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Rappel de la séance précédente et problématique des genres
0:00 Je suis désolé pour la dernière session dont le contenu était à ce point un peu foisonnant, un peu dense, que se termine un petit peu en queue de poisson. Au moment où on commençait à être dans le vif du sujet, j'ai mal géré le temps tout simplement, au point d'ailleurs que j'ai sacrifié la séance des questions, tant la matière de l'intervention m'a fait déborder de l'heure et demie que je m'étais fixée.
0:31 J'ai sucré la dernière demi-heure au questionneur, ce qui est bien dommage, je vais essayer de ne pas faire pareil cette fois-ci. Et on a fait acheter sur les deniers de l'association une massue pour Thomas pour qu'il me tape sur la tête au cas où... Voilà. J'espère que vous vous rappelez, je ne vais pas faire le décompte de ceux qui n'étaient pas là, ceux qui étaient là, parce que je m'embrouille, mais je rappelle quand même ce que j'appelle, avec une curieuse métaphore alpine, je ne sais pas où elle me vient, mais quand j'ai dit le palier est atteint pendant la dernière session, comme si je vous avais hissé sur les hauteurs.
1:12 C'est pas moi, c'est Nerval. Bon, c'est vrai, c'est vrai, je voudrais marquer le coup là quand même pour une fois. C'est vrai que je vous rappelle que depuis, la première fois que j'ai fait intervenir un texte littéraire dans notre atelier de philosophie, vous savez que je suis un peu un obsessionnel de la problématique des genres, soit à cause de leur fusion, soit au contraire à cause de leur distinction et de leur séparation.
1:43 Il y a des sexes dans la vie, il y a des classes sociales et il y a des genres. Je ne parle pas des genres comme les anglo-saxons, là, hein. Je suis sérieux. Je parle des genres, la tragédie, la comédie, le théâtre, la poésie. Je parle dans le délire Caroline Fourest, quand même. Alors, ou Tariq Ramadan, c'est pareil, tout ça. Donc, sérieusement, quand je parle de marquer le coup, je veux dire, depuis la première fois que j'ai fait intervenir, que j'ai fait reposer notre réflexion dans tous les sens du terme, reposer d'ailleurs, parce que ça repose un peu de l'abstraction, sur un exemple d'expression littéraire, c'était, si je m'en souviens bien, avec la cloche fêlée de Baudelaire, lors des années passées, enfin, il y a deux ans, puis il y a un an, puis après, avec une longue lecture collective, bonsoir, de la quasi-totalité de Phèdre de Racine,
2:55 lorsqu'on a voulu illustrer la dichotomie, la scission qu'il y a à l'intérieur du sujet, « Asservi maintenant sous la commune loi, par quel trouble me vois-je emporter loin de moi ? » dit Hippolyte, un peu tard, un peu trop tard. Moi, je croyais que j'étais comme ci, comme ça. Eh bien non, je ne suis pas du tout comme ça, je suis comme tout le monde, asservi maintenant sous la commune loi. Moi, j'ai cru au libéralisme, au capitalisme, j'étais un individu.
3:25 Ah ben non, non, non, asservi maintenant sous la loi des communistes, pardon, sous la commune loi. Par quel trouble me vois-je emporter loin de moi ? Un moment a vaincu mon audace imprudente, etc. Cette crise du moi qui se scinde, n'est-ce pas, et qui va devenir béante dans la modernité, n'est-ce pas ? On avait illustré que le phèdre de racine, tout ça, c'était pour illustrer, incarner, donner de la chair et du sang à des concepts qui, sans cela, auraient pu paraître abstraits, ou en tout cas, vu la fréquence de nos réunions et le fait que, hélas pour moi, nous ne nous voyons pas assez, était une manière de pallier un peu l'abstraction inhérente à la discipline philosophique un peu trop souvent.
4:11 Donc, je n'ai cessé de rabâcher depuis le Baudelaire, attention, il y aurait dix volumes à faire, un que sur ce poème, sur la cloche fêlée, ça a été fait, des tas de gloses, mais on n'est pas là pour faire l'exploitation littéraire, mais l'exploitation philosophique. Donc, c'est un rappel. Et on l'avait un peu oublié depuis qu'on lit Angélique, parce que j'ai bien dû rappeler à ceux qui connaissent mal le texte, et a fortiori le contexte, un petit peu, justement, le cadre dans lequel s'inscrit cette œuvre-là, dans l'histoire littéraire et tout, mais enfin, voilà, je l'ai fait forcément hâtivement, j'ai essayé de m'en tenir à l'essentiel de ce qui va nous...
Angélique et Aurélia, deux textes que tout oppose
4:51 de me signaler que ce qui va avoir des conséquences philosophiques sérieuses. Et donc, je ne pouvais pas revenir au bilan philosophique du texte avant la séance de la dernière fois, où tout d'un coup, on a franchi un seuil. Ce seuil, si vous vous rappelez bien, ce qui était là la dernière fois, c'est lorsque nous avons fait la lecture comparée de deux passages, extraits de deux œuvres différentes du même auteur, le premier extrait d'Angélique, de la quatrième lettre, de la sixième lettre, pardon, excusez-moi, la quatrième lettre, c'est celle où il change de décor entre Paris et qui va dans le Valois, avec un sous-chapitre titré par lui-même Les Jeunes Filles, et c'est quand il voit les jeunes filles chanter près de la cathédrale de Senlis, les petites filles sous la direction d'une jeune fille, pour être précis, et que ça l'a attendri parce qu'on sait qu'il est très sensible, on va y revenir au chant populaire.
5:53 Donc, et on a comparé ce texte-là avec, alors, dans un contexte on ne peut plus différent, un extrait d'Aurélia, qui est le récit clinique que l'on doit, si vous vous rappelez bien, à son médecin qui lui avait dit que si vous pouviez mettre vos obsessions, vos visions et vos rêves par écrit, ça vous ferait peut-être du bien, ce qui était quand même, pour l'époque, une idée qui n'était pas si mauvaise. Et ce n'était pas encore la talking cure, mais c'était déjà la writing cure, n'est-ce pas ? Et c'est à ce médecin, peut-être qu'on doit, à Aurélia, qui est un espèce de document sur les visions qui accablaient notre, je ne veux pas dire notre pauvre Gérard, parce qu'il aurait détesté ça.
6:31 Mais ces moments les plus tragiques, et il ne faut pas oublier que ces œuvres les plus équilibrées, aux yeux de tous les critiques, je ne me permettrai pas de prendre la responsabilité d'un tel jugement, les plus lumineuses, les plus réussies, les plus maîtrisées, ont été écrites pendant des balades à pied autour de Paris, en Ile-de-France, entre deux crises de folie totale à la clinique. Ce sont des victoires arrachées au pathos, au sens propre à la maladie, quand même.
7:04 Et je le dis pour clore, j'avais développé ça la dernière fois, j'avais dit que Nerval détestait qu'on réduise son œuvre à la folie, et je ne dis pas au suicide, parce qu'il n'est quand même pas anticipé, mais voilà. Et il dit à la fin de cette admirable préface, la lettre à Alexandre Dumas, vous vous rappelez, puisque dans l'édition, c'est le cas d'ailleurs, celle que vous avez là, de folio, c'est le cas aussi en poche, et c'est lui qui a institué la tradition de faire suivre les filles du feu, donc son recueil de nouvelles, donc sa prose, par ses poèmes, les Chimères, par ce court recueil, mais très dense, les Chimères, qui va exercer une influence si profonde sur la poésie d'avant-garde, avec les symbolistes puis les surréalistes.
7:47 Donc, Nerval dit à la fin de sa préface à Alexandre Dumas, un peu pour montrer qu'il savait bien que Dumas n'y comprendrait pas grand-chose, et puisque vous avez eu l'imprudence de citer un de ces sonnets composés dans un état de rêverie supernaturaliste, comme disent les Allemands, vous les trouverez tous à la fin du volume. Vous verrez, ils ne sont guère plus obscurs que la métaphysique de Hegel, on va faire plus clair des fois, quand même, ou les mémorables de Swedenborg, je vous rappelle que Swedenborg est un mystique suédois assez trouble aussi, et qui a écrit les mémorables des visions des hallucinations, pareil, ils ne sont guère plus obscurs que la métaphysique de Hegel ou les mémorables de Swedenborg, et ils perdraient de leur charme à être expliqués si la chose était possible.
8:34 Concédé-moi du moins le mérite de l'expression. Nerval voulait qu'on le juge sur cette qualité poétique. Je vous dis la dernière phrase, la dernière folie, c'est la chute de la préface, qui me restera probablement, sera de me croire poète, c'est à la critique de m'en guérir. J'avais dit, on a rarement vu un fou à ce point maîtriser, avec autant de raisonnement, n'est-ce pas, son propos. Donc, Aurélia, c'est l'autre extrême, c'est vraiment le récit de ce qu'il appelle lui-même l'épanchement du songe dans la vie réelle.
9:09 Ce n'est pas grave que vous rêviez qu'une personne qui est, hélas pour vous, une de vos proches qui est morte, pour laquelle vous avez fait le deuil depuis longtemps, que vous la voyez en rêve tout d'un coup vivante, comme s'elle était là en train de vous parler, et que sa tête se promène au bout des branches d'un arbre. Ça s'appelle une hallucination. Ce n'est pas grave si vous voyez ça en rêve. Quand vous le voyez à 16h de l'après-midi, et bien réveillé, ça s'appelle l'épanchement du songe dans la vie réelle. Il ne faut pas se fier à la manière fluide dont Nerval en parle, c'est des choses graves. Donc, on avait comparé ces deux textes, et, ô surprise, on pensait que le premier, Angélique, c'est quelqu'un qui a toute sa tête, qui se promène dans le Valois, qui a un contrat avec le journal Le National, je vous rappelle, et qui envoie le texte que nous avons régulièrement.
9:52 Ce n'est pas des épisodes de son feuilleton, l'histoire de l'abbé de Bucquoy. Ah, il ne trouve pas le livre, donc on va meubler le propos en racontant tout ce qui m'arrive pendant mes pérégrinations dans le pays de la ville de Bucquoy, dans le Valois. Nerval ne nous dit pas encore que c'est là où il a passé son enfance, mais il nous y emmène quand même. Et donc, on a l'impression qu'autant on est dans le monde onirique avec Aurélia, dans le monde du rêve, d'hallucination, donc dans le champ de ce qu'on appellerait l'imaginaire, petite parenthèse, le champ de l'imaginaire, tripartition.
L'imaginaire et la Reine de la nuit
10:27 Je ne veux pas que ce soit des notions vagues. je le divise en trois espèces, si vous voulez. Vous ne pouvez pas en trouver d'autres. C'est une classification comme une autre. L'imagination, il y a dans l'imaginaire, c'est important quand même dans l'imaginaire, l'imagination. Deuxièmement, le rêve, au sens propre, le rêve, le rêve nocturne. Troisièmement, la mémoire. Eh bien oui ! Je vois la caméra, ce n'est pas l'imagination. Je ferme les yeux, je m'en souviens, c'est l'image que j'ai en moi.
11:01 C'est l'imaginaire aussi, la mémoire, n'oubliez pas ça. Les Proust, les Nerval, sont des champions de l'immense édifice du souvenir, comme ils disent eux-mêmes. Bon, c'est intériorisé tout ça. C'est le monde de la reine de la nuit. C'est dans quel ouvrage il y a la reine de la nuit ? Oui ! Eh, vous en savez des choses, La Flûte enchantée, oui. vous ne ratez jamais une occasion d'aller voir cette merveille quand même. Parce que surtout que ça fait partie des choses comme Casse-Noisette qui peuvent s'écouter de 7 à 77 ans comme on dit, n'est-ce pas ?
11:34 Ça plaît aux enfants parce que c'est une féerie comme un conte. Et les adultes auxquels ça ne plaît pas, ce n'est pas grave, comme dirait... Mais oui, non, non, c'était Gustave Moreau, le peintre, vous savez, il était directeur des Beaux-Arts et puis il y a un élève, un étudiant qui vient de dire « Monsieur, moi, je n'aime pas Michel-Ange. » Il a dit « Ce n'est pas grave. Ce n'est pas grave, mon petit, ça ne fait rien du tout. » Non, mais moi, je me serais crevé à dire « Mais quand même, Michel-Ange, vous avez raison, Gustave, c'est ça qu'il faut répondre. Ce n'est pas grave, mon petit. Parce que ça ne vous empêche pas de dormir, surtout.
12:06 Voilà. Donc, allez voir La Flûte Enchantée. Dans La Flûte Enchantée, il y a deux personnages centraux qui ne peuvent pas se blairer et qui se mènent une lutte sans merci. Nous sommes au siècle des Lumières Mozart, le roi du soleil, Sarastro, le futur Zarathoustra. Sarastro, vous savez que Sarastro est un nom qui vient de la Perse ancienne, c'est la religion perse que Hegel tenait en haute, estime. Et Nietzsche plus tard aussi, pour une fois qu'ils ont un point commun, on en profite. C'est la religion de Zoroastre, alias Zarathoustra, Zardusht, ça dépend un peu des orthographes.
12:39 C'est un manichéisme entre la lumière, le bien, etc. C'est des banalités. Ça ne veut pas dire que ce n'est pas profond. Et puis le mal, les ténèbres. Il y a ça dans La Flûte Enchantée. Je le dis parce que c'est un côté mystique, La Flûte Enchantée. C'est un rituel maçonnique. A l'époque, la maçonnerie n'était pas encore une mafia de cooptés. C'était une solidarité entre des gens qui étaient dans la Dèche et le pauvre Mozart. Vous savez, dont on ne peut pas laisser le cahier sur cette tombe puisqu'il est enterré à la fosse commune à Vienne tellement qu'il n'y avait pas d'argent.
13:09 Je dis ça parce que je suis en colère quand j'entends dire le classique, c'est bon pour les riches. On fait croire ça aux jeunes. C'est bien. Je ne veux pas dire du mal de ceux qui viennent de mourir. Passons. Mais, on fait croire que, je ne sais pas, le premier rappeur californien venu est milliardaire et Mozart est mort dans la Dèche et Moussorgski on a ramassé dans le caniveau avec 8 grammes d'alcool dans le sang. C'est un russe, vous me direz. Et j'en passe.
