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La discrétion de Nerval et l'aveu final sur Ulysse
0:00 Le lien est explicité par Nerval lui-même, mais avec sa fameuse discrétion, qui fait qu'on ne remarque pas du premier coup. discrétion littéralement suicidaire, si je puis dire, dans son cas. Je fais allusion à un superbe texte de Baudelaire, un grand texte où Baudelaire vit dans une de ses grandes colères dont il a le secret, que le gentil Gérard a rarement.
0:40 Baudelaire tape sur la table contre quelqu'un qui avait fait un brûlot contre ses poètes maudits, avec un marbre, leur spleen, leur souffrance, il faut être heureux, devoir de bonheur déjà. Qu'est-ce que c'est que ces gens qui sont très heureux ? Un type pré-nietzschéen, déjà, quoi, tu vois, c'est ce que c'est. C'est un esprit de pesanteur, je parle en termes nietzschéens, il faut être heureux peut-être. C'était M. Janin, il y avait l'autre aussi. Bref, c'est un projet de lettres tellement colérique qu'il ne l'a pas envoyé tout de suite.
1:13 À un moment donné, il dit, il y a un an, jour pour jour, un homme, un écrivain admirable, et qui fut toujours lucide, il parle de Nerval, à son époque, et qui fut toujours lucide, alors que c'est la folie de Nerval qui va créer sa légende. C'est bien, il fut toujours lucide, c'est souligné, a choisi l'une des rues les plus noires de Paris pour délier son âme, avec une discrétion qui ressemblait à du mépris. C'est ça que je veux rappeler. Donc, je veux dire par là que Nerval, c'est pas Joyce, il va pas mettre Ulysse, en gros, comme titre, de son ouvrage.
1:49 Ah, c'est clair, la référence est explicite, dès le titre, c'est plus emblématique. Non, Nerval, il attend un peu comme celui qui va consulter le psychanalyste qui attend les dernières secondes, quand il dit, bon, écoutez, il nous reste dix secondes, ou alors c'est la prochaine fois, et qui tout d'un coup se met à table et l'a dit tout de suite, tu vois, alors qu'il s'était tu jusque-là. Nerval, dernière page de son texte, puisque le lecteur va le quitter, tout d'un coup, fait surgir dans sa nouvelle, je vais après expliciter que le pitch est la nouvelle, tout ça, mais fait surgir de sa nouvelle, tout d'un coup, un personnage qui dialogue avec l'auteur, avec lui-même, qui surgit, il n'y a pas d'autre mot, en fait c'est le lecteur lambda, visiblement exaspéré par tous ses détours, surtout qu'on n'a toujours pas trouvé le bouquin, il y en a une demi-page de la fin, et qui lui dit, allez, puis toujours, vous avez imité, vous avez imité, et là commence une cascade un peu humoristique, vous avez imité Diderot, qui avez imité Sterne, qui avez imité Swift, qui avez imité Merlin Coccaie, qui avez imité Rabelais, et bien sûr, puisque on cherche à chaque fois le modèle, ça finit par buter sur le premier modèle, sur Homère,
3:03 et tout d'un coup, dans la dernière page, quand ce ne serait que l'auteur de l'Odyssée qui fait tourner son héros pendant dix ans, autour de cette fabuleuse Ithaque dont la reine faisait et défaisait, tout d'un coup, il crache le morceau. Et la preuve, que ce n'est pas moi qui ai amené un rapport entre les deux, mais que la quête, on va montrer après que le pitch officiel de cette nouvelle, c'est la quête d'un livre, qu'il avait rencontré par hasard sur les quais, et qu'il ne trouve plus une fois à Paris, dans les bibliothèques, ni dans les librairies. Je vais revenir là-dessus. Mais ce livre, Histoire de l'abbé de Bucquoy, la preuve que c'est bien ce livre qui représente Ithaque, c'est-à-dire ce qui devrait être la fin, le terme de la course, de la quête, du voyage, et la fin des détours, c'est que le lecteur dit, oui, mais Ulysse a fini par retrouver Ithaque, lui, au moins.
3:50 Et Nerval répond, et j'ai retrouvé l'abbé de Bucquoy. Donc le rapport est... Première manière de répondre à ta question, quel rapport ? Je vois, là, bon, le rapport que fait Nerval, même avec sa discrétion, Nerval, il faut toujours s'essayer titiller au sens structuraliste du terme. Par exemple, dans Sylvie, nouvelle en prose, apparemment autobiographique, une espèce d'élégy, vu de loin comme ça, un genre assez courant, surtout à l'époque, à un moment donné, il parle de Sylvie, de son petit village, là, dans le Valois, de son petit hameau, c'est toujours un hameau, d'ailleurs, et il dit, j'aime beaucoup sa fenêtre où le pampre s'enlace au rosier.
Le pampre et le rosier : un signifiant qui surgit
4:30 Tu vois, on glisse, dans la phrase de Nerval, elle est tellement transparente qu'on glisse, ou comme la musique de Schubert, elle est tellement transparente comme l'eau dans laquelle s'ébat, la truite, ou le ruisseau que longe, le banni de l'iasse de la belle Meunière, c'est tellement clair et transparent qu'on franchit, nous, sans y prendre regard, ces signifiants-là. J'aime beaucoup sa fenêtre où le pampre s'enlace au rosier. Tu me diras, il n'y a rien à remarquer, même les comparaisons sont assez classiques.
5:00 Oui, sauf que dans les chimères, alors là, on est dans les poèmes, dans le ton de la folie, suis-je Amour ou Phébus, Lusignan ou Biron perte de l'identité, il y a un mot. Dans le chimère, il y a marqué « Et rends-moi la treille où le pampre à la rose s'allie. » Tac ! Tout d'un coup, on a exactement la même image, le pampre enlacé, ici, allié au rosier, et on s'aperçoit que ce n'est pas du tout comme on croyait. Ben oui, il y avait sans doute un petit pampre et un rosier sur la fenêtre de Sylvie, nouvelle réaliste, le piège où on était. Non, non, non, non. Il y a quelque chose, un signifiant qui s'impose tout d'un coup, qui surgit de simple humain.
Symétrie des deux carnages et morts du Valois
5:32 Et bien là, quand il cite tout d'un coup à la fin, après tant de références l'auteur de l'Odyssée, le rapport est établi. Il y a une deuxième chose pour répondre à ta question. Tu dis, j'ai bien compris l'histoire des deux carnages, carnage initial et carnage final. Mais la symétrie entre les deux, en mathématiques, on étudie bien les symétries. Et on sait qu'il y a symétrie là où il y a un élément invariant. Ce qu'on appelle l'axe de symétrie, ce qui ne bouge pas pendant les transformations, on peut parler en termes mathématiques.
6:02 Et bien cet invariant, c'est que c'est Ulysse à chaque fois qui est l'instigateur du carnage. On ne peut pas oublier ça, c'est un élément important. Non seulement il y a deux carnages, mais ils sont d'autant plus symétriques que ce même instigateur qui ourdit le sac de Troie grâce au subterfuge du cheval. C'est bien Ulysse qui en a l'idée. Ce n'est pas moi qui l'ai inventé. Et qui bien sûr, de son arc, avec une autre ruse, des quiseurs mondiaux, fait le carnage des prétendants à la fin.
6:34 On dira pour l'instant mince rapport. Mince rapport. D'abord, on est loin du carnage quand on est dans les paysages brumeux, du Valois, dans le paysage intérieur, pour dire les étangs, les bois, les souvenirs des siècles passés, les abbayes, les châteaux, les noms propres, déjà avant Proust, nom de pays, le nom, les toponymes.
7:08 Sauf que, au fur et à mesure qu'on avance dans notre promenade dans le Valois, les cadavres se multiplient. Curieux. Dès qu'on visite une abbaye, un machin, il faut qu'on aille au cimetière, il faut qu'on regarde les tombes. Et d'une manière générale, le décor est toujours frappé par, sinon par une mort, par un déclin.
7:38 Le titre, c'est Angélique. Mais déjà, le titre pose un problème, car c'est un titre tardif. Nerval l'avait d'abord titré Les Faux Saulniers, les Trafiquants de sel. Parce que l'histoire de l'abbé de Bucquoy se met en relation avec des bandes très organisées à l'époque, qui étaient genre Robin des Bois, un petit peu truands, un peu résistants face à la police.
8:08 royale, qui faisait le trafic du sel, qui était un monopole royal avec la gabelle. Donc, cette nouvelle s'appelait d'abord Les Faux Saulniers, Trafiquants de sel, puis, et elle a paru en 1850, c'est important, au mi-temps du siècle. Nerval met beaucoup de temps à oser publier à son compte, si je puis dire, pas à son compte au sens éditorial, mais je veux dire en parlant avec sa propre voix, puisque là, il était connu comme un pigiste, comme un rapporteur, comme un type qui faisait des recensions de spectacles, d'articles.
8:46 C'était un peu zonieux de la littérature. Il faut voir le premier volume de la pléiade, des trois volumes de la pléiade de Nerval, le premier volume qui est le plus gros et presque, constitue uniquement de ses articles, enfin, un travail de forçat considérable, et jouant un rôle d'ailleurs, sa maladie à la fin, et un surmenage entre les problèmes de théâtre et les rédactions d'articles. Donc, il y a ça, et là, il se risque tout d'un coup, dès la moitié du siècle, à des récits en prose et on commence à dire « je »
9:17 pour son propre compte. Le premier long récit en prose, c'est « Le voyage en Orient ». Je mets du côté de sa production poétique qui lie à des rythmes de crise de folie intermittente, je pense au Chimère en particulier, je passe en œuvre en prose. Et surtout, les récits de voyage, « Le voyage en Orient », Lorely, qui reprend, sous forme de compil, plusieurs textes, sur les voyages qu'il faisait dans les pays germaniques, en gros, aussi bien la Hollande que à l'Allemagne.
9:50 Et enfin, « Les filles du feu », son recueil nouvelle, qui est peut-être son œuvre la plus connue avec Aurélia et les Chimères, on parle des titres emblématiques de Nerval. Et Angélique est la nouvelle qui ouvre le recueil, qui initie la série des filles du feu. Premièrement, je n'ai toujours pas dit de quoi ça parle, mais je l'ai situé. Donc, première nouvelle d'un recueil en prose qui relève de l'époque où Nerval inaugure sa veine prosaïque.
1850 : entre la fin du romantisme et la modernité
10:28 Et au milieu du siècle, je dirais ça avant de dire le pitch, une dernière précision, c'est-à-dire au moment où le romantisme, qui a été le grand mouvement qui depuis fin 18e et début 19e, a envahi toute la littérature, la réflexion, et pas seulement dans les littératures, l'histoire, la musique, le romantisme, commence à passer de mode dans les milieux de littérature, on sacre officiellement la fin du romantisme par l'échec de la pièce de Hugo, les Burgraves en 1853.
