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Retour sur La Cloche fêlée : l'individu séparé
0:00 La séance qu'on a faite au Café Le Sorbon la dernière fois, j'ai appris que ceux qui étaient un petit peu loin de la table où j'étais assis n'entendaient presque rien. Donc désolé pour l'acoustique un petit peu lointaine de la dernière fois. Parce que j'allais dire, deuxième chose pour enchaîner une mégaresse, c'était de repartir sur la notion sur laquelle on avait abouti à la fin de la séance au Sorbon.
0:30 Je ne sais pas si ça avait été entendu ou perçu par ceux qui étaient un peu loin, je ne crois pas. C'était en réponse à une des questions qui m'avaient été posées sur la notion de sujet. On avait fait émerger la notion de sujet. On avait déjà fait émerger la notion d'individu entre nous à la suite de la lecture de la cloche fêlée. On avait vu en quoi ce poème exprimait la modernité. En illustrant la difficulté qu'il y avait pour l'individu d'adhérer, comme c'était le cas dans la société traditionnelle que nous avons appelée entre nous substantielle.
1:15 Il se trouvait donc isolé, tantôt parce qu'il le recherche, tantôt parce qu'il subit cet isolement. C'est le cas dans la cloche fêlée où cet isolement est extrêmement tragique. Mais dans les deux cas, qu'il s'agisse du plaisir romantique de la solitude, tel que la littérature l'exprime de multiples façons, surtout au début du XVIIIe siècle, ou qu'il s'agisse de la déshérence, de la déréliction même, de l'abandon. C'est un mot fort, déréliction.
1:50 En théologie, c'est Jésus au mont des Oliviers, déréliction abandonnée par les hommes et par Dieu. Eli, Eli, lama sabachthani, n'est-ce pas ? Mon père, mon père, pourquoi m'as-tu abandonné ? Donc, c'était un peu le cas du pauvre hère qui parlait à la première personne dans la cloche fêlée, n'est-ce pas ? Dans les deux cas, l'individu est séparé, c'est ça le mot important, au sens chirurgical du terme, n'est-ce pas ? De sa communauté d'origine. Et justement, la fois d'après, après cette première lecture que nous avions eu de la cloche fêlée, nous avions enrichi cette opposition individu-société qui reste un peu abstraite et générale, donc qui instruit encore trop peu, en ajoutant à la société le terme de communauté, ce qui n'est pas tout à fait pareil. Toute société, fort heureusement d'ailleurs, n'est pas communautaire.
Société et communauté : de la sociabilité à la communion
2:44 Toute communauté ne s'étend pas jusqu'à la société. Vous devinez que communauté est plus restreinte que société. Je ne fais pas pour l'instant de nuances ni laudatives ni péjoratives, mais je fais une petite parenthèse qu'on doit au discours sociologique. Il y avait une époque où c'était très à la mode, cette manière de parler. C'est l'époque où Gurvitch, sociologue qui régnait sur l'agrégation à l'époque, et je souris parce qu'il était connu pour son mauvais caractère, puis il détestait Lévi-Strauss.
3:16 Bon bref, Gurvitch qui fait un traité de sociologie, certains d'entre vous ont peut-être au moins entendu parler, voire lu, ça ne se lit plus beaucoup maintenant, mais on ne lisait que ça à l'époque. Donc Gurvitch avait distingué plusieurs niveaux justement, vous voyez, d'adhésion de l'individu à sa société d'appartenance. Depuis le plus léger, qu'il appelle la sociabilité, la détermination sociale en général, vous voyez, ça peut être dans un bus, on se trouve là par hasard.
3:46 La sociabilité jusqu'à la communion, c'est le lien le plus fort, en passant par, vous voyez, tous les stades intermédiaires, on peut déployer tout le spectre à la communion, qu'il peut y avoir, vous voyez, quelques instants avant un but, dans un match de foot, pardon pour cet exemple macho, encore qu'il y a plus en plus de femmes qui s'intéressent au foot, et elles doivent être amoureuses, je veux dire, de leur football. Et non, il y en a qui aiment ça, qui sont bonnes, très fortes, les équipes.
4:18 Et puis, ou dans le domaine religieux, vous voyez, la communion, c'est un terme très fort, ça peut être sport, ça peut être au concert, bien sûr, il y a des moments forts. Donc, vous voyez, on peut déployer, voilà, je referme cette petite parenthèse sociologique, mais intéressante, il peut être utile, n'est-ce pas, entre la sociabilité, le lien le plus lâche, et la communion, et bien, nous, nous avons le devoir, ici, en philosophie, de préciser de quoi on parle, parce qu'on voit que le spectre est un peu trop large, individu, société, c'est un peu trop lâche.
4:48 Et donc, nous avions vu que dans la cloche fêlée, finalement, il n'était pas séparé de la société en général, ce n'était pas l'apologie de l'individualisme, tant s'en faut, ni même, ce n'était pas non plus la déploration du fait d'être coupé de la société en général, mais de cette société qui vit au rythme de la cloche. N'interprétons pas le texte, laissons-le tel qu'il est, le pur signifiant, il est très clair, bienheureuse, la cloche, au gosier vigoureux, je ne vais pas répéter, n'est-ce pas, qui, malgré sa vieillesse, je pense souvent, quand j'ai la voix chevrotante, ça arrive de plus en plus souvent, au réveil, alerte et bien portante, vous voyez, malgré sa vieillesse, jette fidèlement son cri religieux, ainsi qu'un vieux soldat qui veille sous la tente, l'armée, l'église.
5:35 Vous vous rappelez, on avait remarqué que c'était ces deux communautés qui étaient illustrées par le texte, la cloche, l'église, ainsi qu'un vieux soldat qui veille sous la tente, l'armée, le sabre et le goupillon. Ces deux foules sans femmes auxquelles Freud a consacré un essai fort intéressant. Deux cas de foules, il dit, sans femmes, l'église et l'armée. Là encore, c'est comme pour le football, il y a de plus en plus de femmes dans l'armée. Enfin, à l'époque de Freud, ce n'était pas courant. Et donc voilà, c'est une communauté exclusive.
6:13 Sans parler, je ne parle plus ici de l'église et de l'armée au sens strict, où carrément les femmes sont exclues. Mais en plus, je veux dire, la société des bonnes gens, comme on dit, seulement par la cloche fêlée, la société des gens qui se méfient des marginaux comme Baudelaire. C'est là qu'il faut rappeler que Baudelaire inaugure la série bien connue en histoire littéraire des poètes dits maudits. Ce n'est pas un hasard, ça aussi c'est une expression de la modernité. Si vous voulez voir le symétrique exactement inverse, vous prenez Sophocle.
Poète antique et poète maudit
6:44 Sophocle, Eschyle, Euripide, peu importe. C'est-à-dire un grand auteur de l'Antiquité, un poète de l'Antiquité. L'Antiquité, il est en moderne, je suis en train, je parle de la modernité. On voit mieux le vert sur fond rouge, n'est-ce pas, que sur fond turquoise. On ne sait jamais si c'est bleu ou vert, le turquoise. Bon, donc, il faut bien comprendre la modernité, il faut bien l'appuyer sur ce qu'on lui oppose. Et vice-versa, si vous voulez comprendre les Grecs, il faut surtout nous oublier un peu, ou plutôt nous battre dans le fond.
7:16 Jusqu'à comprendre qu'on ne peut avoir rien de commun avec eux, comme Hölderlin, qui a pourtant tout fait pour ça le pauvre vie jusqu'à la folie. Donc, il s'est aperçu avant Nietzsche, lui, que c'était folie de vouloir refaire la geste grecque, quand on est moderne, précisément. Alors, revenons à nos moutons, nous n'étions pas très loin, d'ailleurs. Regardez, Sophocle, Euripide... C'est pas seulement qu'ils n'étaient pas maudits, c'est qu'ils étaient considérés comme des demi-dieux par leur société.
7:47 Ce soir, qu'est-ce que vous faites ? À part ceux avec qui je vais avoir le plaisir de dîner. Mais je veux dire, après, ça ne me regarde pas, vous me direz. Mais voilà, c'est privé, c'est le monde moderne. Les uns vont aller à After Hours, je ne sais rien. Je le prends en sens extensif, après les autres heures. Les After Hours. En boîte, etc. Les autres vont aller chez eux. Ils vont aller s'écouter un opéra avec le casque dans leur lit, pendant que leur femme roupille, ou l'inverse.
8:22 Qu'est-ce que vous faites ce soir ? Mais la question ne se pose pas. Tout le monde va voir les Perses d'Eschyle à Athènes. C'est l'événement du soir. Vous voyez la différence ? Dans le monde antique. C'est l'événement. Personne ne va rester chez soi, là. Pour les gens concernés, c'est-à-dire les citoyens. Tout le monde, c'est l'événement. Il y en a qui apportaient à manger sur les gradins. Vous voyez, parce que des fois, ça a duré quatre jours, la pièce. C'est ce qu'on appelle une tétralogie.
8:54 C'est-à-dire une trilogie dramatique qui se terminait, pour qu'on se quitte quand même sur une note plus gaie, par une comédie. C'était ça la règle. 3 plus 1, ça fait 4, une tétralogie. Wagner s'en souviendra plus tard en faisant les maîtres chanteurs. Sa seule œuvre comique après Tristan. Voilà. Donc, on ne va pas faire plus opposer que... Je parle ici du rapport du poète à sa société. On a déjà vu, vous vous rappelez, plusieurs fois, mais la dernière fois, je l'ai rappelé, le rapport du boiteux, jusqu'au tragique, jusqu'à la mort.
9:27 Quelquefois, voir Socrate, du philosophe à la société, le dérangeant par ses questions. Là, on voit, on pourrait le dire, pour le poète séparé, non. Pour le poète moderne, oui. Voilà. C'est une catégorie nouvelle, c'est le poète maudit. Que Baudelaire inaugure à tort. Je reparle un peu, vous savez, mon chouchou, c'est Nerval. Je vous le dis. Mais Nerval développe tous les thèmes qui vont faire après la modernité. Baudelaire, etc. Baudelaire le sait, d'ailleurs. Baudelaire le reconnaît, c'est un passage admirable.
9:57 Sauf que personne ne part de Nerval jusqu'à une date récente, jusqu'aux années 60, à peu près. Parce qu'on le réhabilite sur des modes de malentendus. Les surréalistes l'avaient un peu réhabilité à cause du rêve. Bref, Proust, à cause de la mémoire, des souvenirs, etc. Et il n'occupe une place vraiment de premier rang en littérature que depuis la fin des années 60. Ce qui est assez tardif, par rapport à l'époque où il a vécu. Mais enfin, si on était rigoureux, c'est le premier des poètes maudits. Ce n'est pas qu'il finit fou ou suicidé.
10:28 Les deux, lui. Les deux. Le plus romantique allemand des romantiques français. Et son meilleur ami à Paris, Heine, était le plus français des romantiques allemands. Allez-vous y retrouver. Je vous recommande la lecture de Heine aujourd'hui. Elle est très actuelle. Voilà un allemand qui sait parler de l'Allemagne. I had a dream. Ce n'est pas le truc de Martin Luther King, ça. C'est une paraphrase en anglais d'un poème bien connu dans le monde germanique.
11:01 C'est un poème que tous les écoliers allemands connaissent. J'ai fait un rêve. C'est un poème de Heine sur l'Allemagne. C'est le fait romanticalement à être juif, Heine. Alors lisez-le bien. D'autant qu'il a suivi les cours de Hegel. C'est rare chez les écrivains de l'époque. Il est fait allusion à un poète connu pour son ironie. Pas son humour. C'est pour ça que les autres romantiques en voulaient beaucoup.
11:31 Parce qu'ils prenaient leur tragique au sérieux. Voilà. Donc vous voyez, poète maudit, c'est-à-dire qui est rejeté, par quoi ? Par la communauté. La communauté des gens de bien qui ont fait un procès pour mauvaises mœurs, c'est à Baudelaire. Vous voyez bien. à la même époque, pratiquement un peu après. À Oscar Wilde pour homosexualité. Vous voyez cette société qui était... qui se vautrait dans le vice le plus impardonnable, celui qui n'a pas le génie d'Oscar Wilde ou d'un Baudelaire.
12:03 Les cartes postales porno traînaient sur les boulevards bien avant, les internets, tout ce que vous voulez, n'est-ce pas ? Depuis toujours, si vous regardez bien. C'était réservé à une société un peu moins extensive qu'aujourd'hui. des libertins avec toutes les gravures qui volaient au XVIIIe siècle. Ne vous inquiétez pas pour ça. Ce n'est pas ça qui est nouveau. Ce n'est pas la pornographie. C'est son extension. C'est intéressant à méditer. Qu'est-ce qu'on condamne ? La pornographie ou son extension ? Ou sa démocratisation ? Je refais la parenthèse.