13:39 Donc, voilà. Oui, ce Mozart-là, il est allé à la maçonnerie parce que son voisin maçon qui était un clarinettiste lui a donné des draps pour enterrer ses neveux qui venaient mourir parce qu'on mourait en bas âge assez souvent à l'époque. Vous voyez, c'est des trucs de solidarité au départ. Et alors, il y a cette lutte entre la reine de la nuit et celle qui nous attrape avec des sortilèges. Oui, j'étais dans l'imagination quand j'ai perdu mon fil. Je ferme les yeux, je ne suis plus dans le monde de la lumière, je ne suis plus dans le monde éclairé par Apollon, par le concept, par la Grèce, par la clarté.
14:11 Non ! Je suis dans ce que Antigone dit à Créon. Ton Zeus, tu as dit ça, Ton Zeus de la cité, la loi, le monde du jour, la démocratie, ce qui est voté sur la place publique. Oui, mais moi, mon Zeus, c'est celui du monde d'en bas, des lois non écrites et des morts. Magnifique ! Mais le Reine de la Nuit, c'est une mauvaise Antigone. Voilà ! C'est quelqu'un qui se sert des sortilèges. Voilà ! Pour, vous savez, à son service, il y a Papagani, Papageno, le Papageno, je ne sais pas, le Papagei, il veut dire perroquet, en allemand, c'est des jeux de mots, qui attrape des oiseaux pour les donner à la Reine de la Nuit en échange de quoi on lui donne une tranche de jambon, un verre de bière et de temps en temps une petite femme.
14:58 C'est dans le texte, ce n'est pas moi, je suis enchanté. Et donc, les oiseaux, c'est le symbole de ça, les oiseaux, c'est les visions, les rêves, l'imagination, Papageno, ils se servissent à la Reine de la Nuit. Elle est méchante, elle est trompeuse, elle nous berce avec des illusions, avec le monde du rêve, avec ce que Hegel appellera, pour critiquer les romantiques dont il a été, il ne faut pas faire passer l'absolu pour la nuit où toutes les vaches sont noires.
15:28 En français, on dirait la nuit où tous les chats sont gris, mais ça revient un peu au même, au monde de la confusion entre l'extrême gauche et l'extrême droite, entre le rouge et le brun. Bref, allez, je vais m'énerver. Donc, quand j'ai dit onirique, c'est tout ça d'Aurélia. Alors que, dans le texte Les jeunes filles, c'est un chroniqueur un peu journalistique avec beaucoup d'humour, tu vois, et qui est là à Senlis, après nous avoir promené dans toutes les bibliothèques de Paris pour chercher le livre introuvable, qui n'a toujours pas trouvé d'ailleurs, et qui, le jour de la Toussaint, c'est la première fois que le ton humoristique commence un peu à craquer, c'est le jour des morts que je vous écris pardon de ces idées mélancoliques.
Les jeunes filles de Senlis, un monde crépusculaire
16:14 C'est quelqu'un qui s'excuse d'être mélancolique le jour des morts. C'est terrible d'avoir s'excusé d'être mélancolique le jour des morts. Je vous avais dit que ce n'était pas un hasard puisque ça a été écrit, publié la première fois en feuilleton en 1850, ça a été édité après en 1853, repris en 1854 avec le titre angélique alors que ça s'appelait Faux Saulniers, ça veut dire au moment où le romantisme est en train de passer de mode, où il faut s'excuser d'être mélancolique, même le jour des morts.
16:48 Mais là, à Senlis, il reprend le moral, c'est une ville qu'il adore, il est gai, la ville était en fête, nous sommes toujours en novembre puisque c'est le jour des morts, l'automne, les jeunes filles sont gaies, il dit qu'il n'en a pas vu une seule laide à Senlis, peut-être celle-là ne se montre pas, mais non, le sang est beau dans cette région parce que les eaux sont saines, enfin il a même des explications écologiques, la pureté des eaux qui fait la beauté des filles de Senlis. Et voilà qu'il rentre En sortant, j'ai pu admirer sous un rayon de soleil couchant les vieilles tours des fortifications romaines à demi démolies et revêtu de lierre.
17:22 En passant près du prieuré, je remarquais un groupe de petites filles qui s'étaient assises sur les marches de la porte. Elles chantaient sous la direction de la plus grande qui, debout devant elle, frappait des mains en réglant la mesure. Voyons, mesdemoiselles, recommençons, les petites ne vont pas, je veux entendre cette petite-là qui est à gauche, la première sur la seconde marche, allons, chante toute seule. Et la petite se met à chanter avec une voix faible, mais bien timbrée. On avait remarqué, je vais vite parce qu'on l'a déjà vu, je ne peux pas non plus tourner en rond indéfiniment.
17:55 On avait remarqué que, si on fait le bilan, il y a un adulte entouré de petites filles dirigé par une jeune fille au crépusculant, sous un rayon de soleil couchant, au crépuscule de la journée, soleil couchant, mais au crépuscule de l'année puisque nous sommes en automne. Et devant un bâtiment, les tours romaines à demi démolies, je le cite, à demi démolies, c'est toujours des nuances comme ça. En regagnant mon lit, vous savez dans Sylvie, je ne peux trouver le repos plongé dans une demi-somnolence, une somnolence, un demi-sommeil, une demi-somnolence, un quart de sommeil.
18:27 C'est précis, cet homme-là. Les tours des Romains à demi démolies et revêtues de lierre, lierre qui vient ronger un peu les bâtiments faits par l'homme, pour les détruire. Le lierre, c'est une plante dédiée à qui dans la mythologie, le lierre ? Dionysos, bravo. Le lierre, le pin, le myrte, c'est encore ce qu'il vous parle. J'aime de goûter l'alcool de myrte. C'est bon, hein ? En passant. Mais c'est en Corse qu'on voit ça. Donc, trois plantes qui ne se flétrissent pas à l'automne, qui sont toujours vertes, d'où l'allusion à Dionysos.
19:04 Je n'insiste pas. La libido. Vous savez, vous connaissez à Paris la pointe du Vert-Galant, au bout de la cité, parce qu'on dit que c'est le phallus de Henri IV, la pointe du Vert-Galant, parce qu'il avait beaucoup de maîtresses. Le roi doit toujours être plus vaillant que tous ces sujets. Voilà. On reparlera d'Henri IV à la fin d'Angélique. Certains le savent, n'est-ce pas ? Donc, là, on est dans le réel, on n'est pas dans le rêve. On fait une chronique, bon, charmante, bien écrite.
19:34 Mais enfin, c'est vrai qu'à Senlis, allez-y, il y a des tours, il y a des ruines romaines. C'est vrai qu'à Senlis, il y a une cathédrale qui vaut le détour. Mais ce qui n'est pas possible en termes de réel, et c'est là que je vais arriver au bilan philosophique, c'est qu'au même moment, au soleil couchant, à l'automne, c'est-à-dire au crépuscule de l'année, la fille chante avec une voix faible comme la lumière qui décline. Tout est affecté du même paramètre. Je vous avais dit que si on faisait un tableau à double entrée entre le texte d'Angélique et le texte d'Aurélia, où il y a au contraire une lumière, comment il dit, je cite, trois fois plus brillante que celle du jour naturel.
20:12 Je me trouvais dans une pièce agrandie, donc là, c'est le contraire des ruines. Les bâtiments sont en ruine dans le premier texte et sont agrandis dans le rêve. la lumière qui était déclinante et trois fois plus brillante c'est le jour naturel. La végétation qui était caduque l'automne, c'est au moment où les feuilles tombent. Là, les arbres ploient sous les branches tellement chargées de fruits qu'elles sont prêtes à craquer. C'est dans le texte. Je n'invente rien. Donc, tout ça fait beaucoup. Quelqu'un l'a gardé le texte d'Aurélia ?
Le rêve d'Aurélia, inverse exact du passage de Senlis
20:43 Merci, c'est gentil. Je vais juste quelques extraits pour ceux qui n'étaient pas là. Rapidement, je ne vais pas perdre trop de temps. Un rêve que je fais encore me confirma dans cette pensée. Ce n'est plus du journalisme. Je me trouvais tout à coup dans une salle qui faisait partie de la demeure de mon aïeul et semblait s'être agrandie seulement. Les vieux meubles luisaient d'un poli merveilleux. Les tapis et les rideaux étaient comme remises à neuf. Un jour trois fois plus brillants que le jour naturel arrivait par la croisée et par la porte et il y avait dans l'air une fraîcheur et un parfum des premières matinées du printemps.
21:17 Donc. Ce n'est pas différent de l'automne, le printemps. C'est l'inverse. C'est plus que différent. Je vous ai même dit prenez le premier texte et multipliez-le par moins un et vous avez le second. Mais je suis sérieux. Où je veux en arriver ? C'est là que je passe au bilan philosophique. Au fait que, vous le savez, il y a Jussieu et il y a la Sorbonne. Il y a les sciences dites dures et puis il y a les sciences sociales, les sciences humaines, je ne sais pas très bien comment dire, sont-elles des sciences ? Sont-ce des sciences.
21:49 Il y en a qui en rigolent. Ce n'est pas dans un état très enviable l'édifice des sciences humaines. Il y a beaucoup de... Bachelard qui disait dans un congrès de physique qu'on échange des renseignements, un congrès de philosophes, on se lance à la gueule des arguments. Pas tout à fait fou. On porte contre les scientifiques des fois, entre nobélisables, il y a de drôles de disputes. N'est-ce pas, Erwan ? Voilà. Donc, je suis en train de dire quoi ?
22:22 Je suis devenu mégalo. Je suis en train de me dire ici, dans cet atelier, on a peut-être trouvé le fondement d'une rigueur dans les sciences humaines. Grâce à un fou. Un fou va nous permettre de confirmer Hegel que le réel est rationnel. Le propos d'un fou n'est pas moins rationnel. Il est même beaucoup plus que celui d'un journaliste de Libé ou du Figaro. Je dis, il n'y a pas de jaloux.
22:52 De TF1 ou de Canal+, pareil. Donc, on est en train de voir ça. Il y a une incroyable prévisibilité du texte que vous avez commencé à deviner quand on connaît un peu. s'il part de l'automne dans le premier, un adulte face à des petites filles, dans le second, je le dis pour ceux qui n'étaient pas là, une autre différence, mais qui est l'inverse, c'est qu'il est presque bébé, petit enfant, comme il dit, devant de grandes et belles dames dans le rêve. C'est exactement l'inverse.
23:22 Je le lis quand même très rapidement parce que je ne voudrais pas qu'on croit que je fais de l'interprétation. Sinon, on va dire que tu n'es pas structuraliste, tu fais de l'injection de sens. Alors, regardez bien. La plus âgée des trois me parlait avec une voix vibrante et mélodieuse. Ce n'est plus la voix faible de la petite fille tout à l'heure, vous avez vu. Précipitité. Avec une voix vibrante et mélodieuse que je reconnaissais pour l'avoir entendue dans l'enfance. Et je ne sais ce qu'elle me disait qui me frappait par sa profonde justesse. Mais elle attira ma pensée sur moi-même et je me vis vêtu d'un petit habit brun de forme ancienne entièrement tissé à l'aiguille de fil ténu comme ceux des toiles d'araignée.
24:02 C'est un habit magique, vous avez vu. Il était coquet, son habit, gracieux et imprégné de douces odeurs. Je me sentais tout rajeuni et tout pimpant dans ce vêtement qui sortait de leurs doigts de fée. Et je le remercie en rougissant comme si je n'eusse été qu'un petit enfant devant de grandes belles dames. C'est l'inverse de l'adulte avec les petites filles. Quand l'écriture atteint ce point de rigueur, bien sûr, vous me demandez est-ce que c'est conscient de sa part ?
24:35 Je ne veux même pas le savoir. C'est tellement secondaire quand on voit cette rigueur. C'est extraordinaire qu'elle soit là, cette rigueur. A mon avis, s'il était conscient de tout ça, il mélangerait les pinceaux et il se casserait la gueule au bout de deux mots ou trois lignes. Je vais aller réfléchir un petit peu. Je ne sais plus qui disait s'il fallait qu'on pense à toutes les règles de grammaire et de syntaxe chaque fois qu'on fait une phrase en français. À toutes les règles du français, on aurait tôt fait de s'étrangler. Donc, on fait mieux que d'y penser, on l'exprime. Tout ça, n'est-ce pas ? Or, ce fait d'introduire de la rationalité non plus dans le mouvement des satellites de Jupiter, et je le dis avec respect, sans ironie, ou dans le spin de l'électron.
La rationalité dans l'ordre humain : loi de nature et liberté
25:28 Nous avons de grands chercheurs et même de plus grandes chercheuses encore ici. Mais, pas seulement dans cet ordre-là, mais dans l'ordre humain, culturel, spirituel, en termes hégéliens, praxique, si on est clouscardo-marxiste, non pas que j'oppose tout ça, ça dit la même chose avec des mots différents. C'est ce qui vient ici se distinguer, voire s'opposer, bien sûr, surtout quand c'est la praxis, n'est-ce pas ?
26:00 Parce que pour qu'il y ait un champ, il ne faut quand même qu'une partie de la forêt ou du marécage disparaisse. Et oui, il y en a qui veulent tout, qui veulent l'argent, le beurre, l'argent du beurre, pour qu'un champ apparaisse, il faut qu'une forêt disparaisse. Ouais ! Un peu anti-écolo. Voilà. Je suis dit, j'adore passer mes bouquins d'en forêt. Et la France a plus. Catherine, notre historienne, tu m'accordes qu'il y a plus de forêt aujourd'hui en France qu'il y en avait en 1820.
26:31 Franchement, historienne. Le plus bas niveau des forêts, c'est juste avant que l'État, l'État, décide de construire, de planter la forêt qui est aujourd'hui la plus grande d'Europe, la forêt des Landes. Voilà. Je ne vais pas m'attarder, mais c'est pour vous dire. Un soir, je crus que les bois me seraient délicieux. C'est Chateaubriand, qui est un passage magnifique. Comme ça, tout d'un coup.
