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L'humour, le temple grec et la cathédrale gothique
0:00 Malgré tout, vous avez un petit esprit un peu plaisantin. Justement, je vais essayer de justifier, de montrer que ce n'est pas seulement un travers personnel, mais que ça correspond à une exigence objective de la pensée et de la culture, d'après Hegel en tout cas.
0:44 Toujours est-il que chez lui, en tout cas, tous les cycles esthétiques, vous savez, il a fait une esthétique en quatre volumes, qui est la première grande esthétique d'histoire philosophique posée comme telle. Le phèdre, il manquait de Platon, l'admirable esthétique, qui s'ignore parce que la discipline n'avait pas encore son autonomie, bien sûr. Hegel disait lui-même que la première esthétique digne d'un philosophe, c'était la critique du jugement de Kant, le chef d'œuvre de Kant, la dernière critique, comme on dit, juste avant lui-même. D'ailleurs, quand un étudiant venait lui dire, « Monsieur, je suis perdu, je ne comprends plus rien dans votre labyrinthe. »
1:17 Je vous le dis parce que ça peut servir, on est tous plus ou moins perdus de temps en temps. Si ça peut vous rassurer, on est tous passé par là et on repasse par là. Il lui disait : commencer par la critique du jugement. Vous voyez, c'est le conseil qu'il donnait, si vous voulez bien commencer en philosophie. Pour quelqu'un qui a beaucoup écrit contre Kant, quel hommage quand même, commencer par la critique du jugement. Voilà. Donc, justement, je fais cette petite observation liminaire, parce qu'on a parlé de pas mal de Kant aujourd'hui.
1:47 Hegel, qui n'a pas l'impression d'un rigolo, pourtant, a créé une esthétique dans laquelle il y a toujours beaucoup de distribution des prix. Même si les auteurs s'en défendent, même s'ils disent qu'ils essaient d'être objectifs, etc. Il y a toujours des musiques qu'il loue et d'autres qu'il blâme, ou des peintures, ou des textes, etc. Bref. Et Hegel montre dans son esthétique que tous les cycles esthétiques se terminent par l'humour.
2:19 Que ce soit le monde grec, le monde grec culmine dans l'art dramatique, je crois qu'on l'avait un peu esquissé la dernière fois, on va d'ailleurs comprendre ça aujourd'hui. L'art dramatique qui contient à la fois tous les arts, la plastique, la danse, la parole, le texte, la présentation, la scansion, donc la musique, la rythmique. D'ailleurs, l'art dramatique s'appelait musique, chez les grecs tout simplement. Wagner s'en est beaucoup servi pour justifier sa conception de l'œuvre d'art total.
2:51 Chaque fois qu'on pense à l'œuvre d'art total, chacun se réclame bien sûr des grecs. C'est-à-dire, aujourd'hui, ce sera le cinéma, si vous voulez, qui réunit à la fois la plastique, la musique, le contenu, et l'obscurité en plus. On va voir que ce n'est pas tout à fait un hasard. Plutôt que d'envoyer plus tard, d'ailleurs, le fait que ce n'est pas un hasard, je vais l'illustrer tout de suite, parce que c'est un détour rapide, dans cette esthétique précisément que je vous recommande, c'est un superbe livre, mais si ça paraît un peu long, à un moment donné, et il parle de la cathédrale, la cathédrale chrétienne-gothique, il parle de l'église romane, la cathédrale-gothique, et il fait une comparaison avec le temple grec, le porté nord.
3:36 Il y a tout un ensemble de symétries, d'oppositions symétriques, ce qui est en même, où il montre, par exemple, que le rapport du vertical et de l'horizontal est inverse, c'est un et deux cas, le temple grec tempère, modère, la verticalité des colonnes, par le linteau, par le tympan, par la mesure. Ça, c'est le souci des grecs de ne pas sombrer dans l'hubris, vous savez, ce qui était la pire des fautes pour eux, quand hybride, monstrueux, vient de là, l'hubris, c'est-à-dire comme la démesure, c'est la meilleure traduction mot-à-mouffre, quand on franchit la limite.
4:14 Lorsque Phèdre, dans Racine, Dieux ! que ne suis-je assise à l'ombre des forêts, suivant de l'œil un char fuyant dans la carrière, elle est dans l'hubris, parce qu'une reine doit rester à la cour, dans la lumière, dans le foyer, et non pas rêver d'être dans la forêt à courser des sangliers près d'Hippolyte. Et quand Hippolyte, dès le premier vers, le premier vers, dit, le dessein en est pris, je pars, cher Théramène, il est cuit. Parce que vous savez comme moi que la tragédie classique suppose une unité de lieu. Il ne peut donc pas partir. Vous savez comme moi qu'il mourra avant la fin de la pièce.
4:46 Mais dès le départ, il est en danger. Parce qu'il est, d'ailleurs, Racine fait allusion aux voiles qui sont gonflés dans le port, prêts à vous recevoir, nos vaisseaux vous attendent du pied de l'autel, vous y pouvez monter sous le règne des mers qui vous doivent porter. Donc, on est tout le temps à la limite de transgresser l'unité de lieu, vous voyez, à la limite de l'hubris. Et, dans le cas qui nous occupe, donc, l'hubris, c'est-à-dire d'aller vers le haut, d'aller vers le divin, c'est exactement l'inverse du christianisme.
5:19 C'est important pour comprendre la suite, je vous ai dit la dernière fois, on s'est dit là-dessus, que toutes les oppositions conduites dans les Galédimes, si on ne veut pas s'y perdre comme dans un labyrinthe, justement, il y avait un bon repère, c'était le petit texte d'Hyppolite que je vous avais lu sur le quatrième de couverture des principes de la philosophie du droit, Hyppolite, celui-là même qui a traduit la phénoménologie d'esprit en français avant la guerre, où il disait, on ne peut pas être d'accord avec les solutions que Hegel propose, mais il faut reconnaître que les problèmes qu'il a posés sont, par excellence, les nôtres de la modernité, c'est-à-dire l'opposition du monde grec, de la cité, dans laquelle le politique, ce qui est ici-bas, est le but de mon monde.
5:55 Le pire pour un grec, c'est d'être exclu de la cité, d'être banni. C'est-à-dire, c'est-à-dire qu'on condamne celui qui a commis le crime le plus monstrueux, Oedipe. On ne le coupe pas en morceaux. On sait qu'il est grec et qu'il va le plus souffrir, c'est d'être hors de la cité. Il n'y a pas plus anti-écologique que cette cité, n'est-ce pas ? Je vais dire, je n'ai rien contre, encore une fois, contre mon environnement, mais je vais dire contre le naturalisme écologique, puisque chez les grecs, on s'évade de la nature dans la cité, c'est tout le contraire du monde moderne, n'est-ce pas ?
6:26 Et donc, il y a d'un côté ce monde grec, et puis le monde chrétien, qui visent un au-delà, au contraire, et où l'être devient essence, pour parler en termes hégélien, je vais dire un être qui est au-delà de l'être. Et donc, cette comparaison, il dit à un moment donné que la lumière, dans le Parthénon, l'essentiel, dans le temple grec en général, et d'ailleurs dans l'esthétique grecque en général, l'essentiel est ce qu'on voit de l'extérieur. On n'a pas la révélation de la beauté du Parthénon quand on entre dedans.
6:58 Qu'est-ce qu'il y avait dedans ? Pas grand-chose. Un autel où on sacrifiait un bouc et quelques vestales. Mais par contre, il dit dans la cathédrale, l'essentiel est à l'intérieur. Même si elle est splendide, l'extérieur, l'essentiel, c'est intérieur, les vitraux, le sacré cœur, le tabernacle, tout est à l'intérieur. C'est le monde de l'intériorité, vous voyez ? C'est une belle opposition, où la lumière d'Apollon, celle du monde grec, est filtrée par les vitraux, il y a une très belle analyse, de sorte que c'est la lumière de l'âme qui rayonne dans la cathédrale. Et si on ne comprend pas visuellement, encore que ça soit assez simple, cette opposition, il n'y a qu'à écouter la musique sacrée, en particulier celle de Bach, en particulier, de l'assidération chrétienne, pour voir à quel point il a raison sur ce plan-là.
7:39 Donc, cette opposition, qui me paraissait fondamentale, on l'a traitée en termes un peu généraux, et la dernière fois, on s'est quitté sur l'engagement qu'aujourd'hui on rentrerait dans le vif du sujet en essayant de suivre la trace un petit peu le texte. Et en particulier le texte de l'introduction. Comme je vous l'ai signalé la dernière fois, la phénoménologie est précédée par deux textes très importants. La préface, bien sûr, la célèbre préface dont je vous rappelle qu'il existe une édition à part, pour ceux qui voudraient l'emporter toute seule sans lieu de volume.
Une anti-introduction : pas de méthode séparée du contenu
8:21 Et cette préface est suivie d'une introduction. Alors, ça ne fait pas double emploi, ce n'est pas préface 1, préface 2. Alors, la préface, je vous rappelle, et c'est ce qu'elle dit dès le début, c'est une préface, une antipréface, si vous préférez, puisque Hegel passe son temps à dire, voilà à quoi ne doit pas servir une préface, en général et surtout pas en philosophie. À savoir résumer l'essentiel en une phrase, etc. C'est comme si en une phrase, on allait avoir l'abstraction de la phrase et serait elle-même une trahison du vrai qui est toujours concret pour lui, n'est-ce pas ?
9:05 Donc, c'est ça. Et après avoir montré que la préface est une antipréface, nous allons voir une introduction, une anti-introduction, ce n'est pas pour nous embêter qu'il fait ça, à savoir qu'une introduction, on me dit, bon, il serait peut-être temps de parler de la méthode que je vais suivre, dit Hegel. Or, ce qui est typiquement Hegelien, c'est précisément de montrer qu'il est oiseux de séparer la méthode du contenu. Et vouloir isoler une méthodologie, c'est très actuel dans les sciences humaines, ce que je dis, ça fait 50 ans qu'on en débat, c'est problématique très actuelle, vouloir isoler une méthodologie de son contenu au lieu de la faire, et c'est plutôt son approche, oui, je n'ai pas dit méthode, de la faire affleurer dans le traitement du contenu lui-même, c'est un peu ce que fait le bébé, vous voyez, travailler la méthode indépendamment du contenu, c'est un petit peu, vous savez, la fameuse caricature de celui qui veut apprendre à nager sans aller à l'eau, n'est-ce pas ?
10:06 Eh bien, vous savez, les bébés, c'est bien connu, et vraiment, dès qu'on les jette dans l'eau, instinctivement, c'est dans l'apparition du contenu, ici, le danger que représente la noyade, qui ont immédiatement des excellents instincts de bloquer les nasaux, de... Voilà. La réclame des viands, on dit beaucoup plus là-dessus, que... Oui, mais je ne sais pas. Même si elle exagère un petit peu. Voilà. Pour les besoins de la cause. Donc, aujourd'hui, c'est l'introduction, et dans l'introduction, qui n'aurait pas dû exister, puisque Hegel dit dans la préface qu'il n'y a pas d'introduction au savoir, il faut, tac, aller dans ce qu'il appelle...
10:40 directement, ce qu'il appelle la chose même, die Sache selbst. Je le dis en allemand, pas pour snobber, chaque fois que je fais une intervention en allemand, je ne suis pas de l'école heideggérienne, je ne trouble pas les eaux pour qu'elles semblent profondes, c'est simplement parce que... Je mets en garde contre une terminologie qui concerne le mot chose. Quand il dit la chose même avec le Sache, c'est l'équivalent du latin causa, ce qui est en cause. L'objet un peu de notre réflexion, vous voyez, ce n'est pas la chose au sens de ceci, celui...
11:12 Ça, en allemand, se dit DING, qui donne un thing, anglais, bien sûr. res. Voilà, res, exactement. res contre causa. On est bien d'accord, exactement. Donc, la chose même, c'est plutôt causa, plutôt que res qui donne réalité, réifier, réification, etc. Dans cette introduction, donc, pourquoi il l'a fait quand même ? Il y a un malaise, là, chez Hegel, un malaise, un léger malaise. Une apparente petite contradiction. Eh bien, cette contradiction, justement, elle est issue de son rapport lui-même ambivalent dans l'œuvre. C'est pour ça que je me permets de le faire ressortir ici pour vous, pour que ce soit bien clair.
11:47 Son ambivalence à l'égard de l'entendement. On a déjà parlé de l'entendement, surtout dans la deuxième séance, et encore plus aujourd'hui, vous allez voir, parce que pour ceux qui sont un petit peu initiés et qui ont des réflexes dans les études hégéliennes, l'entendement, il pense à Kant et Fichte, bien sûr. L'intuition, c'est romantique, c'est Schelling, etc. Plus tard, Schopenhauer, Nietzsche, etc. L'intuition esthétique. Par contre, l'entendement, la réflexion, le concept, le rationalisme desséché, entre guillemets, etc. Là, c'est Kant et Fichte. Et nous savons que Hegel a passé sa vie à détouriller la synthèse de ces deux approches.
12:21 Alors, pourquoi je reparle de l'entendement ? Parce que, vous voyez, commençons tout de suite par le début de l'introduction, plutôt que de l'introduire. Vous avez immédiatement ceci. Il est naturel de supposer qu'avant d'affronter en philosophie la chose même, la voilà, disant, c'est-à-dire la connaissance effectivement réelle, pour ceux qui suivent, on est libre, de ne pas suivre, on en est en vacances.
12:51 De toute façon, je me répète, pour ceux qui n'ont pas tout suivi. Je parle vite, mais la rapidité pallie le débit. La connaissance effectivement réelle, c'est la traduction un peu laborieuse dans ce cher Hyppolite, pour traduire Wirklichkeit, ce mot par lequel on traduit réalité chez Hegel, mais je vous avais signalé que quand il dit réel, il faut bien regarder le texte allemand, parce que tantôt, c'est la réalité, ça, c'est la racine latine, romane, que c'est la réalité au sens courant, ce qu'on appelle le sensible en philosophie, ce qu'on touche en ce que nous voyons, et qui est loin, penser à la science.
13:31 Ça fait quand même cinq siècles que les sciences dures nous montrent qu'on est bien loin de la réalité, en ouvrant les yeux, et ce n'est pas avec la truffe, n'est-ce pas, que le réel va venir dans notre cerveau, n'est-ce pas, et surtout pas les équations du cinquième degré. Et donc, le... Lorsque c'est la réalité effective, comme il dit, c'est-à-dire celle qu'on obtient par le détour de l'abstraction, en se méfiant du sensible, et en étant rigoureux dans ses énoncés, là, il prend le mot Wirklichkeit, qui vient de Wirken, qui veut dire œuvrer, travailler, et que vous trouvez dans le work anglais, c'est un rappel par rapport à la dernière fois, tout simplement.
14:14 Donc, il dit réalité effective, Hyppolite essaie de rendre en effet ce côté efficace, n'est-ce pas, de la réalité véritable. Pour résumer l'essentiel de ce que je viens de dire sur les deux sens de réalité, disons qu'entre réalité et Wirklichkeit, tout le chemin, tout l'itinéraire du savoir consiste à partir d'une réalité qui se donne immédiatement, et qui est la réalité, et qui est la plus fausse, la plus abstraite, ce que nous allons le voir bientôt, et de s'acheminer vers la réalité effective, qui est la plus riche et la plus concrète, mais concrète ne veut pas dire ici qu'on touche et qu'on voit, car ça, c'est encore très abstrait.
La connaissance comme instrument ou comme milieu
14:53 Je crois qu'il y a du plein et pensé, alors qu'il y a beaucoup plus de vides que de pleins, tous les atomistes le savent là-dedans. Donc, il est naturel de supposer qu'avant d'affronter en philosophie la chose même, c'est-à-dire la connaissance effectivement réelle de ce qui est en vérité, on doit préalablement s'entendre sur la connaissance qu'on considère comme l'instrument à l'aide duquel on s'empare de l'absolu, ou comme le moyen grâce auquel on l'aperçoit. L'instrument. Voilà la méthode. Donc, il est naturel, il dit ça et il sait bien que il va bientôt dire le contraire.
15:26 Mais, il prend acte du fait que on se pose la question comme ça, quelle est votre méthode ? Et la méthode, c'est l'instrument. Ça, c'est une vieille tradition. Instrument, outil, organe. Je vous rappelle que la première logique ou méthodologie apparue dans l'histoire de la philosophie, c'est la fameuse logique d'Aristote. Aristote disait à ses élèves, vous êtes des nouveaux venus, vous êtes des débutants, il faut commencer par la logique. Après, on va faire la physique, et puis pour ceux qui sont forts, on va faire ce qui est après la physique, c'est-à-dire ce qui est méta-physique.
15:59 Le système d'Aristote qui est très cohérent. Et la logique, pour les débutants, les catégories, les premiers analytiques, on n'est pas là pour exposer toute la logique d'Aristote, mais il fallait commencer par là. Quel est le mot grec dans ce système d'Aristote pour dire la logique ? Organon. Donc, ne vous inquiétez pas, tout ça, c'est du même ordre. Un organe, un outil, un outil, pardon, une méthode, c'est le moyen. Il est normal que vous entrez en classe de travaux pratiques dans un LEP, je ne sais plus si ça s'appelle comme ça, un collège technique, et avant de fabriquer des objets, on va apprendre à se servir des outils avec lesquels on fabrique ces objets.
16:38 Vous savez, ils apprennent à limer d'abord avec une lime, c'est un mur. Donc, il semble qu'on devrait faire pareil en philosophie, et commencer par étudier l'instrument qui va nous servir pour appréhender le contenu. Une telle préoccupation semble justifiée en partie parce qu'il pourrait y avoir diverses espèces de connaissances et que dans le nombre, l'une pourrait être mieux adaptée que l'autre pour atteindre ce but final. On n'enfonce pas un clou avec un tournevis. Justifiée, donc, on peut, mais ce n'est pas indiqué.
17:08 À la fin, cette préoccupation doit se transformer en la conviction que toute entreprise de gagner à la conscience ce qui est en soi par la médiation de la connaissance est dans son concept un contresens et qu'il y a entre la connaissance et la vérité une ligne de démarcation très nette. car si la connaissance est l'instrument pour s'emparer de l'essence il vient de suite à l'esprit que l'application d'un instrument à une chose ne la laisse pas comme elle est. Hegel fait surgir un problème.