10:58 Donc ça correspond à peu près à un romantisme, mais en train de passer la main. À quoi ? Je parle comme dans les histoires, les littératures, je veux dire, je reprends les découpages bien connus. Ça dépend des genres. En poésie, il est en train de céder la main au Parnasse. En prose, il est en train de laisser la voix aux réalistes. Ça va être, bien sûr, après la grande génération des poètes romantiques, ça va être les grands romanciers, bien sûr, et les Stendhal, et les Flaubert, et les Zola, jusqu'à la fin du siècle, voilà.
11:33 Donc le romantisme est en train de passer la main. Mais il n'y a pas encore la révolution inaugurée par Baudelaire de la modernité, celle qui renvoie dos à dos les réalistes et les romantiques, qui fait la synthèse dans laquelle baigne encore la modernité du point de vue de ses tentatives d'explicitation et de formalisation. On aura l'occasion d'y revenir. Formalisme, le symbolisme, l'impressionnisme, peu importe. Le reste en fait. Un seul rôle que le Baudelaire y a joué l'essence là.
12:03 Mais Nerval, justement, et surtout en 1850 et entre les deux, il n'y a plus le romantisme. Et il n'y a pas encore la modernité. Il ne peut pas s'appuyer comme les Rimbaud, les Verlaines, les Mallarmé sur un précédent baudelairien. Rimbaud dit Baudelaire le premier des voyants roi des poètes, un vrai dieu. Mais la forme si vantée chez lui est mesquine. C'est un geste sans pitié. Il a vécu dans un milieu trop artiste. Bref. Mais, il y a un acquis. Ça y est, le mouvement a été lancé par Baudelaire.
12:34 Avec Nerval, il n'y a pas. Donc, c'est assez unique ce texte. parce que je vais vous montrer qu'il va exprimer exactement tous les thèmes qui vont se développer à partir de Baudelaire jusqu'à aujourd'hui, pratiquement. Je dirais de Baudelaire à Kafka, pratiquement. Mais, si on ne lui impute pas cette importance, etc., c'est parce qu'encore une fois, ça relève de cette fameuse discrétion suicidaire qui est un petit peu éthique de son comportement sans jamais bouleverser apparemment les formes et les styles.
13:04 Même si on dit qu'il a une prose incomparable, n'empêche qu'il se moule aisément dans des conventions, apparemment. Sauf, je ferai une petite exception pour le problème du rêve. Il le sait, il en est conscient, il est le premier, après Jean-Paul dans la littérature allemande, à avoir intégré le rêve comme matériau littéraire presque dire classique. Nous sommes à 1850, allons-y maintenant pour le pitch. Le pitch.
Le pitch : l'abbé de Bucquoy et l'amendement Riancey
13:35 Le narrateur de cette nouvelle qui parle à la première personne s'adresse à monsieur le directeur du National, donc, a un contrat pour envoyer avec une périodicité de feuilleton des articles et il lui avait promis justement un article sur l'abbé de Bucquoy. Comment il a été en contact avec ce personnage ? Eh bien, il était en voyage, comme toujours Nerval le baladeur.
14:05 Il ne dit pas pourquoi ni quel était l'objet du voyage, mais la nouvelle commence sur les rives du Main, M-A-N, du Main à Francfort, Francfort sur le Main, avec la célèbre foire aux livres, bien sûr. Il est en train de feuilleter les bouquins des bouquinistes, là, les quais du Main, Mainlust, comme disent les Allemands, au plaisir du... Et il tombe par hasard, dans ses recherches, sur un ouvrage, avec un titre de plusieurs lignes comme on faisait à l'époque, événement des plus rares, ou histoire du sieur abbé Comte de Bucquoy, singulièrement son évasion du Fort-Lévêque et de la Bastille, avec plusieurs ouvrages, vers et prose, et particulièrement la gamme des femmes.
14:51 Étrange, gamme, G.A.M.E. avec un seul M. Et particulièrement la gamme des femmes se vend chez Jean de France, rue de la Réforme à l'Espérance, à Bonnefoy, 1719. Il trouve ce bouquin, il veut l'acheter, parce que ça intéresse. Il a toujours été passionné par la période qu'on appellerait aujourd'hui baroque, disons, il dévorait les Scarron, les romans comiques. Et, il veut le payer, et ça arrive souvent dans ses voyages, comme il a une pudeur, cette discrétion.
15:22 Pour contourner le fait de dire au lecteur qu'il est fauché, il n'avait pas les sous sur lui. Et, c'est pas grave, je serai dans deux jours à Paris, on trouve tous les bouquins. Ce qu'on ne trouve pas à Francfort, en matière de livres, c'est sûr, je ne le trouve pas à Paris. Et là, commence la nouvelle, une espèce de poursuite, à travers les escaliers, les dédales, et les salles, les enfilades de salles des bibliothèques, des libraires spécialisés, et le livre se dérobe. Tantôt, on l'a mal classé, tiens, problème de genre.
15:53 Peut-être qu'on l'a classé parmi les romans. Mais le problème n'est pas là. C'est une catastrophe pour Nerval, le fait qu'il ne le trouve pas. C'est là que ça devient intéressant. Là, le pitch commence pour de bon. C'est qu'entre-temps, pendant qu'il était en voyage, est parue une loi en France. Mais c'est réel, il faut consulter. Le journal officiel, c'est qu'un amendement est paru, un amendement qui porte le nom de son inspirateur, l'amendement Riancey, lequel interdisait aux auteurs la publication de romans feuilletons, de romans historiques feuilletons.
16:27 Ce qui faisait la gloire à l'époque de Dumas, Dumas qui était un copain de bahut de Nerval, Gautier, Dumas et Nerval étaient ensemble à Charlemagne. Et donc, tu vois, si Dumas ne peut plus faire de romans historiques, la censure des écrits ou bien au fait du roman, on dirait aujourd'hui une fiction, ou bien au fait de l'histoire, le réel. Il n'y a pas entre les deux. Comme ce n'est plus là, si c'est tout d'un coup la fiction, le réel, bon après. Et il y a une dimension politique évidente, parce que le public suivait avec enthousiaste ces romans, c'était Eugène Sue, qui était très populaire en particulier, Les Mystères de Paris, dans les journaux.
17:04 Et c'était ce même public qui grondait sur les barricades. Donc la popularité des romans feuilletons était en émouvoir les gouvernements Guizot et autres contre-révolutionnaires. Bon, donc, Nerval résume la situation comme ça. A mon retour à Paris, je trouvais la littérature dans un état de terreur inexprimable. Le mot est fort, Nerval, de l'humour, mais quand même, je ne choisis jamais ces mots à hasard. Terreur. Mais ce n'est pas la terreur rouge, c'est la terreur blanche, apparemment.
17:34 Par suite de l'amendement Riancey à la loi sur la presse, il était défendu aux journaux d'insérer ce que l'Assemblée ne s'est plus à appeler le feuilleton roman. Tiens, c'est curieux. L'Assemblée. Le feuilleton roman. J'ai vu bien des écrivains étrangers à toute couleur politique désespérés de cette résolution qui les frappait cruellement en moyen d'existence. Moi-même, je développe parce qu'il y a tout le problème de la classification en genre que je vais développer plus tard et qui est déjà posée. Moi-même, qui ne suis pas un romancier, je ne suis pas un Dumas, Nerval, ce n'est pas la grande forme, ce n'est pas le long souffle, ce n'est pas le roman fleuve.
18:12 Moi-même, qui ne suis pas un romancier, je tremblais en songeant à cette interprétation vague qu'il serait possible de donner à ces deux mots bizarrement accouplés. Feuilleton roman. Et pressé de vous donner un titre, j'indique à celui-ci, L'abbé de Bucquoy. Il est donc vital pour Nerval de trouver le livre pour bien prouver à la censure et à la police que c'est bien un document historique qui fait de l'histoire d'un personnage qui a existé et non pas qu'il est en train d'affabuler. Sinon, il envoie son journal à la ruine et lui au premier long. Voilà le pitch. Mais le bouquin, Je reviens.
Le livre se dérobe : prétextes et censure viennoise
18:42 Se dérobe. Un jour, elle le était avec l'Arsenal. Ah ! Elle l'avait, mais elle est fermée. Sans qu'on indique la date de réouverture. Une autre fois, on ne peut pas le trouver parce qu'on est en train de réaménager complètement la bibliothèque Sainte-Geneviève parce qu'il y a eu des rongeurs. Il y a un humour. Des rongeurs sont arrivés dans les caisses. Et il dit, on a le choix entre la souris d'Athènes et le rat cosaque de Russie qui dévore les manuscrits. Le livre se dérobe. Et Nerval multiplie les prétextes pour ne pas le trouver.
19:16 Des fois, il y a presque de la désinvolture vis-à-vis du lecteur. Mais j'ai mis du temps à m'en apercevoir à cause de sa discrétion parce qu'il est toujours très courtois, merveilleux, on est charmé. Ça prouve, donc on ne voit pas qu'il se fout de nous quelque part. Je veux bien, admettons, on ne peut pas vérifier que la bibliothèque est fermée. Ça, je ne peux pas dire que, tu vois, c'est un argument. On ne peut pas se procurer le bouquin de la bibliothèque fermée. Mais que dire, par exemple, une fois, d'un argument comme ceci. Il m'est encore venu une idée, après déjà 40 échecs d'établissements consultés pour trouver le bouquin, il m'est encore venu une idée.
19:48 La bibliothèque de l'Arsenal, il doit se trouver près de celui-là. C'est une très belle bibliothèque qu'on ignore trop à Paris. La bibliothèque de l'Arsenal est en vacances, mais j'y connais un conservateur. Il est à Paris, il a les clés, en fait, il s'agit de Charles Nodier, écrivain, qui a été un des tuteurs littéraires de Nerval et qui a dirigé la bibliothèque de l'Arsenal. Il a les clés, il a été autrefois très bienveillant pour moi, il voudrait bien me communiquer exceptionnellement ce livre qui est de ceux que la bibliothèque possède en grand nombre. Ça y est, c'est résolu. Je m'étais mis en route une pensée terrible m'arrêtant.
20:21 Cette fois, c'est plus la bibliothèque fermée, qu'est-ce qu'il y a encore ? C'était le souvenir d'un récit fantastique qui m'avait été fait il y a longtemps. Et là, il parle de l'ancien directeur de la bibliothèque qui avait été réveillé la nuit par une sonnette intempestive et qu'il a pris pour un fantôme une histoire à dormir debout complètement. Il conclut comme ceci, par un dialogue entre l'ancien conservateur et son concierge, à une heure du matin, le concierge voit avec consternation le cordon de sonnette s'ébranler de lui-même. Le gland rouge danse avec frénésie le long du mur. Le conservateur ouvre de son côté et ne voit devant lui que le concierge faisant des signes de croix.
