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La caverne résume les moments de la pensée philosophique
0:01 Alors si je repars de là où on a été la dernière fois, on a été donc à quelques développements, je ne dis pas à l'interprétation au singulier, c'est inépuisable. La preuve, ça fait 20 siècles que c'est sorti ce truc-là, et on est encore en train de s'en servir. Bonjour. N'hésitez pas, il y a encore trois, t'avouerai par là. Mythe de caverne, je vous ai dit que je ne le mentionnais pas dans le cadre de ce qu'on appellerait au titre académique l'histoire de la philosophie et des idées, parce que ça veut dire qu'on en serait encore à Platon en principe, et dans ce cas-là, il nous faudrait 20 ans à ce rythme-là, je ne sais pas, pour arriver à l'époque contemporaine, et encore, on peut passer sa vie sur Aristote, vous savez, ou sur Spinoza, ou sur Foufou, ou sur Kimoïde.
0:43 Mais ici, en l'occurrence, c'est ce mythe comme résumant, à peu près, tous les moments, on dirait Hegel bien plus tard, n'est-ce pas ? Pas seulement les parties dans l'espace, mais les moments dans le temps, du développement de la pensée philosophique. Je vous avais rappelé que la tripartition qui est ici, par exemple, que Platon est le premier exposé clairement entre les objets les plus douteux, la connaissance sensible, le fond de la caverne, tout le monde sait ça, donc je ne m'attarde pas trop, à laquelle correspond la connaissance la plus douteuse, l'opinion, la doxa, aujourd'hui on dit le café du commerce, que je ne méprise pas, il ne faut pas être élitiste, et par crainte de ne justifier de ne pas être populiste, il ne faut pas qu'on devienne antipopulaire.
1:27 Le café du commerce est excellent pour échanger les trucs avec les copains, pour savoir être match de foot entre Bastia et Marseille, tout ça, moi, je le prends au sérieux. Ce n'est pas le lieu où s'instaure la vérité. C'est tout. L'opinion paradoxale. Puis après, on quitte le monde sensible, on est très dans Platon, on décolle complètement à 80 degrés, et on part dans un monde qu'on ne peut pas voir, parce que ce n'est pas un cosmos aisthêtos, un monde sensible, vous voyez que l'esthétique est ici à son sens originel, les arts flattent les sens, et le sens est en commun avec aussi l'anesthésiste à l'hôpital, le premier sens, c'est quand même justement le sens lui-même, le sens le plus physique. Donc, on quitte le cosmos aisthêtos pour aller vers le cosmos noetos, c'est ce noetos que vient notion, noumène, des mots comme ça.
2:20 J'ai noté que, ce qui est l'activité de l'esprit, comment dire, n'est-ce pas ? Donc, à partir de ce... Eh, je n'ai pas fait mes prisonniers. Vous voyez que l'absurde ? C'est nous, j'ai oublié, là-dedans. Car Platon dit tout de suite, après avoir raconté son histoire, c'est à nous qu'il ressemble. S'ils ont entendu ces prisonniers-là. Voilà. N'oubliez pas qu'ils sont tous enchaînés, de telle manière qu'ils ne peuvent regarder que vers le contexte. Alors, donc, ici, il faut penser aux mathématiques, tout ça, par exemple.
2:53 Pour Platon, c'est à ça qu'il pensait, n'est-ce pas ? Ou comme il dit plus précisément, au discours hypothético-déductif, qui part d'hypothèse pour s'acheminer, « teleutè », comme il dit, pour s'acheminer vers des conclusions, en respectant à chaque fois le principe d'identité qu'on ne trouve jamais dans le monde sensible. Vous vous rappelez que Leibniz, qui est comme Platon, c'est un... Bien sûr, un grand philosophe, vous n'avez pas besoin de le dire, mais c'est un immense mathématicien, un juriste, un conseiller des princes, on va dire juridique, des esprits, comme on ne peut plus en faire, avec la spécialisation qu'on a maintenant.
3:26 Et Leibniz promenait ses élèves dans le parc, je crois que je vous l'avais dit une fois, n'est-ce pas ? Et en leur disant, trouvez-moi deux feuilles dans le parc qui soient identiques, n'est-ce pas ? Il faut décoller du sensible pour arriver aux réalités intelligibles. Et pour passer des ronds qu'on fait dans l'eau en jetant des cailloux au cercle, que définit le mathématicien, n'est-ce pas qu'on peut jamais voir avec les yeux, ni non plus caresser par derrière, je sais pas ? À moins, comme Ionesco, de dire, prenez un cercle, caressez-le, il deviendra vicieux. C'est dans la Cantatrice, je crois, ça. Voilà.
3:56 Donc, deuxième plan. Troisième plan. La dialectique, et pourquoi on y passe ? On ne passe pas comme ça arbitrairement, parce que je vous fais visiter Paris, en omnibus, mais parce que ici, ce qui nous laisse insatisfait, c'est Platon qui parle. C'est qu'on part d'hypothèses vers des conclusions, sans remonter, dit-il, des hypothèses vers le anhypotheton, le principe anhypothétique, qui serait un véritable fondement. Il ouvre ainsi le terrain, on va appeler bientôt la métaphysique, le principe anhypothétique. Donc, il passe là-dessus, c'est le platonisme scolaire, et c'est important, en fait c'est familier.
4:29 Et puis, la dialectique vient remédier à l'insuffisance de la connaissance discursive. Je signale au passage, je sais qu'il y a des excellents mathématiciens dans la salle et qui s'intéressent à la philosophie. Ils ont bien compris les messages de Platon, qui avait marqué à l'entrée de son école, que nul n'entre ici, s'il n'est géomètre, ça veut dire, il ne faut pas snober les mathématiques, mais une fois que vous êtes ici, on va faire autre chose. Que nul n'entre ici, s'il n'est géomètre, c'est la connaissance nécessaire, mais pas suffisante. Parce que les mathématiciens ne se posent pas la question que dois-je faire, qui hante Platon, moralement et politiquement.
5:06 Et même religieusement, je ne sais pas. Donc, le dialecticien, oui, on passe ici d'une logique de l'identité, si vous vous rappelez bien, je vais vite, parce que ça vous est familier, la non-contradiction, pareil, on peut lire directement l'identité, ou négativement la non-contradiction. Je vous rappelle aussi que le principe d'identité a été formulé avec rigueur, parce que sinon, nos ancêtres chasseurs-cueilleurs, ça fait très bien. Mais explicité, si vous voulez, d'une manière univoque, pour la première fois par Aristote, dans l'admirable quatrième livre de la métaphysique, n'est-ce pas ?
5:40 Dans lequel, il dit trop bien qu'il y a un principe premier, je ne m'attarde pas trop là-dessus, il est en train de faire la métaphysique, mais comme le mot n'existe pas, il appelle ça la philosophie première. D'ailleurs, quand vous lisez le texte de Descartes, « Méditation métaphysique » dans la langue originale, qu'est le latin, car la différence, c'est un grand politique, Descartes, il a fait le discours de la méthode en français, il voulait qu'il y ait la grande divulgation. C'était nouveau à l'époque, Du Bellay venait juste un petit peu, les générations d'avant, essayer de justifier qu'on puisse écrire en français, défense, illustration, la langue française, c'était nouveau, et pour atteindre un grand public, il lui fallait quitter le sanskrit, la langue savante, et pratiquer le prakri, c'est-à-dire le français, à l'époque.
Une même progression de Descartes à Kant, et le combat de Platon
6:25 Donc, ce qui m'intéresse, le point commun dans tout ça, c'est qu'ils suivent tous le même plan. Descartes aussi, commence en première méditation, par mettre en doute les informations sensibles, le passage du morceau de cire, n'est-ce pas ? Spinoza commence par la connaissance du premier genre, dont il faut se dégager pour arriver à la connaissance du second genre, puis après, à une espèce de synthèse d'intuition théorique qu'on trouve chez lui.
6:57 Chez Kant, il y a la sensibilité, l'entendement et la raison, dans l'ordre. Vous voyez, on trouve toujours à peu près la même progression. Et ça confirme. Je dis ça, je m'attarde un peu, parce que je voudrais vous rassurer, pour cette dernière fois. Parce que si je vous dis, voilà, ça fait quelques mois qu'on a fait, qu'on a essayé de répondre à la première des grandes questions de la philosophie, que puis-je savoir ? Et nous sommes arrivés ici à ce qui est censé être la source de tout savoir. Et puis, grandeur de Platon, parce que là, on quitte le pathodisme scolaire.
7:29 On arrête là. Quelle est chez Platon ? Non, chez Platon, ce n'est qu'un début. Maintenant, il faut revenir au fond de la caverne et dire aux autres, ce que vous voyez, tout ça, c'est pipo. C'est pipo, ce n'est pas ça, c'est des copies. Moi, je vais vous montrer les modèles. Et donc, c'est l'action politique, l'action vis-à-vis des autres, politique au sens grec, en relation à l'autre. Or, je reviens, c'est si j'en étais là, le point de vue, développement rigoureux. On passe d'une logique de l'identité à une logique qui intègre la contradiction. C'est-à-dire le contraire d'identité. C'est ça, l'identité.
8:01 Et Platon n'y était pas préparé, c'est son héroïsme. C'est une pensée aristocratique. Et donc, il a tendance à privilégier tout ce qui est identique par rapport à ce qui est altéré, à ce qui est permanent par rapport à ce qui est changeant. Ça, vous le trouvez dans toutes les grandes spiritualités, en gros. L'immobilité au mouvement, l'intelligible au sensible, le fini à ce qui est indéterminé et indéfini.
8:32 C'est très grec tout ça, n'est-ce pas ? Et il n'était pas préparé. Et quand on regarde ces grands dialogues, qu'on appelle les dialogues des métaphysiques, je ne veux pas faire l'histoire de la philo parce qu'on n'aura pas le temps, qu'il y a des dialogues aporétiques, souvent s'entraînent un peu à rentrer en philosophie, à poser des questions. On se sert un peu de la malignité sceptique, de la naïveté de l'opinion dogmatique. Bon, ça, c'est les dialogues aporétiques jusqu'au fin, non, à peu près.
9:03 Puis, il y a les dialogues métaphysiques, là, où on remet tout à zéro, à plat. Et qui est inauguré par le sophiste et qui se prolonge avec le Philèbe, le sophiste est quasiment illisible en difficulté. On me dit la philosophie moderne, Kant, Hegel, si vous lisez. Il y en a même qui pensent que c'était une caricature des discussions interminables de sophistes, tellement que c'est compliqué, les fois. Et, allons-y à l'essentiel, de cette grande série de dialogues métaphysiques qui est un vrai combat de Platon avec lui-même. Platon finit par déduire qu'il n'y a pas de même sans autre.
Le principe de non-contradiction chez Aristote
9:35 Voilà ce que je suis en train de dire, passer de la logique d'identité à la contradiction. Galilée, qu'un siècle plus tard, en fondant la physique, Galilée va poser la théorie de la relativité. Je ne reviens pas en philosophie de la connaissance, c'est pour illustrer ce que je suis en train de dire sur la contradiction. Galilée va inaugurer donc la physique moderne, n'est-ce pas ? La physique du choc, avec le modèle du choc, du mécanisme qui fait s'écrouler le finalisme de l'antiquité. Et l'anthropomorphisme qui en était une conséquence.
10:07 Galilée lui-même dit tout le temps que ça ne lui suffit pas que l'expérience le confirme, il recherche tout le temps une légitimation mathématique. À la piste qu'il dit. Donc quand je dis la logique de la contradiction à propos de la dialectique, ça ne veut pas dire du contradictoire. Et c'est pour ça que je reviens à ma définition, la première définition de la non-contradiction par Aristote que je vais énoncer maintenant. Donc j'ai extrait du quatrième livre au livre Gamma, comme vous voulez, de la métaphysique.
10:42 Un dernier mot quand même pour la contextualisation. Il en est à un point où il veut coincer définitivement les plus pointus des éristiques et des sophistes. Comme ça qu'on appelait ceux qui disaient à partir de combien de cheveux un chauve est un chauve, à partir de combien de cailloux on a un tas. Les Grecs ont deux raisons de questions qui entraînent l'esprit, croyez-moi. Ou le paradoxe du menteur. Vous le connaissez celui-là ? Qui est travaillé en logique. Quelqu'un le connaît ? Oui, vas-y. Le problème au niveau de la confidentialité, c'est que quand il s'agit de la question que tu es actuellement en train de mentir, si tu es actuellement en train de mentir, il dit la vérité, et si tu es actuellement en train de mentir.
11:19 Bravo. L'essentiel est là. C'est réduit. En jeu de société, c'est le coup de... Celui qui dit je mens toujours dit-il la vérité. Voilà. C'est le paradoxe du menteur. C'est devenu les jeux de société après par la suite, mais ça vient de grandes réflexions logiques fondamentales. ces choses-là. Donc, je veux dire, je peux l'énoncer maintenant, il veut les coincer, les sophistes, il dit quoi qu'on puisse dire, les sceptiques, etc. Ou alors, il la ferme, dit Aristote, il la boucle, non mais je ne plaisante pas, parce qu'il cite Cratyle, qui était le disciple d'Héraclite.
11:53 Héraclite, rappelez-vous, c'est lui qui disait Panta rhei, tout s'écoule. Allez donc essayer, n'est-ce pas, d'établir un discours juste, permanent, valable en tout lieu et en tout temps dans un monde où, comment il dit, Valéry, Le Cimetière marin, allez, tout fuit, toute matière est poreuse, n'est-ce pas, les classiques, le temps qui détruit tout, le devenir. Et Cratyle avait pris tellement au sérieux ce mobilisme, c'est comme ça qu'on caractérise quelquefois son école philosophique, celle d'Héraclite, le mobilisme, par opposition aux Éléates qui affirment l'être immobile.
12:24 Bon, eh bien, Cratyle, lui, il était un reverse terre, au moins c'est un sceptique cohérent, il la boucle. Parce qu'un sceptique qui parle, pour vous faire comprendre que le langage ne peut pas dire la vérité, c'est un peu contradictoire. Vous voyez ce que je veux dire ? Mais Cratyle, lui, Aristote dit, on était arrivé à se taire et à bouger l'index. Il a arrêté de parler pour se contenter d'indiquer, car indiquer vient de l'index, n'est-ce pas ? Je ne peux pas dire Socrate est jeune, il a déjà vieilli le temps que je le dise, vous comprenez ?
12:55 Les grecs prennent des choses sérieuses pour ça. Voilà. Donc, pour les coincer, Aristote énonce le principe comme ceci. Deux attributs contradictoires, lourd, léger, j'ouvre, pair, impair. deux attributs contradictoires ou opposés ne peuvent être imputés au même sujet en même temps sous le même rapport. Fin de citation. Quand on voit les conséquences historiques dans la philosophie, quand on voit les sciences surtout, d'une telle proposition, et quand on voit à quel point elle est courte, ça mérite, ça vaut le coup de la noter.
13:34 C'est presque l'équivalent de Newton qui en une ligne et demie résume tous les mouvements de l'univers, quand ça ne va pas trop près de la vitesse de la lumière, mais ça en fait beaucoup, en disant que tous les corps s'attirent un point direct de leur masse et inverse du carré de leur distance. Point. Ce sont des phrases lourdes de sens. Donc, deux attributs opposés ne peuvent pas appartenir au même sujet en même temps sous le même rapport. Trois fois le mot même quand je vous disais que c'est le principe d'identité. D'accord ? Alors, on en sent un peu concret. Si je dis Socrate, vieux, Alcibiade, jeune, ce n'est pas une contradiction, on ne parle pas du même sujet.
14:10 Ça, tout le monde comprend, on va vite. Ensuite, Socrate, jeune, Socrate, vieux, ça a l'air d'être plus contradictoire, mais non. Si je dis que Socrate est jeune quand il a 16 ans et vieux quand il a mon âge, je ne vais dire rien de contradictoire. Et puis, je peux dire au même moment, maintenant, pendant que je parle, Socrate est jeune et vieux, mais pas sous le même rapport. Je dirais qu'il est vieux par les artères et qu'il est jeune par la verdeur, la vivacité, la rapidité d'esprit. Donc, Aristote, prudent, il a fait le tour de la question avant de dire qu'il y a contradiction, il faut qu'il y ait ces trois conditions remplies, n'est-ce pas ?