12:34 Ce n'est pas un autre sujet. Encore que. Qui veut tuer son chien, l'accuser de la rage, comme dit l'autre. Voilà. Donc, on a vu que ce n'était pas la société en général dont était isolé le pauvre hère de la cloche fêlée, mais une communauté qui, parce qu'elle est trop homogène, est forcément trop exclusive. Qui n'est pas assez prismatique. Qui n'a pas assez de facettes pour accueillir en son sein, n'est-ce pas ?
13:04 La richesse du particulier. La diversité. Voilà. Et c'est ça, la plus grande difficulté de la modernité. C'est de rester sociable. On avait résumé ça entre nous. L'homme est un animal politique. De toute façon, ce sera toujours dans le cadre d'une société. Mais la difficulté de la modernité, c'est de penser une société composée d'éléments dont chacun est libre. Ça, aucune société du passé n'avait dû assumer ce programme.
13:35 Les Grecs, on le rappelle souvent, n'est-ce pas ? On dit les Grecs, les Grecs, le miracle, le Grec. Il faut rappeler à chaque fois qu'il n'est valable ce miracle que pour une petite... pour une minorité, n'est-ce pas, de citoyens libres. Ah oui, pardon. Et là, je viens de donner un autre exemple qui n'a rien à voir, vous voyez. C'est que la liberté de mœurs dont on jouit au niveau des publications licencieuses, n'est-ce pas ? existe depuis tout temps, mais c'était réservé à une toute petite minorité.
14:09 Donc, vous voyez, la modernité, elle est lancée sur ses rails, cahin-caha, mais c'est bien difficile, n'est-ce pas, d'assurer à tous la liberté qui n'était le privilège que de quelques-uns. Ce qui me fait penser à... puisque je vais citer un de ces passages, j'ai essayé de rattraper, de tenir compte du reproche qu'on m'a fait de pas assez traiter Hegel. Donc, en plus, si quelqu'un réfléchit à cette dichotomie qu'on est en train d'appréhender, c'est bien lui.
Le sujet n'est pas un déjà-là ; Descartes et la révolution scientifique
14:45 Donc, à ce contemporain de la révolution française, et de l'accouchement de la modernité. Justement, je tiens à le rappeler là, la dernière fois, on avait terminé sur la notion de sujet en rappelant, je crois que c'était avec toi, avec ta question, que... avec Gwenaola, que le sujet, ce n'était pas un déjà-là, ce n'était pas une substance. On avait obtenu ce résultat grâce à ta question.
15:15 Je vous avais mis en garde que le sujet, c'est bien joli, mais il faut tenir compte de l'autre. Et j'avais rappelé qu'un sujet digne de ce nom, c'est précisément un quelqu'un qui, par l'intermédiaire d'un autre quelqu'un, est devenu un sujet. Ce n'est pas un déjà-là, ce n'est pas une substance, ce n'est pas une hérédité, ce n'est pas acquis. C'est beau poème d'Aragon que Brassens a mis en musique et dans le refrain, il n'y a pas d'amour heureux. Il ne faut pas oublier la première strophe, n'est-ce pas ? C'est une paraphrase de Hegel. Rien n'est jamais acquis à l'homme, ni sa faiblesse, ni sa force, ni son droit.
15:49 Et quand il croit ouvrir ses bras, son ombre est celle d'une croix, et quand il veut serrer son bonheur, il le broie. Paraphrase de la grande thèse de Hegel que le désir est destructeur. Donc, cette notion de sujet qui émerge et qui même définit dans les histoires académiques de la philosophie, je dis ça sans aucun mépris, il faut absolument posséder, qui est caractérisé, qui est censé avoir été initié par Descartes.
16:25 Descartes fondent ce qu'on appelle philosophie moderne ou la philosophie du sujet. C'est un petit peu lié, c'est le fameux cogito. Cogito, c'est la première personne du singulier du verbe je pense en latin. Ce n'est pas vrai parce que Dieu l'a décidé, ce n'est pas vrai parce que la société le pense, c'est vrai parce que je reconnais moi que c'est vrai. Je le valide tant que je ne l'ai pas validé, moi, et moi, c'est chacun d'entre nous. C'est ça qui est fort chez Descartes. Ce n'est pas sa particularité à lui avec son grain de beauté. Non, non, ce n'est pas François René Descartes, gentilhomme, poitevin.
16:57 C'est tous ceux qui ont fait le même itinéraire du doute, etc. C'est indubitable. Dubito, je doute, ergo, cogito. C'est ça qui précède le donc je suis. Je doute, donc je pense. Vous êtes d'accord. Ça, ça s'appelle une déduction. Ce n'est pas compliqué. Douter est un mode de penser. Donc je doute, je pense. J'ai tort, j'ai raison de douter, c'est un autre problème. Mais, donc je doute, je pense. Je doute, donc je pense, donc je suis.
17:27 Vous voyez, ce n'est pas le doute, il n'y arrivait pas à Descartes. C'est intéressant, au passage. Bien. Donc, cette première certitude qui fait qu'on sort du cauchemar de la première méditation, puisque je parle du sujet, je m'attarde un peu. Je fais la philosophie, l'histoire de la philosophie d'une manière un peu rétroactive, comme ça. Je vous rappelle que Descartes est un contemporain Galilée, première moitié du XVIIe siècle. donc, il est contemporain de ce qu'on appelle la révolution scientifique.
18:00 Attention, ce n'est pas la révolution industrielle, technique, ça c'est bien plus tard, mais c'est d'abord la condition qui a rendu possible la révolution industrielle, c'est la révolution scientifique. Il fallait d'abord qu'il y ait une physique théorique. Sinon, il n'y aurait pas eu la machine de vapeur et son optimisation après, aux époques de Watt, Cumier, et autres. Donc, Descartes, que j'ai signalé la dernière fois pour avoir formulé le principe d'inertie que Galilée avait physiquement fait émerger, mais que Descartes est le premier à formuler philosophiquement, qu'un corps qui n'est soumis à aucune force est soit au repos soit animé d'un mouvement rectiligne uniforme, ce qui faisait coïncider, ce qui était impensable auparavant, irreprésentable, encore maintenant pour la majorité des gens d'ailleurs, le mouvement et le repos.
18:44 Pendant des millénaires, on s'est posé quelle est l'origine du mouvement. Vous savez, la fameuse chiquenaude dont parle Pascal, c'est Dieu qui a donné une petite secousse comme ça, après, l'homme, ça va, le physicien peut tout déduire à la physique, mais il faut pour ça quand même que Dieu mette en mouvement. On n'a plus besoin de tout ça. Dès Galilée, peu importe qu'on soit en mouvement ou en repos, c'est la même chose si le mouvement est rectiligne et uniforme. Tous ceux qui ont pris le train comprennent ce que je veux dire. Je parle d'un train, d'un train qui glisse bien, qui n'a pas trop d'intervalles entre les rails, pas trop de secousses, voilà.
19:22 Donc, d'ailleurs, maintenant, on dit que le plancher des vaches, comme on dit si bien en français, n'est-ce pas, c'est vraiment le contraire du mouvement, c'est ce qui ne bouge pas, c'est du solide, et maintenant, il est en train de se déplacer à 30 km secondes avec la Terre, vous voyez. Mais comme tout se déplace à la même vitesse sur la Terre, on l'assimile au repos. Donc, Descartes, c'est quand même le contemporain de tout ça, l'acteur principal en philosophie. Et pourquoi j'en parle là maintenant, et pourquoi je n'en fais pas un moderne au sens où nous en étions avec Baudelaire ?
Pensée et étendue : une philosophie encore binaire
19:53 Il inaugure la philosophie moderne, mais pas encore la modernité, au sens où chacun d'entre nous qui fasse la philosophie ou qui soit inculte, est un citoyen de la modernité, c'est-à-dire postérieur au grand craquement, je me répète, révolution industrielle anglaise, révolution politique française. Presque simultané, les deux, en termes historiques, fin 18e, début 19e. Qu'est-ce qui lui manque encore ? C'est là, je vais me réviser un peu Descartes. Ce qui lui manque, c'est le fait qu'il est encore binaire, il n'est pas encore arrivé au numéro 3.
20:27 Je ne suis pas dans la mystique des nombres, je fais souvent cette allusion un peu humoristique, la dialectique est ternaire, c'est pour ça que je m'attarde un petit peu. Et puis vous savez que j'en veux à la musique binaire. Bon, mais soyons sérieux, c'est pas pour ça que je n'aime que les valses, en musique. Loin de là. Donc, je suis en train de faire allusion à quoi ? Au fait que les deux grands attributs, dira Spinoza, juste après Descartes, que nous connaissons de Dieu, à l'époque, tout respire Dieu, que ce soit Leibniz, Spinoza, Descartes, ce sont des gens qui pensent en Dieu.
21:06 C'est comme ça, il ne faut même pas chercher à comprendre. historiquement, je veux dire. Je dis ça parce que le pauvre Spinoza a été accusé d'athéisme, n'est-ce pas ? Il y a un très beau texte de Hegel où il parle de Spinoza à ce propos, il dit, c'est un malentendu, il faudrait parler pour Spinoza d'acosmisme. C'est étrange comme notion de la part de Hegel. Acosmisme, c'est vrai que le cosmos est absorbé dans la pensée de Dieu chez Spinoza. C'est extraordinaire. Voilà. Mais il est très équitable avec Spinoza. D'ailleurs, Hegel, un des plus grands hommages qu'on ait fait à Spinoza, je vous le dis parce que les philosophies dominantes aujourd'hui sont des philosophes qui veulent imposer Spinoza en l'opposant à Hegel, ce qui est défiguré les deux.
21:45 Hegel disait tout philosophe a deux philosophies, la sienne et celle de Spinoza. C'est rare un hommage comme ça, n'est-ce pas ? Oui, dans l'histoire de la pensée, quand même. Voilà. Oui, quels sont ces deux attributs ? La pensée et l'étendue. Voilà, que je vous disais, binaires. Voilà. De Dieu, nous ne connaissons que Dieu est, dit Spinoza dès le début de l'éthique, est une substance composée d'une infinité d'attributs mais dont nous ne connaissons nous que deux, n'est-ce pas ? La pensée. Donc nous participons à Dieu, à la divinité, que par deux entrées, si vous voulez.
22:18 La pensée, donc Dieu pense, et l'étendue. Dieu existe. La res extensa dans le texte latin de Spinoza, l'étendue. Ex. ce qui existe, n'est-ce pas, c'est ce qui est étendu. Et ce qui est étendu existe. Je m'excuse de cette tautologie. Je ne fais que respecter le préfixe ex dans les deux cas. Mais c'est des rappels importants. On n'est pas dans le in romantique, là.
22:48 On n'est pas dans l'intériorité, on n'est pas... Attention. Pensée, oui. Pensée, c'est dedans. Mais l'étendue, c'est dehors. La res extensa. D'ailleurs, ce qui caractérise l'espace, c'est ce qu'on appelle la juxtaposition des parties partes extra partes dans la philosophie classique. Chaque partie à l'extérieur de l'autre. C'est ça qui caractérise l'espace. Parce que si elle fusionnait, il n'y aurait plus d'espace. Réfléchissez un peu. Si toutes les parties d'une droite fusionnaient, c'est-à-dire les points fusionnaient, il n'y aurait pas de droite, il n'y aurait qu'un point.
Babel, confusion des langues, entre crise et guerre
23:23 Pour qu'il y ait une droite, il faut que toutes les parties soient partes extra partes Voilà. C'est le mode de l'extériorité. Dieu, comme il a tout, il est infini, il a les deux. Et nous, on participe un peu à cette majesté, un peu. Je fais de nouveau une parenthèse. Je ne quitte pas mon fil, je m'approche du centre de mon propos. On était parti des réflexions sur le langage toutes ces dernières fois, n'est-ce pas ? Et je vous ai fait suivre la dernière fois une petite séquence un peu dramatisée d'un drame en trois actes dans la Bible, n'est-ce pas ?
24:01 La tragédie du langage, n'est-ce pas ? Le premier acte où Adam nomme les créatures, c'est le paradis terrestre. L'époque où le langage appelle les choses par leur nom. Une merveille. Stade où je vous avais dit où toute grande poésie veut revenir sans le savoir ou en sachant un peu importe. Puis, après, l'antithèse, la tour de Babel, la malédiction jetée par Dieu sur ce grand chantier qu'est l'humanité et qui, pour la décourager de sa vision prométhéenne, n'est-ce pas ?