20:53 C'est l'âme de votre prédécesseur qui revient. Vous l'avez vu ? Non, mais les fantômes, ça ne se voit pas à la chandelle. Eh bien, nous y serons demain sans lumière. Monsieur, vous pouvez bien essayer tout seul. Et j'irais-moi tirer cette même sonnette qui sait si ce n'est pas le fantôme qui m'ouvrira. Là, il se fout de nous. Ça n'arrête pas les pas de quelqu'un qui veut trouver un bouquin. Donc, il y a quand même au départ un blocage dû à la censure. Retenons bien ça. Nerval ne se prive pas de quelques allusions puisqu'on parle censure. Nerval dit « Je commence à m'effrayer aujourd'hui des condamnations suspendues sur les journaux pour la moindre infraction au texte de la loi nouvelle. »
21:32 50 francs d'amende, par exemplaire saisi c'est de quoi faire reculer les plus intrépides car pour les journaux qui tirent seulement à 25 000, et il y en a plusieurs, cela représenterait plus d'un million d'amendes. On comprend alors combien une large interprétation de la loi donnerait au pouvoir de moyens pour éteindre toute opposition. Tout ça parce que le pouvoir demande qu'on ne sait pas rien le roman de l'histoire qui va trancher entre les deux. Le hasard m'a fait vivre à Vienne sous le régime de la censure.
22:02 Vienne, à l'époque, c'est la capitale de l'OTAN, pardon, de la Sainte Alliance qui avait que la même fonction que l'OTAN aujourd'hui. tellement à la troue, il n'y a rien de plus méchant que ceux qui ont les peuples. Ceux qui n'ont rien appris ni rien oublié, comme on a dit des émigrés français, c'est le pire, ça. Ils n'ont rien appris, ils n'ont plus rien compris, c'est le pire, ça. Les aspirations des peuples, mais par contre, ils n'ont pas oublié la peur. Ils sont méchants, ils viennent avec l'esprit de revanche. qui n'ont rien appris.
22:32 l'esprit de revanche. Ils ont créé la situation ukrainienne. Donc, ils disent ceci, il est à Vienne, donc, dans le Saint des Saints. Le hasard m'a fait vivre à Vienne sous le régime de la censure, me trouvant quelque peu gêné par suite de frais de voyage. Quand ça plus d'heure. On ferait le voyage imprévu et en raison de la difficulté de faire venir de l'argent de France, j'avais recouru au moyen bien simple d'écrire dans les journaux du pays. Pigiste.
23:02 On payait 150 francs la feuille de 16 colonnes très courtes. Je donnais deux séries d'articles qu'il fallut soumettre au censeur. J'attendis d'abord plusieurs jours. On ne me rendait rien. Je me suis forcé d'aller trouver M. Pilat, PIL, LAT, le directeur de cette institution, en lui exposant qu'on faisait attendre trop longtemps. le visa. Il fut pour moi d'une complaisance rare. Et il ne voulut pas comme son quasi homonyme, Ponce Pilate, il ne voulut pas comme son quasi homonyme se laver les mains de l'injustice que je lui signalais.
23:35 J'étais privé en outre de la lecture des journaux français qu'on recevait dans les cafés que le Journal des Débats et la quotidienne. Un truc, avec lesquels on ne risque rien. M. Pilat me dit, la phrase est extraordinaire, vous êtes ici dans l'endroit le plus libre de l'Empire. Deux points, les bureaux de la censure. Voilà l'importance du thème. Tu me dis, mais en fait, cette nouvelle, elle raconte l'histoire sans question des personnages où il n'y a pas d'angélique pour l'instant. tout ça. Mais justement, Nerval consacre beaucoup plus de lignes à l'impossibilité qu'il y a de trouver son bouquin au point que certains commentateurs ont dit que c'est déjà une démarche très moderne de mettre, mise en place un anti-roman, comme on dit aujourd'hui.
Angélique de Longueval et le départ vers Compiègne
24:14 Ce vide, c'est imprévu de ne pas pouvoir trouver le bouquin, ouvre un espace de création. On va parler d'autre chose. Et entre autres choses, il y a multiples digressions, multiples détours, il y a tout d'un coup, à la lettre 4, un virage capital. Parce que pour l'instant, tout ça se passe à Paris. Quand on fait ça, on est un peu étouffant des bibliothèques.
24:44 Et voilà qu'à partir de la lettre 4, après tous ces chapitres d'une extrême précision, on a ce texte. J'ai eu l'idée d'aller aux archives de France où l'on m'a communiqué la généalogie authentique des Bucquoy. Ils se renseignent un peu sur les origines de la famille, après tout. Leur nom patronymique est Longueval. Un seul brun, Longueval. En compulsant les dossiers nombreux qui se rattachent à cette famille, j'ai fait une trouvaille des plus heureuses.
25:18 En fait, cette trouvaille, c'est un manuscrit écrit par la grande tante de l'abbé de Bucquoy, donc par une ancêtre à lui, je fais une génération précédente, et qui n'a aucun rapport avec l'abbé de Bucquoy lui-même, il n'était même pas né, et qui raconte un peu sa vie à elle. Intéressant, sans plus. J'en ai pris quelques extraits que je tâcherai de lier par une analyse fidèle. Donc, au lieu d'envoyer l'histoire de l'abbé de Bucquoy comme promis au journal, puisqu'il ne le trouve pas, il envoie en substitut l'histoire d'Angélique de Longueval, grande tante de l'abbé.
25:53 En tout cas, c'est un document qu'il a, on ne peut pas l'accuser de romancer, c'est un document qui le tient. Seulement, voilà. Le lendemain, étant le propre jour de la Toussaint, retenons bien tout ça, parce que tous ces aïs vont compter, nous sommes en automne. Vous avez parlé du déclin tout à l'heure. Le déclin, c'est le carnage en douceur. C'est la version sur le carnage. Je n'ai pas manqué à cette occasion de distraction et d'études. Ah, on va quitter Paris, on va se balader.
26:23 Et c'est là, je suis obligé de le citer d'affilée, la vieille France provinciale est à peine connue. De ce côté surtout, qui cependant fait partie des environs de Paris. Il y a un côté un peu fantastique, c'est sous la main là. un peu après le Bourget, quoi. Au point où, regardons comme c'est précis, l'île de France, le Valois et la Picardie se rencontrent. Quelqu'un dit de Nerval, c'était quelqu'un pour qui les frontières ne sont pas des lignes mais des espaces. Il habite toujours à la lisière de genres bien tranchés.
26:56 Ici, ce n'est pas des genres, c'est des régions, mais justement. Divisé par l'Oise, l'Aisne, Cours, Cylant, et Cipé, il est permis de rêver les plus belles bergeries du monde. La langue des paysans eux-mêmes est du plus pur français à peine modifiée pour une prononciation ou les désinances des mots montent au ciel à la manière du chant de l'alouette chez les enfants sous la forme comme un ramage. Je suis arrivé hier soir à Compiègne poursuivant les Bucquoy sous toutes les formes avec cette obstination lente qui m'est naturelle.
27:31 Et nous voici tout d'un coup à Compiègne. Jusqu'à là, suivons bien les lieux. C'est ça que je voudrais faire dans cette relecture. Nous sommes partis de Francfort. Nous avons passé des journées laborieuses de recherches infructueuses à Paris où on a appris des tas de choses, des tas de digressions mais pas le bouquin. On n'a pas trouvé. Et nous voici à Compiègne. Mais comment il nous a fait pour nous embarquer ? C'est le cas de le dire parce que la langue joue sur le mot. Embarquer quelqu'un c'est un peu le flouer aussi, le doubler.
28:12 Je cherche un bouquin. Je ne le trouve pas. Je parle donc d'autre chose. On a un vaguer à bord. C'est la grande tante. Il raconte l'histoire à défaut de l'abbé ou de sa grande tante. Mais l'histoire d'Angélique est elle-même interrompue par pleine digression. Donc le procédé ne change pas. Mais il y a deux grandes parties. Francfort au départ c'est très rapide. C'est juste l'endroïte comme on dit en musique. Le coup d'archer. Puis après c'est Paris. Alors il y a un temps fort long. Les bibliothèques, les librairies, les libraires spécialisés.
28:43 Puis le Valois. La campagne. La campagne si verte et si féconde. Et donc ça fait quand même beaucoup d'intrigue. Au départ il était en voyage on ne sait pas pourquoi. En 1851 je passais à Francfort. Je passais à Francfort c'est tout ce qu'on a compris. Après. Dès qu'il trouve le livre on a enfin une intrigue. Voilà il faut que je... Je n'ai pas assez de sous sur moi mais je trouverai le livre à Paris.
29:13 Le livre étant introuvable je case l'histoire d'Angélique de Longueval. Ça fait beaucoup d'intrigue. Après ça ne suffit pas. L'histoire d'Angélique elle-même va être interrompue par une très longue digression. Non pas par plusieurs petites digressions. Et la digression on la sent dès le départ. Dès qu'il arrive dans le nouveau lieu. La nouvelle topologie. nous sommes à la campagne à Compiègne. Rappelons-nous bien qu'on est à La Toussaint. La Toussaint est le lendemain le jour des morts. On a parlé du carnage tout à l'heure.
29:43 À l'hôtel de la Cloche donc à Compiègne célébré par Alexandre Dumas on devait bien y bouffer c'est un grand morfale. On menait grand bruit ce matin. Le langage s'est fait un peu archaïque il fait exprès normal. On est en province on commence à encore l'Ancien Régime c'est pas comme à Paris. Les chiens aboyaient les chasseurs préparaient leurs armes. J'ai entendu un piqueur qui disait à son maître voici le fusil de monsieur le marquis. Il y a donc encore des marquis chez Nerval. On a fait une plongée dans le temps c'est pas seulement un déplacement dans l'espace. Bon ça c'est classique il n'y a pas que dans Nerval le déplacement dans l'espace c'est aussi le retour d'un passé bien sûr.
30:19 Mais là c'est très explicité. J'étais préoccupé d'une toute autre chasse. Métaphore comme Platon fait la chasse aux idées. Il fait la chasse à l'ouvrage de l'abbé de Bucquoy. Je m'informais de l'heure à laquelle ouvrait la bibliothèque. On est venu pour ça il ne faut pas oublier notre pitch quand même le principal j'ai trouvé le bouquin. Le jour de la Toussaint me dit-on elle est naturellement fermée. Allons bon. Voilà qu'on est en province on a la campagne en plus bouquin c'est sûr qu'on ne l'aura pas aujourd'hui.
30:49 Et les autres jours à l'août de 7h du soir à 11h je crains de me faire ici plus malheureux que je n'étais. Alors il devrait retourner à Paris s'il y avait plus de considération pour le lecteur épuisé que nous sommes. J'avais une recommandation pour l'un des bibliothécaires qui est en même temps un de nos bibliophiles les plus éminents. L'enseignement elle a bien voulu me montrer les livres de la ville donc de Compiègne mais encore les siens mais là il ne savait plus de l'abbé de Bucquoy les nouveaux indécrations parmi lesquels se trouvent de précieuses autographes telles que ceux d'une correspondance inédite de Voltaire dis donc et un recueil de chansons il ne s'agit plus de textes philosophiques mis en musique par Rousseau des partitions de Rousseau et écrite de sa main dont je n'ai pu voir sans attendrissement la belle et nette exécution avec ce titre ancienne chanson sur de nouveaux airs.