Temporaliser les contraires ; la théoria comme silence final
14:47 Comme c'est un rappel, je veux dire, j'ai un peu creusé tout de même l'énoncé du principe. La dialectique ne dément pas l'interdit du contradictoire. Lorsque deux rivières coulent en sens inverse l'une de l'autre et se rejoignent et font un confluent pour se fondre dans un seul fleuve, la une qui va aller là, l'autre qui va aller là, comme elle se rencontre, c'est un grand fleuve qui fait ça, la confluent.
15:25 La synthèse, ici, est dans le temps, c'est un devenir. Quand Hegel prend la formule, la métaphore de la plante, n'est-ce pas, pour rappeler qu'il ne va pas proposer une philosophie de plus par rapport à toutes les qui l'ont précédé, ni s'attarder à contredire, à réfuter les précédentes, car tout, pour lui, contribue à... Tout exprime l'absolu. C'est très riche et très généreux pour ça, la pensée hegelienne, n'est-ce pas ? Et je vous ai dit, dès le début du cours, ne comptez pas sur moi pour flatter les amoureux de la baston entre philosophes, pour jouer Aristote contre Sartre, Spinoza contre Malebranche et Démocrite contre Maine de Biran.
16:12 Je préfère insister sur ce qui est commun à tous comme philosophes en général et vous impliquer dans l'aventure philosophique, en ce qu'elle a de proprement philosophique, de spécifiquement philosophique. Et ici, je l'ai montré tout à l'heure avec les trois moments par exemple qu'on voit à peu près chez tous les philosophes. Mais ici, c'est plus concret. Car le fait, je le dis parce qu'il y a aussi parmi vous, certains qui sont familiarisés avec dialectique mais qui négligent ce point de vue-là.
16:45 Ce n'est pas une réfutation des contradictoires. C'est la présence des contraires. Ce n'est pas pareil. Mais qu'est-ce qui fait que les contraires peuvent coexister ? Leur temporalisation. Donc, on ne viole pas le fait qu'il ne faut pas qu'ils soient contradictoires au même moment ou dans le même temps comme dit Aristote. Pardon, c'est un peu technique et abstrait mais ce n'est pas un pas qu'on pouvait sauter comme ça d'une manière approximative.
17:19 Je n'ai mis celui-là entre parenthèses le dernier stade ici quand on arrive au soleil parce que Platon dit très bien qu'ici, on ne parle plus ici. C'est fini. Décidément, qu'est-ce qu'on la boucle ? Sauf que les sceptiques qui la bouclent avant de commencer. Ici, c'est à la fin qu'on a mérité le silence après avoir parlé et avoir dit tout ce qu'on peut dire. et c'est la théoria, je l'ai mis en grec exprès, indépendamment de tout ce snobisme parce que ça veut dire littéralement contemplation. C'est une vision. Un rapport donc censé être immédiat et non plus, comme tous les autres, qui passe par la médiation d'un discours, d'une articulation, d'un médium.
De la connaissance à l'action : la question « qu'appelles-tu ? »
17:59 On dit les médias, c'est jamais que le pluriel de médium, de ce qui est au milieu entre l'expéditeur et le destinataire. Je ne pense pas seulement à la télévision quand je dis les médias, je pense à l'outil, un marteau qui est l'intermédiaire entre le fer et moi, forgeron, un intermédiaire ou non plus. Voilà. Donc, on a été là, vous me direz, attendez, c'est le dernier cours, ça fait 4 mois pour la philosophie de la connaissance, on a à peine commencé à s'en tirer, le plus concret, le plus dense, il y a encore tout ça à faire.
18:38 Non, non, non, j'ai un peu rusé avec vous quand même. On n'a pas arrêté, mais ce n'est pas d'être dans la philosophie de l'action depuis le début. Je rappelle que ce chemin-là, il y a un peu fini pour ceux qui n'étaient pas là. C'est la philosophie de la connaissance, c'est celle qui essaye de répondre à la question que puis-je savoir. Voilà, et ici, la philosophie de l'action, c'est ça. est bonne, l'action, voilà.
19:10 Et, apparemment, c'est un deal inassumable, n'est-ce pas ? Donc, pas du tout. On avait commencé à le voir la dernière fois quand j'ai fait la transition. On revient au contraire au début du cours. Je n'aurais jamais eu le temps si j'avais fait une approche systématique et puis ça aurait été un peu fastidieux et moins intéressant de le faire par étapes chronologiques. Je n'aurais pu que bâcler chacune de ces immenses étapes que sont la pensée médiévale, Kant et Descartes, tout ça, des gens.
19:43 Mais, au lieu de cela, j'ai essayé d'être un peu plus matriciel puisqu'il y a quelques mathématiciens dans la salle. Je ne connais rien. Je ne crois pas de résoudre les équations. Mais, je veux dire, je prends le terme dans son sens intuitif à quel point avec une structure de base, n'est-ce pas ? Je produis des effets symboliques. Je vais être très clair tout à l'heure. Vous allez voir à travers des exemples. Mais quand je vous disais dès le départ que la question philosophique fondamentale, celle qui fait qu'avec Socrate on décolle des formes d'interrogations qui ont pu précéder la philosophie de plusieurs siècles voire encore de millénaires quand on pense à la pensée orientale, chinoise, hindoue, on n'a pas attendu Socrate pour poser des questions d'une insondable profondeur sur le monde qui nous entoure et même pour celui qui est en nous.
20:30 Ce qui est nouveau, c'est que la question porte justement sur le moyen, sur le langage, sur les mots qu'on utilise et que la question fondamentale chez Socrate ce n'est pas qu'est-ce que c'est ça ? Depuis toujours, l'homme se la pose. C'est qu'appelle-tu ? Qui est plus radical que qu'est-ce que c'est ? Parce que dans qu'est-ce que c'est, l'être est déjà donné. Et vous en savez suffisamment entre nous, cette formule que ce qui est bien connu parce qu'il est bien connu n'est pas connu. Je ne sais pas ? L'être, c'est ce qui est le plus familier. Hegel dit qu'elle est l'enfant qui n'a pas la bouche le mot être.
21:00 Et donc, on ne le met pas en question. Voilà. Il y a des époques, il y a l'existence de Dieu. Qu'appelles-tu Dieu ? À partir du moment où tu m'auras défini ce que tu appelles Dieu, je pourrais te dire si moi, je pense que ça existe ou pas. Vous voyez ce que je veux dire ? Les deux sont liés, les sens et l'existence ici. Donc, la question la plus radicale, c'est celle qui se pose au début, à notre début, à nous tous, quand nous avons commencé à parler, je vous ai dit la dernière fois, sans permis, avec nos parents. On a toujours parlé en infraction. Et oui, le langage, c'est important pour ce dernier cours.
21:31 Le langage que je parle avec vous n'est pas celui des mathématiciens. Ça me rend bien. Encore que. C'est un langage de tous les jours, que je tourne un petit peu comme je veux, mais ce sont des mots de tous les jours. Ce ne sont pas des mots bien codifiés dès le départ. C'est comme ça qu'on a tous appris à parler, n'est-ce pas ? On n'a pas dit à nos parents je fais une définition univoque et de fourchette, parce que tu me demandes la fourchette, qu'appelles-tu fourchette ? Non. On s'est jeté à l'eau comme ça.
22:03 Voilà. Franchement. Mais, du coup, il ne faut pas s'étonner que la crise nous retombe dessus. Nous avons commencé à parler en infraction et les problèmes du langage nous sautent à la figure, tôt ou tard. Ils expriment le... C'est dans les mots, la crise des mots, que s'exprime un mal-être qui ne vient pas seulement des mots, bien sûr. Et, il est évident que quand quelqu'un dans les rues d'Athènes se promène en disant qu'appelles-tu la vertu, c'est qu'il s'est passé quelque chose historiquement.
22:33 Vous n'imaginez pas, n'est-ce pas ? Parmi tous ceux qui construisent la pyramide 2000 ans auparavant, il y en a un qui dit au fait, qu'appelles-tu la vertu, que dois-je faire ? Est-ce que je dois construire la pyramide ou pas ? Non, ça ne va pas, non ? Tu es vraiment le seul ici, toi, qui ne sais pas ce qu'il faut faire. Il fallait un coup de fouet là, au chantier. Bon, donc ça suppose déjà un certain degré de liberté au sein d'une certaine communauté. Idéalisons pas, il y avait 20% d'hommes libres et 80% d'esclaves à Athènes. Il y a pire comme esclavage que celui qui avait à Athènes, mais quand même.
23:03 Mais enfin, à l'intérieur de ces 20%, il y a une communauté d'hommes qui ont les mêmes droits et entre lesquels, surtout, le pouvoir politique ne dépend plus seulement de la force, mais de la parole, car c'est le Parlement maintenant qui décide de la Pnyx, de l'Agora, comme vous voulez, qui va décider, n'est-ce pas, et non plus, le bon plaisir de l'empereur de Chine, du Pharaon, du roi des rois, de Perse. Moi, mon préféré, c'est l'empereur d'Ethiopie. Je parle des titres. Quelqu'un ici connaît ?
23:33 Caroline, qui revient d'Ethiopie. Elle était allée étudier les origines du café. Non ? Je ne les connais pas tous. Le roi des rois, le Négus. Négus. roi des rois, lion de la tribu de Juda, descendant du prêtre Jean, et empereur d'Ethiopie. Ça, c'est le souverain oriental charismatique, comme on dit en sociologie, en sociologie historique, mais un seul... C'est la fameuse formule par laquelle j'ai terminé la dernière fois. La formule de Hegel qui dit...
24:03 je cite beaucoup Hegel aujourd'hui parce que je me suis vu reprocher. On m'a dit, tu es Hegelien, tu cites tout le monde sauf Hegel. Ça fait six mois qu'on n'en parle pas. Ou que tu cites Hegel pour les anecdotes, là, du médecin, des trucs comme ça. Par contre, tu t'attardes sur Kant, sur Platon. D'abord, je ne suis pas là pour vous transmettre mes caprices personnelles, je veux dire. premièrement, et deuxièmement, si, si, je suis assez malin, en fait, j'ai hégélianisé depuis le début. L'approche elle-même, si vous voulez, justement parce qu'elle est généreuse.
24:34 N'est-ce pas ? Parce que Hegel est platonicien, est aristotélicien, est cartésien, est spinoziste. Pour Spinoza, il disait même que tout philosophe a deux philosophies, la sienne et celle de Spinoza. Hegel, vous voyez ? Et il disait que Platon a inauguré la révolution mondiale. Ah ! Ben oui, bizarre, ces termes-là. Vous connaissez ce passage ? Vous dites que Platon a inauguré la révolution mondiale ? Quelqu'un ne connaît ce passage ? Parce qu'on me dit ça aussi, je voudrais que vous vous rassurez aujourd'hui. Tu fais des sauts tout le temps, on était arrêtés à Kant la fin du dix-huitième, au début de la modernité, on allait enfin savoir la suite, ce qui arrive à nous.
25:07 Et d'autres, on remonte au quatrième siècle avant Jésus-Christ, il y en a marre. Mais ce n'est pas de ma faute. Il y a eu un sujet d'agrégation il y a une quinzaine d'années en philo. Le sujet, c'était cité et décadence chez Platon et Rousseau. C'est curieux, c'est le même découpage chronologique, vous voyez ? Rousseau contemporain de Kant, vous voyez ? Ce n'est pas de ma faute, il y a des périodes de crise qui ont un petit air de famille. Crise de la cité grecque, crise de certains modèles de société, de modèles historiques qui commencent à prendre du plomb dans l'aile et qui font que des questions se posent, qui étaient un peu sous le boisseau jusque-là, tout simplement.
Du monologue au dialogue, entre crise et guerre
25:47 Donc, c'est pour vous rassurer, j'ai essayé d'être matriciel dans la mesure où j'ai mis des petites, comme ça, des petites matrices de proche en proche qui nous permettent de gagner du temps. Donc, quand j'ai, je les résume, quand je vous ai demandé de faire une coupure dès le départ entre qu'appelle-tu et qu'est-ce que c'est ? Et que la question philosophique fondamentale, c'était qu'appelle-tu ? Avec mon petit dessin, vous savez, pour bien souligner l'ancien questionnement et le nouveau à partir de Socrate. L'ancien, c'est le mage, l'astrologue qui monte sur le ziggourat, n'est-ce pas, comme on disait à Mesopotamie, pensant qu'à 30 mètres de hauteur, je vais réduire les étoiles.
26:24 Et il pose la question qu'est-ce que le soleil, qu'est-ce que l'étoile, qu'est-ce que le cosmos ? En haut du ziggourat. Et au petit ziggourat, le petit ventru, je pense à Socrate, et barbu, comme ça, on voit, qui ne regarde pas le soleil et les étoiles, qui regarde le bonhomme en haut et qui lui dit qu'appelles-tu le soleil ? J'avais fait remarquer que l'opposition, j'avais creusé l'opposition. À savoir que quand je dis qu'appelles-tu le soleil, un être qui parle, parle à un objet muet qui ne lui répondra pas.
27:00 Le soleil ne va pas lui dire attention, je ne suis pas une planète, je suis une étoile. Ce qui nous aurait économisé beaucoup de recherches au cours des siècles. Non, non. Donc, on a un monologue dans le qu'est-ce que c'est le dogmatisme de l'être. On a un monologue. Alors que le petit ventru pose une question, le petit ventru qui parle, parle pour poser une question à quelqu'un qui peut lui répondre. Et on passe du monologue au dialogue. Ce n'est pas des différences insensibles.
27:34 Entre crise et guerre, philosopher point d'interrogation. Je m'excuse si c'est seulement à la fin que vous commencez pourquoi j'ai pris ce titre. Mais quand on parle, au moins, on ne se bastonne pas. Je dis ça parce qu'il y a un dialogue de Platon, je vous l'ai déjà signalé, où la discussion a atteint un tel degré de tension dramatique qu'on est au bord de la baston. C'est le gorgias où Calliclès est juste retenu de frapper Socrate à cause de son âge. Pas seulement parce qu'il dit des choses absolument scandaleuses, comme le fait qu'il vaut mieux subir l'injustice que la commettre.
28:08 Mais surtout, une manière générale parce qu'il fait de la philo à son âge. C'est bon quand on est jeune pour s'entraîner un peu l'esprit. Quand on est mûr, on va aux affaires. On va là où se montrent les gens dans le texte exactement comme ça. On va là où se montrent les gens. Oui. Donc, je plaisante à peine quand je dis entre crise et guerre, philosopher. Je vous ai rappelé depuis le début que les grandes avancées philosophiques se font toujours sur fond de crise historique.
28:38 Regardez les lumières comme elles sonnent le glas de plusieurs siècles, pas d'un siècle, de plusieurs siècles de féodalité aristocratique, par exemple, dans l'Ancien Régime. Regardez comme la question socratique commence à faire traînée de poudre dans les rues d'Athènes au moment où la cité est en train de passer la main à l'Empire. Ce n'est pas tout fait le même modèle. Je vous rappelle que au moment où Platon enseigne, où Socrate pose ses questions, Platon enseigne, Platon élève de Socrate, Aristote élève de Platon.
29:17 Au nord, à de la Grèce, Philippe fourbi ses armes pour avaler. La Macédoine va bientôt avaler la Grèce. Il s'est dit que la Grèce, je ne sais pas. Et puis, le fiston va aller encore beaucoup plus loin, Alexandre. Et après, c'est Rome. Il y a un modèle de la cité qui avait atteint sa perfection au sens classique. Je vais parler de son acmé historique et qui est en train de passer la main à une autre forme. Je ne suis pas en train de faire du jugement de valeur.