17:38 Si on a la conception de la connaissance au travers de la métaphore de l'instrument ou du milieu ça revient au même je vais vous donner quelques détails sur le milieu après mais ça revient au même bref comme un moyen on retrouve le médium milieu on est déjà en dehors du vrai Hegel parce qu'il est bien évident qu'un outil laisse sa trace sur l'objet c'est comme si avec un projecteur j'éclairais les objets dans les ténèbres et en les éclairant avec 2000 3000 6000 watts et plus pour voir comment ils sont quand je ne suis pas là pour les voir comment ils sont en soi c'est contradictoire plus je les éclaire moins je les vois comme ils étaient avant que je les éclaire je dirais même que cette contradiction c'est pas seulement du bavardage philosophique mais il a été élevé au rang de loi par la physique contemporaine dans les fameuses relations d'incertitude de Heisenberg le physicien allemand dont je dénonçais le nazisme l'autre jour mais qui n'en est pas moins un très grand physicien qui était l'école de Niels Bohr tout simplement en physique ça c'est une belle recommandation Niels Bohr le Danois à l'école de Copenhague c'est en gros la conception qu'on a aujourd'hui de l'atome de la mécanique quantique en gros qui est sortie
18:48 de cette époque là c'est avec les deux grands apports de la physique contemporaine et de grandes révolutions fondamentales qui sont produites au début du XXe siècle il n'y en a pas eu depuis on y reviendra un peu inquiétant vu le nombre de révolutions qu'il y a eu avant ça semblait s'accélérer puis ça stagne au début du XXe siècle je parle du physique fondamentale bien sûr la technologie vous avez des nouveautés tous les jours c'est la relativité d'Einstein bien sûr et la mécanique quantique or ce que montrent les relations d'incertitude ce que démontrent pas seulement montré les relations d'incertitude de Heisenberg c'est qu'on ne peut pas connaître à la fois la position d'une particule et sa vitesse vérifiée tous les jours dans les accélérateurs je fais ce détour un peu parce que je ne sais pas si quelques-uns quelques-unes d'entre vous ont suivi mais il vient d'y avoir un très grand événement dans l'univers silencieux de la recherche fondamentale au point que même le monde lui a consacré un article dans une première page si le monde parle de choses sérieuses ou bateau c'est la découverte entre guillemets on aurait enfin découvert le boson de Higgs vous n'avez pas vu ça dans l'actualité ?
19:53 Vous avez vu ? Oui Nous ne nous égarons pas ça nous éliminerait grosso modo toute la physique contemporaine avec une modélisation mathématique comme tout ce qui est sérieux dans la science depuis Galilée on y reviendra par contre des considérations épistémologiques et la modélisation mathématique d'aujourd'hui ne marche que s'il existe le boson de Higgs mais qui n'a pas vu dans l'existence n'avait jamais été avéré empiriquement jusque là donc il semble qu'il y a quelques semaines on l'a mesuré pendant quelques millionièmes de secondes donc il commence à accéder un peu à l'existence je ne suis pas physicien je ne tranche pas parce qu'il paraît qu'il manque encore un mille millionième de décimale je ne sais pas quoi pour s'assurer qu'il existe bien c'est pour vous dire qu'on ne peut pas connaître en même temps la vitesse et la position d'une particule or de toute la mécanique classique et encore maintenant avec les GPS pour repérer où est la voiture du président au service de sécurité quand on a la position et la vitesse on repère un mobile où qu'il soit dans le plan dans l'espace n'est-ce pas et là on ne peut pas pourquoi ?
20:54 pour repérer sa position il faut bien que je l'éclaire et quand je l'éclaire je le bombarde de particules lumineuses de photons et du coup je modifie sa vitesse donc c'est pas que sa vitesse est tellement complexe à déterminer que toute notre science n'arrive pas tout à fait ne fait que s'en approcher c'est pas ça ça c'est une illusion c'est notre attitude de vouloir le connaître qui modifie sa vitesse ce qui est beaucoup plus grave le sujet ici intervient directement dans la nature de l'objet c'est exactement ce que Hegel dit un instrument n'est pas sans effet sur l'objet pour lequel on l'exerce donc il fait allusion à quoi ?
L'esprit miroir et l'empirisme d'Aristote
21:37 il fait allusion à Kant voilà on y rentre c'est que le grand apport kantien à la philosophie et dont Hegel se réclame et passe son temps à dire qu'il le prolonge je vous dirai après que les extraits la correspondance entre les trois amis et Hölderlin pour voir à quel point Kant était la référence absolue pour eux ce que Kant a montré c'est que l'ancienne conception des rapports sujet-objet de toute la philosophie jusqu'à lui jusqu'à ce qu'il appelle toute modestie la révolution copernicienne c'est quoi bien qui l'a fait commencer en gros avec l'apparition de ce qu'on appellerait aujourd'hui les sciences dures de la science moderne du monde se représenter le sujet enfin le moi le moi de la pensée bien sûr je ne parle pas ici du moi psychologique ou romanesque mais du moi abstrait le moi qui est le même en chacun de nous tous quand Descartes dit cogito il ne s'agit plus de René Descartes gentilhomme poitevin on s'en fout il décrit une expérience auxquelles chacun de nous peut arriver on lira Descartes tout à l'heure et vous verrez qu'il est très démocratique pour ça je veux dire on le suit à chaque instant et on peut intérioriser ce moi-là
22:48 c'est un moi personnel donc le moi du philosophe est vu à travers l'image du miroir vous voyez quand Aristote qui est le père de l'empirisme c'est-à-dire que en gros c'est saint Thomas l'empiriste je ne crois que ce que je touche tout ce que je vois je ridiculise ici et je simplifie énormément un des penseurs les plus complexes les plus profonds de tous les temps qui est Aristote mais grosso modo vous connaissez tous ce tableau de Raphaël il y en a une reproduction à la bibliothèque Sainte-Geneviève dans le hall n'est-ce pas où on voit qui représente l'académie c'est-à-dire l'école de Platon où Aristote est resté 30 ans il n'est pas oublié vous connaissez bien Platon donc où on voit Platon et Aristote descendre l'escalier de l'académie c'est une vision très néo-antique renaissance comme ça et on voit Platon comme ça avec l'index vers le haut vers le monde des idées vers l'empyrée bien sûr vers ce que Mallarmé appellera plus tard le ciel antérieur où fleurit la beauté et Aristote calme comme ça restons sur terre au plancher des vaches etc.
23:45 Aristote et puis Platon était plus attiré vers les mathématiques dans les sciences Aristote vers la biologie qui est plus expérimentale plus empirique vous voyez et comme il avait été le précepteur d'Alexandre drôle de couple le plus grand philosophe de son temps et le plus grand capitaine de son temps drôle de couple quand Alexandre partait pour ses expéditions en Orient Aristote le flanquait de gens à lui pour ramener des échantillons de ces régions inconnues oui oui d'animaux et encore maintenant il y a quelques autant il y a quelque chose un peu délirante bien sûr par contre il y a des études qui font encore autorité sur le galéo ou chien de mer si je me souviens bien et sur le déplacement du plancton quand même c'est un observateur voilà alors que Platon vous allez dire vers les abstractions mathématiques du monde des idées que nul n'entre ici s'il n'est géomètre il avait écrit à l'entrée de sa maison c'est une vision qu'on retrouve souvent donc Kant dit mais l'esprit cette conception-là aristotélicienne qui consiste à dire formule qui sera reprise pendant tout le Moyen-Âge par la scolastique nihil est in intellectu quod prius fuerit in sensu il n'est rien dans l'esprit qui ne soit d'abord passé par les sens il faut bien noter cette phrase parce que si on vous parle un jour de l'empirisme du réalisme
24:55 au sens courant je veux dire cette phrase sert de fondement il n'y a pas besoin de chercher ailleurs ou d'étayer si vous tirez de cette phrase tout ce qu'elle dit vous avez toutes les théories empiristes dans l'ordre je m'explique il n'est rien dans l'esprit qui ne soit d'abord passé par les sens ça veut dire il ne peut pas y avoir dans une glace dans un miroir quelque chose s'il n'y a pas d'abord quelque chose devant le miroir avant que l'objet soit dans le miroir il faut d'abord qu'il soit devant il y a une priorité à l'extériorité et ainsi comparer le sujet le moi pensant à un miroir c'est un peu en faire quelque chose de passif on peut même faire une inéquation vous allez dire que j'aime ça décidément mais ce n'est pas moi je ne veux que commenter les citations auxquelles j'ai affaire si vous voulez il n'est rien dans l'esprit qui ne soit d'abord passé par les sens veut dire qu'il ne peut pas y avoir plus dans le miroir que ce qui est devant lui il peut y avoir au mieux si c'est un excellent miroir sans déformation sans tout ça vous savez ces miroirs qui demandent une énorme élaboration technologique dont on se sert pour les télescopes vous imaginez s'il y a le moindre défaut le moindre la moindre petite fêlure dans la lentille c'est des lentilles qui transportent par des moyens
26:05 qui coûtent une fortune dans les montagnes au désert du Pérou qui font 10 mètres de diamètre s'il y a le moindre défaut la moindre courbe de trop un millième de millimètre entre vous au passé que dis-je un millionième ça n'a l'air de rien mais quand on étudie après des distances ou des magnitudes d'étoiles qui sont des milliards de kilomètres la différence fait beaucoup donc au mieux en supposant un miroir parfait ça n'existe pas au mieux il y a dans le miroir au moins autant que ce qu'il y a devant mais certainement pas plus il n'y a aucune création il n'y a aucune spontanéité de l'esprit et de la pensée la pensée étant tellement manœuvrée par ce qui est devant elle Kant en réagissant pour cela a montré que si nous vivons un monde scientifique la révolution scientifique s'est produite donc avec la rapidité que l'on sait du 16e siècle jusqu'à jusqu'à nos jours à l'époque de Kant jusqu'à disons les d'Alembert les Lumières les successeurs immédiats de Newton je vous résume très rapidement l'épistémologie kantienne qui est en gros l'épistémologie de la majorité de ceux qui réfléchissent là-dessus aujourd'hui donc il est bon de la connaître c'est le fameux texte
Révolution copernicienne et ordre d'apparition des sciences
27:17 de la deuxième préface à la critique de la raison pure où Kant dit qu'en reprenant la révolution copernicienne au sens strict cette fois celle qui a eu lieu en astronomie et qu'on passe à côté quand on se contente d'en retenir que la terre bouge ou qu'elle tourne autour du soleil parce que c'est une révolution sur toute la ligne et pas seulement sur ces points-là il s'est passé une inversion et quand dit qu'ont fait Copernic Galilée Torricelli Stahl c'est lui qui les cite Stahl est un chimiste allemand de l'époque il dit au lieu d'observer de regarder je vous avais fait allusion aux ziggourates la dernière fois vous savez ces espèces de petites pyramides sur lesquelles montaient les mages chaldéens les astrologues chaldéens pour voir les étoiles de plus près comme si ça allait changer quelque chose de monter de quelques dizaines de mètres il ne s'agit plus de voir de monter mais de penser ça paraît bizarre quand même si je veux connaître le monde l'univers il faut que je regarde et non il faut faire des équations c'est comme ça que ça s'est fait dans l'histoire
28:28 de la physique c'est quand on a cessé de regarder des objets et lorsqu'on a commencé à mettre ces pensées en ordre la mathématique a été la première à le faire je profite pour faire ici un petit détour parce que je suis en pleine épistémologie on est sérieux aujourd'hui on a essayé d'être rigoureux si vous reprenez je n'utilise ici que des références pour lesquelles les connaissances scientifiques de tout un chacun suffisent largement si vous prenez l'histoire des sciences par ordre d'entrée en scène nous avons une succession tout le monde sait cela un ordre de succession qui commence bien sûr par la mathématique la première discipline scientifique à s'être constituée d'une manière autonome disons il y a en gros 2400 ans alors on va dire la discipline les mathématiques un nom propre Euclide même si on se doute bien que c'est un travail d'équipe et que son nom a surnagé et voilà non pas qu'on ne faisait pas des mathématiques comme Euclide il y a un système duodécimal très complexe chez les babyloniens chez les égyptiens il y avait de la géométrie
29:38 mais ce n'était pas des mathématiques c'est à dire que c'était immédiatement appliqué à une visée technologique extérieure ce dont le mathématicien se fout royalement par exemple ce n'est pas un hasard si en mathématiques on utilise un mot comme géométrie mot à mot ça veut dire non pas science de la terre ça c'est géologique mais mesure de la terre géométrie et effectivement c'est une allusion très ancienne au fait que lorsque le Nil après ses crues était retourné dans son lit qu'il fallait restituer à chacun ses propriétés ses champs sans qu'il y ait trop de frustration et qu'on ne soit pas trop lésé il fallait bien mesurer et comme c'est un peu fatigant vous imaginez par chaleur de l'Egypte de mesurer on s'est aperçu qu'en mesurant un côté d'un champ carré ça va on n'avait pas besoin de mesurer les trois autres il suffisait de multiplier par quatre au début la géométrie c'était ça c'est très bien il n'y aurait jamais eu de géométrie théorique sans cela mais à partir de Euclide la révolution c'est que le but du mathématicien est de faire des propositions vraies et démontrées et non pas les appliquer à autre chose c'est la coupure entre recherche fondamentale et les recherches appliquées tout simplement donc les mathématiques les premières
30:48 il y a à peu près 2500 ans autour du nom de Euclide après il faut attendre longtemps donc 20 siècles quelle est la science suivante après qui est devenue quelle est la discipline qui est devenue scientifique après les mathématiques à votre avis l'astronomie faisait partie des mathématiques c'est une bonne question non bien sûr c'est une science appliquée c'est pas ce que je viens de dire mais effectivement c'est la physique voilà au sens très extensif qui comprend l'astronomie dès l'instant que j'applique le discours mathématique à une réalité extérieure fut-elle physique chimique tout ça c'est les sous-continents de la révolution physique bien sûr donc mathématiques il y a 2500 ans physique 20 siècles après Galilée le mouvement qui se fait en Italie le mot ingénieur vient de ingenium ceux qui travaillent de l'ingenium l'entendement entre 15e et 16e siècle donc après il faut attendre Lavoisier alors on va attendre beaucoup moins longtemps au 18e siècle qui fonde la chimie c'est le premier à faire la synthèse de l'air
31:59 d'abord puis de l'eau vous savez Lavoisier où on cesse de faire de l'alchimie de parler en termes qualitatifs mais on mesure il n'y a de science que du mesurable dit Bachelard le plus grand epistémologue français de la pré-guerre avec Canguilhem et Koyré il n'y a de science que du mesurable non pas du mesuré il y a encore des tas de choses mais au moins de ce qui se prête à la mesure donc mathématiques il y a 2500 ans physique 20 siècles après Galilée etc chimie Lavoisier oui on se met en ordre biologie Claude Bernard il faut attendre quoi 80 ans c'est le milieu du 19ème siècle terminé pour les sciences de la nature toutes les autres sont dans une des trois disciplines pour les sciences dures que je viens d'énumérer mathématiques physique chimie alors bien sûr la mécanique des sols la physique des fluides tout ça c'est des parties de la physique bien sûr la biologie d'aujourd'hui bien sûr qui ne voit pas la vie comme un petit mystérieux irrationnel c'est du mécanique c'est la physico-chimie
33:10 appliquée au vivant d'ailleurs Claude Bernard disait le vivant c'est le mort et s'il a opéré une révolution biologique Claude Bernard par exemple je prends tous ces exemples non pas pour m'égarer mais au contraire pour illustrer la question qu'on s'est posée qu'est-ce qui s'est passé pour que tout d'un coup la science démarre et ne fasse qu'accélérer quel est le principe qui était à l'oeuvre et que Kant appelle la révolution copernicienne c'est ça le fil et bien il a procédé à de la mesure la première découverte qu'il a faite c'est la fameuse fonction glycogénique du foie ce qui veut dire simplement qu'il a découvert que le foie était une usine à fabriquer du sucre le plein des mots vient remplir le vide de la chose vous savez pour faire le savoir on emploie des mots étrangers Molière c'est très bien moqué de ça latin ou même grec non c'est allemand et glycogénique ça veut dire qu'il fabrique du sucre c'est pas compliqué et une maladie psychosomatique ça veut dire une maladie qui travaille l'âme autant que le corps on n'est pas très avancé mais dit comme ça c'est un peu plus prosaïque mais ça veut dire exactement la même chose si vous voulez faire savant vous dites je crois que j'ai un truc psychosomatique bien ça veut dire j'en ai plein le dos oui c'est une expression je dis ça parce que j'ai un peu mal au dos aujourd'hui voilà grosso modo
La raison comme juge : de Newton à Einstein
34:21 et il a mesuré la quantité de sucre qu'il y avait avant le passage du bol alimentaire dans le foie il a mesuré la quantité qu'il y avait après il y avait plus après qu'avant on est loin de l'approche du vivant quand même l'organique c'est pas comme le chimique il y a une unité sacrée la partie le tout non il n'y a pas de la métaphysique il a appliqué au vivant ce qui avait si bien marché donc on n'a pas encore formulé dans les sciences dites dures voilà or ce que Kant montre c'est je cite pour vous la phrase qui résume ce magnifique développement qui est dans la préface donc à la critique de la raison pure qui est son gros oeuvre pour ce qui concerne la connaissance pas la morale la critique de la raison pratique ou l'art le beau ça c'est la critique du jugement mais pour en revenir à la raison pure après avoir donné tous ces exemples Galileo Torricelli Galileo Torricelli Stahl etc il dit ce fut une révélation lumineuse pour tous les physiciens tout d'un coup il y a le mot révélation c'est pas un truc continu il y a le cas il comprit que la raison ne voit que ce qu'elle produit elle-même là on est sorti de l'esprit miroir
35:32 vous rappelez j'avais dit l'esprit passif ou connaître ce serait laisser venir à moi sans les déformer les choses qui sont à l'extérieur non l'esprit ne voit que ce qu'il produit la raison ne voit que ce qu'elle produit elle-même je vais continuer mais là je fais une petite interruption ça veut dire que notre sujet miroir regardons la métaphore optique est devenu un sujet prisme où la lumière arrive d'un côté du prisme et lorsqu'elle en sort la lumière blanche est devenue lumière colorée il s'est passé quelque chose ce n'est plus un milieu passif la raison notre raison la pensée humaine est une petite usine où la réalité lorsqu'elle y rentre s'y transforme et peut ressortir sous forme de connaissance effective donc je continue la citation maintenant ils comprirent tous ces savants que la raison ne voit que qu'elle produit elle-même et qu'elle doit se présenter devant la nature là voilà l'expérience quand j'ai rien dit contre l'expérience quand j'ai dit que il faut se méfier du sensible j'ai pas dit qu'il ne faut pas faire d'expérience mais c'est là qu'on va voir je dis à Bachelard ce texte de Kant que l'expérimentation scientifique n'a rien à voir et même prend le contre-pied de l'expérience courante
36:42 celle que nous faisons tous quand vous dites les anglais sont toutes rousses moi j'ai débarqué une fois à Calais j'ai vu une rousse j'ai compris tous les anglais sont rousses je caricature un peu c'est pas cet empirisme là celui de la science ils comprirent que la raison ne voit que ce qu'elle produit elle-même et qu'elle doit se présenter devant la nature non point comme un écolier qui laisse dire au maître tout ce qui lui plaît mon esprit enregistre ah il y a du vent il y a du vent c'est vert c'est vert je croyais être dans le rire mais comme un juge en fonction qui force les témoins à répondre aux questions qu'il leur pose c'est une phrase admirable parce qu'elle résume ça résume bien l'attitude scientifique moderne sans laquelle le monde dans lequel on vit n'aurait même pas pu apparaître je répète ce fut une révélation lumineuse pour tous les physiciens ils comprirent que la raison ne voit que ce qu'elle produit elle-même et qu'il faut donc qu'elle se présente devant la nature non point comme un écolier qui laisse dire au maître tout ce qui lui plaît mais comme un juge en fonction qui force les témoins à répondre aux questions qu'il leur pose autrement dit la différence entre l'expérimentation scientifique le moment où la raison
37:52 arrive devant la nature je parlais de télescope tout à l'heure ou de microscope ça revient au même ce moment là le savant n'y arrive pas d'une manière vierge et passive il y arrive avec un dossier il a des questions à poser il part dénoncer je vais vous prendre un exemple bien concret à ce niveau là à propos de la la formulation de la théorie de la relativité qu'est-ce qui régnait jusqu'à la théorie de la relativité jusqu'à l'initiative d'einstein c'était la physique newtonienne on dit encore physique classique alors ne croyez surtout pas on n'est pas dans le monde de l'opinion du café du commerce où l'un l'emporte sur l'autre pour être après terrassé par un troisième etc.