Le détour par Ermenonville et la tombe vide de Rousseau
31:38 Voici la première dans le style marotique et l'on dirait que c'est Nerval qui parle celui plus je ne suis que j'ai jadis été et plus ne saurait jamais l'être. Et attention voilà le passage où il justifie cette nouvelle digression qui va sentir dans nos jambes parce que c'est un changement de parcours géographique cela m'a donné l'idée de revenir à Paris par Ermenonville pourquoi pas si c'est un raccourci après tout. Il a le culot d'ajouter ce qu'est la route la plus courte comme distance à la bonne heure et la plus longue comme temps.
32:13 Presque provocateur maintenant qu'il a remis les pieds sur la terre maternelle le mythe d'Antée chez les grecs Antée celui que Hercule a eu tant de mal à étouffer il a fallu qu'il le soulève dans les airs parce que dès qu'il touchait la terre il était le fils de Gaïa de la terre il reprenait des forces il vient de revenir sur sa terre maternelle il commence à être un peu à l'allégir avec nous c'est une raison en rapport avec l'abbé de Bucquoy non non pas du tout et il précise on ne peut parvenir à Ermenonville ni s'en éloigner ah ça devient presque un point noir pardon un trou noir qu'on dit l'astrophysique c'est d'où la lumière elle-même ne peut plus repartir enfin qu'elle y est tellement que la force gravitationnelle qui est considérable donc on ne peut parvenir à Ermenonville ni s'en éloigner sans faire au moins trois lieues à pied ça fait quand même même quatre kilomètres euh trois fois quatre douze kilomètres trois lieues à pied pas une voiture directe alors pourquoi ?
33:06 mais demain jour des morts c'est un pèlerinage que j'accomplirai respectueusement parce qu'à la tombe de Rousseau et Ermenonville troisième but de la nouvelle premier trouver le bouquin deuxième raconter en attendant qu'on trouve l'histoire de la grande tante de l'abbé Angélique troisièmement aller à la tombe de Rousseau mais qu'est-ce que tu nous veux qu'est-ce que tu viens euh alors beauté là je vais dire bon ben Nerval il a vécu son enfance en ce pays-là la tombe de Rousseau fait partie du décor pour lui c'est des souvenirs personnels oui sans doute certainement ça c'est bien tendance réduction psychologiste de ramener tout le champ du sens à ce qui intéresse la personne individuelle entre guillemets je ne sais pas si le particulier est individuel de l'écrivain oui sauf qu'à l'allusion d'Ulysse à laquelle je l'ai fait je l'ai mentionné tout à l'heure à la fin donc il faut faire attention à son parcours sauf que après tout
34:16 il y a peut-être fétichiste Nerval a envie de se recueillir sur la tombe de Rousseau c'est le jour des morts donc deux raisons moins personnelles c'est son pays natal voilà un des monuments les plus visités dans le coin pour les rares gens qui s'égarent dans ses coins perdus c'est la tombe de Rousseau ah oui mais justement il n'y a pas les restes de Rousseau dedans Nerval le répète tout le temps la tombe de Rousseau vide de ses cendres parce qu'à l'époque de la convention la révolution est venue chercher le corps du philosophe et les restes du philosophe pour les mettre au panthéon donc c'est un tombeau pur signe c'est assez rare en quoi cette nouvelle reprend c'est un mode très inattendu en gros la structure du double carnage que nous avons vu être initié inauguré par l'épopée homérique parce qu'en l'instant il n'y a pas de carnage au contraire il y a des abbayes de la brume des étangs c'est une belle évasion dans le goût de l'époque mais en fait dès qu'il bouge il se trouve que le sol sur lequel on marche et dont la fermeté
35:26 conditionne notre marche à nous lecteurs pour l'accompagner ce sol se dérobe comme le livre se dérobe au sens propre et et il se dérobe parce que c'est un sol poreux il y a trop de tombeaux sous ce sol alors c'est pas le carnage au présent comme le sac de Troie comme nous le décrit Homère mais visiblement l'absence de carnage que nous apprécions tant dans ces beaux paysages impressionnistes on pensait à Corot qui nous reste de l'Île-de-France cette paisibilité comme un masque occulte un passé beaucoup plus violent et quand ils arrivent à Ermenonville parmi lui avec son camarade de balade Sylvain personnage qu'il invente d'abord parce que c'est un homme emblématique c'est l'homme des bois Sylvain c'est une émanation
36:37 de ce pays de forêt la preuve c'est que sa nouvelle la plus célèbre à Nerval c'est Sylvie il y a vraiment une intention typiquement nervalienne de blasonner avec le nom mais peu importe ce personnage lui ressemble tellement d'ailleurs ce personnage disparaît dès qu'on quitte le Valois qu'on revient vers le Paris 6 c'est très intéressant il apparaît quand on apprend il disparaît quand on est en ville donc c'est avec lui qu'ils arrivent vers Ermenonville en sortant du parc le parc où il y a la tombe de Rousseau nous nous sommes dirigés vers l'église située sur la hauteur elle est fort ancienne par exemple c'est archi banal les promeneurs ce qu'ils vont voir les curiosités l'église le château elle est fort ancienne mais moins remarquable que la plupart de celles du pays ce qui est juste d'ailleurs le cimetière était ouvert il fallait un tombeau nous y avons vu principalement le tombeau de De Vic ancien compagnon d'armes Henri IV là il s'acquitte il a vu de la censure et de la voie tout le travail d'historien je ne raconte pas n'importe quoi qu'il avait fait présent du domaine d'Ermenonville c'est un tombeau de famille dont la légende s'arrête à un abbé donc on voit qu'il est en train de scruter les plaques dans le bal il reste ensuite
Cimetières, charniers et mélancolie d'automne
37:47 des filles qui s'unissent à des bourgeois tel a été le sort de la plupart des anciennes maisons deux tombes plates d'abbés très vieilles on dirait que l'inscription de tombeau est de plus en plus effacée deux tombes plates d'abbés très vieilles dont il est difficile de déchiffrer les légendes il y avait les souris tout à l'heure les rongeurs qui attaquaient les manuscrits dans les bibliothèques qu'on avait eu déjà du mal à conserver et voilà ici c'est le temps la pluie les météores qui abîment le graphe du signe par excellence le tombeau Soma Sema Platon avait fait les jeux de mots le premier des tombeaux c'est le signe un signe c'est fait pour donner une présence à ce qui n'est pas là donc ça a commencé avec les disparus les chers disparus bien sûr deux tombes plates d'abbés très bien dont il est difficile de déchiffrer les légendes se voient encore près de la terrasse puis qu'est-ce qu'il peut y avoir encore de plus effacé c'est là qu'on voit que la tombe est un élément symbolique fondamental dans ce texte puis près d'une allée une pierre simple sur laquelle on trouve inscrit Ci-gît Almazor Almazor est-ce un fou ?
39:02 est-ce un laquais ? est-ce un chien ? la pierre ne dit rien de plus il est du haut de la terrasse il regarde de nouveau le parc qu'il vient de quitter et de nouveau la tombe de Rousseau on ne quitte pas donc un carnage en douceur d'accord ? les cadavres ne sont pas sanglants pas le carnage au sens de la chair vive d'accord ? la mort est présente il dit même lorsqu'il se promène entre Senlis et Ermenonville que lors des conflits entre Armagnac et Bourguignon là il y a des champs qui sont de véritables charniers il parle d'amoncellement de cadavres près de Montépilloy Montépilloy il ne reste plus qu'un petit fragment de donjon voilà donc qu'est-ce qui se passe ?
39:44 parce qu'on avait l'impression que les deux espaces l'espace parisien un peu maléfique avec ses tracasses aussi la censure la frénésie le théâtre les aventures amoureuses les chagrins les enjeux mondains dirait Clouscard entre ce monde là et le monde dans lequel on est arrivé à partir de Compiègne est une rupture totale d'ailleurs la quatrième lettre le dit très bien jusqu'au lexique on voit cette dichotomie et ce qui est très intéressant du moment de vue proprement l'écriture mais qui en plus nous interpelle ici pour notre propos c'est que Nerval s'aperçoit bien lui-même qu'il est tout le temps en train de déroger au contrat auteur-lecteur en faisant toujours autre chose que ce qu'il a proposé mais il passe son temps à s'en excuser sur le mode qu'il préfère celui de la prétérition on ne m'en voudra pas ici si j'ajoute quelques digressions sur le mode de la digression
40:54 et il répète tout le temps ces excuses là en situation d'interrompre le cours du récit parce que Nerval à chaque fois qu'il s'excuse ne fait qu'aggraver exactement l'effet qu'il prétend minorer en s'excusant je finis par la dernière de ces excuses qui ne concernent plus le cours du récit le pitch mais une rupture du ton du ton gai journalistique enjoué à la mélancolie c'est le jour des morts que je vous écris pardon de ces idées mélancoliques pardon mon lecteur et oui le romantisme en train de finir avant on aurait dit bravo l'automne pardon de ces idées mélancoliques arrivé à Senlis la veille j'ai passé par les paysages les plus beaux les plus tristes qu'on puisse voir en cette saison c'est une balade délicieuse une promenade d'automne puisqu'il dit c'est le jour des morts que je vous écris c'est daté et donc au dernier
42:04 au dernier festival des splendeurs d'automne un petit peu le début novembre et donc là il y a un thème de déclin l'automne crépuscule de l'année rappelons-nous la petite séquence des jeunes filles à Senlis en sortant j'ai pu admirer sous un rayon de couchant sous un rayon de soleil couchant à la cathédrale face au tour romaine à demi démoli et revêtu de lierre nous sommes à l'automne l'année décline nous sommes au coucher du soleil le jour décline les bâtiments dont on nous signale l'existence sont les fortifications romaines à demi démoli et revêtu de lierre donc bâtiments en ruine et mais lorsqu'il se balade autour de Senlis et qu'il passe par exemple par Montépilloy enfin peu importe c'est au connu mais ici il parle il dit qu'ils sont en train de fouler un véritable champ de bataille et qu'on a découvert de véritables charniers à Montépilois donc quand je parle de carnage
Hölderlin : mort tragique grecque et mort moderne
43:14 je suis le texte très près simplement c'est le le rapport au temps qui est différent le carnage grec nous apparaît plus concentré plus ramassé dans le temps plus bref comme un temps fort dramatique alors que là on parle d'un dépérissement progressif c'est intéressant de remarquer puisque j'aime bien intertextualiser des paroles considérées comme folles je pense à celle de Nerval et que je vais croiser avec celle de Hölderlin Hölderlin dans une lettre à Böhlendorff parle justement de ça il parle de de la différence du tragique chez les grecs qui est de périr d'être consumé comme il dit par un feu qu'on n'a pas su maîtriser et il dit alors que chez nous nous modernes nous germains germains au sens hégélien c'est à dire c'est peu des espagnols tout ça l'Europe occidentale nous nous acheminons vers la mort petit à petit comme dans un petit paquet ou une petite boîte c'est une lettre
44:24 très significative et il ajoute c'est le plus important pour moi c'est moins grandiose comme destin c'est entendu le nôtre le moderne mais c'est plus profond c'est étonnant pourquoi que le Hölderlin vraiment c'est à dire qu'on voit à quel point dans une imagerie trompeuse dont la référence absolue serait paraît-il la Grèce etc qui va dire quelle différence entre cette mort tragique ça au moins de la gueule ça chez Sophocle chez Eschyle à côté de et bien non c'est peut-être moins grandiose mais c'est plus profond carnage cette génération avait commencé par les souffrances du jeune Werther de Goethe la génération de Hölderlin et Goethe se confiait comme plus souvent à Eckermann pour lui dire je regrette presque d'avoir écrit Werther avec le nombre de suicides qu'il y a eu après je reparle de carnage je ne suis pas dans l'hyperbole ou dans le et puis je pourrais prendre plein d'autres exemples le très beau début de L'hymne de Hölderlin Les Titans car il est mort jadis bien des capitaines des femmes belles
45:34 et des poètes et de nos jours si grande foule d'hommes donc je tiens à raccrocher notre parcours à ce point pour en assurer la continuité c'est que la menace du deuxième carnage sanglant n'a absolument pas disparu au contraire elle s'est aggravée par le fait que l'élément négatif a été éludé exactement comme Ulysse à chaque station à chaque fois que un peu comme le Hollandais volant ou la vaisseau fantôme enfin la légende qu'il raconte dit que tous les 7 ans la mer doit le rejeter sur terre pour qu'il trouve une femme qui il soit tellement fidèle qu'il n'a plus besoin de se réembarquer dans une navigation indéfinie et bien on peut constater qu'à chaque étape d'Ulysse il y a une Nausicaa ici une Circé là-bas et une Calypso etc donc je veux dire il y a bien une signification là-dedans ça veut dire que le carnage a été éludé