29:47 Donc, l'important, c'est de voir la relation entre philosophie et crise. On est en train de la voir. La dernière fois, j'ai fait allusion à nos amis les requins pour approfondir cette notion de difficulté. j'avais parlé des requins pour contredire Aristote. J'ai rendu hommage à Aristote tout à l'heure. J'avais fait une petite égratignure dernière fois. C'est les tout premiers mots de son immense métaphysique que je vous recommande chaudement de lire par ailleurs. Mais les tout premiers mots, mais c'est tellement grec, tous les hommes désirent naturellement savoir.
30:19 Vous voyez ? Une espèce de spontanéité du vouloir savoir, cher Aristote. Tous les hommes désirent naturellement savoir. Et je t'avais dit non. Si, je reviens à mes requins, si les requins sont parmi les animaux qui existent actuellement, ceux qui ont une des évolutions les plus longues, parce qu'ils sont depuis la fin de l'ère primaire. C'est une des plus longues durées qui soit dans le monde animal. C'est parce que c'est pour aucune raison d'évolution. Ils sont les maîtres du jeu là où ils sont.
30:49 Qu'est-ce que je vais m'embêter me poser des questions pour changer les questions ? Je veux dire, qu'il faut ramasser des coups pour changer le système tout d'un coup, pour se poser des questions et évoquer un changement. Sinon, je serais tenu sur ma ligne droite. Ça s'appelle comment en physique, le principe ? Oui, l'inertie, l'inertie. C'est l'inertie. Il faut être sérieux, matérialiste à ce niveau-là. Un corps qui ne subit aucune force et soit au repos, soit animé d'un mouvement rectiligne, uniforme. Le requin, pour l'instant, ça marche. À part, je vous ai dit, quelques endroits, la mer de Chine, là, où on les prend un peu pour les ailerons, il n'est pas très inquiet.
31:22 C'est pareil. Au contraire, il est même à une époque, il y en a qui s'inquiètent pour lui. Dernière fois, il y en a un qui s'est boulotté, à la réunion, je crois, à ça. Et là, soit même, heureusement que sa chair ne vaut pas celle du thon sinon il serait raréfié. Donc voilà, c'est important, histoire du requin. C'est-à-dire, ce qui est faux dans la phrase d'Aristote, c'est le mot naturellement. Non, il nous a fallu des coups pour qu'on se pose des questions.
31:53 C'est très bien montré dans un dialogue inquiet de Platon, le Théétète. Un dialogue, où il est un des meilleurs portraits du philosophe en général qui a été fait. Avec une inquiétude qui est presque à la limite du monde grec. On a souvent dit que Platon faisait une jonction entre le monde de l'Antiquité et l'inquiétude chrétienne. Mais je ne veux pas anticiper sur... Pas de catho, je parle de chrétien. Je ne veux pas anticiper sur la suite. Vous me direz, il nous reste peu de temps pour faire ça. Attendez, mais moi je ne veux pas faire ça. Je veux encore rester là pour comprendre.
Remplacer le bien par la liberté ; le bonheur des Lumières
32:24 Parce que c'est ça qui va changer aujourd'hui. Ça, cette espèce de clé de voûte entre la connaissance et l'action. On peut garder le schéma jusqu'à la pensée moderne. Sauf qu'il suffirait à partir de la coupure rousseau-kantienne. C'est Kant le premier qui a rend hommage à Rousseau d'avoir le premier obligé l'homme à marcher sur la tête. C'est-à-dire prendre la liberté comme fondement de l'idée. C'est une image de la tête. La liberté comme fondement de l'anthropologie et non pas à la nature ou Dieu.
32:54 Attention. Eh bien, si vous mettez ici, là où Platon met le bien, qui c'est le bien aujourd'hui, tel que défini à la fin du sixième livre de la République, donc juste avant de présenter le mythe de la caverne qui est narré dès le début du septième livre. Il a dit ça. Donc, à la place du bien, il a fallu un siècle pour ça un petit changement, une liberté.
33:31 Même dans le domaine de la connaissance, rappelez-vous le texte de Kant que j'avais lu où il renverse complètement les positions de l'empirisme pour tirer la leçon des révolutions scientifiques qui venaient se produire dans les générations juste avant lui, le prodigieux mouvement qui va de Galilée, apparition de la physique moderne, à Kant, c'est-à-dire à l'époque de Newton, à peu près, un petit peu après Newton. Et ce mouvement qui commence avec Galilée, qui culmine à Newton et qui va donner un aspect quasi définitif à la physique scientifique jusqu'aux crises fécondes qui vont s'appeler à la fin du 19e siècle, début du 20e, la physique relativiste et celle des quanta.
34:08 Voilà. Et ce n'est pas mon domaine, donc je vais éviter de dire des bêtises pour l'instant, je m'arrête là. Mais en remplaçant bien par liberté, on a fait un petit glissement, mais attendez, c'est que ça change tout. J'avais un petit peu, c'est à la fin du cours d'un après-face, un peu d'embrouillage, mais je rappelle un vers d'un poète que j'aime bien, entre autres, Gérard de Nerval, poème le plus célèbre, je suis le ténébreux, vous connaissez, et mon luth constellé porte le soleil noir, avec le monde moderne, tout va s'inverser.
34:40 Et j'avais préparé, c'est ça, mes petites matrices, à partir du cours numéro 4, de nos entretiens, je vous avais dit, il y a quand même une énigme. Comment se fait-il que le XVIIIe siècle, qui est l'aboutissement de toute la période monarchique féodale, avant la Révolution, le siècle des Lumières est hanté par un principe, c'est ce qui fait sa grandeur, un principe tellement important et tellement unifiant pour ce siècle, par ailleurs foisonnant, regardez un type comme Diderot, déjà comme c'est difficile de le ramener à une unité, n'est-ce pas, lui qui disait de lui-même « dogmatique pour le matin, dogmatique contre le soir », vous voyez, pour se moquer de lui-même.
35:17 Mais, et bien, une valeur qui rassemble tous ces philosophes, y compris les frères ennemis, Voltaire et Rousseau, bien sûr, qui vont faire plus opposer, plus inverse même sur pas mal de sujets, mais il y a une valeur qui les réunit, laquelle ? Plus que ça. Une valeur proprement 18e. Oui, merci, le bonheur. Je vous le dis, parce que c'est un droit qui a... À l'époque, c'est posé comme un droit, je voudrais bien que ça revienne, n'est-ce pas ?
35:49 C'est la question que dois-je faire. Réapprendre le droit au bonheur. Alors, attention, ils n'ont pas eu du tout la même manière de le voir. Pour Voltaire, le bonheur, c'est grâce à la libre entreprise, il n'y a pas encore des mains invisibles du marché, mais enfin, c'est sous-jacent un peu à ce qu'il dit, quoi. Je veux dire, c'est le développement des sciences, des arts, des techniques qui va produire l'industrie, le commerce, les gens contraints en relation. Il y a une admirable lettre de Voltaire dans la lettre sur le commerce où il compare, justement, le système français où il y a le mépris pour tous ceux qui travaillent, n'est-ce pas ?
36:23 Et il dit, en France, c'est marquis qui veut. Et quiconque arrive à Paris du fond d'une province avec un nom en -ac ou en -ille peut dire, un homme comme moi, un homme de ma qualité et mépriser souverainement un négociant. Je ne sais pourtant lequel est le plus utile à son pays ou un seigneur bien poudré qui sait exactement à quelle heure le roi se lève, à quelle heure il se couche, en se donnant des airs d'esclaves dans l'antichambre d'un ministre ou un négociant qui donne de son cabinet des ordres à Surate et au Caire et qui contribue au bonheur du monde.
37:02 C'est-à-dire, les mots, c'est bonheur, comme une bulle gonflée d'or. Mais je ne parle pas d'or seulement au sens de l'oncle Picsou. Voltaire, c'est Voltaire quand même. Il y a du bonheur. Voilà ce que je veux dire. Je reviens. C'est la couleur du miel et des blés. Je ne change pas de sujet. J'étais à la logique, à la coupure entre les mots et les choses et j'y suis en plein. Quand on pensait que le soleil était une petite assiette de 20 cm de diamètre et que si je pouvais grimper sur le meuble-là, je pourrais presque le toucher.
Le soleil des astronomes et le soleil du berger : causes et sens
37:37 N'est-ce pas ? Moi, je me souviens, quand j'étais gamin, je ne croyais pas à ma grande sœur qui me disait que les étoiles, c'était des petites choses plus grandes que la Terre. C'est fou de moi. On est tous passé par là. Maintenant qu'on sait que c'est une boule de gaz incandescent de tant millions de kilomètres de diamètre... Attendez, attendez, attendez. C'est important ce qu'on est en train de voir là. On n'est pas... On n'a pas dit la vérité. Ça ne veut pas dire que les astronomes donnent enfin la vérité sur le Soleil. Le mot Soleil existait depuis la proto-histoire avant qu'on en ait une théorie scientifique, oui ou non.
38:13 Donc, il désignait autre chose. Précisément, ce que j'étais en train de vous dire, la couleur des cheveux de ma copine, la blondeur des blés, la douceur. Je souris parce que dans les langues nordiques comme en Allemagne, le Soleil se dit au féminin. Je dis bien le Soleil le matin quand il fait moins 20. Bon. Et... Et nous, on dit la Lune, le... Je n'irai pas le dire, vous voyez. La Soleil, le Lune, on dit en allemand.
38:44 Donc, c'est tout ça qui est connoté. Donc, attendez, on n'avait pas vu ça. J'attendais la fin pour lâcher le morceau. Je vous avais dit c'est très bien que les mathématiciens aient quitté le langage de tous les jours et aient inventé une autre langue où il y a des termes univoques, il n'y a même pas des mots, des termes univoques Y égale F X qui sont définies avant. Comme je parlais du cercle tout à l'heure, j'appelle cercle le lieu des points équidistants...
39:15 Maintenant, j'ai appelé démocratiquement, j'ai donné les règles du jeu avant de jouer. C'est le contraire de parler en infraction au sens où je faisais allusion tout à l'heure. N'est-ce pas ? J'ai dit que les mathématiciens ont très bien fait d'après leur propre point de vue qui est une visée cognitive. car s'il s'agit de savoir et non pas de rester au café du commerce, peut-être bien que oui, peut-être bien que non, s'il s'agit d'un savoir transmissible, alors il fallait abandonner cette façon de parler qui est celle de tous les jours et où on n'aboutit à rien.
39:48 On ne peut même pas se mettre d'accord sur la démocratie parce qu'un va dire qu'il défend le monde libre en bombardant le Vietnam et l'autre va dire que les démocraties populaires soutiennent le Vietnam. Il y a la liberté, la démocratie, on se fait comme dans les deux camps. Vous voyez ? Quand les mots sont pervertis comme ça, il est normal qu'on se pose la question qu'appelles-tu, vous voyez, pour y revenir. Donc, quand je vous disais qu'on va éteindre ce soleil et qu'on va faire un soleil noir pour comprendre la modernité dont nous sommes issus et que je dis on rompe, heureusement que les scientifiques ont rompu avec notre approche immédiate du monde mais par contre, le philosophe, lui, ne peut pas se permettre d'évacuer tout ce qui était contenu, voilà le mot nouveau, dans la manière dont on parlait du soleil et d'autres choses dans la conscience pré-scientifique.
40:43 Pourquoi ? Parce que rappelez-vous, nous, notre but, ce n'est pas seulement de savoir, parce que si c'était ça, moi, je suis au CNRS en train de vous parler. Un physicien qui est au CNRS, lui aussi, il veut savoir, même par excellence, la recherche scientifique, ça veut dire quoi ? Ça veut dire s'efforcer de répondre à la question, à une des deux grandes questions par lesquelles Kant il a résumé le programme de philo, que puis savoir, que dois-je faire ? Voilà. Ce qui est quand même spécifiquement philosophique, c'est la question que dois-je faire ? C'est la seule que ne peut pas, n'est-ce pas, lui challenger ou lui disputer un physicien, ainsi comme homme, un physicien quand même a toujours le droit de parler de ses valeurs, il n'en a plus que ça.
41:21 Mais en tout cas, son autorité de physicien, il ne vaut rien à ce moment-là, il ne lui sert de rien, pardon, à ce moment-là, c'est ça qu'il faut retenir. On peut être un immense physicien et un fiefé voyou, ça s'est vu, c'est un métier dangereux, et inversement, l'homme le plus sage et le plus bienveillant d'un village au fond de l'Afrique, ce n'est pas nécessairement celui qui connaît le nombre de satellites qu'il y a autour de Jupiter ou la chaîne ADN des tomates. Donc, vous voyez, disjonction, comme on l'a vu dès le début, donc je vais vite entre savoir et sagesse.
41:57 Ce qui est nouveau là maintenant, c'est qu'on s'aperçoit qu'il y a tout un univers laissé en friche. C'est non plus la recherche des causes, laissons-les aux savants, c'est la recherche des causes, c'est la recherche du sens, parce qu'on parle des mots là. Ce n'est pas vrai que la réponse : le Soleil est une boule de gaz incandescent, donne le sens du mot Soleil tel que je disais quand, c'est un genre, les littéraires connaissent bien ça, il y a un genre littéraire au Moyen-Âge qui s'appelle l'aube, qui est toujours le même, un berger le matin, on voit le Soleil puis il voit sa bien-aimée qui apparaît, qui fait pâlir le Soleil, enfin c'est des gens un peu convenus, vous voyez.
42:38 Tout ça, ça a du sens pour le berger en question et pour le poète aussi. Ce sens est complètement évacué à juste titre par le mathématicien ou l'astronome dans sa propre visée, mais nous ne pouvons pas le laisser. Pourquoi ? Parce qu'en tant que philosophe, il n'y a pas seulement que la recherche du savoir, là j'y reviens et je tiens le fil, il y a aussi, et avant même de parler de que dois-je faire, il y a la phrase écrite sur le fronton de Delphes là, à laquelle Socrate envoie malignement ses juges. Connais-toi toi-même, ce n'est pas n'importe quelle connaissance.
43:11 Et pour se connaître soi-même, il vaut peut-être mieux lire les poètes que les astronomes. Est-ce que vous comprenez ? C'est ça la différence. C'est ça qu'on découvre aujourd'hui. Et ce n'est pas un hasard, donc, si depuis, grâce au progrès, à la rationalité introduite par les Grecs, appliquée seulement au XVIe siècle, quelle patience l'histoire, le calvaire de l'histoire, comme dit Hegel, appliquée à la physique, la lumière qui nous entoure à la fin de la Renaissance et au début du siècle classique, puis à la chimie, puis à la biologie, et une manière un peu brouillonne et moins légitime dans les sciences humaines aujourd'hui.
43:49 On va revenir sur cette coupure avant de finir. Il n'empêche que, si vous vous en doutez bien, ce progrès technique n'a pas apporté que des bénéfices et n'a pas apporté un bonheur proportionnel à la puissance, cette puissance qui fait, comme dit Descartes, que je peux rendre l'homme maître et possesseur de la nature, c'est parce que le problème du sens a été négligé au profit du problème des causes. Pour bien que ce soit bien clair dans votre tête, je fais un petit résumé chronologique. Maintenant, je dirais que toute l'Antiquité, je pense surtout Aristote, qui est le plus exemplaire du monde grec, peut-être que Platon, qui comme je disais tout à l'heure, était la charnière un peu, le monde ancien du monde moderne, est caractérisé par ce que j'appellerais moi l'impérialisme philosophique.
La fin de l'impérialisme philosophique et le champ des valeurs
44:32 Comme vous disiez Aristote, c'est très clair. Il y a une discipline, la philosophie, et une science, la philosophie dont tous les autres sont départis. Quand le philosophe s'applique, par exemple, aux êtres mobiles mais qui n'ont pas d'âme, il est physicien. Quand il s'intéresse aux êtres mobiles et qui ont une âme, il n'est pas biologiste, il est psychologue, mais c'est pareil pour les Grecs, la psyché, l'âme et le vivant, c'est pareil chez eux. Et ainsi de suite. Donc je veux dire, comme il dit très bien dans le livre 4, toutes les autres disciplines découpent une partie de l'être.