24:31 Je mélange exprès la mythologie grecque et la Bible. Parce que le chantier la tour de Babel et Prométhée, c'est pareil, c'est vouloir égaler les dieux, le divin. Donc, jette non pas ni la foudre ni le déluge cette fois, parce qu'il a toutes les armes dans son carquois, vous le savez, mais la confusion des langues. Le contraire du paradis terrestre où les choses étaient nommées par le... On ne s'entend plus. Confusion des langues. On se fait la guerre entre le Tigre et l'Euphrate, déjà.
25:01 Vous devinez que c'est le fond de mon propos aujourd'hui. Après tout, ça s'appelle entre crise et guerre, philosopher, notre atelier. je n'ai pas l'impression qu'on soit sorti de la crise par les temps qui courent. A moins que les économistes me contredisent. J'ai l'impression que ça s'aggrave un petit peu même, actuellement. Voilà. Chaque fois, d'ailleurs, qu'on dit ça y est, on en est sorti, en fait, elle s'aggrave, elle franchit un palier en profondeur, je constate. Depuis 2007-2008, c'est ça, le déclenchement officiel.
25:33 Et quant à la guerre, je n'ai pas l'impression qu'elle se soit éloignée ces derniers jours. Je présume que vous avez affaire aux mêmes informations que moi, peu importe, chacun a son canal, mais quand même, quand c'est des choses aussi graves, on finit par avoir les mêmes échos. C'est inquiétant. Au sommet de l'État, hier, François Hollande, sur France Inter, parler de danger de guerre mondiale, pour que ça vienne du chef d'État, en général, c'est les théories du complot, ça, c'est les chaînes pourries sur Internet, c'est les chaînes pro-russes, c'est les trucs pourris, quoi.
26:04 aux gousses gardiennes, c'est vrai. L'Underground. C'est bizarre, l'Underground a émigré, avant c'était les libéraux libertaires qui se réclamait l'Underground dans les années 60. Maintenant, ils sont dans la majorité régnante, n'est-ce pas, ils sont à Charlie. Et les contestateurs, c'est les pro-Poutine, c'est bizarre, comme le monde. Bref, revenons à nos moutons.
26:35 Attention à la confusion des larges. Chef d'État, parle de guerre mondiale, la Turquie, l'Arabie Saoudite qui menace d'intervenir, alors que jusque-là, ils étaient tellement contents que les autres se fassent tuer à leur place. Je suis quand même vieux, là. je ne sais pas, ça fait plus de 40 ans que j'assiste au financement par l'Arabie Saoudite, c'est-à-dire par les pétrodollars, je ne vais pas montrer du doigt ces salopards d'arabe. ça vient des trusts pétroliers, tout ça quand même, soyons clairs.
27:12 Vous savez que le seul avion qui a pu voler après les attentats du 11 septembre, au-dessus du ciel américain, c'était la famille Ben Laden qu'il fallait rapatrier parce que c'était les habitués de la Maison Blanche, c'était les vieux amis, c'était les fournisseurs, vous savez, les grandes immobiliers, l'Arabie Saoudite et la famille Bush et le pétrole. Enfin bref, tout ça est connu, en gros. Donc, ça fait 40 ans que l'Arabie Saoudite finançait, finançait tout au Pakistan. L'origine, Ben Laden, son première mission, c'était ça, c'était de dispatcher aux factions afghanes pour flinguer du Popov.
27:48 Les subsides, les pétrodollars, quoi. Et là, pour qu'ils proposent d'aller se faire trouer la peau eux-mêmes sur le terrain, ça sent le roussi quand même. Vous voyez ? Non, mais c'est grave. Voilà. Alors, je vous citerai un autre texte tout à l'heure, sans doute notre plus ancien texte. Quand je dis nous, je parle de ce contexte un peu bizarre qu'on avait interrogé la dernière fois qui sont les occidentaux.
Ni le corps ni l'âme : l'inconscient ; Kleist et les romantiques
28:19 Mais je reviens à ma pensée et mon étendue. Donc voilà, tout va bien, la pensée, tout ce qui est de l'ordre du sujet et l'étendue, le premier rôle, qui est la catégorie de l'objet en général. Tous les objets se trouvent dans l'étendue. Vous voyez ? Autrement dit, entre l'âme et le corps, traduisons ça en termes de l'époque, rien. N'est-ce pas ? Or, la modernité, c'est quelqu'un qui nous dit et l'inconscient, vous en faites quoi ?
28:52 C'est ni le corps ni l'âme. C'est intéressant aujourd'hui. Je veux dire comme positionnement, comme topologie, où on va le placer là ? Le corps et l'âme, tout le monde a appris à distinguer les opposés, ça va. Vous me direz, attendez, on n'a pas attendu Freud pour parler d'inconscient. Bien ! Depuis toujours, les hommes savent très bien le réflexe rotulien, la digestion, la respiration. Heureusement que ça se fait sans que j'y pense, si je devais y penser.
29:23 J'ai dit, j'y avais mal. Je vous avais parlé une ou l'autre dernière fois de cet organe étrange qu'est la bouche, n'est-ce pas, qui doit hésiter tout le temps entre trois fonctions, qui risque de se contrarier, c'est parler, manger et respirer. Vous vous rendez compte ? Heureusement que tout ça se fait à peu près, il ne faut pas trop y penser non plus. Tu as lu le texte de Kleist, Pierre, finalement ? Oui. D'accord ? Je me suis dit que tu vois le rapport. Je vous le recommande, je vous le recommande parce que je sais que nous n'avons pas le temps de lire entre crise et guerre, moins que jamais.
29:59 Mais comme il ne fait même pas trois pages, je n'exagère pas, Pierre. Il travaille sur la réflexion dans le cadre de l'agrégation, permet que je le dise, et de philosophie. Je m'étais permis de lui recommander ce petit texte un bijou de Kleist, quelqu'un qu'on a retrouvé avec une balle dans la tempe, sur les bords du Wannsee à Berlin, à l'époque où les romantiques se flinguaient. Goethe, qui inaugure, non pas par le suicide, il n'est pas bête Goethe, mais par son héros Werther.
30:30 Il disait après, j'aurais jamais dû écrire ce livre quelle hécatombe. Il ne faudrait même pas aller au chevet de son fils quand il est mort, Goethe. Et quand il est mort, on a retrouvé ses derniers mots, vous connaissez ? Quelqu'un connaît ? Si, Jean, je suis sûr. Non ? Ce n'est pas les derniers mots de Goethe. Il y a une crise, il est vieux, l'Olympien, toute l'Allemagne, venez voir. y compris Bettina, cette merveille de la mer, comme l'appelait Goethe.
31:03 Bettina Brentano, qui s'est tapé Napoléon, Hölderlin, Kleist, enfin bref. Une bacchante qui traverse une même nom, qui a fait des textes superbes. Donc, Bettina, je vais vous le raconter, je vais le raconter pour les jeunes filles. Je me prends pour Chrétien de Troyes. Vous savez, à la cour de Champagne, je vais vous raconter la plus belle histoire narrée en cour royale. Du coup, les jeunes filles, écoutez. Oui, non, mais elle est vraie, celle-là, c'est incroyable. Bettina écrit à sa mère, donc c'est une bacchante qui traverse le romantisme allemand.
31:36 Et, tempérament généreux, comme on dit. Et oui, ce n'est pas la romantique planante et gothique. Non, non, oulala. Et donc, elle avait de l'étendue et du corps. Donc, première rencontre avec Goethe. Elle a entendu parler la 17, en 1807. Et elle parle, elle parle, elle s'exalte et tout d'un coup, elle fond en larmes, bien sûr. Comme j'ai vu, vous avez vu le pape, à chaque fois qu'il embrasse quelqu'un dans la foule, il fond en larmes.
32:09 Eh bien oui, on va rencontrer le pape. On n'y résiste pas, on craque. Elle a écrit à sa mère, elle raconte tout ça, alors, il mit sa main sur ma bouche et il me dit, du calme, c'est ce qu'il nous faut à tous deux. Il est malin. Quel séducteur. Du calme, du calme, c'est ce qu'il nous faut à tous deux. Voilà. Donc, Kleist, qu'on a retrouvé mort avec sa compagne, double suicide, dans l'extase, dans la joie, dans la gaieté, je ne dis pas seulement dans la joie un peu délirante, non, dans la gaieté.
32:45 C'est l'aubergiste qui témoigne. Ils nous ont demandé du café dehors, ce qui était bizarre, vu la saison avancée, il y a eu des froids, le roi du Berlin. Et puis, on a entendu, pan pan, ils étaient morts, ils étaient gais comme des pinsons Voilà. Kleist a écrit, bien sûr, c'est le plus grand dramaturge du Romantisme allemand, c'est le seul qui sait écrire pour le théâtre dans le Romantisme allemand. Il n'y a pas beaucoup d'ouvrages de longue haleine dans le Romantisme allemand. C'est génial, par Pollen, c'est un titre de Novalis, par Fragments, etc., il n'y a pas d'oeuvre de longue haleine.
33:15 Sauf exception, pour le théâtre, Kleist, n'est-ce pas, Gérard Philipe s'est rendu célèbre en jouant le prince de Hombourg, vous voyez, le théâtre de Kleist, un TNP à l'époque. Et la petite Catherine de Heilbronn, je vous recommande ça, c'est une merveille, le Käthchen von Heilbronn, vous connaissez ça, une merveille. Bon, mais surtout, si vous n'avez pas le temps, trois pages, réflexion sur le théâtre de marionnettes. Et là, on revient à la pensée, il est tendu.
Le théâtre de marionnettes de Kleist
33:46 Encore, il finit en train de m'égarer, il est tombé en plein. Il croise dans la rue un danseur très célèbre à l'époque, un danseur classique, qui était en train de regarder dans la rue un spectacle de marionnettes. Il s'en étonne, un truc aussi trivial, un aussi grand artiste que lui. Vous voyez déjà tous les thèmes, un art savant, un art populaire. Et il interroge et il est de plus en plus étonné parce que l'autre lui dit « Attendez, pour moi, le danseur absolu, c'est la marionnette. Quoi, quoi, quoi ?
34:16 C'est mécanique, ce n'est pas possible. Mais mécanique, mécanique. Res extensa. Le monde extérieur, matériel, le contraire de la pensée. Il n'y a aucune pensée dans la mécanique. C'est l'un ou l'autre. Il y a celui qui tire les ficelles, qui pense, à faire rire le public. Et puis, il y a le passif, les choses passives. Il dit « Non, non, mais... » Et il dit « Vous voyez, j'étais au gymnase, ça a été beaucoup. C'est du allemand, ils ont un côté, je connais. J'étais à poil dans les gymnases, entre mecs.
34:48 Ça faisait beaucoup. Ça a été inordi, le nudisme, enfin, vous savez tout ça. Les Grecs, enfin, les Grecs fantasmés, mais réactualisés. Dangereux. Enfin, ça peut être dangereux. Et Et donc il y avait, vous savez, notre ami, je ne sais pas son prénom, Wolfie, que nous admirions pour sa grâce, etc., un beau gosse, et qui était en train de s'essuyer en sortant du bain, et puis je lui ai dit, en riant un peu, qu'il avait un petit peu la pose d'une statue qui était au Louvre.
35:24 Ah, ça m'échappe, enfin je le retrouverai à la fin de la séance, une statue très connue à l'époque. Il y avait beaucoup de reproductions déjà qui circulaient, il n'y avait pas la photo. Et alors ça l'a un petit peu gêné, mais après j'ai vu qu'il essayait de reprendre la pose de la statue en question, vous voyez ? Et plus il essayait, moins il y arrivait. Vous voyez là où je veux en arriver ? La pensée venait troubler, de même que si je pense à digérer, je vais digérer encore plus mal. Si je pense à respirer, je vais m'étouffer. Et il y va de plus en plus mal.
35:57 Et à la fin, il y a la scène de l'ours. Ça je vous le recommande. Il raconte comment il a été invité par un gentilhomme de Livonie. La Livonie, c'est lointain, c'est en Russie. C'était grand le Reich. Grâce au chevalier teutonique qui par le fer, par l'épée, par le feu, n'est-ce pas ? Et la Bible avait conquis ces terres slaves. Je vous le dis, c'est le plus grand carnage de toute l'histoire de l'humanité. La lutte des germains et des slaves en Europe sur 12 siècles. Ça se mesure, ce n'est pas la même opinion.
36:31 Depuis Charlemagne jusqu'à Stalingrad, je ne peux rien. Donc, il est invité en Livonie, un gentilhomme de Courlande, qui le provoque un peu à l'escrime. Après le repas, ça faisait beaucoup. Et le narrateur le désarçonne, c'est un excellent escrimeur. Et l'autre, un peu vexé, un peu pincé, il dit, je vais vous amener devant votre maître. Il descend dans la cour où il y a un ours attaché par une chaîne, mais qui a une patte de libre.