46:44 dans des structures qui permettent de s'en évader de s'en éloigner de le mettre à l'écart d'en faire abstraction mais c'est pas pour ça qu'on en a supprimé la menace au contraire on ne l'a pas traité on l'a éludé je vais terminer quand même notre relation avec le texte de Nerval ce qui ressort de il faut bien distinguer dans ce passé qui revient dans ce retour à la faveur du détour il faut bien distinguer deux passés qui ont deux contenus radicalement distincts voire conflictuels je m'explique et le retour du passé individuel c'est là qu'il a passé son enfance donc il fait comme n'importe lequel d'entre nous quand il voit à peu près de ses racines comme on dit et donc en toute logique si c'était la seule détermination
Mortefontaine évitée, Rousseau visé : force et droit
47:55 si c'était le seul passé à la poursuite duquel il nous propose de nous déplacer il devrait nous amener en toute logique au village maternel le village de sa mère à Mortefontaine où il a passé d'ailleurs une partie de son enfance le plus souvent d'ailleurs en vacances parce qu'il était scolarisé à Paris qui n'est jamais qu'à 40 km même si le texte abonde en petite remarque je pense surtout au texte de Sylvie ici c'est dans les filles du feu mais c'est pas dans Angélique dans celle d'après où il y a plusieurs passages où il montre que s'il a pu subjuguer la petite paysanne c'est parce qu'il était le petit parisien c'est tout proche en kilomètres c'est pour ça que je vais préciser c'est très loin socialement il y a ces petites bourgades qui en sont encore comme il dit aux avant-dernières années des 18ème siècle donc ce passé singulier individuel devrait se concentrer autour de d'un lieu un topos qui serait un petit peu le centre la capitale de cet espace magique
49:05 cet espace qui féconde son écriture espace maternel situé dans le Valois mais très précisément autour de voilà le barycentre de toute cette gravité Mortefontaine terrible toponyme qui réunit dans un même mot l'origine et la fin parce que la fontaine c'est l'origine c'est la source c'est la nourriture première c'est la libation première c'est ce qui nourrit c'est ce qui sauve c'est ce qui restaure et voilà que la fontaine est tarie morte fontaine comme si le mot contenait déjà un avertissement ne venez pas faire un pèlerinage par ici il n'y a rien à voir comme il dit dans un poème de manière plus énigmatique mais le contenu est le même la treizième revient une fois que tu as fait le tour du cadran 12 on revient à 13 13 c'est comme 1 la treizième revient c'est encore la première et c'est toujours la même c'est le même moment c'est la mort ou la morte
50:16 ô délice ô tourment etc et d'ailleurs pour être encore plus explicite dans le quatrain suivant il dit aimez qui vous aimât du berceau dans la bière il y a une dimension maternelle explicite celle que j'aimais seule m'aime encore tendrement c'est la mort ou la morte etc donc il ne faut pas trop s'étonner si contrairement à ce qu'on aurait pu attendre d'une destinalité romantique entre guillemets il ne nous emmène pas il ne clôt pas son parcours au village de la mère il ne parle presque presque jamais de Mortefontaine qu'il nomme très rapidement une fois comme ça à propos d'un itinéraire d'un itinéraire donc Mortefontaine est très loin d'avoir la position centrale qu'elle devrait occuper par contre il centre tout l'objectif de la marche vers la tombe de Rousseau qui est à quelques kilomètres de là alors il faut préciser ici Mortefontaine est le village maternel mais non pas c'est pas là que sa mère est enterrée sa mère est enterrée dans la lointaine Silesie comme il dit qui maintenant est en Pologne il dit que ça s'appelle Glogau maintenant et parce qu'elle a eu l'imprudence de suivre son mari dans les campagnes
51:26 napoléoniennes là dans l'est de l'Europe et elle a péri une fièvre attrapée d'Inaval après avoir traversé un pont chargé de cadavres par la part d'imaginaire Audreyel qui est dans la légende familiale peu importe mais enfin sa tombe est là-bas et ce qui explique beaucoup de voyages de Nerval en Allemagne qui se rapprochait plus loin qu'il allait dans cette direction c'est quand il est allé à Leipzig un an avant sa mort pratiquement mais voilà on ne parle pas de tout ça dans Angélique précisément c'est pour ça que pas un texte comme les autres l'objectif c'est la tombe de Rousseau la tombe de celui qui a écrit le contrat social dans toutes les premières pages consiste à insister sur le fait que ce n'est plus la force qui doit régir les rapports humains les rapports sociaux les rapports propres à une collectivité ça ne peut plus être la force car la force c'est ce qui règne dans la nature alors qu'ici il faut que ce soit le droit non pas pour des raisons morales il ne dit pas que ce serait mieux si le droit était là ça ferait moins de dégâts que la force ce n'est pas moral on n'a pas tellement le choix dit Rousseau
52:36 à savoir que le plus fort si on arrête à la force n'est jamais assez fort pour rester toujours le maître s'il ne convertit sa force en droit et l'obéissance en devoir c'est ça le problème c'est que vous ne pouvez pas en même temps vous revendiquer de la force ce que font Hobbes tout le monde n'est pas pratiquement les anglo-saxons encore aujourd'hui et en même temps exiger qu'on vous confère une légitimité si j'ai le pouvoir par la force n'importe qui qui exerce une force supérieure à la mienne un complot d'eunuques dans le sérail n'importe quoi je veux dire de militaire dans le gouvernement de l'OTAN parce que je suis un pays qui résiste peu importe et je perds mon pouvoir par le même principe qui m'y a fait accéder à la force donc la force bien expliquer pourquoi j'occupe un pouvoir pendant une certaine séquence de temps mais certainement pas me conférer ne serait-ce qu'une minute de légitimité donc je ne peux pas réclamer l'obéissance à des peuples je ne peux que exercer la force qu'implique leur soumission
53:48 or ce voyage d'Angélique de Nerval procède d'un texte qui a été écrit d'abord en 1850 au tournant du siècle au moment où s'écroule les derniers espoirs de revenir à l'esprit de la grande révolution que la restauration avait essayé d'étouffer que les révolutions de 48 ont remis à l'ordre du jour comme c'est curieux toute cette chronologie d'un coup on n'est pas dans les dans les délices automnales de Senlis mais c'est les prérequis de cette nouvelle et au moment où le prince président comme on l'appelle le futur Napoléon III couvre ses griffes va bientôt exercer à nouveau ce qu'on appelle l'arbitraire pendant l'ancien régime dans un régime qui avait cherché vaguement un compromis entre les aspirations démocratiques et les intérêts bien compris de la Sainte Alliance co-gouvernée par l'Autriche pour ce qui est de la puissance militaire et de l'Angleterre pour la financer donc nous voici au milieu
Parnasse, Baudelaire, Rimbaud : la solitude de Nerval
55:00 du siècle au milieu du biais si je puis dire en termes esthétiques littéraires le romantisme est en train de passer la main il est passé de mode dans les manuels de littérature on le fait officiellement finir comme si ça se passait le 31 décembre à minuit en 1853 avec l'échec des Burgraves de Hugo bon ça passe plus et puis on sait bien à quoi ça va faire place ça va faire place en poésie au Parnasse c'est à dire à des vers plus soignés parce que le romantisme paraît-il négligeait la forme il mettait trop en vers des pensées et des pensées mises en vers ne suffisent pas à faire un poème donc là on va se rattacher à faire des belles choses pour un mot en artisan je vais faire exprès ces métaphores là quand on pense à des titres de Gautier comme Émaux et Camées voilà comment on travaille les émaux ou les pierres dures et le matériau dur Émaux et Camées on a souvent reproché au Parnasse d'être un peu marmoréen un peu froid par contre-coup par opposition au romantisme alors voilà il y aura un romantisme qui serait chaud un peu négligeant au niveau de la forme et un Parnasse qui serait peut-être plus glacé moins émouvant mais tellement bien frappé comme on dit
56:11 pour un vers ou pour une pour une marque sur un métal ou sur un moule donc et puis ça explose les compromis ça va pas on croit que on en a fini avec le romantisme ça y est on est Parnassien en poésie pendant ce temps dans le roman dans la prose il y a le grand essor du réalisme qui faisait l'âge d'or du roman classique français Stendhal Flaubert du tâme des or un peu plus aiguë donc le romantisme il revient d'intérêt mais non non non non le mal du siècle qui avait caractérisé la période romantique le mal du siècle revient sous une forme plus aiguë on peut l'appeler spleen n'importe quoi c'est Baudelaire qui va renvoyer dos à dos et la solution de Parnassien qui garde il garde l'exigence heureusement qu'il y a eu cette médiation le vers bien frappé le vers quasi racinien le tombeau confident de mon rêve infini le vers de Baudelaire je crois que c'est dans Spleen et Idéal bon voilà mais et là alors là c'est le côté froid et marmorien qui emprunt un coup mais pour revenir à la
57:21 faire la synthèse de la sensibilité nouvelle qu'elle apporte le romantisme absolument nouvelle absolument moderne pour parler comme Rimbaud et en même temps avec une forme même bâclée enfin il a fait ce que Chénier dissuadait de faire fin 18ème lorsqu'il disait ou plutôt il a souscrit un impératif d'André Chénier à savoir vers fameux sur des pensers nouveaux faisons des vers antiques ça va pas même ça c'est une superbe synthèse Baudelaire même ça explose avec Rimbaud quand il passe en revue tous ses prédécesseurs en poésie quand il arrive à Baudelaire il commence par un éloge sans précédent Baudelaire est le premier des poètes le premier du voyant roi des poètes un vrai dieu mais la forme si vantée chez lui est mesquine il a mis du vin nouveau dans une vieille outre comme dans l'évangile voilà ce qu'il en train de dire si vantée en lui est mesquine il a vécu dans un milieu trop artiste ah on voit bien le côté un petit peu esthétisant de son recherche de la forme on le voit bien il anticipe des débats contemporains c'est ceux qui vous disent il vous a plu ce film formellement non
58:31 j'aime bien l'histoire mais j'aime pas formellement bon bref donc on voit bien ces débats là ah au moment où Nerval se situe ce texte le romantisme en train de passer la main il n'y a pas encore la révolution baudelérienne qui va donner la modernité littéraire attention le poète maudit n'existe pas alors qu'il est le premier et donc une solitude j'allais dire onto-historique du cas Nerval c'est pour ça que je le prends c'est pas que j'aime pas tout comme Nerval comment ne le m'entend pas je ne suis pas le seul Aragon à Nerval Proust à Nerval pour des raisons différentes Barrès l'adorait parce que ce serait sur la maison le poète du terroir bien franc-chouillard du Valois je caricature un peu mais c'est ça chez Barrès les surréalistes parce qu'avec lui l'écriture automatique le rêve il a fait entrer le rêve l'inconscient Proust à cause de la magie des souvenirs l'alchimie avec laquelle il admirait Sylvie surtout avec laquelle Nerval exprime très bien le procès de la réminiscence comment le passé vient illuminer un présent découragé
59:41 et réouvrir toutes les perspectives ils reviendront ces dieux que tu pleures toujours le temps va nous ramener l'ordre des anciens jours la terre a tressaillit un souffle prophétique il s'exprime en prose dans les filles du feu donc je ne suis pas je suis sûr qu'il y a de ça je ne suis pas seulement mais ce que je trouve éminemment singulier dans la dans l'expérience Nervalienne et c'est d'autant plus pathétique de savoir qu'il a longtemps été considéré au contraire de cette singularité éminente que je lui assigne comme un romantique mineur à la limite le cas maintenant mais enfin quand même pendant longtemps à cause de sa légendaire discrétion il n'est pas du genre à écrire un manifeste la nouvelle poésie c'est quelqu'un au contraire à emprunter les genres les plus convenus les plus éculés pigistes compte rendus de pièces de théâtre à la mode etc.