27:01 Le mec, il est dépressif, il dit, je pensais que les forêts feraient de l'Ubi. Il avait déjà compris que c'était de la lubie. Puis, l'idée me vint que les bois me seraient délicieux. Il a vite déchanté jusqu'à ce que Baudelaire dise, grand bois, vous m'effrayez comme des cathédrales. Vous savez, il y a un poème de Baudelaire qui commence comme ça. Bon, moi, je n'ai rien contre les bois. Au contraire, j'adore ramasser des champignons, comme vous savez. Donc, laissons cela. D'introduire la rationalité dans tout ce qui s'oppose à la nature, nature-culture, nature-esprit, nature-praxis.
27:38 Ça avait été fait. La porte avait été ouverte à la fin du XVIIIe siècle à l'apparition de la modernité précisément par Kant. Mais aussitôt refermée. Je me souviens d'une boutade de Clouscard. Kant, il a tout vu, mais il a tiré le rideau aussitôt qu'il a vu. Je me pardon, je vais restituer son accent. Je ne peux pas m'empêcher parce que j'ai encore sa voix à l'oreille. Il a tout vu, mais il a tiré le rideau. Alors, qu'est-ce qu'il veut dire ? Nous avons travaillé Kant lorsqu'on a fait la philosophie de la connaissance. Nous étions arrivés à ce résultat.
28:08 Il y a l'ordre de la nature, où triomphe quelqu'un comme Newton, par exemple, en son temps, qui est soumis à la loi, comme vous savez, de la cause et de l'effet, à la loi en général, c'est-à-dire à l'exercice du couple cause-effet. La chaleur dilate les corps. Pas dans le nord de la France alors qu'en Corse, c'est le contraire. Non, c'est partout et toujours. Même dans les étoiles, on n'arrivera jamais. La chaleur dilate les corps. Ça s'appelle l'universel. La loi.
28:38 Pas la règle. Monogamie, polygamie, ça c'est la règle. Ce n'est pas universel. Comme disait Pascal, vérité au-delà des Pyrénées, erreur en deçà. Ça c'est les hommes. Entre eux, comme ça. Les langues, elles changent. Une région à l'autre, du Japon à chez nous. Alors que les abeilles, elles ont le même système de communication partout. C'est le monde de la nature. C'est universel, c'est la loi. Pas de fantaisie. Ça c'est toujours Kant qui fait le partage.
29:08 Et puis, il y a le monde de la liberté qui produit une autre législation que la législation newtonienne. Et pas seulement une autre, mais, je renfonce le clou, une législation inverse. Newton est surtout connu pour la loi de la gravitation universelle. Vous savez, moi, je crois qu'il n'y a jamais de hasard à ce niveau-là. c'est-à-dire pour une loi qui parle de... Vous voyez mon geste ? La chute. La loi des graves, comme on disait à l'époque. On pensait qu'il y avait un bas et un haut, n'est-ce pas ?
29:40 Maintenant, nous savons que le bas, c'est la Nouvelle-Zélande, qui pense que le bas, c'est nous. Bon. C'est pas bien grave. Dans tous les cas, c'est le centre de la Terre qui actionne tout ça. Je ne me trompe pas, il y a eu un. Voilà. Des physiciens, des mathématiciens, des historiens, c'est merveilleux ici. Enfin, je parle sous surveillance quand même. Vaut mieux. Et donc, en sens inverse, et ça, il le doit à Rousseau, juste avant, qui avait dit c'est la liberté qui dirige les sociétés.
30:13 Et si elle ne les dirige pas, c'est qu'on a rompu le contrat. J'insiste un peu là. Parce que souvent, on fait un contresens énorme sur Rousseau, je ne parle pas du contresens, que c'est un homme de la nature. Je crois que on a suffisamment insisté. Mais c'est plus grave que ça. On croit que chez lui, le contrat, c'est ce qu'on devrait faire. Le jour où on fait la révolution, on se met autour d'une table et on rédige le contrat. C'est pas ça. Le contrat a toujours été là. Il est fondateur de l'anthropologie. Et c'est une violation du contrat que l'injustice.
30:44 A commencer par l'appropriation illégitime. Il faut bien comprendre ça. La force a fait les premiers esclaves leur lâcheté les a perpétués. S'il y a des esclaves par nature, il y a des mentalités serviles, c'est qu'il y a eu des esclaves contre nature. Oui, c'est mon excitation. Donc, il doit à Rousseau ce qu'est Hegel. C'est une image que prend Hegel. Hegel dit, à partir de Rousseau, l'homme a marché sur la tête. Il fallait oser. C'est sa délibération, sa volonté qui va diriger ce qu'il fait.
L'homme marche sur la tête : de la théologie de la libération à Descartes
31:19 C'est quand même extraordinaire. Bien sûr, pas la volonté individuelle, pas le caprice. C'est pas le marquis de Sade, Rousseau. Hein ? Quand même. Non, la volonté générale. C'est les rappels que je fais. D'un côté, on a la loi des graves, la soumission à la loi, à la chute. Et de l'autre côté, je fais vers le bas exprès. Et puis la liberté qui essaye de monter vers le haut. Jusqu'à ces chrétiens qui méritent le respect parce qu'ils se sont fait trucider, torturer. Je pense à ceux d'Amérique latine qui ont défendu la théologie de la libération dans des guérillas.
31:53 Qui ont subi une répression atroce. Et qui pour beaucoup, d'ailleurs, continuent à penser au Honduras actuellement dont personne ne parle, où le peuple mène une lutte héroïque contre une dictature qui ne veut rien savoir des élections qui viennent d'avoir lieu. Vous vous renseignez. Honduras. Google. Non mais, c'est un bain de sang d'une violence en Amérique latine. Et voilà que, il y a quelques chrétiens, quelques-uns, je veux dire de la hiérarchie, parce que les chrétiens, les individus, il n'y a que ça en Amérique latine, les catholiques.
32:26 Mais je veux dire, appartenant à la hiérarchie de l'Église catholique, qui, à la différence de la plupart, qui se sont compromis, n'est-ce pas, avec les dictatures, ont mis au point ce qu'on a appelé, et qu'on appelle toujours la théologie, dite de la libération. De la libération, pour laquelle, je vais très rapidement, Dieu, ô scandale. En général, dans toutes les religions, y compris en chrétien, Dieu, c'est l'origine, sans laquelle il n'y aurait rien eu, c'est la création, c'est le début, c'est la source, quoi. C'est la vivante Fontaine, c'est pas comme pour le pauvre Nerval, pour sa mère, la morte Fontaine.
33:02 Et voilà que pour eux, non, Dieu n'est pas à l'origine, il est à la fin, et encore, pour autant, que nous le faisons advenir en nous libérant. Ah, dis-donc ! Ça tient la route, ça, quand même. Si Bernard Friot accepte l'invitation que nous lui avons envoyée, et d'après ce que j'ai compris, Wilfried, non, c'est pas toi, si, c'est Samuel, je crois, qui nous a dit qu'il avait parlé, qu'il était enthousiaste pour venir, donc, il reste une question de date qu'on va essayer de préciser. N'est-ce pas, je l'ai invité à venir parler du christianisme et marxisme.
33:35 N'est-ce pas ? Donc, je referme cette parenthèse, mais voilà, à partir de Rousseau, l'homme marche sur la tête, vous voyez, dans ce sens-là, comme il avait commencé avec Descartes, pour ce qui demande de la pensée à dire, c'est parce que je le pense que c'est vrai, c'est pas parce que c'est vrai en soi, il n'y a pas d'en soi, il n'y a pas de nature, il n'y a pas de Dieu, il y a ma pensée d'abord, puis on verra après si elle valide un Dieu ou une nature. Mais voilà que ça passe en politique avec Rousseau, quand même, et pas seulement dans le domaine des mathématiques ou de la physique comme avec Descartes ou de la théologie.
L'abîme kantien et la passerelle de la troisième Critique
34:10 Donc, une révolution s'était produite quand Kant avait bien séparé les deux, mais malheureusement séparé, et comme le dit Kant, par quoi ? Par un infranchissable abîme. C'est une citation célèbre, je vais vite. Ça veut dire qu'on ne peut pas passer de l'ordre théorique, la physique de Newton, par exemple, à l'ordre pratique. Quelle morale il faut instituer dans la bonne cité ? Rien de ce qu'on apprend dans les sciences de la nature ne sera de la moindre utilité pour décider de ce qui est bien et de ce qui est mal.
34:41 Le vrai et le faux, c'est une dichotomie. Ça n'a rien à voir avec le bien et le mal. C'est ça, le dualisme kantien, qui ne fait qu'exaspérer le dualisme chrétien. Après 20 siècles, ça met du temps, l'histoire, la patience du concept. Les Grecs ignoraient ces déchirements des esclaves. Les Grecs font la philosophie, c'est les citoyens, souvent. Mais par contre, je veux dire, à partir du moment où on dit mon royaume n'est pas de ce monde, ça veut dire qu'il y a ce monde dans lequel je vis qui est opposé au vrai monde, mais qui n'est pas là.
35:16 Il y a un dualisme chrétien, vous voyez ? Qui veut sauver sa vie, la perdra. Merci, vous connaissez vos textes, c'est bien. Qui veut sauver sa vie, la perdra. Les premiers seront les derniers. Mais vous voyez, on est toujours partagé, déchiré, et bien oui, le symbole du christianisme, ce n'est pas Apollon, c'est une crucifixion, c'est une souffrance sur une croix. Tout ça, c'est cohérent quand même.
35:48 Donc, quand Kant avait fait cette séparation, et voilà que sur la fin de son parcours, après avoir écrit les deux immenses volets pour la philosophie de la connaissance que sont la critique de la raison pure, puis la philosophie de l'action, c'est la morale, c'est le préféré, la critique de la raison pratique, je saute sur d'autres œuvres, je prends les volets essentiels, voilà que tout d'un coup, il nous sort une troisième critique à la fin, où il essaye de jeter une passerelle, si frêle fut-elle, sur cet infranchissable abîme.
36:18 et si, on pouvait avoir la rigueur, je reviens à mon propos, ce qui expliquerait pourquoi même la littérature, même la prose poétique, peut tout d'un coup atteindre un degré de déterminabilité, j'essaie d'être philosophe, là maintenant, de prévisibilité, comme les éclipses pour un astronome. à la fin de sa vie, il écrit la critique de la faculté de juger, qu'on traduit quelquefois par la critique du jugement en français, peu importe, pour l'instant, on n'est pas en histoire de la philo.
36:48 Une critique d'un Urteilskraft, Urteil, en allemand, c'est le jugement au sens d'un procès. Il y a une nouvelle de Kafka qui s'appelle le verdict, en allemand, c'est Urteil. c'est-à-dire le partage des origines. Et oui, Ur, c'est tout ce qui est l'origine. Les allemands sont fous des origines. Les indo-européens, la langue primitive, qui est d'ailleurs indo-germanique c'est les fantasmes, très intéressants, qui n'en a pas. Commencé par moi. Mais enfin, les allemands, c'est les spécialistes, surtout de tout ce qui est Ur, Ursprache, la langue primitive.
37:24 Et, Ur Mensch, l'homme des origines. Vous savez que c'est un allemand, l'homme des origines. Il s'appelle comment ? Si vous suivez bien, je l'ai signalé une fois. Pardon ? Bravo, bravo, oui, il s'appelle Tarzan. L'acteur qui a joué Tarzan, les premiers Tarzan, il est vrai, je ne parle pas des remakes, des nudités, des Stokes, Greystoke, je ne sais pas comment. Non, non, je parle du sérieux. C'était Johnny Weissmuller.
37:54 Ça veut dire Johnny, le meunier blanc, ça ne s'invente pas. Déjà, le meunier, la farine, c'est blanc. Le meunier blanc, Weissmuller, mais oui, c'est un Américain, mais quand même, comme presque tous les Américains blancs, ou WASP d'origine allemande, qui était un champion olympique du cent, de la nage libre, et qui, quand il commençait un peu à ralentir avec l'âge, a fait Hollywood, bien lui en prit, parce qu'il a incarné Tarzan. Je suis en train de dire quoi ? Qu'au cœur de l'Afrique, à l'époque où il y avait des taches, si on y va, trouver le Missing Link, le chaînon manquant entre les singes et l'homme, ça y est, il n'y a plus d'infranchissable abîme, on va passer de la nature à l'homme, vous voyez, le Missing Link, et bien on le trouve, c'est un singe, c'est un Allemand.
38:42 Et puis quand il plonge dans le marigot, il fait un 100 mètres, il faut voir, non c'est super, je ne suis pas en train de... C'est des chefs-d'oeuvre. Je crois que le sommet de l'érotisme au cinéma, c'est la scène qu'il y a dans le premier Tarzan. Vous regardez la scène du bain, enfin les cinéphiles connaissent sans doute, je ne sais pas, tu connais Mehdi ? Je m'attends de toi, parce que tu connais bien mieux le cinéma que moi. Bon, avec, je me rappelle, cette actrice m'avait du goût, un genre de Gene Tierney, vous connaissez Gene Tierney, celle qui joue dans Pandora, non pas Pandora, Laura, pas de Preminger, une brune extraordinaire qui vient de Londres, parce que son père veut trouver le cimetière des éléphants, elle arrive avec ses robes, avec huit jupons, dans la jungle, avec les moustiques, c'est extraordinaire, il faut enlever tout ça, dans le marigot, avec Tarzan qui lui fait prendre la tasse, c'est extraordinaire, il faut voir, parce qu'il est blessé à un moment donné, parce que son père lui a tiré dessus, croyant que c'était un singe, etc.