45:06 Seul le philosophe étudie l'être en tant qu'être. C'est le fameux passage qui fait la grandeur de ce quatrième livre, l'être en tant qu'être, qui va être l'objet de la métaphysique. Ce n'est pas mon sujet, ne vous internez pas là-dessus, c'est passionnant, mais lisez le quatrième livre, c'est clair, c'est magnifique. C'est là où vous verrez les allusions à Cratyle. Mais ce qui est intéressant là, c'est qu'il y a un impérialisme philosophique. Et bien sûr, comme elle arrive à tout impérialisme sur son déclin, on lui a taillé des croupières. La mathématique s'est barrée en première dès l'époque d'Euclide, n'est-ce pas ? Puis la physique à l'époque de Galilée, on n'a plus besoin d'avoir l'autorité d'Aristote pour développer des équations, heureusement.
45:36 Puis la chimie avec Lavoisier, puis Claude Bernard, celui qui disait le vivant, c'est le mort. Et vous voyez, on n'a pas... Qu'est-ce qui reste à la philosophie ? Peau de chagrin, c'est un sujet classique, c'est un sujet classique. Est-ce que la notion de philosophie éternelle a-t-elle un sens de nos jours ? Ça pourrait être formulé comme ça. Est-ce que ce n'est pas déjà ringard la philosophie ? Est-ce que plus ou moins toutes les questions que se posent le philosophe, le terrain qui lui reste en propre se réduit comme une peau de chagrin puisque les réponses viennent toujours d'ailleurs de la philosophie, de la science. Contresens total.
46:06 Oui, si la réponse à la question que puis-je savoir était le seul objectif du philosophe, ce serait vrai. Mais précisément, il y a un champ aussi infini, n'est-ce pas ? qui reste ouvert, celui des valeurs, on dirait. En langage plus courant. Répondre à la question que dois-je faire, ça veut dire qu'est-ce qui vaut le coup d'être fait plus qu'autre chose ? Vous retrouvez valoir, valeur. Voilà, avec ce grand rappel, mais en remplaçant ici le bien par la liberté, attention, ce qui reste de bien grec chez Platon, malgré qu'il soit charnière, c'est qu'il y a un côté optimiste.
46:37 Il y a eu ici, quelque part, le bien, le beau, le vrai s'est réuni, dans un foyer commun. Mon origine à moi et l'origine de la nature, de l'être, tout ça, c'est pareil. En remplaçant par liberté, ce n'est pas le bien. C'est la possibilité de faire le bien aussi bien que le contraire. Sinon, ce n'est pas la liberté. Ah ! Vous voyez, pourquoi je dis que il y a ici un danger, un péril, une négativité en intermédiaire, considérable dans l'étape qui est bien après Kant, qui est Hegel, si vous remplacez bien par liberté, qui a tout d'un coup cette négativité du sujet qui va apparaître.
Le bonheur distingué du salut, de la paix et du plaisir
47:15 Et donc, mon soleil noir, j'y tiens, à l'extinction des lampions. Et je vous avais posé ça sous forme d'énigme, mais sans y répondre, encore au stade où nous en étions. Comment se fait-il, je reprends mon thème du bonheur, que le 18e siècle, les Lumières qui ont pour valeur commune ce bonheur dont je rappelle l'intimulation actuelle, parce que ce n'est ni le salut, ni la paix, ni la béatitude. Un siècle auparavant, le 18e siècle, Pascal, lui, son problème, c'est le salut, ce n'est pas le bonheur.
47:48 Le bonheur, c'est une notion presque païenne. Je dis au passage que Pascal est le préféré de tous ceux et le plus grand des chrétiens, pour ceux qui ne croient pas en lui pour les matérialistes, intéressant, Nietzsche, qui ne rate pas une occasion d'égratigner tout ce qui est chrétien au passage, disait de Pascal « il roule dans mon sang ». Je refais la parenthèse.
48:21 Le fait que Pascal soit connu entre autres, même sans avoir fait de philo en littérature, il est bien connu pour son analyse extraordinairement fine du divertissement, qui occupe une place considérable dans les pensées. Or, qu'est-ce qu'il y a de nouveau dans les pensées ? C'est précisément que toutes les réflexions avant lui consistent à expliquer le désir par l'objet qui est devant moi, la carotte, le stimulus, comme on dirait dans les sciences comportementales aujourd'hui. Alors que Pascal explique notre comportement, non pas par quelque chose qui est devant et que je poursuis, soit pour des raisons biologiques, soit pour desquelles ça va être un autre problème, mais par quelque chose qui est derrière moi et que je suis.
49:01 C'est ça le divertissement. Il y a une négativité. Vous voyez comment on y revient chez Pascal ? C'est même Pascal qui disait le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie. C'était nouveau, lui. Ce n'était pas Nicolas. Il ne disait pas là. Non, non. Il avait compris que la nature c'est inhumain. Ça venait d'être révélé par la physique. Donc, je reviens à mon 18e siècle. Un siècle avant, le problème de Pascal c'est le salut. La béatitude, la communion des saints en théologie, pourquoi pas ?
49:31 Tandis que là, on parle de bonheur. Or, rappelez-vous, qu'est-ce qui distingue le bonheur des valeurs infiniment respectables que je viens d'évoquer mais qu'on les distingue de détermination essentielle. Un rapport nécessaire au monde et non pas à l'arrière-monde. Le salut, pour Pascal, c'est après la mort. Pour Platon aussi, d'ailleurs. Mais c'est pour ça que le Platon politique a d'énormes problèmes.
50:03 La paix, on peut l'avoir en prison. Quelqu'un peut avoir une sagesse qui lui permet d'être en accord avec lui-même. C'est ça la paix. Il n'est pas avec le monde. En prison. Le bonheur, lui, la différence, c'est qu'il faut un rapport positif au monde, autrement dit ce que vous appelez plaisir. Si c'était que ça, la meilleure recette de bonheur, ce serait les libertins qui s'étaient à la recherche du plaisir. Mais, en plus, la durée, c'est la grande différence avec la jouissance ou le plaisir qui peut être extrêmement intense mais éphémère et évanescente.
50:40 Et donc, quand vous avez les deux déterminations, rapport au monde, positif, l'argent peut compter. Oui, beaucoup de l'argent ne fait pas le bonheur. Tenez, ce n'est pas mon sujet. Mais tout de même, puisque je parle de bonheur et que tout le monde a des problèmes de thunes, comme vous dites, plus ou moins, je vais quand même citer, je ne vais pas m'empêcher de citer la sagesse africaine quand je peux, mais je leur dois bien ça parce qu'ils m'ont appris à lire et à écrire. Mais, quand on pose la question à un africain, dis donc, pour toi, est-ce que l'argent fait le bonheur ? Vous savez ce qu'il répond ? Enfin, je me suis fait répondre 100 ou 6 fois, moi.
51:11 Ah, je vous conseille la réponse, franchement, on n'irait pas penser. Il répond, il faut me donner d'abord, je vais te dire après. Tu as peut-être raison, je vais dire, ça ne fait pas le bonheur. Il faut expérimenter d'abord, ce que je peux faire avec l'argent. Je vais te dire. C'est pas mal, comme d'abord, je vais te dire après. Voilà, c'est les mêmes qui disent vous, vous avez la montre, nous, on a le temps.
51:41 Vous voyez ? Le bonheur. Bon. Eh bien oui, le temps, je ne passe pas du coca-là, il y a de la durée, le bonheur. Dans la grande littérature du bonheur, ou la littérature qui évoque les moments heureux, souvent sur le mode du passé, du souvenir. Pensez à Chateaubriand, pensez à Proust, pensez à Rousseau, qui essaient de s'enchanter dans les maladies qui le tordent dans la rue, rue Plâtrière, comme on disait, dans le marais, dans toute l'Europe défile pour venir le voir, qui le profuse de 4, 5, 5, et qui se trouve dans la maillette de la pierre, c'est un peu comme les politiques, surtout avec le son de l'époque, imaginez, nous attendons pas dans les détails, et ils s'enchantent, on s'en sort une tantale, elle se pense aux mêmes membres, les moments, les plus heureux, c'est à nous, dans l'île Saint-Pierre, dans le lac de Bienne, mais c'est l'imparfait.
52:27 Quand vous avez appris, votre grammaire, que vous avez oubliée, quand vous avez appris, qu'il faut employer l'imparfait pour décrire des choses qui ont une certaine épaisseur de durée, qui se sont répétées. quand j'étais petit, tous les matins, je n'allais pas me aborder la dent, elle est imparfait, vraiment heureux de la vie. Donc voilà, il y a la jouissance évanescente, intense, éphémère, des libertins, rien contre, n'est-ce pas ? Il y a le puritanisme, n'est-ce pas, de celui qui parfois même guillotine au nom de la vertu, les deux extrêmes, et puis, entre les deux, vous avez cette extraordinaire synthèse que le bonheur a pris dans un sens plus concret, maintenant, vous voyez, c'est pas la vision fade que peut évoquer le terme « Mille recettes pour le bonheur »
53:13 dans un bouquin sur les médecines douces. Dernièrement, on m'a proposé une huile, comment s'appellent ces trucs-là ? Essentielle. Non, c'est pas ça ? Vous connaissez ça mieux que moi, enfin, bon, parce que j'ai eu une petite angine, et la personne m'a dit, mais il faut le tirer dans la main gauche et si possible, la pleine lune. Je vais donner quelques doutes sur la solution. Voilà. Donc, vous voyez, en passant du bien à la liberté, ça change tout, parce qu'il y a la liberté.
Puissance des moyens, bien et mal ; la théologie négative
53:48 vous avez dit une fois, si je lardais quelqu'un avec un couteau, c'est pas le couteau qu'on va envoyer en prison et on a raison. Tout le monde est d'accord, là. Or, on fait exactement le même non-sens stupide quand on condamne les sciences et les techniques. On condamne les moyens et ça laisse de côté ceux et celles qui les utilisent, qu'il faudrait plutôt juger. N'est-ce pas ? Maintenant, ce qui est vrai, je ne voudrais pas être anti-hériticien et dire que peu importe ce qui compte, c'est la fin, c'est pas le moyen.
54:19 Tout de même, il est évidemment que plus un moyen est puissant et l'évolution des sciences et des techniques va dans ce sens. Et là, on ne peut pas dire qu'il n'y a pas de sens de l'histoire. C'est pas le sens du sens spirituel. Mais je veux dire, le temps qu'il faut pour faire cette table maintenant et le temps qu'il fallait pour un menuisier d'il y a trois siècles, ce n'est pas la même chose. Le seul domaine où le progrès, sans jugement de valeur, est mesurable, et il n'y a de science que du mesurable, c'est le temps de travail qu'il faut pour produire une marchandise.
54:49 Du néolithique jusqu'à aujourd'hui. C'est ce qui rend, c'est ce qui fait que l'économie, je ne sais pas, je ne tranche pas si c'est elle qui détermine ceci ou cela. Ce qui est sûr, c'est que c'est un niveau de lisibilité de l'homme exceptionnel à cause précisément des données quantifiées qui nous fait parvenir. Donc, plus on augmente les moyens, plus on a la possibilité de faire le bien comme le mal.
55:19 Comme le mal. Donc, vous comprenez pourquoi ça s'obscurcit ici. Je ne l'éteins pas d'un coup, mais ça commence à se foncer et à virer au noir, au soleil noir. on est en train de faire ce qu'on appelle aussi la théologie négative. Dieu défini par son absence, par son éloignement. On le dit souvent du Dieu de la transcendance, du Dieu juif, chrétien, musulman. Ce n'est pas celui qu'on ne voit pas, celui qui n'est pas in herbis et lapidibus dans les herbes et dans les pierres. Ce n'est pas comme le Dieu païen. C'est celui qui ne manifeste sa présence que par son éloignement.
55:51 Parce que toute l'œuvre de Kafka, n'est-ce pas, qui ne parle pas spécifiquement de Dieu, se situe dans cette logique apophantique, comme on dit chez les logiciens. L'enseignement du Bouddha est souvent apophantique, surtout quand il parle de l'absolu, pour lui, il s'appelle le nirvana. Et d'ailleurs, le préfixe négatif, nous avons le même système de langue indo-européenne, n'est-ce pas, que celui qu'utilisait le Bouddha. Quand les disciples, les bhikkhus, comme on dit les moines, lui demandent qu'est-ce que c'est que le nirvana, il répond, il n'y a ni gauche, ni droite, ni haut, ni bas.
56:24 On n'y est ni couché, ni debout. Et il en parle de manière négative. On ne peut pas dire ce que c'est immédiatement, mais on peut le débarrasser de tous les attributs avec lesquels on ne serait lui imputé. C'est ça, cette démarche qu'on appelle la démarche apophantique que Platon utilise dans la République, comme il dit, bon, qu'est-ce qu'il en est de l'un. Dans l'un, il n'y a ni haut, ni bas, mais ça recommence la même chose. Un petit rappel. Ce qu'il y a de commun, c'est la négativité. J'ai défini une chose parce qu'elle n'est pas.
56:55 J'ai défini Dieu par son absence. Oh ! C'est curieux. C'est curieux, hein. Et, à cause de ce petit glissement, vous voyez bien qu'il n'est pas si petit que ça, de bien en liberté. Donc, à partir de la modernité, fin 18e siècle, début 20e, à la suite de ces grands craquements, j'essaye de donner quelques balises historiques, ce n'est pas mon domaine. Mais, en gros, qui font consensus, cette modernité, elle a ses deux premiers racines dans la révolution industrielle anglaise, la révolution politique française qui se font dans un mouchoir de poche, à ce moment-là, genre de poche chronologique.
57:32 N'est-ce pas ? Et le bouleversement énorme, là, je rentre dans un domaine de fac des lettres, si je puis dire, je suis petit décien, que ce soit les sciences éco ou les sciences dures, pour entrer dans le domaine littéraire, parce que c'est le bouleversement de la sensibilité qui va s'appeler d'abord romantisme, mais qui ne va cesser de creuser son écart avec l'ancienne sensibilité de l'ancien régime, que nous admirons aujourd'hui plus que jamais, parce que précisément, n'a jamais été si loin de nous. Je pense, j'adore écouter la musique des maîtres anciens, musique ancienne, on ne disait pas encore musique baroque, maintenant, on dit musique baroque pauvre, parce qu'il faut absolument faire comme les anglo-saxons ou comme les hollandais, mais enfin, je veux dire, musique ancienne, maintenant, on met dans le mot baroque des gens qui, jamais, se sont appelés baroque les musiciens baroque, je peux vous le garantir, les musiciens qu'on désigne comme baroque.
58:19 Mais, peu importe, les musiciens du XVIIe et XVIIIe siècle, principalement italiens, et ensuite, qui ont été imités dans presque toute l'Europe. Le rêve de Bach, le rêve du jeune Bach, c'était d'être Vivaldi, avec quelle humilité. Il recopiait note par note tous les concertos de Vivaldi, pour se faire la main, trouver son originalité en copiant. Et maintenant, quand on écoute au bout de trois notes, personne ne confond avec un autre, prodigieuse. quelle humilité.
58:51 Et sa devise. Vous savez, quelle était sa devise ? Quelqu'un l'a ? Je ne sais peut-être. Soli Deo gloria, à la seule gloire de Dieu. Voilà, toute mon œuvre, moi je ne fais rien, je suis un petit cacaba, comme on dit en Afrique. C'est à la seule gloire de Dieu. L'humilité de Bach. Bon. Énorme possibilité de faire le bien, au fur et à mesure du développement des techniques, énorme possibilité de faire le mal. Ce qui est monstrueux, qu'est-ce qui fait qu'on rejette toujours la période nazie comme étant emblématique du mal absolu ?