37:02 Il dit, allez-y, vas-y. L'autre, je ne l'ai pas détonné, je ne m'attendais pas. Alors, bon, je lui donne un coup. L'ours me regarde avec ses petits yeux, et il ne nous demande pas qu'il écarte l'épée. J'ai fait ça un peu machinalement. Cette fois, il s'excite de plus en plus. Cette fois, je voulais faire une passe, vraiment que personne ne j'avais plus parée. L'ours, pop ! Il s'inquiétait ses yeux. Et il précise même, il précise même, quand je feintais, c'est-à-dire quand je faisais semblant d'esquisser un geste, mais sans le poursuivre, il ne bougeait pas, il ne réagissait pas.
37:40 Ce que je n'ai jamais vu faire aucun adversaire. Voilà. L'ours ne pense pas. Il est entièrement concentré sur son adversaire. Il n'a pas d'autre pensée. C'est extraordinaire comme histoire. Ce qui est encore plus extraordinaire, c'est la conclusion. Vous allez me dire, oui, on les voit venir, c'est les romantiques, la pensée, c'est toujours ce qui vient de troubler. On comprend pourquoi Hegel s'est fâché avec eux, l'homme de la rationalité, de la réflexion. C'est l'homme qui montre que la réflexion n'est pas en dehors de l'absolu, mais qui est une réflexion absolue.
38:18 Vous allez voir la fin. À la fin, le danseur finit, ou plutôt le narrateur, dit, si j'ai bien compris, c'est la pensée qui vient troubler la grâce. Oui, dit le danseur, mais attention, de même que sur une ligne infinie, on finit par retrouver le point d'où on est parti, de même, la grâce infinie vient soit de l'absence totale de pensée, soit d'une pensée infinie.
38:51 C'est-à-dire, soit dans le caillou, soit dans Dieu. Le narrateur répond, si j'ai bien compris, il faudrait goûter une nouvelle fois l'arbre de la connaissance pour retrouver la grâce. Oui, répond le narrateur, c'est la chute, c'est la dernière phrase. Et ce sera le dernier chapitre de l'histoire universelle. Dites donc, on était parti du théâtre de marionnettes dans la rue, et ça finit par le dernier chapitre de l'histoire universelle. Trois pages. Voilà, je vous recommande. D'ailleurs, ça a été édité dans ces petites maisons que j'aime beaucoup, l'édition, là, il y en a plusieurs, mais il y en a deux, qui sont à deux euros, vous savez, il y a des tout petits textes comme ça, soit des préfaces, soit des extraits.
L'inconscient psychique et le troisième terme
39:28 et je n'ai pas le nom de l'éditeur, mais enfin, vous voyez ce que je veux dire. Et j'en ai plusieurs. Et réflexion sur le théâtre, de marionnettes, Heinrich von Kleist. Donc, on savait depuis bien avant Freud que la respiration, le réflexe rotulien, bref, que nous avons un inconscient, allez, ajoutez, physique, organique, ça, on n'a pas attendu Freud pour le savoir, que ça se passe sans penser, ces trucs-là.
39:58 Mais ce n'est pas ça qui est différent. C'est beaucoup plus scandaleux. Nous avons un inconscient, psychique, ça veut dire quoi ? Alors, accrochez-vous, enfin, si vous êtes comme moi, attaché un peu à la logique, à la philosophie, ça veut dire que j'ai des pensées que je ne pense pas, des volontés que je ne veux pas. Oui, j'ai l'impression que je balbutie avec les mots, là. C'est ça qu'a dit Freud. C'est beaucoup plus grave que de dire j'ai ma rotule qui est ma, oui, ma rotule qui, qui se déplace toute seule, n'est-ce pas, quand le médecin me fait le test, à la visite médicale, de penser que je ne pense pas.
40:44 Donc, ça veut dire qu'il y a un troisième terme entre la pensée et l'étendue. Voyez où je voulais en arriver. Il y a un troisième terme. Là, on n'est pas du binaire au ternaire. On devient sérieux. On devient moderne. Vous m'entendez parler de Lévi-Strauss. Il a bien tranché la nature, la culture. Je ne parle pas de Lévi-Strauss qui est gâteux et qui n'a qu'une obsession, c'est qu'on est trop nombreux pour l'humanité. Malheureusement, ça s'est répandu, cette pensée, mais sans avoir l'intelligence et la culture de Lévi-Strauss qui était une des plus belles cultures de Paris.
41:19 Mais enfin, c'est une pensée qui est toujours pré-nazifiante. Ça veut dire qu'il faut liquider les deux tiers de l'humanité pour que ça tourne. Et bien sûr, moi je suis d'un tiers restant. Vous m'entendez. Ben oui. Sinon, je serais d'accord moi aussi. Si on me garantit, je fais partie de l'Arche de Noé. Bon. Mais enfin, le grand Lévi-Strauss, nature, culture, il avait une réhabilité Rousseau qui avait la profondeur de le premier d'avoir opposé, bien opposé ça, binaire. Il lui dit, oui, mais il y a le cru, nature.
41:50 Le jaguar, mange, cru. Et puis le cuit, l'homme mange, cuit. Et il a appris de cuit, la cuisson. Si vous avez lu, Le Cru et le Cuit, d'après les contes bororo du fond de l'Amazonie, qui a initié l'homme à la cuisson des aliments ? Le jaguar. C'est fort la pensée indienne, la pensée sauvage, pour reprendre un grand titre de Lévi-Strauss. C'est l'animal qui mange cru, qui a appris à l'homme comment cuire les aliments, qui lui a donné, il a appris à se servir du feu.
42:23 C'est pour ça qu'il, il l'a plus. Il y a une logique. C'est pour ça qu'il mange cru, maintenant. Ben oui. Et je te l'ai donné, je ne l'ai plus. Logique du don. Voilà. Ce n'est pas mon sujet, je ne m'attarde pas. C'est intéressant. Donc, il y a le cru, la nature, il y a le cuit, la culture. Et puis Lévi-Strauss dit, oui, mais tout l'intérêt de la cuisine, c'est ce qu'il y a entre les deux. Marinade de sangliers, vous connaissez. Il y a peut-être d'autres Corses dans la salle. Marinade, c'est quoi une marinade ?
42:53 Ce n'est ni cru, ni cuit, c'est les deux. Vous êtes d'accord ? Poisson à la tahitienne, pareil. En fait, c'est cuit, mais sans flammes, chimiquement, avec du citron, des aromates, des acides. L'eau est une flamme mouillée, c'est Novalis. C'est beau ça, hein ? Sur un aphorisme, comme ça. L'eau est une flamme mouillée. Bon, c'est l'eau des poètes. Ce n'est pas H2O. Donc, voilà. Troisième terme. Ce qui est intéressant, à chaque fois, c'est le troisième terme.
43:23 Le fermenté. La bibine. Le pourri. Caroline n'est pas là. Elle a fait beaucoup réfléchir à ces questions. d'une manière très pertinente. Voilà. Vous voyez, le troisième terme, c'est intéressant. Rousseau. Qu'est-ce qu'il vient faire là-dedans, Rousseau ? Eh ben, revenons au binaire, pour mieux faire comprendre le ternaire. Ou on veille, ou on dort. C'est comme ça que se termine la première méditation de Descartes. Je ne perds pas mon fil. Quand je disais que c'est seulement par le cogito qui sort du cauchemar de la première méditation.
Première méditation : les fous, le rêve et la veille
43:55 C'est dans la seconde, qui formule le cogito. Rappelez-vous. Je veux revenir à Rousseau. Je reviens à Descartes. Rappelez-vous. Quand Descartes écrit sa première méditation, celle qui se termine en crise, c'est-à-dire sans aucune solution, au contraire, en aggravant les doutes de départ. Et dont le titre est des choses que l'on peut révoquer en doute. Je vais faire le bilan de tout ce qui est dubitable. C'est ça, le programme de cette première méditation. Mais vous savez que ce n'est pas quelqu'un qui doute pour douter.
44:26 Ce n'est pas un sceptique de tempérament. Au contraire, il passe en train de dire moi j'ai besoin d'une certitude pour fonder, pour m'en sortir. D'accord ? Donc je doute comme ça par méthode, pour être sûr de ne pas... Parce que je me suis fait avoir tellement souvent. Je décidais de réputer pour faux tout ce qui n'était que vraisemblable. Voilà sa force. Voilà sa botte secrète. D'accord ? Il n'y a pas entre vrai et faux. S'il y a la moindre occasion de douter, je vais faire comme si c'était absolument faux. C'est ça sa méthode. Allécarp. Je décidais de réputer pour faux tout ce qui n'était que vraisemblable.
44:58 C'est un mousquetaire qui parle, un guerrier. Non mais je ne plaisante pas. C'est son métier, la guerre. C'est un gentilhomme. Poitevin. Qu'est-ce qui était un gentilhomme à l'époque ? Il se louait au prince électeur de Saxe qui, pendant la guerre de 30 ans, employait des gentilhommes qui savaient faire la guerre. Voilà. À l'époque, c'était courant. Le gentilhomme. Tout va être qu'il fasse un gentilhomme. D'autre que la guerre. Ce n'est pas la noblesse de robe, lui. Et on doit le cogito au fait qu'il y a eu l'hiver qui est venu... Il raconte, hein ? Qui est venu le coincer. Il fallait arrêter la guerre.
45:28 L'hiver, on arrête un peu, là. Il dit de sorte que je suis enfermé pendant toute une saison dans un poêle. Dans une pièce chauffée. C'est là qu'il a trouvé le cogito. Oui. Entre deux batailles. Entre crise et guerre. Hein ? Quand même. Il s'est fait attaquer par les pirates sur un bateau qui allait vers la Hollande. Vous connaissez l'histoire. Il s'est fait ramener au port à la pointe de l'épée en tenant les pirates en respect. Attention. On dit les philosophes. Il y a les philosophes et puis les hommes d'action. Ouh là ! J'ai décidé de réputer pour faux tout ce qui n'était que vraisemblable.
46:00 Et puis ça revient tout le temps chez Descartes des mots comme de rechef. D'accord ? Incontinent. Absolument. Attention. Quand on est perdu dans une forêt, il dit qu'il faut aller tout droit. On finira bien par arriver sur un chemin quelque part. Mais oui ! Vous connaissez sa devise. J'avance masqué. Je ne suis pas un imbécile moi. Il y a Galilée qui vient de se faire condamner. Là-bas, vous ne croyez pas que je vais vous parler et vous dire ce que je pense comme ça ?
46:30 Non ? J'avance masqué. Donc, il commence par douter de quoi ? Comme il est méthodique de ce qui est le plus évidemment douteux. Tout ce qui est sensible, éloigné, comme il dit. Par rapport au sensible, rapproché. Je ne peux pas nier que Jean est en face de moi en train de surveiller la caméra. Par contre, cette rumeur au loin, c'est quoi ? C'est l'orage ? C'est un camion ? C'est un avion ? Oui. C'est un sensible éloigné. Ce qui est le plus douteux.
47:00 Mais par contre, il y a les sensibles rapprochés. Voilà. À chaque fois, on croit que le doute va s'arrêter à ce qui est le plus évident. Dans l'évident, il y a video. Ce que je vois. C'est la faiblesse de l'évidence. Rappelez-vous qu'on ne voit pas la terre bouger. Et qu'il y a loin de la certitude à la vérité Et il dit comment pourrais-je nier, là je le cite, que ces mains-ci et ce corps-ci soient à moi. C'est de plus en plus rapproché.
47:30 C'est le sensible le plus rapproché pour chacun de nous. C'est notre propre corps. Vous êtes d'accord ? Comment puis-je nier que je sois assis ici en train d'écrire au coin du feu ? Il écrit ça. Vous diriez qu'il y a un petit côté presque inquiétant au fur et à mesure que ça se rapproche de lui. Vous avez bien raison. Vous allez voir la suite. sinon que je me compare à ces insensés et voilà le passage sur les fous dont le cerveau est tellement offusqué par les noires vapeurs de la bile explication de l'époque de la folie.
48:01 Qu'ils pensent être des rois alors qu'ils sont tout nus et qu'ils ont un corps de cruche ou de verre. Mais quoi ? Ce sont des fous. Il écrit ça. Mais quoi ? Ce sont des fous. On sent l'homme avec la main sur la garde de l'épée. Je ne serai pas moins fou si je me réglais sur leurs exemples. Sur leurs exemples. Je mets un point là provisoire pour rappeler que Foucault n'a lu que ce passage-là. Vous savez la grande thèse de Foucault ? Le grand renfermement date du 17ème siècle Descartes en gros.