38:36 ou les opinions comme dit Kant c'est comme des lutteurs dans une arène où personne ne prend jamais le dessus on est en science ça cumule newton n'est pas devenu faux à partir de la théorie de la relativité tous les physiciens du monde utilisent la mécanique newtonienne tous les jours simplement il arrive ici c'est profond il arrive ici ce qui arrive toujours dans l'histoire des sciences le progrès le pas en avant que fait Einstein par rapport à Newton c'est pas je prends Newton je le jette à la poubelle et voilà moi j'ai la théorie de la relativité non c'est que Newton a raison mais j'ai limité le champ dans lequel il a raison il n'a pas raison sur toute la ligne lorsqu'on arrive à des objets pour simplifier normalement qui vont très près de la vitesse de la lumière on ne peut plus se servir de Newton et donc en microphysique où il y a des particules qui sont souvent très proches de la vitesse de la lumière la loi de Newton qui est utilisée tous les jours pour les avions et les machins très loin de la vitesse de la lumière et qui est mobile qui nous entoure la plupart du temps voilà c'était un rappel Newton reste valable mais ce qui est dépassé chez Newton c'est sa prétention à être universel or qu'est-ce que
39:46 Newton considérait comme universel non pas que les corps s'attirent etc ça c'est sa une grande trouvaille ça reste valable aujourd'hui ça n'a pas du tout été invalidé c'est sa notion d'éther alors qu'est-ce que c'est ce truc-là de l'éther d'ailleurs une notion qui paraît aujourd'hui presque mystérieuse et ascientifique et bien c'est justement cette notion d'éther qui s'est écroulée dans une expérience célèbre dont je vais parler l'expérience dite de Michelson et qui a mis Einstein sur la brèche je m'explique pour qu'un corps se déplace pour qu'il y ait mouvement il faut bien qu'il y ait un point fixe par rapport auquel ce mouvement existe vous avez tous fait l'expérience dans un train de vous demander si c'était vous qui partiez ou le train d'à côté ça a l'air de rien mais bien avant Einstein Galilée le premier avait formulé ce que je viens d'énoncer qui est la théorie de la relativité non pas du temps mais du mouvement ça a été depuis Galilée on est parfaitement conscient dans le monde scientifique que le mouvement est une chose relative ça veut dire il n'y a pas de mouvement s'il n'y a pas un point fixe et si je vois imaginez qu'on se rend en Hollande je me suis en Hollande parce que c'est un pays plat donc pour les illusions d'optique ça tombe bien imaginez que
40:56 il y a une péniche il y a des péniches partout en Hollande il y a des canaux qui se passent à la campagne très joli et imaginez que le bâtelier marche de la proue de sa péniche vers la poupe de l'avant vers l'arrière si vous préférez à la vitesse exacte où se déplace la péniche mais en sens inverse moi qui suis dans le champ je vais le voir immobile c'est pas contradictoire de dire que par rapport à la péniche il se déplace mais par rapport au plan où je suis le champ il est immobile il y a donc une relativité de mouvement et ce qui est même extraordinaire il y a des tas de choses c'est depuis le 16ème siècle qu'on sait ça et la plupart des gens ne l'ont pas intégré du tout et ça devrait être enseigné ça va nous ramener à Hegel on peut bouger et faire du surplace oui mais justement c'est pas le déplacement local c'est très important puisqu'on parle de Kant aujourd'hui de rappeler que la relativité du mouvement telle qu'elle a été définie par Galilée montre que dans la physique d'aujourd'hui ça reste valable depuis Galilée vous pouvez dire d'un corps qu'il est en mouvement ou au repos c'est pas du tout contradictoire l'essentiel c'est qu'il est inerte ou qu'il accélère c'est à dire que j'énonce le principe d'inertie
42:06 c'est Descartes le premier qu'il a énoncé un corps qui n'est soumis à aucune force est soit au repos soit vous voyez c'est pareil animé d'un mouvement rectiligne uniforme ça veut dire dans un train où tout se déplace à la même vitesse en supposant qu'il n'y a pas de frottement qu'il n'y a pas de secousse un monté j'ai été bien huilé mais je vais dire tout a l'air immobile autour de moi parce que tout se déplace à la même vitesse et pourquoi vous dites que l'arbre ne se déplace pas parce qu'il se déplace alors qu'il se déplace autour du soleil avec toute la terre et avec nous à 30 km secondes c'est parce que tout se déplace à la même vitesse tout simplement ce sont des rappels importants car le renversement que fait Kant a montré la puissance de l'esprit humain s'il n'y avait pas eu ce nombre de questions ces équations ces raisonnements qui permettent à l'ingénieur de venir devant la nature de faire des expériences et de voir si ça concorde on n'en serait pas là je continue l'expérience de Michelson pour qu'il y ait des mobiles Newton avait imaginé c'est une des rares choses qu'il n'a pas calculé mais imaginé vous voyez c'est justement la partie fragile qu'il y a quelque part quelque chose de fixe dans l'univers qu'il a appelé l'éther qui serait une espèce
43:16 d'immobile absolue par rapport auquel peuvent se calculer tous les mouvements comme cette immobilité n'a jamais été prouvée expérimentalement les physiciens du XXe siècle et en particulier Michelson un américain avec son compère je ne me rappelle plus son nom il y en a qui sont des génies de la théorie Einstein ils sont des génies de l'expérimentation ils avaient fait un petit couloir en verre de 3 km dans le Wisconsin extraordinaire ils voulaient pour savoir si l'éther existe ou pas ils ont fait une expérience qui consiste à envoyer un rayon de lumière dans le sens de la marche de la terre et un rayon de lumière en sens inverse si l'éther existe si Newton avait raison en principe la lumière devrait aller plus vite dans le sens de la marche de la terre vous avez tous appris la composition des vitesses en physique si je tire une balle de fusil d'une voiture la balle aura la vitesse promise par celui qui m'a vendu la poudre augmenté de la vitesse de la voiture bien sûr il y a composition des vitesses et en sens inverse il faudra au contraire retrancher la vitesse de la voiture de la vitesse de la balle donc la lumière aurait dû aller plus vite si l'éther existait dans le sens de la marche de la terre l'expérience de Michelson
44:26 avec d'admirable précision a montré que la vitesse se déplaçait à la même vitesse dans toutes les directions c'est un voilà je ne vais pas m'attarder je vais terminer ma parenthèse relativiste là dessus il faut rappeler qu'un des grands acquis de la relativité c'est que la lumière c'est le passabilité dans toutes les directions et que c'est une constante il n'y a pas beaucoup de constantes dans l'histoire plus l'histoire des sciences développe moins il y a de constantes et ceci ça c'est une constante quoi le poids ça fait partie des propriétés de tous les objets tout objet même d'un milliardième de milligramme a un poids même un électron a un poids et d'après la preuve c'est que si je lâche il tombe non vous avez tous lu Tintin on a marché sur la lune quand le capitaine Haddock lâche son whisky il tombe pas il flotte n'est-ce pas ça a été prouvé par tous ceux qui sont dans l'aventure spatiale le poids n'est pas une constante le poids n'est pas une substance en disant que les objets c'est une relation relation à l'attraction qui reste qui s'exerce sur lui et si cette tasse était assez loin de la terre à peu près à 80 90 km elle flotterait comme le whisky le capitaine Haddock le poids n'est pas une constante la masse oui la masse la quantité de matière qu'il y a dedans ah oui sauf qu'elle pèse ici
Le phénomène, tout de l'apparence
45:36 200 g et que dans l'espace elle va peser combien ? bravo 0 c'est bien il n'y a pas de poids elle flotte la pesanteur la masse est constante et non avec Einstein on va savoir que la masse est relative à la vitesse voyez la science va plutôt vers l'élimination des constantes des choses qui nous paraissent ne pas bouger donc pour que Einstein lui-même dise la vitesse de la lumière est constante ça veut dire on ne peut ni l'accélérer ni la ralentir c'est le seul mobile dans l'univers connu où on peut le dire donc Kant et vous comprenez pourquoi ses jeunes disciples sont extrêmement attachés à son message Kant fait le bilan en gros Kant c'est quelqu'un qui fait le bilan de l'humanisme comme on disait au 16ème siècle un humanisme du 16ème siècle bloqué à un moment donné par la mise en place de l'état et de la monarchie absolue au 17ème et qui dès la mort de Louis XIV les langues se déliaient de nouveau quand le chat n'est plus là les souris recommencent à danser et vous avez donc un parallèle très intéressant à faire entre le 18ème siècle le siècle des Lumières et le 16ème la Renaissance les deux sont des siècles où ça bouge de remise en question de critique de ce qu'il y avait avant au 16ème siècle
46:46 à la Renaissance critique de tout l'édifice médiéval ça fait beaucoup de siècles et bien sûr au 18ème siècle critique du monde féodal du monde monarchique comme vous voulez et théologique tel qu'on trouve sous la plume des auteurs du 18ème siècle Kant fait un peu le bilan c'est un bilan et un tri un peu comme Montaigne à la fin du 16ème qu'est-ce qu'on garde les grands enthousiastes du monde Rabelais du début de la Renaissance qu'est-ce qu'on garde qu'est-ce qu'on laisse et bien sa grande trouvaille c'est justement que notre esprit j'y reviens c'est ce que disait Hegel est comme un outil un instrument et dans lequel le réel nous apparaît d'une manière déformée et c'est cette déformation qu'il appelle le phénomène et nous n'aurions pas à travailler aujourd'hui la phénoménologie de l'esprit si Kant n'avait pas mis au premier plan cette notion qui était assez rare avant lui en philosophie presque inexistante d'ailleurs la notion de phénomène alors petite considération terminologique phénomène c'est en allemand Erscheinung
47:56 le radical c'est Schein que vous retrouvez dans l'anglais to shine qui veut dire briller vous savez qu'en français on dit que tout ce qui brille n'est pas or on n'est pas loin du phénomène Erscheinung donc ne me faites pas dire que le phénomène c'est l'apparence car souvent on confond c'est lié c'est même radical mais qu'est-ce qu'il y a comme différence entre Erscheinung et Schein et bien il y a Ung l'équivalent c'est le français Sion action contrition nutrition vous voyez que chaque fois qu'il y a le suffixe Sion c'est pour exprimer une attitude active c'est la différence avec té quand on discute pendant des heures de savoir si l'homme est libre ou déterminé déterminé et savoir si la liberté té existe on peut faire une belle synthèse avec le concept de libération qui renvoie dos à dos tout en conservant ce que chacun a d'excellent comme argument c'est ça l'avantage les deux parties précédentes car dire que il n'y a aucune autre liberté que celle qui procède d'un mouvement de libération rappelle que si on se libère c'est qu'auparavant on était déterminé donc les deux sont là
49:06 être libre c'est sortir d'une détermination pour s'en émanciper précisément et c'est dans l'acte de s'en émanciper qu'on est libre et non pas comme un acquis définitif où j'ai la liberté comme qualité vous voyez je reviens dans les choses statiques donc Erscheinung il faudrait le traduire en français par apparition si en français c'était pas lié d'histoires de fantômes de spectres et qui risquaient de prêter à contresens mais demandez un allemand de la rue ce que veut dire Erscheinung en dehors de tout contexte théorique philosophique il vous dira apparition il vous parlera du rêve des fantômes des choses comme ça c'est dans ce contexte que je dis Erscheinung c'est intéressant le phénomène ce n'est pas l'apparence dit Kant et là il donne une première différence Kant je le dis bien je le précise parce que Hegel bien sûr intègre c'est pas en avant de Kant la différence c'est que le phénomène c'est le tout de l'apparence dit Kant c'est le tout c'est pas l'apparence c'est l'apparence prise comme tout comme totalité or qu'est-ce qui fait que l'expérience est un tout vous voyez là je ne détaille pas
50:16 mais j'appréhende ceci que voilà si je prenais une photo on verrait la totalité de ce que je vois là maintenant oui seulement je me retourne c'est une autre totalité on vient de le voir ce qui fait et que l'apparence est un tout c'est moi c'est le sujet c'est un tout car le réel n'a aucun besoin d'être unitotalisé je rappelle que dans les catégories kantiennes la totalité est la synthèse de l'unité et de la pluralité c'est un peu aride quand on lit les tables des catégories de Kant on les apprend par cœur comme des tables de multiplication ça fait deux pages c'est pas loin c'est pas long donc vous avez des catégories pour la chose espace spatialité temporalité et puis il y a des catégories toutes simples au niveau du nombre le nombre il y a trois catégories chez Kant singularité pluralité et synthèse totalité ça veut dire que une totalité c'est une pluralité ramenée à l'unité on avait vu la dernière fois la différence qu'il y avait entre un tas de cailloux et une fleur dans les deux cas on a bien plusieurs choses dedans dans le tas de cailloux comme dans la fleur mais au lieu que ce plusieurs soit assemblés sous le simple signe du plus
51:26 comme dans le tas de cailloux un caillou plus un caillou dans le cas de la totalité organique comme on l'avait vu la grande différence c'est que le tout est immanent à chaque partie on avait illustré ça avec les dents de dinosaures qui permettent à partir d'une dent de reconstituer même l'estomac qu'il devait avoir à cause de la conspiration on ne peut pas à long terme l'immanence des parties dans le tout donc quand Kant dit vous voyez il faut faire attention le phénomène c'est le tout de l'apparence c'est pas une simple nuance il bascule et c'est tout le kantisme c'est tout ce qui fait la grandeur du kantisme et sa modernité et son actualité il bascule dans le sujet il rappelle que tout ce que nous attribuons à tort comme propriété des choses vient de nous pour parler simplement pour comprendre Kant il faut s'imaginer que nous soyons nés avec des lunettes jaunes et que personne ne nous les dit il va de soi qu'on aurait fini par prendre le jaune comme une propriété de l'être de l'univers c'est ça le kantisme critique de la raison pure ça veut dire critique non pas critique au sens critique qui descend en flamme une oeuvre littéraire ça veut dire examen ça vient du crible
52:37 vous savez vous retrouvez le même radical le crible le tamis où on garde ce qui est bon et on laisse tomber ce qui n'est pas bon critique de l'ensemble de ce que notre raison peut connaître par elle même pure avant d'aller chercher le secours de l'expérience car comme il dit en empruntant des métaphores financières c'est intéressant c'est pas de la bonne gestion d'aller tout de suite à la dépense il faut d'abord voir tout ce que je peux produire par moi même et c'est quand je suis arrivé à mes limites que je peux aller emprunter à l'extérieur emprunter de l'extérieur ici c'est comme ça qu'il métaphorise le recours à l'expérience j'ai pas besoin de recourir à l'expérience pour savoir que le chien est un mammifère c'est dans sa définition même et c'est pour ça que Kant nous dira le chien est un mammifère est un jugement analytique le triangle est un polygone c'est un jugement analytique ça veut dire je n'ai qu'à analyser triangle pour trouver polygone dedans dans sa définition même le triangle est un polygone par exemple par contre pour savoir si un chien noir blanc ou jaune je ne peux pas le dire de sa définition c'est une contingence un mode comme on dit en philosophie un accident ça fait pas partie de son essence de sa définition donc là il faut bien
53:47 que j'ai recours à l'expérience et un chien réel pour appréhender sa couleur voilà je peux simplement peut-être si je vous ramène je reviens d'un voyage dans l'espace d'une galaxie inconnue jusqu'ici je ramène dans mon sac un objet je ne vous le montre pas il est encore enfermé dans sa boîte et je vous dis devinez comment il est vous pouvez me répondre de tas de choses car vous n'avez pas besoin d'aller à des milliards de kilomètres ici pour savoir que si c'est un objet il occupe un espace ça nous le savons tous nous ne savons pas comme je viens de le dire ce n'est pas explicite mais en réfléchissant un peu si c'est un objet c'est qu'il remplit un espace l'espace fait partie des catégories si c'est un objet il occupe un certain temps dans la durée s'il durait moins qu'un milliardième de seconde il n'accéderait même pas à l'existence il a une limite puisqu'on dit un objet je ne veux pas qu'il y ait un espace il faut aussi le limiter voilà on sait beaucoup de choses avant de voir savoir avant d'aller voir vous vous rappelez j'ai fait allusion à Thalès la dernière fois c'est ça la révolution copernicienne faire le bilan de tout ce que je peux savoir avant d'aller voir et après soumettre ce que je vois non pas me soumettre à ce que je vois mais soumettre ce que je vois à la rigueur
54:57 des raisonnements qui ont été accumulés par la communauté scientifique voilà c'était ce long rappel de ce en quoi consiste alors vous direz mais vous dites que Hegel souscrit le vrai rendre hommage alors là il critique la raison comme instrument et bien ce que nous allons voir c'est qu'Hegel ne dit pas que Kant a tort de voir la pensée comme un instrument il dit que que Kant a tort de se méfier Kant est méfiant quand même mais il dit qu'il va pas assez loin dans la méfiance et c'est ce que nous allons voir dans les bons ou bien encore si la connaissance n'est pas l'instrument de notre activité mais une sorte de milieu je vous avais dit qu'on y reviendrait deuxième métaphore la connaissance c'est un milieu qui ne laisse pas indifférent à la chose qui est dans ce milieu vous savez Descartes avait beaucoup travaillé là-dessus les phénomènes de réfraction et de réfringence on dit aussi en optique on a l'impression que le bâton est courbé dans l'eau c'est une illusion d'optique et donc c'est le milieu ici milieu aquatique qui fait que nous le voyons déformé donc dans les deux cas notre connaissance comparé à un instrument ou à un milieu
Se méfier de la méfiance : la chose en soi
56:07 dans les deux cas déforme l'objet qu'on veut étudier c'est ça que critique Hegel dans les deux cas nous faisons usage d'un moyen qui produit immédiatement le contraire de son but ou plutôt le contresens est de faire usage d'un moyen quelconque c'est pour ça que nous allons revenir au phénomène directement dans le phénomène sans préalable méthodologie il semble il est vrai qu'on peut remédier à cet inconvénient par la connaissance du mode d'action d'un instrument mais bien sûr un kantien pourrait répondre vous voyez un beau dialogue pourrait répondre attendez si j'ai des lunettes jaunes depuis ma naissance et si personne ne me le dit si j'arrive à prendre conscience que le jaune vient de moi c'est quand même un progrès je continuerai à voir les choses jaunes mais ce ne sera plus mon savoir j'aurai un savoir bien meilleur je ne saurais toujours rien de l'objet car Kant dit bien que la chose en soi est inconnaissable c'est contre ça que Hegel s'acharne je ne sais rien de la chose en soi à titre positif je ne sais pas si elle est comme ceci ou comme cela mais je peux en savoir Kant n'est jamais si loin et si près de Hegel je peux savoir quelque chose de la chose en soi ah bon je ne pouvais jamais rien en dire chez Kant je peux en savoir quelque chose de négatif dès l'instant que je sais que le jaune vient de mes lunettes je sais au moins