39:33 Alors, je vais très vite, elle a été effrayée, parce que lui, il l'a enlevé dans un arbre, elle est terrorisée, puis il voit qu'il n'est pas si méchant que ça, et puis il est beau gosse, alors, il est costaud, c'est pas comme moi, alors, elle lui fait des pansements avec sa jupe, parce qu'il lui en reste, sa jupe, qu'elle dit à un moment donné, mais c'est dans les dialogues, c'est intéressant, il ne faudrait pas que vous soyez blessé souvent, parce qu'il ne me restera pas beaucoup de morceaux de ma jupe, pour lui faire des pansements, il faut voir, cette scène, elle est extraordinaire, comme il la promène dans l'eau, et aller, et retour, et 100 mètres, et puis, puis, non, je suis sérieux, bref, voilà, Ur, donc, Urteil, ça veut dire, le Teil, c'est une part, Erster Teil, Zweiter Teil, c'est les parties, les tomes, si vous préférez, en allemand, c'est intéressant de voir que le jugement, et oui, lion, je n'ai rien séparé, je dis lion, je n'ai rien dit, je n'ai rien partagé, mais si je dis le lion est un mammifère, là, je vais passer du concept au jugement, oui, j'ai partagé, j'ai partagé le sujet, j'en ai fait un prédicat, si je dis Dieu, Dieu, je n'ai rien dit, c'est Hegel, qui n'était pas moi, je ne le permettrais pas, mais Hegel dit dans la préface de la Phénoménologie on commence par un mot comme Dieu,
40:43 tel quel, sans prédicat, il dit c'est un son privé de sens, ce n'est même pas un concept, c'est un son, tant qu'on n'a pas dit, une petite détermination fut-elle, Dieu est éternel, voilà, on commence à y voir un peu plus clair, on peut voir si c'est vrai, pas vrai, mais enfin, voilà, on nous dit quelque chose, pour l'instant, on ne nous avait rien dit, on aurait dit popole à la place de Dieu, c'était pareil, donc on en était là, et voilà que Kant jette, une passerelle, sur cet infranchissable abîme, dans la critique du jugement, dans laquelle, il fait un peu le bilan de toute son œuvre critique, c'est là, je ne vais pas, je ne suis pas là pour faire de la lecture, au contraire, il faut vous rendre les lectures plus faciles, j'essaye, mais quand même, il y a un passage qu'on ne peut pas, qu'on ne peut pas contourner, pour parler comme les journalistes, où il fait un peu le bilan, de toutes les facultés, vous savez que Kant, on a souvent dit, que c'est une philosophie des facultés, il y en a trois, la sensibilité, c'est nos sens, qui commencent par, qui sont au front, le réel, nous le contactons d'abord avec les sens, mais enfin les sens, on a vu, je ne reviens pas là-dessus, il nous met bien en contact,
Lecture de Kant : deux domaines, un seul territoire
41:53 avec la réalité, mais sans qu'on puisse dire dessus, aucune vérité, tant qu'on n'a pas parlé, j'entends un bruit au loin, est-ce que c'est un avion, est-ce que c'est un camion, est-ce que c'est le tonnerre, je vais savoir, je ne sais pas encore, ça, les concepts, les mots après, ce n'est plus la sensibilité, c'est l'entendement, n'est-ce pas, la faculté des concepts, et il est tellement trituré mon truc, que j'ai perdu ma, alors attendez, 27, voilà, donc, c'est ça, et sensibilité, l'entendement, la raison, je vous rassure, il y a trois facultés, de celle qui est la plus proche du monde extérieur à celle qui est la plus intériorisée, la raison, et c'est la collaboration de la sensibilité et l'expérience pour les physiciens et de l'entendement, les concepts, les physiciens, qui produisent la science, n'est-ce pas, la raison vient un peu, des fois, nous obliger un peu à délirer en voulant unifier tout ça, totaliser un peu tout savoir, et ça fait dire souvent, en matière scientifique des bêtises, par contre, Kant réhabilite la raison dans le domaine moral, c'est la toute sa fonction, je ne veux pas m'attarder, je ne suis pas là, par contre, qu'est-ce qui reste ?
43:02 Notre faculté de connaître en totalité, c'est-à-dire si on prend aussi bien les sciences de la nature que les sciences humaines, on dirait aujourd'hui, possède deux domaines. Là, il fait un bilan comme il n'a jamais fait, une clarté, je vous, ceci, je l'extrais, de l'introduction à la critique du jugement, critique de la faculté de juger, l'introduction, je vous la recommande, c'est un des textes les plus difficiles d'histoire, d'accord, mais au moins ce passage-là, dans l'édition de Vrin, qui est une édition de poche, c'est une pratique, c'est assez économique, c'est à la page 34 que ça commence, ce bilan.
43:37 La législation, pardon, notre faculté de connaître en totalité, possède deux domaines, celui des concepts de nature et celui du concept de liberté. Pour l'instant, il y a eu ce que je viens de vous dire, le grand partage entre Newton et Rousseau, si vous préférez. Elle légifère en effet, a priori, sinon ce ne serait pas des sciences, par ces deux genres de concepts. La philosophie se divise donc aussi en accord avec cette faculté en philosophie théorique, voilà pour l'ordre de la nature, n'est-ce pas ?
44:08 La physique, la chimie, la biologie, la physique au sens large, la science appliquée. La philosophie se divise donc aussi en accord avec cette faculté en philosophie théorique et en philosophie pratique. Dans le sens, ça ne veut pas dire l'art de ranger ses outils dans son garage. Ça veut dire, bien sûr, ici la morale, la politique, le droit, le domaine, donc, où il s'agit d'agir et pas seulement de connaître. C'est ce qui répond à la question que dois-je faire et non pas que puis-je savoir. Que dois-je faire ? Ce n'est pas que puis-je faire parce que ça, on peut le demander aussi bien à un dentiste ou à un médecin quand on a mal aux dents.
44:40 Donc, la philosophie se divise donc aussi en accord avec cette faculté en philosophie théorique et en philosophie pratique. Mais, voilà pour les deux domaines, mais le territoire, deux domaines, un territoire, mais le territoire sur lequel elle établit son domaine, la philosophie, et sur lequel elle exerce sa législation, est toujours seulement l'ensemble des objets de toute expérience possible.
L'hélicoptère au-dessus de l'Amazonie : la règle contre la loi
45:10 Kant, c'est très prudent, on n'a pas tout expérimenté. Dans 2000 ans, on expérimentera encore des choses. Mais encore faut-il que ce soit des objets d'une expérience possible. Qu'est-ce qu'il est en train de dire ? Que ce soit la science... Je prends l'image, j'en discutais tout à l'heure. Prenez un hélicoptère, montez dedans. Voilà, laissez le pilote nous diriger vers l'Amazonie et regardez bien en bas. Qu'est-ce qu'on voit ? La canopée. Vous savez ce qu'on appelle la canopée. Vous connaissez ça mieux que moi. Tout ce que je vois là sur la canopée, du vert, des singes, de temps en temps, des perroquets, des aras, tout ça peut s'expliquer par les principes de Newton.
45:50 Tout ce que je vois là s'explique par les principes physiques, chimiques, biologiques, etc. Pas besoin de faire intervenir quelque chose d'autre que l'ordre de la nature. Et tout d'un coup, clairière, dites donc, village, case des hommes, case des femmes, prohibition de l'inceste, des tas de choses qui non seulement se distinguent de la nature, mais s'y opposent. C'est pour ça que c'est important. Ce n'est pas que c'est différent. Ça s'y oppose. Ah, il ne faut pas te marier avec ta mère.
46:20 Ah mince, ça, c'est pas... Prenez un couple de lapins, frères et sœurs, mettez-les en Australie. Il y en a un million au bout de dix ans. Je dis ça parce que c'était une catastrophe qui a fait la paix en Australie que les anglais ont amenés. Il a fallu les achever. Donc, il y en avait trop, paraît-il. Tous incestueux. Ben oui, pas grave dans le monde animal. Il n'y a que dans le monde humain qu'on dit, voilà, ça donne des maladies, c'est dégoûtant. Oui, c'est des fantasmes, ça.
46:51 Il y a même des incestes intra-spécifiques chez les animaux. N'entrons pas dans le bestialisme. Donc, soyons clairs, tout d'un coup, je vois un monde où il y a des règles, des règles qui ont ceci de spécifique, c'est qu'elles s'opposent à la loi. Vous voyez, ça devient précis, notre vocabulaire. La loi me dit, mange, tu as faim, imbécile. Bouffe, tu attends que ça. Et moi, je dis, mais je vous en prie, madame, sérieux, en serrant les dents.
47:21 Parce que j'ai été élevé comme ça. Ça, c'est le monde de la culture, les règles. On peut respecter par respecter, mais ce n'est pas la loi. La loi de la nature, c'est de manger quand on a faim. Vous imaginez un chien disant à son pote, le sœur, toi d'abord, mon gros. Même quand le maître s'approche de la gamelle, il râle le chien. Donc, encore une fois, de notre hélicoptère qui est très instructif. Je vois, je vois, ce sont des objets d'expérience, je ne suis pas dans le délire.
47:51 l'expérience me montre deux domaines qui n'ont rien à voir et qui s'opposent. Pas seulement parce qu'il en a fallu couper des arbres pour faire le maigre espace du village, et puis il faut couper l'âme tous les jours dans ces coins-là, je vous le dis, moi. vous savez, en Afrique verte, je ne parle pas du Sahel, mais dans l'Afrique côtière, le climat un peu amazonien, tropical humide, comme on dit, vous ne partez pas de chez un Africain qui vous a reçu sans avoir demandé au moins trois fois la route. Ce n'est pas, les Africains s'en souviennent, ce n'est pas, Jean.
48:22 On ne part pas de chez un Africain en disant, bon, maintenant, il faut que je demande la route trois fois. On demande une fois d'abord, puis on fait comme si on avait oublié, puis des minutes après, on a l'excussion, on dit, bon, il faut que je demande la route. ça veut dire quoi ? C'est-à-dire, qu'est-ce qui n'était pas bien chez nous ? C'était pas bon, la nourriture ? C'est pas bien de vouloir partir. Vous voyez, dans ces peuples-là, c'est important, les traditions d'hospitalité. Vous, vous vous en foutez, la route, elle vous attend, elle est goudronnée, elle est cimentée, mais dans la Brousse, une route, c'est un luxe. Des fois, ce qu'on appelle la route là-bas, c'est un sentier.
48:52 Si vous n'êtes pas exercé, vous ne voyez même pas qu'un chemin, de manquer d'herbe. Vous voyez ce que je veux dire ? Vous la coupez, elle repousse en deux jours. Plantez un manche à balai, il y a une jungle au bout. Tu te rappelles à Bovis, cette liane sur les terrasses qu'on a mesuré une fois 40 cm dans la journée, dis-donc. Ben oui, c'est chaud et humide. Bon. Et pourtant, la terre est pauvre, c'est la terre est de don. Si vous ne demandez pas la route, la Brousse se refermera sur vous. Et ce sera bien fait pour vous, parce que vous êtes partis de chez nous, vous n'étiez pas bien. Vous voyez ? Quand je vous dis que il faut s'opposer à la nature, au sens propre, la couper, couper l'herbe pour installer l'espace du village, mais surtout à l'intérieur.
49:34 J'ai faim, je laisse le chef manger d'abord, je laisse mes parents manger d'abord, je laisse le vieux manger d'abord. Et je mange à la fin, surtout si je suis une femme. En dernière. Voilà. Et je vous l'ai déjà dit, il y a des femmes, il y a des peuples où les femmes n'ont même pas le droit de penser le nom de leur mari dans leur tête quand elles ont leurs règles. Sinon, elle va rater la chasse, elle va faire rater la chasse au mari. Et oui, elle est vérifiée.
50:06 Moi, on m'a dit de ne pas penser un truc automatiquement, j'y pense. Vous voyez ? Non, mais c'est vrai, quoi. C'est terrible. On parle de société totalitaire, c'est rien à côté de ces sociétés-là. Vous rencontrez, la pauvre gosse. Ouh là là, j'y ai pensé, là, il ne faut pas, c'est terrible. Bon. Donc voilà. Il y a le monde, la nature, le monde des règles, on s'y oppose, et il y a cet infranchissable abîme Mais, ces deux domaines, le domaine de la nature qui me dit, mange imbécile, tu as faim, et le domaine de la liberté qui dit, attends, si tu ne veux pas paraître pour un gougnafier auprès de la dame que tu convoites, tu lui dis, je ne vous en prie, vous avez eu d'abord.
50:43 Ces deux domaines exercent la législation dit Kant, et ça c'est très sérieux, sur un seul et même territoire. Vous remarquerez les métaphores spatiales chez Kant. Géographique, domaine, territoire, et là je ne cite que ce passage-là, ailleurs il dira, la métaphysique comme un navigateur qui arriverait en vue d'îles inconnus. Vous voyez, il y a toujours des métaphores géographiques, il est contemporain de Cook, de Bougainville, de ceux qui sont en train de faire le tour de la Terre, de conquérir les empires coloniaux, et donc un prestige du spatial alors que la génération d'après avec Hegel et Marx, bientôt ce sera le temporel et l'histoire qui sera le champ des métaphores.
51:22 C'est intéressant de voir ces métaphores. Pour l'instant, je me contente ici d'attirer votre attention sur le fait qu'il y a deux domaines qui s'opposent, mais les deux, on ne peut reconnaître leur législation que sur un seul et même territoire qu'il appelle celui de l'ensemble des objets d'une expérience possible, ce qui, quand on connaît un peu la langue de Kant, veut dire en un seul mot, le phénomène. C'est exactement ce qu'on appelle depuis Kant le phénomène. Ce n'est pas le réel. C'est le phénomène. C'est ce qui nous apparaît.
51:53 Ce n'est pas une apparence seulement. Ah oui, c'est un peu compliqué. Écoutez, travailler un peu, on est en philo. Bon, eh bien oui. Allez, petite différence. En allemand, l'apparence, c'est Schein. Oui, je sais, en anglais, c'est briller et ce n'est pas un hasard. Tout ce qui brille n'est pas or, on dit en français. Il n'y a que les apparences qui brillent, qui brillent. Shine, S-H-I-N-E en anglais, c'est shine, S-C-H-E-I-N en allemand, Schein. Le phénomène, Erscheinung. La différence, c'est que c'est une action, le phénomène.
52:25 Autrement dit, si vous demandez à un allemand de la rue, c'est ce qu'il y a de mieux à faire en philo, si vous voulez comprendre un mot. Ce que veut dire Erscheinung, il ne vous dit pas chez Kant. c'est plus actif. Vous voyez, le phénomène, c'est la manifestation de quelque chose, on ne voit pas. Voilà, donc c'est important. Petite nuance, ce n'est pas seulement une apparence. Et la physique de Newton a pour objet le phénomène. Tout ce qui est dans le temps et l'espace, chez Kant, est de l'ordre du phénomène.