48:33 Au moment où l'homme se définit comme raison il enferme les fous. Au Moyen-Âge il était plus généreux ce qui n'est pas faux. Parce que le fou était considéré un peu comme une visitation de Dieu ou comme un prophète. donc voilà. Il était à la fois craint et respecté etc. C'est un endroit d'Afrique aussi c'est comme ça. Et et donc à un moment se définit comme raison.
49:04 Alors qu'il y ait un côté technocratique de la modernité du 17ème siècle qui se met en place après la révolution scientifique de Galilée ? Et mais que Descartes en soit le champion alors là vous allez voir la suite parce que je vous l'ai donné la suite quand même. et comment Descartes loin de souscrire à ce que dit Foucault non faire l'apologie de la raison mais écoutez plutôt je ne vais pas parler d'un sang de mais quoi ce sont des fous et je ne serais pas moins fou si je me réglais sur leurs exemples. Point. À la ligne. toutefois c'est pas de rechef là tu as vu c'est de rechef toutefois j'ai considéré ici j'ai à considérer ici que je suis homme et que par conséquent j'ai coutume de dormir et de me représenter dans mes songes des choses aussi extravagantes voire plus extravagantes que ces insensés lorsqu'ils veillent.
49:55 Moi Descartes quand je rêve je suis aussi fou et même plus fou que là. Combien de fois n'ai-je pas rêvé que j'étais assis ici en train d'écrire auprès du feu quoi que je fusse tout nu dans mon lit. Imaginons le mousquetaire tout nu dans son lit. C'est extraordinaire ce passage mais quelle auto-humiliation vous voyez quand il dit dans les règles de la méthode qu'il faut éviter soigneusement à la prévention et la précipitation comme il l'applique bien et comme Foucault au contraire se précipite à voir en lui le parangon de la raison alors qu'il est en train et vous allez voir la suite c'est encore pire.
50:42 De sorte que en y pensant soigneusement je vois qu'il n'y a point d'indice concluant je le cite là mot pour mot qui distingue la veille du rêve de sorte que mon esprit en est tout étonné et le tonnerre à l'époque c'est le tonnerre c'est un traumatisme et que cette pensée est presque capable de me persuader que je dors. Voilà sur quoi se termine la première méditation sur l'impossibilité de distinguer le fait que je veille ou que je dorme par le seul critère attention du sensible.
51:16 Parce que vous pouvez me dire mais si j'ai la certitude ça c'est pas sensible mais en tout cas c'est seulement ni par les yeux ni par les oreilles mais enfin je vois ma grand-mère enfin oui oui mais en rêve aussi je la vois alors qu'elle est morte il y a 20 ans. Plus que ça. C'est périssable grand-mère. Grandeur de Descartes. Mais quoi ce sont des fous et je ne serais pas moins fou si je me règle sur leurs exemples. Et voilà qui donne un exemple de folie encore pire.
Vérités mathématiques et Dieu tout-puissant
51:46 pratiquement en disant que je ne peux pas distinguer la veille du sommeil. Alors la deuxième méditation quand je vous dis qu'il tire sa première certitude je vous dis ça parce que je suis fatigué d'entendre dire les français sont cartésiens les cartésiens employer le mot cartésien pour dire le mec est un peu carré. Vous vous rendez compte ce qu'on vient de lire ensemble c'est hallucinant. Il n'y a pas beaucoup de sceptiques qui sont allés jusque là.
52:16 Et dans la deuxième méditation donc j'accélère un petit peu c'est parce que je doute que je vais arriver au cogito. Et voici les étapes qui manquaient puisque le critère sensible s'écroule il n'y a plus de sensible éloigné et rapproché maintenant tout le sensible s'écroule. Ou bien il n'y a aucune certitude et donc je vais sombrer dans le scepticisme soyons clairs. Ou bien s'il y a une certitude ce n'est pas sur un critère d'ordre sensible.
52:47 Donc tout l'empirisme s'effondre toute l'école anglo-saxe. Les théories de Locke et de Hume de la sensation de la perception Il dit par contre quand je dis que 5 plus 3 égale 8 on passe à un autre ordre de certitude. Certitude intelligible ça vous voyez il refait un peu la geste de Platon Platon aussi avait montré que le sensible c'est le fond de la caverne c'est là où tout s'écoule c'est là où rien n'est sûr. Et il avait mis en entrée de son école que nul n'entre ici s'il n'est géomètre ce qui n'invitait pas à faire de la géométrie à son école mais qui encourageait fortement à en faire avant de venir vers la sienne parce que quel meilleur entraînement à contempler des réalités non pas qu'on peut penser mais qu'on ne peut que penser auquel on n'a accès que par la pensée ce qui n'est pas tout à fait pareil n'est-ce pas intelligible c'est ça.
53:36 comme ce cercle parfait n'est-ce pas qui n'est pas celui que je trace sur le tableau ou que je dessine avec le compas fût-il le plus fin du monde eût-il une pointe en diamant ou au laser mais qui est le cercle le cercle des mathématiciens c'est-à-dire un énoncé ne cherchez pas une chose parce que je vous vois des gens en train de scruter imaginez un microscope encore plus fin que le laser c'est un énoncé j'appelle cercle le lieu des points équidistants c'est des mots force de loi décret on décrète les réalités qui surgissent par décret mais décret qui mettent tout le monde d'accord on avait vu la dernière fois que la mesure c'est pareil je soumets tout au mètre, au centimètre à la seconde des choses que j'ai décrétées c'est que c'était pas dans la nature c'est la seconde donc 3 plus 5 égale 8 et ben voilà ça y est c'est fini le doute là soit que je veille soit que je dorme 3 ajoutés à 5 feront toujours 8 il dit Descartes je paraphrase et voilà qu'il trouve une nouvelle raison de douter vous vous rappelez laquelle certains ?
54:46 je vous rappelle des classiques je suis la progression de Descartes dans la méditation policière comme un polar non ? quelle est la raison que peut avoir quelqu'un qui est peu enclin au doute au départ et l'immense mathématicien comme Descartes à douter même des vérités mathématiques vous avez oublié je vous dis tout d'abord qu'est-ce qui est commun à Leibniz puis à Descartes Malebranche ? bien ce sont des gens qui respirent en Dieu ben oui dit toutefois j'ai entendu dire qu'il existe un certain Dieu alors bien sûr il est premier à dire il n'y a rien d'assuré à ce niveau là parce que j'en suis même pas à savoir si je vais ou si je dors comment voulez-vous que je m'assure de l'existence de Dieu qui est encore bien plus compliqué comme problème le simple fait de l'hypothèse qu'il puisse exister c'est-à-dire regardez comme il est rigoureux qu'il puisse exister un être qui m'a fait et qui est un tout puissant fait que si 5 plus 3 égale 8 ce n'est pas parce que c'est vrai en soi mais parce que Dieu m'a fait de telle façon que chaque fois que j'additionne 5 et 3
55:57 je trouve 8 que c'est un effet de la volonté de Dieu et non pas d'une réalité en soi vous vous rendez compte il faut être tordu pour aller chercher dans l'existence de Dieu une raison supplémentaire de douter même des réalités intelligibles des vérités pardon ce n'est pas des réalités intelligibles il se peut que chaque fois que j'additionne 5 plus 3 je suive les desseins de Dieu qui a décidé que ma pensée doit en conclure que ça fait 8 c'est un point sur lequel Spinoza ne suivait pas Descartes Spinoza disait nous savons il n'y est vrai ce n'est pas possible vous montrez l'audace de Descartes je fais une petite parenthèse je ne tranche pas lequel a raison je vous ai dit que vous vous n'alimenterez pas le désir de baston entre philosophes chez moi c'est plus intéressant encore de voir la raison de leur désaccord c'est que sans doute Spinoza a raison pour la rationalité mais Descartes a une raison bien supérieure à la vérité d'invoquer Dieu c'est la liberté car dire que
57:07 5 3 égale 8 c'est vrai en soi comme une vérité éternelle qui s'impose à tout sujet c'est une limitation y compris de la liberté de Dieu alors bien sûr c'est une liberté qu'on dira plus tard aliénée chez Hegel et Marx n'est-ce pas c'est à dire que cette liberté qui doit être le privilège de l'homme on ne l'attribue qu'à Dieu comme un privilège de Dieu car il est le tout puissant s'il est tout puissant il peut très bien faire dit Descartes et là il est imparable Descartes que demain il décide que 5 plus 3 égale 12 sinon il n'est pas tout puissant si on commence à dire que les vérités éternelles s'imposent à Dieu c'est que Dieu n'est pas tout puissant c'est ce souci de préserver la liberté qui fait la grandeur de Descartes ce cavalier français qui est parti d'un si bon pas dit Péguy quelque part larvatus prodeo pas comme eux j'avance masqué parce que j'ai envie d'aller jusqu'où j'ai envie d'aller moi Descartes j'en tire mon poids de vin voilà vous savez qui s'exilait en Hollande pour rester libre on avait eu une avance politique extraordinaire pour les intellectuels et les publications à ce moment là le Nerval que j'aime tellement n'est-ce pas a eu une mission confiée par le ministère de l'intérieur
58:17 à l'époque Nerval flic qui l'eut cru en fait c'est ses amis qui lui avaient trouvé cette petite planque pour se sortir de la clinique où il était soigné pour sa psychose mission mais qui il était passionné de contrefaçon d'ouvrage et on avait dit aller en Hollande surveiller le piratage dans les rejoueurs des impressions de livres français voilà donc vous voyez la Hollande depuis toujours est un lieu de franchise province libre je fais encore une parenthèse sur la Hollande un petit hommage quand même parce que c'est en avance pour tout ça c'est un des plus beaux passages de l'esthétique de Hegel c'est sur la peinture hollandaise après avoir fait de longs chapitres sur la peinture italienne tout ça Hegel adore tout ça il ne joue pas les uns contre les autres ce n'est pas les mêmes moments comme il dit mais il dit en tout cas c'est l'inverse le grand sujet sacré chez les Italiens c'est pas l'annonciation crucifixion et là quoi de plus profane n'est-ce pas qu'une grappe de raisin traînant sur une table c'est vrai qu'un petit glacis dans un verre de vin qui reste c'est ça la peinture hollandaise il dit pourquoi ces objets si triviaux nous émeuvent
59:27 et pourquoi la peinture hollandaise leur donne cette présence qui n'existait pas avant la résurrection dans l'histoire des arts plastiques Hegel risque une hypothèse qui annonce Marx mais d'une manière saisissante pour qu'il y ait un glacis sur un verre de vin et un verre de vin posé sur une table en Hollande il a fallu un travail collectif prodigieux le plancher des vaches il n'existe pas en Hollande il faut le conquérir sur la mer ce petit pays il y a le Portugal qui ressemble un peu deux petits pays et grande puissance océanique je suis admiratif j'ai vécu en Afrique noire et vous voyez sur les côtes ivoiriennes béninoises des noms portugais qui étaient là avant tout le monde sur les petits bateaux pourris qui étaient les caravels quand vous les voyez de près vous voyez comment ils ont osé affronter la haute mer avec ça les dracars étaient bien plus sûrs donc voilà je veux dire la Hollande du coup le fait qu'il y ait tout ce qui est terrestre quotidien est acquis de haute lutte c'est magnifique ce passage je ne sais pas je le recommande je crois qu'il y a un extrait quelquefois avec une peinture hollandaise esthétique
Le malin génie et le cogito