57:17 que le réel en soi n'est pas jaune ça c'est un progrès la raison c'est bien donc c'est l'argument on a égalité compte ici il semble il est vrai qu'on peut remédier à cet inconvénient que la connaissance soit un milieu et donc déforme plutôt l'objet que d'en avoir une connaissance adéquate car cette connaissance rend possible de déduire du résultat l'apport de l'instrument c'est exactement ce que je viens de dire n'est-ce pas dans la représentation que nous nous faisons de l'absolu grâce à lui et rend ainsi possible d'obtenir le vrai dans sa pureté mais cette correction ne ferait que nous ramener à notre point de départ si nous déduisons d'une chose formée l'apport de l'instrument alors la chose c'est-à-dire ici la vérité est de nouveau pour nous comme elle était avant cet effort pénible effort qui est donc superflu si du fait de l'instrument l'absolu et là il y a une belle image comme un oiseau pris à la glu vous savez un oiseau qui serait pris à la glu et qui attend qu'on s'approche de lui si du fait de l'instrument l'absolu comme un oiseau pris à la glu devait seulement s'approcher quelque peu de nous sans que rien soit changé en lui alors il se moquerait bien de cette ruse s'il n'était pas et ne voulait pas être en soi
58:27 et pour soi depuis le début près de nous la connaissance en effet serait bien dans ce cas une ruse puisque par son affairement multiforme elle se donnerait l'air de faire tout autre chose que d'établir seulement un rapport immédiat et donc facile si encore l'examen de la connaissance que nous nous représentons comme un milieu nous apprend à connaître la loi de réfraction des rayons par exemple il ne sert encore à rien de déduire cette réfraction du résultat car ce n'est pas la déviation du rayon mais le rayon lui-même par lequel la vérité nous touche qui est la connaissance et ce rayon étant déduit nous ne resterait que l'indication d'une pure direction ou ce lieu vide et là Hegel fait un pas et c'est inattendu comme approche mais qui annonce la psychanalyse la plus actuelle je pense à Lacan cependant si la crainte de tomber dans l'erreur ça c'est bien de Descartes Kant c'est la philosophie de la subjectivité c'est la crainte de tomber dans l'erreur introduit une méfiance dans le savoir science qui sans ces scrupules se met d'elle-même à l'oeuvre et connaît effectivement on ne voit pas pourquoi inversement donc soyons plus kantiens que Kant vous voyez ce n'est pas une critique qui retourne en arrière on ne doit pas introduire une méfiance à l'égard de cette méfiance dit Hegel là il anticipe sa découverte du XXe siècle quand un Descartes
59:38 ou un Kant introduisent le doute sur ce qui est là je veux dire c'est la conscience qui travaille c'est pas l'inconscient se moque bien de tous ses stratagèmes de tous ses protocoles mais il arrivera à s'exprimer je donnerai une illustration avec Descartes tout à l'heure dans un passage admirable celui sur le morceau de cire dans la deuxième méditation métaphysique où l'on voit tout ce qui rapproche tout ce qui fait que Descartes a initié pratiquement l'activité phénoménologique et qu'elle prolonge ici et en même temps ce qui en fait sa limite à son époque justement à propos de cette méfiance voilà donc ici il n'y a pas une résolution comme chez Descartes de douter de tout avant il y a un doute permanent qui s'exerce sur l'objet au fur et à mesure qu'il se présente donc je répète ce passage intéressant si la crainte de tomber dans l'erreur introduit une méfiance dans le savoir savoir qu'il sans ses scrupules se met de lui-même à l'oeuvre et connaît effectivement on ne voit pas pourquoi inversement on ne doit pas introduire une méfiance à l'égard de cette méfiance et pourquoi on ne doit pas craindre que cette crainte de se tromper ne soit déjà l'erreur même en fait le grand contentieux qu'entre Hegel et Kant c'est ce fameux dossier
1:00:48 de la chose en soi Kant très de manière très cohérente dit si on a compris l'essentiel de mon message à savoir que dans ce que nous appelons le phénomène il y a un mélange et là il a raison ça Hegel reprend de ce qui est apporté à l'esprit sans qu'il y soit pour rien ce que Kant appelle la matière de la connaissance et ce qui est apporté par l'esprit les catégories les concepts la manière de les classer de les juger c'est à dire ce que Kant appelle la forme de la connaissance très riche la vision kantienne une connaissance n'est scientifique que si elle comporte une matière apportée à l'esprit par le sensible et une forme apportée par l'esprit les deux alors ensemble mais dit Kant et c'est une déduction apparemment cohérente ce qu'on ne pourra jamais connaître c'est la chose telle qu'elle est en elle-même avant que ma connaissance s'exerce dessus puisque la connaître pour Kant c'est déjà la transformer et donc la déformer ni non plus le moi les deux extrêmes sont inconnaissables la chose à connaître et le moi connaissant sont inconnaissables et c'est pour ça chez Kant ce qu'il appelle
1:01:58 le je transcendantal non pas le moi empirique le je transcendantal et chez Kant ce qu'il appelle une idée chez Kant ça fait moins connaître qu'un concept une idée c'est régulateur c'est pas constitutif l'espace c'est un concept constitutif des corps le temps aussi par contre la notion de je transcendantal qui accompagne toutes mes représentations le cogito mais c'est une idée pour quand je dirais inconnaissable c'est cet inconnaissable dont Hegel veut montrer ici que Kant en suppose encore trop il en sait trop ou trop peu si vous voulez il en sait trop peu en disant que la chose en soi la réalité en soi en elle-même est inconnaissable et donc on ne saura jamais comment est ce verre en lui-même parce qu'il est déformé par ma perception par ma vue etc et tout ce que nous y apportons comme sujet mais donc en ce sens il en connaît trop peu mais il en connaît trop aussi parce que d'où tire-t-il ce savoir qu'il existe une réalité en elle-même pour éviter l'idéalisme Kant commet l'erreur de supposer l'existence
1:03:08 d'une réalité en elle-même donc il a supposé dès le départ c'est pas besoin d'essayer de faire des évents pour le démontrer c'est pas qu'il y ait une partie du réel auquel on n'arrivera jamais c'est pratiquement dans son découpage de départ c'est un petit peu ça que développe Hegel je vous le dis abstraitement avant pour que ce soit plus clair en fait cette crainte présuppose quelque chose elle présuppose même beaucoup alors qu'une pensée philosophique devrait avoir le moins de présupposés possible en fait cette crainte présuppose quelque chose elle présuppose même beaucoup comme vérité et elle fait reposer ses scrupules et ses déductions sur cette base qu'il faudrait d'abord elle-même examiner pour savoir si elle est la vérité elle présuppose des représentations de la connaissance comme d'un instrument et d'un milieu ça fait déjà beaucoup de présupposés elle présuppose aussi une différence entre nous-mêmes et cette connaissance surtout elle présuppose que l'absolu se trouve d'un côté et elle présuppose que la connaissance se trouve en un autre côté séparée de l'absolu et pourtant quelque chose de réel en autre terme elle présuppose que la connaissance laquelle est en dehors de l'absolu est certainement aussi en dehors de la vérité et serait encore pourtant véridique admission par laquelle ce qui se nomme crainte de l'erreur se fait plutôt soi-même connaître comme crainte de la vérité l'œil d'un vrai psychanalyste cet excès de méfiance est plutôt une crainte de la vérité
1:04:18 la vraie gueule comme si on avait peur de savoir comment les choses sont en elles-mêmes donc voilà je tenais à lire le début de l'introduction et pour en revenir donc au rapport Hegel-Kant et croyez-moi pour ne pas se mélanger les pinceaux il faut être bien attentif à ce qu'on est en train de dire parce que selon tel ou tel passage de l'oeuvre de Hegel il tombe à bras raccourcis sur Kant ou au contraire il le monte au pinacle cette relation à Kant est liée à l'intérieur même du système hegelien à la relation que Hegel entretient avec le concept d'entendement toute l'ambivalence est là c'est une notion qui convient très bien l'entendement et l'ambivalence je vous avais lu un passage célèbre d'ailleurs dans la préface où Hegel réhabilite l'entendement c'est parmi nos facultés celle qui était le plus à l'opposé de la sensibilité romantique le romantique placait bien sûr l'intuition le coeur en matière de connaissance
L'ambivalence de Hegel envers l'entendement
1:05:28 au dessus de la pure intellection si alors si vous avez des doutes quand j'ai dit entendement pensez aux mathématiques c'est un peu réducteur mais en gros s'il y a une discipline où l'entendement atteint sa perfection c'est bien les mathématiques là vous voyez c'est pas intuitif c'est si alors le point de départ n'est pas une expérience n'est pas une vue n'est pas une sensation le point de départ c'est un énoncé quand ce ne serait même qu'un énoncé premier comme on dit en mathématiques c'est à dire les axiomes les postulats et les définitions et après le but du jeu car tout en mathématique c'est ça jusqu'à aujourd'hui c'est d'enchaîner les énoncés de telle manière qu'ils ne contredisent pas les énoncés de départ le principe qui règne dans l'entendement et là on le voit de manière un peu plus concrète c'est la non-contradiction et Kant a très bien montré que ça ne tranche rien sur l'existence je peux très bien faire une proposition non-contradictoire sans qu'elle se rapporte à quoi que ce soit d'existence je peux dire un château d'un million de pièces en a deux fois plus qu'un château de 500 000 pièces c'est un énoncé parfaitement rigoureux même s'il n'existe nulle part dans l'univers un château d'un million de pièces il ne s'agit pas ici de comparer le mot à la chose
1:06:38 mais de comparer les mots entre eux car il ne peut y avoir contradiction qu'entre eux finissez ma phrase excusez-moi c'est mon côté prof qui revient en vacances il ne peut y avoir contradiction qu'entre diction s'il n'y a pas une diction préalable c'est un faux problème de savoir après s'il y aura contradiction ou pas je signale au passage que cette importance de la diction première comme point de départ est contenue aussi dans une tradition qui appartient à nos grands-mères à nos tantes ou à nos soeurs je ne suis que dans le sexe féminin je pense aux contes c'est souvent dans le sexe féminin qu'on prend la patience décisive pour l'enfant merci pour lui de raconter des histoires avant de s'endormir pas seulement je vois plus souvent donc dans les histoires de nos grands-mères on parle vous savez des bonnes fées au berceau lesquelles donnent des dès le départ des malédictions ou des bénédictions si ce sont des bonnes fées c'est d'une profondeur ça vous savez la psychanalyse très bien de plus l'importance de ça la psychanalyse sait que ce qui fait mal pendant toute la vie en dehors de quelques maladies héritées génétiquement ça arrive aussi mais enfin
1:07:48 si je mets de côté tout ce qui vient d'un dérèglement du corps et là il faut faire appel à la médecine traditionnelle il y a aussi tous les dérèglements qui viennent des mots qu'on a ingurgités la quantité cette mère castratrice qui son fils adolescent venait d'avouer avec beaucoup beaucoup de difficulté vous imaginez le pauvre gamin qu'il était homosexuel réponse de la mère qui est une grande mondaine mon dieu et moi qui pensais que tu étais impuissant il y a des mots qui tuent quand en plus sont des mots au berceau celui-là c'est un mécanicien il est comme son père finalement il va faire du mimétisme toute sa vie voilà donc importance le rationalisme c'est le contraire de l'empirisme on ne parle pas de l'empeiria l'expérience de ce qui est ex de ce qui est extérieur on parle de ce qui est in des mots qui viennent de nous et non pas qui arrivent à nous des mots voilà je fais j'aligne des propositions premières je vois après tout ce que je peux enchaîner à cette proposition première sans la contrôler l'entendement c'est ça Hegel a une relation ambivalente à l'entendement il n'aime pas
1:08:58 ce qui en lui est séparateur c'est un homme de la synthèse de l'unité et Hegel c'est toujours que le vrai est le tout alors l'entendement sépare oppose la matière et la forme le temps et l'éternité la conscience et la science il y en a des millions j'en passe ce que Kant appelle des antinomies donc l'entendement sépare Hegel va très bien voir que ce n'est pas toujours un défaut il y a une unité trompeuse dit Hegel c'est une unité primitive celle justement de l'enfant qui vit dans un monde syncrétique vous savez la psychologie de l'enfant a bien montré ça c'est lorsqu'il aura fait le tour de son berceau lorsqu'il aura été sevré qu'il sera bien obligé de constater que le monde est divisé et séparé et qu'est-ce qui n'est pas à son univers psychique le l'entendement mais en même temps l'entendement est une sécurité pour la pensée et de la rigueur et en ce sens Hegel en fait l'éloge contre les romantiques donc vous voyez il critique l'entendement pour montrer les limites de Kant mais par contre il le réévalue lorsqu'il s'agit de parler contre les romantiques je vous avais cité en partie
1:10:08 mais là je la continue ce passage important dans la préface où il y a une réévaluation très solennelle de l'entendement lorsqu'il dit ceci donc je vous rappelais que l'entendement c'est la séparation la division l'analyse démonter un moteur et pièce par pièce dans le garage comme ça c'est de l'ordre de l'analyse comme Lavoisier l'a fait avec l'air avec les composants d'oxygène d'hydrogène l'eau l'analyse d'une représentation comme elle était conduite ordinairement n'était pas autre chose que le processus de supprimer la forme de son être bien connu décomposer une représentation ça c'est le travail d'entendement décomposer analyser décomposer diviser séparer décomposer une représentation en ses éléments originaires ceux-ci en molécules les molécules en atomes l'atome en noyaux et électrons trop pure opposition décomposer une représentation en ses éléments originaires consiste à la réduire à ces moments qui n'ont plus du moins la forme de la représentation trouvée mais constitue la propriété immédiate du soi l'activité de diviser et là ça vient solennelle
1:11:18 l'activité de diviser est la force et le travail de l'entendement et là c'est souligné de la puissance la plus étonnante et la plus grande qui soit ou plutôt de la puissance absolue c'est une véritable énergie nucléaire infinie psychique bien sûr l'entendement j'ai égal le cercle qui repose alors opposé à l'entendement le contraire du séparé le cercle c'est bien clos il n'y a rien de séparé le cercle qui repose en soi fermé sur soi et qui comme substance tient tous ses moments est la relation immédiate qui ne suscite aucun étonnement mais que l'accident tel comme tel séparé pardon mais que l'accident tel comme tel séparé de son pourtour que ce qui est lié effectivement réel seulement dans sa connexion à autre chose obtienne un être là propre et une liberté distincte on va isoler dans le triangle un côté ou un angle ou sa hauteur que l'accident tel comme tel séparé de son pourtour ce qui est lié effectivement réel seulement dans sa connexion à autre chose obtienne un être là propre et une liberté distincte c'est là la puissance prodigieuse du négatif l'énergie de la pensée du pur moi donc voilà des choses qu'il faut vous habituer à mettre du même côté
1:12:29 si vous faites des petits tableaux pour vous y retrouver négativité entendement abstraction vous vous rappelez qu'on a vu à quel point il critiquait l'abstraction la dernière fois mais en même temps il en fait l'éloge il la critique lorsqu'elle est inconsciente d'elle même en particulier la connaissance sensible immédiate on croit qu'on contient tout le réel parce qu'on n'a encore rien dit on est là on le regarde et en fait c'est la plus pauvre on a fait abstraction de toutes les déterminations qui en sont à l'oeuvre et puis il y a la bonne abstraction n'est-ce pas celle qui va jusqu'au bout de son activité de diviser donc je reprends et j'enchaîne que l'accident tel comme tel séparé de son pourtour ce qui est lié seulement dans sa connexion à autre chose obtienne un être là propre et une liberté distincte sous-entendu dans la pensée ou dans le discours c'est là la puissance prodigieuse du négatif l'énergie de la pensée du pur moi ici il y a un retour à Kant et Fichte qui a des réactifs l'entendement c'est pour ça que je tenais de lire parallèlement à l'introduction la mort si nous voulons nommer ainsi cette irréalité analyser une chose la décomposer ça va tuer une voiture démontée c'est une voiture qui roule la mort si nous voulons nommer ainsi cette irréalité est la chose la plus redoutable
1:13:39 et tenir fermement ce qui est mort et ce qui exige la plus grande force et là il y a une allusion romantique la beauté sans force hait l'entendement hait le verbe haïr bien sûr parce que l'entendement attend d'elle attend de la beauté ce qu'elle n'est pas en mesure d'accomplir ce n'est pas cette vie qui recule d'horreur devant la mort c'est un recul narcissique et se préserve pur de la destruction on voit bien le côté narcissique mais la vie qui porte la mort et se maintient dans la mort même qui est la vraie vie de l'esprit l'esprit conquiert sa vérité seulement à condition de se retrouver soi-même dans l'absolu déchirement on voit bien ici maintenant un peu mieux que tout à l'heure et plus concrètement on sort des ambivalences le statut de l'entendement il est bon en tant qu'il sépare et donc qu'il nous débarrasse des préjugés qui étaient les nôtres quand on était dans l'unité bien tranquille et confortable de l'opinion de l'habitude de la pensée habituée du bien connu vous savez ce qui est bien connu qui parce qu'il est bien connu dit Hegel n'est pas connu mais après cette division doit être elle-même dépassée et c'est et ça c'est le travail de la raison faculté qui est au-dessus de l'entendement pour Hegel qui continue le travail de négation
La certitude sensible : le maintenant et l'ici
1:14:49 de l'entendement mais qui applique ces négations à la négation de l'entendement si ça vous paraît un peu compliqué je passe directement au texte et on va le prendre lui-même comme application ce sera beaucoup plus simple non pas au texte de la préface mais de l'introduction mais pour la première fois il aura fallu attendre cette troisième séance les toutes premières lignes de la phénoménologie de l'esprit après la préface et l'introduction alors là ça y est on est dans le discours non pas sur la chose mais le discours de la chose même le phénomène va parler il va falloir l'enregistrer et ce tout début il faut l'entendre illustre oui oui on retraite oui oui comme tu dis mais le français joue très bien avec ces deux sens ce tout début c'est un chapitre qui s'appelle la certitude sensible je dis bien ce que ça veut dire je suis certain de voir violer c'est pas il y a un verre sur la table la certitude sensible où le ceci et ma visée et ma visée du ceci voilà le titre de ce chapitre et ça commence comme ça la première ligne le savoir qui d'abord immédiatement sans médiation je laisse tomber mes préjugés mes pensées mes raisonnements mon idéologie le savoir