1:00:40 pour faire passer peu importe le canal il essaie de frayer un message à travers n'importe quel canal je donnerai un dernier exemple de cette relative cette discrétion suicidaire qui est propre à Nerval et qui lui a évité bien des compromis mais je donne un dernier exemple c'est un texte peut-être du célèbre « Je suis le ténébreux le veuf l'inconsolé » ce poème qu'admirait tant les surréalistes et les symbolistes parce qu'il n'est pas le mystère mais qui est si beau tout simplement mon front est rouge encore du baiser de la reine ce poème à l'origine
1:01:50 Nerval l'a écrit au revers d'une carte de visite à la contingence parce que Dumas était en retard son domestique avait dit qu'il n'était pas là il a dit « Vous direz je le dirai monsieur c'est de la part de qui » et Nerval décline son identité au revers de la carte « Je suis le ténébreux le veuf l'inconsolé » il décline son identité c'est quand même extraordinaire cette œuvre bon donc nous sommes entre deux le siècle hésite Nerval n'hésite pas il revient aux sources de la première explosion romantique à toutes les origines mais quand je dis à la source c'est quoi ?
Retour à Rousseau et le bonheur, valeur des Lumières
1:02:34 c'est Rousseau et donc à un moment historique où les jeux ne sont pas faits c'est pas Rousseau on ne parle ni de de restauration ni de trouver un équilibre entre les forces non nous sommes sous l'ancien régime et cette situation singulière du texte qui ne dispose pas encore comme ce soit le cas dans les générations des Mallarmé d'une avant-garde dont on peut se prévaloir qui font tous remonter à Baudelaire pratiquement mais qui ne veut plus non plus donner dans le romantisme je dirais aujourd'hui de manière un peu brutale qui a été bien médiatisé et qui est en train de passer la main mais d'une eau qui n'a pas coulé et donc il se fait un Rousseau mais un Rousseau qu'on nous enseigne peu un Rousseau qui tient à la fois et là j'y reviens la destinalité singulière celle qui fait que Nerval aurait dû s'acheminer vers Mortefontaine et la destinalité collective bref l'auteur aussi bien des confessions
1:03:45 que du contrat social aussi bien des rêveries que du discours sur l'inégalité enfin un auteur qui tient ces deux parties que toute la modernité va essayer désespérément de concilier épanouissement individuel vie collective je n'ai pas besoin de faire un dessin et en remontant Rousseau on est en deçà de la terreur on n'est pas question il n'y a aucune compromission et il y a surtout comme thème central dans les rêveries de Rousseau le thème du bonheur qui fait toute l'unité des 18ème siècle au point de concilier Voltaire et Rousseau là-dessus c'est une valeur sur laquelle ils sont d'accord c'est la valeur bonheur qui est déjà un grand progrès au sens progressiste que ce soit devenu une valeur éminente parce qu'auparavant ne serait-ce que le siècle d'avant c'était le salut chez Pascal par exemple ce n'est pas tout à fait pareil il ne s'agit pas d'un épanouissement ici et maintenant terrestre qui caractérise le bonheur lequel suppose une relation positive
1:04:55 au monde quel qu'il soit et c'est sa première différence avec le salut ou la béatitude des saints qui est une autre détermination éminemment respectable mais qui désigne une autre réalité première chose qu'il caractérise qu'il spécifie le bonheur c'est une relation positive au monde le monde c'est ce qui est donné ici et maintenant pas dans un au-delà ou un arrière-monde pour parler comme Nietzsche deuxième détermination du bonheur une certaine épaisseur temporelle c'est la longue durée donc là il se distingue de la jouissance qui peut être d'une intensité quasi infinie mais éphémère donc ce thème du bonheur ainsi doublement déterminé si je puis dire par son rapport nécessaire au monde et par sa durée par le fait de que la durée était au centre de tout l'effort des lumières c'est intéressant de voir que comme clé de voûte du mouvement des lumières il y a une notion qui n'est pas cognitive ni en première ni en dernière instance bonheur c'est pas une notion cognitive
1:06:05 c'est pas une notion de masse ou de vitesse ou de substance ou d'accident elle est plus proche de ce que Kant appelle le principe du plaisir et de peine que des catégories de vrais et de faux on se fout de vrai donc si je fais cette longue digression qui n'en est pas une on revient au contraire au coeur du débat sur la notion de bonheur c'est pour poser la vraie question maintenant pour en revenir au texte comment qu'est-ce qui s'est passé pour qu'on passe en moins d'une génération d'un discours collectif les lumières c'est un grand mouvement européen même si c'est surtout en France qui s'illustre mais tout de même qui tend toutes ces lignes de force vers cette clé de voûte comme je le répète qui est le thème du bonheur en moins d'une génération va se mettre en place ce qu'on va appeler le mal du siècle comment
Le carnage entre les Lumières et le mal du siècle
1:07:15 qu'est-ce qui s'est passé pour qu'on passe en moins d'une génération d'un discours collectif les lumières c'est un grand mouvement européen même si c'est surtout en France qui s'illustre mais tout de même qui tend toutes ces lignes de force vers cette clé de voûte comme je le répète qui est le thème du bonheur en moins d'une génération va se mettre en place ce qu'on va appeler le mal du siècle qu'est-ce qui s'est passé c'est curieux qu'on ne réfléchisse pas là-dessus je prends deux textes pour montrer à quel point les lumières se réunissent sur le bonheur la fin de la lettre sur le commerce de Voltaire ou après avoir comparé toujours c'est le modèle anglo-saxon pour lui qui est enfin anglais à l'époque tout simplement qui est positif comme pour toute son époque d'ailleurs il a commencé par écrire les lettres anglaises donc à la fin de la lettre sur le commerce c'était les lettres anglaises après avoir cette félicité qu'en Angleterre un commerçant puisse être anobli alors qu'en France c'est méprisé etc.
1:08:24 à la morgue la noblesse française tout ça va être juste très bien un français marquis qui veut et qui conquête Paris arrive à Paris du fond d'une province avec un nom à quoi il peut dire un homme comme moi d'homme de ma qualité méprisé souverainement un négociant je ne sais pourtant lequel est le plus utile à son pays ou un seigneur bien poudré qui sait exactement à quelle heure le roi se lève à quelle heure il se couche tout en se donnant pardon des airs d'esclaves dans l'antichambre d'un ministre ou un négociant qui de son cabinet donne des ordres à surate ou au caire et qui contribue c'est la fin du texte au bonheur du monde trague une goutte d'or à la fin là au propre et au figuré comment peut-on passer de cette quête du bonheur à tout d'un coup cette expression du malheur qui va caractériser le siècle qui vient que ce soit sous la forme romantique du mal du siècle sous la forme symboliste pour prendre des classifications à partir du Baudelaire du spleen sans aller jusqu'à l'angoisse moderne je pense à Kafka je pense à à Beckett je ne sais pas au Néant quoi qu'est-ce qui s'est passé ?