59:27 Ce n'est pas le détail des souffrances qu'on a imposées au peuple à ce moment-là. Franchement, vous lisez les chroniques de Gengis Khan, comme dit la Bible, ce monde est une vallée de larmes, on n'a pas inventé la souffrance et les tortures et les ignominies sous le Troisième Reich. Ce qui est ignoble, abject. Vous voyez que là, je prends des termes moraux, je ne suis plus dans la description physique. C'est que ça se passe en pleine civilisation. C'est que ça n'est pas l'excuse de l'ignorance et la barbarie. Autrement dit que ça nous pend au nez.
59:58 Nous sommes entre crise et guerre. Plus on philosophe, plus on essaie de faire une place entre les deux, quand même. N'est pas ? Donc, en mettant la liberté, je résume, on n'a jamais eu autant de conditions que depuis la fin de l'Ancien Régime du XIXe, je voulais dire le début de la modernité. On n'a jamais eu autant de conditions pour avoir le bonheur grâce au développement prodigieux des sciences et des techniques qui passe à cette relation au monde. Je disais qu'elle est fondamentale dans le bonheur et l'inscrire dans la durée.
1:00:32 Ce qui m'a fait m'agacer un jour sur la notion de développement durable. et on développe ou on laisse comme ça. Et le symétrique, c'est que j'ai eu autant de possibilité de faire l'horreur aussi. à criminalité interne égale, quelqu'un qui a un couteau à la main et quelqu'un qui a une bombe atomique à la main, ce n'est pas tout à fait les mêmes dégâts.
1:01:02 Il y aura la main sur le couteau ou au téléphone contre un ordre politique. voilà ce que je voulais un petit peu. Aujourd'hui, je suis désolé, c'est le dernier cours, je devrais faire un happy end et puis je vais vous dire des choses épouvantables. C'est le truc de la négativité aujourd'hui. Et ce n'est pas un hasard. Si immédiatement en succédant au XVIIIe siècle, c'est-à-dire l'idéal du bonheur, qu'est-ce qui va lui succéder ? Le mal du siècle. Bon sang !
Mal du siècle et représentations du divin dans l'Esthétique de Hegel
1:01:32 Ce n'est pas des hasards. Ce n'est pas moi, c'est en littérature, c'est connu, c'est appelé comme ça. Mais quand je vous dis dans un mouchoir de poche, bon sang, mais Chateaubriand, il est encore gamin, il commence, il se met encore les doigts dans le nez quand Kant n'est pas mort. Donc vous voyez, ça se chevauche ça. Et bien cette idéale du bonheur, qu'est-ce qui se passe ? Même Rousseau, même Rousseau, qui est mauvais coucheur à ses heures, lorsqu'il est dans l'île de Saint-Pierre, quand il essaie de faire comprendre au lecteur ce qu'il ressentait, je vous donnerai à deviner à tous les hommes de ce siècle sur la réalité du bonheur que j'ai mené.
1:02:06 Le précieux Farniente, c'est un Corse qui vous parle, le précieux Farniente, pardon Dominique, nous sommes deux que Dominique et deux Corsistes. Là peut-être vous ? Le précieux Farniente soit la première de l'occupation à laquelle je me livrais sans retenue. Bon, je veux dire, il ne parle que de ça, le joule sens de l'existence, comme il dit, le sentiment de l'existence dépouillé de toute autre affection. Tant que cet état dure, on se suffit à soi-même comme Dieu. Comme Dieu ! Je ne pouvais pas, je ne sais pas, comme Dieu, tant que cet état dure, pas tout à fait you.
1:02:37 Et bien justement, on y arrive. La différence, c'est ça, c'est qu'ici, comme qu'il y avait le soleil, on est un peu dans l'éternité entière. Et dans l'éternité, la souffrance s'estompe un peu. Donc, je vais hégélianiser la suite et vous exposer, et je vais peut-être décevoir ceux qui s'attendent à ce que je fasse un développement de Hegel, vous allez voir pourquoi je ne vais pas le faire. Plutôt, je vais le faire à travers une seule de ses productions, c'est son esthétique qui résume idéalement tout son système. Parce qu'à partir du moment où le système est au point, je veux dire qu'il parle du droit ou de l'art ou de l'histoire, je veux dire, on n'a pas le même résultat.
1:03:21 Prenez trois étapes des représentations du divin à l'histoire de l'art. Prenez le dieu égyptien, donc les statues colossales auxquelles vous pensez quand je dis les divinités égyptiennes. je ne pense pas seulement aux colosses de Memnon. Vous avez vu, je ne fais pas de la valeur, je suis à genoux de la statue égyptienne, mais du point de vue de la liberté, les gestes sont encore quand même un peu raides, hiératiques, on dira, n'est-ce pas, immobiles. Vous êtes en temps, il y a une jambe en avant comme ça, mais ce n'est pas le monde grec avec la bouche demi-ouverte qui va parler.
1:03:59 Et puis il y a le titanisme, dans le titanisme. Côté colossal, on sent encore qu'il y a un dieu terrifiant et une créature terrifiée qui tremble devant le divin qui parle. Il n'est pas encore à peine dégagé des forces naturelles, c'est ce qui fait sa beauté. Cette tête d'homme se dégage en un corps de lion, c'est le sphinx. Ou au contraire, la tête de chacal d'Anubis émergeant du corps de l'homme, vous voyez, tout ça est banni après de la statue grecque. Il y a bien un aigle symbole de Zeus, mais il est en bas, à côté. Ça a été remarqué par des historiens de l'art.
1:04:30 Il ne fait pas partie de ses épaules. Donc, regardez comment on passe. Déjà, la représentation du divin, je résume la cité hégélienne, chez les égyptiens, à celle des Grecs. Ça a été arrivé chez les Grecs, c'est plus un dieu écrasant, c'est un homme comme vous et moi. Si je puis dire, excusez-moi, je ne suis pas l'Apollon du Belvédère, je veux dire qu'il fait à peu près 1m70, 15. On a grandi depuis. Les Japonais, il paraît qu'ils ont pris 30 cm en 80 ans. C'est énorme, quand même, en taille moyenne.
1:05:02 Les létages, les vitages, enfin, ça me passionne, des trucs. Donc, mais, qu'est-ce qui manque à cet homme-là, tel qu'on le représente la statue grecque, qu'est-ce qui lui manque pour nous y reconnaître dedans ? Est-ce que quelqu'un peut me dire, vaguement ? Hein ? Ah, c'est déjà bien, oui, la mort, la souffrance. On est l'homme, on est la souffrance, on est une partie de l'homme, c'est important.
1:05:35 Je faisais l'apologie du bonheur tout à l'heure. Je veux dire que du colosse de Memnon à la statue grecque, qui est un peu la statue de l'homme idéal, du citoyen grec dégagé un peu, qui n'a pas les mains, caleux, à cause du travail, jusqu'à cet avorton qui se tord de souffrance sur une croix, est une progression vers le creusement humain. Alors, j'ai dit, jusqu'à nous. Je ne parle pas de croyance ici, nous sommes dans une civilisation chrétienne, tout simplement.
1:06:06 Je veux dire, quand on s'insurge ou contre, on discute, du point de vue religieux est autre chose, mais sociologiquement, n'est-ce pas, nous sommes issus d'une religion où on ne s'incline pas devant la créature, mais seulement devant le créateur, n'est-ce pas ? Pourquoi le christianisme a eu ce tel succès dès l'Antiquité ? Ou plutôt, pourquoi il l'a eu dans ces milieux-là, celui des esclaves et des affranchis, des grandes villes ? Pourquoi je m'appelle Pagani, c'est à cause de ça ? Parce que, pagus, c'est le pacage, c'est ce qu'il y a plus primitif, c'est pas, le berger, le pacage.
1:06:37 Parce que, les campagnes ont été christianisées bien plus tardivement que les villes. Il y avait cette pauvreté, ce prolétariat antique, si j'ose, cet anachronisme. Et donc, le paganisme, enfin, l'ancienne religion est restée plus longtemps dans les campagnes, ce qui fait que paganus, le mot qui voulait dire les paysans, a fini par vouloir dire les païens, tout simplement. Vous voyez, pourquoi il y a eu donc ce succès populaire ? Précisément, parce que ça parlait à ceux qui commençaient à avoir les moyens d'un affranchissement.
1:07:12 C'est pas vous que je disais l'autre fois que Crassus, un des trois du triumvirat après la mort de César, Crassus, à lui seul, avait 10 000 esclaves. Vous vous rendez compte ? 10 000 esclaves, pour moi, ça me plairait bien. Bon, ben oui, 10 000 esclaves. Donc, statuaire égyptienne, une espèce d'intemporalité de défi à la mort, une espèce d'éternité comme ça, mais très loin de la créature.
1:07:43 La créature tremble devant la figure du Dieu. Et puis, figure plus libre, au sens physique, plus dégagé, le fameux déhanchement grec. Ça n'est pas vertical, le corps. On commence un peu à le voir dans les statuaires de la Grèce archaïque. Je pense au Kouros, n'est-ce pas ? Ils ont encore le pied un peu égyptien comme ça, en avant. Mais il y a un petit sourire qui est déjà grec. Non, mais j'étais ça parce que ça me manque aujourd'hui. Aujourd'hui, c'est vraiment le compassionnel. On joue sur l'émotion pour les pires des causes.
L'Évangile ne condamne pas la chair mais le mensonge
1:08:14 C'est effrayant. On a perdu le sens de ce sourire. Regardez, au niveau des mœurs, je pense, je pense que la défense est qu'il y a de pire. Je pense à Strauss-Kahn. Mais bon, là, c'est ce qu'il y a. Il a fait du mal au temps, oui, aux millions d'Estoniens. Il a donné une retraite à 50 euros quand il était directeur du FMI. Mais je suis presque prêt à le défendre pour ces histoires de mœurs, ce côté moralisant, ce que Nietzsche appelait la moraline.
1:08:44 Pour le sang, pourquoi je... Je fais allusion à ça parce qu'on le met souvent sur le dos de la culpabilité, comme on dit, judéo, dites-moi la suite, chrétienne. Je me mets au défi de trouver dans l'Évangile une condamnation de la chair comme on en voit dans les bourgeoisies émancipées d'aujourd'hui. Dans l'Église catholique, il n'y a que ça. Mais ça, c'est pas seulement. Dans toutes les mœurs traditionnelles, les parents ont envie que l'on entend des élus.
1:09:17 C'est normal, il y a des raisons sur le GKassar, dans l'éducation. Mais, dans l'Évangile même, il est écrit « Vous, vous jugez selon la chair, moi, je ne juge personne. Ça n'est pas ce qu'il parle. Vous, vous jugez selon la chair. » C'est un problème de Marie-Madeleine, vous savez, parce qu'on dit toujours que ce sont des questions que j'échette à prendre la première pierre, ça, tout le monde le sait, mais on ne dit pas la suite. C'est encore plus scandaleuse par rapport aux mœurs contenues de l'époque. Quand il reste seul en tête-à-tête avec la nana, pardon, avec Marie-Madeleine, et qu'il lui dit « Femme, où sont ceux qui te condamnaient ? »
1:09:47 Ils sont partis. Ils disent « Va, je ne te condamne pas non plus. Ils ne disent pas « Je te pardonne. » Ça voudra qu'elle a fait une faute. Comme il y a la religion du pardon, ils passent. Non, je ne te condamne pas non plus. Et il dit aux pharisiens « Vous, vous jugez sur la chair, moi, je ne juge personne. Et s'il y a un péché sur lequel il est intransigeant, c'est le mensonge. Il n'y a rien de physique. » Vous savez, parce que, je crois que je vous l'avais signalé l'avant-dernière fois, ce soir du jeudi saint, quand il dit « Le prince de ce monde vient, il est déjà vaincu car son essence est mensonge. » Je ne suis pas en théologie, je m'en fous de savoir s'il a tort ou raison de dire ça. Ce qui est important, c'est que dans ce discours-là, le mal est lié à la notion de mensonge, à une privation de vérité.
La pente de la caverne, Nietzsche et Œdipe : une vérité insoutenable
1:10:23 Pour dire en termes rigoureux. Donc, il y a une progression vers le mal, mais en même temps vers la libération. C'est à ce prix-là. Et c'est là que tout commence à reprendre son sens. des choses que je vous avais dites mais qui ne prennent leur sens que maintenant. Voyez pourquoi le sol est en pente ici. Je vous dis que tout y est dans ce mythe. Ce n'est pas moi qui l'invente. C'est un platon dit très bien avec son humour que le prisonnier qui va se détacher va comprendre tout d'un coup qu'est-ce qu'il a en face de ses pipeaux et qu'il va commencer à faire l'ascension, la procession, disait le mystique théologien, la procession pour aller vers le modèle des modèles et s'éloigner de toutes ses copies.
1:11:07 Il dit bien que le sol est en pente et que ça lui fera mal aux genoux et aux pieds car le sol est raboteux. Ça fait mal. Donc déjà, il y a presque une indication de chez Platon je vous dis qu'il touche déjà un peu à la modernité sur les obstacles qui nous empêchent d'arriver là. Ce ne sont pas des obstacles objectifs. Il y a aussi le fait que nous traînons les pieds au sens propre et figuré cette fois pour y aller parce qu'il y a quelque chose ici de redoutable. Voyez ? Et si la vérité que j'attends ici dans la réponse à ma question que puis-je savoir ?
1:11:39 Je ne pose aucune question morale. Mais si ce que j'ai découvert à la fin qui explique tout l'origine du monde dans lequel je suis était une vérité tellement insoutenable que ça décourageait toute action ? On ne sait jamais. C'est là que je crois que ce n'est pas vraiment noir pour le coup. Vous voyez ? C'est une hypothèse que fait quelqu'un comme Nietzsche. Regardez. C'est un texte par ailleurs assez connu. C'est donc par-delà le bien et le mal. Mais c'est tout au début.
1:12:11 Alors qu'est-ce qu'il nous dit ce grand ego ? C'est toujours un peu tendresse pour lui. La volonté du vrai qui nous... Ah par contre c'est un des rares allemands qui sait écrire à l'époque. Il n'y a pas beaucoup de philosophes qui ont le sens du style. Croyez-moi. La volonté du vrai qui nous induira encore à bien des aventures périlleuses. Cette fameuse véracité dont tous les philosophes ont toujours parlé avec respect. Oui, on se dispute pour savoir s'il faut être empiriste ou rationaliste ou idéaliste ou réaliste. On cherche tout le vrai.
1:12:42 Quel problème singulier, pernicieux et équivoque elle nous a posé. L'histoire en est déjà longue et cependant il semble qu'elle ne fasse que tout juste de commencer. Quoi d'étonnant si nous finissons par nous méfier. par perdre nos patience, par nous détourner, excéder. Si ce sphinx nous enseigne finalement à poser des questions à notre tour. Qu'est-ce en nous qui veut trouver la vérité ? Qu'est-ce en nous non pas qu'est-ce que la vérité ? Qu'est-ce en nous qui veut trouver la vérité ? C'est entendu ? Et si la vérité est insoutenable et il faut être fou pour la chercher.
1:13:14 Ne vous rappelle pas qu'il est arrivé ça à un héros. C'est une histoire bien connue. Pardon ? Je parle de vérité. Oui, c'est un héros de l'action. Pardon ? Merci. Ô Oedipos, les pieds percés, Oedipe. Je défie n'importe quel auteur de roman policier d'avoir mis au point un scénario polar. aussi, on ne peut pas trouver le coupable parce que là, c'est le coupable lui-même qui mène l'enquête. Vous voyez ? Même Agatha Christie dans Dix petits nègres où le coupable fait partie des victimes n'est pas allé jusque-là quand même, n'est-ce pas ?
1:13:49 C'est le coupable lui-même et en toute bonne foi qui mène l'enquête. Et puis, durement, il donne des ordres. Quand il apprend que l'oracle a dit tant que Thèbes n'aura pas été purgé de celui qui a tué Laïos, on subira la peste. Alors, il donne des ordres. Tout le monde a cherché qui a tué Laïos. Malheureux. Et pourtant, celui qui voit, c'est-à-dire celui qui est aveugle, Tirésias, le seul qui est voyant là-dedans, qui voit ce qui va se passer, c'est celui qui n'a pas des yeux.