1:16:00 qui d'abord immédiatement est notre objet ne peut être rien d'autre que celui qui est lui-même savoir immédiat savoir de l'immédiat ou de l'étant le discours de l'idéalisme allemand l'étant Seiende ça veut dire en attendant il est là c'est pas si de l'ordre de l'être non non justement c'est pas de l'ordre de l'être je vois un chien de couleur jaune tenez parce qu'on parlait de couleur du chien tout à l'heure mais je peux le voir en rêve un chien de couleur jaune ça veut pas dire qu'il est qu'il existe ceci étant comme on dit en français très bien ceci étant sans savoir encore si c'était temps de l'ordre de l'être ou de l'apparaître ou de l'illusion on n'en est pas là là on sait déjà trop de choses revenons à l'immédiat savoir de l'immédiat ou de l'étant nous devons nous comporter à son égard d'une façon non moins immédiate ou accueillir ce savoir comme le miroir tout à l'heure accueillir ce savoir comme il s'offre sans l'altérer en rien et bien laisser cette appréhension indépendante de toute conception le contenu concret de la certitude sensible regardez autour de vous il ne faut pas aller bien loin pour regarder autour de soi la fait apparaître immédiatement comme la connaissance la plus riche comme une connaissance certes d'une richesse à ce point infini qu'on n'en peut trouver aucune limite pensez
1:17:10 au nombre de molécules qui est dans ce temps il y a des milliards de milliards la plus riche comme une connaissance d'une richesse à ce point infini qu'on n'en peut trouver aucune limite ni en extension dans l'espace et dans le temps où elle se déploie ni en pénétration dans le fragment extrait de cette plénitude par division on croit avoir isolé une molécule mais c'est divisé encore un atome laquelle se divise en noyau et l'électron se divise en quark en charme en couleur et en boson cette connaissance apparaît en outre comme la plus vraie oui j'ai encore rien dit et la plus vraie car elle n'a encore rien écarté de l'objet mais là devant soi dans toute sa plénitude en fait cependant là il anticipe le résultat cette attitude se révèle expressément comme la plus abstraite et la plus pauvre vérité de ce qu'elle sait elle exprime seulement ceci alors là il y a un tournant il y a ce qu'elle sait la connaissance sensible la certitude sensible voilà je vois ça la certitude sensible il y a ce qu'elle en exprime dès qu'elle veut le communiquer en faire un traité scientifique ce qu'elle en exprime dès que ça passe en mots si vous préférez de ce qu'elle sait elle exprime seulement ceci il est et sa vérité contient seulement l'être de la chose de son côté
1:18:20 dans cette certitude la conscience est seulement comme pur moi et je suis seulement comme pur celui-ci il y a donc deux choses un pur ceci et un pur celui-ci qui observe ce pur ceci nous avons donc à considérer l'objet pour voir si en fait dans la certitude sensible elle-même il est bien une essence telle qu'elle prétend qu'il est la certitude sensible si son concept d'être réalité essentielle correspond bien à son mode de présence dans cette certitude dans ce but nous n'avons pas réfléchir profondément sur lui on en a la conscience immédiate nous n'avons pas réfléchir profondément sur lui sur ce qu'il peut bien être en vérité mais nous devons le considérer seulement qu'elle a en elle c'est donc elle-même qu'il faut interroger qu'est-ce que le ceci quel que ceci que ce soit qu'est-ce que le ceci prenons-le sous le double aspect de son être ce n'est pas sous les temporels c'est moi qui l'ajoute prenons-le sous le double aspect de son être comme le maintenant et comme l'ici voilà voilà la grande triade de la certitude de toute certitude sensible ceci ici maintenant on n'est pas dans les trucs en général les corps en général prenons-le sous le double aspect
1:19:30 de son être comme le maintenant et comme l'ici les deux sont soulignés maintenant et ici alors la dialectique qu'il a en lui prendra une forme aussi intelligible que le ceci même à la question qu'est-ce que le maintenant puisqu'on nous dit que la vérité c'est ce qui est ici et maintenant alors interrogeons qu'est-ce que le maintenant nous répondrons par exemple le maintenant est la nuit il se trouve que là c'est jour il devait écrire la nuit le maintenant est la nuit pour éprouver la vérité de cette certitude sensible il ironise un peu pour éprouver la vérité de cette certitude sensible une simple expérience sera suffisante nous notons par écrit cette vérité et il ajoute une vérité ne perd rien être écrite et aussi peu être conservée revoyons maintenant à midi cette vérité nous devrons dire alors qu'elle s'est éventée le maintenant n'est plus la nuit le maintenant c'est le jour ah mince alors voilà qu'il y a une forme qui est restée maintenant mais que le contenu a changé le maintenant qui est la nuit dit Hegel est conservé je suis en train de vous lire là pour la première fois là immédiatement directement un des textes qui est considéré comme le plus difficile c'est quand même clair quand on fait l'effort de faire attention à ce qui est dit le maintenant qui est la nuit est conservé qu'est-ce qu'il veut dire il y a toujours un maintenant que ce soit à midi ou à minuit il y a toujours un maintenant
1:20:40 donc le maintenant c'est conservé c'est à dire qu'il est traité comme ce pour quoi il s'est fait passer comme un étant mais il se démontre plutôt comme maintenant comme un non-étant sans doute le maintenant lui-même se conserve bien mais comme un maintenant tel qu'il n'est pas la nuit il n'est plus là de même à l'égard du jour qu'il est actuellement le maintenant se maintient mais comme un maintenant tel qu'il n'est pas le jour ou comme un négatif en général c'est la plus grande trouvaille de Hegel la négativité le maintenant qui se maintient passe son temps à supprimer tous les maintenant particuliers ce maintenant qui se conserve n'est donc pas immédiat celui qui se conserve le vrai celui qui qui fait que lorsqu'on dit maintenant on dit à peu près une vérité à peu près nous allons voir après que c'est beaucoup plus compliqué ce maintenant qui se conserve est un maintenant dit Hegel médiatisé et négatif c'est à dire que on l'obtient par l'intermédiaire c'est là dans ce sens qu'il est médiat qu'il n'est pas immédiat d'avoir supprimé le maintenant jour le maintenant nuit etc et il est négatif parce qu'il faut bien que tous ces contenus là se suppriment ce maintenant qui se conserve donc n'est donc pas immédiat mais médiatisé car il est déterminé comme ce qui demeure
1:21:50 et se maintient par le fait qu'autre chose à savoir le jour et la nuit ne sont plus pourtant il est encore aussi simple qu'auparavant maintenant que ce soit midi ou à minuit on dit maintenant et dans cette simplicité indifférent à ce qui se joue encore près de lui aussi peu la nuit et le jour sont son être aussi peu et aussi bien il est encore jour et nuit et en rien affecté par son être autre un tel moment simple qui par la médiation de la négation n'est ni ceci ni cela mais seulement un non ceci et qui est aussi indifférent à être ceci ou cela nous le nommons un universel nous le nommons un premier échantillon ce qu'il appelle universel concret c'est ça quelqu'un à New York est en train de dire maintenant il est 5 heures quelqu'un à Tokyo a des moments et ceci peu importe il y a bien un maintenant universel et Hegel va jusqu'à dire c'est le langage qui a raison le langage est dans l'élément de l'universel car ce qui se maintient dans tous les cas c'est un maintenant universel c'est aussi comme un universel que nous prononçons le sensible ce que nous disons c'est ceci effectivement quand vous voulez exprimer la singularité d'une chose Hegel c'est intéressant
1:23:01 ce qu'il nous montre c'est très curieux il y a un drôle de paradoxe quand nous voulons vraiment exprimer une chose dans ce qu'elle a d'unique de singulier de ce qu'elle ne partage pas en commun avec d'autres je ne parle pas des chiens en général mais de ce chien là le mien qui ne remue la queue quand moi je reviens nous nous servons des mots les plus généraux c'est bizarre je dis ce chien là mais devant tous les chiens vous pouvez dire ce chien là le même énoncé donc et Hegel va arriver à cette conclusion je vous l'ai dit tout de suite ce que je dis contredit ce que je vise non vise y avoir la visée ce que je dis dément ce que je vise ou encore ce que j'indique indiqué vient de l'index j'ai montré le ceci ici maintenant avec le doigt je précise ces choses là pas pour faire des détours Dominique mais pour rappeler que l'indiqué si je m'attarde sur l'index et l'indiqué et parce qu'on a parlé tout à l'heure de dogmatisme et de scepticisme Aristote dans sa métaphysique fait allusion à l'un des plus redoutables sceptiques Cratyle qui était censé être un disciple d'héraclite ben oui quand on pense que tout s'écoule
1:24:11 tout change etc toute connaissance devient problématique et on dit un énoncé il est déjà faussé bien sûr parce que l'ordre du temps a déjà changé la validité de cet énoncé or Cratyle très cohérent il s'en moque Aristote mais en même temps c'est cohérent c'est le sceptique absolu c'est à dire pour ne pas risquer d'être dans l'erreur il avait décidé de se taire ne plus ouvrir la bouche et de montrer les choses du doigt d'indiquer si je dis Socrate est jeune c'est déjà c'est déjà faux donc voilà je ne fais qu'indiquer alors il s'en moque Aristote bien sûr avec son doigt qui bougeote il va pas très loin quand même matière de connaissance alors appliquons la dialectique du maintenant vous avez un premier échantillon de dialectique à l'oeuvre à l'ici maintenant à la partie spatiale le même cas se produit pour l'autre forme du ceci c'est à dire pour l'ici l'ici est par exemple l'arbre c'est son exemple je me retourne cette vérité a disparu et s'est changé en vérité opposée l'ici n'est pas un arbre plutôt une maison l'ici lui-même ne disparaît pas comme pour le maintenant il y a toujours un ici où je sois mais il est et demeure dans la disparition de la maison de l'arbre
1:25:21 etc il est de plus indifférent à être maison ou arbre de nouveau le ceci se montre comme simplicité médiatisée ou comme universalité la certitude sensible démontre en elle-même l'universel comme la vérité de son objet c'était pas prévu au départ on croyait qu'elle avait à faire le contraire de l'universel le particulier ce qui est ici ceci ici maintenant oui mais ça c'est ce que je vise mais ce que je dis c'est l'universel c'est ce que je dis de tous les ceci ici maintenant donc la certitude sensible démontre en elle-même l'universel comme la vérité de son objet le pur être est alors ce qui demeure comme son essence mais non plus comme un immédiat mais comme ce qui est tel que la médiation et la négation lui soit essentiel on a un acquis on ne tourne pas en rond on sait que le maintenant et l'ici leur vérité est à chercher chez nous et non pas dans les choses c'est ça qu'il vient de montrer ce qui demeure donc c'est pas le jour c'est pas la nuit ce qui demeure ce n'est plus ce que nous visions comme être mais l'être avec la détermination d'être l'abstraction ou le pur universel et notre avis A-V-I-S dans lequel il y a vision et notre avis sur lequel le vrai de la certitude sensible n'est pas l'universel est ce qui seul demeure en face de ce maintenant et de cet ici vide et indifférent donc comparons-nous
1:26:32 la relation dans laquelle le savoir et l'objet surgissent d'abord avec leur relation telle qu'elle vient à se présenter dans ce résultat nous voyons un renversement de la relation l'objet qui devait être l'essentiel je suis empiriste je ne m'attache qu'à ce qui est devant moi l'objet qui devait être l'essentiel est maintenant l'inessentiel de la certitude sensible car l'universel qu'il est devenu n'est plus tel que l'objet aurait dû être essentiellement la certitude est maintenant passée dans l'opposé c'est à dire dans le savoir dans le sujet tout simplement dans le savoir qui était auparavant l'inessentiel sa vérité est dans l'objet en tant qu'objet mien ou dans le visé mien il est parce que moi j'ai un savoir de lui il retrouve Descartes si vous regardez bien là mais il le retrouve dans l'ordre de la chose la certitude sensible est donc vraiment expulsée de l'objet mais n'est pas encore supprimée elle est seulement refoulée dans le moi il faut voir ce que nous montre l'expérience sur cette réalité de la certitude sensible je ne vais pas m'empêcher à titre de détente et d'humour de vous lire ce qu'il dit à un moment donné pour se moquer de ceux qui s'en tiennent à la saint Thomasité je ne crois que ce que je vois et ce que je touche qui sont très très loin non pas seulement de la philosophie mais de la science de plusieurs siècles de science
Certitude et vérité, la spirale hégélienne
1:27:42 à l'occasion de cette référence à l'expérience universelle qu'il nous soit permis d'anticiper sur le domaine de la pratique par la considération suivante on peut dire à ceux qui affirment cette vérité cette certitude de la réalité des objets sensibles ils doivent revenir dans les écoles élémentaires de la sagesse revenir précisément aux anciens mystères d'Eleusis de Cérès et de Bacchus ils ont d'abord à apprendre le secret de manger le pain et de boire le vin on se demande ce que ça vient de faire vous allez voir car l'initié à ces mystères n'aboutit pas seulement à douter de l'être des choses sensibles mais encore à en désespérer il y a un jeu de mots qui échappe si on ne connait pas l'allemand douter c'est Zweifel et désespoir c'est Verzweiflung un doute qu'il y a de désespoir pour une part l'initié accomplit l'anéantissement de ces choses puisqu'il mange le pain il boit le vin il anéantit le sensible il ne se contente pas de le regarder lui l'initié à ces mystères n'aboutit pas seulement à douter de l'être des choses sensibles mais encore à en désespérer pour une part il accomplit l'anéantissement de ces choses et pour l'autre il les voit accomplir cet anéantissement elle révèle qu'elles sont néants les animaux même ne sont pas exclus de cette sagesse mais se vont plutôt profondément
1:28:52 initier à elle car il ne reste pas devant les choses sensibles comme si elles étaient en soi mais désespère de cette réalité et dans l'absolu certitude de leur néant il les saisisse sans plus et les consomme au point que Hegel dira dans un passage à l'œuf l'animal est le premier idéaliste il fait passer le réel en lui c'est le sujet qui triomphe voilà c'était de l'humour bien sûr mais c'était pour rappeler à quel point nous nous piégeons avec ces mots là et c'est pourquoi je reviens au tout début de ce tout début la certitude le titre c'était la certitude sensible où le ceci est ma visée du ceci et à retenir chez Hegel certitude s'oppose toujours à vérité il y a loin de la certitude à la vérité là aussi une différence avec Descartes la certitude est un critère peu de vérité il y a loin l'œuvre de Descartes surtout scientifique qui illustre très bien que lui-même ne s'en tenait pas aux certitudes immédiates peu de philosophes ont fait autant pour se dégager de l'immédiat que Descartes mais chez Hegel ça devient une règle la certitude on dirait aujourd'hui
1:30:02 c'est l'assentiment idéologique j'ai un tel intérêt à ce que ce soit vrai que ça a une force que je prends pour la vérité mais ce n'est jamais que la force de la certitude en beau français pendant des millénaires il était absolument certain et personne ne lui niait que la terre était immobile et que le soleil tournait autour il y a loin de la certitude à la vérité pour comprendre l'enjeu de ces différences je refermerai la parenthèse ici sur cette petite dichotomie il faut simplement se rappeler que pour accéder au vrai il faut combattre beaucoup des certitudes dans lesquelles nous étions enfermés tout simplement et ça ne se fait pas en une seule fois c'est une petite différence avec les quatre voyez je vous ai lu cet échantillon du livre de phénoménologie pour la première fois on est dans la chose même vraiment dans le concret ici maintenant et on voit comment la chose elle-même se transforme devant nous c'est exactement ce que fera la deuxième école phénoménologique celle de Husserl au XXe siècle qui a une si grande importance dans l'après-guerre même si Husserl l'a vécu avant et il y a bien sûr
1:31:12 des différences importantes mais ce qu'il y a de commun tout de même c'est le projet ce besoin de faire un retour aux choses dans toute entreprise phénoménologique il y a ce besoin d'échapper au labyrinthe des abstractions et d'éprouver tout ce qu'on a pu penser discourir etc par un retour aux choses à l'immédiat quitte à ce que les choses nous apprennent ce qu'il faut penser mais c'est aux choses que nous nous apprenons et non pas nous de décréter par une sagesse intemporelle que le sensible est trompeur comme dit souvent Descartes il faut que ce soit l'objet lui-même qui montre à quel point il n'est pas fiable comme on l'a vu tout à l'heure le maintenant disparaître je vous termine comme la séquence sur le maintenant parce qu'elle veut son pesant d'or par cette petite phrase qui aurait été illisible il y a quelques jours mais qui je l'espère va vous sembler enfin je suis sûr va vous sembler beaucoup plus clair on nous montre le maintenant on, on les partisans de la certitude sensible ce maintenant-ci en réalité maintenant il a et ça c'est très égouillé comme passage maintenant il a déjà cessé d'être quand on le montre le maintenant qui est est un autre
1:32:22 que celui qui est montré on pourrait dire qu'entre main et nant il y a déjà eu des milliards d'intervalles de secondes si vous réfléchissez un peu donc c'est pas maintenant le maintenant qui est est un autre que celui qui est montré et nous voyons que le maintenant est justement ceci de n'être déjà plus quand il est vous voyez il faut s'habituer à l'ordre du temps pour comprendre Hegel il faut être plus musicien que plasticien l'avantage dans l'espace et dans les arts plastiques c'est que toutes les parties sont simultanées il y a une maison la porte est là les fenêtres sont là le salon est là tout ça dans le même temps d'horloge à midi c'est ce qu'on appelle les parties partes extra partes les unes à côté des autres l'espace est l'ordre des simultanéités le temps est l'ordre de la succession si la même maison je veux la décrire à un ami qui est en vacances qui est loin de moi donc je la lui communique par écrit ça ne va pas être simultané je veux dire on rentre par une entrée virginienne avec des colonnes etc puis après il y a un vestibule puis on est dans le successif dès qu'on est dans l'ordre du temps comme en musique en poésie ou dans le cinéma on est dans l'ordre de la succession c'est un rappel important
1:33:33 donc pour vous familiariser un peu avec cette langue celle de la dialectique des choses maintenant il a déjà cessé d'être quand on le montre le maintenant qui est est un autre que celui qui est montré et nous voyons que le maintenant est justement ceci de n'être déjà plus quand il est le maintenant comme il nous est montré est un passé et c'est là sa vérité il n'a pas la vérité de l'être le maintenant n'a pas la vérité de l'être il disparaît trop vite petite anecdote sur l'être il y a des journalistes qui suivent partout les grands hommes déjà à l'époque Hegel était en visite en Haute Suisse il est devant le Mont Blanc monsieur le philosophe qu'est-ce que l'impression ça vous fait le Mont Blanc ?