52:57 C'est ce qui nous est donné possible d'expérimenter. Champ infini, en son genre, je veux dire. Donc, c'est cet ensemble des objets d'une expérience possible qui constituent l'objet du champ de la connaissance. Dans ce champ d'une expérience possible, à nous d'analyser ce qui peut s'y expliquer par des lois de la nature et ce qui, au contraire, déroge, voire s'oppose à ces lois.
53:29 Comme je vous en ai donné un exemple un peu grossier avec mon hélicoptère, enfin, c'est histoire de faire un petit tour au vert. Voilà. Mais c'est important. Ce n'est pas évident. Parce qu'il peut y avoir les deux en même temps. Je prends l'exemple aussi de l'homme à table tout à l'heure, n'est-ce pas, qui dit servez-vous d'abord ou qui dit à son patron entrez après vous, je vous prie, peu importe, pour entrer dans une salle. Mais dans tous les cas, ce qui est important, c'est qu'il y a toujours simultanément l'opposition de ce que Rousseau, le premier, a opposé comme état de nature, là je cite Rousseau, et état civil, état social, civil, vu au sens grec de civis citoyen, c'est pas l'homme, de l'animal politique, pour parler comme Aristote, de l'homme qui est l'animal qui vit en société.
Rousseau : le passage de l'état de nature à l'état civil
54:16 Donc je rappelle pour la énième fois ce passage important du contrat social, ce passage de, ça s'appelle de l'état civil, ce passage de l'état de nature à l'état civil produit dans l'homme un changement très remarquable en substituant dans sa conduite la justice à l'instinct et en donnant à ses actions la moralité qui leur manquait auparavant. Quoi qu'il se prive dans ce nouvel... Pardon, je saute un truc. C'est alors seulement que la voie du devoir succédant à celle de l'appétit, l'homme qui jusqu'ici n'avait regardé que lui-même, bref, jusqu'ici il était un individu, se voit forcé d'agir sur d'autres principes et de consulter sa raison avant d'écouter ses penchants.
54:57 Quoi qu'il se prive dans ce nouvel état dans la société de plusieurs avantages qui tiennent la nature et oui, la nature, je peux faire ceci, faire cela, apprendre ceci, prendre cela, sans interdit, il en regagne de si grand. Ses facultés s'exercent et se développent. Ses passions s'ennoblissent. Son âme toute entière s'élève à tel point que, vous savez, j'arrête toujours là la phrase, ça devient grave. Si les abus de cette nouvelle condition ne le dégradaient souvent au-dessous de celle dont il est sorti, je suis obligé de m'arrêter là.
55:32 Comment peut-on être en dessous de l'animal ? Rousseau, pour la première fois, fait une théorie du mal politique, du mal historique. On sort à peine du siècle du mal, du siècle de l'horreur, avec les guerres mondiales et tout ce qui a suivi et tout ce qui s'y est passé. si les abus de cette nouvelle condition ne le dégradaient souvent au-dessous de celle dont il est sorti, on est dans l'hypothèse. Si, il devrait, l'homme, il devrait, on n'est plus dans l'indicatif, comme au début du texte, il devrait bénir sans cesse l'instant heureux qu'il en arracha de quoi ?
56:10 De l'état de nature. C'est Rousseau qui parle. L'instant heureux qu'il en arracha pour jamais irréversibilité du passage de la nature à l'humanité et qui, d'un animal stupide et borné, fit un être intelligent et un homme. Donc, ça se termine happy end, mais quand même, on a eu la menace si les abus de cette nouvelle condition ne le dégradaient souvent au-dessous de celle dont il est sorti. L'animal ne connaît pas le mal.
56:40 Ce qu'il y a de plus horrible dans les reportages en animaux, chacun ses fantasmes. Moi, ce qui est pour moi le thriller dans les documentaires animaux, ce n'est pas cette pauvre hyène que je cite tout le temps en train de dévorer le foetus sortant du gnou de la pauvre femelle pendant qu'il court dans la savane. Non, il y a pire que ça. C'est ces insectes qui pondent leur progéniture à l'intérieur d'un autre insecte, mais qui est quatre fois gros comme celui dans lequel ils pondent et dans lequel l'autre progressivement s'explose. C'est terrible, n'est-ce pas ? Je dis ça parce qu'il y en a qui disent « La nature, une providence. »
57:11 Il y en a qui voudra nous y ramener. Intéressant. Il y en a qui pondent leurs œufs dans nos jardins. Un nid de coucou. Est-ce que tu construiras des maisons jusque dans mon ventre comme dit la légende fondatrice du royaume du Bénin, du Dahomey ? Donc, cette mise en garde de Rousseau, je m'y attarde un instant, même si ça nous sort un peu de notre propos quand même parce que, allez, je vous le dis clairement, la philosophie, aucune philosophie ne vaut une minute de peine si on ne parle pas du mal.
Le mal : réintroduire l'état de nature dans l'état civil
57:45 soit directement soit indirectement. Donc, du bien. Vous l'avez vu, que dois-je faire ? C'est ça, la question philosophique. Que dois-je faire ? C'est-à-dire, une fois que je le sais, je ferai le bien et j'essaierai d'éviter le mal. C'est ça, la question fondamentale. Sinon, on va au CNRS pour savoir d'autres trucs qu'on n'a pas besoin de la philosophie. Pour savoir la chimie du carbone et pour savoir ce qu'on doit faire et non pas ce qu'on peut savoir seulement. ça ne vaut pas une minute de peine la philosophie si on n'aborde pas tôt ou tard la question du mal.
58:19 Or, là, pour une fois que c'est le cas, qu'est-ce que ça veut dire abuser de l'état civil ? Si les abus de cette nouvelle condition, comment peut-on abuser de l'état de société ? Vous savez, en français, quand on arrive à un truc important, il faut toujours laisser parler la langue. Elle en sait la langue. Puisque nous, on ne le saura. Puisque nous, les locuteurs, on ne le saura jamais à titre individuel. Quand on dit il a abusé de cette personne, là, ça veut dire violenter carrément. Quand on dit il abuse de la boisson, ça veut dire là, il en prend trop.
58:49 Abus, là, c'est aller trop. Mais il y a aussi, je me demande s'il ne nous a pas abusé le mec. Là, ça veut dire il nous a squeezé, il nous a filouté. Vous voyez, ça veut dire plusieurs sens dont aucun n'est rassurant si vous regardez bien. Et Rousseau n'en précise aucun, ça veut dire qu'il les prend tous. Les abus de cette nouvelle condition. Or, je prends le dernier, c'est pour ça que je l'ai mis en dernier. Abuser, tromper. J'ai été abusé, c'est-à-dire j'ai été trompé aussi.
59:20 Où je veux en venir ? Je suis dans la société. Mais non, on me trompe. On me fait croire que je suis dans l'état civil sous le contrat et on est en train de me refiler un rapport de force. C'est-à-dire qu'on reconstitue l'état de nature à l'intérieur de l'état civil. C'est ça l'essence du mal pour l'instant. En 2017, il y a encore 1% de la planète qui se tape la fortune de tout le reste. C'est quand même fantastique. à cause d'une différence quantitative bancaire.
59:55 Mais dans quelles conditions ? Si vous voulez lire un seul truc de Marx, lisez l'accumulation primitive. Je ne sais pas pour ceux qui n'ont pas le temps de lire le reste. Vous savez ce que c'est l'accumulation primitive ? C'est dont on ne parle jamais. C'est l'horreur. C'est comment s'est constitué le capital. Une fois qu'il est là, on peut en déduire tout ce qu'on veut, comment il fonctionne, tout ça, comment il s'entretient, comment il augmente. Mais il faut bien le constituer au départ. Lisez les chapitres de Marx sur l'accumulation. C'est terrifiant. Et là, ce n'est pas lui qui décide.
1:00:25 Il cite un inspecteur du travail anglais. Il cite un rapport de quelqu'un qui est allé aux Indes occidentales, comme on disait pour l'Indonésie. Pardon, excusez-moi, aux Indes orientales. En Indonésie, qui était une colonie hollandaise, il montre les conditions dans lesquelles les Hollandais pratiquaient l'esclavage en Indonésie au XVIIIe siècle. Mais vous n'en croyez pas à vos yeux. Et pourtant, on en a lu les verté des pas mûrs au XXe siècle. C'est terrifiant les conditions dans lesquelles se sont fait les richesses dont nous sommes si fiers. Moi, j'ai souvent dit, vous savez, le plus grand goulag de tous les temps, c'est l'usine anglaise du XIXe siècle.
1:01:02 Vous lisez les rapports du travail d'inspecteurs avec des enfants de 6 ans. Il y en a comme des gamins ici. Vous vous rendez compte, votre gosse de 6 ans, il est en train de marner à la fonderie d'acier. Même les adultes, ils ne font pas long feu près du four à l'époque. Et on leur mesure, pour aller faire pipi, c'est minuté et quart seconde. Et les quakers qui les employaient disaient à l'époque que c'est des hommes de Dieu. Ils disaient à l'époque, oui, mais en attendant, ils ne font pas les voyous dans la rue. Ils font une action philanthropique. Il y a toujours les droits de l'homme derrière eux. Le pire.
1:01:34 Il y a toujours les belles idées morales. Bon, la subjective. Donc, voilà, je veux dire, l'accumulation primitive, c'est terrible. Et si vous regardez bien, c'est un rapport de force sans merci. Sans merci. Donc, vous comprenez pourquoi Hegel, quand il parle du code d'Hammourabi, le tout premier code juridique écrit qu'on ait trouvé, vous avez une stèle magnifique au Louvre, n'est-ce pas, écrit en sémitique de l'époque, le code d'Hammourabi. on doit à l'Orient d'avoir fait le premier code de justice. Alors, Hegel dit, ça nous paraît barbare, on coupe la main au voleur.
1:02:06 C'est un progrès fantastique, le fait qu'il y ait au moins un droit qui s'exerce dans tout l'Empire pour le même et non pas le caprice du prince. Le fait que le droit commence à l'emporter un peu sur le simple rapport de force, c'est toujours un progrès, par exemple. Voilà, donc je ne vais pas trop m'attarder, mais abuser de l'état civil, je le dis ici pour la première fois avec beaucoup de précision, c'est réintroduire l'état de nature à l'intérieur de l'état civil. Moi, je n'ai rien contre la nature. L'animal ne fait pas le mal, il fait ce qu'il peut.
1:02:36 Parce que la hyène qui dévore le fœtus du gnou, elle a bien ses nourris à petits qui sont affamés dans sa tanière. Elle va les nourrir d'abord et elle mange après, la pauvre. Donc tout le monde est à plaindre là, le prédateur comme la proie, n'est-ce pas ? Tandis que là, non, on a des règles de droit et on les fait les viole et je les remplace par des règles de force en faisant croire qu'il y a le droit. Je suis abusé, nous sommes abusés dans tous les sens, qu'il y a du trop, n'est-ce pas ?
1:03:07 Et qu'on me trompe. Le prince de ce monde vient et son essence est mensonge. Je passe de Marx à l'évangile selon Jean. Vous voyez ? C'est bien qu'il y ait des consensus intéressants des fois. Et oui, la seule fois où Jésus est en colère et qu'il emploie la violence c'est quand il chasse les marchands du Temple. Il y en a qui profitent pour dire que c'est un texte antisémite, c'est quand même extraordinaire. Comme s'il y avait des marchands, je ne sais pas que chez les Juifs, mais les plus grands marchands du monde, c'est les Chinois ou les Allemands, comme vous voulez, si vous réfléchissez.
1:03:38 Ça a été longtemps les Américains, ils sont un peu plomb dans l'aile. Les Allemands, les Chinois, les grands commerçants. Les Juifs, c'est les bricoleurs à côté. C'est sous Pujado, le ghetto à l'époque. Donc voilà, ils chassent les marchands du Temple. Ne faites pas de la maison de mon père une maison de trafic, on traduit. À mon avis, il a dû dire un bordel, un truc comme ça. Voilà. Ça veut dire que, non, je dis ça parce que les Grecs disaient Hermès, Dieu des commerçants et des voleurs.
1:04:08 Vous voyez, c'est pas... Ou alors tout le monde d'entend, c'est mis, j'en sais rien. Il parlait des Grecs, hein ? C'était des Grecs qui faisaient le commerce de l'huile. Héraclite a fait fortune avec le commerce de l'huile d'olive sur l'Asie mineure. Voilà. Et oui, dis-moi un ami, je te fais un bon prix. Il y a toujours un petit peu un tromperie dans le commerce, c'est normal. Pas grave. Faut pas en abuser. Voilà. Je termine cette parenthèse sur les abus de la nouvelle condition.
La correspondance de Schelling et Hegel contre les kantiens
1:04:39 Et donc, quand tout d'un coup, à la fin de sa vie, jette une passerelle entre la raison pure, la connaissance du monde des lois, de la nature, des sciences dures, et la raison pratique, la réponse, toute réponse à la question que dois-je faire, il inaugure une époque qui va s'appeler, écoutez, après Kant, il y a quoi ? il y a le post-kantisme. Les philosophes qui, dans la foulée de Kant, vont s'engouffrer tout d'un coup, devant cette révélation, ils disent, c'est incroyable, mais il y a une rationalité même dans les choses humaines.
1:05:09 C'est pas le truc absurde qu'on veut nous faire croire depuis toujours. Et là, je vous lis quelques extraits de la correspondance des trois post-kantiens. Non, non, mais c'est que c'est rapide. Je ne parle pas du néo-kantisme, ça, ça sévit encore aujourd'hui, même plus que jamais, en quantité. L'école de Francfort, non, non, je parle des post-kantiens. Ah, ça, c'est vite vu, Fichte, dans l'ordre chronologique, Schelling, Hegel, ce qu'on appelle l'idéalisme allemand. Vous me direz, oh là là, mais on s'éloigne de Rousseau et de Marx, là, ah non, non, non, lisez les thèses sur Feuerbach et vous verrez Marx rendre un grand hommage, lui qui est sévère comme personne n'a été avec l'idéalisme, il est peu suspect de complaisance, il dit quand même, heureusement qu'il y a eu l'idéalisme, il a eu le mérite de révéler l'activité de la raison humaine, de la pensée humaine.