1:09:34 c'est court quand même comment il peut y avoir un tel retournement j'y vois je ne peux pas empêcher de remarquer ça c'est pas c'est pas une démarche objective comme ça que je fais au hasard c'est objectif il n'y a qu'à mesurer contre les deux il y a quand même des petits événements à douane anodins qui s'appelle la révolution industrielle anglaise la révolution politique française et l'Europe labourée par les armées impériales de l'Espagne à Moscou et à partir de Waterloo se mettre en place tout le contraire d'une synthèse d'un dépassement un compromis qui va être le début de longues années de contre-révolution qui vont caractériser le monde contemporain c'est intéressant de savoir qu'après la commune par exemple un type comme monsieur Thiers dit maintenant le problème ça marchera plus à tous les coups d'écraser des manifestants
1:10:44 avec des compagnies de dragons et de cuirassiers maintenant il faut nous apprendre à gagner les élections il a bien bien pigé le problème le pouvoir pour assurer sa pérennité alors il y aura tout le temps mieux c'est une bonne mutation c'est quand même moins sanglant on arrive ici à un point nodal si je puis dire c'est bien un carnage qui occupe chronologiquement la place entre la quête du bonheur qui caractérise l'optimisme des lumières et la relation du malheur qu'exprime la génération d'après et qui n'est pas dans la tête des écrivains ou des philosophes ou des poètes bien carnage et qui a brassé bien des peuples et bien des nations et là au point que je me dis souvent que puisque chaque siècle scolairement
1:11:55 a un nom propre parce que si c'était qu'un numéro serait un peu abstrait au lieu de dire 18e siècle on dit siècle des lumières au lieu de dire 17e on dit le grand siècle du siècle du 14 du siècle du classicisme le 16e siècle on le nomme la renaissance et le 19e n'en a pas et peut-être parce que c'est trop récent on n'a pas assez de recul pour unifier derrière un blason mais s'il devait y en avoir un moi je proposerais le siècle des révolutions parce que ça n'arrête plus à partir de là à partir de 89 chaque fois que la contre-révolution se met en place il y a de nouveau une contestation du compromis et qui donne 1830 qui donne 1848 qui donne la commune de Paris qui donne 1917 ça n'arrête pas et plus grave il y a des révolutions sans carnage ça ça inquiète beaucoup plus le parti du carnage quoi de plus dangereux que quelqu'un comme Allende est bon sang un marxiste anti-stalinien qui joue le jeu démocratique il faut absolument s'en débarrasser par tous les moyens
1:13:05 et par la force et par le carnage mais bien avant déjà il y a des révolutions j'allais dire silencieuses parce qu'elles sont faites sans barricades je pense à la libération les acquis de la sécurité sociale de la retraite par répartition ce sont des avancées considérables là on sort des contre-révolution je l'ai dit je le maintiens entre la révolution française et nous le plus longtemps est occupé par la contre-révolution la grande longue période de la Sainte Alliance la France et les Louis XVIII Charles X etc.
1:13:42 et puis la guerre de 1914 etc. et à chaque fois il faut verrouiller l'opposition ouvrière pour les taraines bien sûr mais il y a quelques victoires arrachées par le parti du progrès social sur les forces réactionnaires d'après les conservateurs les réactionnaires sont plus méchants parce qu'ils ont eu peur ceux qui n'ont rien appris ni rien oublié comme on disait les émigrés ils ont eu peur ils vont se venger les hommes sont la plupart méchants et malheureux dit Spinoza ils ont peur ils sont méchants et mais dis-moi ces avancées puisque je parlais celle de la libération bon il y avait eu 36 les congés payés il y en a eu période courte comme ça mais qui essaient de rattraper un peu le temps perdu de la contre-révolution mais pour en revenir à 45 précisément pourquoi c'est passé là 50 millions de morts et ça passe donc le carnage c'est pas une obsession il a fallu ça pour remettre
1:14:52 l'espoir et le bonheur au goût du jour il a fallu cette souffrance imposée alors que si c'était la plus souveraire qui avait décidé de faire 50 millions de morts pour imposer ses luttes ça se saurait c'est une grave histoire donc quel rapport avec Nerval le principal c'est celui-là moi je ne m'adresse pas à la classe ouvrière il y a des gens qui sont là pour ça il n'y a pas ma formation et mon parcours je m'adresse plutôt à ceux qui sont encore dans l'indécision sincère dans laquelle était plongée la génération qui a vécu Nerval cette indécision Nerval exprime assez bien au début de Sylvie alors qu'au départ il nous a embarqué dans une histoire là encore au lieu de taper sur la table et de vouloir faire un manifeste d'art nouveau et au contraire il s'inscrit dans un genre éculé la nouvelle à résonance autobiographique il nous a embarqué dans une histoire sentimentale et tout de suite il contextualise historiquement
L'époque étrange de Sylvie et l'illusion esthétisante
1:16:02 je cite nous vivions alors dans une époque étrange comme celle qui d'ordinaire succède aux révolutions ou aux abaissements des grands règnes ce n'était plus la galanterie héroïque comme sous la fronde le vice élégant et paré comme sous la régence le scepticisme et les folles orgies du directoire c'était là je crois qu'il y a beaucoup de gens d'aujourd'hui qui vont se retrouver c'était un mélange d'hésitation et de paresse d'activité d'utopie brillante d'aspiration philosophique ou religieuse d'enthousiasme vague mêlé de certains instincts de renaissance d'ennui des discordes passées d'espoirs incertains quelque chose comme l'époque de Pérégrinus et d'Apulée prend des exemples qui significativement sont situés d'un moment dit de la décadence de l'empire romain du bas empire l'homme matériel aspirait au bouquet de roses qui devait le régénérer par les mains de la belle Isis l'ambition n'était cependant pas de notre âge et l'avide curée qui se faisait alors des positions et des honneurs nous éloignait des sphères
1:17:12 d'activité possibles il ne nous restait pour asile que cette tour d'ivoire des poètes où nous montions toujours plus haut pour nous isoler de la foule à ces points élevés où nous guidaient nos maîtres nous respirions enfin l'air pur des solitudes tout ça est dit un imparfait comme si c'était passé nous buvions l'oubli dans la coupe d'or des légendes nous étions ivres de poésie et d'amour amour hélas des formes vagues des teintes roses et bleues des fantômes métaphysiques vu de près la femme réelle révoltait notre ingénuité il fallait qu'elle apparue reine ou déesse et surtout n'en pas approcher tu diras quel rapport avec l'hédonisme érotisant d'aujourd'hui j'y arrive quelques-uns d'entre nous néanmoins prisaient peu ces paradoxes platoniques et à travers nos rêves renouvelés d'Alexandrie agitaient parfois la torche des dieux souterrains underground on en dira aujourd'hui qui éclaire l'ombre un instant de ces traînées d'étincelles cette génération celle de Nerval qui ont eu tous leur papa dans la grande armée Nerval son père était médecin dans la grande armée
1:18:22 c'est ça que sa mère est morte si loin et qui eux sont les princes des cafés c'est comme ça que Musset s'appelait par autodérision je suis le prince café il y a un décalage et si c'était si on avait trouvé une solution historique il n'y aurait pas ce malaise ce mal du siècle je reviens une solution c'est une solution un compromis n'est pas une solution c'est une manière que de différer le retour du carnage final donc c'est surtout pour ça que je fais cette référence Nerval parce que il ne faut pas c'est pour dissuader l'actant contemporain de céder à l'illusion esthétisante qui a été celle de cette génération comme ça avait été celle des romantiques allemands et car c'est pour ça que j'y tiens beaucoup c'est sur cette sur ce mode d'expression
1:19:33 esthétique que le statu quo capitaliste continue d'exercer peut exercer cette séduction par les commis chez Clouscard il sait à qui il a affaire je pense à Jean Witold on a oublié maintenant mais c'était un critique musical à l'époque France Musique n'existait pas mais qui assurait l'émission de musique classique sur Radio France et à l'époque Jean Witold qui est mort depuis longtemps les juifs bien sûr se racontent une anecdote du camp je crois qu'il avait été à Bergen-Belsen où il avait été déporté il dit on était gardé par un SS qui nous surveillait un jeune SS qui jouait tout le temps en nous gardant les partitas profondes en sol de Bach et il n'avait pas pu m'empêcher de lui dire qu'il fallait un dièse là où il faisait un fa bécarre il m'a regardé courroucer parce qu'on n'avait même pas le droit de parler au surhomme je veux dire et puis après il y a eu une liaison on a parlé des musiques il me demandait des tuyaux voilà alors que la génération d'aujourd'hui je pense les gauchistes
1:20:43 et trotskistes croient tous que mon bouffe est un ignare moi je suis de gauche et cultivé et en face de moi il y a un facho à la nuque épaisse aux cheveux rares qui se délecte de sites gothiques scandinaves qui glorifient l'Atlantide et qui veulent la mort du judéo et des judéo-moscovites pour parler comme les gens qui sont au pouvoir à Kiev actuellement comme ils parlent des pro-russes pouvoir judéo-moscovite un avatar du judéo-bolchevisme sans doute et l'avantage avec Nerval c'est qu'il est allé jusqu'au bout de cette illusion et donc il a pu en exprimer la limite et donc il me sert un peu d'immense raisonnement par l'absurde il faut revenir à l'effort théorique déployé par Rousseau comme dit Lénine sans théorie révolutionnaire pas de pratique révolutionnaire
Le passé collectif et l'occultation de l'histoire
1:21:53 il faut faire ce long détour refondateur sans se laisser avoir par la nostalgie c'est pour ça que je tiens à ce texte parce qu'il y va apparemment dans les mesures où il y a un passé singulier je reprends mon fil à ce moment là et je termine là dessus et en fait c'est un passé collectif qui lui saute au visage tout le temps on comprend mieux maintenant les allusions aux batailles qui se sont déroulées dans le pays le fait qu'il ait plein de cadavres dans les champs sur lesquels il marche pourquoi chaque fois qu'il arrive à une église ou machin il ne peut pas s'empêcher de regarder dans le cimetière l'identité des plaques tombales et qui a tout un poids de passé collectif là et enfin bref ce n'est pas que mon roman personnel qui a fait ce que je suis il y a un roman collectif il y a un contrat social qui resterait abstrait et qui ferait abstraction de ce passé là sera condamné à l'échec il faut donc assumer le fait que nous soyons résultat d'un devenir et bref
1:23:03 renouer avec la dimension sans doute la plus occultée par le monde contemporain c'est la dimension historique j'ai l'air de jouer au paradoxe on a l'impression au contraire que ce qui arrive c'est la modernité c'est le fait que l'histoire soit montée au zénith des sciences humaines pas du tout c'est quand même significatif qu'en dehors des sciences dites dures des sciences de la nature pour parler clair qu'à ce corpus là on oppose les sciences humaines ou sociales j'aime bien les débats qui ont eu entre les deux on les comprend très bien mais je vois le dérisoire de l'enjeu par rapport au vrai enjeu qui est caché et qui consiste dans le fait que dans les deux cas on est censé parler de science l'arnaque l'arnaque n'est pas dans savoir si ce sont des sciences humaines ou des sciences sociales il faut savoir qu'on parle de science circulez il n'y a plus rien à voir la recherche est terminée il n'y a plus que la recherche scientifique d'une part et ça me fait penser à la boutade sérieuse de Clouscard lorsqu'il me disait que les sciences humaines sont apparues pour verrouiller l'essor de marxisme naissant ce qui chronologiquement