1:34:12 il est, es ist qu'il a répondu ça oui ça bouge pas trop le maintenant n'a pas cette vérité là bien et donc il est pourtant vrai qu'il a été mais ce qui a été ce qui est passé n'est en fait aucunement essence il n'est pas ce qui a été n'est plus il n'est pas et c'était à l'être que nous avions à faire vous avez une belle séquence de paroles hégéliennes bon et en même temps vous voyez toutes les synthèses on dit bien on a un maintenant au départ maintenant je suis dans dans l'instant je ne suis pas dans le temps paf ça s'est brisé antithèse le changement le devenir synthèse on revient au maintenant il y a un maintenant mais ce n'est pas celui du départ il n'est pas dans les choses il est dans nous on a fait un progrès synthèse de la pensée linéaire et de la pensée circulaire celle qui domine aujourd'hui je vais faire une petite avis à ça dites-le moi quelle est la figure géométrique qui arrive à faire la synthèse du progrès linéaire et de la rotation circulaire la figure géométrique oui bravo la spirale exactement le système hégélien
Le morceau de cire et l'argument du rêve
1:35:24 procède comme une spirale c'est-à-dire d'une part on progresse mais on progresse en revenant à chaque fois au point de départ enrichi d'une nouvelle détermination enrichi d'un savoir etc voilà pour ceux qui aiment les images donc ce retour aux choses ce retour à l'immédiat pour voir comment l'immédiat lui-même se médiatise indépendamment des médiations que nous lui imposons par nos idéologies les pensées et nos idées abstraites ce retour aux choses qui s'opère ici dans ce texte qui était vraiment une grande nouveauté et que Husserl va systématiser au XXème siècle a été initié par René Descartes je vais vous lire ici un passage qui est le peut-être le mot n'existait pas phénoménologie à l'époque de Descartes mais s'il y a eu une esquisse de la phénoménologie de l'esprit c'est pour ça que j'ai lu ce passage d'abord vous allez voir la parenté s'il y a eu une esquisse du projet phénoménologique c'est bien une Descartes des méditations métaphysiques son oeuvre sans doute la plus la plus développée la plus importante du point de vue de la démonstration le discours la méthode est un chef d'oeuvre mais les démonstrations
1:36:34 ne sont pas aussi fouillées que dans les méditations et donc je prends la deuxième il y en a six la deuxième méditation la première nous a laissé sur un échec vous allez faire le bilan de tout ce qu'on peut douter et Descartes avec les pharman c'est pas ça qu'on peut douter de tout mais bon on passe à la deuxième méditation et retour aux choses et Husserl rendra un très grand hommage et à Paris Husserl a fait des conférences il avait été invité au collège de France il a fait des conférences sur son ouvrage Logische Untersuchungen les recherches logiques et il a rendu un grand hommage ici à Paris à Descartes et il a initié l'approche phénoménologique et donc je vous dis le passage qui illustre à mon avis le mieux ce propos nous serve commençons par la considération des choses les plus communes et que nous croyons comprendre le plus distinctement à savoir les corps que nous touchons et que nous voyons voilà on est comme Hegel à la certitude sensible les corps que nous touchons et que nous voyons je n'entends pas parler des corps en général même méfiance que Hegel sur les choses abstraites
1:37:44 je n'entends pas parler des corps en général car ces notions en général sont d'ordinaire plus confuses mais de quelqu'un en particulier prenons pour exemple ce le démonstratif nous rappelle l'index tout à l'heure ce le démonstratif ne peut se rapporter qu'à ce qui est ici et maintenant non pas le le ce morceau de cire c'est le fameux passage sur lequel tellement d'élèves ont planché n'est-ce pas le morceau de cire pour comprendre la suite je vous rappelle tout de même qu'à l'époque parce qu'il s'éclairait à la bougie il n'y a pas de f c'était la cire d'abeille pour comprendre la suite les qualités qu'il va attribuer à la cire c'est pas la stéarine c'était bien mieux c'est de la cire qui embaumait n'est-ce pas qui embaumait le miel tout simplement donc prenons pour exemple ce morceau de cire qui vient d'être tiré de la ruche je suis content de revenir non pas à un texte traduit mais à un texte en français original car il est admirable ce temps de l'expression il n'a pas encore perdu la douceur du miel qu'il contenait le morceau de cire il retient encore quelque chose de l'odeur des fleurs dont il a été recueilli bref toutes les qualités sensibles il a une odeur il a un goût sucré
1:38:55 sa couleur sa figure sa grandeur sont apparentes il est dur il est froid on le touche et si vous voulez frapper il rendra quelques sons il n'est pas le même que si je fais ça ou si je fais ça enfin toutes les choses qui peuvent distinctement faire connaître un corps donc on en est à la certitude sensible les choses qu'ils peuvent faire connaître c'est quoi ? c'est leur qualité sensible toutes les choses qui peuvent distinctement faire connaître un corps se rencontrent en celui-ci mais voici que cependant que je parle on est au seuil de la tragédie là puisque là tout allait bien mais voici que cependant que je parle on l'approche du feu le morceau de cire ce qui restait de saveur s'exhale l'odeur s'évanouit c'est plutôt l'odeur de cramée qu'odeur de miel sa couleur se change sa figure se perd il faut moins sa grandeur augmente la chaleur dilate les corps sa grandeur augmente il devient liquide il s'échauffe alors qu'il était froid à peine le peut-on toucher et quoi qu'on le frappe il ne rendra plus aucun son allons bon
1:40:05 bon sang je croyais avoir un truc solide là qu'est-ce qui fait connaître un corps avec certitude en dehors de tous les trucs douteux c'est sa manifestation immédiate et sensible ses qualités sensibles son odeur s'évanouit qu'est-ce que le morceau de cire ? un truc blanc sucré ben non maintenant il devient jaune et ça dira ça le problème il n'est pas encore posé Descartes posent la question question de philosophe la même cire demeure-t-elle après ce changement ?
1:40:38 ça ne vous a l'air de rien ça c'est les grands pas en avant de la pensée la même cire oui on peut très bien cirer son parquet sans se poser la question on n'est pas dans la connaissance la même cire demeure-t-elle après ce changement ? vous pouvez déjà raisonner si vous définissez un corps par ses qualités sensibles la cire a disparu votre définition n'est plus valable puisque le blanc est devenu jaune etc. c'est plus la même du tout ou si c'est la même c'est qu'il y a un truc sensible que vous ne nous dites pas là ou qui n'apparaît pas dans le sensible le problème c'est à voir si c'est bien la même on nous a trompé pardon ?
1:41:16 on nous a trompé qui ça ? je ne sais pas j'en sais rien je ne sais pas non mais c'est intéressant parce que Descartes a inventé un personnage c'est le mauvais génie le malin oui c'est pareil oui Descartes a fait intervenir le malin génie c'est le sommet le paroxysme du doute chez lui c'est quand il dit bon les choses sensibles ça je vais vite là maintenant elles sont trompeuses et puis il y a l'argument du rêve le plus fort chez Descartes qui fait écrouler toute certitude sensible définitivement pourtant on dit que le rêve est réalité suivons sa progression quand il dit il dit je doute du sensible mais enfin dit Descartes qui a quand même pied sur terre je veux dire c'est un guerrier au départ il a un homme d'action il ne faut pas lui raconter des salades il a ramené des pirates il les a livré à la police anglaise qui avait fait une mutinerie sur un bateau à la pointe de l'épée il dit les sensibles nous trompent quand ils sont éloignés il essaie de se raccrocher à ça à un moment donné un bruit au loin un grondement est-ce un camion est-ce un avion est-ce le tonnerre aller savoir enfin les sensibles rapprochés on ne peut pas douter voilà ça c'est sur la table ça je ne peux pas en douter bon sang on ne peut pas prétendre sur la table qu'il n'est pas sur la table
1:42:26 et il dit il y a même plus proche qu'est-ce qu'il y a de plus proche comme sensible pour chacun d'entre nous de tout l'univers sensible que nous voyons sentons entendons goûtons qu'est-ce qu'il y a de plus proche bien notre corps lui-même on écarte la borde regardez ça fait sérieux ça fait le bilan tout ce dont on peut douter mais encore que les sens nous trompent quelquefois touchant les choses peu sensibles et fort éloignées il se rencontre peut-être beaucoup d'autres desquels on ne peut pas raisonnablement douter quoi que nous les connaissions par leurs moyens par exemple que je sois assis alors c'est moi là maintenant attention c'est même plus l'objet devant moi que je sois ici assis auprès du feu essayez d'imaginer Descartes dans sa robe de chambre en plein négligé c'est extraordinairement fond poil c'est exactement ça par exemple que je sois ici assis auprès du feu vêtu d'une robe de chambre c'est pour ça que je faisais l'allusion ayant ce papier entre les mains on voit qu'il se regarde lui-même là et un peu de doute et autre chose et comment est-ce que je pourrais nier que ces mains-ci et ce corps-ci
1:43:36 soient à moi ben il y en a qui nient ça qui nient ça déjà à l'époque je n'ai pas de corps j'ai 10 mains moi ça me fait penser à tous les romantiques qui sont des fous et qui... oui mais ça c'est pas faux les fous pas les romantiques les fous en général et Descartes en tient compte et il dit si ce n'est peut-être parce que si on doute de ça alors là où on va si ce n'est peut-être que je me compare à ces insensés et voilà ces insensés de qui le cerveau est tellement troublé et offusqué par les noirs vapeurs de la bile conception un peu archaïque de la folie qu'ils assurent constamment qu'ils sont des rois lorsqu'ils sont très pauvres qu'ils sont vêtus d'or et de pourpre lorsqu'ils sont tout nus ou s'imaginent être des cruches ou avoir un corps de verre ils connaissaient bien la clinique mais quoi ce sont des fous là on va le mousqueter un tout petit peu mais quoi ce sont des fous je ne serais pas moins extravagant si je me réglais sur leur exemple là j'interrompe et on va parler un peu de Foucault il y a quelques années c'est en se basant sur ce passage qu'un philosophe qui a eu l'importance que vous imaginez de Foucault il n'y a pas un gamin en sciences humaines en sciences po etc.
Contre Foucault ; l'unité de la cire est dans le mot
1:44:45 qui ne serait pas à Foucault ou à Deleuze Foucault se basse au passage pour dire vous voyez c'est bien la preuve qu'à cette époque là on ne comprend rien à la folie Descartes écarte de lui et de l'humanité les fous qui ne sont pas vraiment des hommes et c'est d'ailleurs à cette époque là qu'on commence à construire ce qui est vrai les premiers asiles les asiles au sens actuel le grand renfermement comme il dit et le moment où la raison apparaît elle exclut d'elle bien sûr la folie le raisonnement cohérent de Foucault etc. c'est pas que c'est faux c'est malhonnête c'est différent parce que je ne vous ai pas dit la suite mais quoi ce sont des fous je ne serais pas moins extravagant si je me réglais sur leurs exemples si ça s'arrêtait là Foucault aurait raison point à la ligne toutefois humilité de Descartes auto-humiliation la grande pensée que Hegel aurait admiré le vrai moi qui lit cette proposition toutefois j'ai ici à considérer que je suis homme et par conséquent que j'ai coutume de dormir en arrivée au rêve et de me représenter en mes songes les mêmes choses ou quelquefois de moins vraisemblables encore que les insensés lorsqu'ils veillent combien de fois m'est-il arrivé de songer la nuit que j'étais en ce lieu que j'étais habillé
1:45:56 on a tous fait ces rêves là que j'étais auprès du feu quoique je fusse tout nu dedans mon lit mesdames essayez d'imaginer Descartes tout nu dans son lit il me semble bien à présent que ce n'est pas avec des yeux endormis que je regarde ce papier vous voyez le doute l'a gagné il me semble je ne suis pas sûr il me semble bien à présent que ce n'est pas avec des yeux endormis que je regarde ce papier que cette tête que je remue vous voyez comme on dit pince-moi il remue la tête quand même pour se réveiller que la tête que je remue n'est point assoupie c'est admirable admirable que c'est avec dessein et de propos délibérés que j'étends cette main et que je la sens ce qui arrive dans le sommeil n'est point si clair ni si distinct que tout ceci il y a un va-et-vient entre la certitude et puis le doute qui le reprend et puis là quand même mais le doute revient en y pensant soigneusement je me ressouviens d'avoir été souvent trompé lorsque je dormais par de semblables illusions et m'arrêtant sur cette pensée je vous rassure je vois si manifestement qu'il n'y a point il n'y a pas il n'y a point d'indice concluant ni de marque assez certaine par où l'on puisse distinguer nettement la veille d'avec le sommeil point de critères sensibles en tout cas c'est pas avec ce qu'on voit
1:47:06 et ce qu'on touche je vois un chien jaune en rêve c'est le démarrage de mon long détour par Descartes que je le vois en réalité ou en rêve je vois un chien jaune ce qui compte dit Hegel c'est le contenu de cette vision donc je finis ici il n'y a point d'indice concluant ni de marque assez certaine par où l'on puisse distinguer nettement la veille d'avec le sommeil et que j'en suis tout étonné nous sommes au 7ème siècle c'est un coup de tonnerre ça veut dire étonner ça veut dire tiens ça m'étonne c'est fracassant j'en suis tout étonné et mon étonnement est tel qu'il est presque capable et c'est la fin de ce chapitre admirable de me persuader que je dors tromperie oui tromperie de Foucault parce que non seulement c'est faux ce serait faux moi je me trompe mille fois plus que Foucault c'est pas la question mais tout de même il y a mauvaise foi parce qu'il connait bien ce texte Foucault il sait très bien qu'en allant à la ligne non seulement Descartes n'écarte pas le fou ne l'aliène pas à lui alienus veut dire l'autre ce qui est toute sa thèse à lui Foucault mais qu'au contraire il en fait un frère puisqu'il dit moi je suis comme eux allez soyons clairs je suis homme il monte au genre fou, normaux peu importe nous sommes des hommes donc nous dormons et comme nous dormons il nous arrive tous d'être fous et Freud reprendra
1:48:16 ce parallèle entre le rêve qui est une névrose normale dans le psychopathologie de la vie quotidienne voilà donc je tenais à rendre ici cet hommage à Descartes je n'ai pas fini avec Descartes j'ai fini pour là ce héros par qui tout a commencé l'argument du sens ou comme dit Péguy ce cavalier français qui partit d'un si bon pas mais ça c'est la citation de Hegel il commençait je ne sais plus que les autres tout a commencé bien sûr dans l'Encyclopédie tout a recommencé bien sûr donc revenons au morceau de cire nous l'avons défini spontanément phénoménologiquement c'est là que Descartes est phénoménologue avant la lettre telle qu'il se présente il y aura des qualités sensibles seulement voilà elles disparaissent c'est Heraclite qui triomphe tout s'écoule panta rhei nous ne baignons jamais deux fois dans le même fleuve il n'y a pas d'identité il n'y a que de la différence etc etc etc il faut toujours chercher l'identité française bon même pour le moindre individu il n'y a pas d'identité il n'y a pas une cellule de notre corps il y en a des milliards de milliards qui restent identiques à elles-mêmes à chaque instant les échanges chimiques prodigieux oui ça n'empêche pas que je dis je suis alors que je deviens
1:49:26 donc la même cire demeure-t-elle après ce changement qu'est-ce donc que l'on connaissait en ce morceau de cire avec tant de distinction voilà il y a bien une identité de la cire mais elle devient et c'est là le progrès que nous fait faire le philosophe en l'occurrence Descartes elle devient problématique elle n'est plus donnée comme c'était tout à l'heure il suffisait d'énumérer des qualités sensibles il faut chercher quelque chose d'un peu plus sophistiqué le fait qu'elle soit tantôt blanche tantôt jaune tantôt odeur de miel tantôt odeur de cramé tantôt de forme cubique tantôt de blablabla pas de forme du tout pas en train de fondre je vous ai soutenu un petit passage exprès pour montrer maintenant les limites de Descartes lorsqu'il pose sa question il est historique pas des limites individuelles la même cire demeure-t-elle après ce changement point d'interrogation immédiatement vous avez la réponse il faut avouer qu'elle demeure et personne ne le peut nier donc qu'est-ce donc que nous connaissions dit Descartes avec tant de certitude la question n'est plus est-ce que la même cire demeure après ce changement il a déjà il a déjà exécuté avant de traiter la question il a exécuté certes elle demeure et personne ne le saurait nier là il y a un point faible et je rends hommage à Descartes finalement ce point faible car ce point faible
1:50:36 où quand Descartes je veux dire là le point des habitudes reviennent c'est qu'il n'est pas cartésien c'est que dans sa méthode le fameux principe de la méthode énoncé dans le Discours de la méthode il y a bien marqué examiner avec soin des pensées et ne comprendre rien de plus en elles que ce qui s'y présenterait si clairement et si distinctement que je n'ai eu aucune occasion de le révoquer en doute et éviter avec soigneusement la prévention et la précipitation mais là il s'est précipité bon ça nous arrive à tous il n'y a pas d'erreur chez les grands aussi mais là je veux dire on voit bien tout d'un coup c'est terminé la séquence qui était purement phénoménologique parce que la question ne porte plus sur y a-t-il une identité de la cire même mais elle y est cette identité mais en quoi consiste-t-elle la question porte sur l'essence et non plus sur l'existence je compare ça avec un passage qui se trouve un peu plus loin que le maintenant ici enfin le passage la certitude sensible page 101 pour ceux qui ont l'édition au vieil Hyppolite la traduction Hyppolite où après avoir exactement comme le morceau de cire comparé la chose bonjour Chloé à ses propriétés ils disent aussi