1:05:59 Donc, à la différence des empiristes et des mécanistes. Et donc, je vous lis quelques extraits de la correspondance de ces trois jeunes gens. Dites donc, Tübingen le 21 juillet 1795. Vous vous rendez compte, on est à six ans de la prise de la Bastille. Vous vous rendez compte de l'ambiance des guerres de la Révolution, bientôt de l'Empire, d'Europe, la Bourse, c'est une époque extraordinaire. C'est la génération, Beethoven, Hölderlin, Hegel, naissent en 1770. Un millésime qui en vaut un autre, quand même. C'est la génération de ceux qui ont 20 ans à la prise de la Bastille.
1:06:33 C'est ça qui compte, c'est pas ce qu'on fait à la naissance, on compte en égâteux. C'est entre les deux. C'est vrai qu'il se passe des choses. Or là, je prends par exemple, voyez, cette lettre de qui ? Ça c'est Hölderlin, les trois là. Voilà, voilà, voilà. C'est actuellement, c'est Schelling Hegel. Voilà, c'est Schelling Hegel. Il parle de ce qui se passe, ils sont tous seuls, c'est allemand, chacun est dans une ville différente, c'est pas Paris, c'est pas centralisé comme la France, ils correspondent, chacun enseigne, ou est précepteur, pas encore enseignant, ils sont précepteurs dans les familles qui les emploient pour éduquer leurs marmots.
1:07:22 Donc, ils écrivent, ils continuent un peu leur réflexion philosophique par correspondance interposée, et ils disent ceci, il y a maintenant, Schelling Hegel, le Tübingen, soir de l'épiphanie 1795, il y a maintenant, il est vrai, une foule de kantiens. La philosophie s'est apprêtée une louange de la bouche des enfants et des nourrissons. Mais après s'être donné beaucoup de peine, les philosophes ont finalement trouvé le point jusqu'auquel on a le droit d'aller. Ils en sont restés à Kant, n'est-ce pas, et à la séparation entre philosophie théorique et philosophie pratique.
1:07:54 Voilà. Il y a l'inconnaissable, la chose en soi, on ne peut pas aller au-delà, on est tous kantiens, c'est bon, c'est interdit d'en savoir plus. C'est pas qu'on se contente du phénomène et le reste, c'est pas, c'est du, j'allais dire, du totalitaire. Ils se sont établis sur ce point, ils ont élu domicile et ils ont bâti des cabanes dans lesquelles il est agréable d'habiter et pour lesquelles ils louent le Seigneur Dieu. Et qui dans ce siècle viendra les en chasser ? Une fois qu'ils sont solidement fixés, que le diable les fasse partir.
1:08:25 A vrai dire, ils ont extrait quelques ingrédients du système kantien, de la surface bien entendu, avec lesquels on confectionne des breuvages si fortifiants que la théologie qui commençait déjà à tomber en cachexie deviendra plus saine et plus forte que jamais. Tous les dogmes possibles, les anciens dogmes, n'est-ce pas, de l'Église, portent déjà des estampilles de postulats de la raison pratique. et là où les preuves théoriques et historiques ne suffisent plus, la raison pratique de Tübingen, il fait allusion ironiquement à leur prof qui était les théologiens à Tübingen, tranche le nœud gordien.
1:08:58 Bon, je saute un passage, je reprends un peu plus loin. C'est actuellement dans la philosophie que je vis que je tisse ma toile. La philosophie n'est pas encore parvenue à sa fin. Quant à donner les résultats, les prémisses manquent encore. Et qui peut comprendre des résultats sans prémisses ? Un Kant, assurément. Mais que fera de cela la grande masse ? Fichte, la dernière fois qu'il est passé ici, le premier des post-kantiens, qui était un peu leur idole aujourd'hui, a dit que l'on devait avoir le génie de Socrate pour pénétrer Kant. Je trouve cela chaque jour plus vrai. Il faut que nous allions plus loin.
1:09:28 Avec la philosophie, Kant a tout balayé et a fait place nette. Mais comment le remarqueraient-ils ? Dans leurs yeux, on doit briser la chose en petits morceaux afin qu'ils la saisissent avec les mains. Ah ! Que de grands kantiens on trouve maintenant partout. Vous voyez, les post-kantiens, Kant est encore vivant, il est vieux, mais encore vivant, qui sont déjà en train de dénoncer le néo-kantisme, la récupération de Kant par l'Église et par la religion, l'interdit jeté sur la connaissance, sur la science, sur la philosophie. Tout ça, c'est affaire de foi. Il peut rester bavardage. Humain, trop humain. Vous voyez, c'est intéressant. Ça, c'est Schelling.
1:09:58 Vous voyez, un peu plus loin, vous avez... C'est pas plus technique. Je saute le dernier qui parle de la téléologie, on en reparlera tout à l'heure. Et là...
1:10:28 Voilà. Cependant, cela aussi... Pardon. À propos de la tentative de Reinhold, un des néo-kantiens de l'époque, de ramener la philosophie à ses derniers principes, ta supposition, il parle à Hegel, ne t'a assurément pas trompée selon laquelle elle ne prolongeait pas la révolution produite par la critique de la raison pure. Les néo-kantiens sont inférieurs à Kant. Cependant, cela aussi était une des étapes par lesquelles la science était obligée de passer et je ne sais si l'on ne doit pas, Reinhold, le fait que bientôt nous nous trouverons au point le plus élevé.
1:10:59 De ce dernier pas de la philosophie, j'attends aussi que le dernier voile tombe, comme si le post-kantisme n'était pas allé mettre fin à l'édifice fondé par Socrate. Que le dernier voile tombe, que la dernière toile d'araignée de la superstition philosophique tissée par les philosophes privilégiées, le mot est souligné, soit déchirée. avec Kant, l'aurore s'est levée. Quoi d'étonnant à ce que par-ci, par-là, dans une vallée marécageuse, un petit brouillard soit resté tandis que les plus hautes cimes étaient déjà baignées par les rayons du soleil.
Hegel : la dignité de l'homme contre religion et despotisme
1:11:30 On croit entendre le chœur de la 9e symphonie. C'est exactement contemporain. La liberté se fait entendre. Vous voyez, ça fait quand même des textes. Et là, je finis par Hegel, n'est-ce pas ? En étudiant de nouveau les postulats de la raison pratique, donc la morale kantienne, j'avais déjà conçu une vague idée de ce que tu m'expliques clairement dans ta dernière lettre. Il parle à Schelling. De ce que j'ai trouvé dans ton ouvrage et de ce que les fondements de la doctrine de la science de Fichte me feront entièrement comprendre.
1:12:00 Les conséquences qui en découleront plongeront dans l'étonnement bien des gens. On éprouvera le vertige devant cette suprême altitude de toute philosophie par laquelle l'homme est élevé si haut. Ça date de Rousseau, ça. Mais pourquoi est-on parvenu si tard à élever davantage la dignité de l'homme ? Dites donc, on est un peu à l'envers de ce qu'on entend maintenant. L'homme est la seule plaie qui gâche, n'est-ce pas, l'harmonie naturelle. Bon. En étudiant de nouveau les conséquences qui en découleront plongeant dans l'étonnement bien des gens, on éprouvera le vertige devant cette suprême altitude de toute philosophie par laquelle l'homme est élevé si haut.
1:12:35 Mais pourquoi est-on parvenu si tard à élever davantage la dignité de l'homme à reconnaître sa faculté de liberté qui le place dans l'ordre égal de tous les esprits ? Je crois qu'aucun signe des temps n'est meilleur que celui-ci. C'est que l'humanité est représentée comme si digne d'estime en elle-même l'humanité, pas telle ou telle. C'est une preuve que le nimbe qui entourait les têtes des oppresseurs et des dieux de la Terre disparaît. Les philosophes démontrent cette dignité. Les peuples apprendront à la sentir et ils ne se contenteront pas d'exiger leur droit abaissé dans la poussière.
1:13:07 Mais ils les reprendront. Ils se les approprieront. Religion et politique c'était entendu comme larrons en foire. La première a enseigné ce que voulait le despotisme, le mépris de l'espèce humaine, son incapacité à réaliser un bien quelconque du tout. Je crois qu'on a attendu Nietzsche pour critiquer la religion les arrière-monde et on vous dit que Hegel c'est l'homme des curés et vous écoutez on fraye. Je ne plaisante pas. Mystifié. Merci.
1:13:37 C'est pour ça que je tenais à lire des extraits de cette correspondance extraordinaire. Je vous la recommande. C'est chez Gallimard. Tome 1, il y a trois volumes. Achetez le tome 1 si vous voulez. Ils n'ont pas que ça se gâte après avec l'âge. Après, c'est des chemins différents. Mais tout de même c'est magnifique cette correspondance entre trois jeunes gens. Vous avez quand même les deux plus grands philosophes de l'époque et le plus grand poète un des plus grands poètes de tous les temps dans la même piôle en train de discuter tous les soirs. J'aurais bien aimé être petite souris. Voilà. Je continue un petit peu tout de même notre histoire.
Le but caché de la nouvelle : la tombe de Rousseau
1:14:08 C'est tout cet enjeu qui réapparaît à la faveur de la lecture comparée des textes que nous avons fait la dernière fois. Alors, je voudrais vous demander pour ceux qui, je l'espère, c'est le cas de la majorité d'entre vous, prennent connaissance du texte d'Angélique, c'est quand même pas très très long, d'être attentifs après ces textes-là à la manière dont cette rationalité que nous avons vue surgir de cette comparaison, une fois qu'on la possède, de relire le texte depuis le début ce serait l'idéal et si ce n'est pas le cas, en la lisant en aval, de voir comment tout le reste du texte obéit.
1:14:48 Mais alors là, je vous dis, comme on prévoit les éclipses en astronomie, puisque je vous dis, moi, que le but jamais formulé de cette nouvelle qui apparemment change tout le temps de pitch, de but, de finalité, d'objectif, qui nous balade au propre et au figuré, on en fait des kilomètres et à pied souvent. Donc, le but, autrement dit, la fin qui met fin à tous les autres buts intermédiaires, c'est d'aller à la tombe de Rousseau. C'est bien ce que je vous ai dit.
1:15:19 Mais non, pas seulement de trouver tel bouquin, etc., c'est le prétexte pour aller dans le Valois, dans le Valois, il y a la tombe de Rousseau à Ermenonville, et à 4 kilomètres de la tombe de Rousseau, il y a le village maternel de Nerval. Et donc, la grandeur de ce texte, pour moi, c'est qu'il pourrait être un texte comme il y en a tellement eu dans la modernité, des textes mortifères, un texte odysséen où on fait un parcours circulaire et où on se retrouve, n'est-ce pas, à la fin, devant la tragédie du début.
1:15:49 On croit qu'en allant à la source, on va trouver enfin ce qui abreuve, ce qui nourrit, ce qui désaltère, et à la source, il y a la morte fontaine. Là où il n'y a plus d'eau, ça veut dire, n'est-ce pas, ce n'est pas la claire fontaine où les filles se baignent encore toutes nues après Brassens, n'est-ce pas. Non, non, c'est la morte fontaine, c'est terrible, vous savez, le deuil de sa mère morte, il pourrait être dans le roman personnel, il pourrait nous embarquer là-dedans. Et voilà qui nous emmène à la tombe de Rousseau, il nous emmène à un salut collectif. À 4 km, autrement dit, je prends une métaphore encore, j'ai lu Kant, ça doit m'influencer, métaphore géographique, il y a de même que les géographes distinguent bien le pôle magnétique du pôle géographique.
1:16:31 Ils ne sont pas très loin, ils sont dans les glaces tous les deux. Mais enfin, ce n'est pas deux points confondus. La Terre étant une sphère irrégulière, vous demanderez ça aux physiciens, ça s'explique facilement, la masse de fer n'est pas répartie de manière tout à fait égale, donc le pôle magnétique est à une distance sensible tout de même du pôle géographique. Eh bien, je crois que le pôle magnétique c'est Mortefontaine, il est attiré par ça, n'est-ce pas ? Et donc, on comprend mieux pourquoi les premiers mots de la nouvelle, c'est en 1851, je passais à Francfort. Et oui, j'étais sur la route de l'Allemagne, je ne vous le dis pas, mais j'étais à la recherche de la tombe de la mère qui est enterrée là-bas en Pologne, dans cette direction, mais ça ne regarde pas le lecteur, ça ne regarde que moi.