1:24:14 est incontournable même si une corrélation n'est pas une cause c'est tout de même donc pour ne pas recommencer cette situation lamentable nous nous trouvons où on a affaire soit à un escapisme qui ne prend même pas les mêmes risques qu'un Nerval qu'un Rimbaud qu'un Van Gogh pour quitter les littératures qui ne prend même pas le risque de l'aventure esthétique vécue jusqu'au bout qui se termine aussi par des carnages par la folie ou le suicide ou les deux dans le cas de Nerval donc cette situation lamentable qui nous propose soit d'être un grand créateur mais qu'on envoie au casse-pipe ou d'être une référence importante dans les sciences humaines ou le néopositivisme ou l'idéalisme escapiste tragique situation
Rousseau : esclaves contre nature, ce que les hommes ont fait
1:25:24 voilà pourquoi j'ai fait ce retour à un moment où on ne parle pas de sciences humaines on parle encore d'histoire avec Marx et le texte de Nerval je l'ai pris parce qu'il nous ramène à ça il nous ramène à un Rousseau qu'on néglige j'en prends Rousseau pour une espèce Rousseau qui a rapport ce n'est pas dans les sciences historiques qui s'est illustré c'est dans les sciences de la rigueur philosophie politique ou l'histoire du droit du droit politique du droit positif lorsque dans le contrat social Rousseau dit la force a fait les premiers esclaves leur lâcheté les a perpétués et toujours sur ce même chapitre d'esclavage quand il dit s'il y a eu des esclaves s'il y a aujourd'hui des natures serviles parce qu'il commente Aristote qu'il y avait des hommes visiblement qui sont nés pour commander d'autres qui sont nés pour obéir comme s'il y avait des natures dans nature il y a naître c'est pour ça que les écologistes aiment tellement la nature parce que tout est joué dès la naissance dans ces choses là il y en a qui sont nés pour commander ils sont nés pour obéir c'est dans les gènes
1:26:34 on dirait aujourd'hui comme Sarkozy quand il avait dit il faudra voir les adolescents qui se suicident si c'est pas dans les gènes parce que c'est pas clair encore tout ça chef d'état français ce serait un chercheur scientifique qui exprimait l'opinion pourquoi pas dans un débat il y a 40 ans le vote était d'extrême droite et on le réchassait du laboratoire c'est un chef d'état et pas de l'Allemagne des années 30 de la France bon donc au lieu de cela Rousseau dit s'il y a des esclaves par nature c'est qu'il y a à l'origine des esclaves contre nature il rétablit la dimension historique si on en est là c'est parce qu'il s'est passé des choses et donc des choses que nous avons faites et je le cite dans l'Émile tout ce que les hommes ont fait les hommes peuvent le détruire ce qu'on a posé on peut le déposer ça c'est moi qui ajoute tout ce que les hommes ont fait les hommes peuvent le détruire il n'y a de caractère ineffaçable dit que ceux qui impriment la nature et il est vrai que la loi par laquelle la terre oblige la lune à tourner autour d'elle-même n'a pas beaucoup changé cette loi-là il n'y a de caractère ineffaçable que ceux qui impriment la nature et c'est la chute de ce passage dans l'Émile et la nature ne fait ni riche ni prince ni grand seigneur ça c'est nous qui l'avons fait donc on peut le défaire bon sang revenir à cette source-là
Écologie et écologisme : la nature comme justification
1:28:02 pourquoi ce long détour par un poète un poète plus rêveur emblématique pour exprimer des choses des enjeux historiques aussi concrets sociaux ou politiques un peu pour faire honte à la manière dont le statu quo écologique actuel verrouille la situation je fais allusion ici à pour moi le principal verrou qui empêche l'opinion dans chacun il ne faut pas se battre seulement contre les personnes qui sont c'est le je l'appellerais l'écologisme pour bien distinguer de l'écologie alors je vais être clair sur les termes si l'écologie c'est la lutte pour la défense de l'environnement moi je suis aux premières loges et à mon avis je ne serai pas le seul tout le monde sera d'accord qui est-ce qui j'ai jamais vu quelqu'un me dire moi j'aime bien vivre dans un mauvais environnement malsain et délétère c'est des conneries tout le monde cherche à voir l'environnement possible chez soi l'extérieur de chez soi mais non
1:29:14 ce n'est pas la défense de l'environnement c'est la défense de la nature dans le discours dominant c'est l'arnaque fondamentale de l'époque où nous vivons et et c'est ça qui me pour lequel moi je mettrais un signal d'alerte c'est à dire qu'il y a une classe moyenne qui est piégée ici dans la niche écologique et qui constitue l'essentiel des classes dominantes en gros actuelles y compris au niveau mondial et ce que je dis c'est bien valable pour un banquier malaisien même si la majorité bien sûr de ceux qui illustrent cette position sont les bourgeoisies euro-américaines et n'empêche que ça peut se trouver loin de là dans n'importe quel establishment comme on dit et où que ce soit sur la planète une manière de dire voilà moi ma résidence secondaire elle est exactement comme je voulais et puis voilà qu'on va construire un McDo à un kilomètre
1:30:24 il n'en est pas question il y a un côté conservateur et réactionnaire qui est assez vu c'est défendre bec et ongle son environnement j'ai vu moi je n'invente pas des hypothèses je caricature rien en revenant d'Allemagne en passant par les Vosges pour changer un peu j'ai vu sur une banderole oui il y a de nouvelles bretelles d'autoroutes mais pas par chez nous c'est extraordinaire ça je ne suis pas protecteur de cet environnement là c'est à dire le maintien d'un statu quo de privilégié bien ou mal acquis ça il faut voir dossier par dossier ah oui c'est intéressant si on mettait un panneau sur chaque grande propriété luxueuse un peu comme on met au conseil général a mis tant la ville a mis tant l'état a mis tant si on mettait fortune accumulée grâce à un million de morts en Angola 600 000 au Vietnam ou de millions plutôt étant là il serait pas mal non plus quoi je veux dire c'est vrai pour la vente d'armes bref on ne va pas essayer de faire la répartition de l'argent propre et de l'argent sale dans les banques les plus vénérables les banques elles-mêmes vous le savez bien ça défraie la chronique financière
1:31:34 depuis le début de la crise actuelle les banques elles-mêmes n'arrivent pas à faire leur bilan à faire la part de leurs créances pourries douteuses et de leurs avoirs solides c'est quand même intéressant bon c'est ça qui nous donne des leçons de compta et quand je parle du verrou écologiste encore une fois s'il s'agit de défendre l'environnement je suis aux premières loges s'il s'agit de défendre la nature vous ferez sans moi or l'arnaque elle est là elle est dans ce glissement et à chaque époque le pouvoir s'est toujours prévalu de la valeur nature pour justifier le statu quo de la préface à Phèdre de Racine pour se justifier d'avoir fait une petite entorse à la donnée de son prédécesseur Sénèque qui avait écrit une pièce sur le même il avait dit oui enfin chez Sénèque on a la tradition c'est Phèdre qui calomnie son beau-fils
1:32:45 auprès de Thésée mais là je préfère que ce soit la servante qui fasse cette calomnie parce qu'une princesse par nature dit-il la calomnie c'est une chose trop vile pour être dans la bouche d'une princesse qui de par sa nature a des sentiments élevés elle aime sa place dans la bouche d'une servante voilà il y a des natures faites pour commander d'autres pour obéir pour obéir ont tous les défauts dont la tendance à la calomnie Jean Racine il est homme de son temps je ne fais pas d'anachronisme je ne fais aucun procès heureusement qu'il existait bon sang et qu'on a ces textes admirables mais voilà ce qui m'intéresse c'est que son argument c'est que c'est inné naître N-A-T nation c'est ça qui est verrou de notre époque c'est pas qu'il y avait où plus ou moins avant il y avait le religieux c'est exactement la fonction qu'occupait la religion au sens politique la religion a d'autres fonctions heureusement c'est bien non mais vis-à-vis des pouvoirs c'est la préservation d'un statu quo par la dissuasion de tout changement qui pourrait l'altérer je me rappelle quand j'étais au Niger on est les pays les plus pauvres du monde
1:33:55 il y a des mines énormes de charbon dans le sous-sol enfin il y a des mines des ressources il y a assez il n'y a pas de mine et donc passer au développement on ne pourrait pas exploiter une fois je suis tombé sur des experts mais non ça va troubler les équilibres écologiques impeccable c'est l'aide au sous-développement donc je mets en garde la figure du carnage actuellement de l'agressivité qui mène au carnage elle est dans l'agressivité écologiste je suis très sérieux tu me diras attends il ne faut pas exagérer je sais bien que ça a un côté un peu convulsé des fois les ayatollahs verts enfin ça va c'est quand même pas les purges staliniennes c'est pas c'est pas le stalag c'est pas le goulag Cohn-Bendit figure emblématique au moins écologique celui là même qui disait pendant la campagne sur le référendum sur la constitution pour l'Europe qui en a marre du gaullo-communisme phrase terrible qu'on soit anti-gaullistes je l'ai déjà dit je le répète parce qu'il faut le marteler qu'on soit anti-gaullistes il y a d'excellentes raisons d'être un anti-gaulliste j'ai voté contre les partis gaullistes à l'époque
L'agressivité écologiste et le carnage éludé
1:35:07 à chaque fois qu'on soit anti-communiste il peut y avoir d'excellentes raisons enfin que je respecte qu'on soit contre les deux c'est le programme de Pétain par contre c'est le wanted sur les affiches de Vichy c'est déjà plus troublant et puis le délu même libertaire en 68 et libéral en 98 pour faire une symétrie des années c'est à ce moment là qu'il l'avait dit donc quand je vois les tendances qui se réclament de ces points de vue qui se veulent radicaux et qui sont en fait encore les piliers du statu quo je le répète je maintiens que le sentiment écologiste est lourd des carnages qui nous attendent parce que ça nous met objectivement en position d'hostilité vis-à-vis de tous ceux qui veulent se développer je ne vois pas de quel droit on interdirait
1:36:17 un milliard de cent millions de chinois d'avoir le même niveau de vie que le nôtre ou même il y en a qui leur interdisent d'en arriver même au quart sinon on ne respirera plus la planète c'est foutu ça veut dire quoi que nous on s'est éclaté pendant trois siècles et qu'on va interdire maintenant un milliard et demi de chinois on va prendre les gens pour des idiots surtout que le progrès dans l'histoire il a toujours été écologique ça aussi c'est parfaitement occulté je veux dire que lorsque c'était que le charbon de bois qui était la ressource d'énergie principale si on avait continué au charbon de bois après on est passé à la houille au charbon qu'il y a dans les mines de charbon je suis encore loin du pétrole du gaz et du nucléaire mais en restant même au charbon et même au charbon de bois si on avait continué au charbon de bois donc le stade plus primitif du développement énergétique il n'y aurait plus un arbre sur la planète avec tout ce qu'on consomme comme énergie aujourd'hui donc c'est bien d'être passé au charbon c'est bien d'être passé au pétrole puisqu'il faut à peu près c'est un rapport de 1 à 7 de quantité de pétrole pour obtenir ce que 7 fois plus de charbon donne et quant au nucléaire n'en parlons pas puisqu'avec à peu près ça l'uranium enrichi on peut donner de l'énergie
1:37:27 à tout Paris donc voilà je voulais ajouter ça au lieu de saisir en temps de crise nous y sommes une occasion de renouer avec la conscience historique qui a été celle de tous ceux qui ont fait les avancées qui nous ont précédés la révolution française le Front populaire la libération au lieu de cela on a aliéné l'histoire en nature on a mis l'histoire entre parenthèses on a fait comme l'histoire on croit qu'on a éludé le carnage puisque je suis dans les bras de Calypso dans une île bien loin d'Ithaque que je suis un peu