1:14:19 Dans l'Évangile, il dit au coulo, ça met peut-être une vidéo où ils ont des yeux et ils ne voient pas. Mais lui, il n'en a pas. Tirésias, il prévient, il dit il ne faut pas trop car dans la morale grecque, c'est encore un excès de vouloir trop savoir. Je n'ai pas quitté le champ esthétique. Je suis en train de faire un parallèle continu. J'ai parlé des représentations du divin. Représentons-nous maintenant les demeures du divin. Regardez le temple grec. Je parlais d'excès, de démesure, d'hubris, bien sûr, comme disaient les grecs, c'est d'hubris que la tragédie doit purger, justement.
Demeures du divin, Sémélé et les résistances
1:14:57 Tragiquement. Pour qu'on puisse recommencer après, ça va mieux. Bon, eh bien, Icare qui va trop haut, eh bien, les colonnes du Parthénon du temple grec en général, elles sont tempérées par l'horizontalité du linteau et du tympan. On n'aie pas l'impression d'un défi de beauté, d'harmonie. Ce n'est pas Chartres. Ce n'est pas un minaret. Ce n'est pas Beauvais. Vous vous rappelez, la dernière fois, on a parlé de Beauvais la plus haute de voûte. La chrétienté s'est écroulée sur les fidèles en pleine messe de Pâques parce qu'elle avait encore dix mètres de plus.
1:15:29 Bon, bref. Vous retrouvez la même progression. Les religions de la transcendance monothéiste qui accordent plus de place à la liberté qu'à n'importe quelle autre valeur même s'ils ne l'imputent qu'à Dieu. Le tout-puissant, ça veut dire quoi ? Les dieux grecs ne sont pas tout-puissants. Ils sont soumis au destin. Vous le savez, la l'étonnée. Ils ne peuvent pas tout, ils sont soumis au destin. Il y en a rien à Zeus pour vouloir tout. Avoir le beurre, l'argent du beurre et la petite bergère sans se prendre, d'ailleurs.
1:16:01 qui mêlent les bergères. Dieux de l'Olympe, on ne voit que ça, les bergères. Il dit ça parce que il... Regardez Sémélé. Vous connaissez le mythe de Sémélé ? Non ? C'est une des nombreuses mortelles. Il faut croire que les dieux s'ennuient à l'Olympe. Et qu'avec tous ces malheurs, l'homme, c'est plus intéressant que la femme pour les dieux. Parce qu'ils descendent souvent pour les visiter. Et donc, ils étaient amourachés. Il n'y a que ça, l'histoire de Dieu s'amourachant d'une bergère.
1:16:31 Là, ils s'étaient amourachés, non pas de psyché, qui veut dire l'âme, psyché, mais de... Comment je l'ai nommé ? Merci. De Sémélé. Et... Elle devait être une bonne amante parce qu'il lui a dit le truc classique. Je te donne ce que tu veux. Tu lui demandes ce que tu veux. Un vœu, je t'exauce. Et il répond je veux te voir dans ta splendeur. Quelques-uns connaissent le mythe ou quelques-unes ici, peut-être non ? C'est-à-dire, tel que tu es, là, sans déguisement, ça parce que... Je ne quitte pas mon sujet.
1:17:03 J'ai mal de s'approcher de l'absolu. Ça fait mal. Donc, c'est pour ça que le Dieu se déguise, prend des précautions, sinon il foudroierait. Si on le voyait tel qu'il était en lui-même, n'est-ce pas ? Vous voyez ça ? Je suis le texte de Platon. Platon dit il faudra qu'il s'habitue à regarder les reflets dans l'eau avant de regarder. Parce que sinon, il aura les yeux grillés. Il y a des étapes. Vous voyez ? La quête du Graal.
1:17:33 Donc, c'est la même chose qui comble et qui foudroie. C'est la même chose qui sauve et qui peut perdre. Voilà l'ambivalence qu'on ne voyait pas ici. Parce qu'on avait chassé la négativité de l'absolu. C'est ce qui reste de notre optimisme antique. Donc, le fait qu'ici, nous remplaçons cet équilibre par un soleil noir, ce n'était pas une plaisanterie tout à l'heure. cette difficulté, cette douleur qu'il faudrait sentir dans le genou et les pieds, comme dit l'autre, c'est aussi bien ce qu'on va appeler vingt siècles plus tard, sous la plume de Freud, les résistances.
1:18:14 Lorsque le sujet, en arrivant enfin à pouvoir se connaître lui-même, il résiste. Il résiste. Mince, moi je croyais que j'étais un type généreux, un type bien, mais je me sens que ça, je suis une crapule, en fait. Il pense qu'il est une crapule parce qu'on passe de l'adoration de soi à la haine de soi, alors que, comme dit Pascal, l'homme n'est ni ange, ni bête, mais c'est celui qui veut faire l'ange qui fait la bête. C'est bien vu, hein ? Il y a des gens qui ont fait des millions de morts avec des idées généreuses.
1:18:44 Mais Hitler, il ne faut pas croire des côtés d'État, comme ça, le cynisme d'État qui a dans le pouvoir, mais il pensait sincèrement que les juifs c'était un danger pour le peuple allemand. Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? On n'y peut rien, quand on est con à ce point-là, mais je veux dire, c'était sincère, ce que je veux dire, dans sa tête. Il n'en dormait pas. Les judéo-bolcheviques, sa grâce. Donc, je ne plaisante vraiment pas du tout.
Rousseau, Newton de la morale : liberté et gravitation
1:19:15 quand je parle de progrès dans le bien et en même temps de progrès dans la possibilité de faire le mal aussi bien que le bien. Et donc, pourquoi je continue sur ces modèles esthétiques ? Parce que, et c'est ce qui manquait à Kant, c'est pour ça qu'on ne pouvait pas finir avec lui, avec Kant, je vous l'ai dit la dernière fois, donc je ne m'attarde pas trop, mais tout de même, je rappelle, on a bien la forme générale de la liberté qu'il doit Rousseau. Il est le premier à reconnaître. Kant, Rousseau est le Newton de la morale.
1:19:45 On ne répétera jamais assez. L'équivalent dans la connaissance du monde qui nous entoure, dont Newton triomphe à son époque, l'équivalent de la loi fondamentale de la gravité, la gravitation. Je fais comme ça, du haut vers le bas, donc nous savons que c'est des notions qui ne sont pas physiques. L'équivalent et symétrique inverse dans le monde moral, c'est la liberté. La liberté joue dans le monde inter-humain de Rousseau, je dis ça, après, plus extensif que politique, si vous voulez, pour ne pas trop le connoter avec politicien.
1:20:23 Dans le monde inter-subjectif, si vous voulez faire un peu plus technique et snobber, la liberté joue le même rôle que la gravitation dans le champ de la nature. Et ça se voit dans la langue, parce que partout où on surmonte l'effort qu'on fait, c'est pas, contre la gravité, on dit que c'est un effort de libération. La première fois que, c'était les soviétiques, la première fois qu'un satellite a échappé à la gravitation terrestre, le premier Spoutnik, c'est parce qu'il avait atteint ce que les astronomes appelaient à cette époque-là, les astrophysiciens, pardon, la vitesse de libération.
1:20:59 Vitesse minimum qu'il faut pour échapper au champ de l'attraction terrestre. Je crois que c'est 11,2 km par seconde, un truc, c'est total. C'est bien ça ? 11 mètres par seconde. Ah, je croyais qu'il y a un kilomètre par seconde. 11 mètres par seconde. Heureusement que je pose des questions, je confirme, parce que vous voyez, j'en ai l'énormité qu'on peut dire. Et, ça me semble bien lent tout d'un coup. En tout cas, vitesse de libération.
1:21:30 Et dans la langue, tenir le haut du pavé. Ben oui, à l'époque où la rue Mouffetard était sordide au milieu, il valait mieux ne pas marcher au milieu, surtout que c'était de la flotte. Je prends un mauvais exemple, d'ailleurs, c'était la bièvre qui coulait à la place de la rue. Mais enfin, les rues étaient comme ça, et c'était les immondices qui étaient au milieu. Et donc, quand il y avait une dame qui passait par Courtoisie, on lui laissait le haut du pavé. au sens propre. Altesse, c'est quelqu'un qui est en haut, qui chante comme un alto. Ben oui, tous ces radicaux-là, c'est-à-dire ce qui est en haut.
1:22:00 Je veux dire que, je reviens à mon histoire du soleil tout à l'heure, la science ne parle jamais de lourd et de léger, de haut et de bas, et bien lui en prend. Ça peut faire des millions de morts, ces confusions. Je vous avais cité Swift qui, dans Gulliver, explique que la guerre s'est déclenchée entre ceux qui disaient qu'il fallait casser les oeufs par le petit bout et ceux qui disaient qu'il fallait casser les oeufs par le gros bout. Voyez, avec cette dérision qu'on retrouve chez Voltaire à l'époque, il y a souvent un modèle anglais, au 18ème français, pour montrer que la violence, la souffrance, qu'il n'y a eu de choses dérisoires.
1:22:34 mais, ce qui est grave dans toutes ces choses dérisoires, c'est vraiment qualitatif comme je viens de le montrer lorsqu'on tient à ce qui soit absolument objectif. Est-ce que ce sac est lourd ou léger ? On ne peut pas le trancher. Demander à un enfant, demander à un fort des Halles, il n'aura pas la même réponse. Et donc la science, quelle démocratie ! a résolu ça en disant le sac fait 1,725 kg. Voyez !
1:23:04 Et ça, ça s'impose à tout le monde. Sauf à ceux qui contestent, on doit contester. La science n'est pas dogmatique, elle ne demande que ça. Vous faites l'expérience, vous vérifiez, vous mesurez. Et tout le monde le mesure. On est au royaume de la démocratie. Je vous avais rappelé aussi que lorsque Euclide met au point de la première modélisation mathématique pure, ses notions premières, il ne dit pas axiome, postulat, il dit des demandes. Je vous demande de m'accorder que par un point, etc. Ce sont des demandes qui ont fait appel à l'autre.
1:23:34 Deuxième illustration de la démocratie qui est immanente au savoir rationnel. Je dis ça parce qu'il est tellement combattu depuis qu'il est apparu par la réaction, quand même par le confusionnisme. Je respecte la confusion, j'en suis plein moi-même de confusion. Mais justement, il faut faire un effort à la clarté. Écoutez la musique de Schubert. Il y a quelqu'un qui est hanté par l'ombre et dans toute la quête musicale est une espèce de quête de la lumière. On peut être à l'ombre tout en étant contre l'ombre quand même.
1:24:11 Et cette manière de procéder, le fait d'appeler des axiomes, des postulats, des demandes, le fait que cette démocratie, si vous voulez, de la science, fait que je remplace lourd ou léger. Je ne prends pas position dans le débat. Je le renvoie dos à dos en disant 1,725 kg. Idem pour toutes les oppositions qualitatives de ce genre. Pendant longtemps, on a cru que le bleu et le jaune étaient des essences diverses.
1:24:44 On sait maintenant que c'est la même substance. Tout ça, c'est la lumière, avec des différences de fréquence. Les différences frappant ici des attributs et non pas le sujet, si on devait le traduire en termes logiques, si vous voulez. Tout ça, c'est le même corps. Il n'y a pas un corps bleu puis un corps d'une essence du bleu et d'une essence du rouge. Donc nous savons, nous, nous modernes. n'est-ce pas ? Mais au prix de ce que vous avez dit tout à l'heure. Voilà un monde qui, grâce à la science, nous révèle une chaîne sans fin de cause et d'effet. Oui, mais pas de sens et de signe.
1:25:14 Or nous, nous vivons dans un monde de sens et de signe, nous humains. Nous ne vivons pas dans le monde de la science. Elle n'existerait pas sans nous, sans l'homme, bien sûr, la science. Mais nous ne vivons pas dans le monde que nous parle Galilée. Pardon. Donc, je reviens à mes petits exemples qui ont l'air des pâquerettes. Je traquais dans la langue toutes les métaphores attachées au haut et au bas. On dit bien, mais jeune homme, il faut savoir s'élever dans la vie.
1:25:44 Vous voyez, c'est aller vers le haut. C'est encore une métaphore. Au lieu de vous traîner dans la bassesse ou rouler quelqu'un dans la fange. La fange, c'est ce qu'on a sous les pieds. Vous voyez, la langue a toujours raison avec elle-même. C'est toujours la même distribution de valeurs dans la métaphore. n'est-ce pas ? Et la nouveauté d'aujourd'hui, c'est que la solution scientifique, si démocratique qu'elle puisse être, et j'ai rendu hommage en ce sens-là, ce n'est pas seulement un hommage cognitif.
1:26:14 Je n'ai pas besoin de rendre un hommage à la science en tant que connaissance. Elle se passe de moi. Surtout quand je confonds les mètres et les kilomètres. Mais par contre... Ça donne 30 kilomètres. Je crois aussi. Mais par contre, je veux dire, c'est au prix d'avoir laissé en friche, comme je disais tout à l'heure, le monde du sens. Et je tiens mon fil cette fois, je fais dernière étape, avec Kant, on avait bien la formule issue de l'entêtement de Rousseau à asseoir l'homme sur la liberté, à savoir qu'il y a bien la forme de la liberté.
La forme kantienne de la liberté : ni nature ni surnature
1:26:47 Je suis libre quand je n'obéis ni à aucun déjà-là. C'est ça que je suis C'est ça que je suis au déjà-là. Ni au déjà-là de la nature. Ce n'est pas parce que je mange quand j'ai faim que je suis libre. Parce que voilà, je suis animal au contraire. C'est très bien. Je vous le rends compte. Rousseau, il adorait ça. Il est bon de chers. Et même, il a envie de lui dire du don du perlier, comme il dit dans la Nouvelle Héloïse. Il faut voir les scènes des vendanges. Mais, je veux dire, ce n'est pas à ce moment-là que je suis libre. Rappelez-vous, nos deux potaches qui avaient décidé de se lever à 6h du matin. C'est la saison, c'est les exams en ce moment, les concours, parce qu'ils ont un peu glandé.
1:27:19 Il n'y a pas beaucoup de temps. Donc demain, on se réveille à 6h. Il y en a un qui reste au lit. Il y en a un. Et l'autre, il a le courage de se lever. Et lequel a fait ce qu'il a voulu ? Puisqu'on dit qu'être libre, c'est faire ce que l'on veut. Et on avait répondu d'abord, une réponse courante, les deux font ce qu'ils veulent. Je veux rester au lit, je veux rester au lit, je veux rester au lit. On s'est dit après, bon sang, il ne faut pas trop jouer avec les mots. Parce qu'on ne dira jamais qu'il faut de la volonté pour rester au pieu quand on a sommeil. Il en faut plutôt pour se lever. Et on avait résolu, en rappelant que la langue est riche.
1:27:49 Elle est comme la République, elle est bonne fille, il y a la place pour tout le monde. Celui qui reste au lit ne fait pas ce qu'il veut, mais il fait... Il fait ce qui lui plaît. Il a le droit ! Je ne vais pas dire un mot contre le plaisir. Il ne peut pas dire que c'est à ce moment-là qu'il est libre, qu'il fait ce qu'il veut. C'est pas... L'homme qui a faim n'est pas un homme libre qui a dit ça. Comment l'Ivoirienne ? Il y a des Ivoiriens ici, je sais. C'est Houphouët-Boigny. Parce que j'ai... On a enseigné en Côte d'Ivoire, Jean aussi.