1:17:12 D'accord ? Donc je vais vous emmener au pays de la mère, où il n'y a pas sa tombe, n'est-ce pas ? Et je vous rappelle ce passage, je vais très vite, ce passage où il dit je reprends des forces sur cette terre maternelle, fatiguée, des querelles vaines et des stériles agitations de Paris, c'est lui qui nous avait amenés dans les bibliothèques, c'est pas nous qu'il avait demandé, maintenant il nous apprend qu'il nous a amenés dans de vaines et stériles agitations, on n'a pas trouvé le bouquin, je me repose en voyant ces campagnes si vertes et si fécondes, fécondes s'opposent à stériles, campagnes vertes à la poussière des bibliothèques, donc voilà, ça c'est le coup classique, ça n'a pas besoin de le rabâcher, c'est l'imagerie de la mère, c'est celle qui nourrit, qui restaure, et bien pas du tout comme vous arrivez, d'abord il y a sa mélancolie, c'est le jour des morts qui arrive, et surtout, le sol est jonché de cadavres, lisez la nouvelle, ne me croyez pas sur parole, vous verrez que, il ne rate pas une occasion de dire dans telle église, tiens j'ai vu le tombeau d'un moine, et puis après j'imaginais que ce n'était pas un moine, mais un guerrier franc, avec le visage tourné vers l'Orient, dans la tombe, et puis après il arrive au cimetière d'Ermenonville, il nous fait grâce d'aucune des tombes qui sont là, même pas d'une tombe où il y a des traces effacées, et une où il y a marqué, c'est lui qui le dit,
1:18:22 après avoir des tombes de cardinaux, d'abbé, ci-gît almazor, dites donc, almazor, c'est tout ce qui a marqué sur la tombe, et Nerval dit, est-ce un fou, est-ce un laquais, est-ce un chien, point d'interrogation, c'est un fou qui parle, est-ce un fou, est-ce un laquais, est-ce un chien, almazor, la tombe ne dit rien de plus, vous voyez c'est le pays de la mort, le pays du déclin, le pays crépusculaire, l'Occident, le pays où on est occis, et oui, vous voyez qu'il y a une logique dans tout ça quand même, donc, allons à la tombe de Rousseau, et là il parle du soleil, au contraire, au contraire du mortifère, ô sage, tu nous avais donné le lait des forts, et nous étions trop faibles, pour qu'il puisse nous profiter, comme on peut parler déjà, comme si c'était passé, alors que c'est la génération d'avant, ça veut dire que déjà, n'est-ce pas, la restauration politique, ça s'appelle la restauration pour les historiens, à cette époque-là, 1830-1840, avait déjà relégué le message du contrat social, dans l'oubli, tu nous avais donné le lait des forts, et nous étions trop faibles, pour qu'il puisse nous profiter, nous avons oublié tes leçons, que savaient nos pères, les Robespierre, et nous avons perdu, l'écho de ta parole,
1:19:33 dernier écho des sagesses antiques, je vous l'avais dit, génial, filiation établi par Nerval, entre la République, il y a 25 siècles, et le contrat social, dernier écho des sagesses antiques, de la remise à plat politique, de tous les problèmes, qu'on se pose en philosophie, voilà, je voudrais maintenant, passer aux questions, la prochaine fois, je m'attarderai un peu plus, sur la manière, dont le texte, se plie, y compris dans des histoires, de paysages, n'est-ce pas, à la prévisibilité, dont je vous ai parlé, on verra que dès qu'on a dépassé la tombe de Rousseau, ce sera ma dernière incursion dans le texte, après je vous passe la parole, dès qu'on a dépassé la tombe de Rousseau, il faut continuer, puisque officiellement, on doit aller vers les ruines du château de la belle Angélique de Longueval, le temps se gâte, la marche devient difficile, des chardons à demi gelés, mais encore vivaces, nous arrivait à la poitrine, il fallait prendre garde à des ornières, à des tourbières, alors jusque là, nous sommes partis de Senlis à pied, respirant avec bonheur la brume d'automne, voilà, symboliquement, le paysage semble s'opposer à ce qu'on aille plus loin que la tombe de Rousseau, je ne vous en dis pas plus, lisez donc la suite, jusqu'à la fin, et on reparle la prochaine fois, je suis attentif à vos questions,
L'itinéraire symbolique : synchronie et diachronie
1:20:44 ça va maître ? Super, j'ai une question, juste là sur la fin, tu as dit d'être attentif dans la lecture, mais finalement, je n'ai pas très bien compris à quoi on devait être attentif en relisant, à l'itinéraire, oui, merci, très bonne question, à l'itinéraire, j'ai dit dans le plan, qui avait deux manières d'illustrer la relation symbolique au monde telle qu'on l'a vu se manifester dans le passage des jeunes filles à Senlis, le déclin, l'automne, les ruines, etc. Bref, on croit que c'est le réel et on a affaire à un monde entièrement symbolique qui symbolise ici un déclin sans jugement de valeur.
1:21:20 donc, n'oubliez pas que cet extrait des filles du feu au titre du recueil, je réponds à ta question, et qu'il y a feu et feu, et l'explosion atomique, c'est brutal, et c'est instantané, enfin c'est instantané, c'est rapide, malheureusement, mais avec la même énergie, on peut faire tourner un sous-marin pendant cinq ans, enfin avec la même énergie nucléaire, je m'entends, on peut soit produire une explosion instantanément, oui, le rapport au temps est intéressant, mais le même feu peut se consumer plus lentement, c'est le cas à Senlis avec les jeunes filles, c'est le feu crépusculaire, et à ce moment-là, ce n'est pas une douleur, ce n'est pas un brusque embrasement, vous remarquerez que dans le rêve d'Aurélia, celui où la lumière est trois fois plus brillante que le jour naturel, ça se termine très mal, le rêve, pour ceux qui l'ont lu, parce que la lumière est tellement forte qu'elle épuise, la lumière et que les ténèbres arrivent, et ça se termine par, certains l'ont lu, le rêve, la dame que je suivais, développant sa taille élancée dans un mouvement qui faisait miroiter les plis de sa robe en taffetas changeant, ça c'est de la prose quand même, non mais il est en train de réécouter ça, franchement, la dame que je suivais,
1:22:31 c'est les petits garçons de tout à l'heure, la plus grande des trois dames qui lui faisait des habits, développant sa taille élancée, je ne dis pas qu'elle s'est levée, développant sa taille élancée dans un mouvement qui faisait miroiter les plis de sa robe en taffetas changeant, entoura gracieusement de son bras nu, toujours dans le rêve, une longue tige de rose trémière, puis il se mit à grandir sous un clair rayon de lumière, de telle sorte que peu à peu le jardin prenait sa forme, vous voyez, la lumière s'agrandit, et le jardin prend une immense, vous avez vu dans Pinocchio, il y a aussi un haricot qui pousse sous un rayon de lune à toute vitesse, vous ne vous rappelez pas de ça ?
1:23:05 On voit le Walt Disney, là ? Et son nez aussi quand il ment, de sorte que peu à peu le jardin prenait sa forme, et les parterres et les arbres devenaient les rosaces et les festons de ses vêtements, tandis que sa figure, il parle de la dame, et ses bras imprimaient leur contour au nuage pourprés du ciel, la femme devient une géante cosmique, je la perdais, je la perdais ainsi de vue à mesure qu'elle se transfigurait, car elle semblait s'évanouir dans sa propre grandeur, ô ne fuis pas ! M'écriais, c'est dans le rêve, le gamin qui parle, car la nature meurt avec toi, elle devient tellement grande qu'elle pompe tout le paysage, disant ces mots, je marchais péniblement à travers les ronces, dites donc, c'était un jardin merveilleux où il y avait les fruits, les grains de raisin, tout à l'heure, les ronces, comme pour saisir l'ombre agrandie qui m'échappait, mais je me heurtais un pan de mur dégradé au pied duquel gisait un buste de femme, en le relevant, j'ai eu la persuasion que c'était le sien, je reconnus des traits chéris et portant les yeux autour de moi, je vis que le jardin avait pris l'aspect d'un cimetière, des voix disaient, et c'est le dernier mot, l'univers est dans la nuit, ça avait commencé par un jour, trois fois plus brillant, un peu de jour naturel, des effluves de printemps, ça se termine par, l'univers est dans la nuit,
1:24:15 trop de lumière, trop brusque, voilà, ça c'est pour le côté crépusculaire, donc c'est pour ça quand je vous dis de relire, c'est, il y a deux manières de voir ce rapport symbolique au monde qu'on vient de voir ici, dans le rêve, il est évident que le rêve est fait de symboles, mais que ce soit aussi pareil dans le décor réel, à Senlis, Oise, département de l'Oise, sous préfecture, c'est quand même pas mal, donc, là c'est le champ du phénomène dont on parlait tout à l'heure avec Kant, dans lequel il faut distinguer des choses qui ne doivent rien au symbole, n'est-ce pas, il y a bien l'Oise qui coule dans le département de l'Oise, et qui coule vers la mer, ça c'est dû à Newton, n'est-ce pas, elle cherche le centre de la terre, la flotte elle aussi, et puis, il y a tout le reste, n'est-ce pas, ne serait-ce que l'inscription qu'Henri IV a mise sur la mairie de Senlis, parce que c'est là qu'il a abrité les amours avec Gabrielle d'Estrées, mon premier bonheur, mon premier heure, H-E-U-R, suite à Senlis.
1:25:08 Donc, vous regardez comment, c'est ça que je recommande, comment le texte obéit aux impératifs qu'on est en train de découvrir, seulement il y a deux manières de le faire, soit d'une manière synchronique, si on prend un seul de ces thèmes, les bâtiments, par exemple, qui sont en ruine ou tout d'un coup agrandis, et moi, j'avais prévu, je n'ai pas le temps, je ne le ferai pas la prochaine fois, mais ça, c'est pas grave, on a le temps, la voix, la manière dont Nerval est très sensible à la voix féminine, les jeunes filles, les petites filles qui chantent, le passage le plus célèbre de Sylvie, le chant d'Adrienne, bien sûr, et puis il y a d'autres passages dans Les Nuits d'octobre, admirables, où il surprend une fille en train de chanter timidement dans une réunion de patronage à 3h du matin dans le pantin la nuit, donc, la voix, l'effet qu'elle fait, la manière dont Nerval est la proie, on dirait en psychanalyse, il est la proie du signifiant à la voix féminine, surtout quand elle est, vient d'une voix jeune pour lui, ça veut dire d'une voix qui n'est pas encore gâtée par l'apprentissage du chant et comme il dit, par les leçons du conservatoire et par les airs à la mode, c'est très intéressant, et par ailleurs, dans la diachronie, c'est-à-dire, comment dans l'itinéraire
1:26:18 jusqu'à la fin de la nouvelle, là je répondrai à ta question de manière la plus précise possible, comment, dès qu'on a dépassé la tombe de Rousseau, pour vérifier notre hypothèse, soyons des scientifiques, tout se gâte, la météo, le temps, Sylvain disparaît, dès qu'on a quitté les forêts, Sylvain est retourné dans son pays, un gars qui s'appelle Sylvain, vous voyez, qui a une causalité symbolique, pas une causalité physique, pas galiléenne, Sylvain, ça veut dire quoi ? L'homme des bois ? Sylvain, c'est la forêt. Il apparaît, quand on part de Senlis pour aller à Ermenonville, on traverse la forêt d'Ermenonville, pour ceux qui connaissent un peu le coin, et il disparaît lorsqu'on quitte la forêt et qu'on marche à travers les champs et la gadoue.
Mal personnel et mal collectif : la mère et la cité
1:26:58 Vous voyez ? Donc c'est ça que je demande qu'on observe, comment le paysage se plie à l'ordre symbolique. Très intéressant ta question. Oui ? Si je comprends bien, le décryptage qu'on peut faire en tenant compte de cet ordre symbolique et de ce que... C'est que, il y a un mal qui le conduirait vers la mort et puis il se trouve qu'il trouve une manière de s'en détourner en se tournant vers Rousseau.
1:27:32 C'est bien ça ? Oui, sauf que tu as employé étrangement le terme détourner. Je suis un champion des détours, donc je peux en parler. En fait, c'est l'inverse. Il voudrait aller vers la tombe de Rousseau avec nous et il est sans cesse menacé d'un détour par le complexe personnel, disons, le roman personnel, la tombe maternelle. Donc, effectivement, le mal qui pourrait l'emmener vers la mort, c'est un mal qui lui est propre, qui est personnel, comme tu l'as dit, c'est bien ça ? Oui. Mais est-ce qu'il n'y a pas des...
1:28:02 Et donc, la solution, ce qui sauve et ce qui libère, c'est... pour le faire, le collectif, c'est Rousseau. Oui. C'est bien ça ? Oui, à condition de ne pas les opposer. Oui, pardon, tu vas finir. Ma question de ne pas les opposer. Ma question, c'est, est-ce qu'il n'y a pas des éléments dans la nouvelle qui permettent de... qui pourraient faire croire que également, le mal dont il souffre, il est également collectif. Ce n'est pas qu'un mal personnel, le drame, qui n'est pas collé sa mère, c'est aussi... Si la solution est collective, c'est que le mal est collectif.
1:28:32 D'accord ? Il y a déjà des traditions. Si vous regardez dans les romans arthuriens, la quête du Graal, il y a bien le récit de la terre gaste. C'est tout un pays qui souffre. Gaste, waste, en anglais. Vous voyez ? Dévaster, violenter la terre qui ne produit plus rien, la terre ingrate. Si vous allez en forêt de Gatine, au sud de Paris, si c'est de la forêt encore aujourd'hui, c'est qu'il n'y avait rien à y faire pousser. Bon, maintenant, il y a du miel, excellent miel, du Gâtinais.
1:29:02 Mais voilà, s'il y a du miel, c'est qu'il n'y a rien d'autre à faire. Donc, c'est le même terme que gaste, guest, l'hôte. C'est intéressant, ça. C'est l'ambivalence de la langue que Freud avait remarquée qui veut dire une chose et son contraire, l'hôte, c'est celui qui peut être bienveillant comme dangereux. Donc, la terre gaste, c'est celle qui ne produit plus rien depuis que le Graal ne nourrit plus, depuis qu'il a disparu. Car le Graal est avant tout une nourriture dans le récit arthurien.
1:29:33 Je ne perce pas plus qu'un autre le mystère du Graal. Donc, pour répondre à ta question, il ne faut pas opposer les deux abstraitement. C'est-à-dire, il y a la maman de Nerval, c'est son problème à lui. Ce n'est pas de pot quand même d'avoir une mère qui laisse tomber le nouveau-né tellement amoureuse de son mari, tellement, je ne sais pas, oedipienne au sens quasi littéral, qu'elle va le suivre dans les campagnes napoléoniennes, il n'y a pas beaucoup de femmes qui avaient fait ça quand même, dans les neiges de Pologne et de Russie, en laissant le nouveau-né aux cousines, aux tantes, etc.
1:30:05 Je veux dire, vous avez de quoi construire un complexe maternelle, on l'aurait à moins. Ça, c'est son problème à lui. Mais il y a la mère, pas ma maman, la mère, Isis, la Vierge Marie. Vous voyez, là, on s'élève au mythe. On n'est plus dans l'ordre personnel. Je veux dire, s'il y a une représentation, je prends tous les pays mythes iraniennes et catholiques, par exemple, d'une femme qui porte un bébé, qui le libère déjà de la pesanteur, qui le soutient, qui le nourrit.
1:30:36 Souvent, elle montre le sein. Il y a un extraordinaire tableau de Fouquet, vous savez, le Pankha, qui a été l'extraordinaire portraitiste et de Charles V, et même de François Ier. Regardez dans Google, La Vierge aux anges rouges. Je ne sais pas si vous connaissez ce tableau. Tu vois ce que je veux dire? C'est extraordinaire. Tu as vu? Elle donne un sein qui est sphérique, complètement, je veux dire, ce qui est improbable, je veux dire, à la verticale. Bon, bref.
