a des distributions de valeurs qui ne doivent rien à la physique et qui se moquent pas mal du haut et du bas on le sait depuis longtemps
1:45:13 maintenant en science n'est-ce pas ? voilà je m'arrête sur cet exemple pour vous montrer qu'il y a de quoi faire s'il y a une telle rigueur à l'œuvre et si le vers l'énoncé rimbaldien s'est acheminé presque vers l'équation puisque maintenant on a à gauche et à droite de l'ainsi que des termes identiques comme dans les deux membres d'une équation il y a de l'espoir camarade voilà et donc je vous dis à la prochaine fois il faut qu'on fasse ce chemin ensemble il y en a difficilement à se construire un grand