1:28:19 Tu ne te rappelles pas de cette phrase, tu entends, sur le tableau ? Le chef de classe, là-bas, met souvent la phrase du jour du président. C'est comme ça. Non, non, il ne faut pas. C'est des pays nouvellement indépendants, le premier chef d'État, il y a un charisme. Il y a eu meilleur, il y a eu pire. Le sage de l'Afrique, comme on dit ça. Bref, peu importe. Moi, j'avais droit à la phrase du président. Alors, quand j'entrais en classe, à chaque fois, et même très rapidement, une fois, il y en a un qui m'a mis un peu mât, parce qu'il n'est pas inépuisable, donc il y en a qui reviennent, récurrentes. Il y en a mis une fois, la paix, je ne vais pas le dire avec l'accent, la paix, ce n'est pas un mot, c'est un comportement.
1:28:52 Félix Houphouët-Boigny. Clac, clac, clac, ça c'est le matin à la radio ou sur le tableau. Alors là, quand même, comme c'était la 27e fois que je revenais, j'ai fait venir celui qui a écrit au tableau. Il lui a dit, il y a écrit ça, oui. Alors, il y a combien de mots là ? Il y a combien de mots dans ta phrase ? T'es emmerdant le philosophe. Alors, il y a combien là ? Les articles, oui, oui. Il y en a 7. Le 7e, c'est le mot comportement. Donc, comportement, c'est un mot, hein ?
1:29:22 Oui. Donc, la paix, ce n'est pas un mot, c'est un mot. La philosophie, c'est mauvais. Oui ? Faire attention avec ces... Avec ces... Ces habitudes de pensée. Or, là, c'était... Non, c'est là. L'homme qui a faim n'est pas un homme libre. Que ça nous vienne d'un chef d'État, d'un pays pauvre, quand même pas tout à fait insignifiant. C'est pas ? Pour ceux qui pensent, dès qu'on a le droit de vote, et dès qu'il y a ce suffrage universel, et bien ça y est. Bon, il y a... Tout n'est pas parfait, mais tous les autres systèmes sont pires.
1:29:52 Oui, c'est le système qui a produit l'arrivée d'Hitler au pouvoir. Je ne vais pas me prononcer contre le suffrage universel aujourd'hui. C'est pas si simple. Des problèmes comme ça, ça ne se tranche pas comme ça, croyez-moi. Mais par contre, je vais dire, on voit bien que s'il n'y a que ça, c'est pas une garantie non plus, loin de là. Donc, l'homme qui a faim n'est pas un homme libre. Ça devrait nous interpeller. Je suis en train de dire, je reprends un peu tout, qu'avec Kant, on a bien la forme de la liberté. Je sais que je suis libre quand j'évacue la forme naturelle, qui est la détermination, et la détermination, et sans exception, c'est fort.
1:30:28 C'est pas pour me donner le mot, je peux le guider quand personne ne va faire tout le monde, Mais enfin, ouais. Mais non, la nature, c'est de manger pour vivre, mais il n'y a pas d'exception. C'est la loi, c'est pas la règle. Donc, la liberté ne peut pas venir d'un monde aussi déterminé, et c'est donc pas un hasard si les hommes dans l'histoire ont inventé une surnature, enfin inventée, je ne tranche pas, je veux dire, ont posé une surnature, je pense, c'est religieuse, bien sûr, pour que tout ce qui ressemble à un sujet libre là-dedans, soit l'émanation de Dieu.
1:31:07 Donc, Hegel, la Philosophie de l'histoire, quand il dit des Orientaux, ils ne savent qu'un seul est libre, plus Dieu lui-même, c'est pas le tout-puissant, j'y reviens, le seul, c'est entendu, qui soit tout-puissant, parce que nous sommes des êtres finis, etc. Par rapport à Dieu, on est des moins. et quand mon action n'est déterminée ni par la nature, ni par l'antithèse, la surnature, il n'est pas eu des siècles pour en arriver à renvoyer l'un et l'autre, de la loi, dos à dos quand il n'est plus la nature, ni la surnature, c'est pas la nature, pardon, qui fait l'homme, ni Dieu qui fait l'homme, mais quand c'est l'homme qui fait l'homme, quand le point de vue anthropologique renvoie dos à dos le point de vue naturaliste et le point de vue théologique, je vous avais conseillé, si un jour vous êtes brouillant, pour quelque problème que ce soit, retenez ce triangle.
1:31:57 Tous les points de vue et Dieu sait s'il y en a en philosophie, même contradictoire, consistent à privilégier l'un de ces trois-là. point de vue naturaliste, par exemple, l'empirisme, le déterminisme, aujourd'hui, les sciences dites comme les dîmes, le naturalisme, tout expliqué par les causes naturelles, le surnaturalisme, l'antithèse, si il y a liberté dans l'homme, c'est que Dieu l'y a mise, ou si il y a une âme dans l'homme, c'est que Dieu l'y a mise, etc., etc. En soufflant, vous savez, Dieu. Je dis ça parce que où y a-t-il de l'air dans une voiture ?
1:32:31 Dans les pneus. Et le souffle, se dit pneuma, en grec. Je vais souffler dans cette tradition orientale. Et vous le retrouvez une trace dans l'évangile, qui est une belle métaphore de la liberté. Quand les disciples disent mais c'est quoi l'esprit ? Encore Dieu le Père, on se fait une représentation, Dieu le Fils, mais l'esprit c'est quoi ? La réponse, c'est tu entends le vent. C'est n'est plus bien, n'est plus pas. Ainsi en est-il les choses de l'esprit ? Belle évangile à l'hiver. C'est pas linéaire, c'est pas un cap ou une direction qui est fixée.
1:33:03 Tu entends le vent. C'est beau cette image de l'esprit de la liberté comme souffle. Je rappelle d'ailleurs, puisqu'on a, quelqu'un a sorti le DVD tout à l'heure, Samuel, de l'île des peupliers, que grâce à l'amitié et à la pertinence de Bertrand, nous sommes promenés dans le parc d'Ermenonville où il y a la tombe de Rousseau, laquelle tombe, n'est-ce pas, est inscrite dans l'île dite des peupliers.
1:33:33 Vous savez ce qu'est les peupliers ? C'est comme les trembles leurs cousins au moindre souffle aux infinités, une infinité de petites feuilles qui frétillent comme ça. Et c'est quelque part, pour nous, c'était la métaphore popolo, peuplier, du peuple. C'est le même radical, exactement, dans les langues italiennes et anglatines, n'est-ce pas ? Et quelque part, on trouvait que c'était heureux, cette cascade de signes, que cette tombe qui est la moins mortifère qui soit, parce que c'est très décevant pour un fétichiste, les restes de Rousseau n'y sont pas, ils sont au Panthéon, n'est-ce pas ?
1:34:04 Donc c'est une tombe pur signe, un sêma, tombe en grec, pure sema, signe. Le jeu de mots n'est pas devait été fait par Platon il y a vingt-cinq siècles déjà. Le premier signe. Je demande aux anthropologues qui font pour savoir si c'est un australopithèque ou peut-être encore animal ou si c'est un être humain qui est comme le reste. il y a un autre qui est un autre sépulture, oui ou non ? Non, c'est bien, c'est un charpon, Il y a eu des prises de la terre en fait de la terre, Sinon, c'est ce qui est en train de faire une bouche par là.
Mal du siècle et intériorisation
1:34:36 C'est ce qui donne une présence à ce qui n'est pas là. La première fois qu'il a fallu combler l'absence, c'est le tombeau. C'est une première manière de parler. Signe. Donc voilà, je voulais amasser tous ces nuages pour vous donner en fait, s'il y aura un bien, je vous rassure tout de suite, mais pour dire que cette manière de rejeter tout le temps le négatif fait que, comme disait Goethe, la vérité, quand on la repousse, on l'embrasse.
1:35:13 Il nous revient en pleine figure, et je réponds maintenant à la petite question tout à l'heure qui était un faux suspense. Comment on a fait pour passer en moins d'une génération de cet espoir extraordinaire de bonheur au sens le plus laïque du terme ? Dans tout le siècle des Lumières, au cauchemar qui va suivre, il commence par le mal du siècle et où tous les auteurs vont bien préciser ce n'est pas que ce mal n'est pas du tout parce que, attention, le tragique, on n'a pas attendu la modernité pour le connaître, le tragique.
1:35:43 Il ne s'agit pas de ça. Il ne s'agit pas de la souffrance due à une douleur positive, à un deuil, une perte de personnes, de proches, d'argent, de ruines, d'honneurs, de gloire, tout ça, dans la tragédie ancienne et classique et antique et tout ce que vous voulez. Là, non. Ce sont des gens qui ont tout ce qu'il leur faut. Je vais même donner l'exemple de Senancour, si vous vous rappelez bien. Parce que c'est peut-être celui qui, fin du XVIIIe au début du 19e, allait lui creuser cette question de mal du siècle encore plus que chacun de l'entreprise et qui ne creuse pas avec cette quasi-masochisme, cette précision chirurgicale de Senancour.
1:36:20 Ce n'est pas S-E-N-A-N-C-O-U-R sans consonne à la fin. Il n'a fait qu'un seul livre qu'on trouve en poche chez Folio, je crois que c'est l'Oberman, un roman épistolaire. Ce sont les analyses les plus fines et les plus aiguës de mal du siècle que j'ai vues. Je suis heureux, je suis sans affaires, bien portant et je m'ennuie. Triste vie. Et il montre bien. Même ici, je n'aime que le soir. Ici, c'est Fontainebleau d'où il écrit.
1:36:51 Non, ça nous paraît banal. À l'époque, c'était nouveau, une poésie de l'automne. C'était invraisemblable avant. Comment on pouvait trouver du beau à des choses qui sont en train de se décomposer, de mourir ? C'est curieux, la modernité. Dans Balzac, oui, Balzac, ce n'est pas un romantique qui aime le morbide. N'empêche, dans le Lys, dans la vallée. Une des rares œuvres où il se lâche un peu, il le dit. Un peu comme Flaubert s'est lâché dans Salammbô, il dit, je me suis offert une gorgée de lyrisme. Là, Balzac se détourne pour une fois du monde des huissiers, des truels, etc. et des histoires d'héritage sordides pour un roman d'amour.
1:37:25 Et dans, lorsqu'il parle de sa région, la Touraine, qu'on ne me demande pas pourquoi j'aime la Touraine, je l'aime comme un artiste, aime l'art. Alors, je saute des passages et je dis, au printemps, à l'amour, il bat des ailes à plein ciel, à l'automne, on songe à ceux qui ne sont plus... Le poumon, toujours à l'automne, le poumon malade se repose sur des retouches qui sont de fraîcheur. Comment on peut dire que... Vous vous rendez compte que le poumon, ça me fait bien de voir que je ne sais pas ce plaisir que je suis le premier à voir quand je ramasse les champignons, je me suis obligé de sentir cette odeur de moisie, d'humus, je ne sais pas, qui est à l'automne.
1:38:08 C'est des choses qui vous sont familières, mais c'est nouveau. On ne se rende pas compte, on croit tellement qu'il y a une essence de l'homme, comme ça, qui n'a pas bougé. On nous a tellement habitués à dénier l'histoire dans ce siècle où on accorde beaucoup plus à la nature qu'un homme, et aux dimensions spatiales. On est beaucoup plus attentifs aux différences entre les cultures que ça posait dans l'espace qu'à leur différence dans le temps. Ce qui serait pourtant beaucoup moins aliénant. Vous savez, quand on me dit que pour ceux qui ont bien connu l'Afrique par subsaharienne, on a pas mal ici.
1:38:39 Je comprends tout de suite ce que je vais dire quand on dit quand même la différence entre les cultures africaines et européennes et les Africains ont donné un sens sur la solidarité et le lien de la famille. Tratata. Bien sûr que c'est vrai. Mais ce n'est pas les Africains qui vivent au pays. C'est avant et maintenant. À la campagne, il y avait des plus solidaires, plus gamiques, plus collectives, n'est-ce pas, que dans Montierfoy à Paris où je peux aller sur tout le monde avec un majeur qui disait la lutte je veux. C'est-à-dire pour ça que... C'est une des raisons qui expliquent aussi à des populations rurales, n'est-ce pas ?
1:39:09 On va trouver de l'enclos à la ville, on va surtout trouver le fait qu'on fiche la paix. Mais, en même temps, on a perdu le lien substantiel qui fait pleurer aujourd'hui les Michéas. Je ne critique pas, je veux dire, je comprends aussi. qui fait qu'il y en a tellement qui disent c'était mieux avant. En gros, je ne veux pas affiner, les deux sont aussi idiots l'un que l'autre, n'est-ce pas ? Mais, perdons pas trop de temps avec ça. Mais ce qui est sûr, c'est qu'on le voit bien avec mon histoire des trois représentations de Dieu et des trois demeures du Dieu.
1:39:43 Le sens qui va vers la liberté va aussi vers une intériorisation. C'est peut-être tragique, mais c'est comme ça. L'intériorité apparaît de plus en plus se ferait à mesure que se développe, je ne sais pas, l'image du Dieu ici. Et je comparais tout à l'heure les cathédrales et le temple. Qu'est-ce qu'il y a à l'intérieur du temple grec ? Rien. Si, un petit autel, je ne sais pas, on sacrifie des trucs. Vous corrigez Catherine, je ne peux corriger par les mathématiciens, mais j'ai aussi d'excellents distingués historiens.
1:40:17 Mais, en gros, voilà, le plus intéressant dans le Parthénon, c'est pas ce qu'il y a dedans. D'accord ? Par contre, vu de l'extérieur, c'est le royaume d'Apollon, sa proportion, c'est le nombre d'or, c'est tout ce que vous voulez, c'est les frises. Et la lutte titanique, c'est le cas de le dire, c'est pas ? Vous voyez, la pique et le chanteau. Mais, on ne peut pas en dire autant de Chartres, mais il y a un problème. Ou quelques standards, qu'est-ce que les élus de l'extérieur, essentiels. c'est la la collectivité où la lumière d'Apollon, elle est d'âme, mais dehors, elle est filtrée par les vitraux, c'est la lumière de la ferveur intérieure.
1:40:52 Vous voyez ? C'est pas la même chose. Il y a un progrès dans l'intériorisation, mais c'est aussi une douleur. Car quand on est un peu séparé du groupe, on a plus de chances de souffrir que lorsqu'on chante en chœur avec lui. Là encore, je me fais référence à l'Afrique. Combien y a-t-il de dépression due à des deuils ? C'est assez classique. Je ne veux pas me référer à l'article célèbre de Freud sur deuil et mélancolie. Enfin, pas besoin de psychanalyste pour savoir que, chez nous, c'est bien souvent à l'occasion d'un deuil, souvent un proche, une personne très aimée, que se déclenche un processus dépressif.
1:41:27 Bon. Mais dans les sociétés très collectivistes dont on peut parler, quelque part, dans la campagne de la province du Ghana ou de la Côte d'Ivoire, je veux dire, quand il y a un deuil, vous n'êtes pas seul. Il y a tout le village qui se rappe chez eux avec vous, qui pleure avec vous. Il y a une prise en charge collective. Du mal. Je parle de ça. Du mal, et qui fait que, plus durante que chez nous, d'ailleurs, je vous conseille à la limite, le documentaire les maîtres fous de Rouch, le cinéaste Jean Rouch. Je veux dire, on est très connu de l'africanisme.
1:41:59 Ceux qui n'ont pas mis en garde, c'est un soutien. Des fois, c'est saisissant. C'est les rituels, justement, qui sont pratiqués par des petits employés de bureaux du Ghana. Ce n'est pas par des magiciens. Et puis, après, tout va bien. Ça dure deux, trois jours. La crise est passée. Et puis, ça va mieux. Voilà. C'est un processus un peu cathartique, comme on dit. Voilà. Moi, je tiens bien à cette distinction.
Hegel contre le devoir kantien ; la bonne nouvelle de la finitude
1:42:29 où je vais trouver ce qui va manquer. Ça fait dix fois que je le répète, mais sans dire ce qui va combler ce manque. Ce côté formel chez Kant, qui est quand même la limite des lumières, le couronnement et l'abroger des lumières, on a la forme de la liberté, il n'y a pas le contenu. Parce que nous n'avons pas, je vous réponds maintenant, à nous poser la question à la place des intéressés. C'est aux hommes libres de savoir ce qu'ils vont faire de la liberté, ce n'est pas aux philosophes de leur prescrire. C'est la grande différence avec le lien.