1:51:47 on dit alors de la chose regardez elle a la même couleur que le morceau de cire chez Descartes elle est blanche elle est aussi cubique elle est aussi sapide on voit qu'il y a un écho et en tant qu'elle est cubique elle est aussi blanche elle n'est pas sapide et il dit l'acte de poser dans un Un U majuscule l'acte de poser dans un Un ses propriétés échoit seulement à la conscience qui doit éviter alors de laisser coincider dans la chose c'est cette vieille habitude substantielle que nous avons tellement habitué depuis des millénaires qui fait que Descartes a été poussé de voir l'unité dans la cire elle-même alors que ce que Hegel vient de nous apprendre et c'est un pas qui n'est peut-être fait que grâce à Kant mais que Kant lui-même n'avait pas fait le pas qu'on vient de faire c'est que l'unité du morceau de cire n'est nulle part ailleurs qu'en nous elle est dans le mot on ne peut pas reprocher à Descartes de ne pas être dans la découverte linguistique du XXe siècle quand même il n'y a que le mot qui reste la cire était blanche maintenant elle est jaune il reste le sujet grammatical nous sommes dans le jeu verbal tout le reste a changé tout ce qui est réalité empiriquement observable de la cire c'est modifié peut-être que dans d'autres langues
La langue détermine la perception
1:52:57 ce serait un autre mot pardon ? peut-être que dans d'autres langues ce serait un autre mot vous voulez dire je ne sais pas si j'ai bien compris je ne suis pas d'accord je n'ai pas compris peut-être que le morceau de cire dur, solide, etc. et la cire fondue dans une autre langue ça n'aurait pas le même mot ah tout à fait bien sûr ah non non c'est pas seulement peut-être vous avez d'autant plus raison d'autant plus raison qu'il n'y a pas du tout le même partage des qualités sensibles dans les différentes langues on a eu presque un siècle de progrès linguistique considérable je parle linguistique au sens strict pas l'étude du langage en philosophique mais l'étude des langues spécifiques des langues et vous avez pour les couleurs par exemple il y a deux exemples à la clinique on va parler des aphasiques et dans certaines ethnies de l'ouest africain je pense en particulier aux Éwés du Togo qui ont été très étudiés en linguistique par Benveniste en particulier qui a fait son cours de linguistique général quand vous avez mais c'est pareil aussi bien en Bambara au Mali ce que je vais dire je commence par la clinique on a constaté
1:54:07 qu'il y avait des aphasiques les aphasiques ce ne sont pas des malades de l'oeil ils voient très bien les aphasiques ce sont des malades du langage le bégaiement est une très légère aphasie ce n'est pas grave ça peut être une chose beaucoup plus grave comme des tas de mots qu'un aphasique est incapable de prononcer il se trouve que le cas qui était observé là c'est un malade qui était incapable de nommer les couleurs c'était ça sa pathologie à lui nous attardons pas sur les causes etc. il n'arrivait pas à nommer les couleurs quand on lui donnait des échantillons de tissus à classer par teintes fondamentales il mettait un tissu triangulaire rouge avec un tissu bleu rouge ou bien un morceau de tissu rond avec une tâche en bas à droite avec un morceau de tissu jaune avec une tâche en bas à droite il changeait tout le temps de principe de classification pour les classer jamais la couleur ne lui venait parce qu'il n'avait pas le mot vous voyez qu'on voit bien que la présence ou l'absence d'un mot détermine notre perception et il a raison quelque part il n'est pas malade de l'oeil il y voit aussi bien que nous la physique il met de la langue or chez nous dans la langue française je vous remercie de bien préciser votre question on prend un sujet bleu et on prend un épithète bleu marine, bleu roi, bleu ciel pour différencier il y a une substance un sujet du bleu
1:55:17 comme s'il y avait un bleu en soi visuellement ce n'est pas évident peut-être que le bleu marine est plus proche du noir ou de certains marrons du point de vue des vibrations lumineuses que du bleu le plus transparent et le plus clair que du bleu ciel et donc le malade a parfaitement raison d'avoir du mal à classer ses échantillons il mettra un bleu marine avec un noir comme objet sombre par exemple or dans les langues africaines les l'agissot vous voyez qui ne sont pas malades du tout il y a un mot qui veut dire en gros toutes les couleurs que nous mettons nous en orange, marron, rouge vous voyez tout ce qui est un peu rouge carmin ils ne mettront pas le rouge vermillon dedans tout ce qui est un peu sombre ça ne va pas donner la même vision du monde c'est sûr vous avez parfaitement raison que nous et je vous mets un troisième exemple ce sont des expériences qui ont été faites ça on fait entendre à plusieurs européens qui ont chacun une langue différente bien sûr un tchèque un polonais un belge un français un flamand on fait entendre des sons frapper à intervalles réguliers sur une table une table qui est derrière eux donc ils ne voient pas et on accentue périodiquement mais de manière régulière
1:56:27 il y a un accent si vous voulez comment dire en musique tous les trois temps paf il y a un temps un peu plus marqué que l'autre et on demande c'est ça le but de l'opération à chacun des participants sur quel temps est l'accent est-ce que c'est sur le premier le troisième le quatrième temps ô surprise il n'y a pas deux qui sont d'accord ils n'ont pas les oreilles malades on n'a pas pris des gens qui avaient des difficultés auditives on a pris des gens tout à fait normaux mais ce qui est plus intéressant encore dans l'expérience c'est que elle nous apprend que chacun entend l'accent à la place qui correspond à l'accent tonique dans sa langue on a un inconscient linguistique et moi en tant qu'hégélien ça ne me dérange pas quand on voit la solennelle introduction à la logique où Hegel dit que nous pensons selon le langage et que c'est le langage logos qu'il ne faut pas oublier dans la logique logos c'est pas fini logos ça veut dire aussi fraction, proportion, ratio, tout ce que vous voulez mais enfin ça veut dire déjà ça nous pensons selon le langage vous avez peut-être des questions ?
Juger n'est pas voir : l'expression
1:57:26 sur ce passage là ? voilà alors je tenais tout de même à vous vous rappelez que le passage de la certitude sensible s'est terminé chez Hegel par un petit bilan où il dit je voulais juste signaler une chose là on a parlé du nominalisme du mot de l'épithète qu'on va choisir mais derrière il y a la détermination c'est quand même plutôt ça qui va intéresser Hegel tout à fait nous sommes à la surface et tant qu'on en reste à la certitude sensible heureusement qu'il y a d'autres moyens de connaître le réel que les sens c'est là qu'on voit l'histoire de la science il ne s'agit pas seulement de nommer la détermination c'est qu'il y a quand même une détermination qu'il s'agit éventuellement de dire et donc on va voir la définition qu'il s'agit de dire à l'exprimer de l'exprimer la grande théorie du 17e siècle de l'expression Descartes Leibniz, Spinoza c'est un bel héritage théorie de l'expression je veux dire ça ne sert à rien une abstraction si elle ne s'exprime pas dans le concret ça ne s'est pas tombé dans l'oreille d'un sourd parce qu'il passe enfin à dire que l'intérieur on le reconnaît au fait qu'il s'exprime vous voyez la dialectique vous rappelez mon exemple des poissons
1:58:36 que je pêche en plongée sous-marine et je suis tout déçu quand je les remonte à la surface ça m'arrivait souvent que j'étais gamin je croyais avoir ramassé un balèze comme ça mais ils deviennent tout petits dès qu'on le remonte à la surface l'intériorité c'est ça on croit que ma pensée est plus profonde que tous les mots ça me vient des autres moi je suis plus profond mais non si ça paraît plat c'est que c'est comme ça ma pensée quand on la frotte à l'autre elle n'est pas si géniale que je croyais ben oui il faut s'y faire et elle deviendra géniale à force de faire ce genre d'expérience au départ un peu douloureuse mais les blessures narcissiques sont toujours douloureuses voilà exactement mais alors là où Descartes est immense c'est que ce résultat auquel est arrivé et dans ce tout premier chapitre quand il dit ce que je dis dément complètement ce que je vise je vise un singulier j'exprime le général vous vous rappelez je vise ce maintenant l'instant qui est là maintenant et je dis maintenant ce que je peux dire à n'importe quel instant or pardon cependant une fois qu'il est passé par le morceau de cire tout ça il fait un bilan admirable c'est un rapport entre langage et pensée et réel
1:59:46 c'est pour ça que je vous lis ceci en contrepoint au texte de Hegel cependant je ne me saurais trop étonné encore une fois avec la force que c'est le 7ème siècle le tonner quand je considère combien mon esprit c'est un mot on peut tous faire sien a de la faiblesse et de pente qui le porte insensiblement dans l'erreur il est méfiant comme un rat Descartes c'est sa force alors lui le poids du bien connu ça ne marche pas avec lui car encore que sans parler je me tais je considère tout cela en moi-même je pense sans parler les paroles toutefois m'arrêtent dès qu'on veut dire exprimer m'arrêtent et je suis presque trompé ce que vous disiez par les termes du langage ordinaire car nous disons que nous voyons la même cire même à l'instant c'est l'identité si on nous la présente et non pas que nous jugeons que c'est la même car il a fait un progrès Descartes grâce à cette petite phénoménologie que je viens de retracer c'est que nous ne voyons pas ce qui fait que la cire est la même nous jugeons que c'est la même mais nous jugeons sans voir car encore car nous disons que nous voyons la même cire si on nous la présente et non pas que nous jugeons que c'est la même
2:00:56 de ce qu'elle a même couleur et même figure etc. donc je voudrais presque conclure que l'on connaît la cire par la vision des yeux on revient au point de départ et non par la seule inspection de l'esprit si par hasard heureusement qu'il est arraché à cette tentation empiriste je ne voyais beau passage si je ne voyais si je ne regardais pardon d'une fenêtre des hommes qui passent dans la rue à la vue desquelles je ne manque pas de dire que je vois des hommes ben oui je vois des hommes dans la rue je vois des hommes c'est ce qu'on dit c'est le langage de l'opinion c'est pas le langage de la science c'est le savoir la philosophie vous me direz ben quoi ?
2:01:26 je vois des hommes qu'est-ce qu'il y a ? pas faux tout de même que je dis que je vois la cire et cependant que vois-je de cette fenêtre admirable Descartes que vois-je appliquons-moi voir sinon c'est célèbre vous connaissez la suite ? des manteaux et des chapeaux bravo c'est moi qui vais prendre court tout à l'heure des manteaux et oui que je vois des manteaux des chapeaux vous savez on a l'époque des mousquetaires c'est pas des petits chapeaux en plus ça cache bien et puis des capes des pèlerines des capes et des épées que dis-je ? et cependant que vois-je de cette fenêtre sinon des chapeaux et des manteaux qui peuvent couvrir des spectres ou des hommes feints qui se remuent que par ressort on dirait il est tordu il est parano non pas du tout il est rigoureux c'était l'époque non si historique c'est l'époque où apparaissent les premiers automates il n'y a pas encore l'homme bionique l'homme virtuel le Spiderman je ne sais pas comment vous avez fait ça mieux que moi mais le concept est déjà là le mécanisme la science galiléenne ça s'est produit et c'est très bien Descartes qu'on peut faire de manière mécanique des choses qui imitent vous avez même essayé de fabriquer un joueur d'échec vous avez pas une magie bon donc que vois-je sinon couvrir
2:02:36 allez savoir une machine soyons méfiants qui peuvent couvrir des spectres des hommes feints qui ne se remuent que par ressort mais je juge que ce sont de vrais hommes et ainsi je comprends par la seule puissance de juger qui réside dans mon esprit ce que je croyais voir de mes yeux même résultat chez Descartes chez Hegel la sortie de basculer de l'extériorité de l'objet dans le sujet de l'intériorité voilà connais-toi toi-même c'était marqué au temple de Delphes on venait toujours le voir pour des choses extérieures est-ce que je fais bien d'envoyer trois bateaux en Asie mineure là maintenant parce que je fais un trafic d'huile ça c'est héraclite oui c'était enrichi avec le commerce de huile d'olive est-ce que je fais bien d'aller épouser la petite est-ce que je et l'oracle commençait par dire connais-toi toi-même la réponse elle est dans toi ah si Oedipe avait compris ça vous savez qu'il a mal interprété l'oracle il croyait que l'oracle ne retourne pas chez toi il déjoue l'oracle malignement la fait retourner chez lui voilà admirable manière pour Descartes de coller aux choses d'être à l'immédiat de ne pas bavarder en dehors de la chose
2:03:46 mais de laisser ce que j'ai dit tout à l'heure non pas le bavardage sur la chose mais restituer la parole de la chose Van Gogh disait nous ne pouvons faire parler que nos tableaux vous savez l'artiste qui dit j'ai fait ça mais j'ai voulu exprimer dedans si tu ne l'as pas exprimé c'est que ce n'est pas bon si tu dis que ce que ton vouloir dire est encore plus profond que ce que tu nous présentes nous on venait à voir tes peintures on ne venait pas voir ta pensée ce qui est important ce n'est pas ce que tu veux dire c'est ce que tu dis c'est ce que tu exprimes ce que tu peintes ce que tu composes ce que tu construis si tu es architecte ce que tu réalises si tu es cinéaste etc et non pas ton boucle laisse aux philosophes aux idéologues le vouloir faire etc ce que tu as fait assume en regardant ton film on va voir ce que tu as fait le conceptuel est-il foutaise ?
2:04:32 ah non non non c'est rare non en art ce serait un contresens je veux dire l'artiste il s'agit de l'art dans la sphère de l'art je veux volontairement sur le mot dans la bonne objection dans la sphère de l'art précisément l'artiste n'a pas à produire des concepts il n'a pas à écrire son vouloir dire l'autre jour je prenais l'exemple de l'élève ce n'est pas un artiste mais c'est un peu le même contresens l'élève qui viendrait dire au prof au moment du bac excusez-moi si vous m'avez mis une mauvaise note mais c'est parce que vous avez jugé ce que j'ai écrit et non pas ce que je voulais dire mais je vous jure ce que j'ai écrit n'est peut-être pas très bon mais ce que je voulais dire était génial oui oui mais c'est là qu'on revient à médiat immédiat de quelque manière vous y prenez dans les relations inter-humaines inter-subjectives et nous en sommes là quelque part je voudrais bien passer par la médiation par une médiation pour que mon immédiateté infinie et délicieuse puisse être communiquée à l'autre voilà in principio erat verbum il faut commencer par la parole tout de même voilà pour ce qui est de cette médiation bon ben je vois que vous n'avez pas été effrayé par cette petite séquence du maintenant qui n'est déjà plus là quand il est etc
Proposition attributive et géométries non euclidiennes
2:05:42 mais une fois qu'on s'est familiarisé vous savez c'est pas plus difficile que notre forme de pensée je veux dire si vous lisez les dialogues dits métaphysiques de Platon c'est du chinois les dialogues métaphysiques ce sont ceux qui sont après la république là le Parménide le sophiste le Philèbe c'est une espèce de traquenard politique c'est tout sur ces dialogues où personne ne lâche le morceau c'est une difficulté énorme mais ce qui est paradoxal chez Hegel c'est que cette difficulté n'est pas liée à un vocabulaire technique autant chez Kant vous trouverez je sais pas moi le je transcendantal l'apagogique l'ostensif des notions quand on les connait ça va enfin il faut bien qu'il nous donne la définition avant de s'en servir autant chez Hegel vous voyez que des mots courants et pourtant c'est difficile à comprendre parce que c'est l'attitude qui est différente et c'est tellement important cette attitude qui consiste à suivre le mouvement de la chose que cette chose soit un rêve ou que ce soit un objet ou un objectif ou une proposition ou un système philosophique peu importe pour bien assumer la transformation que ça implique il faut comprendre que l'apport
2:06:53 le plus important de Hegel à la logique est la transformation de ce qu'il appelle la proposition attributive en proposition spéculative depuis l'antiquité la forme de la proposition logique qu'elle soit en science ou en philosophie c'était A est B Socrate est mortel par exemple sujet, copule, prédicat sujet, prédicat c'est ça SP avec entre les deux quelque chose qui les lie qui en fait un couple qu'on appelle donc la copule qui ici est le verbe être petit conseil d'ami si vous voulez éviter les errances liées ici à l'intrusion des verbes être faites comme les mathématiciens qui sont les plus rigoureux dans ce niveau là ne dites pas est mais appartient à ne dites pas la pomme est un fruit je ne sais pas si la pomme a un rapport à l'être mais la pomme appartient à l'ensemble des fruits ça ne vous a rien comme différence mais ça évite tout le délire ontologique et croyez moi c'est important la mathématique sa force c'est qu'elle raisonne par extension et non pas par compréhension comme nous faisons la plupart du temps je donne un petit exemple ce sera encore un petit détour scientifique mais quand même il me semble capital lorsque sont apparues
2:08:03 les fameuses géométries dites non-euclidiennes au début du XXe siècle je vous rappelle que pendant 20 siècles il n'y a qu'une seule géométrie à Bérenny celle qui domine toute la mathématique classique il y a des immenses noms là-dedans Euler, d'Alembert etc. Cauchy vous savez que les plus grandes écoles mathématiques sont françaises, russes et italiennes physique, chimie c'est plus l'Allemagne il y a un certain temps en tout cas donc les Bernoulli c'est des dynasties les Gophiles Laplace Lagrange etc.