1:31:07 Et les anges rouges derrière, c'est une splendeur. Qui est cette image partout, qui nous vient de bien avant le christianisme? C'est pour ça que les protestants avec la Vierge ne sont pas très rassurés. C'est un peu des vieux restes de trucs païens. Historiquement, ils n'ont pas tout à fait tort. Isis, chez les Égyptiens, qui est la première figure, je vais recommencer par l'Orient. Isis, c'est la première figure de déesse maternelle, première figure historique, je ne remonte pas à Néandertal, il va y avoir des trucs pas tristes, mais qui recueille, là je cite la mythologie égyptienne, qui recueille dans l'eau du Nil, car elle est l'eau du Nil, Isis, elle recueille le phallus fragmenté en 14 morceaux du pauvre Osiris, martyrisé.
1:31:48 Comme les trois femmes sont au tombeau du Christ pour martyriser. Et à Lambeau, c'est intéressant de voir cette prégnance. Là, ce n'est plus ma maman, ce n'est plus le roman personnel, je réponds à ta question. Qu'est-ce que ça ? Je suis en train de dire, je suis obligé d'aller vite. Il y a la praxis. Quand tu me parles, tu étais en plein mysticisme, je parle mysticisme. Quand vous êtes nés, vous, les unes, les uns et les autres, c'est bon, c'est inclusif.
1:32:23 Quand vous êtes nés, on ne vous a pas jetés dans la forêt comme Oedipe, dans les buissons. Oidipous, ça veut dire les pieds percés, on y avait attaché les pieds. On ne l'a pas jeté dans l'eau du Nil comme Moïse. On ne l'a pas lâché dans la forêt près de l'antre du dragon comme Siegfried. Vous avez eu quoi ? Vous avez eu un landau ? Le chauffage central ? Le mi-broit-elle-heure, des recommandations à la télévision, à la télévision. Et donc, quand je dis la praxis, je suis sérieux. Il y a un relais de la mère.
1:32:54 Il y a quelque chose qui vous a porté. Il y a des millénaires d'histoires qui vous portent le nouveau-né à sa naissance. Dès sa naissance. Et d'autant plus qu'il y a un certain niveau de vie, etc. Ceci dit, je veux dire, pour avoir l'équivalent du ventre maternel, la température idéale. Il y a quelqu'un et en même temps il n'y a personne. C'est le rêve. Mais oui, il y a quelqu'un et quelque chose en même temps. toutes les contradictions de la philosophie sont résolues. Comment voulez-vous qu'on n'en fasse pas une maladie ?
1:33:24 Bon. Ce mois, il y a l'ange à l'épée de feu, c'est dans la Bible, qui garde l'entrée du paradis terrestre. Le retour est irréversible. Et oui, il faut produire une mère collective. Tu y es maintenant. La cité ! Clouscard rédigeait les chemins de la praxis. Il me téléphonait tous les jours. C'était en Afrique. D'accord ? 7h du matin, je me frotte les mains, je cours au manuscrit. Il était en période d'euphorie. Et il me demandait de lui préciser, parce que j'avais mon éducation bourgeoise, une meilleure lecture, enfin, une lecture de la Bible qu'il n'avait pas eu.
1:33:56 Et il me disait, c'est comment dans l'Apocalypse ? Et il adorait que je lui répète le passage de la fin de l'Apocalypse. Il y en a dans quelques-uns dans vous qui connaissent les dernières lignes de l'Apocalypse. Après les catastrophes, les trompettes, les étangs de soufre, les épouvantables, les plaies, les criquets, tout ce que vous voulez, les châtiments. Bon, il y a les justes qui restent là, ceux qui ont blanchi leur tunique dans le sang de l'agneau. Vous connaissez un poète qui est aussi audacieux que ça. Comme vous pouvez blanchir dans le sang. Vous entendez ce qui est écrit ?
1:34:26 Et voici les justes qui ont blanchi leur tunique dans le sang de l'agneau. Je dis ça à ceux qui travaillent sur le rouge et le blanc en ce moment, n'est-ce pas ? Donc, après toutes ces catastrophes et ces cataclysmes, de plus en plus grave, au fur et à mesure que les trompettes sonnent jusqu'à la septième trompette, après, ça y est, le grand Satan, le grand serpent est vaincu, d'ailleurs, je l'ai déjà cité une fois, la voix de l'évangéliste, il dit, le voilà vaincu, le serpent ancien, l'essence du mal, celui qui, vous ne vous rappelez pas ?
1:35:01 C'est intéressant, parce qu'on va voir ce que c'est que l'essence du mal dans le christianisme. Celui qui accusait nos frères devant l'éternel. Cette religion dont on nous fait croire depuis un sous-nietzschéisme, n'est-ce pas, qui n'est pas celui de Nietzsche, que c'est la religion judéo-chrétienne de la culpabilisation et culpabilité, n'est-ce pas, désigne comme mal absolu le fait qu'on nous accuse devant l'éternel. C'est la religion du pardon. Le voilà, celui qui accusait nos frères devant l'éternel. Il est maintenant dans l'étang de soufre. Voilà, je ne passe pas là où je n'arrive, à ce qui est régalé Clouscard.
1:35:34 Le dernier acte, parce qu'il faut qu'il y ait happy end, quand même, évangile, bonne nouvelle, c'est la traduction. C'est la descente de la Jérusalem céleste. On la voit descendre à la fin. Elle cesse d'être céleste. Je vous disais tout à l'heure, mon royaume n'est pas de ce monde. A ce temps, mais tant le christianisme, il faut toujours se séparer entre ce que je veux, ce que je dois faire, etc. Une présence qui est là, mais qui n'est pas la vérité, et une vérité qui n'est jamais présente. Et puis voilà que la vérité nous fait la grâce de descendre. Dites donc, dites donc, la Jérusalem céleste redevient une Jérusalem terrestre.
1:36:06 C'est-à-dire, c'est aussi terrestre que le paradis. Ce n'est plus un au-delà, mais ce n'est plus le paradis des plantes et des animaux. C'est une cité. C'est la Jérusalem céleste. Et il est dit, et l'époux dit à l'épouse, viens, et que chacun se serve gratuitement. Dites donc, c'est pas encore à chacun selon ses besoins. Je ne sais pas quoi, mais c'est pas loin. Non, non, mais écoutez, je n'invente rien. Je n'invente rien. Vous voyez, alors, Clouscard dit, ah oui, il dit ça, le mec, putain, je veux le noter. Le mec, c'est l'évangéliste.
1:36:36 Voilà, je vous cite un scoop là. Mais ça répond à ta question ? Oui. Donc là, j'ai parlé de la mère au sens que Nerval nous branche. Si je nous amène à la tombe de Rousseau, c'est pas pour opposer, d'accord ? C'est au contraire pour conserver ce qu'il y a de meilleur dans le souvenir maternel. Ce qui m'a porté, ce qui m'a nourri, ce qui m'a sauvé. Et c'est le fameux « Aufhebung hegelien » supprimé, conservé. Le fruit, lorsqu'il apparaît, fait tomber la fleur.
1:37:07 Il faut que la fleur se fane et que les pétales tombent pour que le fruit apparaisse. Mais le fruit conserve ce que la fleur promettait. Voilà. D'autres questions, s'il vous plaît ? Si le grain ne se meurt, il ne porte aucun fruit. Oh, je ne vais pas citer tout le monde hier. Oui ? Je pourrais savoir votre prénom, pardon. Quentin, merci. Merci pour la conférence. Pourquoi est-ce que Nerval, dans Angélique, mais aussi dans Sylvie, se sent constamment obligé de dire que l'amour que, par exemple, La Corbinière, La Corbinière éprouve pour Angélique et même l'amour que Nerval porte pour Sylvie, par exemple, pour Adrienne, est chaste, pourquoi est-ce qu'il le précise constamment ?
Pourquoi l'amour chaste chez Nerval ?
1:37:56 D'abord, je me réjouis de voir que tu as lu les deux. Je ne peux pas encore finir de Sylvie, mais... il ne dit pas tout à fait ça. Il commence par dire ça. Il fallait qu'elle apparût reine ou déesse et surtout n'en jamais s'approcher. Je te donne raison. D'accord ? Amour, hélas, des formes bleuâtres, vue de près, la femme réelle, révolter notre ingénuité, etc. À la ligne. Certains d'entre nous, toutefois, il est un peu plus vague, il ne dit pas moi. Certains d'entre nous, il parle de sa bande de copains, prisaient peu, ces paradoxes platoniques et agitant la torche des dieux souterrains.
1:38:33 Dans les rêves renouvelés d'Alexandrie, Alexandrie, c'était des orgies perpétuelles, la période d'Alexandrine. Donc, il y a les deux, il y a toujours la double tentation. Et tu as les... Pardon, je te tutoie. Il y a ce double rapport à l'éros sublimé, c'est l'archie classique. Tu prends toutes les fleurs du mal, les poèmes sont dédiés soit à Jeanne Duval, la mulatresse, la négresse, qu'on peut mettre dans toutes les positions. Voilà. L'éros, je dis ça parce que Baudelaire il y a un côté misogyne.
1:39:03 Et le contraire, l'adoration pour la présidente qui n'a jamais touché. N'est-ce pas ? D'accord ? Madame de Sabatier, qui ne veut pas être rigolo de tous les jours. Soyons pas mufles. Donc, c'est classique à l'époque, je veux dire, le partage entre un des films les plus célèbres de l'histoire du cinéma, La Maman et la Putain. Je veux dire, c'est une dichotomie. La femme sacrée, sur laquelle plane l'interdit l'Oedipien. D'accord ? Je réponds déjà en partie à ta question. Ce n'est pas une chasteté faite d'après des principes, ce n'est pas.
1:39:36 Mais c'est que et surtout n'en pas approcher. Et puis, il y a un texte, c'est Pandora, peut-être une des nouvelles les plus troublantes de Nerval, où il y a les deux en même temps, qui se combattent, lorsqu'il est à Vienne pendant le réveillon, le nouvel an. Je te la conseille, Pandora, ce n'est pas dans des filles du feu. Mais c'est sur Wiki, vous le trouvez facilement si vous voulez l'imprimer. Ce n'est pas très long. C'est une des plus étonnantes du point de vue strictement littéraire, une des plus folles, complètement. Il y a à la fois de l'humour, du désespoir, c'est superbe.
1:40:06 Voilà, donc, je corrige juste ta question avant d'y répondre. C'est l'époque, la génération romantique de Nerval, lui-même, ne peut pas être réduit à être romantique. J'ai déjà suffisamment insisté là-dessus. Il est plutôt la préfiguration de ce que vont donner les Baudelaire et la génération des symbolistes. Les symbolistes lui rendent hommage à ce niveau-là. Les surréalistes, encore plus après, et Proust aussi. D'accord, il appartient aussi bien à la modernité. Mais, il est formé dans la génération romantique.
1:40:38 Ces affects, or, les romantiques succèdent à l'inverse de l'amour éthéré et planant dont nous parlons. C'est-à-dire, au XVIIIe siècle, l'apogée du libertinage. L'apogée de l'éros sans sentiment. Ou on ironise sur le sentiment. Je pense à Laclos, je pense au personnage de Laclos. Je veux dire, je pense à Des Grieux, je pense au Marquis de Sade et à Don Giovanni, pour Don Giovanni, je dis Don Giovanni, parce que je pense à la manière dont Mozart illustre le personnage de Don Juan, bien sûr, illustré par notre Molière.
1:41:16 Donc, il y a cette succession. Qu'est-ce qui a fait le succès de Rousseau ? Et en particulier de la Nouvelle Héloïse ? Je réponds à ta question en creusant maintenant. pourquoi la Nouvelle Héloïse est le plus gros tirage, le plus gros succès de librairie du XVIIIe siècle avec le candide de Voltaire ? Parce que tout d'un coup, jusque-là, on ne parlait que d'alcôves, de machins, vous avez vu, c'est super, je veux dire, c'est du beau style. Et dans la peinture, ça donne quand même le verrou de Fragonard, vous connaissez tous ces tableaux-là. je veux dire, voilà, des traditions françaises, galantes, coquines, égrillardes, de regarder les tableaux de Boucher, vous savez, c'est des filles de 15 ans à poil sur les livres, c'est-à-dire, qui étaient faites sur les commandes d'un marquis, d'un truc, pour mettre dans leur chambre.
1:42:02 C'est ce qu'on pouvait. Et voilà que tout d'un coup, Rousseau peint deux jeunes Suisses un peu naïfs, s'aimant d'amour fou, séparés par des obligations, le mariage de l'une, etc. Pourquoi tout d'un coup, cette même aristocratie qui s'était vautrée, je ne dis pas ça péjorativement, je ne suis pas un moralisateur, mais quand même, je ne suis pas non plus un puritain protestant, pourquoi tout d'un coup, je veux dire, il y a ce succès, c'est que tout d'un coup, ce réveil de la sensibilité, ça a été une bouffée d'oxygène pour toute une génération.
1:42:37 D'accord ? Donc tout d'un coup, on a retrouvé la dichotomie de l'amour et de la vertu. Je réponds à ta question. Ah ben, pardon, excusez-moi, l'amour s'est trouvé pris entre la vertu et la passion. Lorsque Julie, quels sont les derniers mots de Julie en mourant dans la Belle Héloïse, que quelqu'un le sait ? On m'a fait boire, allez, finissez la phrase. Elle meurt après, après ces mots-là. On m'a fait boire jusqu'à la lie, la coupe amère de la sensibilité.
1:43:12 Donc c'est sérieux, c'est pas un sentimentalisme planant, éthéré, et puis un peu en teint pastel, on en meurt. et le roman qui va inaugurer, vous savez que la lumière nous vient du Nord, après Madame de Staël, le romantisme commence au Nord, en Allemagne, en Angleterre en particulier, et Goethe, qui les précède tous, son premier roman, son succès, dont il s'est repenti lui-même, anti-romantique comme il était, en disant, j'aurais jamais dû écrire ce roman, ça a été une hécatombe, c'est Werther, où le mec se suicide. Sans jamais avoir touché la femme, ses rêves.
1:43:44 Et Sylvie, puisque tu l'as lue, se termine ? Je ne peux pas aller jusqu'à la fin. Ah bon ? Je ne te le dis pas. Mais en tout cas, il y a une allusion à Werther. Voilà, c'est ce que je voulais dire. Je ne répondais pas à ta question ? Oui, oui, merci. Écoutez, je vous souhaite bon appétit. Merci.