1:42:59 Sinon, les dégâts commencent. Mais par contre, là, c'est philosophique. Je ne suis pas en train de vous envoyer le problème aux calendes. Par contre, ça, c'est Hegel, le premier, qui l'a compris. Il dit, si la liberté est bien fondatrice de l'anthropologie, comme nous le savons, depuis Rousseau est démontré par Kant, montré par Rousseau et démontré par Kant, dans ce cas-là, on ne nous a pas attendu, nous, philosophes modernes, pour répondre à la question que dois-je faire.
1:43:30 Cessons de parler en termes de devoirs, dit Hegel. Le Sollen kantien, qui est comme une... mon action se ramène toujours à une espèce de... comme on dit, une asymptote, en géométrie, qui se rapproche comme ça de limite, mais sans jamais y arriver, quoi. Et surtout, qui renvoie toujours à plus tard. il y a, à chaque instant, là, sur le fond de la caverne, dans le monde sensible, dans le monde dans lequel nous vivons, quoi. Ce que Kant appelle comme objet de...
1:44:01 l'ensemble des objets d'une expérience possible, le monde phénoménal. On a deux cadres principaux l'espace et le temps, etc. Je ne reviens pas. Dans ce monde-là, il y a deux déterminismes qui se croisent C'est le plus loin qui est à l'état, celui de l'état d'un architecte qui est de jugement. Donc, il y a une très rapidement. Je dois vous donner un exemple de sa culture comme ça. Je vais vous mettre en idéologie de Kant appelle survolant l'Amazonie en hélicoptère. Vous allez voir pourquoi. Parce qu'il faut que ce soit vu d'en haut, en vertical, pour mon exemple.
1:44:33 Bon. Pendant un certain temps, qu'est-ce que je survole ? Ah là, c'est de la nature. Ça ne doit rien à l'homme. Comment on dit ? La canopée. Les cimes des arbres, comme ça. Enfin, tout ce qui s'y déploie là peut être expliqué par Y égale F de X, par des causes physiques, chimiques, machin, biologiques, tout ce que vous voulez. Puis, j'arrive tout d'un coup à une clairière. Un demi-cercle, les cases des hommes, un autre demi-cercle, les cases des femmes. Il se passe tout d'un coup des choses. non pas étrangers, revois la nature. Quand on construit une case dans le village-là, il y a certains qu'il faut tenir compte de la pesanteur du centre de gravité et des choses comme ça.
1:45:07 Mais il y a des phénomènes, non pas qu'on ne peut, ce n'est pas seulement qu'on ne peut pas les expliquer ou qu'on n'y est pas encore arrivé, on y arrivera par des causes naturelles. C'est que ça les contredit. J'en ai parlé mille fois, donc je n'insiste plus, ça change d'une culture à l'autre. Mais sers-toi d'abord, alors que je meurs de faim. N'est-ce pas ? Jamais vous verrez un chien ne me faisiez pas mon gros. Non. Un chien, il mord même son maître quand ça ne le redire pas si on s'approche de sa gamelle. Donc voilà, le mariage, la monogamie, si c'était pour reproduire l'espèce comme c'est la seule motivation de la sexualité dans la nature, je veux dire, ce serait plutôt une limitation, la monogamie.
1:45:47 Voilà, donc je veux dire, il y a d'autres raisons, non pas seulement différentes, mais qui vont en sens inverse. C'est-à-dire que l'homme n'est lui-même que depuis qu'il a mis un hola à certaines tendances naturelles, pas à toutes. Ce qui est fort important à réaliser. Et c'est pourquoi, la bonne nouvelle, je vous le disais, qu'il y en aurait eu une avant, parce que ça a l'air désespérant, nous sommes des êtres finis, nous ne sommes pas dieux. Mais si, si, si, si. Il y a un de mes poètes préférés, le Hölderlin. Je ne vous cite que des fous, un Nerval, le Hölderlin, je suis désolé.
1:46:18 Mais c'est pour faire comprendre la puissance de la raison. Le Hölderlin a un magnifique hymne qui s'appelait Mnémosyne, Mnemosune, qui était la muse de la mémoire, Mnème, Mnème, Amnésie, chez les Grecs, je sais pas, alors on dit que c'est une poésie difficile, etc. Moi je trouve ça d'une clarté, mais à la fin, il dit ceci, car ils ne peuvent pas tous les célestes. Ils ne sont pas tout puissants. Car ils ne peuvent pas tous les célestes. Il parle des dieux. Les mortels, donc nous, nous, les mortels, avant eux, atteignent le gouffre.
1:46:48 Et oui, les hommes meurent, c'est la grande différence avec les immortels. Alors vous me direz, mince, mais c'est un moins ça encore. Non, regardez la suite. ainsi avec eux, donc avec nous, avec les hommes, avec eux, l'écho change. Car il est long le temps, mais il survient le vrai. C'est magnifique. Magnifique. Je répète, car ils ne peuvent pas tous les célestes. Les mortels, avant eux, atteignent le gouffre. L'homme a une connaissance de la mort qui fait sa supériorité par rapport à tous les dieux.
1:47:19 Jamais un dieu comprendra l'angoisse d'un mec qui attend à l'arrêt du RER, sa bien-aimée, la petite midinette qu'il a rencontrée à la caisse de Franprix. Je dis ça avec un immense respect. Jamais snobé le genre de midinette. Je les trouve plus intéressantes que celles de Philippe Sollers. Sur tous les plans, d'ailleurs. Donc, il fait ça par mépris. Au contraire. Je dis que ces émotions-là, on ne peut les avoir. Bon sang. Elle ne m'aime plus. Elle ne vient pas. Elle a cinq minutes de retard, donc elle ne m'aime plus. Ah, même ce SMS qui ne vient pas, il ne m'aime plus.
1:47:51 Ça ne peut venir que d'un être qui a peur. Ce que les dieux ne connaissent pas. Ces joies-là, n'est-ce pas, ils peuvent venir, regarder dans le Proust l'admirable passage où ils ne trouvent pas Odette au rendez-vous. Avant qu'elle surgisse, c'est là comme ça le soir. Je ne sais pas si vous vous rappelez. Le bonheur qu'il a. Il est inondé quand il a. Ben oui, ben oui, ça ne va pas arriver. C'est la puissance des fêtismes de départ. Donc, voilà, Felix culpa, comme on dit en théologie. Rimbaud disait la théologie est sérieuse, vous voyez. Rimbaud, peu suspect, n'est-ce pas, de se baigner tous les matins dans l'eau bénite, quand même.
La libération réalisée dans la praxis
1:48:24 Donc, en remplaçant la liberté par le bien, on a fait un immense pas. Mais, et c'est ça, le pas nouveau qu'on a fait aujourd'hui, cette liberté, il y a longtemps qu'elle s'est réalisée. Et là, on est sur un chemin qui mène à Hegel et à Marx. si vous regardez bien. Ça veut dire que ce n'est pas à nous de réfléchir quelle va être la forme du bien, etc. Ce sera en cas totalitaire. Regardez ce qu'ont fait tous les hommes depuis des millénaires. Ils s'affranchissent progressivement des contraintes que l'être-là naturel veut leur imposer, veut lui imposer, pardon, à l'homme au sens générique.
1:48:58 Et donc, ça a un sens, cette libération. Ça a un sens, c'est l'ensemble des travaux qu'on fait. Et Marx a utilisé un terme générique pour ça qui s'appelle la praxis. C'est plus global que l'économie parce que Marx n'est pas une économie qui vient s'ajouter parce qu'elle serait révolutionnaire à l'économie bourgeoise. C'est un contresens. Ce n'est pas un économisme, Marx. C'est au contraire une contestation de la prétention de l'économie politique à se constituer en science autonome, critique de l'économie politique. Il y a une science, celle de l'histoire, qui coiffe au-dessus celle de l'économie.
1:49:29 n'est-ce pas Tristan ? Un excellent économiste ici. Ça, j'aurais pu dire, comment Tristan a-t-il pu succéder, n'est-ce pas, à la figure du bonheur Tristan ? C'est celui qui ne sourit jamais dans les romans arturiennes. C'est pas ton père. Heureusement. J'en profite parce que mon éditeur a eu la gentillesse et la bonté de les amener ce soir. Ça vient de paraître c'est tout frais. Pour moi, c'est le livre le plus important de l'après-guerre. Excusez-moi, je suis un peu solennel. Ce n'est pas parce que j'ai connu l'engin. Mais c'est le plus important.
1:50:00 Et si tout ce que je pouvais faire dans mes entretiens était une manière de vous orienter vers les chemins de la praxis, je n'aurais pas choisi... C'est un titre posthume, c'est pour ça que je m'attarde un peu sur le titre. Je crois que c'est l'éditeur. On peut lui rendre hommage. Parce que l'auteur est mort, n'est-ce pas, avant d'avoir pu synthétiser son oeuvre, son dernier ouvrage, et lutter contre Parkinson. Et donc, il y a du côté des ellipses, un peu rapide, ou au contraire du développement comme il n'en a jamais fait.
1:50:31 Un petit peu comme l'état dans lequel on a trouvé les pensées de Pascal. Vous savez, on dit que maintenant on oppose l'aphorisme pascalien au système. Pascal, il voulait faire un système qui s'appelle Apologie de la religion chrétienne, c'est son titre, puis il est mort, on a trouvé que des notes, génial, dans son manteau. Et, une partie. Donc, cet ouvrage a une allusion à un titre de Sartre, certains de vous connaissent, ce qu'il y a de meilleur dans Sartre, il y a le pire et le meilleur qui se côtoie dans Sartre, qui a voulu jouer un peu sur tous les tableaux, l'homme qui a la pipe, qui est écrivain, qui est romancier, théâtre, amateur, philosophe, c'est bien, c'est bien.
1:51:11 Et, ce qui est le meilleur à mon avis, c'est la série qui s'appelle chez lui Les chemins de la liberté chez Sartre. Et surtout, Sartre a bien compris, mais ça, il le dit qu'il est en train d'hégélianiser Marx, un homme n'est pas un avoir, mais un faire, il est ce qu'il fait, à savoir que, je le dis, c'était très familier dans les années 60, là, mais ça a été tellement occulté par la contre-révolution depuis, il faut le repréciser. On ne parle plus maintenant d'aliénation de catégories comme ça, c'est quand même capital.
1:51:43 Et, donc, les chemins de la liberté deviennent ici les chemins de la praxis, moins abstraits. Mais nous comprenons maintenant pourquoi. Nous ne cherchons pas la liberté au sens de Kant comme un horizon qui serait à la fin de cet asymptote par laquelle il est en haut. Non, elle est là depuis le début, depuis l'anthropologie. Synthèse du déterminisme et de la liberté, pas synthèse au sens d'attiéké, pardon, c'est un petit plat ivoirien, une sauce, pas synthèse au sens de petit compromis où on mélange un peu tout dans une bouillie.
1:52:15 La vraie synthèse, celle qui renvoie dos à dos complètement les deux unilatéralités qui s'opposaient, mais en prenant leur meilleur. On prend au déterminisme sa force dans la connaissance. S'il n'y avait pas la loi, Y égale et Mélique, ce serait inintelligible. Je ne pourrais pas agir sur les choses si je n'en déconne pas. Le principe des régimes n'est pas la loi. Bien sûr. Et la liberté à laquelle s'oppose le déterminisme, nous les renvoyons dos à dos avec le concept de libération. Ça, tu l'avais très bien vu. Je ne dis pas ça parce que la fin des journées de libération, parce qu'il n'est bien changé depuis.
1:52:46 Le public se retournerait dix fois dans sa tombe, s'il savait. Je suis tout à l'heure de l'élection de propriétaire. Et maintenant, c'est au service de l'OTAN, je dis pour ça, c'est un peu de vilain. qui a fait le tribunal à Stockholm, avec son ami Russell, un mathématicien. Il était un peu du poids marxiste au contraire. Tribunal contre les crimes de guerre au Vietnam. Bon, passons. Voilà. La libération est un terme concret. Ce que ne sont ni libertés ni déterminisme sont des fantasmes qui font de la caverne des idées d'un universel abstrait, comme dirait Hegel.
1:53:20 Deux universels abstraits. Car vous ne trouverez jamais une liberté en l'absence d'être plus de détermination. Ça ne sert à dire rien. Vous n'allez pas me dire que c'est embêtant que je ne sois pas libre d'aller passer le week-end sur un des anneaux de Saturne. Ce n'est pas ça qui vous tracasse. Ce n'est pas ça qui limite votre... Vous voyez ? Ce n'est pas l'impossible qui vous limite. On est libre ou pas libre ou on se sent une liberté amoindrie par rapport à des choses qui vous tentent et qu'on a envie de faire. Or, cette libération de l'homme, elle n'est pas abstraite.
1:53:50 Elle n'est pas une sagesse comme ça, alors qu'on peut aller à la rigueur quand on est en prison comme ça avoir au moins un accord avec soi-même, un équilibre. Non. Elle a été réalisée à partir du moment où je fais un barrage, n'est-ce pas, pour la tribu. J'ai vu des inondations. Je parle d'un petit barrage avec des cailloux comme on sait dans un néolithique, n'est-ce pas ? Après, ça prend de l'ampleur. Et quand on... Il m'est arrivé une fois à une ambassade, en effet. Je commençais à lire hier, je commençais à lire. Je me suis arrivé à lire.
1:54:27 Il y a eu quelqu'un qui parlait avec mépris des Africains. Ils ne sont pas jamais. Les médias qu'on leur donne. Ça ne veut pas que je ne dis pas. Parce qu'ils en font. Et puis, les pirogues. Finalement, les Asiatiques sont portés à la même chose. Maintenant, ce sont des rados de puissance économique qui sont en les souhaits. À ce moment-là, les Coréens, les Esques sont devenus les Taïwanais. Et alors, c'est un défi. Alors, la même personne avec l'autre de la vie vivant auparavant à la même table du même ambassadeur. Il avait dit que, de toute façon, ils font trop d'enfants. C'est pareil.
1:54:58 Il n'y avait pas un présentateur de télé qui est mort maintenant ? Aussi, qui avait dit qu'il faudrait le couper au noir. Ce serait un service qu'on vendrait à l'Afrique. Sevran, non ? C'est ça. Bon, vous voyez que c'est une idée qui circule pas seulement dans les ambassades. Et alors, là, je ne suis pas plus empêché. J'ai dit qu'il y a trop d'enfants. Et maintenant, vous dites, pour leur donner l'exemple des dragons asiatiques. Les dragons asiatiques qui font 3000 habitants au kilomètre carré en Taïlande, au Vietnam, dans les deltas. Leur force, c'est ça. Je reviens à la praxis.
1:55:28 Un seau, un seau, un seau, et j'ai fait un barrage. Il me dit à la fin de la journée, je vais promener vos géronailles. C'est un pontoiré sur la chaleur de l'horizon. On ne s'en sort pas. Je veux dire. Démocratiquement, c'est important. On ne sait pas maintenant que c'est une charge le nombre de personnes. C'est quand même extraordinaire d'en arriver là. C'est une fortune d'avoir des brus et des gendres en quantité. Non ? Surtout quand le secteur primaire, l'agriculture, reste encore 80% de la production comme c'est le cas dans les pays pauvres.
1:56:01 Et qui permet même de donner une définition mesurable et scientifique de pauvres et à sous-développer sans aucun jugement de valeur. Voilà. Donc, bonne nouvelle. La libération, écoutez, elle est longtemps qu'elle est faite. Elle est progressive. Mais voilà les menaces. Cette libération se fait par la croissance et la progression de moyens qui sont les meilleurs pour nous permettre le bonheur et pour apporter les pires malheurs aussi bien. La différence, c'est vous qui décidez.
1:56:31 Je vous donne rendez-vous pour la suite à partir de la rentrée prochaine. Merci. Applaudissements Merci. Applaudissements Merci.