1:00:37 donc les provinces libres des Pays-Bas je ne trouve pas de certitude dans les choses sensibles c'est déjà un gros sacrifice là où tout le monde les voit les choses évidentes les évidences je ne trouve pas de certitude dans les choses intelligibles les mathématiques c'est-à-dire l'espéril comment je vais pouvoir surmonter l'argument de Dieu vous voyez on va de plus en plus vers un paroxysme du doute dans cette progression c'est ça je vais vous montrer et puis tout d'un coup il se corrige il dit mais non Dieu ne peut pas me tromper car pour rester cohérent avec les attributs pour l'instant c'est sa toute puissance on dit qu'il est toute puissance donc s'il existe c'est un peu embêtant pour ma certitude mais par contre on dit aussi qu'il est infiniment bon il ne peut donc pas me tromper je vais donc regardez jusqu'où il va je vais donc forger l'hypothèse qu'il existe pour être sûr de ne pas être trompé c'est sa hantise qu'il existe un être aussi puissant que Dieu mais qui emploie toute son industrie à me tromper c'est la fameuse hypothèse dite du malin génie je remarquais que Descartes est un homme d'une solitude je ne parle pas d'une solitude sociale
1:01:47 il était très entouré comme tout le monde il écrivait à toute l'Europe mais il y a une solitude ontologique il n'est pas certain que ceci existe ou qu'il est en train de dormir et qu'il croit le voir vous voyez il y a une solitude ontologique chez Descartes hallucinante au sens propre des fois il se demande s'il n'a pas une hallucination justement et ce passage magnifique j'anticipe un peu sur la suite mais je vous le dis parce qu'il est trop beau lorsqu'il dit lorsqu'il comprend la différence qu'il y a entre voir et juger que chaque fois qu'on dit je vois en fait je juge dès que j'exprime ma vision à savoir il dit ainsi je dis que de cette fenêtre je vois des hommes or que vois-je sinon c'est célèbre des manteaux des chapeaux ben oui c'était l'époque des mousquetaires vu de loin un peu les gens en bas dans la cour or que vois-je que vois-je soyons rigoureux du point de vue des yeux des manteaux des chapeaux lesquels peuvent recouvrir des spectres mus par des ressorts un petit côté parano ben oui c'était l'époque où les automates la mécanique on est parti de là à la marionnette voyez comme tout se tient ça devient possible ce que vous appelez maintenant bien plus perfectionné
1:02:57 l'homme bionique c'est un mécanisme notamment perfectionné que les rouages et ressorts et horloges à l'époque de Descartes mais lui déjà il avait compris que c'était possible qu'on me fait croire qu'il y a des hommes là mais c'est du virtuel on dirait aujourd'hui voyez et de nouveau je suis seul dans l'univers vous voyez vous vous rendez compte ça le solipsisme la hantise du solipsisme je suis seul dans l'être même peut-être même que Dieu n'existe pas et personne il n'y a que moi c'est terrible donc laissons ses manteaux et ses chapeaux mais retenez la grande distinction de Descartes qu'il ne faut pas dire je vois quand ce n'est qu'un jugement je vois des manteaux de chapeau mais je juge que ce sont des hommes j'anticipe j'extrapole donc il fait l'hypothèse du malin génie allez je ne vais pas vous faire poireauter je veux dire c'est là qu'il y a le retournement au cogito puisqu'on est arrivé au paroxysme du doute il y a cette phrase magnifique qui fait tout le retournement qu'il me trompe tant qu'il voudra il ne pourra me tromper nonobstant que je pense s'il me trompe c'est que j'existe de sorte que cette proposition je suis
1:04:07 j'existe est vrai toutes les fois que je la conçois ou que je la prononce en mon esprit il faut dire la phrase en entier elle n'y est pas dans le résumé qui fait plus tard le Discours de la méthode où il dit je pense donc je suis j'arrivais à ce résultat il n'y a pas le donc dans les méditations c'est même pas la forme d'une déduction le donc pourrait faire sembler que c'est un mathématicien qui enchaîne une déduction non je pense virgule je suis cette proposition est vraie toutes les fois que je la conçois ou que je la prononce voyez le langage inséparable de sa formulation dans mon esprit toutes les fois que sous-entendu et seulement les fois où ça s'accompagne de la prononciation il faut que ce soit articulé silencieusement ou d'une manière sonore mais déployé dans le logos quand même il ne pourra me tromper non obstant que je pense d'accord si tu prends tout si j'ai un ennemi qui est aussi acharné à me tromper c'est bon sang quelle meilleure preuve que j'existe beaucoup de gens se croient dans l'opposition parce qu'ils font la critique des médias on nous ment c'est vrai ça fait toujours et puis toujours les scribes mentaient pour le compte des pharaons et puis toujours
1:05:17 il y a des intellectuels appointés les scribes c'est ça que ce soit Calame ou un clavier d'ordinateur c'est pareil pour raconter des salades ça va c'est pas la révélation ça mais bon sang quelle preuve que nous sommes les plus forts et que Rousseau est le meilleur le plus fort n'est jamais assez fort pour être toujours le maître s'il ne convertit sa force en droit et l'obéissance en devoir si les autorités ont tellement intérêt à ce que nous ne sachions pas la vérité c'est qu'ils ont peur que la sachions nous allions les guillotiner mais c'est ça le problème ça veut dire que nous sommes forts ça veut dire qu'ils redoutent qu'on atteigne la masse comme on dit en physique bien merci la masse critique vous savez quand les parties de l'uranium qui sont séparées l'uranium enrichi le plutonium dans une bombe atomique c'est ça en gros c'est un système de sécurité c'est un truc de verrouillage qui empêche les différentes composantes de la bombe différentes parties pour parler grossièrement de la bombe de l'uranium de se rencontrer le détonateur c'est un acide qui fait fondre ces séparations et se rencontre
1:06:27 et ça atteint la masse critique et boum la masse critique c'est quoi ici c'est une métaphore que je file c'est la vérité de ce qui se passe mais étendu à un grand nombre ah non ça c'est pas possible ça fait des révolutions vous voyez c'est important ce qu'on est en train de voir là tout de même avec Descartes il pourra qu'il me trompe tant qu'il voudra il ne pourra me tromper nonobstant que je pense donc Dubito ça évidemment je doute à cause du malin génie je suis toujours certain de rien mais je peux toujours suspendre mon jugement comme dit Descartes pour ne gober rien de faux j'obtiendrai peut-être rien de vrai il le dit tout ça mais au moins je ne goberai rien de faux je ne ferai pas une victoire et sinon qu'il n'y a rien de certain ce sera ma seule certitude oui ça rappelle Socrate je ne sais qu'une chose et je ne sais rien comme les grands moments de la philosophie rebondissent sur la même illumination fondamentale de retour à cette ignorance par rapport aux habitudes qu'on avait par rapport aux habitudes de penser au mécanisme ce qui fait dire Hegel ce qui est bien connu parce qu'il est bien connu n'est pas connu parce qu'il est bien connu
1:07:37 il est bien connu que le plancher des vaches ne bouge pas il fallait aller jusqu'au malin génie pour rétablir le cogito voilà c'est en quoi c'est une avancée extraordinaire tout doit être validé par la pensée et Dieu lui-même après il va s'appliquer à prouver l'existence de Dieu d'une manière plus ou moins laborieuse avec ses cinq preuves par les effets par les causes la fameuse preuve ontologique on n'est pas en métaphysique je ne m'attarde pas si vous voulez on peut faire un truc comme ça un jour titre historique un peu démodé tout ça mais surtout depuis Kant mais le grand Descartes il est là c'est ce travail extraordinaire des méditations dans le lisez au moins la première et la deuxième vous ne serez pas déçus par cette espèce de polar qui avance comme ça avec une rigueur et une présence existentielle ahurissante voilà mais ce n'est pas moderne au sens actuel au sens contemporain du monde contemporain parce qu'encore une fois ça reste binaire et qu'il n'y a pas ce troisième terme et je ne sais pas si vous avez apporté les textes comme on vous a recommandé de le faire mais je voudrais il reste 20 minutes
Lecture de Conte de Rimbaud
1:08:50 on devrait pouvoir y arriver ce n'est pas grave je ne vous ai pas parce que je voudrais juste rappeler aborder un texte qu'on n'a pas on a distribué mais qu'on n'a pas lu entre nous mais comme il est court pour ceux qui ne l'ont pas devant eux le Conte de Rimbaud excusez-moi conte c'est O-N-T-E ce n'est pas les comptes d'Haussmann les Comptes fantastiques d'Haussmann c'est une caricature de l'époque parce qu'il dépensait beaucoup d'argent Haussmann donc je vous le dire c'est extrait des illuminations encore plus court que le message impérial de Kafka c'est quand même pas long c'est extrait des illuminations et je vous le dis pourquoi je ne vais pas vous embrouiller pourquoi je le cite maintenant je vous ai dit que pourquoi ce long détour par Descartes parce qu'on est ici pour s'initier ou se réinitialiser on avait dit pour imiter les ordinateurs à la philosophie et que quelque part dans ce temps-là je m'acquitte de l'histoire de la philo comme on dit sans la faire de manière systématique parce qu'on ne ferait que ça et ce serait laborieux et ennuyeux dans l'ordre chronologique et il faudrait beaucoup plus de temps encore une fois on pourrait passer 3 ans 10 ans
1:10:00 30 ans sur Platon et on sera encore au premier système donc voilà donc là pour Descartes je tenais quand même à livrer l'essentiel ici et mais on était parti on avait parlé de Descartes pour la notion de sujet je vous rappelle quand même le fil que ce qui manque au cogito cartésien qui est pure pensée transparente à elle-même c'est précisément ces pensées qui ne se pensent pas et ces volontés qui ne se veulent pas c'est l'inconscient à l'intérieur même du sujet pas dans le corps tout le monde est d'accord que c'est trouble le corps le corps nous fait voir des choses les illusions d'optique les mirages le désert ça va ça c'est physique il ne s'agit pas de ça c'est des illusions beaucoup plus graves n'est-ce pas et ce sujet moderne je l'aborde d'abord par un poème en prose puisque il s'agit des illuminations par un poème étant bien entendu que nous sommes en philosophie et qu'il ne faut pas rêver je ne vais pas revenir là-dessus mais je le répète quand même je reviendrai encore d'autres fois nous ne sommes pas mathématiques il faut renoncer aux rêves que Kant avait commencé
1:11:10 par ruiner d'ailleurs dès la fin du XVIIIe c'est là qu'il couronne l'effort des lumières en montrant que les Descartes les Spinoza les Leibniz ou ceux qui ont rêvé d'une mathématique absolue qui nous rend comme Dieu omniscient qui nous rapproche d'un savoir absolu c'est une illusion car le langage de tous les jours je suis en train de parler avec vous oui ou non je ne suis pas en train de dire je ne suis pas en train de faire des équations algorithmes impliques je ne peux même pas le dire c'est imprononçable l'équation c'est silencieux ce n'est pas comme Descartes qui dit c'est vrai chaque fois je la prononce dans mon esprit donc je suis en train de rappeler que la philosophie est condamnée à la métaphore c'est à dire au langage de tous les jours lequel tiens le jour se lève c'est la métaphore il ne s'est pas couché on est dans la poésie allez tant qu'à faire je vous ai rappelé qu'on est comme M. Jourdain à l'envers on fait de la poésie sans le savoir dès qu'on parle mais le tout c'est de ne pas laisser la métaphore telle qu'elle est mais de la réfléchir comme dirait l'autre voilà et c'est ce qu'on va essayer de faire à partir de cette superbe image n'est-ce pas ?