2:08:36 donc dans la mathématique euclidienne elle est tout en tout cas fondée sur une notion première un postulat donc non démontré comme tout postulat mais qui sert à démontrer tout le reste donc attention que par un point vous savez il est célébrissime on ne peut mener qu'une parallèle à une droite dans un même plan et bien sûr pendant 20 siècles les mathématiciens se sont efforcés ils sont toujours agacés quand il y a un truc non démontré ils ont raison parce que le bon système théorique le plus puissant c'est celui qui avec le minimum de notions premières arrive à démontrer le maximum de notions dérivées minimum de notions primitives maximum de notions dérivées c'est là qu'on mesure la puissance d'une théorie et donc si on peut si je ne sais pas comme un postulat mais qu'en fait on peut le démontrer profitons-en et bien pendant 20 siècles ils se sont exténués sans y arriver à démontrer ce postulat qui semblait bien donc appartenir à l'ordre de l'être des choses voilà par un point on ne peut pas mener plusieurs il n'y en a qu'une parallèle à une droite par un point donné pour relancer le problème de la démonstration un mathématicien russe d'abord puis allemand après le russe Lobatchevski l'allemand Riemann
2:09:46 disent on va s'y prendre par l'absurde c'est par l'absurde ça veut dire on va décider de dire le contraire par un point je peux en mener plusieurs et on va arriver à une contradiction ce qui prouvera indirectement que Euclide avait raison ça c'est la démonstration par l'absurde n'est-ce pas Lobatchevski le premier a décidé par un point c'est arbitraire mais pas dans le réel la révolution copernicienne nous sommes puissants par rapport à la nature nous sommes technologiques depuis que nous avons laissé tomber ce que nous croyons être le réel qui n'est que le sensible on en a vu la pauvreté tout à l'heure et que nous nous sommes tournés vers la rigueur de nos définitions Lobatchevski dit par un point je peux en mener plusieurs et puis il continue pour arriver à une proposition contradictoire et il n'en a pas trouvé il s'est aperçu que avec ce point de départ on pouvait construire une géométrie parfaitement cohérente aussi cohérente que celle d'Euclide mais avec un autre point de départ cohérente ça veut dire exempte précisément de contradiction quand je vous rappelle qu'il n'y a de contradiction que là où quelque chose a d'abord été dit il n'y a pas de contradiction dans le réel c'est là qu'il faut distinguer réalité et vérité une vérité est vraie ou fausse
2:10:57 selon quelqu'un pardon un énoncé est vrai ou faux excusez-moi il n'y a de vérité que dans les mots et il n'y a de réalité que dans les choses reste la chose qui rappelle puis Riemann l'allemand alors lui a dit vous allez voir c'est de plus en plus rigolo c'est sérieux par un point on ne peut en mener aucune pas une ou plusieurs aucune et lui aussi est arrivé à partir de ce point de départ cet axiome on dit maintenant plutôt que postulat mathématique d'aujourd'hui cet axiome pouvait très bien on pouvait déduire cet axiome des tas d'énoncés sans rencontrer aucune contradiction de sorte que la mathématique d'Euclide reste valable vous vous rappelez Newton tout à l'heure mais au lieu de se poser comme la mathesis universalis comme le dernier mot des mathématiques elle n'apparaît plus que dans sa vérité c'est à dire comme un cas particulier d'une mathématique plus générale la science est admirablement cumulative elle ne jette pas la poubelle de faux pour se tourner vers autre chose ce n'est pas comme la mode où on passe des mini-jupes pour robes longues et des entre-légards pour revenir aux mini-jupes dix ans après donc c'est cumulatif je n'ai rien contre la mode la mode c'est pas de connaître donc ça ne me dérange pas donc intéressant
2:12:08 de voir ici puissance de l'esprit humain vous me direz oui mais c'est bien rigolo ton histoire par un point on peut en mener une infinité par un point on peut en mener aucune elle n'empêche qu'il n'y a que celle d'Euclide qui correspond au réel parce que montrez-moi plusieurs parallèles à une droite vous ne pouvez pas me le montrer mais on s'en fout c'est pas important de le montrer vous êtes empirique vous voulez absolument que ça se voit la vérité le plus fort c'est que ces mathématiques-là qui vous semblent des jeux de l'esprit les non-euclidiennes ont été à l'origine d'avancées technologiques prodigieuses et qu'aucun des instruments modernes que vous avez autour de vous de la télévision au portable en passant on ne parle même pas du laser etc n'aurait été possible sans ces modélisations mathématiques ce qui veut dire que le réel et c'est bien nous continuons à le confirmer est bien loin de ce que nous montrent de sensible il ne faut pas se tromper c'est ce qui est objet des sens et que Platon avait bien raison de reléguer le sensible au fond de la caverne et d'inscrire à l'entrée de son école que nul n'entre s'il n'est géomètre oh non pas qu'on va faire des maths ici on fait de la philosophie mais enfin la géométrie pour ces Platon est un excellent exercice une excellente propédeutique pour l'élève pour qu'il s'initie à contempler des choses qu'on ne peut pas toucher ni voir avec les yeux
2:13:18 elle est donc touchée avec les yeux un point une ligne une droite ou un cercle mathématique vous m'en direz des nouvelles alors vous conclurez ce sera ma conclusion sur ce chapitre vous conclurez avec la jolie phrase de Ionesco dans la Cantatrice chauve prenez un cercle caressez-le il deviendra vicieux voilà puissance de l'abstraction vous voyez plus on s'éloigne du sensible plus on s'éloigne de manière cohérente pour s'appliquer à enchaîner des énoncés vrais vrais voulant dire ici non contradictoires indépendamment de toute référence à une extériorité quelconque plus je m'en éloigne plus je pratique cette rigueur théorique plus je m'approprie le réel véritable et là vous mesurez ce qu'on a dit au début d'une manière un peu plus claire l'abîme qui sépare la simple réalité de mon sensible la réalité empirique de la Wirklichkeit de la réalité effective ou de la réalité effectivement réelle qui suppose un détour et un travail voilà est-ce que vous voulez expliquer il n'y a pas de questions ?
La définition selon Aristote, dialectique sans le savoir
2:14:19 je reviens juste une oui William je sais si tu peux répéter la phrase que je me disais tout à l'heure par rapport à ce que tu considères comme la forme de santé de la vie c'est-à-dire une transformation de la proposition de la qualifiaire ah oui oui la proposition attributive A est B Socrate est mortel en proposition spéculative ce n'est pas un autre énoncé en tant que spéculative mais ce que ce que Hegel reproche c'est que la proposition attributive c'est qu'elle privilégie la substance il y a un sujet il y a ce qu'il appelle un point fixe ça c'est encore une abstraction de l'entendement comme le morceau de cire la même cire elle est là elle est fixe elle ne bouge pas la cire identique à elle-même et ce qui varie c'est seulement ses attributs ses épithètes ses modes sa couleur sa grandeur le son qu'elle émet etc.
2:15:16 et donc le travail du philosophe consiste simplement à s'agiter entre le sujet et le prédicat ou à modifier les prédicats les épithètes les attributs l'ensemble de ce que je dis d'une chose c'est son prédicat ça vous l'apprenez à l'école élémentaire chez Aristote ses élèves première année les catégories on n'a pas d'abord c'est la grammaire l'attribut la substance le mode etc. vous savez c'est un excellent apprentissage l'Organon et Aristote est arrivé à la conclusion je réponds à ta question qu'il n'y a de connaissance que du général et d'existence que de l'individu s'y connaître c'est classer il y a les animaux dans les animaux je prends ceux qui allaitent leurs petits les mammifères dans les mammifères je prends les félins je n'étais pas encore à l'individu je suis allé du genre à l'espèce à la famille et dans les félins moi ça me passe compliqué parce que le guépard est un cas douteux vous savez pourquoi ?
2:16:12 on a des doutes sur le fait que ce soit un félin sérieux parce que la zoologie est une troisième main pour moi c'est une fascination qui mène l'enfance comme nous tous l'enfant est totémique le guépard n'a pas de griffes rétractiles ce qui est caractéristique des félins il n'a pas de griffes rétractiles il a l'apparence comme ça mais enfin il y a plein de petites spécificités dont celle-ci qui font que beaucoup de zoologues hésitent à le placer dans les félins et donc je vous rappelle la définition de la définition ça peut servir à tous ceux qui vont se voir s'il faut que je commence par une définition alors qu'en principe on devrait finir la définition c'est quand c'est écrit dedans c'est quand c'est fini c'est quand c'est terminé déterminé au début c'est pas très clair on va proposer pour montrer qu'elles sont insuffisantes donc définition de la définition par Aristote Aristote est le maître de toutes ses considérations de méthode et de logique définir dit Aristote c'est donner le genre proche plus la différence spécifique ça le mérite d'être précis alors clarifions c'est très simple si je veux définir l'homme c'est une définition qui vaut ce qu'elle vaut on peut la discuter
2:17:22 mais au moins c'est à la fin d'une définition je dis l'homme est un animal voilà je place l'homme dans son genre prochain je veux pas dire l'homme est une chose ça c'est trop général comme une planète comme des étoiles il est un animal voilà je prends le genre le plus proche qui pense qui raisonne qui rit chez Rabelais c'est le fait de rire le propre de l'homme peu importe la différence spécifique et là on voit bien ce que veut dire espèce c'est une précision de plus à porter dans le genre donc ce qui est important c'est intéressant parce que cette définition est éminemment dialectique je le dis dans le dos de ce brave Aristote je ne prends pas de la hauteur mais brave Aristote il m'écrase énormément c'est le plus formidable effort d'intelligibilité peut-être qu'on ait produit mais Aristote n'aimait pas les dialecticiens c'est ça c'est son conflit avec Platon les dialectiques les mathématiques tout ce qui est abstrait il n'aimait pas trop je vous l'ai dit tout à l'heure il était branché sur les choses dans la biologie vivante observable et bien là il montre à quel point il est grand dialecticien sans le savoir car qu'est-ce qu'il vient de dire que définir c'est faire deux choses contradictoires c'est d'abord dire
2:18:32 ce qu'il y a de commun l'homme est un animal voir ce qu'il y a de commun au ver de terre au lion à la mouche à ce que vous voulez et ensuite à l'inverse voir ce qu'il a d'unique dans le règne animal ce qui fait sa différence spécifique c'est pour ça qu'un exercice de définition est toujours difficile parce qu'il suppose un exercice contradictoire d'abord dire le commun et après dire la différence vous n'avez de définition qu'à ce prix là si vous faites une définition trop générale où il n'y a pas de différence spécifique au lieu de définir la chose vous l'avez noyée dans l'immensité où elle se perd si vous êtes au contraire trop spécifique la définition manquera d'extension comme on dit en logique voilà alors je reviens à la question de William qui est au coeur du débat il y a un développement sur cette question de la proposition attributive très intéressant et très développé dès la préface ce qu'on vient de dire peut être formellement on est dans une préface on ne peut pas faire beaucoup plus exprimé en disant que la nature du jugement
Le vrai comme sujet et non comme substance
2:19:42 a aidé ou de la proposition en général nature qui implique en soi la différence du sujet et du prédicat ceci est une canette se trouve détruite par la proposition spéculative ainsi la proposition identique que devient la première proposition contient le contre-coups et la répudiation de cette relation du sujet et du prédicat alors qu'est-ce que ça veut dire tout ça je le mets en relation avec la méfiance de Hegel à l'égard de ce qui est l'universel abstrait j'ai assez insisté donc je ne reviens pas trop mais seulement peut-être de l'illustrer là où on s'y attendait le moins il était en train de dire voilà selon ma façon dans la préface passage capitale ça c'est rare que Hegel résume son projet en une seule phrase je passe mon temps à dire que c'est celui-ci l'affaire selon ma façon de voir ça c'est rare qui sera justifié seulement dans la présentation du système donc on le dit là gratuitement tout dépend de ce point essentiel pouvant les oreilles appréhender et exprimer le vrai non plus comme substance
2:20:53 c'est souligné substance mais aussi et précisément comme sujet donc pour Hegel tout le mouvement de la pensée consiste à aller d'un rapport immédiat au monde qu'il appelle le rapport substantiel au sujet on l'a très mieux avec Descartes tout à l'heure comme Descartes admirablement a fait basculer l'unité du morceau de cire de la substantialité extérieure à ce qu'il appelle lui-même l'inspection de mon esprit au sujet bon il faut en même temps remarquer dit Hegel que la substantialité inclut en soi l'universel ou l'immédiateté du savoir même et là il précise une petite esquisse de l'histoire de la philosophie récente enfin récente à son époque en trois étapes bien hegeliennes si la conception de Dieu comme substance unique c'est qui ça ?
2:21:45 ceci qui est-ce qui a conçu Dieu comme substance unique ? il n'y a pas de garantie quitter tout ça c'est les substances partout où je dis un, une, un cendrier un livre c'est les substances c'est l'équivalent du sujet grammatical d'ailleurs substare ça veut dire en un mot ce qui se maintient dessous vous êtes il suffit d'être un locuteur d'une langue indo-européenne quelle qu'elle soit pour voir si qu'avec st on est dans ce qui ne bouge jamais la station service n'est-ce pas la statue ne reste pas là plantée comme une statue la statue l'état les institutions la stabilité partout il y a statique stat etc tous ces mots là merci montrent bien ce qui est de l'ordre de la substance ce qui se maintient dessous dessous quoi ?
2:22:33 dessous les attributs pardi quand je dis la rose elle est rose elle est fanée elle est cheap elle est chère au contraire tout ça c'est des épithètes que je mets sur une image un sujet qui est censé en dessous les contenir comme je mets des ingrédients de recettes de cuisine dans une casserole quand même qu'elle a pour soutenir tout ça le sujet c'est ça c'est ce qui est en dessous ne bouge pas alors on a vu avec Descartes le blanc de la cire peut devenir jaune la forme cubique peut devenir machin bon les épithètes les attributs le prédicat bouge mais heureusement qu'il y a la substance or si je prends le mot sujet maintenant et qu'elle les oppose au sens grammatical c'est le même mot car sujet vient de sub jacere verbe latin défectif et qui est encore plus défectif en français mais que ça veut dire que c'est un verbe qui n'est conjugué qu'à de très rares occasions pour certaines personnes de certains temps il y a très peu de temps vous l'avez vous connaissez très bien jacere vous le traduisant en français par gésir où emploie-t-on pourtant le verbe gésir ci-gît dans les cimetières
2:23:43 sinon il n'existe pas n'essayez pas de le faire au parfait si tu en kiff etc on n'y arrive pas voilà donc sub jacere ce qui gît dessous c'est exactement pareil sujet et substance la différence c'est plus une différence de convention qu'étymologique parce que vous voyez que l'étymologie est la même ce qui demeure dessous la différence c'est qu'on emploiera plutôt substance pour les choses extérieures à nous et sujet dans le monde de la parole des mots de ce qui vient du sujet ainsi le sujet grammatical mais attention à force de parler d'une chose comme si elle était un sujet de grammaire dont on n'a plus qu'à déployer des attributs on a tendance à substantialiser les objets c'est à dire à privilégier ce qui en eux est une identité qui ne bougerait pas etc c'est là qu'on se plante et toute l'histoire de la science consiste à nous débarrasser de cette illusion substantialiste que nous avons depuis la nuit des temps et qui nous tenaille encore croyez-moi bien il n'y a qu'à voir les délires sur la race ou des choses comme ça c'est une dérive pardon une dérive oui tout à fait et puis une transformation je veux dire et je dirais même une dérive aliénante
2:24:53 parce que ce qui est propre à moi je le retrouve dans un autre que moi ce qui est propre à moi en tant qu'homme pas à moi individuellement à savoir l'unité le sujet le point ce qui ne varie pas l'universel voilà que tout d'un coup je fais comme s'il était immanent là à l'extérieur de moi une herbisse et la pubuse dans les herbes et dans les pierres voilà tout simplement donc on a pris la même chose d'important là ce pas en avant qu'on a fait aujourd'hui j'insiste parce que la philosophie moderne au sens contemporain cette fois et dont on a suffisamment vu entre nous à quel point elle était non seulement non-hégélienne mais souvent le plus souvent anti et violemment anti-hégélienne en particulier la pensée que Michel Clouscard a comprise dans le syntagme la pensée libérale-libertaire cette pensée et même avant elle plus profondément des grandes avancées comme la psychanalyse je pense à Lacan ici comme ceux qui ont fait le bilan philosophique du marxisme il y a beaucoup de noms j'en sais rien c'est très aucun pour l'instant qu'est-ce qui nous entraîne
2:26:04 à ce niveau-là à juste titre c'est qu'une des choses qui caractérise la pensée moderne pour prendre un mot assez extensif c'est et c'est un titre de la carte d'ailleurs la notion de sujet est progressivement subvertie par la science du sujet substance donc je pourrais avoir à faire à une chose identique on voit de plus en plus la part d'accidents et de genèse et de processus temporels qu'il a fallu pour la constituer j'ai un exemple saisissant dans la préface que fait Racine à Phèdre il se justifie qu'il a un peu transformé la donnée mythologique c'est que la calomnie dire c'est Hippolyte m'a dragué il la met dans la bouche de la servante Racine la servante lui suggère de dire vous n'avez qu'à dire que personne personne ne mettra votre parole en doute vous êtes la reine lui c'est un jeune etc il a le sang chaud facile à accuser donc on n'avait qu'à dire qu'il vous a poussé la carte et alors que dans Sénèque dont il s'était inspiré c'est Phèdre elle-même qui directement vous savez comment Racine justifie le fait qu'il transforme la chose il dit j'ai pensé que la calomnie il faut le dire quand même
2:27:15 vous avez vu que j'adore Racine c'est pas une critique esthétique mais alors politiquement ça va loin j'ai pensé que la calomnie était une chose indigne dans la bouche d'une servante et qu'elle était venue à sa place dans celle d'une servante qui de son état est à dire classe sociale et son état est plus apte à la calomnie à des bas sentiments c'est quand même extraordinaire ça veut dire qu'à l'époque c'est de naissance que l'on est calomniateur c'est de dire voyez l'invariant la substance l'aliénation que ça peut produire c'est quand même prodigieux vous retrouvez ça encore une fois dans le délire national quand on cherchait l'identité française on avait cherché dans la couleur des cheveux c'était délirant il y a même des corses et pour qui essayaient de se mettre dans la identité française c'est un comble je voudrais c'est plus pour conclure que pour relancer quelque chose mais pour introduire j'espère la séance suivante où j'imagine qu'on va quand même aborder les grands concepts enfin on les a déjà abordés mais fondamentaux donc de passer de partir de ce qui vient d'être dit de la substance de ces accidents en partant d'Aristote en passant par Descartes qui reprend les mêmes catégories et voilà
2:28:26 j'allais y venir donc évidemment il y a un mot qui n'a pas été beaucoup prononcé mais qui est très important qui est la détermination c'est sûr qui est une manière de dire autrement à la suite de Spinoza par exemple que Hegel ne va pas laisser passer évidemment la négation et donc la détermination comme négativité la double négation donc on a là le point de départ on commence par là la prochaine fois la confirmation donc voilà on va commencer c'est un droit fil de ce par quoi j'achève puisque là on a bien vu la problématique de transformation de la chose au sujet de la généralité au particulier de l'inconsistance des certitudes sensibles etc donc ça nous amène aux déterminations on l'avait évoqué sans savoir quand j'ai parlé tout à l'heure de l'hypothèse que je suis né avec les lunettes jaunes et que personne ne me le dit j'ai tendance à prendre le jaune pour une substance parce que j'ignore que ça vient du sujet voilà on va commencer par là la prochaine fois la semaine prochaine détermination négation et donc double négation au coeur de l'hégélianisme merci Dominique merci à vous et merci à vous merci à vous