1:12:18 alors je vous dis tout de suite je vous le lis d'abord sans commentaire un prince était vexé ne s'être employé jamais qu'à la perfection de générosité vulgaire il prévoyait d'étonnantes révolutions de l'amour et soupçonnait ses femmes de pouvoir mieux que cette complaisance agrémentée de ciel et de luxe il voulait voir la vérité l'heure du désir et de la satisfaction essentielle que ce fût ou non une aberration de piété il voulait il possédait au moins un assez large pouvoir humain toutes les femmes qui l'avaient connu furent assassinées quel saccage du jardin de la beauté sous le sabre elles le bénirent il n'en commanda point de nouvelles les femmes réapparurent il tua tous ceux qui le suivaient après la chasse ou les libations tous le suivaient il s'amusa à égorger les bêtes de luxe il fit flamber les palais il se ruait sur les gens et les taillait en pièces la foule les toits d'or les belles bêtes existaient encore peut-on s'extasier dans la destruction se rajeunir par la cruauté le peuple ne murmura pas
1:13:29 personne n'offrit le concours de ses vues un soir il galopait fièrement un génie apparaît d'une beauté ineffable inavouable de sa physionomie et de son maintien ressortait la promesse d'un amour multiple et complexe d'un bonheur indicible insupportable le prince et le génie s'anéantirent probablement dans la santé essentielle comment n'aurait-il pas pu en mourir il au pluriel comment n'aurait-il pas pu en mourir ensemble donc ils moururent mais ce prince décéda dans son palais à un âge ordinaire le prince était le génie le génie était le prince la musique savante manque à notre désir point final texte énigmatique comme pratiquement toutes les illuminations de Rimbaud c'est l'époque d'une poésie vous savez après Baudelaire on a dit que la poésie tombait trop souvent dans l'hermétisme comme une boîte qu'on n'arrive pas à ouvrir hermétiquement fermée n'est-ce pas même si ça s'applique surtout à Mallarmé celui qui est arrivé plus ou moins dans l'hermétisme si vous lisez les Illuminations de Rimbaud le sens n'est pas évident à chaque fois bon là quand même
Le prince et les révolutions de l'amour
1:14:40 un prince était vexé je ne fais pas d'interprétation je vous rassure je vous ai dit tout ce que je pensais de cette besogne douteuse qu'est l'interprétation analysons un prince c'est le sens étymologique c'est celui qui règne il peut être empereur roi peu importe c'est celui qui a un pouvoir discrétionnaire et absolu sur tout ce qui est dans son royaume sur les choses on va le voir après sur les choses comme sur les gens sur les toits d'or les belles bêtes comme il dit aussi bien que sur les femmes et les favoris bref imaginez un peu Caligula vous voyez ce qu'on en dit là les hommes avec un pouvoir absolu à rendre fou c'est ça qui se passe un prince était vexé ne s'être employé jamais qu'à la perfection des générosités vulgaires jusqu'ici il a été un beau roi comme bon il a fait un petit peu comme tous les autres il aime les écrouelles il a pardonné de temps en temps un droit de grâce à un tel ou une telle bref il fait comme les autres on s'emmerde il prévoyait d'étonnante révolution de l'amour et oui il serait temps c'est lui un passage célèbre dans la Saison en enfer l'amour est à réinventer on le sait être moderne c'est savoir ça allez je n'insiste pas vous le savez au moins aussi mieux que moi au moins aussi bien que moi il prévoyait
1:15:53 d'étonnante révolution de l'amour et soupçonnait ses femmes qu'est-ce que c'est que les femmes des rois comme ça c'est les favorites c'est pas les femmes en général ce serait fort peu galant et injuste favorite c'est la dame d'atour pour qui tout prince est beau comme dit Baudelaire quelque part ne savent plus trouver d'un pudique toilette pour tirer en saut regarde c'est ce jeune squelette bon et soupçonnait ses femmes de pouvoir mieux que cette complaisance les courtisanes les geishas comme vous voulez agrémentés de ciel et de luxe toujours pareil une fois j'étais avec un auteur je vais le citer c'est François Negroni c'est pas et Belfond je crois que je vais raconter ça je voulais qu'on fasse un bouquin sur le tourisme sexuel en Thaïlande c'est sa spécialité Negroni je vais dire les fantasmes de l'expatriation enfin bref et je vous dis tout de suite que enfin bref Belfond l'éditeur lui promettait 400 000 francs François il n'y a pas une belle plume ça n'existe plus les financiers maintenant ne vous donnent plus des à-valoir c'est énorme 400 000 francs qu'on vous donne d'avance pour vous encourager à écrire le bouquin c'est énorme François était venu me voir en disant on le fait à deux c'était gentil 200 000 chacun 200 000 francs et puis un truc voilà sur la sexpatriation
1:17:03 c'est lui qui a inventé le concept et c'est Pattaya tout ça et François qui est quelqu'un de très sérieux comme tous les libertins c'est un aristocrate un vrai encore s'il y en a quelques-uns des vraies familles il est un type très sérieux et comme tous les libertins il est très pointilleux il ne s'investit que dans des gens mineurs comme ça et il s'aperçoit en faisant ses études que le tourisme en Thaïlande ça vend surtout des produits pour couple statistiquement ce qu'on vend pour l'hôtellerie etc alors c'est pas en couple qu'on va se taper la fille de 14 ans parce qu'il fallait faire une enquête sur ça sur la pédophilie il a envoyé sur les et cette personne dans son enquête effarée que la plupart des agressions c'est que la pédophilie violente vient de l'humanitaire des gens qui sont sur place en permanence et même pas du touriste occasionnel de la Croix-Rouge on apprend maintenant avec les armées qui occupent la Centrafrique n'est-ce pas c'est une confirmation c'est pas les gens les plus libertaires bon voilà et donc quand il a voulu
1:18:13 le publier ils font l'idée de nom François c'est l'époque de Kouchner qui régnait en mettant l'humanitaire c'est intouchable l'humanitaire doit être insoupçonnable le bouquin n'est jamais paru je vous le dis comme ça c'est intéressant c'est effrayant quand même le monde dans lequel on vit donc oui à l'occasion on s'était tapé plein de films X fallait voir faire une typologie à l'époque il n'y avait pas internet encore c'était un petit peu avant l'internet il fallait se taper des VHS en plus c'était abject enfin et ce qui nous a abjecté si je peux vous expliquer c'est l'obscénité la vraie c'est à dire non pas ce que les hommes et les femmes font depuis 10 000 ans franchement ce qui est obscène c'est le fait qu'on le montre mais sinon il n'y a pas de révélation non non c'est que tout le temps il faut que ça s'accompagne de SSS sexe sand sun champagne plage tahitienne en studio un palmier en plastique c'est ça qui est lamentable je ne sais pas c'est qu'il faut exciter le pauvre travailleur immigré qui n'y arrivera jamais au millième de fric qu'il faut pour se taper c'est ça
1:19:23 vous voyez pensez à Clouscard le mondain comme il est fort Clouscard c'est ça qu'on nous vend tu n'y arriveras jamais pauvre con c'est ça c'est pas casse-toi c'est que tu n'y arriveras jamais c'est ça l'obscénité donc sinon vous lisez Brantôme mais même La Fontaine n'est-ce pas La Fontaine de jeunesse c'est beaucoup plus intéressant dans le domaine donc tout ça pour commenter et soupçonner ces femmes de pouvoir mieux que cette complaisance agrémentée de ciel et de luxe et puis les clips de rappeurs aussi vous savez des chevalières de l'or trois coupes de champagne quatre blondes dans le lit c'est pathétique pour eux je leur parle dans la prêche j'ai vu les faubourgs d'Abidjan quand on vient de là on peut toujours rêver ils voulaient voir l'or du désir et de la satisfaction essentielle dites donc ça devient philosophique là et bien oui c'est là qu'ils exagèrent l'or du désir on connait tous mais la satisfaction à Dieu seul appartiennent la sagesse la puissance et la gloire ça veut dire la théologie ben oui satisfaction on a un mot on appellait les chats et bien le désir revient on n'est pas comme les lions ils ne sont pas cons ils sont abrutis c'est pas pareil au sens propre
Le désir destructeur et le sujet abstrait
1:20:33 eux ils ont le désir enfin le besoin ils ne vont pas jusqu'au désir justement c'est pas si bête ça les réveille un peu la faim les lions bossent ça va c'est bon on passe en veilleuse toujours d'un oeil les lions ramènent la pittance on mange et on se rendort on est à peine né on est né juste le temps de faire une petite course hop mollement comme ça ah non l'homme c'est pas ça l'homme ce qui est caracté c'est la unruhe Leibniz l'avait vu l'inquiétude c'est comme ça qu'on appelle le tic tac de l'horloge en allemand unruhe excellent que Leibniz ait vu le lien entre le temps et l'inquiétude c'est pas le temps des mathématiques ça ou de la physique donc voilà l'analyse de Hegel sur le désir qui est là désir le lendemain matin le lendemain la faim revient donc de temps en temps il faut désirer autre chose que que les glucides les lipides les protides quoi après on désire l'autre mais l'autre il se laisse pas dévorer comme une pomme c'est compliqué allez on y arrive donc il voulait voir du désir et de la satisfaction on me dit donc je viens de parler
1:21:43 d'une pomme non je suis sérieux je viens de parler des lions et des gazelles et de la pomme dans les deux cas le désir est destructeur si le désir s'assouvit je broie la pomme entre les mâchoires oui ou non on fait de la compote ou bien la gazelle est dévorée on me dirait non je suis pas comme ça moi ma femme je l'aime pour ce qu'elle est c'est pas pas un détruire il dit ça en même temps qu'est-ce qu'on aimerait bien lui apprendre ceci l'initia cela bref elle va pas la laisser comme elle est mais la changer la transformée complètement oui il y a Pygmalion qui va un peu loin dans le genre mais enfin quand même non mais moi pareil je veux dire je parle des hommes soyons clairs le désir est destructeur pour le meilleur et pour le pire attention je suis pas en train de donner une bonne nouvelle enfin si on veut avoir des vrais bonnes qui soient pas décevantes si on veut pas si on veut être cartésien ne pas se tromper comme on a déjà été trompé il vaut mieux aller au devant des difficultés que d'attendre qu'elle saute à la figure donc il voulait voir la vérité
1:22:54 l'heure du désir et la satisfaction essentielle et comme Rimbaud que le gamin il a 18 ans quand il écrit ça comment il peut savoir tout ça comme il sait tout ce que je viens de dire c'est ça qui est une énigme chez Rimbaud dans un autre temps je parle que ce fut ou non une aberration de piété il sait lui que c'est une aberration de piété de vouloir pour l'homme être désir satisfait il a lu Pascal le divertissement il sait bien que l'homme c'est l'inquiétude il n'y a que la pierre qui est satisfaite de ce qu'elle est le caillou ou bien Dieu il n'a plus rien à désirer puisqu'il a tout ce qu'il veut entre les deux l'inquiétude du vivant il est terrible de tomber entre les mains du Dieu vivant que ce fut ou non une aberration de piété il voulait il possédait on est à l'imparfait pour l'instant c'est comme un conte il était une fois il possédait au moins un assez large pouvoir humain ben oui c'est pas mal comme pouvoir humain donc maintenant ça peut commencer toutes les femmes qui l'avaient connu furent assassinées passage au passé simple vous voyez l'action ça commence désir destructeur allez Catherine de Russie il paraît qu'elle elle exécutait ses amants après chaque consommation pareil on en raconte beaucoup aussi on avait toujours plus
1:24:04 à Marie-Antoinette que à Louis XVI c'est normal voilà pareil c'est la reine Margot aussi qui jetait ses amants par la fenêtre après par la fin de la Seine semblablement où est la reine qui commanda que Buridan fut jeté un sac en Seine mais où sont les neiges d'antan quel saccage du jardin de la beauté sous le sabre elles le bénirent ah là commence à apparaître un symptôme qui n'était pas prévu c'est que ça ne résiste pas nous on ne peut pas faire ça on n'est pas prince vous voyez mais là l'objet se laisse dévorer par le sujet il n'y a pas de résistance c'est exactement ce que Hegel dit du maître dans la théorie du maître et de l'esclave le maître dès qu'il a un besoin il passe par l'esclave son désir est tout le temps médiatisé par le travail de l'esclave de sorte que rien ne lui résiste alors que l'esclave se tape la résistance du bois du fer de la chaleur des trucs sous le sabre elles le bénirent donc commanda point de nouvelles les femmes réapparurent pensez au sultan de la sublime porte puisque la Turquie est d'actualité
1:25:14 les favoris de Venise d'Ukraine d'Illyrie ah il ne rêve pas messieurs c'est fantastique quand même chaque fois le stock bon les femmes réapparurent il tua tous ceux qui le suivaient tous ceux ah c'est plus les femmes ça prend une extension ça devient de l'ogre c'est terrible tous ceux qui le suivaient les courtisans les amis après la chasse ou les libations la suite quoi la suite il ne fallait pas être là tous le suivaient ça ne résiste pas il s'amusa à égorger les bêtes de luxe c'est un petit souvenir là il connait bien sa littérature latine commode vous avez entendu parler cet empereur commode il me fait rire il y en a qui ont comme Néron Caligula ça a de l'allure mais celui-là il rentrait dans l'arène ce qu'il voulait qu'on l'applaudisse tout le stade comme ça mais pas con pas devant des lions devant des oies c'est affreux c'est minable en même temps il y avait des licteurs qui vous piquaient avec la lance et si vous applaudissiez pas il s'approchait pas rassuré parce que les oies vous connaissez les oies comme ils connaissent la campagne c'est mauvais pour les mollets mais il les étranglait
1:26:25 quand il arrivait comme vous voyez Rimbaud ici tout ça il s'amusait à égorger les bêtes de luxe il fit flamber les palais Néron il fit flamber les palais il se ruait sur les gens et les taillait en pièces on sent qu'il y a une accélération une furie vous voyez la foule les toits d'or les belles bêtes existaient encore ben oui mon coucou il y aura toujours plus de choses dans l'univers que tu dois en consommer mon pauvre abruti la dialectique hégélienne du désir donc le désir s'investisse en autre chose que dans cette négation totale où le moi s'affirme par la disparition de l'objet où le sujet ne s'affirme voilà le sujet abstrait le mauvais sujet celui qui ne s'affirme que par la négation de l'objet voilà le quotient philosophique du texte alors il reste l'opinion publique on ne peut pas laisser longtemps un mec comme ça agir peut-on s'extasier dans la destruction se rajeunir par la cruauté le peuple ne murmurera pas pas que ce vous voulez encore mieux personne n'offrait le concours de ses vues un soir il galopait fièrement tiens on revient à l'imparfait donc le fantastique le conte revient un génie apparu d'une beauté ineffable quel sexe le génie à votre avis ?
Le génie, l'amour multiple et la musique savante
1:27:39 tu raches la tête non c'est pas c'est ça génie un génie c'est précis la poésie seule différence avec les mathématiques c'est que c'est une science exacte la poésie un génie apparu homme femme ni l'un ni l'autre ou tous les deux comme vous voulez peu importe un génie apparu en tout cas voilà le texte il ne faut pas interpréter d'une beauté ineffable inavouable même on sent qu'il y a l'exception dans l'air de sa physionomie et de son maintien on voyait aussi bien son aspect physique que son attitude ses postures son maintien ressortent donc ce qui ressort de son intériorité pas seulement ce qu'on veut à l'extérieur voilà pour ce qui est la res extensa ressortait la promesse la promesse d'un amour multiple c'est Stendhal qui disait que l'amour c'est une promesse de bonheur la promesse d'un amour multiple et complexe alors c'est pas comme manger une pomme ou dévorer une gazelle ou se taper une favorite un amour multiple
1:28:51 et complexe enfin des difficultés Tristan et Iseut c'est tous l'histoire lorsqu'ils sont enfin échappés au roi Marc ils peuvent enfin se tailler seuls dans la forêt on revoit un peu dans Excalibur je crois j'essaie de parler de film culte peut-être c'est déjà trop vieux le fait Excalibur je sais pas je suis tellement vieux que j'ai oublié la date de ma mort comme disait Borges et Excalibur on voit Tristan et Iseut dans la forêt à un moment donné dans la caverne ne me rappelez pas il regarde un miroir magique si vous regardez bien la narration du Moyen-Âge et bien ils s'emmerdent quand ils sont en forêt précisément parce qu'il y a plus le roi Marc les difficultés qu'il faut surveiller et tout vous voyez ils s'embêtent ils ont un gros problème ils reviennent à la cour bon allez donc un amour multiple et complexe d'un bonheur indicible insupportable même le prince et le génie s'anéantirent à deux donc ça s'est terminé mal probablement dans la santé essentielle comprenez ça comme vous voulez moi je n'interprète pas ça me semble évident le prince et le génie santé ça fait penser au corps quand même le prince et le génie s'anéantirent probablement dans la santé essentielle comment n'auraient-ils pas pu en mourir ensemble donc
1:30:01 ils moururent donc on apprend que le désir peut trouver son objet ça peut arriver mais au prix de la mort de l'anéantissement pour rester près du texte il y en a dans cette petite page une seule page c'est pas mais le prince décéda dans son palais à un âge ordinaire sous-entendu ça n'existe pas cette histoire c'est un conte ou alors c'est notre histoire à tous voilà ce qu'on est en train de dire un mot histoire ordinaire le prince était le génie le génie était le prince ça pourrait être là le point final puis un point-tiret et cette mystérieuse chute la plus intéressante à mon avis la musique savante manque à notre désir c'est un beau texte sur le désir la musique savante ah ben c'est pas c'est pas David Bowie ça va plus compliqué ah ben oui qu'est-ce que vous voulez parce qu'il paraît qu'il est savant dans les nuls bon moi je veux bien il a toujours changé sa manière excusez-moi je sais qu'il y en a qui a des fans ici pas bien ce que je fais mais enfin c'est en termes relatifs quoi tout est relatif il y a des contemporains de lui si lui c'est un génie alors qu'est-ce qu'il faut dire je sais pas mais Thelonious Monk à la même époque
1:31:11 et encore je prends des titans comme Monk bon passons mais en trois secondes de Monk il y a dix fois plus de musique que dans toute l'histoire de la... bon bref la musique savante Rimbaud c'est pas le mec qui va au conservatoire et qui est abonné au concert à la Philharmonie non qu'est-ce qu'il dit dans Une saison en enfer j'aimais les refrains niais rythme naïf toile de saltimbanque quand même il est passé par le libéralisme libertaire il connait ça par coeur il a fait sa révolte si ce n'avait été qu'un révolté il n'aurait jamais été un révolutionnaire c'est Merleau-Ponty qui dit admirablement si le philosophe était un révolté il choquerait moins car enfin chacun s'aperçoit que le monde ne va pas comme il faut quitte à l'oublier quand on revient aux affaires c'est ça la révolte c'est Cohn-Bendit libertaire en 68 et libéral en 78 non Rimbaud c'est sérieux il y a le détour par le savoir voilà alors pourquoi je vous ai lu ce texte c'est bien dommage
Hegel : la liberté du vide dans la Philosophie du droit
1:32:21 parce que si si je vais quand même le lire je fais une prolongation de deux minutes ah bon je ne vais pas bouffer je rattrape mon handicap c'est gentil si ça ne vous embête pas il y en a peut-être qui ont prévu des horaires qui avaient peut-être des obligations de toute façon j'ai vu quelqu'un partir très gentiment sur la pointe des pieds c'est évident qu'on est ici en toute liberté oui je peux relire ce texte de Hegel après ce conte de Rimbaud sans aucun commentaire autre que ce que j'ai fait pour que la compréhension soit vous voyez principe de la philosophie du droit on est à l'opposé la poésie l'oeuvre la plus aride la plus abstraite presque agressivement n'est-ce pas stalinienne je l'ai dit pour l'image je ne sais pas de ce que ça véhicule dans la représentation même si c'est une connaissance rien d'historique à ce niveau pauvre Hegel de Hegel la moins libertaire et la moins libérale ça c'est clair donc principe de la philosophie du droit la préface il a dit c'est pas un livre qui dit à l'état ce qu'il doit faire mais qui nous apprend à nous comment on doit penser l'état qui est et non pas à penser à ce qu'il doit être vous voyez sur le monde et il distingue deux moments de la volonté en général avant d'arriver au droit
1:33:31 au sujet juridique donc il rappelle les sujets psychologiques et entre autres volonté une volonté qui équivaut à celle du prince de Rimbaud cette volonté conception moderne de la volonté où je ne suis moi que lorsque j'exclus tout ce qui n'est pas moi lorsque comme dirait Rimbaud la saison en enfer si j'avais un antécédent à quelques points de l'histoire de France mais rien je sais quelque part une abstraction que rien n'a précédé il n'y a pas d'équivalent je suis moi moi moi égale moi c'est Fichte qui dit ça ich bin ich je suis moi à part ça tout est faux voilà et donc cette volonté contient petit alpha c'est l'élément de la pure indétermination et oui dès qu'il y a une détermination je suis français ou je suis un mec ou je suis une nana immédiatement ça m'oblige à ceci et s'exclu cela donc c'est déjà au détriment de ma liberté non l'élément de la pure indétermination ou de la pure réflexion du moi en lui-même Pierre de la pure réflexion du moi en lui-même dans laquelle s'évanouissent toute limitation tout contenu fourni et déterminé soit immédiatement par la nature je suis un mec les besoins
1:34:43 les désirs et les instincts soit par quelque chose d'intermédiaire et ça va vite c'est profond ça veut dire je suis un français je suis un bourgeois au-delà même des déterminations naturelles l'infinité illimitée de l'abstraction et de la généralité absolue la pure pensée de soi-même et il ajoute ceci alors écoutez bien parce que je n'ai jamais vu une telle modélisation philosophique du génocide je ne parle pas je ne suis pas dans la métaphore malheureusement j'aimerais bien je pense au Khmer rouge j'en avais parlé l'autre jour à propos des bourgeois, bohème, bouddhiste et bonobo c'est un pays bouddhiste le Cambodge et on dirait qu'il fait un compte-rendu des Khmer Rouge mais en langage philosophique en langage codé à propos de ce moi abstrait c'est la liberté du vide pour l'instant il l'a décrite il ne l'a pas jugé elle peut se manifester sous une figure réelle et devenir une passion alors si elle reste simplement théorique si elle ne reste que dans la tête
1:35:53 c'est le fanatisme religieux de la pure contemplation hindoue on s'est rapproché du bouddhisme c'est extraordinaire ce texte c'est quand même écrit en 1830 le fanatisme de la destruction de tout ordre social existant et l'excommunication de tout individu suspect de vouloir un ordre et l'anéantissement de toute organisation voulant se faire jour ça me rappelle un peu les maos spontex de 68 à la fin d'une manif vous disiez maintenant on va aller brûler la bourse bon je dis ça je fais une parenthèse je fais une petite recherche récemment je suis tombé sur un article du Monde je vous donnerai la référence je la mettrai sur Facebook que je n'ai pas en tête par coeur mais il y a une dizaine d'années où un ancien des services spéciaux comment dire les services hollandais des années 80 raconte ses mémoires il est à la retraite il est un peu idiot il lâche des trucs il dit bah oui parce qu'on peut montrer quand même qu'on n'est pas si idiot que ça les services et il crache le morceau nous avons créé les maoïstes hollandais voilà parce qu'il fallait liquider le parti communiste hollandais etc et même les chinois y ont cru ils les ont accueillis c'est intéressant
Furie de destruction et deux abstractions symétriques
1:37:03 ah là c'est pas comique au Cambodge c'était pas l'aspect comique excusez moi mais comme je suis pro-vietnamien les premiers objets du massacre des Khmer Rouge ça a été les vietnamiens je ne peux pas m'empêcher d'en parler sans une certaine passion mais alors c'est incroyable de voir après le texte de Rimbaud là vous voyez si elle se tourne vers l'action là jusqu'ici c'était la contemplation hindou ça va bon si elle se tourne vers l'action c'est en politique comme en religion le fanatisme de la destruction de tout ordre social existant je répète et l'excommunication de tout individu suspect de vouloir un ordre et l'anéantissement de toute organisation voulant se faire jour ce n'est qu'en détruisant que cette volonté négative a le sentiment de son existence voilà le Conte, le prince de Rimbaud il sent qu'il existe quand il détruit elle pense qu'elle veut un état positif ce qu'elle peut être idiote en plus par exemple l'état de l'égalité universelle ou de la vie religieuse universelle
1:38:13 ça peut être des sectes mais en fait elle n'en veut pas de la réalité positive car celle-ci introduit aussitôt un ordre quelconque une détermination singulière par exemple il faut faire la vaisselle je vous dis ça parce que moi j'ai vécu l'époque des communautés vous avez des communautés en Ardèche j'étais dans la Drôme à ce moment-là parce que j'essaie de franchir le Rhône pour me trouver en Ardèche c'était l'époque où il y avait Lanza del Vasto ça avait fait chemin de Katmandou il y avait ces communautés qui me disaient que j'étais un pauvre con d'avoir une femme un enfant une voiture alors qu'il faut une communauté ils avaient mis une cloche pour ne pas tuer les mouches qui sont sur le fromage vous voyez tout ça non mais c'était gentil garçon c'était toujours les mêmes nanas qui faisaient la vaisselle vous voyez là ils se retrouvaient dans l'ordre c'est terrible et oui dès qu'on ne passe à la réalité ben oui c'est embêtant mais il y a des vaisselles à faire si c'était que la vaisselle c'était un plaisir la vaisselle tourne hiver il y a des manolocheuses mais vous avez déjà de repasser des chemises de mec c'est épouvantable c'est autre chose que la vaisselle et je ne parle pas du lavoir pendant des siècles la voir et les libéraux libertaires
1:39:24 qui disent ouais la machine Heidegger la technique la machine à laver qu'est-ce que t'as quand t'as la machine à laver pauvre con fumée entre crise et guerre excusez-moi je m'excite elle veut un état positif l'état de l'égalité universelle ou de la vie religieuse universelle mais elle n'en veut pas de la réalité positive car celle-ci introduit aussitôt un ordre quelconque une détermination singulière aussi bien des institutions que des individus alors que c'est en niant cette spécification et cette détermination objective que précisément la liberté négative devient consciente de soi ainsi ce qu'elle croit vouloir ne peut être pour soi dans sa tête sous-entendue qu'une représentation abstraite et sa réalisation n'être qu'une furie de destruction pour une fois qu'on nous évade pas mais qu'on nous aide à penser le carnage c'est bien ça qui est d'actualité non ?
1:40:20 il y en a bien qui sont en train de jouer au foot avec des têtes coupées là quelque part et à qui nous livrons des armes donc voilà penser le carnage tout de même vous voyez ça vient de cette forme de cette conception illusoire de la liberté comme pur moi comme pure abstraction donc c'est de même que la société qui vivait on a tiré tout ça de la cloche fêlée chapeau Baudelaire de même que la société des deux premiers quatrain n'est pas la société à laquelle nous sommes tous condamnés mais c'est une forme particulière qui s'appelle le communautarisme beaucoup trop homogène beaucoup trop exclusif enfermé dans telle détermination à l'exclusion de toutes les autres de même l'individu qui s'y oppose arrive aussi à un abîme d'abstraction quand il a la sensation que sa vérité c'est d'être indépendant de toute détermination voilà ce qu'on vient d'apprendre aujourd'hui vous voyez les deux abstractions symétriques le moi abstrait et la société abstraite abstraite au sens concret celle qui n'existe concrètement
1:41:30 qu'en faisant abstraction de tout le reste des femmes adultères entre autres voilà on va s'arrêter là pour être tout à fait dans les temps mais je voulais absolument clore sur ce parallèle entre le texte de Rimbaud vous voyez et ce qu'au scientifique écrit presque un siècle avant Rimbaud merci